/
Tags: magazine mode culture politique société paris match 02 juin actualités célébrités divertissement
ISBN: 0397-1635
Year: 2021
Text
n°3761 Du 3 au 9 JuiN 2021. fraNce MétropoLitaiNe 3,20 € / a : 5 € / aND : 3,30 € / BeL : 3,40 € / caN : 6,80 $ caN / ch : 5,60 chf / D : 4,80 € / DoM : 4,50 € / eSp : 4,20 € / gr : 4,20 € / it : 4,20 € / Lux : 3,40 € / Mar : 38 MaD / NL : 4,90 € / port. coNt : 4,20 € / toM a : 1 000 xpf / toM S : 430 xpf / tuN : 6 tND. photo chriStophe hatiLip
Syrie
LesenfanTs
escLaves
deL’ornoir
reportage choc
JeNNiferLopezet
BeNaffLeck
reToUr defLaMMe
M 02533 - 3761 - F: 3,20 E
w w w . p a r i s m a t c h . c o m
Tapie
LeTesTaMenT
ilseconfiedansunlivre
defranz-oliviergiesbert
extraitS excLuSifS
NoSarchiveS
eLizabeThii
eTphiLip
aMoUreUXàparis
la semaine de
personnalités
6 Ophélie Winter : ses grandes
désillusions
l’air du temps
12 Les Verts au ras des
pâquerettes
l’entretien
14 Géraldine Nakache tellement
proche
Culture
20 Films. Aretha Franklin et Billie
Holiday crèvent l’écran
22 Cinéma. Nine Antico laisse
parler les filles
24 Livres. Ian Manook : il était
une fois en Arménie
26 Expo. Sebastião Salgado :
splendeurs et misères de
l’Amazonie
28 Musique. Exclusif : dans
les coulisses du concert test
d’Indochine
30 Shirley Manson : béni soit le
punk !
32 Dans le bureau de Jean-Michel
Blanquer
GÉraldinenakache
lameilleurecopineducinÉma
entre deux films, la comédienne et réalisatrice
a pris le temps de doubler Sisu, le dragon
du prochain disney. et en profite pour revenir
sur une période tourmentée pour le cinéma.
Tout en envisageant une renaissance rapide.
(Pages 14 à 18)
Crédits photo : P. 4 : P. Fouque. P. 6 et 7 : JLPPA/Bestimage, DR, Sipa, Bestimage. P. 9 : J.C. Marmara/
Figarophoto, C. Chevalin/TF1. P. 10 : DR, G. Vidal, Bestimage. P. 14 à 18 : P. Fouque, Disney, DR.
P. 20 : Getty Images, Disney, Paramount pictures, DR. P. 22 : H. Pambrun, DR. P. 24 et 25 : J. Faure,
V. Capman, DR. P. 26 et 27 : S. Salgado, DR. P. 28 et 29 : H. Pambrun. P. 30 : DR. P. 32 : B. Giroudon.
paris matCH Du 3 Au 9 JuIn 2021
4
pouvoirs
34 Élections régionales. Bataille
écolo dans les Pays de la Loire
36 Sondage
38 Économie. L’Oréal Paris
dévoile sa nouvelle égérie
40 Société. Descartes, les diapos
de l’horreur
dessin
42 Joann Sfar
PERSONNALITÉS
La star des années 1990
sur le plateau de « On est en direct »
sur France 2, samedi 29 mai.
OPHÉLIE WINTER
SES
GRANDES
DÉSILLUSIONS
La chanteuse se livre dans une autobiographie sans filtre.
Par Clémence Duranton
La vie de l’interprète de « Dieu m’a donné
la foi » est rocambolesque. Voici donc pour
commencer les jeunes années d’une Ophélie
Winter qui grandit pauvre à Neuilly-sur-Seine,
abandonnée par un père coureur, élevée par
une mère qui trouve normal d’offrir une rhinoplastie à son adolescente comme cadeau d’anniversaire. C’est elle qui a voulu que sa petite
Ophélie soit une pop star, elle aussi qui a mis
dehors sa fille trop ingrate à 16 ans, l’obligeant
à vivre dans sa voiture et à se laver dans des
toilettes de McDonald’s. Alors, Ophélie a tracé
sa route, entourée d’hommes essentiellement. À
commencer par Prince, dont elle a été la chérie
pendant quatre ans. Une relation qu’elle décrit
comme « littéralement déchirante » puisque
l’homme, « jaloux et possessif », mentor de la
chanteuse, lui laissait en gage, avant chaque
séparation, un bout de tissu découpé dans sa
tenue du jour. Dans sa vie amoureuse, il y a
aussi, évidemment, Mc Solaar, nommé à demimot, amant aux multiples accès de colère. Et
puis les Bernard, Tapie et Le Coq, pour qui
elle a le béguin sur des tournages, ou un
autre prince, celui de Monaco, qui la
demande en mariage... par fax. Le sujet
rebattu du féminisme, les travers peu
glamour de la vie de mannequin, la
production prétendument odieuse de
« Danse avec les stars », les vilains
médias… Tout est dézingué sans
vergogne. « Résilience », au titre
mièvre et trompeur, fait sourire ou
grincer des dents. Et laisse de son
auteure l’image ambiguë d’une
femme déterminée mais aussi
d’une diva autoproclamée. Le
prix à payer quand la vie ne
nous fait pas de cadeau.
« Résilience »,
éd. HarperCollins,
173 pages,
19 euros.
PARIS MATCH DU 3 AU 9 JUIN 2021
6
LA SEMAINE dE
KevinSpacey
RetouRengRâce…àl’italienne
il était devenu le paria de Hollywood.
Mais, quatre ans après avoir été
accusé d’agressions sexuelles par une
vingtaine d’hommes, le comédien a été
choisi pour jouer un détective dans
« l’uomo che disegno Dio »
(« l’homme qui dessinait Dieu »). un
retour quasi inespéré quand on sait
qu’en 2017 son rôle dans la série
« House of cards » avait été abrégé.
et que Ridley Scott avait choisi de
retourner « tout l’argent du monde »
avec christopher plummer plutôt que
d’avoir Kevin Spacey en tête d’affiche.
« en italie nous ne parlons pas de
choses dont nous ne savons rien,
justifie le réalisateur Francesco nero.
Je sais que Kevin est un grand acteur.
c’est tout ce qui m’intéresse ! »
Margaret Macdonald
KateMiDDleton
unecouRSeFollecontReWilliaM
Le duc et la duchesse de Cambridge se sont rendus à St Andrews. C’est ici que,
jeunes étudiants, ils s’étaient rencontrés pour la première fois. Un retour aux prémices
de leur couple, au cours duquel ils se sont défiés sur le sable à bord de chars à voile.
Toujours prompts à la compétition, les amoureux se sont livré un duel acharné sous
le regard amusé des curieux. William a remporté la victoire de peu… Contre toute attente,
l’honneur de la duchesse est sauf : quelques minutes après avoir jubilé, le prince
a embourbé les roues dans le sable… de quoi se faire taquiner par Kate, trop heureuse
de ce revirement de situation. Méliné Ristiguian
KaRine Jean-pieRRe
pRocHaine
voix
De
la
MaiSon-BlancHe
«Je suis tout ce que Donald Trump déteste.» Femme noire et
homosexuelle, Karine Jean-Pierre s’est hissée à l’un des poste clés de
l’administration de Joe Biden en devenant porte-parole adjointe de la
Maison-Blanche. Elle qui d’ordinaire seconde Jen Psaki a dû prendre
sa place au pupitre pour le «briefing» quotidien face aux journalistes.
Une façon de se préparer à ses futures obligations puisque, d’ici un
an, elle se verra confier ce prestigieux poste. Pur exemple de méritocratie, cette francophone native de la Martinique n’a jamais caché
ses origines modestes. Figure du milieu associatif, elle s’était investie dans les campagnes d’Obama avant de rejoindre l’équipe de Joe
Biden. Mariée à une journaliste de CNN et mère adoptive d’une petite
fille, Karine Jean-Pierre confie : «Mes parents sont venus ici pour le
rêve américain.» À 43 ans, elle a réalisé les siens. M.R.
BoRiSJoHnSon&caRRieSyMonDS
noceSetpoléMiqueS
BoJo s’est marié… pour la troisième fois. Lui et Carrie
Symonds se sont dit «oui» samedi lors d’une cérémonie
intimiste dans les jardins du 10 Downing Street. Si l’heure est à
la fête pour le parti conservateur, la colère gronde chez les
travaillistes. Cette semaine, un ex-conseiller du Premier ministre,
Dominic Cummings, fustigeait sa gestion de la pandémie,
affirmant que Boris Johnson était distrait par – entre autres –
«la signature de son divorce, l’annonce de la grossesse de sa
compagne et ses fiançailles». Il accuse aussi Carrie Symonds
de l’avoir fait évincer de son poste. Margaret Macdonald
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
7
LA SEMAINE dE
Laurencedescars
auLouvre,présidente
deLadernièreheure
Cela faisait des semaines qu’on attendait la nouvelle :
qui succéderait à Jean-Luc Martinez, dont les derniers mois
à la tête du Louvre avaient été marqués par plusieurs
polémiques et dont le mandat avait été prolongé par intérim ?
La raison de ce suspense, des divergences entre le ministère
de la Culture et l’Élysée qui ont conduit le président de la
République à demander lui-même à Laurence des Cars de se
présenter, alors qu’elle ne figurait pas parmi les candidats
déclarés. À 54 ans, celle-ci devient donc la première
présidente-directrice du Louvre, une mission à hauts risques,
l’une des plus importantes du paysage culturel. Les enjeux sont évidemment
artistiques mais aussi diplomatiques et politiques. Fille du journaliste Jean
des Cars et petite-fille du romancier Guy des Cars, Laurence des Cars est
à la fois classique et moderne, manie la retenue et la fermeté. Elle fait ses
armes de jeune conservatrice au musée d’Orsay à partir de 1994, avant de
s’engager dans l’aventure du Louvre Abu Dhabi à la tête du conseil
scientifique de l’agence France muséums : en dépit des complexités du
projet, elle réalise un certain nombre d’acquisitions remarquables pour la
collection du musée. Revenir au musée d’Orsay comme présidente en 2017
a été l’occasion de faire ses preuves à la tête d’une grande institution. L’un
de ses succès, l’exposition «Le modèle noir, de Géricault à Matisse» (2019),
est déjà devenu un jalon de l’histoire de l’art. Au Louvre, elle aura à faire
face à la crise mondiale, et à la difficulté de faire circuler les visiteurs et les
œuvres. Parmi ses premiers chantiers, elle annonce une réflexion sur le
découpage des collections et la création d’un département des chrétientés
d’Orient, un hommage à Henri Loyrette dont c’était l’un des projets pendant
sa présidence. Son ambition : poursuivre la vocation universelle du musée,
et offrir à un public rajeuni une vision du monde contemporain. Rendezvous très attendu le 1er septembre. anaëlpigeat
camiLLecombaL
seLancedansLaprod
Il ne tient pas en place. Lui qui d’habitude
est si relax… Le concept de «Camille & images»,
c’estsonbébé.«Pendantleconfinement,j’aipassé
un temps fou devant la télé. Cette émission, c’est
un condensé de ce qui a fait rire les gens », racontet-il dans sa loge, à quelques minutes du début du
tournage. C’est évidemment à TF1 que l’animateur
a vendu l’idée de ce zapping animé par des
personnalités. Clara Luciani, dont Camille chante
à tue-tête les tubes dans les coulisses, Philippe
Lellouche, Artus, Lola Dubini et Hakim Jemili pour
la première. Un deuxième volet a aussi été tourné.
«Je n’ai invité que des gens que je connais et que
j’adore. C’est comme au karaoké, on est toujours
plus rassuré quand nos potes sont là.» Le plateau
spacieux fait très cinéma ; il rappelle celui de
«Burgerquiz»,avecunvéritablevidéo-clubvintage,
des bornes d’arcades et même des Chesterfield
pourinstallerlepublic.«Je voulais que ça ressemble
au décor de la série “Ricky ou la belle vie”. Ça me
faisait rêver quand j’étais petit. J’ai prévu des jeux
aussi, des happenings.Espérons qu’on ne s’ennuie
pas trop…» Une fois en piste, le stress de Camille
est invisible. Sans prompteur et avec humour, il
réussit à faire vivre son show. D’ici quelques
semaines,ilretrouvera«MaskSinger»,puis«Danse
avec les stars» à la rentrée et espère pouvoir refaire
son «Plan C» à Marseille quand la crise sanitaire
aura mis les voiles. « Avoir arrêté la matinale de
Virgin m’a libéré du temps, je peux lancer de
nouveaux formats.» Quelque chose nous dit qu’il
n’est pas près de s’arrêter. clémence duranton
« Camille & images », le 19 juin à 21 h 5 sur TF1.
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
9
LA SEMAINE dE
Janebirkin&étienneDaho,l’accorDparfait
Gibrat,
l’éléGanceàlafrançaise
Il est le dessinateur français numéro deux
du marché de la BD, derrière Enki Bilal. Le 12 juin,
17 œuvres de Jean-Pierre Gibrat seront mises
en vente aux enchères à la Maison de l’Amérique
latine. « Il y a dans son travail une grâce, une élégance, une beauté françaises. Quand je vois ses planches, je pense à Catherine Deneuve dans “Le
dernier métro”, le film de Truffaut », juge le galeriste d’œuvres de bandes
dessinées Daniel Maghen, qui organise la vente. Il décrit Gibrat comme le
descendant des grands peintres, tels Vermeer ou le Caravage : « Il partage
avec eux cette recherche de la lumière, une qualité de son dessin et des
expressions des personnages. » À 67 ans, Gibrat, qui a réalisé seulement
neuf albums, a accepté de céder une pièce historique : la dernière couverture
originale qu’il possède, celle du premier volet du « Sursis », paru en 1997 ;
l’album qui l’a rendu célèbre, vendu à 500 000 exemplaires. Ses œuvres
intéressent les collectionneurs du monde entier. Le réalisateur Guillermo
del Toro et le milliardaire François Pinault ont acheté des pièces lors de la
précédente vente, en 2016, chez Christie’s. Les 121 lots présentés cette
année font l’objet d’une exposition publique à la galerie Daniel Maghen du
8 au 12 juin et ont des allures de musée éphémère de la BD. Sont exposés également des classiques – une couverture originale d’Hergé, les deux
crayonnés d’Uderzo pour « Astérix », avant qu’il ne passe la main – et des
dessinateurs comme Grzegorz Rosinski avec une planche de « Thorgal »,
Jean Giraud (plus connu sous les pseudonymes Moebius et Gir), Milo
Manara ou Franck Bonnet. Mariana Grépinet
« Je tenais à porter le projet jusqu’au bout. » Ce
samedi 24 mai, Étienne Daho est soulagé. Jane Birkin vient
de donner le premier concert de sa nouvelle tournée à
Vannes. Daho a produit et composé en partie « Oh ! Pardon
tu dormais… », le dernier disque de l’icône des seventies, joli
succès critique. Pour entourer la chanteuse sur scène, il a
convoqué quatre musiciens, dont son complice Jean-Louis
Piérot, et créé des arrangements contemporains au plus
près des chansons originales. Si le répertoire est
principalement consacré aux titres les plus récents, Daho a
eu la riche idée de reprendre en partie l’album « Histoire de
Melody Nelson », le disque mythique de Serge Gainsbourg
qui n’a quasiment jamais été joué en public. En fin de
concert, Birkin interprète ses tubes dans des versions
revisitées : « Baby Alone in Babylone », « Ex-fan des sixties »
ou « Quoi » n’ont rien perdu de leur beauté originelle,
mais gagnent
en majestuosité. Au
final, Daho se révèle le
partenaire parfait pour
la plus française des
chanteuses anglaises.
Chic !
benjamin locoge
/ photo Gilles Vidal
eMManuelMacron,
preMierprésiDentauxîlesMarquises
Avant le
concert au
Palais des
arts et
des congrès
de Vannes.
Les dates ne sont pas encore fixées mais le principe d’une tournée présidentielle
en Polynésie est acté pour la fin du mois de juillet. Ce sera, du reste, le dernier grand
voyage du quinquennat d’Emmanuel Macron, qui aura visité tous les territoires d’outremer (ci-contre : en mai 2018 en Nouvelle-Calédonie), à l’exception de Saint-Pierre-etMiquelon. Après Tahiti, le chef de l’État doit se rendre dans les îles voisines de Wallis et
Futuna. Mais il a surtout prévu d’innover en visitant les Marquises, où sont enterrés le
chanteur Jacques Brel et le peintre Paul Gauguin. Ce voyage très symbolique sera une
première pour un président de la République dans cet archipel volcanique situé à plus
de plus de 14 000 kilomètres de Paris, soit l’un des territoires les plus éloignés de la
métropole. Ce déplacement devrait être précédé d’une halte, le 23 juillet, à Tokyo afin
qu’il assiste à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. bruno Jeudy
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
10
LA SEMAINE DE
L’AIRDUTEMPS
GILLES
MARTIN-CHAUFFIER
LES VERTS AU RAS
DES PÂQUERETTES
J’adore le vert. La couleur de l’espoir, du gazon,
des tilleuls, des tapis de jeu… Même en politique, cette
teinte me plaît. Juchés sur les cimes de leur élévation morale, les écolos se prennent un peu pour notre
conscience, mais je leur pardonne : le cerveau irrigué au
jus de carotte, ils regardent la France avec des yeux de
missionnaires. Un métier dangereux ! On n’a jamais vu
un loup se transformer en chien après de beaux discours
au Parlement. Convaincre les pollueurs, c’est comme
caresser le nez d’un lion : les résultats sont longs à venir.
Pas facile de remiser ses mauvaises habitudes comme
des draps dans une armoire. Et la tâche est immense.
D’autant qu’ils sont un peu contre tout. Les éoliennes
et les barrages, les OGM et le gluten, le chauffage des
terrasses et les vacances aux Maldives, la pâte à papier
canadienne et le nucléaire, patati et patata… Parfois,
leur paradis ressemble au mariage de la
faim et de la soif. Une fois soulevé le couvercle des catastrophes environnementales, ils n’en finissent jamais de vider
le réservoir. Juger et interdire, leur programme tient parfois en deux mots. Ils
se croient infaillibles parce qu’ils sont
honnêtes. Attention, je répète que je ne leur en veux
pas. Au contraire. Moi aussi, j’ai envie de rendre ses
couleurs à la planète. Il y a vingt-cinq ans que je cotise
chaque mois à Greenpeace. Mais quand même. À Lyon,
le maire médit du Tour de France, qu’il juge machiste.
À Bordeaux, il supprime le sapin de Noël municipal. À
Colombes, il compare la police aux forces de l’ordre de
Vichy. Il faudrait se calmer. J’aimerais mieux des réformateurs qui ne nous réforment pas, moi et mes vieilles
fantaisies. Incroyable d’extraire autant de cailloux d’un
filon aussi prometteur. Les verts pâturages de l’écologie se transforment en prairie grisonnante. Le pompon,
c’est à Poitiers. Asservie jusqu’à l’ivresse par sa passion
pour la couche d’ozone, la maire a décidé que « l’aérien
ne devait plus faire partie des rêves d’enfant ». Allons
bon ! Quel plaisir peut-on trouver à priver de plaisir un
enfant ? Les rêves donnent à la vie un air de fête. C’est
du bonheur garanti. Jusqu’à nouvel ordre, les espoirs ne
polluent pas et l’imagination donne des ailes. L’existence
du petit garçon qui voulait s’inscrire à un aéroclub se
chargera vite de ne pas remplir ses promesses. Inutile
que la maire s’en mêle. Elle ferait mieux de commander
pour les bibliothèques municipales le premier roman de
Saint-Exupéry, « Courrier Sud ».
Les éditions des Saints Pères publient le fac-similé du
manuscrit offert en 1929 à Louise de Vilmorin, la première fiancée de l’écrivain. Il l’a rédigé à Cap-Juby, un
vieux fort perdu dans le Sahara espagnol, où il était chef
de station sur la ligne de l’Aéropostale Toulouse-Dakar.
Ses seules compagnes étaient la solitude et ces 171 feuillets parfois sur papier pelure, parfois sur des lettres à
l’enseigne d’un hôtel ou de la Compagnie Latécoère.
Dans la cellule vide peinte à la chaux de sa cahute
récupérée à Verdun, il écrit à l’encre bleue, à la noire,
au crayon ou à la machine. C’est plein de ratures, de
biffures, de commentaires, de jolis dessins et de croquis. Un vrai fouillis. Là où,
sur les manuscrits de Camus, l’intelligence mène les paragraphes au doigt et
à la plume sans correction ou presque,
c’est l’émotion qui dicte ses phrases à
Saint-Ex. Malheureux en amour et triste
à mourir, il ne retrouve qu’en vol la nostalgie du bonheur et de l’enfance. Ce qui donne une ode à l’aviation
pleine de miracles et de drames. La nuit a peut-être des
profondeurs de gouffre scintillant au-dessus des tentes
de caravanes mais, de jour, le ciel est en embuscade.
Sous le soleil brûlant, le sable monte en tourbillons, les
soupapes grillent, le radiateur vaporise, le compte-tours
déraille. Il faut piquer, se cabrer, trembler… Quand le
désert se déplie dune par dune, là-haut avec chandail,
foulards, combinaison de cuir et bottes fourrées, c’est
un Esquimau transi de froid qui consulte ses cartes avec
des gants épais et surveille la boussole avec les yeux
mouillés. Enfin l’avion se pose, la terre se rhabille et
retrouve des couleurs d’étoffe. Saint-Ex, lui, replonge
dans son spleen et se vautre dans le souvenir de son
amour perdu. Ne reste qu’à redécoller pour quitter le
tumulte du monde et sa mélancolie. Et à retrouver le ciel
qui fait l’étoffe de ses rêves. Un peu la même que celle
des petits garçons mal vus par les autorités de Poitiers.
À Poitiers, même
Saint-Ex devrait suspendre
son vol. L’aérien ne
doit plus faire décoller
les rêves d’enfant
PARIS MATCH DU 3 AU 9 JUIN 2021
12
MK541 vA
Voir que le temps passe et que la beauté reste
HYDRA TOUCH®
CRÈME HYDRATANTE INTENSE
Par les pionniers de l’acide hyaluronique injectable.
Disponible sur vivacybeauty.com
l’entretien
LA SEMAINE dE
Géraldine nakache
tellement
proche
L’actrice et réalisatrice de « Tout ce qui brille » prête sa voix
au nouveau Disney, « Raya et le dernier dragon ». Rencontre avec une femme
qui veut retrouver les plaisirs de la vie d’avant.
interview Fabrice leclerc / photos patrick Fouque
Dans les couloirs d’un hôtel Bristol fantomatique en plein
Paris encore confiné, les éclats de rire et la gouaille de Géraldine
Nakache réveilleraient presque le paquebot endormi. Nous sommes
sa seule rencontre réelle dans une série d’interviews virtuelles
pour la promotion de « Raya et le dernier dragon », dernier-né
des studios Disney à qui elle prête sa voix pour la France, même
si elle ne résonnera pas dans les salles obscures mais sur une
plateforme. Un dessin animé épique où la guerrière Raya tente de
ramener l’harmonie chez un peuple divisé. Un propos qui touche
cette actrice et réalisatrice, un cadeau aussi à sa petite fille. La
meilleure copine du cinéma français depuis « Tout ce qui brille »
a mûri, ces quinze derniers mois l’ont clairement marquée. Et
nous raconte pourquoi.
Paris Match. Vous n’êtes pas frustrée de voir “Raya et
le dernier dragon” sortir directement sur la plateforme
Disney+, alors que les salles viennent de rouvrir ?
Géraldine Nakache. À qui le dites-vous ! La frustration
est à tous les étages. J’aurais aimé voir le film avec ma
fille dans une salle, pour qu’elle entende sa maman
incarner le personnage principal. Et en même temps,
quand on regarde la période qu’on vient de vivre, je
dois dire merci à Disney+, Netflix ou Canal+ de nous
avoir quand même permis un peu d’évasion quand les
lieux de culture étaient fermés. Ils ont laissé ouverte
une petite fenêtre sur le monde. Quand je vois le succès
qu’a eu “La flamme” sur Canal+, je me rends compte
qu’on a un tout petit peu aidé les gens.
Les acteurs qui s’adonnent au doublage de dessins
animés disent souvent que c’est l’exercice le plus
difficile à mener, car tout doit passer par la voix. Vous
confirmez ?
Pas tant que cela. Alors oui, sur un plateau de cinéma,
un acteur peut utiliser son corps, son regard pour
nourrir son jeu. Et dans l’animation, c’est encore plus
le cas. Le lâcher-prise est nécessaire. Tout d’abord parce
PARIS MATCH dU 3 AU 9 jUIn 2021
14
que le temps est compté. Sur “Raya”, je n’ai eu que cinq jours de
travail quand, sur un film classique, vous en avez au minimum
une vingtaine. Il faut être dans le bain immédiatement. Je pense
que le corps devient un outil dans le doublage car il permet à la
voix de jouer. Quand on double un film d’animation, la gestuelle
devient presque exagérée. Mais c’est un catalyseur pour trouver
le bon ton, la bonne intonation, la respiration la plus proche du
personnage.
Il y a aussi les acteurs qui cèdent au doublage quand ils deviennent
parents, pour faire plaisir à leur progéniture. Faire un film que ses
enfants même petits pourront voir…
C’est évident, presque une sorte de Graal. Comme je suis maman
d’une fille de 4 ans et demi, je gagne des miles comme jamais
depuis qu’elle a vu le film. Je suis devenue une reine, je peux même
lui demander de se laver les dents à heure fixe. [Elle rit.]
Plus sérieusement, je me rends compte aussi que ces
films nous aident à appréhender des sujets essentiels.
1980
Après avoir vu “Raya”, j’ai pu évoquer avec elle le
Naissance le 22 février
concept de confiance, en soi mais aussi en l’autre. Si
à Suresnes.
cela m’aide à donner une bonne éducation à ma fille,
2009
je suis aux anges.
Elle réalise avec Hervé
Mimran « Tout ce qui
Ce sont des films qui parlent également aux adultes,
brille ». Immense succès. d’ailleurs…
pRofiL
2012
« Nous York », son
deuxième long-métrage,
connaît un échec relatif.
2016
Naissance de sa fille,
issue d’un second
mariage, après une
union avec Manu Payet.
2018
Elle étoffe son jeu avec
la série « Hippocrate »
sur Canal+. Et retrouve
Leïla Bekhti pour son
troisième film, « J’irai où
tu iras ».
C’est pour cela que Disney a toujours eu un temps
d’avance sur ce que l’on voyait au cinéma. On pleure au
même moment ma fille et moi quand on regarde un dessin animé. Parce que l’animation permet aussi d’avoir
des personnages qui peuvent véhiculer un propos
simple sans peur du ridicule. Beaucoup de leurs films
traitent de sujets graves, comme le deuil, le manque ou
le temps qui passe. “Raya et le dernier dragon” parle
de l’Asie, de l’écologie et de l’influence des femmes.
Et aussi d’une envie de concorde et d’unité. Le film en
prend presque involontairement un propos nouveau avec
ce que le monde vient de vivre…
Sous cloche pendant plus d’un an, on a vu à quel
point la solitude pouvait peser. “Raya” parle [SUITEPAGE16]
LA SEMAINE dE
« Raya ou le dernier
dragon », disponible
le 4 juin sur Disney+ .
« Depuis que
j’ai fait la voix du
dragon de “Raya”,
je suis devenue une
reine pour ma fille.
Je peux même
lui demander
de se laver les dents
à heure fixe ! »
Géraldine Nakache
de la nécessité du clan et de sa solidarité, quand on a passé des
mois à voir sa famille sur une appli vidéo. Mais j’ai bon espoir
que ce petit virus impalpable au-dessus de nos têtes nous ait au
moins permis d’arrêter un certain entre-soi. On a tous mis un
genou à terre. Dans le film, Raya part en guerre mais pour une
bonne guerre, celle qui bénéficiera à l’autre. Alors, je sais qu’en
France on est tous un peu “gilets jaunes” mais quand on voit le
retournement de l’opinion sur la vaccination, ça donne de l’espoir.
Je n’ai rien contre ceux qui ne veulent pas se faire vacciner, mais
les trois quarts des gens ont compris que cela aidait autant à se
protéger qu’à protéger l’autre.
Et ça vous a permis de travailler quand le monde de la culture vivait
au ralenti…
C’est la raison pour laquelle je dis que je ne suis pas à plaindre.
J’ai tourné avec Thomas Lilti dans la saison 2 d’“Hippocrate” et
dans “Vacances” de Béatrice de Staël et Léo Wolfenstein, un film
à petit budget qui a lui aussi souffert de la précarité de la production actuelle. Mais ce qui est flippant, c’est la suite. Combien de
films vont rester sur les étagères ? Tout le monde a malgré tout
compris que la culture était essentielle au moral d’un pays.
Vous avez mis à profit la crise pour réaliser deux spots longs pour
La Redoute, qui racontent la fraternité ou la famille recomposée.
Qu’est-ce qui vous a attirée dans ces projets ?
Je n’avais jamais tourné dans des pubs de ma vie, mais c’est la
PARIS MATCH DU 3 AU 9 JUIN 2021
16
Ce long-métrage, réalisé par Don Hall
et Carlos Lopez Estrada, met en scène une
jeune femme qui part retrouver
le dernier dragon pour ramener l’équilibre
au royaume de Kumandra.
proposition d’un producteur, Quad, qui m’a séduite. Je n’ai rien
contre la pub mais je leur ai dit que je ne pouvais le faire qu’en
racontant une histoire, en parlant des gens, en ayant une totale
liberté dans l’écriture et le choix des acteurs. Ce sont des projets
atypiques en effet, deux petits films de plus de deux minutes. En
tant que réalisatrice, je ne serais pas bonne à filmer un parfum
ou un fromage. La mise en scène, c’est un bouclier pour raconter les gens. J’avais besoin à ce moment-là d’évoquer la famille
au sens large. Et je suis très étonnée que ce soit la pub qui m’ait
permis de le faire. Je pouvais entrer dans le salon des gens et leur
délivrer un autre petit moment d’espoir et de chaleur.
Vous avez débuté jeune dans la réalisation quand le féminisme
dans le cinéma n’était pas encore d’actualité. Vous en avez
souffert ?
Pour être franche, pas au quotidien sur un plateau. Ce n’était
effectivement pas un sujet à la mode. Avec le temps, si je ne me
sens pas féministe, je pense aussi que mon cinéma coche toutes les
cases d’une affirmation de la femme. On me pose la question sur
le fait que je fasse des films de femmes, mais on ne demande pas
à mon frère s’il fait des films de mecs ! Mes personnages féminins
existent en tant que tels, ne se battent pas sur des sujets liés au
masculin. Ce n’est pas un féminisme poing levé mais inhérent à
qui je suis profondément. Raya est une guerrière ? Mais on n’est
jamais plus princesse que quand on est une guerrière aujourd’hui.
Pour les plus jeunes, il n’y a plus aucun débat là-dessus. Le champ
lexical a évolué. Et regardez les personnages Disney : les femmes
sont souvent les héroïnes. Et les méchantes aussi !
Vous évoquez souvent sur les réseaux sociaux vos proches, que
ce soit Leïla Bekhti, Tahar Rahim ou même votre frère Olivier,
coréalisateur avec Éric Toledano d’“Intouchables” ou du “Sens de
la fête”. Il y a eu dans la famille Nakache un chaudron cinéma dans
[SUITEPAGE18]
lequel vous êtes tombés quand vous étiez jeunes ?
ISLANDE
LE RÉVEIL DU VOLCAN
RENDEZ-VOUS AU
FAGRADALSFJALL
5 JOURS AU COEUR DU PAYS DE GLACES ET DE FEU
EN JUIN ET JUILLET AVEC NOTRE ÉQUIPE D’EXPERTS
À partir de 2550 € (Code promotionnel : PMGE -150 €) - Vol depuis Paris
info@grands-espaces.com / www.grands-espaces.com / Tél. : 0351 251 251
L’Islande est ouverte en toute sécurité depuis le 6 avril aux personnes vaccinées ou immunisées
Licence France IM 021170002. Garantie financière APST. © Post Asia
VOYAGES AU CENTRE DE LA TERRE
LA SEMAINE dE
Un chaudron, pas forcément. Nous ne sommes pas des enfants
de la balle, nos parents n’ont rien à voir avec ce milieu. Mais
oui il y avait du cinéma à la maison. Celui qu’on regardait à la
télé et aussi le rituel du dimanche dans une salle pour voir n’importe quel film. On a toujours eu chez nous l’envie de regarder
le monde, d’avoir un point de vue et d’aimer rire. Je me souviens
de mon père qui ne reculait devant rien, jusqu’à entrer dans une
boutique en faisant croire qu’il était bègue, juste pour nous faire
rigoler. Ou échanger ma calculatrice par une télécommande, juste
avant que j’aille en cours de maths. Il est aussi là le cinéma. Rigoler pour adoucir la vie.
Vous avez dit un jour que faire du cinéma, c’était aussi pour que
le nom de vos parents “soit inscrit ailleurs que sur leur boîte aux
lettres”…
C’était une façon de leur rendre hommage, oui. Comme ce jour
sur les Champs-Élysées où dans deux cinémas qui se font face, il
y avait d’un côté l’affiche de “Tout ce qui brille” et de l’autre celle
de “Nos jours heureux”. Jusqu’au cinéma Le Central, à Puteaux
où ils vivent depuis plus de cinquante ans, et où une salle porte
notre nom à Olivier et moi. Ils s’en foutent des Oscars mais ça,
je sais qu’ils en sont fiers.
Il y a aussi d’autres points communs : vous avez chacun développé
un binôme (vous avez coréalisé vos deux premiers films avec Hervé
Mimran) ou même une bande de cinéma (avec Leïla Bekhti, Manu
Payet et d’autres)… Par envie d’être moins exposés ?
Une peur de dire “je” alors qu’on est plus forts avec le “nous”.
L’idée du clan que l’on reconstitue aussi. Il y a peut-être des réminiscences de déracinement, celui de mes parents quand ils sont
arrivés d’Algérie avec la nécessité de reconstruire un cercle. Et
puis, Olivier et moi avons passé notre enfance dans les colonies
de vacances. Où l’on rencontre des gens très différents. Je me
faisais récemment la réflexion : il existe quand même peu d’endroits autres qu’un plateau de cinéma où travaillent des menuisiers, des comptables, des artistes, des coiffeurs, des chauffeurs.
Cette idée de collectif demeure.
Vous avez des envies artistiques nouvelles aujourd’hui ?
Enregistrer un album. Nan, je rigole… Je ne suis pas sûre d’avoir
d’autres prétentions artistiques. Peut-être jouer au théâtre. J’y ai eu
une seule expérience avec Danièle Thompson et c’était compliqué.
« Le cinéma Le Central,
à Puteaux où vivent mes
parents, a une salle qui
porte notre nom à Olivier
et moi. ça, je sais qu’ils
en sont fiers » !
Géraldine Nakache
PARIS MATCH du 3 au 9 juiN2021
18
Mais j’ai l’impression que, tant qu’on n’a pas donné tout ce que
l’on a à un public, sans le filtre de la caméra, on n’est pas vraiment
actrice. Cela tient peut-être du complexe, je ne sais pas.
Dix ans après la sortie de “Tout ce qui brille”, votre premier film,
il demeure culte pour une génération de spectateurs. Comment
l’analysez-vous avec le recul ?
Je n’y crois toujours pas ! À chaque fois qu’on se balade dehors
avec Leïla, et cela nous arrive souvent, les gens viennent nous
voir, nous parlent de notre chanson [celle de Véronique Sanson,
“Drôle de vie”, NDLR], se demandent si on est toujours amies !
J’ai l’impression d’avoir tourné un “Enquête exclusive” sur Leïla
et moi alors que tout ou presque est inventé dans le film.
Celle que vous appelez votre sœur… Comment voyez-vous vos
parcours respectifs ?
Je ne suis pas forte pour tirer des bilans, pour regarder en arrière.
Je pense qu’on est bien élevées et qu’on essaie de rester telles que
nous sommes. On se conseille sur le travail, on a une exigence
l’une envers l’autre, on évolue aussi, comme je l’ai un peu évoqué
dans “J’irai où tu iras”.
Vous n’attendrez pas dix ans pour refaire un film ensemble ?
Très clairement, non. J’ai quelques idées en tête. Et la période
actuelle m’a fait comprendre qu’il ne faut plus attendre, qu’il
faut faire ce qu’on a envie de faire sans se poser de questions.
Interview Fabrice Leclerc
COLLECTION TATTOO - OR, TITANE & DIAMANTS
BOUTIQUE 354 RUE SAINT-HONORÉ PARIS +33 1 40 13 64 04 - AKILLIS.COM
culture
LA SEMAINE dE
« Genius :
Aretha »,
Disney+, à partir
du 4 juin
cynthiAerivo
ArethA,lABAttAnte
Cynthia Erivo (Aretha Franklin).
ArethA FrAnklin
et Billie holidAy
crèvent
l’écrAn
L’une incarne pour Disney+ la Queen of soul,
l’autre la chanteuse de jazz au cinéma. Paroles
des actrices, Cynthia Erivo et Andra Day.
AndrAdAy
BillielArévoltée
Du mythe, on croit tout connaître, mais de la femme on sait peu. «Or
Aretha Franklin était un modèle de volonté qui s’est construit sur des failles,
explique Cynthia Erivo, qui l’incarne aujourd’hui. Elle a surtout su s’imposer
à la seule force du gospel, qu’elle a fait sortir de l’église, et de son incroyable
Son histoire méritait d’être racontée avec pudeur et subtilité.
sériE voix.
J’espère y être parvenue.» Plutôt que de miser sur une superstar du
R’n’B américain, la showrunneuse de «Genius: Aretha», Suzan-Lori Parks,
a préféré écrire la partition pour la Britannique. Cynthia Erivo n’en est certes
plus à son coup d’essai. à 34 ans, l’actrice et chanteuse s’est déjà imposée,
pluie de récompenses prestigieuses à la clé, en incarnant la militante abolitionniste Harriett Tubman au cinéma («Harriett»,2019) et,à Broadway,dans
«La couleur pourpre». Plus récemment, elle prêtait ses traits à l’inspectrice
autiste de la série «The Outsider». Elle joue ici avec la même retenue.
Maltraitée par la vie, les hommes, la ségrégation : la vie d’Aretha, aussi
extraordinaire que dramatique, aurait pu virer au mélo larmoyant à l’écran. S’il
n’en est rien, c’est surtout à son interprète principale qu’on le doit: «J’aurais
détestélacaricaturer.Elleasutransformerlesvicissitudesdesonexistence,ses
combats,en tremplins.Ce qui la rend,au-delà du génie musical, profondément
humaineetinspirante,particulièrementpourlesfemmesnoiresd’aujourd’hui.»
Figure de proue d’un féminisme ancré dans le XXIe siècle, Erivo fait de cette
Aretha une «self-made-woman» à la pugnacité implacable, diva sur le fil du
rasoir rongée par le doute et les excès. Respect. claire Stevens
Andra Day (Billie
Holiday).
à ses débuts, son nom de scène se voulait un hommage direct à Billie Holiday,
surnomméeLadyDay.Incarnerdixansplustardl’icônedubluesetracontersaviemeurtrie
paraissait donc logique pour Andra Day. Comme Diana Ross l’avait fait avant elle. Une
évidence qui lui a valu un Golden Globe et une nomination à l’Oscar. Une incroyable
pour ses premiers pas au cinéma. «Ce rôle m’a vidée, nous explique
fiLm performance
l’actrice.Mais en même temps enrichie.La vie de Billie est comme un maelström,de
son génie d’artiste à ses addictions, sa bisexualité ou la persécution que le FBI lui a fait
vivre dans sa défense des droits civiques. Billie, c’est un peu l’ADN de la résistante, de la
révoltée.»LeportraitqueLeeDaniels(«Precious»,lasérie«Empire»)faitdeBillieHoliday
Billie Holiday,
une affaire d’état est une longue descente aux enfers, bercée par «Strange Fruit», sa chanson manifeste,
son cri du cœur pour les siens. «Billie disait qu’à chaque fois qu’elle interprétait cette
de Lee Daniels.
chanson elle prenait le risque de mourir», enrage presque Andra, qui se qualifie elle aussi
En salle
de rebelle. Celle qu’on surnomme souvent la Amy Winehouse de la soul, découverte en
actuellement.
2015 par Stevie Wonder, se veut «un électron libre dans l’industrie. Je sais quand dire
non, croyez-moi!». Elle a chanté devant Barack Obama, travaillé, pour ses clips, avec
Spike Lee et Night Shyamalan. Elle défend la communauté afro-américaine (elle est la
deuxième actrice noire à avoir reçu un Golden Globe) mais ne veut pas être résumée à
un porte-drapeau: «Je défends la liberté des minorités. Comme je me bats pour garder
la mienne», sourit-elle. «Phone Dies», le premier single de son nouvel album à paraître,
est d’ailleurs une ode pop légère et ensoleillée. Bien loin de Billie… Fabrice leclerc
PARIS MATCH Du 3 Au 9 juin 2021
20
LA SEMAINE dE
NiNe ANtico
pArLer
Les
fiLLes
LAisse
Après une carrière dans la BD, son premier film, « Playlist »,
raconte les galères sentimentales d’une apprentie artiste incarnée
par Sara Forestier. Une comédie qui va réenchanter les salles !
par Karelle fitoussi / photo Hélène pambrun
Ils sont peu nombreux les bédéistes à succès à être parvenus
dès leur première incursion derrière la caméra à transformer l’essai
haut la main. Gérard Lauzier, Marjane Satrapi, Caro, Riad Sattouf… Et
désormais Nine Antico, autrice quasi quadra d’une dizaine d’albums,
que certains esprits étroits eurent tôt fait d’étiqueter « girly »
au prétexte qu’elle faisait disserter les filles. Midinettes chères
à Rohmer, post-ados à frange et au langage fleuri, Nine Antico les
a toutes croquées, de concert de rock parisien en mythe américain
chancelant, décortiquant avec ironie la difficulté d’être à toutes
époques et sous toutes les latitudes une femme libérée. «J’ai toujours
eu besoin du regard des garçons pour justifier mon existence. À la
crèche déjà, j’avais un amoureux. C’est un vrai boulet d’être amoureuse de l’amour ! » déplorait-elle en 2017, tentant d’expliquer sa
fascination pour la mythique groupie des sixties Pamela Des Barres,
point de départ de sa fresque graphique «Autel California».
Quatre ans plus tard. Les temps ont changé, les porcs ont très
médiatiquement valsé, on ne dit plus «girly» avec mépris mais «féministe » et « puissante ». Pourtant, il est toujours question de «male
gaze » écrasant et d’amours fantasmées dans « Playlist », premier
long-métrage pop et caustique sur le délicat âge des possibles, que
la désormais Marseillaise a nourri de ses influences cultes («Frances
Ha», «Ghost World», Scorsese, «Le rayon vert»…) et saupoudré de
tubes intemporels et variés, de Daniel Johnston à Nana Mouskouri.
On y suit Sophie, cœur d’artichaut, qui, à chaque rencontre, ne
peut s’empêcher de fomenter un tableau de chasse imaginaire (la
« Playlist » du titre) tout en rêvant de vivre de ses dessins, alors
qu’elle accumule petits boulots et grosses galères. « Mes héroïnes
cinéma
« petiteMAMAN »
De Céline Sciamma
Connaît-on jamais vraiment ses parents? Alors qu’elle doit
gérer le deuil de sa grand-mère, une fillette esseulée, Nelly, fait la
connaissance dans les bois d’une nouvelle amie. Et s’il s’agissait
de sa maman redevenue comme par magie une enfant? Après le
de trophées récoltés par son «Portrait de la jeune
critiquE déluge
fille en feu» en 2019, Sciamma a tourné en petit comité,
pendant le confinement, ce cinquième film faussement
mineur, qui interroge notre lien à la maternité et à la transmission en tendant un miroir aux parents que l’on est – ou
non – devenus. Un bouleversant retour aux sources filmé
dans son Cergy natal qui fixe dans le rétroviseur l’origine
de son désir de création et inverse les archétypes de genre
pour mieux absoudre la maman de n’avoirpasétélemodèle
célébré par la société patriarcale. Amen. K.f.
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
22
En salle
actuellement.
