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ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
PRONONÇÉ TEL QU'EN SON MILIEU ORIGINEL
SELON SAINT MARC
PRÊCHÉ PAR PIERRE, APÔTRE
TRANSCRIT EN GREC PAR MARC, DISCIPLE
Traduction du Père Richard SIMON (1638-1712)
révisée et annotée par Emmanuel PHILOPATER
Emmanuel PHILOPATER auto-éditon pdf
Edition Août 2021 AD
emmanuel.philopater@protonmail.com
Évangile selon Saint Marc
I
PRÉFACE
Saint Marc l'Évangéliste
Selon la Tradition de l’Église copte orthodoxe, Saint Marc naquit à
Cyrène dans la région de la Pentapole. Appartenant à la tribu des Lévites, il
reçut à sa circoncision le nom de Jean. Son père, Aristobule était le cousin
de l'épouse de Saint Pierre, et sa mère, Marie, était la sœur de Saint
Barnabé qui conduisit Saint Paul aux Apôtres, dans la ville de Jérusalem
(Actes 9:27). Marie faisait partie des femmes qui suivaient le Sauveur. Elle
mit à disposition du divin Maître sa vaste maison située à Jérusalem. Là se
déroulèrent la Cène et diverses réunions des disciples. Par exemple, lorsque
Saint Pierre fut miraculeusement libéré de prison, il vint se réfugier dans
« la maison de Marie, mère de Jean surnommé Marc, où beaucoup de
personnes s'étaient réunies pour prier (Actes 12:12). » Saint Marc faisait
partie des soixante-douze disciples, et c'est lui qui s'enfuit nu au moment
de l'arrestation du Seigneur, dans le jardin des oliviers (Marc 14:52).
On raconte qu'il obtint la conversion de son père 1, lorsque se promenant
ensemble sur les bords du Jourdain, un lion menaçant vint vers eux. Alors
que son père l'engageait à fuir, en se livrant lui-même comme proie, Saint
Marc lui dit : « Le Christ qui tient dans Sa main la vie de chacun d’entre
nous ne le laissera pas nous nuire. » Puis il se mit en prière, et le lion fut
subitement terrassé, comme foudroyé. En conséquence, Aristobule crut en
Jésus-Christ.
Saint Marc accompagna Saint Paul et Saint Barnabé dans leur premier
voyage missionnaire en Syrie, après qu'ils aient porté aux pauvres de
Jérusalem les riches aumônes que leur envoyait l'Église d'Antioche (Actes
11:27). Ils partirent ensuite pour l'île de Chypre dont Saint Barnabé était
originaire (Actes 4:36). Après plusieurs mois de séjour dans l'île, ils
arrivèrent à Perga, en Pamphylie, mais Saint Marc refusa d'aller plus loin,
craignant une mission difficile et dangereuse dans cette province
inhospitalière. Il rentra donc à Jérusalem et Saint Paul en fut contrarié
(Actes 13:13).
1. Nous donnons ces pieuses légendes comme illustration de la piété de l’Église copte
orthodoxe ; elles n'engagent pas la foi chrétienne, et leur véracité historique reste floue.
II
Préface
Néanmoins, au début de la seconde mission de Saint Paul, il se trouvait,
avec son oncle Saint Barnabé, à Antioche. Puis l'Apôtre voulant retourner
dans les villes de Syrie et de Cilicie, évangélisées lors de la précédente
mission, refusa d'emmener Saint Marc qui s'était dérobé en partant pour
Jérusalem. Alors Saint Barnabé préféra quitter Saint Paul pour retourner à
Chypre avec son neveu (Actes 15:38).
Il accompagna Saint Paul dans son premier voyage à Rome, et participa
à la formation de l’Église dans la capitale impériale. Dans sa prison
romaine, peu avant son martyre, l'Apôtre désirant donner ses ultimes
instructions de vive voix, écrivit à Timothée : « Prends Marc et amène-le
avec toi, car il m'est d'un grand secours pour le ministère (2 Tim. 4:11).
Saint Marc fut aussi l'auxiliaire de Saint Pierre, qui le désigne comme son
fils spirituel parce qu'il le baptisa. Il accompagna le chef des Apôtres à
Rome, puis à Babylone, ville d'Égypte (1 Pierre 5:13), appelée aujourd'hui Le
Caire.
On raconte que lorsqu'il entra dans la grande cité portuaire et commerçante d'Alexandrie, sa chaussure se déchira parce qu'il avait fait un long
voyage. Il se rendit chez le cordonnier Anien pour la faire réparer. Or celuici se piquant avec l'alêne s'écria : « Ô Dieu unique ! » Saint Marc fut
étonné de cette expression car les païens appelaient les divinités par leur
nom propre, et il pensa que ce simple cordonnier adorait le Dieu unique audessus de tous les dieux, le Dieu de la Bible. En effet, dans cette ville cosmopolite se côtoyaient de nombreux cultes d'idoles, mais il y avait aussi beaucoup de Juifs et de lettrés qui pouvaient lire l'Ancien Testament traduit en
grec à la demande du Pharaon Ptolémée II (309-246 av. J.-C.), pour la
fameuse bibliothèque d'Alexandrie. Or à cette époque, les philosophes enseignaient et débattaient dans les places publiques, et la plus simple des personnes pouvait adopter l'idée de l'existence d'un Dieu unique en écoutant la
prédication d'un Juif ou d'un philosophe imbu de la lecture de l'Ancien Testament. Il est dit que Saint Marc, considérant la blessure d'Anien, prit de sa
salive et la mélangea à la terre battue de l'échoppe, puis l'appliqua sur la
blessure qui se résorba sur-le-champ. Anien en fut reconnaissant et l'invita
à demeurer chez lui, en le priant de l'enseigner sur le Dieu unique. Saint
Marc entreprit donc de lui parler du Christ, du Salut qu'Il accomplit sur la
Croix, et de sa sainte Résurrection vivifiante. Anien et toute sa maisonnée
crurent en Jésus-Christ, et Saint Marc les baptisa.
Évangile selon Saint Marc
III
Saint Marc arriva à Alexandrie vers l'an 60, et y demeura près de quatre
ans. Avant de partir pour la Pentapole, il consacra Évêque le cordonnier
Anien, et ordonna trois Prêtres et sept Diacres. Puis il gagna Rome pour
soutenir les Apôtres Paul et Pierre qui se préparaient au martyre. Après
l'exécution de Saint Pierre, qui suivit de peu celle de Saint Paul, il rentra en
Égypte, en l'an 67. Mais les païens s'irritèrent bientôt des succès de sa
prédication. En 69, le jour de la Résurrection (Pâques) qui coincidait avec la
fête du dieu Sérapis, les païens investirent l’Église dans laquelle officiait
Saint Marc et se saisirent de lui. Ils le lièrent avec des cordes pour le traîner
dans les rues pavées. Le soir venu, ils le jetèrent dans un obscur cachot. Au
milieu de la nuit, un Ange lui apparut pour le fortifier et le guérir de ses
multiples blessures ; ensuite le Seigneur vint lui-même le consoler. Le
lendemain, ils le trainèrent encore toute la journée dans les rues de la ville,
jusqu'à ce qu'il soit vidé de son sang. Ainsi il obtint la couronne du martyre.
Alors qu'ils voulaient l'incinérer, une violente tempête se leva et la pluie
abondante éteignit le bûcher. La foule se dispersa sous la violence des
intempéries, et les fidèles purent hardiment enlever sa dépouille. Ainsi
Saint Anien, les Prêtres et les fidèles lui firent les honneurs funèbres et
l'inhumèrent dans l’Église du Boucoléon.
Les reliques de Saint Marc
On dit qu'en 644, un marin mahométan2 entra dans une Église
d'Alexandrie pour y voler de l'or. Il ouvrit la chasse des reliques de Saint
Marc, et prit le crane du Saint qui était protégé d'un voile, pensant qu'il
s'agissait d'un vase d'or. Il cacha la relique sur son bateau. Mais au
moment du départ, le capitaine ne parvenant pas à manœuvrer, il alerta le
commandant de la ville, Amr Ibn Alas. Celui-ci fit une enquête et trouva le
voleur qui lui remit aussitôt la relique. Puis il rédigea une lettre à
l'intention du Pape Benjamin, le 38ème Patriarche, qui s'était retiré dans
un monastère de la Thébaïde pour échapper aux persécutions des
Chalcédoniens. Le Pape accompagné d'une nombreuse délégation vint
recevoir le chef de l'Évangéliste des mains du Commandant, et fit bâtir une
nouvelle Église pour l'abriter. On surnomme cette Église : la suspendue. Le
2. Cette légende est sensée prouver la bienveillance des envahisseurs mahométans envers
les Coptes, après les persécutions opérées par les autorités de l'empire romain suite au refus
de l’Église copte d'accepter les décrets du concile de Chalcédoine.
IV
Préface
trente de Paopi (9 novembre), on fête l'invention de la relique et la
consécration de l'Église qui la conserve.
En 1968, les reliques du corps de Saint Marc qui avaient été volées et
conservées par les marchands vénitiens, furent restituées par le Pape de
Rome, Paul VI, à la délégation copte envoyée par le Pape d'Alexandrie,
Cyrille VI. Après presque onze siècles d'absence, elles retrouvèrent la terre
d'Égypte, et furent déposées, au Caire, dans la nouvelle cathédrale du
Patriarche dédiée à Saint Marc.
Témoignages des Pères sur l'Évangile de Saint Marc
Les Saints Pères affirment que l'Évangile de Saint Marc est lié à la
prédication de Saint Pierre aux habitants de Rome. Ils attestent aussi de
l'antiquité et de la canonicité de cet Évangile.
Dans son Histoire ecclésiastique (VI, 25:5), Eusèbe de Césarée rapporte
que le grand Origène avait déclaré : « Le second Évangile est celui de Saint
Marc, qui l'écrivit sous la direction de Saint Pierre. » Saint Irénée de Lyon
écrivait : « Après la mort de ces derniers (Paul et Pierre martyrisés à Rome),
Marc, disciple et interprète de Pierre, nous transmit aussi par écrit ce que
prêchait Pierre (Contre les hérésies, III, 1:1). » Le même Eusèbe cite aussi
Saint Clément d'Alexandrie : « Voici quelle fut l'occasion de la composition
de l'Évangile selon Saint Marc. Pierre ayant publiquement enseigné la
Parole à Rome, et ayant exprimé la bonne nouvelle dans le Saint-Esprit, un
grand nombre de ses auditeurs prièrent Marc de consigner par écrit les
choses qu'il avait dites, car il l'avait accompagné depuis longtemps et se
souvenait de sa prédication3. Ayant donc composé l'Évangile, il le livra à
ceux qui le lui avaient demandé. Quand Saint Pierre l'apprit, il n'y apporta
ni obstacle ni encouragement (Histoire ecclésiastique, VI, 14:6). »
3. L'Evangile est une instruction en araméen à apprendre par cœur. Marc connaissait donc
parfaitement la prédication de Pierre, et servant d'interpète pour un auditoire héllénophone, il
était le plus apte à mettre par écrit en grec l'Evangile de Pierre. L'Evangile est une instruction
sur le Maître et Seigneur destinée à introduire le fidèle dans le mystère du Christ Jésus. Si l'on
y trouve des traces géographiques et historiques précises, elle reste une oeuvre prophétique
de pure Révélation divine.
Évangile selon Saint Marc
V
La place de l'Évangile de Saint Marc dans l'Évangéliaire
L'ordre canonique des Évangiles est identique dans les différentes Églises
de l'Empire romain : il suit les apparitions des Vivants dans la première
vision d'Ézéchiel4 et il correspont aussi au déroulement de la vie du Christ :
son incarnation (l'Homme de Matthieu), sa tentation (le Lion de Marc), son
sacrifice (le Jeune taureau de Luc), et son ascension (l'Aigle de Jean). Mais
avant la fixation du canon, Saint Irénée de Lyon attribuait l'Aigle à Saint
Marc, car son Évangile « débute par l'Esprit prophétique survenant d'en
haut sur les hommes, en disant : « Commencement de l'Évangile, selon qu'il
est écrit dans le prophète Isaïe. » Il montre ainsi une image ailée de
l'Évangile, et c'est pourquoi il annonce son message en raccourci et par
touches rapides, car tel est le caractère prophétique. » Et le même Père
applique à la manifestation du Verbe de Dieu les quatres figures aux quatre
âges du monde : « aux Patriarches qui existèrent avant Moïse il parlait
selon sa divinité et sa gloire [Lion] ; aux hommes qui vécurent sous la Loi il
assignait une fonction sacerdotale et ministérielle [Jeune taureau] ; ensuite,
pour nous, il se fit homme ; enfin, il envoya le don de l'Esprit céleste sur
toute la terre, nous abritant ainsi sous ses propres ailes [Aigle]. » Quels que
soient les liens attribués entre les quatre Vivants et les Évangiles ou entre
les quatre Vivants et le Verbe, ce symbolisme vise autant à différencier les
quatre Évangélistes qu'à manifester l'unité de l'Évangile. Comme le Christ
est un, comme l'Église est une, ainsi l'Évangile est un ; et son action se
développe dans l'univers par la Croix, image à la fois de pénitence et du
triomphe salvifique.
L'Évangile de Saint Marc est rangé en deuxième, après celui de Saint
Matthieu, destiné à la prédication des Juifs, et avant celui de Saint Luc,
réservé à la prédication des Gentils. Il est vraisemblable qu'il était enseigné
aux Catéchumènes, tant Juifs que Gentils. Il constituait probablement le
livre liturgique correspondant au premier degré de l'initiation chrétienne,
4. Et au milieu du feu il y avait comme la ressemblance de quatre animaux... et chacun d'eux
avaient quatre faces et quatre ailes... Ils ne se retournaient pas, quand ils marchaient, mais
chacun d'eux allait devant soi. Et voici la ressemblance de leurs faces : tous quatre avaient une
face d'homme, et tous quatre, à droite une face de lion, tous quatre, à gauche, une face de
veau, et tous quatre, au dessus, une face d'aigle... Et au milieu des animaux, il y avait comme
des charbons ardents et des lampes courant ensemble entre les animaux, et une flamme écla tante, et de la flamme sortait des éclairs (Ez. 1:5-13).
VI
Préface
le second était composé des deux Évangiles qui l'encadre, et le troisième par
l'Évangile suprême de Saint Jean le Théologien. Il est en effet de Tradition
de distinguer trois degrés dans la progression spirituelle chrétienne : celui
des Catéchumènes et des fidèles appelés les simples, celui des persévérants
qui correspond au Diaconat et à la Prêtrise, et enfin celui des Parfaits ou
des Théologiens qui correspond au Grand Schème5 et à l'Épiscopat.
Les caractéristiques de l'Évangile de Saint Marc
La plupart des Saint Pères attribuent à Saint Marc le Lion, conférant à
son Évangile un caractère royal. En effet, à son commencement « celui qui
crie dans le désert » est comme un lion qui rugit produisant la crainte et la
conversion des pécheurs ; et ce n'est que pour la venue d'un Roi qu'on
« applanit les chemins. » Or le rugissement du lion est Saint Jean le
Précurseur, qui donne un baptême de pénitence, et le lion lui-même, qui est
aussi le Roi, est le Christ qui vient chercher les disciples que le Baptiste Lui
a préparé, et qui jugera tous les hommes à la fin des temps. Dans la Sainte
Écriture, Dieu est souvent comparé à un lion : Il rugit pour avertir de sa
sentence, puis Il l'exécute avec la violence et la force implacable d'un fauve.
L'avertissement de Dieu passe par ses Prophètes : « Le Seigneur ne fera rien
qu'Il n'ait révélé ses instructions à ses serviteurs les Prophètes. Le lion
rugira, et qui n'en sera pas épouvanté (Amos 3:7) ?» Et si les hommes ne
font point pénitence, il les frappera : « Je suis comme une panthère pour
Ephraïm, et comme un lion pour Juda ; et je m'élancerai, et je saisirai et
ravirai ma proie, et nul ne pourra me l'arracher (Osée 5:14-15).» Et Saint
Jean, à propos du second Avènement, désigne le Sauveur comme le lion de
la tribu de Juda (Apoc. 5:5).
Selon la Sainte Écriture, le Roi est le berger de son peuple, et le bras de
Dieu qu'il doit suivre en tout. Dans l'Évangile de Saint Marc, la royauté du
Sauveur est développée dans le huitième chapitre, au cœur du texte. Il doit
veiller sur son peuple, le nourrir et le conduire à la vérité, par l'exemple du
renoncement à soi-même, et il en est le juge suprême. Enfin, comme dans
les autres Évangiles, au moment de sa Passion, le Sauveur reçoit par
dérision le titre de Roi des Juifs, qui est le motif de sa condamnation, afin de
5. Le Grand Schème est l'habit caché que revêt le moine qui s'engage à jamais au service du
Sauveur. La coutume fut de nommer Evêque un moine possédant ce zèle et cette piété afin
qu'il poursuive son sacrifice en guidant son troupeau, à l'image du divin Maître.
Évangile selon Saint Marc
VII
montrer que son royaume n'est pas de ce monde, et que les Juifs se
trompaient en attendant un Messie politique.
L'Évangile de Saint Marc est écrit dans un style vif et dépouillé, les
scènes s'enchaînent vigoureusement en mêlant deux fils conducteurs :
l'affirmation de la divinité du Christ et l'incrédulité des hommes et des
Apôtres. De la sorte, Saint Marc fait ressortir le caractère salutaire de la foi
en Jésus-Christ. Il nous fait marcher à pas soutenus derrière le Christ 6, Dieu
fort annoncé par le Prophète Isaïe (9:6), et lion victorieux de la tribu de
Juda.
Les Apôtres se servaient des langues qui étaient en usage parmi les
nations auxquelles ils prêchaient l’Évangile. Or les Juifs qui étaient répandus dans tout l'Empire Romain, et la plupart des Juifs qui étaient à Rome,
parlaient plutôt grec que latin. Il n'est donc pas surprenant que Saint Marc
ait composé son ouvrage en grec en traduisant la prédication de Saint
Pierre qui parlait l'araméen.
Pour ce qui est du temps auquel il a été écrit, un grand nombre de
manuscrits grecs qui marquent les dates de chaque Évangile, indique que
Saint Marc publia le sien dix ans après la mort de Jésus-Christ 7. Il est
probable que le Seigneur prit le soin de préparer oralement Lui-même les
quatre Évangiles avec les Apôtres, entre le moment de sa Résurrection et de
son Ascension, car certains récits ne pouvaient être ni relatés, ni compris
sans les explications du divin Maître. Or la liturgie proprement chrétienne
devait aussi disposer de textes fiables pour l'enseignement des
catéchumènes, des persévérants et des parfaits, et pour le Baptême et la
Communion eucharistique. Enfin les textes étaient indispensables à la
catholicité de l’Église qui s'adressaient à toutes les nations, ce dont
témoignent particulièrement les épîtres de Saint Paul. Or les Apôtres
portèrent la Bonne Nouvelle de la Rédemption jusqu'aux extrémités du
monde, dépassant le monde romain et méditerranéen pour atteindre
6. Le ministère public du Christ se déroule sur plusieurs années, mais l'Evangile de Saint Marc,
ne donnant pas de repères temporels, paraît se développer sur quelques mois.
7. Selon l'étude du chanoine Crampon, Saint Marc rédigea son Evangile lors de la première
prédication de Saint Pierre, qui fuyait la persécution d'Hérode Agrippa, à Rome, en 42. Or Saint
Marc le transcrivit avant de partir à Alexandrie en 43. Citant Saint Clément d'Alexandrie,
Eusèbe écrit : « En ce qui regarde l'ordre des Evangiles, la tradition des anciens Presbytres dit
que ceux qui contiennent les généalogies furent écrits avant les autres, puis celui de Marc, et
le dernier de Jean (Histoire ecclésiastique, VI, 14:5-7).
VIII
Préface
jusqu'à l'Éthiopie, l'Inde et la Chine, par les voies terrestres ou maritimes.
De sorte que l'Évangile se répandit comme le feu d'une traînée de poudre
dans toutes les grandes cités du monde habité selon la Parole du Verbe
incarné : « Allez par tout le monde, prêcher l'Évangile à tous les hommes
(Marc 16:15) ! »
La traduction de Richard SIMON
Richard SIMON (1638-1712), Prêtre de l'Oratoire pendant seize ans, puis
curé de Bolleville près de Fécamp, est considéré comme le fondateur de la
critique biblique. Né à Dieppe d'un père forgeron, son curé remarque sa
piété et son intelligence, et le pousse vers la prêtrise. Il étudie chez les
Oratoriens de Dieppe, apprenant le grec et le latin, puis chez les Jésuites de
Rouen. Il vient à Paris suivre les cours de la Sorbonne pendant trois ans. Il
apprend l'hébreux et étudie le judaïsme, en particulier les commentaires
bibliques. Il apprend encore l'arabe, le copte et le syriaque pour mieux
comprendre la doctrine des Églises les plus traditionnelles. Il se consacre à
la lecture des Pères et à leur exégèse, écartant Augustin d'Hippone pour ses
innovations. Étant devenu l'un des plus grands érudits de son siècle, il
combat les Protestants et n'épargne pas les Jansénistes. Mais Bossuet
craignant ces découvertes considère à tort qu'il menace la tradition
catholique romaine. Pourtant le but de Richard SIMON est de trouver la
tradition la plus exacte et de montrer ses développements. Fils fidèle de
l'Église latine, il ne saura pas remettre en cause le dogme de l'évolution
organique du dogme. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'Ancien et le
Nouveau Testament, et diverses brochures en réponse aux nombreuses
polémiques qu'ils déclenchèrent. Sa traduction du Nouveau Testament est
assurément l'une des plus précises et estimables qui soit, puisqu'il recourt à
plusieurs manuscrits antiques de langues variées.
Nous avons retouché le texte du Père Richard SIMON, préférant parfois
la leçon qu'il réservait en note, ou remplaçant un mot désuet. Les notes sont
écrites par nos soins, afin de restituer le milieu historique et spirituel du
texte. La postface présente différents sujets indispensables qui nécessitaient
un développement. Nous avons ajouté des titres pour faire ressortir le
déroulement du texte. Il est bon de lire l’Évangile seul, plusieurs fois,
ensuite la postface, et enfin les notes.
Évangile selon Saint Marc
Et regardant ceux qui étaient autour de Lui,
Il leur dit : Voici ma mère, et mes frères :
car celui qui fait la volonté de Dieu
est mon frère, ma sœur, et ma mère.
(Marc 3:34)
Ô mon peuple, attachez-vous à ma Loi ;
Inclinez votre oreille aux paroles de ma bouche.
J'ouvrirai ma bouche parlant en paraboles ;
Je dirai les choses cachées dès le commencement.
Combien de grandes choses nous avons entendues et connues,
et que nos pères nous ont racontées.
Elles n'ont pas été cachées à leurs fils
dans la génération suivante :
Ils ont raconté les louanges du Seigneur,
Ses œuvres puissantes et ses merveilles, qu'Il a faites.
(Psaume 77:1-4)
IX
X
Préface
TRACHONITIDE
DÉCAPOLE
Jérusalem
LA PALESTINE AU TEMPS DE JÉSUS LE MESSIE
Évangile selon Saint Marc
1
ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT MARC
DEBUT DE LA VIE PUBLIQUE
(1:1-45)
Jean le Précurseur, Baptême et triple tentation, Prédication et appel des
quatre premiers disciples, Exorcisme dans la synagogue, Mission de
guérisons et de prédications, Foi du lépreux désobéissant.
Jean le Précurseur (1:1-8)
Commencement1 de l’Évangile de Jésus le Messie 2, Fils de Dieu3,
selon ces paroles des Prophètes : Voilà que j'envoie mon Ange devant
vous, qui vous préparera le chemin (Malachie 3:1). La voix d'un homme
qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, faites lui des
sentiers aplanis4 (Isaïe 40:3).
1. Le commencement de l'Evangile de Jésus le Messie fait référence au premier mot du
Pentateuque, la Loi de Moyse : Au commencement, Dieu créa le Ciel et la terre (Gen. 1:1). Si
Jésus-Christ est le Dieu créateur, selon la volonté du Père, par son Incarnation, Il vient recréer
le genre humain en s'offrant pour expier ses péchés et l'instruire du véritable salut.
2. L'Evangile (Littéralement : la Bonne ou Joyeuse Nouvelle - de la Rédemption -) est aussi
appelé la Loi de la Liberté parce que Jésus-Christ nous a affranchis de l'esclavage du péché,
et nous a fait enfants de Dieu (Jacques 2:12 ; Galates 5:13). Le prénom Jésus signifie Dieu
sauve ou le Sauveur. Le Messie (Christ en grec) est celui qui reçoit l'onction de la royauté ou
de la prêtrise, c'est-à-dire que sa mission parmi les hommes est tournée vers Dieu. A l'époque
de Jésus-Christ, le peuple juif attendait le Messie, qui devait rétablir la puissance d'Israël et sa
prospérité. Or le Sauveur vient établir un peuple neuf, qui lui rendra le culte demandé par le
Père, en Esprit et Vérité.
3. Dans l'Ancienne Alliance, le titre de Fils de Dieu est donné collectivement au peuple d'Israël
(Deut. 14:1). Le roi David ne le reçoit pas directement mais le Prophète lui dit de la part de
Dieu : Je serai un père pour lui et lui sera pour moi un fils (2 Samuel 7:14). Saint Marc donne
trois fois ce titre au Sauveur pour désigner sa divinité personnelle.
4. Pour se préparer à l'arrivée de son Seigneur, le fidèle doit affermir sa droiture, c'est-à-dire
renforcer sa piété et son ascèse. Quand on attend un Roi dans une ville, on répare la route par
laquelle il doit passer.
Ces deux citations sont proches d'un texte essénien : (les néophytes) se sépareront du milieu
des hommes impies pour aller au désert, afin d'y suivre la voie du Seigneur, selon la parole :
2
Évangile selon Saint Marc
Jean5 immergeait dans le désert, et y prêchait un baptême de
pénitence6, pour la rémission des péchés. Toute la Judée, et tous
ceux de Jérusalem allaient à lui ; ils confessaient leurs péchés à
haute voix, et il les baptisait dans le Jourdain. Or Jean avait un habit
de poils de chameau, avec une ceinture de cuir autour de ses reins 7 ;
il se nourrissait de sauterelles8, et de miel sauvage.
Dans le désert, tracez le chemin de Dieu, aplanissez dans la solitude une chaussée pour notre
Dieu. La voie, c'est l'étude de la Loi (Règle de la Communauté 8:13).
5. Jean signifie en qui est la grâce de Dieu. L'Evangile de saint Luc dit qu'il reçut la grâce de
Dieu dans le sein de sa mère, en recevant la bénédiction du Sauveur, qui demeurait dans le
sein de la Vierge Marie, car elles étaient cousines et enceintes avec un décalage de six mois.
Nous ne savons pas ce que fut ensuite la relation entre les deux cousins. Mais Jean reconnu
Jésus comme le Messie tant attendu, parce que la grâce de Dieu agissait en lui, et qu'il menait
une vie resserrée sur la venue du Messie, lui préparant par le rite de l'immersion des disciples
repentis. L'institution des Prophètes n'existait plus à cette époque, il est donc vraisemblable
que Jean, faisant le voeux de consacrer toute sa vie à Dieu, était un Nazir (Nomb. 6:1-21),
comme Samson (Juges 13:2-24) et Samuel (1 Sam. 1:10-20). Jean fut surnommé le Baptiste
et le Précurseur, en référence au Sauveur.
6. Jean ne baptisait personne qui ne confessât d'abord ses péchés.
C'est par l'Esprit saint de la Communauté, dans sa vérité, qu'il sera purifié de toutes ses
iniquités ; et c'est par l'Esprit de droiture et d'humilité que sera expié son péché. Et c'est par
l'humilité de son âme à l'égard de tous les préceptes de Dieu, que sera purifiée sa chair, quand
on l'immergera avec l'eau lustrale et qu'il se sanctifiera dans l'eau courante (Règle de la
Communauté, 3:7).
7. Il portait un vêtement de pénitence, et menait une vie droite et resserrée sur l'annonce de la
venue du Christ. C'était un homme couvert de poils, avec une ceinture de peau autour des
reins. Le Roi dit alors : C'est Elie le Thesbite (2 Rois 1:9).
8. Plusieurs peuples anciens consommaient des sauterelles ; et la Loi permettait d'en manger
quatre espèces (Lév. 11:22). Mais certains Pères qui voyaient en Jean le modèle et le
précurseur des moines, ne pouvaient accepter un régime si singulier ; car les moines, dans
leur ascèse, ne mangent que du pain, des légumes et des fruits. C'est pourquoi certains
copistes ont écrit que Jean se nourrissait de jeunes pousses et de fruits sauvages. Or la
sauterelle qui ravage les récoltes dans la matinée et disparaît à midi, pourrait figurer l'esprit
soumis à la convoitise ou à l'irritabilité, qui dévore l'âme, sautant sans arrêt d'une pensée à
l'autre ; quant au miel, qui est un met excellent et précieux, il désignerait la contemplation de
Dieu. Ainsi le fait de manger des sauterelles signifierait la garde de l'esprit et la maitrise des
passions ; et le miel, la contemplation en pensée, en actes et en paroles de la volonté de Dieu.
Ou bien une variété de sauterelle et le miel étant des mets de prince, ils évoquent les fruits
Évangile selon Saint Marc
3
Et il proclamait : Il en vient Un après moi, plus puissant que moi, et je
ne suis pas digne de me jeter à ses pieds pour délier la courroie de ses
sandales9. Je vous ai baptisé dans l'eau ; mais Lui, Il vous immergera dans le
Saint-Esprit.
Baptême et tentation de Jésus (1:9-13)
En ce temps-là, Jésus10 vint de Nazareth, ville de Galilée 11, et fut
baptisé par Jean dans le Jourdain 12. Aussitôt, comme Il sortait de
l'eau, il vit les cieux s'ouvrir 13, et l'Esprit descendre en forme de
spirituels de la prière soutenue par l'ascèse, qui trouve son couronnement dans la vision de la
Sainte Trinité.
Le caroubier donne un fruit ressemblant à une sauterelle, son goût est doux et sucré comme
le miel. La caroube, appelée pain de saint Jean, est une nourriture réservée aux pauvres, et
aux bestiaux (Luc 15:16). Le caroubier, dont le feuillage est persistant (Ps. 1), serait la figure
de l'essénisme, qui s'oppose au figuier, figure du pharisianisme.
9. Autrement dit je ne suis même pas digne d'être le dernier de ses esclaves.
10. Dans l'Ancien Testament, ce Nom est porté par Josué, fils de Noun et successeur de
Moyse, par le fils de Sirach qui a écrit le livre saint de l'Ecclésiastique, et par le fils de Yosadak,
le grand Prêtre qui travailla à la reconstruction du Temple (Esdras 5:2).
11. Nazareth signifie celle qui conserve, et elle accueillit les descendants de David au retour de
l'exil. On la surnommait la fleur de la Galilée pour la beauté de son paysage et sa richesse
agricole. La Galilée était peuplé de juifs et de païens de différentes nations.
12. Le Jourdain est un fleuve qui coule dans une faille rectiligne, qui débute au nord dans les
montagnes de l'Hermon et de l'Anti-Liban, traverse le lac de Tibériade et débouche au sud
dans la mer morte. Il parcourt environ deux cents quinze kilomètres, mais à cause de ses
nombreux méandres, son cours mesure près du double. Or la déclivité étant forte, son débit
est rapide. Son nom signifie le descendant, ou selon une autre étymologie, la rivière de la
peine et du jugement. Jean le Précurseur y baptise le Christ par immersion, près de
l'embouchure de la mer morte, et à cette occasion, il reçoit la révélation de la Sainte Trinité. La
tradition identifie le lieu du Baptême du Seigneur, près de la ville de Jéricho, avec celui de la
traversée miraculeuse du Jourdain par les Hébreux menés par Josué (Jos. 3:1-17) et celui de
l'enlèvement du Prophète Elie dans un char de feu (2 Rois 2:1-14). Elysée qui reçut d'Elie son
manteau en héritage, c'est-à-dire son esprit de prophétie, annonça à Naaman, le chef de
l'armée du Roi de Syrie, qu'il serait guérit de sa lèpre s'il se plongeait sept fois dans le Jourdain
(2 Rois 5:10). Notre-Seigneur traversa plusieurs fois le Jourdain pendant sa vie publique. Il
passait probablement par les gués de Bethsan pour aller dans la Pérée, et par ceux situés visà-vis de Jéricho lorsqu'Il se rendait dans la capitale de la Judée et à Béthanie (Marc 10:1).
13. Récit de la vision de Jean, donné à ses disciples proches pour désigner clairement Jésus
comme le Christ attendu, et seconde personne de la Sainte Trinité. Le Christ sans péché, se
laisse baptiser parce qu'Il vient se charger de tous les péchés des hommes, et s'attacher
4
Évangile selon Saint Marc
colombe14 sur Lui : On entendit en même temps cette voix qui venait
du ciel : Vous êtes mon Fils bien-aimé, Je me plais en Vous 15 (Isaïe 42:1).
Aussitôt l'Esprit Le poussa dans le désert, où Il demeura quarante
jours, y étant tenté par Satanas16 : Il était parmi les bêtes sauvages ;
et les Anges Le servaient17.
Prédication et appel des quatre premiers disciples (1 :13-22)
Mais après que Jean eut été emprisonné, Jésus alla en Galilée, où
Il prêcha l’Évangile du Royaume18 de Dieu, disant : Le temps est
accompli19, et le Royaume de Dieu est proche ; faites pénitence et croyez à
l’Évangile.
Comme Il marchait le long de la mer de Galilée, Il vit Simon, et
André son frère, qui jetaient leurs filets à la mer ; car ils étaient
pêcheurs. Jésus leur dit : Suivez-moi, je vous ferez pêcheurs
d'hommes. Et ayant aussitôt quittés leurs filets, ils Le suivirent.
De-là s'étant un peu avancé, Il vit Jacques fils de Zébédée, et Jean
son frère, qui raccommodaient leurs filets dans leur bateau. Ils les
beaucoup des disciples préparés par Jean. Il est le nouvel Adam.
14. La colombe figure la douceur, la fécondité et la fidélité.
15. Voici mon enfant, je le soutiendrai, mon élu, en qui se complaît mon âme, j’ai mis sur Lui,
mon Esprit : Il apportera la Justice aux Nations (Isaïe 42:1).
16. Quarante est le nombre de la purification (même durée pour la pluie du Déluge, et la prière
de Moyse sur la montagne, avant la réception de la Loi). L'échec du tentateur marque
l'authenticité et l'accomplissement de la purification. Ce n'est pas que le Seigneur ait besoin de
purification, mais Il montre la voie à ses disciples, et Il les devance.
17. Satanas Le tenta par ses démons (bêtes sauvages), puis vint en personne. Mais il fut
vaincu et les bons Anges vinrent servir leur Dieu. Le Baptême au Nom du Christ exige le
renoncement au monde et à ses tentations, par l'infusion du Saint-Esprit le chrétien reçoit la
grâce de tenir cet engagement ; le Sauveur est son seul Maître et modèle.
18. Royaume ou Règne de Dieu.
19. La venue du Messie est l'accomplissement du temps prédit par les Prophètes de Dieu ; le
temps de la rédemption des justes et du jugement des méchants ; le temps de commencer son
ministère et de faire des disciples.
Évangile selon Saint Marc
5
appela aussitôt20 ; et ils Le suivirent, laissant Zébédée, leur père,
dans le bateau avec ses gens.
Ils vinrent à Capharnaüm21, et d'abord, étant entré dans la
synagogue le jour du sabbat, Il les enseigna. Et ils étaient tout
étonnés de sa doctrine. Car Il les enseignait comme ayant autorité,
et non pas comme faisaient les Scribes22.
Exorcisme dans la synagogue (1:23-28)
Il y avait dans leur synagogue un homme possédé d'un esprit
immonde, qui s'écria : Qu'avons-nous à faire avec Vous, Jésus de
Nazareth ? Êtes-Vous venu pour nous perdre ? Je sais qui Vous êtes ; Vous
êtes le Saint23 de Dieu. Mais Jésus le menaça, et lui dit : Tais-toi, et sors
de cet homme. L'esprit immonde, lui donnant de violentes secousses,
le jette au sol, et poussant de grands cris, sortit. Tous en furent si
étonnés, qu'il se demandaient les uns aux autres : Qu'est-ce que ceci ?
Quelle est cette nouvelle doctrine24 ? Car Il commande avec autorité, même
aux esprits immondes, et ils Lui obéissent. Sa réputation se répandit
aussitôt par toute la Galilée.
20. Le Sauveur appelle d'abord deux hommes mûris par l'âge et les tribulations de la vie, puis
deux jeunes hommes encore sous la main de leur père. Les hommes mûrs figurent le peuple
hébreux et les hommes jeunes les nations païennes. Il appelle deux fois deux frères pour
marquer que le signe de l'Eglise est la fraternité. Simon est celui qui entend la tristesse de la
chair, et André, celui qui répond généreusement à l'appel de Dieu. Jacques est celui qui
supplante par sa foi, et Jean, celui qui est rempli de la grâce de Dieu. Dans l'ordre de ces
quatre noms, il y a comme une progression spirituelle : le dégoût de la chair, l'orientation vers
Dieu, la fortification dans la foi, la glorification par la grâce.
21. Le Bourg de Nahum, le Prophète, ou le Bourg de la Consolation car devait s'y produire le
Consolateur d'Israël (Isaïe 9:1). Voici sur les montagnes les pieds de Celui qui apporte la
bonne nouvelle et qui annonce la paix (Nahum 1:15). Le jour du sabbat, il y avait sept lectures
le matin, et quatre l'après-midi. Le chef de la synagogue appelait à lire et à prêcher ceux qui en
étaient le plus dignes, en particulier le visiteur qui avait rang de Docteur (Rabbin).
22. Docteurs attachés à une synagogue, chargés de la conservation des rouleaux de l'Ancien
Testament et de l'interprétation de la Loi. Le Scribe est souvent un Pharisien.
23. Fondement évangélique de la formule du Trisagion (Isaïe 6:3, Apoc. 4:8, Jean 12:41). Dans
l'Ancien Testament, le Messie est appelé le Saint des Saints (Dan. 9:24 ).
24. La doctrine est nouvelle parce qu'elle couronne la Loi de Moyse, qu'elle est prêchée avec
autorité : le Sauveur explique les Saintes Ecritures sans recourir aux commentateurs ; et Il
chasse les démons en faisant de nombreux miracles de guérison.
6
Évangile selon Saint Marc
Mission de guérisons et de prédications (1:29-39)
Ils ne furent pas plutôt sortis de la synagogue, qu'ils s'en allèrent
avec Jacques et Jean, à la maison de Simon et d'André. Or la belle
mère de Simon avait la fièvre et était au lit, d'abord ils Lui parlèrent
d'elle. Il s'approcha, et l'ayant prise par la main, Il la fit lever : au
même instant, la fièvre25 la quitta, et elle les servit.
On Lui apporta sur le soir, après le coucher du soleil, tous les
malades et tous les possédés ; en sorte que toute la ville était
assemblée devant sa porte. Il en guérit plusieurs qui étaient fort
travaillés de diverses maladies 26, et Il chassa plusieurs démons,
auxquels Il ne permettait point de parler, parce qu'ils savaient qui Il
était27.
S'étant levé de très grand matin, Il sortit, et s'en alla dans un lieu
désert, où Il priait. Simon et ceux qui étaient avec Lui Le suivirent,
et L'ayant trouvé28, ils Lui dirent : Tout le monde Vous cherche. Il leur
répondit : Allons aux villages et aux villes du voisinage, afin que J'y prêche
aussi : car Je suis venu pour cela29. Il prêchait donc dans les synagogues
de toute la Galilée, et chassait les démons.
Foi du lépreux désobéissant (1:40-45)
Il vint à Lui un lépreux qui Le suppliant, se mit à genoux, et Lui
dit : Si Vous le voulez, vous pouvez me purifier 30. Jésus ayant pitié de lui,
étendit la main, et le touchant, Il lui dit : Je le veux ; Sois purifié. Ce
qu'Il n'eut pas plutôt dit, que la lèpre de cet homme le quitta, et
qu'il fut guéri. Il le renvoya aussitôt en lui disant avec de fortes
menaces : Garde-toi bien de dire cela à personne : mais va te montrer aux
Prêtres31 ; et pour ta purification, fais l'offrande que Moyse a ordonnée, afin
25. Il s'agit vraisemblablement du paludisme, maladie endémique.
26. Le Sauveur est à la fois le médecin de l'âme et du corps ; Il apporte le salut et la santé.
27. Le Sauveur ne voulait pas que des démons impurs témoignassent de sa divinité, car ils Le
reconnaissaient mais sans conversion de cœur, ni humilité.
