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                    Bibliothèque des Écoles françaises
d'Athènes et de Rome

La Morée franque. Recherches historiques, topographiques et
archéologiques sur la principauté d'Achaïe (1205-1430). Texte
Antoine Bon

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Bon Antoine. La Morée franque. Recherches historiques, topographiques et archéologiques sur la principauté d'Achaïe
(1205-1430). Texte. Athènes : École française d'Athènes, 1969. pp. 1-746. (Bibliothèque des Écoles françaises
d'Athènes et de Rome, 213);
https://www.persee.fr/doc/befar_0257-4101_1969_mon_213_1;

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BIBLIOTHÈQUE DES ÉCOLES FRANÇAISES D’ATHÈNES ET DE ROME FASCICULE DEUX CENT Antoine PROFESSEUR ET SCIENCES A LA HUMAINES TREIZIÈME BON FACULTÉ DE DES LETTRES L’UNIVERSITÉ DE LYON LA MORÉE FRANQUE RECHERCHES HISTORIQUES, TOPOGRAPHIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES SUR LA PRINCIPAUTÉ D’ACHAÏE (1205-1430) TEXTE Ouvrage couronné par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (Prix G. Schlumberger ) PARIS ÉDITIONS E. DE BOCCARD 1, RUE DE MÉDICIS, 1

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LA MORÉE FRANQUE HISTORIQUES, TOPOGRAPHIQUES ET ARCHEOLOGIQUES SUR LA PRINCIPAUTE D'ACHAÏE RECHERCHES (1205-1450)

LA MORÉE FRANQUE HISTORIQUES, TOPOGRAPHIQUES ET ARCHEOLOGIQUES SUR LA PRINCIPAUTE D'ACHAÏB RECHERCHES (1205-1450)

AVANT-PROPOS Je dois à M. Ch. Picard, alors directeur de l’École française d’Athènes, la première idée de ce travail. De 1925 à 1936, puis dans l’été de 1938, j’ai parcouru toutes les parties du Péloponèse qui fut le centre de la principauté d’Achaïe, recherchant les vestiges des xme, xive et xve siècles souvent dans des régions qui étaient encore naguère « d’accès difficile » et « où le voyageur pouvait redouter, sinon le manque de sécurité, du moins la longueur de l’exploration, très souvent l’insalubrité et presque toujours le manque complet de confortable ». Au cours de ces voyages j’ai essayé d’acquérir une expérience directe du pays, de découvrir peu à peu, par une obser¬ vation attentive et scrupuleuse, les aspects qu’il présente ; c’est en me familiarisant d’abord avec son état actuel que j’ai entrepris de rechercher le visage qu’il a pu offrir au temps où régnaient sur lui ces maîtres que les Grecs ont appelés les Francs. Des événements ont ralenti ou interrompu la rédaction de cet ouvrage dont les matériaux étaient rassemblés dès 1939. Au terme de ce travail, je tiens à évoquer la mémoire de ceux qui se sont intéressés efforts et les ont encouragés : Pierre Roussel, directeur de l’École française d’Athènes de 1925 à 1935, m’a toujours facilité la tâche dans la mesure du possible ; Charles Diehl avait accepté de diriger mes recherches et l’a fait longtemps avec sa bienveillance coutumière. J’exprime mes sincères remerciements à tous ceux qui m’ont aidé : qu’on me permette de citer en particulier deux noms, celui de l’architecte Henri Ducoux, qui m’a accompagné plusieurs fois et toujours avec la même bonne humeur le long des sentiers rocailleux du Péloponèse et qui a bien voulu lever et dessiner un certain nombre des plans reproduits ici, et celui de M. Jean Longnon, qui a bien voulu mettre tant de fois à ma disposition son érudition précise et sûre avec un dévouement dont je lui suis profondément reconnaissant. Je remercie également les Directeurs du Service hellénique des Antiquités de m’avoir autorisé, à chacun de mes voyages, à visiter, à dessiner et à photographier les monuments médiévaux qui pouvaient m’intéresser, de même que tous ceux de mes camarades, confrères, collègues ou amis, français ou étrangers qui ont pu me signaler des vestiges intéressants, m’aider à consulter des publications rares, à étudier des problèmes spéciaux qui échappaient à ma compétence : j’aurai l’occasion de citer leurs noms à mes dans le cours de ce livre. Ma plus chaleureuse reconnaissance va enfin à tous ceux que j’ai eu le plaisir de rencontrer et de connaître au cours de mes pérégrinations et de mes enquêtes,
LA M0RÉE FRANQUE VIII aux notabilités locales comme aux humbles habitants des villages, paysans, bergers, muletiers, tous aimant leur pays et curieux de son passé, toujours accueillants à l’étranger; j’ai souvent trouvé chez eux une hospitalité généreuse dont je garde un souvenir ému ; ce que j’ai appris auprès d’eux est, à mes yeux, ce que j’ai pu recueillir de plus précieux au cours de ces années de recherches. Montpellier, mars 1951. D’autres travaux et le poids des tâches professionnelles ont considérablement retardé le moment où j’ai pu remettre cet ouvrage à l’imprimeur. Depuis 1951 des travaux divers ont été publiés sur les questions dont j’ai traité. Sans remanier profondément mon texte, je me suis efforcé de le mettre à jour en utilisant ces travaux ; j’y ai ajouté quelques observations faites sur place au cours de voyages réalisés en 1960 et 1962. Aux remerciements présentés ci-dessus, je dois ajouter l’expression de ma reconnaissance à M. G. Daux, directeur de l’École française d’Athènes, qui a toujours manifesté le plus grand intérêt pour l’achèvement de cet ouvrage et veut bien le recevoir dans la Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome. Pour compléter l’illustration, un certain nombre de dessins ont été exécutés par Paul Maignan, attaché au Bureau d’architecture de la Circons¬ cription archéologique de Dijon, dont je salue la mémoire ; Mlle M. Latour a eu l’amabilité d’achever ceux qu’une mort accidentelle l’avait empêché de terminer. En Grèce, comme précédemment, j’ai trouvé toujours le même accueil bienveillant, et je remercie tout spécialement M. le Professeur A. K. Orlandos, longtemps directeur du Service hellénique des Antiquités et . E. Stikas, directeur du Service des Anastyloses, de l’amabilité avec laquelle ils m’ont toujours apporté leur aide et ont facilité ma tâche. Décembre 1965.
NOTE SUR LA TRANSCRIPTION ET LORTHOGRAPHE DES NOMS GRECS, SUR LA FORME DES NOMS FRANÇAIS Pour éviter toute confusion, nous avons transcrit les mots grecs lettre pour lettre sans tenir compte de la prononciation actuelle, que nous nous bornons à indiquer quand elle explique certaines déformations d’un nom dans une autre langue. Pour une seule lettre nous avons préféré la transcription phonétique, c’est le bêta qui, transcrit que nous transcrivons v pour le distinguer du groupe de lettres tel quel en français, ne pourrait se prononcer au début d’un mot ; nous le remplaçons par un b au début du mot, mais nous le rendons régulièrement par mp dans le cours du mot. Voici donc comment nous transcrivons chaque lettre oc P, 6 Y a : v : V : : n : x : : :: o g ng nk : :: : : P : o P r : : :: d :: e ou : , : : z è : th s : t ! y é : : : < u dans les groupes , , , : : 1 [ ph !: i :: k : 1 : m · ] f dans X : : au début d’un i b j mp dans le mot mot : transcrits d’une langue romane [ : les noms ch ps ô l’esprit rude est rendu par un h initial Pour respecter avec rigueur ces règles, nous avons transcrit le nom de certains auteurs grecs sous une forme différente de celle qui est traditionnelle ou qu ils ont
x LA MORÉE FRANQUE eux-mêmes adoptée ; nous nous en excusons, convaincu qu’il y a tout intérêt à maintenir un système cohérent. Si un même nom se trouve dans notre texte sous des formes différentes, celle qui s’écarte de notre système reproduit une forme empruntée à un document que nous utilisons. En ce qui concerne les toponymes que les Francs ont apportés en Grèce, nous utilisons la forme que nous considérons comme originale : nous écrivons Clarence et non Glarentsa, Klarentsa ou Chiarenza. Quant aux noms d’origine des seigneurs français, nous avons choisi de les donner sous la forme que portent actuellement les villages d’où ils étaient venus, de préférence à celles qui étaient utilisées au Moyen Age : celles-ci sont d’ailleurs multiples et le choix entre elles ne pourrait être qu’arbitraire ; l’usage des noms actuels permet d’autre part de reconnaître et de situer plus facilement l’origine des familles établies en Morée.
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INTRODUCTION SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE A peine relié au continent par un isthme étroit que l’homme a tôt rêvé de couper ou de fermer, le Péloponèse, malgré cette disposition naturelle qui semble le destiner à former une unité bien isolée n’a que très rarement dans l’histoire constitué un État. Divisé dans l’antiquité en un grand nombre de peuples ou de cités-États, il a fait ensuite partie, comme province, de l’empire romain, puis de l’empire byzantin. Mais, au début du xme siècle, après la prise de Constantinople par les Croisés et par les Vénitiens, il vit s’établir une principauté organisée et gouvernée par les conquérants : cette principauté d’Achaïe ou de Morée, un des États les plus durables édifiés sur les ruines de l’empire byzantin, fut fondée en 1205 par des chevaliers d’origines diverses, mais pour la plupart français, que les Grecs appelèrent les Francs ou, sous une forme plus savante, les Latins. Elle connut une période brillante d’un peu plus d’un demi-siècle et réussit alors à englober tout le Péloponèse qui se trouve ainsi former un seul État ; puis, peu à peu, elle s’affaiblit et vit son territoire se rétrécir ; toutefois, c’est seulement au bout de deux siècles et quart, en 1430, qu’elle disparut complètement. L’étude du Péloponèse au cours de 225 ans constitue un champ de recherches très vaste. L’histoire politique en est d’une grande complexité, car le pays a été le champ où se sont affrontés des rivaux nombreux c’est un des points où l’on peut le mieux saisir le jeu des ambitions des diverses puissances qui se disputent le domaine égéen et le Proche-Orient, et suivre les étapes de grands faits historiques comme la renaissance de l’empire grec puis son déclin, les efforts de Venise pour étendre son commerce et sa puissance, la poussée des Turcs. Mais le grand problème est celui que pose le contact de deux éléments très différents, les Grecs et les Francs, et de leurs civilisations, problème à aspects multiples, car on peut se demander dans quelle mesure se sont mêlées les deux civilisations, celle des conquérants, plus fruste encore mais vigoureuse, et celle des Grecs, à bien des points de vue supérieure, ce que les institutions nouvelles doivent à chacune d’elles, quelles ont été les répercussions de la nouvelle domination sur la population et sur la vie économique, s’il s’est développé une vie intellectuelle, une activité artistique originale et intéressante. Devant des problèmes aussi variés et aussi étendus, nous avons dû limiter nos recherches. Nous nous sommes fixé des bornes précises dans l’espace et dans le temps : :
2 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE nous ne dépassons pas les limites du Péloponèse, laissant de côté les dépendances de la principauté hors de la presqu’île, et nous ne l’étudions que dans la période de la domination franque. Nous ne nous occuperons des diverses régions de la Morée que dans le temps où elles ont fait partie de la principauté ; nous excluons d’une part les villes vénitiennes de Coron et de Modon, d’autre part une cité grecque comme Monemvasie qui resta douze ans seulement au pouvoir des Francs. Dans ce cadre, notre intention a été essentiellement de retrouver l’aspect que devait présenter le pays sous les princes francs pour atteindre notre but, il était nécessaire de déterminer quelles ont été les limites exactes de la principauté aux divers moments de son existence ; nous nous sommes efforcé de définir d’autre part quels éléments sont venus se mêler à la population grecque, et dans quelle proportion ; : nous nous sommes aussi demandé si leur arrivée et leur établissement ont eu des conséquences sur la répartition des habitants, des villes et des villages, enfin si leur présence a laissé des traces matérielles qui trahissent une influence profonde. Nous avons été amené à mener notre enquête dans trois domaines distincts, historique, topographique et archéologique. On peut s’étonner de l’importance que nous donnons aux recherches topogra¬ phiques c’est que ces questions se posent de façon très différente en Grèce et dans : nos pays d’Europe occidentale à cause des vicissitudes que le pays a subies depuis le Moyen Age. Il y a près d’un siècle, Burnouf remarquait que « les faits de la guerre de l’indépendance, qui ont eu lieu autour d’Athènes et de l’Acropole, offrent déjà quelque obscurité, parce que les ouvrages militaires qui les ont provoqués n’existent plus ». Il ajoutait : « Si l’on remonte plus haut dans l’histoire, l’obscurité s’accroît ; et quand on en vient à l’antiquité les récits des historiens font naître en foule des problèmes absolument insolubles. Souvent on accuse d’obscurité les historiens : en réalité ce qui manque, ce n’est pas la clarté à leurs écrits ; ce sont les documents locaux aux interprètes modernes ou l’exactitude de leurs appréciations » (1). Ce juge¬ ment est aussi vrai pour les xme et xive siècles. Depuis la fin de la principauté d’Achaïe, le Péloponèse a subi de graves bouleversements il a été soumis pendant plus de trois siècles et demi à la domination turque, interrompue pendant trente ans par une occupation vénitienne ; il a connu des périodes où sa population est tombée telle est la situation que révèlent les rapports à un chiffre extraordinairement bas des provéditeurs vénitiens à la fin du xvne siècle ; et à plusieurs reprises depuis le xive siècle, des éléments étrangers y ont été établis pour le repeupler, en particulier des Albanais. On comprend que dans ces conditions l’aspect du pays ait profon¬ dément changé au cours de ces siècles ; des villages ont été abandonnés ; les noms en ont été oubliés ; des noms nouveaux apparaissent soit pour des villages anciens dont la population s’est transformée soit pour des agglomérations nouvelles. Les forteresses, les églises anciennes se sont écroulées si elles ont continué à être utilisées, elles ont été remaniées, transformées, défigurées au point d’être difficilement recon¬ naissables. Ce travail de destruction lente ou violente du passé médiéval ne s’est pas arrêté à l’époque contemporaine, bien au contraire, comme le signalait aussi Burnouf : en effet ces vestiges, qu’il s’agisse de toponymes ou de monuments, ne rappellent pas une époque brillante, ni spécialement glorieuse pour les Grecs ; les : : ; (1) J.-L. Burnouf, La ville et l'acropole d'Athènes , Paris 1877, pp. 17-18.
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 3 ruines d’autre part, si elles sont souvent pittoresques, n’ont que très rarement un caractère artistique. Aussi n’a-t-on pas pris soin de les protéger ; bien plus, on les détruit volontiers, soit que des archéologues espèrent trouver dans ces murs ou au-dessous quelque vestige antique, soit qu’on désire y prendre des pierres pour construire, ou simplement faire disparaître la trace d’une domination étrangère (1) ; le même souci national proscrit les noms de lieu qui paraissent remonter à une origine non grecque (2). Il est donc urgent d’essayer de reconstituer l’aspect du pays tel qu’il se présentait aux xme et xive siècles, de replacer sur la carte les noms de lieu que nous font connaître les textes c’est une tâche indispensable si l’on veut com¬ prendre bien des événements de l’histoire de la principauté qui, non situés, resteraient ; obscurs. Nous avons essayé en outre de nous rendre compte si cet aspect du Péloponèse, dans la mesure où nous pouvons le restituer, présente des différences par rapport aux autres époques, autrement dit si la domination franque a provoqué des change¬ ments. Il est évident que cette partie de notre enquête ne peut donner que des résultats assez limités faute de données précises que les documents ou les historiens ne fournissent pas en ce domaine, on doit se contenter souvent d’impressions plutôt que de certitudes. D’autres recherches, par exemple sur la vie économique de la principauté, permettront sans doute un jour de compléter ou de corriger les conclusions que nous ont suggérées nos observations. Si l’histoire de la domination franque doit être sur bien des points éclairée par la solution de nombreux problèmes topographiques, il est évident que ceux-ci ne peuvent être étudiés utilement qu’à la lumière des récits historiques et des documents contemporains il faut connaître ces sources et les événements qu’elles racontent. Nous aurions pu supposer cette histoire connue de nos lecteurs ; mais nous avons voulu leur éviter d’avoir à se reporter à des livres nombreux dont quelques-uns sont rares ; nous avons également jugé qu’il serait d’une mauvaise méthode de surcharger les discussions sur les questions topographiques par le récit des faits. C’est pourquoi nous avons présenté d’abord un aperçu de l’histoire de la principauté, tâche d’autant moins inutile qu’il n’existe pas de livre récent consacré exclusivement à ce sujet et le couvrant tout entier (3). Cette première partie est, dans notre esprit, une introduction aux recherches menées sur le terrain ; aussi avons-nous essayé de ne retenir que ce qui était utile à la compréhension des problèmes particuliers qui attirent notre attention. Nous n’avons fait l’étude approfondie ni des institutions féodales, ni celle de l’organisation religieuse, ou de l’activité économique de la Morée : : (1) Il faut rendre au Service hellénique des Antiquités cette justice que, depuis plusieurs années, il a porté son attention sur certaines ruines qui ont été nettoyées, protégées, consolidées, notamment les églises de Sainte-Sophie d’Andravida, de l’abbaye de Zaraka près de Stymphale. (2) Nous avons pris soin de signaler les noms officiels qui ont remplacé les noms traditionnels; la plupart de ces derniers sont encore en usage aujourd’hui, mais tendront maintenant à disparaître. (3) La plupart des historiens passent rapidement sur les dernières étapes de la vie de la principauté qu’ils considèrent, avec raison, comme une obscure décadence, et s’attardent au contraire sur le xme siècle pour lequel la Chronique de Morée fournit des détails pittoresques. Nous avons, au contraire, tâché de garder à la dernière période la même importance qu’à celle des débuts ; la situation y est beaucoup plus compliquée ; si la Chronique fait défaut, les documents sont plus nombreux et il y a beaucoup à y apprendre sur la situation du pays dans la seconde moitié du xive siècle et au début du xve.
4 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE domination franque. S'il nous arrive de toucher à ces sujets, c'est dans la mesure où nous croyons y trouver des éclaircissements nous cherchons par exemple quels sont les évêchés latins moins pour reconstituer l'organisation de l’Église catho¬ lique en Grèce, que parce que leur existence révèle celle d'une ville et d'une commu¬ nauté catholique, c’est-à-dire franque, relativement importante. Bien que la situation de la principauté ait fait de cet État un des éléments de la politique internationale à une époque où Byzance luttait contre les ambitions de l'Occident et contre la menace grandissante des Turcs, nous n’avons pas cherché non plus à élargir les problèmes et à poser la question du rôle que l’Achaïe a pu jouer comme protagoniste ou comme comparse, voire simplement comme enjeu dans les rivalités entre les Grecs de Byzance, Venise, les rois de Naples, les Turcs, pour ne citer que les plus grandes puissances qui l’ont entourée. En revanche, nous avons cherché à mettre en lumière les événements ou les actes diplomatiques qui ont eu des conséquences sur l'histoire territoriale de la principauté et tout ce que nous pouvons savoir sur les personnages mentionnés pour cette époque ce sont en effet des éléments essentiels pour nos recherches sur la géographie médiévale et sur la population de la Morée franque. D’autre part il nous a paru utile de donner la description des principales ruines que l'on peut attribuer à cette époque. Cette étude doit permettre de résoudre quelques problèmes topographiques, comme les recherches topographiques doivent rendre possible l'identification de certaines ruines ; d’autre part l’analyse archéologique de ces vestiges peut fournir des indications concrètes sur l’influence que les conquérants ont exercée sur le pays. Cependant là non plus la tâche n'est pas simple, parce que le Péloponèse est véritablement hérissé de forteresses ou de villages abandonnés, dont la plupart sont d'un aspect si pauvre qu'il est impossible de leur attribuer une date précise, et dont quelques autres sont faits d'éléments appartenant aux époques les plus variées. Soucieux de ne pas nous écarter de notre sujet, nous avons autant que possible résisté à la tentation de publier tous les monuments que nous avons visités et étudiés nos longues enquêtes ont eu pour but autant de nous permettre d'éliminer ce qui devait être exclu que de connaître bien ce que nous devions retenir. Nous croyons n'avoir rien omis de ce que l'époque franque a laissé d'important et de caractéristique. Ces recherches dans les divers domaines historique, topographique et archéo¬ logique doivent nous permettre de reconstituer la carte humaine, si l’on nous permet cette expression, de la Morée sous la domination franque. Nous tenons cette tâche pour une des plus intéressantes que l’historien puisse entreprendre ; la réaliser, c'est en définitive reconstituer la vie d’un pays à une époque donnée, dont tous les autres faits politiques, sociaux ou même artistiques ne sont que des manifestations frag¬ sous la : : : mentaires. Avant de nous engager dans l'exposé de nos recherches, nous signalerons les sources dont nous nous sommes servi en indiquant quelle valeur nous leur attribuons, et les ouvrages que nous avons consultés (1) ; nous les classons en trois groupes, suivant qu’ils se rapportent à l’histoire, aux questions de topographie ou à l’archéologie de la principauté d’Achaïe. (1) Nous ne donnons pas ici une énumération complète des sources et des ouvrages ou articles : on trouvera dans le cours de l’ouvrage, en note, l’indication des documents qui ne touchent que de loin la Morée,
INTRODUCTION, SOURCES SOURCES 5 ET BIBLIOGRAPHIE ET BIBLIOGRAPHIE SUR L’HISTOIRE DE LA PRINCIPAUTÉ Sur l’ensemble de l’histoire des croisades, la bibliographie a été réunie par Hans Eberhard Mayer, Bibliographie zur Geschichte der Kreuzzüge Hanovre 1960. La plupart des ouvrages historiques offrent d’abondantes bibliographies les plus riches nous paraissent être, pour l’histoire du Péloponèse surtout après 1261, celle de D. A. Zakythènos, Le despotat grec de Morée , I, Paris 1932, pp. 302-316, pour les rapports de l’empire grec sous le règne de Michel VIII Paléologue avec l’Occident, celle de D. J. Geanakoplos, Emperor Michael Palaeologus and the West Cambridge Mass. 1959, pp. 387-417 ; enfin dans l’ouvrage de K. M. Setton, Catalan Domination of Athens 1311-1388 Cambridge Mass. 1948, un chapitre intitulé Primary and secondary sources for the history of Athens during the periods of catalan and florentine rule pp. 261-301, contient d’utiles indications sur la Morée au xive siècle et au début du xve (1). , ; , , , Les grands historiens de la période 1204-1430. — Le premier dont le nom mérite d’être mentionné, le fondateur des études historiques sur les États latins postérieurs à la prise de Constantinople en 1204, est Ch. du Fresne du Cange (1610 1668) ; il a publié diverses sources, entre autres la chronique de Geoffroy de Ville hardouin, mais son œuvre essentielle reste l 'Histoire de Vempire de Constantinople sous les empereurs françois de 1659, réimprimée à Venise en 1729 ; il avait lui-même préparé une nouvelle édition de cet ouvrage qui a été publiée par Buchon, dans sa Collection de chroniques nationales écrites en langue vulgaire du XIIIe au XVIe siècle , tomes I et II, Paris 1826. Du Cange avait consulté un grand nombre de sources, dépouillé des documents dont il a copié les plus importants, travail d’autant plus précieux que certains d’entre eux ne sont plus connus que par cette copie. Pendant un siècle, les historiens ne firent guère qu’utiliser les matériaux réunis par ce pré¬ curseur : aussi peut-on négliger aujourd’hui V Histoire des croisades 1811-1822, de J. Michaud, VHistory of modem Greece d’EMERSON, la Geschichte Griechenlands de J. W. Zinkeisen, V Histoire du Bas-Empire de Lebeau (2), et même les œuvres fameuses à d’autres égards de J. Ph. Fallmerayer (3). Il faut attendre l’infatigable chercheur que fut J.-A.-C. Buchon (1791-1846) pour voir la tâche entreprise par Du Cange faire de nouveaux progrès : son œuvre , , livres qui n’en parlent qu’incidemment, des études de détail. Nous pourrons au contraire citer ici certains travaux d’un caractère plus général, auxquels nous n’aurons pas l’occasion de renvoyer dans les notes. dans CMH , IV, 1, pp. 868 (1) Des bibliographies abondantes accompagnent les chap. VI-IX et des 938, 1039-1041. (2) Ce sont les tomes on Frankish Greek history , XVII-XXI, Paris 1834-1836, qui se rapportent à notre période W. Miller, Notes , XXVI, 1926, . 57-62, a fait quelques remarques sur les passages relatifs ; à la période franque. (3) Son ouvrage le plus important est Geschichte der Halbinsel Morea wahrend des Mittelalters, 2 vol. Stuttgart 1830-1836, célèbre par la thèse, aussitôt combattue, que l’élément grec avait été complètement éliminé par les invasions slaves. Sur l’auteur et ses théories, cf. Pél. byz., p. 28 et . 1.
6 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE touffue et considérable comprend la publication de chroniques, en particulier des versions grecque et française de la Chronique de Morée qu’il a eu le mérite d’être le premier à utiliser, et, en traduction, du récit de Muntaner, de documents provenant surtout des archives de Naples, Florence et Pise, la relation de ses voyages en Grèce qui lui permirent d’ajouter à ses Recherches historiques un atlas, enfin d’entreprendre une Histoire des conquêtes et de rétablissement des Français dans les États de V ancienne Grèce sous les Ville-H ardouin dont seul le tome I, racontant les faits jusqu’en 1290, parut à Paris en 1846 (1). Buchon a certainement accompli une œuvre considérable et en grande partie originale ; cependant tous les documents qu’il a réunis n’étaient pas inédits ; il n’a pas signalé, par exemple, que certains des actes angevins publiés par lui l’avaient été déjà par D. Forges Davanzati. Mais surtout il a abordé son sujet avec un intérêt passionné et même, peut-on dire, avec un si ardent patriotisme que ses travaux s’en ressentent ses récits révèlent souvent peu d’esprit critique et même de la partialité ; comme les gravures de Y Atlas qui accompagne les Nouvelles recherches , ils ont quelque chose de l’époque romantique dont ils datent et ne répondent pas aux exigences actuelles du travail historique. Buchon n’en a pas moins le mérite , ; (1) Cette histoire générale avait été précédée par un article intitulé Établissement féodal de la principauté Morée , Revue indépendante, juillet 1843, où il racontait les événements de la conquête jusqu’au Parlement de Ravenique. — Ses ouvrages importants sont les suivants : dans la Collection des chroniques nationales, écrites en langue vulgaire du XIIIe au XVIe siècle, les six premiers volumes, Histoire de l'empire de Constan¬ tinople, par Du Cange, 2 vol., 1826, — la Conquête de Constantinople de Geoffroy de Villehardouin, suivie de de la continuation d’ Henri de Valenciennes, 1828, — la traduction du texte grec de la Chronique de Morée d’après le manuscrit de Paris, 1825, — la traduction de la Chronique de Ramon Muntaner, 2 vol., 1828 ; — les Recherches et matériaux pour servir à Vhistoire de la domination française aux XIIIe, XIVe et XVe siècles dans les provinces démembrées de l'empire grec à la suite de la 4e Croisade, 2 vol. de la collection du Panthéon littéraire, 1840 : I. Éclaircissements historiques, généalogiques et numismatiques sur la principauté française de Morée et ses douze pairs, — II. Chroniques de G. de Villehardouin et d’Henri de Valenciennes ; — dans les Chroniques étrangères relatives aux expéditions françaises pendant le XIIIe siècle, dans la collection du Panthéon littéraire , 1841, sont publiés le texte grec de la Chronique de Morée d’après le manuscrit de Paris avec la traduction française, la traduction de la Chronique de Ramon Muntaner, le texte aragonais de celle accompagnées de notes et de tableaux généalogiques ; le volume contient en outre de Bernard d’Esclot, dans l’introduction pp. xviii-xliii, un fragment de la Chronique dite de Monemvasie ; — les Nouvelles recherches historiques sur la principauté française de Morée et ses hautes baronnies, 2 vol., Paris 1843, font suite aux Éclaircissements et contiennent des documents originaux provenant de Pise, Florence, Naples, Sicile et Corfou dont le texte est publié dans le second volume et commenté dans le premier ; cet ouvrage est complété par un Atlas de la principauté française de Morée , 1845, 42 planches donnant des vues et plans des monuments médiévaux de Grèce, des reproductions d’écussons, monnaies, sceaux et signatures de l’époque de la principauté, qui illustrent également les relations des voyages de l’auteur ; — les Recherches historiques sur la principauté française de Morée et ses hautes baronnies, 2 vol., 1845, portent en sous-titre : Première époque : Conquête et établissement féodal de l'an 1205 à l'an 1333 ; le premier volume est essentiellement l’édition du texte français de la Chronique de Morée, d’après l’unique manuscrit connu de Bruxelles, précédé d’un Mémoire sur la géographie politique de la principauté, de divers textes grecs ou fragments, dont le faux chrysobulle d’Andronic Ier de 1293, et suivi d’un récit de la Croisade de Constantinople, d’après le manuscrit, fonds Cangé 9, n° 7188 5, f° 61, de la Bibliothèque nationale ; dans le volume II est publié le texte grec de la Chronique d’après le manuscrit de Copenhague, suivi d’un autre poème grec sur La Prise de Constantinople, et d’un Recueil de tous les diplômes des princes d’Achaïe et des hauts barons leurs feudataires, connus de Buchon. De ses voyages en Grèce à la recherche de documents et de monuments contemporains de la domination franque, il a donné la relation dans La Grèce continentale et la Morée. Voyage , séjour et études historiques en 1840 et 1841, Paris 1843 ; son Voyage dans l'Eubée, les îles Ioniennes et les Cyclades en 1841, n’a paru que beaucoup plus tard par les soins de J. Longnon, Paris 1911, il ne nous intéresse d’ailleurs pas directement ici.
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 7 énorme d’avoir attiré l’attention sur une page jusque-là fort peu connue de notre histoire nationale et d’en avoir assemblé beaucoup de matériaux (1). Peu de temps après, un historien allemand, Cari Hopf (1832-1873), consacra, comme Buchon, son existence à l’étude de la Grèce de 1204 à la conquête turque ; il accomplit un gigantesque travail de dépouillement d’archives en particulier à Venise et à Naples (celles du Vatican ne lui furent pas accessibles), consulta de nombreuses publications de documents faites depuis Buchon ; après quelques essais consacrés à des sujets limités, en particulier aux sources de l’histoire du duché d’Athènes (2), il entreprit la rédaction d’une monumentale histoire de la Grèce médiévale sous le titre Geschichte Griechenlands vom Beginn des Mittelalters bis auf unsere Zeil, dont seule la seconde partie nous intéresse : Frànkische Zeit von der Eroberung Konstantinopels durch die Kreuzfahrer bis zur Vernichlung der occideniali schen F eudalstaaten durch die Türken (1204-1460 und 1566), parue dans VAllgemeine Encyclopadie der W issenschaften und Künste ... publiée par J. S. Ersch et J. G. Gruber, pp. 1-107 pour la période jusqu’à 1435, tomes LXXXV, pp. 200-465, et LXXXVI, Leipzig 1867-1868 (3). La présentation extrêmement compacte de ces livres dépourvus d’index, où l’on distingue à peine les chapitres et où la table des matières même est rejetée à la fin du tome LXXXVII, en rend l’utilisation peu commode. Sur le fond les jugements ont été très partagés : longtemps cette œuvre a joui d’un prestige incontesté, mais les historiens récents n’ont pas craint de critiquer les méthodes de Hopf en relevant des erreurs, en l’accusant même d’altération volontaire des textes et l’ont vivement pris à parti. Ce qu’on peut lui reprocher, c’est d’une part une certaine partialité qui lui fait prendre souvent le contre-pied des opinions de Buchon, dont l’attitude nationaliste et enthousiaste provoquait, il est vrai, une réaction de c’est d’autre part, trop souvent, des erreurs résultant d’une utilisation ce genre trop hâtive des documents, des rapprochements ou des hypothèses faites à la légère et présentées comme sûres (4). Les érudits d’aujourd’hui lui sauraient sans doute meilleur gré s’il s’était contenté de relever, de classer et de mettre à la disposition du public ces documents qu’il a parcourus et utilisés à la hâte et qu’on aimerait pouvoir consulter directement, car une grande partie en restent inédits et certains sont aujourd’hui détruits. Le volume où il a réuni sous le titre Chroniques gréco-romanes inédites ou peu connues Berlin 1873, un certain nombre de sources échappe à ces critiques, dans la mesure où il y a publié des textes, entre autres la version italienne de la Chronique de Morée V Isioria del regno di Romania de Marino Sanudo l’Ancien, des extraits des Annali Veneti de Stefano Magno ; toutefois dans ce volume aussi ; , , (1) Les travaux de Buchon ont été utilisés en particulier par A. Ellissen, Analekien der mittel und neugriechischen Literatur, II. Die Franken im Peloponnes, Leipzig 1855, où il a reproduit des fragments de la Chronique de Morée en grec, avec traduction allemande. (2) C. Hopf, De historiae ducatus Atheniensis fontibus, Bonn 1852. Pour la bibliographie complète de BZ, VIII, 1899, pp. 364-369. ses œuvres, voir E. Gerland, (3) L’histoire de C. Hopf, seule, a été réimprimée à New York en 1961. (4) Voir par exemple le comte Riant, Le changement de direction de la quatrième croisade, Gênes 1879, p. 33, — G. Recoura, Les Assises de Romanie , pp. 11-13, — R. J. Loenertz, Or. Chr. Per., XXII, 1956, pp. 320 321 ; le P. Loenertz, dans une série d’articles, s’efforce de corriger les inexactitudes commises par Hopf sur l’histoire du xive siècle ; dans le passage cité, il montre l’erreur qui lui a fait affirmer que Othon de Brunswick avait été prince d’Achaïe en 1376 et les effets néfastes de la confiance trop longtemps accordée à cet auteur.
8 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE il faut faire certaines réserves sur les méthodes de travail de Hopf en particulier sur rétablissement des généalogies qu’il donne à la fin. En bref, l’historien qui a recours aujourd’hui à cette œuvre ne peut manquer d’être frappé par l’ampleur de la tâche accomplie par son auteur, mort à 41 ans, et par l’énorme masse de matériaux qu’il avait rassemblés (1) ; mais il est en même temps irrité par l’impossibilité où il on a le sentiment se trouve d’avoir une pleine confiance dans les détails du récit qu’il faudrait pouvoir vérifier chaque fait, chaque affirmation, ce qui n’est plus toujours possible par suite de la destruction des archives angevines de Naples par exemple. C’est à peu près vers la même époque que deux historiens tentèrent d’écrire l’histoire de la Grèce de l’antiquité à nos jours l’Anglais G. Finlay (2) et le Grec G. Paparrègopoulos (3) l’intérêt de ces tentatives réside dans le fait que l’un et l’autre se sont placés résolument au point de vue grec cependant leurs deux gros ouvrages ont un caractère trop général et sont aujourd’hui trop anciens pour nous être vraiment utiles. Plusieurs autres ouvrages historiques ont vu le jour qui n’ont pas renouvelé nos connaissances suivant le tempérament ou les affinités de leurs auteurs, ils se rapprochent davantage de Buchon ou de Hopf on peut citer Geschichte Griechenlands seit dem Abslerben des antiken Lebens bis G. Fr. Hertzberg, zur Gegenwart tome II 1204-1470, Gotha 1876, et Geschichte der Byzantiner und des osmanischen Reiches bis gegen Ende des XVI. J ahrhunderts paru dans V Histoire générale d’ONCKEN, Berlin 1883, — F. Gregorovius, Geschichte der Sladt Athen von der Zeit Jusiinians bis zur türkischen Eroberung 2 vol., Stuttgart 1889, qui, consacré à Athènes, traite souvent de l’histoire de la Grèce (4) et reste agréable à lire bien que souvent dépassée il en est de même du petit volume de G. Schlumberger, Les principautés françaises du Levant d'après les plus récentes découvertes de la numis¬ matique Paris 1877. Le livre d’A. Beving, La principauté d'Achaïe et de Morée 1204 1430. Étude historique Bruxelles 1879, l’aimable récit entièrement dépourvu de critique de Diane de Guldencrone, L'Achaïe féodale. Étude sur le moyen âge en Grèce 1205-1456, Paris 1886, et même l’ouvrage plus récent et plus sérieusement préparé de Sir Rennell Rodd, The princes of Achaia and the Chronicles of Morea. A study of Greece in the middle ages 2 vol., Londres 1907, n’ont pas fait faire à l’histoire : : ; ; : : , : , , ; , , , , , considérable de notes et de copies de documents difficilement utilisables écriture et de leur nombre même : un aperçu en a été donné par . Gerland, Bericht über Cari Hopfs litterarischen Nachlass und auf die darin vorhandene frânkisch-griechische Regestensammlung, BZ, VIII, 1899, pp. 347-386, — et Noch einmal der litierarische Nachlass C. Hopfs, BZ, XI, 1902, pp. 321-333. (2) Les divers travaux de G. Finlay devaient lui permettre de préparer une œuvre générale qui n’a paru qu’après sa mort, par les soins de H. F. Tozer, sous le titre : A History of Greece from its conquest by the Romans to the present time, B.C. 1146 to A.D. 1864, 7 vol., Londres 1877. Les livres qu’il avait réunis pour ses études sont conservés à la Bibliothèque de l’École archéologique anglaise d’Athènes. (3) G. Paparrègopoulos a publié d’abord de petits ouvrages comme . Athènes 1843 ; sa grande œuvre est son , Athènes 1860-1877 ; nous avons consulté la 6e édition revue par P. Karolidès, tome V, lre partie : 1204-1453, Athènes 1932. ’ (4) Une traduction augmentée de notes en a été publiée par Sp. Lampros, , Athènes 1904, tomes -, suivis d’un tome III où il a réuni des documents, dont ’, certains inédits, sous le titre de Athènes (1) Hopf à cause de son a laissé une masse
INTRODUCTION, SOURCES 9 ET BIBLIOGRAPHIE de cette période de sensibles progrès. L’étude très brève du comte Louis de Mas Latrie, Les princes de Morée ou d’Achaïe , dans les Monumenti siorici publicati dalla R. deputazione veneta di Sloria palria, 4e série, Miscellanea , II, Venise 1883, est aujourd’hui dépassée, mais reste commode pour sa précision et ses nombreuses références (1). Beaucoup plus intéressantes sont les œuvres de deux historiens du début du xxe siècle, William Miller et Ernst Gerland. Le second avait tenté d’écrire une nouvelle histoire de l’empire latin ; mais seul le début en a paru : Geschichle des lateinischen Kaiserreiches von Konstantinopel I. Geschichle der Kaiser Balduin I. und Heinrich (1204-1216), Homburg 1905; et sa contribution la plus utile reste le petit volume intitulé Neue Quellen zur Geschichle des lateinischen Erzbislums Patras , Leipzig 1903 ; à propos d’un point précis, il a réuni des documents originaux dont l’intérêt dépasse parfois largement l’histoire locale, et retracé les événements prin¬ cipaux de la Morée franque de 1205 au xve siècle, avec une impartialité et un esprit critique dont ses devanciers ont souvent manqué. W. Miller a entrepris à son tour d’écrire une histoire générale de l’Orient latin de la prise de Constantinople à la conquête turque et a réussi à le faire, c’est un gros ouvrage intitulé The Latins in the Levant. A history of Frankish Greece (1204-1566), Londres 1908 (2) ; il faut y ajouter de nombreux articles de journaux ou de revues dont les plus importants ont été réunis en un volume sous le titre Essays on the Latin Orient, Cambridge 1921, et les chapitres XV-XVIII de la première édition de la Cambridge Mediaeval History, IV, 1923 (3). Ces travaux constituent une œuvre considérable, aussi familière à qui étudie la Grèce médiévale que les livres de Buchon ou de Hopf il faut remarquer cependant, sans diminuer en rien le mérite de ce grand historien, que l’ampleur même du sujet et sa complexité ne lui ont pas permis de se reporter toujours aux documents et de corriger nombre d’inexactitudes dans les faits qu’il a répétées. Le dernier nom que nous citerons parmi les auteurs qui ont traité de l’ensemble éditeur de la version française de cette histoire (4) est celui de M. Jean Longnon d’Henri chronique la Chronique Morée la de de de Valenciennes, et de la relation de restée inédite, du voyage que fit Buchon dans les îles Ioniennes, en Eubée et dans l’Archipel, auteur de Recherches sur la vie de Geoffroy de V illehardouin, et de nombreux articles sur des points précis de l’histoire de l’empire de Constantinople ou de la principauté d’Achaïe (5), il a tracé un premier tableau de l’empire de Constantinople , ; ; , (1) On peut citer encore le récit d’E. de Borchgrave, Croquis <T Orient. Patras et VAchaïe , Bruxelles 1908. (2) Une traduction grecque avec des corrections et des additions a été faite par Sp. P. Lampros, , 2 vol., Athènes 1909-1910. Voir la bibliographie donnée dans l’article nécrologique qui lui est consacré, EB, III, 1945, pp. 280 282. Beaucoup de ses articles parus dans la presse anglaise ont été reproduits en grec par Sp. Lampros dans (3) sa revue . Il faut mentionner également les travaux de R. Grousset qui, dans VHistoire générale fondée par G. Glotz, Histoire du moyen âge, IX, 1, U Europe orientale de 1081 à 1453 1945, pp. 524-570, et dans L'Empire du Levant. Histoire de la Question d'Orient, Bibliothèque historique, Payot, 1946, a fait une esquisse rapide de cette histoire. Enfin l’ouvrage de N. Iorga, France de Constantinople et de Morée RHSEE, XII, (4) , , 1935, pp. 177-217, 324-356, et en volume à part, Bucarest 1935, apporte des vues intéressantes comme tous. les travaux de ce grand historien, à côté d’affirmations ou de détails considérés aujourd’hui comme inexacts. (5) Particulièrement importants pour l’histoire de la principauté sont les articles suivants : Le ratta¬ chement de la principauté de Morée au royaume de Sicile en 1267, JS, 1942, pp. 134-142, — et Problèmes de V histoire de la principauté de Morée, JS, 1946, pp. 77-92, 147-161.
10 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE et de la principauté dans un ouvrage rapide, mais très sûr, Les Français d'outre-mer au moyen âge. Essai sur l'expansion française dans le bassin de la Méditerranée , Paris 1929, pp. 200-314 ; il a surtout eu le mérite de présenter sous le titre L'empire latin de Constantinople et la principauté de Morée Bibliothèque historique, Payot, Paris 1949, un récit nouveau des faits, au courant de tous les travaux récents, fondé pour bien des points sur des renseignements tirés de documents encore inédits, de corriger des erreurs de détail, d'éclairer des points obscurs on peut regretter que la collection où ce volume a paru n’a pas permis à son auteur de développer l’appareil de réfé¬ rences et les discussions, et que la fin de la période y soit contée de façon plus rapide, dans la mesure où la principauté d’Achaïe tient alors moins de place en Grèce ; mais un usage prolongé du livre nous a permis de nous convaincre que tout ce qui y est dit repose solidement sur des documents contrôlés et constitue ainsi l’exposé d’ensemble non seulement le plus récent mais aussi le meilleur de l’histoire des établissements latins consécutifs à la 4e croisade (1). Plutôt que d’énumérer d’abord les sources narratives, puis les documents publiés, enfin les ouvrages des historiens, nous avons groupé les publications de ces trois catégories d’après le pays auquel elles se rapportent il arrive souvent qu’un même livre contienne à la fois une étude historique et des documents inédits ; de plus le lecteur se rendra mieux compte de l’état de nos connaissances sur chacun des divers aspects du sujet. , ; ; Sources grecques et histoire byzantine. — Les œuvres des historiens ou chroni¬ queurs byzantins constituent le groupe le plus important de sources narratives sur la période du xme au xve siècle pour la Grèce. La plupart sont publiées dans le Corpus scriptorum historiae Byzantinae publié par E. G. Niebuhr, I. Bekker et autres, 50 vol., Bonn 1828-1897, et dans la Patrologiae Graecae cursus compleius de J. -P. Migne, 161 vol. en 165, Paris 1857-1866 ; c’est d’après la collection de Bonn qu’il est coutume de les citer sauf pour les textes qui ont fait depuis lors l’objet d’une édition plus moderne (2). Sur la plupart de ces textes et de leurs auteurs, il faut compléter les notices anciennes de K. Krumbacher dans sa Geschichte der byzanti nischen Literatur 2e édit., Munich 1897 (réimpr. New York 1963) par celles, très précises de Gyula Moravscik, dans Byzantinoturcica I. Die byzantinischen Quellen der Geschichte der Türkvolker 2e édit., Berliner byzantinische Arbeiten, 10, Berlin , , , , , 1958 (3). (1) La thèse de R. L. Wolff, The Latin Empire of Constantinople , Harvard 1947, signalée par D. N. Geanakoplos, Michael VIII Palaeologus and the West, p. 8, comme particularly helpful , restée inédite, ne nous a pas été accessible. R. L. Wolff a rédigé les chapitres V et VI, The Fourth Crusade, The Latin Empire , of Constantinople, dans CMH, IV, 1. L’ouvrage de N. K. Alexopoulos, Athènes 1951, ne donne qu’un exposé rapide, peu au courant des travaux récents. (2) Les passages les plus importants des historiens byzantins relatifs aux croisades ont été réunis par E. Miller, Recueil des historiens grecs des croisades, 2 vol., Paris 1875-1881 : le tome I donne des extraits de Nicétas Ghoniate, de Georges Acropolite, de la Chronique de Morée, d’Ephraïm sur la 4e croisade et l’empire latin, enfin le texte de ; le tome II contient des notes historiques et philo¬ logiques sur les textes. (3) L’ouvrage de G. Moravscik dans sa 2e édit, permet de se dispenser de recourir sauf exception à ceux de Maria Elisabetta Colonna, Gli storici bizantini dal IV al XV secolo, I. Storici profani, Naples (1956), et , , 1204-1453, de N. B. Tomadakès, I. , Athènes 1957.
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 11 La conquête et la première période jusqu’en 1261 sont racontées par Nicétas Choniate et Georges Acropolite. Le premier dans son Histoire , éd. I. Bekker, CSHB , 1835, a laissé un récit rédigé vers 1210, des événements jusqu’en 1206, dont il a été le contemporain (1). Certains sont confirmés ou précisés par son frère Michel Choniate, métropolite d’Athènes à l’arrivée des Francs les œuvres de [] , ce dernier ont été publiées par Sp. P. Lampros, , 2 vol., Athènes 1879 le personnage a été l’objet de nombreuses études, la plus récente est celle de G. Stadtmüller, Michael Chômâtes Metropolit von Athen (ca 1138-ca 1222), Orientalia Christiana XXXIII, 2, n° 91, Rome 1934 (2). Georges Acropolite, dans sa Chronique éd. Heisenberg, I, Leipzig 1903, pp. 1-109, dont un anonyme a fait un abrégé (même édition pp. 191-274), a continué le récit de Nicétas jusqu’en 1261 ; né vers 1217, il vint dès 1233 à Nicée et, à partir de 1246, prit part aux événements qu’il a racontés (3). Son œuvre a été largement utilisée par Théodore de Scutari (4), par Ephraïm et par Nicéphore Grégoras. La Chronique d’EpHRAiM, publiée par A. Mai, Rome 1828 et reproduite dans CSHB 1840, raconte l’histoire de Byzance jusqu’en 1261, d’après Nicétas et Georges Acropolite pour la période qui nous intéresse elle a été rédigée vers 1313 (5). Georges Pachymère, né en 1242, grand personnage de la cour de Byzance a laissé une œuvre abondante ; son histoire, , sous le titre ! éd. I. Bekker, 2 vol., CSHB 1835, continue celle d’Acropolite et couvre la période de 1261 à 1308, c’est-à-dire les règnes des empereurs Michel VIII et d’Andronic II Paléologue (6). L’œuvre historique de Jean Cantacu zène, qui se fit couronner empereur en 1341 et régna effectivement de 1347 à 1354, se rapporte aux événements de 1320 à 1356 avec quelques allusions jusqu’en 1362 bien qu’il y ait été directement mêlé, il a gardé un ton objectif qui rend précieuse son Histoire éd. L. Schopen, 3 vol., CSHB 1828-1832 (7). Des écrits variés de Nicéphore Grégoras (v. 1295-1359 ou 1360), il faut retenir sa Correspondance texte édité et traduit par R. Guilland, C B Budé , Paris 1927, son Histoire éd. L. Schopen, 2 vol., et éd. I. Bekker, vol. III, CSHB 1829, 1830, 1855 ; celle-ci est utile surtout pour les événements du xive siècle ; pour la période qui précède, elle dépend essentiellement de Georges Acropolite et de Georges Pachymère (8). Il n’y a que peu à puiser dans l’œuvre, intéressante par ailleurs, de Démétrios Kydonès qui vécut au xive siècle et fut un familier de l’empereur Jean VI Gantacuzène (9). Au xve siècle, trois historiens peuvent encore être cités Doukas, ou Ducas, ; ; , , , , ; , ; , , , , , : (1) Cf. Moravscik, op. cit., I, pp. 444-450. (2) Cf. G. Moravcsik, op. cit. , I, pp. 429-430. Stadtmüller a montré définitivement que Michel n’avait jamais porté le nom d’Akominatos ; v. aussi V. Grumel, De V origine du nom Akominatos, XXIII, 1953, pp. 165 167. (3) Cf. G. Moravcsik, op. cit., , pp. 266-268. (4) Théodore de Scutari, publié par C. N. Sathas, Bibliotheca medii aevi, VII, Venise-Paris 1894, pp. 450 556, a incorporé dans son récit des passages entiers d’Acropolite ; ce qu’il a ajouté de lui-même est également publié par Heisenberg à la suite de la Chronique d’Acropolite, pp. 275-302. Cf. Moravcsik, op. cit., pp. 526-528. (5) Cf. G. Moravcsik, op. cit., I, pp. 256-257. (6) Cf. G. Moravcsik, op. cit., I, pp. 280-282. (7) Cf. G. Moravcsik, op. cit, I, pp. 321-322. (8) Cf. G. Moravcsik, op. cit., I, pp. 450-453. (9) Sa Correspondance, partiellement éditée et traduite en français par G. Cammelli, CB Budé, Paris 1930, contient quelques indications intéressantes pour la vie de la Morée, mais peu de choses sur l’histoire de la principauté ; une publication complète a été entreprise par R. J. Loenertz, I-II, Studi e Tesii, fasc. 186, 218, Cité du Vatican 1956, 1960.
12 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE né probablement avant la fin du xive siècle, a vécu surtout à la cour des Gatteluzzi de Lesbos son œuvre historique, d'ailleurs mal conservée, est publiée par I. Bekker, CSHB , 1834, et par V. Grecu, avec une traduction roumaine, Coll. Scriptores Byzantini , I, de l'Académie de la République Populaire Roumaine, 1958 ; bien que reprenant les événements à partir de 1204, elle raconte surtout les règnes des trois derniers Paléologues et l’histoire des Turcs jusqu'à la prise de Lesbos en 1462 (1). Plus impor¬ tants sont les ouvrages de Sphrantzès et de Chalcocondyle. Georges Sphrantzès et son œuvre ont fait l’objet d'un vaste travail critique (2) né en 1401, attaché dès 1428 à Constantin Paléologue qu’il accompagna en Morée, il a bien connu le pays et a joué un rôle important dans les événements qu’il raconte. On a conservé sous son nom deux textes : l'un, plus court ou Chronicon minus traite des événements de 1401 à 1477, publié dans la PG, CLYI, 1856, col. 1025-1080, il est considéré comme authentiquement de lui ; l'autre plus long ou Chronicon majus qui part de l’année 1258 et contient de nombreux remaniements et des additions, est selon l'hypothèse la plus généralement admise aujourd’hui, l’œuvre, rédigée entre 1573 et 1575, de Makarios de Monemvasie (3). Laonic Chalcocondyle, né vers 1432 d’une famille athénienne, mort en 1490, a voulu montrer surtout comment la puissance des Turcs s’est développée et a détruit l’empire grec ; son œuvre, sous le titre ’ , publiée par I. Bekker, CSHB 1843, et plus récemment par E. Darko, 2 vol., Budapest 1922-1927, raconte les événements de la période de 1298 à 1487 (4). Il faut faire une place importante à la même époque à d’autres textes si les œuvres de Georges Gémiste Pléthon, si importantes pour l’histoire de la Morée grecque, ne contiennent rien qui se rapporte directement à notre sujet, nous avons utilisé VÉloge funèbre du despote Théodore par son frère Manuel II Paléologue, un Panégyrique (anonyme) de Manuel et de Jean VI Paléologue la Monodie sur et quelques autres textes moins impor¬ V empereur Manuel Paléologue de Bessarion, tants dont la publication a été préparée par Sp. P. Lampros et réalisée depuis par ; ; , , , : , op. cit., I, pp. 247-251. (1) Sur Ducas, dont le nom de baptême n’est pas connu, v. G. Moravcsik, (2) On a établi que le nom traditionnel de Phrantzès devait être corrigé en Sphrantzès, qui est d’ailleurs le nom de la mère de l’historien, qu’il a porté de préférence à celui de son père, Phialitès, V. Laurent, BZ , XLIV, 1951, pp. 373-378, et Sphrantzès et non Phrantzès à nouveau , REB, IX, 1951, pp. 170 et non , , , XXIII, 1953, . 637-662, — R. J. Loenertz 171. — D. A. Zakythenos, Or. Chr. Per., XXIV, 1958, p. 162, n. 2. Sur l’œuvre, la bibliographie considérable (en particulier une longue qui avait entrepris une nouvelle édition de Sphrantzès, I (seul paru) série d’études de I. B. Papadopoulos, Leipzig 1935, — cf. en dernier R. J. Loenertz, BZ, LU, 1959, p. 97), a été réunie jusqu’en 1958 par Témoignages roumains sur les formes Sphrantzès op. cit., I, pp. 285-288. Ajouter : P. Nasturel, G. Moravcsik, 1961, pp. 441-443. et Phrantzès, REB, 1, (3) C’est à Makarios de Monemvasie qu’est attribué un document reconnu actuellement comme faux, un chrysobulle d’Andronic II en faveur de la métropole de Monemvasie en 1293 ; v. sur cette question Fr. Doelger, Ein literarischer und diplomatischer Fàlscher des XVI. Jahrhunderts, Metropolit Makarios von Monemvasia, dans O. Glauning zum 60. Geburtstag. Festgabe aus Wissenschaft und Bibliothek, Leipzig 1936, pp. 25-35, et BZ, XXXVII, 1937, p. 194, — St. Binon, L'histoire et la légende de deux chrysobulles d'Andronic II 1938, pp. 274-311, — R. Loenertz, Autour en faveur de Monemvasie : Macaire ou Phrantzès, EO, XXXVII, du Chronicon majus attribué à Georges Phrantzès, Studi e Testi, 123 (Mélanges Mercati, III), 1946, pp. 273-311; — V. Grecu, Georgios Sphrantzès. Leben und Werk. Makarios Melissenos und sein Werk, Byz. SL, XXVI, 1965, pp. 62-73. V. Grecu a procuré une édition avec traduction roumaine, Scriptores byzantini, V, Acad, de la Rép. soc. roumaine, Bucarest, 1966. (4) Cf. G. Moravcsik, op. cit., 1, pp. 391-397 ; une édition avec traduction roumaine a été publiée par V. V. Grecu, coll. Scriptores Byzantini, II, Académie de la République populaire roumaine, Bucarest, 1958. Il conviendrait de rapprocher de ces œuvres historiques grecques la version grecque de la Chronique de Morée et la Chronique dite de Monemvasie, mais nous y reviendrons plus bas.
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 13 J. Vogiatzidès (1), enfin plusieurs des Chroniques brèves recueillies par le même Sp. Lampros et publiées par les soins de K. Amantos sous le patronage de l’Académie d’Athènes (2). Nous citerons pour terminer la Chronique de Galaxeidi (3), très posté¬ rieure, puisqu’elle fut écrite par le moine Euthymios au début du xvme siècle ; elle contient quelques allusions à l’histoire de la Morée, et a été publiée par C. N. Sathas. Enfin, du moine Job, la Vie de Sainte Théodora Petraleiphas femme du despote Michel II d’Épire, a été plusieurs fois publiée en particulier par Buchon, Nouvelles recherches II, pp. 401-406, et dans la Patrologie grecque t. GXXVII pp. 904-908. A ces sources littéraires s’ajoute un certain nombre de documents authentiques. La publication des Regestes des empereurs de Byzance Corpus der griechischen Urkunden des Mittelalters und der neueren Zeit série A Regesten lre section Regesten der Kaiserurkunden des ostrômischen Reiches publiées par Fr. Doelger ; les fasci¬ cules 3 à 5, Munich 1932-1965, correspondent à la période de 1204 à 1453. Il faut , , : , : , : , consulter aussi les recueils suivants : le Jus Graeco-romanum de K. E. Zachariae von Lingenthal, t. III, Novellae constitutiones Leipzig 1857, ou, mieux, l’édition de I. et P. Zepos, t. I, Athènes 1931, et surtout Fr. Miklosich et J. Müller, Acta et diplomata graeca medii aevi sacra et profana 6 vol., Vienne 1860-1890, dont les quatre derniers sont les plus utiles pour nous III. Acta et diplomata res graecas italasque spedantia 1865, IV-VI. Acta et diplomata monasteriorum et ecclesiarum 1870-1890. Des inscriptions de Mistra enfin ont été publiées d’abord par K. G. Zèsicu (4), puis de façon plus précise par G. Millet, Les inscriptions byzantines 1899, 97-156, complétées par les Inscriptions inédites de de Mistra, RCH , XXIII, Mistra BCH XXX, 1906, pp. 453-466. L’histoire de la période du point de vue byzantin se trouve dans les grands manuels d’histoire byzantine Histoire les plus récents sont ceux d’A. Vasiliev, traduction Brodin Bourguina, II, byzantin française A. Paris Vempire et P. de de 1932 (une traduction anglaise, révisée, a paru en 1954), — de Ch. Diehl, R. Guilland, L. Œconomos et R. Grousset, L'Europe orientale de 1081 à 1453 t. IX, 1, de Y Histoire du Moyen Age dans V Histoire générale , fondée par G. Glotz, Paris 1945, — de L. Bréhier, Le monde byzantin I. Vie et mort de Byzance coll. L'Evolution de l'huma¬ nité, XXXII, 1947, — de G. Ostrogorsky, Histoire de l'État byzantin traduction française de J. Gouillard, Paris 1956 (5). Sans énumérer les études ou articles de , , : , , , , : , , , , , , (1) Dans le recueil intitulé 4 vol., Athènes 1912-1930. , publiées par Sp. Lampros et K. I. Amantos, dans les (2) de l’Académie d’Athènes, I, 1, Athènes 1932. Les chroniques qui fournissent des renseignements sur la période avant 1430 sont celles qui portent les nos 9 et surtout 19, pp. 35-37, œuvre d’un Vénitien d’Argos et 27, pp. 46-52, cette dernière précédemment publiée à la suite de Ducas par I. Boulliau, Paris 1649, et reproduite de même dans le volume de Ducas, du CSHB, pp. 515-527. Sur la Chronique brève, n° 52 (1204-1391), voir P. Charanis, Les les plus utiles pour nous, R. , (3) , comme source historique , Byz., XV, 1938, pp. 335-362, et sur les nos 19 et 27 Les deux chroniques brèves moréotes, EB, I, 1943, pp. 152-159. Loenertz, , , , K. Sathas, avec des introductions historiques sur Naupacte, Amphissa, Galaxeidi, les despotes d’Ëpire, Michel I et Michel II, etc., Athènes 1865, réimprimé sans changement en 1914. Athènes 1892. (4) K. G. Zèsiou, , (5) Le texte original a paru en allemand sous le titre Geschichte des byzantinischen Staates dans le Handbuch der Altertumswissenschaft, XII. Byzantinisches Handbuch, I, 2, Munich 1952; la traduction française en a été faite sur la 2e édition allemande ; une 3e édition allemande a paru en 1964. 11 faut ajouter enfin la 2e édition du t. IV de la CMH, publiée sous la direction de J. M. Hussey, 2 vol., Cambridge 1966-1967. éd.
14 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE détail sur l’histoire byzantine de 1204 à 1430, nous rappelons ici l’œuvre considérable accomplie par Sp. P. Lampros dont nous avons déjà eu l’occasion de citer les traduc¬ tions des livres de Gregorovius et de W. Miller, toujours enrichies de notes ou docu¬ ments nouveaux, et diverses publications de textes ou de documents nous aurons souvent à nous reporter à ses innombrables travaux de détail parus en particulier , Athènes 1904 et suiv., qu’il avait fondée, aux dans la revue , documents réunis dans le recueil 4 vol., Athènes 1912-1930 (1). Des États grecs créés sur les ruines de l’empire après 1204, seul le despotat d’Épire eut des relations assez fréquentes avec la principauté ; le livre récent de D. M. Nicol, The Despotate of Epiros, Oxford 1957, n’a pas apporté une étude définitive (2). Sur Michel VIII Paléologue, l’ouvrage de C. Chapman, Michel Paléo logue restaurateur de l’Empire byzantin 1261-1282 Paris 1926, reste insuffisant mais un aspect important de la politique de cet empereur a fait l’objet d’une étude fondée ; , ; sur une riche documentation de D. J. Geanakoplos, Emperor Michael Palaeologus and the West 1258-1282. A study in byzaniine-latin relations Cambridge Mass., 1959. Enfin et surtout l’histoire et la vie de la province grecque constituée en 1263 en Morée et qui devint le despotat de Mistra ont été étudiées par D. A. Zakythènos, Le despotat grec de Morée I. Histoire politique Paris 1934, II. Vie et institutions , Athènes 1953 nous aurons souvent à nous reporter à cet ouvrage qui nous est précieux par son sujet même et par toute la documentation qu’il a utilisée (3). , , , , : Sources de l’histoire delà Morée franque. — Si nous en venons à la Morée franque même, nous citons d’abord comme sources quelques chroniques qui ne donnent de renseignements que sur les premières années de son histoire. On peut accepter de Villehardhouin comme sûr le récit fait par Geoffroy dans La Conquête de Constantinople à consulter dans l’édition d’Ed. Faral avec une introduction et une traduction en français moderne, 2 vol., collection des Classiques de l’histoire de France il a raconté avec une grande exactitude au moyen âge XVIII et XIX, 1938-1939 des événements dont il a été le contemporain et souvent le témoin ; pour la Morée, il devait être bien informé puisqu’un des personnages de premier plan y était son propre neveu (4). A la chronique de Villehardouin fait suite, sans en être exactement la continuation, l ’Histoire de l’empereur Henri de Constantinople de Henri de Valen¬ ciennes, publiée à nouveau par J. Longnon, Documents relatifs à l’histoire des croi , , : (1) Les volumes III et IV, posthumes, ont été publiés par les soins de I. K. Vogiatzidès ; le volume III est particulièrement intéressant pour l’histoire de la Morée. (2) V. le compte rendu de P. Lemerle, BZ, LI, 1958, pp. 401-403, et L. Stiernon, Les origines du despotat d'Ëpire, XVII, 1959, pp. 90-126, qui a apporté des rectifications et des compléments fort utiles. (3) Les divers chapitres du vol. II avaient précédemment paru dans la revue Y Hellénisme contemporain , 2e série, II et III, 1948 et 1949. — Nous devons encore mentionner le nom d’un chercheur infatigable dont les travaux nombreux et variés seront cités dans le cours de notre ouvrage, aucun n’ayant un caractère assez général pour l’être ici : c’est N. A. Bees ; outre sa collaboration à des périodiques grecs, allemands ou russes, il a fondé et dirigé les Byzantinisch-neugriechische J ahr bûcher, Athènes-Berlin, 1920 et suiv., complétés par la collection de suppléments : Texte und Forschungen zur byzantinisch-neugriechischen Philologie. (4) Sur le personnage et ses qualités comme historien, outre V Introduction de l’édition indiquée qui donne pp. liv-lv, la bibliographie antérieure à 1938, v. Ed. Faral, Geoffroy de Villehardouin , la question de sa sincérité, RH, GLXXVII, 1936, pp. 530-582, et J. Longnon, Recherches historiques sur la vie de Geoffroy de Villehardouin , Paris 1939.