Sara Forestier, Laetitia Dosch et Jackie Berroyer.
sont toujours partagées entre un idéal d’amoureuse romantique et
un désir d’agir, de foncer, de croire en leur liberté, de pouvoir se
planter, d’avorter, de ne pas se contenter d’une norme… Moi-même,
je me sens assez tiraillée. Je pense que ce sera plus simple pour la
prochaine génération de filles, départie de l’héritage patriarcal dans
lequel ma génération a été élevée.»
Faut-il renoncer à son rêve lorsque celui-ci peine à se réaliser ?
À quel moment peut-on raisonnablement admettre qu’on a tout
raté ? Autant de questions que Nine s’est elle-même posées, alors
que, jeune attachée de presse pour une maison d’édition indé, elle
tentait de se faire un nom dans l’illustration après un bref passage
par une fac de ciné. De syndrome de l’imposteur en complexe de
légitimité, elle mettra finalement près d’une décennie à retomber
sur ses pieds, envisageant un temps le duo Anaïs Demoustier-Nora
Hamzawi comme têtes d’affiche, avant de tout miser sur les géniales
Sara Forestier et Laetitia Dosch.
«J’ai longtemps eu peur de prendre les rênes. Parce que j’idéalise
beaucoup ce métier et que j’avais l’impression qu’on ne s’improvisait pas réalisatrice à 39 ans. Mais j’essaie d’arrêter de me dévaloriser en pensant que je n’ai pas le droit d’ouvrir la bouche si je ne
connais pas exactement mon sujet. Les mecs ne se posent pas ce
genre de questions! Je vais bientôt m’atteler à un deuxième longmétrage, mais d’abord je dois finir ma prochaine BD. » Le titre de cet
ambitieux album graphique inspiré d’Edgar Allan Poe? «Madones
et putains». Tout un programme évidemment.
LA SEMAINE dE
Ian Manook
IlAvec étaIt
une
foIs
en
arMénIe
« L’oiseau bleu d’Erzeroum », l’auteur signe
un grand roman d’aventures doublé d’un récit poignant
sur les survivants du génocide arménien.
contre les bourreaux ont servi de ballons aux cavaliers kurdes,
ottomans. « Comme et une autre où je décrivais comment les
je m’attaquais à un tueurs égorgeaient à l’arme blanche jusqu’à
roman sur la dias- mille personnes par jour, sous les ponts,
pora arménienne, comme du bétail. J’ai compris le point de
une des conditions vue d’Albin Michel : j’ai tellement ces hisque j’ai données à toires de carnage dans la tête depuis que
Albin Michel, c’est de je suis gamin que je les ai assimilées, mais
consacrer entre 50 et pour le lecteur, c’est différent. » Le conteur100 pages à la dépor- né sait que, pour ne pas le rebuter, rien ne
tation, explique Ian vaut une saga palpitante. Sa plume vireManook. Je ne vou- volte sans retenue au rythme des meilleurs
« L’oiseau bleu
lais pas faire de belles romans-feuilletons.
d’erzeroum », de ian
On croise au fil des pages Mustafa Kemal
Manook, éd. albin Michel, phrases en 10 pages
pour éluder ce drame. à Smyrne, avant de tomber à Berlin sur
544 pages, 21,90 euros.
La déportation,
un certain caporal nommé… Adolf
ça a duré des mois et c’était au moins
Hitler. Comme dans un roman
un malheur par jour. Pratiquement toujours d’espionnage, Manook nous invite même
pire que celui de la veille… »
à participer à l’opération Némésis, qui traLes premiers chapitres sont effectivement qua les responsables du génocide réfugiés
glaçants. Notamment lorsque hommes, à l’étranger où ils vivaient comme des
femmes et enfants sont obligés d’escalader pachas. Qu’ils soient grand vizir, ministres
les montagnes de cadavres sous les rires ou collabos, tous reçurent la sentence de
de leurs assassins. Des victimes si nom- mort à laquelle ils avaient échappé.
breuses qu’elles vont finir par engorger
La justice n’étant pas toujours de ce
les rivières dans lesquelles on les jette. monde, en 2021, Erdogan, pas plus que
Parfrançoislestavel/PhotoJulienfaure
C’est une histoire où l’on retrouve Et décider les génocidaires à se débar- ses prédécesseurs, n’est disposé à admettre
tous les ingrédients qui ont fait le succès rasser plus discrètement des survivants, l’ampleur du crime commis en 1915. « La
de « Yeruldelgger », la trilogie mongole de condamnés à périr par la faim et la soif Turquie aura réussi quelque chose de très
Ian Manook : des rebondissements à gogo, dans le désert syrien. « Pour la première subtil, conclut Ian Manook : nier le génodes méchants impitoyables, des scènes fois dans ma vie d’écrivain, à la demande cide, jusqu’à la mort du dernier témoin.
cocasses et coquines. Pourtant, sa nou- de l’éditeur j’ai censuré deux scènes, pré- C’est pour cela que j’ai écrit ce livre. Pour
velle saga se nourrit de nombreux témoi- cise Manook. Celle où des nourrissons restituer des témoignages vivants. »
gnages bien réels, recueillis au fil du temps,
et embrasse le destin de personnages qui
lui sont familiers. Et pour cause, l’héroïne,
c’est sa grand-mère, Araxie, qui, avec sa
petite sœur Haïganouch, a vécu la sinistre
déportation de sa communauté, organisée
Étudiant à Poitiers, Simon dégotte un stage au quotidien local. Mais il est vite
par l’État turc en 1915, avant de devenir
confronté à la mort d’unjeunehomme,retrouvédansleseauxduClain.A-t-ilétévictime
l’esclave d’une famille musulmane, puis de
de Jack le Pousseur, ce tueur de la légende urbaine? Bientôt, l’apprenti reporter se fait
débarquer en France après un long périple.
agresser… Pour son premier roman, Thibaut Solano distille
Araxie s’y est mariée avec un certain
une atmosphère poisseuse, flippante à souhait, en s’empaHaïgaz Manoukian, le grand-père de Ian,
rant d’un fait divers qui a défrayé la chronique pour le pousser
l’autre héros du récit. Avec son inséparable
jusqu’aux lisières du fantastique. Diablement réussi ! f.l.
copain Agop, le jeune homme s’était engagé
dès ses 14 ans chez les fedaï, les milices
« Les noyés du Clain », de Thibaut Solano, éd. Robert Laffont,
d’autodéfense arméniennes qui luttaient
404 pages, 20 euros.
LivReS
CRiTique
thIbautsolano,enquêteenaPnée
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
24
CriTique
thomAsCAntAloube
lAFrAnCe,FAçonellroy
Après avoir soulevé les dessous nauséabonds
de la France du Général avec « Requiem pour une
République», Thomas Cantaloube enfonce le clou en
nous transportant au Cameroun, ravagé par la guerre
civile. Luc Blanchard, devenu journaliste, Antoine,
le bandit corse, et Sirius, le mercenaire manchot,
vont se frotter aux pires coups tordus des nervis de
Jacques Foccart. Empoisonnement de Moumié à
Genève, bombardement de villages favorables aux indépendantistes, appui sans bornes à un politicien sensible aux intérêts
de Paris, les épisodes déplorables de nos magouilles coloniales
accouchent d’un polar palpitant. L’amoral est sauf ! F.l.
« Frakas », de Thomas Cantaloube, éd. Gallimard,
432 pages, 19 euros.
AdélAïde de Clermont-tonnerre
Amours, drAmes et piques
Même romancière, elle reste une vraie journaliste. Elle
s’intéresse à tout. Quand elle se met à un roman, elle mêle
les milieux, les villes et les pays avec un génie de scénariste
hollywoodienne. Dans « Le dernier des nôtres », Grand Prix du
roman de l’Académie française, on passait d’un sosie de Trump
à un jumeau de Wernher von Braun, du Studio 54 aux mines de
Dora, du roman d’amour au thriller. C’est son truc : les grandes
fresques. Cette fois-ci, « Les jours heureux » mettent en scène une
star du cinéma français, un producteur de films, une île de rêve en
Grèce, une pépée russe à faire lever le jour et… l’abominable W,
l’ogre de Los Angeles, qui transforme les tapis rouges en séries
noires. On reconnaît beaucoup de gens mais on se croirait dans
une série. Sans la guimauve du happy end.
Il y a de l’amour et du glamour, mais aussi
du chantage, des mufleries, de la peur et
des maladies. À un moment ou à un autre,
tout tourne mal, sauf le style. L’encre coule
encore plus vite que les larmes et le sang. On
est avalé par l’histoire.
Gilles martin-Chauffier
« Les jours heureux », d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre,
éd. Grasset, 440 pages, 22 euros.
LA SEMAINE dE
SebaStião Salgado
SplendeurS
et
miSèreS
de
l’amazonie
À la Philharmonie de Paris, le photographe nous immerge au cœur de l’immense forêt
brésilienne. Un paradis si menacé qu’il pourrait bientôt être perdu.
par aurélie raya
Plutôt qu’un tour en pirogue sur le fleuve Amazone, rendezvous est donné dans ses bureaux, qui longent l’eau verdâtre du
modeste canal Saint-Martin. Voilà vingt ans que Salgado a installé
ses quartiers dans ce coin anciennement populaire de Paris. Le
Brésilien peut y observer à sa guise les tribus locales, des hordes
de bobos qui, l’été, boivent assis sur du bitume sale
et se soulagent dans les ruelles alentour. Mais aux
urbains sauvages le photographe préfère observer
les « bons sauvages », les peuples qui habitent la
terre comme au premier jour.
Les Indiens d’Amazonie, Sebastião, 77 ans, les
a capturés, regardés. Des décennies à côtoyer
« Amazônia », à la
ces êtres si particuliers, cela change quoi? «J’ai comphilharmonie de paris,
pris qu’il existe un paradis sur terre, une nature
jusqu’au 31 octobre.
pure, pas de maladie, aucune des contraintes de
notre société. Les Indiens n’ont pas d’argent, n’accumulent pas,
récoltent selon leurs besoins, ne sont pas violents, disposent d’un
temps libre colossal… » Quand on lui demande candidement si
l’ennui peut poindre parmi eux – quelle existence incongrue sans
Snapchat ni Balzac –, Salgado saisit son livre, va page 279. Deux
hommes assis par terre semblent discuter. «Le type à gauche revient
de neuf jours de voyage, il raconte son périple en forêt. L’autre
lui relate les histoires du village. Dans les maisons, tous écoutent
les nouvelles, on ne s’emmerde jamais. » Parmi les nombreuses
tribus, les Suruwaha se rapprochent de nos critères, ils vénèrent
la jeunesse et la beauté. Salgado a crapahuté sept jours pour les
atteindre. Chez les Zo’é, qui ont manqué d’être décimés par la
malaria, les femmes ont parfois quatre maris ! Chez les Kamayura,
les hommes, un jour de fête, sont transformés en cochons et chassés à coups de bâton par les femmes. Salgado insiste : « Ils sont
comme nous. Tu n’es pas plus maligne qu’une fille indienne. Elle
sait à quoi servent tes gadgets, tes lunettes, ce que tu viens faire…
La seule différence entre eux et nous, c’est qu’ils sont entrés en
Amérique il y a vingt mille ans, après la glaciation du détroit de
Béring. Nous, les Brésiliens, avons débarqué il y a cinq cents ans,
avec la vague des Portugais. »
Selon les derniers chiffres, il reste 102 groupes non « contactés» en Amazonie, soit quelques milliers d’Indiens qui n’ont jamais
vu ou échangé avec un Occidental. La Constitution interdit de
les déranger, eux seuls peuvent décider de « sortir ». C’est fascinant, émouvant, d’imaginer la préhistoire de l’humanité cernée
de prédateurs qui cherchent à accélérer l’agriculture intensive.
« Dans l’État de Maranhao, trois groupes isolés sont ceinturés
de fermes avec Internet, tracteurs, camions… Bien sûr qu’ils
s’approchent. » Salgado alterne regard doux, yeux noirs, il passe
la main sur son crâne lisse avant de tonner contre les accords commerciaux Mercosur entre l’Europe et l’Amérique du Sud ou l’abattage des arbres et l’exploitation qui en résulte : « La bibliothèque
François-Mitterrand est remplie d’ipé, un bois brésilien. Ce n’est
expo
PARIS MATCH du 3 Au 9 juin 2021
26
De g. à dr. : hommes de la tribu des Zo’é (État du Para). Bela Yawanawa, du
village de Mutum, avec une coiffe et le visage peint. Une tempête dans le
parc national de la Serra do Divisor (État d’Acre), 2016.
pas normal… Mon désir de protéger ces peuples est immense. »
Salgado se révèle optimiste, presque rassurant : « Les Indiens sont
très organisés, et le peuple brésilien se mobilise enfin. » Il veut
croire à la défaite prochaine de Jair Bolsonaro, ce satrape qui rogne
la jungle, favorise les fermiers et tout ce qui peut contraindre les
indigènes. Une pression brutale s’exerce sur les terres indiennes
et les parcs nationaux, heureusement protégés. Sur une carte, Salgado pointe les parcelles qui appartiennent à l’État, déjà durement
touchées par la déforestation. Que photographie-t-il ? De belles
images ? La fin d’un monde ? L’admirateur d’Irving Penn plante sa
vérité, simple : « La photographie, c’est ma vie. Elle occupe mon
sommeil, mon réveil… Bien sûr que je pense aux cadrages, mais
je ne provoque rien, personne ne pose. Je vais là-bas, et ces gens
m’acceptent. Je garde toutes mes planches-contacts. Dans dix ans,
je me replongerai dans ces images pour en publier d’autres, mon
regard aura changé, mûri. »
Un Salgado émerveillé vante la beauté des corps, des montagnes,
des couleurs, des pluies diluviennes et cette chance qu’il a eue
d’approcher des tribus récemment « contactées ». Une anecdote
remonte : « Un gamin sautait, ne me laissait pas travailler. J’ai
demandé à la linguiste si sa mère pouvait l’en empêcher. Elle
m’a dévisagé, gênée : “Mais, Sebastião, les Indiens ne connaissent
pas la répression.” Un gamin de 5 ans peut grimper à un arbre
immense, s’il tombe, il meurt. Vous imaginez ici ! » Sa voix monte
dans les aigus, semble traduire une lutte interne, entre dynamisme
vital et lassitude de l’époque moderne. « L’Amazonie, c’est quelque
chose… » On le croit volontiers.
Unebande-sonamazoniaqUe
Le brésilien s’est tourné vers Jean-Michel Jarre pour composer la bande-son de son exposition parisienne. Le grand manitou
de l’électro française s’est donc immergé dans une jungle sonore,
festoyante et verdoyante, pour mieux donner corps
aux images du photographe. Il en est ressorti avec un
disque de cinquante-deux minutes, bien loin de ses
récents travaux. Preuve que, confronté à l’autre, Jarre
sait se réinventer encore et encore. benjamin Locoge
« Amazônia » (SonyMusic).
LA SEMAINE dE
Exclusif
dans lEs coulissEs du
concErt
tEst
d’indochinE
Samedi 29 mai à Paris, le groupe de Nicola Sirkis jouait
Par Benjamin locoge / Photos hélène Pambrun
12 heures. Depuis 7 heures, une centaine de techniciens s’affairent au montage
de l’immense scène de ce concert à Bercy
pas comme les autres. Un seul mot d’ordre:
tout doit être prêt pour l’arrivée du groupe.
12h30. Bienvenue dans la «black zone»,
trois loges réservées à Indochine. Nicola
Sirkis dispose de la plus grande, les quatre
musiciens de celle attenante, son équipe
proche s’est installé un bureau dans la troisième. Émilie, leur manageuse, apprend que
le véhicule du groupe est coincé dans le
trafic. Rien de grave. Les consignes sont
données au personnel chargé de la sécurité:
personne ne peut entrer dans cette black zone
sans son consentement ou celui du chanteur.
13 heures. Le van gris d’Indochine
s’engouffre enfin dans les entrailles de Bercy.
Nicola Sirkis, Boris Jardel, Marc Éliard et
Ludwig Dahlberg retrouvent Oli de Sat,
arrivé de son côté. Indochine n’a pas donné
de « vrai » concert depuis le 7 mars 2020. Si
le groupe a répété pendant quatre jours à La
Seine musicale, l’enjeu reste de taille. Il faut
éteindre les polémiques nées autour de ce
concert test.
13h30. Nicola Sirkis a juste eu
le temps de disposer des photos
de ses trois enfants dans sa loge.
«Dire qu’au départ je pensais que
ce serait un concert “normal” »,
sourit le chanteur, qui se produit
dans quelques heures devant
dans le cadre d’Ambition Live Again, l’expérience
scientifique imaginée par l’APHP et le Prodiss pour permettre
au public de revenir debout dans les salles. Nous y étions.
musique
5 000 personnes, toutes testées négatives ;
2500 autres volontaires, eux aussi testés, sont
obligés de rester chez eux. Sirkis a prévu
de les inviter à une prochaine date pour les
remercier. «On se fait un petit “Station 13”»,
lance Nicola à son équipe. C’est la chanson
qui ouvrira le show. «On ne sait pas qui sera
le public, note le chanteur. Il y aura probablement une partie de fans. Mais pas que…
Donc il faut être offensif d’emblée.»
15h15. Angelo Gopee, le patron
de Live Nation France et membre
du Prodiss, qui organise le concert
test, passe une tête dans la black
zone. « Ce concert va déterminer
l’avenir de notre profession. Il va
nous permettre d’établir un protocole sanitaire pour le futur et en
roselyne
Bachelot, olivier
Véran et Brigitte
Macron n’ont
pas voulu rater
le show
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
28
cas de nouvelles crises sanitaires. » Nicola
Sirkis s’est retiré dans sa loge. Il est temps
de passer en mode rock star.
16 h 10. Les premiers spectateurs entrent
dans la salle. Tous sont munis d’une pochette
bleue leur permettant d’effectuer un test salivaire et doivent revêtir un masque chirurgical blanc. Aucune bousculade, mais des
gens courent se blottir derrière la barrière
qui sépare le public et la scène. Bon enfant.
16 h 45. Roselyne Bachelot descend dans
l’arène. Chaussée de baskets, la ministre de
la Culture salue le personnel de santé. Anne
Hidalgo, la maire de Paris, Valérie Pécresse,
la présidente de la région Île-de-France,
Olivier Véran, le ministre de la Santé, sont
aussi de la partie. Aucun d’entre eux ne sera
reçu par Indochine.
Dans les loges de
l’AccorHotels Arena,
derniers préparatifs
avant le show
donné devant
5 000 spectateurs
masqués.
18 h 15. Dans la black zone, Émilie
annonce : « Départ dans sept minutes. »
Chacun est concentré, prêt à monter au front.
Au pied de la scène, maquilleur et habilleuses
jettent un dernier coup d’œil. Á 18 h 35 pile,
Indochine joue.
20h10. Les quatre-vingt-dix minutes imparties n’ont pas été respectées. Oubliant les
masques, le protocole sanitaire des derniers
jours, Bercy a chanté haut et encore plus fort
qu’avant. Nicola Sirkis a semé la panique
dans les premiers rangs en descendant près
d’eux pour «Tes yeux noirs». La foule a adoré
« Nos célébrations ». Pendant le set, le chanteur Sirkis a dit son espoir de changer le
monde grâce à ce concert test.
20h30. Brigitte Macron quitte l’AccorHotels
Arena. La première dame a assisté au show
avec ses petites-filles. « J’ai trouvé le concert
formidable , confie-t-elle. Pour une reprise,
c’était exactement ce qu’il fallait. C’est un joli
message d’espoir pour les prochains mois. »
20 h 40. Dans sa loge, Sirkis débriefe avec
son équipe. «La prochaine fois, on s’amusera
un peu plus. » Personne n’a été totalement
satisfait des conditions techniques. « J’ai
eu la gorge nouée sur le premier morceau,
sourit Nicola, j’espère que cela ne s’est pas
trop entendu.» Ses techniciens se désolent de
n’avoir pu officier que pour un seul concert.
Mais tous ont compris l’enjeu : si, fin juin,
les résultats sont bons, ce sera la reprise
des concerts debout. Et l’on se souviendra
qu’Indochine a fait partie de l’Histoire.
« C’est la seule
et unique fois qu’on
aura joué cette
setlist », explique
Nicola.
LA SEMAINE dE
Shirley ManSon
Béni
Soit
le
punk
!
Garbage revient avec un septième
album, clinquant à souhait. Et toujours
l’envie d’en découdre.
par Clémence Duranton
Quand elle rit, c’est à gorge déployée. Elle jure sans s’excuser,
donne son avis sans filtre. À 54 printemps, le tempérament de feu
de Shirley Manson n’a pas pris une ride. « Vieillir, c’est formidable,
vous n’avez plus à vous battre pour survivre ou impressionner
votre monde », dit-elle de son accent écossais. Manson est loin
de l’Ehpad mais est une des dernières survivantes de son espèce :
chanteuse de rock de plus de 40 ans. Et elle le sait. Combien de
fois s’est-elle vue ignorée parce que seule figure féminine d’un
groupe de mecs virils? «Les critiques ont été condescendantes avec
moi, ma musique a été questionnée. Ils ont des pénis, donc ils
sont plus importants que moi et mon vagin. Fuck that ! » Comme
on ne laisse pas Shirley Manson dans un coin, elle joue
des coudes et se fait une place. C’est désormais en solo
qu’elle assure la promotion des disques de Garbage. « Je ne me
considère pas comme le leader, les autres membres du groupe
non plus, mais pour partager notre message, c’est souvent moi
qui m’y colle. Enfin, pas partout… Dans certains pays, les journalistes refusent encore de me parler et préfèrent avoir
un des mecs. »
Garbage vient de loin. Formé en 1993, le groupe est le
fruit de la rencontre des producteurs américains Butch
Vig (qui a découvert Nirvana), Duke Erikson et Steve
Marker. Si le succès a été immédiat, les tensions internes
ont poussé le quatuor à faire une « pause d’une durée
musique
PARIS MATCH du 3 au 9 juiN 2021
30
Butch Vig, Duke Erikson,
Shirley Manson, Steve Marker.
indéterminée » en 2005… avant de se retrouver cinq ans plus tard.
« Les problèmes ont été réels, c’est encore compliqué, ça le sera
toujours. Travailler en groupe demande pas mal de concessions.
Mais si c’est trop facile, tu ne peux pas être aussi créatif. Cet album
est excellent, alors forcément… »
« No Gods, No Masters » est un disque mordant, qui explore une
société en mal d’amour. Il dit non au capitalisme moderne, s’attaque aux inégalités, dénonce le racisme dans la bouleversante
« Waiting for God ». « C’est la chanson la plus importante pour moi.
On a eu longtemps l’excuse de ne pas savoir, mais depuis Internet, on est très au courant. J’ai honte d’avoir mis autant de temps
à voir. Tout ça à cause de mes privilèges de Blanche. » Difficile
aussi d’éviter la politique quand on a un pied au Royaume-Uni et
l’autre aux États-Unis… « Entre Trump et le Brexit, la période était
riche. J’avais envie de partager mon ressenti. Je n’adhère à aucun
parti, j’aimerais juste qu’ils fassent leur “bloody job”.» Autre chose
à laquelle Manson a tourné le dos et qui irrigue tout l’album : la
religion. « Je ne m’en étais pas rendu compte avant que tous les
morceaux ne soient finis, mais oui, Dieu est partout ! » Elle éclate
de rire et ajoute : « Merde, on dirait que je prêche la bonne parole! »
La chanteuse a grandi dans une famille catholique pratiquante, très
croyante. Petite, elle allait à l’église tous les dimanches et admet
avoir eu « une vraie relation à Dieu. Mais en grandissant, il y a
eu beaucoup de désillusions. J’ai été très déçue et j’ai arrêté de
croire en un système où la religion serait organisée. »
Pendant le confinement, elle a retrouvé ses habitudes adolescentes et écouté un vinyle différent chaque soir – « avec
un verre de vin, parce que maintenant je peux ! » – pour
oublier ses angoisses. À la question « l’esprit punk est-il
toujours vivant ? », elle répond : « Fuck yeah ! Et il coulera
dans mes veines jusqu’à ma mort. »
« No Gods No masters » (BmG), sortie le 11 juin.
Clara et son smartphone,
c’est une histoire qui dure.
Ensemble, faisons durer
nos smartphones plus longtemps.
Et si votre mobile vous accompagnait encore plus
longtemps dans les bons moments ? Avec les
Solutions Smartphone Durable, Bouygues Telecom
offre à ses clients la possibilité de faire réparer
leur smartphone. Et à prix avantageux*.
Découvrez tous nos engagements pour faire durer
vos smartphones plus longtemps sur
bouy uestelecom.fr/smartphone-durable
* Offre soumise à conditions pour les clients Sensation ou Sensation avec Avantages Smartphone pour toute réparation d’une panne ou casse, hors garanties chez notre partenaire WeFix.
LA SEMAINE dE
Dans
le
bureau
De
Jean-Michel
blanquer
Alors qu’il s’apprête à distribuer « Les fables » de La Fontaine aux 800 000 enfants de CM2,
il nous a ouvert les portes de son appartement du ministère de l’Éducation nationale rempli de souvenirs.
Par Mariana Grépinet / Photos baptiste Giroudon
2. chiva coloMbienne
1. les aniMaux De la Fontaine
«Ces serre-livres corbeau et renard étaient chez moi quand j’étais enfant.
Ils ont sur moi un effet madeleine de Proust. Depuis mon arrivée à ce ministère,
on publie chaque année une sélection de “Fables” distribuée aux élèves
de CM2. En 2021, les belles illustrations sont signées Rébecca Dautremer.
La Fontaine a magnifié la langue française et je suis heureux de
contribuer à un renouveau qui doit aussi à des gens comme Fabrice Luchini
ou Erik Orsenna. J’espère avoir créé une coutume qui perdurera.»
«La Colombie est ma deuxième patrie. On y croise
plein de bus de ce genre. J’y ai été coopérant à
l’Institut français d’études andines de Bogota de 1989
à 1991, et de 1998 à 2004, j’ai dirigé l’Institut des
hautes études de l’Amérique latine. J’ai écrit plusieurs
ouvrages sur ce pays, dont le “Que sais-je?”
(éd. PUF) qui lui est consacré, que
j’avais terminé avant d’être ministre
et qui est paru à l’été 2017.»
3. Fétiche tintin
«Ce fétiche arumbaya est tiré
de “L’oreille cassée” d’Hergé.
J’ai grandi avec Tintin. J’ai lu
tous les albums des dizaines
de fois. Celui-ci m’a marqué. Il
est peut-être même à l’origine
de mon intérêt pour l’Amérique
latine et a été très bien commenté
par le philosophe Michel Serres
pour expliquer le fétichisme et
d’autres concepts. Tintin peut
se lire au second voire
au troisième degré!»
4. albert caMus
«Je suis très attaché aux lycées
professionnels et ce pochoir en
acier m’a été offert lors d’une visite
dans un établissement. Albert
Camus est un de mes auteurs
préférés. Je l’ai découvert très tôt,
vers 11 ans. Mon père était son
voisin dans le quartier de Belcourt à
Alger et ma grand-mère parlait de
lui comme du “fils de Catherine”.
J’aime l’œuvre et le personnage. Sa
destinée fulgurante. Je préfère les
écrivains résistants comme Camus
que les donneurs de leçons comme
Sartre. Il y a
un lien entre
les idées et
la pratique,
quand on
engage sa
peau, on est
dans une
forme de
cohérence.»
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
32
2
1
3
6
4
5. PiroGue
«J’ai failli laisser ma peau dans une pirogue comme
celle-ci. C’était mon embarcation de fonction lorsque j’étais
recteur en Guyane. Je l’utilisais sur le Maroni, un fleuve très
large, pour visiter les écoles isolées. Un jour, en 2006, alors
que l’eau était à une hauteur exceptionnelle et le courant
très fort, nous avons heurté un rocher. La coque s’est brisée
avant de disparaître. J’ai été entraîné par un tourbillon
vers le fond. Puis j’ai dérivé. J’ai senti l’odeur âcre de la
mort. Mais j’ai fini par être recueilli par deux Surinamais
rastas qui passaient du reggae dans leur pirogue. Tous mes
compagnons de voyage ont pu être sauvés.»
5
6. Maillot De Foot
«Je joue au foot depuis toujours.
J’aime pratiquer ce sport – dès que
je peux mais en ce moment pas
très souvent – et le
regarder. Ce maillot de
l’équipe de France
m’a été offert par Noël
Le Graët avant la Coupe
du monde de 2018,
raison pour laquelle il n’y a
qu’une étoile.»
Visuels non contractuels. Certaines caractéristiques du produit présenté pourront varier sans préavis.
Pratique pour transporter ses
vêtements et ses affaires de toilette
séparément. La valise est équipée
de 4 roulettes pivotantes à 360°,
pour une maniabilité optimale
Abonnez-vous
pour seulement
6
€
%
0
5
,90
***
P LU S D E
/mois
DE RÉDU
CT I O N
ET RECEVEZ
LA VALISE
avec son vanity
Dim. valise : environ H 45 X L 32 X P 20 cm
Dim. vanity : environ H 25 X L 32 X P 18 cm
PRIVILÉGIEZ L’ABONNEMENT PAR INTERNET SUR www.valise.parismatchabo.com
À retourner dès aujourd’hui sous enveloppe SANS AFFRANCHIR à :
PARIS MATCH - Service Abonnements - Libre réponse 85124 - 60647 Chantilly Cedex
Je m’abonne à Paris Match et je reçois la valise et son vanity
Je fais une économie supplémentaire
en choisissant de régler par prélèvement sans
engagement soit 6,90€*** tous les 4 numéros.
Je complète le mandat SEPA ci-dessous.
Je préfère m’abonner 1 AN
52 numéros et régler
en une fois 89€ seulement
au lieu de 215,40€**
Chèque bancaire ou postal 89€ à l’ordre de Paris Match
Je souhaite payer par carte bancaire
pour un paiement sécurisé.
Je me connecte sur www.valise.parismatchabo.com
Paris Match est édité par LMN RCS Paris 834 289 373 2 rue des Cévennes 75015 Paris (tél : 01 87 64 68 10) TVA FR 23 834 289 373. Offres
valables 2 mois, réservées aux nouveaux abonnés de France Métropolitaine, dans la limite des stocks disponibles. **Vous pouvez également acquérir séparément
chaque exemplaire de Paris Match au prix unitaire de 3,20€, la valise au prix de 49€. ***Toutes les 4 semaines, pour un minimum de 12 prélèvements.
Après enregistrement du règlement, réception du 1er No sous 4 semaines maximum et sous 4 à 6 semaines environ, par pli séparé, votre cadeau. L’envoi de
votre bulletin vaut prise de connaissance et acceptation des CGV, accessibles sur www.abonnement.parismatch.com. Abonnement résiliable à tout moment
(remboursement des Nos non reçus). En cas de litige, vous pouvez saisir le médiateur de la consommation (MEDICYS, 73 Bd de Clichy, 75009 Paris ou formulaire
sur www.medicys.fr). Vous disposez d’un droit de rétractation de 14 jours après réception du 1er No (cf. formulaire de rétractation sur www.abonnement.
parismatch.com). Ces données sont destinées à LMN et à ses prestataires techniques afin de gérer votre abonnement, et, si vous y consentez, à ses partenaires
commerciaux, à des fins de prospection. Vous pouvez exercer vos droits d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition, à la limitation et portabilité de vos
données, ainsi qu’au sort de celles ci après la mort à l’adresse postale ci dessus. Voir notre Charte données personnelles sur www.abonnement.parismatch.com.
Mme
Mlle
Mr
Nom* :
Prénom* :
N°/Voie* :
Merci d’indiquer votre adresse complète (rue, bâtiment, entrée, étage, lieu dit…)
Cplt d’adresse* :
Code postal* :
Ville* :
HFM PMAFC3
N° Tél :
Je laisse mon adresse email pour recevoir toutes les informations pratiques liées à mon cadeau
@
Mon e-mail :
J’accepte de recevoir les offres commerciales de l’Éditeur de Paris Match par courrier électronique
J’accepte de recevoir les offres des partenaires de l’Éditeur de Paris Match par courrier électronique
MANDAT DE PRÉLÈVEMENT SEPA
En signant ce mandat, vous autorisez Lagardère Media News à envoyer des instructions à votre banque pour débiter votre compte et votre banque à débiter votre compte conformément aux instructions de Lagardère Media News. Vous bénéficiez du droit
d’être remboursé par votre banque selon les conditions décrites dans la convention que vous avez passée avec elle. Toute demande de remboursement doit être présentée dans les 8 semaines suivant la date de débit de votre compte.
Créancier : LAGARDERE MEDIA NEWS - PARIS MATCH - 2 rue des Cévennes - 75015 Paris - ICS : FR 14 ZZZ 851EF4
N’oubliez pas de joindre un relevé d’identité bancaire (RIB)
IDENTIFICATION DU COMPTE BANCAIRE (Numéro d’identification international du compte bancaire)
Fait à :
I
Le :
B
A
N
TYPE DE PAIEMENT
PAIEMENT récurrent
En signant ce mandat, j’accepte que par
dérogation aux nouvelles normes
européennes SEPA, le premier
prélèvement soit effectué dans un délai
de 5 jours avant sa date d’échéance.
Signature obligatoire
*Champs obligatoires
Bulletin d’abonnement
pouvoirs
Cédric Villani (à dr.) a fait le
déplacement jusqu’à Angers,
le 28 mai, pour soutenir la tête de
liste écolo Matthieu Orphelin.
Régionales
Les écoLogistes rêvent
des
pays
de
La
Loire
À trois semaines du premier tour, le candidat Matthieu Orphelin
veut créer la surprise dans cette région, terre traditionnellement à droite.
par caroline Fontaine / photo ilan deutsch
« Que faites-vous ici, monsieur
Villani?» interroge un étudiant dans les rues
d’Angers. « Je suis venu soutenir Matthieu
Orphelin», rétorque le mathématicien, avant
de poser pour un selfie. «C’est l’effet Villani,
s’amuse le candidat. Cédric, c’est les maths,
mais c’est aussi la pédagogie et la sincérité.
Il compte pour beaucoup de Français.» Les
deux compères se sont rencontrés en 2017
sur les bancs de l’Assemblée et ne se sont
« plus quittés », dixit Orphelin. À l’époque,
ils pointaient à La République en marche,
ils en sont partis depuis, ont créé l’éphémère
groupe Écologie, démocratie, solidarité à
l’Assemblée nationale et continuent, malgré
sa disparition, de travailler ensemble chaque
semaine. «Cédric est une de mes plus belles
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
34
rencontres », assure Orphelin, aux côtés de
Villani, visiblement heureux de ne plus être
en première ligne. «Je me suis retrouvé dans
la bonne grosse lessiveuse des municipales,
les ragots, les trahisons… confie l’ex-candidat
à la mairie de Paris. Je prends du recul pour
me concentrer sur le fond.» Lui a désormais,
dit-il, « le cœur à Génération Écologie », le
mouvement de Delphine Batho.
Alors, ces 28 et 29 mai, Cédric Villani
comme Éric Piolle, le maire de Grenoble,
la députée Paula Forteza ou
l’insoumis Ugo Bernalicis ont
sillonné les Pays de la Loire
pour vanter les mérites de leur
champion. « C’est la région que
les écologistes peuvent gagner»,
assure Orphelin. Il est à la tête
d’une liste de «citoyens engagés» soutenus
par dix partis, d’Europe Écologie-Les Verts
à La France insoumise en passant «par des
gens qui, comme moi, ont cru en Macron
en 2017 », ajoute-t-il : « Il faut qu’on gagne
pour montrer que le rassemblement en 2022
est possible. » Depuis octobre, il quadrille
donc la région, vend ses 200 mesures nées
de ses rencontres avec « 50 000 citoyens »
et espère battre la droite sur les terres de
François Fillon et de Bruno Retailleau. Face à
lui, la sortante LR Christelle Morançais, l’exministre François de Rugy pour LREM, Hervé
Juvin, le «vert» du Rassemblement national,
et le socialiste Guillaume Garot. Les quatre
devraient être en mesure de se maintenir
au second tour. Orphelin, sûr d’être devant
Garot, se prépare à travailler avec lui «à un
vrai contrat de gouvernance et à une fusion à
la proportionnelle des scores au soir du premier tour». D’ici là, Delphine Batho, l’eurodéputé Damien Carême ainsi que les maires
écologistes de Lyon ou de Poitiers sont attendus, et Yannick
Jadot doit revenir. Peut-être
même que Nicolas Hulot, dont
Orphelin fut le bras droit, fera le
déplacement. Mais ce sera pour
l’entre-deux-tours…
« il faut qu’on gagne
pour montrer que le
rassemblement en
2022 est possible »
Matthieu orphelin
LA SEMAINE dE
La pLume du président en campagne
Conseiller du chef de l’État chargé des discours, Jonathan Guémas,
33 ans, se présente en Bretagne sur une liste soutenue par LREM.
par mariana grépinet / photo michael Béchu
Il rêve de créer un réseau d’ambassadeurs des Bretons hors de Bretagne. C’est
oublier que la « Breizh connection » existe
déjà ! La preuve : voici le Breton de l’Élysée mobilisé pour la campagne régionale
aux côtés de Thierry Burlot, l’ex-socialiste
ancien vice-président du conseil régional
et désormais candidat soutenu par LREM,
le MoDem et l’UDI. Jonathan Guémas, la
plume du président, figure en quatrième
position sur la liste en Ille-et-Vilaine.
Originaire de Bédée, une commune
de 4 400 habitants à l’ouest de Rennes, ce
fils d’un technicien d’Orange et d’une Atsem
dans une école maternelle a l’habitude des
campagnes. À 19 ans, il s’était présenté sur
la liste du candidat de l’union de la gauche
à Bédée. « On s’était pris une grosse taule,
on avait fait quelque chose de trop politisé,
pas adapté à un scrutin local », raconte-t-il
aujourd’hui. Étudiant à l’ENS Lyon après sa
prépa littéraire, il y crée des listes apolitiques
– « c’était En marche avant l’heure », dit-il
en plaisantant –, est élu au conseil d’administration et repéré par Gérard Collomb, le
maire de Lyon, qui cherche une plume. Jonathan Guémas l’accompagnera de l’hôtel de
ville à la Place Beauvau. Très engagé dans
la campagne présidentielle de 2017, cet exadhérent du PS (2010-2015, tendance DSK)
« pratique » déjà un peu Emmanuel Macron,
ce qui facilite son arrivée à l’Élysée, à l’été
2018, lorsque le chef de l’État cherche un
nouveau conseiller discours. Guémas doit
s’adapter aux références et au phrasé de son
nouveau patron, mais la transition se fait
en douceur : les deux hommes partagent le
même univers intellectuel.
S’il a toujours décliné les sollicitations des
journalistes en prétextant que plume est un
métier de l’ombre qui a vocation à le rester,
le candidat accepte de prendre – un
peu – la lumière. « C’est bien de dire,
mais il faut faire », insiste-t-il, en rappelant
qu’il n’a jamais vraiment quitté ses terres
bretonnes et qu’il a planché l’an dernier
en coulisses pour la candidate LREM aux
municipales à Rennes. «Notre région devrait
accueillir 400 000 habitants dans les vingt
prochaines années; il va falloir concilier cela
avec la préservation des paysages et accompagner les agriculteurs dans la transition écologique», explique-t-il. Il prétend que les jeux
d’appareils et les alliances contre nature ne
fonctionnent plus: «J’en sais quelque chose,
je l’ai vu pour mon ancien patron, l’addition
peut devenir une soustraction. » Mais selon
un récent sondage, cinq candidats pourraient
se maintenir dans cette région. Autant dire
que les négociations au soir du premier tour
promettent d’être longues.
Élections
Jonathan Guémas et la tête
de liste LREM Thierry Burlot,
à Rennes, le 31 mai.
25questions
surmacron
Quatre ans après son élection
surprise, Emmanuel Macron conserve
une grande part de mystère. Et il y
a fort à parier que sa personnalité,
devenueplusclivantequeséduisante,
sera au centre des interrogations des
électeurs en 2022. Le journaliste
du « Figaro » Arthur Berdah s’est
lancé dans un inventaire des « vérités et légendes» de cet imprévisible
président. Le confrère tente de faire
le tri entre les « contradictions », les
«ambiguïtés» et la «complexité» de
son sujet. L’ouvrage, articulé autour de
25 questions, a le mérite de reposer en
partie sur les réponses d’Emmanuel
Macron.Onretiendranotammentses
confidences sur Brigitte: « J’écoute
ce qu’elle sent. Elle me connaît et j’ai
confiance en son jugement.» B.J.
« emmanuelmacron.Véritésetlégendes »,
d’arthur Berdah, éd. Perrin, 224 pages,
13 euros.
degauLLenouveau
dieudustade
Le nom de Gaulle est associé
en France à plus de 3 900 endroits.
Le 6 juin, la commune de Colombeyles-Deux-Églises (Haute-Marne) où
le général s’est installé en 1934 et où
il s’est éteint, va rebaptiser son stade
municipal à son nom, en accord avec
Yves de Gaulle, l’un de ses petitsfils. Il « était fan de sport collectif »,
confie Jacques Vendroux,consultant
football et petit-neveu du général.
Le stade sera inauguré avec un
match de gala du Variétés
hommage Club
de France, géré par
le journaliste, réunissant anciens
joueurs de football et personnalités.
MichelPlatini,LaurentBlanc,Bixente
Lizarazu et d’autres chausseront les
crampons pour affronter le Colombey
FC. Les recettes seront reversées à
la Fondation Anne-de-Gaulle.
émilie cabot
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
35
LA SEMAINE DE
L’ANALYSE
DE BRUNO
JEUDY
Emmanuel Macron
Jean Castex
PRÉSIDENT
DE LA RÉPUBLIQUE
PREMIER
MINISTRE
LE MATCH DE L’EXÉCUTIF
Approuvez-vous ou désapprouvez-vous leur action à leurs postes respectifs ?
JUIN
2021
ÉVOLUTION
/MAI2021
41
=
Approuvent
JUIN
2021
ÉVOLUTION
/MAI2021
39
–2
+1
59
-
Ne se prononcent pas
=
-
+1
Pour chacune des appréciations suivantes, dites-moi si elle correspond
à l’idée que vous vous faites des personnalités ci-dessus à leur poste.
JUIN
2021
ÉVOLUTION
/MAI2021
JUIN
2021
ÉVOLUTION
/MAI2021
Défend bien les intérêts de la France à l’étranger 50
–2
45
–3
Est un homme de dialogue
Renouvelle la fonction présidentielle 41
–2
41
–2
Dirige bien l’action de son gouvernement
Mène une bonne politique économique 38
–2
37
+1
Vous inspire confiance
A une vision pour l’avenir des Français 38
–2
36
–1
Est proche des préoccupations des Français
Est proche des préoccupations des Français 30
–2
30
+1
Est capable de réformer le pays
LES FRANÇAIS EN PARLENT
Pour chacun des sujets suivants, dites-moi s’il a animé, cette semaine,
vos conversations avec vos proches, chez vous ou au travail.
72 La nouvelle phase du déconfinement le 19 mai, avec la réouverture
70
60
59
49
40
40
39
37
34
31
30
30
23
des commerces, des bars et des restaurants.
La campagne de vaccination contre le Covid-19 en France.
Les discussions autour de la mise en place du passe sanitaire.
La propagation de l’épidémie de Covid-19 en France.
Le féminicide à Hayange d’une femme poignardée par son ex-conjoint.
Le conflit entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza.
La manifestation de policiers et de personnalités politiques
devant l’Assemblée nationale.
La deuxième place à l’Eurovision de Barbara Pravi, qui représentait la France.
Le retour de Karim Benzema en équipe de France de football.
Le détournement d’un avion par la Biélorussie pour arrêter l’opposant
Roman Protassevitch.
Les élections régionales de juin 2021.
Le sacre de Lille dans le championnat de France de football.
La vidéo d’Emmanuel Macron sur le « concours d’anecdotes »
avec les deux youtubeurs McFly et Carlito.
La reconnaissance par Emmanuel Macron, dans le cadre d’un voyage au Rwanda,
d’une responsabilité de la France dans le génocide rwandais de 1994.
PARIS MATCH DU 3 AU 9 JUIN 2021
36
MACRON
PLUS SOUTENU
À GAUCHE
QU’À DROITE
Décidément, Emmanuel Macron n’en
finit pas de brouiller les cartes. Voilà un président qui mènerait une politique de droite et qui,
à l’arrivée, est davantage soutenu par la gauche.