28. Car il faisait nuit, et ils le cherchaient.
29. Convertir les cœurs et guider les fidèles vers le Salut.
30. Selon la Loi, la lèpre est une impureté produite par le péché. Le lépreux figure le genre
humain défiguré par le péché et la mort.
31. Le jugement de la lèpre appartenait de droit à tous les Prêtres. Les lépreux étaient
maudits : habitant à l'écart, dans une grande pauvreté, ils attendaient la mort.
Évangile selon Saint Marc
7
qu'elle leur serve de témoignage (Lév. 14). Mais étant sorti, il le publia,
et le dit partout ; de sorte que Jésus ne pouvait plus se montrer dans
la ville ; mais Il se tenait dehors en des lieux déserts, et l'on venait à
Lui de toutes parts.
OPPOSITION DES SCRIBES ET DES PHARISIENS
(2:1-3:6)
Guérison et pardon d'un paralytique, Festin chez le publicain, Violation
du jeûne, Arrachage du blé le jour du sabbat, Guérison de la main à la
synagogue le jour du sabbat.
Guérison et pardon d'un paralytique (2:1-12)
Quelques jours après, Il revint à Capharnaüm, et l'on apprit qu'Il
était dans la maison. Il s'y assembla aussitôt tant de monde, qu'ils ne
pouvaient pas même tenir devant la porte. Et Il annonçait la Parole
de Dieu, lorsqu'on vint Lui apporter un paralytique, qui était porté
par les quatre. Ne pouvant lui présenter à cause de la foule, ils
découvrirent le toit de la maison où Il était, et y ayant fait une
ouverture, ils descendirent le grabat sur lequel le paralytique était.
Jésus voyant leur foi32, dit au paralytique : Mon fils, vos péchés vous
sont remis. Or il y avait là quelques Scribes et des Pharisiens, qui
faisaient ce raisonnement en eux-mêmes : Que veut dire cet homme
parlant de la sorte ? Il blasphème : Qui peut remettre les péchés, que
Dieu seul ?
Jésus ayant aussitôt connu par son Esprit, qu'ils avaient cette
pensée, leur dit : Pourquoi avez-vous de telles pensées en votre cœur ?
Lequel est le plus aisé, de dire au paralytique : Tes péchés te sont remis, ou
de lui dire : Lève-toi, emporte ton grabat, et marche ? Or afin que vous
sachiez que le Fils de l'homme33 a le pouvoir sur terre de remettre les
32. Les quatre disciples de Jésus, animés par une grande foi, percent un trou dans le toit en
terrasse de la maison de Simon-Pierre, afin de présenter le paralytique au Seigneur.
33. Le titre de Fils de l'homme est donné quinze fois au Sauveur, il apparaît dans la vision de
Daniel (7:13) : Et voilà qu'avec les nuées du ciel vint comme le Fils de l'homme, et Il s'avança
jusqu'à l'Ancien des jours, et Il se présenta devant Lui. Et il Lui fut donné puissance, honneur
et royauté ; et les peuples et les tribus, et les hommes de toutes langues le servirent. Sa puis -
8
Évangile selon Saint Marc
péchés : Lève-toi, je te le commande, dit-il au paralytique, emporte ton
grabat, et va-t'en en ta maison. Le paralytique se leva aussitôt, et
emportant son pauvre lit, il s'en alla devant tout le monde ; en sorte
qu'ils étaient tous en admiration, et rendaient gloire à Dieu, disant :
Nous n'avons jamais rien vu de semblable.
Festin chez le publicain (2:13-17)
Il retourna de là vers la mer, où une multitude de peuple alla le
trouver, et Il les enseignait. Lorsqu'Il passait, Il vit Lévi 34 fils
d'Alphée, assis au bureau des impôts, à qui Il dit : Suis-moi ; et il se
leva, et Le suivit. Il arriva que Jésus étant à table dans la maison de
cet homme, beaucoup de publicains et de pécheurs s'y mirent avec
Lui, et avec ses disciples, car un grand nombre de ces gens-là le
suivait. Les Scribes35 et les Pharisiens36 voyant qu'Il mangeait avec
les publicains et les pécheurs, dirent à ses disciples : Pourquoi votre
Maître mange-t-il et boit-il avec les publicains et les pécheurs ? Jésus, les
ayant entendus leur dit : Ceux qui se portent bien n'ont pas besoin de
médecin ; mais ceux qui se portent mal. Car je ne suis point venu appeler
des justes, mais les pécheurs, à la pénitence37.
Violation du jeûne (2:18-22)
Or les disciples de Jean, et les Pharisiens qui aimaient à jeûner
vinrent Lui dire : Pourquoi les disciples de Jean, et les Pharisiens jeûnentsance est éternelle et ne s'achèvera pas, et son règne ne périra jamais. Dans l'Evangile, il
remet les péchés, n'est pas soumis au Sabbat, et viendra dans la gloire sur les nuées, se
tenant à la droite du Tout-puissant, pour juger le monde. Mais avant, selon ce qu'il est écrit, Il
doit souffrir beaucoup, être livré, condamné et tué, puis ressusciter le troisième jour. Tout cela
parce qu'Il vient pour servir, et donner sa vie pour la rédemption de plusieurs. Et Il est proche
de ceux qui sont dans la tribulation.
34. L'Evangéliste Saint Matthieu était percepteur (publicain) pour la puissance romaine. Bien
que Juif, il était considéré pécheur aux yeux des Pharisiens, à cause de son métier.
35. Les Scribes formaient un des trois ordres du Sanhédrin, le grand conseil des Juifs, leur
science religieuse étaient reconnue, et beaucoup d'entre-eux étaient Pharisiens.
36. Les Pharisiens affirmaient la prépondérance de la tradition humaine, c'est-à-dire la glose
de la Loi (Talmud), sur la Loi elle-même. Ils se considéraient comme les seuls légitimes
détenteurs de l'interprétation juste de la Loi, et formaient un parti puissant.
37. Ceux qui se considèrent justes demeurent dans leur orgueil, et ne peuvent faire pénitence,
or Tout homme est menteur (Ps. 115:2) ; Il n'y a personne de juste (Ps. 13:3).
Évangile selon Saint Marc
9
ils, et que vos disciples ne jeûnent point ? Jésus leur répondit : Ceux qui
sont aux noces, peuvent-ils jeûner pendant que l'Époux 38 est avec eux ? Ils
ne doivent pas jeûner, tant que l'Époux est avec eux. Mais il viendra un
temps que l'Époux leur sera ôté ; et c'est en ce temps-là qu'ils jeûneront 39.
On ne met point une pièce d'étoffe écrue, à un vieil habit ; autrement ce
qu'on y a mis de neuf emporte une partie du vieux, et l'habit se déchire
davantage. On ne met point non plus de vin nouveau dans de vieilles
outres ; autrement le vin rompra les outres et se répandra, et les outres ne
vaudront plus rien : mais on doit mettre le vin nouveau dans des outres
neuves40.
Ramassage d'un peu de blé le jour du sabbat (2:23-28)
Il arriva que comme le Seigneur marchait le long des blés, un jour
de sabbat, ses disciples allant devant se mirent à arracher des épis.
Et les Pharisiens Lui dirent : Voyez, pourquoi font-ils un jour de sabbat,
ce qu'il n'est point permis de faire ? Il leur répondit : N'avez-vous point lu
ce que fit David, lorsque lui et ceux qui l'accompagnaient furent pressés de
la faim ? Comment il entra dans la maison de Dieu, du temps du grand
Prêtre Abiathar, et mangea les pains qui avaient été devant le Seigneur,
38. Le Seigneur se présente comme l'Epoux qui invite les disciples au banquet de noce. Or les
disciples forment l'Eglise, qui est la véritable épouse. Saint Paul dit : Car je suis jaloux de vous
de la jalousie de Dieu, parce que je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge
chaste présentée au Christ (2 Cor. 11:2). Et le Prophète annonce à propos de Sion : Tel le
jeune homme demeure avec la vierge qu'il a épousée, tels tes fils résideront en toi ; et le
Seigneur se réjouira en toi, comme le jeune époux en sa jeune épouse (Isaïe 62:5). Le Christ
fournit à sa nouvelle épouse la dot du Saint-Esprit, car chez les Juifs, la dot était fournie par
l'époux et ses parents ; ainsi Jacob dut travailler pour obtenir successivement Lia, puis Rachel
(Gen. 29:18-28).
39. Dans la langue de l'Ancien Testament, jeûner se dit : affliger son âme. Le jeûne est une
pratique de pénitence, de renoncement et de deuil, qui dépasse l'alimentation. Il ne se faisait
qu'au jour de la fête de l'Expiation (Lév. 16:29), qui rappelle le jugement de Dieu sur les
adorateurs du veau d'or (Exode 32:19-29). Le grand Prêtre n'entrait dans le Saint des Saints
que ce jour-là. De son temps il existait une dizaine de jeûnes publics, mais le Seigneur ne
suivait pas nécessairement ceux institués par les Docteurs juifs, puisqu'ils n'avaient pas été
institués par Dieu mais par les hommes eux-mêmes.
40. Le vin nouveau est l'enseignement du Christ que reçoit l'Eglise, et le vin ancien est celui
que reçut la synagogue par l'intermédiaire de Moyse et des Prophètes. Au sein même de
l'Eglise, le vin nouveau est servi aux Catéchumènes et le vin ancien aux fidèles accomplis.
10
Évangile selon Saint Marc
dont il n'était permis qu'aux Prêtres de manger, et en donna à ceux qui
étaient avec lui (1 Roi 21) ? Il leur dit aussi : le sabbat à été fait pour
l'homme, et non pas l'homme pour le sabbat. C'est pourquoi le Fils de
l'homme est Maître41 même du sabbat.
Main guérie pendant le sabbat dans la synagogue (3:1-6)
Il entra une autre fois dans la synagogue, où était un homme qui
avait la main desséchée. Et afin de L'accuser, ils observaient s'Il le
guérirait le jour du sabbat42. Il dit à l'homme qui avait la main
desséchée : Lève-toi ; viens-là au milieu. Puis Il leur dit : Est-il permis les
jours de sabbat de faire du bien, ou du mal ? De sauver un homme, ou de le
laisser périr ? Et ils ne répondaient point. Alors Jésus, regardant avec
indignation ceux qui étaient autour de Lui, affligé qu'Il était de
l'aveuglement de leur cœur, dit à cet homme : Étend ta main. Il
l'étendit, et sa main fut remise en son premier état. Les Pharisiens
étant sortis délibérèrent aussitôt avec les Hérodiens 43, comment ils
pourraient perdre Jésus.
41. Le sabbat, le jour du repos (Gen. 2:2), est un moyen d'éduquer l'homme à la piété, il forme
le quatrième commandement donné à Moyse (Exode 20,1). Notre-Seigneur étant Maître du
sabbat (Exode 31:13), instituera l'Eucharistie dominicale du pain et du vin, c'est-à-dire le culte
véritable réservé aux Chrétiens. Le sens du sabbat est d'appliquer le double commandement
de la charité, d'abord envers Dieu, puis envers son prochain.
42. Si le Seigneur était considéré comme un médecin, on pouvait l'accuser de violer le sabbat
en pratiquant des soins. On sait que les Esséniens pratiquaient la médecine. Mais ce motif ne
sera pas retenu pour sa condamnation. Et j'entendis la voix du Seigneur, disant : Pars et dis à
ce peuple : Vous entendrez de vos oreilles, et ne comprendrez point ; vous regarderez de vos
yeux, et ne verrez point. Car le cœur de ce peuple s'est endurci. Et ils ont fait la sourde oreille,
et ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que
leur cœur ne comprenne, qu'ils ne se convertissent à moi, et que je ne les guérisse (Isaïe 6:910).
43. Les Hérodiens constituaient la cour du roi Hérode Antipas, fils d'Hérode le Grand,
usurpateur installé par les Romains. Le peuple n'accordait aucune légitimité à ce roi aux
mœurs dissolues, pourtant ses zélateurs le présentaient comme le messie attendu. Les
Pharisiens étaient ennemis d'Hérode par nationalisme et sentiment religieux.
Évangile selon Saint Marc
11
ENSEIGNEMENT DU ROYAUME DE DIEU
(3:7-4:34)
Venue des foules et prédication sur une barque, Nomination des
apôtres, Blasphème des scribes pour détourner les foules, Vraie famille,
Raisons des paraboles (semence), Lampe sous le boisseau, Sur le
Royaume de Dieu (croissance du grain, graine de sénevé).
Venue des foules et prédication sur une barque (3:7-12)
Mais Il se retira avec ses disciples vers la mer, et Il fut suivi d'une
multitude de peuple qui était de la Galilée, et de Judée, de Jérusalem,
de l'Idumée, et d'au-delà du Jourdain. Ceux aussi des environs de
Tyr et de Sidon, ayant appris les choses qu'Il faisait, le vinrent
trouver en grand nombre.
Et il dit à ses disciples, qu'ils tinssent un bateau prêt pour Lui, à
cause de la foule du peuple, de peur qu'Il n'en fut accablé. Car Il
guérissait beaucoup de gens ; de sorte que tous ceux qui avaient
quelque mal, se jetaient sur Lui pour le toucher. Et les esprits
immondes, dès qu'ils le voyaient se prosternaient devant Lui, et
s'écriaient : Vous êtes le Fils de Dieu ; mais Il leur défendait fortement
avec menaces de le faire connaître.
Nomination des Apôtres (3:13-19)
Montant ensuite sur une montagne, Il appela ceux qu'Il voulut, et
ils vinrent à Lui. Il en prit douze pour être avec Lui, et pour les
envoyer prêcher, leur donnant le pouvoir de guérir les maladies, et
de chasser les démons : C'était Simon, qu'il nomma Pierre ; Jacques
fils de Zébédée, et Jean frère de Jacques, qu'il appela Boanerges,
c'est-à-dire enfants du tonnerre44, André, Philippe, Barthélémy,
Matthieu45, Thomas, Jacques fils d'Alphée, Thadée, Simon le zélé46, et
Judas Iscariote qui le livra.
44. Car leur prédication serait puissante comme le tonnerre.
45. Lévi, surnommé Matthieu, est cité le septième, alors qu'il est présenté le cinquième.
46. Les Zélés ou Zélotes étaient des guerriers qui se préparaient au combat eschatologique,
contre les Romains ; ils appartenaient au courant essénien.
12
Évangile selon Saint Marc
Blasphème des scribes pour détourner les foules (3:20-30)
Ils s'en retournèrent à la maison, où il vint encore une si grande
foule de peuple, qu'ils ne pouvaient pas même prendre leur repas.
Ce que ses parents ayant appris, ils vinrent pour se saisir de Lui ; car
ils disaient qu'Il avait perdu la raison 47. Et les Scribes qui étaient
venus de Jérusalem disaient : Il est possédé de Beelzebut48, et Il chasse les
démons par le prince des démons. Mais les ayant appelés, Il leur dit, se
servant de paraboles : Comment satanas peut-il chasser satanas ? S'il y a
de la division dans un royaume, ce royaume ne peut pas subsister ; S'il
arrive aussi de la division dans une maison, cette maison ne pourra
subsister : Si donc satanas s'élève contre lui-même, il est divisé, et il ne
pourra subsister ; il est proche de sa fin. Nul ne peut entrer dans la maison
d'un homme fort pour piller ce qui est à lui, s'il ne le lie auparavant. C'est
alors qu'il pillera sa maison49.
Je vous assure que tous les péchés, et les blasphèmes que les hommes
auront commis, leur seront pardonnés. Mais celui qui aura blasphémé
contre le Saint-Esprit n'obtiendra jamais le pardon : mais il subira une
condamnation éternelle. Ce qu'Il dit, parce qu'ils disaient qu'Il était
possédé d'un démon50.
47. Afin de protéger Jésus de la main des Pharisiens et des Hérodiens, ou de la puissance
romaine, ses frères décident d'éloigner les foules en Le déclarant fou.
48. Idole commune en Palestine, figurant la mort, et dont le nom signifie le prince des mouches
parce qu'il était supposé protéger de la piqûre des moustiques porteurs de la malaria. C'est
une figure de satanas, le prince des démons, maître des maisons infernales. A l'époque du
Sauveur, les ouvriers païens qui consolidaient le temple de Jérusalem, obtinrent le droit
d'ériger un temple à cette idole situé à proximité de la ville sainte. Ce qui était une cause de
scandale pour les Juifs.
49. L'homme fort désigne le diable que le Sauveur est venu vaincre, pour libérer les hommes
du péché et de la mort en constituant son Eglise. Cette parabole s'applique aussi à la descente
du Christ aux enfers.
Le salut s'opère par l'union du fidèle avec le Christ, tandis que le démon est le maître de la
division
50. Avertissement adressé aux Scribes et à ceux qui les avaient envoyés, qui, refusant
l'évidence de sa divinité et de sa messianité, Le calomniaient et cherchaient à Le tuer. Malheur
à ceux qui appellent mal le bien, et bien le mal ; qui donnent aux ténèbres le nom de lumière,
et à la lumière le nom de ténèbres ; qui tiennent pour amer le doux, et pour doux l'amer.
Malheur à ceux qui traînent leurs péchés comme un long câble, et qui disent : que
Évangile selon Saint Marc
13
Vraie famille (3:31-35)
Pendant cela, sa mère et ses frères 51 arrivèrent, et se tenant
dehors ; ils l'envoyèrent appeler. Il y avait autour de Lui une troupe
de gens qui Lui dirent : Voilà votre mère, et vos frères dehors qui Vous
cherchent. Il leur répondit : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Et
regardant ceux qui étaient autour de Lui, Il leur dit : Voici ma mère, et mes
frères ; car celui qui fait la volonté de Dieu est mon frère, ma sœur, et ma
mère.
Raisons des paraboles - semence - (4:1-20)
Il se mit encore à enseigner près de la mer, et il s'assembla autour
de Lui une grande foule de peuple, de sorte qu'il monta dans une
barque, où Il s'assit étant sur l'eau, et tout le monde demeura à
terre, sur le rivage. Il leur enseignait plusieurs choses, se servant de
paraboles52, et Il leur disait en sa doctrine :
Écoutez : Un semeur s'en alla semer, et en semant, une partie du grain
tomba sur le bord du chemin ; les oiseaux vinrent qui la mangèrent ; une
autre partie tomba en des endroits pierreux, où le grain qui n'avait guère
de terre, leva aussitôt, parce que la terre n'avait point de profondeur ; mais
quand le soleil fut levé, ce qui avait poussé en fut brûlé, et sécha faute de
racine ; une autre partie tomba dans les épines, qui ayant cru, l'étouffèrent,
de sorte qu'elle ne rapporta rien ; enfin une autre partie qui tomba dans la
bonne terre, poussa et crut ; de sorte que quelques grains en rapportèrent
trente, d'autres soixante, et d'autres cent pour un. Et Il leur disait : Que
celui qui a des oreilles pour entendre, entende53.
s'accomplisse la volonté du Saint d'Israël, afin que nous la connaissions (Isaïe 5:18-20) ! Le
blasphème contre le Saint-Esprit est un état d'endurcissement volontaire propre aux démons.
51. Selon les traditions orientales, il s'agit des cousins du Sauveur et des fils de Joseph, qui
était veuf et avait des enfants, lorsqu'il se fiança à la Vierge Marie. Jésus ayant perdu son père
adoptif, vers l'âge de seize ans, fut recueilli, avec sa mère, chez sa tante mariée, Marie de
Cléopas.
52. Ô mon peuple, attachez-vous a ma Loi ; Inclinez votre oreille aux paroles de ma bouche.
J'ouvrirai ma bouche parlant en paraboles ; Je dirai les choses cachées dès le commencement
(Ps. 77:1).
53. Mon fils, dès ta jeunesse reçois la doctrine, et jusqu'à tes vieux jours, tu trouveras la
sagesse. Occupe-toi d'elle, comme le laboureur et le semeur, et tu en recueilleras de bons
fruits (Sirac. 6:18-19).
14
Évangile selon Saint Marc
Lorsqu'Il fut seul, ceux qui étaient autour de Lui avec les douze,
l'interrogèrent sur la parabole. Et Il leur dit : Il vous a été donné de
connaître le mystère du Royaume de Dieu : mais on ne parle qu'en
paraboles à ceux qui sont de dehors : afin que voyant, ils voient, et qu'ils ne
connaissent point ; et afin qu'écoutant, ils écoutent, et qu'ils ne
comprennent point, de peur qu'ils ne se convertissent un jour, et que leurs
péchés ne leur soient pas pardonnés54.
Vous n'entendez pas, leur dit-Il, cette parabole ? Comment donc
entendrez-vous toutes les autres ? Le semeur sème la Parole de Dieu. Et
ceux-là sont sur le bord du chemin où l'on sème la Parole, lesquels n'ont pas
plutôt écouté, que satanas vient et enlève la Parole qui a été semée dans
leurs cœurs. De même ceux qui reçoivent la semence en des endroits
pierreux, sont ceux qui après avoir écouté la Parole, la reçoivent aussitôt
avec joie. Mais n'ayant point de racine, ils ne durent guère de temps, et
lorsqu'il arrive une affliction, et une persécution à cause de la Parole,
aussitôt ils L'abandonnent. Les autres qui reçoivent la semence parmi les
épines, sont ceux qui écoutent la Parole. Mais l'inquiétude pour les choses
de ce monde, les fausses richesses, et les convoitises variées surviennent, et
étouffent la Parole qui devient infructueuse. Ceux qui ont reçu la semence
en la bonne terre, sont ceux qui écoutent la parole, qui la reçoivent, et qui
rapportent, l'un trente, l'autre soixante, et l'autre cent pour un55.
Lampe sous le boisseau (4:21-25)
Il leur disait encore : Apporte-t-on la lampe pour la mettre sous le
boisseau56 ou sous le lit ? N'est-ce pas pour être mise sur le chandelier ? Car
il n'y a rien de caché qui ne se découvre, et il ne se fait rien de secret qui ne
soit un jour publié57. Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il
entende. Il leur disait aussi : Prenez garde à ce que vous entendez : on
vous mesurera à la mesure dont vous vous serez servis ; et l'on vous fera
54. Car incapable d'une foi solide, leur chute serait inévitable et leur reniement condamnable.
55. Le Seigneur distingue ainsi les trois catégories de fidèles selon l'abondance de leurs fruits :
le simple, le persévérant, et le parfait.
56. Seau à mesurer le grain.
57. La lumière de la connaissance divine pénètre tous les replis du cœur de l'homme. Celui qui
la cherche, l'écoutant et la conservant, obtient des fruits pour lui-même et pour les autres
fidèles.
Évangile selon Saint Marc
15
même meilleure mesure58. Car on donnera à celui qui a, et pour celui qui n'a
rien, on lui ôtera même ce qu'il a.
Sur le Royaume - croissance du grain, graine de sénevé - (4:26-34)
Il disait encore : Il est du Royaume de Dieu, comme d'un homme qui
ensemence sa terre59 : soit qu'il dorme, ou qu'il veille, pendant la nuit, et
pendant le jour, la semence germe, et pousse sans qu'il y pense. Car la terre
produit d'elle-même, d'abord de l'herbe, puis un épi, et ensuite du blé qui
remplit l'épi. Et aussitôt qu'il est en maturité, il y met la faucille, parce qu'il
est temps de faire la moisson.
Jésus ajouta encore : A quoi comparerons-nous le Royaume de Dieu ?
Ou par quelle parabole le représenterons-nous ? Il est comme de la graine
de sénevé, qui est la plus petite de toutes les graines, lorsqu'on la sème.
Mais après qu'on l'a semée, elle monte si haut, qu'elle devient plus grande
que tous les autres légumes, et elle pousse de grandes branches ; en sorte
que les oiseaux peuvent se mettre à couvert sous son ombre.
Il se servait de plusieurs autres paraboles semblables, en leur
annonçant la Parole, selon qu'ils étaient capables d'entendre 60. Et Il
ne leur parlait point sans paraboles ; mais en particulier, il
expliquait tout à ses disciples.
58. Si nous agissons avec miséricorde, le Seigneur nous fera miséricorde. Si le fidèle n'agit
pas à proportion des grâces qu'il reçoit, elles lui sont retirées, afin qu'il fasse pénitence. Dieu
peut paraître plus sévère envers ceux qui L'aiment, mais Il agit pour les purifier davantage. Au
temps du Jugement, le juste recevra le fruit de son labeur, et l'injuste dépouillé de ses biens
sera jeté dans l'enfer.
59. Sème ton grain dès l'aurore, et que ta main ne s'arrête pas le soir ; car tu ignores de celuici ou de celui-là lequel doit lever (Qo. 11:6).
60. Toute parole qui sortira de ma bouche ne reviendra point à moi que mes volontés soient
accomplies. Car telle la pluie ou la neige descend du ciel et n'y retournera point avant d'avoir
abreuvé la terre et humecté les champs ; avant d'avoir produit des graines pour le semeur, et
donné du pain pour sa nourriture ; telle sera ma parole (Isaïe 55:10-11).
16
Évangile selon Saint Marc
LE CHRIST EST LE CHEMIN DE LA VIE ÉTERNELLE.
(4:35-5 :43)
Tempête apaisée, Chez les Géraséniens (Exorcisme du fou, porcs
noyés), Hémoroïsse guérie et fillette d'un notable ressuscitée.
Tempête apaisée (4:35-41)
Le même jour sur le soir, Il leur dit : Passons à l'autre rive.
Laissant donc là le peuple, ils Le prirent pour le placer dans la
barque, et il y avait d'autres barques qui l'accompagnaient. Il s'éleva
alors une tempête causée par un gros vent, en sorte que les vagues
entraient dans la barque, qui s'emplissait d'eau. Jésus qui était à la
poupe dormait sur un oreiller61. Ils l'éveillèrent, et lui dirent :
Maître, nous laisserez-Vous périr sans Vous en mettre en peine ?
Et s'éveillant, Il menaça le vent, et dit à la mer : Tais-toi, ne fais
plus de bruit. Le vent cessa, et il se fit un grand calme. Alors Il leur
dit : Pourquoi êtes-vous saisis de peur ? Comment n'avez-vous point de foi ?
Ils furent saisis d'une grande crainte, et ils se disaient l'un à l'autre :
Quel est cet homme-ci, que la mer et les vents Lui obéissent62 ?
61. L'embarcation devait être assez grande pour posséder à l'arrière un abri dans lequel le
Seigneur se reposait, protégé du vent et des embruns. Le Seigneur est continuellement
présent dans la nef de son Eglise, mais parfois Il reste silencieux pour éprouver notre foi.
62. Les Apôtres n'avaient pas compris la signification de la rémission des péchés du
paralytique opérée au nom de leur foi. Ils ne voyaient en leur Maître qu'un homme de Dieu, un
Prophète. C'est pourquoi le Sauveur révèle encore sa divinité : Seigneur, Dieu des armées, qui
Vous ressemble ? Vous êtes puissant, Seigneur, et votre Justice vous environne. Vous
dominez la puissance de la mer, et vous apaisez la fureur de ses flots (Ps. 88:9). Dans les
Psaumes, la mer agitée figure souvent les vices de l'homme et la conscience troublée du
pécheur. Seul le Seigneur peut apaiser l'esprit de l'homme tourmenté par les passions et les
suggestions des démons. Ici, Il conduit ses disciples de l'agitation émotionnelle à la paix de
l'adoration divine ; la frayeur laisse place à la crainte confiante et salutaire en Dieu. Ainsi
l'épreuve révèle la profondeur de la foi.
Évangile selon Saint Marc
17
Chez les Géraséniens - Exorcisme du fou, porcs noyés - (5:1-20)
Ils arrivèrent à l'autre bord du lac, dans le pays des Géraséniens 63. Et
comme Il mettait pied à terre, un homme qui sortait des sépulcres,
possédé du démon, vint à Lui. Cet homme faisait sa demeure dans
ces sépulcres, et personne n'avait encore pu l'arrêter en
l’enchaînant. Parce qu'ayant eu souvent les fers aux pieds, et ayant
été lié de chaînes, il avait rompu ses chaînes, et brisé ses fers, et
personne ne pouvait le dompter. Jour et nuit, il était dans les
sépulcres et sur les montagnes, criant et se déchirant avec des
cailloux.
Il courut à Jésus, dès qu'il Le vit de loin, il L'adora. Et il s'écria :
Qu'ai-je à faire avec Vous, Jésus Fils du Dieu Très-Haut ? Je vous supplie de
la part de Dieu de ne point me tourmenter. Car Jésus lui disait : Esprit immonde, sors de cet homme. Et Il lui demanda : Quel est ton nom ? Il Lui répondit : Je me nomme légion, car nous sommes nombreux ; et il le pria instamment de ne les point chasser hors du pays. Or il y avait là, le long de
la montagne, un grand troupeau de pourceaux, qui paissait. Et les
démons lui disaient en le priant : Envoyez-nous dans ces pourceaux,
afin que nous y entrions. Ce que Jésus leur accorda aussitôt ; et ces esprits immondes sortant, entrèrent dans les pourceaux ; et le troupeau qui était bien de deux mille, alla avec impétuosité se précipiter
dans la mer, où ils se noyèrent tous64.
Ceux qui les gardaient s'enfuirent, et en portèrent la nouvelle à la
ville et dans les campagnes. Les gens sortirent pour voir ce qui était
arrivé. Ils viennent ensuite à Jésus, et voient celui qui avait été
tourmenté du démon, assis, vêtu, et avec son bon sens, et ils eurent
peur. Ceux qui avaient vu ce qui était arrivé au possédé, et aux
63. Peuple cananéen qui habitait la Palestine avant la conquête des Israélites, et dont une
partie vivait sur le bord oriental du lac de Tibériade. Contrairement aux Juifs, ils consommaient
et élevaient des porcs. Ce récit peut être compris comme une image de l'humanité devenue
follement morbide sous le joug du péché.
64. Le Seigneur aborde sur le rivage des morts, après avoir apaisé les tourments de la vie,
pour sauver ceux, qui ayant vécu comme des porcs dans la souillure de leurs passions
déréglées, ont fait pénitence dans le sépulcre.
18
Évangile selon Saint Marc
pourceaux, leur en ayant fait le récit, ils Le prièrent aussitôt de
sortir de leur pays.
Et comme Il montait dans la barque, celui qui avait été tourmenté
du démon, Le pria de l'admettre à sa suite. Et Il ne l'admit point ;
mais Il lui dit : Retirez-vous chez vous, auprès de vos parents, et
annoncez-leur quelle est la grâce que vous avez reçue du Seigneur, et la
miséricorde qu'Il vous a faite. Il s'en alla et publia dans le pays de
Décapole ce que Jésus avait fait en se faveur ; et tout le monde était
en admiration65.
Hémoroïsse guérie et fillette d'un notable ressuscitée (5:21-43)
Jésus ayant repassé dans la barque à l'autre rive, il s'assembla
autour de Lui une grande foule de peuple, lorsqu'Il était encore au
bord de la mer. Et l'un des principaux de la synagogue, nommé
Jaïre66 y vint aussi, et le voyant se jeta à ses pieds. Et Lui dit en le
priant instamment : Ma fille est à l'extrémité ; venez lui imposer les
mains afin de la guérir, et de lui sauver la vie. Jésus s'en alla avec lui,
suivi d'une grande multitude de peuple, qui le pressait de tous côtés.
Alors une femme qui avait une perte de sang depuis douze ans,
que plusieurs Médecins avaient fait beaucoup souffrir, et qui avait
dépensé tout ce qu'elle avait sans recevoir le moindre soulagement,
et qui en était au contraire plus incommodée, ayant ouï parler de
Jésus, vint dans la foule par derrière, et toucha son manteau. Car elle
disait : Si je touche seulement son manteau67, je serai guérie.
65. La guérison du païen, qui doit témoigner, annonce l'évangélisation des nations. Or l’Église
rassemblera en un seul peuple des fidèles issus des juifs ou des païens.
66. Ce nom signifie qui illumine ou est illuminé, et par extension Dieu veille.
67. La femme malade se présente par derrière, en signe de repentance, pour toucher la frange
du manteau du Seigneur, qui figure le Décalogue. Elle cherche premièrement la réconciliation
avec Dieu, dont le signe sera sa guérison. En effet, le Seigneur dit à Moyse : Parle aux fils
d'Israël, et dis-leur : Faites des franges aux bords de vos manteaux, en toutes vos générations,
ajoutez à la frange un effilé couleur d'hyacinthe. Cet effilé sera mêlé aux franges, vous l'aurez
sous les yeux, et vous vous souviendrez des Commandements du Seigneur, vous les
observerez et vous ne vous laisserez pas pervertir par vos mauvaises pensées, ni par des
yeux qui vous feraient tomber dans l'infidélité (Nom. 15:38). Cette inconnue avaient donc
reconnu la divinité du Maître.
Évangile selon Saint Marc
19
Et dès ce moment, la source de son sang fut tarie ; et elle sentit
dans son corps qu'elle était guérie de son mal68. Jésus ayant aussitôt
connu en soi-même la vertu qui était sortie de Lui, dit, se tournant
vers la foule : Qui a touché mes vêtements ? Et ses disciples lui dirent :
Vous voyez le monde qui Vous presse de tous côtés ; et Vous demandez : Qui
m'a touché ? Il regardait autour de Lui pour voir celle qui L'avait
touché.
Mais cette femme, saisie de crainte et de tremblements, sachant
ce qui s'était passé en elle, vint se jeter à ses pieds, et Lui déclara
toute la vérité69. Jésus lui dit : Ma fille, ta foi t'a guérie70, va en paix, et
sois délivrée de ton mal.
Il parlait encore, lorsqu'il vint des gens du Chef de la synagogue
Lui dire : Votre fille est morte ; pourquoi fatiguez-vous encore le Maître ?
Jésus ayant entendu ce qu'on disait, dit au Chef de la synagogue : Ne
crains point, crois seulement. Et Il ne permit à personne de le suivre,
sinon à Pierre, à Jacques, et à Jean, frère de Jacques.
Étant arrivé avec eux à la maison du Chef de la synagogue, Il vit
qu'on y faisait du bruit, qu'on y pleurait et qu'on s'y lamentait
beaucoup71. En entrant, Il dit à ces gens-là : Pourquoi faites-vous tant
de bruit ? Pourquoi pleurez-vous ? La jeune fille n'est pas morte, mais elle
dort. Et ils se moquaient de Lui. Mais ayant fait sortir tout le monde,
Il prit le père et la mère de la fille, et ceux qui étaient avec Lui, et Il
entra dans le lieu où la fille était couchée. Et lui ayant pris la main, Il
lui dit : Talitha coumi, c'est-à-dire, ma fille, lève-toi ; je te le commande.
68. L'hémoroïsse, qui s'est confiée en vain aux Prophètes (les médecins) et qui perd son âme
(son sang) figure la Synagogue ; sa guérison désigne la conversion des Apôtres et des
disciples au Christ. L’Église naissante est signifiée encore par la jeune fille malade du chef de
la synagogue (Jaïre signifie illuminé), qui représente lui-même les Juifs qui renaîtront à la vraie
foi, celle de Jésus-Christ.
69. La femme était partagée, sa foi la poussait à toucher le Sauveur, mais en faisant cela, elle
Lui communiquait sa propre impureté selon la Loi (Lév. 15:25-30). Pour lui enlever ce scrupule,
le Seigneur veut expressément la bénir.
70. En araméen, le verbe guérir signfie aussi avoir la vie ou être sauvé. On peut donc traduire :
Ma fille ta foi t'a sauvée, parole qui répond à la pensée de la malade : Si je touche seulement
son manteau, je serai sauvée.
71. Lors d'un décès dans une famille d'importance, on payait des pleureuses.
20
Évangile selon Saint Marc
La fille se leva aussitôt, et marcha ; or elle avait douze ans 72. Ils en
furent fort étonnés. Mais Il leur fit de grandes défenses d'en rien
dire à personne ; et Il dit qu'on donnât à manger73 à cette fille.
INCRÉDULITÉ DES HOMMES ET DES APÔTRES
(6:1-6:53)
Jésus méprisé dans sa patrie, Départ en mission des Apôtres,
Décollation de Jean, Du pain pour cinq mille, Marche sur les eaux.
Jésus méprisé dans sa patrie (6:1-6)
A la sortie de ce lieu-là, Il s'en alla dans son pays 74, accompagné
de ses disciples. Et dès le premier sabbat, Il commença à enseigner
dans la synagogue, et plusieurs de ceux qui l'écoutaient étant
étonnés de son savoir, disaient : Où a-t-Il appris tout cela ? Qu'est-ce
que cette sagesse qui Lui a été donnée ? Et comment fait-Il de si grands
miracles ? N'est-ce pas là le médecin75, le fils de Marie, frère de Jacques, de
Joseph, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas aussi ici parmi
nous ? Et ils se scandalisaient à son sujet. Mais Jésus leur dit : Un
Prophète n'est sans estime que dans son propre pays, dans sa parenté, et
72. La répétition du nombre douze dans les deux récits évoquerait la douzième année depuis
le Baptême, et le début de la constitution de l’Église à partir des douze Apôtres.
73. Le Christ restaure et vivifie quotidiennement son Église par son Esprit. La jeune fille est
nourrie afin d'approfondir sa foi en Jésus-Christ.
74. Nazareth.
75. Le mot grec ou araméen, rendu ordinairement par charpentier désigne un praticien, c'est-àdire une personne qui exerce un métier avec ses mains. Si ce mot est complété par une
matière, il désigne un artisan, sinon un médecin. Il n'y a ici aucune mention du bois, qui
indiquerait un charpentier ; et dans le Nouveau Testament, rien ne prouve ni ne suggère que le
Sauveur pratiquait la menuiserie. Pourtant dans les Evangiles, le Seigneur dit : Ceux qui se
portent bien n'ont pas besoin de médecin ; mais ceux qui se portent mal (Marc 2:17). Vous me
direz sans doute ce proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même (Luc 4:22). Le mot de Sauveur a
le double sens de sauver l'âme et de guérir le corps. Comme tout rabbin, Jésus exerçait une
profession, or Il ne travaille jamais le bois, mais il soigne, guérit et exorcise, et souvent avec
une puissance surnaturelle et toute divine. Cela expliquerait pourquoi les Pharisiens Lui
reprochaient de soigner pendant le sabbat : ils se scandalisaient de le voir travailler ce jour-là ;
considérant la lettre de l'Ecriture, ils refusaient de voir que la charité l'emporte sur le repos.
Dans l'antiquité, le médecin était à la fois rebouteux, chirurgien, pharmacien et embaumeur.
Évangile selon Saint Marc
21
dans sa maison. Et Il ne put faire là aucun miracle ; Il y guérit
seulement un petit nombre de malades, en leur imposant les mains.
Et Il s'étonnait de leur incrédulité.
Départ en mission des apôtres (6:7-13)
Il parcourut les bourgades des environs, y enseignant. Et ayant
appelé les douze, Il les envoya deux par deux, et Il leur donna
pouvoir sur les esprits immondes. Il leur commanda de ne porter en
chemin qu'un bâton76, de n'avoir ni sac, ni pain, ni bronze 77 dans
leurs ceintures ; mais d'aller avec leurs sandales, et de n'avoir point
deux habits78.
Il leur dit de plus : En quelque lieu que vous soyez, demeurez dans la
maison où vous serez entrés, jusqu'à ce que vous sortiez de ce lieu-là. Et
lorsque quelques uns ne vous recevront point, et qu'ils ne vous écouteront
point, sortez de là, et secouez la poussière de vos pieds, afin que cela soit un
témoignage contre eux79. S'étant donc allés, ils prêchaient qu'on fit
pénitence. Ils chassaient beaucoup de démons ; et ils guérissaient
plusieurs malades, en les oignant d'huile80.