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 15 Paris 1948 (1). La conquête de Constantinople de Robert de Clari (ou Cléry), que nous citons d’après l’édition de Ph. Lauer, Les Classiques français du moyen âge XL, Paris 1924, contient seulement des indications sur le partage de l’empire (2). Nous avons puisé quelques renseignements ou de simples allusions dans la chronique d’Aubri de Trois-Fontaines, importante compilation en latin qui va jusque vers 1240 et dont le texte a été publié par Scheffer-Boischorst dans les Monumenta pp. 631-950, la Chronique rimée de Scriptores XXIII, Germanise historica Philippe Mousket, dont le récit s’étend jusqu’en 1242, publiée par le baron de Reiffenberg, 2 vol., Bruxelles 1836-1838, dans la collection des Chroniques belges inédites dans la Chronique latine de Guillaume de Nangis, de 1113 à 1300, avec les continuateurs de cette chronique de 1300 à 1368, publiée par H. Gérard, 2 vol. et dans Y Histoire de Saint-Louis de Jean de Joinville, publiée par N. de Wailly, toutes les deux pour la Société de l’Histoire de France, Paris 1843 et 1867, enfin dans les Assises de Jérusalem éditées par Ed. Beugnot, 2 vol., Paris 1841-1843, sades , II, , , , , , dans les Historiens des Croisades. Lois. Mais il faut faire une place à part, au premier rang de nos sources, à deux textes qui, bien que de caractère différent, ont été rédigés dans le même milieu et vers le même temps : la Chronique de Morée et les Assises de Romanie ; nous en rappro¬ cherons l’œuvre de Marino Sanudo Torsello. Nous avons rappelé plus haut par qui et quand furent procurées les premières éditions de cette chronique qui est d’une importance capitale pour l’histoire de la principauté d’Achaïe. Sans nous engager dans toutes les discussions qu’elle a soulevées, nous indiquerons brièvement ici les éditions d’après lesquelles nous la citons, les conclusions auxquelles est arrivée la critique moderne, la date qu’on peut attribuer à la rédaction des diverses versions, enfin quelle confiance nous lui accordons (3). Elle nous est parvenue en trois versions différentes, en grec populaire, en dialecte italien, en français, auxquelles on peut ajouter une chronique aragonaise qui en est largement inspirée. Le est une chronique métrique connue par plusieurs manuscrits qui se rattachent à deux types ; l’un est représenté par le manuscrit de Copenhague, qui date du (1) Cf. J. Romania, LXIX, Longnon, Sur Vhistoire de V empereur Henri de Constantinople par Henri de Valenciennes, 1948, pp. 198-241. (2) Sur Robert de Cléry, v. A. Pauphilet, Sur Robert de Clari, Romania, LVII, 1931, pp. 289-311, . H. Mc Neal, The conquest of Constantinople of Robert de Clari (traduction anglaise), coll, des Records Civilization, XXIII, New York 1936. — of (3) Sur la Chronique de Morée existe une bibliographie étendue dont on trouve les éléments dans K. Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Literaiur, pp. 833-838, dans l’Introduction de J. Longnon à son édition du Livre de la conquête, pp. lii-liii, enfin dans G. Moravcsik, Byzantinoiurcica, , pp. 238-240. Parmi les études qui lui sont consacrées, les plus importantes sont les introductions des éditions modernes . de J. Schmitt et de Longnon, ainsi que le long article de A. Adamantiou, Tà , , VI, 1901-1906, . 453-670 ; les recherches de , , , parues dans la revue , St. N. Dragoumès, XXXIII-XXVII, 1912-1915, et en tirage à part, Athènes 1921, intéressent plus l’interprétation historique et la localisation des événements rapportés que l’analyse des problèmes soulevés par la Chronique. La biblio¬ graphie s’est accrue récemment d’une série d’articles de G. Spadaro, Siudi iniroduttivi alla Cronaca di Morea, Siculorum Gymnasium (Catane), N. S., XII, 1959, pp. 125-152, XIII, 1960, pp. 133-176, et XVI, 1961, pp. 1-70, et d’une traduction anglaise : H. E. Lurier, Crusaders as Conquerors. The Chronicle of Morea translated from the greek with notes and introduction, coll. Records of Civilization : Sources and Studies, LXIX, New York Londres 1964 : ces deux derniers auteurs ont surtout étudié la chronique du point de vue philologique. 3
16 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE xive siècle ( codex Havniensis 57), c’est le plus complet avec 9219 vers, mais il est inachevé ; de lui dépend un manuscrit de Turin ( Taurinensis B. II, 1) qui est beaucoup plus fautif ; l’autre groupe est formé par deux manuscrits de Paris, Bibliothèque nationale, grec 2898, du xve ou xvie siècle, et grec 2753, qui en est une copie faite au xvne siècle, et par un manuscrit de Berne, G 2. 509, copié également sur le Pari sinus 2898 ; dans ce dernier, la chronique compte 8191 vers et comporte une fin manifestement abrégée. Le récit s’arrête en 1292, mais contient des allusions à des événements postérieurs qui permettent de fixer la rédaction entre 1341 et 1388 : le texte du premier groupe est probablement antérieur à celui du second, et surtout on peut le considérer comme l’œuvre d’un auteur gasmule, c’est-à-dire né d’un mariage franco-grec, ou franc, usant d’une langue plus populaire et partageant les sentiments des Francs. L’édition la meilleure est celle de J. Schmitt, The Chronicle of Morea , A history in political verse , relating the establishment of feudalism in Greece by the Franks in the 12. Century Londres 1904, qui donne simultanément les deux manuscrits les plus importants, avec les variantes de celui de Turin (1). La version italienne ou Cronaca di Morea conservée dans un seul manuscrit de la bibliothèque Saint-Marc à Venise (2) et publiée par C. Hopf dans les Chroniques gréco-romanes (3) n’est qu’un résumé tardif et très fautif de la Chronique grecque et plus précisément du manuscrit de Turin. La version française, connue par un seul manuscrit de la Bibliothèque royale de Belgique, n° 15702, de la fin du xive ou du début du xve siècle, a été publiée d’abord par Buchon, puis par Jean Longnon, Livre de la conqueste de la princêe de VAmorée. Chronique de Morée (1294-1305), pour la Société de l’Histoire de France, 1911, avec une longue Introduction sur la chronique, des notices chronologique et géographique et des index. Elle débute par cet intitulé : « C’est le livre de la conqueste de Constantinople et de l’empire de Romanie, et dou pays de la princée de la Morée, qui fu trové en un livre qui fu jadis del noble baron messire Bartholomée Guys, le grant connestable ; lequel livre il avoit en son chastel d’Estives. » Elle raconte les événements jusqu’en 1304 et est précédée d’un tableau chronologique qui, distinct du texte, ne se retrouve pas dans les autres versions et se prolonge jusqu’en 1322. L’auteur du Livre de la conquête — nous nous servirons de ce titre pour désigner cette version — est un Français sans aucun doute ; on peut tirer de l’intitulé qu’il s’est inspiré d’un texte original antérieur à 1331, puisque le château de Thèbes où était ce livre fut détruit à cette date ; et d’un passage (4) où il est fait allusion à la femme de Philippe de Tarente comme vivante, c’est-à-dire à Catherine de Valois morte en 1346, on peut conclure que la version française a été rédigée entre 1341 et 1346 époque où Catherine remplit les fonctions de baile de la Morée. Dans l’ensemble elle s’écarte peu de la chronique grecque. Quant à la version aragonaise ou plus exactement au Libro de los fechos et conquistas del principado de la Morea, nous savons , (1) Cette édition comporte une introduction et des index importants. J. Schmitt avait déjà abordé le sujet de la Chronique dans une dissertation, Die Chronik von Morea , Munich 1889. Sp. Lampros en a donné I, 1904, pp. 245-250. Le texte de la chronique grecque, tel qu’il un compte rendu intéressant dans N. ., , I. To a été établi par J. Schmitt a été reproduit par P. P. Kalonaros, Tà , Athènes 1940, avec de nombreuses notes et une abondante illustration. (2) Manuscrit Marc. App. Ital. Cl. VII, n° 712, fol. 26 à 48 v°. (3) Pp. 414-468, et Introduction , pp. xlii-xliii. (4) § 86, éd. Longnon, p. 28.
INTRODUCTION, SOURCES 17 ET BIBLIOGRAPHIE par le manuscrit lui-même qu’il fut compilé sur l’ordre du grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Fr. Juan Fernandez de Heredia, et qu’il fut achevé d’écrire le 24 octobre 1393, probablement à Avignon où résidait Heredia ; il a été publié avec une traduction française par A. Morel-Fatio, pour la Société de l’Orient latin, Publications, IV, Genève, 1885 : il comprend les faits de 1197 à 1377 et, si l’on y retrouve pour la période jusqu’à 1305 en gros les mêmes faits que dans la Chronique de Morée , l’auteur s’est certainement servi aussi d’autres sources : on voit par exemple que la liste des seigneurs et des fiefs n’est pas la même que dans les autres versions et toute la partie postérieure à 1305 est indépendante. La question que s’est posée la critique est de savoir laquelle des versions française ou grecque était originale ou s’il fallait supposer un prototype commun disparu. Malgré les arguments proprement philologiques avancés par G. Spadaro et par H. E. Lurier, nous considérons comme probable l’hypothèse proposée par J. Longnon d’un texte original en italien rédigé environ la troisième décade du xive siècle pour Barthélemy Ghisi, châtelain de Thèbes de 1324 à 1331 (1). Une seconde question est celle de la valeur historique de ce récit. Les jugements ont été très variés après Buchon qui l’a suivi presque toujours avec une grande confiance, Hopf s’est plu à le critiquer violemment, lui opposant celui de Marino Sanudo l’Ancien. On y a depuis longtemps relevé de grossières erreurs, surtout pour la période la plus ancienne ; la chronique rapporte des faits qui avaient déjà pris, pour la conquête et pour les débuts de la principauté, un caractère légendaire au moment où elle a été composée. Sur certains points le Libro de los fechos donne des indications plus exactes, par exemple pour la prise de Corinthe mais ce serait une erreur de lui attribuer pour autant une valeur supérieure à celle des autres versions, comme le fait St. Dragoumès. Pour juger sainement de la question, il faut penser que ces textes ont été rédigés au xive siècle pour un public qui gardait un souvenir assez vague et déjà transformé par le temps des faits les plus anciens, mais qui était très au courant des institutions, des mœurs, enfin du pays ; et, sur ces points particuliers, la version aragonaise, compilée à la fin du xive siècle à Avignon, n’offre pas les mêmes garanties d’exactitude. On peut donc conclure d’abord que, si la Chronique doit être contrôlée pour ce qui est des faits, on peut avoir une grande confiance en elle pour tout ce qui touche la vie du pays et la description des lieux, et même pour les événements de la fin du : ; xme et du début du xive siècle dont certains sont racontés avec un accent de vérité frappant que le récit semble avoir été fait par un témoin oculaire, — d’autre part que les indications du Libro de los fechos sur la topographie, la distribution des fiefs et la construction des châteaux ne sont pas a priori meilleurs que celles des autres si (I) G. Spadaro et H. E. Lurier, qui semblent avoir réciproquement ignoré leurs travaux cités ci-dessus, soutiennent que l’original doit avoir été rédigé en français à cause du nombre de mots de cette langue utilisés dans la version grecque : ils sont en effet plus nombreux que les mots italiens ; mais cette seule considération numérique n’est pas déterminante dans un milieu où de nombreux mots français avaient dû pénétrer dans la langue utilisée couramment ; la présence de mots italiens est plus caractéristique et surtout, ce qui frappe et qui a été relevé par J. Longnon c’est que certains noms français apparaissent dans le Livre de la conquête sous une forme qui ne peut s’expliquer que comme la transcription d’une forme italianisée de ce nom, ce qui ne s’explique pas si l’auteur écrit dans sa langue sans s’inspirer d’un texte italien. D’autre part ni Spadaro ni Lurier ne tiennent compte des circonstances historiques que met en lumière Longnon, L. de la conquête, — L'empire latin, p. 317. La thèse de H. E. Lurier, admise par H. G. Beck, Introduction, pp. lxxiii-lxxxiv. BZ, LVII, 1964, pp. 422-423, est critiquée également par P. Topping, Spec., XL, 1965, pp. 737-742.
18 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE versions, bien au contraire. De toute façon, ces récits constituent le fondement même de nos connaissances sur la Morée franque ; ils doivent être soumis à une critique sérieuse, mais ils gardent une valeur inestimable, car seuls ils nous permettent de reconstituer l’atmosphère et bien des aspects de la vie de la principauté pour le xme et le début du xive siècle (1). Notons au passage que la Chronique de Morée a été utilisée par la Chronique dite de Monemvasie qui ne nous apporte rien de nouveau, et celle-ci à son tour par le géographe Mélétios (2). Les Assises de Romanie ou Libro de le Uxanze e Slatuti de lo Impevo de Romania connues par plusieurs manuscrits, publiées d’abord par Canciani (3), ont fait l’objet d’une édition critique avec introduction et notes par G. Recoura, Paris 1930, Riblio thèque de VÉcole des Hautes Études, Sciences historiques et philologiques CCLVIII, qui a pu être publiée grâce aux soins de J. Longnon, son auteur ayant trouvé une mort prématurée avant qu’elle ne fût imprimée. Une traduction anglaise, avec introduction, a été publiée par P. W. Topping, Feudal Institutions as revealed in the Assizes of Romania the Law code of Frankish Greece, Translations and reprints from the original sources of History, published by the Department of History of the Univer¬ sity of Pensylvania, 3e série, III, Philadelphie 1949. La question de savoir à partir de quand les coutumes de la principauté cessèrent d’être orales et furent rédigées est très discutée ; l’hypothèse la plus vraisemblable est que, assez tôt, certains principes généraux d’une part, certaines décisions importantes ayant valeur de précédents furent mis par écrit, et que ce recueil s’est peu à peu développé (4). Le texte est l’édition officielle faite par la République de Venise, à la demande des habitants de Négrepont, du coutumier qui était en vigueur dans tout le domaine de la prin¬ cipauté : Morée, Grèce continentale, Négrepont, Cyclades et îles Ioniennes. Ce n’est pas, comme on l’a cru, une transcription des Assises de Jérusalem (5) il n’a pas non , , , , ; un historien comme E. Gerland, N eue Quellen, p. 14. Mais (1) C’est ce que reconnaît impartialement il est évident qu’on ne peut écrire l’histoire de la principauté simplement en se fondant sur la Chronique de Morée; c’est pour l’avoir suivie de trop près que les ouvrages de Beving, de Diane de Guldencrone et de sir Rennell Rodd sont insuffisants. Ce serait également une erreur de rejeter en tout le témoignage précieux d’un auteur du début du (2) La Chronique xive siècle. universelle qui nous est parvenue sous le nom de Dorothée de Monemvasie est en réalité une compilation arrangée en 1570 par Manuel Malaxos, continuée jusqu’en 1579 par le métropolite Hierothéos de Monemvasie, puis jusqu’en 1595 et remaniée encore par un auteur resté anonyme qui a peut-être remplacé le nom de Hierothéos par celui de Dorothéos ; le chapitre relatif à l’établissement des Latins dans le Péloponèse est un résumé de la Chronique de Morée. Elle a été publiée pour la première fois en 1631 à Venise et a été souvent reproduite depuis ; le chapitre sur la conquête du Péloponèse par les Francs a été en particulier I, donné par Buchon dans les Chron. étr., pp. xviii-xliii. Sur le texte et sur l’auteur, v. K. Amantos, ., 1928, pp. 45-70; — G. Moravcsik, Bysantino-iurcica, I, pp. 412-414; — P. Lemerle, La chronique dite de Monemvasie. Le contexte historique et légendaire, REB, XXI, 1963, pp. 5-49, n’intéresse pas directement le récit de la conquête. Sur Mélétios, v. infra, p. 38. (3) P. Canciani, Liber consuetudinum imperii Romaniae, in Venetorum et Francorum ditionem redacii, concinnaius in usum Principatus Achajae a Serenissima Republica Veneta, Senatus consulto approbatus, dans Barbarorum leges antiquae, III, Venise 1785, pp. 495-534. (4) Cf. infra, pp. 84-85. (5) Sur les rapports entre les deux textes voir en dernier lieu J.-L. La Monte, Three questions concerning the Assises de Jerusalem, 3. The Assises de Jérusalem et de Romanie, Byz.-Met., I, 1946, pp. 208-212, qui émet l’hypothèse d’une source commune, hypothèse qui paraît peu convaincante, car aucun document ne confirme l’existence de ce texte antérieur.
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 19 plus subi une influence profonde des coutumes champenoises. C’est proprement le coutumier de la principauté, de ce royaume de Romanie ou de Morée selon l’expres sion de Marino Sanudo l’Ancien, rédigé d’ailleurs par un praticien qui lui a donné un caractère plus didactique que dogmatique. Quant à la date de la première rédaction du texte dont est inspirée la version conservée, les allusions historiques qui y sont contenues ont incliné G. Recoura à la situer après 1314 et probablement avant 1323 ; une hypothèse discutable la lui faisait considérer comme en tout cas antérieure à l’original de la Chronique de Morée qui, on l’a vu, existait en 1331. En fait, il est impossible de trouver dans les allusions que contiennent ces deux textes la preuve absolue de l’antériorité de l’un sur l’autre ils doivent être contemporains et l’opinion de J. Longnon qui rattache cette rédaction à une décision du roi de Naples du début de 1322 (1) est très vraisemblable. C’est à ces textes que nous rattacherons, plutôt qu’aux sources proprement italiennes, les œuvres de Marino Sanudo dit l’Ancien ou Torsello parce qu’elles ont été rédigées par un homme ayant partagé longtemps la vie des Francs en Grèce. Nous n’avons pas à étudier cette personnalité curieuse, son infatigable activité et ses voyages, ni l’ardeur avec laquelle il essaya de réveiller l’intérêt de l’Occident en faveur de la croisade (2) : il suffit de savoir qu’il appartient à une branche de la famille des ducs de Naxos, restée à Venise où il est né vers 1270; il vint à Négrepont en 1289, puis à Naxos en 1293 il fit plusieurs séjours en Morée ; il mit à profit ses voyages pour s’informer de l’histoire et de la géographie de tous les pays parcourus ; il dut apprendre beaucoup en particulier de son cousin, Marc II, duc de Naxos qui, ayant eu un règne fort long, pouvait lui rapporter des souvenirs remontant au temps de Guillaume de Villehardouin. De ses œuvres qui comprennent les Sécréta fidelium crucis dont le deuxième livre fut entrepris à Clarence à la fin de 1312 et qui ont été publiés par J. Bongars, dans les Gesta Dei per Francos, sive Orientalium expeditionum historia 1095-1420, Hanovre, 1611, II, pp. 1-281, des lettres dont vingt-trois se trouvent à la suite du texte précédent dans les Gesta Dei per Francos, dix ont été publiées avec une introduction copieuse par Fr. Kunstmann et cinq autres avec quatre mémoires par C. de la Roncière et L. Dorez (3). h’Istoria del Regno di Romania sive Regno di Morea, donnée par C. Hopf dans les Chroniques gréco-romanes, pp. 99 170 (4), est de beaucoup la plus intéressante pour nous : bien qu’écrite par un Vénitien, : ; , , (1) Longnon, L'empire latin, p. 318 : le coutumier aurait été rédigé à la suite d’une décision du roi de Naples qui, le 5 janvier 1322, ordonna qu’une commission de six laïcs et six prélats de Morée fixât le service dû par le prince d’Achaïe à son seigneur immédiat, cf. G. Minieri-Riccio, Genealogia di Carlo II, ASPN , VII, p. 481 ; en 1342 ce recueil existe ; ce doit être ces Chapitres » acceptés par l’impératrice Catherine de Valois et son fils Robert, prince d’Achaïe et de Tarente, confirmés le 21 octobre 1342 par le roi Robert, ibid., ASPN, VIII, p. 391. (2) Une étude lui a été consacrée par J. K. Fotheringham, assisté par L. F. R. Williams, Marco Sanudo, Conqueror of the Archipelago, Oxford 1915 ; sur ses projets de croisade, cf. A. Magnocavallo, Marin Sanudo il Vecchio e il suo progetto di Crociata, Bergame, 1901. (3) Fr. Kunstmann, Siudien iïber Marino Sanudo den Âlteren mit einem Anhange seiner ungedrucklen Briefe, Abhandl. der Kôn. bayer. Akademie der Wiss., Hist. Cl., VII, 1855, pp. 697-819 ; — C. de La Roncière et L. Dorez, Lettres inédites et mémoires de Marino Sanudo l'Ancien (1334-1337 ), BECh, LVI, 1895, pp. 21-44. (4) Hopf lui consacre quelques pages dans l’introduction de cet ouvrage, pp. xv-xxiu : le texte est en italien et semble être une traduction ancienne de l’original en latin ; elle est conservée dans un manuscrit du xvme siècle à Venise ; Hopf a publié à la suite, pp. 171-174, un fragment attribué au même auteur, d’après «
20 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE elle a été préparée en somme dans le milieu des seigneurs latins de Romanie et reflète les traditions, les souvenirs qui y étaient vivants ; sa valeur vient de ce que Fauteur semble avoir rendu très fidèlement les informations qu'il avait recueillies, et Ton n'y trouve pas ces grosses erreurs historiques qui frappent dans la Chronique de Morée ; pour ces raisons et parce qu'il était animé d'une violente hostilité contre la Chronique chère à son devancier Buchon, Hopf a donné à Ylsloria del Regno di Romania une place de premier choix parmi les sources : elle est méritée, mais il faut reconnaître que, pour ce qui concerne la Morée proprement dite, ce récit est beaucoup moins riche que la Chronique. On aimerait pouvoir mettre en regard de ces sources une série étendue de docu¬ ments authentiques émanant des princes et des divers seigneurs dépendant de la principauté de Morée. Il n'existe pas de publication générale des actes, traités ou lettres se rapportant à la principauté : un certain nombre ont été recueillis par Du Cange, à la suite de son Histoire de V empire de Constantinople . Les rares diplômes conservés des princes de la première période, jusqu'en 1278 ont été en partie réunis par Buchon dans ses Recherches historiques , II, pp. 375 et suiv., mais ces quelques actes permettent tout au plus de préciser ou rectifier des points de détail, et non d’écrire l'histoire de la principauté. Puisqu'il n'a pas été conservé d'archives de l'empire latin de Constantinople ni de la principauté de Morée, on doit recourir aux documents des divers États, peuples ou souverains ayant eu des rapports avec la principauté. Il faut donc indiquer les fonds d'archives où nous pouvons espérer trouver des matériaux utiles, les publi¬ cations qui en ont été faites, s'il y a lieu, enfin les chroniques et les œuvres historiques originaires des mêmes pays ou puissances. Nous passerons en revue le royaume de Sicile, le Saint-Siège et les ordres religieux, la République de Venise et divers princes ou villes d'Italie, le royaume d’Aragon et de Sicile, enfin les Turcs. Nous signalons les sources les plus utiles pour la Morée et les principaux ouvrages qui les ont utilisées ; nous grouperons pour terminer les ouvrages relatifs à la fin de la période où l'histoire, de Venise, du Saint-Siège, de l'ordre de l'Hôpital est étroitement mêlée à celle des Turcs et aux événements de Grèce. Archives et histoire des Angevins de Naples· — Dès 1267 et surtout après 1278, ce sont les archives angevines de Naples qui ont pu longtemps fournir la plus riche contribution. Les documents de la période de 1265 à 1453 ont été réunis au xvie siècle en une série de volumes dont 378 avaient survécu jusqu'en 1940 ; cinq autres avaient été même rajoutés, formés de pièces isolées retrouvées. Malheureu¬ sement cette collection, une des plus riches d'Italie, a été entièrement détruite pendant la dernière guerre mondiale (1). Elle n'avait jamais fait l'objet d'une publi¬ cation générale systématique (2), mais nombreux sont les historiens qui les ont un manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris, n° 9644, déjà connu par Du Cange et par Buchon, dont Hopf 's so-called « Fragmentum » of Sanudo , J. Starr Memorial une nouvelle édition est due à R. L. Wolff, Volume , 1953, pp. 149 et suiv. : il s’agit en réalité non d’un fragment mais d’un bref récit, très probablement écrit par Marino Sanudo, complétant La Conquête de Constantinople de Villehardouin. (1) Voir l’exposé définitif, d’après les divers rapports officiels, d’E. G. Léonard, Archives, bibliothèques et œuvres d'art en Italie durant la guerre , RH, CCII, 1949, pp. 24-51 : sur leur destruction, pp. 27-28, sur les efforts pour en reconstituer le répertoire, pp. 32-33. (2) L’ouvrage ancien le plus complet sur l’ensemble de ce fonds est VInventario cronologico sistematico dei registri angioini conservali nelV Archivio di Staio di Napoli, Naples 1894, qui est naturellement très sommaire
INTRODUCTION, SOURCES 21 ET BIBLIOGRAPHIE consultés et utilisés, comme C. Hopf, qui en ont copié et éventuellement publié certaines pièces ou des extraits relatifs à un sujet particulier, ou ont établi les regestes de tel ou tel souverain. P. Durrieu leur a consacré une étude fondamentale, mais limitée aux vingt premières années : Les archives angevines de Naples Élude sur les registres du roi Charles Ier, 1265-1285 tomes I-II, BEFAR , XLVI et LI, 1886-1887 ; particulièrement utiles pour nous sont les listes des Français cités dans ces actes, classés par fonctions et dans l’index alphabétique (pp. 217-266, 267-404). Les ouvrages suivants sont consacrés exclusivement ou dans leur presque totalité à la publication ou à l’analyse de textes des Registres angevins G. del Giudice a ouvert la voie en publiant un Codice diplomatico del regno di Carlo I e II d’Angiô , Naples 1863-1869 ; C. Minieri Riccio a publié de son côté Il regno di Carlo 1° d’Angiô negli anni 1271 e 1272 — Il regno di Carlo 1° d’Angiô dal 2 gennaio 1273 al 7 dicembre 1285 dans ASI 3e série, XXII-XXVI, 4e série I-VII, et en tirage à part, 11 fascicules, Florence 1875-1881, et Saggio di codice diplomatico formato suite antiche scritture delV Archivio di Slato di Napoli 2 tomes en trois volumes et un supplément en trois parties, Naples 1878-1883. D’autres ouvrages contiennent un grand nombre de documents ou d’extraits cités Dissertazione sulla à l’appui du récit historique : celui de D. Forges-Davanzati, seconda moglie di re Manfredi e su loro figliuoli , Naples 1791, — une série d’études generazione Naples de C. Minieri-Riccio : Genealogia di Carlo 1° d’Angiô , prima 1857, — De’ grandi uffizii nel regno di Sicilia dal 1265 al 1285 , Naples 1872, — Genealogia di Carlo II d’Angiô re di Napoli , dans ASPN VII, 1882, pp. 5-67, 201-262, 465-496, 653-684 et VIII, 1883, pp. 5-67, 201-262, 465-496, 653-684 ; - G. Del Giudice, La famiglia di re Manfredi ASPN , III, 1878, pp. 3-80, — IV, 1879, pp. 35 110, 291-362, — V, 1880, pp. 21-95, 262-323, 470-547 ; enfin, touchant directement l’histoire de la principauté, l’étude de Fr. Cerone, La sovranità napoletana sulla Morea e suite isole vicine , ASPN , XLI (nouv. série II), 1916, pp. 5-64, 193-266, — XLII (nouv. série III), 1917, pp. 5-67, malheureusement inachevée et arrêtée en 1278. Quelques actes intéressant la Morée se trouvent dans A. de Boüard, Documents en français des Archives angevines de Naples (Règne de Charles Ier), 2 vol., Paris 1933-1935 (1). C’est en réunissant tous les documents dont le résumé ou le texte a été sauvegardé, publié ou inédit, que l’on s’efforce de reconstituer aujourd’hui les Registres angevins dans une vaste publication : R. Filangieri, I Begistri della Cancellaria angioina , coll. Testi e Documenta di Storia patria , Naples 1950 et suiv. (17 vol. parus) (2). De la bibliographie consacrée aux Angevins de Naples, nous ne retiendrons ici que les ouvrages suivants L. Cadier, Essai sur V administration du royaume de Sicile sous Charles IeT et Charles II d’Anjou , BEFAR, LIX, Paris 1891, — G. Yver, . , : : , , , , , , , : (1) Un certain nombre de documents ont été rassemblés par Evelyn Jamison, Documents from the Angevin Registres of Naples. Charles i, Pap. of the Brit. Sch. at Rome , XVII, 1949, pp. 87-180. Plus intéressante pour la Morée est une série de documents copiés avant 1939 par Ch. Perrat et J. Longnon, Actes inédits relatifs à la principauté de Morée , 1289-1300, Collection des Documents inédits sur l’histoire de France, série in-8°, t. 6 (sous-presse). (2) Un travail analogue mais beaucoup plus modeste avait été fait pour une série de documents perdus déjà au début du xvme siècle, mais connus par des sommaires rédigés vers 1701, par B. Mazzoleni, Gli atti perduti della Cancellaria angioina transuntati da Carlo de Lellis} I. Il regno di Carlo I °, 2 vol., Rome 1939-1943, dans Regesta chartarum Italiae.
22 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE Le commerce et les marchands dans V Italie méridionale au XIIIe et au XIVe siècle BEFAB , LXXXVIII, Paris 1903, — E. Jordan, Les origines de la domination angevine en Italie Paris 1909, — Fr. Carabellese, Carlo 1° d'Angio nei rapporti politici e commerciali con Venezia e VOrienle Commissione provinciale di Archeologia Der Kampf e Storia Patria Documenti e monografie X, Bari 1911, — E. Haberkern, um Sizilien in den Jahren 1302-1338, Abhandl. zur milïleren und neueren Geschichte LXYII Berlin 1921, — R. Caggese, Boberto d'Angio e i suoi tempi 2 vol., Florence, 1922-1930, — E.-G. Léonard, Histoire de Jeanne ITe, reine de Naples comtesse de Provence 1343-1382 3 vol., I et II. La jeunesse de Jeanne /re, Monaco-Paris 1932, — III. Le règne de Louis de Tarente Monaco-Paris 1936, et Les Angevins de Naples Paris 1954, — G. . Monti, Nuovi studi Angioini B. Deputazione di Storia patria per le Puglie, Documenti et monografie, n. s., XXI, Trani 1937, en particulier pp. 593 644 (1), — S. Borsari, La politica bizantina di Carlo d'Angio , 1266-1271 , ASPN, n. s., XXXV, 1956, pp. 319-349. , , , , , , , , , , , , Archives pontificales et histoire de PÉghse. — Pour la correspondance et les actes des papes, il faut parfois avoir encore recours aux Annales ecclesiastici d’O. Raynaldus (2), et aux Regesta pontificum Romanorum inde ab anno post Christum natum MCXCVIII ad MCCCIV, 2e vol., Berlin 1874-1875, d’A. Potthast. La correspondance d’lNNocENT III doit toujours être consultée dans l’édition de Baluze pour les livres I-II, et X-XVI, et de La Porte du Theil pour les livres III et V-IX, reproduite par la Palrologie latine de Migne, CCXV-CCXVII, pour Honorius III, on dispose des Regesta Honorii papae III, publiés par P. Pressuti, 2 vol., Rome 1885-1895, et des Opera Honorii III, édités par Horoy ; pour Clément V, du Regestum dementis papae V, editum cura et studio monachorum ordinis S Benedicli, 9 vol., Rome 1885-1892. Mais en général, pour les papes de Grégoire IX à Benoît XI, on doit à la Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, 2e et 3e séries, la publication de l’ensemble des Registres pontificaux des xme et xive siècles, aujour¬ d’hui à peu près complète ; nous citerons au cours du récit les volumes que nous . avons utilisés. Nous n’avons que rarement à nous reporter aux documents conciliaires, que nous avons consultés dans J. D. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, tomes XXII et suivants (3). Sur la politique pontificale avec l’Orient, le seul ouvrage général reste celui de W. Norden, Das Papsttum und Byzanz . Die Trennung der beiden Màchte und das Problem ihrer Wiedereinigung bis 1453, Berlin 1903. De Y Histoire de l'Église depuis les origines jusqu'à nos jours, seuls les tomes X, La Chrétienté romaine (1198-1274), par A. Fliche, Chr. Thouzellier et Y. Azaïs, Paris 1950, et XIV, L'Église au temps du grand schisme et de la crise conciliaire, par E. Delaruelle, E. R. Labande et P. Ourliac, Paris 1962, se rapportent aux périodes que nous étudions. L’œuvre d’innocent III a été étudiée par A. Luchaire, (1) V. pp. 69-162, l’abondante bibliographie des ouvrages parus sur les Angevins de Naples de 1886 à 1936. (2) Publiés d’abord en 15 vol., Lucques 1747-1756; la dernière édition est C.Baronius, Od. Raynaldus, et J. Laderchius, Annales ecclesiastici denuo excusi et ad nostra usque tempora perducti ab A. Theiner, 37 vol. Bar-le-Duc-Paris, (3) Cette C.-J. 1844-1885. collection a été publiée Héfélé-Leclercq, Histoire à Venise ; elle a été réimprimée à Paris-Leipzig, des conciles , V, 2, et Vr, 1-2, Paris 1913-1915. 1901-1927 ; v. aussi
INTRODUCTION, SOURCES 23 ET BIBLIOGRAPHIE Innocent III, IV. La question d’Orient , 1907 (1). Nous signalons encore le livre de J. Gay, Le pape Clément VI et les affaires d* Orient (1342-1352), Paris 1904, et celui de N. Valois, La France et le grand schisme d’Occident, dont le tome II, 1896, fait allusion aux affaires de Morée. Sur l’organisation de l’Église romaine en Morée, l’ouvrage de Le Quien, Oriens christianus , t. II, 1740, est périmé ; ni celui du P. Conrad Eubel, Hierarchia catholica medii aevi ... ab anno 1198 usque ad annum 1503 perducta 2 volumes, Ratisbonne 1898-1901, ni celui du P. B. Gams, Series Episcoporum ecclesiae catholicae quoiquot innotuerunt a beaio Petro apostolo 2e éd., Leipzig 1931, ne marquent sur le précédent un progrès sensible pour la Grèce. Mais nos connaissances ont progressé grâce aux travaux d’E. Gerland sur l’arche¬ sur le vêché de Patras (2), de L. Santifaller, de J. Longnon et de R. Lee Wolff patriarcat latin de Constantinople (3), sans que la lumière ait été complètement faite sur ces questions, nous semble-t-il. Les ordres religieux ont joué un rôle important en Morée. Nous ne pouvons ici rappeler sur leur établissement et leur activité que les ouvrages les plus importants ; Originum Cisterciensium ce sont pour les Cisterciens le livre de L. Janauschek, tomus I, Vienne 1877, les Statua seleda Capitulorum Generalium Ordinis Cisterciensis ab anno 1116 ad annum 1786 par J. M. Canivez, Louvain 1933-1941, auxquels nous ajoutons l’étude spéciale de Elizabeth A. R. Brown, The Cistercians in the Latin Empire of Constantinople and Greece Trad., XIV, 1958, pp. 63-120, pour les Dominicains, les Acta selecla Capituli Generalis Ordinis Praedicatorum, publiés par E. Martène et U. Durand, Thesaurus novus anecdotorum, IV, Paris 1717, pour Rome 1731-1886, et de les Franciscains, les Annales Minorum de L. Wadding, Biblioteca bio-bibliografica delta Terra-Santa e delV Oriente francis G. Golubovitch, cano , 3 vol., Florence 1906-1919, pour l’ordre teutonique, les Tabulae Ordinis Theutonici par E. Strehlke, Berlin 1869 (4). L’histoire de l’ordre de Saint-Jean de l’Hôpital a été l’objet de savants travaux de J. Delaville-Le-Roulx ; celui qui , , , (1) La question de l’union des Églises a été reprise sur certains points par A. Heisenberg, N eue Quellen zur Geschichte des lateinischen Kaisertums und der Kirchenunion ( 1206-1214 ), Sitzungsberichte der bayerischen Akademie der Wissenschaften , Philos. -philol. und hist. Kl., 1922, V, 2-3, Munich 1923, cf. Byz., II, 1925, pp. 619 632, et tient une place importante dans le livre cité ci-dessus de D. J. Geneakoplos, pour le règne de Michel VIII Paléologue. Sur la participation du Saint-Siège à la lutte contre les Turcs, v. infra. (2) L’histoire de l’archevêché de Patras a été étudiée par E. Gerland, Neue Quellen zur Geschichte des lateinischen Erzbislums von Patras , Leipzig 1903, dont l’intérêt dépasse largement le sujet indiqué dans îvr\ le texte ; les débuts en ont été repris par D. A. Zakythènos, , , X, 1933, . 401-417. Beitràge zur Geschichte des lateinischen Pairiarchais von Konstantinopel 1204-1261 (3) L. Santifaller, und der venetianischen Urkunden, Hist.-dipl. Forschungen , 3, Weimar 1938, sur lequel il faut voir le compte rendu de J. Longnon, Le patriarcat latin de Constantinople, JS, 1941, pp. 174-184. — R. L. Wolff, The Orga¬ nisation of the Latin Patriarchate of Constantinople 1204-1261. Social and administrative Consequences of the Latin Conquest, Trad., VI, 1948, pp. 33-60, et Politics in the Latin Patriarchate of Constantinople 1204-1261 , DOP, VIII, 1954, pp. 225-303. Sur Athènes, v. J. Longnon, L'organisation de l'Église d'Athènes par Innocent III, Mémorial L. Petit, Paris 1948, pp. 336-346. Nous citerons au cours de notre exposé de nombreux articles de N. A. Bees ; celui qui réunit le plus d’indications sur les sièges épiscopaux dans le Péloponèse au Moyen Age est Beitràge zur kirchlichen Géographie Griechenlands im Mittelalter und in der neueren Zeit, Oriens christianus, N. S., IV, Leipzig 1915, 2e partie, pp. 238-278. — L’ouvrage de Max, duc de Saxe, Das christlische Hellas, Leipzig 1918, pp. 156-189, est très rapide. (4) L’étude de Fr. Ruhl, Das deutsche Orden in Griechenland, dans la revue Nord und Süd, LXXXIX, Breslau 1899, pp. 327-341, est loin d’être exhaustive.
24 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE nous intéresse directement est intitulé Les Hospitaliers à Rhodes jusqu’à la mort de Philibert de Naillac 1310-1421 , Paris 1913 (1) : il correspond à la période où l’Hopital joua en Morée un rôle important, qui a été étudiée à nouveau et de façon précise par le P. R. J. Loenertz (2). Un des grands maîtres qui s’est occupé activement des affaires de Morée, Juan Fernandez de Heredia, a retenu l’attention des historiens K. Herquet, M. Serrano y Sanz et J. Vives (3). Sources et histoire des cités et des familles italiennes. — Avant d’en venir aux archives des diverses cités ou des grandes familles d’Italie qui eurent des relations avec la principauté, il faut signaler l’importance comme sources (4) de nombreuses chro¬ niques rédigées pour la plupart à Venise et dont beaucoup ont été publiées par L. A. Muratori dans la grande collection des Rerum Italicarum Scriptores (5). Nous avons eu recours notamment aux œuvres suivantes : Monachus Patavinus, Chronicon , RIS , VIII, 1726, col. 261-740, de Nicolaus Specialis, Historia sicula (1283-1377), X, 1727, col. 915-1092, Bartolomeus de Neocastro, Historia sicula (1250-1294), XII, 1728, col. 1013-1196, et nouv. édit par G. Paladino, XIII, 3, 1921, — Ptolemaeus Lucensis, Historia ecclesiastica XI, 1927, col. 741-1242, — Andrea Dandolo, Chronicum Venetum XII, 1728, et nouv. édit, par E. Pastorello, 1941-1949, qui raconte l’histoire de Venise jusqu’en 1339, — Andrea Navagero (Navagiero), Storia delta Republic Veneziana, XXIII, 1733, col. 921-1216, — Marino Sanudo (le jeune), Vile de ’ Duchi di Venezia (de 421 à 1443), XXII, 1733, col. 399-1252, et nouvelle édition par 4, 1900, - la Vita Caroli Zeni XIX, 1734, col. 199-372, G. Monticolo, XXII, chroniques de Giovanni Villani, Historia Universalis ... ad annum 1348 XIII, pour la période 1728, col. 9-1002, et de ses continuateurs Matteo et Filippo Villani, de 1348 à 1364, XIV, 1729, col. 1-770. Il faut ajouter la Cronaca Veneta ou La Cronique des Veniciens de maisire Martin da Canal (Martino da Canale), publiée par F. L. Poli dori, ASI lre série, VIII, 1845, pp. 229-776, et les Annales génoises les Annali Genovesi publiées par L. T. Belgrano et Cesare Impériale, Fonti per la Storia d1 Italia 5 volumes, 1890-1929, — les Annales Januenses publiées par G. Pertz, MGH SS., XVIII, pp. 11 356, - ceux de G. Stella publiés dans RIS, XVII, 1730, col. 947-1318. Plus précieux par leur caractère d’authenticité sont les documents d’archives. fonds Les de beaucoup les plus riches sont ceux de Venise (6). De nombreux docu , , , , , : , , (1) Des autres ouvrages de J. Delaville Le Roulx, seul La France en Orient au XIVe siècle, Expéditions Paris 1886, contient des indications relatives à la prin¬ du maréchal Boucicaut, 2 vol., BEFAR, XLIV-XLV, cipauté. Mais certains des actes réunis par cet auteur dans le Cartulaire général de V Ordre des Hospitaliers , Paris 1894-1906, 4 volumes, peuvent nous intéresser. (2) Cf. infra, p. 28, n. 3. Le Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, 2 vol., Mâcon signale les monastères latins en Grèce. 1935-1947, de L. H. Cottineau, (3) K. Herquet, Juan Fernandez de Heredia, Grossmeister des Johanniterordens, 1377-1396, Mülhausen in-Thüringen 1878 ; — M. Serrano y Sanz, La Vida y Escritos de D. Juan Fernandez de Heredia, Saragosse 1913-1914; — José Vives, Juan Fernandez de Heredia, Gran Maestre de Rodas, Biblioteca Historica de la Biblioteca Balmes, série I, vol. II, Barcelone 1927. (4) Sur l’intérêt que présente ce genre de textes, v. Fr. Thiriet, Les chroniques vénitiennes de la Marcienne et leur importance pour la Romanie gréco-vénitienne, MEFR, LXVI, 1956, pp. 241-292, et Romanie vénitienne , pp. 15-19. (5) 25 vol. (en 28), Milan 1723-1751 34 vol., Bologne, 1900 et suiv. ; une nouvelle édition a été entreprise par G. (6) Sur les différentes séries d’archives vénitiennes, surtout Thiriet, Romanie vénitienne, pp. 9-15. Carducci et V. Fiorini, v. Setton, Catalan Domination, pp. 268-270, et
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 25 ments, in extenso ou résumés, ont déjà été publiés : nous avons déjà cité les Acta Plus importants sont les recueils de et Müller. et diplomata de Miklosich G. L. Fr. Tafel et G. M. Thomas, Urkunden zur àlteren Handels und Staatsgeschichte der Republik Venedig mit besonderer Beziehung auf Byzanz und die Levante (1204-1300 ), 3 volumes, Venise 1856-1857, dans Fontes rerum Austriacarum 2e partie, tomes XII XIV, se rapportant surtout au xme siècle et continué par G. M. Thomas (et R. Pre delli), Diplomatarium Veneto-Levantinum sive Acta et diplomata res Venetas , Graecas algue Levanlis illusirantia (1300-1454), dans Monumenti Slorici publicati dalla B Depu lazione Veneta di Storia Patria lre série : Documents V, 2 volumes, Venise 1880-1899. (continuée par Mais la publication la plus précieuse est celle de R. Predelli P. Bosmin), I libri commemoriali della republica di Venezia regesti (1293-1787), 8 volumes, dans Monumenti Slorici publicati della B Deputazione Veneta di Storia Patria Re série : Documents I, III, VII-VIII, X-XI, XIII, XVII, Venise 1876-1914, car elle rend accessible sous une forme résumée toute la série des Commemoriali ; Predelli a également publié le Liber plegiorum sous le titre, « liber communis », Venise 1872. D’autres documents ont été publiés par divers érudits : L. de Mas-Latrie, Commerce et expéditions militaires de la France et de Venise au moyen âge dans la Collection de documents inédits sur l’histoire de France, Mélanges historiques, Choix de documents III, Paris 1880, auxquels nous ajoutons les quatre documents intéressant , , . , . , , les relations de Venise et des Navarrais réunis sous le nom du même auteur et sous le titre Documents concernant divers pays de VOrient latin 1382-1413 , BECh , LVIII, 1897, en particulier pp. 81-105, — C. N. Sathas, Documents inédits relatifs à Vhistoire de la Grèce au moyen âge lre série, 9 volumes, Paris 1880-1890, en particulier les quatre premiers volumes, mais seulement pour la période à partir de 1400, enfin par N. Iorga, Notes et extraits pour servir à Vhistoire des croisades au XVe siècle parus d’abord dans BOL IV-VIII, 1896-1901, puis sous une forme plus étendue en 5 fascicules à part, Paris-Bucarest 1899-1916 ; et du même auteur sur un point parti¬ culier, La politique vénitienne dans les eaux de la mer Noire , Académie roumaine Bulletin de la section historique , II, 1914, pp. 289-370, et dans les Analele Academiei Bomanea 2e série, XXXVI, 2, 1913-1914, pp. 1050 et suiv. Les documents relatifs aux posses¬ sions de Venise en Grèce et la principauté sont signalés et brièvement analysés dans les Bégestes des délibérations du Sénat de Venise concernant la Bomanie I. 1329-1999, et IL 1400-1430, BEHE VIe section, Documents et recherches sur V économie des pays byzantins, islamiques et slaves et leurs relations commerciales au Moyen Age , I-II, Paris-La Haye, 1958-1959 par Fr. Thiriet (1). Des histoires de Venise, la mieux documentée reste celle de S. Romanin, Storia documentata di Venezia 10 volumes, Venise 1853-1863, nouvelle édition en 8 volumes, Venise 1912-1916. Plus récente, mais plus brève, est celle de H. Kretschmayr, Geschichte von Venedig , 3 volumes, dont les deux premiers seuls nous intéressent, Gotha 1905-1920. Celle de R. Cessi, Storia delta Bepublica di Venezia, 2 volumes, Milan 1940-1946, est très rapide et beaucoup moins importante pour nous qu’un article du même auteur sur des questions de détail de l’histoire de la Morée : Venezia e Vacquisto di Nauplia ed Argo, N AV, nouvelle série, XXX, 1915, pp. 147-173. Un aspect essentiel de l’histoire de Venise a été étudié par Fr. Thiriet, La Bomanie vénitienne, Le développement et V exploitation du domaine colonial vénitien (XIIe-XVe siècle), BEF AB, 193, Paris 1957. , , , , , , (1) Dans la même collection, vol. VIII, 1966, le même auteur publie Délibérations des Assemblées véni¬ tiennes sur la Romanie , J, 1160-1363, qui contient peu de chose sur les rapports avec la principauté.
26 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE Nous avons signalé les chroniques génoises ; sur l’histoire de cette république rivale de Venise, l’ouvrage fondamental est celui de M. G. Canale, Nuova istoria della republica di Genova 4 volumes, Florence 1858-1864 (1). Florence n’a pas joué de rôle en Orient ; mais cest à Florence que sont conservées les archives de la famille des Acciajuoli dont plusieurs représentants furent mêlés à l’histoire de la principauté à partir du deuxième tiers du xive siècle, en particulier le grand-sénéchal Nicolas Acciaiuoli. Ces archives, passées dans la famille des Ricasoli, d’où leur nom actuel, ont été consultées par Buchon qui y a largement puisé (2). Malheureusement les mêmes facilités n’ont pas été accordées à l’historien qui a raconté l’histoire du grand sénéchal, L. Tanfani, Nicola Acciaiuoli Studi slorici fatii principalmente delV Archivio fiorentino Florence 1863. Mais le sujet a été étudié à nouveau avec beaucoup de précision dans l’ouvrage déjà cité sur Jeanne Ire, reine de Naples, de E. G. Léonard, à qui l’on doit en outre un article sur La nomination de Giovanni Acciaiuoli à V archevêché de Patras dans les Mélanges Iorga , Paris 1933, pp. 514-535. Quelques documents ont été publiés par Fr. Gregorovius, Briefe aus der Acciajoli » in der Laurenziana zu Florenz Sitzungsberichte der « Corrispondenza Kôniglichen bayerischen Akademie der W issenschafien Hist. Classe, II, Munich complétant 1890-1891, pp. 285-311, reproduits par Sp. Lampros dans les la traduction de l’histoire d’Athènes par Gregorovius, pp. 141-229 (3). L’histoire générale des rapports commerciaux de ces grandes villes italiennes avec l’Orient et la place que tient la Morée dans leur activité sont étudiées dans un ouvrage ancien, mais toujours utile, celui de W. Heyd, Histoire du commerce du Levant au moyen âge édition française par Furcy-Raynaud, 2 volumes, Leipzig 1885 1886 (réimprimé en 1923 et en 1959). , . , , , , , Autres puissances ou familles d’occident présentes en Grèce. — Nous réunissons ici les ouvrages qui traitent de divers personnages ou familles qui ont été appelés à gouverner la principauté, y ont possédé des terres importantes ou ont essayé d’y faire valoir leurs droits : sur la famille de Hainaut, Joseph de Saint-Génois de Saint-Breucq, Droits primitifs des anciennes terres et seigneuries du pays et comté de Haynaut autrichien et français ..., dans Monuments anciens essentiellement utiles à la France aux provinces de Hainaut Hanovre , Brabant etc., I, Paris 1782, lre partie, pp. 1-461, une autre édition a paru à Paris en 1806 ; — sur la maison de Savoie, Samuel Guichenon, Histoire généalogique de la royale maison de Savoie 2 vol., Lyon 1660, nouvelle édition, Turin 1778, la 4e partie formant le 2e volume et intitulée Preuves , contient les documents. — P. L. Datta, Storia dei Principi di , , , , (1) V. Vitale, Breviario della storia di Genova. Lineamenti Storici ed orientamenii bibliograflci, Société di Storia Patria, Gênes 1955, 2 vol., offre un matériel plus récent. Intéressantes sont les études plus spéciales de G. Manfroni, Le relazioni fra Genova, Vimpero bizantino ed i Turchi, Atti della Società ligure di Storia Patria , XXVUI, 1898, pp. 583-856, — et Storia della marina italiana, I. dal trattato di Ninfeo alla caduta di Costanli nopoli, Livourne 1902, — de G. I. Bratianu, Recherches sur le commerce génois dans la mer Noire au XIIIe siècle , Paris 1929. (2) Buchon, Nouv. rech., I, pp. 41-192, et II, pp. 47-197, où sont publiés 75 documents ou textes dont la plupart proviennent des archives Ricasoli. V. les indications bibliographiques très riches sur Nicolas Acciaiuoli dans Setton, Catalan Domination, pp. 66 et suiv., n. 5. (3) Un certain nombre de documents importants ont été étudiés et seront publiés avec un abondant commentaire par J. Longnon et P. Topping, Documents relatifs au régime des terres dans la principauté de Morée 1336-1379, dans la Collection byzantine, dirigée par P. Lemerle, Série Documents.
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 27 Savoia del vamo d’Acaia. Signori del Piemonte dal 1214 al 1418 2 vol., Turin 1832, le second volume réunit les documents ; — Del Gabotto, Gli ultimi principi d’Acaia e la politica subalpina dal 1383 al 1407 Pignerol 1897, — R. Cessi. Amedeo di Acaia nouvelle série, XXXVII, e la rivendicazione dei domini sabaudi in Oriente NAV Brienne, Sassenay, comte F. de Les Brienne de Lecce 1919, pp. 5-64 ; — sur les et d’Athènes. Histoire d’une des grandes familles de la féodalité française 1200-1356 Paris 1869 ; — sur les Bourbons, A. Huillard-Bréholles, Titres de la maison ducale de Bourbon , 2 vol., Paris 1867-1874 — enfin sur la maison de Bourgogne, Dom Urbain Plancher, Histoire générale et particulière de Bourgogne avec des notes des dissertations et des pièces justificatives..., 4 volumes, Dijon 1739-1781, — E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, 9 vol., Paris 1885-1905. Les derniers éléments occidentaux qui ont été mêlés à l’histoire de la principauté sont l’Aragon, les Catalans, les Navarrais. La politique du royaume d’Aragon intéresse la principauté d’abord dans la mesure où elle est en conflit avec les Angevins de Naples suzerains de l’Achaïe ; d’autre part le mariage d’une princesse de Villehar douin fit d’un prince de la famille d’Aragon un prétendant à la principauté ; enfin l’Aragon accorda sa suzeraineté à l’État que les routiers catalans fondèrent en Grèce centrale après leur victoire de 1311. Comme sources narratives, nous avons déjà cité le Libro de los fechos, rédigé sur l’ordre de Juan Fernandez de Heredia, il faut y ajouter la très importante chronique de Ramon Muntaner qui raconte l’expédition des routiers catalans (1). , , , , , ; , Les archives de Barcelone et celles de Palerme contiennent de nombreux docu¬ ments qui intéressent directement ou indirectement l’Achaïe. Aux publications plus anciennes, l’historien de l’Orient latin au xive siècle préfère aujourd’hui le recueil commode, œuvre posthume du grand érudit catalan A. Rubiô i Lluch, Diplomatari de l’Orient català 1301-1409. Colleciô de documents per la histària de l’expediciô catalana a Orient i dels Ducats d’Atenes i Neopàiria, Barcelone 1947, qui réunit toutes les pièces d’archives touchant à la question (2). C’est surtout l’expédition de la compa¬ gnie catalane des Almugavares qui a attiré l’attention : la petite étude de G. Schlum berger, Expédition des Almugavares ou routiers catalans en Orient de l’an 1302-1311, Paris 1902, réimprimé en 1924 est aujourd’hui dépassée. L’histoire des Catalans en Grèce a été entièrement renouvelée par les nombreux travaux d’A. Rubiô i Lluch, dont l’activité dans ce domaine peut être comparée à celle de Buchon ou de Hopf ; il a écrit un nombre considérable d’articles et de travaux dont nous ne pouvons donner la liste ici ; on ne peut que regretter qu’il n’ait pas rédigé une œuvre où il (1) Nous la citons d’après l’édition de K. Lanz, Chronik des edlen En Ramon Munlaner, dans la Bibliothek literarischen Vereins, VIII, Stuttgart 1844. Buchon en a donné une traduction française dans la Collection des chroniques nationales françaises, VI, 1827, puis une autre meilleure dans les Chroniques étrangères relatives aux expéditions françaises pendant le XIIIe siècle , 1841, pp. 217-564. Outre les traductions italienne de F. Moisé, Florence 1864, en castillan d’A. de Bofarull, Barcelone 1860, anglaise de Lady H. M. Goodenough, dans les Publications de la Hakluyt Society, série 2, XLVII et L, Londres 1920-1921, les éditions les plus récentes sont celles de L. Nicolau d’Olwer, L· expediciô dels Catalans a Orient, Barcelone, 1926, et Crànica de Ramon Munlaner . Text i notes per E. B., Collecciô popular Barcino, XIX et CXLV, Barcelone 1927-1951. Sur l’auteur, v. N. Iorga, Ramon Muntaner et V empire byzantin, RH SEE, IV, 1927, pp. 325-355. (2) Beaucoup des documents réunis, provenant des archives de Barcelone, Palerme, Naples, Venise, avaient été déjà publiés dans des recueils déjà cités par nous ou dans L. de Thalloczi, V. Jirecek, E. de Sufflay, Acta et diplomata res Albaniae mediae aetatis illustrantia, Vienne 1913, et dans H. Finke, Acta arago nensia, 3 volumes, Berlin-Leipzig, 1908-1922. des
28 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE aurait retracé l’ensemble de ces événements dont il a étudié tant d'aspects (1). Après lui, on peut citer les ouvrages de L. Nicolau dOlwer (2) et surtout un livre récent qui présente une mise au point très précise de nos connaissances relatives aux Catalans en Grèce, K. M. Setton, Catalan Domination of Athens 1311-1388 Cambridge Mass. 1948. Le rôle de la compagnie navarraise n’a pas été étudié récemment dans son ensemble, mais différents points en ont été éclairés par le P. R. J. Loenertz (3). , , Histoire des Turcs. — Nous ne pouvons qu’effleurer la bibliographie relative aux progrès de la puissance des Turcs dans l’Archipel et en Grèce, et d’étudier les derniers efforts faits par les puissances occidentales pour résister à leurs entreprises, efforts dans lesquels Venise et Gênes interviennent souvent avec plus de souci de leurs intérêts commerciaux que de la lutte contre les Infidèles. Les grandes histoires de l’empire turc, comme celle de J. von Hammer-Purgstall, Geschichte des osma nischen Reiches 10 volumes, Pest 1827-1835, traduite en français par J. J. Hellert, 18 volumes, Paris 1835-1843 ; celle plus récente de N. Iorga, Geschichte des osmanischen Reiches nach den Quellen dargestelt dans V AUgemeine Staatengeschichte de K. Lam precht, I. Abt., Geschichte der Europàischen Staaten XXXVII, 5 volumes, Gotha 1908-1913, ne font que des allusions assez brèves à la principauté d’Achaïe. Les luttes contre les Turcs ont été étudiées en particulier par N. Iorga dans Philippe de Mézières 1327-1405 et la croisade au XIVe siècle REHE , Sciences philologiques et historiques, CX, Paris 1896, complété par un article Latins et Grecs d’Orient et rétablissement des Turcs en Europe RZ , XV, 1906, pp. 179-222, qui a pu utiliser entre autres les travaux déjà signalés de J. Gay, — par Max Silberschmidt, Das orientalische Problem zur Zeit der Entstehung des türkischen Reiches nach venezianischen Quellen Ein Reitrag zur Geschichte der Reziehungen Venedigs zu Sultan Rajezid zu Ryzanz Ungarn und Genua und zum Reiche von Kiptschak 1381-1400 Dissertation Zürich, Leipzig 1923, — par Aziz Suryal Atiya, The crusade in the later middle age Londres 1938, avec une abondante bibliographie. Des études ont été consacrées à des sujets spéciaux : Sp. Théotokis, , , , , , . , , . ' , , VII 1930, . 283-298, — C. Faure, Dauphin Humbert II Orient (1315-1317) MEFR1 XXVII, Le 1907, à Venise et en pp. 509-562, — P. Datta, Spedizione in Oriente di Amadeo VI conte di Savoia provata con documenti inediti Turin 1926, — M. G. Canale, Delta spedizione in Oriente di Amedeo VI di Savoia1 Gênes 1907, — P. Charanis, Strife among the Palaeologi and the Ottoman Turks 1370-1402 Ryz ., XVI, 1942-1943, pp. 286-314, et R. J. Loenertz, Pour Vhistoire du Péloponèse au XIVe siècle 1382-1404 , ER I, 1943, pp. 152-196. , , , , , (1) Sur l’œuvre d’A. Rubiô i Lluch et sur ses ouvrages, voir Homenage a Antoni Rubiô i Lluch :Miscel lània d'Estudis literaris, histories e linguistics, Barcelone 1936, I, pp. ix-xv, — le Diplomatari de V Orient català , cité ci-dessus, pp. i-xxix, et lxiv-lxv, — Setton, Catalan Domination, pp. 286-291. L’étude qui reste la plus utile pour nous et que nous citerons est Contribuciô a la biografla de V infant Ferran de Mallorca, dans Est. Un. cat., VII, 1913, pp. 291-379. (2) Ceux qui offrent l’intérêt le plus général sont : L. N. d’Olwer, Vexpansio de Catalunya en la Medi ierrània Oriental, Barcelone 1926, — Les dernières études sur les Catalans de Grèce, Byz., II, 1925-1926, pp. 633 638. (3) L’étude d’A. Rubiô i Lluch, Los Navarros en Grecia, y et Ducado catalan de Atenas en la Epoca Invasion, Barcelone 1886 (et dans Memorias de la Real Academia de Buenas Letras de Barcelona, IV, 1887, pp. 221 et suiv.), est aujourd’hui très dépassée ; l’auteur lui-même en a corrigé certains points dans des articles postérieurs. Voir surtout R. J. Loenertz, Hospitaliers et Navarrais en Grèce. Regestes et documents, Or. Chr Per., XX, 1956, pp. 316-360. de su
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 29 Le commentaire remarquablement informé que P. Lemerle a donné de la Geste d'Urnur pacha a montré tout le parti qu'on pourrait tirer des sources littéraires turques et a grandement contribué à étendre ou à préciser nos connaissances sur l'activité des Turcs dans le domaine égéen pendant la première moitié du xive siècle (1). SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE RELATIVES AUX PROBLÈMES TOPOGRAPHIQUES Pour dresser le tableau géographique de la principauté au Moyen Age, qui a déjà mais de façon très rapide (2), nous faisons appel d'abord aux textes esquissé été narratifs et aux documents de l’époque. Chroniques et documents contemporains. — Ces sources voisines des événements contiennent de nombreuses indications sur les lieux et sur la topographie. Entre tous les textes, les différentes versions de la Chronique de Morée sont tout particulièrement riches en renseignements qui, quand on peut les vérifier, apparaissent presque toujours comme précis et exacts : les auteurs des versions grecque et française semblent avoir bien connu le pays et, s’ils racontent souvent des événements erronés ou légendaires, ils n’ont certainement rien dit qui pût paraître inexact à leurs lecteurs habitant la Morée. La version italienne est très différente l'auteur qui a fait ce résumé, ne connaissait pas le pays, il a estropié les noms et les a accompagnés d'explications souvent fantaisistes. La chronique aragonaise enfin doit sa valeur, ici comme pour l’histoire, au fait que son auteur a consulté d'autres sources mais ses indications sont loin d’être toujours sûres et il ne nous semble pas qu’on puisse avoir en elles cette confiance entière que leur accorde par exemple St. Dragoumès elles sont parfois contradictoires et d'autres fois, quand on peut les contrôler, elles s'avèrent inexactes, ce qui fait naître des doutes sur celles qu'elle est seule à donner. La correspondanc pontificale, les lettres et actes des rois angevins, des archives florentines et surtout vénitiennes, citent aussi de nombreux noms de lieu. Mais, plus encore que les chroni¬ ques, ces textes latins, français, italiens de divers dialectes, ou catalans transcrivent les noms de façon fantaisiste ; en outre ils prennent rarement la peine de les localiser, soit parce que les scribes des chancelleries italiennes les ignoraient, soit parce que : ; : ces textes mentionnaient des lieux connus alors de tous. Certains de ces documents sont cependant très utiles : ce sont par exemple les rapports établis sur les droits de l'infant Ferrand de Majorque ou sur sa mort, ou celui qui fut rédigé par Nicolas de Boiano pour Marie de Bourbon, les listes si précises de terres de Nicolas Acciaiuoli avec le revenu de chacune d’elles (3), les listes de forteresses ou de villages dressées chronique a été publié par Irène Melikoff-Sayar, Le Destân d'Umür Pacha. Texte , Bibliothèque byzantine, Documents 2, Paris 1953 ; il faut y joindre le commentaire de P. Lemerle, L'émirat d'Aydin, Byzance et l'Occident. Recherches sur la « Geste d'Umür Pacha », Bibliothèque byzantine, Études 2, Paris 1957. (2) En particulier par Buchon, Mémoire sur la géographie politique de la principauté française d'Achaye , dans Recherches , I, pp. xxvii-lxxv, — J. Longnon, L. de la conquête , Notice géographique , pp. xcvii-cxiii. Des cartes du Péloponèse médiéval ont été publiées aussi, mais elles sont en général très insuffisantes ; les plus utiles sont celles de Spruner-Menke, Hand-Atlas zur Geschichte des Miitelaliers und der neueren Zeil, 3e éd., Gotha 1880, cartes 86, 88 et 89, — et celles de Miller, The Latins , pp. 81, 151, 332, 464. (3) Les deux premiers textes ont été publiés par Du Cange, Histoire de l'empire de Constantinople , éd. Buchon, II, pp. 275-378, 383-392. Le troisième, conservé à la Bibliothèque nationale, Manuscrits français 6537, (1) Le traduction texte et notes , de la
30 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE dans la seconde moitié du xive siècle ou au xve, en 1377, 1391, 1463, 1467 et 1471 (1). Nous avons cité également les historiens grecs dont les œuvres contiennent de nom¬ breuses indications sur le Péloponèse, pour la période franque et pour celle qui suit immédiatement ce sont surtout Ducas, Georges Sphrantzès et Laonic Chalcocondyle, aux œuvres de qui il faut ajouter les Chroniques brèves et le récit de Michel Critobule d’Imbros qui, bien que relatif à une époque légèrement postérieure puisqu’il rapporte les événements de 1451 à 1467, peut fournir des indications topographiques analogues à celles des deux historiens précédents (2). Mais ces sources, si elles sont fondamentales pour notre connaissance du Pélo¬ ponèse médiéval, restent bien souvent obscures, soit qu’elles n’expliquent pas avec assez de précision ou de détail les événements pour que nous puissions les localiser, ou ne désignent pas assez clairement les lieux, soit que la disparition des toponymes nous rendent aujourd’hui impossible de les replacer sur la carte. Il est donc indispen¬ sable de chercher ailleurs un supplément d’information, un peu plus de clarté et l’on est ainsi entraîné à étudier les documents, les récits, les descriptions postérieurs à 1430, mais dont les auteurs, plus proches que nous des événements qui nous intéressent, ont pu connaître encore certains aspects du pays qui nous échappent actuellement. : Relations de voyage, portulans, cartes et descriptions géographiques jusqu’au XVIIe siècle. — Infiniment riche est le domaine des descriptions géographiques, rela¬ tions de voyages ou cartes de la Grèce, dont l’exploration complète mériterait de faire l’objet d’une étude spéciale. On peut y distinguer plusieurs catégories d’ouvrages les portulans, les relations de voyages, les cartes, les descriptions géographiques propre¬ ment dites. Les premiers ne donnent que la description des côtes, mais ont le mérite d’être anciens et de s’appuyer souvent sur des observations directes. Les relations de voyage sont des documents intéressants au même titre parce qu’elles contiennent des observations faites directement dans le pays ; mais leurs auteurs, même à des époques très récentes, ont rarement le souci de la précision qui rendrait leurs renseignements vraiment utiles; de plus, dans un pays comme la Grèce, ils s’intéressent presque tou¬ jours beaucoup plus à l’antiquité qu’au moyen âge ou même à leur époque. C’est aussi le cas des descriptions géographiques, plus soucieuses parfois de la Grèce classique que de la Grèce moderne, comme Strabon a plus traité de la topographie homérique que de celle de son temps. Quant aux cartes, les unes sont franchement des cartes de la Grèce ancienne et ne retiennent pas notre attention ; les autres, qui essaient de rendre l’aspect actuel du pays et sur lesquelles nous nous penchons avec une avide curiosité, sont, il faut l’avouer, presque toujours très décevantes : ce qui réduit : pp. 61-76, inédit, et les documents des archives Acciaiuoli, partiellement publiés par Buchon, Nouv. Rech., II, pp. 31 et suiv., sont réunis et commentés par J. Longnon et P. Topping, Documents relatifs au régime des terres, cf. supra, p. 26, n. 3. Nous remercions vivement les auteurs de nous avoir autorisé à consulter leur travail et à l’utiliser avant sa publication. (1) Nous avons reproduit en Appendice, infra, pp. 689-694, ces listes auxquelles nous aurons souvent l’occasion de renvoyer le lecteur. (2) Son œuvre historique consacrée aux conquêtes de Mahomet II a été publiée par G. Müller, Frag. hislor. graec., V, 1, 1883, pp. 52-164 ; cf. G. Moravscik, Byzantino-turcica, I, pp. 432-435 ; il faut ajouter l’édition avec traduction roumaine de V. Grecu, coll. Scriptores Bizanlini, IV, Académie de la République populaire roumaine, 1963.