Va comprendre, Charles ! Pour le deuxième mois
consécutif, la cote d’approbation du chef de l’État
est, selon le tableau de bord Ifop-Fiducial pour
Paris Match et Sud Radio, largement plus forte à
gauche (41 %) qu’à droite (35 %). Il atteint même
les 53 % auprès des sympathisants écolos contre
seulement 35 % des LR.
Dans cette même enquête, où son action se stabilise à un honorable 41 %, Emmanuel Macron récolte
les fruits de son offensive vers la jeunesse. Il séduit
un jeune sur deux de moins de 24 ans contre un tiers
des personnes âgées. À dix mois de la présidentielle,
la base macroniste se « jeunise » et se « gauchise ».
Ce qui n’est pas forcément un avantage, car ces
deux catégories ne seront peut-être pas les plus
mobilisées en 2022. Le président sortant peut
toutefois compter sur le soutien majoritaire (56 %)
et en hausse (+ 12 points) des cadres et professions
intellectuelles supérieures. Le contexte de décrispation sanitaire rassure l’opinion, notamment à gauche
et dans les classes aisées. En revanche, les conversations des Français sur la sécurité (féminicide de
Hayange et manifestation des policiers) prouvent
l’inquiétude des électeurs de droite.
Si le président tient le choc, le Premier ministre
repasse derrière Emmanuel Macron (39 %, – 2).
Il baisse chez les personnes âgées (– 10). Mais
contrairement au chef de l’État, l’ex-membre des
LR est plus soutenu par la droite (42 %) que par la
gauche (36 %). Il gagne de précieux points (+ 3)
chez LR. Cela sera nécessaire pour traverser la
tempête annoncée des régionales. Un scrutin qui
n’intéresse que 31 % des Français. « Du jamais-vu,
dit Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop.
Ça préfigure une abstention massive. » Et, sans
doute, des scores modestes pour la majorité.
L’enquête Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio a été effectuée sur
un échantillon de 1 015 personnes, représentatif de la population française
âgée de 18 ans et plus. La représentativité a été assurée par la méthode des
quotas (sexe, âge, profession du chef de famille, niveau d’éducation), après
stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont
eu lieu par questionnaire autoadministré en ligne les 27 et 28 mai 2021.
Devenons l’énergie qui change tout.
,
NE SE
RESSEMBLENT PAS.
L’électricité d’EDF est à 97% sans émissions de CO2*.
Et ça, c’est mieux pour le climat.
L’énergie est notre avenir, économisons-la !
* Émissions directes, hors analyse du cycle de vie des moyens de production et des combustibles – périmètre EDF SA, source : edf.fr/climat.
LA SEMAINE dE
La directrice générale
internationale de L’Oréal Paris,
Delphine Viguier-Hovasse,
au siège, à Clichy, le 25 mai.
L’oréAL PAris recrute
KAte
WinsLet
La marque de beauté constate une reprise des ventes du maquillage.
Par Anne-sophie Lechevallier
Photo Vincent capman
En 73 éditions, Jane Campion reste la
seule réalisatrice à avoir décroché la Palme
d’or à Cannes. Cette année, au moins un
prix est assuré de revenir à une femme,
celui de la réalisatrice de court-métrage.
Hors compétition, il sera organisé pour la
première fois par L’Oréal Paris, partenaire
depuis vingt-quatre ans du Festival,
afin de contribuer à rétablir l’équilibre entre les hommes et les femmes dans
le cinéma. C’est Kate Winslet qui remettra
la récompense. L’actrice anglaise oscarisée,
révélée par « Titanic », a rejoint Jane Fonda
ou Eva Longoria parmi les égéries de cette
marque qui se définit comme « féminine et
féministe ». « Kate Winslet est une femme
avec une puissance, une intelligence et une
voix qui se manifestent à travers ses rôles
et son engagement auprès de l’Onu contre
les violences envers les femmes », remarque
Delphine Viguier-Hovasse, directrice générale
internationale de L’Oréal Paris. Cinquante ans
après l’apparition du slogan « parce que je
le vaux bien », l’actrice réputée pour refuser
les retouches photo mettra en avant les soins
pour la peau et les colorations de cheveux.
C’est grâce à ces deux catégories de produits
que L’Oréal Paris a pu traverser la crise sans
grandes turbulences. Ainsi, la fermeture des
salons de coiffure a provoqué un bond des
achats de coloration, de 38% en valeur sur les
deux mois du premier confinement. Dans un
marché qui a chuté de 8% dans son ensemble
en 2020, la marque de beauté a conforté sa
première place mondiale, selon Euromonitor.
À mesure que la vie sociale reprend, les résultats s’améliorent. Avril marque un tournant,
selon Delphine Viguier-Hovasse: «Nous avons
constaté une croissance à trois chiffres des
ventes de maquillage dans le monde, sans
doute liée à la part croissante de la population
vaccinée, à la disparition progressive du port du masque et au lancement de produits.» Ainsi, aux États-Unis, un
fond de teint vanté par une influenceuse sur
TikTok s’est écoulé à un million d’unités en
une semaine. L’e-commerce, après une hausse
de 47% en 2020, continue son envolée.
Le Covid n’a pas non plus ralenti le déploiement des engagements. En matière de développement durable, par exemple. « Onze de
nos usines sont déjà neutres en carbone, les
26 autres le seront en 2025, année où nous
n’utiliserons que du plastique recyclé »,
détaille Delphine ViguierHovasse. Ingénieure agronome, entrée dans le groupe
L’Oréal en 1997 et nommée en
2019 à la tête de L’Oréal Paris,
elle est la première femme à
accéder à ce poste. Elle met un point d’honneur à déployer Stand Up, une formation à
la lutte contre le harcèlement de rue. Et dans
le plan 2022 qu’elle vient de présenter aux
salariés, c’est sur la place des femmes qu’elle
leur a demandé d’accélérer.
C’est le nombre de boîtes de
nuit, à Paris et en région parisienne,
qui participeront en juin à une expérimentation pour cerner les risques
de contamination dans ces étaorganicoViD-19 blissements,
sée par l’AP-HP et le
cabinet du ministre des PME, Alain
Griset. À Bercy, ce dernier assure
que les résultats de ces tests figureront parmi les éléments déterminants pour prendre une décision à
propos de ce secteur, qui reste le seul
à n’avoir aujourd’hui aucune perspective de réouverture.
cosmétiques
PARIS MATCH Du 3 au 9 juin 2021
38
en 2020, L’oréal
Paris a conforté
sa première place
mondiale
Leretourdes
économistesàAix
Des grands patrons comme
Pierre-André de Chalendar (SaintGobain) ou Jean-Bernard Lévy
(EDF), des syndicalistes tels que
Laurent Berger, des économistes
comme Kenneth Rogoff et Esther
Duflo, des responsables politiques,
Valérie Pécresse, Fabien Roussel,
Bruno Le Maire ou la présidente de
la BCE, Christine Lagarde, seront
aux Rencontres économiques d’Aixen-Provence, du 2 au 4 juillet, pour
débattre du thème « Saisir l’avenir,
ensemble », du capitalisme et des
sociétés d’après la crise. A.-s.L.
LA SEMAINE dE
C’est au cinquième étage
de la faculté de
médecine, au cœur du
Quartier latin, qu’étaient
entreposés les corps
légués à Descartes.
Par Anne Jouan
L’ignominie n’est pas récente, elle dure depuis plus de
trente ans. Les 13 diapositives Kodak confiées par un chirurgien
qui disséquait à Paris-Descartes dans les années 1980 le prouvent.
Si, à l’époque, il a pris ces clichés, c’est parce qu’il était frappé de
découvrir là, au sein du temple de l’anatomie française, le plus
grand d’Europe, « un charnier ».
Des témoignages et des photos, déjà, avaient permis, en
novembre 2019, de révéler cette situation sordide dans «L’Express».
Les clichés remontaient à 2016. La mission de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) diligentée ensuite n’a pas trouvé
traces de dysfonctionnements… avant 2012. Aujourd’hui, ces diapositives datées de juin, septembre et octobre 1988
marquent un tournant. Elles sont la preuve que
l’horreur de Paris-Descartes n’est pas le résultat des dérives macabres
de quelques illuminés. Pas plus que de simples pannes de frigos,
comme cela a pu être invoqué. Cette abjection s’inscrit dans un système généralisé de maltraitance qui concerne des milliers de corps
généreusement donnés à la science.
Nous avons montré ces Ektachrome à Richard Douard et Dominique
Hordé. Le premier a dirigé le centre de la rue des Saints-Pères de 2014
à 2017 avant de démissionner pour protester contre le non-respect
des règles éthiques. Cet ancien chef de service de chirurgie digestive à l’hôpital Georges-Pompidou (Paris), qui officie désormais dans
le privé, a été démis de son poste après la mise au jour du scandale. Dominique Hordé, elle, a été la secrétaire générale du centre
de mars 2016 à juin 2018. Elle a envoyé de nombreux e-mails pour
dénoncer les conditions indignes de conservation. Ni le doyen, Gérard
Friedlander, pas plus qu’Antoine Tesnière, l’ancien directeur du département simulation, devenu conseiller d’Olivier Véran au ministère
de la Santé, n’ont pris les mesures adéquates.
Richard Douard et Dominique Hordé sont catégoriques: les cadavres
photographiés en 1988 sont dans un tel état de putréfaction que cela
indique qu’ils étaient conservés là depuis des années. «C’est un spectacle ignoble. Ce sont essentiellement des embaumés, desséchés, en
état de décomposition avancée, estime Dominique Hordé. Pourquoi
laisser pourrir des corps sans justification scientifique? Les directions
successives ne pouvaient pas l’ignorer.» Ils s’accordent pour dire que
la situation figée sur ces diapositives est «bien
pire» que ce qu’ils ont connu en 2016. Cette
année-là, le professeur Douard demande à
Dominique Hordé de prendre des photos des
chambres froides. Elles seront insérées dans
un rapport alarmant remis en main propre
au président de l’université de l’époque,
Frédéric Dardel, nommé ensuite conseiller
de la ministre de la Recherche. Des travaux
seront votés, mais le centre fermera fin 2019,
avant qu’ils aient démarré.
InvEstIgatIon
« Pourquoi laisser
pourrir des corps
sans justification
scientifique ?
Les directions
successives ne
pouvaient
l’ignorer »
Dominique Hordé
PARIS MATCH du 3 au 9 juIn 2021
40
Les DiAPos
De
L’Horreur
Alors que le Centre du don des corps de
Paris-Descartes est l’objet d’une enquête judiciaire
pour atteinte à l’intégrité d’un cadavre pour
des faits postérieurs à 2011, preuve est faite
que cette situation existait déjà en 1988.
Le professeur Richard Douard explique cette longue omerta par un
côté initiatique: «Il existe chez les anatomistes un rite selon lequel
“j’en ai bavé, alors tu dois en baver”. C’est pourquoi ils ont vécu des
années sur un charnier sans jamais s’en rendre compte. Quand j’ai
découvert l’intérieur des frigos en 2014, j’ai saisi l’ampleur du problème.» Sa prise de conscience est définitive en 2017 quand son ami
l’avocat Nicolas Baverez, membre du comité d’éthique du CDC, qui
avait alerté l’université à plusieurs reprises, lui explique les risques
juridiques. Pour Douard, au moins depuis la fin des années 1990, tout
le Paris médical sait, à commencer par les cohortes d’étudiants de
Descartes qui y ont défilé pour disséquer jusqu’en 2014. Le doyen de
Necker, Philippe Even, assure avoir alerté, à la fin des années 1990,
Jean-Pierre Lassau, alors directeur du CDC, après avoir visité le
cinquième étage et découvert des conditions de conservation «scandaleuses».
Depuis novembre 2019, le cinquième étage de Descartes n’a pas
rouvert. En décembre, un préparateur à la retraite était mis en
examen. Le mois dernier, l’université a été inculpée : alors que le
centre avait prétendument été nettoyé, les enquêteurs y ont, lors
de perquisitions en 2020, découvert des ossements. La justice ne
s’intéresse pour l’instant qu’aux faits postérieurs à 2011. Entre 1988
et 2011, plus de 18000 donneurs ont légué leur corps à Descartes.
Interview de Philippe Even à lire sur parismatch.com
le dessin de
joann sfar
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
42
aCtuaLité
46
syrie : Les enfants
saCrifiés de L’or noir
Par Nicolas Delesalle
56
Bernard tapie
dernière voLonté
Par Arnaud Bizot
64
Jeff Bezos : pourquoi
Le naBaB d’amazon fait
son Cinéma
Par Romain Clergeat
68
BiéLorussie : iL faut
sauver Le soLdat
protassevitCh
Par Émilie Blachere
76
esther dufLo
un Cerveau qui nous
éChappe
Par Émilie Lanez
82
Les nettoyeurs
de La mort
Par Mariana Grépinet
90
BenAfflecketJenniferlopez :
secondechAnce
dix-huit mois durant, ils furent le couple le
plus glamour de la planète showbiz. dix-sept ans
après, la « bomba latina » et le beau gosse
de Boston reforment leur tandem. ils démontrent
que le cinéma ne raconte pas la vie : à hollywood
comme ailleurs, les femmes de plus de 50 ans
ont des rôles d’amoureuses. (Pages 90 à 95)
Jennifer Lopez
Ben affLeCk
Love story saison 2
Par Aurélie Raya
96
sara forestier
L’insoumise
Par Margaret Macdonald
Crédits photo : P. 34 à 40 : I. Deutsch, DR, V. Clavières, H. Chatel/Hans Lucas, V. Capman. P. 44 et 45 : E. Vucci/
AP/Sipa. P. 46 à 55 : F. Lafargue. P. 56 et 57 : C. Hatilip. P. 58 et 59 : O. Lejeune/Le Parisien/MaxPPP, C. Hatilip.
P. 60 et 60 : J.-P. Muller/AFP, Collection particulière. P. 62 et 63 : R. Picherie, C. Hatilip. P. 64 et 65 : P. Sharma/AP/
Sipa. P. 66 et 67 : Eliot/Starface. P. 68 et 69 : EPA/MaxPPP. P. 70 et 71 : Eastnews/Abaca, A. Stasevich/Tass/Abaca,
N. Petrov/Sipa, AP/Sipa, Sputnik/Abaca, Tass/Abaca, J. Liangkuai/Xinhua/Rea. P. 72 et 73 : AFP, Reuters, Belarus
Government press office/AP/Sipa, DR, C. Sokolowski/AP/Sipa. P. 74 et 75 : S. Gapon/AFP, DR, AFP, B. Giroudon.P. 76 et
77 : B. Vickmark/MIT/UPI/Abaca. P. 78 et 79 : TT News Agency/Reuters, UPI/Abaca. P. 80 et 81 : N. Berzane/Abaca.
P. 82 à 89 : C. Delfino. P. 90 à 93 : Backgrid USA/Bestimage. P. 94 et 95 : Bauer-Griffin/KCS, Ramey agency/Abaca,
C. Weeks/FilmMagic. P. 96 à 99 : J. Faure.
DU 3 AU 9 JUIN 2021 paris matCh
43
le choc
des photos
la maison blanche
demande PaRdon à Gianna
Avec toute sa famille, la fille de George Floyd était l’invitée
du président Joe Biden, le 25 mai. Un geste symbolique
un mois après la condamnation pour meurtre de
Derek Chauvin, le policier de Minneapolis qui a tué son père.
Photo evan Vucci
ditorial
le poids
des mots
Par Hervé Gattegno
La justice en a décidé ainsi: le procès
de Bernard Tapie se terminera sans lui. Déjà
diminué par la maladie, l’ancien ministre
devait subir en urgence des traitements supplémentaires
et de nouvelles opérations; les magistrats ont préféré ne
pas l’attendre. Même si leur justification a pu choquer –
le temps de reprogrammer une audience, serait-il encore
de ce monde ? –, on peut essayer de les comprendre :
c’est eux qui n’étaient pas sûrs de pouvoir tenir le choc.
Quiconque s’est trouvé un jour en face de Tapie le sait:
la force de conviction de cet homme est telle qu’il ferait
renoncer un tigre à la viande rouge. Aucune accusation ne l’ébranle, aucune charge ne l’impressionne, il
n’est pas une évidence pour le faire plier et, convenonsen, il n’est pas toujours à une contradiction près. Aussi
ses dernières confessions, rapportées par Franz-Olivier
Giesbert dans le livre dont nous publions des extraits, ne
l’amènent-elles pas à demander pardon. La seule faute
que Tapie y concède, c’est d’avoir trop été lui-même :
insatiable, incroyable, insupportable et (presque) toujours inarrêtable, en affaires comme en sport, sur la scène
politique ou sur des scènes de théâtre, à l’image de ces
aventuriers que célébrait Mark Twain: «Ils ne savaient
pas que c’était impossible alors ils l’ont fait.» Son cancer, dont il a choisi de tout dire jusqu’à l’impudeur, a
fait de cet épicurien un stoïcien. Dans son «concubinage
avec la mort », selon la formule de Giesbert, avoir eu
mille et une vies lui donne l’avantage mais pour combien de temps? Jadis, une France acclamait ses succès,
une autre s’en agaçait. Les deux assistent désormais à
l’ultime prouesse de Tapie: il a persuadé la mort que son
histoire réservait encore des surprises; c’est pourquoi
elle a décidé d’attendre un peu.
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
45
Syrie
Les enfants
sacrifi s de L’or noir
Le pétrole qui noircit leurs visages et leurs mains les empoisonne jour après jour, mais leur permet aussi
desurvivre.danscetterégionsouscontrôlekurde,desréfugiésarrachentàlaterre,aveclesmoyensles
plusrudimentaires,dequoifaireroulerlescamionsetalimenterlesgroupesélectrogènes.Laplupartarriventd’alep,
détruite par la guerre. ici, il n’y a pas d’âge pour travailler, surtout quand les tâches les plus dangereuses exigent
les gabarits les plus frêles.
Photos Frédéric LaFargue / rePortage NicoLas deLesaLLe
Brahim, 15 ans, expert
de la soudure à l’arc, répare les cuves
délabrées. Mahmoud, son petit
frère de 8 ans, lui sert d’assistant.
En mai 2021, sur un site
de raffinage clandestin près d’Abou
Kadir, dans le Kurdistan syrien.
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
47
Dans un décor digne de
«Mad Max», des gamins brûlent
leur jeunesse et leur avenir
Hissam Al Hussein, 17 ans, chargé de l’ouverture
des cuves. Ni la température ni la pression ne sont contrôlées.
Un moment critique, les explosions sont fréquentes.
La fumée contamine tout ce qu’elle touche,
hommes, eau, cultures. La plupart des structures industrielles de raffinage ont été
détruites et ces alambics de fortune ont surgi
grâce aux moyens du bord : ils rejettent des
substances volatiles et toxiques. Au fond
des cuves est même récupéré le «zéro », qui
sera utilisé comme litière pour les poulets.
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
49
Pas de temps pour
l’innocence. À 10 ans,
Ahmed manœuvre
déjà son Caterpillar en
professionnel
Avec une adresse stupéfiante, l’enfant
manipule le « granulat » pour le charger dans
les camions. « T’inquiète pas, nous dit son cousin
qui l’a formé. Il fait ça depuis qu’il a 8 ans. »
PARIS MATCH du 3 Au 9 juin 2021
50
Aref, 13 ans, ajuste
la tension du poste à souder,
sous les ordres de
son oncle occupé à réparer
une cuve.
Le produit fini, du diesel,
est chargé dans un camion.
Un nuage noir va recouvrir
le champ de blé.
ACTuAlITé
Odeur pestilentielle, gaz explosifs,
brûlures et intoxications quotidiennes...
Ils sont à l’école de la mort
De notre envoyé spécial en Syrie
es fumées noires s’élèvent partout à l’horizon, l’air pue le soufre
brûlé et Mahmoud, 8 ans, le visage
encrassé par la suie, enchaîne les
dribbles avec ses copains sur un terrain de foot de fortune. Sur une route
défoncée, un chien souillé de pétrole
cavale après des motards chargés de
bidons d’essence. Ali, 25 ans, le nez
couvert d’un foulard, regarde son petit
cousin jouer et respirer à pleins poumons l’air vicié : « Où voulez-vous qu’ils
aillent? Ils vivent ici. Tout est sale, l’air, le sol, l’eau. Le coronavirus, quand il vient chez nous, il voit ce ciel noir et il s’en va.» Tout
autour du village d’Abou Kadir, une cinquantaine de raffineries artisanales obscurcissent le ciel, polluent les champs, les sources, dans
des explosions silencieuses aussi meurtrières que les bombes. Il y
en a des milliers dans tout le Rojava, le Kurdistan syrien. Des héros
de Zola, des gamins de 10, 15 ou 17 ans y brûlent leur enfance et
leur jeunesse dans un décor digne de «Mad Max». Échouées dans
des flaques de mazout, les cuves dans lesquelles est raffiné le brut
ressemblent à des vieilles locomotives à vapeur qui crachent par leur
cheminée de métal tordu un interminable et puant panache noir.
Dix ans après le début de la guerre en Syrie, le pays survit dans
ses ruines. Dans l’Ouest, le régime de Bachar El-Assad et la Russie
bombardent régulièrement Idlib, dans le Nord, les supplétifs turcs
combattent toujours les Kurdes, et ici, chaque jour, des cellules
de Daech lancent des attaques, de Deir ez-Zor à Hassaké. Dans
les camps d’Al-Hawl ou de Roj, où croupissent les femmes et les
enfants des combattants djihadistes, des prisonnières endurcies
rêvent de prendre leur revanche et se dévorent entre elles : on y
recensait trente assassinats par mois avant les opérations qui y ont
été menées, fin mars, par les forces démocratiques syriennes. À Abou
Kadir, Mahmoud s’en fiche, de la guerre. Il tape dans un ballon et
profite des derniers instants de son enfance dans cette mine à ciel
ouvert. Bientôt, comme ses frères, comme tous les gosses du coin,
il ira travailler. À l’école, les cours sont dispensés en kurde. Eux
parlent seulement arabe. Aucun débouché, de toute façon. La crise
des liquidités au Liban, le Covid, la loi César et ses sanctions économiques contre la Syrie de Bachar ont touché par ricochet le Rojava
des Kurdes, qui ont la même monnaie. La livre syrienne dévaluée
ne vaut même pas le prix du papier pour l’imprimer. Le coût du
panier moyen d’une famille syrienne a augmenté de 230% en un
an. Les adultes n’ont pas le choix: ils mettent leur descendance au
travail. Il faut manger. Mahmoud, 8 ans, aide déjà ses frères et son
père, il branche le vieux générateur, tend les baguettes
de laiton pour souder les trous béants des brûleurs. Ses
frères, Chaadi, 13 ans, et Brahim, 15 ans, triment dans
les cuves refroidies pour les nettoyer et les réparer. Leur
métier est dangereux. Leur cousin Youcef, 18 ans, a été
tué la semaine dernière, intoxiqué par le méthane qui
reste en suspension dans ces fours de bric et de broc une
fois éteints. «Je connais beaucoup de copains qui sont
morts», lâche Brahim en s’allumant une cigarette avec
une gestuelle de vieil homme, le visage couvert d’une
épaisse couche de poussière noire. Au début de l’année,
trois autres forçats du pétrole ont péri dans l’explosion
d’une cuve. Brahim se rappelle aussi un accident qui
l’a particulièrement touché. Il y a trois ans, un homme
a garé sa voiture ici pour saluer ses amis. Il s’appelait
Mazen Hamid Makla, ses trois enfants étaient dans la
voiture. Une autre cuve a explosé. Ils sont tous morts.
Ces raffineries artisanales fonctionnent depuis 2013,
quand les pipelines qui reliaient les champs de pétrole
de l’est de la Syrie et les raffineries de l’ouest ont été
coupés par la guerre. Ici, le pétrole est vital: il alimente
les générateurs qu’utilisent les boulangers pour cuire
leurs pains, il sert au chauffage, et bien sûr aux voitures,
aux camions et aux motos. La légende dit [SuITEPaGE 54]
Ahmed, 12 ans, sur son stand de vente au détail. Il est fier
de gagner quelque 6 000 livres syriennes par jour, l’équivalent
de 3,90 euros, de quoi se nourrir sommairement.
du 3 au 9 juIn 2021 PARIS MATCH
53
ACTuAlITé
que c’est un prisonnier étranger de Daech qui a expliqué, contre sa vie sauve, comment raffiner le brut. Les
cuves construites et soudées avec des plaques de tôle
fonctionnent comme un alambic. Le pétrole est chauffé
à haute température dans ces fours, l’huile produit des
fumées qui se refroidissent dans une trempe à l’eau au
bout de laquelle des tuyaux finissent par cracher des
liquides dorés : le mazout et l’essence. Personne n’y
contrôle la pression et la température, les enfants travaillent au bord de volcans. Quand le pétrole a fini de
bouillir après vingt-quatre heures de fournaise, un ouvrier
dévisse une bonde et les fumées toxiques s’échappent
violemment vers le ciel, les champs alentour, le village.
Hissam Al Hussein, 17 ans, vient justement d’ouvrir
cette trappe. Le panache qui devrait s’élever ne sort pas:
quelque chose cloche. Ses amis lui hurlent dessus. Il a
oublié d’éteindre les brûleurs avant d’ouvrir. Tout peut
exploser d’une seconde à l’autre. Hissam court comme
un damné dans la fumée et verrouille à temps les brûleurs: «On est passés à deux doigts de la catastrophe, si
ça pétait, on y restait tous, s’énerve Brahim. C’est notre
quotidien.» Quand on lui demande s’il n’est pas gêné par
l’odeur qui empuantit l’atmosphère, il rigole franchement
et ses dents blanches font une demi-lune dans sa bouille
encrassée: «Au début, les premières semaines, on a des
migraines, et puis on s’habitue. Après un certain temps,
on devient même accros à ce parfum.» Dans la raffinerie
voisine, Tamin, 17 ans, dit qu’hier un coup de vent lui a
renvoyé la fumée en plein visage. Sa bouche était anesthésiée, il n’a pas pu parler pendant quelques heures.
Assan, 20 ans, fait déjà figure de vieux grigou : « Les
jeunes sont inexpérimentés et font des bêtises. Mais on
ne peut pas leur dire de ne pas venir, on a besoin d’eux.
Ce boulot est très mauvais, on le sait, on ne paiera pas
maintenant mais dans quelques années, on aura tous un
cancer.» Un de leur ami, Mahmoud Aouad, 27 ans, deux
enfants, est aujourd’hui traité contre ce mal à Kamechliyé.
Dans la salle d’attente qui lui sert de bureau, le docteur Abdul al Rahman nous accueille à Rmeilan, une
petite ville plus au nord, plantée au milieu des champs
de pétrole. Le ton est enjoué, les yeux vifs, il porte la
cravate et le costume. En 2016, il est parti en Allemagne,
à Dortmund. Les Allemands lui ont offert un pont d’or.
Il n’est resté que quatre mois: «Je ne pouvais pas abandonner les gens d’ici. » Dans son hôpital, qui dispose
de vingt lits et de deux salles d’opération, le docteur
accueille de plus en plus de malades du pétrole: «Quand
ils viennent me voir, ils sont couverts d’essence de la
tête aux pieds. La crasse ne part pas. Leur peau se
desquame.» Ils souffrent de brûlures, d’atteintes pulmonaires graves,
de cancers des poumons, de la peau ou du sang: «Rien n’est propre
ici, le pain que vous mangez est pollué, le blé vert est contaminé,
même les moutons sont noirs. On a aussi énormément de cas de
trisomie 21, beaucoup plus que dans le reste de la Syrie. Dans certains villages, une famille sur deux a un enfant trisomique. Aucune
étude ne lie activité pétrolière et trisomie, mais, moi, je vous parle
de mon expérience, de ce que voient mes yeux depuis vingt-sept ans
que j’exerce.» Pour ce médecin, l’activité des raffineries artisanales
annonce de nouveaux malheurs. La situation s’aggrave. Toutes les
semaines, des ouvriers d’à peine 20 ans prennent rendez-vous. «Et
quand ils viennent consulter, c’est déjà trop tard. Il faut du temps
avant qu’ils tombent malades. Je leur conseille de boire du lait, de
manger des œufs. Les protéines ralentissent l’apparition des cancers.
C’est tout ce que je peux faire.» Le ton badin du début de la conversation a disparu. Le docteur est au bord des larmes: «Vous savez,
si les gens mettent leurs enfants au travail, c’est qu’ils n’ont pas le
choix. Ils essaient juste de rester en vie. Moi, je vis ici, je les vois
tous les jours. Ça me touche dans ma chair. Ils n’ont souvent pas
d’électricité, pas d’eau, ce qu’ils mangent est contaminé. Pour moi,
c’est trop lourd à porter. Le monde doit savoir ce qu’il se passe. Les
Nations unies, les ONG, quelqu’un doit intervenir.»
À Abou Kadir, Mahmoud et d’autres gamins du pétrole travaillent
sous le regard soucieux d’Amid, 43 ans. Il porte un flingue sous le bras
et a des faux airs de dur à cuire. Soudain, il ouvre grand sa bouche
pleine de chicots : «Vous avez vu mes dents ? Bah voilà, la Syrie, elle
est comme mes dents. Notre situation est sous zéro. Pour moi, c’est
fini, j’essaie juste d’aider les autres.» Les autres, comme Mohamad
Shechada Al Ghassim, le père de Brahim, de Chaadi et Mahmoud.
Casquette noire, bottes, combinaison de chantier goudronnée. Il a
40 ans et respire les fumées toxiques depuis cinq ans. Il a fui Alep
en 2012. «C’est très dur de voir trois de mes fils travailler avec moi,
mais qu’est-ce que je peux faire d’autre ? » Mohamad n’a pas de
maison. Il vit d’expédients. Avec ses fils, ils gagnent 50 dollars par
mois. Il n’a pas de quoi payer un loyer, alors, avec sa famille, il erre
de maison en maison, en fonction de l’aide qu’on lui donne. Il vit
en ce moment dans une bicoque triste prêtée par Amid, quatre murs
cernés par les fumées toxiques. Depuis quelques mois, il ressent une
douleur dans la poitrine: «Je ne vais pas voir le médecin, parce que
je sais ce qu’il va me dire. Mais je refuse de rester chez moi. » À
Alep, dans le quartier où il habitait, tout est détruit, rasé. Ses enfants
étaient censés aller à l’école quand la guerre a commencé. Ils sont
illettrés. Assise sur les nattes étendues au sol de cette maison sans
âme éclairée par des leds blanches, Malek, la mère de Mahmoud,
prépare le thé: «Dès le matin, je ne pense qu’à eux, j’ai peur pour
eux. La nuit, ils n’arrivent pas à dormir, ils ont les yeux qui piquent,
il faut rincer longuement avec de l’eau. Pour le reste du corps, ils
se lavent d’abord avec de l’essence, puis du savon. Mais ça ne part
jamais. Tout l’argent qu’ils rapportent, je le dépense en savon et
Avec ses fils, Mohamad gagne 50 dollars par mois.
Impossible de payer un loyer, ils errent de maison en maison
PARIS MATCH du 3 Au 9 juIn 2021
54
L’ouverture des cuves, à la fin du raffinage : le moment le plus dangereux et le plus polluant.
en lessive.» «À Alep, avant la guerre, notre vie était parfaite, poursuit son mari. J’avais un bon travail dans une station-service, des
amis, une maison que j’avais construite. Tout ça est en poussière.
Je dépense pour ma survie. À la fin du ramadan, on offre normalement des nouveaux habits aux enfants. Les miens n’ont rien eu.
Mes amis partis en Europe ne vivent pas dans un paradis, mais au
moins leurs enfants vont à l’école.» Voilà dix jours, Mohamad et sa
famille ont dormi dehors. Ça leur a rappelé le jour de la fuite d’Alep,
sous les bombes. Dans la cohue, alors qu’il s’occupait de sa femme
qui s’était cassé la jambe, il a perdu de vue quelques instants leurs
enfants, avant de les retrouver: «J’ai couvé Chaadi qui avait 2 ans
comme un oiseau couve son œuf pour le protéger des bombes. Ça,
je ne le pardonnerai jamais.» En buvant le thé, Mohamad et Malek
racontent qu’ils n’ont plus de rêves, plus d’espoir : « Quand nos
enfants sont tous autour de nous, on est heureux, en paix. C’est la
seule chose qui nous fait tenir debout.»
Le soleil se couche sur Abou Kadir. Le Mozart de la tractopelle,
Abdelkhader Al Jasmi, 17 ans, sourire en coin, yeux clairs et malicieux, regarde avec intérêt les manœuvres de la jeune génération.
Dans un nuage de poussière noire, une pelleteuse monstrueuse
charge le charbon de pétrole récupéré au fond des cuves et que tout
le monde appelle ici le « zéro ». Il servira de litière dans les élevages
de poussins alentour. Dans la cabine, Ahmed fronce les sourcils et
se concentre. Il a 10 ans et pilote ce Caterpillar depuis deux ans.
C’est son cousin, Saala, qui lui a appris à l’âge où les autres enfants
jouent avec des camions miniatures: «Plus ils commencent tôt avec
des vraies pelleteuses, mieux c’est », sourit Saala. « Les gamins ici
n’ont pas le temps d’avoir des amis, de s’amuser, soupire Ahmed, un ouvrier de 31 ans. Mon cœur est brisé,
mais on ne peut rien faire. On est pauvres. Nos parents
étaient pauvres. Nos enfants seront pauvres.» Ali, 10 ans
lui aussi, contemple le spectacle en gardant un troupeau de moutons. Deux des frères du berger travaillent
dans les raffineries. Lui ne veut pas. « J’ai peur. L’un de
mes frères a eu le visage et les mains brûlés. Je ferai
ce que je peux faire. Les champs meurent ici. Les gens
aussi. Peut-être que j’aimerais bien être docteur. » À la
lumière rasante du couchant, Aref aide
son oncle à souder un brûleur fatigué.
Il a 13 ans, en parait 10, n’a pas mué et
raconte d’une voix claire que sa croissance s’est arrêtée quand il s’est brûlé. Il
montre les cicatrices sur son torse. « Ce
n’est rien, juste du lait bouillant», prétend-il. Aref vient
aussi d’Alep. Son père est malade. Il dit qu’il n’a pas
le temps de se distraire. Pourtant, avec ses mains, il a
façonné une petite piscine de pétrole dans la terre tout
à l’heure, entre deux soudures, comme un château de
sable sur la plage. « C’est pas une vraie piscine, hein »,
rigole-t-il. Au loin, le bruit d’une meuleuse couvre la
pétarade continuelle des générateurs, les volutes noires
masquent le soleil rouge. « Attention aussi aux fumées
blanches, tu les traverses, tu meurs », dit Aref. Puis il
frotte ses yeux d’enfant fatigué.
Nicolas Delesalle
« Le coronavirus,
quand il vient chez nous,
il voit le ciel
noir et il s’en va »
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
55
Au printemps 2018,
avant une rémission.
« On me donnait deux ans… »,
se souvient-il aujourd’hui.
Bernard
Tapie
derni re
vOLOnT
il a quitté son procès pour recevoir de nouveaux
traitementsetsubird’autresopérationsmaisilse
bat encore et croit toujours en ses chances, face
aux juges et contre le cancer. À 78 ans, l’ancien
ministre et homme d’affaires revient sur sa vie
– ses vies – pour repousser encore la fin. de
ses confidences surprenantes et parfois émouvantes, Franz-Olivier Giesbert a tiré un livre au
titre philosophique : « Bernard Tapie. Leçons de
vie, de mort et d’amour » (Les Presses de la Cité).
nous en publions des extraits.
Photo CHRISTOPHE HaTIlIP
récit aRnaud BIzOT
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
57
À la sortie
du palais de justice
de Paris, lors de la
reprise de son procès,
le 10 mai 2021.
ACTuAlITé
« Je suis cassé complet !
Huit heures par jour au lit, j’ai l’air
d’avoir 100 ans… »,
nous dit-il au téléphone
«
ne semaine de très grand
creux », résume Laurent,
le fils cadet de Bernard
Tapie, pour décrire avec
pudeur la dernière épreuve
de son père face au cancer. Rien ne pouvait différer
les séances en ambulatoire
des 26 et 27 mai : chimio,
radiothérapie, immunothérapie. De nouvelles tumeurs, qui ne se soignent pas toutes
de la même façon, sont apparues sur la peau,
les reins, l’abdomen, le cerveau, «et d’autres
un peu partout», décrit-il. Il ajoute: «Son état
est très préoccupant, les chances statistiques
sont épouvantables, mais mon père est un
homme hors norme qui déjoue les pronostics. » Et de préciser que « le pronostic vital
à court terme n’est pas engagé ».
Première dame en tête, la France suit l’évolution du patient Tapie. Bonne fille, elle lui a
pardonné son ego, cette « odeur de soufre »,
écrit Franz-Olivier Giesbert dans la biographie qu’il lui consacre, et ses excès d’antan.
Ne les a-t-il pas confessés? «Il se bat tous les
jours, dit à RTL Brigitte Macron, qui prend
régulièrement de ses nouvelles. Je suis très
admirative de ceux qui ne cèdent jamais.
C’est le combat de sa vie et là, en ce moment,
c’est difficile. » Contre l’avis de certains de
ses amis (« Les gens ne verront en toi que la
mort », l’avaient-ils averti), Bernard Tapie a
décidé en septembre 2017 de rendre public
son cancer du cardia, l’organe situé entre
l’œsophage et l’estomac. Mais comme nous
l’explique Giesbert: «Pour mener ce combat,
il a besoin des autres. » Son ami le publicitaire Jacques Séguéla décrit, lui, un homme
qui « a besoin d’être sur le ring, d’avoir sa
ration d’adrénaline, son shoot médiatique».
10 mai 2021. Longue balafre barrant son
visage après une énième intervention chirurgicale, Bernard Tapie, 78 ans, comparait
devant la cour d’appel de Paris pour « escroquerie» et «détournement de fonds publics»
dans l’affaire de l’arbitrage sur la vente
d’Adidas, rendu en 2008. En règlement de
son contentieux avec le Crédit lyonnais, l’exprésident de l’OM avait obtenu 404 millions
d’euros. Amaigri, la voix faible, éraillée, il
doit tendre l’oreille. Des difficultés d’audition
ont surgi. Puis, au fil des jours, cette ombre
de lui-même se fait combative. Il demande
la parole, s’agite, s’indigne, lève les bras au
ciel. Et lâche tout ce qui lui reste de forces.
Le 25 mai, il est à bout. Un report du procès
demandé par Hervé Temime, son défenseur,
est rejeté par la cour d’appel, que préside
Sophie Clément. « Une décision incompréhensible, contraire au droit, et qui manque
d’humanité, s’indigne l’avocat. La cour n’a
pas ordonné l’expertise médicale que nous
avons demandée. » Devant la rigidité de
Mme Clément, l’avocat quittera définitivement les lieux en lançant : « Très bien, parfait, eh bien, au revoir ! »
« Bernard Tapie est allé au bout de ce que
son état du moment lui permettait, confie à
Paris Match Me Temime. Il espérait tellement
terminer son procès… C’est pour lui une
question d’honneur et de rétablissement de
la vérité. Seul, sans lui, je ne peux mener ce
combat. » Laurent Tapie, plein d’amertume :
« L’attitude de la cour est incompréhensible.
Cette affaire dure depuis tant d’années !
Quatre mois de plus, ce n’était pas envisageable ? Les interventions médicales fonctionneront ou pas. Si ça ne marche pas, je
ne fais pas de dessin, ce ne sera plus la peine
de le juger… » Avant de rentrer à l’hôpital,
un Tapie amer et fatigué nous avait révélé:
«Le procès? Je m’en fous…» Son avocat, qui
fait avec lui « un point régulier mais rapide
des débats », nous dit qu’il juge «très dure »
la décision de la cour de ne pas accepter le
renvoi mais espère fermement être relaxé.
Tapie nous précise : « Si la juge confirme la
relaxe, ça expliquera pourquoi elle n’a pas
voulu reporter le procès. Moi, je crois plutôt à
cette version. Il n’y a pas la moindre annonce
ou preuve qui peut changer le jugement de
première instance, qui fait 340 pages ! » En
Avec son arrière-petit-fils Hugo,
« le footballeur le plus doué du monde, le futur
Mbappé – mais réservé pour l’OM ! ».
juillet 2019, le tribunal correctionnel avait
balayé les soupçons de fraude sans laisser
au doute la moindre place.
Tapie a regagné son domicile parisien de la
rue des Saints-Pères et a consulté deux fois
l’acupunctrice qui le soulage depuis 2020 de
ses lourds traitements. Mais il a passé ces
derniers jours « sous l’eau », nous raconte-til. Comme son mentor François Mitterrand,
il a un rapport paysan avec les antidouleurs
– il n’en prend qu’en cas de souffrance
extrême. Il préfère laisser travailler sa
« carcasse » amaigrie à fabriquer des anticorps. Lueur d’espoir cependant, son nouveau protocole de soins. « ça lui donne un
but, un espoir qui lui remonte petit à petit
le moral », confie un proche. Le 31 mai,
Bernard Tapie soufflait au téléphone : « Je
suis cassé complet ! Huit heures par jour
au lit, j’ai l’air d’avoir 100 ans… Ce protocole, c’est un programme très lourd. Un
truc expérimental. Plus rien ne marche dans
les traitements classiques. Mais on me donnait deux ans, ça va faire quatre ans en septembre, alors faut pas charrier ! » Au fil de la
conversation, sa voix avait retrouvé toute sa
[SUITEPAGE60]
force.
ArnaudBizot
dU 3 AU 9 JUIn 2021 PARIS MATCH
59
actualité
Exclusif
Extraits dE « LEçons dE viE, dE mort Et d’amour », dE Franz-oLiviEr GiEsbErt
« Depuis l’adolescence, Tapie prie, tous les jours que Dieu fait »
Plaie d’argent…
«J’ai beaucoup appris, reconnaît-il. Là où
j’ai passé ma jeunesse, on ne m’a pas vraiment guidé et, à l’âge adulte, j’ai enchaîné
les conneries en me laissant aller dans le
désir, toujours insatisfait, de la possession
pour la possession. Et puis un jour j’ai commencé à vivre sans mobilier dans ma sublime
maison. Le Crédit lyonnais avait fait saisir
illégalement tous les meubles et ils étaient
sous séquestre. Avec ma femme, on s’est dit:
“N’essayons pas de les récupérer, attendons
de voir comment ça tourne sur le plan judiciaire. Si on perd le procès et qu’il faut les
rendre, ça va être chiant.” On a donc vécu
pendant neuf ans sans un meuble ni une
lampe ! On habitait dans la chambre et on
mangeait dans la cuisine. Eh bien, notre vie
d’avant ne nous a jamais manqué ! Ce fut
une bonne leçon.»
Agressé par quatre «racailles»
[...] Où sont passés l’autorité, le respect ?
Dans la nuit du 3 au 4 avril 2021, alors
qu’il est en week-end à Combs-la-Ville, le
couple Tapie est surpris pendant son sommeil, ligoté, battu et insulté. [...] «Va te faire
enculer!» répond l’une des «racailles» après
avoir menacé les Tapie de «foutre le feu à la
maison» en les y laissant ligotés. Les agresseurs sont finalement repartis quasiment
bredouilles, avec deux montres et quelques
bijoux. «Ils étaient prêts à nous tuer et on est
vivants, dit Tapie. Ce sont les derniers clous
de ma croix. Maintenant je peux entamer
ma résurrection!» Traumatisé par l’extrême
violence exercée contre Dominique, il évoque
la désagrégation de la société : « Ça commence à l’école. Avant, quand tu étais petit
et que tu chahutais en cours, tu te prenais
une beigne du prof et le soir, quand tu rentrais à la maison, bim, ta mère remettait ça.
Aujourd’hui, tout le monde est une victime.
Même les salauds!»
Mea culpa
Entre les dernières nouvelles du cancer, les
tumeurs qui ont doublé de volume ou les
résultats d’une biopsie, j’ai régulièrement
droit, comme biographe, aux pensées du jour,
celle d’un titi qui, sur son lit de douleur,
PaRiS MatcH Du 3 au 9 juin 2021
60
continue d’instruire le procès des classes dirigeantes: «Elles n’ont jamais supporté que je
vive dans l’un des plus beaux hôtels particuliers de Paris, l’hôtel de Cavoye. Nos prétendues “élites” ne sont pas seulement nulles
et pourries, elles veulent tout pour elles et
rien pour les autres, même pas des miettes.