76. Ils n'ont pas une ville unique, mais, en chaque ville, ils forment à plusieurs une colonie. En
outre, aux membres de la secte qui arrivent d'ailleurs, tout ce qu'ils ont chez eux leur est
ouvert, de même que si c'était à eux, et ils entrent chez des gens qu'ils n'avaient jamais vus
avant comme chez des amis intimes. C'est pourquoi aussi ils font leurs voyages sans rien
emporter du tout ; toutefois, ils sont armés à cause des brigands. En chaque ville, un questeur
de l'ordre, spécialement chargé des hôtes, est désigné en tant qu'intendant des vêtements et
du nécessaire (Flavius Josèphe, La guerre des Juifs, Livre II, chap. 8, Des Esséniens).
77. Ni pièce d'or, ni pièce d'argent, ni même de la menue monnaie en bronze.
78. Deux par deux afin qu'ils se soutiennent l'un l'autre par le double commandement de la
charité. Au chêne de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, entouré des deux anges qui
devaient détruire Sodome et Gomorrhe (Gen. 17:1). Ici, le Seigneur envoie ses douze
messagers (anges), par paires, afin d'apporter le salut plutôt que la destruction ; leur disant, ce
qu'Il commanda à Abraham : Marche devant moi et sois parfait (Gen. 17:1). Les douze sont
envoyés sans provisions ni argent, et dans la plus grande innocence, simplement revêtu de la
foi en Christ. De sorte qu'ils puissent dire comme Samuel : Je n’ai rien reçu de personne, ni
argent, ni même une paire de sandales (Sir. 46:17); et selon Moyse : l’homme ne vit pas seulement de pain, mais tout ce qui sort de la bouche de Dieu est vie pour l’homme (Deut. 8:3).
79. L'araméen ajoute : Et je vous dis en vérité, qu'au jour du Jugement, Sodome et Gomorrhe
seront plus paisibles que cette ville.
80. L'usage d'huiles médicinales était ordinaire dans l'Antiquité. Saint Marc expose peut-être ici
22
Évangile selon Saint Marc
Décollation de Jean (6:14-29)
Le Roi Hérode81 entendit parler de Jésus dont le nom était devenu
célèbre, et il disait : Jean le Baptiste est ressuscité, c'est pour cela qu'il a
ce pouvoir de faire des miracles. D'autres disaient : c'est Élie82 ; d'autres :
C'est un Prophète semblable aux anciens Prophètes.
Ce que Hérode ayant entendu, il dit : C'est Jean à qui j'ai fait couper
la tête, qui est ressuscité83. Car Hérode avait envoyé arrêter Jean, et
l'avait fait lier et emprisonner à cause d'Hérodiade, femme de
Philippe, son frère, qu'il avait épousée, parce que Jean disait à
Hérode : Il ne vous est pas permis d'avoir la femme de votre frère.
Or Hérodiade qui voulait le faire mourir, n'en cherchait que
l'occasion, mais elle ne pouvait en venir à bout. Car Hérode qui
les trois rites du Baptême : le renoncement à satanas, la triple immersion qui efface les
blessures du péché dans la mort du Christ, et l'onction du Saint-Esprit, sous la figure de
l'onction des malades.
81. Hérode le Grand, par un testament approuvé par le César Auguste, avait partagé son
royaume entre ses trois fils : Archaléüs portait le titre officiel de Roi, son frère Philippe celui de
Tétrarque de Trachonitide et d'Idumée, et son autre frère Antipas, celui de Trétarque de Galilée
et de Pérée. Hérode Antipas fit emprisonner Jean le Baptiste qui lui reprochait publiquement
d'avoir épousé Hérodiade, la femme de son frère Hérode Philippe. Saint Marc lui donne le titre
de Roi conformément à l'expression populaire.
82. Et le Prophète Elie s'éleva comme un feu, et sa parole brilla comme un flambeau. Il fit venir
sur eux la famine, et, à cause de leur jalousie, il les réduisit à un petit nombre. A la parole du
Seigneur, il tint le ciel fermé, et en fit descendre trois fois la foudre. Combien as-tu été glorifié,
ô Elie, par tes prodiges ! et qui sera célébré autant que toi ? Tu as ressuscité un homme que
possédait la mort ; à la parole du Très-Haut tu l'as rappelé des enfers. Tu as conduit les rois à
leur perte ; et les superbes, tu les as cloués sur leur couche. Tu as ouï en Sinaï les reproches,
et en Horeb l'arrêt du châtiment. Tu as sacré des rois pour la justice des hommes, et des Prophètes pour être tes successeurs. Tu as été ravi par un tourbillon enflammé, dans un char tiré
par des chevaux incandescents. Il est écrit que tu viendras réprimer, quand les temps seront
accomplis, la colère divine prête d'éclater, pour réconcilier le cœur du Père avec ses enfants et
pour rétablir les tribus de Jacob. Heureux ceux qui t'ont vu, ô Elie, et se sont endormis dans
ton amitié ! Car nous aussi nous vivrons dans l'Esprit de vie (Sirac. 48:1-11). Elie est le Prophète par excellence.
83. Cette pensée déraisonnable repose sur deux fondements : la culpabilité ressentie par le
Roi d'avoir fait exécuter un Prophète qu'il estimait, et la superstition populaire qui croyait que
les âmes des défunts pouvaient se venger immédiatement sur les vivants qui leur avaient fait
du tort.
Évangile selon Saint Marc
23
savait que Jean était un homme juste et un saint homme, le
craignait, et le faisait garder ; et il suivait en beaucoup de choses ce
qu'il lui disait, l'écoutant volontiers.
Mais le jour auquel Hérode faisait le festin de sa naissance aux
Seigneurs de sa cour, à ses Capitaines, et à ceux qui tenaient le
premier rang dans la Galilée, arriva fort à propos : la fille
d'Hérodiade entra, et dansa, et ayant plu à Hérode, et à ceux qui
étaient à table avec lui, le Roi dit à la jeune fille : Demandez-moi ce que
vous voudrez, et je vous le donnerai. Il lui dit même avec serment : Je
vous donnerai tout ce que vous demanderez, serait-ce la moitié de mon
royaume.
Étant sortie, elle dit à sa mère : Que demanderai-je ? Sa mère lui
répondit : La tête de Jean le Baptiste. Et étant aussitôt retournée
promptement vers le Roi, elle lui fit cette demande : Je souhaite que
vous me donniez présentement dans un bassin la tête de Jean le Baptiste. Le
Roi en fut fort fâché. Cependant à cause de son serment, et de ceux
qui étaient à table avec lui, il ne voulut point la chagriner.
Mais il envoya aussitôt un de ses gardes avec ordre d'apporter la
tête de Jean dans un bassin. Le garde lui coupa la tête dans la
prison84. Et l'ayant apportée dans un bassin, il la donna à la jeune
fille, laquelle la donna à sa mère. Ce que les disciples de Jean ayant
appris, ils vinrent prendre son corps, qu'ils mirent dans un
tombeau.
Du pain pour cinq mille (6:30-53)
Or les Apôtres se rassemblant auprès de Jésus Lui rapportèrent
tout ce qu'ils avaient fait, et ce qu'ils avaient enseigné 85. Il leur dit :
Venez vous-en à l'écart dans un lieu solitaire ; et reposez-vous un peu. Car
il y avait tant de monde qui allait et venait, qu'ils n'avaient pas
seulement le temps de manger. Montant donc dans une barque, ils
s'en allèrent pour se retirer dans un lieu solitaire.
84. Ainsi Jean pouvait-il commencer le deuxième volet de sa mission de Précurseur en
annonçant la prochaine venue du Christ aux âmes des défunts, prisonnières des enfers ; et
que le Sauveur délivrerait dans le nuit de sa Résurrection.
85. Voilà que ces jours arrivent, dit le Seigneur, et j'enverrai la famine sur la terre, non la
disette de pain et d'eau, mais la soif d'entendre la parole du Seigneur (Amos 8:11).
24
Évangile selon Saint Marc
Comme on les vit partir, et que plusieurs le surent, on y accourut
de toutes les villes par terre, et on y fut avant eux ; et on vint à Lui.
Jésus sortant de la barque vit une grande multitude de peuple, dont
Il eut compassion, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont
point de pasteur86 ; et Il se mit à les instruire de plusieurs choses.
Mais parce que le jour était fort avancé, ses disciples
s'approchèrent de Lui, et Lui dirent : Ce lieu-ci est désert, et il est déjà
tard ; Renvoyez-les, afin qu'ils aillent dans les villages voisins et dans les
bourgades s'acheter du pain. Car ils n'ont point de quoi manger. Il leur
répondit : Donnez-leur vous-mêmes à manger ; et ils repartirent : Irionsnous acheter pour deux cents deniers de pain, pour leur donner à
manger87 ?
Combien avez-vous de pains ? Leur dit-Il : Allez voir. Et ayant
regardé, ils dirent : Nous en avons cinq, et deux poissons. Il leur
commanda de les faire tous asseoir sur l'herbe en diverses bandes.
Et ils s'assirent en plusieurs sections : les unes de cent, et les autres
de cinquante88.
Jésus prit les cinq pains, et les deux poissons, et regardant vers le
ciel, Il les bénit ; puis ayant rompu les pains, Il les donna à ses
disciples pour les leur servir. Il distribua aussi à tous, les deux
poissons. Tous en mangèrent et furent rassasiés. Et on remporta
douze corbeilles pleines des morceaux de pain qui restèrent, et ce
86. Mon peuple est devenu un troupeau de brebis errantes ; leurs pasteurs les ont dispersées ;
ils les ont égarées dans les montagnes ; elles ont passé de colline en colline ; elles ont oublié
leur bergerie (Jér. 27:6). Moi-même je recueillerai les restes de mon peuple sur toute terre où
je les ai bannis, et je les rétablirai en leurs pâturages, et ils croîtront et ils se multiplieront. Et je
susciterai pour eux des pasteurs qui les mèneront paître, et ils n'auront plus peur, et ils ne
trembleront plus. Voilà que les jours arrivent, dit le Seigneur, où je susciterai pour David un
soleil de justice, et un roi régnera (Jér. 23:3-5).
87. Expression de la surprise des Apôtres : deux cents deniers est une somme importante, et
même s'ils la possédaient, comment pourraient-ils acheter du pain dans ce lieu désert ?
88. Le nombre cinquante est lié à la rémission des péchés (Ps. 50, Luc 7:41), et à l'effusion du
Saint-Esprit (Pentecôte). Durant l'année jubilaire, tous les cinquante ans, les dettes sont
abolies, les biens restitués et les libertés confirmées (Lév. 25:10, Deut. 15:2). Les nombres
cent et cinquante annoncent une manifestation parfaite de la Miséricorde divine.
Évangile selon Saint Marc
25
qui resta des poissons89. Or ceux qui mangèrent les pains étaient au
nombre de cinq mille hommes90.
Il obligea aussitôt ses disciples de monter dans la barque, afin
qu'ils passassent à l'autre bord du lac, avant Lui, du côté de
Bethsaïde91, pendant qu'Il renverrait le peuple. Et après l'avoir
congédiés, Il s'en alla sur la montagne pour prier.
Marche sur les eaux (6:47-53)
Le soir, comme la barque était en pleine mer, et qu'Il était seul à
terre, Il vit qu'ils avaient beaucoup de peine à avancer, parce qu'ils
avaient le vent contraire ; et Il alla à eux vers la quatrième veille de
la nuit, marchant sur la mer, et Il voulait les passer. Mais dès qu'ils
le virent marcher sur l'eau, ils crurent que c'était un fantôme, et ils
s'écrièrent. Car ils le virent tous, et en furent troublés. Il leur parla
aussitôt, et leur dit : Rassurez-vous, c'est Moi, n'ayez point de peur.
Et ayant monté dans leur barque, le vent cessa : Ils furent encore
plus étonnés ; et ils admiraient. Car ils ne firent point réflexion au
miracle des pains, parce que leur cœur était aveuglé 92. Ayant ensuite
passé le lac, ils arrivèrent à Génésareth93, où ils abordèrent.
89. Le Maître manifeste sa divinité en distribuant Lui-même la manne dont Il nourrissait le
peuple conduit par Moyse. Mais Il ne dit rien, contrairement au Prophète qui dut expliquer :
C'est le pain que le Seigneur vous donne à manger (Exode 16:15). Le Verbe incarné donne la
manne de son enseignement vivifiant, qui comble tous les désirs de l'homme, et l'apaise en
vue du salut. Elle n'est jamais épuisée, mais se multiplie avec la croissance des fidèles.
90. Cent fois cinquante vaut cinq mille ; soit cinquante bandes de cent ou l'inverse. Moyse
organisa les douze tribus militairement par groupe de dix, cinquante, cent et mille, avec un chef
pour chaque formation (Deut. 1:15). Les Esséniens conservèrent cette organisation. De son
côté, Jésus organisa son armée pacifique en douze, soixante-douze et cinq cents.
91. La maison des pêcheurs.
92. Et d'en haut Il donna ses ordres aux nues, et Il ouvrit les portes du ciel. Et Il fit pleuvoir sur
eux la manne pour les nourrir, et Il leur donna le pain du ciel. L'homme mangea le pain des
Anges ; Dieu leur envoya des aliments en abondance (Ps. 77:23-25).
93. Génésareth, le jardin des princes, se situe sur la côte occidentale du lac de Tibériade.
26
Évangile selon Saint Marc
ÉLOGE DE LA PURETÉ DE CŒUR ET DE L'HUMILITÉ
(6:54-7:37)
Vêtement curatif, Légalisme des Pharisiens au cœur corrompu, Humilité
de la Syrophénicienne, Guérison du sourd et muet.
Vêtement curatif (6:54-56)
Et aussitôt qu'ils eurent mis pied à terre, Jésus fut reconnu : les
habitants parcoururent tout le pays, de sorte que l'on apportait des
malades dans de petits lits partout où ils entendaient dire qu'Il était.
En quelque lieu qu'Il entrât, soit bourgs, soit villages ou villes, on
mettait les malades dans les grandes places, et on Le priait de
permettre seulement qu'ils touchassent les franges du bas de son
vêtement. Et tous ceux qui Le touchaient étaient guéris.
Légalisme des Pharisiens au cœur corrompu (7:1-23)
Les Pharisiens et quelques Scribes qui étaient venus de Jérusalem
s'approchèrent ensemble de Lui. Et ayant vu quelques uns de ses
disciples qui prenaient leur repas ayant des mains impures, c'est-àdire sans les avoir lavées, ils les en reprirent. Car les Pharisiens, et
tous les habitants de la Judée ne mangent point qu'ils ne se soient
lavés les poings94, gardant la tradition des Anciens. Et quand ils
reviennent des places publiques, ils ne mangent point, qu'ils ne se
lavent, et ils ont beaucoup d'autres choses que la tradition leur fait
observer, comme de laver les coupes, les pots, les vaisseaux d'airain,
et les lits.
Les Pharisiens et les Scribes Lui demandèrent ensuite : D'où vient
que vos disciples ne suivent pas la tradition des anciens ; mais qu'ils
mangent avec des mains impures ? Il leur répondit : C'est véritablement
de vous, hypocrites95 que vous êtes, qu'a parlé le Prophète Isaïe, quand il a
dit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais leur cœur est éloigné de moi (Isaïe
29:13). C'est en vain qu'ils me servent, lorsqu'ils enseignent des choses qui
94. Façon économe en eau de se laver les mains : d'une main on verse l'eau de la cruche sur
le poing légèrement ouvert de l'autre, puis on inverse.
95. Les écrits esséniens dénoncent avec force l'hypocrisie des Pharisiens ; ils y sont souvent
désignés comme ceux qui recherchent les choses flatteuses (voir les Hymnes, l'Ecrit de
Damas, le Commentaire d'Habacuc, et celui de Nahum).
Évangile selon Saint Marc
27
ne sont commandées que par des hommes : Car laissant le commandement
de Dieu, vous retenez la tradition des hommes, vous lavez des pots et des
coupes, et faites plusieurs autres choses semblables.
Il leur disait aussi : De quelle justice vous parez-vous, vous qui
anéantissez le commandement de Dieu, pour observer votre tradition ? Car
Moyse a dit : Honorez votre père et votre mère, et quiconque maudira son
père ou sa mère sera puni de mort (Deut. 5:16). Mais vous, vous dites : Si
un homme dit à son père ou à sa mère : Que tout Corban96 que je fais vous
sera utile, il satisfait au commandement. Et vous ne lui laissez pas faire
autre chose pour son père ou pour sa mère, anéantissant la Parole de Dieu
par les traditions que vous enseignez ; et vous faites plusieurs autres choses
semblables.
Ayant ensuite appelé le peuple, Il leur dit : Écoutez-moi tous, et
comprenez ceci, rien de ce qui entre dans l'homme venant du dehors ne
peut le souiller ; mais ce qui sort de l'homme 97, c'est ce qui le souille. Si
quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende.
Lorsqu'Il eut quitté le peuple, et qu'Il fut entré dans la maison,
ses disciples l'interrogèrent sur la parabole. Et Il leur dit : Êtes-vous
aussi vous autres sans intelligence ? Ne concevez-vous pas que, tout ce qui
vient de dehors et entre dans l'homme ne peut le souiller, parce que cela
n'entre pas dans son cœur, mais va dans le ventre, et ensuite au lieu
d'aisance ; ne laissant que ce qu'il y a de pur dans l'aliment ? Mais ce qui
sort de l'homme, disait-Il, c'est ce qui souille l'homme. Car c'est du fond du
cœur des hommes, que viennent les mauvaises pensées : adultère,
fornication, homicide, larcin, avarice, méchanceté, fraude, impudicité,
envie, blasphème, orgueil, folie98. Tous ces maux viennent du dedans, et
souillent l'homme.
96. Corban signifie une offrande à Dieu, d'où le nom donné au pain eucharistique dans les
Eglises orientales. Ici le Corban est une offrande d'argent au temple qui est préférée au soutien
de ses parents.
97. Par ses paroles impures, ses gestes et ses actions immondes. En exigeant le lavage des
mains avant le repas, les Pharisiens édictent une règle nouvelle. Selon la Loi, ni la nourriture
permise devenue impure, ni les aliments interdits ne peuvent, par ingestion, rendre le corps
impur ; contrairement aux excrétions : fèces, flux de sang, sperme.
98. La folie ou l'impiété, ce dernier mal comprenant tous les autres.
28
Évangile selon Saint Marc
Humilité de la Syrophénicienne (7:24-30)
Jésus sortant ensuite de là, s'en alla vers Tyr et Sidon, où étant
entré dans une maison, Il ne voulait pas qu'on le sut ; mais Il ne put
être caché. Car une femme dont la fille était possédée d'un esprit
immonde, n'eut pas plutôt entendu dire qu'Il était là, qu'elle entra
et se jeta à ses pieds. C'était une païenne qui était de Syrophénicie,
et elle le priait de chasser le démon du corps de sa fille. Mais Il lui
dit : Laissez les enfants se rassasier auparavant, car il n'est pas juste de
prendre le pain des enfants pour le jeter aux chiens. Et elle repartit : Il est
vrai Seigneur ; cependant les petits chiens mangent sous la table,
quelques miettes du pain des enfants. Et Il lui dit : A cause de cette
parole, va : le démon est sorti de ta fille. Et s'en étant allée à la maison,
elle trouva sa fille couchée sur le lit, et que le démon était sorti.
Guérison du sourd et muet (7:31-37)
Jésus quittant les confins de Tyr et de Sidon, pour s'en retourner,
vint à la mer de Galilée, passant au voisinage du pays de la Décapole.
Et on Lui amena un homme qui était sourd et presque muet, sur
lequel on le pria d'imposer les mains. Jésus l'ayant tiré à l'écart hors
de la foule, lui mit ses doigts dans les oreilles, et de sa salive sur la
langue. Puis regardant vers le ciel, Il jeta un soupir et lui dit : Ephata,
qui signifie ouvrez-vous. Et aussitôt ses oreilles s'ouvrirent, et sa
langue ayant été déliée, il parla librement. Jésus leur défendit d'en
rien dire ; mais plus Il le leur défendait, plus ils le publiaient. Ils
étaient dans l'admiration, disant : Il a bien fait toutes choses : Il a fait
entendre les sourds, et parler les muets99.
99. Et en ce jour, les sourds entendront les paroles du Livre ; et les yeux qui sont dans
l'obscurité, et ceux qui sont dans les brouillards, ceux des aveugles, verront. Et à cause du
Seigneur les pauvres tressailliront d'allégresse, et les hommes désespérés seront rassasiés de
joie (Isaïe 29:18-19).
Évangile selon Saint Marc
29
LE CHRIST DÉVOILE SA ROYAUTÉ
(8:1-38)
Du pain pour quatre mille, levain d'hypocrisie des Pharisiens, Guérison
progressive de la vue des apôtres et d'un aveugle, Confession
incomplète de Pierre, Annonce de la Passion, Renoncement à soimême.
Du pain pour quatre mille (8:1-9)
S'étant trouvé en ce temps-là avec Lui une grande multitude de
peuple qui n'avait rien à manger, Il appela ses disciples et leur dit :
J'ai pitié de ces gens : Car voilà que depuis trois jours ils sont
continuellement avec moi, et ils n'ont rien à manger. Et si je les renvoie
chez eux sans manger, les forces leur manqueront en chemin, parce qu'il y
en a qui sont venus de loin100.
Ses disciples Lui répondirent : D'où nous viendrait dans un désert
comme celui-ci, assez de pain pour les rassasier ? Il leur demanda :
Combien avez-vous de pains ? Sept, dirent-ils.
Il commanda ensuite à tout ce monde de s'asseoir à terre ; puis Il
prit les sept pains, et faisant des actions de grâces, Il les rompit, et
les donna à ses disciples pour les servir ; et ils les servirent à cette
troupe de gens. Ils avaient encore quelques petits poissons, qu'Il
bénit aussi ; et Il commanda qu'on les servit.
100. La seconde multiplication des pains est introduite par deux autres miracles, et tous les
trois évoquent ce que fit le Prophète Elie pour la veuve de Sarepta (3 Rois 17:4-24). Sarepta
se situe entre Tyr et Sidon, et la veuve est païenne. Le premier miracle d'Elie est celui du pot
de farine et de la jarre d'huile qui ne se désemplissent pas : la farine sert à faire le pain de
l'enseignement du chemin du salut, l'huile est la bénédiction du Seigneur indispensable pour
comprendre cet enseignement et le pratiquer. Quand il ressuscite le garçonnet de la veuve,
Elie souffle trois fois sur l'enfant, qui jette un grand cri et s'éveille : ainsi est signifiée l'élection
des païens par la renaissance dans l'Esprit. Celle-ci apparaît encore par les miettes données
aux petits chiens, l'exorcisme de la fillette et la guérison de l'homme sourd et muet : la fillette
désigne le commencement de la conversion des gentils, et l'homme, la maturité de la moisson
et son abondance.
30
Évangile selon Saint Marc
Ces gens mangèrent et furent rassasiés ; et on remporta sept
corbeilles pleines des morceaux qui restèrent. Or ceux qui
mangèrent étaient environ quatre mille101 ; et Il les renvoya.
Levain d'hypocrisie des Pharisiens (8:10-16)
Montant aussitôt après dans une barque avec ses disciples, Il alla
vers Dalmanutha102. Il vint là des Pharisiens qui se mirent à disputer
avec Lui, Lui demandant pour L'éprouver, qu'Il fit quelque miracle
dans le ciel103. Mais Jésus, soupirant du fond de son cœur 104, leur dit :
Pourquoi ces gens-là demandent-ils un miracle ? Je vous assure qu'il ne
s'en fera aucun pour eux. Et les laissant là, Il se rembarqua, et repassa
à l'autre bord.
Ses disciples qui avaient oublié de prendre du pain, n'en avaient
qu'un dans la barque. Et Il leur donna cet avertissement : Voyez,
gardez-vous bien du levain des Pharisiens, et du levain d'Hérode 105. Sur
quoi faisant réflexion, ils dirent entre-eux : Nous n'avons point de
pain.
Guérison progressive de la vue des apôtres et d'un aveugle (8:17-26)
Ce que Jésus ayant connu, Il leur dit : Pourquoi faites-vous cette
réflexion que vous n'avez point de pain ? Ne concevez-vous point, et ne
comprenez-vous point encore ? Votre esprit est-il encore aveuglé ? Ayant
101. Le nombre sept figure le Saint-Esprit et concerne les Nations ; tandis que cinq figure le
Pentateuque (la Loi de Moyse) et concerne les Juifs. Cinq et sept font douze, qui est le nombre
des Apôtres choisis par le Maître, en rapport aussi avec les douze tribus d'Israël, pour créer un
peuple nouveau. Quatre renvoie aux points cardinaux, et désigne toutes les nations de la terre.
Mille exprime la plénitude et l'abondance de la moisson.
102. Vraisemblablement un village d'exilés de Dalmatie, le pays des bergers. Dalmanutha
signifierait le chemin des pasteurs ; les Pharisiens sont les mauvais pasteurs qui mènent leurs
ouailles sur le chemin sinueux et plat de la perdition, en se perdant eux-mêmes, et le Messie
est le bon pasteur qui conduit ses brebis au salut par la voie droite et escarpée.
103. A la manière des sorciers qu'ils fréquentaient. L'endurcissement de leur cœur et leur
volonté de nuire au Maître constituent le blasphème contre le Saint-Esprit. Par conséquent le
Seigneur ne pouvait opérer de miracles pour eux. Mais le fait qu'Il vienne les reprendre dans le
village de Dalmanutha est un signe.
104. Araméen : soupirant sous la motion du Saint-Esprit.
105. Le Maître met en garde les disciples contre les deux principaux obstacles diaboliques :
l'amour du monde ou la convoitise (richesse, renommée, puissance...) et le détournement des
Commandements de Dieu à des fins charnelles.
Évangile selon Saint Marc
31
des yeux, vous ne voyez pas ? Et ayant des oreilles, vous n'entendez pas ? Et
ne vous souvenez-vous plus des choses ?
Quand Je rompis les cinq pains pour cinq mille hommes, combien
remportâtes-vous de corbeilles pleines de morceaux qui restèrent ? Douze,
Lui dirent-ils. Et quand Je rompis sept pains pour quatre mille hommes,
combien remportâtes-vous de corbeilles pleines des restes ? Sept, Lui
répondirent-ils. Et comment, leur dit-il, ne comprenez-vous point
encore106 ?
Ils s'en allèrent à Bethsaïde 107, où on Lui amena un aveugle qu'on
le pria de toucher. Il prit l'aveugle par la main, et le mena hors du
bourg. Puis lui ayant mis de sa salive sur les yeux, et lui ayant
imposé les mains, Il lui demanda s'il voyait quelque chose. L'aveugle
regardant, dit : Je vois les hommes marcher, et ils me paraissent des
arbres. Il lui mit ensuite de nouveau les mains sur les yeux ; et
l'aveugle se mit à regarder, et fut si bien guéri, qu'il n'y avait rien
qu'il ne vit distinctement. Après cela Jésus le renvoya à sa maison, et
lui dit : N'entrez point dans le bourg, et ne dites rien de ceci à personne 108.
Confession incomplète de Pierre (8:27-30)
Jésus partit ensuite avec ses disciples pour s'en aller dans les
villages de Césarée de Philippe109 ; et sur le chemin, Il leur demanda :
Qui dit-on que Je suis ? Ils Lui répondirent : Les uns disent que Vous êtes
Jean le Baptiste, d'autres, Élie, et d'autres un des Prophètes. Alors Il leur
demanda : Et vous, qui dites-vous que Je suis ? Pierre prenant la parole
106. La multiplication des cinq pains concerne les Juifs et rappelle Moyse au Sinaï conduisant
le peuple. La multiplication des sept pains concerne les Gentils, et rappelle les miracles d'Elie
en faveur de la veuve de Sarepta.
107. Village situé à proximité de Capharnaüm, dont le nom signifie pêcherie.
108. L'aveugle est comparable au disciple que le Christ conduit pas à pas dans la Vérité, au
travers du silence et de la solitude propres à l'ascèse.
109. L'Evangile selon saint Marc débute lorsque le Sauveur vient se faire immerger en signe
de repentance par Jean, près de l'embouchure du Jourdain dans la Mer morte. Césarée de
Philippe se trouve en amont du Jourdain, près de ses sources. Ceci annonce une seconde
théophanie trinitaire.
32
Évangile selon Saint Marc
Lui dit : Vous êtes le Christ110. Et Il leur commanda fortement de ne
point dire cela à personne.
Annonce de la Passion (8:31-33)
Il commença à leur apprendre qu'il fallait que le Fils de l'homme
souffrit beaucoup ; et qu'Il fut réprouvé par les Anciens, par les
Princes des Prêtres, et par les Scribes111, qu'Il fut mis à mort, et qu'Il
ressuscitât trois jours après. Il leur disait cela si ouvertement, que
Pierre le prenant à part se mit à lui faire des reproches 112. Mais Jésus
se tournant, et regardant ses disciples, dit à Pierre avec menaces :
Retire-toi de devant Moi, satanas : car tu ne goûtes point ce qui vient de
Dieu, mais ce qui vient des hommes.
Renoncement à soi-même (8:34-38)
Puis ayant appelé le peuple, et ses disciples, Il leur dit : Si
quelqu'un veut me suivre ; qu'il renonce à soi-même, qu'il se charge de sa
croix, et qu'il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra ; et
celui qui l'aura perdue pour Moi et pour l’Évangile, la sauvera. Et que
servira à un homme de gagner tout l'univers, s'il se perd soi-même ? Ou que
donnera-t-il en échange pour soi-même ?
110. C'est-à-dire le Messie prédit par les Ecritures et qui était attendu, surtout par les
Esséniens, pour le salut d'Israël. Et Jean était le dernier des Prophètes car manifestant l'Esprit
qu'Elie avait reçu en abondance, il lui revenait d'annoncer le Messie et de lui préparer des
disciples. Voilà que je vous enverrai Elie le Thesbite, avant que vienne ce Jour du Seigneur
(Malachie 4:4). Mais Pierre ne voit pas encore la divinité du Seigneur.
111. Les Anciens, les Princes des Prêtres, et les Scribes forment les trois classes qui
composaient le Sanhédrin, le grand conseil des Juifs. Les Scribes étaient surtout des
Pharisiens, et les Anciens des Sadducéens ; les premiers avaient défiguré la Loi de Moyse par
leur propre tradition, et les second étaient matérialistes.
Quand l'Iduméen Hérode usurpa le trône des princes asmonéens, la plupart des Anciens du
Sanhédrin furent mis à mort et remplacés par d'autres plus complaisants. Ceux-ci et leurs
successeurs partagèrent les destinées de ce Sanhédrin amoindri, tenu en tutelle par les
Hérode, puis par les Procurateurs romains, et réduit à discuter les subtilités pharisaïques qui
avaient remplacé pour lui les grandes questions politiques et religieuses en vue desquelles il
avait été institué.
112. Pierre n'acceptait pas la Prophétie d'Isaïe : le Messie serait humble (42:1-9), insulté et
jugé de façon inique (50:5-8), crucifié puis ressuscité (52:13-15) ; qu'Il susciterait le repentir
(53:1-12) et qu'Il établirait son Eglise dans toutes les nations (54:1-7).
Évangile selon Saint Marc
33
Car quiconque aura honte de Moi, et de mes paroles parmi cette
nation adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte
de lui, lorsqu'Il viendra avec la gloire de son Père, et accompagné
des saints Anges. Il leur dit encore : Je vous assure en vérité que
quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point qu'ils ne voient le
règne de Dieu arriver avec puissance113.
LE CHRIST DÉVOILE SA PUISSANCE
(9:2-39)
Transfiguration, Avènement d'Elie, Exorcisme d'un enfant, Annonce de
sa Résurrection, Le plus grand des disciples, Ne jamais scandaliser.
Transfiguration (9:2-10)
Six jours après114, Jésus prit avec Lui Pierre, Jacques et Jean ; Il les
mena seuls sur une haute montagne, en un lieu écarté, et Il fut
transfiguré devant leurs yeux. Ses habits devinrent tout éclatants, et
aussi blancs que la neige ; en sorte qu'il n'y a point de foulon 115 sur la
terre qui en puisse faire de si blancs.
En même temps leur apparurent Élie et Moyse qui s'entretenaient
avec Jésus116. Et Pierre prenant la parole dit à Jésus : Mon Maître, il est
bon que nous demeurions ici : dressons donc trois tentes, une pour Vous,
une pour Moyse, et une pour Élie. Mais il ne savait ce qu'il disait, parce
113. Double annonce de la Transfiguration et de la révélation qu'Il donnera à Jean pour la
transcrire dans un livre ordinairement nommé l'Apocalypse.
114. C'est-à-dire le même jour que celui de la confession de Pierre, au nom des autres
Apôtres, de la messianité de Jésus. Les six jours figurent la récapitulation de l'œuvre de la
création dans la vie du disciple, et le septième la rencontre avec Dieu, le jour du sabbat.
115. Artisan qui prépare les étoffes en les foulant au moulin. Le vêtement étincelant représente
la gloire dont les fidèles seront revêtus dès la résurrection des corps, retrouvant ainsi la
situation de l'humanité avant la chute.
116. Le Christ apparaît avec ses deux grands serviteurs et précurseurs : Moyse et Elie. Moyse
arracha le peuple Hébreux à l'Egypte païenne, lui faisant traverser la mer rouge, et lui donnant
la Loi qu'il devait conserver jusqu'à l'avènement du Christ. La Transfiguration est donnée, d'une
part, aux Apôtres afin que leur foi puisse supporter le scandale de la Crucifixion, et d'autre part
aux fidèles de la Grande tribulation, puisque Moyse et Elie sont les deux témoins qui seront
tués et ressusciteront trois jours après (Apoc. 11:3-13).
34
Évangile selon Saint Marc
qu'ils étaient tout épouvantés117. Alors il se forma une nuée qui les
couvrit, comme une tente, et de la nuée 118 il sortit une Voix qui dit :
C'est-là mon Fils119 bien aimé, écoutez-le. Et aussitôt regardant de tous
côtés, ils ne virent plus avec eux que Jésus, lequel comme ils
descendaient de la montagne120, leur commanda de ne dire à
personne ce qu'ils avaient vu, qu'après que le Fils de l'homme serait
ressuscité. Ils tinrent la chose secrète, s'entredemandant ce que
voulait dire : Après qu'Il serait ressuscité121.
Avènement d'Élie (9:11-13)
Et ils Lui firent cette question : Pourquoi donc les Pharisiens et les
Scribes disent-ils qu'il faut qu’Élie vienne auparavant ? Il leur répondit :
Élie viendra en effet auparavant, qui rétablira toute chose, et comme il est
écrit du Fils de l'homme : Il doit souffrir beaucoup, et être méprisé. Mais Je
vous dis qu'il est déjà venu, et qu'ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu,
comme il est écrit de lui122.
117. Pierre était à la fois exalté et effrayé par la présence de Dieu. En goûtant à la Vie
éternelle, il voulait y demeurer, oubliant son statut d'homme et sa mission apostolique.
118. La nuée manifeste le Saint-Esprit, ainsi les trois apôtres reçoivent la vision de la Sainte
Trinité, avant le début de leur mission, alors que Jean le Baptiste la recevait à la fin. Voilà que
le Seigneur notre Dieu nous a montré sa gloire, et nous avons entendu sa voix du milieu du
feu ; nous savons aujourd'hui que le Seigneur Dieu peut parler à un homme, et celui-ci vivre
encore (Deut. 5:24).
119. Le Fils est Sagesse du Père puisqu'Il participe à sa justice et à sa miséricorde. Et le Fils
est Verbe parce qu'Il manifeste la sagesse que le Père a mis en Lui, tant dans la création du
monde que dans la providence qui le soutient.
120. Le mont Thabor se situe en Galilée, dans la plaine d'Esdrelon, à environ vingt kilomètres
au sud-ouest du lac de Tibériade, et à sept kilomètres au sud-ouest de Nazareth. C'est un
massif calcaire qui ressemble à un volcan. Thabor signifierait Lumière naissante. Plusieurs
Pères le désigne comme la montagne de la Transfiguration : Saint Cyrille de Jérusalem
(12ème Cat. Bapt., 16), Eusèbe (Com. Psaumes, Ps. 88:16), Jérôme de Béthléem (Eloge de
Sainte Paule, et lettre 17, à Marcille).
121. Ils croyaient en la résurrection générale, mais ils ne comprenaient pas que Jésus puisse
ressusciter bientôt.
122. Elie est venu en Jean le Baptiste, et il reviendra peu avant le second avènement du
Christ. Voilà que je vous enverrai Elie le Thesbite, avant que vienne ce Jour du Seigneur, jour
grand et éclatant, qui réunira le fils au cœur de son père, l'homme au cœur de son prochain,
de peur que je ne survienne et que je n'anéantisse la terre. Souvenez-vous de la Loi de
Évangile selon Saint Marc
35
Exorcisme d'un enfant (9:14-29)
Étant retourné à ses disciples, Il vit autour d'eux une foule de
monde, et des Scribes qui disputaient avec eux. Tout ce monde fut
étonné et surpris aussitôt qu'il vit Jésus 123 ; et ils accoururent pour le
saluer. Il leur demanda : De quoi disputez-vous ensemble ? Et un de la
troupe prenant la parole, dit : Maître, je Vous ai amené mon fils, qui est
possédé d'un démon qui le rend muet, lequel en quelque lieu qu'il s'empare
de lui, le jette contre terre : l'enfant écume, grince des dents, et devient tout
sec. J'ai prié vos disciples de le chasser, et ils ne l'on pu.
Jésus répondit : Race incrédule124, jusqu'à quand serai-Je avec vous ?
Jusqu'à quand vous souffrirai-je ? Amenez-le Moi. Ils l'amenèrent, et dès
qu'il eut vu Jésus, il fut fort agité par le démon, et étant jeté contre
terre, il se roulait, et écumait. Jésus demanda au père : Depuis quel
temps cela lui arrive-t-il ? Dès son enfance, dit le père, le démon l'a
souvent jeté dans le feu, et dans l'eau pour le faire périr : mais si Vous
pouvez quelque chose, ayez pitié de nous et assistez-nous.
Jésus lui répondit : Si vous pouvez croire, il n'y a rien qui ne se puisse
faire pour celui qui croit. Aussitôt le père de l'enfant s'écriant, dit les
larmes aux yeux : Je crois, Seigneur, aidez-moi dans mon peu de foi. Alors
Jésus voyant une foule de monde qui accourait, dit avec menaces à
l'esprit immonde : Esprit sourd et muet, sors de cet enfant : Je te le
commande, et n'y rentre plus.
L'esprit en sortit criant, et déchirant violemment l'enfant, qui
devint comme mort125 ; en sorte que plusieurs disaient : Il est mort.
Mais Jésus le prit par la main pour le faire lever, et il se leva.
Lorsque Jésus fut entré dans la maison, ses disciples lui
demandèrent en particulier : Pourquoi n'avons nous pu chasser ce
Moyse, mon serviteur, telle que je la lui ai intimée, en Horeb, devant tout Israël, dans ses
commandements et ses préceptes (Malachie 4:4, Vulg. 3:23).
123. Son visage étant encore illuminé, comme celui de Moyse descendant de la montagne
(Exode 34:35).
124. Il s'agit des scribes perfides, du père incrédule, et des apôtres dont la foi était insuffisante
pour chasser ce démon, parce qu'ils manquaient d'humilité et de constance (de prière et de
jeûne selon le Maître).
125. Il s'agit d'un raidissement cadavérique temporaire, l'enfant devenant « tout sec ».
36
Évangile selon Saint Marc
démon ? Il leur répondit : Cette sorte de démon ne se chasse que par la
prière, et par le jeûne126.
Annonce de sa Résurrection (9:30-32)
Étant partis de là, ils traversèrent la Galilée, et Il ne voulait point
qu'on le sut. Cependant Il instruisait ses disciples, et leur disait : Le
Fils de l'homme doit être livré entre les mains des hommes, qui le feront
mourir, et après qu'ils l'auront fait mourir, Il ressuscitera le troisième
jour127. Mais ils ne comprenaient point ce discours, et ils n'osaient
l'interroger.
Le plus grand des disciples (9:33-41)
Ils arrivèrent à Capharnaüm, et lorsqu'ils furent dans la maison,
Il leur demanda : De quoi vous entreteniez-vous sur le chemin ? Mais ils
ne répondirent rien, parce qu'ils avaient disputé ensemble sur le
chemin, qui d'entre-eux était le plus grand. Il s'assit, et ayant appelé
les douze, Il leur dit : Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le
dernier de tous, et leur serviteur 128. Puis Il prit un enfant, qu'Il mit au
milieu d'eux ; et après l'avoir embrassé, Il leur dit : quiconque recevra
en mon Nom un enfant comme celui-ci, me recevra ; et quiconque me
reçoit, ce n'est pas seulement Moi qu'il reçoit, mais Celui qui m'a envoyé.