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 31 considérablement l’intérêt qu’elles peuvent présenter, c’est d’abord la manière dont elles ont été dressées ; on a l’impression que l’auteur d’une carte a procédé en se servant de descriptions itinéraires dont il reporte sur le papier les indications en direction et en distance ; mais, consultant plusieurs itinéraires, tous plus ou moins inexacts ou du moins d’une précision insuffisante, il arrive parfois à la même ville par des voies différentes qui la situent en des points différents il n’hésite pas, dans ce cas, à répéter le nom ; la même agglomération se trouve souvent deux fois et parfois trois fois sur une même carte. Les erreurs de localisation sont donc fréquentes. : Bien souvent aussi les auteurs cherchent à identifier les villes modernes avec les sites antiques il n’y a pas lieu de tenir compte de ces identifications presque toujours : fantaisistes. Enfin nous rappelons la difficulté que constituent les déformations que les noms peuvent subir ; nous les avons déjà signalées dans les textes plus anciens elles ne font que se multiplier dans les œuvres postérieures. De cette énorme masse d’écrits et de cartes, nous ne retiendrons que ceux qui nous ont paru véritablement utiles et dont nous nous sommes servi (1). De la période du xive au xvie siècle nous sont parvenues surtout des relations de pèlerins se rendant en Terre-Sainte et touchant au passage soit Patras, Corinthe et Athènes, soit Modon ou Monemvasie. Ludolf de Südheim fit son voyage en Orient entre 1336 et 1350 (2) ; le seigneur d’ANGLURE toucha Modon en 1395 (3), la même année où le notaire italien Nicolas de Martoni, revenant de Terre-Sainte, passait à Athènes et à Corinthe et de là, par mer, à Vostitsa, Patras et Lépante (4). Très qui, de plus, brève également est la description du géographe arabe Abou’l-féda : (1) Des indications bibliographiques sur les voyageurs qui ont visité le pays, sur les géographes qui ont dressé les cartes ont déjà été réunies soit pour toute la période depuis le xive siècle, soit pour un siècle donné dans les études ou ouvrages suivants : Exp. sc. de Morée , I, pp. xvn et suiv., — Curtius, Peloponnesos, I, pp. 128-138, et notes pp. 142-147, — G. Fougères, Maniinée et V Arcadie orientale , BEFAR, LXXVII, Paris 1908, pp. 596-610, — N. Jorga, Les voyageurs français dans VOrienl européen , RCC , XXVII, 1926, 2e partie, pp. 2-17, 481-508, — XXVIII, 1927, lre partie, pp. 268-274, 434-445, 665-672, — 2* partie, pp. 65-73, 180-189, 354-365, 663-672, — XXIX, 1928, lre partie, pp. 474-480, 567-576, — E. Lovinesco, Les voyageurs français en Grèce au XIXe siècle, Paris 1909, — E. Malakis, French Travellers in Greece 1770-1820, An early phase of French Philhellenism, Ph. D. Thesis. Univ. Pensylvania, Philadelphia 1925 ; — P. Morphopoulos, L'image siècle, John Hopkins Diss., — de la Grèce dans les voyageurs français du XVIe siècle au début du XVIIIe J. M. Osborn, A study of the Literature of travels in Greece, as known in England from 1700 to 1850, These of Columbia 1934 ; ces dernières études concernent il est vrai plus le domaine littéraire que celui de la géographie. Plus directement intéressantes sont les indications données par . B. Sakellariou, , Athènes 1939, pp. 1-29, pour la période 1715-1821, T. u. Forsch ., , du xvme et du début du xixe siècle, — par E. Meyer, Pel. Wander., pp. 37-39, à propos du site d’Acumba, — et par J. M. Paton, Chapters on Mediaeval and Renaissance Visitors to Greek Lands (ed. by L. A. Paton), Genna deion Monographs, III, Princeton 1951 (intéressant surtout pour Athènes). (2) Ludolf von Südheim, De iiinere Terrae Sanctae, 17, éd. F. Deyck, Literar. Verein, XXV, 1851, p. 28, — AOL, II, 2, 1883, p. 29, — Reise ins Heilige Land nach Hamburger Handschrift, éd. I. von Stapelmohr, Berlin 1937 ; cf. J.-M. Paton, op. cit., pp. 26-30. Ludolf von Südheim a passé par Patras, Corinthe et Athènes. (3) Le saint voyage de Jherusalem du seigneur d’ANGLURE, éd. Bonnardot-Longnon, Paris 1878, §§28, 29, 329, 341 ; cf. J.-M. Paton, op. cit., pp. 36-37. (4) Léon Legrand, Relation du pèlerinage à Jérusalem de Nicolas de Martoni, ROL, III, 1895, pp. 649 659 j — Cf. Judeich, Aihen im Jahre 1395 nach der Beschreibung des Nicolas de Marthoni, AM, XXII, 1897, pp. 423-438. Cf. J.-M. Paton, op. cit., pp. 34-35. Les notes de voyage de Nicolas sont beaucoup plus intéres¬ santes que la plupart des relations. 4
32 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE s’est inspiré surtout des travaux d’Ibn-Sayd, antérieur d’un siècle (1). D’autres pèlerins sont passés aux siècles suivants, mais leurs indications restent toujours limitées aux quelques ports où ils ont fait escale (2). Par contre un voyageur a parcouru attentivement la Grèce au xve siècle, c’est Cyriaque d’Ancône Ciriaco de’ Pizzicoli, né à Ancône probablement en 1391, est célèbre pour l’intérêt qu’il porta aux monu¬ ments antiques et pour la moisson qu’il fit d’inscriptions grecques ; mais on trouve également dans ses carnets quelques notations sur les pays qu’il a traversés il voyagea dans le Péloponèse en 1436 et 1437, puis dans l’hiver 1447-1448 où il fit des séjours à Mistra (3). On ne doit que quelques indications très brèves à Francesco Giamberti en 1469 (4) et à un voyageur anonyme, un Vénitien probablement, qui vit Athènes vers 1470 (5). Un effort spécial a été fait très tôt au Moyen Age pour l’étude et la description des côtes. Les auteurs de ces cartes marines et de ces descriptions (6), que l’on réunit géné : ; Opus geographicum ex arabico latinum jecit J. J. Reiske, dans Büsching's Magazin (1) Abulfedae, fur die neuere Historié und Geographic , V, Hambourg 1771, p. 538 ; — Aboulfeda, Géographie , trad, de l’arabe par M. Reinaud, Paris 1848, II, pp. 275, 279, cf. Y Introduction, I, pp. cxv et suiv., cxxn et suiv. Ibn-Sayd doit lui-même beaucoup à Edrisi qui dessina une carte pour le roi normand Roger de Sicile en 1154 ; le manuscrit Parisinus 2214, contient, a-t-on supposé, une reproduction de la carte d’ Ibn-Sayd composée vers 1276. Abou’l féda acheva sa Géographie en 1321 ; la description de la Morée figure dans le chap. 6, éd. Reinaud, II, p. 275 parmi les îles de la Méditerranée ; au chap. 7, éd. Reinaud, II, p. 279, est décrite une autre région du nom d’Al-Mara, située à l’ouest des Dardanelles, avec les pays d’Almalfadjouth et d’Eclireus : on a parfois voulu y voir également la Morée avec Monemvasie et les Tsakoniens, avec Clarence, cf. Hopf, I, pp. 431 B-432 A. Nous préférons suivre le traducteur, Reinaud, qui rejette cette identification d’Al-Mara avec la Morée. Sur Abou’l féda, voir Encyclopédie de V Islam, nouv. édit., I, 1960, pp. 122-123. (2) Le Voyage de la Saincte Cyté de Hierusalem, éd. Ch. Schefer, Paris 1882, pp. 46-47, — Félix Faber, Evagaiorium in Terrae Sanctae, Arahiae et Egypti peregrinationem, éd. C. Hassler, III, Stuttgart 1849, p. 338 (vers 1480), — Bernhard de Breydenbach, Des saintes pérégrinations de Jherusalem , Lyon 1488. Cf. M. Crusius, Turco-Graecia, pp. 231-233, — Zakythènos, Despotat grec , II, pp. 43-45 ; — J. Starr, Romania. The Jeweries of the Levant after the fourth Crusade, Paris 1949, cite des passages de ces relations concernant les Golonies juives en Grèce. (3) Les manuscrits de Cyriaque, ou plutôt les fragments qui en restent, n’ont jamais été publiés ni étudiés dans leur ensemble. En attendant la publication d’un ouvrage important annoncé par Jean Colin, on peut RE G, IX, 1896, pp. 225-229, — R. Sabbadini, Ciriaco se reporter aux études suivantes : G. Castellani, d' Ancona e la sua descrizzione autografa del Peloponneso , trasmessa da Leonardo Botta , dans Miscellanea Ceriani, Milan 1910, pp. 181-247, — et Giornale slorico delta leiteraiura iialiana, LXIV, 1914, pp. 410-412, à propos de Maas, Ein Notizbuch des Cyriacus von Ancona aus dem Jahre 1436, dans Beitrage zur Forschung. Studien und Mitteilungen aus dem Antiquariat J. Rosenthal München, lre série, I, Munich 1913, pp. 5-15 ; — sur la Laconie, Sp. Lampros, N. ., V, 1908, pp. 414-423 ; — sur l’Argolide et le Ténare, P. Wolters, Cyriacus . ., IV, pp. 96-101. in Mykenà und am Tainaron, AM, XL, 1915, pp. 91-102; — Sp. Lampros, . Chr. Callmer, Les recherches d'A. F. Sturzenbecker à Delphes en 1784 , dans Opuscula archaeologica , V. Acta Instituti Romani Regni Sueciae, XIV, Lund 1948, a réuni la bibliographie des fragments publiés de Cyriaque. Ni P. Mac Kendrick, A Renaissance Odyssey. The Life of Cyriac of Ancona, Class. & Med., XIII, 1952, pp. 131 145, ni B. Ashmole, Cyriac of Ancona, Proceedings of the Brit. Acad., XLV (Italian Lecture 1957), Oxford 1960, ne présentent une contribution utile pour nous. Mais on trouve dans le livre du P. E. W. Bodnar, Cyriacus of Ancona and Athens, coll. Latomus XLIII, Bruxelles 1960, une bonne bibliographie et des indications précises sur ses voyages, v. en particulier pour le Péloponèse pp. 41-42, 45-48, 55-64. (4) Cf. Exp. sc. de Morée, , p. xvn. (5) E. Ziebarth, Ein griechischer Reisebericht des XV. Jahrhunderis, AM, XXIV, 1899, pp. 72-88. (6) Les études les plus importantes sur ces documents se trouvent dans J. Lelewel, Géographie du moyen âge, accompagnée d’atlas et de cartes, 4 vol., Bruxelles 1852-1857, et Atlas, Bruxelles 1850 ; — G. Uzielli,
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 33 râlement sous le nom de portulans, se sont probablement servis en partie de sources remontant à l’antiquité et en partie d’observations nouvelles. Leur travail n’a pris vraiment forme qu’à l’époque où la boussole commence à être en usage ; c’est pourquoi l’on considère le xme siècle comme l’époque où ces documents ont commencé à se multiplier les cartes les plus anciennes que nous possédions remontent, sauf de rares exceptions, au début du xive siècle (1). Les descriptions des itinéraires maritimes remontent peut-être plus haut dans le temps, mais elles restent rares jusqu’au xme ou xive siècle ; elles présentent aussi plus de variétés que les cartes. Les portulans ont été exécutés surtout par des Italiens ; mais certains sont aussi l’œuvre de Cata¬ lans (2) ou de Grecs (3). Ces documents toutefois, et même les descriptions écrites n’apportent que des indications assez monotones et limitées, puisqu’elles n’intéressent que la région côtière ce sont toujours les mêmes points qui sont signalés Corinthe, Vostitsa, Patras, Clarence, Castel Tornese, Belveder, l’Alphée, Arkadia, Navarin, Modon et Coron, l’île de Sapientsa, parfois Kalamata, Vytilo, le Magne, le cap Matapan souvent confondu avec le cap Malée, quelques ports du golfe de Laconie, Monemvasie, Astros, Nauplie, Argos, le cap Skylli, Damala. Au xvie siècle, les documents deviennent plus variés. Non seulement les portulans, textes ou cartes, continuent à être copiés et seront bientôt imprimés, mais des ouvrages nouveaux sont offerts au public. Comme carte continuant la tradition des portulans, on peut citer celle de Gaspard Viegas (4), qui, limitée à la Grèce et à l’Archipel, est à une échelle relativement plus grande que celle des portulans ordinaires et a permis à l’auteur de dessiner, pour chaque ville ou château, une silhouette assez expressive et parfois évocatrice du site réel, celle en grec, de Nicolas Bourdopoulos de ; ; : Mappa mundi. Carie nauiiche e Portolani, 2e édit., 1882 ; — A. E. Nordenskiôld, Periplus, An Essay, on the early history of charts and sailing-directions , trad. angl. Stockholm 1897 ; — et surtout K. Kretschmer, Die ilalienische Portolane des Mittelaliers, Veroffentlichungen des Instituts für Meereskunde und des geographischen Instituts an der Universilat Berlin, XIII, Berlin 1909 ; — E. L. Stevenson, Porlolans Charts, heir origin and characteristics, Publications of the Hispanic Society, LXXXII, New York, 1911. (1) K. Krestschmer, op. cit., pp. 98-100; il ne cite que deux cartes que l’on peut considérer comme antérieures à 1300, une carte pisane conservée à la Bibliothèque nationale à Paris et l’Atlas Luxoro, cf. ibid., pp. 106-109. (2) Parmi les cartes, K. Kretschmer, op. cit., pp. 122-124, 126, 133, 140, 147, cite la célèbre carte catalane du monde datée de 1375, — les cartes de Gabriel Valsequa, de 1439 et de 1447, — celle de Jacobus Bertran de 1482, et deux cartes anonymes du xve siècle. La première dont l’importance a déjà été signalée par Buchon, et qui a été reproduite en particulier dans Choix de documents géographiques conservés à ta Bibliothèque nationale de Paris , 1887, a été estimée unquestionably the most magnificent and comprehensive map-design yet produced in Christendom par C. R. Beazley, The dawn of modern Geography, III, Oxford 1906, pp. 525-527. Cf. aussi Ch. Verlinden, RCC, XXXIX, 1938, pp. 589-590. Citons encore la carte de Francisco de Cesanis, 1421, dont la feuille représentant la mer Égée est reproduite par Sathas, Doc. inéd., II, hors-texte. (3) L’existence des portulans grecs, niée par Nordenskiôld, ne fait plus question aujourd’hui depuis la publication de divers manuscrits grecs par A. Delatte, Les portulans grecs, Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de V Université de Liège, CVII, Liège-Paris 1947, et Les portulans grecs, IL Compléments, Académie royale de Belgique, Cl. des Lettres et des Sc. morales et politiques, mémoires in-8°, LUI, 1, Bruxelles 1958 ; ces manuscrits sont, il est vrai, du xvie siècle, mais certains au moins reproduisent des originaux du xve, restant de toute façon postérieurs aux documents italiens anciens. Dans le même ouvrage est reproduite une carte marine en grec du xvie siècle dessinée par Nicolas Bourdopoulos, de Patmos, conservée à Paris, BN, ms. gr. suppl. 1094. (4) Portulan sur parchemin, Paris BN, Res. Ge D 7898.
34 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE Patmos, déjà mentionnée (1), les cartes imprimées de Giacomo ou Jacopo Gastaldi (2), toutes donnant des noms modernes de lieux situés sur la côte. Les cartes de Battista Agnese, exécutées en 1553 et 1554 à Venise, sont encore manuscrites, mais, limitées au Péloponèse, elles donnent un grand nombre de noms à l’intérieur comme sur les côtes de la presqu’île et constituent ainsi un des documents les plus anciens qui ait un intérêt réel ; les noms ne sont malheureusement pas toujours faciles à reconnaître et la localisation des sites est assez fantaisiste (3). Les cartes imprimées deviennent nombreuses après 1550 ; mais la plupart, destinées aux érudits, se contentent de donner une image, d’ailleurs très fantaisiste, de la Grèce d’après Pausanias, Ptolémée et Strabon, et ne sont d’aucune utilité pour nous ; telles sont par exemple les cartes de Nicolas Sophianus, publiées dès la fin du xve siècle et les rééditions qu’en fit Nicolas Gerbellius avec commentaires (4), et bien d’autres qui ne retiendront pas notre attention (5). Les ouvrages géographiques les plus intéressants sont ceux du Vénitien Domenico Mario Niger (6), d’ORTELius, auteur d’un Theatrum orbis lerrarum et des Synonymia (1) Publiée par A. Delatte, cf. supra, p. 33 n. 3. (2) Giacomo Gastaldi a dressé une carte de la Grèce et de Archipel, Venise 1545, reproduite par Sathas, Doc. inéd., III, hors-texte. Elle est identique à la carte anonyme de la BN, Ge B 1674 ; la Bibliothèque nationale possède un autre exemplaire signé Jacobo Castaldo (Ge D 3256). La même carte a paru également avec la traduction italienne de la Géographie de Ptolémée publiée par S. Allamano Andrea Mattiolo Senese, avec commentaires de S. Allamanno, Venise 1547. Sur divers points de cette carte, cf. N. A. Bees, , VIII, 1906, pp. 609 et suiv., , Athènes 1907, . 6 et suiv., et , XVII, 1908, . 102-103. (3) Battista Agnese a dessiné plusieurs atlas en 1553 et 1554, cf. H. R. Wagner, The Manuscript Atlases of Battista Agnese, Papers of the Bibliographical Society of America, XXV, 1931, . 1 et suiv. Nous donnons, pi. VIII-IX, la reproduction photographique de l’exemplaire de la carte de Morée (à peu près complète) tirée de l’Atlas de 1554, conservé à la Bibliothèque Saint-Marc de Venise. Je remercie ici le Prof. E. Meyer d’avoir bien voulu m’en communiquer les épreuves. La carte de la Morée a été reproduite en couleurs par Sathas, Doc. inéd., I, en hors-texte, mais de façon assez inexacte et sous le nom erroné de Battista Palnese, avec la date de 1516, cf. E. Meyer, Neue Wander., p. 37 et n. 2. (4) La première carte de Nicolas Sophianus a paru à Rome en 1480, très fantaisiste. — Nicolai Gerbellii, In descriptionem Graeciae Sophiani descriptio, Bâle 1545, — Nicolai Gerbellii, Pro declaratione piclurae sive descriptionis Graeciae Sophiani libri VII, Bâle 1550 (sur le Péloponèse, livre VI, pp. 214-294, à peu près exclu¬ sivement consacré à l’antiquité), éd. en XII livres, 1555. La carte de Sophianus est encore réimprimée à Paris en 1636 [BN, Ge D 3257) ; elle inspire, avec Pausanias, Ptolémée et Strabon, Franciscus Salamanca ( BN , Ge DD 655, 67). La liste des noms de villes antiques avec les noms modernes correspondants qui accompagne souvent les cartes de Sophianus ne contient que très peu de noms péloponésiens. (5) Nous nous contentons d’énumérer les cartes que nous avons eu l’occasion de voir : carte de la Grèce et de l’Asie mineure, publiée par Vincentius-Luchinus, Rome 1558 {BN, Ge G 6156), — des mêmes régions, publiée par Ferdinando Bertelli, gravée par Domenicus Zeno, Venise 1564 {BN, Ge B 1675), — celle de Donato Bertelli, Venise 1569 ; la carte de Morée de G. F. Camocio, 1569 {BN, Ge B 1672), donne quelques noms modernes mais avec des erreurs : il y a deux Vostica dont l’une au centre du Péloponèse ; on peut en rapprocher deux cartes, une de Oratio Berteli qui place Corinthe à l’est de l’isthme, et l’autre anonyme, BN, Ge B 1673 et 1674 ; — le Peloponnesus nunc Morea de Claudius Duchetus, 1570, est une carte presque exclusivement antique {BN, Ge B 1672). G. Fougères, Mantinée, p. 602, cite encore la carte de Laurenberg, 1557, copiée par Coronelli dans V Allante Veneio, 1696, p. 177, et par Gronovius, Thesaurus antiquitalum 1 graecarum, t. IV. (6) Dominici Marii Nigri Veneti, Geographicorum commentariorum libri XI, Bâle 1557, qui a plus de valeur scientifique que Coronelli, cf. Fougères, Mantinée, p. 601, — E. Meyer, op. cil., p. 37 ; il a été beaucoup utilisé par ses successeurs ; Mélétios le cite souvent.
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 35 geographica (1) et du grand géographe Mercator dont les éditions se succèdent pendant tout le début du siècle suivant (2). C’est le xvie siècle aussi qui vit paraître le livre de Martin Kraus, intitulé Turco-Graecia (3). A l’extrême fin du siècle, un voyageur italien, G. Rosaccio, traversa la Grèce, se rendant à Constantinople’). Ouvrages et cartes du XVIIe siècle et de la période vénitienne 1685-1715. — Le siècle voit se développer considérablement l’intérêt des érudits et des voyageurs pour l’Orient, même avant que les Vénitiens ne fassent en 1685-1686 la conquête de cette province. Parmi les ouvrages parus avant 1685, on peut citer celui du P. Briet (5), qui, résumant les travaux antérieurs, s’est attaché à la comparaison de la géographie antique et moderne ; Des Mouceaux en 1668 a parcouru une partie de la Morée (6). On peut négliger Guillet de Saint-Georges, alias La Guilletière, dont les ouvrages ne contiennent que peu de renseignements et sont fort sujets à caution (7). Fort utiles sont au contraire les relations de voyage d’une part du médecin lyonnais Spon et de l’Anglais Wheler (8), lesquels, en 1675-1676, visitèrent effecti¬ vement la Morée, à la différence de Guillet, et, d’autre part, celle d’un Turc, Ewliya Celebi (9) : envoyé de Constantinople en Crète, il voyagea par terre pour venir s’embarquer à Monemvasie et fit, en passant, le tour de la Morée, fort à loisir, xviie (1) Ortelius (Abraham Oertel), Theatrum orbis terrarum , 1570, Synonymia geographica , Anvers 1578 ; même du sujet, ces ouvrages ne contiennent que peu de choses sur le Péloponèse. Atlas sive Cosmographicae meditationes, 1585, a été souvent (2) L’ouvrage le plus important de Mercator, réédité soit tel quel, soit revu par Hondius. Sur son œuvre et ses continuateurs, voir H. Averdun et J. Müller Reinhard, Gerhard Mercator und die Geographen unter seinen Nachkommen, Petermanns Mitteilungen , Ergan zungsheft 182, Gotha 1914. (3) Martinus Grusius (Kraus, de Tübingen), Turco-Graeciae libri VIII, Bâle 1584, fait un tableau de la Grèce depuis 1444. (4) G. Rosaccio, Viaggio di Venezia a Costantinopoli , 1598, dont la carte s’inspire de celle de Gamocio. Nous avons laissé de côté des ouvrages célèbres comme Y Isolario de Benedetto Bordone, 1548, ou les Isole le più famose del mondo descritte da Thomaso Porcacchi da Gastiglione Arretino e intagliate da Girolamo Porro Padovano, Venise 1576 (description de la Morée, pp. 101-105, avec une carte), qui ne font que de brèves à cause de l’ampleur allusions à la Morée. Philippe Briet, Parallela geographiae veteris et novae, Paris 1648-1649 ; seuls trois volumes consacrés l’Europe ont été publiés ; il est traité de la Grèce dans le second. (6) Des extraits de sa relation sont publiés à la suite des Voyages de Corneille Le Bruyn, tome V, Paris (5) à sur le Péloponèse, pp. 465-487. La Guilletière, Lacédémone ancienne et nouvelle, 2 vol., Paris 1676. Sa description de la Laconie est essentiellement inspirée des notes d’un voyage de Jean Giraud, Consul de France à Athènes, dont une partie a été publiée par M. Collignon, Le consul Jean Giraud et sa relation de V Attique au XVIIe siècle, Paris VII, 1934, pp. 353-365. 1913, et utilisée par D. A. Zakythènos, ., (8) Les deux voyageurs ont donné chacun leur relation : Jacob Spon, Voyage d'Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant, fait par Spon et Georges Wheler en 1615 et 1766 , 3 vol., Lyon 1678, et t. IV, Paris 1686, George Wheler, A journey into Greece, Londres 1682, paru également en traduction française. Les deux ouvrages présentent des rédactions parallèles mais légèrement différentes ; voir pour la description de l’Acroco rinthe par exemple, notre étude dans Corinth, III, 2, pp. 146-148 ; ils ont été souvent réédités. (9) Ewliya Celebi, Sinyat-Namesi, 8 vol., publié par Achmet Dgebdet-bey, Constantinople 1896-1900 ; la description du Péloponèse est dans le tome VIII, pp. 282-376, et, au retour, la campagne dans le Magne, pp. 581-610. L’ouvrage n’a malheureusement pas été traduit à l’exception du passage consacré à la Tsaconie, étudié par H. Pernot, Introduction à l'étude du dialecte tsaconien, Paris 1934, Appendice, pp. 497-508, et de la IV, 1931, pp. 111-138. Nous exprimons ici description d’Athènes, traduite en grec par Tzortzoglou, ., notre très vive reconnaissance à M. Deny, administrateur honoraire de l’École des Langues orientales vivantes, qui a bien voulu nous rendre possible l’accès à ce texte en traduisant pour nous les passages relatifs à la Morée. Sur l’auteur, v. J. H. Mordtmann et H. W. Duda, dans Encyclopédie de V Islam, 2e édit., II, 1963, pp. 736-738. 1725 : (7)
36 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE dans Tannée 1668 ; il y repassa à nouveau en revenant et décrit alors le sud-est de la presqu’île. Le voyage de l’astronome anglais Francis Vernon en 1675 (1) et la description de la Grèce de Palmierus ou Paumier (2) n’apportent que peu de chose (3). La période vénitienne de 1685-1686 à 1715 est, au milieu de la longue domination turque, un des rares moments où les renseignements sont nombreux sur le Péloponèse. Le récit de la conquête vénitienne a été fait par le secrétaire de Francesco Morosini, Alessandro Locatelli (4). Plus riches en indications topogra¬ phiques sont les relations de la campagne au cours de laquelle les Turcs réoccupèrent la péninsule en 1715, Tune est due à un consul de France qui accompagnait les armées turques, Benjamin Brue, l’autre est attribuée à Constantin Dioikètès (5). Surtout les archives vénitiennes et la Bibliothèque Saint-Marc contiennent une très riche documentation rapports des provéditeurs, listes cadastrales, plans et dessins : une part importante en a déjà été publiée (6). En même temps, utilisant les renseignements plus nombreux et plus directs depuis 1685 sur le pays, et pour satisfaire la curiosité du public éveillée par les événements, une série d’ouvrages paraissent, qui marquent un progrès très net dans la connaissance de la Morée. La plupart des descriptions, beaucoup plus précises que celles qui les avaient précédées, sont italiennes. Il faut citer les travaux du P. Vincent Goronelli, accompagnés de nombreux plans et vues de forteresses qui sont ce qu’il y a de plus utile dans son œuvre (7), de Girolamo Albrizzi (8), du : Une lettre de l’astronome Vernon a été publiée dans Ray, Collection of curious travels , Londres . 355 ; cf. Curtius, Peloponnesos , pp. 129 et 143, n. 18. Palmieri, Graeciae descriptio , 2e éd., Leyde 1678. C’est encore à cette époque que se placent les travaux de M. A. Baudrand, qui fut le premier à publier un Lexicon geographicum , Paris 1670, suivi d’autres œuvres : Geographia , Paris 1682, et Novum geographicum (1) 1739, II, (2) (3) Lexicon, Padoue 1696. Racconto historico della Veneta guerra in Levante, Parme 1691. (4) Alessandro Locatelli, (5) Benjamin Brue, Journal de la campagne que le grand vizir Ali-Pacha a faite en 1715 pour la conquête de la Morée, Paris 1870 ; — Chronique de V expédition des Turcs en Morée en 1715 attribuée à Constantin Dio kètès, éd. N. Iorga avec trad, franç., Bucarest 1913. (6) Voir les documents publiés par Sathas, Doc. inéd., VI. Les rapports des provéditeurs ont été publiés , II, 1885, pp. 282 par Sp. Lampros, ' Athènes 1884, pp. 173 et suiv., et dans , 317, 687-710, — V, 1900, pp. 228-251, 425-567, 605-823. D’autres documents, listes de villages, recensements, cadastres, plans, sont signalés ou publiés : une liste a été publiée par L. Ranke, Die Venezianer in Morea, p. 502, reproduite par Buchon, Rech. et mat., II, p. 310 (et suiv.), n. 3 ; — dans BCH, IV, 1880, p. 206, est signalé un cadastre de la Morée exécutée vers 1700 par l’ingénieur Vandeyck pour les régions de Nauplie, , Vostitsa, Argos et en partie Tripolis ; v. aussi Sp. Lampros, N. ., I, 1904, , . ., XX, 1926, . 55-86, 193 pp. 494-495, — et Ill, 208, 347-359, — Sp. Théotokis, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque Saint-Marc à Venise, ., 1930, pp. 348 et suiv., — IV, 1931, pp. 173-190, 399-434, — V, 1932, pp. 17-38, — S. Antoniadès, ' , Mélanges Orlandos, III, pp. 153-165. Pour les plans et dessins, v. p. ex. ceux de l’Acrocorinthe dans Corinth, III, 2, pp. 151-156. Un recueil de 41 plans ou dessins provenant de Venise et conservé actuellement à la Bibliothèque du Gennadeion à Athènes a été publié par K. Andrews, cf. infra, p. 44. (7) L’ouvrage essentiel pour nous est V. Coronelli, Memorie istoriograftche delli regni della Morea, Negroponte e luoghi adjacenii , Venise 1685 ; il en existe de nombreuses versions en italien également sous le titre Descrizzione geogra fico-storica de la Morea, en français sous les titres Description géographique de la Morée , ou Mémoires historiques et géographiques du Royaume de la Morée , Négrepont..., en allemand, etc. On peut consulter aussi les cartes de son Isolario del Atlante Venelo, Venise 1696. En réalité ces ouvrages n’ont pas été rédigés par Coronelli mais « nel laboralorio del P. M. Coronelli ». Voir sur l’ensemble de l’œuvre E. Armao, Vincenzo Coronelli, Biblioteca di bibliografla iialiana, XVII, Florence 1944, et sur l’Archipel In giro per il Mar Egeo con Vincenzo Coronelli, Florence 1951. (8) Girolamo Albrizzi, Esatta nolitla del Peloponeso volgarmente penisola délia Morea , Venise 1687.
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 37 P. Pier ’Antonio Pacifico (1), de Francisco Piacenza qui s’intéresse de façon spéciale Archipel (2). Mais la Morée fait aussi l’objet d’études d’autres auteurs que les à Italiens, du Hollandais 0. Dapper, dont l’œuvre est particulièrement intéressante (3), de l’Anglais Randolph (4) et d’un anonyme d’Augsbourg qui publie de nombreuses planches évoquant les paysages et les forteresses du pays (5). Les cartes de la Grèce et du Péloponèse se sont multipliées dès le milieu du xvne siècle. Les indications sur l’état actuel de ces régions sont rares dans les travaux de Sanson et de Delisle, qui ne donnent en général que l’image de la Grèce antique (6) ; elles sont un peu plus nombreuses dans l’Atlas de Blaeu (7). Les cartes de Du Val offrent un certain intérêt (8). Mais les plus utiles pour nous sont celles de Giacomo Rossi, de Giacomo Cantelli da Vignola (9), de N. De Fer (10), et (11). D’autres encore peuvent être citées, de F. de Witt, de Bouttats de Nicolas Visscher, de Dancker (12). 1 (1) La description de P. A. Pacifico a paru à Venise en 1700. Alberghetti la republia sous le même titre, mais complété : Breve descrizzione corograflca del Peloponneso o Morea..., estratta del volume di P. Pier’ Antonio Pacifico, aggiuntovi la Notizia delle qaattro Provincie, con li nomi topografici delle ville, fatta dal Sig. Giusto Alberghetti, ingegnero e sopra intendante al catastico di Morea, per ordine dell’excellentissimo Senato, Venise 1704 ; la liste se trouve aux pp. 115-135, elle a été reproduite en grec, mais avec omission des toponymes non identifiés, ce qui lui enlève beaucoup d’intérêt, par Th. D. Krimpas, ., I, 1956, pp. 339-346. (2) Francisco Piacenza, L'Egeo redivivo o'sia chorographia deïl' Arcipelago..., Modène 1688. (3) O. Dapper, Naukeurige Beschryving van Morea eertijts Peloponnesus , en de na bygelegene Eilanden, Amsterdam 1688, — trad, franç. Amsterdam 1703. Le texte est en trois parties ayant chacune leur pagination. Dapper cite ses sources qui sont nombreuses ; le texte est illustré de dessins empruntés surtout à Coronelli et de deux cartes hors-texte, l’une de Meursius, surchargée de noms antiques et modernes mêlés et semés au hasard, l’autre de Johannes Blaeu, moins encombrée de noms antiques et un peu plus exacte. (4) Randolph, The present State of Morea called anciently Peloponnesos , Londres 1686. L’auteur avait voyagé en Grèce en 1671-1679. (5) Archipelagus iurbatus, oder des schônen Griechen Landes verwüstete und verôdete Wasserfelder , auf welchen zu sehen seyn dess Egeischen Meeres Insuln , besonders auch dess Peloponnes oder Halb-Insul Morea vernehmen Stàtten, etc., Augsbourg 1686. (6) Nous ne pouvons, dans le cadre de cet exposé de nos sources, faire la bibliographie historique de la cartographie : nous nous contenterons de donner à titre d’indication les dates des cartes les plus anciennes que nous avons pu consulter. Les premières de Sanson remontent bien avant 1685, mais sont reproduites jusqu’à la fin du siècle ; une des plus utiles pour nous est une carte de Morée, n° 127 de Y Atlas nouveau de Nicolas Sanson père, Paris 1692, 2e édit. 1696. Delisle publie ses cartes à la fin du siècle et au début du xvme. Une carte de la Morée en province vénitienne est reproduite dans VExp. sc. de Morée , I, lre partie, in fine. (7) Y.' Allas de Blaeu a paru à Amsterdam en 1650-1662 et a sou\rent été réédité ; la carte du Péloponèse est reproduite dans l’ouvrage d’O. Dapper déjà cité. C’est sans doute à la même époque qu’il faut attribuer la carte intitulée La Grèce tirée des mémoires de M. Vabbé Baudrand. parue à Paris, s. d. (8) La Grèce ou partie méridionale de l'empire des Turcs en Europe avec table alphabétique des lieux de l'ancienne Grèce , les noms qu'ils ont aujourd'hui, par P. Du-Val, Paris 1677. (9) Giacomo Rossi, Rome 1681 ; — G. Cantelli da Vignola, Rome 1685 et 1686. (10) Les cartes gravées par N. De Fer, à partir de 1685, sont peut-être les plus répandues : il en existe un très grand nombre d’exemplaires présentant des variantes ; celle dont nous nous servons est intitulée Pélo¬ ponèse, aujourd'huy la Morée et les Isles de Zanie, Céfalonie, Sainte-Maure, Cerigo, etc., dressé sur les mémoires de Mercator, P. Briet, Cantelli, Wischer, etc., par de Fer, et généralement dédiée au cardinal Ranuzzi ; elle est accompagnée d’un nombre variable de vignettes donnant les plans des forteresses, douze au maximum à notre connaissance pour les exemplaires les plus récents. (11) Sur les cartes de Philibert Boutats ou Bouttats junior, publiées à Anvers, les noms sont nombreux mais souvent très estropiés. (12) Nous n’avons pu consulter les cartes de N. Visscher. Celles de J. Dancker ont été publiées à Anvers et à Amsterdam ; celles de F. de Witt ont été utilisées par Coronelli. On pourrait encore ajouter celles de
38 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE C'est encore avant 1715 que fut rédigée l'œuvre de Mélétios : exarque du Péloponèse en 1701 sous les Vénitiens, puis métropolite d'Athènes en 1703, il mourut à Constantinople en 1714 ; sa Géographie ancienne et nouvelle parut à Venise en 1728 étant une œuvre générale, elle ne consacre à la Grèce qu'une place relativement limitée, dans laquelle une part importante est réservée à l'antiquité ; mais ses indi¬ cations sont précieuses, puisque Mélétios a vécu dans le pays (1). : Cartes, géographies et relations de voyage au XVIIIe siècle. — Au xvme siècle, de nouveaux progrès sont faits dans la cartographie grâce à d'Anville : outre ses cartes de la Grèce antique, il en dessina une des côtes de la Grèce, accompagnée d’un commen¬ taire (2) ; ses travaux furent continués par son élève Barbie du Bocage, dont les premières cartes destinées à illustrer le Voyage du jeune Anacharsis , parurent à la veille de la Révolution : ce sont là d'ailleurs tâches de cartographes en chambre travaillant sur les données réunies par des voyageurs plus anciens. Sur les côtes également, les premières levées pour les cartes anglaises furent faites par Arrowsmith avant le milieu du siècle (3), et le Français Bellin donna un e Description géographique de la Morée , assez détaillée avec cartes et plans (4). Parmi les nombreux voyageurs qui parcourent désormais la Morée, attirés par les ruines célèbres et par la recherche des antiquités, citons en particulier Pellegrin, dont le récit présente l'intérêt d'être le premier après la conquête turque (5), Pockocke (6), et Chandler (7), celui qui a peut-être noté le plus de choses sur l'état actuel du pays est l’abbé Michel Fourmont, qu’on a, semble-t-il, beaucoup calomnié, et dont la relation et la correspondance restent en grande partie inédites (8) ; A. Peyrounin, Paris, à partir de 1650, de Henri Le Roy, Paris s. d., qui répètent des modèles de De Fer ou d’autres, et bien d’autres anonymes : voir par exemple, le Recueil fait par la Congrégation de Saint-Maur de l’Ordre de Saint-Benoît, à la date de 1713, BN, Ge DD 2631. (1) Mélétios, , , Venise 1728, sur la Morée, pp. 363-383 ; — 2e édit, en 4 vol. par Anthimos Gazis, Venise 1807, sur la Morée, II, pp. 254-289 et 435 et suiv. Nous citons l’ouvrage d’après la première édition ; l’exemplaire de la Bibliothèque nationale de Paris, qui a appartenu à d’Anse de Villoison, contient de nombreuses notes manuscrites d’après la correspondance de l’Abbé Fourmont. Sur Mélétios et sur les sources où il a puisé pour le Moyen Age en Grèce, cf. N. A. Bees, Mélétios Mitros aus Janina und die Chronik von Morea, BNJ, XVII, 1939-1943 (1944), pp. 92 107 : Mélétios ne pouvait connaître la Chronique de Morée, mais seulement la Chronique du Pseudo-Dorothée. (2) D’Anville, Les côtes de la Grèce, Paris 1756, et Analuse de la carte intitulée les côtes de la Grèce, Paris 1757. (3) Carte de la Morée d’après les levées d’AnRowsMiTH, 1747. (4) Bellin, Description géographique du Golfe de Venise et de la Morée avec des remarques pour la navigation et des cartes et plans des côtes, villes, ports et mouillages, Paris 1771. (5) Recueil du voyage du sieur Pellegrin dans le royaume de Morée, ou Recueil historique de ce qui s'est passé de plus remarquable dans ce royaume, depuis la conquête que les Turcs en ont faite sur les Vénitiens, Marseille 1722. (6) Richard Pockocke, Description of the East and some other countries, 3 vol., Londres 1743-1745 ; Voyages en Orient, trad, française sur la 2* édit, anglaise, 7 vol., Paris 1772-1773. (7) Richard Chandler, Travels in Greece, Oxford 1776, — Voyages dans VAsie Mineure et en Grèce.,. faits dans les années 1664, 1665 et 1666, trad, française, 3 vol., Paris 1806. Il s’est inspiré très directement pour la Grèce des relations de Spon et Wheler. Fourmont a voyagé en Morée avec son neveu Claude en 1729-1730 ; il n’a été publié abrégé dans Histoire de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, VII, 1733, pp. 344-358, et des lettres, par H. Omont, dans Missions archéologiques françaises aux XVIIe et XVIIIe siècles, I, Paris 1902, pp. 537-657, sur le Péloponèse, pp. 751 et suiv., et une relation abrégée du voyage, ibid., II, pp. 1085-1095. (8) L’abbé Michel de lui qu’un
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 39 il en est de même des notes de Fauvel qui commença ses travaux en Grèce avec Foucherot en 1780 (1), mais est plus intéressant pour Athènes que pour le Péloponèse. Progrès des connaissances géographiques sur la Morée au XIXe siècle. — L’époque décisive pour notre connaissance du pays est la première moitié du xixe siècle. Nous voyons paraître alors la carte de la Morée par Barbié du Bocage gravée en 1807 (2), celle de la Turquie d’Europe par Vaudencourt (3). Le capitaine de frégate Gautier, sur ordre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, relève la position d’un certain nombre de points de la Méditerranée (4) en 1826 le chevalier Lapie publie une carte de la Grèce au 400.000e (5) ; en Angleterre commencent à paraître en 1830 les cartes de l’Amirauté ; à Vienne, F. Müller édite des cartes en grec dès 1797 avec la collaboration de Rigas Velestinlè, puis d’Anthimes Gazes (6), et en 1824 F. Fried, des cartes de la Grèce ancienne et moderne comparée (7) ; à Trieste paraît une carte de la Turquie d’Europe par Gaëtan Palma (8). Enfin une carte du Péloponèse scientifiquement établie, sinon définitive et parfaitement exacte dans les détails, est le résultat des travaux de l’Expédition scientifique de Morée : elle paraît en 1832, au 200.000e ; une nouvelle édition en fut donnée en 1852, qui comprit également la Grèce centrale (9). Ni les cartes topogra¬ phiques autrichiennes (10), ni les cartes helléniques (11) plus récentes — celles-ci ; Les papiers de Fourmont sont conservés à la Bibliothèque nationale ; un relevé en a été fait par R. G. Bosanquet, et H. J. W. Tillyard, BSA , XII, 1905-1906, pp. 283, 478-479, qui défendent Fourmont des accusations de vandalisme lancées contre lui en particulier par Dodwell, Tour thorough Greece , II, pp. 405-408. (1) Sur Fauvel, et sur ses papiers, conservés à la Bibliothèque nationale à Paris et à la Bibliothèque Gennadeion à Athènes, voir P. Legrand, Biographie de L. Fr. -S. Fauvel antiquaire et consul ( 1753-1838 ), RA, 3e série, XXX, 1897, pp. 41-66, 185-201, 385-404, XXXI, pp. 94-103 ; — A. Outrey, Revue d'histoire littéraire de la France , XLV, 1938, pp. 181-191. Le premier des deux mémoires adressés par Fauvel à l’Institut a été publié par Clarence G. Lowe, Hesp., V, 1936, pp. 206-224. — Nous nous dispensons de refaire la liste complète des voyageurs, qui a déjà été faite, cf. supra, p. 31, . 1 ; la plupart ne s’occupent que de l’antiquité. (2) Carte de la Morée par J. D. Barbié du Bocage, dressée et gravée au dépôt de la Guerre en 1807, publiée à Paris en 1814 : c’est une carte de la Grèce moderne, ne portant que très peu de noms antiques. C’est Barbié du Bocage qui a également fait la carte de Grèce pour divers ouvrages : le Voyage du jeune Anacharsis, Le Voyage de la Grèce , de Pouqueville, de l’abbé Barthélemy, 2e édit., vol. VI. (3) Carte de la Turquie d'Europe par le Général G. de Vaudencourt 1818. Le même a fait des cartes des possessions d’Ali Pacha (en anglais, Londres 1817), une carte pour la Description de la Grèce par Pausanias, 1838. Ces cartes sont d’un intérêt médiocre. de points de la Méditerranée déterminés par M. Gautier, dans La connaissance des temps , 1821-1823. (5) Carte physique, historique et routière de la Grèce, par le chevalier Lapie, 4 feuilles, au 400.000e, Paris 1826 ; cette carte sert en particulier pour les voyages de Pouqueville. (6) Carte de la Grèce (en grec) par Rigas Velestinlè, Vienne 1797 ; — Carte géographique de la Grèce , avec les noms anciens et modernes (en grec) par A. A. Gazés, publiée par François Müller, Vienne 1800. (7) Grèce ancienne et moderne par Fried, Vienne 1824. (8) Carte de la Turquie d'Europe , dédiée au duc de Raguse, par Gaëtan Palma, Trieste 1811. (9) La Carte de la Morée , rédigée et gravée au dépôt de la Guerre, sous la direction de M. le lieutenant général Pelet, en six feuilles au 200.000e, a été publiée dans l'Atlas de l'Expédition scientifique de Morée ; l’édition de 1852, complétée, porte le titre de Carte du royaume de Grèce , en 9 feuilles. (10) Generalkarte des Kônigreichs Griechenland , heraus gegeben vom Wiener Militargeographischen Institut, 1885, au 300.000e. (11) Carte du Péloponèse (en grec) par le Service cartographique de l’armée, au 100.000e, en couleurs, Athènes 1930 et suiv. ; seules les premières cartes parues sont en couleurs, les autres en bistre. Bien que ce soient des cartes à courbes de niveau, le relief y est rendu de façon très inexacte ; la nomenclature en est très (4) Positions géographiques d'un grand nombre
40 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE d’ailleurs hors commerce — ne lui sont supérieures. La seule carte générale du Pélo ponèse plus précise qui ait été publiée depuis 1832 est celle que Philippson a ajoutée à l’ouvrage fondamental qu’il a consacré à la géographie de la presqu’île (1). De nombreuses cartes de détail ont vu le jour depuis, que nous signalerons au passage quand nous nous y reporterons. Mais l’instrument fondamental dont nous nous sommes servi dans nos voyages et dans nos recherches reste l’œuvre des savants français de l’Expédition de Morée, quels qu’en soient les défauts de détail. Elle a d’autre part pour nous cet avantage d’être, de toutes les cartes modernes, celle qui représente le pays avant les transformations de l’époque contemporaine. L’énumération des voyageurs touristes, archéologues, géographes, diplomates, qui ont parcouru le pays dans ce demi-siècle, demanderait plusieurs pages beaucoup n’ont laissé que des relations qui n’ajoutent rien à celles de leurs devanciers et surtout rares sont ceux qui ont pris soin de noter au passage l’existence de vestiges du Moyen Age et soupçonné l’intérêt qu’ils pouvaient présenter pour la connaissance de la période dont nous nous occupons. Il est légitime de rappeler ici le nom de Fauvel, qui vécut en Grèce jusqu’au début du xixe siècle, l’œuvre d’ALDENHOVEN (2) ; mais les auteurs auxquels nous aurons l’occasion de nous reporter le plus souvent sont Pouqueville, les Anglais Gell, Leake et Dodwell, l’Allemand Ross, Puillon-Boblaye : ; et naturellement Buchon. Pouqueville, à Tripolitsa en 1799, a parcouru la Grèce surtout en son Voyage de la Grèce est rempli d’indications utiles, de détails intéressants sur l’état actuel du pays à côté desquels certaines remarques surprennent par leur obscurité ou leur inexactitude manifeste, ce qui suggère quelques doutes sur la véracité générale de l’auteur et enlève par là même de l’intérêt à tous les rensei¬ gnements qu’aucun autre auteur ne confirme ; il a également utilisé les ouvrages des voyageurs qui ont connu la Grèce vers la même époque que lui, mais qui avaient publié leurs relations avant qu’il ne donne la seconde édition de son Voyage (3). Gell a voyagé en 1804-1805 (4), Leake en 1805 (5), Dodwell en 1801, 1805 et 1805, puis en 1806 prisonnier ; incomplète. Nous n’avons jamais eu entre les mains les cartes spéciales publiées à partir de 1932 par le Service cartographique de l’armée hellénique, au 20.000e, sous le titre de , , etc., et qui n’ont pas été mises dans le commerce. (1) A. Philippson, Topographische und hypsometrische Karte des Peloponnes, nach der Carte de la Grèce..., Paris 1852, den Britischen See-Karten sowie eigenen Aufnahmen und Hôhenmessungen, 4 feuilles au 300.000e, Berlin 1891, accompagnant l’ouvrage intitulé Der Peloponnes. Versuch einer Landeskunde auf geologischen Grundlage, Berlin 1892 ; plus précise pour le modelé que la carte française dont elle a corrigé quelques inexacti¬ tudes, elle est beaucoup moins riche pour la nomenclature. Une carte anglaise au 100.000e a été établie à la fin de la dernière guerre : elle donne surtout les noms officiels nouveaux des villages et indique peu de ruines ou de palaiakastra. L'Atlas des municipalités et communes de la Grèce , également au 100.000e, ne présente pas d’intérêt pour l’historien. (2) Aldenhoven, Itinéraire descriptif de VAliique et du Péloponèse , Athènes 1841. (3) F.-C.-H.-L. Pouqueville, Voyage de la Grèce , 2e édition, 6 vol., Paris 1820-1826: sur le Péloponèse, V, pp. 171-616, VI, pp. 1-74. Pour donner un exemple de remarque inattendue, il signale, V, p. 54, qu’Androusa ne garde aucun vestige de fortification ! L’ouvrage est accompagné d’une carte hors-texte par Barbié du Bocage. (4) William Gell, Narrative of Journey in the Morea , Londres 1823, — Itinerary of the Morea being a description of the routes of that peninsula, Londres 1817. (5) William Martin Leake, Travels in Morea , 3 vol., Londres 1830 ; il y ajoute les Peloponnesiaca, Londres 1846, qui contiennent des addenda, la correction de quelques erreurs, des notes et des additions sur l’histoire du Moyen Age, très négligée dans les Travels in Morea ; voir en particulier pp. 129 et 135-160.
INTRODUCTION, SOURCES 41 ET BIBLIOGRAPHIE premier n’est pas toujours sûr, le second offre une très riche moisson de renseignements, et Ton peut avoir une grande confiance dans le troisième, témoin savant et véridique. Ludwig Ross a connu la Grèce après son indépendance (2). Nous pourrons enfin consulter les relations de Fiedler, de Vischer, de Welcker et de Wyse (3). L’Expédition scientifique de Morée, dont nous avons signalé l’œuvre carto¬ graphique et son importance, n’a donné qu’une description assez décevante du pays mais accompagnée de planches souvent très utiles (4) ; c’est à l’un de ses membres, Puillon-Boblaye que nous devons le rapport le plus intéressant, paru en dehors de la publication officielle (5). Buchon (6) est naturellement le voyageur le plus attentif à la Grèce médiévale, mais nous avons à contrôler ses déductions souvent précipitées, dictées plus par l’enthousiasme de la découverte que par un esprit critique solide. Postérieurement à 1850, si nous laissons de côté les relations à caractère purement littéraire ou touristique, les voyages prennent le caractère d’une exploration archéolo¬ gique systématique, mais presque toujours limitée à un canton ; nous les citerons donc au passage quand nous aurons recours aux renseignements qu’ils peuvent apporter. Les œuvres générales sont des mises au point de nos connaissances relatives au Péloponèse antique comme celle d’Ernst Curtius (7), ou des descriptions géogra¬ phiques dans lesquelles les allusions à la géographie ou à l’histoire médiévales ne sont pas rares, et qui font connaître mieux les aspects divers et caractéristiques du pays, les rapports entre l’homme et le sol (8). Nous signalerons encore une série 1806 (1) ; si le A classical and topographical tour through Greece during the years 1801 , 1805 (1) Edward Dodwell, and 1806 , 2 vol., Londres 1819. (2) Ludwig Ross, Reisen und Reiseniouren durch Griechenland , I. Reisen im Peloponnes, Berlin 1841, — Reisen des Kônigs Otto und der Kônigin Amalie in Griechenland, Halle 1846-1848, nouv. éd. 1851. (3) K. G. Fiedler, Reise durch aile Teile des Kônigreiches Griechenland , 2 vol., Leipzig 1840-1841 ; — W. Vischer, Erinnerungen und Eindriicke aus Griechenland , Bâle, 1857, — 2eédit., Bâle 1875; — F. G. Welcker, Tagebuch einer griechischen Reise , 2 vol., 1865 ; — Sir T. Wyse, An excursion in the Peloponnesus in the year 1858, 2 vol., Londres 1865. (4) Les volumes qui nous ont le plus fourni de renseignements sont Expédition scientifique de Morée , Paris-Strasbourg, 1830-1838. Section des Sciences physiques : 1. Relation du voyage de la Commission Scientifique 4°, — II, lre partie, Géographie, par Bory de Saint-Vincent, 4°, — de Morée, par Bory de Saint-Vincent, Architecture et Sculpture, inscriptions et vues du Péloponèse, des Cyclades et de VAllique, mesurées, dessinées et publiées par A. Blouet, Ravoisié et Poirot, 3 vol. folio, — Atlas, folio, 1835, qui contient la carte. Puillon-Boblaye, (5) .-. Recherches géographiques sur les ruines de la Morée, Paris 1836. (6) A. Buchon, La Grèce continentale et la Morée, voyage , séjour et études historiques en 1840 et 1841 , Paris 1843 : sur la Morée, pp. 368-565. L’ouvrage doit être complété par Atlas des nouvelles recherches histo¬ riques, Paris 1845, qui donne des images trop romantiques et bien inexactes, il est vrai, des sites et des monu¬ ments visités (7) et décrits. E. Curtius, Peloponnesos, Eine historisch-geographische Beschreibung der Halbinsel, 2 vol., Gotha 1851-1852. (8) On peut citer J. Krause, Géographie der West - und Oslrômischen Kaiserschaft ab durch den Mittelalter bis zur Gründung des neuen griechischen Konigsreiches, dans Allgemeine Encyclopadie der Wissenschaften und Leipzig 1866, pp. 259-444, qui traite de notre sujet, mais de façon Künste d’ERSCH et Gruber, LXXXIII, trop générale pour apporter beaucoup de précisions sur le Péloponèse, — C. Bursian, Géographie von Grie¬ chenland, II, Gotha 1872, que nous citons souvent, — H. G. Lolling, Hellenische Landeskunde und Topographie , dans le Handbuch der Altertumswissenschaft d’Iwan von Müller, III, Nordlingen 1887, — Neumann-Partsch, >
42 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE d’ouvrages que nous avons consultés, ceux qui donnent les listes des lieux habités existant actuellement dans le Péloponèse, et les résultats des recensements officiels, en particulier ceux de 1907 et de 1928 (1). Il est possible que des documents intéressants restent encore inédits sinon ignorés (2) ; mais ce que Ton connaît aujourd’hui doit permettre, semble-t-il, de dresser un tableau assez complet de la principauté dans les différentes périodes de son existence. Problèmes de toponymie. — Il est souvent intéressant de rechercher l’origine des toponymes c’est un des moyens de savoir si un village a été fondé par les Francs ou existait avant eux. Nous devons donc signaler les ouvrages qui ont étudié l’étymo¬ logie des noms de lieu. Le problème qui a le plus attiré l’attention des érudits est celui de reconnaître les noms d’origine slave nous l’avons abordé ailleurs, en rappelant combien il a soulevé de discussions passionnées et nous avons énuméré à cette occasion les principaux ouvrages qui s’y rapportent (3). Nous nous contenterons donc ici de mentionner le plus récent et le plus complet, celui de Max Vasmer (4) ; nous aurons l’occasion, dans le cours de notre exposé, de citer les études plus spéciales consacrées à quelques noms seulement ou à une région. Les toponymes d’origine italienne ont été réunis et expliqués par Henri et Renée Kahane (5). Ces études de : ; Physikalische Géographie von Griechenland , Breslau 1885, d’un intérêt beaucoup plus étroitement limité aux problèmes géographiques, — la description brève mais intéressante de J. Sion dans la Géographie Universelle de P. Vidal de La Blache, VII, 2, Paris 1834, pp. 512-575. La description géographique la plus complète, accompagnée de nombreuses remarques sur l’évolution historique du pays, est celle d’A. Philippson, Der Peloponnes, que nous avons cité plus haut, et dont les matériaux ont été repris dans une publication systé¬ matique réalisée après la mort de Philippson par E. Kirsten, érudit lui-même très au courant de la géographie historique de la Grèce, sous le titre Die Griechische Landschaften, III, 1-2, Francfort 1959. (1) Parmi les ouvrages contenant le répertoire des lieux habités, citons I. P. Rangavès, Tà , , , , 3 vol. . , , Athènes 1853-1854, — I. Nouchakès, , Athènes 1885, 3e éd. 1901 : dans cette édition, le Péloponèse occupe les pp. 427-772; — , Athènes 1935. Nous avons spécialement utilisé G. Stéphanos, les recensements du début de ce siècle, antérieurs aux modifications profondes apportées dans la répartition de la population par l’évolution moderne. (2) Nous avons signalé les papiers de Fourmont et de Fauvel. Le Musée britannique n’a certainement pas livré tous ses secrets ; cependant F. W. Hasluck, Notes on manuscripts in the British museum relating to Levant geography and travel , BSA , XII, 1905-1906, pp. 196-215, et Supplementary Notes..., BSA , XIII, 1906 1907, pp. 339-347, ne signale rien qui se rapporte en particulier au Péloponèse. La Bibliothèque Saint-Marc ou les Archives de Venise contiennent d’abondants documents, des plans et des cartes, dont les publications de Sathas ou les rapports des provéditeurs ne constituent qu’une partie. Cf. les articles déjà cités de Sp. Théo tokis, ., Ill, 1930, pp. 348 et suiv., — IV, pp. 173-190, 399, 434, — V, 1932, pp. 17-38. Nous reviendrons sur les plans conservés aujourd’hui à la Bibliothèque Gennadeion à Athènes. (3) Pél. byz., pp. 55-64. (4) M. Vasmer, Die Slaven in Griechenland, Abhandl. der preuss. Akademie der Wissenschaffen, 1941, Philos.-hist. Klasse, n° 12, Berlin 1941 ; voir la bibliographie critique, pp. 1-10, et sur le Péloponèse, pp. 123 174. Les résultats en ont été en particulier discutés par D. I. Georgakas, Beitrâge zur Deutung als slavisch erklàrter Ortsnamen, BZ, XLI, 1941, pp. 351-381. (5) H. et R. Kahane, Italienische Ortsnamen in Griechenland, T. u. Forsch ., XXXVI, Athènes 1940, dont l’information historique est loin d’être toujours suffisante. Quelques remarques ont été faites par D. I. Georgakas, Italian place-names in Greece and place-names from italian loanwords, Beitrâge zur Namen forschung, I, 1950, pp. 149-170. Un nombre considérable d’articles de détail ont été publiés que nous citerons à propos des toponymes que nous relèverons.
INTRODUCTION, SOURCES 43 ET BIBLIOGRAPHIE toponymie sont particulièrement délicates, parce qu'elles exigent à la fois des connais¬ sances linguistiques et historiques : ne prétendant pas posséder une compétence particulière dans le domaine linguistique, nous chercherons surtout à mettre en valeur, quand les opinions sont partagées, les arguments historiques qui peuvent être en faveur de l'une ou de l'autre. BIBLIOGRAPHIE ARCHEOLOGIQUE Si nous abordons l'étude archéologique, nous constatons que les monuments construits par les Francs en Morée aux xme, xive et xve siècles ne sont point inconnus ils ont déjà été, pour la plupart, visités et parfois étudiés. Nous avons eu l’occasion de relever des ruines de petites forteresses que personne n'avait encore signalées, mais les monuments importants ont attiré l'attention depuis longtemps. Nombreux sont d'ailleurs les châteaux, au moins parmi les plus ; grands, qui ont continué à être utilisés jusqu'au xvme, voire jusqu'à l'époque contemporaine (1). Aussi trouve-t-on des indications sur l'état des bâtiments et les travaux qui ont pu y être faits dans les documents vénitiens de 1686-1715, dessins ou rapports des provéditeurs que nous avons déjà cités. Les voyageurs ont parfois eu quelques regards pour ces monuments ; les relations qui sont le plus riches en indications sur les constructions médiévales de l’époque franque sont celles de Leake, en particulier le supplément qu'il publia sous le titre de Peloponnesiaca , tout spécial est, bien entendu, celle et de Pouqueville de Dodwell ; d’un intérêt de Buchon, La Grèce continentale et la Morée illustrée par les planches de V Allas des nouvelles recherches historiques, malheureusement trop inexactes. Si Expédition Scientifique de Morée décrit rarement ces monuments, elle en a publié de nombreuses vues, des plans et des dessins en général très précis qui gardent tout leur intérêt. La plus ancienne étude spécialement consacrée au sujet (2) est, à notre connais¬ Die frânkischen Bauten in Morea Beilage zur sance, un bref article d’A. Boetticher, Allgemeine Zeitung 1885, qui parle en particulier d’Isova. H. F. Tozer a dit quelques mots des monuments et des sites dans son article, The Franks in the Peloponnese , JHS IV, 1883, en particulier dans la 3e partie Topographical notices pp. 207-232. Mais les études d'ensemble les plus importantes sont celles de Ramsay Traquair qui s'est occupé successivement des châteaux dans les articles suivants Laconia , I. The Mediaeval Fortresses, BSA XII, 1905-1906, pp. 259-276, — Mediaeval Fortresses of the north-western Peloponnesus , BSA XIII, 1906-1907, pp. 268-28, — et des églises , , , , : , : , , (1) Le château de Patras a été occupé par l’autorité militaire jusqu’à la guerre 1939-1945 ; celui de Kalamata était fermé au public dans les années qui ont suivi en 1945 ; quant à l’Acronauplie, nous n’avons jamais pu la visiter entièrement. (2) Ni Lenoir, Architecture monastique , Documents inédits, Paris 1856, pp. 259-260, qui cite Daphni, la Pantanassa, Sainte-Paraskevè de Chalkis, ni G. Enlart, Quelques monuments d'architecture gothique en Grèce , Revue de l'art chrétien , 4e série, VIII, 1897, pp. 309-314, qui étudie Daphni, la Pantanassa de Mistra, l’église de Chalkis et l’Hypapantè d’Athènes (aujourd’hui détruite), ne s’occupent des monuments proprement francs de Morée.
44 INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE dans Frankish Architecture in Greece , The Journal of the Royal Institute of British Architects , 3e série, XXXI, 1923-1924, pp. 33-48, 73-86 ; les monuments d’art militaire n’ont fait l’objet que d’une étude rapide, illustrée de plans sommaires et de photo¬ graphies peu nombreuses mais les monuments religieux ont été décrits avec plus de soin : Traquair en a donné des plans et des dessins de détail très complets et exacts en général : nous aurons souvent l’occasion de faire appel à ces publications. Nous nous reporterons également souvent au livre de Kevin Andrews, Castles of the Morea Gennadeion Monographs, IV, Princeton N. J. 1953 où est publiée une série de quarante et un plans réunis sous le titre : Raccolta delli desegni delta pianta di tulle le piazze del Regno di Morea e parle delli porti dello stesso , actuellement conservée à la Bibliothèque Gennadeion à Athènes ; ces dessins ont été exécutés dans la période de la fin du xvne et du début du xvme siècle, en grande partie pour Francesco Gri mani ; K. Andrews les a étudiés avec beaucoup de soin et a donné pour chaque forteresse représentée un historique et une description en général bien documentés (1). Enfin il est indispensable d’indiquer les ouvrages généraux sur l’archéologie médiévale et les publications de monuments, auxquels nous nous sommes souvent reporté en étudiant les ruines de la Morée. Dans l’impossibilité de donner une biblio¬ graphie même succincte sur l’archéologie du Moyen Age occidental, nous nous bornons à citer le Manuel d'archéologie française depuis les temps mérovingiens jusqu'à la Renaissance , de C. Enlart, 2e édition : Ire partie, Architecture religieuse , Paris 1921. — IIe partie, Architecture civile et militaire , 1. Architecture civile , 1929, — 2. Architecture militaire et navale revue par J. Verrier, 1932. Des comparaisons sont nécessaires avec les monuments d’Orient et avec ceux d’Italie ; pour les premiers, les publications suivantes nous ont paru les plus précieuses : E. G. Rey, Études sur les monuments de l'architecture militaire des Croisés en Syrie et dans l'île de Chypre , Collection des documents inédits de l’Histoire de France, Paris 1871. — C. Enlart, L'art gothique et de la Renaissance en Chypre 2 vol., Paris 1899, — et Les monuments des Croisés dans le royaume de Jérusalem. Architecture religieuse et civile 2 vol. de texte et 2 vol. Paris 1925-1928 ; — enfin les études remarquables de planches, BAH , VII-VIII, pour l’architecture militaire de P. Deschamps, Les châteaux des Croisés en Terre Sainte , I. Le Crac des Chevaliers. Étude historique et archéologique texte et album (avec la collaboration de Fr. Anus), — II. La défense du royaume de Jérusalem. Étude historique , géographique et monumentale, texte et album (avec la collaboration de Fr. Anus et P. Coupel), BAH , XIX et XXXIV, Paris 1934-1939 (2). Sur les monu¬ ments italiens, nous avons consulté C. Enlart, Origines françaises de l'architecture gothique en Italie , BEFAR , LXVI, Paris 1894, — E. Bertaüx, L'art dans l'Italie ; , , , , , (1) Nous mentionnerons les études sur des monuments particuliers en décrivant ces monuments. Comme ouvrages généraux, nous signalons encore A. Struck, Misira, eine miltelalterliche Ruinenstadt, Leipzig 1910, qui, à propos de Mistra, dit quelques mots des autres ruines médiévales de Morée, — Ath. Tarsoulè, , Athènes s. d. (1934), description aimable abondamment illustrée de dessins et de reproductions de gravures anciennes, — l’illustration photographique de l’édition de la Chronique grecque , , janv.-févr. N. K. Moutsopoulos, de P. Kalonaros, 13-32. 1960, . (2) Les éléments les plus intéressants des deux ouvrages de C. Enlart et de P. Deschamps sur les monu¬ ments de Terre Sainte sont réunis dans le volume Terre Sainte romane , texte de P. Deschamps, coll. La nuit des temps, 21, La Pierre qui Vire 1964.