Le système est complètement bloqué, comme
au temps de l’Ancien Régime. C’est pourquoi
tout finira par sauter, un jour ou l’autre.»
Tenez, cette confidence du matin, en sortant
d’un scanner: «J’ai toujours su que ça finirait comme ça et je n’ai donc pas été étonné
quand les ennuis sont tombés sur moi. Je
les avais un peu cherchés, pas vrai ? Surtout parce que je n’ai jamais fait d’efforts.
Dans les affaires, le foot ou la politique, je
me suis presque toujours refusé à fréquenter
les milieux dans lesquels je travaillais: ça me
gonflait. Mais j’ai quand même eu une belle
vie, hein?» Et puis cette confidence du soir,
avant la chimio du lendemain: «J’ai accumulé
les conneries, c’est sûr. J’ai trop affiché mon
bonheur, par exemple. Chez nous, on déteste
l’argent des autres, leur pouvoir, leur gloire.
Alors, quand on ne respecte pas l’adage national: “Pour vivre heureux, vivons cachés”, on
s’expose à toutes sortes de vilenies. Je n’ai
pas le droit de me plaindre.»
Dialogue avec Dieu
S’il n’est pas un pilier d’église, BT prie,
depuis son adolescence, tous les jours que
Dieu fait. «Le matin, quand je me lève, c’est
mon premier geste: je me mets à genoux.»
[...] Moi: Lui parles-tu à haute voix?
Lui: Jamais, et ensuite, je ne raconte rien
de ce qu’on s’est dit, même pas à ma femme,
à qui je dis tout.
Moi: Qu’est-ce que tu Lui demandes?
Lui: Secret personnel.
[...] Moi : Il t’arrive d’évoquer ton cancer
avec Lui?
Lui: Forcément. Je compte sur la médecine,
bien sûr, mais je te dis la vérité: sans Lui, je
ne peux pas gagner ce combat.
Moi: Combien de temps est-ce que ça dure,
une prière?
Franz-Olivier Giesbert et Bernard Tapie dans un studio d’Europe 1, en 2000.
Dans les bras de sa mère, Raymonde. « Ma vraie vie !
Des parents aux arrière-petits-enfants, nous avons eu la chance
de pouvoir tous vivre sous le même toit. »
Lui: Cinq minutes, parfois trente.
Moi: Est-ce que tu as des preuves que Dieu
t’accompagne?
Lui : Sans arrêt. Souvent, j’ai été au fond
du trou, cerné par tous ces gens qui veulent
ma mort, y compris ma mort physique
[...]. À un moment donné, il y a toujours
un fil qui apparaît, une main qui se tend,
une porte qui s’ouvre et hop ! j’échappe à
mes persécuteurs. Ça ne peut pas être que
la chance. [...] Il y a, au-dessus de nous, des
choses qui nous dépassent.
[...] Moi: Tu crois donc à l’immortalité de
l’âme pour aller te recueillir chaque weekend sur la tombe de tes parents, près de ta
maison de campagne de Combs-la-Ville?
Lui: J’ai besoin de les voir, de leur parler,
d’être avec eux. Et puis j’ai aussi des photos de mes quatre enfants près de moi et il
ne se passe pas de semaine sans que je prie
pour au moins l’un d’entre eux. » Soudain,
j’entends un claquement de mâchoires. Son
visage s’est assombri. « Allez, on arrête là,
j’en ai assez dit. Le reste, je le garderai pour
moi, si tu veux bien.»
[...] Il peut parler autant qu’on veut de
lui, de ses combats, même de ses échecs,
mais dès que l’on s’approche de la famille,
de l’enfance, des parents, la pudeur prend
le dessus, il serre les mâchoires et se ferme
comme une moule plongée dans l’eau
bouillante.
« J’avais 11 ans, on campait avec mes parents dans la forêt
de Senlis quand on est tombés sur un renardeau blessé. “On le prend”,
j’ai supplié. Il est resté sept ans chez nous. »
Les larmes…
Le téléphone arabe fonctionnant bien dans
la cité phocéenne, les supporters du club,
c’est-à-dire tout le monde là-bas, savaient
que j’étais en contact avec lui et me demandaient des nouvelles de sa santé. « Diteslui qu’on l’aime et qu’on est avec lui »,
répétaient-ils. Quand je lui transmettais
leurs messages, son regard se mouillait.
Tapie pleure souvent. Les vrais durs sont
de grands émotifs.
[...] Alors que la maladie imprime sa
marque sur sa carcasse, BT ne s’est toujours pas remis de la mort de ses parents,
de ses proches, de ses chiens, de ses petits
chihuahuas comme de ses molosses, les
cane corso. Une pensée pour eux et aussitôt son regard se voile. Il les pleure plusieurs fois par jour. Parfois, il peut même
éclater en sanglots.
… et les regrets
[Bernard Tapie] déjeune avec Mitterrand,
toujours chez Séguéla. [...] Le chef de l’état
est venu, mais à reculons. [...] Il a cependant été convenu qu’il filerait à 14 h 30, il
a une après-midi très chargée. Deux heures
après, il était toujours là. De Mitterrand,
Tapie dit à juste titre : « C’était un buvard. »
[...] « Je sentis, observe [Séguéla], BT chavirer » et, « sans se l’avouer, changer de destin personnel ». [...] « C’est toute l’histoire
de ma vie, dit Tapie. Là encore, je n’avais
rien décidé, je suis entré par la porte qu’on
m’avait ouverte. » Un silence, puis, avec la
lucidité que donnent le temps et le recul :
« Et voilà que commence le parcours politique qui va me conduire à la mort, oui, il
n’y a pas d’autre mot, à ma mort. »
[...] « Sacrifier un grand groupe industriel
comme Adidas pour devenir ministre, c’est
quand même très con, non ? Plus j’y réfléchis, plus je me dis que c’est la vanité qui
m’a tué. Ce n’est même pas un péché d’orgueil, non, c’est ce sentiment débile, stupide,
qu’on appelle la vanité.» [...] Son fils Laurent
se souvient de l’avoir entendu dire un jour,
quand il était au fond du trou : « Dire que
j’avais Adidas. Qu’est-ce que j’ai été con ! »
Alors qu’il ressent les morsures des grands
froids éternels, il ne se le pardonne pas. «J’en
ai fait des conneries dans ma vie mais cellelà, me dit-il, c’est la plus grosse. Tous mes
vrais amis m’avaient mis en garde, pourtant.
Eh bien, je l’ai faite : j’ai laissé tomber l’une
des marques les plus connues du monde,
sponsor des JO, pour un poste éphémère
de ministre [144 jours en 1992 et 1993]. »
[...] Premier Conseil des ministres. [...]
Couvé des yeux par Mitterrand, Tapie est
une attraction. Il discourt sans notes et en
impose, refermant ses classeurs avec ostentation avant de prendre la parole. Aujourd’hui,
il regrette ce geste : « Qu’est-ce [SUITEPAGE62]
« J’ai toujours su que ça finirait comme ça
et je n’ai donc pas été étonné quand les ennuis sont tombés
sur moi. Je les avais un peu cherchés, pas vrai ? […]
Mais j’ai quand même eu une belle vie, hein ? »
actualité
« Je ne veux pas laisser
ma femme aux mains
d’un liquidateur judiciaire.
Je dois la protéger des vautours
et des charognards »
En 1986, au temps du mobilier précieux,
avant les mises sous séquestre. Avec Dominique,
qu’il épousera l’année suivante.
que j’avais besoin de claquer mon classeur
pour montrer aux autres que je les trouvais
bidon, car, moi, je ne lisais pas un texte ?
C’est quand même mon gros défaut, non?»
[...] à peine est-il au gouvernement que les
« affaires » arrivent [...] de partout, comme
les balles et obus à la bataille de Gravelotte,
en 1870. Quatre demandes de levée d’immunité parlementaire en neuf mois, une information judiciaire pour abus de biens sociaux,
une perquisition de la brigade financière à
son domicile, une saisie conservatoire de ses
meubles à la demande du Crédit lyonnais et
j’en passe. [...] à partir de 1994, la classe
politico-médiatico-judiciaire va se déchaîner
contre lui, symbole des «années fric» de l’ère
Mitterrand qui s’achève. Elle entend le purger,
avec tout le reste. [...] Tapie aura donc droit
à une double mise à mort. D’abord, l’assassinat politique perpétré par la droite balladurienne et qu’il résume bien ainsi: «Pour que
je ne sois pas maire de Marseille, il ne faut
pas que je puisse me présenter aux municipales de 1995. Pour que je ne puisse pas me
présenter, il faut que je sois inéligible. Pour
que je sois inéligible, il faut que je sois mis
en liquidation.» [...]
Tapie est né cette année-là, en 1995 : il a
soudain changé de dimension. En tout cas,
à mes yeux. Sans cela, je ne me serais sans
doute pas intéressé à ce point à ce personnage, aussi mirobolant ou charismatique fûtil. Soudain, il passa du statut de «prédateur»,
ce qu’il n’était déjà pas, à celui de victime
expiatoire, condamné à perpétuité, ennemi public numéro un.
« Depuis cette année-là, reprit-il
en baissant la voix, je suis toujours en liquidation de biens.
Aussi incroyable que ça puisse
paraître, je reste un “liquidé” et
je n’ai même pas retrouvé mes
droits civiques, ce qui aurait été
la moindre des choses. Dans la foulée, j’ai
même perdu, tiens-toi bien, mes droits de
paternité. Depuis tout ce temps, l’état m’a
traité comme un grand criminel, un bandit
de grand chemin. Je crois que je suis le seul
cas en France. »
Dominique, son grand amour
à sa sortie de l’armée, en 1964, Tapie
est marié. Il a épousé Michèle, son premier amour. [...] [Ils] ont maintenant deux
enfants: après Nathalie, Stéphane est arrivé.
[...] Leur mariage prend l’eau. Femme de
Tapie n’a jamais été un métier facile mais à
l’époque, c’est comme si on avait épousé un
courant d’air. On le trouve à peu près partout,
sauf chez lui. [...] Un jour, Tapie apprend le
licenciement d’une jeune fille qui travaille au
service «Approvisionnement, Administration
générale» d’une de ses sociétés: elle refusait
les avances de son supérieur. Du #MeToo
avant l’heure. Il l’avait remarquée, même
si, engoncée dans ses chignons et ses jupes
longues, elle faisait tout pour qu’on ne la calcule pas. Il demande à regarder son dossier.
Bien qu’elle ne semble pas passionnée outre
mesure par son travail, tout est parfait : la
ponctualité, l’orthographe, etc. Il convoque
le petit chef indélicat pour une explication
de gravure [...] et lui annonce qu’il transfère
la jeune femme dans son service, sous son
autorité. Elle s’appelle Dominique MialetDamianos et c’est sa future épouse. Tapie
m’a assuré qu’il ne s’était rien passé entre
eux pendant plusieurs mois,
qu’il ne l’aurait même jamais
draguée. Il a néanmoins un
petit béguin mais on ne peut
pas dire que ce soit réciproque.
Venant d’une famille modeste
et rangée du XVIIe arrondissement, Dominique n’est pas du
tout séduite par ce rodomont
« Qu’il s’agisse
de mon cancer ou
de mes démêlés
avec la justice, ma
vie se déroule
comme dans un
film de guerre »
PaRiS MatcH du 3 au 9 Juin 2021
62
qui vient au travail en Ferrari jaune et qui,
quand il entre dans la cour de l’entreprise,
fait ronfler son moteur comme s’il était sur
un circuit de formule 1. Un jour, il décide de
la ferrer : « Je peux vous raccompagner. J’ai
une Ferrari. Êtes-vous déjà montée dans une
Ferrari ? » Alors, Dominique : « Désolée. Mon
fiancé vient me chercher. Il a une Austin.
Je préfère. C’est moins vulgaire. » Et puis
arrive ce voyage à Genève où BT doit animer une soirée pour un client américain.
[...] Il embarque son assistante avec lui :
dans son équipe, elle est la seule bilingue.
Quand il voit arriver Dominique qu’il attend
avant d’aller à la soirée, [...] c’est le coup de
foudre. [...] « Elle n’avait plus de chignon,
ses cheveux étaient défaits. Une métamorphose totale. C’était une bombe atomique.»
[...] « Après la soirée, j’ai invité Dominique
dans ma suite et je lui ai fait le coup du
piano. On a bu un verre, puis deux, et je lui
ai joué plein d’airs que je connaissais, au
grand dam du concierge de l’hôtel qui m’a
rappelé à l’ordre: “Monsieur, il est plus d’une
heure du matin, vos voisins se plaignent.
Ne pourriez-vous pas jouer un peu moins
fort ?” Il ne s’est rien passé entre nous ce
soir-là. Après, on ne s’est plus quittés, on
est devenus fusionnels et ça fait près d’un
demi-siècle que ça dure. »
[...] Le voici, soudain, converti à la fidélité:
«Je n’ai aucun mérite. Quand tu as trouvé ce
que tu cherches et qui te remplit le cœur, le
cerveau, le reste, pourquoi aller voir ailleurs?»
Sur ce plan, désormais, Tapie n’est plus Tapie:
il vivra tout le temps avec Dominique qu’il
épousera et avec laquelle il aura deux enfants,
Laurent et Sophie. Surtout, elle exercera une
réelle influence sur lui qui, pourtant, semble
laisser rarement de prise. D’une discrétion
totale mais souriante, elle est sans doute la
seule personne qu’il écoute vraiment: l’Alter
Ego. [...] « Il faut que je tienne jusqu’au
procès, dit Tapie. Il y a certes mon honneur
à défendre mais je ne veux pas laisser non plus
ma femme aux mains d’un liquidateur judiciaire qui a essayé de nous couper l’électricité
alors qu’on la payait. Je dois la protéger des
vautours, des charognards.»
Le combat contre le cancer
J’ai longtemps cherché à percer le secret de
son aptitude à la survie jusqu’à ce qu’il me
donne un jour une piste sans le savoir. BT
parle souvent des chiens. C’est même devenu
peu à peu l’un de nos sujets de conversation
favoris [...]. «Avec ma femme, on en a eu au
moins cinquante, dit-il. Ils sont tous enterrés
dans le jardin de Combs-la-Ville. Avec une
tombe et leur nom dessus. évidemment, il
y en a qui nous ont plus marqués que les
autres. Boboy, par exemple. Tous les weekends, je vais me recueillir sur sa tombe, dans
notre maison de campagne. Quelques pierres
avec une plaque dessus.»
Un jour que je lui demandais ce qui
était écrit, il me fusilla du regard : « C’est
personnel. »
La première fois qu’il m’a parlé de Boboy,
il m’a montré des photos de lui sur son
portable, l’air ému, comme si c’était un
enfant ou une ancienne amourette. Elles
avaient été prises par Dominique pendant
que le chien et lui dormaient, bras dessus,
bras dessous, sous les draps, amants improbables. «Il préférait ma femme, dit-il, mais du
jour où il a senti que j’étais affaibli, il a commencé à s’occuper de moi, et pas qu’un peu.»
Boboy était un cane corso, race de molosses
athlétiques d’origine italienne [...] « Après
l’opération de l’estomac et de l’œsophage,
chaque fois que j’avais des coups de pompe,
il se couchait près de moi sur le canapé, je
le prenais dans les bras et, un quart d’heure
après, j’avais retrouvé la forme, l’énergie.»
[...] « Qu’il s’agisse de mon cancer ou
de mes démêlés avec la justice, ma vie se
déroule comme dans un film de guerre, sur
un piton rocheux, cerné de toutes parts. »
[...] Il ne fait rien comme tout le monde.
Quand Tapie a mal, il ne prend pas d’antidouleurs. [...] « Je ne veux pas abandonner
aux médicaments ma résistance à la douleur, aux inflammations, aux infections.
Quand on me fait une chimio, par exemple,
je veille à ce qu’on ne me mette jamais de
cortisone dedans. » Qu’importe s’il souffre
le martyre, pourvu que son corps ne baisse
pas la garde, qu’il reste fort, sans aide extérieure, face à l’ennemi. Il n’appartient pas à
la civilisation Doliprane. Souvent, sa voix est
faible, oppressée. Mais quand Tapie parle,
son corps, même amaigri, ne semble pas
atteint : il se lève, s’assoit, se relève, fait les
cent pas et de grands gestes du bras. [...] Son
fils cadet, Laurent, raconte que la première
fois qu’il a pu rendre visite à son père à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, après son ablation d’une grande partie de l’œsophage et
des trois quarts de l’estomac, une opération
lourde qui a duré cinq heures, il l’a surpris,
agrippé aux barres du lit, en train de faire des
pompes sur le dos, dans son lit. [...] Laurent
aime citer les mots d’une infirmière [...] : «À
près de 75 ans, il a mieux cicatrisé en une
semaine qu’un mec de 50 en trois semaines.
Il vient d’une autre planète. »
[...] Il décide même, à la fin de l’été 2018,
un an après la découverte de son cancer,
d’arrêter les chimios, sous prétexte qu’il ne
les supporte pas [...]. « Après [...], je n’ai
plus eu de nouvelles de mon cancer qui,
apparemment, était parti. Tous les trois mois,
pour vérifier, on me faisait faire un scanner
et il n’y avait rien. En mai 2019, au quatrième scanner, toujours rien. J’étais heureux. Champagne ! Douze jours après ce
scanner, je me réveille et je n’ai plus de voix.
On me fait une ponction: un ganglion plein
de métastases paralyse une corde vocale.
Dans la foulée, on me fait un TEP-scan qui
consiste à injecter du sucre fluoré, légèrement
radioactif, pour repérer les cellules cancé-
reuses, qui adorent le sucre. Et voilà qu’on
découvre deux autres récidives, ce qui fait
trois métastases en tout. Les autorités médicales de notre pays ont décidé que tout allait
bien tant que les ganglions ne faisaient pas
plus d’un centimètre. C’est une connerie. Si
la tumeur ne m’avait pas rendu muet, le cancer aurait explosé avant le scanner suivant,
prévu en octobre.» [...]
La mort en face
Tapie en parle comme s’il vivait en concubinage avec elle. Mais il ne la laisse jamais
prendre le contrôle de sa vie, de sa tête. Sans
cesse, il élargit devant lui l’horizon qu’elle
devrait rétrécir peu à peu. Souvent, quand je
sors de son hôtel particulier, secoué comme
un arbre après la tempête, je me dis que je
n’aimerais pas être à la place de son cancer.
[...] La maladie a embelli Tapie. Elle l’a
beaucoup amaigri, j’allais dire purifié, tandis
qu’apparaissaient dans leur vérité des rides
qui pouvaient passer pour les premières morsures de la mort.
[...] La Ferrari n’est plus ce qu’elle était.
Parfois, quand il me téléphone, il me semble
que Tapie est très loin, à moitié parti – cette
sale tumeur continue de manger sa corde
vocale –, et, devant tant d’obstination à
vivre, les yeux s’embrument : jamais il ne
se rendra. Il mourra vivant, ce qu’on peut
faire de mieux.
Dans son hôtel
particulier
de la rue des SaintsPères, en 2018.
« Bernard Tapie.
Leçons de vie, de mort
et d’amour »,
de Franz-Olivier Giesbert,
Les Presses de la Cité,
360 pages, 21,90 euros.
Parution le 10 juin.
Au palais de
l’amour avec Lauren
Sanchez, sa nouvelle
compagne, le
21 janvier 2020.
Jeff
Bezos
Pourquoi
le nabab
d’amazon
fait son
cin ma
Se sent-il aussi puissant que Shah
Jahan, l’empereur moghol qui édifia
le Taj Mahal et se proclama « roi du
monde » ? Grâce au rachat de la
MGM, le studio hollywoodien aux
4 000 films et 17 000 contenus
télé, l’homme le plus riche du monde
dispose d’un atout maître dans la
« guerre du streaming ». Mais si son
empire émerge de la pandémie plus
dominant que jamais, les critiques à
l’encontre du tycoon, qui quittera son
poste de P-dG d’Amazon en juillet,
suivent la même courbe. Ascendante.
Photo pawan sharma
Récit romain Clergeat
du 00 MOIS 2021 PARIS MATCH
65
À Saint-Tropez
avec Lauren, sur
le yacht d’un
ami, en août 2019.
Le début d’une
nouvelle vie de
jet-setteur.
il n’arrive pas à Hollywood pour faire de la figuration.
Cette année, il va investir 15 milliards de dollars pour tailler
des croupières à netflix et disney
J
«
e veux mon “Game of Thrones” ! »
Dans les oreilles de Roy Price, le patron
d’Amazon Studios, la phrase cingle. La
scène se passe fin 2016 et depuis cinq
minutes déjà, Jeff Bezos, son boss, ne
l’écoute plus. Il a beau lui réciter avec
enthousiasme la liste des productions
réalisées depuis deux ans, l’énumération
de films et de séries décalées qui doivent
permettre à Amazon de se distinguer de son concurrent
Netflix le désespère. Il répète : « Je veux mon “Game of
Thrones” ! » Il est clair qu’une saillie va bientôt tomber. Froide. Comme celles dont Bezos est si friand. Sa
préférée ? « Où est le rapport de l’équipe A ? Parce que
celui de l’équipe B est grotesque. »
Le staff semble ne pas bien comprendre ce qui se
joue : la lutte entre les plateformes de diffusion (ou
streaming) va devenir brutale. Les audiences télé
déclinent et les salles de cinéma ferment. Sans parler
des habitudes prises pendant la pandémie. Les gens
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
66
veulent consommer de l’audiovisuel chez eux. Quand ils veulent.
Et pour les satisfaire, il faut leur proposer des nouveautés. Qui
leur donnent envie de revenir et, donc, de rester dans l’univers
d’Amazon.Glaner un Oscar par-ci par-là, comme pour « Manchester by the Sea », c’est bien. Pour l’image, surtout. Mais personne
n’a envie de s’abonner pour regarder la vie d’un solitaire dépressif. En revanche, pour suivre semaine après semaine et année
après année des aventures pleines de fureur, de sexe et de luttes
pour le pouvoir, si !
Sitôt la réunion terminée, c’est le branle-bas de combat au sein
de d’Amazon Sudios. On a compris le message. Quelques mois
plus tard, la nouvelle tombe : Amazon va produire une série adaptée du « Seigneur des anneaux » pour un budget de 200 millions
de dollars par saison. Cinq sont prévues. Un programme à 1 milliard de dollars, donc. Un milliard, le nombre de spectateurs qui
ont regardé « Game of Thrones » pendant huit ans. Ça, ça plaît
à Jeff Bezos. Il n’est pas venu dans le monde du cinéma pour
faire de la figuration. Il veut faire de Prime Video « le quatrième
pilier » d’Amazon. Avec le cloud, la vente en ligne et le service
de livraison.
actualité
Amazon va dépenser des milliards de dollars pour ses programmes
dans les années qui suivent (4,5 en 2018, 11 en 2020) et prévoit de
monter à 15 en 2021. Pour donner envie aux gens de s’abonner à
Prime Video. Dans quel but ? Chez Netflix, Disney ou Apple TV,
un client content après un bon film ou l’épisode d’une série va
se coucher le sourire aux lèvres. Sur Prime Video, il lui arrive en
plus de faire un petit tour sur Amazon (11 000 dollars d’achats par
seconde dans le monde !), histoire de se procurer quelque chose
dont il n’a certainement pas besoin mais qu’il recevra en vingtquatre heures, un autre avantage du service Prime. Les chiffres
parlent d’eux-mêmes: en 2016, les clients Prime ont dépensé 560%
de plus que ceux qui n’avaient pas souscrit à l’offre. « Ses membres
achètent plus que les non-membres. Et l’une des raisons à cela,
c’est qu’une fois la souscription annuelle payée [49 euros en France
pour de la musique en streaming avec Prime Music, 2 000 films
et séries avec Prime Video, des livraisons express, etc.] ils se
demandent : comment est-ce que je peux tirer le meilleur parti
de ce programme ? Et ils achètent plus. » Ce n’est pas un analyste
financier qui le dit, mais Jeff Bezos lui-même. On comprend pourquoi le P-DG d’Amazon tient à attirer de nouveaux clients. Prime
Video est sa meilleure vitrine. Amazon Prime compte aujourd’hui
150 millions de membres. Non seulement il faut garder ceux-là,
mais aussi en conquérir de nouveaux. Si possible en piquant ceux
des autres. Disney (100 millions d’abonnés) ou Netflix
(200 millions), par exemple.
Le streaming est un ogre insatiable qui, vingt-quatre
heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, réclame de
nouveaux contenus à mettre dans le tuyau de diffusion.
Or, les idées ne sont pas inépuisables, les techniciens
sur le marché non plus, et les acteurs bankable, pas davantage.
Raison pour laquelle, lorsque le catalogue de la MGM a été mis sur
le marché en décembre par le fonds de pension qui le possédait,
Jeff Bezos a vu une occasion qu’il ne pouvait pas laisser passer. À
n’importe quel prix. Valorisé en Bourse à 1 600 milliards de dollars
et fort de ses dizaines de milliards de cash, Amazon se savait bien
placé. À son bataillon d’avocats et de négociateurs, Bezos n’avait
donné qu’une consigne: « Il nous le faut. » Démarrées à 5 milliards,
les enchères sont montées à près de 9 milliards, et Jeff Bezos a
fini par essorer ses concurrents. Dont Apple.
Les experts estiment que James Bond vaut à lui seul la moitié de
ce prix. Surtout pour son potentiel. Bien davantage que le catalogue
des grands classiques, ce sont leurs déclinaisons qui intéressent
Bezos et ses concurrents. D’où vient James Bond et quelle était
sa jeunesse ? Une douzaine d’épisodes, pour commencer, pourront remplir sur ce sujet la grille des nouveaux programmes. Quel
genre d’étudiant était Hannibal Lecter du « Silence des agneaux »,
également au catalogue de la MGM ?
Amazon ne compte pas s’arrêter là. Car s’il est un domaine qui
génère de nombreuses heures de programmes avec un suspense
quasi garanti et une régularité implacable, année après année, c’est
le sport, lui aussi en passe d’être « amazoné ». Ceux qui voudront
regarder les matchs en soirée de Roland-Garros vont s’en apercevoir dès cette semaine. Les passionnés de football américain,
un soir par semaine, également. Amazon étend sa toile et affole
désormais les acteurs traditionnels. Pour l’instant, le sport le plus
populaire, le football, est un trop gros morceau, trop voyant, d’autant qu’Amazon doit se défendre, dans de nombreux pays, d’accusations d’abus de position dominante. Mais demain…
Jeff Bezos, qui a commencé par empaqueter des livres
dans son garage avant de faire d’Amazon le « supermarché mondial », est désormais assis sur un tas d’or.
Près de 180 milliards de dollars. Les 38 milliards qu’il
a dû donner à son ex-femme MacKenzie ont déjà été
effacés « grâce » à la pandémie qui, en 2020, a vu l’activité d’Amazon augmenter de 38 %.C’est pourquoi, il
y a quelques semaines, son annonce de se retirer de
son poste de P-DG en a surpris plus d’un. « Être P-DG
d’Amazon est une grande responsabilité et ça vous
bouffe, écrit-il dans un mail envoyé à ses employés.
C’est difficile de se consacrer à d’autres choses.» Et des
« autres choses », Jeff Bezos en a plein. À commencer
par Blue Origin, sa société qui va envoyer le 20 juillet
son premier touriste dans l’espace, sa vraie passion.
Un exploit qui s’affichera sans nul doute en une des
journaux du monde entier. Et, donc, du « Washington
Post », qu’il possède.
Redorer son image prendra aussi du temps. Car le
patron d’Amazon collectionne les rancœurs. Celles des
employés mécontents de leurs conditions de travail,
ou celles des régulateurs qui l’accusent d’adopter, face
à ses fournisseurs, la stratégie du léopard face à la
gazelle : épuiser la proie par sa puissance
avant de la dévorer. Sans discuter la sincérité de son engagement, la création du Bezos
Earth Fund (doté de 10 milliards de dollars),
pour lutter contre le changement climatique,
et du Bezos Day One Fund (2 milliards de
dollars), pour aider les plus démunis, ne nuira pas à
l’objectif : adoucir sa réputation de milliardaire à sang
froid. Une évolution à laquelle participe également sa
nouvelle compagne au tempérament flamboyant, Lauren Sanchez, ancienne présentatrice, maintenant à la
tête d’une société de production audiovisuelle aérienne.
À ses côtés, Bezos a troqué son look triste, marqué
par le goût de la discrétion, pour des vestes à fleurs
et des sorties dans la jet-set. On les voit aux Oscars, à
Saint-Barth, à Portofino, aux soirées organisées dans
sa nouvelle villa à Beverly Hills (achetée 165 millions
de dollars !) ou dans son triplex new-yorkais (80 millions de dollars). Et bientôt sur son yacht, pour l’instant baptisé « Project 721 ». Sur ce sujet, on en sait peu
sinon qu’il va lui coûter 500 millions de dollars, et qu’il
sera si imposant qu’il devra être escorté en permanence
d’un bateau d’assistance !
Jeff Bezos demeure président du conseil d’administration et sera remplacé par Andy Jassy, longtemps son
éminence grise, patron de la division cloud (un secteur
moins connu, mais celui qui rapporte le plus car même
Netflix héberge ses data chez Amazon !). Mais Bezos
veut rester léger. Lui qui répète à ses managers que
« si deux pizzas ne suffisent pas à nourrir une équipe,
c’est que celle-ci est trop grosse » a désormais 1,3 million d’employés à travers le monde! Les anchois ont du
souci à se faire… Et ceux qui ne voudront pas passer
par Amazon pour s’alimenter, se cultiver, se distraire,
héberger leurs données… aussi.
Romain Clergeat
Le sport,
lui aussi, est en
passe d’être
« amazoné »
du 3 au 9 juin 2021 PaRiS MatcH
67
Bi lorussie
Il faut sauver le soldat
ProtassevItch
Pour arrêter ce journaliste de 26 ans, un avion avec 171 passagers
à son bord a été détourné. depuis, entre l’union européenne, la
Biélorussie et son allié russe, un bras de fer a commencé dans les
airs et se poursuit sur terre. À vilnius, en lituanie, où roman Protassevitch vivait en exil, nous avons rencontré ceux qui se battent
à ses côtés. leur seul espoir pour faire plier le régime d’alexandre
loukachenko : des sanctions économiques internationales.
RepoRtage Émilie Blachere
Alors qu’il couvrait une
manifestation à Minsk, en 2017.
Accusé d’être « impliqué
dans une activité terroriste »
depuis 2020, il encourt
désormais la peine de mort.
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
69
Chez lui, en 1994,
avec deux de ses trois fils,
Dmitri (à g.) et Victor.
Orphelin, élevé à
la campagne, rustique
et brutal, le camarade
président Loukachenko
a toujours le style
« guerre froide »
Comme Staline, on le surnomme
le « petit père ». Comme
Khrouchtchev, il joue la carte du
bon sens paysan en se mettant
en scène dans un champ. Ce
nostalgique de l’URSS, au pouvoir
depuis plus d’un quart de siècle,
a su se rendre populaire en
conservant le plein-emploi et un
système social généreux. Mais la
férocité de sa répression contre
une jeunesse attirée par les démocraties européennes lève le voile
sur des méthodes d’un autre âge.
La récolte de pommes de terre,
en 2015, dans sa résidence officielle de Drozdy,
à quelques kilomètres de Minsk.
PARIS MATCH dU 3 aU 9 jUin 2021
70
En grand uniforme, son fils,
Nikolaï, 7 ans, lors du défilé de la fête
de l’Indépendance 2011, à Minsk.
Armé d’un fusil automatique près du
Palais de l’indépendance, pendant les grandes
manifestations de l’opposition d’août 2020.
Avec Vladimir Poutine avant un match
de hockey sur glace à Sotchi en 2019 et le 29 mai
dernier sur la mer Noire.
Au dix-huitième sommet
de l’Organisation de coopération
de Shanghai, en 2018.
Inspection des bagages du Boeing 737-8AS de Ryanair
dans lequel se trouve Roman Protassevitch. Une « alerte à la
bombe » l’a obligé à se poser à l’aéroport de Minsk, le 23 mai.
Dans une vidéo diffusée
par la télévision publique,
le 24 mai, l’opposant
détenu à Minsk dit être
« passé aux aveux
concernant l’organisation
de troubles massifs ».
Extrait d’une vidéo
prise depuis l’avion après
l’atterrissage forcé.
ACTuAlITé
Lorsqu’il comprend que le détournement
le vise, Roman garde assez de sang-froid pour effacer
de son ordinateur les documents
compromettants pour ses amis dissidents
De notre envoyée spéciale en Lituanie
Vilnius, dans son studio d’enregistrement télé, la journaliste
Katsiaryna Yerusalimskaya a
les traits minés par l’inquiétude et un regard embué mais
incisif. Roman Protassevitch,
qui vient d’être spectaculairement arrêté, est son excompagnon : « C’est un
choc terrible, je pleure tout le temps. Avec
ses parents, nous redoutons le pire. En prison, Roman risque sa vie tous les jours pour
avoir fait son métier… » Photojournaliste,
il fait l’objet de poursuites pour terrorisme
depuis le 19 novembre 2020. Les autorités
biélorusses le considèrent comme l’un des
fers de lance de la guerre menée « depuis
l’étranger » par les opposants au régime
d’Alexandre Loukachenko.
Dimanche 23 mai, un avion de chasse
MiG-29 biélorusse armé de deux missiles
interceptait, au-dessus de son espace
aérien, un Boeing 737 Ryanair en provenance d’Athènes. À son bord, 171 passagers,
parmi lesquels Roman Protassevitch et sa
nouvelle petite amie, Sofia Sapega, 23 ans,
étudiante russe en droit à l’Université européenne des sciences humaines. Après deux
semaines de vacances, le couple
croyait rentrer à Vilnius. Mais, au
prétexte d’une alerte à la bombe
du Hamas, leur avion se pose à
Minsk : le leurre a fonctionné.
« À l’aéroport, le comportement
de trois passagers avait éveillé
les soupçons de Roman, confie Katsiaryna.
Lorsqu’il a compris, il a blêmi, songeant qu’il
encourait la peine de mort. Mais il a gardé
assez de sang-froid pour effacer de son ordinateur tous les documents compromettants
pour les dissidents. Il nous a sauvés!» Dans
son fauteuil en cuir, ses genoux tremblent…
Séparée de Roman depuis mars, elle aurait dû
se trouver à ses côtés dans ce maudit avion.
«Traqués par le régime, nous avons fui nos
familles, nos amis, notre pays. En Europe,
nous pensions trouver un asile sûr, à l’abri
de la tyrannie… On s’est trompés: le monde
découvre aujourd’hui ce dont Loukachenko
est capable pour écraser ses ennemis.»
En vingt-six ans de règne, Loukachenko
s’est fait ériger seize palais ! Le 10 juillet 1994, un an après la naissance de Roman
Protassevitch, il s’imposait comme le premier
président de la République de cette jeune
nation indépendante peinant à se rebâtir
dans les décombres de l’ancienne URSS. Il
jure alors qu’il va éradiquer la corruption qui
gangrène la classe politique ; 1,82 mètre, la
silhouette lourde, le visage fermé, cet ancien
directeur de sovkhoz – ferme d’État collective – a la réputation d’être froid, brutal. Né
dans un milieu rural rude, nourri dans le
sérail du parti communiste, aussi imperméable au nationalisme qu’aux idées libérales, il est d’abord populaire auprès des
ouvriers et des agriculteurs. Son régime
est à son image: autoritaire, centralisé, aux
mains des forces de l’ordre agressives. Les
années passent, l’homme perdure, entretenant la nostalgie des années soviétiques :
il rétablit le russe comme langue officielle,
se montre paternaliste envers la
classe ouvrière. Grâce à l’appui
financier de la Russie, il subventionne les usines en ruine,
épargne des milliers d’emplois,
stabilise l’économie et assure
l’ordre. Selon le Programme
des Nations unies pour le développement,
l’indicateur d’inégalités en Biélorussie est
l’un des plus bas d’Europe. Mais « Batka »,
comme on le désigne, «papa», assujettit aussi
son peuple. Trois de ses adversaires disparaissent entre 1999 et 2000, probablement
éliminés. Débarrassé de son opposition, il
triomphe à chaque élection, [SUITEPAGE74]
En ht, Natalia Protassevitch, la mère du journaliste,
lors d’une conférence de presse à Varsovie, le 27 mai.
En vingt-six ans
de règne,
Loukachenko
s’est fait ériger
seize palais
Le dissident avec Sofia Sapega,
une étudiante russe arrêtée avec lui.
dU 3 AU 9 jUIn 2021 PARIS MATCH
73
1. Svetlana Tikhanovskaïa,
leader du mouvement Biélorussie
démocratique, à une manifestation devant
les anciens locaux du KGB à Vilnius,
le 29 mai. Elle tient la photo de son mari,
emprisonné depuis mai 2020.
2. À Minsk, face à la police
biélorusse, des dizaines de milliers
de personnes protestent contre
les fraudes lors de l’élection présidentielle
d’août 2020.
3. Les couleurs inerdites. Roman
Protassevitch lors d’une manifestation
pour la liberté, à Minsk en 2012.
Si Loukachenko
imagine avoir décapité
l’opposition,
c’est raté. Partout
en Europe,
elle s’organise à travers
des messageries
cryptées
Katsiaryna Yerusalimskaya (au centre),
journaliste, dans un studio de Malanka, la
chaîne d’opposition biélorusse pour
laquelle elle travaille, à Vilnius le 28 mai.
À g., Roman Protassevitch
et Katsiaryna en 2020. À dr., Roman,
15 ans et déjà dissident, en 2011.
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
74
1
jusqu’à supprimer en 2004 la limitation
du nombre de ses mandats : il en cumule
six jusqu’à aujourd’hui, se moquant de
sanctions européennes censées le ramener
sur le chemin de la démocratie. En 2005,
Condoleezza Rice, secrétaire d’État américaine de George W. Bush, le qualifiait de
« dernier dictateur d’Europe », ses services
de sécurité qui gardent le doux nom de
KGB musellent citoyens et médias. Pourtant,
en 2010, Loukachenko essuie un premier
revers: des milliers de Biélorusses protestent
contre la fraude ayant mené à sa réélection.
Roman Protassevitch, visage poupin, regard
révolté, avance parmi ceux-là. Un Gavroche
de 15 ans à peine. Sur le réseau social
VKontakte, il anime deux sites d’information
dont le très efficace «Nous sommes fatigués
de Loukachenko » qui appelle au boycott
des législatives. En septembre 2012, toujours mineur, il est arrêté. Frappé aux reins,
au foie, il refuse de livrer ses codes d’accès,
même quand on menace de lui faire endosser
des meurtres non élucidés. Il ressort cabossé
mais sans rien avoir perdu de son courage.
Les réprimandes de son père, lieutenantcolonel, ou de sa mère, professeure de mathématiques à l’académie militaire, ne le font pas
davantage rentrer dans le rang. «C’est impossible pour Roman de rester indifférent à la
répression, jure un de ses proches, réfugié en
Ukraine. C’est un pro des nouvelles technologies. Il se bat, peu importent les risques.»
Expulsé de son lycée, puis de l’université où
il étudie le journalisme, Roman Protassevitch
rejoint à 17 ans des organes de communication dissidents, discrets, structurés. Les photos qu’il leur fournit dénoncent la répression
ACTuAlITé
2
violente, les arrestations arbitraires, mais
aussi la guerre du Donbass opposant les
Ukrainiens à Vladimir Poutine. «Entre 2014
et 2015, il a couvert la révolution de Maïdan,
puis le front auprès des soldats ukrainiens,
poursuit son ami. Embarqué dans différents
bataillons dont celui d’Azov [unité paramilitaire régulièrement accusée d’être néonazie], il était en première ligne. Il a même
été blessé. » Cette année 2015, le président
Loukachenko joue les médiateurs dans ce
conflit. En faisant libérer des prisonniers politiques, il regagne les faveurs de l’Europe, et la
levée des sanctions… Une accalmie de courte
durée. Les vagues de contestation se succèdent, plus ou moins brutalement réprimées.
Des dizaines de dissidents ont le choix entre
la prison et l’expulsion. Ils vont en Ukraine,
en Pologne ou en Lituanie, où près de 4000
3
d’entre eux trouvent refuge dans des hôtels.
Comme Margarita Levchuk, célèbre cantatrice: «Je suis arrivée en octobre 2020 pour
deux semaines et n’en suis jamais repartie.
Mes parents, restés au pays, font encore l’objet de menaces, mais on tient. Si je rentre, on
me jettera en prison.»
Loukachenko pense avoir décapité l’opposition, elle s’organise à sa porte, via des messageries cryptées. De mars à octobre 2020,
Roman Protassevitch dirige, depuis Vilnius,
Nexta, une chaîne de médias diffusée via
l’application cryptée Telegram ; deux millions de personnes la suivent. Remarqué pour
son abnégation, sa force de travail, il devient
rédacteur en chef de la chaîne web Belarus
of the Brain. Avec son insolence, ses dénonciations, ses encouragements à la révolte,
il se met le dictateur et ses sbires à dos.
L’opposition, qui jusque-là se
cantonnait à Minsk, gagne la banlieue, les campagnes, se répand
dans toutes les classes sociales.
«En 2020, Loukachenko a accumulé les scandales, explique
depuis Vilnius Andreï Stryzhak,
cofondateur du fonds de solidarité Bysol. Il
a taxé les chômeurs, minimisé l’ampleur de
la pandémie du Covid, emprisonné sans procès ses adversaires et truqué la dernière présidentielle, s’octroyant 80,23% des voix…»
Cette fraude de trop va déclencher trois nuits
de terreur au cours desquelles s’affrontent,
dans une violence inouïe, citoyens et forces
de l’ordre. À Minsk, il est désormais interdit d’arborer le rouge et blanc, symboles de
l’indépendance et de la lutte pour la démocratie. «Porter des chaussettes à ces couleurs
est un motif d’interpellation, jure Andreï.
Arborer un drapeau à son balcon est passible de 2000 euros d’amende, soit dix fois le
salaire moyen mensuel.» Selon le ministère
de l’Intérieur, durant les quatre premiers jours
de rébellion ayant suivi l’élection, 6700 per-
sonnes, parmi lesquelles des mineurs, ont
été arrêtées. Des centaines d’autres auraient,
depuis, disparu. Le petit ami de Sacha est
emprisonné depuis juin : « Le jour, on lui
interdit de s’allonger. La nuit, on l’empêche
de dormir.» Un rapport d’Amnesty International, daté de janvier, révèle des centres de
détention transformés en salle de torture
avec des prisonniers « assoiffés, affamés,
déshabillés, forcés de s’agenouiller pour
écouter les cris des victimes». «C’est un État
de non-droit», accuse Alexander Artemyev,
porte-parole de l’ONG pour l’Europe de l’Est
et l’Asie centrale.
«Nous connaissons vos visages et ce n’est
qu’une question de temps avant que vous
ne soyez amenés à rendre des comptes au
peuple biélorusse», vocifère Loukachenko à
l’adresse de ses ennemis. Au prétexte d’endiguer la pandémie, les frontières
vers la Lituanie et la Pologne ont
été fermées, tandis que celles
vers la Russie restent ouvertes.
À Vilnius, depuis l’arrestation
de Roman Protassevitch, la paranoïa et la peur gagnent la diaspora. Pourtant le combat continue. Svetlana
Tikhanovskaïa, 38 ans, leader de la Biélorussie démocratique, le mène en première ligne.
Elle nous montre la photo de son mari, incarcéré depuis mai 2020 : « Aussi scandaleuse
soit l’arrestation de Roman, elle a le mérite
de braquer les projecteurs sur la Biélorussie.»
Invitée d’Emmanuel Macron en Angleterre
où se tiendra du 11 au 13 juin le G7, elle
ira porter la voix de ceux qui, comme
Roman Protassevitch, espèrent encore une
levée massive de boucliers internationale.
Katsiaryna aussi s’accroche à son rêve: «La
détention de Roman conduira peut-être à la
destitution de Loukachenko et à la libération de notre pays.» Quand elle songe à son
calvaire en détention, c’est le seul espoir qui
puisse sécher ses larmes.