Jean prenant la parole lui dit : Maître, nous avons vu chasser les
démons en votre Nom, par un homme qui n'est point d'avec nous, et nous
126. La prière et le jeûne constituent l'ascèse nécessaire à la fructification de la foi, car il est
nécessaire d'apprendre à s'abstenir de toutes les choses mondaines, pour n'être nourri que de
Dieu seul. Le mûrissement de la foi entraîne celui de l'espérance et de la charité. Les disciples
avaient butté sur leur orgueil, ils devaient encore développer leur humilité.
127. C'est-à-dire le surlendemain. Le troisième jour est lié à l'accomplissement d'un dessein
divin (Exode 19:11 ; Esther 15:4). En deux jours Il nous rendra la santé ; le troisième jour, nous
nous lèverons et nous vivrons devant Lui, et nous le connaîtrons (Osée 3:6).
128. Moyse était le plus doux des hommes existant alors sur la terre (Nom. 12:3). Goûtez et
voyez combien le Seigneur est doux : heureux l'homme qui espère en Lui. Craignez le
Seigneur, vous tous qui êtes ses Saints ; car rien ne manque à ceux qui le craignent. Les
riches sont tombés dans l'indigence et la famine ; mais ceux qui cherchent le Seigneur ne
manqueront de rien. Venez, mes enfants, écoutez-moi : Je vous enseignerai la crainte du
Seigneur (Ps. 33:9-12). Ô Invincible, dans votre beauté et dans votre éclat, bandez votre arc,
marchez victorieusement, et régnez par l'amour de la vérité, de la douceur, et de la justice : et
par votre droite Vous ferez des miracles (Ps. 44:4).
Évangile selon Saint Marc
37
l'en avons empêché. Ne l'empêchez pas, dit Jésus, parce qu'il n'y a
personne qui faisant des miracles en mon Nom, puisse incontinent parler
mal de Moi. Car qui n'est point contre vous, est pour vous. Quiconque vous
donnera à boire un verre d'eau en mon Nom, parce que vous êtes au Christ,
je vous assure en vérité qu'il ne perdra point sa récompense.
Ne jamais scandaliser (9:42-50)
Et quiconque scandalisera un de ces petits 129 qui croient en Moi, il
vaudrait mieux pour lui, qu'on lui attachât au cou une meule de moulin, et
qu'on le jetât dans la mer.
Si votre main est un sujet de scandale, coupez-la 130 ; il vaut mieux que
vous entriez dans la vie n'ayant qu'une main, que d'en avoir deux, et aller
dans la géhenne131, où le ver de ceux qui y sont ne meurt point, et où le feu
ne s'éteint point132. Si votre pied vous est un sujet de scandale, coupez-le ; il
vaut mieux pour vous, que vous entriez dans la vie éternelle n'ayant qu'un
pied, que d'en avoir deux et être jeté dans le feu de la géhenne, qui ne peut
où le ver de ceux qui y sont ne meurt point ; et où le feu ne s'éteint point.
Que si votre œil est un sujet de scandale, arrachez-le ; il vaut mieux pour
vous, entrer dans le Royaume de Dieu, n'ayant qu'un œil, que d'en avoir
129. Le Baptême des nourrissons et l'instruction chrétienne donnée aux petits enfants se
fondent sur ces Paroles du Seigneur. La formule « les petits » est aussi une appellation
affectueuse des fidèles dont la foi et l'humilité sont grandes et simples.
130. Il ne s'agit pas de mutiler le corps, mais de couper court aux errements de la pensée qui
conduit au péché : la main figure une acquisition, le pied le début d'exécution d'un désir, et l’œil
l'attrait d'une convoitise. Les trois remèdes à ces maux sont dans l'ordre : la pauvreté,
l'obéissance, et la chasteté en Dieu le Fils, par le Saint-Esprit, pour Dieu le Père.
131. La vallée sèche de la Géhenne se situait au pied des fortifications méridionales de
Jérusalem et tourne vers l'occident. Sous le temps des Juges et des Rois, les Juifs étaient
idôlatres : ils y immolaient leurs enfants par le feu. Le Prophète Jérémie annonça la vengeance
divine pour ces sacrilèges (Jérémie 19:1-9). Et le Roi Josias l'exécuta : il renversa les temples
des idoles, incendia les bois sacrés, et massacra les prêtres et leurs familles, à Jérusalem,
dans Juda et dans Israël (2 Rois 23:10-25). Depuis la vallée de la Géhenne devint un lieu
maudit où les habitants de Jérusalem brûlaient leurs ordures, de sorte que des brasiers y
étaient allumés jour et nuit. Ce spectacle s'offrait encore aux jours du Sauveur, c'est pourquoi
la Géhenne devint l'image de l'enfer des damnés.
132. Et ils verront les membres épars de ceux qui auront péché contre moi ; car le ver ne finira
point de les ronger ; le feu qui les brûlera ne s'éteindra jamais. Et ils seront exposés à la vue
de tous (Isaïe 66:24). Car le feu et le ver sont la punition des impies (Sirac. 7:19).
38
Évangile selon Saint Marc
deux et être jeté dans le feu de la géhenne, où le ver de ceux qui y sont ne
meurt point, et où le feu ne s'éteint point. Car ils seront tous salés avec du
feu133 ; comme toute victime est salée avec du sel134. Le sel est bon;
mais s'il devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en
vous-mêmes, et la paix entre vous.
LA VOIE ÉTROITE
(10:1-52)
Fidélité dans le mariage, Confiance du petit enfant, Perfection et
abandon des richesses, Annonce de la Passion et incompréhension de
Jean et Jacques, Gloire du serviteur, Guérison de l'aveugle Bartimée.
Fidélité dans le mariage (10:1-12)
Jésus partit de là, et s'en alla dans les confins de la Judée au delà
du Jourdain, une foule de monde s'assemblant encore autour de Lui,
Il se mit à les instruire comme Il avait accoutumé. Les Pharisiens
aussi s'approchèrent de Lui, et Lui demandèrent pour le sonder : Estil permis à un homme de renvoyer sa femme ? Il leur répondit : Que vous
a commandé Moyse ? Moyse, dirent-ils, a permis de renvoyer sa femme,
en lui donnant un acte de répudiation (Deut. 24:1).
Jésus leur répondit : Il vous a donné ce commandement à cause de la
dureté de votre cœur. Mais au commencement, quand Dieu créa le monde,
Il fit l'un mâle, et l'autre femelle (Gen. 1:27). C'est pourquoi l'homme doit
quitter son père et sa mère, pour s'attacher à sa femme, en sorte qu'ils ne
soient tous deux qu'une seule chair. Ils ne sont donc plus deux, mais une
133. Ceux qui mènent une vie scandaleuse seront conservés dans le feu qui ne s'éteint pas, et
ne se corrompront jamais, comme s'ils étaient salés, car ils se sont eux-mêmes offerts en
sacrifice au démon.
134. Tous vos présents de sacrifice seront salés avec du sel ; ne négligez pas le sel de
l'alliance du Seigneur dans vos oblations ; sur tous vos présents vous offrirez du sel au
Seigneur votre Dieu (Lév. 2:13). Et le Seigneur dit à Aaron : Toute portion réservée des choses
saintes que les fils d'Israël mettront à part, je la donne à toi, à tes fils et à tes filles : c'est une
loi perpétuelle, c'est une alliance de sel à perpétuité devant le Seigneur, pour toi et ta postérité
(Nom. 18:19). Le sel figure la perpétuité et l'incorruptibilité, attributs divins ; il est aussi la
marque de la sagesse et de la discrétion pour le fidèle.
Évangile selon Saint Marc
39
seule chair. Ainsi, que l'homme ne sépare point ce que Dieu a joint 135. Étant
dans la maison, ses disciples l'interrogèrent encore sur la même
chose. Et Il leur dit : Quiconque répudie sa femme, et en épouse une autre,
devient adultère. Et si une femme quitte son mari, et en épouse un autre,
elle devient adultère.
Confiance du petit enfant (10:13-16)
On Lui présentait de petits enfants, afin qu'Il les touchât ; mais
ses disciples rejetaient avec menaces ceux qui se présentaient 136. Ce
que Jésus voyant, Il s'en fâcha, et leur dit : Laissez venir à Moi les petits
enfants, et ne les empêchez point, car le Royaume de Dieu appartient à ceux
qui leur ressemblent137. Je vous assure que quiconque ne recevra pas le
Royaume de Dieu138 comme un enfant, n'y entrera point. Puis les
embrassant, et leur imposant les mains, Il les bénissait.
Perfection et abandon des richesses (10:17-31)
Comme Il fut sorti pour se mettre en chemin, un homme
accourut, qui se mettant à genoux devant Lui, Lui dit : Bon Maître,
que faut-il que je fasse pour avoir la Vie éternelle ? Jésus lui répondit :
Pourquoi m'appelle-tu bon ? Il n'y a que Dieu seul de bon139. Tu connais les
commandements : Ne commets point l'adultère. Ne sois point homicide. Ne
135. L'union des époux est une figure de l'union voulue par Dieu avec son peuple. Parlant du
nouveau peuple, les fils de Jezraël (Dieu sème), issu de l'union de Juda (Je louerai le
Seigneur) et d'Israël (Peuple fort qui voit Dieu), le Seigneur fait dire au Prophète Osée : Je te
prendrai pour épouse dans tous les siècles, je te prendrai pour épouse en mon équité, en mes
jugements, en ma pitié, en ma miséricorde. Et je te prendrai pour épouse avec confiance, et tu
reconnaîtras le Seigneur (Osée 2:19). L'union des corps préfigure aussi celle des âmes dans
l'unité de la foi.
136. Car ils pensaient de la sorte préserver la dignité de leur Maître.
137. L'innocence et la simplicité de l'enfant le font adhérer complètement et sans condition à
celui qui l'aime. C'est le type d'obéissance que le Seigneur attend de ses disciples. L'enfant est
le fruit de la fidélité des deux époux. Selon la coutume rabbinique, le Christ impose les mains
aux petits enfants pour les bénir.
138. C'est-à-dire la doctrine de l’Évangile.
139. Sachant qu'Il est perçu comme un simple mortel, le Sauveur enseigne que seul Dieu est
bon, car Il est la bonté même. Mais pour que l'homme devienne lui-même bon, il doit suivre les
Commandements, et demander la grâce de Dieu : Car ce qui est impossible pour les hommes,
ne l'est pas pour Dieu (Marc 10:27).
40
Évangile selon Saint Marc
dérobe point. Ne porte point de faux témoignage. Ne fais tort à personne.
Honore ton père et ta mère.
Il Lui repartit : Maître, j'ai observé tout cela dès ma jeunesse. Jésus
l'ayant regardé l'aima, et Lui dit : Il te manque une chose : Va vendre
tout ce que tu possèdes, et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor
dans le ciel, puis viens et suis-Moi140. Mais ce discours l'ayant affligé, il
s'en alla tout triste ; car il avait de grands biens.
Alors Jésus regardant autour de Lui, dit à ses disciples : Qu'il est
difficile pour ceux qui ont du bien d'entrer dans le Royaume de Dieu ! Les
disciples étaient tout étonné de ce discours141, mais Jésus leur dit
une seconde fois : Mes enfants, qu'il est difficile pour ceux qui se confient
en leurs richesses d'entrer dans le Royaume de Dieu ! Il est plus aisé à un
chameau142 de passer par le trou d'une aiguille, qu'à un riche d'entrer dans
le Royaume de Dieu.
Ils furent encore plus étonnés, et ils se disaient l'un à l'autre : Qui
peut donc être sauvé ? Jésus les regardant leur dit : Cela est impossible
aux hommes ; mais non pas à Dieu ; car tout est possible à Dieu 143. Alors
Pierre Lui dit : Nous avons tout quitté nous autres, et nous Vous avons
suivi ! Je vous assure en vérité, répondit Jésus, que personne ne quittera
pour Moi et pour l’Évangile sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son
père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, qui dès ce
temps-ci n'en reçoive cent fois autant144, en maisons, en frères, en sœurs, en
140. Le Sauveur encourage l'homme charitable à vivre exclusivement pour Dieu en
augmentant encore sa charité, et en renonçant complètement au monde : Le Seigneur est
mon berger, je ne manquerai de rien ; Il m'a mis dans un gras pâturage, Il m'a abreuvé d'une
eau rafraîchissante. Il a converti mon âme ; Il m'a conduit dans les voies de sa Justice, pour la
Gloire de son Saint Nom (Ps. 22:1).
141. Les disciples attendaient que le Messie règne comme un roi terrestre. Ils ne comprenaient
donc pas l'opposition entre l'attrait des richesses matérielles et le Royaume de Dieu qui est ici
la vie selon l’Évangile.
142. Proverbe humoristique pour souligner une chose difficile, presque impossible à réaliser ;
le chameau pourrait désigner une grosse corde en poils du même animal.
143. Par ses seuls efforts, l'homme ne peut s'approcher de Dieu, mais seulement en recevant
sa grâce, il peut réaliser la volonté divine.
144. Par la prédication et la conversion, chaque apôtre gagnera une famille très nombreuse,
issue de chaque ville évangélisée, toutes richesses étant mises en commun. Cela peut aussi
Évangile selon Saint Marc
41
mères, en enfants, en terres, avec des persécutions 145 ; et dans le siècle à
venir la Vie éternelle. Or plusieurs qui sont les premiers seront les derniers,
et plusieurs qui sont les derniers seront les premiers.
Annonce de la Passion et incompréhension de Jean et Jacques (10:32-40)
Comme ils étaient sur le chemin allant à Jérusalem, Jésus
marchait devant eux, et ils étaient tout étonnés 146, et Le suivaient
avec crainte. Il prit de nouveau à part les douze, et commença à leur
dire ce qui devait arriver. Nous nous en allons, leur dit-Il, à Jérusalem,
où le Fils de l'homme sera livré aux Princes des Prêtres, aux Scribes, et aux
Anciens ; ils Le condamneront à la mort, et Le livreront aux Gentils 147. On se
moquera de Lui ; on Lui crachera au visage ; on Le fouettera, on Le fera
mourir, et Il ressuscitera le troisième jour.
Alors Jacques et Jean fils de Zébédée s'approchèrent de Lui, et Lui
dirent : Maître, nous souhaitons que Vous nous accordiez tout ce que nous
allons Vous demander. Jésus leur dit : Que souhaitez-vous que je vous
accorde ? Accordez-nous, dirent-ils, que dans votre gloire nous soyons
assis l'un à votre droite, et l'autre à votre gauche. Jésus leur répondit :
Vous ne savez ce que vous demandez 148 ; Pouvez-vous boire le calice que je
dois boire, ou être baptisés du baptême dont Je dois être baptisé ? Nous le
pouvons, Lui dirent-ils. Vous boirez en effet, leur repartit Jésus, le calice
s'entendre des grâces reçues pour l'édification de l’Église, ou de la vie dans le monde céleste
en communauté avec les fidèles et les Anges.
145. Le règne du Christ se développant avec des persécutions réfute l'idée d'un règne
temporel. Et beaucoup de ceux qui sont les premiers aux yeux des hommes, sont les derniers
aux yeux de Dieu : les premiers obtiendront l'enfer et les derniers, parmi les hommes, le
Paradis. Ce verset achève l'exposé de la perfection des trois vertus (chasteté, obéissance et
pauvreté), commencé par l'avertissement sur la main, le pied ou l'œil qu'il vaut mieux couper
pour éviter de chuter dans le vice (Marc 9:42).
146. Ils savaient que les Juifs voulaient se saisir de Lui, de sorte que sa détermination à aller à
Jérusalem, sans se cacher, les inquiétait.
147. Les Juifs appelaient ceux qui n'étaient pas de leur race des gentils ; ce qui signifie les
étrangers, et sa racine latine a donné en français : les gens. Les Prosélytes étaient des gentils
admis à fréquenter les synagogues, et à adopter une partie des préceptes religieux.
148. La gloire du Sauveur est son sacrifice volontaire sur la Croix, par lequel Il met fin à la
domination de satanas sur les hommes, et fonde son peuple dans l'espérance de la
Résurrection.
42
Évangile selon Saint Marc
que Je dois boire, et vous serez baptisés du baptême dont je doit être
baptisé149. Mais ce n'est point à Moi à donner d'être assis à ma droite ou à
ma gauche ; sinon à ceux à qui cela a été destiné150.
Gloire du serviteur (10:41-45)
Ce que les dix autres ayant entendu, ils en furent indignés 151
contre Jacques et contre Jean. Et Jésus les ayant appelés, leur dit :
Vous savez que ceux qu'on considère comme les Princes des nations
dominent sur elles, et que les Grands leur commandent avec autorité. Il
n'en est pas de même parmi vous : mais que celui qui voudra être le plus
grand, soit votre serviteur ; et que celui qui voudra être le premier parmi
vous, soit l'esclave de tous. Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être
servi ; mais pour servir, et donner sa vie pour la rédemption de plusieurs.
Guérison de l'aveugle Bartimée (10:46-52)
Ils allèrent ensuite à Jéricho, et lorsqu'Il en sortait, suivi de ses
disciples et d'une grande multitude de peuple, l'aveugle Bartimée,
c'est-à-dire fils de Timée152, était assis sur le bord du chemin,
149. Durant sa Passion, le Seigneur descend au plus profond de cette nature humaine qu'Il a
revêtue. Il prend sur Lui le désespoir de ces hommes qui Le refusèrent, Le refusent, et Le
refuseront, afin que ce refus ne soit pas définitif, mais que chaque homme perdu puisse
recevoir la grâce de se tourner vers Lui et de Le suivre. Ainsi, Il appelle concrètement tout
homme au salut en buvant la coupe amère qu'endurèrent les Prophètes et les Patriarches. A
leur tour, les Apôtres boiront au calice de sang et de grâces, risquant leur vie dans des
tribulations incroyables, pour prêcher la Bonne Nouvelle du salut. De même la glorification du
Sauveur sur la Croix était nécessaire, selon la volonté du Père, pour créer l'Eglise ; et les
Apôtres participeront dans les douleurs de l'enfantement d'une part à la croissance de l'Eglise,
et d'autre part à leur propre croissance dans le Saint-Esprit. C'est pourquoi la gloire du
Seigneur est d'avoir consacré son Eglise dans sa mort, comme le rite du Baptême le rappelle.
Dans ce passage de l'Evangile de Saint Marc, on peut remplacer le verbe baptiser par
consacrer.
150. C'est-à-dire les deux larrons qui seront crucifiés avec Lui selon la volonté de Dieu le Père.
Le larron situé à sa droite obtiendra le salut, contrairement à l'autre.
151. Ils briguaient une place privilégiée auprès du Christ qui gouvernerait Israël et instaurerait
un nouveau sacerdoce conforme à la gloire de sa transfiguration.
152. A la sortie de Jéricho, la cité de l'encens, l'aveugle Bartimée, Fils de celui qui est
hautement honoré (Dieu), mendiait. Il appela Jésus d'une voix forte en lui donnant le titre de
Fils de David. Or David signifie tantôt Fils bien-aimé (du Seigneur), tantôt Main puissante (de
Dieu). Ainsi cet aveugle priait selon l'ancienne Loi, et dans son indigence, il reconnut le Messie
et voulut voir Dieu. Il abandonna son manteau, puisque Dieu seul suffit, et en le suivant, il se fit
Évangile selon Saint Marc
43
demandant l'aumône. Quant il entendit dire que c'était Jésus de
Nazareth, il se mit à crier : Jésus, fils de David, ayez pitié de moi. Et
plusieurs le menaçaient pour qu'il se tût ; mais il criait encore plus
fort : Jésus, fils de David153, ayez pitié de moi. En sorte que Jésus
s'arrêtant, commanda qu'on l’appelât. Ils appellent donc l'aveugle,
et lui disent : Aie bon courage ; Lève-toi, Il t'appelle. Il se leva ayant jeté
son manteau, et il vint à Jésus qui lui dit : Que veux-tu que Je te fasse ?
Rabbouni (mon Maître), Lui répondit l'aveugle, que je vous vois. Va, lui
dit Jésus, ta foi t'a sauvé. Il vit aussitôt, et suivit Jésus dans le chemin.
JÉSUS ROI, PRÊTRE ET PROPHÈTE
(11:1-12:12)
Entrée royale à Jérusalem, Figuier maudit, Vendeurs chassés du
temple, Façon de prier, Autorité sacerdotale, Prophétie de sa mort (les
vignerons homicides), Pierre rebutée.
Entrée royale à Jérusalem (11:1-11)
Lorsqu'ils s'approchaient de Jérusalem, arrivant à Bethphagé et
Béthanie154, près de la montagne des oliviers155, Jésus envoya deux de
disciple. Il vit ce que les Apôtres ne voyaient pas.
153. Tous les Juifs savaient que le Messie attendu serait de la race de David, selon le
témoignage de l'Écriture (2 Samuel 7:12-16 ; Amos 9:11). En appelant Jésus fils de David, le
mendiant reconnaît donc sa messianité.
154. Se rendant dans la cité sainte, ou la maison de la paix, le Messie traverse Bethphagé, la
maison des figues, et Béthanie, la maison des dattes, car ces deux localités étaient plantées
l'une de figuiers, l'autre de palmiers. Selon les Chrétiens orientaux, le figuier est semblable à
l'arbre de la connaissance dont Dieu avait interdit la consommation à Adam et Eve. Et le
palmier est le symbole de la noblesse et du juste, car il demeure vert et porte des fruits en
abondance (Ps. 1:3). La palme figure le triomphe et la victoire.
155. La mention du Mont des oliviers souligne que le Christ vient à Jérusalem de l'Orient, et
cette prophétie est liée avec l'annonce du Jugement dernier : Écoute donc, Jésus, grand
prêtre, écoutez aussi, vous qui êtes assis avec lui devant moi ; car vous êtes des hommes
attentifs aux prodiges ; or voilà que j'amène mon serviteur Orient. Car voici la pierre que j'ai
placée devant la face de Jésus ; sur cette pierre unique il y a sept yeux ; et, voilà que je creuse
une fosse, dit le Seigneur tout-puissant, et en un seul jour j'ôterai toute l'iniquité de cette terre
(Malachie 3:8). Les pieds du Seigneur reposeront sur le mont des oliviers, vis-à-vis de
Jérusalem, du côté de l'Orient. Et le mont des oliviers se fendra (Zacharie 14:4). Voilà l'homme,
44
Évangile selon Saint Marc
ses disciples à qui Il dit : Allez au village qui est vis à vis de nous ; dès que
vous serez à l'entrée, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel personne
n'a encore monté ; détachez-le et amenez-le. Si quelqu'un vous demande :
Que faites-vous ? Dites que le Seigneur en a besoin, et aussitôt il le laissera
venir ici.
Y étant allés, ils trouvèrent l'ânon attaché dehors devant la porte
dans le rue, et ils le détachèrent. Quelques gens qui étaient là leur
dirent : Que faites-vous, de détacher cet ânon ? Ils répondirent ce que
Jésus leur avait dit de répondre, et ces gens leur laissèrent l'ânon
qu'ils menèrent à Jésus, et l'ayant couvert de leurs vêtements, Jésus
monta dessus156.
Il y en eut plusieurs qui étendirent leurs vêtements sur le
chemin ; d'autres coupaient des rameaux aux arbres, et les
répandaient sur le chemin. Ceux qui allaient devant, et ceux qui
suivaient, criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au Nom du
Seigneur. Béni soit le règne qui arrive de notre père David 157. Hosanna au
plus haut des cieux158 ! Il entra dans Jérusalem, et alla au Temple, et
son nom est Orient (Zacharie 6:13).
156. Réjouis-toi grandement, Sion, ma fille ; annonce à haute voix, Jérusalem, mon enfant :
Voilà que ton Roi vient à toi, juste et sauveur, et Il est plein de douleur, Il est monté sur un âne,
sur un ânon, le petit de l'ânesse. Et Il détruira les chars d'Ephraïm et la cavalerie de Jérusalem
; et les arcs de guerre seront brisés. Il y aura paix et abondance parmi les nations ; et Il
règnera depuis les sources jusqu'à la mer, depuis les fleuves jusqu'aux confins de la terre
(Zacharie 9:9). A son second Avènement, le Seigneur règnera vraiment sur le monde entier et
son trône sera à Jérusalem.
157. Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur ; nous vous avons bénis de la Maison du
Seigneur. Dieu, c'est le Seigneur : Il a brillé à nos yeux. Célébrez une fête solennelle avec des
rameaux tressés, et ombragez jusqu'aux cornes de l'autel (Ps. 117:26). Je ressusciterai pour
eux leur Roi David (Jér. 37:9, Vulg. 30:9). Je susciterai à David un germe juste (un soleil de
justice), et un Roi règnera, et Il sera sage, et Il rendra le jugement selon la justice à toute la
terre (Jérémie 23:5).
158. Le Sauveur aurait fait son entrée le dernier jour de la Fête des tentes, le 21 du mois de
Tishri (octobre) appelé le jour du grand Hosanna ; le peuple en liesse agite des rameaux en
criant Hosanna, qui est la contraction de « Nous vous prions de nous sauver ! » En sa
personne, le Christ figure son nouveau peuple et réalise la prophétie : Les gentils monteront
chaque année (à Jérusalem) pour y adorer le Roi, Seigneur tout-puissant, pour célébrer la fête
des tentes (Zacharie 14:16-18). Cette fête dure une semaine et célèbre la protection que Dieu
Évangile selon Saint Marc
45
après y avoir tout regardé 159 ; comme il était déjà tard, Il se retira à
Béthanie avec les douze.
Figuier maudit (11:12-14)
Le lendemain après être parti de Béthanie, Il eut faim. Et ayant
aperçu de loin un figuier qui avait des feuilles, Il alla pour voir s'Il y
trouverait quelque chose ; et s'en étant approché, Il n'y trouva que
des feuilles : car ce n'était pas la saison des figues. Jésus dit au
figuier : Que personne ne mange de fruit qui vienne de toi 160 ! Et ses
disciples l'entendirent.
Vendeurs chassés du temple (11:15-19)
Étant arrivé à Jérusalem, Jésus entra dans le Temple, d'où Il
chassa ceux qui y vendaient, et ceux qui y achetaient. Il renversa
aussi les tables des changeurs, et les sièges de ceux qui vendaient
des colombes. Et Il ne souffrait point qu'on transportât aucun
meuble par le Temple. Il leur disait en les enseignant : N'est-il pas
écrit, ma maison doit être une maison de prières pour toutes les
nations (Isaïe 56:7) ? Et vous en avez fait une caverne de voleurs. Les
Princes des Prêtres et les Scribes qui entendirent ces paroles
cherchaient les moyens de le perdre ; car ils Le craignaient, parce
assura aux Hébreux lors la sortie d'Egypte, les quarante ans dans le désert, et enfin l'entrée
dans la terre promise. Le dernier jour est évoqué le Jugement. Pendant sept jours, les Juifs
habitent des cabanes de branchages, et se réjouissent aussi des récoltes engrangées.
159. Le Seigneur a considéré le temple, comme grand-prêtre et la ville de Jérusalem, comme
Roi. Il n'a pas prêché selon son habitude. Il a toisé du regard ses adversaires : Son cœur est
affermi, Il n'a point de crainte, jusqu'à regarder ses adversaires (Ps. 111:8), enseignant aux
disciples la vertu pacifiante de Dieu : Dirige ton cœur vers Dieu... Tu regarderas autour de toi,
et tu reposeras en sûreté (Job 11:13-18). Il se montre Présence de Dieu dans le temple qui
sera bientôt ruiné, car Il est en train d'en bâtir un autre : l’Église. Il apporte sa dernière
Alliance, après l'Arc-en-ciel donné à Noé (Gen. 9:16), la circoncision à Abraham, la Loi à
Moyse, voici que vient la nouvelle Alliance du Saint-Esprit.
160. Le figuier figure la synagogue, qui est devenue définitivement stérile, la Loi de charité
donnée par Moyse étant étouffée par la tradition humaine des prêtres et des docteurs, qui
suivent la lettre sans se préoccuper du sens voulu par Dieu. Le Sauveur est donc venu planter
sa vigne, l'Eglise, qui accueille Juifs et Gentils en un seul peuple selon l'Esprit.
46
Évangile selon Saint Marc
que tout le peuple avait de l'admiration pour sa doctrine 161. Sur le
soir, Il sortit de la ville.
Façon de prier (11:20-26)
Le lendemain matin, les disciples virent en passant le figuier, qui
était devenu sec jusqu'à la racine. Pierre qui y fit réflexion, dit à
Jésus : Maître, voilà le figuier que Vous avez maudit, qui est devenu sec.
Jésus leur répondit : Ayez confiance en Dieu162. Car Je vous assure en
vérité que quiconque dira à cette montagne : Ôte-toi de là, et vas te jeter
dans la mer, et qui n'hésitera point en lui-même, mais qui croira que tout
ce qu'il aura dit doit se faire, cela se fera en effet. C'est pourquoi je vous
dis : Croyez que vous recevrez tout ce que vous demandez dans la prière, et
qu'il vous sera accordé. Lorsque vous vous mettrez debout pour prier, si
vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez-lui, afin que votre
Père qui est dans le ciel vous pardonne aussi vos péchés. Que si vous ne
pardonnez point, votre Père qui est dans le ciel ne vous pardonnera point
non plus vos folies.
Autorité sacerdotale (11:27-33)
Ils retournèrent encore à Jérusalem, et lorsque Jésus allait d'un
côté et de l'autre dans le Temple 163, les Princes des Prêtres, les
Scribes, et les Anciens s'approchèrent de Lui, et Lui dirent : De quelle
autorité faites-vous ces choses-là, et qui vous a donné pouvoir de les faire ?
161. Les changeurs et les marchands s'étaient abusivement installés dans la cour réservée
aux Gentils, alors qu'ils auraient dû rester en dehors de l'enceinte du Temple. Lorsque le
Messie les maltraite, il rappelle aux autorités du Temple qu'elles ne respectent pas les
prescriptions de la Loi, et il démasque le formalisme des sacrifices qui sont devenus un
commerce. Depuis près de quatre cents ans, le prêtre Esdras, envoyé par le roi de Babylone
pour revivifier le judaïsme en Palestine, avait créé les premières synagogues ; et l'institution de
ses maisons de prière annonçait une nouvelle relation à Dieu, selon la parole d'Isaïe : Je suis
rassasié des holocaustes de bélier et de la graisse des veaux. Je ne veux plus du sang des
taureaux, des brebis et des boucs (Isaïe 1:12).
Les changeurs procuraient aux fidèles venant payer la capitation d'un demi-sicle au Temple,
des pièces de monnaies juives en échange des monnaies païennes. Les vendeurs de colombe
avaient pour clients les femmes relevées des couches.
162. Araméen : Ayez en vous la foi de Dieu, qui est une vertu divine.
163. Pour enseigner et instruire le peuple, car les Docteurs enseignaient ordinairement dans
les cours du Temple.
Évangile selon Saint Marc
47
Jésus leur répondit : J'ai aussi une demande à vous faire. Quand vous
m'aurez répondu, Je vous dirai de quelle autorité Je fais ces choses. Le
baptême de Jean était-il de Dieu, ou des hommes ? Répondez-Moi. Et ils
raisonnaient en eux-mêmes, et disaient : Si nous répondons qu'il venait
de Dieu, Il nous dira : Pourquoi donc n'y avez-vous pas cru ? Si nous
répondons : Il venait des hommes, nous avons le peuple à craindre. Car
tout le monde croyait que Jean était véritablement Prophète. Ils
répondirent à Jésus : Nous n'en savons rien. Et Moi, leur repartit Jésus,
Je ne vous dis point non plus de quelle autorité je fais ces choses 164.
Prophétie de sa mort - Vignerons homicides - (12:1-9)
Jésus leur dit ensuite se servant de paraboles : Un homme planta
une vigne, qu'il enferma d'une haie ; il y fit faire un pressoir, et bâtir une
tour, puis l'ayant louée à des vignerons, il s'en alla faire un voyage. La
saison étant venue, il envoya un serviteur aux vignerons pour recevoir
quelque chose des fruits de sa vigne. Mais s'étant saisis de lui, ils le
battirent, et le renvoyèrent sans lui rien donner. Il leur envoya ensuite un
autre serviteur, qu'ils blessèrent à la tête, lui ayant jeté des pierres, et qu'ils
traitèrent outrageusement. Il leur en envoya encore un qu'ils tuèrent ; et
plusieurs autres ensuite, dont ils battirent quelques-uns, et tuèrent le reste.
Enfin il leur envoya en dernier lieu un fils unique qu'il avait, et qu'il aimait
beaucoup, disant : Ils se repentiront respecteront mon fils. Mais les
vignerons dirent entre-eux : Voici l'héritier, venez, tuons-le, et nous aurons
l'héritage ! S'étant saisis de lui, ils le tuèrent, et le jetèrent hors de la vigne.
Que fera donc le maître de la vigne ? Il viendra, il fera périr les vignerons,
et il donnera la vigne à d'autres165.
Pierre rebutée (12:10-12)
N'avez-vous point lu cette parole de l’Écriture ? La pierre que ceux qui
bâtissent ont rebutée est celle qui a été mise à la tête de l'angle (Ps. 117:22 ;
Isaïe 28:16). Cela a été fait par le Seigneur, et nous le voyons avec
admiration.
164. La question des membres du Sanhédrin n'était pas sincère, ils cherchaient à se saisir de
Lui en l'accusant de blasphème s'Il se réclamait de l'autorité de Dieu. Le Seigneur a renversé
la situation selon sa sagesse et sa justice.
165. Les vignerons sont les Juifs qui maltraitèrent les Prophètes et qui s'apprêtent à tuer
Jésus, l'héritier et le fils unique ; les autres vignerons sont les Chrétiens.
48
Évangile selon Saint Marc
Alors ils cherchèrent à le faire arrêter, mais ils eurent peur du
peuple. Car ils connurent que c'était pour eux, qu'Il avait dit la
parabole. Le laissant donc là, ils se retirèrent.
JÉSUS SCRIBE DE VÉRITÉ
(12:13-44)
Questions malhonnêtes (Denier de César, Femme sept fois mariée),
Premier des Commandements, Enseignement au peuple (Seigneur de
David, Dénonciation des Scribes, Obole de la pauvre veuve).
Questions hypocrites - Denier de César, Femme sept fois mariée - (12:13-27)
Mais ils envoyèrent quelques Pharisiens et quelques Hérodiens
pour le surprendre dans ses paroles. Ceux-ci vinrent donc Lui dire :
Maître, nous savons que Vous êtes véritable166, et que Vous ne flattez qui
que ce soit, parce que vous n'avez point d'égard à la qualité des personnes ;
mais Vous enseignez fidèlement la voie de Dieu. Est-il permis de payer le
tribut à César, ou non167 ? Mais connaissant leur artifice, Il leur dit :
Pourquoi voulez-vous me surprendre ? Apportez-moi un denier afin que Je
le vois. Ils Lui en présentèrent un, et Il leur demanda : De qui est ce
visage, et l'inscription ? De César, Lui dirent-ils. Et Jésus leur répondit :
Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Ils
admirèrent sa réponse.
Les Sadducéens qui nient la résurrection vinrent aussi à Lui, et
Lui proposèrent cette question : Maître, Moyse nous a laissé par écrit,
que si quelqu'un a un frère qui soit mort sans laisser d'enfants à sa femme,
il doit épouser la veuve pour donner des enfants à son frère (Deut. 25:5).
Or il se trouvait sept frères, dont le premier qui avait épousé une femme,
mourut sans avoir d'enfants. Le second épousa aussi cette femme, et
mourut de même sans enfants ; et le troisième aussi de même. En un mot,
166. C'est-à-dire que la vérité de la Loi guide vos actes et vos paroles.
167. Si le Seigneur avait dit oui, les Pharisiens l'auraient accusé de ne pas respecter la Loi de
Moyse ; s'il avait dit non, les Hérodiens l'auraient accusé d'enfreindre la loi romaine. Or d e
même que la pièce de monnaie est marquée du portrait de celui qui l'a fait fabriquer, signifiant
qu'elle lui appartient ; de même, l'homme étant créé à l'image de Dieu, appartient à son
Créateur.
Évangile selon Saint Marc
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les sept l'épousèrent sans avoir d'enfants, et la femme aussi mourut après
eux tous. Au temps de la résurrection, quand ils seront donc ressuscités,
duquel des sept sera-t-elle la femme ? Car tous les sept l'ont épousée.
Jésus leur répondit : N'êtes-vous pas dans l'erreur, parce que vous ne
savez point les Écritures168, ni le pouvoir de Dieu169 ? Car lorsqu'ils seront
ressuscités, les hommes ne prendront point de femmes ; ni les femmes de
maris ; mais ils seront comme les Anges qui sont dans le ciel. Et à l'égard de
la résurrection des morts, n'avez-vous point lu dans le livre de Moyse,
comme Dieu parlant du milieu du buisson, lui dit : Je suis le Dieu
d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob (Exode 3:6) ? Il n'est pas le
Dieu des morts, mais des vivants : vous êtes donc bien dans l'erreur.
Premier des Commandements (12:28-34)
Un Scribe qui avait entendu leur dispute, voyant que Jésus avait
bien répondu, s'approcha de Lui, et Lui demanda quel était le
premier de tous les commandements ? Jésus lui répondit : Voici le
premier de tous les commandements : Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu
est le seul Dieu. Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, de tout votre cœur, de
toute votre âme, de tout votre esprit et de toutes vos forces (Deut. 6:4-6).
C'est là le premier commandement.
Et voici le second qui est semblable au premier : Vous aimerez
votre prochain comme vous-mêmes (Lév. 19:18). Il n'y a point d'autre
commandement plus grand, que ces deux-là. Le Scribe Lui dit : Maître, ce
que Vous venez de dire est bien vrai : qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et qu'il n'y
en a point d'autre que Lui ; qu'il faut l'aimer de tout son cœur, de tout son
esprit, de toute son âme et de toutes ses forces ; et qu'aimer son prochain
comme soi-même170, est plus que tous les holocaustes et les sacrifices.
168. Les Sadducéens, la classe des grands prêtres, étaient dévoyés et matérialistes. Ils ne
croyaient pas en la résurrection, et lisez les Ecritures à leur façon.
169. Dans une vision, le Prophète Ezéchiel est enlevé dans un champ couvert d'ossements
humains. Et le Seigneur lui demande de prophétiser une première fois : voilà que les os
s'agitèrent et se placèrent chacun dans sa jointure, puis apparaissent des nerfs et des chairs,
et de la peau pour les recouvrir ; et une deuxième fois : l'Esprit entra dans les morts, et ils
furent vivants, et ils se dressèrent sur leurs pieds en une immense multitude (Ezechiel 37:110).
170. Pour le Chrétien, le prochain est d'abord le Christ, ensuite celui qui a la même foi que lui,
50
Évangile selon Saint Marc
Jésus voyant qu'il avait répondu sagement lui dit : Vous n'êtes pas
loin du Royaume de Dieu. Et personne n'osait plus l'interroger.
Enseignement au peuple - Seigneur de David,
Dénonciation des Scribes, Obole de la pauvre veuve - (12:35-44)
Jésus enseignant dans le Temple leur demanda : Comment les
Scribes disent-ils que le Christ est fils de David ? Car David inspiré du
Saint-Esprit, dit lui-même : Le Seigneur a dit à mon Seigneur, asseyez-vous
à ma droite, jusqu'à ce que Je Vous fasse de vos ennemis un marche-pied
(Ps. 109.1). David donc l'appelant lui-même son Seigneur, comment est-Il
son fils ? Et le peuple qui était en assez grand nombre prit plaisir à
l'entendre171.
Il leur disait encore en les enseignant : Gardez-vous des Scribes qui
aiment à se promener en longue robe, et à être salués dans les places
publiques, à avoir les premières chaires dans les synagogues, et les
premières places dans les festins ; qui dévorent les maisons des veuves sous
prétexte qu'ils font de longues prières. Ils en seront jugés plus
rigoureusement.
Jésus s'étant assis vis-à-vis du tronc, regardait le peuple qui y
jetait de l'argent172. Plusieurs gens riches y en jetaient beaucoup.