INTRODUCTION, SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 45 méridionale , 2 vol., Paris 1904, — A. Haseloff, Die Bauten der Hohenstaufen in Unteritalien texte et album (avec la collaboration de E. Schulz et Ph. Langewand), Leipzig 1920, et 3 fasc. de supplément par E. Sthamer : I. Die Verwaltung der Kaslelle im Kônigreiche Sizilien unter Kaiser Friedrich IL und Karl I. von Anjou , 1914, — IL Dokumente zur Geschichte der Kasiellbauten Kaiser Friedrichs IL und Karls L von Anjou , 1. Capitanata 1912, — III. Geschichte der Kasiellbauten Kaiser Friedrichs IL und Karls L von Anjou. 2. Apulien und Basilicata , 1926, publié par le Koniglicher Preussicher Historischer Institut in Rom. Dans un autre domaine, G. Gerola, Monumenii veneii nelV Isola di Creia. Ricerche e descrizione fatte per incarico del R. Istituto veneto di scienze, lettere ed arti, 3 vol. en 4, Venise 1905-1917 et Bergame 1932, bien que donnant surtout des monuments postérieurs, permet quelques compa¬ raisons. Enfin nous nous permettons de rappeler que nous avons publié nous-même des études consacrées aux châteaux de Grèce centrale, et à l’Acrocorinthe (1). , , Monnaies. Sceaux. Armoiries. — Une dernière catégorie de sources doit retenir notre attention, ce sont les monnaies et les sceaux. Les monnaies, signalées pour la première fois en 1841 par F. de Saulcy (2), ont été classées et étudiées par G. Schlum berger, dans sa Numismatique de V Orient latin, publiée pour la Société de lOrient latin, Paris 1878 (sur la principauté, pp. 285-328), et volume de supplément et index, 1882. Il n’y a pas eu d’autres publications d’ensemble ; mais les trouvailles faites au cours des fouilles américaines à Corinthe ont été régulièrement publiées (3) ; d’autre part une étude très précise des trésors trouvés en Grèce et contenant des monnaies de la principauté a été faite par D. M. Metcalf, The Currency of the deniers tournois in Frankish Greece BSA, LV, 1960, pp. 38-59. Les monnaies ont été d’abord frappées à Corinthe, puis à Clarence, où furent frappés en particulier les deniers tournois. D’après Sanudo (4), c’est le roi saint Louis qui en 1249 aurait concédé au prince Guillaume de Villehardouin le droit de frapper ce type de monnaies ; ce témoignage avait été admis par Schlumberger, mais D. M. Metcalf, d’après l’examen des trésors monétaires, a montré que l’émission des deniers tournois ne commence que plus tard à Clarence et ne devint abondante qu’après 1278, quand la principauté fut placée sous le gouvernement direct du roi Charles Ier d’Anjou. Le monnayage prit fin à l’époque du prince Robert de Tarente, après 1334 (5). , (1) A. Bon, Les forteresses médiévales de la Grèce centrale, BCH, LXI, 1937, pp. 136-208, pl. xv-xxi complété par une Note additionnelle, BCH, LXII, 1938, pp. 441-442 ; et The medieval fortifications of Acrocorinth and vicinity, dans Corinth, III, 2, Cambridge Mass. 1936, pp. 128-281. (2) F. de Saulcy, Monnaies des barons français qui, après la prise de Constantinople en 1204 , fondèrent des États héréditaires dans les provinces démembrées de Vempire grec, I. Princes d'Achaïe, RN, 1841, pp. 285-321, pl. XVI-XVII, cf. du même auteur Numismatique des croisades, Paris 1847, pp. 115-172. N. Marchant, Mélanges de numismatique et d'histoire ou correspondance sur les médailles et monnaies des empereurs d'Orient, des princes croisés d'Asie, des barons français établis en Grèce..., Paris 1818, ne nous a pas été accessible. pp. 66-67, — (3) V. Corinth, III, 1, Acrocorinth. Excavations in 1926, The coins, par A. R. Bellinger, VI, Coins 1896-1929, par Katherine M. Edwards, pp. 12, 152-154; — Katherine M. Edwards, Coins found at Corinth 1930-1635, Hesp., VI, 1937, pp. 250, 256, — Josephina M. Harris, Coins found at Corinth 1936-1939 , Hesp., X, 1941, . 154. (4) Sanudo, Istoria di Romania, p. 102. (5) Cf. D. M. Metcalf, Coinage in the Balkans 830-1355, Inst. d’Et. balkaniques, n° 80, Thessalonique 1965, pp. 219-228.
46 INTRODUCTION, SOURCES ET BIRLIOGRAPHIE L’étude des sceaux avait été entreprise par G. Schlumberger ; continuée par F. Chalandon, elle a été achevée et publiée par A. Blanchet, Sigillographie de l’Orient latin, BAH, XXXVII, Paris 1943 (1). Nous rapprochons de ces documents les quelques blasons armoriés que nous avons pu relever en Morée les Francs n’ont que très rarement gravé leurs armes dans la pierre pas plus qu’ils n’ont laissé d’inscriptions rappelant leurs noms ou des faits de leur histoire (2). : (1) G. Schlumberger avait déjà publié un certain nombre de sceaux dans divers articles ou brochures : Sceaux et bulles des empereurs de Constantinople , dans le Bulletin Monumental , 1890, et en brochure, Caen 1890, — Sceaux des feudalaires et du clergé de empire latin de Constantinople , Caen 1898. Quelques-uns figurent également dans V Atlas des nouvelles recherches historiques de Buchon. Un nouvel exemplaire du sceau de Foulque Sigillographie , p. 238, de Villaret, grand maître de l’Ordre des Hospitaliers (1310-1319), cf. Schlumberger, n°3 197-199, pi. XI, 12, a été trouvé en 1960 près de Léchaina en Ëlide ; nous en donnons pl. 32, 1, la photographie qui nous a été aimablement communiquée par M. D. Psychogios. (2) A. Bon, Pierres inscrites ou armoriées de la Morée franque , , 2e série, IV (Mélanges G. Sotériou), 1964, pp. 89-102. ADDENDUM Les délais d’impression de cet ouvrage nous ont permis d’insérer dans le texte quelques références à des travaux parus postérieurement à 1965 Nous tenons à signaler encore ici deux articles dont nous avons eu connaissance au moment de donner le bon à tirer, sans avoir pu les utiliser : N. Moutsopoulos et G. Dèmètrokallès, Bibliographie principale des châteaux-forts de la Grèce Annales ), XXXVII, fasc. 500, pp. 145-148, bibliographie établie techniques ( à l’occasion du congrès de l’ Internationales Burgen-Institut», tenu à Athènes en avril 1968 ; — l’importante étude de D. Jacoby, Quelques considérations sur les versions de la «Chronique de Morée», JS, 1968, pp. 133-189. ,
PREMIÈRE PARTIE RECHERCHES HISTORIQUES

Entre 1205 et 1430, la principauté d’Achaïe est successivement gouvernée par les princes de Villehardouin, puis soumise à l’autorité des Angevins de Naples, enfin disputée par des prétendants et des usurpateurs ces trois étapes ont leur signification pour son histoire territoriale et pour celle de la société qui, autour des princes, ne cesse de se renouveler. Après les quatre ou cinq premières années (1205 1209) où la conquête est dirigée par Guillaume de Champlitte, déjà appelé prince d’Achaïe, Geoffroy de Villehardouin, neveu du maréchal de Champagne et de Romanie, devient prince à son tour ; la première période de l’histoire de la principauté correspond aux règnes de Geoffroy (1209-1228) et de ses deux fils, Geoffroy II (1228 1246) et Guillaume (1246-1278) : c’est de beaucoup la plus brillante ; vers le milieu du siècle, la conquête étant achevée, la principauté est pendant quelques années l’État le plus fort de l’Orient latin. Mais cet apogée est bref. L’esprit aventureux : du prince Guillaume le conduisit à une défaite grave en 1259 prisonnier, il dut racheter sa liberté en abandonnant une partie du territoire, le sud-est du Péloponèse. L’empire latin de Constantinople s’étant effondré vers la même époque, Guillaume crut bien faire de chercher l’appui d’un nouveau souverain, le roi de Sicile, Charles Ier d’Anjou (1267), décision d’autant plus lourde de conséquences que le prince mourut ; sans héritier mâle. Alors commence une seconde période qui va de 1278 à 1364 et où la date de 1318 marque une étape. La principauté, en butte aux attaques des Grecs établis à nouveau dans le Péloponèse, dépend directement d’un souverain régnant en Italie, ayant trop de soucis ou d’ambitions pour suivre régulièrement les affaires de Morée, et dont les intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux de ce pays. Il gouverne de loin, le plus souvent par des baux dont la plupart sont étrangers et ne connaissent bien ni les hommes, ni les coutumes, ni les besoins. Toutefois, pendant quarante ans encore, la fille et la petite-fille de Guillaume de Villehardouin participent au gouver¬ nement de la Morée et, tant qu’elles restent à sa tête, les seigneurs se montrent en général loyalement attachés aux héritières de ceux qui ont fait la grandeur de la
50 RECHERCHES HISTORIQUES principauté. Mais, dès que l’ambition des souverains angevins a éliminé la seconde qui quitte définitivement le pays en 1318, et avant même qu’elle ne soit déclarée déchue de ses droits en 1322, se manifeste la défiance des seigneurs à l’égard des princes angevins et apparaissent les premiers signes de désagrégation. On entre alors dans une période moins heureuse, où surgissent des difficultés de toutes sortes, luttes avec les puissances voisines, Grecs, Catalans, et bientôt avec les Turcs, révoltes ou conflits intérieurs, compétitions entre des prétendants divers. En principe les princes angevins se maintiennent à la tête de la principauté jusqu’en 1383, mais dès 1364 commence l’ère des conflits ouverts et permanents qui constitue la dernière période de l’histoire de la principauté. Réduite alors à un territoire sans cesse plus petit, elle devient le champ où s’affrontent les ambitions et les intérêts les plus divers, sans souci, semble-t-il, des ennemis les plus redoutables qui la menacent, les Turcs. Les derniers restes disparaissent sans bruit, en 1430, absorbés plutôt que conquis par les despotes grecs de la famille des Paléologues, eux-mêmes dépossédés par les Turcs trente ans plus tard.
CHAPITRE PREMIER LA CONQUÊTE 1205-1250 La principauté (TAchaïe ou de Morée, ainsi appelée du nom qui avait désigné la province romaine, puis la province ecclésiastique, ou d'un nom nouveau et populaire qui remplace celui de Péloponèse connu des seuls lettrés byzantins, s'est constituée sur les ruines de l'empire byzantin détruit par la quatrième croisade. Les croisés, se laissant détourner de leur but, étaient venus à Byzànce rétablir sur son trône Isaac II Ange chassé par son frère Alexis III. Isaac restauré, les rapports entre croisés et Byzantins ne tardèrent pas à se gâter ; dès la fin de 1203, on en vint à une lutte ouverte. Le 12 avril 1204, les croisés et les Vénitiens prirent Constantinople, décidés désormais à garder la capitale et à se partager l’empire des basileis. Baudouin, comte de Flandre, fut élu empereur et la conquête des provinces byzantines fut entreprise. Vers l'est, en Asie mineure, les chevaliers occidentaux se heurtèrent à des résistances qu'ils ne purent briser : c'est là que se maintinrent les héritiers des empereurs grecs, à Nicée et à Trébizonde. Vers l'ouest et vers le sud, les croisés prirent au contraire assez facilement possession de la Thrace, de la Macédoine et de la plus grande partie de la péninsule balkanique jusqu’au Péloponèse. La conquête de cette dernière province ne fut complètement achevée que vers le milieu du siècle, entre 1246 et 1250 ; mais déjà au bout de cinq ou six ans les Francs avaient réussi à occuper la plus grande partie de la péninsule et à y établir une principauté solidement organisée. Le Péloponèse dans le partage de l’empire. — A qui le Péloponèse devait-il échoir dans le partage de l'empire byzantin? Comment et par qui fut-il en réalité occupé ? Quelle fut la place de la Morée dans l’empire latin nouvellement constitué ? Telles sont les questions qu'il faut examiner d'abord et dont la solution peut être considérée comme fixée dans l’hiver 1209-1210. Sous les murs de Constantinople, qu'ils assiégeaient pour la seconde fois, les croisés et les Vénitiens firent, dans le cours du mois de mars 1204, une convention pour régler le partage qu'il y aurait lieu de réaliser quand ils se seraient rendus maîtres de la capitale : pour les terres, le principe admis fut d'en accorder un quart à celui
52 RECHERCHES HISTORIQUES qui serait élu empereur, et de diviser les trois autres quarts en deux moitiés égales destinées Tune à Venise, l’autre à l’armée des croisés ; quiconque le désirerait pourrait se retirer et rentrer chez lui à partir de la fin de mars 1205 ; tous ceux qui resteraient et auraient reçu des terres seraient vassaux de l’empereur (1). La répartition détaillée des territoires, dont la plus grande partie restait à conquérir, ne semble pas avoir été faite dès ce moment de façon complète. En outre, avant l’élection au trône impérial auquel pouvaient prétendre Boniface, marquis de Montferrat, et Baudouin, comte de Flandre, il fut convenu entre eux d’attribuer à titre de compensation à celui qui ne serait pas élu « la terre de l’autre côté du Bras vers la Turquie et l’île de Grèce » (2). Baudouin étant devenu empereur au début de mai 1204, Boniface de Montferrat, qui venait d’épouser la veuve d’ Isaac Ange, la princesse Marie (ou Marguerite) de Hongrie, réclama et obtint au lieu de l’Asie mineure la région de Thessalonique ; il ne l’occupa en fait, avec le titre de roi, que dans le cours de l’été, après un conflit avec l’empereur, lequel faillit dégénérer en une véritable guerre (3). Quant à « l’île de Grèce », cette expression doit désigner la Grèce classique et plus particulièrement le Péloponèse, encore non occupés (4). C’est vers cette époque, et déjà à l’automne de 1204, que Vénitiens et croisés commencèrent à étendre leurs conquêtes et à occuper effectivement les territoires byzantins (5). La convention de mars n’avait fait qu’énoncer les principes suivant lesquels serait fait le partage. Depuis lors une commission de vingt-quatre répartiteurs avait préparé la distribution des terres entre les vainqueurs ; ses travaux durèrent de la fin de mai à la fin de septembre et les résultats en furent consignés dans un acte fixant de façon précise la part de chacun, d’abord dans les régions réellement occupées, puis dans celles qui restaient à conquérir ; dans cette partitio Romaniae sont énumérés les territoires attribués à l’empereur, ceux qui revenaient aux Vénitiens et ceux de l’armée des croisés (6). Mais tout n’y est pas parfaitement clair pour nous ; les listes (1) Le texte a été publié par Tafel et Thomas, Urkunden , I, pp. 445-452 ; d’autres textes font allusion au traité : Innocent III, Ep., VII, 206 (29 janvier 1205), PL, GGXV, col. 519-521, Tafel et Thomas, Urkunden , I, pp. 529-531 ; — G. de Villehardouin, La conquête de Constantinople , § 234, éd. Faral, II, pp. 34-36 et . 1, se contente d’indiquer le principe du partage ; — R. de Gléry, La conquête de Constantinople, § 66, éd. Ph. Lauer, pp. 68-69, en donne quelques clauses ; — André Dandolo, Chronicum Venetum, RIS, XII, col. 326. Innocent III. Cf. E. Gerland, Geschichte des laieinischen Kaiserreiches, I, p. 30 et n. 2 ; — A. Luchaire, La question d'Orient, pp. 129, 138 et suiv. ; — Longnon, L'empire latin, p. 44 ; — Thiriet, Romanie vénitienne , p. 73. (2) Villehardouin, § 258, éd. Faral, II, pp. 64-65. (3) Villehardouin, §§ 264, 277-279, éd. Faral, II, pp. 70-73, 85-107 ; — Gléry, §§ 99, 110, éd. Lauer, pp. 97-98, 104-105, — Nicétas Ghoniate, Urbs capta, 7, CSHB, pp. 792-793. (4) Il ne peut s’agir de la Crète qui avait fait également partie des possessions de Boniface, mais parce qu’elle lui avait été donnée par Alexis IV ; Boniface l’avait cédée dès août 1204 à Venise, cf. infra, p. 54, n. (5) A la fin de septembre d’après Villehardouin, §§ 302-305, éd. Faral, II, pp. 110 et suiv. ; -— Cléry, §§ 107, 110-111, éd. Lauer, pp. 102 et suiv. (6) La liste des terres attribuées à chacun, conservée dans le Liber Albus et dans le Liber Paciorum, est publiée dans Tafel et Thomas, Urkunden, I, pp. 464-488 ; le texte est aussi reproduit d’après Muratori, RIS, XII, col. 328 et suiv., et d’après Paulus Ramnusius, De bello Consianlinopoliiano, 2e éd., Venise 1634, pp. 159 et suiv., par Th.-L.-F. Tafel, Symbolarum criticarum geographiam byzantinam speciantium Pars II, Abhandl. d. III. Kl. d. kôn. Ak. d. Wiss. von Bayern, V, 3, Munich 1849, avec les extraits des historiens anciens se rapportant à cet acte et avec un commentaire géographique. Voir aussi Martino da Canale, La chronique des Veniciens, chap. 56-61, ASI, VIII, 1845, pp. 340 et suiv. ; — Marino Sanudo Torsello, Sécréta fidelium crucis, éd. Bongars, p. 293, ces deux derniers textes reproduits par Tafel et Thomas, Urkunden, I, pp. 493-501 ; cf. Thiriet, Romanie vénitienne, p. 76, . 1.
LA CONQUÊTE 53 passent en particulier sous silence certains territoires qui doivent correspondre à la part de Boniface de Montferrat (1), et surtout elles ne semblent pas toujours s’accorder avec les faits ultérieurs, ce qui laisse supposer qu’elles ne furent pas partout scrupu¬ leusement respectées. Ce qui nous intéresse est de savoir à qui devait revenir le Péloponèse. En Grèce, aucune terre n’était réservée à l’empereur. La part des croisés comprenait, outre la Macédoine, la Thessalie c’est-à-dire les régions qui s’étendent à l’est de la ligne des plus hauts sommets de la chaîne du Pinde, depuis les abords de Thessalonique qui appartenait à Boniface ; au sud, les noms cités indiquent qu’elle englobait la vallée du Spercheios et, plus loin, l’Attique et Mégare. Venise au contraire s’était fait attribuer toute la partie occidentale de la péninsule balkanique qui regarde l’Adria¬ tique ou la mer Ionienne, de l’Albanie à l’Acarnanie, puis, dans l’Archipel, le tiers nord et le tiers sud de l’Eubée, Andros, Salamine et Égine, enfin le Péloponèse où sont mentionnées les provinces de Lacédémone, Kalavryta, Patras et Modon (2). On peut comparer ces indications avec celles d’un autre document précieux pour la connaissance de la géographie de ces pays, le chrysobulle de 1198, dans lequel sont énumérés les lieux où Alexis III avait accordé aux Vénitiens la liberté de trafiquer (3) on constate que, dans l’acte définissant la part de Venise et celle des croisés, ne figurent ainsi pas certaines régions ou villes importantes, mentionnées dans le chrysobulle sont omises les régions d’Argos, de Nauplie et de Corinthe pour le Péloponèse, de Thèbes pour la Grèce centrale et de Chalkis pour l’Eubée, de même que dans la Grèce du Nord était passée sous silence une vaste partie de la Macédoine et de la Thrace dont on sait qu’elle dépendait de Boniface roi de Thessalonique ; aussi y a-t-il tout lieu de croire que la Grèce centrale de la vallée du Spercheios à l’Attique, la partie moyenne de l’Eubée et le nord-est du Péloponèse, ne revenant ni à Venise ni aux croisés, entraient de même dans la part de Boniface (4). ; : (1) La part de Boniface aurait dû logiquement être prise, semble t-il, sur celle des croisés ; Cléry, §§ 99, éd. Lauer, p. 97, laisse supposer qu’il a pu y avoir en effet des discussions sur l’attribution à Boniface de terres comprises dans la part des croisés ou de Venise, bien que Villehardouin n’en parle pas. — La question du partage de 1204 a été étudiée avec précision par J. Longnon, Problèmes de V histoire de la Principauté de Moréey JS, 1946, pp. 81-85 ; nous adoptons ses conclusions que résume sa carte p. 80 ; pour la part de Venise, v. Thiriet, Romanie vénitienne , carte p. 77. (2) Voici le passage qui concerne le Péloponèse ; nous plaçons entre parenthèses ce qui n’appartient pas à la presqu’île : « Pars secunda domini Ducis et communis Venetiae. Prouintia Lakedemonie, micra et megali episkepsis, i.e. parva et magna pertinentia. Kalabrita (Ostrouos. Oreos. Caristos . Andrus. Egina et Culuris. Zachintos et Kefalinia. Prouincia Colonie cum Cycladibus. Nisia. Pertinentia Lopadi). Orium Patron et Methonis, cum omnibus suis, scilicet pertinentiis de Brana, Pertinentia de Cantacuzino, et cum uillis Kyrecherinis , filie Imperatoris Kyrialexii cum uillis de Molineti , de Pantocraiora , et de ceteris monasteriorum, siue quibusdam uillis, que sunt in ipsis, scilicet de micri et megali episkepsi, i.e. de parva et magna pertinentia », Tafel et Thomas, Urkunden, I, pp. 468-470. (3) Sur ce chrysobulle, publié par Tafel et Thomas, Urkunden, I, pp. 248-278, et dans Jus Graeco Romanum, III, pp. 553-569 (éd. Zépos, I, pp. 469-480), v. Pél. byz., p. 81 et . 1, avec la bibliographie. Il a XXI, 1951, pp. 179-209, qui le compare avec la partitio été étudié à nouveau par D. A. Zakythènos, , Romaniae. Makri, la remarque a été faite par Tafel ; J. Longnon, l. I., pp. 79-81, la Grèce centrale et au Péloponèse. Cette solution du partage de la presqu’île entre Venise et Boniface a l’avantage de faire disparaître la contradiction que présentent les textes de Villehardouin et de Cléry. Villehardouin, §§ 258 et 264, éd. Faral, II, pp. 64-65, 70-71, parle deux fois de l’attribution à celui de Boniface ou de Baudouin qui ne serait pas empereur de l’ île de Grèce », qu’il est vraisemblable d’identifier (4) Pour la région de Thessalonique à l’a étendue à
54 RECHERCHES HISTORIQUES Venise s’était réservé une part considérable ; il est évident que, quelle que fût était hors d’état de l’occuper effectivement tout entière ; il s’agissait pour elle d’obtenir des garanties lui assurant le plus d’avantages possible pour son commerce, c’est-à-dire le contrôle d’une grande longueur de côtes et de nombreuses îles avec de bons ports d’escale. Cependant Boniface n’outrepassa pas ses droits en franchissant l’isthme de Corinthe : son armée n’alla pas au-delà de Corinthe, d’Argos et de Nauplie que le roi de Thessalonique pouvait légitimement considérer comme siennes. La conquête du Péloponèse et l’organisation d’une principauté ne se sont donc pas faites conformément au partage de 1204 et Venise s’efforça après coup de faire reconnaître ses droits sur la partie de la presqu’île qui aurait dû lui revenir. sa puissance, elle Campagne de Boniface de Montïerrat et arrivée de Geoffroy de Villehardouin. — La conquête du Péloponèse fut le résultat de la rencontre de deux initiatives diffé¬ rentes : celle du roi de Thessalonique conforme aux accords, et celle d’un petit groupe isolé sous la direction de Geoffroy de Villehardouin, neveu et homonyme du célèbre chroniqueur. De préférence au récit de la Chronique de Morée très fantaisiste et posté¬ rieur d’un siècle au moins, nous acceptons pour ces débuts de la conquête les indications de Nicétas Choniate et de Geoffroy de Villehardouin (1). A l’automne de 1204, Boniface de Montferrat, ayant pris possession de sa capitale Thessalonique, partit en campagne pour conquérir le pays qui revenait tant à lui qu’à ses compagnons. Dans cette marche vers le sud à travers la Thessalie et la Grèce centrale en direction du Péloponèse, le nouveau roi ne rencontra pour ainsi dire pas de résistance. Aucun récit ne fait allusion à la présence de garnisons byzantines : la chute de la capitale avait suffi à ruiner toute l’organisation impériale dans ces provinces. L’empereur détrôné, Alexis III Ange, ne trouva personne pour le défendre contre les Francs à Mosynopolis, ni à Larissa en Thessalie, d’où il dut s’enfuir devant l’armée de Boniface, ce qui n’empêcha pas ce dernier de le faire prisonnier (2). Les résistances ne pouvaient être le fait que d’éléments locaux. Or la plupart des Grecs se soumirent sans difficulté dès que les Francs se présentèrent (3) ; la situation poli avec le Péloponèse. Cléry, § 111, éd. Lauer, p. 105, cite « l’isle de Mosson » (Modon) à côté de « l’isle de Crète » et de « l’isle de Corfaut » comme faisant partie des possessions de Venise ; l’île de Modon est le Péloponèse ; MGH, SS, XXIII, pp. 880, 885, 906 : insula on retrouve l’expression chez Aubri des Trois-Fontaines, Montionis. Boniface avait reçu par ailleurs d’Alexis IV le droit d’occuper la Crète, mais il l’avait cédée à Venise par un traité conclu le 12 août 1204, cf. Thiriet, op. cit., p. 75, 76 et . 1. Il n’est pas nécessaire, pour justifier la poussée de Boniface jusqu’à Corinthe, de supposer qu’il ait obtenu cette région des Vénitiens « comme source du revenu annuel de 10.000 hyperpères qu’ils lui avaient promis en échange de la Crète par le traité du 12 août, comme le fait E. Faral, édit, de Villehardouin, , p. 135 . 1 ; cf. ibid., p. 91 . 1, et RH, CLXXVII, 1936, p. 580 ; le traité fait allusion à une aide de Venise pour l’acquisition d’un territoire assurant ce revenu, non à une cession de territoire en échange de la Crète. (1) V. L. delà conq., §§ 88 et suiv. ; — Chron. gr., vv. 1340 et suiv. ; — Cron, di M., pp. 422 et suiv. ; — L. de los fech., § 89 et suiv. : nous signalerons ci-dessous les erreurs nombreuses et souvent grossières de la Chronique, cf. également supra, pp. 17-18; — Nicétas Choniate, Urbs capta, 8, 9, 15, CSHB, pp. 794 795, 799, 807, 840-842. Villehardouin raconte l’expédition de Boniface, §§ 301, 324, 331, 332, puis l’arrivée de son neveu et la conquête du Péloponèse, §§ 325-330 ; sur le chroniqueur et son œuvre, cf. » supra, p. 14. (2) Sur Alexis III, cf. Villehardouin, § 309, éd. Faral, II, pp. 116-119. E. Faral a réuni pp. 117-119 n. 5, les références aux sources qui nous renseignent sur le sort de l’ex-empereur. (3) Villehardouin, § 301, éd. Faral, II, p. 108. Cf. Nicétas Choniate, Urbs capta, 7, CSHB, pp. 794 795 ; cet auteur traite les Grecs qui prirent le parti de Boniface de «traîtres» et les rend responsables de la facilité avec laquelle le roi s’empara du pays.
LA CONQUÊTE 55 tique et sociale des provinces byzantines explique suffisamment que les populations grecques n’aient fait aucun effort concerté pour arrêter ou repousser l’armée des croisés : le peuple n’avait aucun attachement pour le régime qui s’écroulait; les grands propriétaires estimaient de leur intérêt de chercher à s’entendre avec les nouveaux occupants, pour essayer de garder la jouissance de leurs terres. Rares devaient être ceux qui prendraient les armes, et seules les villes fortifiées avaient quelque chance de résister au conquérant (1). En fait le seul Grec qui ait entrepris de s’opposer sérieusement à la conquête fut Léon Sgouros, qui s’était constitué une véritable principauté allant du Péloponèse à la Béotie (2) ; il s’était porté à la rencontre de Boniface jusqu’en Thessalie ; mais, bien que devenu le gendre d’Alexis III, il préféra, devant l’armée des chevaliers, se replier vers le sud et défendre son fief. Il ne put cependant tenir le passage des Thermopyles : effrayées à la vue des Francs, ses troupes abandonnèrent le défilé. Boniface put ainsi occuper sans coup férir la Grèce centrale : il fut accueilli par les Béotiens qui avaient eu à subir les méfaits de Sgouros (3). La partie de l’Eubée qui n’était pas vénitienne, c’est-à-dire le centre, se soumit aussi facilement et les croisés y édifièrent un château près de l’Euripe pour surveiller la population (4). Enfin le métropolite d’Athènes, Michel Choniate (5), qui avait résisté à Léon Sgouros un an plus tôt, ne songea pas à défendre la ville contre Boniface : il avait dû juger toute résistance inutile après la chute de la capitale et l’occupation de tant de provinces de l’empire. Les Francs entrèrent donc dans Athènes et prirent l’Acropole sans combat, semble-t-il ; la soumission de la ville ne lui épargna d’ailleurs pas le pillage, pas plus qu’à Thèbes. Le métropolite, après une tentative d’entente avec les Latins, restée sans résultat, quitta l’Attique quelques mois plus tard et se réfugia dans l’île de Kéos, qui n’avait pas été occupée par eux (6). Dès ce moment, et au fur et à mesure de la conquête, le roi de Thessalonique attribua à ses compagnons des fiefs sur les terres récemment conquises, jetant les fondements de la nouvelle organisation féodale ainsi furent installés en Grèce centrale Guy Pelavicino à Bondonitsa, Thomas d’Autremencourt à Salona, l’antique Amphissa, : (1) Nous avons dressé un tableau de la situation dans le Péloponèse à la veille de la 4e croisade dans Pél. byz., pp. 153-175. (2) Sur Léon Sgouros, v. Pél. byz., pp. 173-174, 204-205. (3) Nicétas Choniate, Urbs capta, 8 et 10, CSHB, pp. 799-800, 805 ; — Georges Agropolite, Hist., 8, éd. Heisenberg, p. 13 ; — Villehardouin, §§ 301, 324, éd. Faral, II, pp. 108-109, 132-135, ne fait que citer Léon Sgouros sous le nom de YAsgur, sans donner de détails sur ses efforts pour arrêter Boniface. (4) Nicétas Choniate, Urbs capta, 8, CSHB, p. 806. (5) Sur Michel Choniate qui fut métropolite d’Athènes de 1182 à 1205 nous renvoyons à G. Stadtmüller, Michael Chômâtes, Or. Christ., XXXIII, 2, 1934, pp. 123-325, cf. Pél. byz., p. 166. (6) Michel était encore à Athènes dans l’été 1205, il y assista à un colloque tenu par le légat Benoît, cardinal de Sainte-Suzanne, qu’il accompagna ensuite à Thessalonique ; après l’échec d’une autre conférence tenue par le cardinal dans cette ville, il se rendit à Négrepont pour se retirer enfin à Kéos. Cf. G. Stadtmüller, op. cit., pp. 183-186 ; — J. Longnon, L'organisation de V Église d'Athènes par Innodenl III, Mémorial L. Petit, Paris 1948, p. 336. Des passages de sa correspondance montrent son hostilité aux Francs : il recommande p. ex. à Théodore Laskaris, le futur empereur de Nicée, un Eubéen qui fuit « sa patrie opprimée par l’étranger », Michel [Acominate], Œuvres, éd. Lampros, II, pp. 276-277 ; cf. aussi les passages cités par W. Norden, Papsttum und Byzanz, p. 209.
56 RECHERCHES HISTORIQUES Othon de la Roche à Athènes, Jacques d’Avesnes en Eubée (1). La distribution des fiefs a dû réellement s’accomplir progressivement et non en une fois sur un plan d’ensemble soit avant, soit après la conquête. Cette énumération fait connaître les compagnons de Boniface : ils étaient d’origine variée : les La Roche sont comtois, les Autremencourt, picards, Jacques d’Avesnes, flamand, tandis que les Pelavicini sont lombards, et d’autres, allemands (2). Parmi les Français, qui étaient les plus nombreux, sont nommés également Dreux d’Estruen, qui fut tué au siège de Corinthe (3), Guillaume de Champlitte et Hugues de Coligny, tous deux du comté de Bourgogne comme La Roche (4). La chevauchée de Boniface de Montferrat ne fut pas arrêtée par l’armée grecque que Léon Sgouros avait postée à l’isthme de Corinthe pour défendre ses dernières possessions (5) ; le marquis marcha sur Corinthe, occupa sans peine la ville basse, mais il dut mettre le siège devant la citadelle de l’Acrocorinthe où s’était réfugié Léon Sgouros qui en dirigea la défense ; laissant là une partie de ses troupes avec Jacques d’Avesnes, il alla lui-même camper sous les murs de Nauplie (6). C’est là qu’un petit groupe de croisés venus par un long détour rejoignit son armée : à leur tête était Geoffroy de Villehardouin, le neveu du maréchal de Cham¬ pagne, devenu maréchal de Romanie (7). Des croisés étaient en effet partis indivi¬ duellement ou en groupes pour se rendre directement en Terre Sainte sans se joindre au gros de la croisade qui s’embarquait à Venise (8). De ceux qui allèrent ainsi en The Latins, pp. 32-35 ; — Longnon, L'empire latin, pp. 75-76. (1) Hopf, I, pp. 210-211 ; — Miller, Il n’est pas sûr que Gravia au nord de la Béotie ait été attribuée à la famille des Saint-Omer, cf. G. Kolias, Das Lehngul von Gravia , BZ , XXXVI, 1936, pp. 330-336 ; — A. Bon, BCH , LXI, 1937, p. 143 . 1. Sur les châteaux de la Grèce centrale, v. notre article Forteresses de la Grèce centrale , BCH, LXI, 1937, pp. 136-208. II, pp. 86-88, (2) C’est le cas de Berthold de Katzenelnbogen, cf. Villehardouin, § 279, éd. Faral, qui ajoute que «la majeure partie de ceux de l’empire d’Allemagne » avaient suivi Boniface. (3) Villehardouin, § 332, éd. Faral, II, pp. 142-143. (4) Villehardouin, §§ 279, 284, éd. Faral, II, pp. 86-88, 92-94. On peut en rapprocher les indications plus brèves et moins exactes d’AuBRi de Trois-Fontaines, HGM , SS, XXIII, pp. 880, 885, mentionnant parmi les croisés partant en 1202 : ... Gualieri de Avenis, duo Campanienses qui dicuntur de Chanlita, Odo et Guilelmus fllius Odonis, Gaufridus Campanie marescalcus et Gaufridus nepos ejus, de Villa Harduini appellatus, Otto de Rupe natione Burgundus et plures alii de Francia, Flandria et Burgundia, et plus loin : Otto de Rupe cujusdam nobilis Pontii de Rupe in Burgundia fllius, quodam miraculo fit dux Atheniensium atque Thebanorum. Gaufridus de Villa Harduini, Johannis fllius, nepos Gaufridi Campanie marescalli, Monlionis insulam, id est Sicionam et Achaiam et civitatem Micenas optinuit ; il réunit ainsi les deux groupes qui firent la conquête de la Morée. (5) Nicétas de Boniface ... : « Choniate, , Urbs capta, 9, CSH B, p. 805, insiste sur le caractère foudroyant de la marche , On ne sait rien de précis sur la date de son arrivée à l’isthme, ni sur la défense de ce passage. Nicétas résume en peu de lignes la conquête de tout le Péloponèse, ne donnant quelques détails que sur le siège de Corinthe. ». §324, éd. Faral, II, pp. 132-135 ; cf. Hopf, I, pp. 211 (6) Nicétas Choniate, ibid. ; — Villehardouin, et suiv. ; — Gregorovius, Stadt Athen, I, p. 305 ; — Miller, The Latins, pp. 35 et suiv. ; — Longnon, L'empire latin, pp. 71-72. (7) Villehardouin, §§ 325-327, éd. Faral, II, pp. 134-137 ; c’est à cette occasion qu’est mentionné pour la première fois le titre de maréchal de Romanie dans l’œuvre du chroniqueur. (8) Une flotte avait pris la mer en Flandre avec de nombreux croisés et chargée d’équipements de toutes sortes ; elle fit relâche à Marseille où elle reçut l’ordre de rejoindre la croisade à Méthonè ; mais elle passa directement en Syrie. D’autres croisés partirent également de Marseille soit avec cette flotte, soit sur d’autres bateaux. Nombreux furent encore ceux qui en traversant la Lombardie quittèrent à Plaisance la route de Venise afin d’aller s’embarquer à Brindisi pour la Syrie. D’autres enfin quittèrent l’armée à Zara quand il
LA CONQUÊTE 57 Syrie, les uns revinrent en France ; d’autres moururent de maladie ou bien furent tués ou faits prisonniers en essayant de rejoindre Bohémond IV, comte de Tripoli (1) ; un grand nombre décidèrent de rejoindre le gros des croisés à Constantinople, quand ils eurent appris que la capitale de l’empire grec avait été conquise (2). Parmi ces derniers était Geoffroy de Villehardouin mais «le vent et l’aventure » emmenèrent la nef sur laquelle il avait pris place ; la tempête la jeta sur les côtes sud-ouest du Péloponèse ; le vaisseau ayant subi des avaries, Geoffroy dut rester à Modon et y passer l’hiver 1204-1205. Il y entra en rapport avec un des grands propriétaires de la région, un Grec « qui mult ere sire del pais » (3), et avec son aide, il commença à soumettre le pays et à se constituer une seigneurie. Mais, son allié étant mort et le fils de ce Grec s’étant révolté contre lui, Villehardouin se trouva isolé ; ayant appris l’arrivée de Boniface de Montferrat en Argolide, il décida de le rejoindre. Une chevauchée « d’environ six jours en très grand péril » — mais dont nous ignorons l’itinéraire — lui permit de traverser le Péloponèse et de gagner le camp du roi de Thessalonique sous Nauplie (4). Il y retrouva un ami en la personne de Guillaume de Champlitte, que nous avons cité parmi les compagnons de Boniface auprès de qui il jouait un rôle important : descendant de la famille des comtes de Champagne, il était surnommé le Champe¬ nois (5). Geoffroy lui parla des riches terres de la « Morée », c’est-à-dire de l’ouest du Péloponèse, et de la possibilité de s’y établir ; lui-même était prêt à l’aider à les conquérir et reconnaîtrait Guillaume comme son suzerain. Celui-ci, séduit par ces propositions, demanda et obtint de Boniface la permission de quitter l’armée pour entreprendre la conquête de terres nouvelles ; le roi de Thessalonique se privait ; fut décidé d’aller à Constantinople. On ne sait à quel groupe s’était joint Geoffroy de Villehardouin ; on peut supposer qu’il suivit son suzerain Henri d’Arzillières qui s’embarqua à Brindisi : Villehardouin, §§ 48-55, 103-104, éd. Faral, I, pp. 50-57, 102-105 ; cf. Longnon, L'empire latin , p. 30. (1) Villehardouin, §§ 229-231, éd. Faral, II, pp. 28-33. (2) Villehardouin, §§ 315-316, éd. Faral, II, pp. 122-125. (3) Villehardouin, § 325, II, pp. 134-135. Sur les grandes familles de Messénie, v. Pél. byz., p. 124. Hopf, I, p. 212, suppose que c’était Jean Cantacuzène, mari d’Irène Ange, gendre d’Isaac, laquelle possédait en effet de vastes propriétés en Messénie d’après la partitio Romaniae , cf. supra , p. 53 ; c’est une pure hypothèse. S’appuyant sur Nicétas Choniate, 15, CSH B, p. 840 : ... », il ajoute que Geoffroy étendit son action jusqu’au golfe de Patras : c’est peu probable, cette phrase de Nicétas résume la situation à la fin du récit des événements dans le Péloponèse en 1205, et ne permet pas de tirer la conclusion que Patras fût au pouvoir de Villehardouin en même temps que Méthonè. — La Chronique de Morée fait aborder ce groupe de croisés, le 1er mai 1205, sur la côte nord-ouest à Kato-Achaia, en le plaçant sous le commandement de Guillaume de « Saluces » (pour Champlitte) : L. de la conq., §§ 88 et suiv. ; — Chron. gr ., vv. 1399 et suiv. ; — L. de los fech ., §§ 89 et suiv. ; rien ne confirme ce récit. (4) Villehardouin, § 326, éd. Faral, II, pp. 136-137. Hopf, ibid., suppose que Geoffroy a fait route de Patras à Corinthe le long de la côte. Le seul avantage de cette hypothèse, peu probable, est qu’elle s’accorde avec la Chronique de Morée: L. de la conq., §§ 95-98, Chron. gr., vv. 1451-1456, L. de los fech., § 92. Mais ces textes attribuent le début du siège de Corinthe à ce groupe de croisés qui s’y seraient établis avant l’arrivée de l’armée de Boniface, et se trouvent en contradiction avec le récit de Villehardouin : les compagnons de Geoffroy n’étaient d’ailleurs pas assez nombreux pour entreprendre le siège d’une place comme l’Acrocorinthe. (5) Guillaume de Champlitte, vicomte de Dijon, était le troisième fils d’Eudes Ier, seigneur de Champlitte, dit le Champenois, et petit-fils d’Hugues Ier, comte de Champagne ; son frère Eudes s’était également croisé, Villehardouin, § 45, éd. Faral, I, pp. 46-47 et n. 13, mais était mort en 1204. Cf. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, II, Paris 1885, pp. 453-472 ; — Hopf, Chron. gr.-rom., p. 469, 1. «
58 RECHERCHES HISTORIQUES ainsi de quelques compagnons, mais il ne perdait rien à ces projets puisqu’ils mettaient en cause des territoires qui ne rentraient pas dans la part à lui attribuée, et que d’ailleurs ces seigneurs resteraient ses vassaux. Au printemps de 1205 (1), tandis que Boniface poursuivait le siège des fortereesses de Sgouros, une troupe d’une centaine de chevaliers (2), ayant à leur tête Guillaume de Champlitte et Geoffroy de Villehardouin, accompagnés de nombreux sergents, partit vers l’ouest pour conquérir la « Morée » (3). Sièges de Corinthe, d Argos et de Nauplie. — Il faut désormais distinguer deux séries d’événements : le siège des places fortes de Sgouros et la campagne du Cham¬ penois. Les indications données par les sources sur les opérations contre les villes du nord-est ne concordent pas entre elles : Nicétas Choniate et Villehardouin ne parlent que du siège de l’Acrocorinthe et de Nauplie, tandis que la Chronique de Morée, ignorant en général Nauplie, signale l’occupation des villes basses de Corinthe et d’Argos et le siège de ces forteresses (4) : on peut supposer que le siège fut mis en même temps devant les trois châteaux. Mais, tandis que le plat-pays se soumit (5), les croisés n’obtinrent de longtemps aucun succès devant les forteresses : Boniface de Montferrat dut abandonner le siège de Nauplie « sans avoir rien pu réussir » (6). Sur les opérations autour de Corinthe, les renseignements sont plus nombreux, mais beaucoup restent obscurs : on sait que les assiégeants se laissèrent surprendre par une violente sortie de la part de Sgouros et subirent de lourdes pertes (Jacques d’Avesnes lui-même fut blessé), que d’autre part, pour assurer l’investissement de la place, ils avaient construit un « antikastro » ; mais les textes divergent sur la date relative de ces événements (7). Il est pour ainsi dire impossible de faire un choix 5 n’est pas donnée par (1) Lq L. de la conq., § 104, dit qu’ils partent « après avoir hiverné » ; l’indication les autres versions de la Chronique, mais correspond à la date qu’il faut admettre, puisque Champlitte et Villehardouin partirent avant Boniface qui est déjà dans la Grèce du nord dans l’été 1205, v. infra , p. 59. Sur la chronologie de ces événements, v. J. Longnon, JS, 1946, p. 155. La marche des chevaliers pourrait les mener à la hauteur d’Achaia au début de mai 1205, date où la Chronique les y fait débarquer, Chron. gr., v. 1399, et L. de los fech., § 90. (2) Ce chiffre de cent chevaliers est très probablement exact, c’est toujours avec un groupe de cent à cent vingt chevaliers que les seigneurs qui entouraient l’empereur Baudouin partirent à la conquête de leur fief dans l’hiver 1204-1205; cf. Villehardouin, §§ 305, 310-312, éd. Faral, II, pp. 112-115, 118-121. Quant au chiffre des sergents, la proportion normale est de 2 écuyers et 4 ou 5 sergents par chevalier, comme le montre le traité entre les croisés et Venise pour le transport de la croisade, Villehardouin, § 21, éd. Faral, I, pp. 22-23. D’après les chiffres donnés pour la bataille de Kountoura, on peut supposer que les sergents étaient au nombre de 400 à 500 ; cf. infra, p. (3) Villehardouin, § 328, éd. Faral, II, pp. 138-139. (4) Nicétas Choniate, Urbs capta , 9, CSHB , p. 807 ; — Villehardouin, §§ 324, 326, 331, 389, éd. Faral, II, pp. 132-135, 136-137, 140-143, 198-199. Parmi les versions de la Chronique, seule la Chron . gr., v. 1587, fait allusion à Nauplie. (5) Le L. de la conq., § 98, et la Chron. gr., vv. 1497-1498, signalent la soumission de la région de Damala et d’Hagionori à l’est de Corinthe. (6) Villehardouin, §§ 331, 389, éd. Faral, II, pp. 140-143, 198-199. (7) Pour Nicétas Choniate, p. 807, l’ordre des faits est le suivant : arrivée de Boniface, prise de Corinthe, échec devant l’Acrocorinthe, siège de Nauplie et construction de Yantikaslro ; Boniface est rappelé par les lettres de sa femme assiégée dans la forteresse de Thessalonique par une révolte, il apprend la mort de Baudouin pendant §§ son retour. Pour Villehardouin, § 324, Boniface laisse Jacques d’Avesnes devant l’Acrocorinthe et assiège Nauplie ; 325-327, Geoffroy de Villehardouin arrive et repart avec Guillaume de Champlitte; §§ 331-332, Sgouros
LA CONQUÊTE 59 entre les diverses chronologies. En tout cas, le siège de l’Acrocorinthe ne fut interrompu de la troupe de Guillaume de Champlitte, ni par la retraite du roi de Thessalonique rappelé par des événements graves vers le nord. Le tsar des Vlacho bulgares, Johannitsa, qui avait d’abord semblé rechercher l’amitié des Latins, avait rompu avec eux au début de 1205 ; l’empereur Baudouin, revenu en hâte d’Asie mineure, avait été vaincu et fait prisonnier à la bataille d’Andrinople, le 14 avril 1205 (1). Puis le tsar se retourna contre la Macédoine : Boniface, averti de cette menace, abandonna le Péloponèse pour défendre son royaume (2) ; il devait tomber dans la lutte, le 4 septembre 1207 (3). Cependant Léon Sgouros restait enfermé par les Francs commandés alors par Othon de la Roche (4) ; un antikastro fut construit sans doute dès le début du siège, ou du moins après la sortie de Sgouros. Malgré cela, le blocus ne devait pas être absolu et n’empêchait pas toute relation de la forteresse avec l’extérieur, en particulier avec Michel Comnène Doukas (5). Le siège devait durer jusqu’en 1209-1210. ni par le départ Campagne de Guillaume de Champlitte (1205). — Sur la campagne de Champlitte, le récit de Villehardouin est très succinct ; la Chronique de Morée fournit quelques détails, mais les différentes versions ne coïncident pas entre elles. On peut admettre que le Champenois, suivant les conseils du neveu du chroniqueur, décida de soumettre les régions et les villes situées le long des côtes nord et ouest du Péloponèse ; une partie de la troupe avait pris place sur des bateaux qui progressaient en suivant le fait une sortie ; § 389, Boniface abandonne le siège de Nauplie à la nouvelle de la marche sur Thessalonique du tsar des Vlachobulgares, Johannitsa, vainqueur de l’empereur Baudouin (15 avril 1205). Pour le L. de la conq., Guillaume de Champlitte prend Corinthe et assiège l’Acrocorinthe, §§ 97-98 ; puis Boniface arrive à Corinthe avec Geoffroy de Villehardouin, §§ 99-100 ; Guillaume va à Argos et prend la ville ; sortie de Sgouros, §§ 101-102 ; Guillaume revient à Corinthe, Boniface repart au bout de quelques jours pour Thessalonique, § 103 ; Villehardouin et Champlitte restent et, après l’hiver, laissant une garnison à Corinthe et à Argos, partent pour Patras, §§ 104-105 ; il n’est question de deux anlikaslra que plus tard au moment sera prise, §§ 190-192. où l’Acrocorinthe La Chron. gr. fait le même récit, vv. 1451-1608, mais en mentionnant Nauplie et en ajoutant que, avant de partir, Boniface accorde à Guillaume de Champlitte l’hommage des seigneurs d’Athènes et de Bondonitsa et des trois barons d’Eubée, vv. 1549-1576. La suite du siège de Corinthe et la construction des deux antikaslra viennent plus loin, vv. 2791-2827. Le récit du L. de los fech., §§ 92-106, est semblable ; mais, § 96, le marquis vient après la sortie ; le siège est mené simultanément par Othon de la Roche et Geoffroy de Villehardouin, §§ 100-101 ; sur les conseils de ce dernier, on construit un antikastro confié à Othon de la Roche. Boniface se retire vers Thessalonique après avoir accordé au Champenois les hommages des mêmes seigneurs ; Othon de la Roche, devenu vassal de Guillaume de Champlitte, reste à Corinthe, tandis que Guillaume et G. de Villehardouin se rendent à Patras, §§ 102-106. (1) Villehardouin, v. Robert Lee Wolff, §§ The « 352-361, éd. Faral, Second II, pp. Bulgarian Empire 161-171. Sur les rapports des croisés et des Bulgares, Its origin and history to 1204, Spec., XXIV, 1949, ». pp. 201-203. (2) Villehardouin, § 389, éd. Faral, II, pp. 198-199. Le récit de Nicétas Choniate, 11, CSHB, p. 818, diffère sensiblement de celui de Villehardouin, cf. éd. Faral, II, p. 199, n. 5 et 6. (3) Villehardouin, §§ 495-500, éd. Faral, II, pp. 308-315. (4) Le fait est signalé par le L. de los fech., §§ 101, 105, 108, et confirmé par Henri de Valenciennes, Histoire de Vempereur Henri de Constantinople, § 669, éd. Lon gnon, p. 109, à propos de l’arrivée au Parlement de Ravenique en 1209 d’Othon de la Roche et de Gautier des Tombes avec Geoffroy de Villehardouin, accom¬ pagnés d’une soixantaine de chevaliers venant du siège de Corinthe. (5) Sur ce personnage établi en Ëpire, cf. infra, p. 61 et n. 8
60 RECHERCHES HISTORIQUES rivage (1). L'avantage de ce plan était d'occuper le plus rapidement possible des terres fertiles, de conquête plus aisée que les forteresses de Sgouros, en particulier la plaine d'Élide, d'autre part de prendre les villes fortifiées de la côte qui comman¬ daient le pays et dont la possession assurait les communications par mer avec l'occident ou avec Constantinople. Les principales étapes de cette marche furent Patras, Achaia (alors détruite), puis Andravida « maître ville de la Morée », que ne défendait aucune muraille. Guillaume de Champlitte reçut déjà dans la première de ces villes d'après le Libro de los fechos , en tout cas à Andravida, la soumission des grands propriétaires, les archontes, et des paysans grecs de la plaine et même de certaines régions situées à l'intérieur, Mesaréa ou Skorta (2). De là, toujours partie par terre, partie par mer (3), les Francs continuèrent leur expédition vers le sud. Ils prirent sans difficulté le château de Pontiko, le réparèrent et y laissèrent une garnison (4). Le Libro de los fechos est seul à signaler que, au passage, ils tentèrent de pénétrer dans les régions montagneuses qu'on appelait la Skorta et s'y heurtèrent à un « château très fort qui s'appelait en grec Oreoclavo et en français Buceler », et qui était défendu par un homme « très puissant et vaillant » ; ne pouvant le prendre, ils laissèrent un petit corps de troupe pour l’assiéger, et poursuivirent leur route (5). La vraisemblance de cet épisode dépend de la situation du château, mais celle-ci reste malheureusement fort discutée (6) ; si, comme nous le pensons, il est situé à l'entrée même de la Skorta, il est naturel que Guillaume de Champlitte ait jugé utile de surveiller la forteresse placée au débouché de la vallée par où les Grecs de l’intérieur pouvaient descendre vers la côte et couper les communications entre la plaine de l’Élide déjà soumise et l'armée engagée plus loin vers le sud. Les Francs passèrent sous les murs du château d'Arkadia sans l’attaquer ; il était solide et il n’y avait pas de port où les vaisseaux pussent s'abriter (7) ; ils touchèrent à Port-de-Jonc ou Navarin (8) et arrivèrent à Modon dont les fortifications avaient été abattues par les Vénitiens parce qu'elles servaient de repaire aux pirates (9) ; les Francs la fortifièrent à (1) Chron. gr ., vv. 1598-1599 ; — L. de la conq., §§ 104-108. (2) L. de los fech., § 107 : les Grecs se présentèrent à Guillaume à Patras, mais celui-ci vint ensuite à Andravida et y fut « reçu pour seigneur ». — Cf. L. de la conq., § 106 ; — Chron . gr., vv. 1609-1648. La version aragonaise mentionne seulement les Grecs de la « Morée », c’est-à-dire de l’Ëlide; la version française y ajoute des archontes de l’Escorta, la version grecque, ceux de la Mesaréa. La scène de la soumission des Grecs aux chevaliers a déjà été décrite par la Chronique qui fait venir Guillaume de Champlitte à Andravida dès son débarquement à Achaia, avant qu’il ne se rende à Corinthe : L. de la conq., § 93 ; cette répétition a peu de chance de correspondre aux faits. (3) Ceux qui voyageaient par mer embarquèrent au « port de Saint-Zacarie là où la ville de Clarence est ores », L. de la conq., § 110. Les navires transportaient en outre les machines destinées à attaquer les places, comme on le voit au siège de Coron, ibid., § 111. (4) Chron. gr., vv. 1673-1676 ; — le L. de los fech., § 110, précise que le château est appelé depuis lors «Belveder». Pour la localisation et Pidentification des sites, villes ou châteaux, voir la Ile partie, où sont traitées les questions topographiques. (5) L. de los fech., §§ 110-111. (6) Cf. infra, pp. 369-377. (7) Chron. gr., vv. 1679-1689 ; — L. de los fech., § 112. (8) Signalé seulement par le L. de la conq., § 110, qui ne parle pas de Pontiko, d’Araklovon ni d’Arkadia. (9) Chron. gr., vv. 1690-1694 ; — L. de los fech., § 113. Modon avait été prise et démantelée en 1124-1125 sous le doge Domenico Michieli par les Vénitiens qui obtinrent l’année suivante de nouveaux privilèges de
LA CONQUÊTE 61 nouveau (1). Coron, dont les murs étaient en mauvais état, ne résista qu’un jour à l’assaut des forces venues par terre et par mer (2). D’après Geoffroy de Villehardouin, son neveu aurait reçu alors la région de Coron à titre de fief de conquête. Les Francs tournèrent ensuite leurs efforts contre Kalamata qui se rendit et dont la chute entraîna la soumission des villages de la plaine de Messénie (3) ; puis ils revinrent attaquer Arkadia qui offrit une plus longue résistance, la forteresse étant située sur un rocher d’accès difficile, solidement construite et bien défendue (4). C’est ici que la version grecque de la Chronique de Morée signale le début du siège de la petite forteresse d’Araklovon à l’entrée de la Skorta défendue par le redoutable Doxapatrès de la famille des Voutsarades, mais sans dire quelle en fut l’issue, d’où il faut conclure qu’il se prolongea (5). Cette série de succès avait été interrompue un moment par la nécessité de faire face à une tentative de résistance de la part des Grecs. La Chronique de Morée raconte que 4.000 d’entre eux s’assemblèrent au centre du Péloponèse : il y avait des contin¬ gents à pied et à cheval venus de Nikli, de Véligosti, de Lacédémone, de l’infanterie fournie par les tribus slaves du Taygète, les Mélingues ; la bataille eut lieu dans l’olivette de Kountoura, près de Kapsikia, après la prise de Kalamata par les Francs et avant le siège d’Arkadia (6). D’après Villehardouin (7), l’attaque fut menée par un cousin de l’ex-empereur Alexis III, Michel Comnène Doukas, fils naturel du sévastokrator Jean Doukas ; Michel avait d’abord rejoint Boniface de Montferrat ; puis il l’avait abandonné pour tenter, semble-t-il, de se tailler un État indépendant sur les ruines de l’empire byzantin, en Épire et dans les régions occidentales de la péninsule grecque (8). A la tête d’une armée de 5.000 hommes, il marcha contre l’empereur Jean II, cf. Pél. byz.f p. 83 ; — Thiriet, Rom. vénit., p. 41. Benoit de Peterborough, Gesta regis Henrici II, ad ann. 1191, éd. W. Stubbs, Londres 1867, II, p. 198, attribue le démantèlement de Modon à Roger II de Sicile, en invoquant les mêmes raisons, la peur d’y voir s’installer les pirates. II, p. 138. (1) Villehardouin, § 329, éd. Faral, (2) L. de la conq., § III ; — Chron. gr., vv. 1695-1710 ; — L. de los fech ., § 113, dont le récit est ici très rapide. la conq., § 112-113; — Chron . gr., vv. 1711-1714; — L. de los fech., § 113. la conq., § 114-116 ; — Chron. gr., vv. 1770-1790 ; — L. de los fech., § 113-114. Ces derniers événements sont aussi mentionnés par Ramon Muntaner, Cronaca, chap. 261, éd. Lanz, pp. 467-468, mais de façon tout à fait fantaisiste. (5) Chron. gr., vv. 1759-1767. Les détails donnés ici, ajoutés à ceux du Libro de los fech., §111, semblent les vestiges d’une légende populaire qui se serait constituée autour de ce personnage (il a inspiré également les auteurs modernes qui en ont fait une sorte de héros national ; D. Vernardakès en a tiré en 1857 un drame , qui n’est qu’une pure fiction ; il en est de même de celui de S. Karydès, Tà , Athènes, 1876 ; cf. Gidel, Nouvelles études sur la littérature grecque moderne, coll. Les littératures de V Orient, III, Paris 1878, pp. 575-582 ; — M. Valsa, Le théâtre grec moderne de 1453 à 1900, Berl. bgz. Arbeiien , , dans 18, Berlin 1960, pp. 299-301, 306. Sur les armes de Doxapatrès, Sp. Lampros, Tà , Athènes 1905, pp. 420 et suiv. ; — Sathas, Doc. inéd ., VII, pp. xlviii et suiv. (6) Des versions de la Chronique de Morée , seule la Chron. gr., vv. 1715-1738, fait le récit de la bataille : il n’y est question ni de Michel, ni de Sgouros, ni de Doxapatrès. (7) Villehardouin, §§ 328-329, éd. Faral, II, pp. 138-139 : c’est la seule source avec la Chron. gr. qui mentionne cet épisode. (8) Sur ce personnage, que Villehardouin appelle Michel et que l’on désigne traditionnellement du nom de Michel Ange Comnène en lui attribuant le titre de despote d’Épire, voir l’étude récente et très précise de L. Stiernon, Les origines du despotat d'Êpire, REB, XVII, 1959, pp. 90-126, qui a réuni toutes les sources relatives à la carrière de Michel et a rectifié de nombreuses inexactitudes longtemps admises, répétées encore par D. M. Nicol, The despotaie of Epirus , pp. 11-13, 15. (3) (4) L. L. de de
62 RECHERCHES HISTORIQUES les Francs alors qu’ils se trouvaient à Modon : ils fortifièrent la ville, y laissèrent leur menue gent et, après avoir chevauché une journée, livrèrent un combat victorieux bien qu’ils fussent seulement un peu plus de 500. On peut considérer comme sûr qu’il y eut une bataille et que, malgré leur infériorité numérique, les Francs furent vainqueurs ; mais bien des points restent obscurs ; si les chiffres donnés par les deux sources, 700 ou 500 pour les Francs, 4.000 ou 5.000 pour les Grecs, diffèrent peu, le lieu de la rencontre n’a pu être identifié (1). La version de Villehardouin attribuant l’initiative de l’attaque à Michel semble la plus probable ; on a invoqué en faveur de cette version le fait qu’il aurait été gouverneur du Péloponèse en 1204 (2), qu’il aurait donc voulu reprendre pour son compte cette province qu’il avait déjà administrée, mais ce n’est pas sûr. Il est vraisemblable qu’il fit appel à des contingents moréotes, dont on imagine mal comment ils auraient pris eux-mêmes l’initiative de se porter contre les Francs (3), et qu’il eut d’autre part des rapports avec Léon Sgouros enfermé sur l’Acrocorinthe, rapports qui se seraient continués puisque l’on a supposé que quelques années plus tard, à la mort de Léon Sgouros, ce serait un frère de Michel, Théodore, qui serait venu le remplacer (4) ; mais rien ne permet de supposer que c’est Sgouros qui ait fait appel à Michel. La date de la bataille enfin est difficile à déterminer : Villehardouin situe l’événement après l’occupation de Modon par les Francs, la Chronique de Morée après celle de Kalamata. Le moment le plus propice pour une tentative grecque, quel qu’en fût l’auteur, est évidemment celui où les forces des croisés sont le plus dispersées, Montferrat étant reparti vers le nord, un groupe avec La Roche restant à Corinthe tandis que Champlitte se trouvait dans l’extrême sud de la Messénie, c’est-à-dire dans le cours ou à la fin de l’été 1205 (5) ; pour le détail des événements, nous préférons suivre la chronologie de la Chronique de Morée qui révèle chez son auteur une connaissance précise des lieux que n’avait pas Villehardouin, ce qui expose ce dernier à faire des inexactitudes ou des confusions. Comme le dit la Chronique, nous pensons que la bataille eut lieu après la prise de Kalamata (et non après celle de Modon), moins parce qu’il est en effet plus logique que les Francs aient appris la concentration des forces grecques et songé à leur faire face une fois arrivés dans la plaine de Messénie — la logique n’est pas un argument en pareille matière — , mais pour la raison suivante : Villehardouin ne parle pas du siège d’Arkadia et insiste sur la forte résistance du château de Kalamata alors que, pour la Chronique, Kalamata se rendit rapidement tandis que Arkadia fut beaucoup plus longue à prendre. Or des deux forteresses, l’une est très supérieure à (1) Cf. infra , p. 421-422. fait est mentionné dans la Vie de sainte Théodora Pétralipha (Buchon, Nouv. Rech ., II, p. 401), mais il est possible que cette allusion se rapporte à la tentative de Michel pour s’emparer du Péloponèse après la ruine de l’empire : c’est ce qui semble le plus vraisemblable d’après les Addiiamenta de Georges de Scutari (2) Le au texte de Georges Acropolite, éd. Heisenberg, p. 444. (3) St. Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 18-19, attribue un rôle important à Doxapatrès Voutsaras, c’est une pure hypothèse. (4) Cf. infraf p. 68. (5) Il est difficile d’admettre que l’attaque ait eu lieu avant le départ de Montferrat, c’est-à-dire avant mars 1205, comme l’admet L. Stiernon, Z. p. 104, n° 23 : sans doute Villehardouin, § 321, fait allusion à la présence de Boniface à Nauplie après avoir parlé de la bataille, mais il n’établit pas de rapport chronologique direct entre les deux faits : ce sont deux séries d’événements distinctes ; il serait d’ailleurs surprenant que Boniface, s’il avait été encore en Morée, ne fût pas intervenu aux côtés de Champlitte.