Émilie Blachere
Ceux qui espèrent
encore attendent
une levée massive
de boucliers
internationale
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
75
EsthEr Duflo
un cerveau qui
nous chappe
À 40 ans, elle conseillait le président obama. sept ans plus
tard, en 2019, elle décrochait le prix nobel d’économie. cette
tête chercheuse vit depuis vingt-cinq ans aux États-unis. pour
la convaincre de revenir, la France déploie aujourd’hui une
campagne de séduction massive dont nous vous racontons
les coulisses. rencontre avec celle qui réclame plus de solidarité sur les politiques de vaccination, mais qui juge dangereux
d’annuler la dette.
photo bryce vickmark / EnquêtE Émilie lanez
Lauréats. Avec son mari
et ancien professeur, Abhijit Banerjee,
à Cambridge le 14 octobre 2019:
le couple et leur collègue Michael Kremer
venaient de se voir attribuer la
plus prestigieuse des distinctions.
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
77
Le 10 décembre 2019,
au Stockholm Concert Hall,
le roi Carl Gustaf remet le
prix à Esther Duflo, vêtue d’un
sari en hommage à l’Inde.
actualité
Trois écoles parisiennes lui offrent un poste
universitaire à sa démesure, mais ne peuvent rivaliser
avec les 500 000 dollars qu’un
professeur comme elle toucherait à Boston
eux fois quarante-cinq minutes en
vidéo, exclusivement des questions
à propos de la pandémie, aucun
propos personnel et interdiction
d’évoquer son retour en France, pourtant à l’étude. À ces conditions, non négociables, Esther Duflo,
la plus jeune lauréate du prix Nobel d’économie (en 2019), l’une
des deux seules femmes et première Française à recevoir cette
distinction, déroule son exposé, casque audio collé aux oreilles.
Front plissé, sourires furtifs, elle parle vite. Paragraphe 1, point 2,
chapitre suivant, documents en pièce jointe et c’est plié. On tente
quelques incursions : l’amoureuse de Bach joue-t-elle toujours du
violoncelle ? Non, mais sa fille l’apprend. Et l’escalade ? Moins le
temps. Tennis plus commode. Fin de l’entretien. Plus tard, dans
un mail, elle répétera refuser l’exercice du portrait et nous enjoindra de cesser de contacter ses amis.
Il est vrai que notre championne mondiale des sciences
économiques n’est réputée ni pour sa souplesse ni pour sa coquetterie. À ce tempérament s’ajoute le calendrier épidémique, vécu
par elle comme une tragédie planétaire et intime. Depuis cet hiver,
elle ne sort presque plus, claquemurée dans son appartement
proche de la Bastille. Abhijit Banerjee, son mari et colauréat du
Nobel, souffrant d’une comorbidité, elle redoute la contagion. Mais
c’est surtout le sort de l’Inde et de ses 300 000 morts du Covid
qui la révolte – « Toutes nos connaissances là-bas sont malades »,
dit-elle –, car ce chaos implique l’effondrement d’une partie de
la production mondiale de vaccins qu’assurait le géant Serum
Institute of India, avec ses 70 millions de doses chaque mois. Une
diminution de l’offre couplée à l’émergence de variants dont elle
redoute la propagation vers le continent africain. «Les Occidentaux,
15 % de la population mondiale, ont administré 45 % des vaccins
existants à leurs ressortissants, tandis que la moitié de la population mondiale n’a reçu que 17 % des doses et l’Afrique à peine
1,8 %, expose-t-elle. Mais nous sommes un monde commun, pourquoi les pays riches sont-ils si lâches ? » Ce ratio l’obsède car la
pauvreté est sa grande affaire depuis vingt-cinq ans. Sa passion,
sa mission et le sujet de sa gloire académique.
Pour renouer le fil de son parcours de bolide, il nous faut revenir
en 1972, à Asnières. Famille de protestants votant à gauche, père
professeur de mathématiques à Normale sup, mère pédiatre, vaccinant bénévolement en Amérique latine. Une fratrie de trois,
tous scouts et membres du Centre 72, un mouvement d’entraide
paroissial. L’aîné, Colas, futur professeur de littérature du XVIIIe,
la benjamine, Annie, qui deviendra spécialiste de l’Inde, et au
milieu Esther, petite fusée aux airs de garçonne. Quand [SUITEPAGE80]
En Inde, où se tiennent la plupart
des expérimentations sur la lutte contre
la pauvreté menées par J-PAL,
le laboratoire créé par le couple en 2003.
dU 3 AU 9 jUIn 2021 PaRiS MatcH
79
ACTuAlITé
le pasteur demande de dessiner le passage de la Bible
consacré à l’échelle de Jacob, un petit lève la main :
peut-il peindre des anges ailés ? La réplique du futur
Nobel claque : « S’il y avait des anges pour monter au
ciel, à quoi servirait l’échelle ? » Et toc. Déjà, sa logique
dynamite le consensus. Deuxième année de classe préparatoire au lycée Henri-IV, voyage organisé par sa
troupe d’éclaireurs à Madagascar et là, électrochoc. La
misère, la famine, les inégalités, ces malédictions endémiques dont lui parle sa mère et contre lesquelles tant
de figures familiales ont lutté (Madeleine Barot, grandtante et ancienne secrétaire générale de la Cimade ;
Bernard Granjon, l’oncle cofondateur de Médecins du
monde ; Marie Duflo, tante et ancienne responsable du
Gisti, Groupe d’information et de soutien des immigrés).
En 1992, Esther Duflo a 20 ans, elle parle allemand et
russe et intègre l’École normale supérieure, spécialité
histoire. Tandis qu’elle rédige sa maîtrise consacrée
au premier plan quinquennal de l’URSS, elle séjourne
à Moscou. En cet automne 1993, le Congrès a démis
Boris Eltsine, dont les réformes économiques
effraient, l’armée occupe la capitale soviétique, des cadavres jonchent les rues. Les
rares étudiants français tremblent de trouille
dans leurs chambres glacées, sauf une. Avec
ses cheveux sombres, on la prend pour une
Caucasienne. Cheftaine de ses camarades affolés, elle
déniche de la viande, trouve du lait, maîtrise les ruses
du marché central kolkhozien. « Cette année-là régnait
à Moscou une incroyable force du présent », se souvient Nathalie Moine, historienne et son amie depuis
lors. Dans ces spasmes post-soviétiques, deux rencontres achèvent de faire basculer le destin de l’étudiante. L’une est l’économiste français Daniel Cohen,
chargé par Eltsine, revenu aux affaires, de le conseiller
dans son programme de privatisations. Cohen, professeur à l’ENS, la repère. Elle n’a que 22 ans mais elle
le subjugue ; il la fait travailler à ses côtés. L’autre est
le futur époux de Nathalie Moine (aujourd’hui divorcée), un économiste normalien, alors enseignant au
Massachusetts Institute of Technology: Thomas Piketty.
« J’ai un peu contribué à la faire partir aux États-Unis,
se souvient ce dernier, même si je ne comprends
pas qu’elle y demeure encore. » Entre ces deux cerveaux rapides et iconoclastes se noue « l’amitié entre
deux avions de chasse », résume Tancrède Voituriez,
autre économiste virtuose de la bande.
Bientôt, elle abandonne l’histoire. L’économie,
c’est plus concret, plus réactif. Elle se lance, compte
le nombre de BMW roulant dans la capitale russe.
« Elle avait déjà ses idées originales : dans un de ses
premiers articles, elle démontrait comment, en augmentant les
retraites des femmes en Afrique du Sud, on améliorerait le niveau
de vie de leurs petits-enfants », raconte François Bourguignon,
économiste français qui fut, de 2003 à 2007, vice-président de
la Banque mondiale. Les études de terrain à toute petite échelle,
voici l’ébauche de la machine Duflo qui bientôt décollera. Cap
sur Boston et son prestigieux MIT. Doctorat en 1999, chaire professorale en 2002. Pour recruter la surdouée, âgée de 27 ans, le
MIT contourne sa propre règle interdisant d’embaucher un de ses
étudiants. Dans ce temple de l’excellence, elle découvre Michael
Kremer et ses études randomisées. Une idée simple, venue de la
médecine. Quand on teste un médicament, on divise les cobayes
en deux groupes. L’un reçoit le produit, l’autre un placebo, puis
on compare les effets. Il propose de faire de même avec l’aide au
développement. Observer ce qui marche et ce qui ne marche pas
au lieu de déverser des flots d’argent dans les poches des gouvernements et des intermédiaires. Au duo s’agrège le directeur
de thèse de la Française, un champion des équations macroéconomiques, Abhijit Banerjee, un Indien ayant choisi la nationalité
américaine. De onze ans son aîné, il est séduit par cette boule
d’énergie qui s’acharne à prouver qu’en délaissant les
calculs on peut agir et, veut-elle croire, faire reculer
la pauvreté. Ils se marient. Financé par un mécène,
Mohamed Abdul Latif Jameel, ancien élève au MIT et
héritier d’un empire familial bâti en Arabie saoudite à
partir d’une licence de distribution Toyota, le couple
crée en 2003 le J-PAL, Jameel Poverty Action Lab. Se basant sur
des compilations de données, ils mènent des études de terrain.
Pourquoi dans cette vallée de l’Inde les enfants manquent-ils
tant l’école ? Essai randomisé : trois villages, dans l’un on offre
un plat de lentilles à la cantine, dans le second des vermifuges,
dans le troisième des sacs de riz. On observe. Bingo, dans le
village aux vermifuges, les enfants, moins malades, sont plus
assidus. On recommence au Kenya avec les moustiquaires. Faut-il
les donner, les louer ou les vendre ? En Inde toujours, les futurs
Nobel observent que seulement 60 % des enfants reçoivent les
cinq premières vaccinations alors qu’au Bangladesh voisin,
pourtant plus pauvre, ils sont 80 %. Pour lutter contre ce faible
pourcentage, essai randomisé. Dans un village, les mères reçoivent
des SMS de rappel. Dans un autre, une heure de téléphonie prépayée et, dans le dernier, on cherche des personnes influentes,
celles que les habitants écoutent. Résultat : en s’appuyant sur
des ambassadeurs, on obtient 45 % d’augmentation de la couverture vaccinale. « Nous avons ensuite affiné et conclu qu’il fallait envoyer des textos de rappel à ces villageois influents pour
qu’ils préviennent du passage du bus de vaccination », précise
John Floretta, du J-PAL à Boston. Ces travaux seront répliqués au
Ghana, au Malawi et dans dix pays africains.
En bientôt vingt ans, J-PAL est devenu une entreprise universitaire
salariant plus de 500 chercheurs, implantée dans chaque région du
monde – en France au sein de la Paris School of Economics. « Elle
Elle suggère de
récompenser les
Français rétifs à
la vaccination
Le fait que la moitié de la population mondiale
n’a reçu que 17% des vaccins contre le Covid la révolte
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
80
Militante pour une meilleure
répartition des richesses, lors
du meeting-concert Printemps
solidaire à Paris en 2017.
a apporté une contribution majeure et salutaire à l’économie du
développement, son travail est une révolution, analyse François
Bourguignon. Seulement ses programmes sont très focalisés, leur
extension pourrait-elle réduire la pauvreté ? » Les critiques, dont
celles du Nobel d’économie 2015, le Britannique Angus Deaton,
pointent les limites de ces essais randomisés : ceux-ci n’interrogent
pas les causes, ils ne font que mettre en lumière ce qui fonctionne
mais sans démontrer pourquoi. Quoi qu’il en soit, les effets des
travaux de Duflo-Kremer-Banerjee, même locaux, même modestes,
sont tels que la Banque mondiale, la Fondation Bill Gates, les
agences onusiennes, les gouvernements, tous financent et achètent.
Éducation, santé, égalité entre les sexes, hygiène, crédit, agriculture, les champs d’étude se multiplient. Et les honneurs pleuvent.
En 2010, la revue « Foreign Policy » la classe parmi les cent intellectuels les plus influents au monde, puis Barack Obama la prie de
rejoindre son Global Development Council, et le réputé « American
Economic Journal » la nomme directrice de sa publication. « Elle
reste humble, elle ne change pas, elle ne terrorise pas par un savoir
en surplomb », observe Daniel Cohen.
Et la France dans tout ça, qu’elle a quittée voici un quart de siècle ?
« Ma localisation géographique ne me trotte pas dans la tête, écarte
Esther Duflo, qui a adopté la nationalité américaine, d’ailleurs ce
sujet n’a aucun intérêt. » Un peu tout de même, au regard de ce qui
lui est proposé pour qu’elle s’y installe de nouveau. Depuis longtemps, en coulisses, son mentor Daniel Cohen se démène. Mission
délicate, car aucun établissement n’est capable de s’aligner sur
son salaire ni sur ses conditions de travail. Unissant leurs efforts,
trois écoles supérieures – Paris School of Economics (PSE), l’ENS
et Paris Sciences & Lettres – lui ont pourtant confié en septembre
dernier un poste taillé sur mesure. Trente-six heures de cours en
master, quinze heures auprès des premières années et un séminaire pour les doctorants. À quel prix, sachant qu’à Boston un
professeur de son niveau toucherait 500000 dollars par an (410 000 euros) ? « Nous avons réuni
des moyens importants, mais nous ne rivalisons pas avec la grille américaine », commente,
pudique, Jean-Olivier Hairault, directeur de PSE.
Ensuite, avec l’accord de Bercy et du ministère
de l’Enseignement supérieur, a été mise sur la
table une offre plus pérenne. Si elle rentre, elle
bénéficiera d’un budget de recherche annuel
de 1 million d’euros pendant dix ans, à consacrer aux sujets de son choix. En outre, coïncidence du calendrier, elle obtient aujourd’hui
une chaire permanente au Collège de France
où elle fut professeur invitée en 2009. Un
immense honneur et un petit pincement pour
son camarade, le très à gauche Thomas Piketty,
qui n’aurait pas détesté enseigner dans l’institution née sous François Ier. Là encore, aucune
date n’a été fixée pour sa leçon inaugurale.
Symboliquement, il est certain que la France gagnerait au rapatriement de sa vedette: un signal fort quand
tant de cerveaux formés dans les écoles publiques ont
migré. Mais le pari n’est pas sans risque politique, car
l’incontrôlable économiste n’a jamais peur de déplaire,
persuadée que seul importe ce qui fonctionne. Son
grand ami Martin Hirsch, joueur de violoncelle lui aussi,
aujourd’hui directeur de l’Assistance publique-hôpitaux
de Paris, n’a pas oublié comment Esther Duflo, chargée
par lui en 2005 d’une étude randomisée sur les effets du
micro-crédit, s’était pris le bec avec les promoteurs de ce
mode de financement alors très en vogue. Une dispute
fracassante, la jeune femme leur a démontré que leur
recette était un mirage. L’éclat n’a pas empêché Hirsch,
lorsque le Covid est venu brutaliser les hôpitaux parisiens, de la consulter de nouveau. L’hiver dernier, il l’a
même intégrée à un petit groupe de réflexion interne.
Là encore, elle bouscule, propose de faire des études
randomisées entre les Ehpad et critique la campagne
nationale de vaccination. « Elle pense que ce ne serait
pas une honte de mettre en place des petites récompenses pour inciter les Français hésitants à se faire
vacciner, résume Martin Hirsch, mais le gouvernement
et le milieu académique n’y sont pas favorables, ils
trouvent cela trop libéral.» Libéral ou pas, elle s’en fiche
puisque ça marche. D’ailleurs, elle le recommande aux
États-Unis, où le rythme des injections ralentit et où on
écoute plus volontiers une experte pragmatique. Cet
été, accompagnée de son mari et de leurs deux enfants,
Esther Duflo retournera à Boston. Jamais simple de
négocier avec elle.
Émilie Lanez
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
81
les Nettoyeurs
de la mort
Leur équipe a été fondée par un ancien sapeurpompier de Paris. Suicides, crimes, corps découverts
tardivement… Baptiste Girardet a compris que la tragédie ne s’arrêtait pas au moment du traumatisme.
Avec Sang Froid, sa société, il a formé des spécialistes. Leur mission : soulager les familles d’une
épreuve qui dépasse leurs forces.
Photos claire delfino
rePortage Mariana Grépinet
Le matelas souillé
partira pour une Déchetterie
spécialisée. Le corps d’un
homme de 30 ans y est resté
pendant une semaine.
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
83
1. Se protéger,
du masque jusqu’à la
combinaison
scotchée au poignet.
Ici est mort un
trentenaire atteint
du syndrome de
Diogène.
2. Il faudra cinq heures
pour désencombrer
l’appartement
des poubelles et objets
qu’il avait accumulés.
3. Autre lieu, autre
mission. Dans ce salon,
un mari a tué sa
femme. La balle a traversé
la bibliothèque.
La maison était sous
scellés depuis deux ans.
1
2
Masques, combinaisons intégrales, lunettes… Dans chaque recoin, le danger
3
4
pathogène rôde
4. Ici, le défunt, âgé, souffrant de démence, avait parsemé
son pavillon d’excréments. Personne n’y est entré pendant deux ans.
5. Le canapé sur lequel son cadavre a été retrouvé est
soigneusement emballé afin de prévenir tout risque d’infection.
5
Du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
85
1
2
actualité
Chez Sang Froid, il faut avoir le cœur et
l’estomac bien accrochés. La sophrologie aide
les nettoyeurs à gérer leur stress
D
epuis deux ans, le sapin
artificiel trône au milieu du
séjour, avec ses guirlandes
dorées et ses pommes de pin
couvertes de fausse neige.
Sur le buffet, en photo, le
couple pose au temps des
jours heureux. Mais, au
pied de la longue table en
bois, le sang a séché. Ici, le 6 janvier 2019,
un homme de 69 ans tuait sa conjointe de
deux balles dans le thorax. Nul, depuis,
n’a été autorisé à entrer dans la maison :
l’enquête n’était pas achevée.
Baptiste Girardet donne les consignes :
« Miguel et Corentin, vous vous occupez de
la table et du tapis. Il y a beaucoup d’objets
d’art et de bibelots, on y va gentiment… »
Les trois hommes en combinaison blanche,
masque filtrant sur le visage, parlent peu.
Romain retire les adhésifs rouges posés sur
les portes et les fenêtres par les services
judiciaires. Ironie du sort, les traces
d’autocollant sont les plus difficiles à faire
partir. Après le sol, Miguel et Corentin
inspectent le mobilier afin de nettoyer les
marques de sang, puis passent une lampe à
ultraviolets sur les murs et le plafond pour
s’assurer que rien ne leur échappe. De la
bibliothèque aux vitres brisées, Romain
retire un livre épais, un « Kama-sutra » dans
lequel une balle s’était logée. La police a
emporté le projectile. L’ouvrage finit à la
poubelle avec le tapis et un petit tableau,
irrécupérables.
Dans la pièce voisine, la fille de la victime
trie des papiers. Elle avait songé à appeler
1. Pour neutraliser les odeurs et tout
risque infectieux, pas d’autre solution que
d’enlever les lattes de plancher.
2. Baptiste Girardet rend les clefs
de l’appartement entièrement nettoyé
à la mère du jeune homme décédé.
une société de ménage à domicile mais
s’était ravisée. « On ne peut pas envoyer
des gens qui ne sont pas préparés sur des
scènes comme ça », murmure-t-elle. Alors,
les pompes funèbres lui ont recommandé
Sang Froid, une société spécialisée dans le
nettoyage et la décontamination de sites
d’incidents traumatiques. Son fondateur
est un ancien sapeur-pompier de Paris. Il
a vécu la canicule de 2003, qui fit près de
20 000 morts en France, et se souvient de la
dizaine d’interventions quotidiennes qu’il
effectuait avec son équipe pour enlever des
cadavres de vieillards, décédés seuls chez
eux. Baptiste s’était demandé comment font
les familles qui doivent nettoyer après…
Il trouvera la réponse tout seul quand un
oncle de 70 ans décédera dans son appartement parisien, rue de la
Roquette. L’odeur qui émanait
du corps en putréfaction avait
alerté les voisins. Et Baptiste
s’est retrouvé à nettoyer et
débarrasser le trois-pièces.
« Le bailleur m’avait donné
dix jours. Je n’ai pas réussi à rendre les
lieux impeccables. Ces images me hantent.»
Un an plus tard, nouveau drame familial :
l’épouse d’un cousin tue ses deux enfants
et se donne la mort. À nouveau, il éponge
le sang de ses proches… Entre-temps, il a
passé le concours de la police scientifique
pour devenir « criminalisticien de sécurité
intérieure». Quand sort au cinéma le thriller
« Cleaner », Baptiste se reconnaît en Tom
Cutler, alias Samuel L. Jackson, ancien
policier devenu « nettoyeur » de scènes de
crime. Il mûrit son projet. Le métier n’étant
pas réglementé en France, il part se former
à Montréal. Et, en 2017, il crée Sang Froid.
« Parce qu’il en faut pour faire ce métier…
et parce qu’on en ramasse tous les jours »,
plaide-t-il à propos de ce nom, suggéré par
un ami, qu’il a eu du mal à assumer.
« Les hasards sont les tours que les
dieux aiment jouer aux mortels », écrit
l’Uruguayenne Carmen Posadas… En
cet après-midi ensoleillé d’été, je le
retrouve dans ses locaux de Triel-surSeine (Yvelines), situés dans une ancienne
marbrerie funéraire, face au cimetière. Un
agréable parfum d’eucalyptus flotte dans
le hangar où Nasser et Romain préparent
le matériel pour une intervention. Dans
une dizaine de caisses en plastique bleu,
ils rangent dégraissants, balais, franges à
scratch, pulvérisateurs, éponges grattantes,
chiffons en microfibre et produits pour les
vitres. La veille, ils ont fini tard, occupés à
nettoyer une cave dans laquelle un homme
s’était pendu. Le syndic avait mandaté une
entreprise classique qui a annulé sa venue
au dernier moment: aucun des
employés ne se sentait capable
d’effectuer cette mission. Deux
heures et demie après avoir
été contacté, Baptiste, dont
le téléphone reste allumé
24 heures sur 24, débarquait
avec ses collaborateurs. Aujourd’hui, ils
interviennent dans un appartement à Poissy.
Trois jours plus tôt, les pompiers, alertés
par des parents inquiets, découvraient un
jeune homme décédé sur son lit. Le garçon
buvait beaucoup, tout laisse à penser qu’il a
été victime d’une hémorragie digestive. La
cause exacte de la mort, Baptiste l’ignore :
« Ça ne nous regarde pas. » Avant l’intervention, il s’est rendu sur place pour rencontrer
la famille et calculer un devis. Un briefing
sommaire. « Mieux vaut ne pas avoir trop
d’infos, pour éviter de se faire des films »,
justifie Romain, qui auparavant travaillait
dans le bâtiment.
Le patron de Sang Froid présente son
équipe à la mère de la victime, récupère
les clefs et prend congé. « Pas de “bonjour”,
nous a-t-il avertis. Il n’y a jamais [SUITEPAGE88]
Le métier n’étant
pas réglementé
en France, Baptiste
est parti se former
à Montréal
dU 3 AU 9 jUIn 2021 PaRiS MatcH
87
actualité
de bon jour lorsque nous intervenons. Pas
de condoléances, non plus. Ce ne serait pas
sincère, on ne les connaît pas et ce dont ils
ont besoin, c’est d’une expertise technique.»
Déjà, Romain a commencé à dresser la tente
en Nylon dans laquelle ils vont s’équiper
discrètement. Les deux techniciens, de noir
vêtus, sans flocage commercial, enfilent
leur combinaison intégrale de protection à
usage unique, des surchaussures et deux
paires de gants. La première est en nitrile,
un caoutchouc résistant ; la deuxième,
en élasthanne, anti-coupures. Dans leur
sac, une troisième paire, en Néoprène.
Romain ajuste ses lunettes et son masque
respiratoire panoramique avec cartouches
filtrantes. Une carapace. « Respire par la
bouche, m’explique Baptiste. Ce n’est pas
une épreuve de cran… Si tu as besoin, on
ressort. » Je m’engouffre après lui dans
l’appartement. La puanteur est saisissante.
Il a prévenu : « L’odeur de la mort n’est
comparable à aucune autre. Elle imbibe
tout et persiste longtemps. Un marteau en
Déstresser.
Avec la neurocoach Corinne Joubert,
le débriefing est suivi d’un
apprentissage de techniques de
visualisation ou de respiration.
Le pire, c’est l’odeur.
Elle imbibe tout, persiste longtemps,
n’est comparable à aucune autre
bois non verni, récupéré chez mon oncle,
sentait encore sept ans après… »
Le deux-pièces semble avoir été retourné.
Sur la table basse du séjour, les reliefs d’un
repas japonais, une canette d’Orangina,
une cigarette électronique, des écouteurs
de téléphone. À côté de la corbeille de fruits
qui pourrissent, les gants en plastique que
le médecin légiste a abandonnés et une
housse mortuaire laissée par les pompes
funèbres. « Neuf fois sur dix, peste Baptiste,
ils oublient les déchets médicaux. Comme
la personne est morte, ils prennent les lieux
pour une poubelle. » Dans la chambre, le
sang a noirci sur le matelas. Même le sol
est collant… Enfermé dans cet endroit clos
pendant une semaine, le corps s’est décomposé, liquéfié… Des insectes volettent au
ras du plancher. « Ça ne me plaît pas de
nettoyer… mais on sait pourquoi on agit,
insiste Baptiste. La famille ne verra rien. »
La housse de couette avec des morceaux
de cuir chevelu est ramassée, jetée dans
la poubelle jaune destinée aux déchets
d’activités de soins à risques infectieux qui
sera collectée par une société spécialisée.
Romain se charge de la salle de bains et de
la cuisine. Il jette, nettoie la vaisselle, vide
les placards, lessive le sol. Dépose dans un
carton les objets personnels. Une vie défile :
un contrat d’embauche en CDI comme chef
cuisinier, des sachets d’épices, la reproduction encadrée d’un dessin d’Enki Bilal…
Baptiste branche les machines de désinfection à l’ozone qui détruisent bactéries et
virus. Une odeur âcre s’ajoute aux autres.
« Leur métier, c’est
pas un sujet très cool,
on n’en parle pas aux
copains… », confie Maxence,
le fils d’Aurélie, la femme
– et collègue – de Baptiste
Girardet. De chaque
côté, Aaron et Noam, les
garçons de Baptiste.
Quatre heures après leur arrivée, Romain et
Nasser s’attaquent aux lattes de parquet de
la chambre. Le sang s’y est infiltré. Les asticots qui se nourrissent des chairs nécrosées
s’y réfugient et y abandonnent leur carapace noirâtre, la pupe, lorsqu’ils se transforment en mouches. « Si on ne les retire
pas, l’odeur persistera », assène Romain.
Cheveux courts et regard franc, cet homme
de 30 ans a rejoint l’entreprise il y a un an.
Il faut avoir le cœur bien accroché pour
faire ce métier. « Plus d’une fois, je me
suis dit que je n’allais pas y arriver… J’ai
l’impression que je vais m’évanouir, puis je me ressaisis grâce
à des exercices de respiration »,
confie-t-il pendant la séance de
NeuroCoaching organisée dans
le pavillon propret de Baptiste.
Corinne Joubert, ex-sophrologue dans des
services d’oncologie et de soins palliatifs,
intervient tous les deux mois pour aider
l’équipe à gérer ses émotions et son stress.
Ensemble, ils évoquent les interventions
difficiles. Ce jour-là, Corinne leur propose
de parler de leur plus grand choc visuel.
Vite, la discussion glisse de l’odorat au
toucher et à l’ouïe. Romain se souvient d’un
tapis de cocons de mouches qui craquait
sous ses pieds. « Ça m’a bien dégoûté »,
lâche-t-il en soulignant l’impact du réchauffement climatique, qui accélère le cycle de
reproduction des insectes. « Ce n’est pas
naturel, ce que vous faites », lâche Corinne.
Avant de se reprendre : « Enfin… Nettoyer,
c’est naturel. Le protocole, la routine vous
aident à surmonter l’impact sensoriel. »
L’équipe de Sang Froid est aussi confrontée
régulièrement à l’insalubrité de logements
occupés par des personnes souffrant du
syndrome de Diogène, qui leur fait accumuler de manière compulsive toutes sortes
d’objets et de détritus. Il y a peu, il a fallu
vider un appartement de 30 mètres carrés et
descendre du quatrième étage, sans ascenseur, 450 sacs de 100 litres d’ordures. «C’est
vachement physique, je ne tiendrai pas
jusqu’à la retraite », conclut Romain. Il le
fait, dit-il, « pour les familles ».
Nasser se remémore la première fois où
il s’est trouvé seul face à la détresse. En
voulant retenir son fils qui s’était suicidé
devant lui de 28 coups de couteau, un père avait eu les mains
tailladées. « Elles étaient encore
bandées quand je l’ai vu. Vingthuit coups de couteau… Je me
suis débiné, je ne savais pas
comment gérer. À l’époque, j’étais un gros
lâche. » Au moment du départ, leur client
les a remerciés d’un : «Vous n’êtes pas assez
chers. » Nasser, payé en free-lance, gagne
entre 2 000 et 3 000 euros net par mois. Les
interventions sont facturées en fonction du
temps passé. À Poissy, le nettoyage a coûté
2 100 euros ; s’y sont ajoutés 1 600 euros
pour la partie « embellissement », qui
consiste à vider les lieux et à remplacer
parquet et fenêtres. « Au Canada, signale
Baptiste, les assurances indemnisent ces
prestations. En France, elles remboursent
à peine une partie de la remise en état. »
Lui se bat pour que la décontamination soit
incluse dans les frais de justice. Il fait partie
d’un groupe de travail piloté par le ministère
depuis fin 2019. Lors de la dernière visioconférence, il a aussi défendu des mesures
de bon sens : que les gens qui vivent dans
« Quand je
raconte ce qu’on
voit, les gens
sont effarés »
un appartement bientôt mis sous scellés
puissent emporter suffisamment d’affaires,
car les procédures sont longues, et qu’ils
aient la possibilité de vider les poubelles,
le réfrigérateur et le congélateur avant que
le courant ne soit coupé. « Quand je raconte
ce qu’on voit, les gens sont effarés. Ce sont
pourtant les vérités du monde réel. »
L’an dernier, Sang Froid a réalisé 675 interventions, dont 175 de désinfection Covid,
principalement dans des entreprises. Le
marché est vaste : Baptiste Girardet estime
à 55 000 le nombre de suicides, homicides et morts oubliés qui nécessiteraient
l’intervention de professionnels. Il négocie
en ce moment avec la SNCF pour prendre
en charge le nettoyage des locomotives ou
des quais de gare lorsque des personnes
se jettent sous un train. « La nouvelle
génération de conducteurs refuse de travailler à côté de restes humains », précise-t-il. Sa
PME familiale – il œuvre avec Aurélie, son
épouse, ancienne salariée d’une société de
vente de produits désinfectants – se porte
bien. Il a recruté deux alternants, Corentin,
un étudiant en commerce et marketing, et
Miguel, élève en BTS métiers des services
à l’environnement. Ce dernier a découvert Sang Froid lors d’un « job dating »
organisé par son établissement. « On était
une dizaine d’entreprises de propreté. Les
autres patientaient pendant qu’une longue
file d’étudiants curieux se pressaient devant
notre stand », plaisante Baptiste. Il admet
recevoir parfois des CV et des lettres de
motivation «vraiment flippantes». Un de ses
premiers employés lui avait avoué adorer
nettoyer le sang. Baptiste Girardet a préféré
s’en séparer.
Mariana Grépinet
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
89
Jennifer
Lopez
Ben
AffLeck
Love Story
SaiSon 2
Le 25 mai,
à Miami, où les ex-nouveaux
amants ont loué une
villa face à la mer le temps
d’une escapade.
Chambre avec vue sur l’amour retrouvé. En 2003 déjà, beaux, riches et célèbres : bien avant les
Brangelina, les Bennifer ont formé le premier « power couple » du XXIe siècle. Quelques mariages et
cinqenfantsplustard–deuxpourJ.Lo,troispourBenAffleck –,ilsosentunremakecommeHollywood
les aime : la passion ressuscitée avec plus de cicatrices, moins de naïveté. Blockbuster assuré.
récit aurélie raya
Sad Affleck n’est plus…
À l’affiche de trois films cette
année, l’acteur de 48 ans
a retrouvé la forme. Après une
romance de neuf mois
avec l’actrice Ana de Armas,
il ne sera resté célibataire
que quelques semaines.
Crampe ou choré improvisée ?
Qu’importe, J.Lo est décontractée jusqu’au bout
des pieds. À 51 ans, elle est actrice, chanteuse et
femme d’affaires. Sa fortune est estimée
à plus de 400 millions de dollars.
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
92
Pour se redécouvrir,
il leur aura
fallu dix-sept ans
de réflexion
Nouveau départ… et virée dans le Montana,
début mai, où le couple a réservé une maison du
très sélect Yellowstone Club.
Ils ont chacun leurs enfants, Ils ont connu la
gloIre et les déboIres, leur soIf des projecteurs
est assouvIe. ça va marcher entre eux
S
i renouer avec un ex s’apparente à du recyclage, alors Jennifer Lopez et Ben Affleck
sont de fervents écologistes. Plus besoin
d’impressionner, de consommer frénétiquement, de couvrir l’autre de parures,
de réserver des salles de restaurant; elle
et lui se connaissent tellement… Affleck
serait à l’origine du retour de flamme.
Dans «InStyle», récemment, l’acteur, nostalgique, laissait poindre son admiration pour Lopez,
vantant son professionnalisme, son talent, sa beauté
durable. Il l’aurait inondée de mails, de lettres; ils se sont
offert une escapade dans son chalet du Montana, puis
chez elle, à Miami… Dix-sept ans de réflexion, délai peu
commun pour se rabibocher avec un ancien partenaire,
ce n’est plus seulement de l’eau mais tout un torrent qui
a coulé sous les vieux ponts.
Ben Affleck, 48 ans, émerge à peine de sa rupture avec
la jeunette et charmante comédienne cubaine Ana de
Armas. Il avait présenté celle-ci à ses trois enfants, et ils
partageaient une routine allègrement documentée par
les paparazzis de Los Angeles. Promenade matinale de
la gent canine un gobelet de café en main, courses en
famille au supermarché... Ça semblait calme, serein, bien
emmanché malgré la différence d’âge. La romance n’a
pas tenu quatre saisons. Pourquoi revenir aux valeurs
sûres ? Pour se rassurer. Le penchant naturel de Ben
été 2002.
Ils forment le
couple le plus glam
du moment. Elle
a 33 ans et lui 30.
Lors du tournage
hot hot hot du clip de
Jennifer
« Jenny from the
Block », auquel
Ben Affleck participe,
en octobre 2002.
PARIS MATCH du 3 au 9 juIn 2021
94
Affleck ne le porte guère vers les tisanes bio . L’homme aime boire,
beaucoup ; il a fréquenté de nombreux centres de désintoxication,
promis d’arrêter, replongé. Des succès et des dérives, une existence
compliquée. Avant Ana de Armas, Affleck paraissait heureux avec
Lindsay Shookus, une compagne de sa génération, productrice
de l’émission satirique « Saturday Night Live ». Mais voilà qu’une
fille de 22 ans, mannequin pour « Playboy », est apparue dans le
cadre, un soir de beuverie où il a été filmé titubant en pleine rue.
L’histoire s’est achevée et un Affleck boursouflé est retourné en
clinique, aidé par son ex-femme, Jennifer Garner. Sa vie sentimentale ressemble à sa carrière, alternant bonnes choses et ratages
homériques. Le quadragénaire est surprenant. On aurait pu penser
que «Will Hunting», coécrit avec l’ami Matt Damon, marquerait un
coup isolé, le scénario pour percer à Hollywood. Pectoraux gonflés
et huilés, cheveux gominés, Ben allait incarner le beau gosse par
excellence. à lui les répliques monosyllabiques et les scènes d’embrassades à la chaîne ! Or, un cerveau se cache derrière ce regard
un tantinet bovin. Affleck a réalisé plusieurs longs-métrages et
remporté l’Oscar du meilleur film en 2013 avec « Argo », récit de la
libération des otages de l’ambassade des États-Unis en Iran. Les
années sans « J.Lo » n’ont pas été vaines.
«J.Lo» – surnom définitif de la star latine des dernières décennies – a
connu elle aussi son lot d’échecs et de ruptures, certaines grandioses,
d’autres moins flamboyantes. Quand Ben a repris contact, elle venait
d’annoncer sa séparation avec « A-Rod». Une des joies des commentateurs, en Amérique, est de contracter les noms et les prénoms
pour accoucher d’une sorte de marque. A-Rod n’est autre que l’ancien et immense joueur de base-ball des Yankees de New York Alex
Rodriguez. Quatre ans de passion entre elle et cette montagne de
muscles au visage bizarre, pommettes saillantes, denture Tipp-Ex,
une caricature de séducteur apprêté qui a pourtant conquis Madonna,
Kate Hudson ou Cameron Diaz… Le doute étreint peu les gens à
la réussite fulgurante: ils allaient convoler, deuxième mariage pour
Alex, quatrième pour Jennifer. Ils posaient ensemble, se réjouissaient de l’entente de leurs enfants. Un joint-venture en marche,
chacun pesant plusieurs centaines de millions. Et… patatras! Il se
murmure qu’une infidélité de l’ancien sportif, autrefois condamné
pour usage de stéroïdes, ne serait pas étrangère à la dissolution de
l’aventure. Et J.Lo goûte peu la solitude. Lire Proust ou se gaver de
glace en pleurant devant Netflix, pas son truc.
actualité
Ben Affleck? Pourquoi pas! Elle l’avait aimé autrefois, du temps de
la jeunesse vaniteuse, quand ils étaient trentenaires, dopés à la gloire,
écrasés par la machine médiatique. Lopez et Affleck se sont rencontrés en 2002 pendant le tournage d’«Amours troubles». Au début,
une camaraderie sympathique. Elle est mariée au chorégraphe Cris
Judd; lui, en fin de parcours avec Gwyneth Paltrow. Peu à peu, les
corps se sont rapprochés. La journée, le cinéma les oblige à s’embrasser; la nuit, ils perfectionneront les scènes, même si Affleck jure que
rien, jamais, n’a eu lieu avant le divorce de madame… Les rotatives
des tabloïds chauffent, les photographes ne ratent pas un instant du
duo, détonant mélange d’ambition, de drames intimes, de volonté.
Le père de Ben, alcoolique, a quitté le foyer tôt. Jennifer a grandi
dans le Bronx, famille unie, pauvre, qu’elle abandonne à 18 ans pour
courir les auditions de danse. L’un et l’autre ont traversé les affres
de succès anormaux. Lui encaisse des chèques de 15 millions de
dollars pour participer à des longs-métrages – «Armageddon», «Pearl Harbor»– où la testostérone chauviniste fait
office de scénario. Elle diversifie les revenus de l’entreprise Lopez: des films parfois mauvais, parfois excellents,
tel «Hors d’atteinte», des parfums malodorants mais rentables, des albums, de la soupe hip-hop-r’n’B latina qui
cartonne… Début 2000, J.Lo campe la fille du moment,
objet de toutes les convoitises. Puff Daddy l’a longtemps
courtisée avant de s’afficher à son bras. Elle donne chaud à force
de découvrir ses fermes abdominaux. Dévoiler son nombril est à la
mode. Pas de gras apparent chez Jennifer, qui ne boit ni ne fume.
« Bennifer », ou la première contraction des deux prénoms d’un
couple vedette, avant « Brangelina ». Jennifer et Ben osent tout. Il
accepte de se montrer dans le clip de la chanson «Jenny from the
Block ». Elle y bronze fessier en évidence à l’avant d’un yacht, se
pavanant tandis que lui gesticule en costume de gangster, risible.
Une parodie de leur existence qui semble fort peu parodique. Ils
s’affichent, déversent leurs sentiments sur papier glacé. Ben jure
avoir déniché l’épouse et mère parfaite. On les perd à Boston, ville
d’origine de Ben, on les récupère à Los Angeles ou Savannah, exquise
bourgade de Georgie où il possède une propriété. La sortie d’«Amours
troubles», en 2003, douche les ardeurs des amoureux. La critique
étrille, déchiquette, massacre le film. Le véritable juge à Hollywood,
le box-office, achève de les anéantir. Le flop est total. Si Lopez sait
relativiser, Affleck digère mal les tombereaux de moqueries qui le visent. Mais les soucis de travail devraient
aller en s’effaçant puisque le mariage se profile. La date
est fixée, la bague Harry Winston offerte (1,2 million de
dollars), les invitations lancées, le lieu réservé. Quatre
jours avant l’autel, revirement incroyable: Jennifer et Ben
ajournent leurs noces. Motif évoqué dans un communiqué: l’attention médiatique excessive. «Nous commençons à sentir que l’esprit de ce qui aurait dû être le plus
beau jour de notre vie pourrait être compromis.» Une
belle soirée de monsieur dans un club de strip-tease à
Vancouver et des parties nocturnes de poker ou de black
jack (Affleck peut perdre 800 000 dollars sans sourciller, le jeu lui coule dans le sang) n’ont pas contribué à
solidifier la relation. Il a été écrit que Lopez ne supportait plus un fiancé vaseux au réveil. Bonnet
de nuit et oiseau de nuit font rarement bon
ménage. L’ensemble baroque, le Bostonien et
la latina originaire de Porto rico, se maintient
à flot quelques mois avant la chute finale. En
janvier 2004, «Bennifer» rend l’âme. Chacun
se console vite. Lui aura trois enfants, Violet,
Seraphina et Samuel, avec la superbe comédienne Jennifer Garner: son union avec elle, célébrée sur
une plage des Caraïbes, durera dix ans. Pas de scandales,
messe tous les dimanches, kermesses de l’école. Mais,
tapi dans les entrailles, le démon guettait et a grignoté
les bonnes résolutions. Ou était-ce l’ennui d’une existence trop lisse? Ben Affleck faute avec la nounou, boit
trop, se renferme, «squatte» la maison d’amis. Le divorce
advint, inéluctable. Garner en fut brisée. Côté diva, J.Lo
s’est éprise d’un de ses semblables, le chétif crooner newyorkais d’origine portoricaine Marc Anthony, inconnu en
Europe mais vedette en Amérique du Sud. Elle accepte
de s’effacer, de moins travailler, de le suivre en tournée
avec leurs jumeaux, Max et Esme. Mais la popote ne
dure qu’un temps. Lopez désire diriger une équipe, chanter, jouer, assurer le spectacle, bref, exister. Des fissures
apparaissent, qui ne cesseront de se creuser et aboutiront au divorce. Jennifer a précisé qu’entre deux histoires
sérieuses, elle avait besoin d’un homme rebond ; l’élu
comble le vide sans s’incruster au-delà de la chambre à
coucher. Le jeune danseur Casper Smart occupa le poste,
et puis A-rod est arrivé…
Ben, lui, ne saurait se contenter d’un second rôle.
L’alliance peut prospérer. Ils ont le même âge, ce qui
pour une célébrité de la trempe de Ben Affleck revient
à fréquenter une grabataire ; les enfants sont faits,
chacun a connu ses déboires, la soif de reconnaissance
est étanchée. Ce « Bennifer » saison 2 ouvre des perspectives insoupçonnées, Brad Pitt et Jennifer Aniston,
richard Gere et Cindy Crawford, Johnny Depp et Kate
Moss, François Hollande et Ségolène royal… Le combat
féministe actuel oblige à reconsidérer la contraction, qui
devrait être «Jenniben». Une certitude: s’ils veulent perdurer, Jennifer et Ben ne doivent à aucun prix enclencher
la suite d’«Amours troubles». Tout n’est pas possible. Et
heureusement.
Aurélie Raya
« Amours
troubles », le film
qui les réunit,
est un flop total.
Leur idylle
prend l’eau
En juillet 2003,
à Westwood,
pour la première
d’« Amours
troubles », le film
qui a scellé
leur rencontre.
du 3 au 9 juin 2021 PaRiS MatcH
95
Sara ForeStier
L’insoumise
Fière d’être inclassable. Dans son dernier film,« Playlist », elle
s’essaie à l’éloge de l’échec. La lose… mais avec grâce et légèreté.
À 34 ans, sara Forestier refuse d’être là où on l’attend. Après avoir
donné « quinze ans de sa vie au drame », l’actrice déjà récompensée par deux César veut se consacrer à la comédie. « Le rire, nous
dit-elle, les acteurs aussi en ont besoin. »
Photos Julien Faure / rencontre Margaret Macdonald
Rue Amelot,
le 28 mai. Si elle
voit la vie en rose,
c’est juste
le temps d’un
smoothie.
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
97
Près de la
Bastille, dans le
XIe arrondissement.
À Paris, elle se dit
sans domicile fixe,
entre hôtels
et les chambres
des copains.