Une pauvre veuve y vint mettre deux petites pièces, c'est-à-dire la
quatrième partie d'un sou. Jésus ayant appelé ses disciples leur dit :
Je vous assure en vérité que cette pauvre veuve a mis plus dans le tronc,
que tous les autres. Car tous ont donné de leur superflu ; mais celle-ci du
et enfin, indifféremment, tous les hommes. Pour ce qui est des hommes, d'abord les membres
du corps du Christ, ensuite les images de Dieu qui ne L'ont pas reconnu.
171. En dépit de leur science les Scribes sont impuissants à reconnaître la divinité du Christ, et
Il leur donne une dernière preuve en forme d'énigme. Ainsi ils ne réalisent ni le premier, ni le
second commandement. Pour confondre leur avarice et leur hyprocrisie, Jésus loue la sincérité
de la pauvre veuve, qui se prive du nécessaire pour son offrande.
172. Le Temple disposait de trois parvis : le premier était ouvert aux gentils, le second
réservés aux dames juives, et le troisième, où se faisaient les sacrifices aux prêtres et aux
hommes. Treize troncs étaient installés dans l'une des portes ouvrant sur le parvis des dames,
pour recevoir les dons légaux et les libéralités. Chaque tronc avait une destination précise
indiquée en hébreux. La monnaie était introduite par un orifice en forme de trompette et
tombait directement dans la chambre du trésor du Temple. L'eau éteint une flamme ardente, et
l'aumône les péchés (Sirac. 3:30).
Évangile selon Saint Marc
51
peu qu'elle a, a donné tout ce qu'elle avait, tout ce qui lui restait pour
vivre.
LES TRIBULATIONS DE LA FIN DES TEMPS
(13:1-37)
Destruction du temple, Persécutions et trahisons, Enlèvement des
fidèles, Veille perpétuelle.
Destruction du temple (13:1-8)
Lorsqu'Il sortait du Temple, un de ses disciples Lui dit : Maître,
regardez quelles pierres, et quels bâtiments ! Jésus lui répondit : Voyezvous tous ces grands édifices ? Il n'y restera pas pierre sur pierre : toutes
seront renversées173. S'étant ensuite assis sur la montagne des Oliviers,
vis-à-vis du Temple, Pierre, Jacques, Jean et André, Lui dirent en
particulier174 : Dites-nous : Quand ces choses arriveront-elles ? Et quel
signe y aura-t-il, quand tout cela sera prêt de s'accomplir ? Jésus leur
répondit : Prenez garde qu'on ne vous séduise. Car plusieurs viendront
sous mon Nom, disant qu'ils sont le Christ, et ils séduiront beaucoup de
gens. Or quand vous entendrez parler de guerres, et de bruits de guerre, ne
craignez-point ; car il faut que cela arrive, mais ce ne sera pas là encore la
fin. Car on verra s'élever nation contre nation, et royaume contre royaume,
et il y aura en divers endroits des tremblements de terre, des famines, et
des troubles. Cela sera le commencement des douleurs de l'enfantement175.
173. Le Seigneur semble annoncer ici deux destructions du temple : la première se fit en 70,
par le général Titus, fils de l'Empereur Vespasien, et beaucoup des Apôtres la virent ; la
deuxième marquera la fin du règne de l'antichrist.
174. Parmi les Douze, le Seigneur semble distinguer les quatre premiers disciples (Marc 1:1620, 3:13-19), et parmi ces derniers les trois premiers : Pierre, Jacques et Jean qui furent les
seuls témoins de la Transfiguration et de l'Agonie. Enfin, parmi les trois, Pierre est privilégié,
vraisemblablement en raison de son âge, pour signifier l'unité des Douze et de l'Eglise. Dans
les événements mystiques, le Seigneur s'entoure de trois témoins, et dans les événements
catéchétiques, de quatre témoins : la guérison (Marc 1:29-31) et l'annonce de son second
avènement (Marc 13).
175. Ce ne sera pas la fin et la destruction totale, mais l'enfantement d'un nouveau monde. Le
Seigneur Dieu des armées s'avancera ; Il brisera tout à la guerre ; Il excitera son zèle ; Il criera
avec force contre ses ennemis : J'ai gardé le silence ; mais est-ce que je me tairai et me
52
Évangile selon Saint Marc
Persécutions et trahisons (13:9-13)
Mais prenez garde à vous-mêmes, car vous serez livrés aux tribunaux,
vous serez fouettés dans les synagogues, et vous paraîtrez devant les
Gouverneurs et les Rois à cause de moi, pour leur servir de témoignage. Car
il faut que l’Évangile soit prêché auparavant à toutes les nations 176. Et
quand on vous mènera pour vous livrer, ne préméditez point ce que vous
devez dire ; mais dites ce qui vous sera inspiré à l'heure même. Car ce n'est
pas vous qui parlerez, mais le Saint-Esprit. Or le frère livrera son frère à la
mort ; le père, son fils ; les enfants se soulèveront contre leur père et leur
mère, et les feront mourir. Tout le monde vous haïra à cause de mon Nom :
mais celui qui aura patience177 jusqu'à la fin, sera sauvé.
Signes du second Avènement (13:14-27)
Or quand vous verrez l'abomination pleine de désolation 178 dans le lieu
où elle ne doit pas être (que celui qui lit comprenne). Alors que ceux qui
sont dans la Judée s'enfuient dans les montagnes ; que celui qui sera sur le
toit ne descende point dans la maison, et n'y entre point pour en emporter
quelque chose ; et que celui qui sera dans les champs ne retourne point sur
contiendrai toujours ? J'ai souffert avec patience comme une femme qui enfante ; je vais tout
frapper de stupeur ; je vais tout flétrir (Isaïe 42:13). Pour signifier sa paternité spirituelle,
l'Apôtre écrit : Mes petits enfants, pour qui je sens de nouveau les douleurs de l'enfantement,
jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous ( Gal. 4:19).
176. Le Seigneur s'adresse aux Juifs : aux Apôtres et aux 144 000 (Apoc. 7:4, 14:4) du temps
à venir de la Grande tribulation (Apoc. 7:14), qui durera sept ans et s'achèvera par la bataille
d'Harmaguédon (Apoc. 16:16). L'endurcissement d'Israël durera jusqu'à l'accomplissement du
salut des païens, puis Israël sera sauvé (Rom. 11:25).
177. Celui qui sera ferme et confiant, celui qui persévérera parce qu'il recevra la grâce.
178. L'abomination de la désolation renvoie à la prophétie de Daniel : Soixante-dix semaines
ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser les crimes et mettre fin au
péché ; pour expier la faute et amener la justice éternelle ; pour accomplir la vision et la
prophétie ; et pour oindre le Saint des saints (Daniel 9:24). Le Saint des saints serait le
Seigneur venant instaurer son Règne, accomplissant la vision et la prophétie. La septantième
semaine est la plus terrible car elle est dominée par le dernier et le plus puissant des
antichrists (Apoc. 13:5) : Il fera avec beaucoup une solide alliance d'une semaine ; et durant la
moitié de la semaine, il fera cesser le sacrifice et l'offrande. Et dans le temple [de Jérusalem]
ce sera l'abomination de la désolation, jusqu'à ce que la ruine qui a été décrétée fonde sur le
dévastateur (Daniel 9:26). L'abomination est l'idolatrie dans le temple, et la désolation sa ruine.
L'accomplissement de cette prophétie implique la reconstruction du temple.
Évangile selon Saint Marc
53
ses pas pour emporter son habit. Malheur aux femmes enceintes, et à celles
qui auront des nourrissons en ce temps-là. Or priez que cela n'arrive point
durant l'hiver179. Car l'affliction de ces temps-là sera telle, que depuis que
Dieu a créé le monde jusqu'à présent, il n'y en a point eu de pareille, et qu'il
n'y en aura jamais180.
Et si le Seigneur n'avait abrégé le nombre des jours, aucun n'aurait été
sauvé, mais Il l'a abrégé à cause de ses élus (Gen. 18:23-33). Alors, si l'on
vous dit : le Christ est ici, ou il est là, n'en croyez rien. Car il s’élèvera de
faux Christs et de faux Prophètes qui feront des choses merveilleuses et
prodigieuses pour séduire les élus mêmes, si cela se pouvait faire.
Prenez y donc garde : Je vous ai averti exprès de tout par avance. Mais
après ces jours d'affliction, le soleil s'obscurcira, la lune ne luira point, les
étoiles du ciel tomberont, et ce qu'il y a de plus ferme dans les cieux sera
ébranlé (Joël 2:10). Alors on verra venir sur les nuées le Fils de l'homme 181
avec une grande puissance, et une grande gloire. Il enverra en même temps
179. La femme enceinte et celle qui allaite sont des figures de l'âme immature spirituellement ;
l'hiver est la saison des ténèbres et de l'engourdissement, c'est une image du refroidissement
de la foi.
180. L'affliction sera a son comble car elle précédera le Jugement des vivants (Matth. 25:3146), qui sera comme un déluge de feu pour les impies, et aucune repentance ne sera possible.
181. Si l'expression Fils de David désigne le Messie, qui est Roi, Fils de l'homme marque la
divinité du Messie, qui règne et juge avec équité. Le Prophète dit : Quand je contemple vos
Cieux, ouvrage de vos mains, la lune et les étoiles, que Vous avez créées, je m'écrie : Qu'estce donc que l'homme, pour que Vous Vous souveniez de lui ? Qu'est-ce que le fils de l'homme,
pour que Vous le visitiez ? Vous lui avez donné place un peu au-dessous des Anges ; Vous
l'avez revêtu de gloire et d'honneur ; et Vous lui avez donné autorité sur les œuvres de vos
mains (Ps. 8:5-7). Ce Fils de l'homme, c'est le Seigneur comme l'écrit l'Apôtre (Héb. 2:6, 1 Cor.
15:27), et il cite les Paroles de Dieu suivantes (Héb. 1:5) : Tu es mon Fils, c'est moi qui t'ai
engendré aujourd'hui (Ps. 2:7) ; Moi, je serai pour Lui un Père, et Il sera pour moi un Fils (2
Samuel 7:14).
54
Évangile selon Saint Marc
ses Anges182, et Il rassemblera ses élus des quatre coins du monde, depuis
l'extrémité de la terre jusqu'à l'extrémité du ciel.
Veille perpétuelle (13:28-37)
Or, du figuier, prenez cet exemple : quand les branches sont tendres, et
qu'il pousse ses feuilles, vous savez que l'été est proche. De même, quand
vous verrez arriver ces choses-là, sachez que le Fils de l'homme est proche,
et à la porte183.
Je vous assure que cette génération ne passera point que tout cela
arrive184. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.
Or personne n'a connaissance de ce jour, ou de cette heure, non pas même
les Anges qui sont dans le ciel, ni le Fils185, mais le Père seul.
Prenez garde, veillez, et priez : car vous ne savez quand ce temps-là
viendra. Il en est comme d'un homme, qui partant pour un voyage, quitta
sa maison, et marqua à ses serviteurs ce que chacun devait faire, et
commanda au portier de veiller. Veillez donc, (car vous ne savez pas quand
le maître de la maison viendra, si ce sera le soir, à minuit, au chant du
182. Le Seigneur prendra la tête de son armée composée des Anges et des élus pour écraser
les armées de satanas menées par l'antichrist, à Harmaguédon (Apoc. 16:15-21). Les élus rassembleront les membres de son Eglise et les fidèles, Juifs et Gentils, qui existèrent avant le
temps et après le temps de l'Eglise. Tous seront dans leur corps de gloire, accompagnant le
Seigneur, comme sa cour personnelle, qui viendra établira le Millénium (Apoc. 20:2-7).
L'Apôtre Jean dit : Puis je vis le ciel ouvert, et voici un cheval blanc. Celui qui le monte s'appelle Fidèle et Véritable, Il juge et combat avec justice. Ses yeux sont une flamme de feu, Il
portent sur sa tête plusieurs diadèmes. Il porte un nom écrit que nul ne connaît sinon Lui, et Il
est vêtu d'un manteau trempé de sang. Son nom est le Verbe de Dieu (Apoc. 19:11-13).
183. Le figuier qui reverdit annonçant l'arrivée de l'été, pourrait signifier que lorsque la
synagogue se tournera vers le Sauveur, le jour du Jugement sera proche. L'aveuglement qui
est arrivé à une partie des Israëlites n'est que jusqu'à ce que tout le grand nombre des Gentils
soit entré dans l’Eglise ; et alors tous les Israëlites seront sauvés selon ces paroles de
l'Ecriture (Isaïe 59:20) : Le Libérateur viendra de Sion, lequel bannira l'impiété des
descendants de Jacob. Et c'est l'alliance que je ferai avec eux, après que j'aurai effacé leurs
péchés (Rom. 11:25).
184. Il s'agit de la destruction du temple de Jérusalem en 70, et de celle qui surviendra peu
avant la venue du Seigneur dans sa Gloire.
185. Ce n'est pas que Jésus-Christ qui est Dieu, ne sut le jour du Jugement ; mais par ces
paroles, Il veut faire connaître à ses Apôtres que la volonté du Père est de garder le mystère,
afin que le fidèle soit vigilant, qu'il veille et qu'il prie en tout temps.
Évangile selon Saint Marc
55
coq186, ou le matin) de peur que venant tout à coup, il ne vous trouve
endormis. Or ce que Je vous dis, je vous le dis à tous : Veillez187.
LA CÈNE, L'AGONIE ET L'ARRESTATION
(14:1-52)
Onction parfumée, Cène et trahison de Judas, Annonce de la dispersion
des Apôtres et du reniement de Pierre, Prière d'Agonie, Arrestation.
Onction parfumée (14:1-9)
La Fête de Pâque et des azymes était à deux jours de là, les
Princes des Prêtres, et les Scribes cherchaient les moyens de se
saisir adroitement de Jésus pour le faire mourir. Mais ils disaient :
Que ce ne soit pas pendant la fête, de peur qu'il ne se fit quelque émotion
parmi le peuple.
Et comme Il était à Bethanie chez Simon le lépreux, dans le temps
qu'Il était à table, il vint une femme avec un vase d’albâtre plein
d'une huile d'épis de nard, qui était de grand prix. Et ayant rompu le
vase, elle Lui versa la liqueur sur la tête. Quelques-uns en furent
indignés et dirent : Pourquoi perdre cette liqueur ? Car on pouvait la
vendre plus de trois cents deniers, qu'on aurait donné aux pauvres,
et ils parlaient tout haut contre elle.
186. La quatrième veille de la nuit, avant l'aube.
187. Veiller signifie aussi se hâter : Le Seigneur est bon pour ceux qui l'attendent ; c'est un
bien pour l'âme de le chercher. Elle patientera, elle attendra paisiblement le salut du Seigneur
(Lam. 3:25). Car le Seigneur est fidèle et se hâte d'exécuter sa parole (Jér. 1:12). L'amandier
est appelé le veilleur, celui qui est vigilant et zélé, parce qu'il fleurit au sortir de l'hiver. Et le
candélabre aux sept lampes qui illuminait le Saint où se faisait le sacrifice de l'encens, était
fabriqué en or sur le modèle d'un amandier, avec ses fruits et ses fleurs (Exode 25:31-37). Les
sept lampes brûlaient la nuit, et le jour, seulement celle du milieu. D'après les talmudistes,
cette lampe de la tige s'éteignit, vers la quarantième année avant la destruction du temple ; et
ce fut un présage funeste. En 70, Titus emporta le candélabre sacré à Rome à titre de trophée.
Les sept lampes figurent les sept Anges qui transportent les prières des fidèles devant le
Seigneur (Tobie 12:15), et qui sont aussi comme ses yeux. Elles appellent le fidèle aux sept
louanges quotidiennes (Ps. 118:164) pour demander les dons du Saint-Esprit (Isaïe 11:2). Elles
rappellent la miséricorde divine dans les sept jours de la création et l'année sabbatique.
56
Évangile selon Saint Marc
Mais Jésus leur dit : Laissez-la ; Pourquoi lui faites vous de la peine ?
Elle a fait envers Moi une action louable. Car vous avez toujours des
pauvres parmi vous (Deut. 15:11), et vous pourrez leur faire du bien
quand vous voudrez, mais vous ne m'aurez pas toujours 188. Elle a fait ce qui
a été en son pouvoir, ayant par avance embaumé mon corps pour ma
sépulture. Je vous assure en vérité que dans le monde entier, partout où cet
Évangile sera prêché, on publiera aussi en mémoire d'elle ce qu'elle vient de
faire189.
Cène et trahison de Judas (14:10-25)
Alors Judas Iscariote, l'un des douze, alla trouver les Princes des
Prêtres pour leur livrer Jésus. Ils l'écoutèrent avec joie, et ils lui
promirent de l'argent. Il chercha ensuite une occasion favorable
pour le livrer.
Le premier jour des azymes 190, auquel on immolait l'agneau
pascal, ses disciples Lui dirent : Où voulez-Vous que nous allions Vous
préparer ce qu'il faut pour manger la Pâque ? Il envoya deux de ses
disciples, et leur dit : Allez dans la ville, vous rencontrerez un homme qui
porte une cruche d'eau191 ; suivez-le, et en quelque lieu qu'il entre, dites au
maître de la maison: Le Maître demande : Où est le lieu où Je mangerai la
188. La prière surpasse le service des pauvres, qui doit être réalisé comme une prière.
189. Agissant sous l'action du Saint-Esprit, Marie, sœur de Lazare et de Marthe (Jean 11:2), fit
ce geste de dévotion et d'adoration, sans pourtant en comprendre toute la signification, que
Jésus lui expliqua en corrigeant le trouble des autres disciples. Le don de la veuve est aussi un
exemple de grande dévotion féminine (Marc 12:41).
190. Selon la Didascalie (21:14), qui est en accord avec l'ancien calendrier sacerdotal suivi par
les Esséniens, la Cène se déroule le mardi soir, et la même nuit, le Sauveur est arrêté. Le
mercredi, Il est gardé dans la maison du grand-prêtre Caïphe. Le lendemain, Il est remis au
Procurateur Pilate. Puis le vendredi, Il est condamné, et vers la sixième heure, suspendu à la
Croix. L'onction de Marie s'est passée le dimanche, et la trahison, vraisemblablement, le lundi.
La Pâque est le premier jour de la semaine des azymes.
191. Il s'agirait de l'Evangéliste Marc, qui puise de l'eau pour le bain de purification que
prennent les Esséniens avant le repas de la Pâque (Jubilés 49:9). Il est possible que Marc ait
pris son premier bain de purification ce soir-là, c'est pourquoi il serait resté vêtu de son drap de
bain jusqu'au moment de l'arrestation du Seigneur. Il devait donc avoir vingt ans, âge minimum
chez les Esséniens pour participer au repas pascal (Jubilés 49:17).
Évangile selon Saint Marc
57
Pâque avec mes disciples ? Et il vous montrera à l'étage une grande salle
toute meublée et prête : préparez-là ce qu'il nous faut.
Ses disciples s'en allèrent, et étant arrivés à la ville ils y
trouvèrent ce qu'Il leur avait dit, et ils firent les préparatifs de la
Pâque192 ; et sur le soir, Il vint avec les douze.
Lorsqu'ils étaient à table, et qu'ils mangeaient, Jésus leur dit : Je
vous assure qu'un de vous qui mange avec moi, me livrera. Ce qui les
attrista ; et chacun d'eux commença à dire : Est-ce moi ? Jésus leur
répondit : C'est un des douze, celui qui met la main au plat avec moi. Et
pour le Fils de l'homme, Il s'en va, selon ce qu'il est écrit de Lui. Mais
malheur à celui par qui le Fils de l'homme sera livré ; Il valait mieux pour
cet homme, qu'il ne fut point venu au monde193.
Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain, et le bénissant, Il le
rompit, et leur en donna, disant : Prenez, c'est là mon corps. Prenant
ensuite la coupe, Il fit des actions de grâces, et la leur donna. Ils en burent
tous. Et Il leur dit : C'est là mon sang, le sang de la Nouvelle Alliance, qui
est répandue pour le salut de plusieurs194. Je vous assure que Je ne boirai
plus de ce fruit de la vigne, jusqu'à ce jour auquel Je le boirai nouveau dans
le Royaume de Dieu.
192. Ce repas commémore le passage de l'ange exterminateur sur l'Egypte (Exode 11:4-8), et
la préparation au départ vers la terre promise par Dieu (Exode 12:1-14).
193. Le Maître semble maudire Judas qui persiste dans sa trahison et le refus de se repentir ;
il ne cherche pas la volonté de Dieu, refusant de reconnaître sa faiblesse.
194. Moyse éleva un autel au pied de la montagne, ajoutant douze pierres pour les douze
tribus d'Israël. Puis, il envoya les jeunes gens du peuple d'Israël, et ils amenèrent des
holocaustes, et ils sacrifièrent à Dieu de jeunes veaux, comme hosties pacifiques. Moyse,
ayant pris la moitié du sang, la versa dans des urnes, et il répandit l'autre moitié devant l'autel.
Et prenant le livre de l'Alliance, il le lut au peuple, qui répondit : Nous ferons tout ce qu'a dit le
Seigneur ; nous obéirons. Et Moïse, ayant pris le sang des urnes, aspergea le peuple, et dit :
Voici le sang de l'Alliance que le Seigneur a scellé avec vous selon toutes ces paroles (Exode
24:4-8). La nouvelle Alliance est la communion au corps et à l'âme (sang) du Christ ; son corps
et son âme sont donc dénués de péché, purs comme avant la chute. Après la crucifixion, le
pain est en plus le corps glorieux du Christ. Le pain et le vin sont le signe de l'union des fidèles
avec le Christ, dans l'espérance de la glorification.
58
Évangile selon Saint Marc
Annonce de la dispersion des Apôtres et du reniement de Pierre (14:26-31)
Et après avoir récité le cantique, ils s'en allèrent à la montagne
des Oliviers. Alors Jésus leur dit : Vous serez tous scandalisés à mon
sujet cette nuit. Car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis seront
dispersées195 (Zach. 13:7).
Mais après que Je serai ressuscité, Je me rendrai avant vous en Galilée.
Pierre Lui répondit : Quand tous se scandaliseraient à votre sujet, pour
moi je ne me scandaliserai point. Jésus lui dit : Je t'assure en vérité, que tu
me renonceras trois fois cette nuit, avant que le coq ait chanté deux fois.
Mais Pierre insistant, ajouta : Quand il me faudrait mourir avec Vous, je
ne Vous renoncerai point ; les autres dirent aussi la même chose.
Prière d'Agonie (14:32-42)
Ils s'en allèrent ensuite dans un lieu appelé Gethsémani 196, et Il dit
à ses disciples : Tenez-vous ici pendant que je prierai. Et prenant avec
Lui Pierre, Jacques et Jean, Il commença à tomber dans l'angoisse et
dans l'agonie. Et Il leur dit : Mon âme est dans une tristesse mortelle,
attendez ici, et veillez. Puis s'étant un peu avancé, Il se prosterna, et
pria qu'Il fut délivré de cette heure, si cela se pouvait faire. Il dit :
Abba, c'est-à-dire mon Père, tout Vous est possible ; que Je ne boive point ce
calice ; néanmoins, que votre volonté s'accomplisse plutôt que la mienne 197.
195. « Epée, éveille-toi contre mon Pasteur, et contre l'homme qui est mon compagnon, oracle
de Dieu ! Frappe le Pasteur et les brebis se disperseront, mais je tournerai ma main vers les
petits (Zach. 13:7). Or ceux qui font attention à Lui, ce sont les pauvres du troupeau. Ceux-là
seront sauvé au temps de la Visite, mais les autres seront livrés au glaive ; quand viendra
l'Oint d'Aaron et d'Israël, ainsi qu'il en fut au temps de la première Visite. C'est ce qu'Il a dit par
Ezéchiel (9:4) : On mettra le signe sur le front de ceux qui soupirent et gémissent ; quant aux
autres, ils seront livrés au glaive vengeur, vengeur de l'Alliance. Et tel sera le sort de tous ceux
qui sont entrés dans son Alliance, mais qui ne tiendront pas ferme à ces préceptes, quand Il
les visitera pour l'extermination par Bélial (Ecrit de Damas, ms B). »
196. Le lieu du pressoir d'huile où le Seigneur a exsudé son sang pour le rachat des pécheurs
passés, présents et à venir.
197. Goûter la coupe de la mort signifie mourir (Targoum Néofiti, Deut. 32:1). C'est le calice
que boiront aussi les fils de Zébédée (Marc 10:39). Pendant ce temps d'agonie, le Verbe
incarné prend sur Lui les afflictions des hommes, conséquences de leurs péchés, et dont le
fruit ultime est la mort. Il nous enseigne à toujours rechercher la volonté divine, et à prier avec
confiance quelle que soit la profondeur de notre détresse dans la tribulation.
Évangile selon Saint Marc
59
Il retourna à eux, et les ayant trouvés endormis, Il dit à Pierre :
Simon, vous dormez ? Vous n'avez pu veiller une heure ? Veillez et priez,
afin que vous n'entriez pas en tentation 198. L'Esprit est à la vérité toujours
prêt ; mais la chair est faible 199. Il se retira pour la seconde fois, et Il fit
la même prière. Puis retournant à eux, Il les trouva encore
endormis ; Car ils avaient les yeux appesantis, et ils ne savaient que
Lui répondre200. Il revint pour la troisième fois, et leur dit : Dormez
maintenant, et reposez-vous201... C'est assez, l'heure est venue : le Fils de
l'homme va être livré entre les mains des pécheurs. Levez-vous, allons ;
Celui qui doit me livrer est tout proche.
Arrestation (14:43-52)
Il n'avait pas encore achevé de parler, que Judas Iscariote 202, l'un
des douze, vint accompagné d'une grande troupe de gens armés
d'épées et de bâtons, et envoyés par les Princes des Prêtres, et par
les Scribes et les Anciens. Or celui qui Le livrait leur avait donné ce
signal : C'est celui à qui je donnerais un baiser ; Arrêtez-le, et emmenez-le
sûrement. Il ne fut pas plutôt arrivé, que l'abordant il Lui dit : Mon
Maître, je vous salue, et Il le baisa. Ils mirent aussitôt la main sur
Jésus, et se saisirent de Lui.
198. Les paroles du Seigneur, depuis Abba jusqu'à tentation, suggèrent la prière du Notre Père
en lui restituant sa pleine signification : le Chrismé doit implorer la grâce de Dieu pour résister
aux assauts du malin.
199. Le Saint-Esprit est toujours prêt à fortifier le fidèle, mais celui-ci, étant faible et enclin au
péché par nature, ne le nourrit pas dans son cœur.
200. Les plus proches disciples n'acceptent pas l'annonce de la Passion, ne comprennant pas
l’œuvre de la Rédemption que le Christ accomplit, et dont ils sont les témoins.
201. Le triple mouvement du Christ qui constate l'endormissement des trois Apôtres, préfigure
leur reniement, et souligne la faiblesse morale de ceux qui prétendaient mourir avec Lui. Car
n'ayant pas reçu le Saint-Esprit en plénitude, ils n'avaient pas la force surnaturelle nécessaire
au martyre. Or pour les fortifier avant l'affliction, le Rédempteur leur envoie un sommeil pareil à
une extase : Dormez et reposez en Moi. Il s'agit aussi d'un geste prophétique : après le doute
et la détresse, viendra la consolation de la Pentecôte.
202. Iscariote est un surnom qui signifie mémorial du Seigneur, ou tente de la mort. Et Judas
veut dire qui confesse ou loue. Judas qui était admis à la table du Seigneur, lui préférait le
démon de l'argent ; ainsi il habitait dans la tente de la mort qui mène en enfer.
60
Évangile selon Saint Marc
Un203 de ceux qui étaient avec Lui, tirant l'épée en frappa un
serviteur du grand Prêtre, et lui coupa l'oreille. Alors Jésus leur dit :
Vous êtes venus m'arrêter comme un voleur, avec des épées et des bâtons.
J'étais tous les jours parmi vous enseignant dans le temple ; et vous ne
m'avez point arrêté, mais c'est afin que les Écritures s'accomplissent 204.
Alors ses disciples l'abandonnèrent, et s'enfuirent tous. Or un
certain jeune homme205 qui le suivait, et qui n'avait pour tout habit
qu'un drap de toile, fut pris. Mais ayant laissé aller le drap, il se
sauva de leurs mains, tout nu.
FAUX PROCÈS, OUTRAGES ET CRUCIFIEMENT
(14:53-15:41)
Procès du Sanhédrin, Triple reniement de Pierre, Procès du
Procurateur, Crucifiement.
Procès du Sanhédrin (14:53-65)
Ils amenèrent ensuite Jésus au grand Prêtre, où s'assemblèrent
tous les Princes des Prêtres, les Scribes et les Anciens206. Pierre le
suivit de loin jusque dans la cour du grand Prêtre, où s'étant assis
avec les domestiques auprès du feu, il se mit à se chauffer.
Cependant les Princes des Prêtres avec toute l'assemblée
cherchaient des témoins contre Jésus pour le faire mourir, et ils n'en
203. Il s'agit de Pierre (Jean 18:10) qui était bien loin de comprendre la situation, et de suivre
son Maître. Ceci est aussi marqué lorsqu'il est appelé Simon au verset 37.
204. Il n'a point commis de péchés, et le mensonge n'a jamais été en sa bouche. Et il a plu au
Seigneur de le purifier de sa souffrance. Si vous faites une offrande pour vos péchés, votre vie
verra une descendance qui vivra longtemps. Et il a plu au Seigneur d'effacer une part des
douleurs de son âme, de lui montrer la lumière, de la former à l'intelligence, de justifier le Juste
qui s'est sacrifié pour une multitude, et qui a porté leurs péchés. C'est pourquoi il aura pour
héritage une grande multitude ; il partagera les dépouilles des forts, en récompense de ce que
sa vie aura été livrée au supplice, qu'il aura été regardé comme un pécheur, qu'il aura porté
sur lui les péchés de beaucoup d'hommes, et que, pour leurs iniquités, il aura été livré à la
mort (Isaïe 53:9-12).
205. Marc s'enfuyait nu, apeuré et honteux, dévêtu de la paix du Christ.
206. Le grand conseil des Juifs, le Sanhédrin se réunit pour condamner le Sauveur.
Évangile selon Saint Marc
61
trouvaient point. Car plusieurs rendaient de faux témoignages
contre Lui ; mais leurs dépositions ne s'accordaient point.
Quelques-uns se levèrent qui portèrent contre Lui ce faux
témoignage : Nous Lui avons ouï dire : Je détruirai ce Temple qui a été
bâti de main d'homme, et j'en rebâtirai dans trois jours un autre qui ne
sera point fait de main d'homme207. Mais leurs témoignages ne
s'accordaient point ensemble.
Alors le grand Prêtre se levant au milieu de l'assemblée,
interrogea Jésus, et Lui dit : Tu ne réponds rien à ce que ces gens-là
déposent contre Toi ? Mais Jésus gardant le silence208, et ne répondant
rien, le grand Prêtre l'interrogea pour la seconde fois, et Lui dit : Estu le Christ, le Fils du Dieu béni ?
Jésus lui répondit : Je (le) suis ; et vous verrez le Fils de l'homme assis
à la droite de Dieu Tout-Puissant209, venir sur les nuées.
Alors le grand Prêtre déchira ses habits et dit : Qu'avons-nous plus
affaire de témoins ? Vous venez d'entendre son blasphème : Que vous en
semble ? Et tous le jugèrent digne de mort. Quelques-uns se mirent à
cracher contre Lui ; et après Lui avoir couvert le visage, ils Lui
donnaient des coups de poing ; en Lui disant : Prophétise ! Et les
serviteurs Lui donnaient des soufflets.
207. Le temple fait de main d'homme est celui de Jérusalem, que le Seigneur fera détruire par
Titus en 70. Et le temple non fait de main d'homme est son corps, qu'Il ressuscitera au
troisième jour. Il déclare ainsi que le véritable temple est le corps de l'homme, et que ses
disciples devront y conserver le Saint-Esprit, par la vigilance et la prière continues.
208. Et lui, si fort qu'on l'ait maltraité, il n'ouvre pas la bouche. Il a été conduit à l'immolation
comme une brebis ; et comme l'agneau muet devant le tondeur, ainsi il n'ouvre pas la bouche
(Isaïe 53:7).
209. Le Fils de l'homme désigne Jésus de Nazareth, à la fois le Créateur et le Rédempteur du
genre humain. Il est l'archétype de l'homme, qu'Il a créé à son image, puis qu'Il a relevé, parce
qu'il avait chuté, à sa ressemblance. Littéralement ce titre signifie Fils d'Adam, et désigne plus
précisément la postérité bénie ; durant son Incarnation le Sauveur récapitula toute l'histoire du
peuple élu.
Après avoir été arrêté, Etienne fut traduit devant le Sanhédrin. Plein du Saint-Esprit il donna
son témoignage, et à la fin il fixa les regards vers le ciel et vit la gloire de Dieu. Il dit : Voici, je
vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. Ils crièrent alors d'une
voix forte, en se bouchant les oreilles, et ils se précipitèrent tous ensemble sur lui (Actes 7:5557). Etienne confirmait une partie de la prophétie faite par le Seigneur devant le même tribunal.
62
Évangile selon Saint Marc
Triple reniement de Pierre (14:66-72)
Or Pierre étant en bas dans la cour, il vint là une des servantes du
grand Prêtre, laquelle voyant Pierre qui se chauffait, lui dit en le
regardant : Vous aussi vous étiez avec Jésus de Nazareth ? Mais il le nia,
disant : Je ne le connais point, ni je ne sais ce que vous voulez dire . Il se
retira ensuite dans l'entrée du vestibule, et le coq chanta. La
servante l'ayant encore aperçu, dit à ceux qui étaient là : Cet homme
est de ces gens-là. Il le nia pour la seconde fois, et peu de temps après,
ceux qui étaient présents dirent à Pierre : Assurément vous êtes de ces
gens-là, vous êtes aussi Galiléen, car vous parlez comme eux. Il fit alors
des imprécations, et dit avec serment : Je ne connais point cet homme
dont vous me parlez. Et aussitôt le coq chanta pour la seconde fois, et
Pierre se ressouvint de ce que Jésus lui avait dit : Avant que le coq
chante deux fois, tu me renonceras trois fois ; et il se mit à pleurer.
Procès du Procurateur, flagellation et moquerie des soldats (15:1-20)
Dès qu'il fit jour, les Princes des Prêtres, les Anciens et les Scribes
tinrent conseil avec toute l'assemblée, et ayant fait lier Jésus, ils
L'emmenèrent et Le livrèrent à Pilate. Pilate Lui demanda : Es-tu le
Roi des Juifs ? Et Jésus répondit : Vous le dites. Comme les Princes des
Prêtres l'accusaient de plusieurs choses, Pilate l'interrogea de
nouveau, et Lui dit : Tu ne réponds rien ? Vois de combien de choses ils
t'accusent ? Mais Jésus ne fit plus aucune réponse, de sorte que Pilate
en était tout surpris.
Or il avait l'habitude de leur relâcher à chaque fête, celui des
prisonniers qu'ils demandaient. Il y en avait un nommé Barabbas,
qui avait été mis en prison avec des séditieux, lesquels avaient
commis un meurtre dans une sédition. Le peuple étant monté et
criant, se mit à lui demander ce qu'il leur accordait toujours. Pilate
leur répondit : Voulez-vous que je vous relâche le Roi des Juifs ? Car il
savait que c'était par envie que les Princes des Prêtres L'avait livré.
Mais les Princes des Prêtres excitèrent la populace à demander qu'il
leur relâchât plutôt Barabbas210.
210. Adam et Eve conçurent deux fils (Gen. 4:1) : Caïn, qui signifie jaloux et avide, et Abel, qui
est de Dieu. Le premier était laboureur, et le second pasteur de brebis ; et chacun offrit un
Évangile selon Saint Marc
63
Et Pilate leur dit encore : Que voulez-vous donc que je fasse de Celui
que vous nommez le Roi des Juifs211 ? Et ils s'écrièrent de nouveau :
Crucifiez-Le. Pilate leur dit : Quel mal a-t-il donc fait ? Mais ils criaient
encore plus fort : Crucifiez-Le. Alors Pilate voulant contenter le
peuple leur relâcha Barabbas ; et après avoir fait fouetter Jésus, il Le
livra pour être crucifié.
Les soldats Le menèrent dans la cour du Prétoire, où ils
assemblèrent toute la cohorte. Ils Le revêtirent d'un manteau de
pourpre212, et ayant fait une couronne d'épines, ils la Lui mirent sur
la tête. Puis ils Le saluèrent, disant : Je vous salue, Roi des Juifs. Ils Lui
donnaient des coups de canne sur la tête ; ils crachaient sur Lui, et
se mettant à genoux, ils se prosternaient devant Lui. Et après s'être
moqués de Lui, ils Lui ôtèrent le manteau de pourpre, et Lui
remirent ses habits ; puis ils Le menèrent dehors pour Le crucifier.
Crucifiement (15:21-41)
Un certain homme de Cyrène, nommé Simon, père d'Alexandre et
de Rufus, passant par là en revenant des champs, ils le
contraignirent de Lui porter sa Croix. Et ils menèrent Jésus au lieu
appelé Golgotha, c'est-à-dire le Crâne [d'Adam]. Où on Lui donna à
boire du vin mêlé avec de la myrrhe 213 : mais Il n'en but point. Après
qu'ils L'eurent crucifié, ils partagèrent ses habits, tirant au sort pour
voir ce que chacun en aurait (Ps. 21 :19).
Il était la troisième heure, quand ils Le crucifièrent. Et l'écriteau
du sujet de sa mort portait ces mots : Le Roi des Juifs. Ils crucifièrent
sacrifice au Très-Haut ; mais Caïn choisit des offrandes de moindre qualité, et Abel prit le plus
beau des agneaux. Le Seigneur en fit reproche à Caïn afin qu'il se repente, mais plein de
jalousie contre son frère, il le tua. En préférant le brigand Barabbas, qui signifie notre maître,
les Juifs montrent qu'ils sont de la lignée de Caïn, et qu'ils renouvellent, en mettant à mort le
Christ, l'assassinat d'Abel. Ainsi les iniques persécutent-ils le juste.
211. Ce titre de Roi était le motif de sa condamnation, mais Pilate comprenait que Jésus ne
revendiquait pas un royaume terrestre, contrairement à Barabbas. Cependant, par son père
adoptif et sa mère, Jésus était l'héritier des deux familles royales qui régnèrent sur Israël et
Juda. Son règne terrestre est à venir, c'est le Millénium sur une terre rénovée.
212. Chlamyde, ici vétuste, que le soldat romain porte attaché à l'épaule.
213. Breuvage amer donné aux crucifiés afin d'adoucir leurs souffrances par
l'appesantissement de leur esprit.
64
Évangile selon Saint Marc
avec Lui deux voleurs, l'un à sa droite, et l'autre à sa gauche. De
sorte que ces paroles de l’Écriture : Il a été mis au rang des scélérats,
furent accomplies214.
Ceux qui passaient par là blasphémaient contre Lui en branlant la
tête, et disant : Ha, toi qui détruis le temple de Dieu, et le rebâtis en trois
jours, sauve-toi toi-même, et descends de la Croix. Les Princes des Prêtres
se moquant aussi de Lui avec les Scribes, s'entredisaient : Il a sauvé
les autres, et Il ne peut se sauver Lui-même ; Que le Christ, le Roi d'Israël
descende maintenant de la Croix, afin que nous voyions, et que nous
croyions. Ceux qui étaient crucifiés avec Lui, le chargeaient aussi
d'injures.
Or depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, il y eut des
ténèbres sur toute la terre215. Et la neuvième heure, Jésus s'écria à
haute voix : Elohi, Elohi, lamma sabacthani ; c'est-à-dire, Mon Dieu, mon
Dieu, pourquoi m'avez-Vous abandonné (Ps. 21:1) ? Quelques-uns de
ceux qui étaient là, et qui l'entendirent, disaient : Voilà qu'Il appelle
Élie. Et il y en eut un qui courut emplir une éponge de vinaigre, et
214. Mais moi, je suis une larve et non un homme, opprobre des hommes et mépris du
peuple. Tous ceux qui m'ont vu se sont moqués de moi ; ils ont murmuré entre leurs lèvres, ils
ont secoué la tête. Ils ont dit : Il a mis son espoir en Dieu, que le Seigneur le sauve ; qu'il le
délivre, puisqu'il se complaît en lui (Ps. 21:6-8). Nous l'avons vu, et il n'avait ni éclat ni beauté ;
son aspect était méprisable, au-dessous de celui des fils des hommes. C'était un homme
couvert de plaies, et sachant ce que c'est que la souffrance. Car son visage était repoussant,
sans honneur, et compté pour rien (Isaïe 53:3).