LA CONQUÊTE l’autre par 63 situation et par ses murs (à en juger par les ruines), c’est Arkadia. Le château de Kalamata a une position nettement moins favorable la Chronique de Morée ajoute qu’il était alors occupé par un monastère ce détail est exact, ce qui révèle chez son auteur une connaissance précise des lieux (1). C’est pourquoi nous sommes tenté de croire que Villehardouin a omis la prise d’Arkadia, qui s’est confondue dans son récit avec celle de Kalamata, qu’il a en conséquence déplacé les événements antérieurs et que son neveu reçut en fief de Guillaume de Champlitte non, comme il le dit, le canton de Coron, relativement petit et encombré de collines, mais Kalamata avec sa plaine fertile et largement ouverte Kalamata constitua toujours le fief des Villehardouin et aucune source, à aucun moment, ne fait allusion sa ; : ; au fait qu’il l’aurait reçu en échange de celui de Modon. Après la bataille de l’olivette de Kountoura, vers la fin de l’été, les Francs marquèrent un temps d’arrêt ils avaient occupé la plaine de Messénie la Chronique insiste sur le fait qu’ils en apprécièrent la commodité et la richesse. Avant de pour¬ suivre les opérations, Guillaume de Champlitte tint un conseil de guerre sur le plan à suivre ; les navires qui avaient jusqu’alors accompagné l’armée furent renvoyés (2). Ce ralentissement des opérations correspond probablement à la brève période d’hiver. Le siège d’Arkadia pourrait se placer encore à la fin de la campagne 1205 ou au début : de : 1206. La victoire de Kountoura avait été décisive : il n’y eut pas d’autre effort général de la part des Grecs contre les Francs (3). Après la prise d’Arkadia, Léon Sgouros restant bloqué dans l’Acrocorinthe par Othon de la Roche, et Doxapatrès Voutsaras assiégé dans Araklovon, Guillaume de Champlitte est à la tête de vastes territoires comprenant la côte nord du Péloponèse, toutes les plaines occidentales, le bassin et la presqu’île de Messénie, tandis que tout le plat pays au nord-est jusqu’à Damala, l’antique Trézène, est sous le contrôle du seigneur d’Athènes au nom de Boniface de Montferrat. Une étape de la conquête est franchie : on comprend que l’auteur de la Chronique place ici un aperçu du nouvel État que l’on commence à désigner sous le nom de principauté d’Achaïe ou de Morée. C’est dans une lettre du pape Innocent III, datée du 19 novembre 1205 que, pour la première fois, Guillaume de Champlitte est mentionné avec le titre de princeps lolius Achaie provincie (4) ; on ne sait le sens exact que la chancellerie pontificale attribuait au mot Achaia : il pouvait désigner seulement le ressort de la métropole de Patras ou toute l’ancienne province d’Achaïe ; quant au titre de princeps , il n’est peut-être que l’équivalent latin de seigneur ou de baron (5). De toute façon, ce titre devint vite d’usage courant. La situation de ce nouvel État était d’ailleurs mal (1) Chron. gr., v. 1712. Pour plus de détails sur ces événements, v. A. Bon, La prise de Kalamata par Francs en 1205, Mélanges Ch. Picard, RA, XXIX-XXX, 1948, pp. 98-104, et sur la présence dans le château des vestiges d’une chapelle antérieure à 1205, notre communication dans Actes du VIe Congrès international d'études byzantines, II, Paris 1951, pp. 46-50. (2) L. de la conq ., § 114 ; — Chron. gr., vv. 1739-1769. (3) Hopf, I, p. 213 ; — Miller, The Latins, p. 39 ; — Gregorovius, Siadt Aihen, 1, p. 311 et . 1 ; — les Longnon, (4) L'empire latin, pp. 73-74. Innocent III, Ep ., VIII, 153 (déc. 1205), puis IX, 244, 247 (janvier 1206), X, 56 (mai 1207), PL, GGXV, col. 728, 1078-1080, 1151-1152. (5) Sur ce titre, v. J. Longnon, JS, 1946, pp. 83-84. 6
64 RECHERCHES HISTORIQUES déterminée ; car, installé sur un territoire attribué en principe à Venise, le seul lien de vassalité qui existât le rattachait à Boniface de Montferrat, avec l’autorisation de qui la conquête avait été entreprise (1). Geoffroy de Villehardouin prince: rapports avec l’empereur et avec Venise. — Après l’hiver 1205-1206, les Francs ont dû continuer leur conquête et pénétrer plus avant dans l’intérieur du Péloponèse. Il est impossible de suivre pas à pas les progrès de leur domination. C’est seulement vers 1209-1210 que nous pouvons considérer certaines positions comme nouvellement acquises, notamment à l’occasion de deux actes réglant les rapports de la principauté avec l’empereur d’une part, avec Venise de l’autre ; un prince nouveau avait alors remplacé Guillaume de Champlitte, son compagnon Geoffroy de Villehardouin. C’est probablement en 1208, au plus tard dans l’hiver 1208-1209, que Guillaume fut rappelé en France par la nouvelle de la mort de son frère aîné Louis : il devait rentrer pour recueillir son héritage (2). N’ayant que des enfants encore trop jeunes pour prendre sa succession en Morée, il désigna comme bail (3) un neveu, Hugues de Champlitte. Il mourut au cours de son voyage de retour, en traversant la Pouille et ce fut son fils aîné, Eudes, qui entra en possession de l’héritage paternel en France. En Morée, Hugues ne semble avoir survécu que de peu à son oncle qui l’avait choisi comme son représentant (4) ; les enfants de Guillaume étant beaucoup trop jeunes pour venir recueillir un héritage constitué par une terre incomplètement conquise, c’est Geoffroy de Villehardouin qui apparaît en 1209 à la tête de la principauté de Morée, au parlement de Ravenique en mai, et au moment de la signature du traité de Sapientsa avec Venise en juin. Comment Geoffroy fut-il appelé à cette place? On ne peut admettre le récit de la Chronique de Morée selon laquelle le Champenois l’aurait à son départ désigné comme son bail (5), puisque d’autres sources plus sûres mentionnent dans cette fonction Hugues de Champlitte. Il n’est pas impossible que le premier prince l’eût indiqué comme remplaçant éventuel de ce dernier ; mais il est plus probable que ce sont les barons qui, après la mort de Hugues, le choisirent comme le plus capable de conduire la principauté. L’épisode que la Chronique de Morée raconte avec complaisance, d’un héritier du nom de Robert, envoyé de France par son oncle Guillaume de Champlitte et débouté de ses prétentions par un jugement ; (1) En 1209, le régent du royaume de Thessalonique réclame la suzeraineté sur la Morée, Henri de Valenciennes, §§ 584, 599, éd. Longnon, pp. 69, 76, cf. § 668, p. 108 et . 1. D’après Nicétas Choniate, Urbs capta, CSHB, p. 841, Boniface recevait «le tribut de l’Hellade et du Péloponèse ». (2) Le fait est signalé par les différentes versions de la Chronique : L. de la conq ., §§ 119, 127 ; — Chron. gr., vv. 1791-1807 ; — L. de los fech., §§ 142, 146, 147, et daté généralement de 1209 : Buchon, Rech. et mat . I, p. 90 ; — Hopf, I, p. 225 ; — L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée, p. 7 ; — Miller, The Latins, pp. 49 50 ; — Longnon, JS, 1946, p. 156, le place « vers 1208 » ; on ne peut pas rabaisser la date du départ de Guillaume trop bas, sinon les événements de 1209 seraient précipités. (3) Ce terme qui désigne le personnage chargé de remplacer le prince ou le seigneur absent, est ortho¬ graphié de façon différente par les historiens : on l’écrit bail, baile ou bayle. De ces différentes formes, nous avons choisi la première, parce que c’est celle qui nous paraît correspondre le plus simplement aux formes latines employées par les textes, baiulus ou plus rarement balius, et à la transcription adoptée par les Grecs Elle a été utilisée par Du Cange, par Buchon, par J. Longnon. ou parfois . (4) Innocent III, Ep ., XIII, 170 (7 novembre 1210), PL, CCXVI, 342. Cf. Hopf, I, pp. 238-239 ; — Miller, The Latins, p. 50. (5) L. de la conq., § 125 ; — Chron. gr., vv. 1866-1886; — L. de los fech., §§ 144-145.
LA CONQUÊTE 65 de la cour des barons parce qu’il n’aurait pas fait valoir ses droits dans les délais fixés, à la suite d’ailleurs de manœuvres peu honnêtes de Geoffroy de Villehardouin, ne peut être accepté dans tous ses détails (1), mais il révèle un état d’esprit qui devait exister chez les seigneurs qui venaient de conquérir le pays et préféraient en confier la direction à l’un d’entre eux, ayant fait ses preuves. Il n’est pas impossible qu’un héritier venant de France se soit présenté un jour pour réclamer la succession du Champenois et qu’il ait été déclaré forclos : le texte des Assises de Jérusalem fait allusion au fait que l’héritage de Guillaume de Champlitte échappa à ses enfants, parce que Geoffroy de Villehardouin l’avait gardé (2). D’autre part ce dernier ne prit pas tout de suite le titre de prince ; on peut penser qu’il attendit que le délai dont disposait un héritier pour recueillir son héritage fût passé — que ce délai fût d’un an et un jour ou de deux ans et deux jours — , et qu’il attendit également d’avoir reçu la consécration des puissances qui pouvaient prétendre exercer la suzeraineté sur la principauté, l’empereur et Venise. Ce qui est sûr c’est que Geoffroy de Villehardouin semble avoir cherché, dès qu’il eut entre les mains la direction de fait du pays, à régler la situation vis-à-vis de l’empereur et de Venise et à faire reconnaître du même coup ses titres, en même temps qu’il poussait activement la conquête. L’occasion de rencontrer l’empereur de Constantinople lui fut fournie par le parlement qui se tint en 1209 à Ravenique, dans la vallée du Spercheios à l’ouest de Lamia, alors appelée Zeitoun. Les barons lombards du royaume de Thessalonique s’étaient révoltés sous la conduite d’Hubert comte de Biandrate, connétable et régent du royaume de Thessalonique, pour donner au fils aîné de Boniface, Guillaume, la couronne qui revenait au fils qu’il avait eu de son mariage avec Marie de Hongrie, Démétrius, alors âgé seulement de deux ans. L’empereur Henri vint en Grèce pour soumettre les barons et pour régler les questions pendantes ; à cet effet un parlement se réunit en mai. Les barons lombards n’y comparurent pas (3) ; Henri fut obligé de reprendre plus tard la lutte contre eux. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est qu’on vit arriver au parlement, venant du siège de Corinthe, Geoffroy de Villehardouin et Othon de la Roche, seigneur d’Athènes, avec Gautier des Tombes ou d’Estombes et soixante chevaliers (4). C’était en effet une occasion particulièrement favorable pour eux de faire trancher la question de savoir quel était le suzerain des seigneuries d’Athènes et de Morée elles devaient relever à l’origine de Boniface, et le connétable de Biandrate, régent du royaume de Thessalonique, en avait réclamé l’hommage (5). : Mais Geoffroy et Othon avaient intérêt à faire hommage directement à l’empereur L. de la conq ., §§ 140-171 ; — Chron. gr., vv. 2156-2433 ; — L. de los fech., §§ 148-186. (2) Un des rédacteurs, Philippe d’Ibelin, des Assises de Jérusalem, éd. Beugnot, II, p. 401, à propos d’événements qu’il a vus en 1218 à Chypre, le signale en ces termes : «... si comme il avint dou fait de la Morée as enfans dou Champenois, de sire Geoffroy de Ville Hardouin, en cui mains elle demoura. » Cf. J. Longnon, L. de la conq., p. 50, . 1, et U Empire latin, pp. 114-115. (3) Henri de Valenciennes, §§ 670-671, éd. Longnon, p. 110. (4) Henri de Valenciennes, §§ 668-669, éd. Longnon, pp. 108-109. (5) Le comte de Biandrate déclare : « Nous volons avoir toute la tierre de Duras deschi a la Maigre, et toute la tierre l’Argut et quanques il i apent, et toute l’ille de Grèce ; si volons avoir Chorinthe et que Michalis et tout si baron nos facent houmage », et « Je vous requier par l’enfant dou marchis toute la tierre qui est de Mothon jusques à Macre », Henri de Valenciennes, §§ 584, 599, éd. Longnon, pp. 68-69, 76. Longnon, p. 68, n. 4, explique la Maigre comme l’équivalent de Mégare, avec raison ; l’Argut est Sgouros. (1)
66 RECHERCHES HISTORIQUES qui, de son côté, avait intérêt à étendre sa suzeraineté sur une partie de la Grèce au détriment du royaume de Thessalonique dont les derniers événements montraient le caractère peu sûr. De plus Villehardouin y avait un avantage personnel, celui de faire consacrer sa situation à la tête de la principauté par l’autorité suprême de l’Orient latin. Aussi n’est-il pas surprenant de le voir se reconnaître l’homme de l’empereur pour ses terres de Morée, et recevoir par surcroît le titre honorifique de sénéchal de Romanie (1). D’autre part se posait la question des rapports avec Venise, qui n’avait pas encore été réglée. Le partage de 1204 avait attribué à la Commune la plus grande partie du Péloponèse ; celle-ci ne pouvait occuper effectivement tous ces territoires, mais elle jugea nécessaire de ne pas abandonner complètement une position qui commandait les routes maritimes vers lOrient. En 1206 ou 1207, une flotte vénitienne fut envoyée sous le commandement de Premarini et du fils du doge Dandolo elle occupa à la pointe de la presqu’île de Messénie Modon et Coron conquises en 1205 par le Champenois. Nous sommes mal informés sur ces opérations (2) ce qui est sûr, c’est que les nouveaux maîtres du Péloponèse n’avaient pas intérêt à engager la lutte contre Venise, ni sans doute les moyens de la faire. Peu après le moment où Geoffroy de Villehardouin apparaît comme le successeur de Champlitte, un accord fut signé dans l’île de Sapientsa en juin 1209 (3). La Commune ne gardait du Péloponèse que Modon et Coron, et reconnaissait à G. de Villehardouin le reste du pays de la rade de Navarin jusqu’à Corinthe ; mais il devait tenir cette terre comme fief reçu du doge de Venise ; Geoffroy et ses successeurs devaient devenir vénitiens, posséder à Venise une maison honorable et envoyer chaque année deux draps de soie brodés d’or à l’église Saint-Marc et un au doge. Les Vénitiens, exempts de tous droits de douane dans la principauté, pourraient faire librement commerce et posséder dans chaque ville une église, un tribunal et un entrepôt. Une alliance perpétuelle était conclue entre Venise et Geoffroy (4). En fait la solution était heureuse pour les deux : ; (1) Ibid. § 670, éd. Longnon, p. 110. Ici encore les événements qui ont précédé le parlement et expliquent la situation faite à G. de Villehardouin, tels qu’ils sont racontés par la Chronique de Morée, sont du domaine de la légende : L. de la conq., §§ 177-187 ; — Chron. gr., vv. 2462-2625 ; — L. de los fech., §§ 192-207. (2) L’expédition vénitienne, placée en 1206 par André Dandolo, RIS, XII, col. 335, éd. Pastorello, pp. 282-284, et par O. Pane, Annales Januenses , éd. L. R. Belgrano et G. Imperiali, Annali Genovesi, II, pp. 104, 109-110, mais en 1207 par Martino da Canale, ASI, VIII, 1845, pp. 348-350, et par Marino Sanudo, Vita de ' duchi de Venezia, RIS, XXII, col. 535-536, 544, était dirigée contre les corsaires génois et contre les Grecs et avait pour objectif final la Crète. Mais si le plus autorisé de ces auteurs, Martino da Canale, rapporte que les Vénitiens enlevèrent les ports à des corsaires, André Dandolo parle d’un combat avec les Champenois ». O. Dapper, Beschryving van Morea, 2e partie, pp. 23-24, fait allusion à la présence en 1208 du corsaire Vetrano à Coron et à Modon, mais on ne peut guère se fier à la précision d’une indication de ce genre. Leone Vetrano aurait déjà attaqué Modon et Coron en 1199, cf. Hopf, I, pp. 173B, 221 A-B ; — J. K. Fotheringham, Marco Sanudo, pp. 52-55, 81, 111-112; — Miller, The Latins, pp. 39-40; — Longnon, L'empire latin, p. 90 ; — Thiriet, Romanie vénitienne, p. 82. (3) Cet accord, se plaçant quelques semaines après le parlement de Ravenique, a peut-être été réalisé à l’instigation de l’empereur soucieux d’éviter tout conflit entre les Latins ; il fut signé en présence de Conon de Béthune, protovestiaire, premier dignitaire de la cour impériale, et de Guy d’Henruel, qui représentaient sans doute l’empereur ; cf. Longnon, L'empire latin , p. 112. (4) Le texte du traité, conservé dans les Pacta Ferrariae et dans le Liber Albus, est publié d’après ce dernier par Tafel et Thomas, Urkunden, II, pp. 96-100. Cf. Hopf, I, p. 239A ; — H. Kretschmayr, Geschichte y «
LA CONQUÊTE 67 parties : pour la principauté, il ne s’agissait que d’un lien de vassalité théorique et d’obligations très modestes, compensées par la certitude de trouver en cas de besoin une alliée précieuse et l’aide de sa flotte. Venise conservait un territoire très restreint, mais très utile pour elle elle fortifia solidement Coron, tandis que Modon fut main¬ tenue non fortifiée, pour éviter que les pirates n’en fissent leur repaire ; de plus elle avait obtenu l’assurance que ses négociants pourraient commercer en toute liberté et rappelé les droits éminents qu’elle avait sur la Morée. Geoffroy avait ainsi obtenu que son pouvoir fût consacré par les deux plus : hautes autorités, dont il se reconnaissait simultanément vassal. C’est seulement ensuite, et probablement à l’expiration d’un certain délai (1), que nous ne pouvons fixer ne connaissant pas la date du départ de Guillaume de Champlitte, qu’il porta le titre de prince. Dans un acte de 1209, il a seulement le titre de sénéchal de Romanie, titre que lui donne aussi le pape dans une lettre du 4 mars 1210 ; mais celui de prince apparaît quelques jours plus tard dans les lettres pontificales des 22-24 mars. Si l’on tient compte du temps nécessaire pour que les nouvelles parviennent de Grèce à Rome, surtout en période d’hiver où la navigation est plus difficile, on peut supposer que Geoffroy portait le titre de prince peut-être depuis la fin de 1209, en tout cas dès le début de 1210 (2). La conquête de 1206 à 1212. — Aussitôt après leur victoire de Kountoura les Francs ont dû pénétrer plus avant dans le Péloponèse ; mais sur ce point les rensei¬ gnements précis font totalement défaut. On peut supposer que des progrès furent faits entre 1206 et 1209, puis que Geoffroy, prenant le pouvoir, poussa vivement la conquête. Les versions française et grecque de la Chronique de Morée rejettent la prise de Corinthe et de Nauplie beaucoup plus tard, à l’avènement du prince Guillaume de Villehardouin qui prit le pouvoir en 1246 (3). Mais le Libro de los fechos signale beaucoup plus tôt que Geoffroy prit « en son temps » le château de Corinthe et celui de Rusellebo on a proposé, avec vraisemblance, de reconnaître dans ce nom celui de Buceletto , ou Araklovon (4). On ne trouve en effet nulle part ailleurs mention de la prise de cette petite forteresse ; quelles que fussent sa situation et l’énergie de son défenseur, il est peu probable qu’elle ait pu résister de longues années. La voie des défilés de la Skorta étant ouverte, les Francs purent s’établir dans les ; von Venedig, II, p. 16 ; — Miller, The Latins, pp. 39-40 ; — Longnon, L'empire latin , p. 112 ; — Thiriet, Romanie vénitienne, pp. 86-87. D’après le récit de Villehardouin, cf. supra, pp. 61, 63, c’est à la suite de l’occupation de Coron et de Modon par les Vénitiens que Geoffroy, privé de ce fief, aurait dû recevoir en compensation Kalamata et Arkadia, que lui attribuent la Chron. gr., vv. 1862-1865, et le L. delaconq., §124, mais aucun texte ne fait allusion à cette substitution. Sur les limites exactes des territoires vénitiens, v. pp. 442-443. (1) Cf. supra, p. 65, et infra, p. 88. (2) Innocent III, Ep., XIII, 6 (4 mars 1210), 23-25 (22-24 mars 1210), PL, CCXVI, col. 201-202, 221 222 ; cf. Potthast, I, pp. 339-340, nos 3925. 3939. Buchon, Rech. et mal., I, p. 93, cite un acte de Geoffroy, daté de 1210, où il porte le titre de prince. Cf. Hopf, I, p. 239A, — Longnon, JS, 1946, pp. 82-85. (3) Chron. gr., vv. 2753-2823 ; ~L.de la conq., §§ 189-194. C’est cette date qu’a retenue Buchon, Histoire des conquêtes, pp. 241-246, après avoir hésité, cf. Rech. et mat., I, pp. 99, 150. Hopf, I, p. 240, n. 71, a déjà rectifié cette erreur ; cf. Longnon, JS, 1946, p. 157. (4) L. de los fech., § 188 ; la correction a été proposée par St. Dragoumès, Chron. de Morée , pp. 30-32.
68 RECHERCHES HISTORIQUES bassins de l’Arcadie où ils avaient pénétré déjà, venant delà Messénie. Ils ne semblent pas avoir rencontré de résistance pour en occuper les deux villes principales, Nikli et Véligosti (1) : le souvenir du moins ne s’en est pas conservé. Ils s’avancèrent en Laconie et, au moment du traité de Sapientsa, ils avaient peut-être déjà atteint Molaoi dans la presqu’île du Parnon, mais ne tenaient pas encore Lacédémone qu’ils durent occuper peu après (2). Quant aux forteresses du nord-est, la résistance de Corinthe se prolongea au-delà du début de 1209. Léon Sgouros ayant disparu vers 1207 ou 1208, la défense de l’Acrocorinthe fut conduite par Théodore que Hopf a identifié avec le frère de Michel Comnène Doukas (3). La place ne s’était pas encore rendue au moment où se tint en 1209 le parlement de Ravenique (4). Toutefois la forteresse ne dut pas tarder à tomber Innocent III fait allusion, dans une lettre du 4 mars 1210, à la nouvelle de sa reddition, comme d’un fait récent ou imminent (5). Théodore la rendit à des conditions sans doute favorables pour lui, car il semble avoir conservé Argos et Nauplie, probablement sous la suzeraineté de Geoffroy ; il y avait emporté le trésor de l’église de Corinthe. Les Francs durent reprendre peu après la lutte contre lui ; pour le siège de Nauplie, Geoffroy demanda et obtint des navires de Venise. En 1212, toutes les forteresses d’Argolide sont aux mains des Francs à cette date Innocent III a déjà consacré de ses mains l’archevêque de Corinthe (6) ; d’autre part une lettre de lui, du 25 mai de la même année, rapporte, d’après l’archevêque de Corinthe, que Théodore a rendu le château d’Argos : l’événement devait être antérieur de quelques mois (7). Il est possible enfin que ce soit en 1210 que Geoffroy de Villehardouin ait reçu la moitié de la seigneurie de Thèbes ; celle-ci avait appartenu jusqu’alors à Albertino de Canossa qui dut quitter la Grèce vers 1211, et elle fut partagée entre Othon de la Roche, seigneur d’Athènes, et Geoffroy, qui inféoda sa part au neveu d’Othon, Guy de la Roche (8). : ; (1) Dès 1209, il existe un évêché d’Amyclées, (2) Cf. infra , p. 70. qui doit être assimilé avec Nikli, cf. infray p. 70. (3) Sgouros se serait suicidé s’il faut en croire une pétition en faveur d’un métropolite de Monemvasie publiée par Sp. Lampros, NE, XII, 1915, p. 288. Cf. St. Dragoumès, Chron. de Morée, p. 52. Un manuscrit de la chronique d’Henri de Valenciennes, Buchon, Rech. et mai., II, p. 209, cf. éd. Longnon, § 688 n. i, , I, p. 118, fait suivre le nom de Michel du titre de « signour de Ghorynte », cf. Sp. Lampros, *. p. 421, n. 1. Marino Sanudo, RIS, XXII, p. 545, place Michel à la tête du « despotat de Morée » de 1205 à 1224. Michel est donc probablement le successeur de Sgouros et Théodore le représente ; on ne peut admettre les dates de Sanudo, et l’allusion d’Henri de Valenciennes à Michel seigneur de Corinthe peut se rapporter à l’année 1208, comme le suppose aussi L. Stiernon, REB, XVII, 1959, p. 105, n° 36. (4) Henri de Valenciennes, § 669, éd. Longnon, p. 109, cf. p. 69, n. 3 et supra, p. 65. (5) Innocent III, Ep ., XIII, 6, PL, CCXVI, col. 201-202. (6) Innocent III, Ep., XV, 58-61 (22 mai 1212), PL, CCXVI, col. 586-588. (7) Innocent III, Ep., XV, 77 (25 mai 1212), PL, CCXVI, col. 598. Cf. Hopf, I, p. 240 ; — J. Longnon, JS, 1946, p. 157. C’est la Chronique de Morée qui signale la participation de quatre navires vénitiens au siège de Nauplie : L. de la conq ., §§ 197-198 ; — Chron. gr., vv. 2844-2871. Sur Théodore, v. D. M. Nicol, The despotate of Epirus, (8) pp. 24-25. Suivant une hypothèse très vraisemblable de J. Longnon, JS, 1946, p. 89.
LA CONQUÊTE 69 La principauté vers 1210. — Rares sont les sources qui fournissent des rensei¬ gnements sûrs et précis sur l'état de la principauté à la fin de cette première période de l'établissement des Francs en Morée, en particulier sur les deux questions qui nous intéressent des limites territoriales et des seigneurs ou des familles installés dans le pays. A en croire la Chronique de Morée, la principauté aurait eu dès ce moment une organisation pour ainsi dire complète et définitive : à l'occasion du départ de Guillaume de Champlitte, une commission composée de seigneurs et de prélats français et de nobles grecs aurait été chargée de dresser la liste des terres déjà distribuées en fiefs et de déterminer le service dû par chacun ; la version arago naise attribue l’initiative de ce travail au Champenois, tandis que, selon les textes grec et français, ce fut Geoffroy de Villehardouin qui, après le départ du prince fit dresser cette liste et mettre par écrit les obligations de chacun. De toute façon, l’orga¬ nisation du système féodal en Morée serait déjà fixée avant 1210 (1). Cependant, il est évident que les renseignements donnés à cette occasion par la Chronique appar¬ tiennent à une époque beaucoup plus récente dans ces listes figurent des terres qui n’étaient pas encore conquises, des personnages qui n’étaient pas encore en Morée. On ne peut donc tenir compte ici de ces textes sur lesquels nous reviendrons plus loin. Un document déjà mentionné apporte cependant quelque lumière, c’est le traité de Sapientsa conclu en 1209 entre Geoffroy de Villehardouin et Venise : il donne des indications sur les limites de la principauté, et les noms de quelques seigneurs. On peut admettre que les Francs occupaient alors la plus grande partie de la presqu’île ; seules échappaient à leur domination l’extrémité méridionale de la Messénie avec Coron et Modon, tenue par Venise, et la région du sud-est où les Grecs restaient indépendants (2). Les Francs n’avaient pas encore occupé la plaine de Lacédémone ni les montagnes qui la dominent à l’est et à l’ouest : c’est le massif du Parnon et toute la région baignée par la mer Égée des confins de l’Argolide au cap Malée, avec, sur la côte, Monemvasie, citadelle quasi imprenable qui, depuis le vne siècle, avait servi de refuge aux Grecs ; c’est d’autre part la chaîne du Taygète prolongée par la presqu’île du Magne jusqu’au cap Matapan, l’antique Tainaron. Il n’y a pas d’indication précise sur les limites exactes de la principauté à l’exception de la mention de Mola que Geoffroy déclare tenir déjà en son pouvoir. On est tenté : (1) L. de la conq ., §§ 119-121, 128-131; — Chron. gr., vv. 1903-2016; — Cron. di Morea , pp. 428-429; — L. de los fech., §§ 115-140. (2) Voici les passages du traité intéressants pour la connaissance des limites de la principauté : Geoffroy déclare recevoir « terram domini ducis in feudum a flumine , quod cadit in porto Zunci per mediam paruam insulam positam in portu, et sursum rede usque ad portum Simari , et a suprascriptis metis usque Corinthum... ». Il s’engage d’autre part à conquérir avec Venise le reste de la Morée : « De Laudomonia, excepta Mola , quam ego habeo , i lia dico, quod ego habeo illam recuperare ad meam fatigationem et expensam ; et de hoc, quod recuperauero aul in loto aul in parte, debei habere dominus Dux quartam partem in suo dominio ; et de aliis tribus partibus inde rema nentibus et de Mola debeo domino Duci et suis successoribus taie seruitium facere, quod de alia terra suprascripta... De Corintho ita teneor ego et mihi heredes et successores domino Duci, quam de alia terra. Dominus vero Dux retinet sibi civitaiem Mothonis cum tantum de suis pertinentijs, quantum includit fluvius suprascriptus, et sursum recte usque ad portum Sinati, sicut designatum fuit per uoluntatem domini Raphaelis et meam, ubi fuerunt »; suit la liste des témoins que nous reproduirons plus bas, Tafel et Thomas, Urkunden , II, pp. 96-98, n° 207 ; cf. A. Dan dolo, RIS, XII, col. 336 ; — Du Gange, éd. Buchon, II, p. 12. Sur les limites des territoires vénitiens de Coron et Modon, voir infra , pp. 442-443.
70 RECHERCHES HISTORIQUES d’identifier ce lieu avec la petite ville actuelle de Molaoi (1) à l’est du golfe de Laconie, sur la route de Monemvasie à Sparte ; et l’on ne voit pas en effet à quelle autre ville pourrait correspondre ce nom. Il paraît pourtant surprenant que les Francs aient pu dès cette date occuper ce point isolé en territoire grec, d’autant plus qu’aucun autre texte ne fait allusion à sa conquête, ni n’en parle à propos d’autres événements au xme ou au xive siècle ; cette indication reste pour nous assez mystérieuse. En 1223 la domination franque devait s’étendre jusqu’au golfe de Laconie, puisque Honorius III réunit alors le ressort de l’ancien évêché grec d’Hélos à celui de Lacédémone (2). Au nord, l’occupation du Péloponèse ne fut complète qu’en 1212, après la prise, d’Argos et de Nauplie ; de ce côté, le territoire de la principauté n’avait de frontière commune qu’avec le domaine du seigneur d’Athènes la limite qu’on ne connaît pas exactement, devait être située un peu au nord de la partie la plus étroite de l’isthme de Corinthe. D’ailleurs, en reconnaissance des services rendus par Othon de la Roche qui avait participé depuis 1205 au siège et à la prise des places fortes du nord est, Geoffroy de Villehardouin lui avait donné l’Argolide avec Argos et Nauplie, territoires pour lesquels il était vassal du prince, et une rente de 400 hyperpères sur les droits du port de Corinthe. Mais il s’était réservé la position-clé, Corinthe avec sa puissante forteresse (3). Le texte du traité de Sapientsa est suivi d’une longue liste de témoins qui fait connaître un certain nombre des seigneurs et des ecclésiastiques établis en Morée en 1209 (4) à côté de noms inconnus et non identifiés, on peut relever, outre ceux de Conon de Béthune et de Guy d’Henruel, déjà cités, ceux d’Hugues de Mons, d’Arnoul Aleman, de Jean de Bourbon, chapelain de Geoffroy de Villehardouin, de Gérard de Germinon et de Renaud de Briel, mentionnés par des actes contem¬ porains. Dans un acte du 13 septembre 1209 sont nommés également comme témoins R. de Brier, G. de Trimolai, l’évêque Gilbert d’Amyclées et l’évêque Eudes de Coron (5). Nous reviendrons plus longuement sur la famille de Brier ou Briel (6). ; : (1) Cf. Longnon, L'empire latin , p. 116. (2) Pressutti, Reg. Honorii III, II, p. 164, n° 4505, cf. infra, pp. 93-94 (3) Sanudo, Istoria di Romania, éd. Hopf, p. 100 ; cf. L. de la conq., §§ 200-201 ; — Chron. gr., vv. 2875 2888, qui attribuent, on l’a vu, la prise de ces forteresses au prince Guillaume après 1246. Rappelons que le prince était également suzerain de la moitié de Thèbes, cf. supra, p. 68. (4) Voici le passage d’après le Liber Albus, publié par Tafel et Thomas, Urkunden , II, pp. 98-99 ; entre parenthèses sont données les formes des noms d’après le texte des Pacta Ferrariae, quand elles diffèrent sensi¬ blement : Cane (Cono) de Bononia, Guido de Amore (Ancore), Gerardus de Germin (Geron), Raynaldus de Brieth, Jacobus Rolando, ecclesie sand Barnabe presbiter, Johannes Fradelus, absque fondum (feudo) militum et eorum, quorum nomina continentur : scilicet U go de Montibus, Arnulfus Alemanus, Guilielmus Druci, Ray mundus balisierius, Matheus Burgondus, Rodolfus de Balneis, Johannes cornes, magister Johannes capellanus. Isti sunt milites. — Johannes Parisumensis (?), Conursus Falcarcius (Canursus Falcerius), Guilielmus Biti nilensis (Bravilonus). Johannes Maçuel (Masriel), Richardus de Cipos (Citis), Caspinelus Mariscalcus, Tericus Siicabo (Fairicus Scicabo), Aubeleris Aurelus (Ambelonus Aurelus), Sciremus Leonardus de Bouera (Sameeus Bernardus de Benoran) , Gaufredus de Sancto Quirino. Isti sunt ser genii et sine terra ». (5) « ... audientibus et videntibus nobilibus viris domino Gileberio Amiclarum episcopo, domino O. Coronis episcopo, R. de Brier, G. de Trimolai et pluribus aliis ». Il s’agit de la confirmation par Geoffroy de Villehardouin de la donation de « Saint-Sauveur de Saphadin », faite à l’abbaye de Saint-Loup de Troyes, par Simon de Lagny, puis par Gérard, publiée par Lalore, Collection des principaux cartulaires du diocèse de Troyes, I. Cariu laire de Saint-Loup, pp. 207-208, n° 156 ; cf. L. Santifaller, Geschichte des lateinischen Patriarchats, pp. 94 95 ; — J. Longnon, Recherches sur Villehardouin, p. 208, n° 96. (6) Les formes données par Tafel et Thomas, De Brieth ou Debriet, diffèrent de celle qu’on lit dans la version des Pacta Ferrariae, de Brier.
LA CONQUÊTE 71 Gérard de Germinon recueillit sans doute vers cette date les biens de Simon de Lagny ; l’un et l’autre étaient d’origine champenoise ; Simon avait été probablement un des compagnons de Geoffroy de Villehardouin ; mais il avait déjà quitté la Morée en 1209, après avoir fait don au chapitre de Saint-Loup de Troyes de l’abbaye de ses terres en Messénie (1). La famille de Lagny ne disparut d’ailleurs en 1216 la terre de Simon, tenue en 1209 par Gérard de Germinon, ; Roes de Lagny et l’on retrouve de ses descendants dans le pays au à Saint-Sauveur sur pas de Morée appartient xive siècle. La correspondance pontificale permet d’ajouter quelques noms à cette liste très brève : Henri Rondeth légua une rente à une église de Coron, avant 1207 (2) ; P. de Becquigny s’empara d’une terre attribuée par le bail de Guillaume de Champlitte à l’église de Patras (3) ; Hugues de Besançon et Guillaume de Résie, tous deux d’origine comtoise, dotèrent en 1210 l’ordre des Templiers (4). Sans doute un certain nombre des personnages mentionnés dans la période suivante étaient déjà en Morée avant 1210, mais seuls les noms énumérés ci-dessus sont attestés par des actes antérieurs à cette date. Notons que la plupart sont français et, de façon plus précise, d’origine champenoise, bourguignonne ou comtoise. Achèvement de la conquête. — La conquête du Péloponèse ne fut achevée qu’à la fin de la première moitié du xme siècle, par Guillaume II de Villehardouin. Bien qu’un intervalle assez long sépare cet événement de l’occupation du reste de la péninsule, nous en rappelons ici les circonstances. Ayant soumis les trois-quarts de la Morée, les fertiles régions occidentales, les bassins intérieurs et l’Argolide avec ses puissantes forteresses, les deux premiers princes de Villehardouin ne jugèrent pas indispensable de soumettre les cantons du sud-est c’étaient essentiellement les deux presqu’îles qui se terminent par les caps Malée et Matapan, de part et d’autre de la plaine de Laconie où les conquérants avaient dû déjà pénétrer. Ce sont des régions montagneuses, peu accessibles, n’ayant que des relations difficiles avec le reste de la péninsule ; elles ont toujours eu une existence distincte et des populations très particularistes, qui à diverses époques y avaient cherché et trouvé un refuge. Elles étaient peuplées au xme siècle de groupes grecs restés plus proches des anciens Hellènes que dans les plaines centrales et de tribus slaves non encore assimilées, vestiges des invasions des vne et vme siècles. Le Taygète, la région marécageuse qui porte encore le nom antique d’Hélos, la presqu’île du cap Malée ou pays de Vatika, étaient habités par les Slaves ; les Mélingues occupaient le versant ouest du Taygète, les Ézérites, plus nombreux, les cantons à : (1) Ces personnages nous sont connus par une série d’actes relatifs à la donation faite par Simon de Lagny, dont deux ont été reproduits par L. Santifaller, op. cit ., pp. 32, 94, 100-101, mais dont l’ensemble a été étudié en dernier lieu par J. Longnon, Le patriarcal latin de Constantinople , JS, 1941, pp. 178-182 : c’est l’acte de donation même en 1209, la confirmation par le prince et celle du patriarche Gervais en 1216. On y retrouve aussi le nom d’un chanoine de Saint-Loup devenu prieur de Saint-Sauveur, et ceux des témoins cités ci-dessus. Les formes du nom de Lagny sont en français Leigni ou Legni, en latin de legniaco. (2) Innocent III, Bp., IX, 247, PL, CCXV, col. 1079-1080. (3) Innocent, III, Ep., XIII, 170, PL, CCXVI, col. 342 : « P. de Becciniaco ». Cf. Hopf, I, p. 235 A ; — X, 1932, p. 408, l’a transcrit Besquigny , E. Gerland, Neue Quellen, p. 10, n. 6 ; — D. A. Zakythènos, , ce qui ne se justifie pas ; le nom de Becquigny est celui de deux villages dans la Somme et dans l’Aisne. (4) Innocent III, Ep., XIII, 148-149, PL, CCXVI, col. 329 : « Guillelmus de Resi, Hugo de Bezenson », donnent Palaiopolis et Pasalan aux Templiers. Cf. J. Longnon, JS, 1946, p. 87.
72 RECHERCHES HISTORIQUES Test de cette chaîne. Restés autonomes dans l’empire byzantin, ils devaient, depuis l’écroulement de l’autorité impériale, vivre indépendants comme ils le faisaient quelques siècles plus tôt, condition qui convenait au mieux à leur caractère indocile. La presqu’île du cap Matapan était le domaine des Maniotes ; bien qu’on ait beaucoup discuté leur caractère ethnique, il semble bien que ce fussent d’anciennes populations helléniques. A l’est, enfin, sur le versant de la chaîne du Parnon qui fait face à la mer, vivaient, et vivent encore aujourd’hui, les Tsaconiens, qui se prétendaient les descendants des Laconiens de l’antiquité et étaient essentiellement grecs malgré la confusion devenue courante entre Tsaconie et Sclavonie : grecque aussi était la population de Monemvasie fondée au vne siècle sur un rocher isolé tout près de la côte orientale, pour servir de refuge devant les invasions slaves (1). Ces Grecs avaient dû rester en relations avec Michel Comnène Doukas qui gouvernait l’Épire, puis avec son frère, Théodore, qui avait longtemps défendu Corinthe, Argos et Nauplie, et lui avait succédé ; ils devaient avoir aussi des rapports avec l’empire grec qui s’était reconstitué autour de Nicée. La forteresse de Monem¬ vasie passait pour imprenable ; surveillant les routes maritimes qui reliaient Constan¬ tinople à l’Occident, elle pouvait constituer une menace pour la navigation franque et servir de refuge aux pirates. Bien que ces voisins n’eussent pas paru dangereux jusque-là, le prince Guillaume II, à son avènement en 1246, décida d’achever la conquête. Cette décision peut s’expliquer simplement par le caractère entreprenant et aventureux de ce prince ; elle se justifie aussi parce qu’il était plus urgent d’éliminer ce canton insoumis à l’époque où les Grecs de l’empire de Nicée commençaient à menacer dangereusement Constantinople et les États riverains de l’Archipel. Tous les historiens ont admis le récit de l’achèvement de la conquête du Pélo ponèse par le prince Guillaume tel que le fait la Chronique de Morée. Il convient seulement de faire abstraction du début de ce récit ; car la Chronique attribue à Guillaume la prise de Corinthe et celle de Nauplie qui datent en réalité de 1210 et de 1212 (2). En fait, Monemvasie, la plus importante forteresse, celle qui pouvait le plus directement communiquer avec l’empire de Nicée, fut l’objectif essentiel de la campagne. Bien qu’il disposât d’une flotte (3), il est probable que le prince demanda à Venise des navires de guerre pour assurer le blocus qui pouvait être long ; la Commune lui aurait envoyé quatre bâtiments (4). Guillaume, ayant rassemblé son armée dans les plaines de Nikli, commença le siège par terre et par mer ; mais la position était si forte qu’elle résista trois ans. Vers la fin de 1248 (5), les habitants, (1) Nous avons étudié l’origine, le caractère et la condition de ces diverses populations jusqu’en 1204 dans Pél. byz., pp. 63-64, 71-74 et y avons réuni l’essentiel de la bibliographie. Un exposé de ce que l’on sait sur elles pour la période du xme et du xive siècle a été fait par Zakythènos, Le despotat grec, II, pp. 1-29. (2) L. de la conq., §§ 189-210 ; — Chron. gr., vv. 2763-2888 ; — le L. de los fech., §§ 210-212, ne parle pas de Corinthe dont il a signalé la chute plus tôt, § 188. (3) Le prince Geoffroy II se rend à Constantinople sur ses propres vaisseaux en 1236 et en 1243. (4) Le chiffre est donné par la Chronique de Morée, mais elle ajoute que c’est à cette occasion et en échange de ces navires qui coopérèrent aux sièges de Nauplie et de Monemvasie que le prince aurait cédé à Venise Coron et Modon, L. de la conq., §§ 197-198, 202 ; — Chron . gr., vv. 2840-2864, 2905, 2906 ; ~L.de los fech., §§ 211, 213. (5) J. Longnon, JS, 1946, p. 159.
LA CONQUÊTE 73 ayant épuisé toutes leurs ressources, engagèrent les négociations ; le prince promit d’accorder la liberté et la franchise pour eux et pour leurs biens, de n’exiger d’eux aucun service sinon sur ses vaisseaux et contre une solde ; les chefs des trois grandes familles, Mamonas, Eudaimonogiannis et Sophianos, vinrent présenter les clefs de la ville à Guillaume qui leur offrit des présents et leur donna des terres dans la région voisine de Yatika (1). Monemvasie prise, l’occupation du reste du pays fut facile. Ni les Tsaconiens ni les habitants de la région de Yatika d’une part, ni les Slaves de la région du Taygète ou les Maniotes de l’autre ne songèrent à résister ; aux tribus slaves des Mélingues le prince promit de n’imposer que le service militaire (2). Guillaume de Villehardouin passa l’hiver 1248-1249 en Laconie, résidant à Lacédémone d’où il écrivit en février une lettre au comte Thibaut de Champagne (3), ou parcourant le pays, qu’il aimait particulièrement. C’est alors que furent choisis les sites où devaient s’élever quelques forteresses destinées à surveiller la région et à assurer la domination franque : ainsi furent construits les châteaux du Grand-Magne et de Leutron, ou en français Beaufort ; d’après la chronique grecque celui de Passavant existait déjà (4). La chronique aragonaise signale encore dans le pays des Tsaconiens la construction de celui de la Estrella , qui doit être Astros, mais dont l’existence est moins certaine pour cette époque (5). Enfin Guillaume décida de faire construire, tout près de Lacédémone, sur un des contreforts du Taygète, dans une situation aussi belle qu’excellente au point de vue militaire, un château qui reçut le nom de Mistra (6). Le Péloponèse tout entier était sous la domination franque. (1) Ces détails sont donnés seulement par la Chron. gr., vv. 2841-2955. Le L. de los fech., § 213, n’en donne aucun et le manuscrit du Livre de la conquête présente ici une lacune de deux pages correspondant aux vers 2934 à 3024 de la Chronique grecque. (2) (3) (4) (5) (6) Chron. gr., vv. 2960-2965, 3008-3031 ; — L. de los fech ., §§ 214-215. Datée de la Crémonie, février 1249 (nouveau style), publiée par Buchon, Recherches , L. de la conq., § 207 ; — Chron. gr., vv. 3002-3007 ; — L. de los fech., §§ 215-216. L. de los fech., § 214. Chron. gr., vv. 2985-3001 ; — L. de los fech., § 215. II, pp. 378-379.

CHAPITRE II LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES YILLEHARDOUIN De 1210 à 1255 De 1210 à 1255, la principauté sous l’autorité des princes de la maison de Villehardouin connaît une période de calme et de grande prospérité, que seul l’achè vement de la conquête vient troubler un moment, mais pour un heureux résultat. Trois princes se succèdent dans ce demi-siècle, Geoffroy Ier, puis ses deux fils Geoffroy II et Guillaume II ; le dernier dépasse de vingt-trois ans la date de 1255, mais seules les premières années de son règne prolongent l’heureuse période commencée en 1210, alors que des aventures et des revers compromettent après 1255 la situation de la principauté. Pour l’histoire de la Morée franque, la date de 1255 a une signi¬ fication plus grande que celle de l’avènement d’un prince. Les princes de Villehardouin. — Nous avons vu comment Geoffroy Ier était arrivé au pouvoir. On a longtemps admis, à la suite de Buchon, qu’il disparut à la fin de 1218 (1) ; mais le prince était encore vivant en 1223, c’est lui seulement que peut désigner Honorius III le 16 septembre de cette année-là, en parlant de G. de Villehardouin, prince d’Achaïe, de sa femme et de ses fils puisque ses successeurs n’eurent ni l’un ni l’autre, à notre connaissance, d’enfant mâle (2). Il devait vivre encore quand Robert de Courtenay, ayant abandonné le trône impérial de Constan¬ tinople, s’arrêta dans la principauté où il allait d’ailleurs mourir (vers janvier 1228). Mais, en 1231, année où Jean de Brienne était arrivé à Constantinople, c’est Geoffroy II , Les princes de Morée , p. 8 ; — (1) Buchon, Rech. et mai., I, pp. 146, 149-150 ; — L. de Mas-Latrie, Hopf, I, pp. 267B-268A ; — Rennell Rodd, The princes of Achaia, II, p. 311 ; — Miller, The Latins , p. 86. La Chronique de Morée place le mariage de Geoffroy II avec Agnès — qui eut lieu réellement en 1217 — après son avènement comme prince : l’indication est erronée, comme tout le récit, mais a pu contribuer à faire remonter la mort de Geoffroy Ier à une date trop haute : L. de la conq ., §§ 176 et suiv. ; — Chron. gr ., vv. 2465 et suiv. ; — L. de los fech., §§ 192 et suiv. (2) Pressuti, Reg. Honorii III, de V histoire de II, p. 163, n° 4501 ; la remarque en a été faite par J. Longnon, Problèmes la principauté de Morée , Chronologie , JS, 1946, pp. 157-159.
76 RECHERCHES HISTORIQUES qui règne (1). Geoffroy Ier serait donc mort entre 1226 et 1231, âgé d’une soixantaine d’années environ. Des deux fils, l’aîné, qui portait le même nom que lui, était venu en Morée avec Élisabeth, dès les premières années de la conquête, en tout cas aussitôt que son père put se considérer comme le maître du pays. Il devait avoir à son arrivée une quinzaine d’années et dut prendre très tôt une part active aux affaires de la principauté (2). En 1223, il fut menacé d’excommunication en même temps que son père par le pape Honorius III, il était donc considéré comme collaborant avec lui (3). Il s’était marié en 1217 alors que l’empereur Pierre de Courtenay tentait de rejoindre sa capitale en traversant la péninsule balkanique de Durazzo à Thessalonique, entre¬ prise où il devait périr, victime de la trahison de Théodore Comnène Doukas, l’impé¬ ratrice Yolande fit le voyage par mer ; elle fit escale en Morée où elle fut accueillie par Geoffroy Ier, et, voyant « que celui-ci avait grande terre et que sa fille y serait bien employée », elle donna sa fille Agnès en mariage au fils aîné du prince, Geoffroy (4). De ce mariage aucun héritier ne devait naître. Mais Geoffroy Ier avait eu d’Élisabeth un second fils, né en Morée au château de Kalamata (5) à la mort de Geoffroy II, au début de l’été 1246, la principauté revint à son frère Guillaume, alors âgé de trente-cinq ans environ (6). Pendant toute cette période, les sources ne font connaître aucun incident à l’intérieur de la principauté. Les princes avaient sans doute des qualités, de l’expé¬ rience ; il n’y eut pas, autant que nous le sachions, de rivalité ou de contestation entre les conquérants qui formaient un groupe homogène loyalement dévoué à leur prince, ni de conflit entre Francs et Grecs. Il convient d’étudier d’abord quels furent les sa mère, : : (1) Sur le passage et la mort de Robert de Courtenay, cf. Chronique d'Ernoul, éd. Mas-Latrie, p. 395 et n. 3. Sur les relations entre Geoffroy II et Jean de Brienne, v. Aubri de Trois-Fontaines, ad. ann. 1236, MGH , SS, XXIII, p. 938. (2) L’acte de 1210, le premier que nous possédions où Geoffroy Ier porte les titres de prince et de sénéchal fait allusion à la présence de sa femme : Buchon, Rech. et mat., I, p. 93 ; cf. J. Longnon, Recherches sur Geoffroy de la princesse dont un sceau est publié par de Villehardouin, pp. 31-32, et V empire latin, p. 115. L’identification J. Schlumberger (et autres), Sigillographie de VOrieni latin, p. 184, n° 49, avec Elisabeth de Chappes, ne peut être considérée comme sûre, cf. J. Longnon, Recherches sur G. de Villehardouin, p. 32, n. 2. Reg. Honorii III, II, p. 62, n° 3924. (3) Pressuti, (4) C’est le récit de la Chronique d'Ernoul, éd. Mas-Latrie, p. 392. Celui de la Chronique de Morée est inexact : Agnès, fille de l’empereur Robert, aurait été obligée d’épouser le prince au cours d’une escale que faisait à Beauvoir en Morée le navire qui la menait en Espagne où elle aurait dû épouser le roi d’Aragon : L. de la conq ., §§ 177-181 ; — Chron. gr., vv. 2472-2540 ; — L. de los fech., §§ 193-200. Inexactes également sont toutes les indications relatives à un conflit qui en aurait résulté entre l’empereur et le prince, et au règle¬ ment de ce conflit, par lequel la Chronique explique l’origine du titre de sénéchal de Romanie porté par le prince. (5) L. de los fech., § 188. (6) Buchon, Rech. et mat., I, p. 157, et Hopf, I, p. 272B, — Chron. gr.-rom., p. 469, ont placé la mort de Geoffroy II en 1245 ; — cf. Fr. Hertzberg, Geschichte Griechenlands , III, p. 124 ; — G. Schlumberger, Numismatique de l'Orient latin, p. 299 ; — Rennell Rodd, The princes of Achaia, II, p. 311 ; — plus prudem¬ ment L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée, p. 8, dit 1245 ou 1246. Mais une lettre d’innocent IV, du 6 mai 1246, est adressée à Guillaume, frère du prince d’Achaïe, ce qui suppose que Geoffroy II vivait encore à cette date : Registres d'innocent IV, éd. E. Berger, I, p. 275, n° 1842, cf. Miller, The Latins, p. 97, n. 4. C’est donc seulement après la fin de mai 1246 que Guillaume a pu devenir prince ; cette date concorde d’ailleurs avec qui dura trois ans, d’après la Chronique, donc de 1246 à 1248 Lacédémone. Cf. ci-dessus et J. Longnon, JS, 1946, p. 159. ce que nous savons du siège de Monemvasie et en février 1249, Guillaume est à ;
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 77 rapports de la principauté avec ses voisins, puis, à la faveur de cette période relati¬ vement tranquille, d'examiner les problèmes d'organisation de la principauté et ce que nous savons de ces nouveaux maîtres de la Morée. La principauté et ses voisins. — Au sud-ouest, l'extrémité de la péninsule messé nienne appartenait depuis 1207 à Venise. Les relations avec les châtelains de Coron et de Modon, comme avec la Commune, restèrent normales ; aucune raison n'existait qui pût faire naître une querelle après le règlement de 1209. Au contraire, il est naturel que Venise ait aidé le prince Guillaume à prendre Monemvasie qui pouvait servir d’abri à des pirates menaçant le commerce dans l’Archipel. Les populations du sud-est, longtemps laissées à elles-mêmes par Geoffroy Ier et Geoffroy II, furent soumises entre 1246 et 1249 par le prince Guillaume. Au nord, la principauté n’avait de frontière commune qu’avec la Seigneurie d’Athènes dont les maîtres avaient toujours eu jusque-là des relations étroites et des intérêts communs avec les princes. A Othon de la Roche, qui avait reçu de Geoffroy Ier Argos et Nauplie pour lesquels il était vassal du prince, succéda probablement en 1225 ou peu après (1) son neveu Guy Ier, déjà seigneur de la moitié de Thèbes depuis 1211, un des plus puissants seigneurs de Grèce. C’est de plus loin vers le nord que pouvaient venir des menaces contre les Francs, soit d’Épire, soit des puissances qui attaquaient l’empire latin de Constantinople, à la défense duquel les princes devaient contribuer en fidèles vassaux. Nous avons rappelé comment un cousin germain de l’empereur Alexis III, Michel Comnène Doukas, fils du sévastokrator Jean, avait entrepris de constituer à son profit sur les ruines de l’empire byzantin une principauté dont le centre était l’Épire ; étendant son pouvoir sur des territoires réservés en principe à Venise et non occupés par elle, il avait groupé sous son autorité tout le pays qui s’étend entre le Pinde et la mer, de Durazzo au nord jusqu’au golfe de Patras au sud. Il essaya alors de pousser plus loin ses succès en attaquant, à l’automne de 1205, Guillaume de Champlitte en Morée. Son échec ne lui fit pas abandonner ses projets il garda des relations avec Léon Sgouros et, après la disparition de ce dernier, ce fut son frère Théodore, sans doute, qui dirigea la défense de l’Acrocorinthe, d’Argos et de Nauplie, Michel paraît ainsi comme le principal chef de la résistance grecque aux Francs dans la péninsule balka¬ nique (2). Michel mena une politique compliquée, tantôt de rapprochement avec les Latins, tantôt d’hostilité (3) ; ces changements d’attitude n’étaient dictés que par l’intérêt. Son frère Théodore, qui lui succéda en 1215, se conduisit d’abord de même ; mais il : (1) Cf. Hopf, Chron. gr.-rom., p. 473 ; le dernier document attestant la présence d’Othon en Grèce est une lettre d’Honorius III du 12 février 1225, Pressutti, Reg. Honorii III , II, p. 304, n° 5304. Il retourna ensuite en France où il devait mourir avant 1234, cf. Longnon, L'empire latin , p. 166. (2) Cf. supra, pp. 61, 68, 72. Pour plus de détail, v. D. M. Nicol, The despolaie of Epirus , pp. 1-25, avec les précisions et les corrections apportées par L. Stiernon, REB , XVII, 1959, pp. 90-126. (3) En 1209 des pourparlers sont engagés entre l’empereur Henri et Michel, Henri de Valenciennes, §§ 688-694, éd. Longnon, pp. 118-121. Le 20 juin 1210, Michel prête serment de fidélité à Venise, Tafel et Thomas, Urkunden, II, pp. 119-123. En 1210 encore, aidé d’un prince bulgare, il attaque Thessalonique ; en décembre, Innocent III, Ep. XIII, 184, PL, CCXVI, col. 353-354, invite tous les Latins à n’aider en rien Michel qui a trahi l’empereur ; cf. Longnon, L'empire latin , pp. 122-124 ; — D. M. Nicol, op. cit.t pp. 29-40 ; L. Stiernon, Z. /., pp. 105, 117-126.
78 RECHERCHES HISTORIQUES apparut vite comme un ennemi dangereux pour les Francs. En 1217, après avoir promis libre passage sur ses territoires à l'empereur Pierre de Courtenay, dont la fille devait épouser Guillaume de Villehardouin, il le retint prisonnier en Épire, où l'empereur mourut. Dès 1220, la menace qu'il faisait peser sur le royaume de Thessa lonique détermina le pape Honorius III à placer cet État sous la protection apostolique. L'offensive de Théodore s’exerce vers l'est aussi bien que vers le sud, en direction des États latins de Grèce. Devant le danger pressant, le pape songe à organiser une croisade de secours pour défendre Thessalonique ; il exhorte les seigneurs, en particulier le prince d’Achaïe et Othon de la Roche à participer activement à la lutte, mettant à leur disposition comme à celle du chef de la croisade, Guillaume de Montferrat, une part des revenus et des biens ecclésiastiques (1). Cependant les armées de Théodore pénétraient en Grèce centrale en 1224 et semblent s'être avancées alors à travers la Béotie pour ne s’arrêter qu'aux confins de l'Attique (2) devant la résistance rencontrée, elles se retirèrent ensuite au nord du marquisat de Bondonitsa qui gardait les Thermopyles. Vers l’est, leur progression continuait. La croisade ne put cependant pas partir d’Italie en 1224, par suite de la maladie de son chef. Avant la fin de l’année, Théodore avait réussi à s’emparer de Thessalonique, où il se fit couronner empereur puis, continuant sa marche, il parvint à Andrinople qu’il enleva à l’empereur de Nicée, Jean Vatatzès (3). A la fin de 1224, le pape s’inquiète à nouveau de la situation ; ; ; le 28 novembre, il ordonne à tous les archevêques, évêques, abbés de l’empire de verser au marquis de Montferrat la moitié des biens et des revenus ecclésiastiques de l’année ; en février 1225, il exhorte à nouveau le prince et tous les seigneurs, leur annonçant l’arrivée du chef de la croisade (4). Enfin prête, la croisade débarqua en effet au printemps de 1225 en Grèce, avec pour mission non plus de défendre, mais de reprendre Thessalonique ; mais Guillaume de Montferrat qui la commandait mourut en septembre de la même année avant qu’aucun résultat n’eût été atteint. La tentative fut abandonnée ; l’héritier du royaume, Démétrius, devait mourir en 1227 (5) : Thessalonique était définitivement perdue. La disparition de cet éphémère royaume est un fait grave pour les Latins établis en Grèce : ils se trouvaient désormais coupés du reste de l’empire par un État vaste et qui paraissait puissant, s’étendant de l’Adriatique à Andrinople et allant au sud jusqu’aux confins de la Grèce centrale. (1) Toute une série de lettres témoigne de la sollicitude du Saint-Siège dès la fin de 1223 : Pressutti, Honorii III, pp. 158-159, nos 4478-4479 (4 septembre 1223), pp. 161-162, nos 4493, 4497 (13 septembre 1223), p. 207, n° 4758 (8 févr. 1224) ; dans la dernière lettre, il s’inquiète en particulier du danger qui menace le château de Bondonitsa. Sur l’ensemble de cette politique, v. Norden, Papstium und Byzanz, pp. 283-284, Beitrâge zur Geschichte des lateinischen Patriachats, p. 197. 287, — L. Santifaller, (2) Sur les limites de l’avance des Grecs, v. A. Bon, Forteresses médiévales de la Grèce centrale , BCH , LXI, 1937, p. 138, et Note additionnelle , BCH, LXII, 1938, pp. 441-442. (3) D. M. Nicol, op. cit., pp. 57-64, 103-104 ; — L. Stiernon, l. /., pp. 106-108. Théodore prit Thessalo¬ nique non en 1223, comme on l’a longtemps dit, mais vers la fin de 1224, v. J. Longnon, La reprise de Salonique par les Grecs en 1224, Actes du VIe Congrès d'études byzantines (Paris 1946), I, Paris 1950, pp. 141-146 ; — cf. B. Sinogowitz, Zur Eroberung Thessalonikes im Herbst 1224, BZ, XLV, 1952, p. 28. (4) Horoy, Opera Honorii III, III, coll. 721-724, 28 nov. 1224 ; — Pressutti, Reg . Honorii III, II, p. 286, n° 5202 (5 décembre 1224), p. 304, n° 5304 (12 février 1225). (5) Hopf, I, p. 250 ; — Miller, The Latins, pp. 83-85 ; — Norden, op. cit., pp. 301-304 ; — Longnon, L empire latin, pp. 163-164 ; D. M. Nicol, op. cit., pp. 62-64. Venise accepte le fait accompli en signant la paix avec Théodore en 1228, Cessi, Deliberazioni del Mag. Cons, di Venezia, I, 209, cf. L. Stiernon, /. /., p. 109, Reg. n° 70.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 79 Les succès de Théodore furent cependant de courte durée. Le tsar des Bulgares, Jean Asên, réussit à le faire prisonnier et le fit aveugler en 1230 ; il s’empara de la partie septentrionale des États de Théodore (1), qui fut remplacé par son frère cadet, Manuel. L’empire de Thessalonique ainsi démembré, c’est l’époque où l’expression de despotat d’Épire devient officielle (2). Manuel, dont le pouvoir restait précaire, chercha à le consolider en se rapprochant en 1232 de l’Église romaine et du prince d’Achaïe, dont il se serait reconnu le vassal d’après Aubri de Trois-Fontaines (3). Cependant un fils bâtard de Michel Ier, Michel II, se rendit maître de Corfou, prit en 1237 l’Épire et l’Étolie. Théodore enfin, libéré par Jean Asên, reprit par ruse Thessalonique et, dépossédant Manuel, installa à la tête de l’empire de Thessalonique son fils Jean, qui devait mourir en 1244. Les territoires réunis un moment par Théodore se trouvaient ainsi divisés par l’intervention du tsar des Bulgares et de Jean Vatatzès, et par des rivalités familiales. Michel II réussit un peu plus tard à reconstituer un État assez vaste en reprenant la Thessalie mais Thessalonique tomba en 1246 aux mains de l’empereur de Nicée (4). On peut dire que, après 1230, le despotat d’Épire ne constitue plus un danger pour les seigneurs francs de Grèce. Mais Geoffroy II de Villehardouin était également appelé à prendre part à la lutte contre les Grecs pour la défense de Constantinople. Attaqué de toute part, l’empire latin voyait chaque année son territoire se rétrécir. Jean de Brienne, venu en 1231 afin de prendre la régence pour Baudouin II trop jeune pour régner, sollicita l’aide de ses vassaux dans ces luttes incessantes. Geoffroy II de Villehardouin lui envoyait chaque année 22.000 hyperpères pour l’entretien des troupes. En 1236, Jean de Brienne le requit devant le danger pressant que Jean Vatatzès faisait courir à Constantinople ; le prince vint lui-même avec 120 vaisseaux, 100 chevaliers, 300 arbalétriers, 500 archers ; il força le blocus établi par les Grecs autour de la ville et, avec les Vénitiens, réussit à repousser la flotte grecque (5). Pour aider le prince à faire face aux dépenses militaires, le pape Grégoire IX avait enjoint aux prélats d’Achaïe de lui verser à titre de contribution à la défense de l’empire un dixième des biens mobiliers et des revenus annuels de l’Église, et confié le soin de lever cette dîme et d’en contrôler l’usage à l’abbé du couvent cistercien de Zaraka dans le diocèse de Corinthe, au chancelier Pierre et au précepteur de l’hôpital Sainte-Marie-des : (1) Miller, The Latins, pp. 94-95; — D. M. Nicol, op. cil., pp. 108-111. (2) Cf. L. Stiernon, /. Z., pp. 92, 109. Aubri de Trois-Fontaines, ad ann. 1236, MGH, SS, XXIII, p. 938 ; cf. Du Gange, éd. Buchon, I, — D. M. Nicol, op cit., p. 125, qui accepte la date de 1236 donnée par Aubry ce témoignage reste (3) p. 210 ; ; unique; l’événement ne présente d’ailleurs pas une grande signification étant donné l’instabilité de la politique des despotes d’Épire. (4) Georges Acropolite, §§ 26, 38, éd. Heisenberg, pp. 39-44, 61-62; — Registres de Grégoire IX, éd. Auvray, I, pp. 492-493, n° 786. Cf. Miller, The Latins, pp. 96-97 ; — Longnon, VEmpire latin, pp. 183 — D. M. Nicol, op. cit., pp. 143-148. (5) Aubri de Trois-Fontaines, ad ann., 1236, H GM, SS, XXIII, pp. 938-939 ; — Philippe Mousket, éd. Reifïenberg, II, p. 620. Déjà en 1234-1235 une flotte vénitienne de 25 galères avait dû intervenir pour repousser les forces gréco-bulgares : Martino da Canale, chap. 80-83, ASI, VIII, 1845, pp. 362-363 , Georges Acropolite, CSHB, pp. 50-52; — Dandolo, RIS, XII, éd. Pastorello, p.295, cf. Thiriet, Romanie vénitienne, pp. 96-97. A la fin de 1235, Grégoire IX lance un appel pressant en faveur de la défense de Constantinople, en particulier au nouveau roi et aux évêques de Hongrie, et à Thibaud IV, comte de Champagne, qui avait pris la croix, Registres de Grégoire IX, éd. Auvray, II, col. 217-218, nos 2872-2879 (16 décembre 1235). 184 ; 7
80 RECHERCHES HISTORIQUES Chevaliers teutoniques (1). En 1238, le prince Geoffroy II vint à nouveau aider le régent contre Jean Vatatzès, avec l’appui de Venise ; et comme il avait en 1239 formé le projet de se joindre à la croisade conduite par Thibaud IV comte de Cham¬ pagne, le pape Grégoire IX l’invita en février 1240 à renoncer à cette intention et à continuer à soutenir la lutte contre l’empereur grec de Nicée (2). En 1243, le bruit — d’ailleurs inexact — de la mort de Baudouin II s’étant répandu, Geoffroy II de Villehardouin se rendit avec sa flotte et des troupes à Constantinople où l’héritier, Philippe de Courtenay, n’était qu’un enfant, afin d’assurer la régence (3). En juillet, le pape Innocent IV invita les archevêques d’Athènes, de Corinthe et de Thèbes, les évêques, les chapitres, les abbés, à envoyer 10.000 hyperpères pour le soutien de l’empire (4). Enfin, le 16 mai 1244, il demanda au prince d’envoyer des archers à Constantinople et l’autorisa à percevoir pour vingt ans une partie des revenus de l’Église, comme Honorius III l’avait accordé à son père en 1223 pour une période égale, à condition d’entretenir un corps de cent chevaliers armés pour la défense de la capitale (5). Ces faits montrent l’importance prise par la principauté de Morée : la tranquillité qui règne à l’intérieur sous le gouvernement de Geoffroy Ier et de son fils aîné lui a procuré la prospérité et en a fait l’État latin le plus puissant. Cette puissance accrue, elle la doit aussi au fait que le prince a acquis la suzeraineté sur d’assez vastes terri¬ toires hors de la Morée les seigneurs acceptent ou recherchent sa suzeraineté parce qu’elle assure la protection d’un prince capable de les défendre ; dès 1211, Geoffroy Ier a dû être suzerain de la moitié de Thèbes ; Matteo Orsini, comte de Céphalonie, s’était reconnu vassal de Geoffroy II en 1236 (6) ; enfin l’empereur Baudouin II, en récompense des services qui lui avaient été rendus, céda au prince Geoffroy II, ou peut-être à Guillaume, l’hommage de l’île d’Eubée (7). Si Manuel, maître de la Thessalie, fit à son tour hommage à Geoffroy II, cette nouvelle extension du pouvoir du prince ne fut pas durable. ; I, (1) Registres de Grégoire IX, éd. Auvray, II, col. 522-523, n° 3409 (23 déc. 1236); — Potthast, pp. 972-973, °* 10279-10280. Cf. Du Cange, éd. Buchon, I, p. 226 ; — Hopf, I, p. 271B et n. 33 ; — Fr. Ruhl, Das deutsche Orden in Griechenland, p. 331 ; — E. Gerland, Neue Quellen, p. 19 ; — E. A. R. Brown, The Cistercians in the Latin Empire, Trad., XVI, 1958, p. 109. (2) Philippe Mousket, éd. Reiffenberg, pp. 620, 633-634, 669 ; — Registres de Grégoire IX, éd. Auvray, III, col. 141, n° 4983. Cf. Longnon, L'Empire latin, p. 176. (3) Ph. Mousket, éd. Reiffenberg, II, p. 689. Sur l’ensemble des événements, cf. Hopf, I, pp. 253 B 254 A ; — Longnon, L'empire latin, pp. 173-176. (4) Registres d'innocent IV, éd. Berger, I, p. 22 (13 juillet 1243) ; cf. L. Santifaller, Geschichie des lat. Palriarchats , p. 207. IV, éd. Berger, I, p. 120, n» 706, la lettre n° 707 invite les archevêques et évêques verser ces contributions; — Raynaldi, Ann. eccl., II, p. 304, n° 16 ; — Potthast, (5) Registres d'innocent de Grèce et d’Achaïe à II, p. 967, n° 11388. Aubri de Trois-Fontaines, ibid.; cf. L. Longnon, JS, 1946, pp. 154-155. Sanudo, Istoria di Romania, éd. Hopf, p. 100. Cf. Longnon, JS, 1946, pp. 153-154. Il est possible que le marquis de Bondonitsa ait été déjà plus tôt le vassal du prince, intéressé depuis 1223 à surveiller la frontière septentrionale des possessions franques, mais rien ne permet de l’affirmer. Quant au seigneur d’Athènes, il n’était vassal du prince à l’origine que pour Argos et Nauplie qu’il avait reçues de lui. Sur la date du ratta¬ chement du duché de Naxos à la principauté et sur la nature exacte des liens, il est difficile d’arriver à une certitude avant le xive siècle où les ducs sont sans équivoque vassaux du prince, cf. Longnon, JS, 1946 (6) (7) pp. 149-153.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 81 En bref, la principauté de Morée est puissante et tranquille. Loin d’être menacée, c’est elle qui, entre 1225 et 1250, grâce à ses ressources et à celles de ses vassaux, peut venir en aide à l’empire chancelant sous les coups des Grecs. Vie intérieure de la principauté. — L’attention peut se porter sur la vie intérieure de la Morée franque. L’organisation de la principauté aussi bien au point de vue politique, social et économique qu’au point de vue religieux, est un des sujets les plus dignes d’intérêt dans l’histoire de l’Achaïe. Les conquérants étaient fort peu nombreux, quelques centaines à peine en 1205 et bien que sans cesse de nouveaux arrivants soient venus combler les pertes et augmenter le nombre des Francs, ceux-ci ne formèrent jamais qu’une minorité très faible par rapport à la population grecque on peut l’affirmer bien qu’il soit impossible d’évaluer cette dernière. D’autre part le Péloponèse était une province de l’empire byzantin, c’est-à-dire qu’il avait une civilisation, une organisation politique et sociale, des traditions fort anciennes et, par bien des aspects, supérieures à celles que connaissaient les Occidentaux. Les ; ; conquérants apportaient un régime politique et social qui leur était propre et familier, la féodalité ; mais leur infériorité numérique les obligeait à faire une large place aux indigènes dans leur société féodale. La chose était possible parce que les circonstances semblaient favoriser ou préparer dès avant 1204 dans l’empire byzantin l’établissement d’un régime féodal analogue à celui qui existait en occident (1). Dès l’abord, des conventions reconnurent la place et les droits de chacun. En respectant ces conven¬ tions, les Francs surent s’attacher les Grecs sans la collaboration loyale de qui ils n’auraient pu se maintenir ; d’esprit peu guerrier, sauf dans quelques régions comme les cantons montagneux occupés par les Slaves ou les Tsaconiens, les habitants étaient prêts à admettre une autorité qui les laissait vivre et semblait devoir se livrer à moins d’excès ou d’abus que ne le faisaient les fonctionnaires impériaux. Ainsi se créèrent des institutions nouvelles, qui s’adaptèrent à celles qui existaient dans le pays et fixèrent la place respective de l’élément conquérant et de l’élément indigène. Des problèmes analogues se posent au sujet de l’organisation religieuse les Francs eurent l’ambition de réaliser l’union des Églises en obtenant l’obédience du clergé grec au pape on se demande donc dans quelle mesure les prêtres grecs restèrent en place en reconnaissant l’autorité de Rome ou préférèrent se retirer, comment les éléments nouveaux, catholiques, s’établirent, ce que fut l’Église moréote ; : après 1205. Si nous abordons ces problèmes ici, c’est moins pour les étudier dans leur totalité — ce qui nous entraînerait trop loin — que pour y chercher des éclaircissements sur les questions qui nous intéressent directement. Nous poserons la question de , (1) V. Pél. byz., pp. 124-127, 172 ; — Zakythènos, Despotat de Morée , II, pp. 189-194. Il faut se garder cependant d’assimiler trop étroitement l’évolution antérieure à 1204 dans l’empire byzantin et le régime féodal occidental : sur divers aspects de ce problème encore incomplètement éclairci, voir en dernier lieu G. Ostro gorsky, Pour Vhistoire de la féodalité byzantine, CBHB , Subsidia, I, 1954, — Pour l histoire de l immunité à Byzance , Byz., XXVIII, 1958-1959 (Mélanges R. Guilland), pp. 165-254 ; — et P. Lemerle, Recherches sur le régime agraire à Byzance. La terre militaire à V époque des Comnènes, Cah. civ. méd., II, 1959, pp. 265-281. Quelques aperçus sur les rapports entre institutions occidentales et institutions grecques dans P Charanis, century and later, Byz. On the social structure and economic organization of the byzantine empire in the Xlllth SL , XII, 1951, pp. 94-153. .