« J’ai commencé à m’insurger quand
on m’a demandé encore d’entrouvrir la bouche
et de me cambrer en séance photo »
rganiser un rendez-vous avec
Sara Forestier n’est pas une
mince affaire. L’actrice réside
entre de modestes hôtels du
XIe arrondissement de Paris
et « la campagne », un lieu
tenu secret où elle passe le
plus clair de son temps, et
elle ne répond que rarement
au téléphone puisqu’elle ne possède plus de
portable depuis quatre ans. La photographier
s’avère encore plus complexe. Dans le métier,
on la dit «ingérable». Un terme fréquemment
employé pour les femmes qui s’imposent, qui
ne souscrivent pas à l’injonction «sois belle
et tais-toi» et qui ont le défaut d’afficher leur
caractère. Pour le shooting, l’actrice choisit
une première tenue du vestiaire prévu pour
l’occasion, un pantalon chic et une chemise
vintage; elle s’habille, hésite… puis se réfugie finalement dans l’immense sweat-shirt
taché qu’elle portait en arrivant. Ça fera l’affaire ! Maquillage minimum. Sara Forestier
PARIS MATCH du 3 au 9 Juin 2021
98
entend rester elle-même à tout prix : vingt
ans à jouer des rôles l’ont rendue allergique
aux faux-semblants et aux costumes qui ne
lui «ressemblent pas». En photo, elle ne tient
pas à se montrer jolie – un doigt d’honneur
au diktat de la beauté imposée aux actrices –
mais ne supporte pas, non plus, de se trouver
laide. Délicat de parvenir à un compromis!
Elle paraît stressée, presque apeurée, mais se
montre infiniment gentille avec les équipes.
«Quand j’ai commencé à m’insurger contre
l’injonction au glamour pour les actrices,
raconte la jeune femme, c’était parce
qu’on me demandait encore d’entrouvrir la
bouche et de me cambrer en séance photo.
Aujourd’hui, les choses changent. Mais, il y
a cinq ans, ce n’était pas le cas. » En 2017,
le tsunami #MeToo s’abat sur l’industrie du
cinéma et en modifie les mœurs, de force
plus que de gré. « Nous sommes arrivés à
l’étape où les gens s’autofliquent un peu
plus », explique Sara avant de marquer un
temps de pause interminable. «La prochaine
est celle où chacun prendra ses responsabilités. Harvey Weinstein est tombé; c’est une
bonne chose, mais ses complices sont restés
intouchés. J’attends avec impatience que le
système, qui a permis à un homme comme
Weinstein d’agir, soit déconstruit. Ce à quoi
Adèle Haenel s’attaquait en quittant la cérémonie des César. Nous n’avons parlé que du
courage de sa parole sans vouloir analyser
pourquoi elle n’a pas pu parler pendant
aussi longtemps. Pourquoi sommes-nous
dans un système qui contraint une femme
à treize années de silence ? » Elle a le sourire aux lèvres, mais une pointe de tristesse
dans le regard. Sara aussi a connu son lot
de violences au cinéma. En 2017, un acteur
– Nicolas Duvauchelle – la gifle sur le tournage de «Bonhomme», de Marion Vernoux.
Elle quitte le plateau, remplacée au pied levé
par Ana Girardot. Durant les mois qui suivent
l’incident, l’affaire s’ébruite via l’équipe du
film et une rumeur se répand: ce serait Sara
qui aurait giflé Duvauchelle. «Ils avaient peur
actualité
du siècle, les puces de lit, qui tombe amoureuse de son vendeur de matelas plutôt que
de Hugh Grant. Filmée en noir et blanc, ce
premier long-métrage de Nine Antico est une
ode à l’amitié féminine et une néo-comédie romantique comme on en voit peu dans
le cinéma français. « Ce film fait l’éloge de
la lose et j’ai aimé ce rôle, parce que je
trouve courageux d’affronter par le biais
d’un personnage féminin l’échec, qui reste
un tabou dans notre société. Pourtant, la
beauté se situe dans les failles et la vulnérabilité. Ta vie est peut-être éclatée au
sol mais tu vaux quand même de l’or. » Le
registre du film semble comique, mais Sara
y devine sans doute un parallèle entre sa
trajectoire et celle de Sophie, l’héroïne. «J’ai
perdu le goût des plateaux, notamment à
cause de ce qui s’est passé sur le tournage
où j’ai subi de la violence. Ça m’a traumatisée, j’ai perdu confiance dans
les gens du cinéma et je ne m’entendais plus avec eux. Le piège
s’est refermé sur moi, car j’étais
méfiante et ça provoquait des crispations dans mes rapports avec les
autres. Je me sentais jugée et on
me pointait du doigt en disant que
j’étais folle… C’est le sort des femmes qui
refusent de se soumettre. Parce que je n’ai
pas accepté l’humiliation et la violence, on
a voulu me faire passer pour une ingérable.»
Elle se reconnaît en Maïwenn qui porte, elle
aussi, cette étiquette. « Il y a énormément
d’hypocrisie. Les questions d’argent priment l’humain. On se sépare difficilement
d’un agresseur sur un tournage, c’est trop
Depuis
quatreans,
elle ne
possède plus
de portable
coûteux au niveau des assurances. L’argent
est le nerf de la guerre. »
Alors qu’elle n’appartient plus qu’artistiquement au monde du cinéma, Sara
s’est résolue à une forme de solitude, lot
de ceux qui nagent à contre-courant. « La
solitude fait partie de l’existence. J’ai pratiqué la superficialité sociale. Mais je n’y
arrivais pas, faire semblant, c’est du temps
où l’on n’a pas le plaisir d’être soi. » Lors
de l’interview, Sara confie qu’elle souhaite
arrêter le métier d’actrice ; mais, deux jours
plus tard, elle nous rappelle pour clarifier
ses pensées : « C’était simplement ce que je
ressentais à un moment précis. » Son personnage dans « Playlist » marque le début
d’une nouvelle ère dans sa carrière, car
Sara écrit actuellement une série et un longmétrage qui relèvent du registre comique :
« Et attention, ce sont des grosses comédies, précise-t-elle. À la “40 ans, toujours
puceau” de Judd Apatow, pas des comédies
d’auteur. » La preuve, elle vient d’achever
le tournage de « Haters », avec Kev Adams,
pour Prime Video. « Il n’y a pas de mode
d’emploi pour le métier d’acteur. Je n’ai
compris que tardivement que je m’abîmais
à faire des drames, car j’étais seule face à
mes émotions, tout le contraire des rôles
comiques. Le rire est nécessaire pour le
public, pour les comédiens également. Tu
fais rire l’équipe à la première prise et tout
le monde change de regard sur toi. Je me
sens bête d’avoir attendu aussi longtemps
pour faire des comédies. » La légèreté peut
réconcilier Sara Forestier avec les plateaux
de tournage.
MargaretMacdonald
Maqu age : Valérie Beauregard. Sty sme : Mina Njah / La Redoute, Pomandère, Roger Vivier.
que je parle, ils ont donc voulu me décrédibiliser en prétendant que j’avais frappé
quelqu’un. Si j’avais su qu’ils mentiraient
de cette manière, je ne me serais pas tue sur
le moment, parce que j’ai été trop gentille et
ça s’est retourné contre moi. Ça a été vraiment très difficile.»
Face à l’hostilité collective, heurtée par
les ragots à son encontre, Sara décide de se
retirer un temps. Sa filmographie, importante, s’étiole tandis que celle de Nicolas
Duvauchelle décolle. « J’ai beau connaître
mes valeurs et être en phase avec moi-même,
j’ai dû m’extraire de ce milieu afin de me protéger. Indéniablement, c’est un métier violent, qui abîme. Ceux qui le font avec leur
cœur peuvent finir drogués ou défoncés mentalement. Mon retrait est une réaction saine.
Je suis abîmée mais j’ai su dire stop: ma vie
est plus importante que ce milieu.» La pandémie de Covid-19 tombe alors comme
une bénédiction. «Le chaos m’habitait, et le fait qu’il y ait le chaos dans
le monde m’a fait du bien. J’étais
rassurée de nous sentir tous vulnérables, parce que moi, je n’arrivais
plus à suivre le rythme.» Dans une
société obsédée par le succès, la vulnérabilité effraie davantage que l’infirmité ou
la laideur. Sara Forestier en a fait sa spécialité et a incarné à répétition des personnages
à fleur de peau, avec une justesse inconfortable. Pour elle qui fut découverte à 13 ans
lors d’un casting de jingles pour Canal J, le
cinéma s’est imposé comme une évidence.
De «L’esquive», d’Abdellatif Kechiche, à «M»,
qu’elle réalise et où elle interprète une bègue,
en passant par « Hell », de Bruno Chiche,
« Suzanne », de Katell Quillévéré, ou « La
tête haute», d’Emmanuelle Bercot, la comédienne césarisée à deux reprises multiplie les
rôles dramatiques, tiraillée entre le désir de
plaire et un anticonformisme viscéral. On lui
reproche dans la vie ce qu’on aime chez elle
à l’écran. «Dans mes rôles, j’ai quelque chose
d’un peu punk caché par une grande douceur», analyse-t-elle après un énième silence
prolongé. « J’ai beaucoup d’empathie pour
les êtres humains. Peut-être trop, parfois. Ma
liberté vient de l’éducation que mes parents
m’ont donnée. Ils m’ont permis d’être qui
je voulais. L’existence est tellement sauvage
et brutale! Sans douceur, c’est invivable.»
Loin de ses rôles habituels, Sara interprète
dans « Playlist » une dessinatrice en herbe,
en quête d’amour et de reconnaissance
professionnelle, toujours à fleur de peau.
Une Bridget Jones parisienne victime du mal
vivre
joaillerie
102 Les inédits de la place
Vendôme
beauté
104 Du piquant dans vos soins !
voyage
106 Bienvenue chez les stars
jeux
113 Superfléché
avenir
114 Le bracelet antidouleur
auto
115 La 2 CV fait « volt » face
finances
116 Comment améliorer sa retraite
santé
132 La nouvelle hypnose : méthode
et application
archives
135 1957, Elizabeth II et Philip,
deux amoureux à Paris
ESCAPADES CHEZ LES CÉLÉBRITÉS
Le temps d’un week-end ou pour quelques jours
d’été, on s’offre un séjour chic et glamour dans la
demeure du XVIIIe siècle de Catherine Deneuve ;
on dîne à la table familiale de Francis Ford Coppola
ou on monte le son chez Ron Wood. De l’Europe
aux États-Unis, embarquement immédiat pour
savourer l’art de vivre de ceux qui forgent le rêve
de notre époque. (Pages 106 à 112)
crédits photo : P.100: P.garcia. P.102 et 103: courtesy of Dior, chanel, cartier,
louis vuitton, f.helwig. P.104 : getty images, Dr. P.106 à 112: P.garcia,
g.bensimon, g.Pfotenhauer, j.Paul, j.becker / contour pour getty images,
f.nadeu, n.Koenig, getty images, Dr. P.114 : Dr. P.115 : c.choulot. P.116 à 130 :
getty images, j. faure, P.fouque, Dr. P. 132 : getty images, Dr. P. 135 : Walter
carone. P. 136 et 137 : Willy rizzo, rené vital, Walter carone, françois Pages, Dr.
P. 138 et 139 : rené vital, Maurice jarnoux, jack garofalo. P. 142 : P.Petit, afp.
Paris Match du 3 au 9 juin 2021
100
jeux
140 Mots croisés, Sudoku
c’est la vie
142 Pom-pom seniors :
ces Japonaises ne sont pas
des mamies !
Entrée gratuite
Inscription obligatoire
quefaire.paris.fr/SimoneVeil #nousvousaimonsmadame
29 mai 1974, Simone Veil au Conseil des ministres à l’Élysée © Keystone-France/GAMMA RAPHO
Exposition
Mai-août 2021
Hôtel de Ville
VIVRE
JOaiLLeRie
nombre d’or
Pour rendre hommage aux 100 ans
du parfum N° 5, Chanel lui consacre
une collection de haute joaillerie
magnifique. Ainsi, ce collier Golden
Burst se compose de 54 topazes
impériales dont les tons ambrés,
cuivrés et rosés font écho à celui de la
fragrance. Outre la subtilité de cet
appairage, il a fallu un an pour tailler les
gemmes sur œuvre. Les topazes les
plus importantes dépassent
les 20 et 25 carats et font vibrer un
diamant central de 4,51 carats.
Objets de désir
par Fabienne Reybaud
Fraîchement sorties des ateliers,
ces pièces de haute joaillerie sont emblématiques de l’excellence d’un savoirfaire parisien qui demeure, envers et
contre tout, unique au monde. « Les
clients, surtout les collectionneurs,
veulent toujours être les premiers à
découvrir une création exceptionnelle, confie un marchand de la place
Vendôme. Quelques-uns sont même
prêts à payer plus pour voir un bijou de
haute joaillerie vierge de tout regard… »
Comme dans le marché de l’art, si
les maisons préfèrent réserver la primeur de leurs collections aux plus
fidèles, elles peuvent consentir à en
donner un avant-goût au grand public.
« Cela peut susciter le désir chez ceux
qui ne sont pas clients et attiser celui
de ceux qui le sont, rappelle l’ancien
patron d’une marque célèbre. Lors
des grandes années de la Biennale des
antiquaires à Paris, nous avions parfois
jusqu’à cinq demandes pour un même
collier à plus de 1 million d’euros. Je
leur disais toujours : “Premiers arrivés,
premiers servis !” » Aujourd’hui, la pandémie a redistribué la donne : les milliardaires extra-européens ne pouvant
pas voyager, les bijoux sont présentés
en vidéoconférence avant d’être expédiés aux quatre coins de la planète pour
qu’ils soient essayés.
Baroque
Ce collier fait partie du deuxième volet
de la collection Sous les étoiles dont le
premier opus a été présenté en janvier
à Paris. Plutôt que de figurer les
astres, Van Cleef les sublime par une
vision abstraite portée par trois pierres
de centre exceptionnelles, deux
saphirs de Ceylan de 13,40 et
7,56 carats et un diamant extra-blanc
de 5 carats. L’assemblage en chevron
des brillants et des saphirs navettes
laisse sans voix.
Les
inédits
de
La
pLace
Vendôme
Des rubis gros comme des cerises, des rivières de saphirs céruléens,
une avalanche de diamants… Les marques s’apprêtent à dévoiler leurs nouvelles
collections de haute joaillerie 2021. En avant-première, cinq précieux extraits.
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
102
Victoire de Castellane
« Le bijou est un prolongement de soi.
Je le perçois toujours comme un personnage,
une chose vivante »
Interview par Fabienne Reybaud
En deux décennies, la directrice artistique de la
joaillerie Dior a su imposer son style dans un univers
peu enclin aux créations hétérodoxes. À l’occasion de
la sortie de Dior Rose, entretien avec une femme qui a
un rapport singulier aux bijoux.
Paris Match. Selon vous qu’est-ce qui motive une femme
à acheter une pièce de haute joaillerie?
Victoire de Castellane. C’est l’envie, le désir de s’appro-
Floral
Pièce maîtresse de
la collection Dior Rose,
ce collier, serti d’une
nuée de pierres précieuses,
arbore un saphir
birman magnifique,
taille émeraude,
de 14 carats.
prier l’objet. Il y a une séduction qui se noue entre la
femme et le bijou, à laquelle s’ajoute la fascination pour
les pierres qui représentent la préciosité ultime. Je crois
que la joaillerie a un double effet, c’est à la fois une sorte
d’armure de protection entre la femme et le monde et
une source de joie, très enfantine, de l’objet coloré, du
collier qui brille dans la lumière et chatoie sur la peau.
Vous êtes connue pour avoir remis en question les codes
de ce secteur grâce à une créativité débridée.
Je ne me suis jamais rien interdit. Je dirais que j’ai pris
une autre voie que celle qui existait à mes débuts en 1998
dans la maison. Ce n’était pas politique, ce n’était pas de
la provocation, j’ai voulu créer des pièces qui correspondaient à mon goût, que j’avais envie de porter et qui n’existaient pas. L’offre était bien moins créative et pléthorique
qu’aujourd’hui. Il n’y avait pas de couleurs, peu de pierres
singulières comme l’opale, les collections ne racontaient
pas d’histoire, la fantaisie, la légèreté ou a contrario les
volumes XXL ne faisaient pas partie du vocabulaire des
joailliers. J’ai toujours aimé osciller entre différents styles,
faire le grand écart entre le figuratif et l’abstrait, inventer
de nouveaux jeux de couleurs, de nouvelles associations
de pierres et de matières, sentir la main de l’homme. Il
nous faut près de deux ans pour sortir une collection de
haute joaillerie. Nous travaillons avec dix ateliers parisiens
afin d’obtenir cette qualité extrême et unique.
Dans la collection Dior Rose que vous dévoilerez en juillet,
on retrouve votre goût pour la narration…
Sixième sens
Tel est le nom de l’ensemble de
haute joaillerie que Cartier révélera
fin juin. En attendant, il dévoile cette
bague Phaan dont l’architecture
repose sur une construction à
étages. Au sommet trône un rubis
thaïlandais de 8,20 carats sous
lequel Cartier a inséré un diamant
coussin de 4 carats. La mission de
ce caillou invisible ? Amplifier l’éclat
et l’intensité du rouge du rubis
central… Sophistiqué !
Carrossé
L’arrivée de Francesca
Amfitheatrof à la direction
artistique joaillerie de Louis
Vuitton a galvanisé la créativité.
Pour preuve cette bague réalisée
pour une cliente richissime.
Présence du « V signature » sur la
monture, graphisme des lignes,
beauté des pierres avec un saphir
bleu-violet de plus de 13 carats et
deux saphirs fuchsia… C’est très
contemporain. Et tout y est.
Oui, je n’ai pas cessé de raconter des histoires avec les
bijoux que je crée. Dior Rose a été inspiré par la rénovation de l’hôtel particulier du 30 avenue Montaigne qui
sera conçu comme une galaxie avec des mondes qui
cohabitent. Ces roses précieuses sont les habitantes de la
planète Dior. Certaines sont figuratives, d’autres abstraites,
mais toutes se nourrissent de différentes influences, la
nature, la couture… Même quand
je dessine une bague abstraite, je
la perçois comme un personnage,
une chose vivante que la cliente
va s’approprier. Le bijou est un
prolongement de soi.
Vingt ans après, quel regard
portez-vous sur votre travail?
J’ai l’impression d’être restée
fidèle à moi-même. Pour moi,
créer, c’est respirer. Je ne triche
pas. Si mes bijoux ne plaisaient
pas, je serais très peinée.
beauté
VIVRE
du piquant
dans
vos
soins
Hérissés d’épines urticantes, le cactus, l’ortie ou le chardon
n’ont pourtant pas leur pareil pour faire du bien à la peau. Il est
temps de redécouvrir ces plantes qui se piquent de bienfaits.
par aurélia Hermange
Surexposées au vent et au soleil, ne disposant
que de très peu d’eau et d’un sol souvent pauvre en
nutriments, ces plantes ont dû développer des capacités
d’adaptation hors norme pour survivre. Une résistance
aux conditions extrêmes qui n’a pas échappé aux cosmétologues qui s’en sont emparés pour formuler des soins
inspirés de leur pouvoir de régénération.
La figue de barbarie nourrissante
L’agave revitaLisant
Dotée d’un métabolisme exceptionnellement doué
pour résister à la sécheresse, la figue de Barbarie
est utilisée depuis des millénaires pour ses vertus
régénérantes. Son huile est l’un des antioxydants
naturels les plus puissants : un actif idéal pour lutter
contre les radicaux libres responsables du vieillissement
prématuré et régénérer les cheveux.
Adapté aux climats arides, l’agave sécrète des fructanes,
des sucres capables de retenir l’eau. Ils permettent de
booster la microcirculation et le renouvellement cellulaire
et d’améliorer l’irrigation des bulbes capillaires. Ils
rééquilibrent l’épiderme et le cuir chevelu et stimulent
la synthèse d’acide hyaluronique.
L’ortie purifiante
L’aLoe vera Hydratant
Sérum régénérant à l’huile de figue de Barbarie,
Christophe Robin, 43 €. Soin masque intense,
Shaeri, 29 €. Crème
des légendes, Kos, 120 €.
Dream Eye Cream, Youth
to the People, 47 €.
Mieux vaut croiser l’ortie dans un pot que lors d’une
balade ! Cette plante possède de multiples vertus
bien connues des labos cosmétiques. Tonifiantes et
raffermissantes, ses racines sont également riches en
actifs équilibrants et reminéralisants pour les cheveux
gras. Sans piquer.
Shampooing PhytoCédrat purifiant sebo-régulateur,
Phyto, 11,50 €. Mon shampooing
purifiant, Laboratoire Giphar, 7,90 €.
Shampooing nourrissant réparateur,
Forvil, 32 € sur forvil.com.
Shampooing soin solide chanvre et ortie
bio, Logona, 7,80 €.
Hydra-Global Serum, Sisley, 204 €.
Shampooing agave renforce et anti-casse,
Maui Moisture, 11,99 €. Super Radiance
Resurfacing Facial, Charlotte
Tilbury, 66 € chez Sephora.
Gel crème hydra végétal,
Yves Rocher, 15,90 €.
Cette plante est dotée de feuilles charnues qui
dissimulent un gel cicatrisant et une réserve de vitamines,
de minéraux et d’oligoéléments. Ce puits d’hydratation
possède aussi d’incroyables pouvoirs réparateurs: capable
de stimuler la production de collagène et de cicatriser les
brûlures, elle présente des vertus anti-inflammatoires et
a fait ses preuves dans le traitement du psoriasis.
Mousse nettoyante et purifiante, Physiodermie,
39 €. 50 % d’aloe vera. Émulsion visage super
nature, Huygens, 29 €. Sérum Thirst
Trap Juice, Wishful, 47 € chez
Sephora. Baume universel hydratant,
Fleurance Nature, 6,50 €.
Le cHardon assainissant
Méditerranéen, le chardon inhibe l’oxydation du sébum grâce à ses propriétés
antioxydantes. C’est l’ingrédient idéal pour le soin des peaux grasses à imperfections.
Son huile riche en oméga 6 régénère le film hydrolipidique de la peau pour l’assouplir
et maintenir son élasticité. Correcteur anti-boutons Spot Off, oOlution, 19 €.
PARIS MATCH du 3 au 9 juIn 2021
104
BB Cream réparatrice Le Chardon et le Marabout, Garancia, 31,50 €. Huile aérienne
corps bio, Estime & Sens, 23 €. Sérum Silymarin CF, SkinCeuticals, 155 €.
“
Ma peau a enfin trouvé l’âme sœur.
Entre nous, c’est l’affinité parfaite.
”
Audrey Fleurot
LA BIO-AFFINITÉ® JONZAC
L’alliance unique d’une eau thermale riche en minéraux et d’actifs biomimétiques naturellement présents dans la peau
dans des soins certifiés bio, haute tolérance et à l’efficacité prouvée. Une exigence de formulation au plus près de la
physiologie de la peau pour une affinité parfaite avec toutes les peaux, même les plus sensibles.
Vous aussi trouvez l’âme sœur de votre peau, faites votre diagnostic sur eauthermalejonzac.com
En parapharmacies et pharmacies, magasins bio et sur leanatureboutique.com
SOINS FABRIQUÉS
EN FRANCE
TUBES ET FLACONS
ÉCO-CONÇUS
SOINS À
99% NATURELLE
D’ORIGINE
CONVIENT
AUX VEGANS
0%
ALCOOL, SILICONE
HUILE MINÉRALE
Convient aux vegans : sans ingrédient ou dérivé d’origine animale. Cosmétique bio : hors spray thermal.
JONZAC, LA COSMÉTIQUE BIO THERMALE®
voyage
1
Bienvenue
Chez
les
staRs
Dormir chez Catherine Deneuve, Robert De Niro, Bono… c’est possible ! Début
des visites en Normandie, avec la maison Directoire de l’actrice française,
devenue un somptueux hôtel. Cerise sur le gâteau, éric Frechon est aux fourneaux.
Par Catherine Roig / Photos Philippe garcia
3. L’escalier
qui mène aux
chambres,
éclairé par des
suspensions en
céramique de
Paola Paronetto.
4. Le bureau
horticole de
Catherine Deneuve,
transformé en
boudoir fleuri.
5. Le spot idéal
pour boire un verre
sur l’Eure.
La départementale 16 file à travers
champs, aux confins de l’Île-de-France et de
la Normandie. Rien ne laisse penser que l’une
des plus grandes actrices françaises est venue
cultiver son jardin dans les parages pendant
trente ans. Pourtant, à peine foule-t-on les
terres de Primard que l’on ressent la présence
de Catherine Deneuve dans chaque rose,
dans chaque pièce de ce domaine, qu’elle a
cédé à Frédéric Biousse et Guillaume Foucher,
le couple qui réinvente avec panache l’hôtellerie à la française. L’un est financier, l’autre
historien de l’art et galeriste. À la tête de sept
établissements aussi beaux qu’authentiques,
ils ont su gagner la confiance de l’actrice.
Il faut dire qu’ils subliment les lieux
qu’ils acquièrent, à coups d’investissements stratosphériques et d’un talent hors
norme. «Dans un premier temps, on a vu en
PARIS MATCH dU 3 AU 9 jUIn 2021
106
Primard notre maison de campagne, confie
Guillaume. Mais c’est si grand que l’on a
préféré en faire un hôtel.» De luxe, cela va
de soi. À la maison de l’Eure, comme posée
sur la rivière, s’ajoute la maison du Lac,
l’ancien bûcher où se nichent le spa Susanne
Kaufmann et six chambres douillettes. Un
peu plus loin, la maison du Verger abrite le
restaurant gastronomique et le bistrot, emmenés par éric Frechon, associé et chef exécutif. Partout, le confort absolu se double d’un
service impeccable. «On tient à ce que tout
soit parfait, des matelas au WiFi, mais rien de
tout cela ne doit se voir», dit Frédéric Biousse.
La preuve par la visite des lieux. Comme
l’actrice aimait à le faire, on entre par la
cuisine. Une pièce chaleureuse, qui touche
éric Frechon au cœur. « S’il est un endroit
où la présence de Catherine Deneuve se
ressent, c’est bien ici. J’ai gardé [SUITEPAGE108]
VIVRE
PARIS MATCH OPÉRATION SPÉCIALE
© Reto Duriet
LesecretdePrimard
Édifié au XVIIIe siècle dans le style Directoire
pour le marquis de Dampierre, Primard aurait
un lien particulier avec le château d’Anet, tout
proche. Celui-ci, bâti par Henri II pour Diane de
Poitiers au XVIe siècle, fut très endommagé
pendant la Révolution française. Une quantité
importante de pierres issues de ces dégâts
aurait opportunément « migré » vers Primard,
alors en pleine construction.
1. On découvre
Primard, une maison
d’eau bordée par l’Eure
et entourée de douves,
en visitant le jardin.
2. Immense actrice,
Catherine Deneuve est
aussi une jardinière
hors pair.
JOUR 1 /6
JURA & TROIS-LACS
RESPIREZ LE GRAND AIR
Avec ses 220 randonnées, Jura & Trois-Lacs a de belles
histoires à raconter aux voyageurs qui s’aventureront
sur ses chemins verdoyants et préservés.
Prenez de la hauteur et admirez la vue
2
3 4
On le surnomme le « paradis de la randonnée ». Le massif jurassien et ses sommets, qui courent le long de la frontière franco-suisse au nord-ouest du pays helvète, offrent des panoramas
exceptionnels sur les lacs et les Alpes. Sur la route des crêtes de
Chasseral, pâturages boisés striés de murs en pierres sèches,
combes, plateaux et vallées se succèdent dans une nature verdoyante. N’hésitez pas à faire appel à Noé Thiel, un accompagnateur en montagne féru de plantes sauvages. Tout au long de la balade, il vous racontera des anecdotes sur les lieux rencontrés ainsi
que la manière de cuisiner les végétaux trouvés. Une expérience
insolite. Sur les chemins de la réserve naturelle de Combe-Grède,
vous pourrez traverser des gorges avant de grimper aux échelles
pour atteindre ses hauts plateaux avec vue sur les Alpes. Gare
aux marmottes et chamois !
Découvrez les métairies
Après l’effort, le réconfort. Il est bon de reprendre des forces sur
la terrasse d’une auberge de montagne, que l’on appelle ici une
« métairie ». Ce sont des fermes-restaurants qui jalonnent les
crêtes du Jura suisse et accueillent les randonneurs dans un
cadre authentique. Vous y dégusterez sans modération les produits qui y sont façonnés ainsi que rösti, fondues, croûtes au
fromage, charcuteries et autres spécialités. C’est en dégustant
l’un de ces fameux plats roboratifs que l’on apprécie le charme
rustique de cette région attachante et authentique. Un passage
obligatoire.
Plus d’infos sur j3l.ch et suisse.com/ete
© Vincent Bourrut
5
POUR DÉCOUVRIR LES AUTRES RÉGIONS
Rendez-vous sur refletsdesuisse.fr
VIVRE
Inspiré par la nature omniprésente
à Primard, le chef Éric Frechon a créé
une cuisine sublimant le produit,
à l’image de ce « pigeon voyageur »,
le plat signature du lieu.
sa cheminée, on a juste ajouté un fourneau
à l’ancienne », souligne le chef triplement
étoilé. On imagine l’actrice assise à la table,
refaisant le monde avec Yves Saint Laurent
autour d’un bœuf aux carottes. « Les gens
ne pourront pas s’empêcher de chercher des
indices, semblent regretter Frédéric Biousse
et Guillaume Foucher. Mais nous ne souhaitons pas faire un musée!» s’exclament-ils.
De fait, la «maison» –en réalité un château
de 35 pièces – a été restaurée de fond en
comble. Cinquante nuances de bleu ont
remplacé les teintes saumonées qu’affectionnait l’actrice. Des gravures botaniques
de Redouté montent à l’assaut de l’escalier.
Un salon a vu ses murs se couvrir d’anciens
modèles officinaux de champignons, chinés
par Guillaume, qui a assuré toute la décoration, laquelle mêle esprit du XVIIIe siècle
et touches contemporaines. Les chambres
donnent sur l’Eure et les douves, où glissent
cygnes et colverts. S’y ajouteront des chevaux, des moutons noirs d’Ouessant, des
vaches Highland… pour le plaisir des clients
qui profiteront aussi du verger et de la roseraie. Ils y marcheront dans les pas d’une
passionnée de roses au point de collectionner des centaines d’ouvrages d’horticulture
PARIS MATCH dU 3 AU 9 JUIn 2021
108
Frechon
en
trois
versions
Un « gastro », un bistrot, une table
d’hôtes : Éric Frechon, épaulé par
le chef Yann Meinsel, a conçu trois
lieux où se restaurer à Primard.
Inspiré par la proximité de sa
Normandie natale, il se coule avec
malice dans le terroir local. Ainsi,
le plat signature du restaurant
gastronomique Églantine est un
pigeon lové dans une enveloppe
postale ! « Un clin d’œil aux
concours de pigeons voyageurs de
mon enfance normande », confie le
chef. Pour les desserts, il mise sur
le lait de la région, dont il décline
les goûts et les textures sur une
base glacée. Côté bistrot, il titille la
nostalgie des gourmands, avec des
plats comme les rognons flambés
au cognac sauce moutardée, la
poitrine de cochon laquée au miel
et rôtie à la broche devant les
clients, et un fameux burger à la
cheminée. Enfin, dans la cuisine qui
vit Catherine Deneuve faire mijoter
de mémorables blanquettes, et que
l’on peut privatiser, on déguste de
généreux potages, rôtis, gratins
et clafoutis autour de la table
d’hôtes. Le tout, parfumé aux
herbes du potager. « Quant aux
roses, peut-être m’inspireront-elles
un jour un dessert ! »
La serre
où Catherine
Deneuve
réalisait ses
boutures a été
transformée en
salon de thé.
qu’elle rangeait dans son bureau, désormais
tapissé de papier peint fleuri et meublé d’une
banquette en velours rose, reproduisant celle
de l’appartement parisien de Christian Dior.
Depuis ce boudoir, Catherine Deneuve
veillait sur le somptueux jardin de roses et
de buis qu’elle avait conçu avec le paysagiste Jacques Wirtz –qui a sévi aux Tuileries
ou à l’Élysée. « Nous avons une admiration
sans bornes pour le travail qu’elle a réalisé
ici, dit Guillaume Foucher. Elle avait créé un
arboretum, planté 350 sortes de rosiers, surtout anciens et anglais. Ses connaissances
horticoles nous ont bluffés. La moindre des
choses, c’était de perpétuer tout cela. » Les
chanceux qui séjourneront ici pourront en
attester : Primard est un paradis.
CatherineRoig
A partir de 290 € la chambre double jusqu’à 540 €
pour la suite Jardin.
lesdomainesdefontenille.com/domainedeprimard.html.
[SUITEPAGE110]
Ciel, glacier, sarcelle… des
chambres à la cuisine en passant
par les salons, le bleu se décline
dans de multiples nuances.
VIVRE
Comme dans tous
les hôtels italiens,
le cœur et l’âme du lieu
est la gastronomie.
LePaLazzoMargherita
deFrancisFordcoPPoLa
Pour ces célébrités, posséder un hôtel ne relève
ni du placement ni du hobby. Mais d’une envie de faire
partager leur univers. Qui fait souvent envie…
Par romain clergeat
Le réalisateur, déjà propriétaire d’un
domaine viticole, a pris goût au rôle de
maître hôtelier. Aujourd’hui, il possède cinq
hôtels mais sa « Palme d’or » est en Italie,
évidemment. Au cœur du village de Bernalda
où son grand-père est né. Revenu en pèlerinage
en 2004, Francis Ford Coppola est saisi par
la beauté du plus bel édifice de la ville : le
palazzo Margherita. Un palais du XIXe somptueux mais bien décati. Le cinéaste ne réfléchit
pas, l’achète et le fait rénover avec le concours
de Jacques Grange. Pendant près de dix ans, le
lieu deviendra le refuge des Coppola. Sofia s’y
mariera en 2011 et, un an plus tard, la famille
décidera d’en faire un hôtel. Selon le principe
valable pour toutes les chambres des établissements Coppola, chaque membre de la tribu
a choisi la déco de la sienne : des tons pastel pour la suite Sofia, plus Art déco pour le
fils Roman et ambiance nord-africaine pour
celle de Francis et de sa femme. Et bien sûr,
la musique du « Parrain » en fond sonore dans
la trattoria...
De 560 à 1 850 euros la nuit en chambre double.
thefamilycoppolahideaways.com.
Andy Murray et sa
femme en pleine
partie de croquet,
devant le restaurant
vitré où l’on sert une
cuisine étoilée.
thecroMLixd’andyMurray
enÉcosse
C’est comme enfant du pays, à Dunblane,
dans le nord de la Grande-Bretagne, que le
tennisman a racheté en 2013 ce manoir victorien menacé de fermeture. Chaque suite (seulement 15 chambres) porte le nom d’un héros
national : Sean Connery of course, ou encore
Ian Fleming. Quant à la gastronomie, elle est
élaborée par Albert Roux, premier 3-étoiles
d’Angleterre, décédé en janvier cette année,
mais reprise par son fils, Michel Roux Jr., dans
un subtil mariage entre cuisine écossaise et…
italienne. Si, si. Ou plutôt, yes, yes.
De 360 à 625 euros la nuit en chambre double.
cromlix.com.
PARIS MATCH DU 3 AU 9 jUIn 2021
110
[SUITEPAGE112]
RC S PARIS 792 111 551
Le meilleur prix
mais pas à n’importe
quel prix.
Pouvoir
d’Achat.
0€
99
Boisson au thé
saveur pêche 1.5L.
Soit 0€66 le litre.
Savoir
d’Achat.
Origine des ingrédients
Sucre : Europe.
Thé noir : Argentine, Chine,
Inde et/ou Indonésie.
Pêche : Afrique et/ou Europe.
Lieu de fabrication
France (Le Quesnoy,
dans un site de fabrication
de 180 salariés).
Nutri-Score D.
Marque Repère, en plus de protég
Pouvoir d’Achat, vous propose le Savoir d’Achat.
Origine des ingrédients principaux, lieu de
fabrication et Nutri-Score, à retrouver sur le drive
E.Leclerc et progressivement sur les emballages
de tous nos produits alimentaires.
Vous pourrez
toujours compter sur
Marque Repère.
POUR VOTRE SANTÉ, ÉVITEZ DE GRIGNOTER ENTRE LES REPAS. WWW.MANGERBOUGER.FR
VIVRE
Deux stars
sur une photo :
Ron Wood et
le plus célèbre
juke-box,
le Wurlitzer.
Une image que
seuls de rares
chanceux ont pu
apprécier:
Robert De Niro dans
le rôle du concierge
de son propre
hôtel! Ci-dessous,
le penthouse
à l’esthétique
japonisante.
lasuiTeronWood
duPalaCedeBarCelone
Devenu peintre (presque autant que musicien depuis vingt ans), le guitariste a accepté avec
enthousiasme de décorer une suite à son nom. « Il
voulait une atmosphère rock’n’roll, mais pas trop,
explique Eva Cheung, l’architecte d’intérieur de l’hôtel.
Et marier du mobilier Art déco avec sa couleur préférée, le mauve. » Le résultat est en premier lieu étonnant car on s’attend à une ambiance plus sauvage. Très
vite on est séduit par l’univers classieux mais un peu
canaille imaginé par le guitariste des Rolling Stones. Et
quand on regarde en détail, du choix du lustre dans la
chambre en forme de palmier, en passant par la lampebougeoir de bureau ou les fauteuils pourpres qui ne
dépareilleraient pas dans la loge de Keith Richards,
on comprend que tout a été pensé par un homme au
goût sûr, qui a su marier un certain classicisme avec
un esprit rebelle « haut de gamme ».
De 288 à 2 580 euros la nuit en chambre double.
hotelpalacebarcelona.com.
ThegreenWiChhoTel
deroBerTdeniro
S’il n’était pas acteur, De Niro serait probablement le «parrain» du quartier Tribeca. Là où il
est né et où il vit depuis toujours. C’est au milieu
des années 1990 qu’il commence par investir dans
son «pâté de maisons», notamment avec le Tribeca
Grill. En 2008, il se lance dans l’hôtellerie et ouvre
The Greenwich Hotel. Toujours dans son quartier
de Tribeca, comme son nom ne l’indique pas. Là
encore, la réussite est totale. Il mêle des matériaux
du New York industriel à des pièces d’artisanat
d’art du monde entier. Une déco élégante où se
croisent tapis italiens, meubles anglais, trophées
africains et… des œuvres de son père, sculpteur.
ambiance newyorkaise, univers
rock’n’roll,
atmosphère de
club anglais ou île
privée de rêve...
À partir de 615 euros la nuit en chambre double ;
12 300 euros le penthouse.
thegreenwichhotel.com.
PARIS MATCH Du 3 au 9 juin 2021
112
Quand Paul David Hewson et Dave Evans ne
s’appelaient pas encore Bono et The Edge, ils fréquentaient « assidûment » le bar du Clarence Hotel en rêvant
de gloire et de musique. U2 devenu l’un des plus grands
groupes de l’Histoire, ils ont décidé, au milieu des
années 1990, de racheter l’établissement et d’en faire
un lieu plus chic et ont confié la réalisation des travaux à Norman Foster. Longtemps déficitaire, l’hôtel a
été agrandi et est maintenant rentable. Pour le groupe
aussi, qui y tourne parfois des vidéos sur le toit et s’y
montre incognito pour boire une pinte. Il suffit d’y être
au bon moment.
romain Clergeat
De 140 à 426 euros la nuit en chambre double.
theclarence.ie.
eTaussi
Le super écolodge au Belize de DiCaprio :
The Blackadore Caye (photo), Le Mission
Ranch, de Clint Eastwood, le Bedford
Post de Richard Gere, le Sundance
Mountain Resort de Robert Redford,
le Gwinganna Lifestyle Retreat de Hugh
Jackman, le Pestana CR7 de Cristiano
Ronaldo à Madère et à Lisbonne…
TheClarenCehoTel
de Bono eT The edge àduBlin
Bono et The Edge,
fidèles à
leur Dublin natal.
SUPERFLÉCHÉ
par Michel duguet
il donnE dE
Bons tuYAuX
loGEMEnt
PAs CHER
MÉlAnGE À
l’APÉRitiF
EntREPREndRE
dEs FouillEs
Condition
dE JEu
lA FAMillE
dEs PAndAs
Problème n° 3761
FAit RÉGiME
suRFACE
lARGuER
sE lÂCHE dAns
lA nÉGoCiAtion
PREndRE dE
l’AMPlEuR
RÉsonnER
on Y PRAtiQuE
l’ÉCRÉMAGE
JAillit
ils REndEnt
ZEn
VARiE lEs
PlAisiRs
MAintEnus
Au PouVoiR
CAusAnt
du toRt
ÉtAt
d’EsPRit
PAssER
lA MAin
FinAlE
dEs HABituÉEs
dEs sAlons
nE sE
REtouRnE PAs
un JuliEn dE
lA CHAnson
EnlEVER lE
Plus GRos
PRÉPARAtion
CulinAiRE
PiQuÉ
Au ViF
PEtit MAis
CostAud
sAVAMMEnt
CAlCulÉE
CoMME unE
BRutE !
sE lAnCEnt
suR lA PistE
lE Coin
du Bois
AdJECtiF
PossEssiF
un BRuit
dE MAlAdE
il suit
son CouRs
RECHERCHE
APPRoFondiE
disPo
JuGE
AuXiliAiRE
MiniBus
PRÉCÈdEnt
lEs AutREs
HissAnt
FAit
l’ARtiClE
Qui A tRois
FACEs PlAnEs
Qui s’AttEndAit
À MiEuX
Bout dE
CHAndEllE
dEs GRAndsMÈREs
ont insPiRÉ
VAn GoGH
HÉRoÏnE PuRE
du VEnt !
MissilE ou
Poisson
CoMBinAison
À BoiRE AVEC
ModÉRAtion
À PAYER
tRÈs À lA ModE
PAPY RussE
À Qui l’on tiEnt
tECHniQuE
dE sKiEuR
suCCoMBER
iMAGE dE
MARQuE
MAliGnE
REliEF
AuVERGnAt
MARQuisEs
EXotiQuEs
dEs ConiFÈREs
MAuRiCiEn
disPARu
VisitE
Au MusÉE
AuX AnGEs
MonnAiE
dE lAtino
on Y A lA CotE
instRuMEnts
À dEssin
CHoisi
stRuCtuRE
PÉRiPHÉRiQuE
EllE tiEnt
lA BoutiQuE
ConsACRÉ
suJEt
AnonYME
GRouPE
dE tRAVAil
lA HAntisE
du sPoRtiF
HoRiZontAlEMEnt
inEXAuCÉ QuAnd
il Est PiEuX
FAÇonnER
solution du n° 3760 par nicolas marceau
VERtiCAlEMEnt
1. oblitération. opossum. 2. routine. aviatrice. su. 3. nuées. poire. ave. case. 4. il. modérée. are. mûre. 5. Ter.
nord. solitaire. 6. Haie. seins. le. itou. 7. oublié. noème. erosion. 8. ain. sac. ogive. en. 9. obus. antériorités.
st.10. Godets.etretat.Bai.11. us.erébus.ei.esope.12. eta.epurer.Que.latin.13. oronte.Velu.stérées.14. uni.
Tièdes. en. osa. 15. Dues. artésien. star. 16. ader. entier. on. Tir. 17. Go. ere. etrier. patina. 18. eus. are. notaire.
il. 19. réussira. sel. pressée. 20. serrera. absentes. ers.
A. ornithologue. usagers. B. Bouleau. Boston. Douée. C. lue. ribaud. aride. sûr. d. item. elisée. ure. sr. E. Tison.
in. Trente. ruse. F. en. Dose. aseptisée. ir. G. repère. sn. Buée. ara. H. ordinateur. Datera. i. Taie. noce. sévérité.
J. ivresse. ré. rester. sb. K. oie. moite. erines. l. na. allégoriques. eole. M. Tarie. ire. niort. n. orvet. evitées.
en.apt. o. pie. arrêtas. Ton. pire. P. oc. mi. etoles. Tares. Q. sécurisés. parasites. R. arétin. Bête. Tri. se. s. ussé.
oo. sa. iéna. nier. t. mue. munitions. réales.
Du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
113
avenir
VIVRE
Le
braceLet
antidouLeur
Une start-up grenobloise, Remedee Labs, a mis au point un dispositif permettant
Efficace en
30 min
de soulager les douleurs chroniques sans recourir aux antalgiques.