215. Et en ce jour-là ceci arrivera, dit le Seigneur Maître : Le soleil se couchera à midi, et sur la
terre, la lumière fera place aux ténèbres (Amos 8:9). Phlégon et Thallus, deux historiens
anciens, décrivent une éclipse solaire miraculeuse, de sorte qu'il faisait nuit en plein midi, et
que les étoiles du ciel étaient visibles, à Jérusalem et dans toute la Judée. Cette obscurité était
nécessaire à la réalisation prophétique du jour de la Résurrection. Le Seigneur ressuscita le
troisième jour, selon sa Parole : Comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du
grand poisson (Jonas 2:20), de même le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le
sein de la terre (Matth. 12:40). Les trois nuits débutent avec la nuit miraculeuse durant la
crucifixion (les trois heures du début du vendredi après midi), puis les nuits ordinaires du
samedi et du dimanche. Les jours considérés sont après les nuits, car les Hébreux comptaient
le jour à partir de la veille au soir : le premier jour dure les trois heures de la fin d'après-midi du
vendredi, puis le jour du samedi et l'aurore du dimanche (Didascalie 21:88).
Évangile selon Saint Marc
65
l'ayant mise au bout d'une canne, Lui en donna à boire (Ps. 68:21),
disant : Laissez-moi faire ; voyons si Élie viendra L'ôter de la Croix.
Mais Jésus, ayant poussé un grand cri, expira. Le voile du
Temple216 se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas. Et le
Centurion qui était vis-à-vis de Lui, et qui vit que criant de la sorte 217
Il avait expiré, dit : Véritablement, cet homme était Fils de Dieu. Or il y
avait là aussi, des femmes qui regardaient de loin, entre lesquelles
étaient Marie la Tour magnifique218, et Marie, mère de Jacques le
jeune et de Joseph, et Salomé. Elles Le suivaient étant attachées à
son service lorsqu'Il était en Galilée : il y en avait encore beaucoup
d'autres qui étaient venues avec Lui à Jérusalem.
SÉPULTURE ET RÉSURRECTION
(15:42-16:20)
Dépôt du corps dans un sépulcre, Apparition de l'Ange aux saintes
femmes, Ordre d'évangéliser le monde et Ascension.
Dépôt du corps dans un sépulcre (15:42-47)
Sur le soir, parce qu'il était le jour de la Préparation qui est le
jour d'avant le sabbat219, Joseph d'Arimathie, noble Décurion 220,
lequel attendait aussi le Royaume de Dieu, vint trouver hardiment 221
216. L'immense et lourd rideau qui séparait le Saint du Saint des Saints se déchira du haut
vers le bas pour signifier l'action de la main de Dieu, qui mettait fin à l'ancienne Alliance.
217. Un supplicié crucifié meurt par asphyxie et dans la douleur des spasmes musculaires, il
ne peut pas crier. Ce cri surnaturel est un rugissement de victoire contre le péché et la mort, et
l'annonce de l'enfantement d'un nouveau peuple de Dieu. Le lion de Juda, le Seigneur, a parlé
du haut de Sion, il a fait entendre sa voix de Jérusalem (Amos 1:2).
218. Madeleine signifie une tour de guet fortifiée. Ce surnom est donné à la Mère de Dieu,
après la Crucifixion. On ajoute l'adjectif magnifique, car elle reçut si pleinement le Saint-Esprit
qu'elle ne chuta jamais, contrairement aux Apôtres. Comme une tour sa foi est belle et solide ;
sa prière et sa vigilance sont constantes, de sorte qu'elle éclaire les disciples.
219. Le jour de la Préparation est la veille de la Pâque. Cette année-là, le sabbat ordinaire
correspondait à celui de la Pâque selon le calendrier officiel du temple.
220. Le titre de Décurion indique à la fois le commandement de dix soldats romains et
l'appartenance au Sanhédrin.
221. Par cette démarche publique, il affichait sa fidélité au Christ, et s'attirait la haine des
autres membres du Sanhédrin.
66
Évangile selon Saint Marc
Pilate, et lui demanda le corps de Jésus. Pilate qui était étonné qu'il
fut mort si tôt, fit venir le Centurion à qui il demanda s'Il était mort.
Et l'ayant appris du Centurion, il donna le corps à Joseph.
Joseph acheta un linceul dont il enveloppa Jésus, qu'il avait ôté de
la Croix, et il Le mit dans un sépulcre qui était taillé dans le roc ;
puis il roula une pierre pour en fermer l'entrée. Marie la Tour
magnifique et Marie mère de Joseph, regardaient où on Le mettait222.
Apparition de l'Ange aux saintes femmes (16:1-11)
Quand le jour du sabbat fut passé, Marie la Tour magnifique,
Marie mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller
embaumer Jésus. Et de grand matin, le premier jour de la semaine 223,
elles arrivèrent au sépulcre quand le soleil se levait. Elles se disaient
l'une à l'autre : Qui nous ôtera la pierre qui est à l'entrée du sépulcre ? Et
en y regardant, elles virent que la pierre était ôtée ; car elle était
fort grosse224. Puis entrant dans le sépulcre, elles virent un jeune
homme assis du côté droit, vêtu d'une robe blanche, et elles en
furent effrayées. Il leur dit : Ne vous épouvantez point ; vous cherchez
Jésus de Nazareth qui a été crucifié ; Il est ressuscité, Il n'est point ici ; Voilà
le lieu où on l'avait mis. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre, qu'Il s'en
va en Galilée, où Il sera avant vous : Vous L'y verrez, comme Il vous l'a dit.
Elles sortirent du sépulcre, et s'enfuirent ; Car elles étaient saisies de
crainte et d'épouvante, et elles ne dirent rien à personne, parce
qu'elles étaient effrayées.
Or Jésus étant ressuscité le matin du premier jour de la semaine,
Il apparut premièrement à Marie la Tour magnifique, de laquelle Il
avait chassé sept démons225. Et elle alla en porter la nouvelle à ceux
222. Le Seigneur a été détaché de la Croix et installé dans le sépulcre neuf, peu avant
Vêpres ; et Il a rendu son Esprit à None, heure à laquelle, l'agneau est sacrifié dans le temple.
223. L'achat des aromates s'étant fait le samedi en soirée, la visite se fit tôt le dimanche.
224. Son diamètre devant être sensiblement égal à la taille d'un homme.
225. Le Seigneur ressuscite dans un corps transfiguré. Et son premier témoin est celle qui Lui
donna un corps, sa mère. Plus tard, durant son ministère public, elle tomba gravement malade,
peut-être du paludisme, et Il lui redonna la pleine santé (chassant les sept démons), en
prémices de la résurrection. Or le Nouvel Adam, devait d'abord consoler la nouvelle Eve, et lui
confier la mission de prendre soin de la foi des disciples.
Évangile selon Saint Marc
67
qui avaient été avec Lui, et qui étaient dans l'affliction et dans les
pleurs. Quand ils ouïrent dire, qu'Il était vivant, et qu'elle L'avait vu,
ils n'en crurent rien.
Ordre d'évangéliser le monde et Ascension (16:12-20)
Il se montra ensuite sous une autre forme à deux d'entre-eux qui
étaient en chemin, et qui s'en allaient aux champs 226. Ceux-ci le
vinrent dire aussi aux autres qui ne les crurent point non plus.
Après cela Il apparut aux onze, lorsqu'ils étaient à table, auxquels
Il reprocha leur incrédulité, et la dureté de leurs cœurs, parce qu'ils
n'avaient point cru ceux qui L'avaient vu ressuscité.
Et Il leur dit : Allez, par tout le monde, prêcher l’Évangile à tous les
hommes. Celui qui croira, et qui sera baptisé sera sauvé : mais celui qui ne
croira point, sera condamné. Voici les signes que feront ceux qui auront
cru : ils chasseront les démons en mon Nom ; ils parleront diverses langues.
Ils manieront les serpents227, et s'ils boivent du poison, il ne leur fera point
de mal ; ils imposeront les mains sur les malades, et ils leur rendront la
santé.
Après leur avoir parlé, le Seigneur fut enlevé dans le ciel, où Il est
assis à la droite de Dieu228. Et pour eux, ils s'en allèrent prêcher
partout, et le Seigneur coopérait avec eux, confirmant leur parole
par les signes dont elle était accompagnée229.
226. Simon et Cléophas qui se rendaient à Emmaüs (Luc 24:13).
227. Ils manipuleront des serpents sans crainte des morsures (Actes 28:5).
228. Saint Marc débute et achève son témoignage en citant les Prophètes. Ici, il s'agit de
David : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que je fasse
de vos ennemis l'escabeau de vos pieds (Ps. 109:1).
229. Les Apôtres sont les nouveaux Prophètes, les ministres du Seigneur, qui, par le SaintEsprit, demeurait en eux, afin qu'ils accomplissent sa mission : L'esprit du Seigneur est sur moi
; Il m'a consacré de son onction. Il m'a envoyé pour évangéliser les pauvres, guérir les cœurs
contrits, annoncer aux captifs la délivrance, et aux aveugles la vue ; pour publier l'année
agréable au Seigneur, et le jour de la rétribution, et consoler tous les affligés ; pour donner aux
affligés de Sion, au lieu de cendres, la gloire ; au lieu de larmes, l'onction de joie ; au lieu d'un
coeur affligé, un vêtement de gloire. Et ils seront appelés Générations de justice, Plantes du
Seigneur pour sa gloire (Isaïe 61:1).
Le rapide succès du Christianisme est dû à la conversion des nombreux Prosélytes qui
fréquentaient les synagogues réparties sur toute la terre habitée. La doctrine du Christ unissait
68
Évangile selon Saint Marc
Bienheureux sont les pauvres dans l'Esprit,
parce que le Royaume des Cieux leur appartient.
Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés.
Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre.
Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
parce qu'ils seront rassasiés.
Bienheureux ceux qui sont miséricordieux,
parce qu'ils obtiendront miséricorde.
Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu.
Bienheureux ceux qui sont pacifiques,
parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu.
Bienheureux ceux qui souffrent persécutions pour la justice,
parce que le Royaume des Cieux leur appartient.
Vous serez bienheureux, lorsqu'à cause de Moi,
on vous chargera d'injures, qu'on vous persécutera,
et qu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous.
Réjouissez-vous, et soyez-en ravis de joie,
parce que votre récompense sera grande dans le Ciel :
les Prophètes qui ont été avant vous, ont été persécutés de la sorte.
(Matth. 5:3-12)
les Juifs et Gentils, tout en exprimant l'essence même de la Loi ; elle attirait par sa pureté
spirituelle et son égalité en vue du salut. Il y avait trois catégories de Prosélytes. Le Prosélyte
de justice se conformait à toute la Loi mosaïque et acquittait les redevances sacrées. Le rite
d'admission imposait la circoncision (admission dans l'assemblée), le baptême ou ablution
(pureté légale) et un sacrifice au temple (expiation des péchés). A la troisième génération, il
était intégré à part entière dans la communauté juive. Les hommes « craignant ou servant Dieu
» n'étaient pas circoncis, mais adoptaient de nombreux éléments de la piété juive (Corneille,
Actes 10:2, 13:16). Enfin les étrangers résidents, étaient uniquement soumis aux sept lois
noachides : l'obéissance aux juges et les six interdictions (blasphème, culte des idoles,
adultère, assassinat, vol, consommation d'une viande d'un animal vif).
Évangile selon Saint Marc
I
POSTFACE
JÉSUS DE NAZARETH
De son temps, le Verbe de Dieu, le Messie, fut connu sous le nom
de Jésus de Nazareth. Son nom d'homme n'est pas séparé de sa
divinité, sa seule invocation produisait des miracles de guérison et
de résurrection. Ce nom d'homme était encore connu des Anges et
des démons. Le Procurateur romain Pilate le Pontique fit écrire sur
l'écriteau fiché au dessus de la Croix : Jésus de Nazareth, Roi des
Juifs (Jean 19:19). Le Seigneur Lui-même, après sa résurrection,
apparaissant en une vision à Paul, qui se rendait à Damas, se
présenta en disant : « Je suis Jésus de Nazareth que tu persécutes
(Actes 22:8).» Dans la synagogue de Capharnaum, un démon qui
possédait un homme s'écria : « Qu'y a-t-il entre nous et toi, Jésus de
Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de
Dieu (Marc 1:24).» Lorsqu'au lever du soleil, les Saintes femmes
s'approchèrent du tombeau vide, un Ange leur dit : « Ne vous
épouvantez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié ;
Il est ressuscité, Il n'est point ici (Marc 16:1).» Et Pierre, le chef des
disciples et la figure du disciple ordinaire, réalisait des miracles par
l'invocation du nom du Messie : à l'impotent qui mendiait à l'une
des portes du temple, il dit : « Je n'ai ni argent, ni or ; mais ce que
j'ai, je te le donne : au nom du Messie Jésus de Nazareth, lève-toi et
marche (Actes 3:6).» Et devant le Sanhédrin, il témoigna : « Sachezle tous, et que tout le peuple d'Israël le sache ! C'est par le nom du
Messie Jésus de Nazareth, que vous avez crucifié, et que Dieu a
ressuscité des morts, c'est par Lui que cet homme se présente en
pleine santé devant vous (Actes 4:10).» Dès le début de son
ministère, le Sauveur se faisait appeler ainsi, c'est pourquoi Philippe
dit à Nathanaël : « Nous avons trouvé celui de qui Moyse a écrit dans
la Loi et dont les Prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de
Joseph (Jean 1:45).»
II
Postface
Dans l'Évangile de saint Matthieu, chaque événement du récit de
l'enfance du Messie se termine par la citation d'une prophétie
accomplie (Matth. 1:18-2:23) : sa naissance miraculeuse (Isaïe 7:14),
la ville de naissance (Michée 5:2), la fuite en Égypte (Osée 2:2), le
massacre des Innocents (Jérémie 31:15), enfin l'établissement de la
sainte famille à Nazareth de Galilée, « afin que ces paroles des
Prophètes Il sera appelé Nazaréen, fussent accomplies.» En effet,
Nazareth était un pauvre et obscur village de Galilée : « Que peut-il
sortir de bon de Nazareth, s'interroge Nathanaël (Jean 1:46)», qui
sait que le Messie doit venir de Bethléem de Judée, la ville de David ?
« Est-ce que le Christ vient de Galilée, s'écriait la foule des
sceptiques (Jean 7:41) ?» Or le Sauveur devait être méprisé, à l'image
de la ville dont Il venait. Le Prophète dit : « Mais son aspect était
méprisable, au-dessous de celui des fils des hommes. C'était un
homme couvert de plaies, et sachant ce qu'est la souffrance ; car son
visage était repoussant, sans honneur, et compté pour rien. Il porte
nos péchés, il souffre pour nous (Isaïe 53:3-4).» Et Saint David décrit
ainsi la Crucifixion du Sauveur : « Je suis comme un ver, et non plus
un homme ; mépris des hommes et opprobre du peuple. Tous ceux
qui m'ont vu se sont moqués de moi ; ils ont murmuré entre leurs
lèvres, ils ont secoué la tête (Ps. 21:6-7).» L'Apôtre décrit de la sorte
le chemin de la perfection : « Sortons donc hors du camp [du
monde] pour aller à Lui (qui a souffert la Croix, méprisant
l'ignominie (Hébr. 12:2)), portant son opprobre ; car nous n'avons
pas ici de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir
(Hébr. 13:13).» Sortant de Jéricho, sur la route sans retour de
Jérusalem, le Rédempteur rendit la vue à celui, qui « entendant qu'Il
était Jésus de Nazareth, se mit à crier : Fils de David, Jésus-Sauveur,
prenez-moi en pitié (Marc 10:47) !» Car Il était pour beaucoup le
Messie qui devait régner avec une plus grande gloire et une plus
grande puissance que David lui-même. Or Il vint pour ouvrir le
cinquième jour, et son Règne ne débutera qu'au septième.
Évangile selon Saint Marc
III
MADELEINE, SURNOM DE LA MÈRE DE DIEU
Marie Madeleine n'est mentionnée dans les quatre Évangiles,
qu'au moment de la Crucifixion et au matin de la Résurrection,
auprès du tombeau vide. Elle semble absente durant la prédication
du Sauveur, sauf chez saint Luc qui dit, après l'épisode de l'onction
des pieds du Maître par une femme : « Par la suite, Il passait de ville
en bourgade, en proclamant l'Évangile. Les Douze étaient avec Lui,
et aussi quelques femmes, qui avaient été soignées d'esprits mauvais
et de maladie : Marie, surnommée Madeleine, de laquelle sept
démons étaient sortis, Jeanne, femme de Chouza, régisseur
d'Hérode, Suzanne, et beaucoup d'autres, et elles les servaient de
leurs biens (Luc 8:1-3).» Ainsi Marie Madeleine appartenait à ce
groupe de femmes qui accompagnait Jésus et ses Apôtres. Elle est
toujours mentionnée en premier lorsque les Évangélistes donnent
quelques noms de ce groupe de femmes, ce qui indique une place
prééminente : elle est à la tête des femmes, comme le Seigneur est à
la tête des Apôtres.
Saint Luc, déclare qu'elle fut guérie de sept démons (Luc 8:2) ;
dans le langage de l'époque cela signifie qu'elle était atteinte d'une
maladie grave ou qu'elle avait perdu la raison. La première
hypothèse est la plus vraisemblable ; en ce temps-là, le paludisme
était une maladie endémique dans ces régions orientales.
Néanmoins, on peut faire une lecture symbolique du verset : comme
le Seigneur est l'homme parfait, le nouvel Adam, il est juste qu'Il ait
guéri la femme de son péché, afin qu'elle devienne la nouvelle Ève,
personnifiée par Marie Madeleine.
Au matin de la Résurrection, saint Marc dit que Marie Madeleine
fut la première à voir le Maître, la première parmi le petit groupe de
femmes qui vint au sépulcre, avant même qu'Il n'apparaisse aux
Apôtres : « Ressuscité à l'aube du premier jour de la semaine, Il
apparut d'abord à Marie Madeleine, de qui Il avait chassé sept
démons (Marc 16:9).» Saint Jean décrit cette manifestation : Marie
est troublée par l'absence du corps dans le sépulcre ; en pleurs, elle
IV
Postface
s'adresse à un homme qu'elle croit être le jardinier, qui lui dit : «
Marie ! Elle se retourne et Lui dit en araméen : Rabbouni (c'est-à-dire mon
Maître) ! Jésus lui répond : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore
monté vers le Père (Jean 20:16).» Et Il lui donne mission de prévenir
les disciples de sa première Ascension, pour laquelle Il doit
conserver son état de pureté afin de parachever son sacrifice sur la
Croix par le rituel d'aspersion dans le temple céleste. Nous pouvons
déduire de ce passage que Marie Madeleine est la plus pure d'entre
les femmes et d'entre les hommes.
Marie, Mère de Dieu, est semble-t-il absente des épisodes du
sépulcre vide, et elle n'est mentionnée au pied de la Croix que dans
un seul Évangile, or Marie Madeleine est toujours présente à la
Crucifixion et lorsque les saintes femmes sont au tombeau. Saint
Jean, selon une formule littéraire élégante qui a échappé à beaucoup
de traducteur, identife clairement la Mère de Dieu avec Marie
Madeleine : « Or se tenaient près de la croix de Jésus, sa mère, et la
sœur de sa mère : Marie de Cléopas, et Marie Madeleine (Jean
19:25).» Le lecteur moderne considère que trois femmes sont
mentionnées, mais le lecteur antique n'en distinguerait que deux : la
mère de Jésus appelée Marie Madeleine, et la sœur de sa mère, Marie
de Cléopas. Cette figure littéraire est un chiasme qui exprime
l'aspect protecteur de Marie, la Mère du Seigneur, en entourant le
nom de la tante du Sauveur. Les versets suivants confirment l'aspect
protecteur de Marie envers les Apôtres, ici réprésentés par le seul
Jean. En effet, l'Écriture dit : « Jésus voyant sa mère, et près d'elle,
le disciple qu'Il aimait, dit à sa mère : Femme, voici ton fils. Puis Il dit
au disciple : Voici ta mère. Et depuis lors, le disciple la prit chez lui
(Jean 19:26-27). Le même procédé est utilisé avec plus de
raffinement1. Certains saints Père identifiaient Marie Madeleine
voulant toucher le Seigneur près du sépulcre (Jean 20:17), avec la
1. Le mot mère est donné trois fois et celui de disciple deux fois, selon la séquence : mère –
disciple – mère – disciple – mère. Cet enveloppement s'inverse dans la phrase de la séquence
suivante : Et dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui (le disciple), pour marquer
l'obéissance à l'ordre du Seigneur.
Évangile selon Saint Marc
V
Mère de Dieu2, mais l'Église impériale, grecque ou latine, en perdit le
souvenir.
De la même façon que Marie reçut d'un Ange l'annonce de
l'Incarnation du Verbe dans son sein, au sépulcre, elle reçut de deux
Anges la révélation de la Résurrection de son fils, en présence de
plusieurs témoins de ses amies (Luc 24:1-10). Alors, restant près du
tombeau, elles les envoya prévenir les Apôtres, mais ils ne les
crurent pas. Seuls Pierre et Jean se précipitèrent pour constater de
visu. Pendant ce temps, Marie demeurait seule et pleurait. Le
Seigneur vint Lui-même pour la consoler et lui donner l'ordre de
prévenir les disciples (Jean 20:11-18). Il était naturel que le Seigneur
se manifestât d'abord à celle qui L'avait enfanté. Puis Jean et Pierre
arrivèrent tout essouflés, et elle leur donna le témoignage de sa
Résurrection. Jean en trouva la confirmation en observant la
dispostion des linges dans le tombeau (Jean 20:3-10), tandis que
Pierre demeurait hébété (Luc 24:12). Le Seigneur donna encore un
enseignement précieux à sa mère en interrompant son geste
d'adoration. En effet, Il devait encore monter vers son Père (Jean
20:17) puis revenir pour se manifester aux autres disciples. L'Apôtre
nous explique l'importance de cette première Ascension : « Le Christ
est venu comme souverain sacrificateur pour les biens à venir ; Il a
traversé le tabernacle plus grand et plus parfait, celui qui n'a pas été
construit de mains d'homme, celui qui n'est pas de cette création. Il
est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, non avec le sang
des boucs et des veaux, mais avec son propre sang. C'est ainsi qu'Il
nous a obtenu une rédemption éternelle (Héb. 9:11-12).» Cette
annonce ne pouvait être faite qu'à celle qui, avait la foi la plus
profonde, parce qu'elle vivait du Mystère du Christ comme témoin
privilégié, et que pour s'approcher de ce Mystère, elle élaborait les
récits de ses paroles et de ses gestes les plus marquants depuis sa
2. Irénée de Lyon (Contre les hérésies, V, 31:1), Éphrem de Nisibe (Commentaire du
Diatessaron, 21:27), Romanos le Mélode (Hymne à la Résurrection 1:14)... Cependant Jean
Chrysostome identifie, sans explication, Marie mère de Jacques (Matth. 27:56) avec la Mère
de Dieu. (homélie 88 sur l'Évangile de Matthieu).
VI
Postface
maternité. Elle disposait donc dans son cœur d'un grand nombre
d'histoires sur son fils, son Maître et son Dieu. Ces histoires
n'étaient pas de vagues souvenirs mais des récits qui suivaient les
règles précises facilitant leur mémorisation et leur transmission. Ils
étaient élaborés au fil de l'eau. C'est pourquoi, Marie pouvait aider
les Apôtres à créer les catéchèses que sont les Évangiles, comme des
colliers dont elle possédait de nombreuses perles.
En fait, Marie est le roc caché de la foi sur lequel le Seigneur a
bâti son Église (Matth. 16:15). C'est elle qui recueillait et mettait en
forme les témoignages des paroles et des actes de son fils, depuis le
début. L'Évangéliste Luc le mentionne deux fois : lorsque les bergers
vinrent adorer l'enfant et témoigner de l'annonce des Anges, «
Marie conservait toutes ces paroles et les repassait dans son cœur
(Luc 2:19)» ; et quand Jésus, âgé de douze ans, passa plusieurs jours
au milieu des docteurs dans les parvis du temple, et qu'au reproche
de ses parents Il répondit : « Ne saviez-vous pas qu'il faut que je
m'occupe des affaires de mon Père ; et sa mère conservait toute ses
paroles dans son cœur (Luc 2:51).» Ces deux expressions signifient
que Marie élaborait un court récit pour chaque événement, selon les
canons de l'oralité qui permettait la transmission du récit sans
l'altérer3. Chaque récit est comparable à un collier dont les perles
sont souvent tirées des Écritures sacrées, et dont l'agencement
adopte différentes formes facilitant la mémorisation et sa
vérification. Cet art du récit est manifeste dans la prière d'action de
grâces appelée le Magnificat (Luc 1:46-55) dans laquelle Marie
personnifie le vrai Israël qui bénit le Seigneur pour le salut qu'Il lui
a accordé, et en même temps, loue le Père de l'avoir choisie pour
enfanter le Sauveur. Les récits oraux de Marie avant et durant le
ministère public du Sauveur formèrent donc le matériau de base
dont furent tirés les Évangiles, qui furent aussi complétés par ceux
des Apôtres eux-mêmes, non comme des souvenirs lointains, mais
comme le récit contemporain d'une parole vivifiante. La prédication
était une récitation vivante, parce qu'elle faisait grandir dans la foi
3. Les canons de l'oralité ont été révélés par Marcel Jousse (L'Anthropologie du geste, 1969).
Évangile selon Saint Marc
VII
celui qui prêchait, de même que les membres de son auditoire.
Après avoir été polis par plusieurs années de catéchèse, les
Évangiles furent mis par écrit en grec, pour les besoins des
néophytes qui appartenaient à une culture moins dominée par l'oral
et plus dépendante de l'écrit.
Le surnom Madeleine, en araméen Magdala, signifie tour fortifiée ;
il évoque la protection contre les attaques de l'ennemi et les
mauvaises doctrines. Par sa robustesse et sa hauteur, la tour
fortifiée évoque aussi la sûreté, la beauté, la bonne gouverne (le
guetteur voit les événements arriver au loin). C'est pourquoi nous
avons rendu le mot Madeleine par Tour magnifique.
FRÈRES DE JÉSUS
Dans les Évangiles l'expression les frères de Jésus pourrait désigner
trois catégories de personnes qui ne s'excluent pas l'une l'autre. Au
témoignage de Matthieu, on associe les frères à la famille de sang, et
les fidèles de la synagogue de Nazareth de s'interroger : « D'où est
venue cette sagesse à Celui-ci, et ce pouvoir de faire des miracles ?
N'est-il pas le fils de l'artisan ? Sa mère ne s'appelle-t-elle pas
Marie ? Et ses frères Jacques, Joseph, Simon, et Jude ? Et ses sœurs
ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D'où Lui viennent donc toutes
ces choses-là (Matth. 13:54-56) ? La tradition de l'Église latine
considère que le terme de frère n'est pas à prendre dans son sens
strict, mais désigne les cousins. La tradition de l'Église copte et des
autres Églises orientales, transmet que Joseph aurait eu des enfants
d'un premier mariage, et qu'ils sont donc les frères et sœurs du
Sauveur. Ces deux traditions préservent pour Sainte Marie, le titre
de « Toujours vierge ». Ce titre exprime, d'un point de vue spirituel,
le voeu de virginité que Marie fit à Dieu dès son âge nubile et pour
toute sa vie, et d'un point de vue charnel d'une part la conception
virginale du Seigneur, et d'autre part la naissance miraculeuse par
le côté. Ainsi, Ève naquit du côté d'Adam, et le nouvel Adam sortit
du côté de la nouvelle Ève. Enfin l'inhabitation du Saint-Esprit dans
VIII
Postface
le cœur de la Mère de Dieu ne fit que s'approfondir et se
perfectionner avec la naissance du Sauveur, son éducation, son
ministère, son sacrifice, sa résurrection et son ascension.
La Vierge sainte reçut encore le Saint-Esprit à la Pentecôte ; elle
devint alors la Mère des frères de Jésus dans la foi, la tour fortifiée
qui est un refuge inébranlable face aux attaques des ennemis et des
démons. En effet, le Messie désigne ses fidèles comme ses frères et
ses sœurs : « Pendant cela, sa mère et ses frères arrivèrent, et se
tenant dehors ; ils l'envoyèrent appeler. Il y avait autour de Lui une
troupe de gens qui Lui dirent : Voilà votre mère, et vos frères dehors qui
Vous cherchent. Il leur répondit : Qui est ma mère, et qui sont mes
frères ? Et regardant ceux qui étaient autour de Lui, Il leur dit : Voici ma
mère, et mes frères ; car celui qui fait la volonté de Dieu est mon frère, ma
sœur, et ma mère (Marc 3:31-35) ». Et ailleurs, Il dit : « Mais pour vous,
ne prenez pas le nom de maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître
[Jésus-Christ], et vous êtes tous frères. N'appelez personne sur la
terre votre père, car vous n'avez qu'un seul Père qui est dans le Ciel
(Matth. 23:8-10).» Dans cette seconde acception du mot frère, il
s'agit d'une fraternité spirituelle autour du Rédempteur, fraternité
nouvelle appelée simplement l'Assemblée ou l'Église, mais une
Assemblée distincte de la Synagogue, et de l'Assemblée messianique
et prophétique que connaissait bien le Sauveur.
En effet, il y avait au temps du Christ deux courants de piété 4 :
celui des Pharisiens qui se détournaient de la voie de Moyse par des
accommodements avec le siècle et des règles de vie nouvelles ; et
celui des Messianiques, qui attendaient le Messie en conservant la
tradition des Prophètes et l'ancien calendrier liturgique. Il est
vraisemblable que la famille du Sauveur appartenait à se courant
messianique, dont l'unité de foi faisaient de ses membres des frères
et des sœurs. D'après les manuscrits trouvés dans les grottes de
Qoumrân, on distinguait dans le courant messianique, les hommes
4. Selon Flavius Josèphe, il y avait trois écoles philosophiques en Palestine : les Pharisiens,
les Sadducéens, et les Esséniens (La Guerre des Juifs, Livre II, chap. 8). Mais les Sadducéens
regroupaient les familles des grands prêtres et ne se mêlaient pas avec le peuple.
Évangile selon Saint Marc
IX
qui vivaient en communauté, célibataires et retirés du monde, et
ceux qui vivaient dans le monde5, mariés et assidus aux séances des
synagogues, et, pour les notables, siégeant au Sanhédrin.
Ainsi, les frères de sang du Seigneur Jésus, étaient-ils peut-être,
comme Lui, des frères issus du courant messianique appelé essénien,
et durant son ministère, certains le suivirent, de sorte qu'ils
devinrent des frères dans la nouvelle foi au Père et au Fils, par
l'action du Saint-Esprit, et qui sera nommé le Christianisme6.
HEURES DU JOUR ET DE LA NUIT
Le récit de la création du monde en six jours, plus un jour de
repos (Gen. 1:1-2:3), est à l'origine de la semaine de jours, qui se
termine par le septième, le sabbat. Le même récit indique le moment
du début du jour, selon la formule : Il y eut un soir, il y eut un matin,
premier jour. Le jour commence donc le soir vers le coucher du soleil.
La nuit est divisée en quatre veilles d'une durée égale de trois
heures7 : les deux premières veilles vont du crépuscule à minuit,
5. La première prédication des Apôtres se déroule vraisemblablement parmi les adeptes du
courant messianique, et il semble que beaucoup de familles y appartenaient : En quelque ville
ou village que vous entriez, informez-vous qui est digne de vous recevoir ; et demeurez en sa
maison jusqu'à ce que vous partiez (Matth. 10:11). Un signe de reconnaissance semble
exister : En entrant dans la maison, saluez-la en disant : La paix soit dans cette maison ! Et si
cette maison en est digne, votre paix viendra sur elle (Matth. 10:12). Mais si le maître de
maison est hypocrite, ne recevant pas l'annonce de la présence du Messie, les Apôtres doivent
quitter la maison sans délai. Et le Maître ajoute : Je vous assure que Sodome et Gomorrhe
seront traitées avec moins de rigueur, au jour du jugement, que cette ville-là [ou maison-là]
(Matth. 10:15).
6. Les documents de Qoumrân révèlent avec évidence que l’Église chrétienne primitive s'enracine, à un degré que nul n'aurait pu soupçonner, dans la secte juive de la Nouvelle Alliance,
c'est-à-dire dans la secte essénienne, qu'elle a emprunté à celle-ci une bonne part de son
organisation et de ses rites, de ses doctrines et de ses « modèles de pensée », de son idéal
mystique et moral (André Dupont-Sommer, Les Ecrits esséniens découverts près de la mer
Morte, éd. Payot, Paris, 1990, p. 386).
7. La division du jour et de la nuit en douze heures utilisées par les anciens dépendait du lever
et du coucher du soleil. La durée chronométrée d'une période de trois heures variait donc
selon la saison, de sorte que les douze heures du jour ou de la nuit restent égales.
X
Postface
puis de minuit au lever du soleil, les deux suivantes. La période
diurne est aussi divisée en quatre périodes d'une durée égale de
trois heures : Prime (1ère heure, aurore), Tierce (3ème heure, milieu
de la matinée), Sexte (6ème heure, midi), None (9ème heure, milieu
de l'après-midi). Avant la résurrection de Lazare, en allant à
Jérusalem, le Seigneur rappelle aux disciples inquiets, que le jour
compte douze heures (Jean 11:9). Il loge deux disciples de Jean parce
qu'il est tard, en fin d'après-midi, vers la dixième heure du jour
(Jean 1:39). À Capharnaum, Il guérit le fils de l'officier du Roi à la
septième heure du jour (Jean 4:52). Vers la quatrième veille de la
nuit, avant l'aurore, Il rejoint la barque des Apôtres en marchant
sur la mer agitée (Marc 6:48). Enfin, Il est crucifié peu avant Sexte
(Jean 19:14), à la fin de Tierce (Marc 15:25).
Dans l'Office des Heures, les Chrétiens ont conservé cette
ancienne division des heures du jour, et partiellement celle des
veilles : Prime (lever du soleil), Tierce, Sexte (midi), None, Vêpres
(11e heure, soirée), Complies (coucher du soleil, 1ère veille), et les
Matines (minuit, 3ème veille), qui sont composées de trois
nocturnes (marquant les trois veilles). Le soleil étant une image du
Messie, le jour débute au lever du soleil, et non plus à son coucher 8.
Et la semaine débute le dimanche, par le jour consacré au Seigneur,
jour de sa Résurrection et du fondement de son Église à la
Pentecôte. Le jour consacré au Seigneur n'est plus le sabbat, le jour
de repos qui clôt la semaine, parce que le sabbat est la marque de
Dieu sur la création déchue et dominée par le péché ; au contraire, le
dimanche est le premier jour de la semaine car il annonce le Règne
du Seigneur, qui est le rétablissement du monde purifié du péché et
de la mort.
8. Débuter le jour le soir est caractéristique d'un calendrier lunaire. Les Esséniens suivaient un
calendrier solaire, le jour débutant à l'aurore ; les premiers Chrétiens, qui venaient pour la
plupart de ce courant prophétique, gardèrent le même calendrier.
Évangile selon Saint Marc
XI
CHRONOLOGIE ÉVANGÉLIQUE
La date de la mort et de la naissance du Sauveur ne se déduisent
pas aisément des Évangiles, de même la durée de sa prédication. Les
Saints Pères ont donné quelques avis, invoquant le témoignage des
Apôtres ou des Presbytres, mais pour eux, la précision historique
reste secondaire. Enfin les Églises ont disposé les fêtes du Seigneur
dans l'année liturgique, afin de nourrir et fortifier la foi des fidèles,
et parfois ceux-ci donnent un caractère historique à ce qui relève
d'une préoccupation pastorale et liturgique. Pour susciter la
réflexion du lecteur, nous donnons quelques textes antiques et
quelques réflexions de bon sens, de sorte que la foi prime sur
l'histoire, sans pourtant la négliger.
Année de l'Incarnation du Verbe
L'Évangile de Luc témoigne : « Il arriva en ce jour que César
Auguste publia un édit pour faire le dénombrement de toute la terre
[de l'empire]. Ce premier dénombrement [général] fut fait pendant
que Quirinius était légat de Syrie (Luc 2:1-2).» Et l'Évangile de Matthieu, précise que quelques mois plus tard, Joseph prit avec lui
Marie et l'enfant pour fuir en Égypte, car l'Ange l'avait prévenu «
qu'Hérode allait envoyer tuer tous les enfants qui étaient à Bethléem et dans son voisinage, jusqu'à l'âge de deux ans (Matth. 2:16).»
Or Publius Sulpicius Quirinius (†21AD) fut deux fois légat de
Syrie, l'une avant l'ère chrétienne (12-2 avant J.-C.), et l'autre au
début (6-12AD). Si l'on essaie d'accorder les paroles des Évangiles de
Luc et Matthieu, on trouve l'année 8 avant J.-C.. À cette époque,
Quirinius est légat de Syrie et de Judée, et Hérode le Grand a encore
environ trois ans à vivre.
Au début du XVIIe siècle, l'astronome Kepler remarqua qu'il y
avait eu une triple conjonction de Jupiter et de Saturne dans la
constellation des Poissons, aux mois de mai, d'août et de décembre
747 de la fondation de Rome. Cette triple conjonction apparaissait
comme un corps lumineux extraordinaire, ayant un éclat semblable
à celui des étoiles fixes. Il proposa de voir dans ce phénomène
XII
Postface
astronomique l'étoile de Bethléem dont parle l'Évangile de Luc.
L'année 747 de la fondation de Rome (21 avril 753 avant J.-C.),
correspond à l'année 7 avant Jésus-Christ ; elle s'accorde avec une
naissance de Jésus vers l'an 8 avant l'ère chrétienne.
Durée de la prédication du Seigneur Jésus-Christ
Selon la coutume juive, à treize ans, le garçon était admis à poser
des questions dans la synagogue, et à entrer dans le parvis des
hommes au temple. Un Prêtre officiait à l'âge de trente ans, et un
Docteur de la Loi obtenait le titre de Rabbin au même âge,
cependant il ne pouvait enseigner à des disciples qu'à partir de
quarante ans. Il est vraisemblable que Jésus de Nazareth ait suivi la
coutume, sachant que son intelligence des Écritures le rendait très
précoce ; par exemple, Il étonna les docteurs dans le parvis du
temple alors qu'Il n'avait que douze ans (Luc 2:41-47). A propos de
l'âge du Sauveur, Saint Irénée dit : « Le Seigneur était proche de la
cinquantaine, et c'est pour cela que les Juifs pouvaient Lui dire : Tu
n'as pas encore cinquante ans et tu as vu Abraham (Jean 8:57) ?» Une
ancienne tradition se fondant sur l'interprétation d'un autre
passage du même Évangile, attribuait à Jésus l'âge de 46 ans au
moment de sa Passion (Augustin d'Hippone ; Doctrine Chrétienne).
Après avoir chassé les marchands du temple, les Juifs demandèrent
au Sauveur un signe marquant son autorité à purifier le temple, et Il
répondit : « Démolissez ce sanctuaire, et dans trois jours je le
relèverai. Les Juifs Lui dirent : Voilà quarante-six ans qu'on rebâtit
ce sanctuaire, et toi tu prétends le relever en trois jours ? Mais Il
parlait du sanctuaire de son corps (Jean 2:19).»
Après avoir rappelé que le Seigneur commençait sa trentième
année lorsqu'Il pria Jean de l'immerger (Luc 3:23), Saint Irénée de
Lyon dit : « la jeunesse s'étend jusqu'à la quarantième année, puis
commence la maturité, et vers la cinquantième année, l'homme
descend dans la vieillesse. C'est précisément cet âge là [la
quarantaine] qu'avait notre Seigneur lorsqu'Il enseigna (CH, II,
22:5).» Saint Irénée appuie son témoignage sur les Presbytres de
Évangile selon Saint Marc
XIII
l'Asie qui furent installés par l'Apôtre et Évangéliste Jean, et précise
que certains avaient reçu la même parole d'autres Apôtres.