82 RECHERCHES la date où se fixèrent ces HISTORIQUES institutions et en rappellerons les aspects essentiels, car il faut en connaître le jeu pour comprendre bien des faits auxquels nous ferons allusion. De même les questions religieuses et l’organisation ecclésiastique nous intéressent dans la mesure où elles contribuent à révéler la situation du pays. Enfin nous dresserons la liste des personnages ou des familles qui, à notre connaissance, se sont établis en Morée dans le premier quart du xme siècle. Date de la fixation des institutions nouvelles. — D’après la Chronique de Morée, on l’a vu, la liste des terres distribuées en fief, le service de chacun et les coutumes de la principauté auraient été fixés dès 1209 immédiatement avant ou après le départ de Guillaume de Champlitte. Une commission composée de seigneurs et de prélats francs, et de nobles grecs aurait été chargée d’assigner à chacun ses terres (1). La chronique fait allusion au « registre » dans lequel, dès ce moment, aurait été transcrite cette liste des fiefs avec le service attaché à chacun (2). Ce récit pose la question de l’existence à cette date du registre des fiefs, ou selon l’expression du Livre de la conquête du « Registre du seigneur » et d’un embryon au moins de livre des coutumes, question qu’il faut examiner, car elle est liée à celle de la date de création de certaines baronnies. Le « registre » a certainement existé très tôt (3) ; et il est possible que le départ de Guillaume de Champlitte ait fourni l’occasion d’en faire une première rédaction. Il y est fait allusion à plusieurs reprises par la Chronique, au cours du xme siècle. Il faut admettre cependant que ce « registre » n’a pas été rédigé de façon définitive et complète dès le début : on a dû y inscrire les fiefs concédés au fur et à mesure de leur attribution et il dut par la suite être régulièrement tenu à jour, complété et corrigé. La liste des fiefs telle qu’elle est présentée par la Chronique de Morée au moment du départ du Champenois est de toute évidence postérieure à cette époque ; car elle mentionne parmi les fiefs des territoires qui n’étaient pas encore conquis ; elle-même d’ailleurs le reconnaît presque aussitôt, en rappelant que, Guillaume de Champlitte parti, Geoffroy de Villehardouin entreprit de pousser rapidement l’occupation du pays (4). La Chronique grecque indique que furent conquises alors Véligosti, Nikli et Lacédémone ; or la liste donnée précédemment énumère les seigneurs de Véligosti et de Nikli et les évêques des trois cités dotés (1) L. de la conq., §§ 119-121, 127-131 ; — Chron. gr., vv. 1626-1840, 1896-2016; — Cron. di Morea, pp. 428-429 ; — L. de los fech., §§ 115-135. La commission des répartiteurs était composée, d’après le L. de la conq., de Geoffroy de Villehardouin, de deux évêques, de deux barons, de quatre « archontes grecs ; la version grecque dit cinq archontes grecs ; la chronique aragonaise réduit la commission à cinq : deux Grecs et, pour les Français, Geoffroy de Villehardouin, l’archevêque de Patras et le chancelier. Malgré ces divergences, nous supposons que ces récits font allusion à une seule et même opération, et qu’il ne s’agit pas de deux partages distincts comme l’admet G. Recoura, Les Assises de Romanie, p. 334. (2) L. de la conq., §§ 129, 131 : le «registre dou seignor »; — la Chron. gr., vv. 1964, 1968, adopte le mot français sous la forme Le L. de los fech., § 135, se borne à dire que tout fut mis ou . » par écrit. (3) Cf. A. Adamantiou, Chroniques de Morée, pp. 667-668 ; — G. Recoura, Assises de Romanie, pp. 33 37, 42. (4) L. de la conq., § 132 : Et quant tous ses afaires furent ainxi devisés et ordinés et escriptes ou registre dou seignor, Monseignor G(offroy) ordina sa gent et commença a chevaucier par le pays et de conquester sur les Grex. Et tout ainsi comme il conquestoit, si fievoit de present les gentilz hommes qui estoient venus a la conqueste, lesqulex li Champenois avoit laissié en la compaignie de monseignor G(offroy). » «
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 83 chacun de quatre fiefs (1). Mais l’argument le plus sérieux est fourni par le fait que les noms des seigneurs titulaires de ces fiefs cités par la Chronique ne sont pas ceux des premiers qui les ont tenus : en effet bien que la liste donnée par la Chronique ait été acceptée par la plupart des historiens (2), «si Ton compare les noms qu’elle renferme à ceux que mentionnent les quelques documents contemporains de l’avène¬ ment de Geoffroy Ier, on constate que si l’on retrouve dans ceux-ci quelques-uns des surnoms ou noms de terres portés dans la liste, les noms de baptême diffèrent » (3). Ainsi, pour le fief de Karytaina, la chronique grecque nomme Hugues, les versions française et aragonaise Geoffroy de Briel, et deux actes de 1209 citent, on l’a vu, Renaud de Briel ; les divers textes de la chronique attribuent le fief de Patras à Guillaume Aleman et celui de Véligosti à Mathieu de Mons or ce sont les noms d’Arnoul Aleman et de Hugues de Mons qu’on trouve parmi les signataires du traité de Sapientsa de 1209 (4). Pour le fief de Chalandritsa, la chronique mentionne Robert de Tremolay (ou Dramelay) alors qu’un acte de 1209 nomme G. de Tremolay. Jean de Nulli ou Nully à qui est attribué Passavant, situé dans le Magne, dont la conquête n’était pas encore faite en 1209, est probablement à identifier avec un chevalier qui se croisa en 1218 seulement, participa au siège de Damiette en 1219, et ne serait venu en Morée qu’au retour de la croisade (5). Un dernier argument en faveur d’une date plus basse que 1209 peut être trouvé dans la présence dans la liste des fiefs des prélats et d’ordres militaires religieux avec le service qu’ils doivent faire : en effet ce service fut l’occasion d’un conflit entre l’Église et le prince et ne fut fixé définitivement qu’en 1223. La liste des fiefs donnée par la Chronique de Morée pour l’année 1209 est donc certainement postérieure à cette date elle correspond à une époque où les Francs avaient occupé la presque totalité du Péloponèse et où les seigneurs contemporains du début de la conquête avaient, dans certaints fiefs au moins, déjà disparu, laissant la place à une nouvelle génération on peut admettre qu’elle donne l’état de choses qui régnait vers les années 1228 à 1230, à l’avènement de Geoffroy II plutôt qu’à celui de son père, vers 1209-1210. Il est cependant probable qu’il a existé très tôt un « registre » des fiefs. Le soin de tenir au courant cette liste était confié à l’un des grands dignitaires de la princi¬ pauté, qui portait le nom byzantin de proto vestiaire ou de protofficier et était analogue au chambrier en occident ; la charge fut confiée souvent à un Grec, ce qui s’explique parce qu’elle exigeait la connaissance du cadastre et des titres domaniaux dont certains étaient rédigés en grec (6). ; : : (1) Chron. gr., vv. 2017-2060, cf. vv. 1929-1937, 1960-1961 ; — L. de la conq ., § 128 ; — L. de los fech., §§ 127, 128, 130. (2) Hopf, I, pp. 236B-238B, et Chron. gr.-rom., p. 472 ; — Miller, The Latins, pp. 50-52 ; elle est encore répétée par R. Grousset, L'empire du Levant, pp. 479-480. (3) J. Longnon, Problèmes de V histoire de la principauté de Morée, III, Les premiers barons , JS, 1946, pp. 85-86. et n. (4) Cf. supra, p. (5) J. Longnon, l. L, p. 85. (6) On connaît les protovestiaires Vasilopoulos en 1297, puis, vers 1336, Jean Mourmouris et Étienne Kou troulis. Il devait exister un cadastre, remontant à l’époque byzantine ; il est attesté en tout cas au xve siècle : au cours d’une contestation entre le prince Centurione II Zaccaria et Venise en 1423 au sujet d’un fief, les châtelains de Modon et de Coron sont chargés de vérifier si le prince peut justifier ses prétentions per catastica et scripturas autenticas, Sathas, Doc. inéd., I, p. 155.
84 RECHERCHES HISTORIQUES Beaucoup plus discutée est l’existence dès le début du xme siècle d’un autre texte, le recueil des coutumes de la principauté. La rédaction originale du coutumier qui nous est parvenue sous le nom d’Assises de Romanie, ne doit pas être antérieure au premier tiers du xive siècle ; les plus anciens manuscrits conservés remontent au xve siècle, époque où Venise en fit faire une rédaction officielle (1). Il convient d’écarter le récit légendaire par lequel la Chronique de Morée et le Prologue des Assises expliquent l’introduction de ces usages dans la principauté : à la suite du mariage du prince Geoffroy II avec Agnès, une entrevue aurait eu lieu entre l’empereur Robert et Geoffroy à Larissa et un accord aurait été conclu, aux termes duquel ce dernier recevait le titre de prince d’Achaïe et de grand-sénéchal de Romanie et se reconnaissait vassal de l’empereur ; il aurait en outre reçu les Usages et coutumes de l’Empire de Romanie et juré de les appliquer dans tout le pays ; ces usages seraient, d’après la Chronique, ceux du royaume de Jérusalem (2) qui avaient été transmis à l’empereur Baudouin. Buchon rapprochant ce récit de celui du parlement tenu à Ravenique en 1209, où Geoffroy Ier fit en effet hommage de la seigneurie de Morée à l’empereur et obtint le titre de grand-sénéchal, a admis que la principauté reçut alors des mains de l’empereur « ces coutumes qui avaient réglé la conquête franque dans les royaumes de Palestine et de Chypre » (3). On ne peut accepter, après les études de G. Recoura, ni que les Assises aient été directement empruntées au code de Jérusalem, ni qu’il y ait eu un coutumier entièrement rédigé dès 1209 (4). Mais il est naturel de supposer que de bonne heure on ait recueilli et réuni quelques dispositions d’ordre général ou des décisions prises par la cour des barons ou des seigneurs, lesquelles furent conservées par écrit peut-être d’abord simplement à la suite de la liste des fiefs du « registre du seigneur » (5). Innocent III parle de ces coutumes dans une lettre de 1210 (6) et la chronique fait à plusieurs reprises allusion à un texte écrit, en particulier à propos d’un procès qui opposa Marguerite de Passavant au prince Guillaume II (1) Sur ce texte, cf. supra , pp. 18-19. (2) Assises de Romanie, éd. Recoura, pp. 146-153 2614; — L. comme de los fech., §§ les autres 193-208; ce ; — L. de la conq., §§ 177-185 ; — Chron . gr ., vv. 2472 dernier n’attribue pas à ce coutumier une origine hiérosolymitaine versions. (3) Buchon, Grèce et Morée, p. 99. (4) V. en particulier G. Recoura, Assises de Romanie, Introduction, pp. 19-29. Cependant J.-L. La Monte, Three questions concerning the Assises of Jerusalem: The Assises of Jerusalem and of Romania, Bgz.-Metab., I, 1946, pp. 208-212, cf. Spec., VII, 1932, p. 293, estime qu’il a pu y avoir une influence de la législation hiéro¬ solymitaine sur la législation moréote, ou au moins entre ces codes des rapports qui s’expliqueraient peut-être par l’existence d’un recueil plus ancien, aujourd’hui disparu, qui serait leur source commune : l’hypothèse paraît peu probable. (5) Ce souci de mettre par écrit certaines décisions importantes est attesté en plus d’une occasion : par exemple, quand le jeune Robert, venu pour recueillir l’héritage de son oncle Hugues de Champlitte, fut débouté de sa demande, il réclama que copie lui fût donnée de l’arrêt de la cour : Si requist... a ceaux qui la sentence avoient données, la copie de lor esgart et des convenances ; si lui furent données », L. de la conq., § 170, — cf. Chron. gr., vv. 2415-2427 ; — Cron. di Morea, p. 433. Le L. de los fech. omet ce détail. L’article 168 des Assises de Romanie, éd. Recoura, p. 265, confirme l’obligation pour le seigneur de « faire mettre par écrit le jugement de sa cour dans son registre » et le droit pour la partie d’en obtenir copie scellée des sceaux de ceux qui jugent. « Ep ., XIII, 161, PL, CGXVI, col. 338, se plaint que les seigneurs d’Achaïe obligent (6) Innocent , les ecclésiastiques à se soumettre consueiudinibus ac institutionibus quas illic ipsi noviter creavere »; la lettre est datée du 31 octobre 1210. «
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 85 Ainsi se serait constitué ; il est difficile de rejeter ces témoignages. petit au cours du xme siècle un livre des coutumes , base de la rédaction plus complète qui aurait été faite au début du xive siècle (2). En résumé il est également invraisemblable que des textes tels que le Registre des fiefs et le Livre des coutumes aient été rédigés d’un seul jet dès le début, et que les conquérants n’aient eu aucun vers 1276 (1) petit à souci de fixer par écrit la liste des terres distribuées et quelques principes ou dispo¬ sitions arrêtés à l’occasion de certains événements. Le régime féodal en Morée. — Il est regrettable que les documents originaux ne nous soient pas parvenus et que nous ne les connaissions que par la transcription qu’en donne la Chronique de Morée pour le Registre des fiefs ou par des rédactions tardives pour les coutumes. Même dans cet état, ces textes sont précieux : comme le met en lumière G. Recoura, les coutumiers de l’Orient latin ont un intérêt de premier plan pour l’historien du droit féodal, car « les Croisés, sur les terres de conquête, ont pu créer une organisation féodale absolument stricte et telle que les théoriciens pouvaient la rêver ». Ces coutumiers sont « l’expression même du droit féodal le plus parfait aux yeux des hommes du xme siècle » (3). D’autre part, ils nous font connaître certains traits de la vie et de la topographie du pays : c’est de ce point de vue qu’ils nous intéressent ici particulièrement. Sans faire un tableau détaillé des institutions de la principauté, nous en rappel¬ lerons ce qui peut nous faire mieux comprendre la répartition des fiefs et des forteresses, les liens qui existaient entre les hommes et entre les terres et les obligations des différents membres de la hiérarchie féodale (4). Le prince, sans être souverain, jouissait d’un pouvoir très étendu : la suzeraineté de Venise était toute théorique ; l’empereur de Constantinople à qui il devait hommage et qui resta son suzerain jusqu’au traité de Viterbe en 1267 était peu redoutable (1) Sur ce procès raconté par les diverses versions de la Chronique, G. Recoura, op. cit., pp. 26, 35 et suiv. Cf. infra , pp. 147-148. (2) G. Recoura, op. cit., pp. 33-43, nie l’existence du livre des coutumes au xme siècle : pour lui, les Assises auraient été rédigées quelques années seulement avant la Chronique de Morée ; les allusions que celle-ci fait au livre des coutumes à l’occasion d’événements du xme siècle, ne pourraient être invoquées comme arguments en faveur de l’existence d’un coutumier écrit avant 1300. Mais cette opinion n’est pas admise par l’éditeur de la chronique française, qui pense que ce texte est antérieur aux Assises, ou plus exactement à peu près contemporain et peut-être du même auteur, J. Longnon, L. de la conq., Introduction , pp. lxxxiv, et L'empire latin, pp. 317-318. J.-L. La Monte, Spec., VII, 1932, p. 292, . 1, admet qu’un code écrit a existé dès une haute époque, peut-être déjà en 1209. P. W. Topping, The formation of the Assizes of Romania, Byz., XVII (Am. Ser. Ill), 1944-1945, pp. 304-314, exprime l’opinion qui paraît la plus vraisemblable : that Morea evolved its own code during the course of the thirteenth century ». — Hopf, I, p. 319 B, trouve un argument contre l’existence en 1281 d’un livre de coutumes dans le fait que, à propos de l’héritage de Léonard de Veroli et de l’attribution d’une part en douaire à sa veuve, le roi Charles Ier conseille au bail de consulter, non un livre, mais les barons ayant le plus d’expérience ; on peut répondre à cette remarque que les Assises ne sont pas à proprement parler un code complet, mais seulement un recueil de principes généraux et de décisions sur des cas particuliers, que leur existence n’exclurait donc pas forcément la consultation d’hommes d’expérience , , pour trancher un cas nouveau. L’article de P. Zépos, Tà XVIII, 1948, . 202-220, n’a pas apporté d’élément nouveau sur ce problème que nous nous bornons à poser, (3) G. Recoura, Assises de Romanie, p. xvi. (4) Ce tableau de l’organisation de la principauté vers le milieu du xme siècle a été fait par Miller. The Latins, pp. 52-60, R. Grousset, H G, h.m.a., IX, 1, pp. 552-556 et L'empire du Levant, pp. 501-512, et de façon plus précise par Longnon, L'empire latin, pp. 194-208. «
86 RECHERCHES HISTORIQUES son éloignement et bientôt de sa faiblesse. A l'intérieur même de la prin¬ cipauté, les pouvoirs dont il disposait étaient limités par les « usages » qu'il devait respecter et qui garantissaient certains droits aux feudataires et à tous les habitants, et par ses pairs dont il devait prendre conseil. Il était de règle que le prince, au moment de prendre possession de sa terre, jurât de respecter les usages et les franchises de la principauté (1) la cérémonie du serment prit par la suite d’autant plus d'importance que le loyalisme des feudataires fut moins assuré (2). Il était assisté dans l'exercice de la justice par la cour des barons pour les affaires de sang et pour les procès des barons, par la cour des liges pour les affaires concernant tous les feudataires. Les cas importants de la vie politique de la principauté étaient soumis à un parlement réunissant tous les vassaux et parfois les bourgeois le prince ne pouvait par exemple disposer du territoire ; seule l’assemblée des seigneurs pouvait décider de la cession d’une partie de ces terres que leurs pères avaient conquises (3). Le prince a exercé le droit de battre monnaie, mais l’histoire du monnayage de la principauté n'est pas encore établie avec une complète sûreté (4). Auprès de lui, le prince avait un certain nombre de grands officiers le grand connétable avait un titre surtout honorifique ; le maréchal commandait les troupes avec le prince et avait droit de haute justice à l’armée (5) ; le titre d'amiral comman¬ dant la flotte n’apparaît que dans la seconde moitié du xme siècle (6), bien que Geoffroy II de Villehardouin ait déjà disposé de navires plus tôt, comme on l’a vu quand il se porta au secours de l’empereur de Constantinople. Les grands officiers à cause de : : : (1) Sur les usages que le prince doit respecter, v. Assises de Romanie, §§ 4, 17, 20, 23, 28, 43, 48, 152 ; cf. L. de la conq., §§ 257-258, 510, 612. Sur les prérogatives du prince, Assises de Romanie , §§ 10, 25, 96, 142, 155. (2) Cf. la scène violente entre le prince Philippe de Savoie et Nicolas III de Saint-Omer, maréchal de Morée, L. de la conq., §§ 861-862. l’expose clairement à Michel Paléologue quand celui-ci réclame la Morée (3) Guillaume de Villehardouin au prince prisonnier après la bataille de Pélagonia, L. de la conq., § 314 ; — Chron. gr., vv. 4271-4286. Les Assises de Romanie , § 19, éd. Recoura, pp. 169-170, précisent que le prince ne peut, sans le consentement des liges, engager aux ennemis ni détruire un château situé sur la frontière. — En 1265, à la suite de nouvelles inquiétantes venues de Monemvasie retombée aux mains de Grecs, le prince convoque un parlement où sont représentés les bourgeois aux côtés des barons, des prélats et des chevaliers, Chron. gr., vv. 5847-5853. (4) Deux textes y font allusion. D’après la Chronique : L. de la conq., § 185 ; — Chron. gr., v. 2608, Geoffroy Ier de Villehardouin aurait reçu le premier de l’empereur le droit de battre monnaie ; c’est très peu probable ; il ne s’agirait en tout cas pas à cette date de deniers tournois comme le dit la Chronique. D’autre part Sanudo, Isioria di Romania, p. 102, raconte que le droit de frapper des deniers tournois fut accordé à Guillaume II par Louis IX à Chypre en 1249. En fait on connaît d’une part de petites monnaies frappées avant le milieu du xme siècle à Corinthe : elles portent au droit G suivi de P ou PRINCEPS ACCAIE, au revers CORINTUM ou CORINTI et un édifice crénelé ou le portail des monnaies génoises : on ne peut, sinon par hypothèse, les répartir entre les trois princes qui ont tous trois l’initiale G, cf. A. -R. Bellinger, Acrocorinth. Excavations in 1926, dans Corinth III, 1, pp. 66-67. D’autre part des deniers tournois ont été frappés à Clarence ; l’émission en aurait commencé vers 1250 selon G. Schlumberger, Numismatique de VOrient latin, p. 309, qui se fonde sur le témoignage de Sanudo ; mais d’après les conclusions de D. M. Metcalf, The currency of deniers tournois in Frankish Greece, BSA, LV, 1960, pp. 38-59, aucun des exemplaires de ces tournois trouvés dans des trésors datables ne peut être considéré comme antérieur aux dernières années du prince Guillaume II et les émissions deviennent plus nombreuses quand la principauté fut placée sous le gouvernement direct des Angevins de Naples ; le monnayage prend fin à l’époque du prince Robert de Tarente. Cf. supra , p. 45 (5) L. de la conq., §§ 622-639, 887, 982-994. (6) L. de la conq., §§ 785-786 ; — Fr. Cerone, La sovranità napoletana, ASPN, N. S. II, 1916, pp. 239 240. C’est une institution d’origine sicilienne.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 87 d'ordre administratif étaient désignés par leur titre français ou par l'équivalent grec ; c'étaient le chancelier ou logothète, le protovestiaire ou protofïicier dont nous avons eu l'occasion d’indiquer les fonctions, le trésorier et le pourvoyeur des châteaux, chargé de l’inspection et du ravitaillement des forteresses (1). Parmi les terres de la principauté, les unes dépendaient directement du prince, les autres appartenaient à ses vassaux. Les terres du prince étaient surtout réparties au nord et à l'ouest de la presqu'île ; elles comprenaient Corinthe, la plus grande partie de l'Élide avec les châteaux de Clermont et de Pontiko ou Beauvoir, enfin Kalamata, qui avait été donnée en fief à Geoffroy de Villehardouin au début de la conquête. Elles étaient divisées en un certain nombre de châtellenies, ayant chacune à sa tête un capitaine ; celui-ci avait les attributions d’un baron sur sa terre ; sous ses ordres, les châteaux étaient tenus par un châtelain assisté d'un connétable et de sergents. Les seigneurs qui se partagent les fiefs (2) dépendant du prince constituent une hiérarchie solidement organisée : ils se divisent essentiellement en deux catégories, les vassaux de simple hommage et les liges parmi lesquels les barons font un petit groupe privilégié. Les liges sont certainement l’élément le plus important et peut-être le plus nombreux de la noblesse féodale de Morée ils sont plus étroitement liés à leur seigneur, prince ou baron, que le vassal de simple hommage, mais en revanche ils jouissent de certains privilèges que ce dernier n’a pas (3) ; leur existence est un des traits caractéristiques de la féodalité moréote. Les barons ou bers de terre disposent d'une partie des prérogatives souveraines (4) : ils ont le droit de haute justice, ils construisent librement des forteresses et ne peuvent être jugés que par la cour des barons, ce sont les véritables pairs du prince, mais l’importance des baronnies est inégale, puisqu’elles peuvent avoir de quatre à vingt-quatre fiefs. Le baron qui a quatre fiefs a une bannière et sert avec un chevalier et douze sergents ; celui qui dispose de plus de quatre fiefs a deux bannières et sert avec un chevalier et deux ; (1) L. de la conq., §§ 323. 471, 517, 526, 545 ; — Assises de Romanie , §§ 169, 171 ; — Fr. Cerone, II, pp. 231-232 ; — Buchon, Nouv. rech. II, pp. 63, 72-73, 96-97. (2) La Chronique pour désigner ces fiefs se sert de l’expression « fiefs de chevaliers », par ex. : L. de la conq., § 128 : « xxiiii fiés de chevaliers ; — Chron. gr., v. 1914 : ; — L. de los fech., § 117 : ... con xxiiii cauallerias de tierra et de villanos. (3) Assises de Romanie, §§ 3-6, 13, 30, 31, 43, 49, 63, 70, 72, 80, 142. (4) Il ne semble pas qu’il faille compter au nombre de ces droits celui de battre monnaie, bien que la plupart des historiens l’aient admis, en particulier G. Schlumberger, Numismatique de VOrient latin , pp. 322 et suiv. En réalité deux types seulement ont été attribués à des barons : d’une part les monnaies qui portent la légende HELENA D(e)I GRA(tia), et au revers CLARICTIA (ou CLARIC1TIA) S(emi) F(eudi), et d’autre part un exemplaire resté unique portant CASTE DAMALA au droit et au revers, publiés par Longpérier, RN, NS, IV, 1859, p. 490, et par Sp. Lampros, RN, NS, XI, 1866, p. 132, et Mélanges de Numismatique, II, 1878, p. 65, cf. Schlumberger, op. cil, pp. 324-328, pi. XII, 28-29. Les premières sont attribuées à Hélène, seconde femme de Hugues de Brienne (1294), qui reçut en douaire la moitié de la baronnie de Karytaina, mais il faut admettre que le graveur a écrit CLARICTIA pour GARITENA ; Hélène a fait surtout frapper des deniers tournois comme régente du duché d’Athènes. Le second type, trouvé avec des deniers tournois de Martin Zaccaria, dynaste de Chios, a été attribué à ce personnage qui fut aussi baron de Véligosti et Damala ; on peut constater que ces deux personnages avaient le droit de frapper monnaie à un autre titre que celui de baron, et c’est en vertu de ce droit probablement et non comme barons qu’ils ont fait frapper des monnaies pour leurs possessions en Morée. On ne connaît aucun type de monnaie frappé par un seigneur n’ayant aucun autre titre que celui de baron moréote. »
88 RECHERCHES HISTORIQUES à cheval pour chaque fief (1). Il faut encore noter comme une des conséquences conditions dans lesquelles la principauté a été organisée, que la hiérarchie des tenures comporte des privilèges pour celles qui datent de la conquête par exemple seuls les fiefs tenus par droit de conquête sont transmissibles à tous hoirs, tandis que les conditions de succession dépendent pour les autres fiefs des lettres de conces¬ sion qui sont un contrat personnel ; généralement ils sont transmissibles aux héritiers directs seulement, mais parfois aussi accordés seulement pour la vie (2). De nombreuses concessions sont précaires. Le fait de la conquête et la nécessité d’assurer la défense de la principauté expliquent le caractère très strict de certaines obligations. Le service militaire est particulièrement lourd les vassaux sont tenus de servir leur suzerain quatre mois en campagne, quatre mois en garnison ; ils sont autorisés à rester chez eux les quatre autres mois, mais sans avoir le droit de s’éloigner sans permission (3). Il est interdit en effet de quitter la principauté sauf dans des cas très particuliers et pour des délais très stricts (4). Les délais sont aussi rigoureusement fixés pour l’entrée en possession d’un héritage, ils sont en général d’un an et un jour ou de deux ans et deux jours (5). Certaines institutions matrimoniales ou de protection des mineurs sont elles aussi dominées par le fait de la conquête. Un dernier trait propre à cette organisation féodale, c’est la présence de Grecs dans la hiérarchie : les habitants de la Morée soumis au prince avaient reçu dans la nouvelle société une place en rapport avec le rang social et la fortune qu’ils avaient avant la conquête. Les grands propriétaires avaient conservé leurs terres et étaient devenus les « gentilshommes grecs » ou « archontes », ils avaient rang d’hommes de simple hommage. Les Grecs étaient soumis à des usages qui différaient en plus d’un point de ceux de la principauté, et étaient sans doute conformes à ceux qui existaient avant la conquête (6). sergents des : : (1) Assises de Romanie, §§43, 48, 94 ; — L. de la conq., §§ 128-129, 525-527 ; — Chron. gr ., vv. 1912-1985. (2) Sur les conditions des fiefs au point de vue de la succession, les épisodes de la vie aventureuse de Geoffroy de Briel, seigneur de Karytaina, sont instructifs : ses terres, d’abord confisquées, lui sont rendues par le prince comme fief non de conquête mais de nouveau don et, comme tel, transmissible seulement à ses héritiers directs : L. de la conq., §§ 241, 414 ; — Chron. gr., vv. 3363-3366, 5907-5911 ; sur les conditions de succession, cf. Assises de Romanie, §§ 32, 90, 95, 98, 102. (3) L. de la conq., § 130 ; — Chron. gr., vv. 1990-2004 ; — L. de los fech., § 158. (4) L. de los fech., § 140 : « Et il fut encore décidé que ni le seigneur, ni les barons ni les chevaliers possédant des terres ne pourraient quitter le pays sans permission de leur seigneur, à moins que ce ne fût pour aller à Jérusalem, à Rome ou à Saint-Jacques en pèlerinage ; et que si celui qui ainsi partirait, restait plus d’un an et un jour, il perdrait tous les revenus de ses fiefs pendant cette année, et que s’il restait deux ans et deux jours, il devrait être déshérité et perdre toute sa terre. Et cela fut décidé pour mieux défendre la terre » (trad. A. Morel-Fatio). Quand Geoffroy de Briel, seigneur de Karytaina, voulut quitter la Morée en compagnie de la femme d’un de ses vassaux, il invoqua le prétexte d’un pèlerinage en Italie, cf. L. de la conq., §§ 400, 403, — Chron. gr., vv. 5755-5758, 5790-5792. (5) Ces dispositions sont bien connues, car elles sont invoquées au moins dans deux affaires célèbres : celle où le prétendant Robert fut déclaré forclos quand il vint prendre possession de l’héritage de Guillaume de Ghamplitte, cf. supra, pp. 64-65, et celle qu’intenta vers 1276 Marguerite de Passavant pour obtenir l’héritage de son oncle, qu’elle n’avait pu recueillir, retenue à Constantinople comme otage pour le prince, L. de la conq., §§ 504, 520-521 ; — Chron. gr., vv. 7331-7335, 7591-7594 ; — L. de los fech., §§ 391, 392, 394 ; — Assises de Romanie, 36, éd. Recoura, p. 184, cf. pp. 35-36. (6) L. de la conq., §§ 106, 393-395 ; — Chron. gr., vv. 1641-1646, 5468-5477 ; — L. de los fech., §§ 134, 137, 313-331 ; — Assises de Romanie, §§ 71-72, 139, 194. V. quelques indications dans P. Zépos, ,
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 89 Le dernier échelon dans la hiérarchie des terres était occupé par les sergenteries, tenues par des écuyers ou sergents ; une sergenterie était, pour le service, l’équivalent de la moitié d’un fief de chevalerie (1). Cette organisation féodale est solidement établie dès la première moitié du xme siècle. L’action et le prestige personnel des princes favorisèrent sans doute le fonctionnement régulier et sans heurt de ces institutions dès leur début ; il faut en effet noter que, à notre connaissance, aucun conflit ne troubla cette nouvelle société ni la vie de la principauté sous les deux premiers Villehardouin ; sous le troisième, si des conflits opposèrent certains seigneurs au prince, ce fut dans des cas où, on le verra, les droits étaient encore mal définis. La tradition ne rapporte pas davantage de heurts entre la minorité d’étrangers qui formaient les cadres de cette société et les éléments grecs, grands propriétaires ou paysans, qui y avaient trouvé leur place (2). Les questions religieuses. — Plus délicat et plus complexe se présente le problème rapports entre Latins catholiques, clergé orthodoxe et population grecque. Dans la conquête de la capitale et des provinces byzantines, le Saint-Siège avait vu le moyen de rétablir l’unité de l’Église. Pour atteindre ce but, il fallait obtenir que le clergé grec, suivi des fidèles, acceptât de reconnaître la primauté pontificale. Si le clergé consentait à prêter le serment d’obédience au pape, l’union était réalisée, au moins en principe ; et dans ce cas la solution normale et simple eût été de laisser en place les prélats, les prêtres et les moines. Quelques prêtres catholiques auraient accompagné les groupes de Latins, des ordres religieux auraient fondé quelques établissements, sans que rien fût changé à la situation antérieure. C’est cette union immédiate et complète que semble avoir tentée Innocent III ; avec beaucoup de diplomatie, pour obtenir la soumission du clergé grec, il se contenta d’exiger le serment d’obédience, sans insister sur les questions qui séparaient catholiques et grecs. Cette politique habile se heurta pourtant à des obstacles nombreux et graves (3). des XVIII, 1948, pp. 213-215, et surtout l’étude de D. Jacoby, Les archontes grecs et la féodalité en Morée , Trav. Mém., II, 1967, pp. 421-431. (1) L. de la conq., § 129 ; — Chron. gr ., vv. 1986-1989 ; ~L.de los fech., § 157 ; — Assises de Romanie, §§ 87, 89. (2) La situation à ce point de vue se révèle très différente en Morée de ce qu’elle fut en Crète où les Vénitiens ne surent pas s’entendre avec les grands propriétaires grecs et se heurtèrent à une dure résistance, cf. Thiriet, Romanie vénitienne , pp. 105-120. M. Dendias, Sur les rapports entre les Grecs et les Francs en Orient XXIII, 1953, pp. 370-379, affirme que toute coexistence pacifique des deux éléments après 1204, , (grec et latin) était exclue », se fondant sur des textes de Sanudo, Istoria di Romania, p. 143, et lettre n° II publiée par Kunstmann, pp. 776-777, faisant allusion à l’attachement des Grecs à l’Église orthodoxe. En fait il faut noter : 1) que ces textes se rapportent à une époque bien postérieure, où, on le verra, la situation est différente, — 2) que, si les Grecs ont en effet toujours été hostiles à l’Église romaine, aucun texte ne fait allusion au moindre incident entre Latins et Grecs dans la principauté avant 1260. (3) Sur la politique générale du Saint-Siège après la prise de Constantinople, v. A. Luchaire, Innocent III. La question d'Orient, pp. 229-236 ; — A. Fliche et autres, La chrétienté romaine, Histoire de Église, X, pp. 76-82 ; — et plus spécialement W. Norden, Papsttum und Byzanz, pp. 163 et suiv. La question a été reprise du point de vue du patriarcat latin de Constantinople par L. Santifaller, Geschichie des latei nischen Patriarchats , 1938, et par R. Lee Wolff, The Organization of the Latin Patriarchate of Constantinople , 1204-1261 : Social and Administrative Consequences of the Latin Conquest, Trad., VI, 1948, pp. 36-60, et Politics in the Latin Patriarchate of Constantinople, DOP, VIII, 1954, pp. 225-303, ce dernier article intéressant moins et « directement l’Achaïe.
90 RECHERCHES HISTORIQUES Si certaines adhésions furent obtenues, comme celles de l’évêque de Négrepont ou du supérieur du couvent de Kaisariani près d’Athènes, l’union rencontra l’hostilité de la majorité des ecclésiastiques et de la masse des Grecs (1). A cette source majeure de difficultés s’ajoutent d’autres causes de perturbations. La politique pontificale avait à compter avec les seigneurs latins qui avaient conquis et défendaient l’empire : le Saint-Siège était disposé et consentit souvent à les aider dans les luttes qu’ils soutenaient, en leur faisant verser une part des revenus ecclésiastiques (2). Mais les seigneurs, quel que fût leur rang, étaient loin d’être toujours décidés à respecter les exhortations ou les décisions du pape ils se livraient à toutes sortes d’abus ou d’usurpations vis-à-vis des ecclésiastiques latins ou grecs, et les prêtres ou les prélats n’avaient pas toujours la formation ou les qualités qu’exigeait la tâche qui leur : incombait. Dans la principauté d’Achaïe comme ailleurs, c’est au milieu de beaucoup de désordres, de querelles, d’abus qu’une Église nouvelle s’organisa peu à peu à mesure que la domination franque s’étendait sur la presqu’île. A l’arrivée des Francs, il ne semble pas qu’il y ait contre eux en Morée d’hostilité profonde et générale comme par exemple dans la capitale qui avait eu à souffrir du pillage et des excès des croisés. Mais il est difficile de préciser l’attitude et le sort du clergé grec. Malgré les efforts d’innocent III pour obtenir son ralliement et la modération dont il fit preuve (3), la plupart des prélats s’éloignèrent de leur propre initiative, comme l’avait fait Michel Ghoniate qui se retira à Kéos (4) ; ils se réfugièrent dans les régions non conquises par les croisés, notamment à Nicée et en Épire, ainsi sans doute que des prêtres, des moines et les laïcs qui préféraient échapper à la domination étrangère (5). Beaucoup de prêtres et de moines durent cependant rester dans le pays, poursuivant au milieu de la population grecque leur activité, qui leur assurait des privilèges, des exemptions d’impôts et de corvées, et les revenus qui étaient attachés aux églises ou aux couvents ; dans quelle mesure le firent-ils en reconnaissant la primauté du pape et l’autorité des prélats latins, ou irrégulièrement sans prêter le serment exigé ? Il est difficile de le dire (6). (1) Cf. W. Norden, op. cil., pp. 197-212. (2) Au moins à partir de 1223, cf. supra, pp. 78-80, et infra, p. 97. (3) Innocent III ordonne de respecter le caractère religieux des prêtres grecs, Ep. XI, 23, 155 (mars, oct. 1208), PL, CCXV, col. 1353, 1468. Un des rares prélats grecs qui eût prêté le serment d’obédience au pape, Théodore de Négrepont, ayant été chassé par l’archevêque d’Athènes Bérard, Innocent III intervient vigoureusement pour ordonner à ce dernier de rétablir Théodore dans son siège, Ep. XI, 179 (déc. 1208), PL, CCXVI, col. 1492-1493, cf. Norden, op. cil., pp. 187, . 1, 197. Il recommande à l’archevêque de Patras la modération envers les évêques grecs qui sont partis, Ep. X, 51 (mai 1207), PL, CCXV, col. 1142-1143. En 1210, il se déclare prêt à accepter que, à la chute de Corinthe, l’archevêque grec soit maintenu dans son siège, s’il consent à prêter le serment d’obédience, Ep. XIII, 6 (4 mars 1210), PL, CCXVI, p. 201, cf. R. L. Wolff, Trad., VI, 1948, pp. 34-35. (4) Cf. supra, p. (5) L’État qui se forme autour de Nicée apparut très tôt comme un refuge et un des centres de la résistance grecque aux croisés, cf. la lettre de Michel Choniate citée supra, p. 55, n. 6. Un document du dossier de Démétrios Chomatianos, dans Pitra, Analecta sacra et classica spicilegio Solesmensi, VII (VI), Paris-Rome 1891, n° 21, pp. 87 et suiv., fait allusion aux « innombrables Péloponésiens » qui se sont réfugiés à la cour de Michel d’Ëpire. Sur les ecclésiastiques grecs qui ont abandonné leurs églises, cf. la lettre d’innocent III à l’archevêque de Patras, X, 51, déjà citée. (6) La présence des prêtres et des moines grecs est prouvée par les plaintes de l’archevêque de Patras
92 RECHERCHES HISTORIQUES Archevêchés et évêchés latins. — Le premier archevêque latin fut celui de Patras ; resta le seul jusqu’en 1210 et garda toujours, avec le rang de primat d’Achaïe, la première place dans la hiérarchie ecclésiastique de la principauté. Dès 1205, le chapitre élut Antelme qui reçut le pallium en 1207 à Rome et occupa ce siège jusqu’en 1232 (1). Malgré ses prétentions à relever directement de Rome, Patras dépendait régulièrement du patriarche de Constantinople (2). Pendant les deux ou trois premières années, la situation paraît fort troublée par la guerre ; nombre d’ecclésiastiques grecs sont partis ; l’archevêque se plaint que beaucoup des nouveaux venus ne résident pas, que certains même ne peuvent prouver qu’ils sont prêtres (3) en 1210, beaucoup de chanoines de la cathédrale Saint André étant partis (il s’agit sans doute de Latins), il demande la création d’un couvent de l’ordre de Saint-Ruf (4), dont les religieux seraient appelés, semble-t-il, à constituer le chapitre. Mais deux ans plus tard, les moines installés à Patras furent chassés de leur demeure par les chanoines (5). Les Cisterciens de Hautecombe appelés en 1210 par l’archevêque de Patras (6) ne semblent pas avoir rencontré de difficultés ; mais l’archevêque se trouve en contestation avec les Templiers pour la maison de Gérokomeion et l’abbaye de Provata (7). Il est d’autre part obligé de demander au prince du secours contre les attaques des pirates (8) ; il rapporte au pape les mauvais traitements qu’un chevalier a fait subir à son bail et à lui-même (9). Mais les principaux sujets de plainte sont les usurpations et les abus dont l’Église est victime : le seigneur à qui a été concédée la ville, y construit un château dans lequel il englobe l’église de Saint-Théodore où les archevêques, selon la tradition, se faisaient introniser et étaient enterrés (10) ; bien souvent le prélat se déclare spolié d’une terre donnée, de biens légués ou d’anciennes propriétés que l’Église possédait avant 1205, ou de revenus qui lui sont dus par les prêtres grecs (11). Ces incidents donnent une idée de l’atmosphère de l’époque et de l’existence agitée de l’Église dans ces premières années de la domination franque. Les premiers évêchés mentionnés sont ceux de Modon et de Coron (12). Les limites il ; (1) Cf. Innocent III, Ep. VIII, 153 (1206) ; — X, 56 (1207), PL, GGXV, col. 727-729, 1151-1152. — Sur les débuts de l’archevêché de Patras, v. E. Gerland, Neue Quellen , pp. 9 et suiv. ; — D. A. Zakythènos, ’ ; — R. Clair, £ , , X, 1932, . 401 Analecta S. Ordinis Cisterciens is, XVII, 1961, pp. 263-264. (2) Innocent III, Ep. X, 56 (mai 1207) ; — XII, 143 (novembre 1209), PL, GGXV, col. 1152, CCXVI, col. 163 ; ces prétentions furent reconnues cependant par Honorius III, Pressutti, Reg. Honorii III , II, pp. 85-86, n<> 4075 (6 juillet 1222), cf. Santifaller, op. cil., pp. 63, 182, 197. (3) Innocent III, Ep., X, 49-51, 56 (mai 1207), PL, GGXV, col. 1141-1143, 1151-1152. (4) Ibid., XIII, 159-160 (nov. 1210), PL, CGXVI, col. 336-338. (5) Ibid., XV, 21 (avril 1212), PL, GCXVI, col. 559-560. (6) Ibid., XIII, 168 (nov. 1210), PL, GGXVI, col. 341-342. Rien n’indique que ces moines se soient établis à Patras même : il est possible qu’ils aient alors fondé l’abbaye de Zaraka près de Stymphale, cf. infra, p. 100. (7) Ibid., XIII, 155-156 (nov. 1210); — XIV, 111 (oct. 1211), PL, CGXVI, col. 331-332, 471. (8) Ibid., XIII, 169 (nov. 1210), PL, CCXVI, col. 342. (9) Ibid., XIII, 167, 171 (nov. 1210), PL, CGXVI, col. 341, 343 ; dans la lettre XIII, 172, Innocent III insiste sur la nécessité d’obtenir que les prélats soient entourés du respect dû à leur dignité ! (10) Ibid., XIII, 164 (oct. 1210), PL, CGXVI, col. 340. (11) Ibid., XIII, 161-165, 170, 172-174 (nov. 1210), PL, CCXVI, col. 338-344. (12) Ibid., IX, 244-246 (février 1206), PL, GGXV, col. 1078-1079 : le pape confirme à l’évêque de Modon les biens attribués par Guillaume de Ghamplitte et le statut des dîmes fixé par lui ; — Ep., IX, 247, PL, CGXV, col. 1079-1080, confirme un don à l’église de la Vierge à Coron, — et Ep., XIII, 23 (mars 1209), PL, CGXVI, col. 221-222, l’exemption de l’akrostichon accordée par Geoffroy de Villehardouin. 417
LA PRINCIPAUTÉ 91 SOUS LES VILLEHARDOUIN Pour remplacer les ecclésiastiques grecs défaillants et pour répondre aux besoins religieux des éléments latins, il fallut installer un personnel nouveau : ce sont essen¬ tiellement des prélats et le clergé attaché aux sièges épiscopaux ; dans les campagnes, le nombre des catholiques nouvellement établis devait être insuffisant pour justifier la présence de nombreux prêtres latins les seigneurs devaient avoir auprès d’eux un chapelain (1). Pour prévenir les contestations ou les conflits à l’intérieur de l’Église ou entre l’Église et les seigneurs, Innocent III recommanda de respecter en toute chose l’organisation existante ; les églises et les couvents devaient garder les biens et les privilèges dont ils jouissaient sous le régime byzantin, les évêchés, les mêmes limites qu’avant la conquête (2). Mais les exhortations, les directions ou les ordres pontificaux n’empêchèrent pas les conflits et les désordres heurts entre clergé latin et prêtres ou religieux grecs, conflits ou discussions entre évêques et prêtres ou moines de leurs diocèses, entre évêques sur les limites de leurs ressorts. On reproche à certains ecclésiastiques d’être tout à fait incapables d’exercer leur ministère, d’abandonner leur siège aussitôt après en avoir perçu les revenus, voire de n’être pas en mesure de prouver leur ordination canonique, au prince et aux seigneurs de prendre pour eux les revenus que les prêtres grecs devaient verser aux évêques, d’usurper les biens de l’Église, de s’emparer des donations faites, de traiter les prêtres grecs « comme des serfs » il s’agit surtout de conflits provoqués par des intérêts matériels, plus que par des questions de doctrine De plus, dans ces circonstances agitées, la nouvelle Église moréote ne s’organisa pas en une fois sur un plan concerté, appliqué sans incidents, mais peu à peu, au fur et à mesure de la conquête ; c’est ce qui explique qu’elle ne correspondit pas exactement en définitive à ce qu’avait été l’Église grecque avant 1204. Ainsi Corinthe, siège épiscopal le plus ancien et le plus vénérable, qui ; : : ! avait été longtemps l’unique métropole de toute la province d’Achaïe, c’est-à-dire du Péloponèse et de l’Hellade réunis, occupée par les Francs en 1210 plus de cinq ans après le début de la conquête, joua désormais un rôle moindre que Patras, conquise dès l’arrivée des croisés (3). Nous rappellerons d’abord quand apparurent les divers évêchés latins et dans quelles circonstances c’est seulement au bout de près de vingt ans, après un conflit assez grave entre le Saint-Siège et le prince d’Achaïe que l’organisation ecclésiastique arriva à une certaine stabilité, vers 1222-1223. ; accusant le prince de prendre pour lui les contributions qu’ils devaient verser à l’archevêque, par l’ordre donné d’exiger que les abbés grecs obéissent à l’archevêque de Corinthe, Innocent III, Ep., XV, 53 (juin 1212), PL, CCXVI, col. 343, 582. Des abus sont encore signalés en 1218, à propos de la mission du légat Jean Colonna, Trad., VI, 1948, p. 42. cf. R. L. Wolff, Trad., VI, 1948, pp. 40-41 : Othon de la Roche avait demandé en 1210 qu’on (1) Cf. R. L. Wolff, nommât un prêtre latin dans toute agglomération où résidaient au moins douze Latins, Innocent III, Ep. XIII, 16, PL, CCXVI, col. 216, cf. Lampros, ’, p. 3, . 1 ; cette requête reste unique. (2) Ces recommandations sont fréquentes : les évêques doivent respecter les limites de leurs diocèses, le patriarche ne doit pas réunir les évêchés, Innocent III, Ep. XII, 127 (nov. 1209) — XIII, 26 (avril 1210), PL, CCXVI, col. 148-149, 223. (3) On ne voit pas sur quoi se fonde Hopf, I, p. 234 B, pour affirmer que Guillaume de Champlitte continue la tradition hellénique en faisant de l’archevêque de Patras le primat de Morée, rang qu’occupait celui de Corinthe. Mais il est exagéré de dire que l’église de Corinthe tombe dans l’obscurité », comme le fait Zaky thènos , Despotat grec, I, p. 79 : elle fut illustrée à la fin du xme siècle par un prélat remarquable, Guillaume de Moerbeke, cf. infra , p. 150. Nous avons étudié l’organisation de l’Église du Péloponèse avant 1204 dans Pél. byz., pp. 103-113, et 208-209, cf. infra , le tableau p. 101. «
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 93 de ces diocèses sont restées un certain temps discutées ; en 1212 le pape dut intervenir à ce sujet (1) et, par la suite, il prit sous sa protection Tévêque de Modon, son église et ses biens (2). Modon était alors sous la juridiction de l’archevêque de Patras. Le premier évêque connu de Coron est Eudes, neveu de Geoffroy de Villehardouin, mentionné en 1209 (3). C’est également en 1209 et dans les mêmes documents qu’est cité l’évêque l’évêché d’Amyclées, ou Nikli en Arcadie, dépendant aussi de Patras, existe très tôt ; ce personnage, ancien abbé de Flavigny, est dès 1210 l’objet d’une contestation entre le pape et l’archevêque de Patras, qui l’avait nommé au siège épiscopal alors que l’élu d’Amyclées était encore vivant (4). En 1212 apparaît un nouveau siège épiscopal, celui dont le prince a obtenu la création dans sa capitale, Andravida, et qui est désigné sous le nom traditionnel d’Oléna ; l’église d’Andravida avait eu jusque-là à sa tête un archidiacre, qui en 1210 était le chapelain du prince Geoffroy, Jean de Bourbon, le même sans doute qui fut témoin au traité de Sapientsa (5). C’est seulement après 1210 qu’un archevêque latin put être nommé à Corinthe. En 1212, l’archevêque Gautier, déjà consacré et revêtu du pallium des mains mêmes du pape, est pris sous la protection du Saint-Siège la lettre par laquelle Innocent III l’en informe contient la liste des villages qui dépendent directement de Corinthe et celle des évêchés suffragants, à savoir Céphalonie, Zacynthe, Damala, Monemvasie, Argos, Hélos et Zemeno. Cette liste ne peut être considérée comme représentant la situation réelle contemporaine, puisque Hélos et Monemvasie échappaient encore aux Francs ; mais, s’inspirant du principe suivant lequel il convenait de respecter les limites des circonscriptions ecclésiastiques antérieures à 1204, le pape rappelle la liste théorique des suffragants de Corinthe (6). Le nouvel archevêque eut quelque Gilbert d’Amyclées : ; : III, Ep., XV, 44 (mai 1212), PL, CCXVI, col. 576, fait allusion aux empiètements que (1) Innocent les biens de l’Église de Coron eurent à subir pendant que l’évêque était en pèlerinage à Saint-Jacques-de Compostelle. On peut remarquer que l’abbaye de Saint-Sauveur en Messénie dépend du diocèse de Coron d’après les actes de 1209, mais qu’elle est située dans le diocèse de Modon d’après un acte du patriarche Gervais en 1216, cf. J. Longnon, Le patriarcat latin de Constantinople, JS, 1941, pp. 174-184. (2) Innocent III, Ep., XV, 55 (mai 1219), PL, CCXVI, col. 583-584 ; cette lettre donne une liste précieuse des églises et des biens de l’évêché, cf. infra, p. 426. (3) Il est cité en 1209 dans l’acte de donation de l’abbaye de Saint-Sauveur par Simon de Lagny ; cf. L. Santifaller, Geschichte des lateinischen Patriarchats, p. 95 et . 1 ; — J. Longnon, JS, 1941, p. 182, — et supra, pp. 70-71 (4) Innocent III, Ep., XIII, 29-30 (mars 1210), PL, CCXVI, col. 224. Cf. Hopf, I, p. 235 B ; — D. A. Zakythènos, , X, 1932, p. 407. (5) Innocent III, Ep., XIII, 25, PL, CCXVI, col. 222 : d’après cette lettre datée de mars 1210, le prince Geoffroy a demandé que son chapelain Jean fût fait archidiacre d’Andravida ; au traité de 1209, Tafel et Thomas, Urkunden, III, p. 98, Jean ne porte que le titre de chapelain ; en 1212 existe un évêché de « Landre villa », unus de ditioribus et nobilioribus episcopatibus Romaniae, Innocent III, Ep., XV, 22 (avr. 1212), PL, CCXVI, col. 560-561. On connaît le nom d’origine de Jean par un acte de Geoffroy Ier, de 1216, où il fait fonction de chancelier, H. d’Arbois, Voyage paléo graphique du département de V Aube, p. 343 ; l’acte se termine par l’indication : datum Chorintum per manum magistri Johannis de Borbonio ; cf. J. Longnon, Recherches sur Villehardouin, acte n° 216. Le même personnage a été envoyé en août 1213 auprès du pape comme procureur du prince et des barons excommuniés, cf. Innocent III, Ep., XVI, 98, PL, CCXVI, col. 898 : Magister I. de Borbonio. En mai 1212, Innocent III, Ep., XV, 63-64, PL, CCXVI, col. 589, mentionne L. archidiacre. (6) Innocent III, Ep., XV, 58 (22 mai 1212), PL, CCXVI, col. 586-587 : Episcopatus inferius adnotandos Ecclesiae tuae metropolitico jure subjecios tibi tuisque successoribus nihilominus confirmamus , videlicet Cepha lonensem, Jacint. Damelant. Malavesia, Argos, Gilos et Gimenes. Cf. R. L. Wolff, Trad., VI, p. 58.