En intimant au cerveau, grâce à des ondes millimétriques, de libérer des endorphines.
« Jesuisconvaincue
deLeursoLutionMaisiLfaut
desrésuLtats »
Caroline Maindet, praticienne hospitalière au centre
de la douleur du CHU de Grenoble
Paris Match. Que pensez-vous
du bracelet antidouleur de Remedee ?
Docteur Caroline Maindet. La solution
Une
« montre » de
paraît très prometteuse, et c’est la raison
pour laquelle plusieurs études cliniques
sont en cours, au CHU de Grenoble,
pour confirmer les résultats préliminaires.
44 g
Avez-vous constaté des résultats
concluants et sur quels malades peut-il
être utilisé ?
Par Marianne de beer
Arthrose, migraine ou fibromyalgie sont autant de pathologies qui riment avec douleur, et sont pour certaines de véritables
handicaps au quotidien. Nécessitant parfois des traitements lourds,
quand ils marchent. Le principe du bracelet Remedee est simple :
grâce à 4 puces de 2 cm2 émettant des rayonnements électromagnétiques de faible puissance, le dispositif permet de stimuler les
terminaisons nerveuses du poignet. Trente minutes plus tard, le
Remedee déclenche un mécanisme de réponse naturelle du corps :
la sécrétion des endorphines permettant à l’utilisateur de bénéficier
d’effets naturellement apaisants. « Les endorphines sont connues
pour leur capacité analgésique et agissent comme un antidouleur.
Mais elles vont avoir également un effet dit “parasympathique”
sur l’organisme, qui va contribuer à limiter le stress, ou favoriser l’endormissement », détaille David Crouzier, cofondateur et
directeur général, chargé de la recherche scientifique et médicale
de Remedee Labs.
La solution repose sur Meet (Microelectronic Endorphin Trigger), premier module breveté d’émission d’ondes millimétriques
miniaturisé. Intégré dans le bracelet et positionné à l’intérieur
du poignet, il émet un signal de très haute fréquence, à 60 GHz,
stimulant les récepteurs sous-cutanés (0,5 mm au-dessous de la
peau). En réponse à cette stimulation nerveuse indolore, le cerveau
libère des endorphines intracérébrales qui soulagent rapidement la
douleur. En outre, les effets d’une session de trente minutes sont
ressentis pendant plusieurs heures. Et elles peuvent être répétées
deux à cinq fois chaque jour.
Quand cette solution verra-t-elle le jour ? « À partir du moment où
on a les résultats cliniques, on peut penser à obtenir le marquage
CE médical. On peut imaginer que ça arrivera au plus tôt fin 2022»,
a d’ores et déjà annoncé Jacques Husser, cofondateur et président
exécutif de la société.
PARIS MATCH dU 3 aU 9 jUin 2021
114
30 %
Dès la création de la start-up, en 2015,
j’ai été absolument convaincue de leur
solution, à titre personnel. Mais, en tant
que scientifique, j’ai besoin de résultats.
Dans mon domaine de compétence –
la douleur –, nous avons débuté une
étude sur la migraine et une deuxième
sur l’arthrose périphérique. Nous
commençons très prochainement une
étude, très attendue, multicentrique, sur
la fibromyalgie. Et j’y crois.
de la population française souffre
de douleurs chroniques
auto
La 2 CV
fait
«
VoLt
»
faCe
Plus moderne que jamais, la Deuche devient la première voiture pouvant
Sur le port de Cassis, cette 2 CV rétrofitée
attire la sympathie des passants, tandis que la prise
de courant factice passe presque inaperçue.
être officiellement convertie à l’électrique. Une homologation que l’on doit
au Méhari Club Cassis et à son directeur général, Stéphane Wimez.
interview Lionel Robert / Photos Clément Choulot
Paris Match. En quoi consiste le rétrofit d’une 2 CV ?
Stéphane Wimez. L’opération, assez simple, exige
une vingtaine d’heures de travail. Nous retirons le
fameux bicylindre, le réservoir d’essence et la ligne
d’échappement, que nous remplaçons par un moteur
électrique et une batterie lithium-fer-phosphate de
10,2 kWh. Tout le reste est conservé, à commencer
par la boîte de vitesses. Nostalgie oblige.
Il suffit de venir avec sa 2 CV pour que vous la
rétrofitiez…
Presque… Seule la 2 CV 6, produite entre 1970 et
l’arrêt de la production, en 1990, est concernée, pour
l’instant, par cette homologation. Cela représente
un parc de 80 000 véhicules en France, aujourd’hui.
Avant la pose du kit de conversion, nous vérifions
l’état général de la voiture et proposons d’éventuelles
réparations, si nécessaire.
Quelles sont les prestations offertes par cette 2 CV
électrifiée ?
l’avis de match
Un peu plus lourde (+ 45 kg), elle conserve 70 %
de sa puissance d’origine. La vitesse maxi est donc
en retrait, mais les accélérations sont plus vives.
La batterie permet de parcourir 90 kilomètres et se
recharge en 3 h 15 à 6 h 30, en fonction du chargeur
embarqué (1,5 ou 3 kW).
Quel est le coût de l’opération ?
Le kit de conversion est facturé 12 000 €, et la pose,
1 900 €. Grâce à la prime à la conversion, vous pourrez déduire de 2 500 € à 5 000 € en fonction de vos
revenus. Il est également possible d’acheter une 2 CV
déjà rétrofitée. Comptez 20 000 €, au minimum, pour
un bel exemplaire. Un bonus de 1 000 € s’applique
alors pour l’acquisition d’une électrique d’occasion.
Quels seront les prochains modèles ouverts au
rétrofit ?
Nous travaillons déjà à l’homologation de la version
fourgonnette de la 2CV ainsi qu’à la Méhari. On
pense aussi à la 4L, une autre icône de l’automobile
française.
Parfaitement adaptée aux nouvelles zones à faibles
émissions, la 2 CV rétrofitée s’adresse aux passionnés
voulant profiter plus simplement et plus écologiquement
de leur patrimoine roulant, voire le transmettre à la jeune
génération. Plus exotique qu’une Renault Zoe d’occasion,
cette deux-pattes électrifiée a, certes, perdu son âme avec
l’ablation de son bicylindre à plat, mais elle a gagné en
agrément de conduite et… en silence. Sympathique en
ville, mais allergique aux voies rapides, la 2 CV, préparée
par R-Fit, fait payer cher sa cure de jouvence. Circuler en
Deudeuche verte a un prix.
2cv rétrofit
taRif
Kit+pose
PeRfoRmanCes
Puissance
Poids
vitesse max.
autonomie
temps de charge
13 900 €
20 ch
630 kg
90 km/h
93 km
3 h 30 minimum
du 3 au 9 juin 2021 PAriS MAtcH
115
fInAnCeS
aVeC
Comment améliorer
sa
retraite
Augmenter ses revenus après sa vie professionnelle est
à la portée de tous, même sans effort d’épargne pendant des années.
De nombreux leviers peuvent être actionnés.
Coordination anne-sophie lechevallier
Alors que la réforme des retraites
est au point mort, les retraités voient leur
pouvoir d’achat reculer. Le montant moyen
des pensions perçues en France s’élève à
1 393 € net par mois en 2019,
en baisse de 0,4 % sur un an,
pour la deuxième année consécutive,
selon les dernières statistiques de la Drees.
Une conséquence des revalorisations
annuelles inférieures à l’inflation instaurées ces dernières années afin de dégager
des économies. Cette réalité renforce les
craintes des Français encore en activité à
propos du montant de la pension qu’ils percevront. Celles-ci ne sont pas infondées :
le taux de remplacement, représentatif du
montant de la pension rapporté au dernier
revenu d’activité, est appelé à diminuer
dans les prochaines décennies,
selon les projections du Conseil
d’orientation des retraites (Cor). Dans un
tel contexte, les compagnies d’assurances
ne manquent pas de mettre en avant le
plan d’épargne retraite (PER), dispositif
facultatif de retraite supplémentaire lancé
en octobre 2019 avec le soutien actif du
ministre de l’Économie Bruno Le Maire.
POUVOIR D’ACHAT
PARIS MATCH DU 3 AU 9 jUIn 2021
116
Son intérêt est indéniable pour les épargnants les plus aisés, en raison de la déductibilité fiscale prévue pour les versements
volontaires. Mais aujourd’hui l’épargne
retraite ne représente qu’à peine plus de
2 % des rentes perçues par les ménages.
D’autres solutions sont en revanche accessibles au plus grand nombre, comme la
constitution d’un patrimoine immobilier,
l’optimisation de ses droits aux régimes
obligatoires et, dans le cas où l’employeur
l’a mis en place, le dispositif d’épargne
salariale, dont une partie est affectée à la
[SUITEPAGE118]
retraite.
fInAnCeS
Trois pisTes pour
opTimiser les reTraiTes
obligaToires
Pour augmenter le montant de sa future pension,
il existe plusieurs techniques.
En France, toute activité déclarée est soumise aux charges
sociales, dont les cotisations vieillesse. Quel que soit votre statut
(salarié, fonctionnaire, indépendant), vous cotisez ainsi obligatoirement à un régime de retraite. Sachant que les Français passent,
en moyenne, plus de vingt ans à la retraite, autant quitter la vie
professionnelle avec la pension la plus élevée possible.
éviTerladécoTe
Pour percevoir une pension complète lors du départ
en retraite, il faut non seulement ne pas partir à la retraite
avant d’avoir atteint l’« âge légal » (l’âge minimum de
départ fixé aujourd’hui à 62 ans), mais aussi respecter votre
durée d’assurance. Cette dernière correspond à un nombre
de trimestres de cotisation qui varie selon votre année de
naissance (voir tableau page suivante).
Ainsi, si vous êtes né en 1963, vous devez avoir validé
168 trimestres. Faute de quoi, votre pension sera minorée
de 1,25 % par trimestre manquant. Cette décote fait d’autant
plus mal au porte-monnaie qu’elle est viagère, c’est-à-dire
appliquée jusqu’au décès.
racheTerdesTrimesTres
Si vous pensez qu’il vous sera difficile de
respecter votre durée d’assurance, sachez que la
décote est supprimée dès lors que vous partez à
67 ans, l’âge de retraite à taux plein. Au cas où vous
ne souhaiteriez pas travailler jusqu’à un âge aussi
avancé, vous avez aussi la possibilité de racheter des
trimestres si vous avez suivi des études supérieures
et/ou si, parce que vous avez travaillé à temps partiel,
en CDD ou en intérim, vous n’avez pu valider à certains
moments de votre carrière 4 trimestres dans l’année.
Mais le rachat de trimestres n’est pas la solution
miracle. Il n’est possible de racheter que 12 trimestres
au maximum, ce qui peut ne pas être suffisant pour
atteindre votre durée d’assurance. En outre, l’opération est coûteuse. Comptez plus de 6 000 € par trimestre racheté si vous avez 60 ans. Même si le rachat
est déductible du revenu imposable, le retour sur investissement n’est pas assuré. «On peut demander à sa
caisse de retraite un devis. Cette demande n’engage à
rien », rappelle Philippe Bainville, expert à l’Assurance
retraite, le régime de base des salariés et indépendants.
Si votre employeur vous fait des appels du pied pour
partir à la retraite, vous pouvez lui proposer de payer votre
rachat de trimestres, vous n’aurez alors rien à débourser
et profiterez tout de même de la déduction fiscale.
repoussersondéparT
La solution la plus simple pour ne pas subir une telle minoration est
de cotiser jusqu’à disposer de sa durée d’assurance. Stéphane Bonnet,
directeur d’Union retraite, l’organisme qui représente les 35 principaux
régimes français de retraite, constate : « Décaler son départ à la retraite
d’un ou deux ans peut éviter de se voir appliquer une décote de 5 % à 10 %
sur sa pension. Les Français ont d’ailleurs compris l’intérêt d’atteindre
le taux plein. Les salariés partent en moyenne à 63 ans, soit un an plus
tard que l’âge légal. » Les salariés nés à partir de 1957 y ont encore plus
intérêt : s’ils liquident leurs droits à 62 ans avec tous leurs trimestres, ils
subissent une décote – temporaire cette fois-ci – sur leur retraite complémentaire Agirc-Arrco. Pour éviter ce malus de 10 % pendant trois ans,
ils doivent cotiser 4 trimestres de plus, c’est-à-dire travailler un an de
plus. « D’une manière générale, rester en activité plus longtemps améliore
sensiblement sa retraite, remarque Françoise Kleinbauer, P-DG du cabinet
France retraite. Cela permet de valider plus de trimestres, d’acquérir plus
de points auprès du régime complémentaire et d’augmenter son salaire de
référence. » Les rémunérations étant généralement plus élevées en fin de
carrière, elles viennent augmenter le salaire de référence qui sert au calcul
de la retraite de base.
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
118
[SuiTEPaGE120]
Avec le contrat Allianz Vie Fidélité, vous pouvez donner du sens
à votre épargne. Allianz vous offre l’opportunité d’investir*
dans des secteurs comme les énergies renouvelables, l’agriculture,
la santé ou encore l’éducation. Vous contribuez ainsi au développement
de projets concrets et utiles pour vous et les générations à venir.
Prenez rendez-vous dès maintenant avec
un conseiller pour en discuter.
Allianz.fr/assurance-vie/
* Investissements via des supports en unités de compte. En investissant sur des supports en unités de compte vous
profitez du potentiel de performances des marchés financiers, mais vous prenez un risque de perte en capital.
En effet, Allianz s’engage sur le nombre d’unités de compte, mais ne garantit pas leur valeur. Celle-ci est soumise
à des fluctuations, à la hausse comme à la baisse, en fonction de l’évolution des marchés financiers.
Allianz Vie Fidélité est un contrat d’assurance vie de groupe à adhésion facultative de type multi-support.
Allianz Vie - Entreprise régie par le Code des assurances - Société anonyme au capital de 643 054 425 € - Siège social : 1, cours Michelet - CS 3005 92076 Paris La Défense Cedex - 340 234 962 R.C.S. Nanterre. Document à caractère publicitaire.
Réalisation : Agence Pschhh - Crédit photo : © Getty Images / Photographe : kamisoka.
Regardez vos investissements
évoluer en même temps que
les énergies renouvelables.
fInAnCeS
laretraiteprogressive
untempspartieletunepension
Si vous êtes salarié ou travailleur indépendant, si vous avez au moins 60 ans
et que vous disposez d’au moins 150 trimestres de cotisation, vous pouvez demander
à travailler à temps partiel, tout en touchant une fraction de votre pension. Philippe
Bainville, expert à l’Assurance retraite, explique la souplesse de ce dispositif: « La
retraite progressive peut être utilisée durant une période donnée.Un senior peut passer
à temps partiel pour s’occuper de ses petits-enfants ou d’un parent dépendant, puis
revenir plus tard à temps plein.»
L’opération est particulièrement intéressante si vous travaillez déjà à temps partiel.
«En percevant en plus une partie de leur pension, les salariés à temps partiel voient
leurs revenus augmenter», ajoute-t-il. Le dispositif permet également d’atteindre en
douceur sa durée d’assurance. Françoise Kleinbauer, de France retraite, remarque :
«Pendant la durée de la retraite progressive, l’assuré continue de cotiser et donc de se
créer des droits. Au moment du départ à la retraite, les droits sont recalculés. L’assuré
peut partir à taux plein grâce aux trimestres cotisés durant la retraite progressive, voire
même obtenir une surcote.»
Ces dispositifs
mal Connus qui peuvent
augmenter
vos
revenus
Souvent ignorés des assurés, ils se révèlent la plupart
du temps très intéressants.
les trimestres
nécessaires pour une retraite
sans décote
année
de naissance
durée
d’assurance
1955-1956-1957
166 trimestres
1958-1959-1960
167 trimestres
1961-1962-1963
168 trimestres
1964-1965-1966
169 trimestres
1967-1968-1969
42 ans et 6 mois
1970-1971-1972
42 ans et 9 mois
À partir de 1973
41 ans et 6 mois
41 ans et 9 mois
42 ans
42 ans et 3 mois
170 trimestres
171 trimestres
172 trimestres
43 ans
lesraChatsmadelinetapprentis
pourlestrimestresmanquants
Vous êtes artisan,commerçant ou chef d’entreprise et vous n’avez pas
validétouslesansquatretrimestresderetraitedansl’année?LerachatMadelin
(du nom de la loi Madelin de 1994) est fait pour vous. Il permet de racheter
les trimestres manquants de vos six dernières années d’activité non salariée.
Il existe trois avantages par rapport aux rachats «classiques» au titre des
étudesoudesannéesincomplètes:l’indépendantpeutracheterjusqu’à24trimestres (au lieu de 12), les rachats sont nettement moins chers (autour de
2000 € le trimestre) et ils permettent d’augmenter le salaire de référence
qui entre dans le calcul de la retraite de base.
Par ailleurs, si vous avez été apprenti entre 1972 et 2013, vouspouvezracheter jusqu’à quatre trimestres de cotisation à un prix préférentiel (1500 €).
lasurCoteunepensionmajorée
C’est un excellent moyen pour doper le montant de votre future retraite.
Tous les trimestres civils (90 jours) travaillés au-delà de votre durée d’assurance vous permettent de majorer votre pension de 1,25%. Si vous avez tous vos
trimestres et que vous décidez de travailler deux ans de plus (8 trimestres), votre
pension sera ainsi majorée de 10%, jusqu’à votre décès. Mieux: contrairement à
la décote, la surcote n’est pas plafonnée. Et, à votre mort, votre conjoint percevra une pension de réversion (une fraction de votre retraite) majorée elle aussi. Il
faut savoir que le rachat de trimestres ne permet pas d’accéder à la surcote.
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
120
lesretraitesd’entreprise
unCapitalouunerenteensupplément
Si vous êtes salarié dans un grand groupe, il y a de
forteschancesquevousdisposiezd’uneretraitesupplémentaired’entreprise(ou«article 83»),d’unpland’épargnepour
la retraite collectif (Perco) ou d’un plan d’épargne retraite
d’entreprise collectif (Pereco ou Percol) qui a remplacé
depuis le 1er octobre dernier le Perco. Des dispositifs qui
proposent un capital ou une rente à la retraite et que vous
avez tout intérêt à exploiter.
Ainsi, «la moitié de la participation est versée, par défaut,
dans le Perco ou dans le Pereco. Mais le salarié a la possibilité de demander que 100% y soient versés», prévient
Pierre-Emmanuel Sassonia, directeur associé de la plateforme Eres. Autre moyen de cotiser sans sortir 1 euro de
votre poche : vous pouvez monétiser et verser dans votre
article 83, Perco ou Pereco jusqu’à dix jours de repos non
pris par an. Enfin, sachez que les versements volontaires
effectués sur un article 83 ou un Pereco sont déductibles,
dans une certaine limite, des revenus à déclarer au fisc.
[SuiTEPaGE122]
fInAnCeS
UnepasserelleentreassUrance-vieetper
ContrairementauPERetauxanciensdispositifsd’épargne
retraite, l’assurance-vie est un placement étanche: il n’est pas
possible de transférer son contrat dans une autre compagnie,
ni de le transformer. Le législateur a prévu une exception pour
faciliter l’essor du PER, en instaurant une incitation fiscale temporaire au transfert d’une assurance-vie vers un PER individuel.
En cas de transfert, l’épargnant bénéficie d’un abattement
spécial qui complète celui déjà en vigueur en
TRANSFERTS fiscal
cas de rachat d’un contrat d’assurance-vie. Au total,
cela représente pour une personne seule 9200 euros de gains
et pour un couple 18400 euros qui échappent à l’impôt sur le
revenu. Cet avantage est cumulable avec la possibilité de déduire
du revenu imposable les sommes ainsi versées sur le PER, comme
n’importequelversementvolontaire.Cettepasserelleestréservée
aux détenteurs d’un contrat de plus de huit ans, âgés de moins
de 57 ans, les souscripteurs devant être à plus de cinq ans de
l’âge légal de départ à la retraite. Le transfert peut être partiel ou
total et il doit intervenir avant le 1er janvier 2023.
Si l’assurance-vie présente l’intérêt de pouvoir
disposer à tout moment de son épargne constituée,
l’avantage fiscal offert par le plan d’épargne retraite
(PER) au moment des versements constitue un atout
attractif pour les contribuables fortement imposés. Les
explications de Valérie Bentz, responsable des études
patrimoniales de l’UFF, banque spécialisée dans la gestion de patrimoine.
« les sommes
versées sur un per
ne pourront pas
être débloquées
en cas de besoin
ponctuel »
ParisMatch.EnquoilaloiPactechange-t-elle
la donne pour l’épargne retraite?
ValérieBentz. Il est désormais possible de réu-
rédhibitoires pour certains épargnants. Dès lors, ils se tournaient
souvent vers l’assurance-vie pour bénéficier de la libre disposition
de l’épargne accumulée. La souplesse accrue conférée au PER lève
un vrai frein au développement de l’épargne retraite.
Dans quels cas faut-il préférer l’assurance-vie?
L’assurance-vie conserve l’avantage de la disponibilité de l’épargne
constituée pendant toute la vie du contrat : vous pouvez en sortir
à tout moment, sans justification. Si vous êtes non imposable ou
faiblement imposé et que vous ne disposez pas de patrimoine par
ailleurs, les sommes versées sur un PER ne pourront pas être débloquées en cas de besoin ponctuel d’argent. Privilégiez d’abord la
constitution d’une épargne de précaution, puis la préparation de
projets avec l’assurance-vie.
nir vos différents dispositifs d’épargne retraite
dans une enveloppe unique. Cela simplifie la
perception et l’usage puisque votre complément de retraite peut être versé par un seul
organisme au lieu de plusieurs. Le deuxième
apport est la faculté de sortir en capital à l’échéance, pour
la quote-part du contrat issue de versements volontaires,
et de façon anticipée pour l’acquisition de la résidence
principale.
En cas de versements volontaires sur un PER, vous avez le choix
de déduire ou non les montants versés, dans la limite du plafond
disponible figurant sur votre avis d’impôt sur le revenu. L’économie
fiscale est en relation directe avec votre tranche d’imposition: plus
celle-ci est élevée, plus l’avantage retiré est important. Pour un coût
identique net d’impôt, le PER permet d’accumuler un capital plus
important que l’assurance-vie.
Pour les anciens contrats Madelin ou plans d’épargne
retraite populaires (Perp), la sortie en rente est obligatoire et le déblocage anticipé impossible hors cas de force
majeure. Ce blocage des fonds et la mise à disposition
sous forme de rente étaient vécus comme des contraintes
L’avantage procuré par la déductibilité des versements du PER
est tel que le capital transmis net d’impôt au bénéficiaire désigné
peut être plus élevé qu’avec l’assurance-vie, même si celle-ci jouit
d’un cadre plus favorable, notamment si l’économie d’impôt a été
[SuiTEPAGE124]
réinvestie dans le PER.
En quoi est-ce important?
éparGne retraite
Et pour les contribuables fortement imposés?
Même au décès du souscripteur?
profiter de la complémentarité entre
assUrance-vie
et
per
Les contribuables peu soumis à l’impôt sur le revenu doivent préférer l’assurance-vie au plan d’épargne retraite.
PARIS MATCH du 3 Au 9 juiN 2021
122
Préparez votre retraite en réalisant,
dès à présent, des économies d’impôt*.
Vous pourrez déduire de votre
revenu imposable le montant des
versements que vous effectuez
sur votre contrat dans certaines
limites*.
Un Plan Épargne Retraite avec :
0€
de frais d’entrée**,
de frais de versement**,
de frais d’arbitrage**…
Sur internet,
c’est transparence,
accessibilité
et meilleurs rendements
pour votre épargne.
*La réduction dépend de votre tranche marginale d’imposition. **Voir conditions générales.
Document à caractère publicitaire sans valeur contractuelle.
ALTAPROFITS, Société par actions simplifiée au capital de 11 912 727,82 euros - 535 041 669 RCS Paris – APE 6622Z.
Siège social : 17 rue de la Paix - 75002 Paris. Immatriculée à l’ORIAS sous le n°11 063 754, www.orias.fr
01 44 77 12 14
(appel non surtaxé)
Du lundi au vendredi de 9h00 à 19h00
altaprofits.com
fInAnCeS
Les précautions avant
de
souscrire
un
per
individueL
Un PER peut être très différent d’un autre et ne pas correspondre
à votre besoin. Voici les points à vérifier pour ne pas
souscrire des contrats contraires à vos intérêts personnels.
FraiséviterLescontratstropchers
La tarification du PER constitue l’un de ses principaux inconvénients.
En cumulant les différentes strates de frais, un PER peut dans les cas extrêmes
rapporter davantage à la compagnie qui le commercialise qu’au souscripteur.
D’où l’intérêt de s’intéresser aux contrats en ligne ou à ceux proposés par les
mutuelles, moins chers que la moyenne. Les frais à l’entrée, prélevés sur les versements, sont parmi les plus pénalisants puisque la somme versée, ainsi amputée,
n’est pas totalement investie. Récurrents, les frais de gestion, fixés en moyenne
à 0,80% par an, culminent à 1,20% pour certains contrats, soit un surcoût de
50%. Difficile, dans ces conditions, de rentabiliser un contrat dans la durée.
universd’investisseMent
avoirLe choix
Le PER ayant vocation à durer
jusqu’à plusieurs décennies et à
traverser plusieurs cycles économiques et financiers, la profondeur de l’offre de supports est un
critère fondamental avant de souscrire, en particulier si vous faites
partie des épargnants avertis préférant gérer leur plan eux-mêmes, dans le cadre d’une gestion libre.
Les contrats les mieux dotés permettent d’investir dans toutes les
classes d’actifs (actions, obligations, immobilier, non coté), toutes
les zones géographiques (monde entier, par continents, par pays)
et tous les secteurs d’activité. Si vous préférez déléguer l’allocation
de votre PER dans le cadre d’une gestion à horizon, où le contrat
est sécurisé à mesure que l’âge de la retraite approche, privilégiez
les contrats dont les supports sont gérés par des sociétés de gestion
indépendantes ayant fait leurs preuves.
ÀLasortieLaLiberté avant tout
La loi offre à l’épargnant le choix du mode de restitution de son
épargne entre une rente ou un capital par versement unique ou de
façon fractionnée. La fiscalité étant défavorable à la sortie en capital,
mieux vaut la lisser en la fractionnant sur un maximum d’années.
Encore faut-il que le contrat le prévoie, sachant que chaque assureur
est libre de définir ses propres règles. Il en résulte des modalités de
restitution parfois très restrictives, avec une sortie échelonnée de un
à cinq ans pour les moins bons élèves. Les contrats les plus souples
permettent de récupérer l’épargne sans limite de temps.
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
124
Trois PEr
écorEsPonsablEs
per responsable et solidaire (Maif)
Premier PER entièrement écoresponsable,
le plan d’épargne retraite individuel de la
mutuelle Maif ne référence que des supports
labellisés ISR ou Finansol, quel que soit le
mode de gestion du contrat. Son fonds euros
à capital garanti exclut certains secteurs
controversés. C’est l’un des PER les plus
accessibles du marché, ne nécessitant que
150 € d’apport initial et 30 € pour les
versements suivants.
préfonretraite(préfon)
Transformé en PER le 1er décembre 2019,
le régime Préfon retraite est un précurseur
dans la prise en compte de critères extrafinanciers (environnement, social, bonne
gouvernance) dans la gestion de son
portefeuille. Accessible aux fonctionnaires,
anciens fonctionnaires, et leurs conjoints,
Préfon retraite est un PER en points, où
l’épargnant ne peut librement choisir ses
supports financiers.
Multi horizon retraite (Macif)
La majorité des 15 fonds proposés dans le
PER Multi horizon retraite sont gérés selon
des principes d’investissement responsable,
dont huit labellisés ISR, un labellisé Greenfin
et un labellisé Finansol. Le mode de gestion
délégué «horizon retraite», choisi par la
majorité des adhérents de la mutuelle, ne
comporte que des fonds labellisés.
2,5 %
frais
C’est le taux moyen des frais sur versements maximaux prélevés par les assureurs sur les PER individuels (sur 64 plans
analysés). Ce coût est négociable, parfois
dégressif, selon la composition du contrat
et les montants versés, et généralement nul
pour les contrats commercialisés en ligne.
Certains supports financiers ou immobiliers
spécifiques peuvent être soumis à des frais
de souscription additionnels.
[suiTEPaGE126]
fInAnCeS
éPARGNE COLLECTIVE
SALARIéS ET
EmPLOyEuRS, TOuS
GAGNANTS
Le PER réunit les dispositifs d’épargne retraite
Une entreprise doit-elle nécessairement être rentable?
Il s’agit davantage d’une question de trésorerie disponible. Que
l’entreprise soit bénéficiaire ou non, un accord d’intéressement peut
être mis en place: des objectifs fondés sur des indicateurs extra-financiers sont de plus en plus fréquents, tels que la satisfaction client
ou dans le cadre de la politique responsabilité sociale et environnementale. Le curseur peut aussi être placé sur le développement du
chiffre d’affaires pour une start-up en forte croissance.
Cela coûte aussi moins cher à l’employeur…
au sein d’une même enveloppe, dont un compartiment
alimenté par l’épargne salariale. Un outil à la portée
bien plus étendue qu’un simple réceptacle des primes
d’intéressement et de participation.
Plus aucune charge ne pèse sur ces dispositifs depuis la suppression
du forfait social [prélèvement de 20%] en 2019 sur l’intéressement,
la participation et l’abondement dans les entreprises de moins de
50 salariés, et sur l’intéressement pour les entreprises de moins de
250 salariés. Pour 1000 € versés par l’employeur, 903 € reviennent
au bénéficiaire, si celui-ci choisit de placer sa prime sur un plan
d’épargne entreprise (PEE) ou un plan de retraite d’entreprise collectif (Percol ou Pereco), contre un peu plus de 500 € pour un salaire.
Le salarié y trouve-t-il son compte?
Alors que plus de 80 % des PME de moins de
50 salariés ne sont dotées d’aucun dispositif d’épargne
salariale, d’après la Dares, les assouplissements législatifs
et réglementaires adoptés ces dernières années sont susceptibles de changer la donne. Entreprise comme salariés
peuvent y trouver une utilité commune, plaide Benjamin
Pedrini, cofondateur d’Epsor, spécialiste de
l’épargne salariale et retraite d’entreprise.
Paris Match. Pourquoi une TPE-PME
aurait-elle intérêt à adopter des dispositifs d’épargne salariale et de retraite ?
Benjamin Pedrini. Ce sont de formidables
En faisant le choix d’investir au lieu de percevoir votre prime sur
votre compte bancaire, le gain est immédiat et d’autant plus important si la tranche d’imposition est élevée. Si la politique salariale de
l’employeur est généreuse, vous pouvez en outre vous voir offrir un
abondement de l’entreprise qui vient s’ajouter aux primes et, le cas
échéant, aux versements volontaires. Ce type de dispositif est d’ailleurs souvent utilisé pour valoriser le package de rémunération, en vue d’attirer les talents ou de les retenir dans les
secteurs soumis à une forte rotation des effectifs. Le chef
d’entreprise peut aussi en bénéficier lui-même, comme son
conjoint collaborateur, dès lors que la société compte entre
1 et 249 salariés.
« Que l’entreprise
soit bénéficiaire
ou non, un accord
d’intéressement
peut être
mis en place »
outils de gestion des ressources humaines
et de management. C’est un moyen de communiquer
en interne sur les objectifs à atteindre et de motiver
l’ensemble des collaborateurs, qui toucheront, si les
objectifs collectifs sont atteints, un complément de
rémunération sous forme d’intéressement et/ou de
participation.
Quelles sont les incitations supplémentaires pour le Percol?
Sur votre Percol, vous pouvez opter pour la gestion pilotée de votre épargne, cela permet de la sécuriser au fur et à mesure
que votre âge de départ à la retraite approche, sans intervention de
votre part. Les versements volontaires sur un Percol sont fiscalement
déductibles, un avantage qui n’existait pas dans l’ancien Perco. Si
vous avez accès à un PER d’entreprise collectif, vous n’aurez pas
forcément d’intérêt à en ouvrir un à titre individuel.
Abondement de l’employeur :
les plAfonds pour 2021
L’employeur peut compléter la mise d’un salarié effectuant des
versements volontaires sur son plan d’épargne salariale,
pour un montant compris entre 0 et 300 % de la somme versée.
Dans les faits, la somme abondée est souvent limitée en valeur absolue,
par exemple à 1 000 ou 1 500 € par an et par bénéficiaire.
Versements
volontaires
Abondement maximal
(300 %)
Montant maximal
épargné
PARIS MATCH du 3 Au 9 juin 2021
126
Source : Epsor.
PEE
PERCOL ou PERCO
1 096,90€
2 193,90€
3 290,80€
6 581,70€
4 387,70€
8 775,60€
[SuiTEPAGE128]
fInAnCeS
Être propriétaire
à la retraite, loin
d’une
évidence
L’aspiration à la propriété de sa résidence
principale est freinée par de nombreux facteurs, dont
la hausse des prix.
Plus ils sont âgés, plus les Français sont culturellement attachés à la propriété immobilière. Si en moyenne
58% des ménages métropolitains possédaient leur résidence principale au 1er janvier 2019, selon l’Insee, ce taux
atteint 75% chez les plus de 65 ans. Si vous n’avez pas
encore franchi le pas, vous vous demandez peut-être
s’il vaudra mieux posséder ou être locataire de votre
logement au moment où démarrera votre après-vie professionnelle ? La donne, qui a longtemps fait pencher
les arguments en faveur de la première option – l’envie
d’avoir un chez-soi, ne plus avoir à payer de loyer ni
à rembourser un prêt à un moment où vos ressources
financières diminuent… –, a changé ces dernières années.
Henry Buzy-Cazaux, président-fondateur de l’Institut
du management des services immobiliers (Imsi), analyse l’évolution : « Pour les générations précédentes, la
problématique de l’accession à la propriété était résolue bien avant la retraite. Aujourd’hui, on s’endette plus
longtemps pour acquérir sa résidence principale, alors
que l’entrée dans la vie active est plus tardive et que les
carrières professionnelles sont moins linéaires.»
L’aspiration à la propriété, qui n’est plus forcément
une évidence pour une partie des ménages actifs toujours plus nomades, interroge aussi à l’approche de la
retraite. Êtes-vous sûr que le choix de localisation et le
type de logement que vous achèterez conviendront à
vos aspirations? «C’est de moins en moins probable!»
répond Henry Buzy-Cazaux. Et d’ajouter: «La solution
exigera une nouvelle opération, qui consistera à vendre
votre logement pour en acheter un plus adapté, en général plus petit, situé au plus près des services, peut-être
aussi avec des équipements domotiques. Il faudra alors
recycler le produit de la vente et acheter comptant, obtenir un crédit au-delà de 65 ans étant quasi impossible.»
Ne négligez pas non plus les frais de maintenance, dont
un locataire est généralement dispensé. « À la notion
de propriété est associé un coût de fonctionnement de
l’habitat qui va croissant. Il faut vous interroger sur votre capacité à supporter les charges,
notamment de mise aux normes énergétiques»,
avertit le président de l’Imsi. Autre sujet lourd
à prendre en compte: la fiscalité locale, appelée, selon lui, à connaître « une dynamique
haussière » : « Avant, personne ne se souciait
de la taxe foncière. Mais avec la fin de la taxe
d’habitation, les collectivités vont se rattraper sur l’autre
taxe importante à leur main.»
Une solution intermédiaire reste possible : l’investissement locatif, auquel sont adossées des mesures de
défiscalisation. Tout en étant locataire de votre résidence
principale, vous faites l’acquisition d’un logement dans
le but de le mettre en location, le loyer couvrant alors
au moins une partie de votre crédit.
il ne faut pas
négliger les frais
de maintenance,
dont un locataire
est généralement
dispensé
trois possibilités de défiscalisation immobilière
Des dispositifs présentant une fiscalité avantageuse permettent de compléter ses revenus à la retraite avec des loyers.
loipinel
Si votre objectif est de payer moins d’impôts
à court terme, un investissement en loi Pinel
semble le mieux adapté. En faisant l’acquisition d’un bien immobilier neuf pour le mettre
à la location, vous bénéficiez dès la première
année d’une réduction d’impôt de 12, 18 ou
21 % pour un engagement respectif de six,
neuf ou douze ans. Au terme de l’engagement,
vous pouvez continuer à le louer, le vendre ou
encore le transmettre.
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
128
louerenmeublé
Le statut de loueur en meublé non
professionnel (LMNP) permet de se
constituer petit à petit un patrimoine
immobilier en percevant des revenus
locatifs peu ou pas fiscalisés. Le LMNP se
décline notamment dans l’achat d’un logement dans une résidence gérée. Dans ce
cas, le contrat passe par la signature d’un
bail commercial avec un gestionnaireexploitant.
nue-propriété
Plutôt réservé aux personnes soumises à une
importante pression fiscale, le démembrement de propriété consiste à séparer l’usufruit de la nue-propriété. Cet investissement,
qui n’entre pas dans l’assiette taxable de l’Ifi,
vous permet de diversifier votre patrimoine,
sansgestionlocative,nialéaslocatifs,niimpôt
lié aux revenus locatifs. Au terme du contrat,
signé pour une durée de quinze à vingt ans,
vous disposez librement du bien.
viager
Un
investissement
risqUé
L’achat en viager reste un marché de niche. Et pas seulement parce que l’opération constitue
un « pari » sur le moment de la mort du vendeur.
Rendu célèbre au début des années 1970 grâce au film de
Pierre Tchernia, le viager est confidentiel en France. En 2019, seulement 6 500 nouvelles transactions de ce type ont été signées.
Placement de long terme, le viager permet de constituer une
épargne dans l’optique de la retraite. Sous réserve, bien entendu,
d’en maîtriser les ressorts. Le premier est la prise en compte d’un
aléa : la longévité du vendeur. « C’est une condition sine qua
non, signale Olivier Grenon-Andrieu, président du groupe
Equance, spécialisé dans la gestion de patrimoine. Sachant
que le contrat est aléatoire, vous devez avoir en tête que plus le
crédirentier vivra vieux, plus le bien vous coûtera cher. A contrario,
si l’aléa intervient tôt, la rentabilité est augmentée. »
Au moment de la signature de la vente devant un notaire, l’acquisition du logement s’accompagne du versement au vendeur d’une
somme de départ (le «bouquet», qui représente généralement 30%
de la valeur totale du bien). Ensuite, vous vous engagez à lui verser
périodiquement une rente viagère jusqu’à son décès. « Le montant
de la rente, réévalué tous les ans, se calcule sur la base de la valeur
du bien et du bouquet, mais aussi de l’âge du vendeur et de son
espérance de vie », explique le président d’Equance.
Selon vos objectifs, vous pouvez opter entre un viager occupé et
un viager libre. Dans le premier cas, vous ne prenez possession
des lieux qu’au décès du cédant. Dans cet intervalle, vous supportez les frais liés aux charges et aux impôts. Mais vous conservez
la possibilité de revendre le bien immobilier avant le terme. Moins
courant, le viager libre permet de jouir des lieux (les habiter ou les
mettre en location) dès la signature du contrat, tout en continuant
de verser une rente. Mais, contrairement au viager occupé,
vous ne pouvez pas prétendre à la décote du prix liée au
droit d’usage et d’habitation.
Quel que soit le mode d’acquisition choisi, le viager impose de
faire les bons calculs avant de s’engager. Il faut veiller à disposer
d’une trésorerie nécessaire pour pouvoir régler la rente. Au moindre
impayé, le vendeur peut faire valoir la clause résolutoire : il récupère la propriété de son logement, mais aussi le bouquet et les
rentes déjà versées.
Prêtez aussi attention aux clauses inscrites dans le contrat, comme
la clause résolutoire qui prévoit que, si le vendeur est un couple,
le survivant récupère le droit d’usage et d’habitation au décès de
son conjoint.
[SUitEPAgE130]
longévité
fInAnCeS
résidences pour
personnes âgées
Au-delà des avantages fiscaux escomptés, la
réussite d’un investissement
locatif dans une résidence
services appelle à réfléchir
en amont. Les points à étudier avec Céline Mahinc,
administratrice de l’Association nationale des conseils
financiers et immobiliers
(Anacofi-Immo).
Paris Match. Pourquoi
investir dans l’immobilier
pour seniors ?
Céline Mahinc. Ne pensez pas investir maintenant
pour y être hébergé plus tard ! Qui pourrait parier sur
sa qualité de vie quinze ou vingt ans à l’avance ? En
revanche, au-delà d’un engagement sociétal, l’investissement en résidences services constitue une opportunité de complément de revenus sans augmentation
immédiate de votre fiscalité. Solution de diversification,
ce placement dans l’économie réelle doit correspondre
à votre profil d’investisseur, selon votre aversion au
risque ou encore votre horizon de placement.
Vers quels produits “retraite” se tourner ?
Il y a principalement le choix entre deux types de résidences, qui répondent à des objectifs différents. Vous
avez, d’abord, les résidences de services pour seniors.
Il s’agit d’établissements non médicalisés, destinés à
des plus de 60 ans valides qui ne présentent pas de
graves problèmes de santé, ni de dépendance, mais en
quête d’un nouveau logement principal plus adapté
à leur âge. De leur côté, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad)
accueillent des seniors en perte d’autonomie, à qui
11 %
censi-bouvard
En investissant dans un logement neuf meublé situé dans
une résidence avec services pour seniors avec l’option CensiBouvard, vous pouvez bénéficier d’une réduction d’impôt
égale à 11 % de la valeur du bien, dans la limite de 300 000 €
par an, en contrepartie d’un engagement de location de
neuf ans. Attention : cet avantage est soumis au plafonnement
des niches fiscales à 10 000 € par an et par foyer.
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
130
Bien choisir son
gestionnaire
Placer son argent dans un appartement en
résidence senior ou dans une chambre
d’Ehpad peut être un préalable à la retraite, à
condition de ne pas négliger les risques.
des soins hospitaliers sont dispensés sur place par du personnel
médical qualifié. Dans les deux cas, le modèle d’investissement
est identique : vous achetez un logement meublé, un petit appartement ou une chambre, comprenant des prestations de gardiennage, de ménage et de restauration. La gestion est obligatoirement
confiée à un exploitant professionnel, avec lequel vous signez un
bail commercial d’au moins neuf ans.
Quelle fiscalité s’applique ?
Vous avez la possibilité d’obtenir le statut de loueur en meublé
non professionnel (LMNP). À ce titre, vous pouvez déduire les
charges et les intérêts d’emprunt de vos recettes locatives, mais
aussi appliquer des amortissements. De facto, vos revenus locatifs
seront longtemps nets de fiscalité. Si vous achetez un logement
neuf, vous pouvez opter pour le régime Censi-Bouvard [voir cidessous]. Enfin, l’investissement locatif vous permet, sous conditions, de récupérer la TVA.
Que faut-il regarder avant d’investir ?
Comme pour tout investissement immobilier,
le choix de l’emplacement est capital. Privilégiez un programme dans une agglomération où
la demande est réelle, sans quoi les locataires
seront difficiles à convaincre. Notez qu’une
population encore autonome appréciera davantage la proximité d’un centre-ville avec toutes
commodités. Autre élément primordial : le gestionnaire. N’hésitez pas à vérifier ses références et sa durée d’existence sur le marché. La pérennité de votre investissement peut
être remise en cause si l’entreprise exploitante cesse son activité
ou ne vous verse plus ou moins de loyer. Méfiez-vous également
des promesses de rentabilité locative plus élevées que la normale.
Faites-vous aider par un spécialiste. Il vérifiera les points essentiels
limitant les facteurs de risque et vous les expliquera.
« Méfiez-vous
des promesses
de rentabilité
locative plus
élevées que la
normale »
Un dernier point d’attention concerne les Ehpad…
Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes sont considérés comme des actifs monovalents. Si le gestionnaire décide de partir avec son agrément (défaisance), il
ne vous sera pas facile de changer la destination d’usage de la
chambre.
coordination anne-sophie Lechevallier
LEGS, DONATION, ASSURANCE-VIE
Association reconnue d’utilité publique
Marqué par la vie, protégé par nous.