La durée exacte du temps que Jésus-Christ a consacré à la prédication de son Évangile est inconnue. Certains pensent que la parabole du figuier stérile l'indiquerait : « Voilà trois ans que je viens
chercher du fruit sur ce figuier et que je n'en trouve pas. Coupe-le,
pourquoi encombrer inutilement la terre (Luc 13:7) ? » La prédication aurait donc duré un peu plus de trois ans. Pourtant, le vigneron
répond au propriétaire : « Seigneur, laisse-le encore cette année,
afin que bêchant autour j'y mette du fumier, et s'il ne fait pas de
fruit, alors tu le couperas. » Connaissant la Miséricorde divine, le
vigneron figurant le Fils, et le propriétaire, le Père céleste, on pourrait encore évaluer la durée de la prédication à plus de quatre ans.
Les quatre Évangiles, qui sont des abrégés, comme le reste de la
Sainte Écriture, ne donnent que les indications temporelles
nécessaires à leur récit, déterminer la durée de la prédication à
partir d'eux n'est pas raisonnable. Pourtant, il est commun de
prétendre que la prédication du Seigneur a duré un peu plus de trois
ans selon le nombre de Pâque mentionné dans l'Évangile de Jean. En
suivant saint Irénée de Lyon et les coutumes rabbiniques, auxquelles
le Seigneur pouvait déroger, puisqu'Il semble appartenir au courant
messianique lié aux Esséniens de Qoumrân, nous pouvons conclure
qu'entre son Baptême et son Crucifiement, il s'écoula environ une
douzaine ou une quinzaine d'années. Enseigna-t-Il dès son
immersion ou bien a-t-Il attendu d'avoir quarante ans9 ?
9. Chez les Pharisiens, le rabbin pouvait enseigner dès trente ans, mais il ne pouvait devenir
officiellement Maître, c'est-à-dire avoir des disciples qu'à quarante ans. Or, comme Jean le
Baptiste, qui avait des disciples, alors qu'il était au début de sa trentaine, le Seigneur venait
probablement du même courant essénien qui suivait une autre règle. Le manuscrit du Livre
des Méditations, appelé encore la Règle de la communauté de Qoumrân, indique qu'à trente
ans, « on pourra être promu pour arbitrer procès et jugements et pour prendre place parmi les
chefs de milliers d'Israël, les chefs de centuries, les chefs de cinquantaines, les chefs de
décuries, les juges et les intendants, selon leurs tribus, en tous leurs clans — d'après la
décision des fils d'Aaron les prêtres et de tous les chefs de famille de la Congrégation.»
XIV
Postface
La mort sur la Croix de notre Seigneur ne peut être antérieure à
l'an 29, qui suit la quinzième année du règne de Tibère César, alors que
Pilate était gouverneur de la Judée (Luc 3:1), année du début de la
prédication de Jean le Baptiste. Et Jésus, qui avait environ trente ans
(Luc 3:2) vint se faire immerger par lui, avant de commencer son
propre ministère prophétique, mettant fin à celui de Jean le
Précurseur. La Crucifixion ne peut être postérieure à l'an 36, car
Pilate et Caîphe perdirent leur fonction cette année-là. Dans cet
intervalle de sept ans, le 15 de Nisan, jour de la Pâque officielle,
tombait un samedi uniquement en 29 et 36. Or, d'après les
manuscrits esséniens, l'année 35 était une année jubilaire, par
conséquent, nous choisiront l'année 36. Le Seigneur serait par
conséquent mort à l'âge d'environ 44 ans.
Entrée royale à Jérusalem
Le septième et dernier jour de la Fête des tentes, le 21 du mois de
Tishri (octobre), est appelé le jour du grand Hosanna. Le peuple
manifeste sa joie de l'arrivée promise du Messie, en agitant des
rameaux tressés dans les rues et en criant Hosanna, qui signifie :
Veuillez nous sauver ! C'est probablement ce jour-là que choisit
Jésus pour entrer dans Jérusalem afin d'affirmer sa royauté et sa
messianité. Ce même jour est évoqué le Jugement dernier ; c'est
peut-être pourquoi le Messie chasse les trafiquants de la Maison de
son Père, le lendemain (Marc 11:15-18). Pourtant, dans l'Évangile de
Saint Jean, les marchands du temple sont chassés alors que la Pâque
des Juifs approchait (Jean 2:13). Cela signifie-t-il que le Sauveur
chassa plusieurs fois les vendeurs de bœufs, de brebis et de
colombes et les changeurs ? Cela est possible car le Seigneur devait
manifester souvent son autorité divine pour convaincre et convertir
le cœur des brebis rétives, mais aussi pour s'opposer aux ministres
d'un figuier stérile qui serait bientôt définitivement desséché par la
ruine du temple. Car en chassant l'argent du temple, Il dénonçait les
abus de la caste corrompue des grands prêtres, qui avait fait de la
piété sacrée une affaire commerciale. C'est pourquoi les trois
Évangile selon Saint Marc
XV
collèges10 du Sanhédrin avait décidé sa mort. Néanmoins, il est
difficile de trancher nettement sur la raison de cette différence
entre les deux Évangiles ; se fonde-t-elle sur deux événements
distincts ou sur un même événement, mais raconté différemment
selon l'intention de chaque Évangéliste ?
Onction du Sauveur par Marie, sœur de Lazare et de Marthe
« Comme Il était à Béthanie, chez Simon le Lépreux, dans le
temps qu'Il était à table, une femme vint avec un vase d'albatre
plein d'une huile d'épis de nard, qui était de grand prix ; et ayant
rompu le vase, elle Lui versa la liqueur sur la tête. La fête de Pâque,
et des azymes était à deux jours de là (Marc 14:1-3).» Saint Jean nous
permet d'identifier la dame : « Il y avait un homme malade nommé
Lazare, qui était de Béthanie, le bourg de Marie et de Marthe, sa
soeur. Marie était celle qui répandit sur le Seigneur une huile de
parfum, et qui Lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et Lazare, qui
était son frère, était malade (Jean 11:1-2).» Le même Apôtre décrit
plus loin la scène de l'onction avec la présence des trois mêmes
personnes autour du Sauveur : « Jésus vint six jours avant la Pâque à
Béthanie, où était Lazare, qu'Il avait ressuscité d'entre les morts. On
Lui donna là un souper, où Marthe servait ; et Lazare était un de
ceux qui furent à table avec Lui. Pour Marie, elle prit une livre d'une
huile de vrai nard de grand prix ; elle le répandit sur les pieds de
Jésus, puis les essuya avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de
l'odeur du parfum (Jean 12:1-3).» C'est donc Marie, sœur de Marthe
et de Lazare qui fit l'onction sur les pieds, selon Jean, et sur la tête
selon Marc et Matthieu (26:7). Les trois Évangélistes relatent la
même scène en rapportant chacun les paroles du Seigneur qui
explique le geste de Marie comme un signe d'embaumement
mortuaire11, et la prophétie de sa mort prochaine. Il est possible de
voir aussi dans cette chrismation une annonce du caractère
10. Les grands prêtres, les Saducéens, et les Pharisiens.
11. Les trois Evangélistes parlent aussi de la réprobation de certains qui auraient préféré que
le flacon de parfum soit vendu au profit des pauvres.
XVI
Postface
baptismal de la Croix (Marc 10:38-39), ainsi l'onction de la tête
aurait précédé celle des pieds.
Saint Jean dit que la maison s'emplit de parfum pour signifier la
restauration de l'accès au Paradis que va accomplir le Rédempteur,
pour ceux qui sauront s'humilier pour L'adorer sincèrement et Le
louer pour la dispensation abondante de sa grâce. Le Maître est la
Sagesse incarnée qui dit : « J'ai donné un parfum, comme le
cinnamome et le baume aromatique ; j'ai exhalé l'odeur suave de la
myrrhe la plus exquise ; comme celle du galbanum, de l'onyx, et de
l'huile de myrrhe, comme la vapeur d'encens dans le tabernacle (la
maison), mon odeur est un baume pur et sans mélange (Sirac.
24:20).» Et la bonne odeur des enseignements mis en pratique a le
goût de l'Éternité, de la familiarité avec le Seigneur visitant
quotidiennement Adam et Ève dans le Paradis. « Aussi longtemps
que le Roi a été à table, mon nard a répandu son parfum. Mon frère
bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe ; Il reposera entre
mes mamelles. Mon frère bien-aimé est pour moi une grappe en
fleur dans la vigne d'Engaddi (Cant. 1:11-13)... Ma sœur, mon épouse,
est un jardin enclos ; c'est un jardin clôturé, une fontaine scellée.
Tes rejetons forment un jardin de grenades avec les fruits du noyer,
des grappes en fleur et du nard ; du nard et du safran, de la canne et
du cinnamome, de tous les arbres du Liban, de la myrrhe, de l'aloès,
et des parfums les plus exquis (Cant. 4:12-14).» L'épouse, qui est
l'âme ou l'Église, adore le Seigneur en l'invitant à l'autel des
parfums, c'est-à-dire la vie droite et pieuse12. Et l'époux est un
bouquet de vertus, dont l'épouse recevra par l'Esprit quelques
fleurs, afin de porter du fruit, comme le lait sort des mamelles pour
nourrir les débutants, qui sont semblabes à des nourissons dans la
foi. L'épouse est un jardin muré et une source scellée car elle est
12. Je rends grâce à Dieu, qui nous fait toujours triompher en Christ, et qui répand dans le
monde entier l'odeur de sa doctrine, par nous. Car nous sommes devant Dieu la bonne odeur
du Christ, tant à l'égard de ceux qui se sauvent, qu'à l'égard de ceux qui se perdent ; étant aux
uns une odeur de mort pour les faire mourir, et aux autres une odeur de vie pour les faire vivre
(2 Cor. 2:14-16).
Évangile selon Saint Marc
XVII
entièrement dévouée à Dieu, et sans péché. Ses rejetons sont les
vertus de l'âme et les infidèles convertis.
Jour de la Pâque du Christ et déroulement de la Passion
Mais comment concilier les indications temporelles de Marc et de
Jean à propos de la Cène : deux jours et six jours avant la Pâque ?
Saint Justin (†165) disait au Juif Tryphon : « C'est le jour de la Pâque
que vous l'avez emmené, et c'est aussi le jour de la Pâque que vous l'avez
crucifié ; c'est écrit [dans l'Évangile] (DT, 111:3).» Ce problème se résout
simplement si l'on considère que le Sauveur suivait l'ancien
calendrier sacerdotal, et que les autorités juives suivaient le
calendrier officiel. Ainsi le Seigneur célébra-t-Il la Pâque le mardi
soir, et les Juifs le vendredi soir. L'onction de Béthanie fut donc
prodiguée le samedi soir13, précédant chacune des Pâques. Marc et
Matthieu ajoutent ces paroles du Maître : « En vérité, je vous le dis :
Partout où sera prêché l'Évangile, dans le monde entier, on parlera
de ce que celle-ci à fait.»
Le plus ancien témoin du déroulement de la Cène un mardi soir,
soit un mercredi selon les Juifs, est un texte daté au plus tard du
début du troisième siècle, la Didascalie. Au IVe siècle, saint
Épiphane, Évêque de Salamine (île en face d'Athènes) dit de ce texte
qu'il « renferme toute la discipline canonique, et ne contient rien de
contraire à la foi (Panarion). » Il cite même la Didascalie pour
dénoncer la fausse tradition qui reporte la Cène au jeudi soir (De
Fide). Voici le déroulement des événements de la Cène jusqu'à la
Résurrection, selon le vingt-et-unième chapitre de la Didascalie : «
Judas vint avec les scribes et avec les prêtres du peuple et il livra
notre Seigneur Jésus. Ceci eut lieu le mercredi. Après avoir mangé la
Pâque, le mardi soir, nous allâmes à la montagne des Oliviers, et,
13. Marie, dévoilant la messianité de Jésus par son onction, pousse involontairement
Judas à trahir son Maître (Marc 14:10). Or le Seigneur défend Marie face aux reproches
de Judas, qui n'y voit qu'un gaspillage d'argent, en disant qu'elle a bien travaillé pour Lui
(Marc 14:6), et que c'est un avant-goût de son embaumement mortuaire (Marc 14:8). Jean
situe la scène un jour avant l'entrée triomphale dans Jérusalem (Jean 12:12) pour
marquer le caractère royal de l'onction.
XVIII
Postface
dans la nuit, ils prirent notre Seigneur Jésus. Le jour suivant, qui est
le mercredi, Il fut gardé dans la maison du grand-prêtre Caïphe ; ce
même jour, les princes du peuple se réunirent et tinrent conseil à
son sujet. Le jour suivant qui est le jeudi, ils le conduisirent au
gouverneur Pilate, et il fut gardé chez Pilate la nuit qui suivit le
jeudi. Au matin du vendredi, ils l'accusèrent beaucoup devant Pilate,
et ne purent rien démontrer de vrai, mais ils produisirent contre lui
de faux témoignages, et ils le demandèrent à Pilate pour Le mettre à
mort. Ils Le crucifièrent ce même vendredi, Il souffrit donc le
vendredi pendant six heures. Ces heures, durant lesquelles notre
Seigneur fut crucifié, sont comptées pour un jour. Il y eut ensuite
trois heures d'obscurité, qui sont comptées pour une nuit. Puis, de la
neuvième heure jusqu'au soir, il y eut trois heures de jour ; vint
ensuite la nuit du samedi de la Passion... Et encore le jour du samedi,
et ensuite trois heures de nuit après le samedi, durant lesquelles
notre Seigneur dormit (et ressuscita). Ainsi fut accomplie la parole :
Il faut que le Fils de l'homme passe trois jours et trois nuits dans le sein de
la terre, comme c'est écrit dans l'Évangile. » Puis la Disdascalie
explique les jeûnes d'une semaine ordinaire : le mercredi, en
mémoire de l'arrestation du Sauveur, et le vendredi, en mémoire de
son crucifiement ; et le début du jeûne de la semaine sainte, le lundi,
car le Sanhédrin se réunit pour décider de la mort du Seigneur, et
Judas vint à la maison de Caïphe pour Le trahir. Enfin le même texte
témoigne que le Sauveur est le véritable agneau pascal, car Il fut
vendu le lundi et sacrifié le vendredi, selon le commandement
donné à Moyse de prendre pour la Pâque, le dix du premier mois, un
chevreau ou un agneau d'un an, sans défaut et parfait, qui sera
égorgé le soir du quatorzième jour (Exode 12:1-6). Ainsi Pilate
déclara-t-il : « Je ne trouve en Lui aucun défaut pour Le faire
condamner (Jean 19:4). » Pour terminer cette chronologie, nous
ajouterons que le Sanhédrin se réunit deux fois pour condamner le
Seigneur, d'abord le mercredi matin, puis le jeudi matin, avant
d'être remis entre les mains du Procurateur romain, Pilate le
Pontique.
Évangile selon Saint Marc
XIX
ANCIEN CALENDRIER SACERDOTAL
Parmi les manuscrits proprement esséniens trouvés dans les
grottes de Qoumrân, celui des Jubilés, celui d'Hénoch, et le Rouleau
du temple décrivent l'ancien calendrier sacerdotal suivi par les
adeptes du courant messianique. L'année se divise en quatre trimestres égaux, composés chacun de deux mois de 30 jours suivi d'un
mois de 31 jours. Le dernier jour de chaque trimestre est un solstice
ou une équinoxe. Chaque trimestre compte donc 91 jours répartis en
13 semaines, et débute un mercredi ; le deuxième mois, un vendredi,
et le troisième mois, un dimanche. L'année, de type solaire, comporte 364 jours, et les fêtes reviennent chaque année le même jour
de la semaine.
On ne connaît pas l'origine de ce calendrier, ni l'époque de son
adoption par les Hébreux. Il se fonde sur quatre saisons, alors que le
climat de la Judée n'en connaît que deux, la saison sèche et la saison
pluvieuse. En étudiant la durée du jour indiquée selon les saisons (1
Hénoch 72:6-34), un astronome a calculé que ce calendrier correspond à une latitude de 45 degré, soit le parallèle 14 équidistant du
pôle nord et de l'équateur.
Ce calendrier fut préservé par les prêtres et les communautés du
courant messianique, qui refusèrent le calendrier babylonien
imposé par les princes asmonéens15, qui se fondait sur douze mois
lunaires16 et une année de 354 jours.
Le Seigneur suivait cet ancien calendrier sacerdotal, de même ses
disciples, puis les Chrétiens jusqu'à l'instauration de l'Église
14. Il traverse l'Europe : du sud de la France (Bordeaux et Grenoble) à la Roumanie, se perd
dans la mer noire, et frôle le nord du massif caucasien. La Judée se situe bien plus au sud,
autour du 32e parallèle. Cette latitude est proche du lieu d'échouement de l'Arche de Noé.
15. Les Machabées affranchirent la Judée de la domination des rois syriens. La dynastie
s'imposa au milieu du second siècle et s'éteignit un peu plus d'un siècle plus tard. Hérode le
Grand, se maria avec une descente des Asmonéens.
16. Ces mois portaient des noms, alors qu'ils étaient simplement numérotés dans l'ancien
calendrier.
XX
Postface
impériale par Constantin le Grand. Il est raisonnable d'appliquer ce
calendrier aux événements à venir.
Le premier mois débute le lendemain de l'équinoxe de printemps.
La Pâque est fêtée le 15e jour 17 du premier mois (I, 15), et la
cérémonie de l'Élévation de la gerbe (Lév. 23:10), le 26e jour (I, 26),
qui est un dimanche. A partir de ce jour, il y a une succession de
trois Pentecôtes : celle du pain (III, 15), celle du vin nouveau (V, 3),
et celle de l'huile fraîche (VI, 22). Au septième mois se déroulent le
jour de l'Expiation (VII, 10), puis la fête des Tentes (VII, 15-22). La
fête de l'Offrande du bois se déroule sur six jours, la dernière
semaine du sixième mois (Rouleau du Temple, 23:3-25:1). Le premier
jour de chacune des quatre saisons est un jour de fête 18 (Jubilés,
6:23).
La fête de Pâque est le mémorial de la sortie d'Égypte. La fête de
l'Élévation de la gerbe, est une action de grâce pour la récolte de
l'orge. La Pentecôte du pain, qui marque le début de la récolte du
blé, célèbre l'Alliance de Dieu avec Noé. La fête de l'Offrande du bois
est un rituel de purification des douze tribus d'Israël (Rouleau du
Temple, 23:3-25:1). Le jour de l'Expiation ou du jeûne de la
Miséricorde, fait mémoire du jour que Jacob apprit la mort de
Joseph, selon le mensonge de ses frères ; il s'affligea et il pleura sur
son fils cadet (Jubilés 24:18-19). La fête des Tentes célèbre l'action de
grâce d'Abraham pour la naissance d'Isaac (Jubilés 16:20).
Il y a quelques similitudes entre le calendrier suivi par les
Esséniens et celui des premiers Chrétiens. La liturgie chrétienne
ancienne célébrait la fête de la Résurrection (et donc la Pentecôte)
un dimanche fixe ; les jours de jeûne étaient le mercredi et le vendredi, et le jour de fête le dimanche. La Pentecôte décrite dans Actes
(2:1-4) serait celle du vin nouveau ; ceux qui ne comprenaient pas les
langues étrangères dans lesquelles prêchaient les Apôtres disaient :
« Ils sont pleins de vin doux (Actes 2:13). » Le dimanche semble
17. Conformément à la description des jours de la création, les Hébreux faisaient débuter le
jour la veille au soir. Par exemple le mercredi commençait le mardi soir.
18. C'est peut-être l'origine des Quatre-Temps de l’Eglise latine.
Évangile selon Saint Marc
XXI
avoir été le premier jour de la semaine des Esséniens. Chaque saison
commençait un mercredi, car c'est le quatrième jour de la création
que les luminaires furent créer pour marquer les temps (Gen. 1:14).
CONDAMNATION DU SEIGNEUR SELON LA LOI JUIVE
Vers la fin du second siècle après Jésus-Christ, les Pharisiens
mirent par écrit un recueil de la législation juive, la Michna. Après la
disparition des Rois et de la caste des Sadducéens, ils devenaient les
seuls dépositaires de la loi juive et de la doctrine religieuse. Au
départ, la Loi fut donnée par Dieu à Moyse, sous la forme des dix
Commandements, et de divers préceptes qui seront compilés dans
les livres du Pentateuque. Ensuite, l'application de la Loi sera
garantie par les Juges, puis par les Rois. À l'époque du Jésus-Christ,
le Sanhédrin, le haut conseil des Juifs, était le garant de la Loi. Il se
composait de septante-et-un membres répartis en trois collèges : les
Sadducéens, c'est-à-dire les familles des grand-prêtres, qui gèraient
les sacrifices du temple ; les Anciens, à savoir les notables et les
riches propriétaires ; et les Pharisiens, qui étaient les interprètes de
la Loi dans ses applications ordinaires et quotidiennes. Les
Pharisiens formaient les rabbins et jouissaient d'une grande
influence dans les synagogues et auprès du peuple. Les Sadducéens
et les Anciens formaient une élite commerçante et terrienne, jalouse
de ses privilèges. Après la ruine du temple, et l'expulsion des Juifs de
Jérusalem, les Pharisiens rédigèrent la Michna qui mêle des
préceptes nouveaux avec des prescriptions anciennes de la Loi
mosaïque et du droit coutumier19 développé par les Sadducéens. Or,
il est surprenant de constater que le procès de Jésus-Christ est
éclairé par plusieurs règles de la Michna.
19. Par exemple, la Michna (Makkoth 3, 10) mentionne la coutume d'infliger en punition
quarante coups moins un, que l'Apôtre subit à cinq reprises (2 Cor. 11 :24), et que la tradition
de l’Église copte attribue aussi au supplice du Christ, fouetté par les soldats romains (Jean
19:1-3). Josèphe confirme ce supplice (Ant. Jud., IV, 8:23). Cette règle adapte l'interdiction de
dépasser quarante coups (Deut. 25:3).
XXII
Postface
Les deux séances du Sanhédrin
La lecture attentive des Évangiles de Marc et de Matthieu montre
la tenue de deux séances du Sanhédrin pour juger le Rédempteur 20.
En effet, lorsque l'accusé est passible de la peine capitale, la Michna
rapporte que le Sanhédrin doit se réunir durant le jour en deux
séances séparées par une nuit de réflexion. La nuit entre la première
séance dite du jugement et la seconde dite du verdict, est destinée à
former l'unanimité entre les juges du Sanhédrin en vue de
confirmer ou d'infirmer la condamnation (Sanh. 5, 5). Le Sanhédrin
se réunit donc une première fois, dès l'aurore du mercredi matin
(Marc 14:53-64, Matth. 16:59), puis le lendemain vers la même
heure : « Dès l'aube, les grands prêtres tinrent conseil avec les
anciens, les scribes, et tout le Sanhédrin, et ayant fait lier Jésus, ils
L'emmenèrent pour le livrer à Pilate (Marc 15:1, Matth. 27:1).»
L'historien Josèphe, la Michna et le Talmud, témoignent que le
Sanhédrin se réunissait dans une salle réservée dans laquelle se
tenaient les séances officielles et publiques 21. Parlant du Seigneur,
Luc dit : « Dès qu'il fut jour, les Anciens du peuple, les Princes des
prêtres et les Scribes s'assemblèrent (Sanhédrin), et ils Le firent
amener au lieu où ils étaient assemblés (Luc 22:66).» Les jugements
de peine capitale sont portés par une assemblée de vingt-trois juges
(Sanh. 4, 1), mais dans le cas du jugement d'un faux Prophète, le
Sanhédrin doit se réunir au complet (Sanh. 1, 5). C'est pourquoi les
Évangélistes disent que toute l'assemblée était réunie.
20. Annie Jaubert, Les séances du sanhédrin et les récits de la Passion. Revue de l'histoire
des religions, tome 166, n°2, 1964, pp. 143-169, tome 167, n°1, 1965, pp. 1-33.
21. Les décisions des juges sont notées par deux scribes (l'un pour l'innocence, l'autre pour la
culpabilité). Chaque témoin est entendu à son tour, et « si les témoins se contredisent, leur
témoignage est nul. Si l'accusé est trouvé coupable, on renvoie sa sentence au lendemain.
Alors les juges se joignent deux à deux, ils diminuent leur nourriture et ne boivent pas de vin
de toute la journée, puis ils délibèrent toute la nuit, et au matin, ils se rendent au tribunal...
Celui qui avait condamné peut gracier, mais celui qui avait gracié ne peut condamner. S'ils se
trompent dans leurs propos, les deux juges scribes rappellent leurs propos (Sanh. 5, 2). Le
tribunal applique quatre peines de mort : la lapidation, la combustion, la décapitation et la
pendaison (J. Bonsirven, Textes rabbiniques des deux premiers siècles chrétiens, Rome, 1955,
p. 503-511). »
Évangile selon Saint Marc
XXIII
Le double motif de la condamnation
Le faux Prophète est condamné à mort s'il est reconnu coupable
d'avoir tenté de détourner le peuple de l'adoration du vrai Dieu 22
(Deut. 13:6). Or le procès de Jésus de Nazareth se déroule sans qu'un
motif d'accusation soit trouvé : les témoins à charge se contredisant
(Marc 14:55), leurs témoignages sont considérés nuls23. C'est le
Messie Lui-même qui donne le motif de son accusation, non celui
d'un faux Prophète, mais celui de blasphémateur. Lorsque le grandprêtre l'interroge, le Rédempteur lui répond en prononçant le Nom
divin « Je suis », déclarant qu'Il est Dieu, et en prophétisant sur le
jour du Jugement (Marc 14:61-64). Or la Michna précise que le
blasphémateur n'est coupable que s'il a prononcé le Nom divin, au
lieu des désignations ordinaires. De plus, s'il est reconnu coupable
les juges doivent se lever et déchirer leur vêtement de telle sorte
qu'on ne le recouse jamais (Sanh. 7, 5). Comme le faux Prophète, le
blasphémateur doit être mis à mort par pendaison : on fiche en terre
un poteau de bois, et le condamné y est pendu par les mains jusqu'à
son décès (Sanh. 6, 4). Enfin on n'enterre pas le condamné dans le
tombeau de ses pères, mais dans un cimetière spécial (Sanh. 6, 5).
Aux yeux du grand-prêtre, le Messie est un blasphémateur et un
faux Prophète : en se prétendant être Dieu, Il blasphème et égare les
foules crédules en les détournant du vrai Dieu 24. Le jugement de
Jésus de Nazareth par le Sanhédrin devait donc revêtir toutes les
formes légales, pour être accepté par tout le peuple, et ne pas être
remis en cause par l'autorité romaine.
22. Comment reconnaître un faux Prophète ? L'Ecriture répond : Tout ce que dira le Prophète
au Nom du Seigneur, si la Parole ne se produit pas, et si elle ne s'accomplit pas, voilà la
Parole que n'aura pas dite le Seigneur. Ce Prophète-là a parlé avec impiété, et vous ne
l'épargnerez pas (Deut. 18:22).
23. La règle du procès obligeait d'écouter des témoins à charge et à décharge, les Evangiles
ne disent rien sur ces derniers.
24. Jésus leur dit : J'ai fait en votre présence plusieurs bonnes œuvres de la part de mon
Père ; pour laquelle me lapidez-vous ? Les Juifs répondirent : Ce n'est point pour une bonne
œuvre que nous te lapidons ; mais pour un blasphème, parce qu'étant homme, tu te fais Dieu
(Jean 10:32).
XXIV
Postface
La double condamnation par le Sanhédrin et le Procurateur romain
Après avoir régulièrement, mais de mauvaise foi, condamné le
Seigneur à la peine capitale, pour un motif religieux 25, le Sanhédrin
devait se tourner vers l'autorité romaine afin qu'Il soit aussi
condamné à mort pour un motif politique. De telle sorte que le
Messie qui devait exercer la fonction royale et la fonction
sacerdotale, soit condamné par la plus haute autorité religieuse, le
Sanhédrin, et la plus haute autorité politique, le Procurateur
romain, représentant de César. C'est pourquoi les Juifs dirent à
Pilate le Pontique que le Seigneur se prétendait le Roi des Juifs, et
qu'Il était susceptible de s'opposer à la puissance romaine 26. Le
Seigneur Jésus comparut aussi deux fois devant le Procurateur
romain, le jeudi matin, et le vendredi matin.
Le Sanhédrin décida de la mort de Jésus le Messie après l'annonce
de la résurrection de Lazare : « Que faisons-nous ? Cet homme fait
beaucoup de miracles ; si nous le laissons continuer, tout le monde
croira en Lui ; et les Romains viendront qui ruineront notre ville, et
notre nation. Alors l'un d'eux nommé Caïphe, qui était grand Prêtre
cette année-là, leur dit : Vous n'y entendez rien ; vous ne prenez pas
garde qu'il est à propos pour vous qu'un homme seul meure pour le
peuple, de peur que toute la nation ne périsse. Or il ne dit pas cela
par lui-même ; mais étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa
que Jésus devait mourir pour la nation (Jean 11:47-51).»
25. Si le Seigneur avait été condamné pour violation du sabbat, puisque les Evangiles
rapportent plusieurs fois ce délit (Marc 3:4, Jean 5:15-18), et que Jésus-Christ s'en défende
aussi plusieurs fois (Marc 2:25-28, Jean 7:23), alors Il aurait été simplement lapidé, selon la Loi
mosaïque (Nomb. 15:34), et n'aurait pas été livré à la justice romaine.
26. Pilate le Pontique fit exécuter Jésus non sur ce motif, qui était infondé à ses yeux, mais
pour complaire au Sanhédrin et à Hérode. Pilate repartit : Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta
nation et les princes des prêtres t'ont mis entre mes mains : Qu'as-tu donc fait ? Jésus
répondit : Mon royaume n'est pas de ce siècle. S'il était de ce siècle, mes gens combattraient
pour que je ne fusse point aux Juifs ; mais voici, mon royaume n'est pas d'ici. Tu es donc Roi,
Lui dit Pilate ? Jésus répondit : Vous dites vrai : Je suis Roi (Jean 18:33-37).
Évangile selon Saint Marc
XXV
CÈNE DU SEIGNEUR, UN REPAS DE COMMUNION
Les Évangiles décrivent plusieurs repas auxquels participa le
Sauveur. On peut les répartir en trois catégories : le repas ordinaire
dans lequel Il est invité ; le repas sacré au poisson, qu'Il préside,
après la prédication ; et le repas de communion qu'Il institue après
le repas de sa dernière Pâque, et que l'on nomme la Cène. Nous
voyons le Seigneur à table dans la maison du publicain Lévi, ce qui
provoque l'indignation des Pharisiens (Marc 2:15-16), et dans la
maison de Simon le lépreux, à Béthanie, lorsque Marie brise le vase
de parfum (Marc 14:3-4). Le Seigneur opère deux multiplications des
pains et des poissons, d'abord pour cinq mille hommes (Marc 6:3444), ce qui figure l'élection des israélites, puis celle pour quatre mille
hommes (Marc 8:1-9), qui figure l'élection des nations. Ce repas de
pains et de poissons était certainement un repas de sabbat pris le
vendredi soir ; il revêtait donc un caractère sacré. Enfin le Seigneur,
à la fin du repas pascal, institua la Cène comme un double signe
d'unité et un signe prophétique. La Cène est un signe de communion
dans la Paix du Christ entre tous les frères, et un signe de
communion des frères avec Dieu, selon le double commandement de
la charité (Marc 12:28-33) : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, de
tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toutes vos
forces (Deut. 6:4-6) ; et vous aimerez votre prochain comme vous-mêmes
(Lév. 19:18).» Or le Prochain et Dieu sont une même personne, celle
de Jésus-Christ : en L'aimant, nous aimons son Père, et nous aimons
nos frères dans le Saint-Esprit. Le pain rompu et partagé, c'est son
corps ressuscité ; et le vin, c'est le Saint-Esprit dont Il est rempli. La
Cène est aussi prophétique : elle annonce le sacrifice de la Croix et le
monde à venir27, le septième jour du Royaume de Jésus de Nazareth,
Christ et Fils de Dieu. Tel est le sens des Paroles rapportées par Marc
27. L'Eglise n'est qu'un avant-goût du Règne du Christ sur la terre purifiée, qui doit durer mille
ans selon le livre de l'Apocalypse, puis laisser la place au Règne du Père qui n'aura pas de fin.
Ces deux Règnes sont désignés dans les Evangiles par l'expression la vie éternelle ou le
Royaume de Dieu.
XXVI
Postface
(14:22-25) : « Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain, et le
bénissant, Il le rompit, et leur en donna, disant : Prenez, c'est là mon
corps. Prenant ensuite la coupe, Il fit des actions de grâces, et la leur donna.
Ils en burent tous. Et Il leur dit : C'est là mon sang, le sang de l'Alliance
nouvelle, qui est répandu pour le salut de plusieurs. Je vous assure que Je
ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu'à ce jour auquel Je le boirai nouveau dans le Royaume de Dieu.»
A propos de la communion eucharistique, l'Apôtre dit : « Soyez
un seul corps, un seul esprit, comme vous avez été appelés à une
seule espérance (Eph. 4:4). Car toutes les fois que vous mangez ce
pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du
Seigneur jusqu'à ce qu'Il vienne. C'est pourquoi celui qui mangera le
pain et boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable
envers le corps et le sang du Seigneur 28. Que chacun donc s'examine
soi-même, et qu'ainsi il mange du pain et boive la coupe ; car celui
qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur 29, mange et
boit sa propre condamnation (1 Cor. 11:26-29). Vous ne pouvez avoir
part à la table du Seigneur et à la table des démons (1 Cor. 10:21).»
La Cène est donc d'abord une communion au Christ, et par Lui à
Dieu le Père et aux fidèles. C'est pourquoi Jean écrit : « Ce que nous
avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, à vous aussi, afin que
vous soyez aussi en communion avec nous. Or notre communion est
avec le Père et avec son Fils, Jésus-Christ (1 Jean 1:3).» Cette
communion sacrée n'est rendue possible que par le sacrifice
sanglant du Rédempteur, et efficace que par la présence du SaintEsprit dans le cœur des fidèles. Ensuite la Cène est l'annonce du
Règne terrestre de Jésus-Christ, comme le dit l'Apôtre : « Chaque fois
que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la
mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'Il vienne (1 Cor. 11:26).» Nous
retrouvons ces deux significations de la Cène dans l'antique prière
28. C'est-à-dire comme s'il crucifiait encore le Seigneur. Il s'agit donc d'un blasphème, car le
Sauveur a donné sa vie pour racheter son peuple.
29. La double communion avec la sainte Trinité et entre les frères.
Évangile selon Saint Marc
XXVII
eucharistique de la Doctrine des douze Apôtres (Didachè, 9-10),
texte apocryphe de la fin du Ier siècle :
« Quant à l'Eucharistie, rendez grâces ainsi :
D'abord pour la coupe : Nous Vous rendons grâces, notre Père, pour la
sainte vigne de David30, Votre serviteur, que Vous nous avez fait connaître
par Jésus, votre Fils. Gloire à Vous pour les siècles !
Puis pour la fraction du pain : Nous Vous rendons grâces, notre Père,
pour la vie et la science, que Vous nous avez révélés par Jésus, Votre Fils.
Gloire à Vous pour les siècles !
De même que les épis de grains étaient dispersés sur les collines et que,
rassemblés, ils ne forment qu'un seul pain 31, qu'ainsi des confins de la terre
soit rassemblée votre Église jusque dans Votre Royaume 32. Car à Vous sont
la gloire et la puissance par Jésus-Christ pour les siècles !
Après vous être rassasiés, rendez grâces ainsi : Nous Vous rendons
grâces, Père saint, pour votre saint Nom que Vous avez fait habiter dans
nos cœurs, et pour la science et la foi et l'immortalité que Vous nous avez
révélées par Jésus, Votre Fils. Gloire à Vous pour les siècles !
C'est Vous, Maître tout-puissant, qui avez créé toutes choses à cause de
votre Nom, qui avez donné la nourriture et le breuvage aux hommes pour
qu'ils en bénéficient en Vous rendant grâces. Mais à nous Vous avez daigné
accorder une nourriture et un breuvage spirituels et la vie éternelle par
Jésus, votre Fils. Par-dessus tout, nous Vous rendons grâces parce que Vous
êtes omnipotent. Gloire à Vous pour les siècles !
Souvenez-Vous, Seigneur, de votre Église, pour la délivrer de tout mal et
la rendre parfaite dans votre amour et rassemblez-la des quatre vents de la
30. La vigne de David est la descendance à la fois royale et prophétique à laquelle se rattache
les Chrétiens par le Seigneur Jésus de Nazareth.
31. La coupe de bénédiction que nous bénissons, n'est-elle pas la communion du sang du
Christ ? Le pain que nous rompons, n'est-il pas la communion du corps du Christ ? Car nous
qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons à un seul et
même pain (1 Cor. 10:16).
32. Le Royaume se déroule en trois temps : le Ciel du ravissement, le Règne du Fils (Millénium
terrestre ou septième jour), et le Règne du Père (huitième jour).
XXVIII
Postface
terre33, elle qui est sanctifiée, dans votre Royaume que Vous lui avez préparé34. Car à Vous sont la puissance et la gloire pour les siècles.
Que la grâce arrive et que ce monde passe ! Hosanna au Fils de David ! Si
quelqu'un est saint, qu'il vienne ; s'il ne l'est pas, qu’il se repente.
Maranatha35. Amen.»
CALENDRIER DES FÊTES JUIVES
Les années religieuses et civiles des juifs
L'année hébraïque décrite dans le Pentateuque était à la fois
civile et religieuse. Elle semble issue d'un système chaldéen plutôt
qu'égyptien, et débute au printemps, avec le mois de Nisan (Exode
12:2). Au retour de l'exil ou pendant la domination macédonienne,
les Juifs adoptèrent une année civile distincte pour faciliter les
échanges avec les empires voisins, et régler les affaires ordinaires.
L'année civile commençait en automne, au premier jour de Tishri.
Le calendrier juif est fondé sur le mois lunaire, donc le premier
jour du mois est celui de la nouvelle lune ou néoménie. La
révolution de la lune s'accomplissant en vingt-neuf jours et demi, un
mois compte vingt-neuf ou trente jour. Sur une année de douze
mois, le nombre de mois de trente jours varie impérativement entre
33. Il s'agit du ravissement de l’Église : Il enverra ses Anges avec la trompette retentissante, et
ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité du ciel jusqu'à l'autre (Matth.
24:31). L'Apôtre précise : Le Seigneur Lui-même, à un signal donné, à la voix d'un Archange,
au son de la trompette de Dieu, descendra du Ciel. Alors les morts en Christ ressusciteront en
premier, ensuite, nous les vivants qui seront restés. Nous seront enlevés ensemble avec eux
dans les nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs ; et ainsi nous serons à jamais avec
le Seigneur (1 Thess. 4:16).
34. Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures ; s'il en était autrement, je vous
l'aurais dit, car je vais vous préparer une place (Jean 14:2).
35. Expression araméenne qui signifie à la fois une prière : Venez Seigneur ; et une certitude :
le Seigneur vient. L'Apôtre l'utilise à la fin d'une épître : La salutation est de ma main, celle de
Paul. Si quelqu'un n'aime pas le Seigneur, qu'il soit anathème [retranché de l’Église].
Maranatha. La grâce du Seigneur Jésus soit avec vous ; je vous chéris tous en Jésus-Christ (1
Cor. 16:21). Jean l'utilise de la même façon, mais traduite, en conclusion du dernier livre de la
sainte Bible : [Le Seigneur] dit : Oui, je viens bientôt ! Amen, venez, Seigneur Jésus ! La grâce
du Seigneur Jésus soit avec tous (Apoc. 22:20).
Évangile selon Saint Marc
XXIX
quatre et huit. Le premier mois de l'année religieuse est celui de la
célébration de la Pâque, Nisan (1°, mars-avril), puis Iyar (2°, avrilmai), Sivan (3°, mai-juin), Thammuz (4°, juin-juillet), Ab (5°, juilletaoût), Elul (6°, août-septembre), Tishri (7°, septembre-octobre),
Marhesvan (8°, octobre-novembre), Kisleu (9°, novembredécembre), Tébeth (10°, décembre-janvier), Sebat (11°, janvier-février), et Adar (12°, février-mars). Pour rattraper le décalage entre
l'année lunaire et l'année solaire, qui est plus longue de onze jours,
on ajoute tous les trois ans un treizième mois après le douzième
mois, on l'appelle le second Adar.