94 RECHERCHES HISTORIQUES peine à faire reconnaître son autorité par les abbés des couvents grecs (1). En fait les évêchés de Damala, d’Hélos et de Zéméno ne furent pas occupés : nous n’en connaissons aucun titulaire. Au concile de Latran, en 1215, ont figuré l’archevêque de Patras, les évêques de Modon, de Coron et d’Amyclées, l’archevêque de Corinthe et l’évêque d’Argos (2). On ne peut toutefois dresser de liste définitive des sièges épiscopaux avant 1222 (3) ; il nous faut auparavant rappeler les événements qui aboutirent aux accords et aux décisions de 1222-1223. Conflit entre l’Église et le prince. — Dès le début les prélats, sans doute eux mêmes assez indépendants et batailleurs, s’étaient plaints de l’attitude et des méthodes des seigneurs laïcs, comme on l’a vu pour l’archevêque Antelme de Patras. On repro¬ chait aux barons et en particulier au prince, comme au seigneur d’Athènes, toutes sortes d’usurpations : ils ne respectaient pas les biens de l’Église, s’emparant soit de ce qu’elle possédait au temps de l’empire byzantin, soit des dons ou legs qu’on lui faisait (4) ; on les accusait de ne pas verser et de ne pas obliger leurs vassaux ou sujets à verser les dîmes qui avaient été formellement promises à l’Église, en particulier au moment d’engager la lutte contre Michel d’Épire, de prétendre nommer eux-mêmes aux charges ecclésiastiques qui bon leur semblait et de désigner souvent des person¬ nages indésirables, de distribuer les prébendes, bénéfices et biens d’Église sans tenir compte des exigences du service religieux, d’exercer leur juridiction sur les terres d’Église et de ne pas respecter les droits et privilèges des prêtres grecs (5). En Grèce centrale, une tentative fut faite pour mettre fin à ces abus en 1210 une convention fut conclue en mai à Ravenique, que le pape confirma le 21 décembre de la même année (6) mais elle n’était applicable que dans les territoires qui s’étendaient de Thessalonique à Athènes, celle-ci et la principauté d’Achaïe en étaient : ; (1) Innocent III, Ep., XV, 53 (mai 1212), PL, CCXVI, col. 582. (2) La liste des prélats présents au Concile de Latran, conservée seulement dans un manuscrit de la Bibliothèque de Zürich, C 148, a été publiée par A. Luchaire, Un document retrouvé , JS, 1905, pp. 557-568 (voir le texte p. 562, et la traduction p. 564) et donnée à nouveau par Werner, Neues Archiv, XXXI, 1906, p. 584 ; cf. A. Luchaire, Innocent III, Le concile de Latran, Paris 1908, p. 11. (3) Il en résulte des différences entre les tableaux que divers historiens ont faits de l’organisation ecclé¬ siastique à cette époque : comparer par exemple Hopf, I, pp. 234 B-235 B ; — Miller, The Latins, pp. 62-65 ; — Gerland, Neue Quellen, pp. 75-76, qui suit essentiellement C. Eubel, Hierarchia catholica medii aevi, I, pp. 85, 89, 106, 218, 302, 368, 393, 412-413 ; — enfin R. L. Wolff, Trad., VI, 1948, pp. 45 et suiv. ; cf. infra, pp. 97 et suiv. (4) V. ci-dessus les plaintes de l’archevêque de Patras. Celui de Corinthe réclamait en 1212 le trésor de l’Église corinthienne, emporté naguère par Théodore Comnène Doukas, retrouvé à Argos au moment de la prise de la ville et que le prince Geoffroy avait partagé avec Othon de la Roche : Innocent III, Ep., XV, 77, PL, CCXVI, col. 598. Ces usurpations et réclamations sont rappelées sous une forme générale dans la lettre d’innocent III, XVI, 98, PL, CCXV, col. 898-899. A. Luchaire, Innocent III. La question d'Orient, pp. 201-207, donne des faits un récit rapide qui n’est pas exempt d’erreurs : il confond en particulier les deux « parlements de Ravenique de 1209 et 1210. Cf. aussi W. Norden, Papsttum und Byzanz, pp. 210-211, 238-241, 273-274. (5) Ces griefs sont rappelés dans l’acte du pape Honorius III qui mit fin en 1223 au conflit, PL, CCXVI, » col. 968 et suiv. (6) Innocent III, Ep., XIII, 192, PL, CCXVI, col. 360. Le texte de cet accord est publié en appendice fit en 1223, PL, CCXVI, col. 970-972, et, avec la traduction française dans Buchon, de celui qu’ Honorius Nouv. rech., I, pp. xlix-xlvii.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 95 exclues. Aussi les plaintes continuèrent-elles ; Geoffroy de Villehardouin et Othon furent excommuniés par Parchevêque de Patras, l’interdit jeté sur leurs terres. Mais le pape Innocent III, favorable à la conciliation et à l’apaisement plutôt qu’à la violence (1), invita en 1213 les prélats à relever le prince de l’excommunication sur la promesse de Geoffroy de restituer les biens réclamés par l’Église (2). En 1216 le nouveau patriarche de Constantinople, Gervais, s’arrêta au passage à Corinthe pour s’informer de la situation de l’Église moréote (3). En 1217, il excommunia sans doute à son tour le prince (4). En 1218, le légat du pape, Jean Colonna, cardinal de Sainte-Praxède, condamna encore une fois Geoffroy et Othon, et sa sentence fut confirmée par Honorius III, le 21 janvier 1219 ces seigneurs étaient accusés de traiter comme des serfs les prêtres grecs (5) il est vrai que le nombre de ceux-ci ne cessait d’augmenter, les prélats accordant volontiers les ordres aux paysans afin de les mettre à l’abri des corvées. L’attitude du pape paraît plus indulgente en 1221 (6). Mais la situation devait s’aggraver de nouveau. La Chronique de Morée invoque pour expliquer ce conflit un autre motif. Consi¬ dérant que l’Église occupait le tiers des terres de la principauté, le prince Geoffroy II, afin d’achever la conquête de la Morée, aurait exigé la collaboration militaire des prélats et des ordres religieux militaires, le Temple et l’Hôpital ils refusèrent, alléguant qu’ils tenaient leurs terres directement du pape et ne devaient rien au prince. Celui-ci répondit à ce refus en saisissant toutes les terres d’Église et, pendant trois ans, il en perçut les revenus qu’il consacra à la construction d’une puissante forteresse sur la côte occidentale, le château de Chlémoutsi ou Clermont. Au bout de trois ans, le château terminé, le prince envoya en ambassade à Rome deux moines et deux chevaliers, qui firent valoir au pape que, si la principauté n’était pas défendue contre les Grecs, l’Église risquait de perdre tous ses biens et que la forteresse construite avec les revenus des biens ecclésiastiques était la plus sûre garantie de la solidité de la domination latine en Grèce. Le pape se rendit à ces raisons les prélats et les ordres établis en Morée consentirent à faire la paix ; le prince leur rendit leurs terres, à condition qu’ils assureraient le service militaire comme les feudataires laïcs, à l’exception du service de forteresse (7). Il n’y a aucune raison de mettre en doute le fond du récit ; certains détails en peuvent être inexacts, mais on peut établir un rapport entre ces événements et : ; ; ; (1) Innocent III, Ep., XIII, 26-27, PL, GCXVI, col. 223, conseille aux prélats en 1210 de ne pas abuser de l’excommunication. (2) Ibid., XVI, 98, PL, CCXVI, col. 898-899, à la suite d’une démarche de Geoffroy qui lui avait envoyé comme procureur du prince et des barons « magister I. de Borbonio » qui doit être le même personnage que le chapelain Jean et le premier évêque d’Oléna-Andravida, cf. supra, p. 93. (3) Cf. Hopf, I, p. 245 A ; — L. Santifaller, Geschichte des lateinischen Pairiarchats, p. 32. (4) Cf. Du Cange, éd. Buchon, I, p. 162; — Gerland, Neue Quellen , p. 17. (5) Pressutti, Reg. Honorii III, I, p. 302, n° 1819 ; — Honorii III opera, éd. Horoy, IV, p. 210. L’expres¬ sion « traiter des prêtres grecs comme des serfs fait sans doute allusion au refus des seigneurs d’accorder à des prêtres trop nombreux ou ne reconnaissant pas la primauté du pape l’exemption des corvées et des taxes qui pesaient normalement sur les paysans. (6) Pressutti, Reg. Honorii III, I, pp. 516-517, n°s 3162-3163 (6 mars 1221). Cette attitude coïncide peut-être avec les inquiétudes provoquées par les menaces de Théodore sur la Thessalie. (7) Chron. gr.f vv. 2631-2720. L’épisode manque dans le L. de la conq. ; — le L. de los fech., § 217, y fait une brève allusion en attribuant la construction du château au prince Guillaume. » 8
96 RECHERCHES HISTORIQUES l’attitude du Saint-Siège telle que nous la connaissons par la correspondance ponti¬ ficale et, par là, dater cet épisode de la vie de la principauté. Le conflit entre le prince et l’Église prit fin en 1223 ; or il y avait eu un moment d’apaisement relatif en 1221, puis le pape s’était montré de nouveau, au début de 1222, très violent contre le prince à qui il reproche d’être « plus inhumain que pharaon » et qu’il condamne avec son fils et ses vassaux (1) : ce redoublement de sévérité ne peut guère s’expliquer que si un motif grave est venu s’ajouter aux anciennes usurpations : ne serait-ce pas la confiscation des revenus des biens ecclésiastiques en vue de la construction de Clermont? Enfin la date de 1223 est parfaitement plausible pour l’achèvement de cette forteresse en effet le premier document connu qui soit daté de Clermont est une lettre du prince Geoffroy, du 30 septembre 1224 (2). La paix fut faite en 1223 Geoffroy envoya un émissaire à Rome, Pierre « de Altomagno » pour assurer le pape de ses bonnes dispositions ; le 4 septembre, Honorius III confirma l’accord conclu entre le prince et l’Église de Morée tandis qu’une convention semblable était acceptée par Othon de la Roche (3). Cette conven¬ tion étendait à l’Attique et au Péloponèse les clauses du concordat de Ravenique, auxquelles étaient ajoutées quelques dispositions spéciales. Les églises et couvents devaient rester en possession de tous les biens dont ils jouissaient à l’avènement de l’empereur Alexis Ier ; tous les religieux, prêtres ou moines, étaient exemptés de tout impôt à l’exception de l’akrostichon ; tous les ecclésiastiques devaient être libres. Mais dans les campagnes, le nombre des prêtres grecs était limité à deux par village de 25 à 70 feux — si un village avait moins de 25 feux, il compterait avec un autre, voisin — , à quatre par village de 71 à 125 feux, et à six par village de plus de 125 feux, les autres prêtres des campagnes étant soumis aux services et impôts habituels. Le prince gardait les trésors ou meubles et les revenus des églises qu’il avait saisis, mais il devait en compensation verser une rente annuelle de 1.000 hyperpères, à répartir entre les diocèses de Patras, de Corinthe, de Lacédémone, d’Amyclées, de Modon, d’Oléna et d’Argos (4). Il s’engageait d’autre part à verser et à obliger ses sujets à verser régulièrement la dîme à l’Église (5). C’est alors également que durent être fixées les modalités du service militaire imposé aux fiefs ecclésiastiques. Les relations entre le Saint-Siège et le prince redevinrent aussitôt normales. : : (1) Pressutti, Reg. Honorii III, I, pp. 516-517, nos 3162-3163 (6 mars 1221), — II, p. 52, n° 3866 (15 mars 1222), p. 62, n° 3924 (1er avril 1222). Cf. Buchon, Recherches, I, pp. 82-83, en note. (2) Cf. Du Cange, éd. Buchon, I, p. 270 B ; — Buchon, Recherches, II, pp. 377-378 ; — Longnon, Recherches sur Villehardouin, p. 239, n° 149 ; — V empire latin, p. 145. La Chronique fait erreur en attribuant épisode à Geoffroy II, il s’agit de Geoffroy Ier, les actes pontificaux le confirment de façon sûre, puisqu’il y est fait allusion au fils du prince et que Geoffroy II n’en eut pas. (3) Pressutti, Reg. Honorii III, II, p. 159, n° 4480 (4 septembre 1223). Le texte de l’accord est publié par Horoy, Opera Honorii III, IV, coll. 409-416, n° 10, et reproduit par Migne, PL, CCXVI, col. 968-972, n° 18, pp. 23-81. Cf. R. L. Wolff, en annexe de l’accord de Ravenique de 1210 ; — par Lampros, ’, Politics in the Latin Patriarchate of Constantinople, OOP, VIII, p. 274. 1 (4) L’acte d’Honorius III donne la répartition suivante : 170 hyperpères à chacun des deux archevêchés, 150 à chaque évêché, sauf à Argos qui devait recevoir 68 hyperpères, ce qui fait un total de 1158 ; pour arriver au total exact de 1000, il faudrait réduire les chiffres respectivement à 170, 120 et 60, comme le suggère Hopf I, p. 270 B. vénitiens de Modon et de Coron, Thomas Dandolo et Léonard Foscolo, persis¬ refuser de payer la dîme à l’Église; le conflit ne prit fin qu’en 1227, cf. Hopf, I, p. 271 A. (5) Seuls les gouverneurs tèrent à ’
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 97 Le pape non seulement fit lever l’interdit et l’excommunication, mais il plaça sa femme, ses fils, ses terres et tous ses biens sous la protection de Saint-Pierre (1). Il facilita le règlement de la question de la restitution des biens enlevés à l’Église (2). Dès le 4 septembre, en même temps qu’il confirmait la paix rétablie avec le prince et Othon de la Roche, il leur accordait pour vingt ans certains revenus ecclésiastiques afin de les aider à défendre l’empire et à résister aux attaques des Grecs (3). Il est possible que la gravité même des dangers extérieurs, rendant nécessaire l’union de toutes les forces latines, ait contribué à la solution du conflit entre l’Église et le prince et à la conclusion de l’accord. Il ne semble pas que d’autres crises graves aient troublé les rapports entre le Saint-Siège et le pouvoir laïc en Morée au cours du xme siècle. L’Église moréote après 1222-1223. — L’accord de 1223 avait été précédé d’une série de décisions pontificales qui réduisaient le nombre des diocèses et en précisaient les limites (4). Contraire aux premières intentions d’innocent III, cette réduction était imposée par la médiocrité des ressources qui rendait impossible l’entretien d’un trop grand nombre de prélats latins (5). Ainsi disparaissait un certain nombre de sièges antérieurs à 1205 qui n’avaient eu sous le régime franc qu’une existence éphémère ou théorique. Dans le nord du Péloponèse, l’évêché de Zéméno, qui avait été dans l’empire byzantin suffragant de Corinthe fut réuni à cet archevêché (6). Celui de Damala qui n’avait jamais reçu de titulaire latin en l’absence de toute population catholique, était désormais partagé entre les sièges de Corinthe et d’Argos (7). A l’archevêché (1) Pressutti, Reg. Honorii III, II, p. 159, n° 4480 (4 septembre 1223), p. 163, nos 4500-4501 (16 septem¬ bre). (2) Pressutti, (3) Pressutti, Reg. Honorii III , II, p. 163, n° 4503 (19 septembre). Reg. Honorii III, II, p. 159, nos 4478-4479 (4 septembre). Le souci de voir le prince participer à la défense des territoires latins apparaît dans la lettre n° 4505, du 19 septembre, Pressutti, op. cit., II, p. 163. (4) Honorius III avait conféré dès avril 1217 à son légat Jean Colonna cardinal de Sainte-Praxède le pouvoir d’unir ou de diviser les églises, Horoy, Opera Honorii III, II, col. 374. En mars 1222, il confirme douze décisions prises par Jean Colonna : elles sont connues par une série de lettres datées du 11 mars 1222 et adressées à l’archevêque et au chapitre de Corinthe, — à l’évêque et au chapitre d’Argos, — à l’archevêque et au chapitre de Patras, — à l’évêque et au chapitre de Coron, à ceux de Modon, — de Céphalonie, — de Lacédémone et d’autres diocèses de Grèce centrale, Pressutti, Reg. Honorii III, II, p. 50, n° 3844 ; cf. la liste des sièges épiscopaux donnée dans l’accord de 1223, PL, CCXV1, col. 969. (5) C’est déjà la raison qu’avait invoquée le patriarche Morosini de Constantinople pour demander à Innocent III la réduction du nombre des évêchés de son ressort, cf. A. Luchaire, Innocent III. La question d'Orienl, pp. 158-159. (6) Sur l’évêché byzantin, v. Pél. byz., pp. 107-113. L’union de Zéméno et de Corinthe est justifiée par la modicité des revenus de l’évêché, v. Pressutti, Reg. Honorii III, II, p. 50, n° 3844 : ... unionem ... ecclesiae Geminensis, quae olim fuit sedes cathedralis, sed adeo tenuis erat in redditibus, quod absque pontiflcalis dignitatis ignominia proprium non poterat episcopum substentare. (7) Pressutti, ibid. : episcopatus Damaletensis, qui Laiinorum tempore nunquam extilil ordinalum nec Laiini habitant in eodem. Sur l’évêché byzantin, v. Pél. byz., ibid. L’évêché de Damala cité, on l’a vu, en 1212, n’a certainement jamais eu d’existence réelle dans l’Église romaine. C’est par erreur, croyons-nous, que deux historiens l’ont mentionné : J.-B. Bury, JHS, VII, 1886, p. 318, cite l’évêque de Damala parmi les destinataires d’une lettre d’innocent III, du 15 octobre 1210 : cette lettre (Innocent III, Ep ., XIII, 153, PL, CCXVI, col. 331) est en réalité adressée à l’évêque de Davlia Davaliensi et Zaratoriensi episcopis. Un évêque de Damala
98 RECHERCHES HISTORIQUES de Patras était réunie l’église de Kernitsa, village situé entre Patras et Corinthe ; l’élu de Kernitsa est mentionné pour la première fois parmi les destinataires d’une lettre d’innocent III du mois d’août 1213 ; mais nous ne connaissons pas d’évêque jusqu’à la réunion avec Patras (1). Plus complexe est la situation dans le centre et le sud-ouest du Péloponèse, c’est-à-dire en Arcadie et Messénie. Des sièges épiscopaux sont signalés par divers textes ou documents à Véligosti, à Amyclées, à Christianoupolis, à Coron et à Modon les deux derniers, qui sont attestés dès le début, ont eu jusqu’à la fin de la domination vénitienne une existence régulière mais leurs diocèses dépassaient largement le territoire qui appartenait à Venise. Dans les plaines centrales, la Chronique grecque de Morée distingue nettement les deux évêchés d’Amyclées, à identifier avec le site médiéval de Nikli, et de Véligosti ; mais le Livre de la Conquête semble attribuer les deux sièges à un seul évêque, et la chronique aragonaise ne connaît que celui de Nikli (2). Si, comme on l’a vu, la correspondance pontificale confirme l’existence d’un évêque de Nikli, elle ne mentionne pas d’évêque de Véligosti : il est donc probable qu’il n’y a pas eu de siège épiscopal distinct à Véligosti. Mais nous n’admettons pas non plus qu’il faille identifier, comme on l’a cru, Véligosti avec l’ancien siège archi¬ épiscopal de Christianoupolis que l’on a voulu considérer comme le nom médiéval de Mégalopolis, remplacée au xme siècle par Véligosti (3). Mégalopolis avait dû disparaître depuis longtemps, et Christianoupolis qui correspond au village actuel de Christianou en Messénie (4) n’a rien de commun avec ce site antique ni d’ailleurs avec Véligosti. La correspondance d’Honorius III le prouve très clairement le pape confirme d’une part le partage en deux de l’église de Christianoupolis, dont une : ; : est cité encore par Hopf, I, p. 368 A, à la date de 1305, entre les évêques de Thèbes et de Négrepont, parmi les témoins d’un acte du duc d’Athènes Guy II et de Mahaut de Hainaut, d’après Saint-Génois, Droits primitifs , I, p. 336, n° J 50, qui énumère : Nicole archevêque de Estrives, frère Thomas évêque de la Danalie... » : il s’agit là aussi de l’archevêque de Thèbes et de l’évêque de Davlia, ou Davalia, avec confusion du v et du n. Davlia, l’antique Daulis, est en Phocide. ibid.: archiepiscopo et capitulo Patracensibus confirmât unionem ecclesie Quenicensis ; — (1) Pressutti, Innocent III, ., XVI, 98, PL, GGXVI, col. 898. Il s’agit de Kernitsa, qui ne reprend une certaine importance et Müller, Acta, I, que quand elle est de nouveau entre les mains des Grecs : elle est citée en 1316, Miklosich p. 52, n° 30, cf. Hopf, I, p. 404 B, infra , pp. 221, 224. Elle devint le siège d’un évêché ; en 1380 l’évêque grec de Kernitsa, Mathieu, réussit à la faire élever au rang de métropole, mais pour quelques mois seulement, Acta, II, pp. 9, 11, 23 ; v. E. Gerland, Neuc Quellen, p. 104, . 1, et E. Meyer, cf. Miklosich et Müller, Pci. Wander., p. 137, qui a réuni la bibliographie relative à l’évêché de Kernitsa ; il n’en existe pas de mention « au xme siècle. ; — Cron. di Morea, p. 429 ; — L. de la conq ., § 128 ; — L. de los fcch., § 130. l’opinion déjà de Le Quien, Oriens Christianus, II, col. 187-188, acceptée par Hopf, I, p. 235 B et reprise par Gerland, Neuc Quellen, p. 75 et n. 2, d’après G. Eubel, Hierarchia catholica medii aevi, pp. 89 et 393, et par Miller, The Latins, p. 63. La confusion vient du fait que, après le xvie siècle, le siège épiscopal de Christianoupolis, qui a pris sous la domination turque une grande importance, s’est déplacé : l’archevêque a résidé dans la ville d’Arkadia et à Léontarion ; il portait aussi alors le titre de hypertime et exarque de toute l’Arcadie. De là est venue l’idée que Christianoupolis devait être en Arcadie, qu’elle se confondait avec Léon¬ tarion qui a en effet porté ce nom à la fin du xvme siècle quand l’archevêché y était attaché, or Léontarion est considérée comme ayant remplacé Véligosti et comme une des villes modernes héritières de l’antique Mégalo¬ polis. Sur Christianoupolis, v. Pél. byz., pp. 108-113, et E. Stikas, L'église byzantine de Christianou en Triphylie, École française d’Athènes, Travaux et Mémoires des anciens membres étrangers de l’École et de divers Savants, (2) Chron. gr., v. 1960 (3) G’est VIII, Paris 1951, pp. 9-11. (4) Cette identification proposée par N. A. Bees, Oriens christianus, N. S., peut être considérée comme certaine. IV, 1915, 2e partie, pp. 265-267,
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 99 moitié est attribuée à l’évêché de Modon, l’autre à celui de Coron, d’autre part le rattachement à ce dernier de l’Église (et non de l’évêché) de Véligosti (1). En 1222 encore, Amyclées est réuni avec Lacédémone (2), réunion confirmée plus tard par le pape Innocent IV (3). Enfin, l’année suivante, l’ancien évêché grec de Hélos, qui n’avait jamais été occupé par les Latins, fut également réuni à celui de Lacédémone (4). De celui de Maina, qui existait dans la hiérarchie grecque au xne siècle, aucune mention n’est faite au xme : on doit le considérer comme disparu. Il en est de même de celui de Morée dont la localisation reste incertaine (5). On peut ainsi, à la fin du premier quart du xme siècle, considérer l’Église romaine en Morée comme ayant reçu une organisation stable que nous résumons dans le tableau ci-joint (6). Le Péloponèse se trouve divisé à la fin du premier quart du xme siècle entre deux archevêchés suivant une ligne à peu près nord-sud passant à l’est de Vostitsa (7) et Kernitsa, de Véligosti et de la Messénie. De celui de Patras dépendaient les évêchés d’Oléna, dont le titulaire résidait à Andravida, de Coron, de Modon, sans compter celui de Céphalonie et Zacynthe réunies ; de Corinthe, les évêchés d’Argos et de Lacédémone. L’organisation de l’Église en Morée ne devait pas subir de changement pendant au moins quarante ans (8), si ce n’est la création (1) Pressutti, Reg. Honorii III, IL p. 50 : Episcopo et capitulo Coronensibus confirmât eis medietatis ecclesie Chr(ist)iane, que Graecorum tempore archiepiscopatus extitit... Episcopo et capitulo Coronensibus confirmai eis unionem ecclesie V iligurdensis , que, sicut dicitur, Grecorum tempore episcopatus extitit... Electo et capitulo Mothonensibus confirmât eis unionem medietatis diocesis ecclesie Chr(ist)iane, que Grecorum tempore archi¬ episcopatus extitit. On remarquera la précision de la chancellerie pontificale qui connaît le rang archiépiscopal de Christianoupolis, et qui émet, avec raison, des doutes sur l’existence d’un siège épiscopal à Véligosti au temps de Byzance. ibid. : Episcopo et capitulo Lacedemoniensibus confirmât eis unionem ecclesie Amiclensis, (2) Pressutti, que ecclesie Lacedemoniensi Grecorum tempore ab inobedientibus subsiracta restituitur. Amyclées-Nikli se trouvait ainsi passer du ressort de Patras à celui de Corinthe. N eue Quellen, p. 75, n. 2, p. 77, . 1. (3) En 1245, cf. Gerland, (4) Il faut reconnaître Hélos sous le nom de Helenos dans Pressutti, Reg. Honorii III, II, p. 164, n° 4505 (19 septembre 1223) ; ni C. Eubel, ni R. L. Wolfï, cf. infra, n’ont identifié ou reconnu ce nom. La forme de Helenensis peut, il est vrai, faire confusion avec l’adjectif formé sur le nom d’Oléna, en Ëlide : en 1236, dans les lettres de Grégoire IX, éd. Auvray, II, coll. 488-489, 522-523, n°* 3346 et 3409, Helenensis ou Elenensis désignent certainement le siège d’Oléna et sont employés pour Olenensis. Les deux sites sont géographiquement assez éloignés l’un de l’autre pour que la confusion ne soit pas possible pour nous. (5) L’existence en a été récemment révélée par V. Laurent, L'évêché de Morée (Moréas ) au Péloponèse, RER, XX, 1960, pp. 181-189. (6) R. Lee Wolff, The Organization of the Latin Patriarchate of Constantinople, 1204-1261, Trad., VI, 1948, pp. 33-60, a étudié avec beaucoup de soin cette organisation, à l’aide en particulier d’un document inté¬ ressant parce qu’il doit représenter la situation en Achaïe telle que le Saint-Siège pouvait l’établir en 1228, le Provinciale Romanum, qui cite l’archevêché de Corinthe avec un seul sufïragant, Argos, et l’archevêché de Corinthe avec les suffragants suivants : Olenensis, Mothonensis, Amiclensis, Amidensis, Andrevillensis, Cepha luniensis, Jacinlhensis, etc. Cette liste appelle quelques remarques : on relève deux doublets : Oléna ne saurait être distingué d’Andreville, résidence de l’évêque d’Oléna, et Amidensis est certainement une erreur pour Amiclensis, siège qui n’existait plus d’ailleurs alors, ayant été rattaché à celui de Lacédémone que le Provin¬ ciale ignore ; ce document se révèle comme étant une compilation non entièrement au courant de 1 état réel de l’Église en Morée, son auteur ne connaît pas les lieux et fait des erreurs sur les noms des sièges, que R. L. Wolfï n’a pas corrigées. (7) Cf. Gerland, Neue Quellen, pp. 78 et n. 2, 159, n° IV, 3. (8) La liste des sièges épiscopaux en 1222-1223 est exactement la même que celle des destinataires des lettres par lesquelles Urbain IV invite, le 27 avril 1263, tous les prélats de la principauté à prêter leur aide
100 RECHERCHES HISTORIQUES d’un évêché à Monemvasie après 1249, lequel dut disparaître après 1261 (1). Pour achever le tableau de l’Église, il convient de signaler les ordres religieux installés en Morée. Les trois ordres militaires, Templiers, Hospitaliers, Chevaliers Teutoniques, sont représentés dès le début de la conquête, pourvus respectivement de quatre fiefs (2). Les Templiers avaient reçu en outre trois villages, « Pasalan, Paliopolis, Lafïustan », qui leur avaient été cédés respectivement par Guillaume de Résie, par Hugues de Besançon et par Guillaume de Champlitte (3). Des fiefs des Chevaliers de Sain t-Jean-de- Hôpital, nous ne savons rien, sinon que c’est à leur ordre que devait appartenir au début du xive siècle Picotin près de Palaiopolis en Élide (4). Quant aux Teutoniques, ils possédaient des biens situés près de Kalamata en Messénie (5) ; ils avaient émis des prétentions sur les couvents de Gérokomion et de Provata, près de Patras, sans les obtenir, semble-t-il (6) ; en 1237, l’hôpital Saint-Jacques d’Andravida, fondé en 1213 par Geoffroy Ier, leur fut confié (7) ; à la même date ils possèdent une maison dans le château de Clermont ; en 1239, Robert de 1’ Isle leur fit don de terres situées près de Véligosti (8). En outre les cha¬ noines réguliers de Saint-Ruf avaient été appelés par l’archevêque de Patras (9), et les moines de Hautecombe avaient été invités à fournir des moines à l’archevêque de Patras pour une fondation (10). Des Prémontrés étaient établis à Kalavryta (11). Les Augustins de Saint-Loup de Troyes occupaient le couvent de Saint-Sauveur en Messénie (12). Les Cisterciens s’installent à Andravida en 1225, appelés par le prince ; ils fondèrent aussi un couvent à Zaraka, près de Stymphale avant 1236(13). au prince Guillaume de Villehardouin dans sa lutte contre les Grecs, Registres (V Urbain /F, éd. Guiraud, II, pp. 102-103, nos 231-232 : ce sont les archevêques de Patras et de Corinthe, les évêques de Coron, de Modon, d’Oléna, de Lacédémone et d’Argos. (1) Monemvasie, conquise en 1249, a une église à la tête de laquelle est, en 1253, Eudes de Verdun, Registres d'innocent IV , éd. Berger, III, p. 306 A, n° 6952 (21 août 1253) ; la ville est réoccupée par les Grecs en 1261, elle ne peut donc être mentionnée par Urbain IV en 1263. (2) Chron. gr., vv. 1951-1953 ; — Cron . di Morea , p. 428 ; — L. de los fech., § 131. Cette indication est omise par le L. de la conq. (3) Cf. Innocent III, Ep., XIII, 148-150 (1210), PL, CXVI, col. 329-330. Ce nom de Paliopolis désigne probablement le même lieu que le Palaiopolis d’ Élide cité ci-dessous par le L. de los fech., § 588. (4) L. de los fech., § 588. C’est près de là que fut livrée la première bataille entre l’infant Ferrand et les armées de Mahaut en 1315. (5) Chron. gr., v. 1955 ; — Cron. di Morea, p. 428. Ep., , 155-156; — XIV, 111, PL, CCXVI, col. 331-332, 471. Le couvent de (6) Innocent , Gérokomion avait été offert en 1210 par l’archevêque Antelme à Cluny. Tabulae ordinis theutonici, pp. 128-140, n08 129, 131-136, 137, 140 ; les négociations (7) E. Strehlke, durent jusqu’en 1241. D’après les documents, Saint-Jacques apparaît comme une fondation autonome à l’origine et ne semble pas avoir appartenu de façon régulière ou durable aux Templiers ni aux Hospitaliers comme l’affirme le L. de los fech., § 346, cf. Chron. gr., v. 7791 ; — L. de la conq., § 535. (8) E. Strehlke, op. cit., pp. 131-132, 136, n08 130, 137. (9) Cf. supra, p. 92. (10) Innocent III, Ep., XIII, 168 (novembre 1210), PL, XXCVI, col. 341-342. (11) N. Backmund, Monasticon Praemonslraiense , 1949, pp. 403-404, 611. Kalavryta doit être reconnue sous les formes Calobrica et Colimbria ; on cite aussi un Bertram abbas Colabritensis. Le couvent a disparu avant 1320. Cf. L. Hugo, Sacri et canonici ordinis Praemonslratensis Annales, I, col. 523-524. (12) Les documents relatifs à cette donation ont été réunis et étudiés par J. Longnon, JS, 1941 nn. 178 180. V. supra, p. 71. ’ in (13) Les fondations de cet ordre en Grèce ont été étudiées récemment par E. A. R. Brown, The Cistercians Latin Empire of Constantinople and Greece 1204-1274, Trad., XIV, 1958, pp. 63-120. Sur Zaraka, v. infra, the
Organisation de l’Église en Morée dans la première moitié du XIIIe siècle Église grecque avant 1204 Église romaine après la conquête d’après la Notitia episcopa d’après la lettre d’innocent III tuum Parthey, n° 10 (1) 22 mai 1212 (2) 27. Corinthe év. : Damala Corinthe év. : Damelant. év. : Argos Argos Monemvasie Malavesia Céphalonie Zacynthe Cephalonia Zemena Gimenes Maina Gilos Romanum Jacint. 32. Patras év. : Methonè Koronè (Lacédémone, cf. infra) Bolaina Hélos Amyclaion (3) Situation réelle après révisé en 1228 (4) Corinthe (Argos, cf. infra) 76, Christianoupolis Provinciale 1222-1223 (5) Corinthe, après 1210 (y compris Zemeno et moitié de Damala) év. : Argos (y compris moitié de Damala) Lacédémone (y compris Amyclées-Nikli et Hélos) Monemvasie (après 1248) Patras Patras, dès 1205 év. : Olenensem Methonensem Coronensem Amiclensem Amidensem Andrevillensem (y compris Kernitsa) év. Modon (y compris moitié de Christianoupolis) Coron (y compris moitié de Christianoupolis et Véligosti) : Cephaluniensem Oléna, résidant à Andra¬ Jacinthensem vida Céphalonie et Zacynthe \ réunis depuis le xie s. J sans LA LES SOUS PRINCIPAUTÉ VILLEHARDOUIN 78. Lacédémone depuis 1081-82 ( suf i fra \ gants 88. Argos depuis 1188-89 I (1) G. Parthey, Synecdemus Hieroclis et notitiae graecae episcopatuum , Berlin 1886 : même si cette notice a été rédigée plus tard, elle donne à notre avis, l’état de l’Église vers 1200, cf. Pél. byz., pp. 109-110, 211. (2) Ep. XV, 58, Migne, PL, CCXVI, col. 586-587. o (3) Il faudrait ajouter à cette liste l’évêque « de Morée », d’après les documents signalés par V. Laurent, REB, XX, 1960, pp. 181-189. (4) D’après R. L. Wolff, Trad., VI, 1948, pp. 55-56. Dans cette liste, Amidensem est manifestement une erreur de lecture pour Amiclensem les deux formes désignant le même siège d’Amyclées ou Nikli, supprimé en fait dès 1222. Andreville doit être également supprimée de la liste, puisque la ville d’Andreville ou Andravida n’est que la résidence de l’évêque dit d’Oléna. (5) D’après la correspondance pontificale.
102 RECHERCHES HISTORIQUES Les Franciscains (1), les Dominicains (2), les Frères de Saint-Nicolas-de-Carmel (3) seront représentés. Les prélats et les ordres religieux militaires faisaient partie de la hiérarchie féodale et étaient soumis à des obligations comme les vassaux laïcs ; ils devaient fournir des hommes pour le service militaire, en nombre proportionnel à celui des fiefs dont ils étaient dotés, en général quatre pour les évêques et les ordres militaires et huit pour les archevêques ; mais ils étaient dispensés du service de garnison auquel étaient tenus les seigneurs laïcs pendant quatre mois de Tannée (4). Ce qui reste, il faut Tavouer, confus pour nous, c’est la situation exacte dans les campagnes les paysans avaient dû garder leurs prêtres grecs, dont le statut était fixé par l’accord de 1223 : dans quelle mesure ces prêtres étaient-ils réellement ou sincèrement soumis aux prélats latins, nous l’ignorons. Les textes ne révèlent pas de conflits ouverts ; il ne semble pas que ces prêtres, pas plus que les moines grecs (5), aient pu relever d’évêques grecs : aucun titulaire grec n’est mentionné dans l’étendue de la principauté à cette époque, et il ne s’est pas conservé le souvenir de relations entre les Grecs sujets du prince et des prélats grecs de l’extérieur. : La société féodale dans la première moitié du XIIIe siècle. — La source essentielle qui fournit au moins la liste des baronnies, les noms de leurs titulaires et l’indication de la région où elles étaient situées est la Chronique de Morée, qui a puisé sans doute ces renseignements dans le « registre des fiefs » ou « registre du seigneur » dont nous avons parlé (6). Nous avons expliqué pourquoi on ne peut admettre que cette liste soit le tableau exact de la situation en 1209, comme le dit la Chronique les indications des versions française et grecque correspondent à l’époque de l’avènement de : p. 480 ; R. Clair, Les filles d'Hautecombe dans l'empire latin de Constantinople , Analecta S. Ordinis Cisterciensis, XVII, 1961, pp. 262-268, propose de reconnaître dans l’abbaye de Zaraka la filiale créée par appelés en 1210, v. ci-dessus : la fondation dans ce cas en remonterait à 1211 ou les moines d’Hautecombe 1212 et non vers 1224 comme on l’admet généralement à la suite de L. Janauschek, Originum Cisterciensium , t. I, p. 227, n° 588. Mais l’abbaye est mentionnée pour la première fois en 1236, dans la correspondance ponti¬ ficale, puis à partir de 1241 dans les chapitres généraux de l’ordre, cf. J. M. Canivez, Statuta Capitulorum Generalium Ordinis Cisterciensis, pour les années 1241, 1257 et 1260. (1) Ils vinrent en Grèce sous Benoît d’ Arezzo, ancien provincial de la Marche d’Ancône, Wadding, Annales minorum, I, p. 202 ; en 1260, au congrès général de l’ordre à Narbonne, la Provincia Romanie occupe le 30e rang, avec trois custodies : Négrepont, Thèbes et Clarence, celle-ci comptant des couvents en Morée à Clarence, Coron, Patras et Andravida, ibid., II, p. 206. Cf. Buchon, Recherches, I, p. 296, . 1. La chronique signale leur présence dès l’époque de l’affaire du château de Clermont : Chron. gr., v. 2659, et leur couvent de Clarence en 1277 : Chron. gr., v. 7518 ; — L. de la conq., § 516. (2) A partir de 1240 une provincia Graeciae est mentionnée dans les Acta selecla capituli generalis ordinis Praedicatorum, dans Martène et Durand, Thesaurus novus anecdotorum , IV, col. 1679, 1695, 1753, etc. (3) Ils avaient un couvent à Andravida : L. de la conq., § 410 ; — L. de los fech ., § 346. (4) L. de la conq., § 131 ; — Chron. gr., vv. 2010-2016 ; — Cron. di Morea, p. 429. On peut penser que ce service militaire ne fut définitivement fixé qu’en 1223, si, comme le dit la Chronique, la cause du conflit entre l’Église et le prince fut les exigences de ce dernier en ce domaine ; le fait que les indications sur ce service sont données dans la Chronique à la suite de la liste des fiefs peut servir d’argument pour considérer cette liste comme postérieure à 1223. (5) Quelques indices prouvent cette permanence des prêtres et religieux grecs : en 1242 des constructions nouvelles sont faites dans le couvent tôn Kleistôn près d’Athènes, cf. Longnon, Empire latin, p. 207 ; une église est construite en 1245 près de Kranidion, mais elle est peut-être l’œuvre d’un Grec ayant opté pour l’Église romaine, v. infra, p. 115. (6) L. de la conq., § 128 ; — Chron . gr., vv. 1912-1961 ; — Cron. di Morea, p. 428 : — L. de los fech., §§ 117-133.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 103 Geoffroy II, tandis que celles du Libro de los fechos , légèrement différentes, sont postérieures puisque ce récit mentionne au moins une baronnie, celle d'Arkadia, qui n'a pu être constituée qu'après la prise de Constantinople par Michel Paléologue : l'auteur de la version aragonaise s'est donc servi d'un état du « registre des fiefs » mis à jour après 1260, mais il énumère encore les baronnies dont la disparition dut suivre de peu les pertes territoriales que la principauté subit, on le verra, en 1262. Même si nos sources étaient beaucoup plus riches qu'elles ne le sont, il serait difficile d’établir une liste définitive ; car la société féodale s'est sans cesse transformée. La conquête avait été entreprise par une centaine de chevaliers, accompagnés de quatre à cinq cents sergents à cheval au maximum. De ce groupe primitif, certains étaient repartis, comme Hugues de Champlitte lui-même. Ceux qui étaient restés avaient fait venir femme et enfants, tel Geoffroy de Villehardouin, ou des parents plus éloignés ; les familles s'étaient développées. D'autres éléments avaient été attirés de France ou d’Orient ; après 1261, d’autres encore viendront s'établir, fuyant Byzance reprise par les Grecs. Quelques archontes grecs furent aussi acceptés dans la hiérarchie féodale. Dans l’ensemble, pendant tout le xme siècle, le nombre des gentilshommes ne cesse de croître au début du xive, on l'estime à cinq ou six cents pour la Morée il) ; en 1258, le prince put réunir huit mille chevaux (2), dont moitié au moins devaient venir de la presqu’île. Cependant vers le milieu du siècle, pour une dizaine d'années règne une certaine stabilité. Les Francs ne font plus à cette époque figure de conquérants ; ils sont fortement installés dans le pays beaucoup d'entre eux y sont nés, ils sont donc adaptés à la terre où ils vivent. Ils l’ont organisée et leur établissement se manifeste par la construction de nombreuses forteresses soit dans des sites anciennement occupés soit dans des lieux nouveaux. Les premières doivent remonter aux premières années de la principauté ; elles ont dû se multiplier entre 1225 et 1246 et s'achever dans les années de paix entre 1250 et 1255. La Chronique de Morée en a gardé le souvenir et résume de façon un peu synthétique mais frappante cette adaptation au pays de la noblesse franque : « De puis le temps que le prince Guillerme de Villarduin ot gaaigné le chastel de Malevesie et fist fermer le chastel de Misitra (...), et quant la guerre failli dou pays de la Morée et de la princée d'Achaye (...), li baron dou pays et li autre gentilhomme si commencèrent a faire fortresses et habitacions, quy chastel, qui maisons sur sa terre, et changier leurs sournoms et prendre les noms des fortresses qu’ils faisoient. — Si estoit adonc .j. vaillans homs que on appelloit monseignor Goffroy de Bruieres qui sires estoit de l’Escorta, lequel fist fermer et faire le chatel de Carentaine (...) Et tout li autre prélat, baron, chevalier et autre gentil homme, si faisoient cescun sa fortresse selon son pooir, et menoit la meillor vie que nul pueust mener » (3). ; ; (1) Sanudo, Istoria di Romania , pp. 101, signale qu’à la cour de Geoffroy Ier se trouvaient toujours au moins 80 chevaliers à éperons d’or : Egli aveva continuamente nella Corte sua 80 Cavallieri a spiron d'oro a suo siipendio, oltre che li dava le cose necessarie, lalchè venivano Cavallieri di Franza , di Borgogna e supra tutio di Campagna , d'onde egli era nativo, in la Morea per seguirlo. Au temps du prince Guillaume, la cour était toujours suivie de 700 à 1.000 chevaux, ibid., p. 102. Cf. Du Cange, éd. Buchon, II, p. 377 ; — Longnon, L'empire latin , pp. 117, 203-204. (2) Sanudo, Istoria di Romania , p. 103 : con ben otto mila Cavalli, trà quali erano tre mila armigeri . Le L. de los fech., § 256, attribue au prince en 1259 une armée de huit mille hommes d’armes et douze mille fantassins. (3) L. de la conq ., §§ 218-219.
104 RECHERCHES HISTORIQUES Le prince disposait d’un très vaste domaine comprenant les plaines occidentales, la région de Corinthe, la vallée de l’Eurotas augmentée des conquêtes faites entre 1246 et 1250, et la Messénie. Les plaines de l’Élide, ou Morée, avaient, pour des conquérants occidentaux et pour une armée médiévale, le double avantage d’être la région la plus proche de l’Italie et de la France et d’être particulièrement favorables à l’entretien des chevaux, au déploiement de la cavalerie ; de plus la population s’était soumise facilement et restait parfaitement docile. C’était là qu’était la résidence officielle du prince et pour ainsi dire la capitale : Andravida ; près de là s’était développé un port très actif pour les relations avec l’Occident, Clarence. C’est près de là aussi qu’avait été construite en 1220-1223 la fameuse forteresse de Clermont ou Chlémoutsi. Le prince possédait dans la région d’autres forteresses, en particulier Beauvoir, que les Grecs appelaient Pontiko, et de nombreuses résidences secondaires. Clarence et Beauvoir sont les deux points les plus importants, et leurs capitaines se partagent l’administration de la Morée. Le prince s’était également réservé la région de Corinthe avec la puissante forteresse de l’Acrocorinthe et celle, plus modeste, de Vasilika, l’antique Sicyone (1). Il faut admettre que la plaine de la Laconie fit partie du domaine, ainsi que les régions récemment conquises de Tsaconie, de Vatika, du Taygète et du Magne ; cette province comprenait Monemvasie et le prince y avait fait construire les châteaux de Mistra, de Beaufort ou Leutron et du Grand-Magne. Le prince possédait enfin le fief accordé à la conquête à titre personnel à Geoffroy de Villehardouin, la Messénie avec les villes de Kalamata et d’Arkadia, toutes deux munies d’un château. Kalamata, grâce à son climat très doux et à sa campagne fertile, était une résidence fort agréable ; c’est là que la princesse Elisabeth avait mis au monde, vers 1211, Guillaume et que celui-ci devait venir mourir. Au milieu du siècle, il fit construire à l’ouest de la plaine le château d’Androusa, en même temps que celui de Leutron, s’il faut en croire la chronique aragonaise (2). Le prince disposait donc de vastes plaines fertiles et tenait des places fortes très importantes : Corinthe au nord, Clermont, Beauvoir et Arkadia à l’ouest, Mistra, Leutron ou Beaufort au sud, et peut-être déjà Androusa. Kalamata, bien que pourvue d’un château, ne peut compter parmi les forteresses de premier plan, Lacédémone encore moins, surtout depuis la construction de Mistra ; c’étaient surtout, comme Andravida, ville ouverte, de belles résidences, commodes pour le rassemblement d’une cour nombreuse. Les hauts feudataires qui entouraient le prince tenaient les baronnies dispersées dans le reste du pays. Les deux premières dans la liste sont situées dans les montagnes qui dominent la plaine de l’Élide. L’une, la plus septentrionale, comprenant vingt quatre fiefs, avait pour centre le château d’Akova ou Mategrifon et appartenait à la famille de Rosières, originaire du comté de Bourgogne. Nous ne connaissons qu’un seul nom de baron d’Akova depuis le début du siècle jusqu’en 1274, celui de Gautier de Rosières (3). C’est celui que donnent les listes des différentes versions (1) La construction en est signalée à cette époque par le (2) L. de los fech ., § 216. L. de los fech ., § 216. ' ', (3) Gautiers de Rosières, L. de la conq., § 128 ; — ou Chron. gr ., . 1912 (K et P) ; — Gualtier de Ruzieri, Cron. di Morea , p. 428 ; — Gautier de Rosières, L. de , — Mélétios, Géographie , los fech., § 117 ; Ps. Dorothée, Chronique , pp. 468-469 : . Sur l’origine comtoise de la famille, voir J. Longnon, JS, 1946, p. 87 ; le p. 370 A : nom de Rosières se trouve en plusieurs régions de France ; il s’agit sans doute ici du hameau du département du Jura situé un peu au nord d’Arbois.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 105 mort sans enfant avant la fin dû règne de n'avait pour héritière qu’une nièce, Marguerite de Passavant, baron de la Chronique, et celui du baron Guillaume II ; ce née du mariage de sa sœur avec Jean de Nully, baron de Passavant : retenue à Constan¬ tinople où elle avait été envoyée comme otage en 1261, elle ne put, à son retour, entrer en possession de son héritage malgré ses réclamations et malgré un procès célèbre (1). Le baron Gautier était encore vivant en 1272, car il amena lui-même un contingent à l’armée du prince cette année-là ; il dut mourir vers 1273. Il est évident qu’un seul personnage n’a pas pu tenir la baronnie de 1209 à 1273 : Hopf (2) a supposé qu’il y a eu deux barons de ce nom, qui se sont succédé, hypothèse plausible, puisque c’est le cas de la famille princière où Geoffroy II a succédé à son père Geoffroy Ier. Mais on peut tout aussi bien admettre qu’il y a eu un premier baron dont nous ne connaissons pas le nom de baptême, que celui-ci avait fait place vers 1228-1230, date de nos plus anciennes listes, à un second baron, Gautier, qui a pu rester à la tête de la baronnie jusque vers 1273. La seconde baronnie portait le nom de la région montagneuse, la Skorta, qui est de part et d’autre du cours moyen de l’Alphée la forteresse principale en était Karytaina. Elle était tenue par un seigneur champenois, originaire de Briel (3). En 1209 le traité de Sapientsa porte parmi les signatures des témoins celles de Renaud de Briel qui fut probablement le premier baron (4) ; puis vient son frère Hugues, sans doute bien connu et apprécié de Geoffroy de Villehardouin, car sa femme, Alix, devait être une fille de ce prince (5) ; il en eut un fils, qui est le fameux Geoffroy dit de Karytaina dont la Chronique de Morée raconte avec tant de détails et de complaisance les multiples et pittoresques aventures, figure curieuse, attachante, : (1) Sur cet épisode et sur le procès, v. infra , pp. 147-148. (2) Hopf, I, p. 176 B, et Chr. gr.-rom., p. 472 II, fait mourir Gautier II vers 1276, ce qui est certainement trop tard. (K) et (P) ; (3) La forme la plus fréquente du nom est Brières : Chron. gr., v. 1917 : — Cron. di Morea , p. 428 : Prières ; — L. de los fechos, § 118 : Jufre de Brieres ; — mais le L. de la conq., § 128, donne Bruières, et le texte du traité de Sapientsa, Tafel et Thomas, Urkunden, II, p. 98, Raynaldus de Briel ; — Ps. Dorothée, Chronique, p. 469, et Mélétios, Géographie, p. 370 A : ' , J. Longnon, JS, 1946, pp. 86-87, l’identifie avec Briel, nom du village du département de l’Aube, d’où la famille était originaire : les formes du nom dans les textes anciens sont très variées : Briei, Briel, Brielle, Brier, Briers, Briès, — en latin : Brisium, Briellum, Brierium. (4) Cf. supra , p. 70 ; « R. de Brier est également témoin de la donation de l’abbaye de Saint-Sauveur en-Messénie, à Saint-Loup-de-Troyes, le 3 septembre 1209, Lalore, Collection des principaux cartulaires du diocèse de Troyes, I, pp. 207-208, n° 156. (5) Ces indications trouvent une confirmation dans les documents conservés en France : en mars 1214, Gilon de Briel, déclare en son nom comme en celui de ses frères, Guillaume et Renaud, le premier déjà mort, le second sans doute absent, qu’il ne revendiquera pas le bois de l’Échange, près de Briel ; en novembre 1214, Hugues de Briel reconnaît n’avoir aucun droit sur ce bois, il n’y a pas de déclaration équivalente de Renaud : on peut en conclure qu’il était alors en Grèce, cf. Lalore, op. cil., VII, pp. 278-279, nos 276-277. En août 1222, l’évêque de Troyes notifie que Hugues de Briel a donné à l’abbaye de Larrivour le tiers et vendu les deux autres tiers de ce qu’il possédait à Bouy (situé à 9 km. de Villehardouin), avec l’approbation de sa femme, Alix, d’après les cartulaires de Larrivour, Bibl. Nat., Manuscrits, nouv. acq. lat. 1228, fol. 78 v-79 ; — Archives de VAuhe 4 H 28, Vallis secure, XIX. M. J. Longnon, qui a bien voulu nous signaler ces documents, considère comme vraisemblable que cette vente ait été faite pour subvenir aux frais du voyage : Hugues serait venu en Grèce vers 1222 après la mort de son frère Renaud : nous partageons entièrement son opinion. — Geoffroy, le fils de Hugues et d’Alix, est le neveu du prince, cf. L. de la conq ., § 328, d’où l’hypothèse qu’Alix est fille de Geoffroy Ier. »
106 RECHERCHES HISTORIQUES très représentative de la génération des seigneurs francs nés en Grèce comme son contemporain Guillaume de Villehardouin. Geoffroy de Karytaina épousa Isabelle de la Roche, fille de Guy, et sœur de Guillaume Ier de la Roche, seigneurs puis ducs d’Athènes ; il devait mourir en 1275 sans laisser d’héritier direct ; or, à la suite des infractions qu’il avait commises, en se révoltant contre le prince en 1256-1258, en quittant la principauté sans autorisation pendant plus de deux ans (1263-1265), il tenait sa baronnie non plus par droit de conquête, mais seulement comme de nouveau don : elle n’était donc transmissible qu’à ses héritiers directs. Par la suite, deux prétendants se présentèrent ; malgré leurs efforts, ils ne purent entrer en possession de la baronnie (1). Aux confins de la Skorta et de l’Achaïe devait se situer une baronnie plus petite, qui appartenait au milieu du xme siècle à Guibert de Cors, alors marié à Marguerite de Passavant et qui fut tué en 1258 à la bataille de Karydi ; il avait construit un château fort à Mitopoli (2). Le fait qu’elle n’est citée dans la liste des baronnies attribuée à 1209 que par la chronique aragonaise qui donne en réalité une liste bien postérieure à cette date, qu’elle est d’autre part composée de quatre fiefs dispersés selon la même source en divers lieux, invite à penser que Guibert de Cors n’appartenait pas à la génération de la conquête. Au nord du Péloponèse étaient situées les baronnies de Patras et de Vostitsa en bordure de la mer et, à l’intérieur, celles de Chalandritsa et de Kalavryta. A la tête de la première, fort importante avec ses vingt-quatre fiefs, les versions française, grecque et italienne de la Chronique placent Guillaume Aleman (3). Mais sur le traité de Sapientsa figure le nom d’Arnoul Aleman (4), qui a dû précéder Guillaume. La chronique aragonaise cite Gautier Aleman ; elle rapporte d’autre part qu’il eut pour fils Conrad qui lui aurait succédé sous le règne de Geoffroy II et aurait construit Chalandritsa ; Conrad laissa un fils du nom de Guillaume, dont la fille, Marie, mariée à Jacques de Véligosti, donna le jour à Renaud de Véligosti qui fut tué en 1311 à la bataille de Copaïs. Après le mariage de Marie, Guillaume engagea sa seigneurie à l’archevêque de Patras et la série des barons prend fin (5). On obtient (1) V. infra , p. 148. (2) Le L. de los fech., § 123, cite « Chiper de Cors » dans la liste attribuée à 1209, avec quatre fiefs et le château de Mitopoli ; — le L. de la conq., § 233, parle de « Guisber de Cors », la Chron. gr., vv. 3270-3272, , de à propos de la bataille de Karydi où il fut tué. Le château de Mitopoli (et non Mitropolis, comme le transcrit Morel-Fatio) se trouve au sud de Chalandritsa, cf. infra, p. 462 ; la situation générale de la baronnie est confirmée par le fait qu’une partie des terres fut vendue par un héritier de Guibert, Payen de Stenay, en 1280, au baron de Chalandritsa, cf. infra , pp. 161-162. , — Cron. (3) L. de la conq., § 128 : Guill(er)me le Alemant ; — Chron. gr., v. 1925 : di Morea, p. 428 : Guglielmo Alemanno, — L. de los fech., § 117 : Gaiter el Alemany ; Miller, The Latins, p. 51, a admis, après Hopf, I, p. 235 A, que la famille était d’origine provençale ; il y a en effet des Aleman en Provence au Moyen Age. Mais ce n’est qu’une hypothèse à laquelle s’oppose celle d’E. Gerland, Neue Quellen, p. 14, qui suppose Guillaume originaire d’Allemagne à cause de son surnom, et parce qu’un de ses successeurs partit pour l’Allemagne, après avoir vendu la baronnie, cette seconde hypothèse est bien fragile, à notre avis. Cf. L. de los fech., § 397 : il est également plausible que ce baron allant en Allemagne retournait effectivement dans le pays d’origine de sa famille ou que le chroniqueur a dit qu’il s’en allait en Allemagne à cause de son nom ! (4) Tafel et Thomas, Urkunden, II, p. 98 : Arnulfus Alemanus. (5) L. de los fech., §§ 191, 397-398. Cf. E. Gerland, op. cit., pp. 14-16; — Hopf, I, p. 276 et Chr. gr.-rom. p. 472, ignore ces données. La chronique aragonaise raconte des faits après le procès de Marguerite de Passavant et l’avènement de Charles Ier d’Anjou : la date est donc probablement proche de 1276.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 107 ainsi pour moins d'un siècle une série de cinq noms Arnoul, Guillaume, Gautier, Conrad, Guillaume II, dont le petit-fils serait mort en 1311, à la différence d'autres familles représentées par un ou deux noms seulement. Nous n'avons pas le moyen de vérifier les renseignements donnés par la chronique aragonaise ; on peut seulement constater une erreur ou confusion, c’est l'attribution de Chalandritsa à Conrad, alors qu'elle cite ailleurs comme fondateur du château de ce nom Geoffroy de Durnay (1) et que, en fait, Chalandritsa appartenait aux Dramelay ; ces incertitudes soulèvent quelques doutes sur l'exactitude de l'information du chroniqueur arago nais (2). On retrouve des Aleman à Corfou en 1266 et 1269, ce sont Thomas et son frère Garnier, qui eut un fils, Aymon (3) plus tard encore apparaît un Georges Aleman en 1344 (4). Il est impossible d’établir des liens de parenté entre tous ces personnages. Ce qui est sûr, c'est que, bien que nombreuse, la famille des barons de Patras disparaît : ; de Morée à la fin du xme siècle. On constate dans les textes, en particulier dans la chronique aragonaise, de l’incertitude ou de la confusion au sujet des baronnies de Chalandritsa et de Kalavryta. La première appartenait à la famille de Trimolay, Tremolay ou Tremoula qu'il faut rapprocher non de la Trémouille comme l’ont fait Buchon et tous les historiens après lui, mais des formes anciennes du nom du village comtois actuel de Dramelay (5). Un acte de 1209, du prince Geoffroy Ier de Villehardouin cite G. de Dramelay ; seules les versions grecque et italienne de la Chronique mentionnent les quatre fiefs attribués à Robert de Dramelay sur lesquels il bâtit le château de Chalandritsa. Le Libro de los fechos raconte que, peu avant 1259, un chevalier de Bourgogne du nom de Dra¬ melay serait arrivé en Morée et que le prince Guillaume aurait alors acheté Chalan¬ dritsa, château construit par Conrad Aleman de Patras, Arrula et d’autres terres afin d'en constituer une baronnie de huit fiefs pour Guy (6). C’est ce personnage qui prit part à la bataille de Makryplagi, et plus tard devint bail de la principauté, en 1282 (7). On admettrait volontiers que les barons G(uy Ier?), Robert et Guy (II) se sont succédé normalement entre 1209 et 1259, si la version aragonaise n'apportait (1) L. de los fech., § 121. (2) Un autre personnage a porté un nom analogue : c’est P. de Altomagno , envoyé du prince Geoffroy Ier auprès du pape Honorius III en 1223, PL, CCXVI, col. 968. E. Gerland, op. cil., p. 15, l’identifie avec Petrus de Aliomanno, envoyé par l’empereur Jean de Brienne à Venise en 1231, Tafel et Thomas, Urkunden, II, pp. 281 et suiv. famille ; cf. Hopf, I, pp. 270, 276. La présence de la particule semble indiquer cependant qu’il s’agit d’une différente. (3) Buchon, Nouv. rech ., II, p. 309, n° 7 — G. Del Giudice, Codice diplomatico del regno di Carlo I II d'Angiô, pp. 298-299. Cf. Hopf, I, pp. 298 B, 301 B — Zakythènos, Despotat grec , I, p. 48 ; — ; e ; Longnon, L'empire latin, p. 235. (4) Cité dans le Mémoire sur les droits de Jacques de Majorque, Du Cange, éd. Buchon, II, pp. 375 et suiv., n° 49. , — Cron, di Morea, p. 429 : Tremiglia ; — Le L. de los (5) Chron. gr., vv. 1949-1959 : fech. ne le cite que plus tard, § 254 : Tremoley, comme le L. de la conq ., § 555 : Trimolay ; — Ps. Dorothée, . — Le rapprochement avec Chronique , p. 469, et Mélétios, Géographie, p. 370 a : . Dramelay dans le département du Jura, dont les noms anciens sont Trimolay, Trémelay et Tramelay a été fait par J. Longnon, JS, 1946, p. 86 ; le nom est cité sous les formes Trimolei, Tramulay par un acte de Geoffroy Ier en 1209 et par les archives angevines, cf. C. Minieri-Riccio, Saggio di codice diplomatico, pp. 204-205 ; — Il regno di Carlo I °, V, p. 361. (6) L. de los fech., § 254. (7) L. de la conq., § 555 ; — Chron. gr., vv. 8102-8103 ; — L. de los fech., § 427.