L’Ordre de Malte, une force au service des plus fragiles depuis 900 ans
Mère et enfant, précarité, maladie, handicap, isolement : sur le terrain de toutes les fragilités, en France comme à l’international,
les hommes et les femmes de l’Ordre de Malte France unissent leurs forces, leur foi et leur expérience de terrain pour
accompagner, protéger et sauver chaque année des milliers de personnes en détresse. Aujourd’hui, en transmettant une
part de vos biens au travers d’un legs, d’une donation ou d’une assurance-vie, vous pouvez être une force essentielle
à nos côtés et œuvrer pour un monde plus fraternel, pour longtemps. Pour vous accompagner dans ce beau projet,
n’hésitez pas à consulter notre équipe dédiée, votre notaire ou encore notre site internet ordredemaltefrance.org.
M
Mme
Mlle
Nom : ........................................................................ Prénom : .............................................................................
Adresse: ..........................................................................................................................................................................................
Code postal : ......................................................... Ville : .........................................................................................................
Tél. (facultatif) :
Email (facultatif) : ......................................................................................@.......................................................................
ALPM0621
Si vous le souhaitez, je peux vous aider
à construire votre projet de transmission.
Je suis là pour vous, n’hésitez surtout pas
à me contacter au 01 55 74 53 53, par courrier,
ou à
v.lazzarin@ordredemaltefrance.or .
Je vous répondrai avec plaisir, à bientôt ! »
VincentLazzarin,Responsabledesrelationstestateurs
Merci de me faire parvenir votre brochure
. Vous la recevrez gracieusement, sans aucun
engagement de votre part. À compléter et retourner à : Ordre de Malte France - 42 Rue des Volontaires, 75015 Paris
Sous la responsabilité de son Président, l’Ordre de Malte France, association reconnue d’utilité publique collecte vos strictes données nécessaires (coordonnées postale et mail, âge, téléphone, situation familiale et patrimoniale) à des fins de traitement interne
de votre potentiel projet de transmission, dans la limite de la durée nécessaire au traitement limitée à 9 ans. Le traitement de vos données est exercé dans l’intérêt légitime poursuivi par l’association et les données ne sont pas transféré hors UE. Vous pouvez
exercer votre droit à l’information sur vos données personnelles collectées et ainsi demander la rectification, le complément, la mise à jour, ou l’effacement de vos données collectées, vous pouvez vous opposer ou demander la limitation du traitement pour
motif légitime, ou retirer tout consentement sur simple demande. Vous pouvez exercer vos droits auprès de notre DPO indépendant, garant de l’absence de conflits d’intérêts par Email : dpo.rgpd@ordredemaltefrance.org ou courrier à : DPO Ordre de Malte
France - Institut PRH – 16 avenue de la Côte d’Argent 33380 MARCHEPRIME. Vous pouvez retrouver notre politique de confidentialité sur le site ordredemaltefrance.org. Pour en savoir plus sur vos droits, vous pouvez consulter le site de la CNIL : www.cnil.fr
© Nathalie Bardou/Hans Lucas.
Votre legs, le plus beau geste envers les plus fragiles
santé
VIVRE
« On apprend au sujet le chemin à suivre pOur qu’il
Oriente sOn attentiOn ailleurs que sur sOn trOuble »
* Docteur Jean Becchio, directeur du diplôme universitaire d’hypnose
naissances
lebaby-bOOm des
jumeaux
médicale et des TaC, université Paris-saclay, fondateur du Collège international des
thérapies d’activation de la conscience.
la nOuvelle hypnOse
méthOde
et
applicatiOns
Le docteur Jean Becchio*, coauteur du livre « Du nouveau dans l’hypnose »
Le taux de gémellité a augmenté de
25 % en trente ans. Plus de 1,6 million de paires de jumeaux naissent
chaque année dans le monde. Deux
causes : l’assistance médicale à la
procréation, qui s’est généralisée,
et les maternités plus tardive : en
effet, la gémellité croît avec l’âge
des femmes. Huit jumeaux sur dix
naissent en Afrique ou en Asie.
(éd. odile Jacob), explique cette technique, son intérêt et ses dernières avancées.
par le docteur philippe Gorny
Paris Match. Qu’est-ce que l’hypnose ?
Docteur Jean Becchio. Le médecin
écossais James Braid l’a définie en 1843
comme un état de conscience particulier,
proche du sommeil profond, commandé
par la voix d’un praticien, caractérisé par
une indifférence à l’environnement et une
hypersuggestibilité. Un siècle plus tard,
en opposition aux suggestions très directives de l’hypnose originelle, le psychiatre
américain Milton Erickson découvrit que
le langage du thérapeute gagnait en efficacité s’il utilisait des suggestions indirectes
et des métaphores. En 1980, l’imagerie
cérébrale fonctionnelle (IRM) prouva que
le processus hypnotique correspond à
l’activation d’aires du cerveau spécifiques,
différentes de celles de la conscience normale. Depuis 2005, diverses avancées en
neurosciences ont remis en question les
définitions passées, donnant naissance à
une “nouvelle hypnose”.
En quoi consiste-t-elle ?
La neurophysiologie moderne nous a
montré que toutes les régions du cerveau
communiquent entre elles de façon permanente et sans barrières, faisant de la vision
freudienne qui cloisonnait le conscient et
l’inconscient une notion dépassée. Que le schéma simpliste d’un
cerveau gauche conscient et d’un
cerveau droit inconscient est totalement faux. L’idée séculaire que l’hypnose
peut explorer l’inconscient est apparue tout
autant erronée. On parle désormais d’un
cerveau connecté ou non. Être conscient,
un peu, beaucoup ou pas du tout, est purement subordonné à nos facultés d’attention. C’est cette dernière qui détermine
notre degré de conscience : elle est quasi
nulle sous anesthésie générale et hyperactivée chez la sentinelle qui garde un camp.
L’hypnose dont je parle manipule les phénomènes conscients de l’attention pour agir
sur l’ensemble du cerveau. Ainsi, elle peu
par exemple modifier le ressenti d’une douleur par action sur les émotions (système
limbique), les réseaux de neurones impliqués dans le mécanisme algique, les zones
motrices commandant les muscles d’un
membre et l’analyse du tout par le cortex
préfrontal (aire cérébrale qui conceptualise
l’ensemble de nos perceptions).
finDevie
lesFrançaisplébiscitent
l’aideàmOurir
C’est ce que vous nommez techniques
d’activation de conscience (TAC) ?
Exactement ! Ces TAC, nouvelles en
France (2015), portent l’attention des
patients ailleurs que sur leur inconfort.
Elles ne gardent de l’hypnose traditionnelle d’Erickson que la suggestion, les métaphores et les ressources du sujet en pensées
positives. Elles abandonnent le concept
d’amnésie, de dissociation mentale (entre
l’environnement et ce que le thérapeute suggère) et le lâcher-prise corporel sur un divan.
On remplace tout cela par l’hyperéveil de
la conscience. On demande au sujet une
posture tonique, incommode, assis sur un
tabouret, mains devant la poitrine, pour le
garder en alerte et dialoguer avec lui tout
au long de la séance. On se désintéresse
Un récent sondage Ifop, réalisé à
la demande de l’Association pour
le droit de mourir dans la dignité
(chez 1 013 sujets âgés de 18 ans
ou plus représentatifs de la population française adulte), révèle que
93% des sondés sont favosondage rables
à l’euthanasie (53 %
de façon absolue – 40 % selon les
cas) pour les personnes atteintes
de maladies insupportables et incurables. Ils sont aussi 89 % en faveur
du suicide assisté si ces mêmes personnes le réclament. Ils souhaitent la
légalisation de ces démarches via une
évolution de la loi actuelle (ClaeysLeonetti) sur ces questions.
« l’hypnose dont je parle manipule les phénomènes conscients
de l’attention pour agir sur l’ensemble du cerveau »
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
132
du passé et de la cause du trouble. On travaille sur le vécu qui est “un mal-vécu”,
ici et maintenant. On apprend au sujet
le chemin à suivre pour qu’il oriente son
attention ailleurs que sur son trouble. On
exploite dans ce but la connectivité naturelle
du cerveau. Alors que les séances d’hypnose
traditionnelle sont longues (30-60 minutes)
les TAC sont courtes (15 minutes), répétées
autant que nécessaire.
Quels en sont les champs d’application ?
Les douleurs physiques, l’anxiété et le stress,
les troubles de l’attention et de la mémorisation (hors maladies dégénératives), les addictions, des applications en soins palliatifs, en
pré ou postopératoire, pour certaines anesthésies, la préparation mentale des sportifs…
Comment trouver un bon hypnothérapeute?
Sur notre site www.citac.fr on trouvera des
praticiens certifiés.
Plus d’ArTICles sur
PArIsMATCH.CoM
Président d’honneur
Daniel Filipacchi.
directeur général de la rédaction
Romain Lacroix Nahmias (photo),
Aurélie Raya (actualités).
coordination textes
Photo : Jérôme Huffer.
economie : Anne-Sophie Lechevallier.
archives : Flore Olive.
Sylvain Maupu (DA adjoint), Ludovic Bourgeois,
Anne Fèvre (1ers maquettistes),
Linda Garet, Alban Le Dantec, Flora Mairiaux,
Paola Sampaio-Vaurs.
chefs des services
Hervé Gattegno.
directeur de la rédaction
Olivier Royant.
directeurs adjoints de la rédaction
chefs des services adjoints
Guillaume Clavières (directeur photo),
Caroline Mangez.
Politique : Virginie Le Guay.
culture : François Lestavel.
Photo : Matthias Petit,
conseiller de la direction,
affaires internationales
Corinne Thorillon (culture).
Régis Le Sommier.
grands rePorters
Arnaud Bizot, Nicolas Delesalle,
Sophie des Déserts, Mariana Grépinet,
François de Labarre, Emilie Lanez,
Ghislain Loustalot, Caroline Pigozzi.
directeur artistique
Cyril Clement.
directeur artistique adjoint
Thierry Carpentier.
rédacteurs en chef
Bruno Jeudy (actualités-politique),
Elisabeth Lazaroo (Vivre Match),
Benjamin Locoge (culture-Semaine de Match),
Gilles Martin-Chauffier (éditing),
Catherine Schwaab (chroniqueuse),
Catherine Tabouis (personnalités).
editorialiste associé
Stéphane Bern.
corresPondant à new York
Olivier O’Mahony.
rePorters
Emilie Blachere, Pauline Delassus,
Caroline Fontaine, Anne-Laure Le Gall,
Grégory Peytavin, Florence Saugues.
rePorters PhotograPhes
Philippe Petit, Kasia Wandycz.
numérique
Yannick Vely (rédacteur en chef délégué),
Vanessa Boy-Landry, Emilie Cabot,
Adrien Gaboulaud, Sarah Louaguef,
Clément Mathieu, Kahina Sekkaï (rédacteurs).
dessinateurs
Sempé, Joann Sfar.
coordinatrice de la rédaction
MAISON SCHOUMER
ACHÈTE
PAIEMENT IMMÉDIAT
Karyn Bauer.
secrétariat
Lydie Aoustin, Nadia Frapin,
Corinne Papin-Meriaux.
documentation texte
Françoise Perrin-Houdon.
archives Photo
Françoise Ansart, Claude Barthe, Pascal Beno,
Nadine Molino.
Tél. : 01 87 15 59 46 (Nelly Dhoutaut).
Alain Dorange.
Tania Lucio, Aline Paulhe
(production – personnalités).
Anne-Cécile Beaudoin (Vivre Match),
Romain Clergeat (Match avenir),
Tania Gaster (technique),
Danièle Georget (rewriting),
Laurence Cabaut (1re secrétaire de rédaction),
Christophe Baudet, Agnès Clair,
Séverine Fédélich, Sophie Ionesco.
Révision : Monique Guijarro, Alexandra Peretz.
rédacteurs en chef adjoints
maquette
revente Photos scooP
service Photo
secrétaire général de la rédaction
Guylaine Schramm.
secrétariat de rédaction
aBonnements. 1 an (52 numéros) : 103 euros.
Paris Match, 60643 Chantilly Cedex. Tél. : 01 87 64 68 10.
Paris match 2, rue des Cévennes, 75015 Paris. Tél. standard : 01 80 20 30 00 - Site Internet : www.parismatch.com
match aux etats-unis 235 Park Avenue South, 6th floor, New York, NY 10003. Tél. : 00 1 212 767 63 28 - Fax : 00 1 212 489 56 20
Paris match Belgique Paris Match Belgique, rue des Francs 79, 1040 Bruxelles
Rédaction tél. : 0032 2 211 31 48 - Fax : 00 32 2 211 29 60 - E-mail : marc.deriez@saipm.com
Paris match est édité par lagardÈre media news, société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) au capital
de 2 005 000 €, siège social : 2, rue des Cévennes, 75015 Paris. RCS Paris 834 289 373. Associé : Hachette Filipacchi Presse.
Présidente : constance Benqué. directrice de la PuBlication : constance Benqué
directrice générale adjointe
directeur des oPérations
marketing direct
editrice numérique
ventes - diffusion
communication et diversification
éditoriale
Anne-Violette Revel de Lambert.
Anne-Lise Lecointre-Baladi.
déveloPPement
Gwenaëlle de Kerros.
Christophe Choux.
Laura Félix-Faure, Sandrine Pangrazzi
(5678), Sylvie Santoro (5679).
faBrication
Philippe Redon, Nicolas Bourel.
Sandrine Mascle-Dufin.
Philippe Legrand.
juridique Presse
François-Xavier Farasse.
Numérodecommissionparitaire :0922C82071. ISSN0397 1635. Dépôtlégal :juin 2021/©LagardèreMediaNews2021.
Art asiatique
Lesindicationsdemarquesetlesadressesquifigurentdanslespagesrédactionnellesdecenumérosontdonnéesàtitred’informationsansaucunbutpublicitaire.
Lesprixpeuventêtresoumisàdelégèresvariations.Lesdocumentsreçusnesontpasrendusetleurenvoiimpliquel’accorddel’auteurpourleurlibrepublication.Lareproduction des textes,
dessins,photographiespubliésdanscenuméroestlapropriétéexclusivedeParisMatch,quiseréservetousdroitsdereproductionetdetraductiondanslemondeentier.
Imprimeries
HELIO PRINT, 77440 Mary-sur-Marne Maury, 45330 Malesherbes - Rotofrance, 77185 Lognes.
Papierprovenantmajoritairementd’Allemagne,
65 %defibresrecyclées.PapiercertifiéPEFC.
Eutrophisation :Ptot0,003kg/T.
lagardÈre PuBlicité news
coordinatrice média : Aurélie Marreau.
amarreau@lagarderenews.com
2, rue des Cévennes, 75015 Paris.
Présidente : Marie Renoir-Couteau.
directrice déléguée Pôle presse : Fabienne Blot.
directrice de publicité : Dorota Gaillot.
equipe commerciale : Olivia Clavel,
Anne Demulder, Céline Dian-Labachotte,
Sophie Duval, Maxime Mendelewitsch.
PuBlicité littéraire
Catherine Kolb. ckolb@lagarderenews.com
PuBlicité internationale
Lagardère Global Advertising : François Coruzzi (CEO),
Julian Daniel (SVP).
Tél. : +33 (0) 1 87 15 44 83.
jdaniel@lagarderenews.com
recherche documentaire, vente anciens numéros Fabienne Longeville.
Tél.: 0187155488, http://anciensnumeros.parismatch.com, e-mail: flongeville@lagarderenews.com. Années 19491990 : 35 €. 1991-2000: 25 €. 2001-2013: 15 €. 2014 à 2018: 10 €. A partir de 2019 : 6 €. Joindre le règlement
à la commande à l’ordre de Paris Match, adressé à Paris Match Service Lecteurs, 2 rue des Cévennes, 75015 Paris.
Si recherche nécessaire, nous contacter.
PARIS MATCH (ISSN 0397-1635) is published weekly (52 times a year) by LAGARDÈRE MEDIA NEWS
c/o Express Mag, 12 Nepco Way, Plattsburgh, NY, 12903. Periodicals Postage paid at Plattsburgh, NY. POSTMASTER:
send address changes to PARIS MATCH c/o Express Mag, P.O. box 2769, Plattsburgh, NY 12901-0239.
Encarts :4p.Nord Pas de Calais,4p.Limousin Aquitaine Poitou Charentes,12p.GrandRhône Alpesentrelespages32 33et112 113.2p.abonnementposé
sur 4e de couverture.« Lepoint » posé sur 4e de couverture.
HELIO PRINT
(imprimeur Hélio)
10-31-1282
Certifié PEFC
Ce produit est issu
de forêts gérées
durablement et de
sources contrôlées.
pefc-france.org
MAuRy IMPRIMEuR
(imprimeur offset)
Magazine imprimé sur
du papier certifié
PEFCTM (sauf encarts).
Instruments
de musique
Nos reNdez-vous
le Week-enD, écoutez sur
« Europe Soir Week-end »
de Wendy Bouchard
et retrouvez le saMeDi à 19h50
« L’Entretien – une date, une histoire »
de Philippe Legrand
un partenariat
« L’efficacité à l’état pur »
PArIs MATCH Du 3 Au 9 JuIN 2021
134
la photo
“Match”
sur
europe 1
Découvrez l’histoire de la photo d’actualité Paris Match,
tous les samedis à 7h15
Dans la Matinale Week-enD 6 h-9 h
De pierre De vilno
Pâte de verre
06 87 15 41 52 ou s-schoumer@orange.fr
Déplacement gratuit dans toute la France
GESTES BARRIÈRES RESPECTÉS
leS ARCHIveS de
Sa première visite officielle en tant que reine est réservée au peuple de
France. Le duc d’Édimbourg l’accompagne. Ils sont mariés depuis dix ans
déjà, mais dans la Ville Lumière, Elizabeth et son Prince sont acclamés
comme un jeune couple hollywoodien. Entre le 8 et le 11 avril 1957, nos
reporters et photographes les ont suivis pas à pas. Le numéro consacré à
cet événement reste le plus vendu de l’histoire du magazine.
Le 8 avril 1957, à l’Opéra de Paris,
le président René Coty, la reine
Elizabeth II et le prince Philip, debout
dans la loge présidentielle, face
aux spectateurs tournés vers eux,
vont assister à un ballet inspiré
d’une histoire médiévale intitulé
« Le chevalier et la damoiselle ».
du 3 au 9 juin 2021 PARIS MATCH
135
Au premier
jour de leur visite,
à 12 h 24
exactement, la
Reine, son époux
et le président
de la République
René Coty
apparaissent
au balcon du palais
de l’Élysée.
Photo : Willy Rizzo
Les couvertures des numéros 418 et 419
consacrés à ce voyage. Sur la seconde, la Reine et le prince place
de l’Étoile, suivis par Bourgès-Maunoury, ministre
de la Défense nationale, le général Zeller et le maréchal Juin.
Le 9 avril 1957, Elizabeth II à la tribune d’honneur
de l’hôtel de ville de Paris où elle prononce une courte allocution
dans un français impeccable. Derrière elle,
à sa gauche, sont assis René Coty et le prince Philip.
La première journée se conclut par un gala à l’Opéra Garnier.
Pendant l’entracte, la Reine se présente à la foule depuis le grand balcon du monument
tendu de velours bleu. Elle s’en retire bouleversée :
dans la rue, 50 000 Parisiens crient d’une seule voix : « Vive la Reine ! »
À Flins, le 10 avril 1957,
la Reine visite les usines Renault, assise
à l’arrière d’une décapotable.
d du 00 MOiS 2021 PARIS MATCH
137
Pour la dernière soirée du couple royal à Paris, le 10 avril 1957,
la Reine pose avec le président René Coty et Mme Monnerville, épouse
du président du Conseil de la République, avant
le dîner organisé dans la salle des Caryatides au Louvre.
Par Flore Olive
«Mais comment les Français ont-ils pu guillotiner
un roi ? » avait-elle demandé, touchée par la ferveur de
l’accueil qui lui avait été réservé lors de sa précédente
visite, en 1948. Elizabeth, qu’on appelait alors «la petite
princesse », avait seulement 22 ans. Neuf ans plus tard,
la voilà de retour dans le Paris des Trente Glorieuses, en
tant que reine cette fois. Les cérémonies fastueuses organisées pour cette visite d’État de quatre jours n’auront
pas d’équivalent. À l’Élysée, il a fallu deux mois pour
préparer les appartements du premier étage réservés à
la Reine et au prince. Le pays est en émoi. « Voici donc
présentés les deux héros de la pièce en quatre actes qui
s’est jouée sur le grand théâtre de Paris, écrivait Jean
Farran, le reporter de Match. [...] Peu importait ce qu’on
allait leur montrer. Ils étaient le vrai spectacle. »
Accueilli à Orly le 8 avril 1957 par le président René
Coty, qui complimenta la Reine pour son français
parfait, le couple se rendit ensuite à l’Élysée où le prince
Philip reçut la grand-croix de la Légion d’honneur. Le
président laissa à la Reine le bénéfice de la traditionnelle
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
138
accolade. À la place, elle embrassa son mari sur les deux joues,
rappelant ainsi qu’elle était avant tout une jeune femme moderne.
Un geste « follement français » selon la presse anglaise. Après des
visites protocolaires, la soirée se poursuivit à l’Opéra, où, depuis
le balcon, eut lieu le premier tête-à-tête entre les Parisiens et le
couple royal. Au pied du monument, ils étaient des milliers à scander son nom. La Reine se laissa griser par cette foule enthousiaste.
« Je suis stupéfait », dit Philip.
Pour Jean Farran, le 9 avril « fut sans aucun doute le jour le plus
réussi avec ces deux diamants que furent la matinée à Versailles et
la soirée sur la Seine ». Pour le déjeuner dans la galerie des Glaces
l’attendaient 300 invités servis par 125 maîtres d’hôtel. Au menu,
un cœur de charolais Montpensier et un suprême de bécasse
Grand Siècle. Dans le ciel, au-dessus du Grand Canal, un avion
écrivit « Vive la Reine ». Le dîner fut le seul moment d’intimité du
couple. Ils partagèrent un simple poulet rôti accompagné d’un
bordeaux blanc qu’elle avait elle-même choisi, avant
de rejoindre la Seine pour une courte croisière. Dans sa
robe de dentelles argentée rehaussée de diamants et de
cristaux, les épaules recouvertes d’une cape de renard
blanc, elle était « la belle Liz », comme l’avait baptisée
la presse américaine. Tout Paris était là. « Il déferle sur
les quais, écrit le journaliste de Match. Les concierges,
les employés, les sergents de ville, les fonctionnaires,
les dactylos et tous ceux qui ne font rien ou qui font
ce qu’ils veulent. Tout ce grand fleuve d’hommes et
de femmes qui remontent à contre-Seine vers le cœur
de la ville qui est le cœur de la France. [...] Jamais on
ne vit aussi grand théâtre [...]. Le plus grand “show”
depuis l’inauguration du canal de Suez par l’impératrice Eugénie. »
Parce que de forts liens d’amitié unissent la Flandre au
Royaume-Uni, pour son dernier jour, le 11 avril, le couple
remonta vers Londres en passant par Lille et Roubaix.
Après avoir visité, la veille, les usines de la régie Renault,
les archives de
Le feu d’artifice tel que l’a vu la Reine, depuis
son bateau, immobilisé devant le pont Alexandre-III.
Au deuxième jour de sa visite, Elizabeth II
a effectué une croisière sur la Seine, traversant
la capitale illuminée par 2 800 projecteurs.
Abonnez-vous!
Et plongez au cœur
de l’actualité
chaque semaine…
Anne
SinclAir
« AvecDSK, j’étais
sousemprise »
leur vie, le choc,
la rupture :
elle se confie
à match
StAlincrAcK
la drogue dans un
jardin d’enfants!
les mages qui indignent
lADyDiAnA
la vraie histoire
del’interview
scandale
À Par s
le 11 mai
BULLETIN D’ABONNEMENT
Adresse d’expédition du bulletin et du règlement: Paris Match - CS 50002 - 59718 Lille Cedex 9.
FRANCE et DOM-TOM: 6 mois (26 Nos): 52 € - 1 an (52 Nos): 103 €.
Je m’abonne à Paris Match pour une durée de :
6 mois
1 an au prix de :...........................................................................................................................................................................
Je joins mon règlement par:
chèque bancaire ou postal à l’ordre de: Paris Match
mandat postal
virement bancaire
carte bancaire (France uniquement)
N°
Expire fin M M A A Date et signature:
(obligatoires)
la Reine se rendit dans les fabriques textiles du groupe Prouvost,
Le Peignage Amédée et La Lainière de Roubaix, où travaillaient
alors plus de 9 000 ouvriers et ouvrières. Elizabeth et Philip réservèrent leurs adieux à la France laborieuse. Selon Jean Farran, « cet
accueil de la France a surpris la France elle-même. Le peuple le plus
insolent de la terre, le plus républicain aussi, a acclamé une Reine
qui ne vient jamais au niveau populaire, à qui le protocole interdit de boire, de fumer, de manger, de se maquiller en public, une
Reine à qui l’on doit faire la révérence, à qui l’on ne doit pas parler
le premier, ni même baiser la main : la plus hautaine de l’Univers,
selon ses rites. Et c’est d’elle que Paris moqueur, Paris chauvin, a
trouvé le moyen de tomber amoureux, d’elle, la descendante de la
souveraine de Fachoda ».
carte bancaire (États-Unis/Canada uniquement)
N°
Expire fin M M A A Date et signature:
(obligatoires)
Mme
M. Nom
Prénom
Adresse
Merci d’indiquer votre adresse complète (rue, bâtiment, entrée, étage, lieu dit…)
Code postal
Pays
Date de naissance
Le 9 avril 1957, la Reine remonte en voiture après avoir
posé la première pierre de l’église presbytérienne écossaise
de Paris, située rue Bayard, dans le VIIIe arrondissement.
Ville
J
PMJ94 / PMJ95
J M M A A A A
Je laisse mon numéro de téléphone et mon mail pour le suivi de mon abonnement.
N° Tel
E-mail
J’accepte de recevoir les offres commerciales de l’Éditeur de Paris Match par courrier électronique.
J’accepte de recevoir les offres des partenaires de l’Éditeur de Paris Match par courrier électronique.
Bulletin à retourner avec votre règlement au service Abonnements du pays concerné.
• Belgique
6 mois (26 Nos) : 58 € - 1 an (52 Nos) : 109 €
Règlement sur facture
Paris Match Belgique IPM Service Abonnements
Rue des Francs 79 1040 Bruxelles.
Tél.: (02) 744 44 66.
E mail: ipm.abonnements@saipm.com
• suisse
6 mois (26 Nos) : 99 CHF - 1 an (52 Nos) : 189 CHF
Règlement sur facture
Dynapresse, Chemin du Château Bloch,
10 CH 1219 Le Lignon Suisse. Tél.: 022308 08 08.
E mail: abonnements@dynapresse.ch
• ÉTATs-uNis
6 mois (26 Nos) : $ 109 - 1 an (52 Nos) : $ 199
Chèque bancaire à l’ordre de Express Mag,
carte Visa, Mastercard, en monnaie locale.
Paris Match, P.O. Box 2769 Plattsburgh,
N.Y. 12901 0239.
Tél.: 1 (800) 363 1310 ou (514) 355 3333.
E mail: expressmag@expressmag.com
Express Mag, 3339 rue Griffith, Saint Laurent,
QC H4T 1W5 Canada.
Tél.: 1 (800) 363 1310 ou (514) 355 3333.
E mail: expressmag@expressmag.com
• cANAdA
6 mois (26 Nos) : $ CAN 129 - 1 an (52 Nos) : $ CAN 239
Chèque bancaire à l’ordre de Express Mag,
carte Visa, Mastercard, en monnaie locale
(T.P.S. + T.V.Q. non incluses).
• AuTres pAys
Nous consulter
Mandat postal, virement bancaire en monnaie locale ou
l’équivalent en euros calculé au taux de change en vigueur.
Paris Match, CS 50002, 59718 Lille Cedex 9.
Tél.: (33) 0175337044.
Pour tout renseignement concernant les abonnements, contactez-nous au : 01 87 64 68 10
ou par e-mail : parismatch@relationclient.lagarderenew.com
Abonnez-vous sur Internet : www.parismatchabo.com
Veuillez prévoir un délai de quinze jours pour la France et quatre à six semaines pour l’étranger pour l’installation de votre abonnement, plus le délai d’acheminement normal pour un imprimé. Pour
tout changement d’adresse, veuillez nous prévenir suffisamment tôt.
Prix de vente en kiosque 3 €. Paris Match est édité par LMN, RCS Paris 834 289, 2, rue des Cévennes, 75015 Paris (Tél.: 0187646810) - TVA FR 23834289373. L’envoi de votre bulletin vaut
prise de connaissance et acceptation des CGV, accessibles sur www.abonnement.parismatch.com. Abonnement résiliable à tout moment (remboursement des numéros non reçus). En cas de litige,
vous pouvez saisir le médiateur de la consommation (MEDICYS, 73 Bd de Clichy, 75009 Paris ou formulaire sur www.abonnement.parismatch.com). Vous disposez d’un droit de rétractation de
14 jours après réception du 1er numéro (cf. formulaire de rétractation sur www.abonnement.parismatch.com). Ces données sont destinées à LMN et à ses prestataires techniques afin de gérer votre
abonnement, et, si vous y consentez, à ses partenaires commerciaux, à des fins de prospection. Vous pouvez exercer vos droits d’accès, de rectification, d’effacement, d’opposition, à la limitation et
portabilité de vos données, ainsi qu’au sort de celles-ci après la mort à l’adresse postale ci-dessus. Voir notre Charte données personnelles sur www.abonnement.parismatch.com.
du 3 au 9 juin 2021 Paris MaTch
139
JeuX
mots croisés
problème n° 3761
1
2
3
4
sudoKu
par David Magnani
5
6
7
8
9
10
11
12
13
I
complétez la grille avec les chiffres de 1 À 9 de façon à ce
qu’ils n’apparaissent qu’une seule fois dans chaque rangée, chaque colonne
et chaque carré de neuf cases.
5 2
II
III
CouP de PouCe
on libère les 3 et 8, puis on inscrit
les 9, 2, et les 4 qui sont bien
cachés. mais on a les 5 qui veulent
montrer le bout de leur nez, on y va.
on suivra avec les 1, 7 et les 6. la
grille remplie montrera une case
avec un seul chiffre. on le libère
ainsi que ses congénères, cela aura
pour effet de dégager les 6
retardataires et le reste des 9.
IV
V
VI
VII
VIII
IX
HORIZONTALEMENT
I. Une action qui implique un investissement sur place. II. Quand
un ange est aux anges. Dans le Jura mais en Suisse. Adresse
électronique. III. Qui comprend tout. Trois-quarts gaulois, troisquarts romain. IV. Tirer du bord. Action en faveur de la culture.
V. Rogne de vieux manuscrits. Façon d’aller qui se dit après avoir
tu. A trouvé sa maison puis en est sorti. VI. Gâteau qui ne se
partage pas. Or donc en d’autres termes. VII. Bien branché.
Demande un minimum de tenue. Ignorent les plates bandes.
VIII. Elles mettent les bouchées doubles. Est de l’assistance.
IX. Ont suffisamment été portées. Autour desquels la foule se
presse.
VERTICALEMENT
1. Un écrit qui ne manque pas d’une certaine portée. 2. Couche
avec des cadres supérieurs. Ronde de quartiers. 3. Écrire pour
passer à la postérité. Deuxième d’une portée. 4. Sa marche est
soutenue par de nombreux membres. Chevilles utiles pour faire
des trous. 5. Des lézards comme des serpents. 6. Rallonge de
table. Mise en page en cas de besoin. 7. Un bon endroit pour se
faire des connaissances. Ça nous dit où et quand. 8. Représentante
du personnel féminin. Hasard des débuts d’une rencontre. 9. Un
tiens vaut mieux. Composition au piano et à la batterie. 10. Deux
roues plus une. 11. Du latin pour ainsi dire. Passe par le nez ou par
l’oreille. 12. Compte en Suisse. Fait goûter au poireau.
13. Concernées par tout ce qui est petit et bête.
solution du problèmen° 3759
HORIZONTALEMENT
I. Faites vos jeux. II. enfumée. aulne. III. mi. Ébène. puer. IV. impur. ansée. V. narrative.
SVp. VI. Île. Satins. ah. VII. Setter. Établi. VIII. rareté. maul. IX. Émeu. rassurée.
VERTICALEMENT
1. Féminisme. 2. animale. 3. if. prêtre. 4. Tueur. Tau. 5. embraser. 6. See. Tarer. 7. Venait.
Ta. 8. enviées. 9. S.a. Sent. 10. jupe. Samu. 11. Élues. bar. 12. une. Value. 13. Xérophile.
Solution dans notre prochain numéro impair.
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
140
niVeau : diFFiCile
Solution de cette grille
sous notre prochain sudoku
8
6 3
1 7
8
solution
du sudoKu précédent
1
2
5
3
9
8
6
4
1
7
9
8
5
2
3
8
3 9
3
2
8
6
5
4
7
1
9
7
9
5
2
3
1
6
4
8
4
4 7
3
8
6
2
1
7
3
9
5
4
6
5
3
9
4
2
6
5
7
1
4
1
7
9
8
5
3
6
2
5 1
1
8
3
5
4
7
2
9
6
9
5
4
3
6
2
1
8
7
2
7
6
8
1
9
4
3
5
solutiondesAnAcroisésn° 1053
HORIZONTALEMENT : 1. Délicat 2. Absorbée 3. Chevalet 4. Examiner 5. Enceinte
6. Capable 7. Complexe 8. Attrapé (retapât) 9. Irritât 10. Gaufrage
11. Aromate 12. Vénerie (enivrée, éveiner) 13. Miauleur 14. Maudite 15. Etablit
16. Pipette 17. Garnira 18. Besacier 19. Spolias (spoilas) 20. Elagage
21. Ysopets 22. Ahurir 23. Paseos 24. Beurrée 25. Solubles 26. Boursier
27. Cuirait 28. Usables 29. Trappeur 30. Falaise 31. Socques 32. Haletant
33. Sismaux 34. Tapina (panait, patina, piñata, taïpan) 35. Museaux
36. Aunaies 37. Espadon 38. Guenons 39. Bonnets (snobent) 40. Pogoté
41. Agences (encagés) 42. Exigeons 43. Enémas (amènes, émanés)
44. Aposté (sapote) 45. Inaction 46. Adresses 47. Urètres 48. Stibiées
49. Ivrogne 50. Serrano (orneras) 51. Mégotent 52. Isérois 53. Micmacs
54. Lestages 55. Alésage 56. Aurait (atriau) 57. Réagines (anergies, égrainés,
égrenais, générais, grainées) 58. Nullarde 59. Amitieux 60. Gigognes
61. Oasienne 62. Rôtira 63. Ionisée 64. Inexpié 65. Réerai 66. Faucille
67. Etisies 68. Jazzais.
VERTICALEMENT : 69. Décuvage 70. Abbatial 71. Smicard 72. Exonérât 73. Angiite
74. Laminer (minéral) 75. Pfennig 76. Imprégné 77. Erosion (noroise)
78. Abolitif 79. Illusion 80. Cécité 81. Anémiera (amarinée, amènerai,
émanerai) 82. Rinçage (craigne) 83. Etagère 84. Usaient (suaient, uniates)
85. Amertume 86. Postaux 87. Ambiguë 88. Réunion 89. Béquille
90. Cassons 91. Diergol 92. Snifais 93. Osséine (éosines) 94. Biphasée
95. Blaireau (biaurale) 96. Viragos (gravois) 97. Biogène 98. Voliger
99. Sourire 100. Arienne (enrênai) 101. Endossée 102. Faubourg 103. Tripier
104. Annonéen 105. Huronien 106. Sultans 107. Semences 108. Proposa
109. Malaisée 110. Escalope 111. Acétate 112. Subsiste 113. Simulais
114. Yèbles 115. Dessolé (désolés, soldées) 116. Muscari 117. Résidera
(désirera, sidérera) 118. Britpop 119. Juponner 120. Libeller 121. Mixage
122. Rafalera 123. Arénas 124. Pianota (panotai) 125. Entêtés (tentées)
126. Dandinés 127. Souffris.
LES NUMÉROS
HISTORIQUES
OFFREZ-VOUS
LES NUMÉROS
COLLECTORS
DE PARIS MATCH
D’HIER ET
D’AUJOURD’HUI
POUR TOUTE COMMANDE
OU RENSEIGNEMENTS
parismatch.com/anciens-numeros
flongeville@lagarderenews.com
Tél : (33)1 87 15 54 88
HORS-SÉRIES COLLECTION «À LA UNE»
I HORS-SÉRIE I COLLECTION “A LA UNE” I
I HORS-SÉRIE I COLLECTION “A LA UNE” I
LA NOSTALGIE
KENNEDY
HÉROS ET
VISIONNAIRE
VENTE EN LIGNE
www.parismatchabo.com
M 01066 - 1H - F 6,95 E - RD
(uniquement possible pour les hors-séries, hors étranger)
ALLAS
LA FUREUR DE VIVRE
SES AMOURS
ROCK’N’ROLL
ELVIS, JAMES DEAN...
SON AMÉRIQUE À LUI
APRÈS LAS VEGAS
LA CROISIÈRE SECRÈTE
S PHOTOS
NFIN
ETROUVÉES
Yarol Poupaud
« LA SCÈNE, SON RING »
Histoire de fan
« MA CHANSON
POUR JOHNNY »
JOHNNY
LA LÉGENDE
FK
MBRES
LUMIÈRES
PHILIPPE LABRO
MMENT IL A
UVÉ LE
ONDE DE
OCALYPSE
OLIVIER ROYANT
Jackie
LA PREMIÈRE
FIRST LADY
PAR VALÉRIE TRIERWEILER
MODE
AISONS
ATALES
ARILYN
LES AUTRES
LE CHIC À
LA FRANÇAISE
EXCLUSIF
LES SŒURS RIVALES
LE LIVRE À PARAÎTRE
M 01066 - 8H - F: 6 95 E - RD
L VIE
Par Catherine Schwaab
à ses clientes qui se demandaient si, «à leur âge», elles
pouvaient se permettre de porter ce fourreau moulant,
cette robe patineuse au-dessus du genou. Il se fâchait
tout rouge: «C’est parce que tu as ton âge que tu t’en
fous! Toi, tu fais ta gym et, moi, je te fais la robe qui tient
les fesses!» On rêve d’un nouvel Alaïa. Il aurait adoré
Japan Pom-Pom. Aurait redessiné leur jupette rose. Car
c’est bien la seule chose dont on peut se moquer. Au-delà
du culot de se lancer, ces adorables Japonaises gardent
leur goût «kawaï»!
Mais individuellement, ces arrière-grand-mères ont une
force intérieure qui doit nous inspirer. À commencer par
leur leader, ancienne mère au foyer timorée, trois petits-enfants, quatre arrièrepetits-enfants. Fumie s’était quasiment
résignée à finir sa vie frustrée et immobile. C’était il y a vingt-cinq ans, dans un
pays pétri de conventions rigides.
Cette dame lucide et intelligente a suivi
son désir. Soutenue par son fils et sa fille,
elle est allée au Texas étudier la gérontologie. À 65 ans. Maîtrise en poche, elle est rentrée
au Japon, où près de 30 % de la population a plus de
65 ans – en France, c’est 21%, en Allemagne, 22%… Et
ça augmente partout. Quand Fumie a découvert à la télé
un groupe de Senior Pom-Pom américaines, elle a eu le
déclic. Et voilà! Première sélection de copines qui déprimaient de voir leurs ami(e)s mourir autour d’elles, entraînement, costumes... «Même si vous sentez que vous ne
pouvez plus suivre le rythme, vous devez quand même
essayer de rester avec nous», martelait-elle. Aujourd’hui,
tout le monde a intégré son «mental».
En 2016, elles ont donné un spectacle anniversaire
pour fêter leurs vingt ans d’existence. Et là, après un an
de pause due au Covid, elles ont repris l’entraînement.
Plusieurs équipes de sport les ont déjà réservées fermement. Pour stimuler leurs sportifs, elles avaient tenté
les robots-chiens et les robots humanoïdes pom-pom.
Technoïde et sans âme. À pleurer.
Mme Takino résume: «Nous nous battons pour offrir
de nous la plus belle attitude, c’est le plus efficace pour
motiver une équipe.» On devrait les inviter au PSG.
’
C’est comme pour le vaccin
AstraZeneca : pour être admise dans
la troupe, il faut avoir plus de 55 ans.
La règle a été instaurée par la fondatrice, Fumie Takino, 89 ans. En fait,
la vingtaine de danseuses atteint une
moyenne de 70 ans.
Il y a dix ou quinze ans, « accuser »
70 ans, c’était se lever le matin sans
avoir mal nulle part et se demander si
c’est parce qu’on est mort. Les temps
ont changé, les douleurs au réveil aussi.
Pour les « filles » de la troupe Japan
Pom-Pom, se réveiller sans courbatures est impensable. Des danseuses,
quoi ! Du Moulin-Rouge à l’Opéra de
Paris, ressentir l’effort musculaire de la
veille, c’est le lot quotidien. Nos seniors
s’entraînent deux heures par semaine.
Ça semble peu vu leur chorégraphie
rodée. Disciplinées, elles entretiennent
leur musculature seules chez elles. Il
faut les voir évoluer sans un tremblement, jambes et bras bien tendus. Sans
âge. «Qu’y aurait-il d’amusant à regarder des grand-mères de 70 ans danser
comme des vieilles?» réagit Fumie.
Elle touche le cœur de la question.
Chaque fois qu’on filme des vieux en train de faire
de l’exercice, on adopte une sorte d’indulgence amusée devant ces corps fatigués, besogneux. On applaudit comme avec des enfants, mais on n’en pense pas
moins: «Quand j’aurai leur âge, je ne donnerai JAMAIS
ce spectacle de physique en décrépitude.» Plutôt mourir!
Eh bien, Mme Takino vous éliminerait tout de suite de
son casting! Comme le regretté Azzedine Alaïa le répétait
Pom-Pom
seniors
Ces Japonaises
ne sont pas
des mamies !
PARIS MATCH du 3 au 9 juin 2021
142
*Un style de vie !
À partir de
119
€
/ MOIS (1)
ENTRETIEN INCLUS (2)
LLD 37 mois - 1 er loyer 1 790 €
PRIME À LA CONVERSION 1 500 € DÉDUITE
SOUS CONDITION DE REPRISE
Encore plus séduisante, agile, élégante… Profitez du plaisir de conduire unique de la Nouvelle Swift Hybrid.
Que ce soit en 2 ou 4 roues motrices, en boîte manuelle ou en boîte automatique, vous marquerez votre
différence au volant de la Nouvelle Swift.
Consommations mixtes gamme Nouvelle Suzuki Swift (WLTP) : 4,7 à 5,4 l/100 km. Émissions CO2 cycle mixte (WLTP) : 106 à 121 g/km.
(1) Location Longue Durée pour 37 mois et 30 000 kilomètres pour une Suzuki Swift 1.2 Dualjet Hybrid Avantage, 1er loyer de 1 790 € couvert à hauteur de 1 500 €
si éligible à la prime à la conversion*, puis 36 loyers de 119 €. Offre réservée aux particuliers, valable jusqu’au 31/07/2021 inclus, dans le réseau participant.
Sous réserve d’acceptation de votre dossier par Arval Service Lease - SA au capital de 66 412 800 € - Immatriculée sous le n°352 256 424 RCS Paris. Siège social :
1, bd Haussmann - 75009 Paris - Identifant CE FR 68352256424 - ORIAS n° 07 022 411. Modèle présenté : Suzuki Swift 1.2 Dualjet Hybrid Pack option peinture
métallisée So’Color, LLD pour 37 mois et 30 000 kilomètres, 1er loyer de 2 190 € couvert à hauteur de 1 500 € si éligible à la prime à la conversion*, puis
36 loyers de 149 €. (2) Les loyers comprennent les services associés suivants (en option et dans les limites et conditions prévues aux contrats de LLD et
d’Assurance) : Entretien inclus • Assistance + : 24h/24 7j/7 au véhicule et aux passagers. Assurance Perte Financière, souscrite auprès de Greenval Insurance DAC,
compagnie d’assurance de droit irlandais, enregistrée sur le numéro 432783, siège social : Trinity Point, 10-11 Leinster Street South, Dublin 2, Irlande (info@
greenval-insurance.ie) ; supervisée par la Banque Centrale en Irlande. Le détail du contenu des services associés est disponible auprès de Arval Service Lease.
(*) Voir conditions sur www.primealaconversion.gouv.fr.
Garantie constructeur 3 ans ou 100 000 km au 1er terme échu.
*L’élégance est une attitude
Elegance is an attitude*
Kate Winslet
La Grande Classique
de Longines