Le sabbat, septième jour de la semaine
Descendant des hauteurs de mont Sinaï, Moyse prononça les Dix
Paroles de justice que devait suivre le peuple de Dieu, l'une
concerne le sabbat : « Pendant six jours, tu travailleras, et tu feras tout
ce que tu dois faire ; mais le septième est le jour de repos du Seigneur, ton
Dieu. Tu ne feras aucun travail, ni toi ni ton fils, ni ta fille, ni ton esclave ou
ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui habite chez toi (Exode 20:9).
Pendant six jours tu travailleras, mais le septième, tu t'arrêteras, même
aux semailles et aux moissons, tu t'arrêteras (Exode 34:21).»
Le jour du sabbat renvoie d'une part au septième jour de repos du
Seigneur, après la création faite en six jours, et d'autre part à sa
bonté d'avoir fait sortir Israël d'Egypte : « Et tu te souviendras que tu
étais esclave en pays d'Égypte, et que le Seigneur ton Dieu t'en fit sortir
d'une main puissante et d'un bras levé (Deut. 5:15).» Le sabbat était
donné comme un signe d'alliance perpétuelle entre le Seigneur et
les fils d'Israël, c'est pourquoi sa transgression était punie de mort
(Exode 31:15).
Ce jour-là, il était interdit de travailler ou faire travailler les
animaux, porter des fardeaux, allumer du feu (pas de cuisson
alimentaire, ni chauffage), ramasser du bois, se déplacer à une
distance supérieure à deux mille coudées (limite du camps des
Lévites autour de l'Arche d'Alliance, Josué 3:4, Nombres 35:5), etc...
Ces abstinences s'imposaient à tous, sauf aux prêtres qui devaient
assurer le service du temple. Mais si un homme ou un animal était
XXX
Postface
en danger de mort imminente, il était licite d'agir pour le sauver, de
même pour une femme qui accouchait. Cependant il n'était permis
ni de réduire une fracture, ni de manipuler ou d'arroser une entorse
à la main ou au pied.
Les trois grandes fêtes du Seigneur et les quatre petites (Lév. 23:4-44)
Sur ordre de Dieu, Moyse instaura trois fêtes : « Trois fois par an,
tous les mâles de ton peuple se présenteront devant le Seigneur, le Dieu
d’Israël (Exode 34:23) : pour la Fête des Azymes [Pâque], la Fête des
Semaines [Pentecôte] et la Fête des Tentes [Tabernacles]. On ne se présentera pas devant Yahvé les mains vides, mais chacun apportera une
offrande, à la mesure des bénédictions de Yahvé ton Dieu (Deut. 16:16).»
Lorsque le temple fut érigé par Salomon pour protéger l'Arche d'Alliance, ces fêtes nécessitèrent un pèlerinage à Jérusalem.
Les trois principales fêtes religieuses correspondent avec les trois
récoltes annuelles. La Pâque est célébrée le 15 Nisan, au moment de
la moisson de l'orge (Lév. 23:5) ; la Pentecôte est fêtée cinquante
jour plus tard (à compter du lendemain du sabbat de la Pâque, Lév.
23:15), à la moisson du froment (Lév. 23:16) ; et la Fête des Tabernacles, en automne, le 15 de Tishri, pendant la récolte des fruits (raisin, olive...). Elles commémorent aussi l'Exode du peuple élu : la sortie d’Égypte (Pâque), la proclamation des Dix Commandements par
Moyse au pied du mont Sinaï (Pentecôte), et l'errance dans le désert
avant l'entrée dans la terre promise (Fête des Tabernacles).
Deux de ces trois fêtes se déroulent sur huit jours, et sont liées à
quatre fêtes secondaires. La Pâque se tient le 15 Nisan, et le lendemain la fête des Prémices, durant laquelle « le prêtre fera monter la
gerbe devant le Seigneur, afin qu'Il l'accepte pour vous (Lév. 23:11).» Ce
même 15 Nisan débute la semaine des Pains azymes. La Pentecôte se
déroule le lendemain de la septième semaine entière comptée à partir de la fête des Prémices, c'est-à-dire le cinquantième jour, au
début du troisième mois de Sivan. La Pentecôte ne dure qu'une
journée. Quant à la fête des Tabernacles, elle est précédée par deux
fêtes secondaires : le jour des Trompettes, le 1er de Tishri, et le jour
de l'Expiation, le 10 de Tishri. La fête des Tabernacles dure huit
Évangile selon Saint Marc
XXXI
jours et le premier avec le huitième sont des sabbats, comme à
Pâque. Elle débute le 15 de Tishri, ce jour-là les habitants de Jérusalem manifeste leur joie au Seigneur en brandissant des rameaux
tressés dans les rues.
La fête de l'Expiation, ou Grand Pardon, fut établie pour Aaron
(Lév. 16), afin d'obtenir la rémission des fautes du grand prêtre, de
sa lignée, et de tout le peuple. Ce jour-là seulement, le grand prêtre
pénètre dans le Saint des Saints et le peuple s'humile en jeûnant. Il
passe derrière le voile pour encenser le Propitiatoire et l'asperger
du sang du taurillon et du sang du chevreau. Et le second chevreau,
après le tirage au sort, est chargé des péchés du peuple puis envoyé
dans le désert pour y être dévoré par les fauves.
Les deux fêtes tardives
À ces sept fêtes mosaïques, les juifs ajoutèrent la fête de la Dédicace et celle des Destinées. La première se tient le 25 de Kisleu et
dure huit jours. Elle commémore la purification solennelle du
Temple, après la profanation sacrilège d'Antiochus IV Épiphane (1
Macc. 4:36-59). Chaque famille illumine sa maison, et dans les rues
les gens brandissant des rameaux tressés, comme à la fête des
Tabernacles (2 Macc. 10:1-8). La fête des Destinées rappelle le succès
de la reine Esther qui sauva sa communauté du massacre préparé
par Haman, le premier ministre du roi Assuérus qui régnait sur un
empire immense vers 475 avant Jésus-Christ. Haman et ses partisans
furent exécutés, Mardochée, juif pieux et tuteur d'Esther, devint
premier ministre du roi. La fête des Destinées durent trois jours,
comme le jeûne de pénitence ordonné par la reine Esther : le premier jour est un jour de jeûne, le second est la fête elle-même (le 14
d'Adar), qui se poursuit le troisième jour.
Les années sabbatiques et jubilaires
De même que le Seigneur institua un sabbat le septième jour de la
semaine, Il institua un sabbat la septième année d'une semaine d'années : Tu ensemenceras ton champ six années, tu tailleras ta vigne six
années, et tu en recueilleras le fruits. Mais la septième année sera un sabbat, le repos de la terre, le sabbat du Seigneur : tu n'ensemenceras pas ton
XXXII
Postface
champ, et tu ne vendangeras pas la grappe, et tu ne récolteras pas la
repousse spontanée de ton champs et tu ne vendangeras pas la grappe de ta
sanctification ; ce sera une année de repos pour la terre (Lév. 25:3). Or
comme signe de son alliance, le Seigneur s'engageait à bénir la
sixième année afin que la terre produise suffisamment pour nourrir
les hommes pendant trois ans (Lév. 25:21). Et les dettes entre Juifs
étaient effacées : Tu remettras à ton prochain toute dette qui t'es propre ;
tu ne réclameras rien à ton frère, car le Seigneur ton Dieu a proclamé la
rémission (Deut. 15:2).
L'année jubilaire est celle d'un plus grand sabbat ; c'est la cinquantième année, après sept semaines d'années. Elle est liée à la fois
à la Pentecôte par sa fréquence, et au jour de l'Expiation parce
qu'elle était annoncée au son des trompettes. L'esclave hébreux
était libéré des devoirs envers son maître. Les propriétaires qui
avaient vendus leur champs pouvaient le racheter, de même pour
leur maison. Mais au retour de l'exil, l'année jubilaire ne fut plus
proclamée ni appliquée par les autorités36.
Or le Seigneur Jésus est venu accomplir l'année jubilaire, l'année
de la remise par Dieu de toutes les dettes des pécheurs commises
envers Lui et le prochain, l'année des miséricordes agréable au Seigneur. De retour à Nazareth, un jour de sabbat, Il se leva dans la
synagogue pour lire un passage des Prophètes : « L'Esprit du Seigneur
est sur moi ! C'est pour cela qu'Il m'a consacré par son onction. Il m'a
envoyé pour apporter aux pauvres la Bonne Nouvelle, pour guérir ceux qui
ont le coeur brisé, pour annoncer aux captifs la délivrance, pour rendre la
vue aux aveugles, pour renvoyer en paix les opprimés, et proclamer l'année
des miséricordes du Seigneur [et le jour de la rétribution, et consoler tous
les affligés], (Isaïe 61:1-2). Puis Jésus referma le livre, le rendit au
serviteur, et s'assit. Et toute la synagogue avait les yeux fixés sur
Lui. Alors Il ouvrit la bouche pour leur dire : Voici qu'aujourd'hui, les
paroles de l'Écriture que vous venez d'entendre se sont accomplies (Luc
4:18-21).»
36. Il est vraisemblable que les Esséniens, qui suivaient toutes les règles de Moyse,
respectaient l'année jubilaire.
Évangile selon Saint Marc
XXXIII
CHRONOLOGIE DE LA FIN DES TEMPS
Saint Irénée de Lyon rapporte que le monde déchu, c'est-à-dire
dominé par le péché, doit durer six jours, autrement dit, six mille
ans37, répartis en trois fois deux jours ou trois fois deux milles ans.
La première ère aurait débuté avec la désobéissance et l'expulsion
de l'humanité, Adam et Ève, du Paradis (Gen. 3:21) ; la seconde ère,
avec l'obéissance et la mise en route d'Abraham (Gen. 12:1) ; la troisième, avec l'Immolation du Verbe sur le bois de l'échelle céleste 38,
par amour pour son Père et par amour du genre humain 39 (Matth.
27:50). Nous savons que cette dernière ère, qui touche à sa fin, se
terminera par la septantième semaine d'années de la vision du Prophète Daniel (Dan. 12:6), que Saint Jean décrit dans la Révélation de
Jésus-Christ (Apoc. 6:1-16:21). La Grande tribulation 40 (Apoc. 7:14)
durera donc sept ans et s'achèvera par la bataille d'Harmaguédon
(Apoc. 16:16) ; cependant elle débutera par l'enlèvement de l'Église,
37. Parlant de l'Antéchrist (Apoc. 13:18), il écrit : C'est-à-dire six centaines, six dizaines et six
unités, pour récapituler toute l'apostasie perpétrée pendant six mille ans. Car autant de jour a
comporté la Création du monde, autant de millénaires comprendra sa durée totale. En effet, «
Mille ans sont à vos yeux comme le jour d'hier qui est passé, comme une veille nocturne (Ps.
89:4)» (CH, V, 28:2-3).
38. La Croix de la Rédemption est une échelle céleste (songe de Jacob, Gen. 28:12) à double
titre : d'une part, elle ouvre aux justes défunts la porte du Paradis, et à tout homme la porte de
la résurrection, c'est-à-dire la Vie céleste ou éternelle ; d'autre part, la Croix du sacrifice volontaire du Seigneur est le signe visible du rachat de l'homme, qu'Il a opéré dans le Temple
céleste. Car Jésus n'est pas entré dans le Sanctuaire fait d'une main d'homme, qui n'était que
la figure du véritable ; Il est entré (avec son propre sang) dans le Ciel même, afin de se pré senter maintenant pour nous devant Dieu (Héb. 9:24). Il s'est offert une première fois pour
expier les péchés de plusieurs, Il viendra une seconde fois, non pas à cause du péché, mais
pour sauver ceux qui L'attendent (Héb. 9:28).
39. L'unique vrai Philanthrope est le Seigneur Jésus-Christ, le Bon Samaritain (Luc 10:33).
40. Dans l'Apocalypse de Jean, la Grande tribulation désigne la deuxième moitié de la semaine
d'année durant laquelle l'antéchrist régnera depuis le temple de Jérusalem. La première
période de trois ans et demi est marquée par la reprise des sacrifices dans le temple
fraîchement rebâti. Pour simplifier le propos nous désignons cette semaine d'années par
Grande tribulation, sachant que la persécution des fidèles du Christ sera plus féroce pendant le
règne de l'antichrist.
XXXIV
Postface
c'est-à-dire dire des Chrétiens authentiques, vivants comme séparés
du monde, se nourrissant du Pain de la Parole, qui est l'Écriture, et
du Vin de la vie, qui est la grâce du Saint-Esprit.
L'enlèvement se produira de la façon suivante : « Le signe du Fils
de l'homme apparaîtra dans le ciel, alors tous les peuples de la terre
se lamenteront, et ils verront le Fils de l'homme venir sur les nuées
avec beaucoup de puissance et de majesté. Il enverra ses Anges avec
une trompette d'un son éclatant, et ils rassembleront les élus des
quatre coins de la terre, d'une extrémité du ciel à l'autre (Matth.
24:30). Alors de deux hommes qui seront dans les champs, l'un sera
pris, et l'autre sera laissé ; de deux femmes qui moudront à un moulin, l'une sera prise, et l'autre sera laissée (Matth. 24:40).» L'Apôtre
Paul déclare : « Le Seigneur descendra Lui-même du ciel, au signal
de la voix d'un Archange et au son d'une trompette de Dieu ; et ceux
qui seront morts dans le Christ ressusciteront les premiers, puis
nous les vivants qui sommes restés sur la terre, nous serons enlevés
avec eux dans les nuées pour aller à la rencontre du Seigneur ; et
ainsi nous serons éternellement avec le Seigneur (1 Thess. 4:16). »
L'Apôtre dit : « nous les vivants », parce qu'il considère l'unique
Église du Christ qui se perpétue dans le temps et dans laquelle il distingue seulement les fidèles vivants des fidèles morts. Il n'annonce
pas qu'il devrait être le témoin du second Avènement de son vivant.
L'enlèvement de l'Église signifie la résurrection pour la vie éternelle
des Saints ; nous ressusciterons dans un corps de gloire. Or la résurrection est le signe du Jugement divin, c'est pourquoi les Saints ne
seront pas jugés puisqu'ils font partie du corps du Christ.
Durant la période affreuse de la Grande tribulation, les Gentils
trouveront leur salut en Jésus-Christ, de même pour les Juifs, mais
chacun selon son origine, car le temps de l’Église qui réunissait les
Juifs et les Gentils, est achevé. Ils seront nombreux ceux qui paieront leur conversion de leur sang, car ils seront pourchassés ceux
qui refuseront de recevoir la marque de la bête sur le front ou la
main, et qui s'abstiendront de vénérer la bête ou son image (Apoc.
14:9).
Évangile selon Saint Marc
XXXV
Mais la bataille d'Harmaguedon verra la déroute des forces du
mauvais ; le démon et ses suppôts se lamenteront de leur défaite. Le
Christ-Vainqueur, le Cavalier qui juge et qui combat dans la justice,
qui se nomme Fidélité et Vérité (Apoc. 19:11) remportera la victoire :
la bête et le faux prophète seront capturés et jetés vifs dans le lac de
feu et de soufre, avec satanas et ses démons (Apoc. 20:1) ; Babylone
sera vaincue et détruite.
Tel sera le retour du Seigneur dans sa Gloire : Il jugera les nations
qui s'étaient dressées contre Lui : les brebis bénies à sa droite et les
boucs maudits à sa gauche (Matth. 25:31). Il jugera chaque homme
présent sur la terre selon la façon dont il aura traité les « plus petits
d'entre ses frères », qui sont les cent-quarante-quatre-mille Juifs qui
prêcheront l'Évangile du Royaume pendant la Grande tribulation
(Apoc. 7:4). Ce ne sera pas encore le temps du Jugement final des
impies, mais les rebelles mourront tous lorsque le Seigneur descendra établir son Royaume. Alors cette prophétie de saint David sera
accomplie : « Pourquoi les nations ont-elles frémi, et les peuples
formé de vains projets ? Les rois de la terre se sont dressés, les puissants se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ : Rompons, disent-ils, leurs chaînes ! Rejetons loin de nous leur joug !
Celui qui habite dans les Cieux se rira d'eux ; le Seigneur les considère avec dérision. A son heure, Il leur parlera dans sa colère ; sa
fureur les fera trembler : J'ai établi mon Roi sur Sion, ma montagne
sainte, et Il publiera ma volonté.
Le Seigneur m'a dit : Vous êtes mon Fils ; je Vous ai engendré
aujourd'hui. Demandez-moi et je Vous donnerai les nations pour
héritage, et pour domaine l'étendue de la terre. Vous les
gouvernerez avec un sceptre de fer ; Vous les briserez comme un
vase d'argile.
Et maintenant, rois, comprenez ; instruisez-vous, juges de la
terre. Servez le Seigneur avec crainte ; réjouissez-vous en Lui avec
tremblement. Appliquez-vous à bien faire de peur que le Seigneur
ne s'irrite et que vous ne périssiez hors du droit chemin. A l'heure
XXXVI
Postface
prochaine où va sévir sa colère, heureux tous ceux qui ont mis en
Lui leur confiance (Psaume 2) ! »
Dans l'attente du retour glorieux du Seigneur, et du ravissement
de son Église, faisons pénitence et convertissons-nous. « Venez,
retournons vers le Seigneur. C'est Lui qui a déchiré et c'est Lui qui
nous guérira ; Il a frappé et Il pansera nos plaies 41. Au bout de deux
jours, Il nous aura rendu la vie ; au troisième jour, Il nous aura relevés [ressuscités] et nous vivrons en sa présence. Efforçons-nous de
connaître le Seigneur : son lever est sûr comme l'aurore. Il viendra
vers nous comme vient la pluie, comme l'ondée du printemps arrose
la terre (Osée 6:1-3).» Le Prophète Osée annonçait de la sorte le Roi
qui devait régner sur les deux royaumes de Juda et d'Israël ; mais il
parlait aussi de l'avènement du Royaume du Christ, le troisième
jour, après les deux jours de l’Église. En effet, notre Seigneur, suspendu à la Croix comme « Roi des Juifs » lors de son premier avènement, viendra régner pour mille ans, en tant que Roi de tous les
peuples de l'univers.
Durant le Règne de mille ans du Seigneur Jésus-Christ sur la terre
rénovée, il y aura deux catégories d'hommes, les ressuscités 42 et les
rescapés de la Grande tribulation. Les derniers repeupleront la
terre, tandis que les premiers les soigneront, les guideront et les fortifieront dans le Saint-Esprit. La terre retrouvera le parfum de
l’Éden, le Paradis perdu. Tous les rescapés auront été convertis par
les miracles produits pour les préserver des griffes de la bête et des
convulsions de la terre, comme les Apôtres, ils recevront le Saint-Es41. En se détournant du Seigneur pour vénérer les idoles (richesse, carrière, honneur mondain...), on tombe dans l'affliction et l'amertume, jusqu'à rejeter ces mêmes idoles pour revenir
vers le Seigneur. Bien que nous nous soyons détournés de Lui par notre propre volonté,
comme un père aimant, il ne nous en tient par rigueur, mais se réjouit de notre retour en pan sant Lui-même nos blessures (voir Luc 15:11-32).
42. . La première résurrection, celle des fidèles, se fera en deux temps : d'abord les fidèles de
l'Eglise qui sera enlevée, ensuite, avant l'Avènement glorieux du Seigneur pour l'instauration
de son règne, d'une part les Saints des quatre premiers jours, et d'autre part les martyrs de la
Grande tribulation (Apoc. 20:4-6). La seconde résurrection, celle des infidèles, se fera à la fin
du Millénium ; ce sera le Jugement final de tous les rebelles, hommes et démons.
Évangile selon Saint Marc
XXXVII
prit. Puis, ils ressusciteront, sans passer par la mort, à la fin du Millénium, juste avant le Jugement du grand trône éclatant de blancheur, et après que satanas soit revenu troubler les nations, pourvu
qu'ils soient trouvés fidèles. Comme avant le déluge, Jérusalem se
retrouvera au centre d'un unique continent43.
Lorsque Dieu fit de Moyse le Chef et le Prophète des Hébreux, Il
lui donna pour mission de délivrer son peuple de l'esclavage de
l'Égypte et de le conduire dans une terre d'abondance, « où coulent
le lait et le miel (Exode 3:8).» Cette terre promise n'est pas seulement celle qu'habitaient les Cananéens, c'est aussi la figure du Paradis retrouvé, qui sera le Règne terrestre de Jésus-Christ. Tels seront
les temps que prophétisait Isaïe, lorsqu'il disait : « Le loup paîtra
avec l'agneau, le léopard reposera avec le chevreau ; le veau, le taureau et le lion paîtront ensemble, et un petit enfant les conduira. Le
bœuf et l'ours paîtront ensemble, et leurs petits seront ensemble ; le
lion comme le bœuf mangera du foin. L'enfant en bas âge mettra sa
main dans le trou de la vipère et dans le gîte des petits de la vipère,
et ils ne feront pas de mal et ils ne pourront plus faire périr personne sur ma montagne sainte (Isaïe 11:6-9)». Ce sera un Règne de
Paix, et la préparation du Règne du Père.
« La création attend d'un ardent désir la révélation des fils de
Dieu ; car la création a été soumise à la vanité, non de son gré, mais
à cause de celui qui l'a soumise [satanas], mais avec une espérance
[annoncée par le Seigneur]. Cette création présente sera libérée de
la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté des enfants
de Dieu (Rom. 8:19-21).» La révélation ou la liberté des fils de Dieu se
réalisera par l'instauration du Royaume du Seigneur, qui ôtera la
malédiction de la terre. « Il anéantira la mort pour toujours : le Seigneur, l’Éternel, essuiera les larmes de tous les visages (Isaïe 25:8). »
Seuls mourront les rescapés ou leurs descendants qui apostasieront,
se détournant de la miséricorde de Dieu : « Chaque matin, je réduirai
43. Cependant, Dieu, notre Roi avant les siècles, a opéré notre salut au milieu de la terre (Ps.
73:12). Jérusalem est appelée le nombril de la terre (Ezéchiel 38:12 ; Juges 9:37), c'est-à-dire
une montagne au centre du monde.
XXXVIII
Postface
au silence tous les méchants du pays, afin de retrancher de la ville
de l’Éternel tous ceux qui commettent l'injustice (Ps. 100:8). Et
quand on sortira, on verra les cadavres des hommes criminels à mon
égard (Isaïe 66:24).» Mais les rescapés et leurs descendants qui
seront fidèles vivront mille ans : « Il n'y aura plus là de nourrisson
vivant à peine quelques jours, ni de vieillard qui n'accomplisse pas
ses jours ; car le plus jeune mourra à cent ans, et le pécheur âgé de
cent ans sera maudit (Isaïe 65:20).»
A la fin du septième jour, satanas sera libéré pour un peu de
temps ; il égarera Gog et Magog, et toutes les nations des quatre
directions, et il fera mettre le siège à Jérusalem, la cité bien-aimée
(Apoc. 20:8). Puis il sera définitivement vaincu, et seront condamnés
avec lui ses mauvais anges, et tous les impies qui ressusciteront pour
être jeté dans le lac enflammé avec lui. Alors ce sera la véritable
condamnation des impies, le Jugement du grand trône éclatant de
blancheur (Apoc. 20:11). Les infidèles seront jeté dans le lac de
soufre et de feu, en présence des élus, qui les jugeront : « Ne savezvous donc pas que les Saints jugeront le monde ?... Ne savez-vous
pas que nous jugerons les démons (1 Cor. 6:1) ?
Quant aux fidèles du Seigneur, ils échappent à toute condamnation, car ils reçoivent une résurrection de vie, et s'ils comparaissent
devant un tribunal de charité, c'est pour recevoir un rang et une
mission dans le Royaume de Dieu. « Celui qui croit en Lui n'est point
jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas
crut au Nom du Fils unique de Dieu (Jean 3:18).»
Alors la terre sera purifiée par le feu et deviendra une demeure
céleste et éternelle, digne d'accueillir la cité sainte, la Jérusalem
nouvelle descendant d'auprès du Père (Apoc. 21:2) : ce huitième jour
n'aura pas de fin, car la mort n'existera plus, et le temps du rétablissement de toutes choses sera accompli (Actes 3:21).
« Nous attendons, selon sa Promesse, de nouveaux cieux et une
nouvelle terre, où la justice habitera (2 Pierre 3:13).» Et l'Apôtre
explique : « Pour moi, mes frères, quand je suis venu vers vous pour
vous annoncer le témoignage de Dieu, je n'y suis point venu avec des
Évangile selon Saint Marc
XXXIX
discours sublimes ou savants. Car je n'ai pas pensé, que je dusse
savoir autre chose parmi vous, que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Aussi ai-je été dans la faiblesse, dans la crainte, et dans un
grand tremblement.
Mes paroles et mes prédications n'ont point été des discours persuasifs d'une sagesse humaine, mais une démonstration de l'Esprit
et de la Puissance de Dieu ; afin que vous ne soyez pas redevables de
votre foi à la sagesse des hommes, mais à la Puissance de Dieu.
Nous parlons cependant de sagesse à ceux qui sont parfaits 44 ;
mais ce n'est point une sagesse de ce monde, ni des Princes de ce
monde qui périssent. Mais nous parlons d'une sagesse mystérieuse
et secrète qui vient de Dieu, que Dieu avait destiné, avant tous les
siècles, pour notre gloire. C'est d'elle dont il est dit dans l'Écriture :
L’œil n'a point vu, ni l'oreille entendu, ni l'esprit de l'homme connu,
ce que Dieu a préparé à ceux qui L'aiment (1 Cor. 2:1-9).»
Bientôt, le Seigneur viendra chercher son épouse, et Il la purifiera
dans sa Gloire, afin qu'elle devienne immaculée, réalisant ce qu'Il
avait annoncé : « Il fait habiter dans sa maison l'épouse stérile, mère
joyeuse entourée de ses enfants (Ps. 112:9). » Les enfants sont les
vertus, l'épouse joyeuse est l'âme vierge dévouée au Seigneur. Et Il
lui dit : « Lève-toi et viens, ma compagne, ma colombe ; voici que
l'hiver s'en est allé et les pluies ont cessé (Cant. 2:10). Que celui qui a
soif vienne ! Que celui qui veut l'eau de la vie éternelle la prenne
sans frais (Apoc. 22:17).» Et l'Apôtre conclut sa lettre aux Corinthiens en les saluant ainsi : « Si quelqu'un n'aime pas le Seigneur,
qu'il soit maudit45 ! Manaratha (1 Cor. 16:22) ! »
44. On répartissait les fidèles en trois degrés : ceux qui demeuraient dans l'enseignement du
catéchuménat, ceux qui persévéraient, et ceux qui recherchaient la perfection. La sagesse
dont parle saint Paul est une connaissance expérimentale, c'est-à-dire prophétique, donnée
par le Seigneur.
45. Il n'y a que deux chemins, celui de la vie ou celui de la mort, celui des bénis qui hériteront
du Royaume ou celui des impies qui seront jeté dans l'enfer. L'Apôtre ne maudit personne,
mais il souligne que ceux qui rejettent le Seigneur, les impies, iront à la malédiction ; car
chacun est libre d'adhérer au Christ.
XL
Postface
LEÇONS SUR LA PRIÈRE
L'Évangile de saint Marc est aussi un court traité sur la prière
dont nous présentons maintenant les points principaux.
La prière est un acte de foi dans le Sauveur, le seul Philanthrope
qui dispense libéralement le salut et la santé à celui qui Le prie avec
persévérance. « Il vint à Lui un lépreux qui Le suppliant, se mit à
genoux, et Lui dit : Si Vous le voulez, vous pouvez me purifier. Jésus
ayant pitié de lui, étendit la main, et le touchant, Il lui dit : Je le
veux ; Sois purifié. Ce qu'Il n'eut pas plutôt dit, que la lèpre de cet
homme le quitta, et qu'il fut guéri (Marc 1:40). » Si notre foi est
faible, nous pouvons prier pour qu'elle soit affermie. Ainsi en descendant du mont Thabor, le Sauveur se trouve environné par des
gens incrédules. Pourtant un père, devant l'impuissance de ses disciples, sollicite la miséricorde du Maître. Et « Jésus lui répondit : Si
vous pouvez croire, il n'y a rien qui ne se puisse faire pour celui qui
croit. Aussitôt le père de l'enfant s'écriant, dit les larmes aux yeux :
Je crois, Seigneur, aidez-moi dans mon peu de foi (Marc 9:23). » Or la
foi peut tout si elle s'accorde à la volonté de Dieu, et pour en
convaincre ses disciple, Il leur dit : « Ayez confiance en Dieu. Car Je
vous assure en vérité que quiconque dira à cette montagne : Ôte-toi
de là, et vas te jeter dans la mer, et qui n'hésitera point en lui-même,
mais qui croira que tout ce qu'il aura dit doit se faire, cela se fera en
effet. C'est pourquoi je vous dis : Croyez que vous recevrez tout ce
que vous demandez dans la prière, et cela vous sera accordé (Marc
11:22). »
La prière véritable implique un dépouillement du mondain, et de
sa propre volonté. C'est pourquoi Jésus, « s'étant levé de très grand
matin, sortit, et s'en alla dans un lieu désert (Marc 1:35).» Et
l'aveugle Bartimée, qui mendiait sur la route de Jéricho, « se leva
ayant jeté son manteau, et il vint à Jésus qui lui dit : Que veux-tu que
Je te fasse ? Rabbouni (mon Maître), Lui répondit l'aveugle, que je
vous vois. Va, lui dit Jésus, ta foi t'a sauvé. Il vit aussitôt, et suivit
Évangile selon Saint Marc
XLI
Jésus dans le chemin46 (Marc 10:50).» Autrement dit, Bartimée
devint un disciple du Maître. En effet, le chemin du salut est de
suivre le Christ, ayant rejeté tout le reste ; pour se revêtir du Christ,
il est nécessaire d'abandonner son manteau, c'est-à-dire les œuvres
anciennes de la chair.
La prière ne peut être reçu que si l'on est en paix avec son prochain et soi-même. « Lorsque vous vous mettrez debout pour prier,
si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez-lui, afin
que votre Père qui est dans le ciel vous pardonne aussi vos péchés.
Que si vous ne pardonnez point, votre Père qui est dans le ciel ne
vous pardonnera point non plus vos péchés (Marc 11:25).»
Le Seigneur exauce celui qui Le prie avec sincérité, même pour le
bénéfice d'autres personnes : le père pour son enfant, les amis pour
l'un d'entre-eux. Jésus voyant la foi des quatre disciples qui portait
le grabat, dit au paralytique : « Mon fils, vos péchés vous sont remis
(Marc 2:5).» Et Il ressuscita la fillette du chef de la synagogue (Marc
5:35).
Dans l'affliction, seule la prière nous relève car le Seigneur envoie
les grâces pour supporter l'épreuve si nous le Lui demandons. « Et
prenant avec Lui Pierre, Jacques et Jean, Il commença à tomber dans
l'angoisse et dans l'agonie. Et Il leur dit : Mon âme est dans une tristesse mortelle, attendez ici, et veillez. Puis s'étant un peu avancé, Il
se prosterna, et pria qu'Il fut délivré de cette heure, si cela se pouvait faire. Il dit : Abba, c'est-à-dire mon Père, tout Vous est possible ;
que Je ne boive point ce calice ; néanmoins, que votre volonté s'accomplisse plutôt que la mienne (Marc 14:33).» Or la tribulation est
souvent le remède nécessaire pour amoindrir notre orgueil, afin que
nous déposions notre volonté pour suivre celle de Dieu. Saint Paul
nous enseigne que la tribulation est aussi un remède pour ne pas
perdre de vue la charité fraternelle, lorsque les grâces sont si abondantes que le juste serait tenté de mener une vie angélique solitaire,
coupée de ses frères.
46. Autrement dit Bartimée devint un disciple du Maître.
XLII
Postface
Le Sauveur ayant pris sur Lui toutes les souffrances des hommes,
passées, présentes et à venir, Il ne nous abandonne jamais, même
dans les pires difficultés. C'est pourquoi, dans l'horreur de son crucifiement, Il garde la force de prier en récitant le Psaume 21. « Or
depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, il y eut des ténèbres
sur toute la terre. Et la neuvième heure, Jésus s'écria à haute voix :
Elohi, Elohi, lamma sabacthani ; c'est-à-dire, Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m'avez-Vous abandonné (Marc 15:33) ? » Et ce Psaume se
termine ainsi, dans la foi et l'espérance : « Les pauvres mangeront et
seront rassasiés, ils loueront le Seigneur ; ceux qui Le cherchent,
leur cœur vivra éternellement. Toutes les extrémités de la terre se
souviendront et retourneront vers le Seigneur ; toutes les familles
des nations se prosterneront devant Lui... Et mon âme vivra pour
Lui, et ma lignée Le servira. On présentera au Seigneur la génération
à venir, on annoncera sa justice au peuple qui naîtra, que le Seigneur a fait (Ps. 21:26-31).»
Louer, supplier et rendre grâces au Seigneur est une prière continuelle, aussi vitale pour l'âme que l'inspiration pour le corps. Mais
la prière est aussi un combat, car l'amollissement nous guette. « Prenez garde, veillez, et priez : car vous ne savez quand ce temps-là
viendra. Il en est comme d'un homme, qui partant pour un voyage,
quitta sa maison, et marqua à ses serviteurs ce que chacun devait
faire, et commanda au portier de veiller. Veillez donc, (car vous ne
savez pas quand le maître de la maison viendra, si ce sera le soir, à
minuit, au chant du coq, ou le matin) de peur que venant tout à
coup, il ne vous trouve endormis. Or ce que Je vous dis, je vous le dis
à tous : Veillez (Marc 13:33). »
Le Seigneur est notre Maître de vie éternelle, Il nous enseigne par
ses paroles, ses attitudes et ses actes. Il prend en Lui-même notre
vie, c'est pourquoi nous sommes comme ses membres. Le mystère
de sa personne divine nous échappe, et nous n'avons pas à le percer.
Cependant notre devoir est de L'imiter en tout, puisqu'Il nous
enseigne constamment à Le suivre pour notre Salut.
¿
TABLE DES CHAPITRES
Préface
I-X
Saint Marc l'Évangéliste, ses reliques, témoignages des
Pères, caractéristiques de son Évangile, traduction de
Richard SIMON, carte de la Palestine.
ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT MARC
Début de la vie publique (1:1-45)
1
Jean le Précurseur, Baptême et triple tentation, Prédication
et appel des quatre premiers disciples, Exorcisme dans la
synagogue, Mission de guérisons et de prédications, Foi du
lépreux désobéissant.
Opposition des Scribes et des Pharisiens (2:1-3:6)
7
Guérison et pardon d'un paralytique, Festin chez le
publicain, Violation du jeûne, Arrachage du blé le jour du
sabbat, Guérison de la main à la synagogue le jour du
sabbat.
Enseignement du Royaume de Dieu (3:7-4:34)
11
Venue des foules et prédication sur une barque, Nomination
des apôtres, Blasphème des scribes pour détourner les
foules, Vraie famille, Raisons des paraboles (semence),
Lampe sous le boisseau, Sur le Royaume de Dieu
(croissance du grain, graine de sénevé).
Le Christ est le chemin de la vie éternelle (4:35-5:43)
Tempête apaisée, Chez les Géraséniens (Exorcisme du
fou, porcs noyés), Hémoroïsse guérie et fillette d'un notable
ressuscitée.
16
Incrédulité des hommes et des Apôtres (6:1-6:53)
20
Jésus méprisé dans sa patrie, Départ en mission des
Apôtres, Décollation de Jean, Du pain pour cinq mille,
Marche sur les eaux.
Éloge de la pureté de cœur et de l'humilité (6:54-7:37)
26
Vêtement curatif, Légalisme des Pharisiens au cœur
corrompu, Humilité de la Syrophénicienne, Guérison du
sourd et muet.
Le Christ dévoile sa royauté (8:1-9:1)
29
Du pain pour quatre mille, levain d'hypocrisie des
Pharisiens, Guérison progressive de la vue des apôtres et
d'un aveugle, Confession incomplète de Pierre, Annonce de
la Passion, Renoncement à soi-même.
Le Christ dévoile sa puissance (9:2-50)
33
Transfiguration, Avènement d'Elie, Exorcisme d'un enfant,
Annonce de sa Résurrection, Le plus grand des disciples,
Ne jamais scandaliser.
La voie étroite (10:1-52)
38
Fidélité dans le mariage, Confiance du petit enfant,
Perfection et abandon des richesses, Annonce de la
Passion et incompréhension de Jean et Jacques, Gloire du
serviteur, Guérison de l'aveugle Bartimée.
Jésus Roi, Prêtre et Prophète (11:1-12:12)
43
Entrée royale à Jérusalem, Figuier maudit, Vendeurs
chassés du temple, Façon de prier, Autorité sacerdotale,
Prophétie de sa mort (les vignerons homicides), Pierre
rebutée.
Jésus scribe de vérité (12:13-44)
Questions malhonnêtes (Denier de César, Femme sept fois
mariée), Premier des Commandements, Enseignement au
peuple (Seigneur de David, Dénonciation des Scribes,
Obole de la pauvre veuve).
48
Les tribulations de la fin des temps (13:1-37)
51
Destruction du temple, Persécutions et trahisons, Signes du
second Avènement, Veille perpétuelle.
La Cène, l'Agonie et l'Arrestation (14:1-52)
55
Onction parfumée, Cène et trahison de Judas, Annonce de
la dispersion des Apôtres et du reniement de Pierre, Prière
d'Agonie, Arrestation.
Faux procès, Outrages et Crucifiement (14:53-15:41)
60
Procès du Sanhédrin, Triple reniement de Pierre, Procès du
Procurateur, Crucifiement.
Sépulture et Résurrection (15:42-16:20)
Dépôt du corps dans un sépulcre, Apparition de l'Ange aux
saintes femmes, Ordre d'évangéliser le monde et
Ascension.
Postface
I.
Jésus de Nazareth, Madeleine, surnom de la Mère
de Dieu, Frères de Jésus.
IX.
Heures du jour et de la nuit, Chronologie évangélique, Ancien calendrier sacerdotal.
XXI. Condamnation du Seigneur selon la Loi juive, Cène
du Seigneur, un repas de Communion, Calendrier
des fêtes juives.
XXXIII.Chronologie de la fin des temps, Leçons sur la prière
65
L'Évangile est l'annonce unique de la joyeuse et officielle
nouvelle de la Rédemption accomplie par Notre Seigneur et
Sauveur. Lui seul a l'autorité de promulguer l'Évangile, qui est
le fruit de son Sacrifice et de sa Résurrection. Et ce fruit de
vie, Il le donne à manger à ses fidèles afin qu'ils échappent à
la mort du péché et à l'emprise du démon. Les rédacteurs
des quatre Évangiles sont donc les hérauts d'un seul et
même Évangile, mais adapté à des auditeurs différents : celui
de Marc est réservé aux catéchumènes, celui de Matthieu
aux persévérants d'origine juive ou essénienne, celui de Luc
aux persévérants d'origine païenne, et celui de Jean aux
théologiens, ceux qui sont entrés en amitié avec le Seigneur.
Seule une lecture priante permet d'ouvrir la compréhension de l'Évangile. C'est au Seigneur qu'il faut
demander l'intelligence des Écritures. Puis deux autres
difficultés doivent être résolues : la pensée artificielle de
l'homme moderne et l'ignorance du monde de Jésus de
Nazareth. C'est l'œuvre du Saint-Esprit de dépouiller la
pensée artificielle pour que l'homme d'aujourd'hui retrouve le
bon sens paysan et la droiture de ses ancêtres. Quant à la
connaissance du milieu historique et spirituel dans lequel
vécu le Seigneur, nous tenterons de la donner par une
grande abondance de notes et des commentaires (postface).
Pour commencer, il importe de lire l'Évangile plusieurs fois
pour en saisir son déroulement général avec la table des
chapitres. Ensuite la lecture de la postface donnera des
éléments de réflexion sur la situation de l'époque. Enfin les
notes pourront être abordées en dernier. Après sept lectures
de l'Évangile, le lecteur devrait commencer à savourer ce fruit
d'éternité.
¿
Illustration de couverture : Portrait du Verbe incarné peint dans une
chapelle de la catacombe de Sainte-Domitille à Rome (IIe siècle).