108 RECHERCHES HISTORIQUES sur rinstallation du dernier une tradition différente et inconciliable. Le témoignage de cette chronique, qu'on peut souvent considérer comme solide, apparaît ici comme moins sûr, car elle attribue la construction du château de Chalandritsa une fois à Conrad Aleman, une autre fois à Geoffroy de Durnay. Doit-on supposer que le prince aurait accordé, en 1259, au baron de Chalandritsa des terres qui ont augmenté son domaine de quatre à huit fiefs de chevalerie, ce qui expliquerait que ce personnage ait joué par la suite un rôle assez important pour devenir bail ? On a vu que la baronnie s'agrandit en 1280 de terres achetées à un descendant de Guibert de Cors (1). A l’est de Chalandritsa, Othon de Durnay (2) tenait douze fiefs constituant la baronnie dont Kalavryta était le centre. Le Libro de los fechos mentionne Geoffroy de Durnay qui devait donc avoir remplacé Othon après le milieu du siècle ; il situe la baronnie dans la région du dongo de la Cloquina , ce qui peut être accepté (3), et ajoute que Geoffroy fit élever le château de Chalandritsa, ce qui est une confusion mani¬ feste (4). La mère de Geoffroy se remaria peu après 1260 avec Anselin de Toucy, réfugié de Constantinople (5). Sur la côte entre Patras et Corinthe se situe la baronnie de Vostitsa, dont les seigneurs jouèrent un rôle important à la fin du siècle, mais l'identification de la famille reste difficile (6). La chronique grecque cite comme baron Hugues , détenteur de huit fiefs, et ajoute qu’il prit le nom de Tserpini, sans en donner la raison ; Hugues se place entre Othon de Durnay, baron de Kalavryta, et Luc, baron de Gritséna, puis vient Jean de Nulli. Le Livre de la conquête mentionne seulement «messire Ougues de..., la baronnie de la Grite ou tout iiij fiez » entre Othon de Durnay et Jean de Nully : il faut évidemment supposer qu'une lacune a fait disparaître au moins (1) Cf. supra , p. 106, n. 2. (2) L. de la conq., § 128 : Othes de Tournay, cf. Goffroy de Thornay; — Chron. gr., v. 1939 : ’ (H), , — Cron . di Morea, p. 428 : Olio de Gurna. Le nom (P), cf. v. 1323, devient Tornay dans le L. de los fech., § 121, Dornay dans les Assises de Romanie, § 43, éd. Recoura, p. 191. Durnay ou Dornay, dans les archives angevines. Pour J. Longnon, JS, 1946, p. 87 et n. 1, c’est un nom cham¬ penois, soit celui du village de Tournay, dans la Marne, soit plus probablement de Durnay, dans l’Aube, près de Briel, à cause des formes données par les archives angevines. (3) V. infra, p. 467. (4) Il est curieux de constater que, tout au contraire, aujourd’hui le nom de Trémola est resté attaché aux ruines du château de Kalavryta. (5) Et non son frère Philippe, bail de Constantinople, comme le dit Hopf, I, p. 277 A, et Chron. gr.-rom., p. 472-ix, en interprétant mal, à notre avis, le texte de la Chronique : « messire de Toucy, frère de monseignor Philippe le baill de Constantinople, liquelx prist a femme la mere de messire Goffroy de Tornay, le seigneur de la Grite », L. de la conq., § 87 ; — Chron. gr., vv. 1321-1324. (6) Voici un tableau comparatif des indications des différentes versions de la Chronique de Morée, destiné à suivre plus aisément notre discussion Chron . gr. (les formes entre parenthèses sont celles du ms. P) vv. 1939-1940. ’ Kalavryta, L. de la conq. § , Cron. 128. P. Otthe 12 fiefs. : baronnie vrate, de Tournay, de la 4 fiefs. Colo di Morea 428. Otto de Gurna, Cala brita. L. de los fech. § 121. Jufre de Tornay, 12 fiefs dans la région du dongo de la Cloquina ; il construisit de Calandrica. le château
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 109 d'origine de Hugues et probablement celui du baron de Gritséna, dont l'équi¬ valent en français est la Grite (1). Cette lacune est regrettable car il nous manque la forme française du nom dont la transcription grecque (Lels dans la version italienne) est difficile à expliquer : on admet en général que c'est l'équivalent de Lille. Cela nous paraît impossible : ce nom ne réapparaît nulle part ni dans la chronique ni dans aucun autre texte il serait surprenant que les barons de Vostitsa, personnages importants, n'aient jamais été désignés par leur nom d’origine français qu'en cette le nom ; unique circonstance, à la différence des Rosières, des Briel et de tant d'autres. Le texte de la chronique aragonaise suggère une explication que nous proposons sans en dissimuler le caractère hypothétique elle rapporte que Guy (c'est, selon elle, seulement son fils Hugues qui aurait fait construire le château de Vostitsa, — qui en réalité devait exister bien avant 1205) reçut douze fiefs dans les régions maritimes de Corinthe et de Lacédémone, dans ces dernières il fit construire un château, Lello : ce nom ne serait-il pas une interprétation de la région appelée Hélos, située sur les côtes du golfe de Laconie, où le baron de Vostitsa aurait eu également des terres ? L’auteur de la chronique grecque aurait pris ce mot pour le nom de terre du baron sans recon¬ naître le mot Hélos Un autre problème est celui du nom de Cherpini — (), — que prit Hugues ; la chronique grecque n'explique pas pourquoi ; d’après le Libro de los fechos , ce serait le nom d'un village où Hugues était né : tout : ! Chron. gr. (les formes entre parenthèse sont celles du ms. P) vv. Cron. L. de la conq. L. de los fech. di morea , titsa, 119-120. §§ 1941-1943. Vos¬ 8 fiefs, change de Ougues. Ugon de Voltizza loco e Coranto nom et fut appelé () Lels, tra Gui, la Patras a marina. 12 fiefs dans les régions maritimes Lacédémone the, il château, régions de et de Corin¬ construit un dans les maritimes de Lello, Lacédémone. Son fils Hugo prit le nom Cherpini du village il était né château vv. , la de § 1944-1945. 4 région fiefs dans Lakkoi, 4 fiefs, la Grite. Laco Gritséna. 1946. § ( ) Jean, le maréchal de Nulli, baronnie de Pas¬ savant, 4 fiefs. Zuan detto Menoili, Parsuna. fit chevalier, baron¬ il loco et de la Escorta. 118. Johan, baronnie 12 fiefs, dans les régions maritimes de Lacédé¬ mone, construit teau de , p. 146. le ch⬠Passavant en prend le nom. (1) V. infra le Vostitsa. nie de la Gresena, 4 fiefs en las partidas de Cala Griso. mata v. et la 126. Un Luca de Serpi, il loco detto des de de où et
no RECHERCHES HISTORIQUES le monde a accepté l'hypothèse que ce serait Kerpinè, à peu de distance au nord de Kalavryta. Mais ce village ne garde aucun souvenir de cette époque, il n'est jamais cité comme lieu de résidence des barons de Yostitsa et ne joue aucun rôle ; de plus la Chronique grecque le cite sous des formes manifestement inexactes alors qu'on s'attendrait, s'il s’agissait bien d’un toponyme de la région, à y trouver une forme grecque correcte, comme on y trouve Karytaina ou Akova ; par contre l’équivalent français, cité à l'occasion d’événements plus récents, Charpigny ou Cherpeigny, a une allure parfaitement française, et le Livre de la conquête n’explique jamais, comme il le fait pour le sire de Karytaina, que le baron de Vostitsa ait pris son nom de Charpigny d’un château ou d’un village grec. Bien que le passage de Kerpinè à Char¬ pigny ne soit pas impossible (1), il nous paraît plus vraisemblable que le nom de Charpigny soit la forme originale, celui que portait venant de France la famille des barons (2), et qu’il n’ait été rapproché de celui du village grec qu’ultérieurement. On voit toute l’obscurité qui entoure l’origine de cette famille. Elle est représentée en Morée au xme siècle successivement par Guy, cité seulement par la chronique aragonaise, Hugues, qui aurait pris le nom de Charpigny-Kerpini, puis Guy à nouveau, qui fut bail de Morée en 1289, et son fils Hugues. A l’est de Corinthe, l’Argolide avait été donnée en fief à Othon de la Roche, seigneur d’Athènes. Celui-ci, rentré en France après 1229, avait laissé ses terres à Guy Ier, fils aîné de son frère Pons ; Guy, venu en Grèce dès 1208, était seigneur de la moitié de Thèbes depuis 1211 il devait mourir en 1263 ; mais il avait proba¬ blement concédé de son vivant à son plus jeune frère Guillaume, la région de Damala : les listes des versions grecque et française de la chronique omettent cette seigneurie qui n’existait pas vers 1228-1230, mais elle est citée par le Libro de los fechos où manque cependant le nom du titulaire (3). On suppose que c’est par un mariage avec une dame de la famille des barons de Véligosti, que Guillaume de la Roche réunit Damala et Véligosti qui ne forment plus qu’une baronnie au plus tard en 1256 ; la même liste de la chronique aragonaise connaît Jacques de la Roche comme seigneur de Véligosti (4). Dans le centre de la Morée, deux baronnies avaient été constituées, celles de Véligosti et de Nikli. D’après les versions française, grecque et italienne, celle de Véligosti était tenue par Mathieu de Mons (5) il avait été précédé par Hugues de Mons, qui fut témoin au traité de Sapientsa de 1209 (6). L’existence de ce dernier rend inutile l’hypothèse de Hopf qu’il y aurait eu deux Mathieu de Mons entre 1209 et 1260 : Hugues a pu être baron de 1209 jusque peu avant 1230, et Mathieu les ; : (1) Il faudrait supposer un intermédiaire italien Kerpini-Cerpini-Tserpini, ce qui n’est pas impossible, cf. L. Longnon, L. de la conq ., Introduction , pp. lxxx-lxxxiii ; mais dans la version italienne, le nom apparaît sous la forme Serpi, accolé par erreur à Luc seigneur de la Grite. (2) Une objection à cette hypothèse, c’est que Charpigny n’est pas attesté comme toponyme en France et ne peut donc être un nom d’origine d’un seigneur ; seul existe un Le Charpinay en Savoie. Mais c’est un nom de famille (3) de lierras existant L. actuellement. de los fech,, et de villanos, (4) L. de los fech ., ) § en § 125 : Et baronia, gentil cauallero fue dado , en las partidas de Corento.. vj. cauallerias un castiello qui se clama Eldamala. a un oiro et flzo 127. (5) L. de la conq., § 128 : Mathieu de Mons ; — Chron. gr., vv. 1929-1930, ; — Cron, di Morea , p. 428 : Majo de Muzzi. (6) Cf. Tafel et Thomas, Urkunden, II, p. 98 : Ugo de Montibus. (P, Matou
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 111 trente années suivantes. Mais Hopf a émis une autre hypothèse, c’est que les barons dits de Mons appartiendraient à la famille de Yalaincourt (1) qu’il vaudrait mieux écrire d’ailleurs Walincourt, du village du Nord d’où ils seraient originaires : Hopf n’a pas donné ses raisons on peut supposer qu’il a fait ce rapprochement parce que la famille de Walincourt est représentée à la 4e croisade — un Mathieu de Walin¬ court fut tué à la bataille d’Andrinople (2) — et parce que le nom qui correspond dans les langues romanes au grec Véligosti, Véligourt en français par exemple, semble avoir plus de similitude avec Yalaincourt qu’avec Véligosti. Un détail de Nicéphore Grégoras donne à cette hypothèse une certaine consistance : Michel Paléologue maria Théodora, une des filles de Théodore II Laskaris, avec un certain noble latin nommé de Vélicourt, venu du Péloponèse en mission auprès de l’empereur (3). L’hypothèse est séduisante ; mais l’argument n’est pas décisif, car les auteurs byzan¬ tins ont pu dire Vélicourt non pour Walincourt, mais pour Véligosti, nom que, en : , bons lettrés, ils ignoraient sans doute comme celui de Morée, et qu’ils n’ont connu que sous la forme que lui avaient donnée les Latins. Il faudrait supposer un hasard étrange pour que précisément la famille des Walincourt, dont aucun texte au reste ne mentionne sûrement la présence dans le Péloponèse, ait été établie à Véligosti, et que leur nom se soit substitué si complètement au nom grec que les La Roche qui leur succédèrent prirent leur nom En tout cas il n’est plus question en Morée de Mathieu de Mons, baron de Véligosti, après la date où Théodora épousa ce Seigneur de Vélicourt ; et la chronique aragonaise nomme comme baron Jacques de la Roche qui aurait fait le château de Viligort dans «les régions des Esclavons et de la Skorta » : il s’agit du fils de Guillaume, le premier La Roche cité comme baron de Véligosti en 1256 (4). Une question reste obscure, c’est celle du passage de la baronnie des Mons aux La Roche : Hopf suppose un mariage de Guillaume avec une sœur de Mathieu, lequel lui aurait cédé ses terres (5). Nous savons peu de chose sur la baronnie de Nikli. La chronique grecque, suivie par la version italienne, l’attribue à un seigneur du nom de Guillaume ; dans le Livre de la conquête , le nom du titulaire manque et la version aragonaise n’en dit rien (6). ! (1) Hopf, I, pp. 237b, 277a ; — Chr. gr.-rom., p. 472 iv. Fr. Cerone, La socranità napoleiana , I, p. 268, transforme le nom en d’Alaincourt », sans le justifier et probablement par une simple erreur. (2) Il est souvent cité par Villehardouin, §§ 8, 148, 169, etc. , tlvI, (3) Nicéphore Grégoras, IV, 4, CSH B, I, p. 96 : ... * ... ; Le fait est confirmé par une allusion de G. Pachymère, Mich. Paléol., III, 6, CSHB, I, p. 180 : « ... ». Du Gange, Histoire de V empire de Constantinople , éd. Buchon, I, pp. 382-383, a identifié ce noble avec Mathieu de Walin¬ court, fils de Thierry et petit-fils du Mathieu qui fut tué à Andrinople. Hopf adopte Pidentification de Veli courtos avec Walincourt ; mais à cause de la mention du Péloponèse et de l’alternance des formes Véligosti Vélicourt, il suppose que les barons de Véligosti étaient « ohne Frage » des Mons de Walincourt. Signalons que Hopf nomme la princesse qui épousa ce Mathieu : Eudocie. (4) Cf. les actes de 1256 publiés par Tafel et Thomas, Urkunden, III, pp. 6, 10, 11, nos 331 et 332, où dominus Guillielmus de Rochaf dominus Villegordus, est témoin ; — Sanudo, Istoria di Romania , p. 104 : Miser Guglielmo de Villegorde ; — L. de los fech ., § 127 : ... micer Jacomo de la Rocia... e fizo un castiello, el quel se clamaua Viligort , et por aquel era clamado el senyor Jacomo de Viligort. (5) Hopf, I, pp. 277A, 296A-B, et Chron. gr.-rom ., p. 473-n, 1. Guglielmo ; — L. de la conq., § 6. Ces (6) Chron. gr., v. 1933 : ; — Cron, di Morea, p. 428 : trois versions sont d’accord sur le chiffre de six fiefs pour cette baronnie. « 9
112 RECHERCHES HISTORIQUES Ce nom resterait isolé si les Registres angevins ne nous avaient pas fait connaître le nom d’origine des barons de Nikli : Morlay (1), et la descendance de Guillaume : d’après deux actes, vers 1280, l’héritier de la baronnie était Androuin de Villa, beau-frère de Hugues de Morlay, dont il avait épousé la sœur Sachette, fille de Guillaume (2). La descendance de cette famille n’est pas connue; il est probable que la baronnie a dû être perdue bientôt après 1280. Reste la question de savoir s’il faut supposer comme l’a fait Hopf (3) que le père de Sachette et de Hugues, Guillaume de Morlay, est le fils de Guillaume cité comme baron par la chronique grecque. Si l’on se rappelle que la liste peut être datée des environs de 1228-1230, l’hypothèse ne paraît pas indispensable : le même personnage peut avoir été baron vers 1228, et son fils disparaître avant 1280 pour laisser la baronnie à sa sœur ; on peut tout au plus être tenté de supposer l’existence d’un premier baron antérieur à Guillaume. La chronique grecque attribue la baronnie de Gritséna, qui comptait quatre fiefs dans la région des Lakkoi, à Luc, dont nous ne savons rien de plus. Le Libro de los fechos mentionne bien une baronnie de la Gresena, mais sans en nommer le seigneur. Nous aurons à revenir sur l’identification de cette baronnie ; mais la famille qui la reçut reste inconnue (4). Quant au Livre de la Conquête il faut admettre qu’une lacune a fait disparaître le nom du baron ; il ne reste que la mention « la baronnie de la Grite avec quatre fiefs » (5). Aux confins des régions restées longtemps indépendantes, en Tsaconie, une baronnie avec six fiefs de chevalerie était attribuée à Guy de Nivelet qui construisit le château de Géraki (6). La chronique aragonaise mentionne comme baron Jean de , (1) Nous nous demandons s’il ne conviendrait pas d’adopter l’orthographe Morley, nom d’un village de la Meuse, à peu de distance de Joinville et de Passavant dont nous parlons plus bas. (2) Des deux actes cités et utilisés par Hopf, I, p. 318 B, l’un a été publié par Buchon, Nouv. rech ., II, pp. 343-344, et se rapporte au voyage d’ Androuin : ... Androynum de Villa , cum uxore et familia sua ad portus Achaye accèdent em...; l’autre Reg. Ang., n° 30 (1278. B), fol. 227 v, était sur un feuillet disparu déjà longtemps avant la destruction des archives angevines, cf. Durrieu, Les archives angevines de Naples, I, p. 295. On ne peut donc plus contrôler le renseignement donné par Hopf. Pourquoi a-t-il remplacé de Villa, que Buchon, Nouv. Rech., I, p. 237, transcrivait simplement «de Ville par «de Villiers », nous l’ignorons ; en l’absence de toute autre indication, on pourrait penser que cet Androuin serait originaire du château de La Villa, dans le département de la Haute-Marne, à une centaine de kilomètres au sud de Morley. (3) Hopf, Chr. gr.-rom., p. 472-vii. (4) Chron. gr., v. 1944 : ; la Cron. di Morea, p. 428, cite Luca de Serpi qui reçut un lieu dit Laco Grisco; le nom de Serpi n’est que la transcription de Tserpini qui est le surnom de Hugues, baron de Vostitsa qui précède Luc dans la liste et Laco Grisco est un équivalent des deux mots grecs ... que l’auteur italien n’a pas compris. — L. de los fech., § 126 : quatre fiefs furent donnés à un chevalier et fue nombrada la caualleria de la Gresena, cf. tableau p. 109, note. (5) L. de la conq., § 128 : la Grite serait l’équivalent de Gritséna, et si dans les paragraphes 87 et 742, la Grite correspond à Kalavryta du texte grec, c’est probablement que les barons de Kalavryta ont dû devenir barons de Gritséna, cf. infra , p. 146. (P : ), Cron, di Morea , p. 425 : Giva de Muilet ; — L. de (6) Chron. gr., v. 1935 : la conq., § 128, Gui de Nivelet. Ge dernier texte cite « ceaux de Nivele » parmi les gentilshommes venus se Axer en Morée après 1260, mais il est le seul à le faire. On ne retrouve pas ce nom dans la liste de la Chron. gr., vv. 1321-1330 ; il faut supposer ou qu’il y a eu une erreur dans la version française, ou qu’il s’agit d’une autre famille. Le Nivelet est un hameau du département du Jura, situé près du Doubs à quelque distance en amont de Dole, un peu à l’ouest de celui de Rosières ; sur l’identification de la famille des barons de Géraki v infra » p. 510, n. 2, 595, n. 1.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 113 Nivelet, que les versions française et grecque connaissent aussi vers le milieu du siècle (1). La généalogie s’établit donc très simplement : vers 1228-1230 Guy de Nivelet, après 1250, Jean, peut-être son fils, qui est probablement encore vivant vers 1270 (2). La baronnie dut tomber assez tôt aux mains des Grecs et des compen¬ sations furent données aux Nivelet, sans doute en divers lieux mais surtout en Messénie. Les terres qui bordent à l’ouest le golfe de Laconie constituaient une baronnie où fut construit le château de Passavant ; elle appartenait à Jean de Nully d’après les diverses versions de la Chronique, le Libro de los fechos se bornant à nommer «Jean, un chevalier de Bourgogne » (3). Qui était ce Jean de Nully? On a supposé que ce pouvait être le même personnage que le fils de Vilain de Nully, originaire de Nully en Haute-Marne, c’est-à-dire en Champagne, dont la famille était très liée avec Geoffroy de Villehardouin : « Jean de Nully ne s’était croisé qu’en 1218, en 1219 il était au siège de Damiette, et n’aurait pu venir en Morée que l’année suivante. Aussi bien cette région n’a pas dû être occupée par les Francs avant cette date » (4). Comme pour les autres baronnies où nous ne connaissons que le nom d’un titulaire, Hopf a cru nécessaire de supposer qu’il y avait eu deux personnages du même nom, Jean Ier et Jean II (5). Les Nully portaient le titre héréditaire de maréchal de Morée. Jean de Nully épousa une sœur du seigneur de Rosières qui tenait la baronnie d’Akova ; de ce mariage naquit, certainement vers 1240 au plus tard (6), Marguerite qui épousa en premières noces Guibert de Cors, mais qui fut dépossédée de l’héritage de son oncle, perte d’autant plus sensible qu’au moment où elle dut renoncer à la baronnie d’Akova, celle de Passavant devait déjà être aux mains des Grecs. Aux onze baronnies (7) énumérées par les chroniques grecque et italienne, Akova, Karytaina, Patras, Véligosti, Nikli, Géraki, Kalavryta, Vostitsa, Gritséna, Passavant et Chalandritsa, et dont la version française omet deux Vostitsa et Chalandritsa, : (1) L. de los fech ., § 122 : Johan de Nivelet ; mais ce texte attribue à Jean une baronnie de six fiefs « en divers lieux » et la construction d’un château « el quai se clama Fanar ». Sur Jean de Nivelet, cf. L. de la conq., §§ 219, 469 ; — Chron. gr., vv. 3165-3167, 6713 ; — cf. Ps. Dorothée, Chronique , p. 469 : ; — Mélétios, Géographie , p. 370b : . (2) Hopf, I, p. 277 A, et Chr. gr.-rom., p. 472-vi, indique la date de 1268 comme terme de son existence, et nomme après lui « Jean II » de Nivelet qui mourut en 1316 (et non avant 1316 comme le dit Hopf) exécuté comme traître ; sa mort n’est donc pas l’effet de l’âge, et il est dès lors difficile d’admettre qu’il ait succédé à Jean Ier » avant 1270. Sur le rôle de Nivelet en 1316, v. infra, pp. 192-193. (3) L. de la conq., § 128 : Jehan le marescal de Nulli, — Chron. gr., v. 1946 : ; — Cron. di Morea, p. 428 : Zuan Menoili ; — L. de los fech., § 126 : Iohan, un cauallero de Burgunya. (4) J. Longnon, JS, 1946, p. 86. (5) Hopf, I, p. 267 A, et Chron. gr.-rom., p. 472-vn. (6) Hopf date le mariage de « Jean II de Nully de 1250 ; or sa fille Marguerite perdit son premier mari, Guibert de Cors, à la bataille de Karydi en 1258 ; il faut supposer qu’elle avait à ce moment plus de 7 ans Il nous paraît normal de situer le mariage de son père au moins dix ans plus tôt, sinon davantage, et, dans ce cas, il n’est pas impossible que ce soit un seul et même personnage qui ait été baron en 1228-1230 et le « » 1 père de Marguerite. (7) Ce chiffre de onze peut surprendre, celui de douze étant toujours considéré comme classique : on peut, il est vrai, l’augmenter facilement d’une unité, si l’on y ajoute le fief personnel des Villehardouin, Kala mata, ou la seigneurie d’Argos et de Nauplie qui appartenait aux seigneurs de la Roche. Le fait d’ailleurs que ces baronnies n’ont pas pu être créées en même temps exclut l’idée que le chiffre de douze soit autre chose qu’une tradition qui n’a qu’un rapport approximatif avec la réalité historique.
114 RECHERCHES HISTORIQUES Libro de los fechos ajoute les noms de Guibert de Cors et des seigneurs de Damala, dont nous avons déjà parlé, et de Geoffroy d’Aulnay et de Geoffroy Chauderon, qui n’apparaissent en réalité comme présents en Morée qu’après 1261 (1). Les seigneurs les plus importants avec les barons étaient les prélats et les ordres religieux militaires. Suivant le tableau que nous avons établi, vers 1222-1223, la hiérarchie ecclésiastique comptait les archevêques de Patras et de Corinthe, pourvus le chacun de huit fiefs de chevalerie, et leurs suffragants, pour le premier, les évêques d’Oléna-Andravida, de Modon et de Coron, pour le second, les évêques d’Argos et de Lacédémone, chacun disposant de quatre fiefs. Les chevaliers de Saint-Jean-de l’Hôpital, les Templiers et les Chevaliers Teutoniques avaient également reçus respec¬ tivement quatre fiefs (2). Les grands feudataires : barons, seigneurs d’Athènes pour Argos et Nauplie, prélats, ordres militaires, devaient grouper environ deux cents « fiefs de chevalerie ». Les vastes et riches régions qui constituaient le domaine du prince devaient elles aussi comporter des « fiefs de chevalerie » dépendant directement du prince, en nombre probablement à peu près égal. Jusque vers 1259, le nombre des feudataires n’a fait qu’augmenter. Aucune des grandes familles ne semble encore éteinte au milieu du siècle, sauf peut-être celle de Luc, baron de Gritséna. Et si certains chevaliers sont morts sans descendance ou ont quitté le pays, d’autres assez nombreux sont venus soit des États latins d’Orient, soit de France, en particulier de Champagne et de Bourgogne comme les conquérants. Peut-on connaître quelques-uns des chevaliers de la principauté ? Les documents et les chroniques en citent un certain nombre (3) mais ils ne sont pas très nombreux et la plupart restent pour nous de simples noms. Nous avons cité avant 1210 les Lagny originaires de Champagne et établis en Messénie ; en 1216, leurs terres sont entre les mains de Roes de Lagny, dont les descendants vécurent dans le pays jusqu’au xive siècle (4). Deux personnages sont mentionnés à propos d’événements plus récents Pierre de Vaux « le Vieillard », un des rares seigneurs participant au parlement de Nikli en 1261, et Jean de Katavas ou Carevas, vassal de Geoffroy de Karytaina, qui joua un rôle dans la guerre contre les Grecs en 1263 (5) ; tous deux semblent être alors établis en Grèce depuis longtemps. La chronique aragonaise énumère après les barons et les prélats les noms de plusieurs familles qui, omises par les autres versions, sont peut-être arrivées en Morée après le premier quart du siècle aquellos de la Monlea ..., aquellos de Vidoni ..., aquellos de Lini ..., aquellos de Fucharolles (6) : deux de ces familles ont fait souche, ce sont les Vidoigne et les Fouche : : (1) Sur ces personnages et leurs familles, v. infra, pp. 127-128, 149. (2) Sur la hiérarchie ecclésiastique et sur les ordres militaires, v. supra, pp. 97-102. (3) Henri de Valenciennes, § 669, éd. J. Longnon, p. 109 et n. 3, cite parmi les compagnons de Geoffroy de Villehardouin et d’Othon de la Roche en 1209 au congrès de Ravenique Gautier des Tombes ou plutôt d’Estombes, d’origine flamande. Mais on ne peut affirmer qu’il ait été établi en Morée. (4) V. infra, p. 238. . Un personnage de (5) Sur Pierre de Vaux, L. de la conq., § 323, — Chron. gr., v. 4405 : nom est mentionné aussi à la fin du xme siècle. Pour le second personnage appelé Jean de Carevas par le L. de la conq., § 399, — par la Chron. gr., vv. 4690, 4713, etc., — Johan de Cathaua ou Cataua par le L. de los fech., §§ 332, 348, etc., on ne voit pas quelle est l’origine de ce nom. (6) L. de los fech., §§ 132-133. Sur l’époque où elles ont pu s’établir en Grèce, v. plus bas, pp. 129. ce
LA PRINCIPAUTÉ SOUS LES VILLEHARDOUIN 115 rolles, représentés à la fin du siècle, la seconde dans le nord-est du Péloponèse où la chronique aragonaise situe justement ses fiefs (1). La correspondance pontificale fait connaître quelques noms Innocent IV confirme en 1206 une donation faite par le prince à l’église Saint-Nicolas-hors-le-port à Modon, au nom de Henri Rondeth (2) ; après 1210, « P. de Altomagno » et « W. de Bitis » ont été envoyés par le prince Geoffroy Ier auprès du Saint-Siège (3). En 1239, une donation de deux fermes dans la région de Chimeron près de Véligosti à l’hôpital Saint-Jacques d’Andravida révèle le nom de Robert de l’Isle, ainsi que ceux de sa femme Péronelle, de son fils Jean, de sa mère Mahaut, de son frère cornes et de ses compagnons Jean Lagor et ses deux frères, des deux frères Jean et Basile Gatomerite, enfin de Cyriaque et Jean Gonople, ces quatre derniers certainement grecs (4). Une inscription donne le nom d’un autre Grec, Manuel Mourmouras qui fit construire en 1245 une église consacrée à la Sainte Trinité entre Hermione et Kranidion en Argolide, et qui s’était probablement rallié aux Francs (5). De cette liste assez brève et où bien des points restent obscurs ou incertains, on peut cependant tirer la conclusion que la féodalité établie en Morée était essentiel¬ lement française ; de façon plus précise, la plupart des familles dont on peut identifier l’origine viennent de Champagne, de Bourgogne ou de Franche-Comté. A côté du prince, des barons, des seigneurs, dont les figures apparaissent plus ou moins distinc¬ tement, il faut imaginer toute une population qui reste anonyme elle est essentielle¬ ment grecque ; mais il doit y avoir une petite minorité de Latins, religieux et moines, commerçants surtout vénitiens, artisans peut-être, qui tend à augmenter, grâce aux relations fréquentes et relativement faciles de la principauté avec l’Occident. : , : (1) Cf. infra , pp. 201, n. 6, 236. (2) Innocent III, Ep., IX, 247, PL, col. 1079-1080. (3) Le second est cité par Innocent III, Ep., XVI, 98, PL, CCXVI, col. 898, le premier, dans l’accord conclu en 1223, v. PL, CCXVI, col. 968. On a rapproché P. de Altomagno de la famille des Aleman de Patras, mais la présence de la particule ne semble pas permettre de le faire. On peut se demander s’il y aurait lieu de rapprocher W. de Bitis de Guilielmus Bitilinensis, témoin au traité de Sapientsa ; suivant une suggestion de M. Ch.-E. Perrin, on pourrait voir dans W. de Bitis un seigneur de Bitche, mais il faudrait pouvoir établir que des Lorrains aient participé à la croisade ; une autre interprétation possible mais non sûre rapprocherait ce nom de celui de Bey, que portent plusieurs villages dans l’Ain, la Meurthe-et-Moselle, la Saône-et-Loire et la Savoie. On ne peut qu’ajouter pour mémoire le chevalier C. qui, avec quelques compagnons, avait, au cours d’une querelle, coupé le nez du bail de l’archevêque de Patras et molesté l’archevêque lui-même, Innocent III, Ep., XIII, 167, 171, PL, CCXVI, col. 341, 343, — Guilielmus et Guiardus qui avaient fait des dons à l’Église de Patras tout au début de la conquête, ibid., XIII, 163, 165, PL, CCXVI, col. 339-341. (4) E. Strehlke, Tabulae Ordinis Theutonici, pp. 131-132, n° 130. ' , , III, 1926, . 193-205 ; sur l’inscription (5) Cf. G. Sotèriou, dédicatoire de l’église, p. 193. L’auteur suppose qu’il s’agit d’un archonte qui avait opté pour l’Église romaine.

CHAPITRE III LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOIN AVENTURES ET PREMIERS REVERS (1255-1278) Les quelques années qui suivent le milieu du xme siècle sont certainement les plus paisibles et les plus brillantes de l’histoire de la principauté. La conquête du Péloponèse est achevée ; le prince étend sa suzeraineté sur une partie de la Grèce centrale et sur l’Archipel ; il a pour suzerain l’empereur de Constantinople qui, loin d’être redoutable, est obligé de lui demander secours : la principauté est l’État le plus solide de l’Orient latin, le plus riche en hommes et en ressources. Les témoignages s’accordent pour décrire l’éclat de la vie féodale et en particulier de la cour du prince, et soulignent la vive impression faite par les chevaliers moréotes à leur arrivée à Chypre et pendant la croisade d’Égypte ; ces témoignages ont été souvent relevés et réunis (1). Cette prospérité et cette puissance étaient l’heureux résultat de la sage admi¬ nistration des princes de la maison de Villehardouin, à qui toute la noblesse moréote était profondément attachée. Cependant le prince Guillaume II, qui avait brillamment inauguré son règne en achevant la conquête du Péloponèse, était assez différent de son père et de son frère aîné : il appartenait à la génération des Français nés dans le pays. Surtout, il faut noter chez lui un esprit entreprenant et même aventureux qui devait avoir des conséquences graves ; il le montra dès le début en étendant la domination franque aux cantons sud-est restés insoumis ; cette première initiative fut heureuse. A peine cette conquête achevée et consolidée par la construction des forteresses de Mistra, du Grand-Magne et de Beaufort, destinées avec celles des (1) Les témoignages les plus célèbres sont ceux de G. Villani, V, 50, RIS, XIII, p. 380 A-B ; — Sanudo, Isioria di Romania, éd. Hopf, p. 102 ; — Muntaner, Chronique, chap. 261, éd. Lanz, pp. 268-269. Cf. en dernier lieu, J. Longnon, Les Français d'outre-mer au Moyen Age, pp. 215-217, — L'empire latin, p. 193 ; — R. Grousset, L'Empire du Levant, pp. 510-512.
118 RECHERCHES HISTORIQUES barons de Géraki et de Passavant à tenir le pays, Guillaume de Villehardouin s’embarqua pour aller à la croisade ; il partit avec le duc Hugues IV de Bourgogne qui avait fait escale en Morée pendant l’hiver 1248-1249 ; avec 24 navires et 400 hommes à cheval, il rejoignit saint Louis devant Chypre à la fin de mai 1249 et le suivit en Égypte pendant toute la campagne il ne se sépara du roi qu’au moment où celui-ci partit pour Acre, c’est-à-dire en mai 1250 (1). Peu après son retour, pour la première fois depuis longtemps, la paix fut sérieu¬ sement menacée sur les frontières septentrionales des États latins de Grèce : c’est sans doute en 1252, au moment où l’empereur de Nicée, Jean Vatatzès, vint attaquer Michel II d’Épire, que Bondonitsa se trouva en danger : Sanudo signale en effet que le prince Guillaume, suivi de 8.000 chevaux, vint au secours de cette importante seigneurie, maîtresse du passage des Thermopyles (2). La situation devait être assez grave, puisque le pape Innocent IV enjoignit aux Églises d’Athènes et de Corinthe d’aider de leurs deniers Venise, le prince et les barons dans leur lutte contre Vatatzès ; il le fit à nouveau en 1253, et après lui Alexandre IV en 1255 (3). Mais, à partir de cette date, Guillaume de Villehardouin se laissa entraîner dans des conflits qui en définitive mirent en jeu sinon l’existence du moins l’intégrité de la principauté. Le premier eut pour origine une question de succession féodale, et s’il jeta quelque trouble dans la noblesse qui se trouva partagée en deux camps, il ne modifia pas l’état territorial. Le second, qui opposa le prince à Michel Paléologue, entraîna la perte d’une partie de la Morée. Cet échec qui coïncide avec la disparition de l’empire latin de Constantinople eut pour conséquence plus lointaine le rattachement de la principauté au royaume de Sicile, événement qui devait peser lourdement sur ; l’histoire de l’Achaïe. Conflit avec les barons terciers d’Eubée et avec Venise. — Le prince Guillaume II de Villehardouin avait épousé en premières noces une fille de Narjot de Toucy qui mourut sans enfant (4) ; il se remaria avec Carintana delle Carceri, dame de la moitié d’une des baronnies d’Eubée ou Négrepont ; celle-ci mourut à son tour sans enfant en 1255, et c’est son héritage qui fut l’objet de contestations d’où sortit le conflit. L’île d’Eubée dans le partage de 1204, revenait à Boniface de Montferrat sauf Oréos au nord et Karystos au sud, attribuées à Venise. Boniface donna Chalkis à Jacques Histoire de Saint Louis , § 148, éd. N. de Wailly, 2e éd., Paris 1874, p. 110 ; — Guillaume (1) Joinville, de Nangis, Annales de Saint Louis , p. 370 ; — Georges Acropolite, Hist., § 48, éd. Heisenberg, pp. 86-87 ; — Sanudo, Historia di Romania , p. 102. C’est à Chypre que le prince Guillaume aurait demandé et obtenu du roi Louis IX le droit de frapper monnaie ; ce renseignement sur l’origine du monnayage de la principauté a été relevé pour la première fois par F. de Saulcy, Monnaies des barons français..., I. Princes d'Achale, RN, 1841, pp. 285-321 ; cf. Buchon, Nouv. rech., I, pp. lxx et suiv. Selon Hopf, I, p. 274 A-B, Guillaume serait aussitôt revenu de Chypre sans accompagner le roi en Égypte ; mais, comme l’a montré J. Longnon, JS, 1946, p. 159, Sanudo ne parle du retour de Guillaume qu’à la fin de la campagne d’Égypte. Cf. W. Norden, Papsttum und Byzanz, p. 292 ; — H. Grousset, Histoire des croisades, III, pp. 428-430, 437 ; — Longnon, L'empire latin, pp. 218-219 ; — J. Richard, Le royaume latin de Jérusalem, p. 265 ; — CMH, IV, 1, pp. 244-245. (2) Sanudo, Istoria di Romania , pp. 102-103. (3) Reg. d'innocent IV, éd. Berger, III, p. 100 B, n° 5923, — pp. 270 B-271 A, n° 6787 ; — Reg . d'Alexandre IV, éd. Bourel de la Roncière, I, pp. 10 B-l 1 A, n° 34 ; cf. W. Norden, Papsttum und Byzanz, p. 284. (4) Aubri de Trois-Fontaines, ad. ann. 1236, MGH , SS, XXIII, p. 939. Cf. Buchon, Recherches, I, pp. 83-84 en note ; — Hopf, Chron. gr.-rom., p. 469 ; — L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée, p. 8.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 119 d’Avesnes, tué peu après devant Corinthe en fait la conquête de l’île fut faite par des compagnons du roi, Pecorario dei Pecorari, Giberto da Verona, Ravano dalle Carceri. Mais Venise tenait à s’assurer le contrôle de l’Eubée. Tandis que la suzeraineté en passait du roi de Thessalonique à l’empereur, qui la céda au prince d’Achaïe, la Commune, représentée par un bail installé à Chalcis, avait traité dès 1209 avec Ravano en 1216, à la mort de celui-ci, dernier survivant de la génération des conquérants, elle intervint pour imposer le règlement de la succession : dans chacune des trois baronnies deux personnages étaient désignés dont l’un serait le baron tercier titulaire et l’autre, son héritier (1). A la différence de ce qu’elle faisait en Morée où, hors Modon et Coron, sa suzeraineté était toute théorique, Venise entendait ici défendre ses positions. En 1255 les trois baronnies étaient respectivement tenues l’une par Guillaume de Vérone, l’autre par Narzotto dalle Carceri, la troisième celle d’Oréos, par Grapella de Vérone, neveu de Guillaume et par Carintana dalle Carceri, cousine germaine de Narzotto, mariée à Guillaume de Villehardouin. A la mort de cette dernière, les deux autres barons mirent en possession d’Oréos le survivant, Grapella. Le prince, qui prétendait recueillir la part de sa femme comme héritage, convoqua les deux barons terciers, et les fît arrêter. Leurs parents et amis firent appel à Venise la guerre éclata aussitôt, et débuta par la prise de Négrepont par le bail de Venise, Paolo Gradenigo ; mais les troupes envoyées par le prince Guillaume ne tardèrent pas à l’en chasser. Malgré les efforts du pape Alexandre IV pour apaiser ce conflit entre Latins, alors que Constantinople était chaque jour menacée par les Grecs, la lutte ne tarda pas à se généraliser (2). Venise ne voulait pas rester sur un échec ; elle organisa une nouvelle expédition contre Négrepont, conclut de nouveaux traités avec les barons terciers en juin 1256 et en janvier 1257 ceux-ci virent se ranger à leurs côtés le seigneur d’Athènes et son frère, Guillaume de la Roche, baron de Véligosti et Damala, et même un peu plus tard Geoffroy de Briel, seigneur de Karytaina, qui avait épousé la sœur du seigneur d’Athènes. Le prince avait des partisans même en Eubée et un cousin de Guy de la Roche, Othon de Cicon, seigneur de Karystos, lui était resté fidèle ; il obtint l’aide des Génois qui lui prêtèrent quatre galères, et chercha à obtenir celle du despote Michel II d’Épire (3). La guerre se poursuivit sur des points très variés, en Eubée, en Attique, en Messénie autour de Coron. Enfin, au printemps de 1258 (4), le prince Guillaume réunit toute son armée au centre de la Morée, dans la plaine de Nikli : les contingents des barons, des prélats ; trois ; ; ; (1) Le traité de 1216 est reproduit dans Tafel et Thomas, Urkunden, II, pp. 175-184. Sur les événements de 1255-1259, v. J.-B. Bury, The Lombards and Venetians in Euboia, I, JHS , VII, 1886, pp. 309-352, et en particulier pp. 319-327, sur la période de la mort de Ravano (1216) à 1258. Cf. Hopf, I, pp. 277 A-280 B ; — Miller, The Latins, pp. 103 et suiv. ; — Longnon, L'empire latin , pp. 220-222 ; — et spécialement sur la politique vénitienne en Eubée, Thiriet, Romanie vénitienne , pp. 87, 93-94. (2) Le conflit entre le prince et les barons d’Eubée soutenus par Venise et par les seigneurs de Grèce centrale a été raconté par Sanudo, Istoria di Romania , pp. 103-106 ; — Navagero, Storia delta Republica Veneziana, RIS, XXIII, col. 997-998 ; — A. Dandolo, Chronique, RIS, XII, p. 306. — Le L. de la conq., §§ 222-232, et la Chron. gr., vv. 3192-3369, donnent comme motif de la guerre le refus du seigneur d’Athènes — qui ne fut qu’un allié — de faire hommage à Guillaume de Villehardouin. — L. de los fech., §§ 218-234. (3) Sanudo, Istoria di Romania, p. 104 ; voir les accords dans Tafel et Thomas, Urkunden, III, pp. 1-5, 7-10, 13-16, 29. Il n’est pas vraisemblable par contre que le prince soit entré à cette époque en rapport avec Michel Paléologue, comme le dit A. Dandolo, RIS, XII, p. 362. Sur ces événements v. le récit dans Longnon, L'empire latin, pp. 220-223 et 230, et plus bref Thiriet, Romanie vénitienne, p. 102. (4) Le 24 mai d’après la Chron. gr., v. 3211.
120 RECHERCHES HISTORIQUES et des ordres militaires, les chevaliers, les milices bourgeoises, et marcha vers le nord par Corinthe et Mégare : le choc avec l’armée des seigneurs d’Eubée et de Grèce centrale eut lieu près de cette ville, au pied du mont Karydi ; les seigneurs vaincus s’enfuirent et allèrent s’enfermer dans les murs de Thèbes. La bataille avait été sanglante, mais un seul nom est cité parmi les morts, celui de Guibert de Cors, premier mari de Marguerite de Passavant (1). Les vaincus, en particulier Guy de la Roche et ses trois frères, son beau-frère le seigneur de Karytaina, Nicolas, Jean et Othon de Saint-Omer, le seigneur de Salona,les trois barons d’Eubée et le marquis de Bondonitsa firent leur soumission grâce à la médiation de quelques barons et de l’archevêque de Thèbes. La cause des vaincus dont plusieurs étaient des vassaux révoltés contre le prince devait être jugée par un parlement à Nikli. Le prince Guillaume accorda mais les barons, ne se considérant son pardon et reçut l’hommage des seigneurs pas comme pairs du seigneur d’Athènes, refusèrent de juger ce dernier : il devait aller en France se soumettre au jugement de la cour du roi. Quant à Geoffroy de Karytaina, « neveu » du prince, il fut également pardonné ; Guillaume lui rendit ses terres, mais comme fief de nouveau don et non plus comme fief de conquête. Guy de la Roche s’embarqua au printemps de 1259 pour la France : la cour royale, estimant qu’il ne pouvait perdre son fief pour avoir lutté contre le prince puisqu’il ne lui avait pas fait hommage auparavant, jugea que la fatigue et les frais du voyage qu’il avait entrepris constituaient une peine suffisante. Il devait revenir en Grèce en 1260 ; mais contrairement à ce que dit la Chronique, il ne se fit pas donner à cette occasion le titre de duc, lequel ne fut porté officiellement que par son fils et deuxième successeur, Guillaume, à partir de 1280 (2). Ces événements nous font connaître l’importance de Nikli comme point de rassemblement aussi bien pour l’armée que pour la foule de ceux qui participaient au parlement, celle de la route qui passait au pied du mont Karydi en Mégaride et où eut lieu le choc, enfin des détails biographiques sur certaines familles. Le conflit restait ouvert avec Venise. Cependant la Commune ne désirait pas continuer seule la guerre ; dès le mois d’août 1258, elle était disposée à faire la paix : l’année suivante, elle envoya une ambassade pour traiter avec le prince et ses alliés, mais les événements retardèrent la conclusion de l’accord jusqu’en 1262 (3). : Conflit avec les Grecs (1259) · — Beaucoup plus importante est la guerre dans laquelle le prince Guillaume se trouva engagé avant même la conclusion de la paix avec Venise. Veuf de Carintana, Guillaume de Villehardouin se remaria avec Anne, fille du despote Michel II d’Arta, avec lequel il avait des relations amicales et dont il avait recherché l’alliance. De son côté, dans la lutte que l’Épire menait depuis longtemps contre l’empire grec de Nicée, le despote, qui avait subi de graves revers en 1252 et en 1257, s’efforçait de trouver des alliés ; c’est pour s’assurer l’appui de deux des plus puissants seigneurs latins voisins qu’il maria ses deux filles, l’une (1) L. L. de la conq., § 233 ; — Chron. gr., vv. 3270-3279. la conq., §§ 243-253 ; — Chron . gr., vv. 3370-3463 L'empire latin, pp. 222-223. (3) Sur les négociations et le traité signé les 15-16 mai 1262 cf. infra, p. 127. (2) de ; à — L. de los fech., §§ 292-293. Cf. Longnon, Thèbes, voir J.-B. Bury, L pp. 327-328 *
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 121 à Guillaume, l’autre, Hélène, à Manfred de Hohenstaufen, roi de Sicile. Le mariage de Guillaume avec Anne, qui prit en français le nom d’Agnès, eut lieu à Patras, probablement en 1258 la princesse apportait en dot des terres en Thessalie, dont la possession fut confirmée au prince par l’empereur, et reçut de Guillaume de Villehardouin la seigneurie de Kalamata (1). La période était critique : l’empire latin dont l’Épire et Nicée se disputaient les dépouilles était réduit à la capitale et semblait près de s’effondrer ; d’autre part l’empire grec de Nicée, longtemps redou¬ table sous la conduite de Jean Vatatzès puis de Théodore II Laskaris, se trouvait, à la mort de ce dernier, entre les mains d’un enfant, Jean Laskaris, au nom de qui Michel Paléologue exerçait la régence. Michel II voulut profiter de ces circonstances et décida de se mettre en campagne en 1259 ; il fit appel à Manfred et à Guillaume. A Nicée cependant le régent Michel Paléologue, écartant le jeune Jean Laskaris, s’était emparé du pouvoir et essayait de négocier avec Michel II aussi bien qu’avec ses alliés ; mais ses tentatives restèrent vaines. Chacun se mit à préparer la guerre le roi de Naples envoya en Épire 400 chevaliers ; le prince d’Achaïe convoqua ses vassaux et rassembla son armée ; il traversa le golfe de Patras, prit au passage le contingent des seigneurs de la Grèce centrale : c’est à la tête d’une armée de 8.000 hommes à cheval et 12.000 hommes à pied (2), qu’il rencontra près de Kastoria le despote Michel accompagné de ses deux fils, Théodore et le bâtard Jean. Michel Paléologue, de son côté, envoya contre Michel et ses alliés une armée com¬ mandée par son frère le sévastokrator Jean Comnène. Les sources présentent des divergences (3) ; mais on peut reconstituer le cours des événements, que nous ne ferons que rappeler ici (4). L’alliance entre les Grecs ; : Hist., 76, éd. Heisenberg, pp. 157-158; — Nicéphore Grègoras, Hist. (1) Cf. Georges Acropolite, byz., III, 5, CSHB , I, pp. 71-72 ; — Georges Pachymère, Mich. PaleoL, I, 30, CSHB, I, pp. 82-83 ; — Sanudo, Istoria di Romania, pp. 106-107 ; — Buchon, Recherches, I, p. 99, n. 3 ; — Nouv. rech., I, p. 195 (et suiv.), n. 2 ; — Hopf, I, p. 282 A, suivi par L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée, p. 8, et par E. Jordan, Les origines de la domination angevine en Ralie, p. 381, n. 6, le place en 1259, après celui de Manfred avec Hélène qui, arrangé dès 1257, fut en effet célébré seulement en 1259 ; contra, Longnon, Vempire latin, p. 223. (2) L. de los fech., § 256. (3) Les sources principales sont la Chronique de Morée et les historiens byzantins : a) L. de la conq ., §§ 254-305 ; — Chron. gr., vv. 3464-4094, — Cron. di Morea, pp. 440-441, — L. de los fech., §§ 245-283 : la chronique contient comme toujours de nombreuses erreurs ou confusions, mais aussi un récit détaillé et pitto¬ resque de certains épisodes ; — b) les historiens byzantins donnent une version des événements moins favo¬ rable aux Latins, mais représentent une tradition plus sûre : G. Acropolite, Hist., 76-82, éd. Heisenberg, pp. 156-173 ; — G. Pachymère, Mich. Paléol., I, 30-31, CSHB, I, pp. 82-86 ; — N. Grègoras, III, 5, CSHB , I, pp. 71-75, — et plus brefs, Ephraim, vv. 9363-9414, CSHB, pp. 374-376 ; — et Sphrantzès, 1, 2, CSHB, p. 17 ; — il faut ajouter Sanudo, Istoria di Romania, p. 107. (4) Le récit a été fait par tous les historiens : Buchon, Rech. et mat., I, pp. 166-185, avec des extraits des sources ; — Hopf, I, pp. 280 B-283 B ; — Hertzberg, Gesch. Griechenlands , pp. 135-140 ; — G. Finlay, Mediaeval Greece, pp. 234-235 ; — Gregorovius, Stadi Athen, I, pp. 404-408 ; — Miller, The Latins, pp. 108 114; — Longnon, Vempire latin, pp. 223-225. Beaucoup de points restent discutés : le lieu de la bataille (Pélagonia ou Kastoria), la date (entre juin et novembre 1259), le rôle des divers protagonistes dans l’attitude et le rôle exact de qui on cherche les raisons de la défaite ; plusieurs études récentes ont examiné des détails ou l’ensemble de la campagne : D. M. Nicol, The Date of the Battle of Pélagonia, BZ, XLIX, 1956, pp. 68-71, — et The Despotate of Epirus, pp. 167-187 ; — D. J. Geanakoplos, Greco-Latin Relations on the Eve of the Byzantine Restoration, avec deux appendices, Pélagonia or Kastoria, et Ansel de Toucy or Ansel de Cayeux, DOP, VII, 1953, pp. 99-141. — et Michael Palaeologus and the West, pp. 47-74.
122 RECHERCHES HISTORIQUES d’Épire et les Latins ne pouvait être très solide. Le sévastokrator Jean Comnène sut habilement tirer parti de cette circonstance ; tandis que le bâtard d’Épire Jean, blessé par l’attitude de certains chevaliers francs à son égard, passait dans le camp de l’ennemi, le despote et son fils, par peur ou par intérêt, abandonnèrent secrètement l’armée à la veille de la bataille décisive. Le prince se trouva seul avec les siens et avec les chevaliers du roi Manfred en présence de l’armée grecque ; à la fin de septembre 1259, sur le champ de bataille de Pélagonia, les chevaliers de Morée et de Grèce, déconcertés par la tactique grecque, par les archers qui, de loin, blessaient de leurs flèches hommes et chevaux, durent, malgré leur vaillance, plier sous le nombre. Beaucoup furent tués ; d’autres essayèrent de trouver le salut dans la fuite ; mais presque tous les survivants furent faits prisonniers, entre autres le prince Guillaume, qui fut pris à Kastoria, Anselin de Toucy, son beau-frère, et Geoffroy de Karytaina qui avaient réussi à gagner déjà Platamon. Une partie de l’armée grecque sous le grand domestique Alexis Stratègopoulos vint occuper l’Épire et prit Arta, la capitale du despote ; le sévastokrator Jean se dirigea vers le sud traversant la Thessalie, parvint jusqu’à Thèbes qui fut pillée. Mais l’hiver arrêta les opérations et les Grecs retournèrent à Lampsaque. C’était la première défaite qu’eût subie la principauté d’Achaïe elle la privait d’un coup de la presque totalité de ses défenseurs. On peut même s’étonner que les Grecs n’aient pas poussé leurs avantages il semble que la Morée n’aurait pu résister à une attaque faite sur-le-champ, ou du moins que le prince n’était pas en mesure de discuter les conditions imposées. En fait, Michel Paléologue, qui venait de se faire couronner empereur à la place de Jean Laskaris, ne poursuivit pas les opérations militaires se flattant d’obtenir facilement des prisonniers l’abandon de la Morée comme rançon de leur liberté, il les accueillit honorablement. Mais le prince rejeta de façon catégorique la proposition que lui fit l’empereur. S’il était prêt à payer une rançon, il ne pouvait disposer de territoires qui ne lui appartenaient pas en propre, puisqu’ils avaient été conquis par d’autres que par lui, et que seule la cour des barons et des seigneurs pouvait prendre à ce sujet une décision. La discussion telle qu’elle est rapportée par la Chronique (1) est fort instructive elle donne une idée nette des principes sur lesquels reposait l’organisation de la principauté, terre de conquête. Devant cette attitude intransigeante l’empereur ne poursuivit pas les négociations, et chacun restant sur ses positions, la captivité des seigneurs moréotes se prolongea. : : ; : Traité de paix entre Guillaume II et Michel VIII Paléologue (1261). — Mais des événements nouveaux changèrent la situation. Le 25 juillet 1261, les Grecs, sous le commandement d’Alexis Stratègopoulos réussirent à reprendre par surprise Constantinople (2). L’empereur Baudouin II se retira vers l’Eubée et la Grèce où il fut accueilli avec de grands honneurs, en particulier par Guy de la Roche, revenu de son voyage en France qui l’avait empêché de prendre part à la malheureuse expé¬ dition de 1259. Devant ce nouveau revers subi par les Latins, les barons prisonniers sentirent la nécessité de consentir des sacrifices pour recouvrer leur liberté, afin de L. de la conq., §§ 313-315 ; — Chron. gr., vv. 4217-4314, — L. de los fech., §§ 285-286. (2) Sur les événements de 1259 à 1261 et les sources, v. P. Wirth, Von der Schlachi von Pélagonia bis zur Wiedereroberung Konstantinopels , BZ, LV, 1962, pp. 30-37. (1)
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 123 pouvoir défendre leurs terres. Michel Paléologue d’autre part était disposé à se montrer moins exigeant. On en vint donc à un compromis. Un traité fut conclu dont on peut restituer les diverses clauses non sans hésiter sur quelques points, car les sources, la Chronique de Morée, l’histoire de Sanudo et les chroniques byzantines ne concordent pas exactement (1). Cet accord comportait d’abord une clause territoriale : le prince consentait à céder à l’empereur grec quelques forteresses les versions grecque, italienne et française de la Chronique d’accord avec l’histoire de Sanudo en cite trois Monemvasie, Mistra et le Grand-Magne (2) ; le Libro de los fechos ajoute que Corinthe devait être livrée aussi, mais que l’empereur dut renoncer à en prendre possession, le capitaine ayant opposé une résistance farouche (3). Les indications de G. Pachymère sont un peu différentes à côté de Monemvasie, de Mistra, du Magne il cite Géraki et « tout le canton qui s’étend autour de « Kinsterna » ; et il ajoute enfin « quant à Nauplie et à Argos, il n’avait pas encore pris de résolution défini¬ tive » (4). Même s’il avait été question des forteresses de Corinthe, de Nauplie et : , : : d’Argos dans les négociations, il est certain qu’elles demeurèrent entre les mains des Latins. Monemvasie, Mistra et le Grand-Magne furent par contre livrés aux Grecs ; il reste douteux si Géraki, situé entre Monemvasie et Sparte, fut ou non conservé par les Francs ; quant au canton de Kinsterna, il se situe à l’ouest du Taygète (5) et dut être effectivement cédé par le prince. En second lieu, le prince se reconnaissait le vassal de l’empereur grec, en échange de quoi Michel Paléologue lui accordait le titre de grand-domestique ; ce renseignement fourni par Pachymère est confirmé par divers textes d’après le Libro de los fechos Guillaume de Villehardouin reçut le titre de grand-maréchal de l’empire (6) ; plus tard une pétition en faveur d’un métropolite de Monemvasie rédigée au xve siècle fait allusion aux dignités impériales et au titre de grand-domestique accordés au prince (7). Enfin le prince avait dû accepter de se lier par un lien personnel avec l’empereur, il devint le parrain d’un des fils de Michel, probablement Constantin, né vers cette époque (8). Le lien de vassalité et la dignité de grand-domestique comme le lien de parenté spirituelle créaient entre les deux signataires des devoirs rigoureux ils se juraient amitié et alliance perpétuelles. : : (1) Les négociations et les clauses de cet accord, qui créait la province grecque destinée à devenir le despotat de Morée, ont été étudiées avec soin par Zakythènos, Le Despotat grec, I, pp. 15-25. (2) L. de la conq., § 317 ; — Chron. gr., vv. 4329-4332, — Cron. di Morea, p. 447 ; — Sanudo, Isioria di Romania, pp. 108-116. (3) L. de los fech., § 307. (4) G. Pachymère, Midi. PaléoL, I, 31, CSHB, I, pp. 87-88 , ' ' ( : , « ’ ¬ ) ... » Cf. Zakythènos, op. cil., p. 17, n. 1. (5) V. infra , pp. (6) G. Pachymère, ibid. ; cf. L. de los fech., § 306. , . ., XII, 1915, (7) Sp. Lampros, . 291. 296. (8) L. de la conq., § 517, — Chron. gr., vv. 4336-43, — Cron, di Morea, p. 447, — L. de los fech., , Le fait est confirmé par une allusion d’un poète crétois du xvne siècle, Athanase Sklèros, , II, p. 303 ; cf. D. J. Geanakoplos, Michael Palaeologus and vv. 545-547, dans Sathas, the West, p. 155, n. 75. %
124 RECHERCHES HISTORIQUES On peut s’étonner que Michel, maître de Constantinople, se soit montré plus accommodant en 1261 qu’en 1259. En réalité, il était isolé. A l’exception de Gênes (1), il n’avait aucun allié, et il pouvait redouter que la prise de Constantinople ne déter¬ minât contre lui une coalition des États latins de Grèce, du roi de Naples, et de Venise. Il avait donc intérêt à essayer de prévenir cette coalition en se faisant un allié et un ami du chef de la principauté d’Achaïe. Dans ces conditions, il faut donner aux clauses non territoriales plus d’importance qu’on ne le fait généralement (2) : le lien de vassalité même théorique, accompagné de serments solennels, créait des obligations morales que renforçait le parrainage. Il faut bien aussi admettre que, en dehors des clauses territoriales dont l’exécution devait être immédiate et précéder même la mise en liberté des prisonniers, il y en avait d’autres dont l’exécution était à longue échéance, puisque le prince dut envoyer comme garantie de sa loyauté des otages qui restèrent très longtemps à Constan¬ tinople (3). De son côté le prince pouvait accepter ces conditions pour les raisons suivantes : il avait consenti à céder des forteresses qu’il avait lui-même conquises ou construites et dont il pouvait donc disposer sans entamer l’héritage reçu de ses ancêtres ; la seule exception est la baronnie de Géraki qui appartenait aux Nivelet ; et c’est pourquoi peut-être la Chronique de Morée n’en parle pas, si tant est qu’elle fut cédée, ce que nous ne croyons pas. Quant aux obligations que lui imposaient les serments prêtés, il pouvait estimer qu’elles resteraient lettre morte pratiquement et même nulles en droit, puisque ces serments avaient été exigés de lui alors qu’il ne disposait pas de sa liberté (4). L’accord fait, le seigneur de Karytaina fut envoyé en Morée pour en faire ratifier et exécuter les clauses territoriales ; il ne serait valable qu’après confirmation par un parlement, car aucun château ne pouvait être engagé sans le consentement des liges (5). Le parlement fut réuni à Nikli en présence de Geoffroy de Karytaina, de Guy de la Roche, du chancelier Léonard de Veroli, du chevalier Pierre de Vaux et de la princesse Agnès qui gouvernait à la place du prince avec l’assistance du seigneur d’Athènes depuis son retour de France (6). En l’absence des barons et des seigneurs, il était composé de dames ; après discussion, on décida d’accepter les conditions (1) Michel Paléologue avait conclu avec Gênes, le 13 mars 1261, à Nymphaion un traité confirmé à Gênes, le 10 juillet ; une édition critique en a été donnée par C. Manfroni, Le relazioni fra Genova, VImpero bizantino e i Turchi, Atti della Società Ligure di Storia palria, XXVIII, 1898, pp. 791 et suiv., cf. ibid., pp. 658 et suiv. A la bibliographie réunie par Zakythènos, Le Despotat grec, I, p. 31, . 1, on peut ajouter W. Heyd, Le commerce dans le Levant, I, pp. 428 et suiv. ; — Chapman, Michel Paléologue, p. 42 \ — G. I. Bratianu, Recherches sur le commerce génois, pp. 58, 81-83 ; — D. J. Geanakoplos, op. cil., pp. 84-91 ; — Thiriet, Romanie vénitienne, p. 103. (2) Miller, The Latins, p. 116, considère à tort le récit de Pachymère comme une invention destinée à accroître la gloire de Michel Paléologue ; cette préoccupation est évidente chez Pachymère, mais il ne va certai¬ nement pas jusqu’à créer de toutes pièces. (3) Cf. C. Chapman, Michel Paléologue, p. 54 ; — St. Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 143-148. Sur les otages, cf. infra, p. 125. Nous connaissons approximativement la date du retour d’un des otages, Marguerite de Passavant, à qui son absence coûta l’héritage de son oncle, Gautier de Rosières, cf. infra, p. 148. (4) Comme le dit expressément le L. de la conq., § 319 ; cf. Chron. gr., vv. 4349-4359. (5) Assises de Romanie, § 19, éd. Recoura, p. 169. (6) L. de los fech., §§ 294-295.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 125 imposées (1). Geoffroy de Karytaina remit alors aux Grecs les châteaux cédés, et retourna à Constantinople en emmenant les otages qui devaient y rester, parmi lesquels Marguerite de Passavant, fille du maréchal de la principauté, et la sœur du grand connétable Jean Chauderon. Le prince et ses compagnons, ayant juré amitié et alliance avec l’empereur, purent enfin rentrer en Morée, sans doute au début de 1262 (2). outre Les résultats concrets de cet épisode malheureux étaient les suivants un certain nombre de seigneurs tués ou morts en captivité, la principauté avait perdu une partie de son territoire : tout le sud-est, comprenant la presqu’île du cap Malée avec Monemvasie, celle du cap Matapan avec le Magne et Mistra, avait été livré aux Grecs. Même si elles n’étaient pas comprises dans le traité, la baronnie de Passavant et celle de Géraki, comme Lacédémone, situées entre les forteresses devenues grecques ne pouvaient pas rester longtemps aux mains de leurs maîtres latins ; et de fait Marguerite de Passavant est le dernier personnage qui ait porté ce titre, et elle n’entra jamais en possession de la baronnie ; on retrouve d’autre part les Nivelet établis un peu plus tard en Messénie. : La principauté après 1262. — A partir de 1262 la situation est profondément changée pour la principauté d’Achaïe et en général dans l’Orient latin. Le prince avait dû céder des forteresses et une petite partie du Péloponèse. La perte de ce territoire n’est pas grave en elle-même la principauté avait connu avant 1246 une période de prospérité réelle alors que ces mêmes territoires lui échappaient. La nou¬ veauté consiste dans le fait que les forteresses cédées appartiennent désormais à l’empire grec reconstitué sur les ruines de l’empire latin de Constantinople. Désormais la principauté avec les baronnies vassales de l’Archipel et de la Grèce centrale forme le bastion avancé des positions latines, et même le seul État latin en face des Grecs. : Ceux-ci ont à leur tête un homme, Michel Paléologue, qui avait montré des qualités remarquables et semblait disposé à poursuivre activement la lutte jusqu’ici heureuse contre les Francs ; les forteresses de Morée peuvent lui servir de bases pour d’autres entreprises. Aussi des préoccupations nouvelles conduisent-elles la politique du prince Guillaume et les solutions qu’il adoptera doivent conditionner l’histoire de la Morée jusqu’au siècle suivant il s’agit de maintenir les positions en Grèce et de trouver en Occident l’aide nécessaire pour soutenir la lutte contre l’empire grec dont les forces regroupées sont très supérieures à celles de la principauté. Ces considérations : (1) Le récit de ces négociations et de ce parlement de dames tenu en 1261 à Nikli, épisode pittoresque delà vie de la principauté, a été fait souvent depuis Buchon, et en particulier par le marquis Terrier de Loray, Un parlement de dames au XIIIe siècle, Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Besançon, 1880 (Besançon 1881), pp. 205-221. Cf. W. Miller, Frankish Society in Greece, dans Essays on the Latin Orient , pp. 70-84. (2) L. de la conq ., §§ 320-328, — Chron. gr., vv. 4360-4512, — L. de los fech., §§ 298-309 ; — Sanudo, Istoria di Romania, pp. 107-108 ; — Pachymère, Mich. Paléol., I, 31, CSHB, I, pp. 87-88 ; — Nicéphore Grègoras, IV, 1, CSHB, I, p. 79-80. La date du retour du prince et de ses compagnons ne peut être fixée avec une précision rigoureuse : la Chronique dit qu’ils restèrent trois ans en captivité : L. de la conq., § 316 ; — Chron. gr., vv. 4323, — Cron. di Morea , p. 447, — L. de los fechos, § 316. Mais Pachymère, Mich. Paléol ., I, 31, , , ... dit : «... ». Ce serait après la prise de Constantinople, dans la troisième année après octobre 1259 que l’accord serait intervenu, « in capo di tre anni » d’après la Cron. di Morea, p. 447, donc après octobre 1261. La plupart des historiens admettent que le prince est rentré en Morée en 1262, il devait être en tout cas revenu au moment de la signature du traité avec Venise, le 18 mai. — La chronologie de Buchon, Rech. et mat., I, p. 186, qui place le retour fin 1262, est moins vraisemblable.
126 RECHERCHES HISTORIQUES vont amener le prince à signer en 1267 avec Charles d’Anjou devenu roi de Sicile le traité de Viterbe, acte capital pour l’histoire de la principauté. Lutte contre les Grecs, négociations avec l’Occident, tels sont les deux problèmes qu’il convient d’éclairer pour cette période qui va jusqu’en 1267, où commence une étape nouvelle. Nous disposons de sources relativement abondantes les relations plus nom¬ breuses avec l’Occident, l’intérêt que manifestent pour l’Achaïe le pape (1), Venise et bientôt le souverain de Naples nous sont connus par des documents d’archives qui font allusion aux faits de l’histoire de la principauté et révèlent les négociations qu’elle mena avec les États d’Italie ou de France. Malheureusement les documents authentiques grecs sont excessivement rares ; et pour les événements qui se déroulent en Morée même, on reste réduit à confronter la Chronique de Morée et les historiens byzantins, en particulier Pachymère, sans pouvoir toujours accorder les diverses sources entre elles, ni les faire coïncider chronologiquement. On peut cependant penser que, à mesure qu’on avance dans le xme siècle, les faits racontés par la Chro¬ nique de Morée, étant plus récents par rapport à son auteur, les chances d’erreur : ou d’inexactitude sont moins grandes. Quelle est exactement la situation en 1262? Il est difficile, on l’a vu, de fixer avec précision la frontière entre les territoires cédés aux Grecs et la principauté. Les Grecs avaient pris possession des forteresses et occupaient désormais la presqu’île du cap Malée, le Magne et la chaîne du Taygète jusqu’à Mistra, tandis que la plaine de Laconie avec Lacédémone et jusqu’à la mer, Passavant compris, restait aux Francs. Les territoires grecs ne constituaient donc pas un ensemble d’un seul tenant ; on peut trouver des arguments en faveur de cette hypothèse dans deux faits en 1262, quand le prince Guillaume vint revoir Lacédémone, les Grecs de Mistra jugèrent prudent d’avertir le gouverneur grec à Monemvasie la chose est présentée dans la Chronique avec une importance qui serait inutile si les communications entre Mistra et Monemvasie avaient été directes et faciles ; il n’eût même pas été nécessaire de prévenir les Grecs de Monemvasie, si la baronnie de Géraki avait été occupée par eux dès ce moment, car ils auraient pu suivre, de là tout aussi bien qu’on le fait de Mistra, les mouvements du prince (2). Un peu plus tard, en 1263, semble-t-il, la flotte byzantine doit conquérir le littoral de Monemvasie jusqu’au fond du golfe de Laconie ; et la même année les chefs byzantins fomentent la révolte chez les populations des mon¬ tagnes de Tsaconie, de Vatika et du Taygète (3) il en résulte clairement que seule une portion de territoire autour des forteresses citées avait dû être occupée par les : : : Grecs. Tandis que Michel VIII envoyait des troupes pour garnir les forteresses qu’il s’était fait céder comme rançon et plaçait à leur tête un chef résidant à Monemvasie, « le capitaine des Grecs », Guillaume de Villehardouin allait s’efforcer d’abord de (1) L’importance des sources pontificales pour l’histoire de l’Achaïe résulte des conditions nouvelles créées par la chute de l’empire latin. Le pape, dont l’autorité avait été éliminée des territoires désormais gouvernés par Michel Paléologue, s’intéresse à tous les projets susceptibles de rétablir cette autorité : tantôt il soutient les États restés dans l’obédience de Rome et encourage les efforts pour reconquérir Constantinople, tantôt il accepte les ouvertures pour l’union des Églises que fait l’empereur grec avec l’espoir de désarmer ennemis. Étant donné la situation géographique et politique de l’Achaïe, il est amené à intervenir souvent auprès du prince dans un sens ou dans l’autre suivant les circonstances ; cette politique pontificale de 1262 à 1274 a été l’objet d’un exposé récent de B. Roberg, Die Union zwischen der griechischen und der lateinischen Kirchen auf den Konzil von Lyon (1274), Bonner hist. Forsch., 24, Bonn 1964. (2) Cf. L. de la conq., § 330, — Chron. gr., vv. 4527-4538. (3) Cf. infra , pp. 129-130. ses
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 127 régler les questions pendantes qui pouvaient troubler l’existence de la principauté. Le conflit avec Venise à propos de l’Eubée restait ouvert. Dès 1258, après la défaite de Guy de la Roche, la Commune était disposée à la conciliation en 1259, elle avait donné déjà à son bail à Négrepont, à ses conseillers et à deux ambassadeurs les pouvoirs pour traiter avec le prince. La campagne de Pélagonia avait retardé ces négociations ; mais le succès de Michel VIII rendait plus pressant le désir de Venise de régler ce conflit pour faire face à la situation nouvelle. Aussi l’accord fut-il rapide¬ ment conclu le traité signé à Thèbes, le 16 mai 1262, rétablissait l’état de choses antérieur à 1255 : le prince restait suzerain de l’île, les Vénitiens étaient rétablis dans leurs privilèges, les barons terciers dans leurs droits. La forteresse de Négrepont fut rasée, et Venise invita ses baux à ne plus s’occuper des affaires féodales de l’Eubée (1). D’autre part, pour relever les forces de la principauté, Guillaume accueillit et retint dans le pays un certain nombre de seigneurs et leur distribua des fiefs. Il est possible que certains des personnages dont les noms n’apparaissent pas dans le récit des événe¬ ments avant 1260-1262, se soient installés plus tôt : tels sont Léonard de Veroli et Geoffroy Ghauderon. Léonard de Veroli est mentionné comme chancelier de la princi¬ pauté au « parlement de dames » de Nikli en 1261 (2) ; on ne sait pas à la suite de quelles circonstances il était venu d’Italie — les Italiens sont très rares à cette époque dans la noblesse moréote — ni quelles terres il possédait en Morée ; il épousa probablement en 1252 Marguerite de Toucy, qui avait été religieuse dans un couvent cistercien en Morée (3). Il jouissait de la confiance du prince dont il était, dit la chronique vers 1275, « le maistre conseillier » (4), et devait être appelé à jouer un rôle important dans les relations entre le prince et le roi Charles Ier d’Anjou il mourut sans enfant vers 1281. Geoffroy Chauderon, d’origine probablement champenoise (5), n’est cité dans la liste des barons du début de la conquête que par la chronique aragonaise, qui lui donne le titre de grand connétable et lui attribue une baronnie considérable de douze fiefs avec le château d’Estamira en Élide ; l’absence du nom dans les autres versions, le fait que la baronnie se trouvait en Élide qui semble à l’origine faire partie du domaine du prince prouvent qu’il dut s’établir après 1230 ; les autres chroniques ne connaissent que son fils Jean, et une fille qui fut envoyée en 1261 avec Marguerite de Passavant en otage à Constantinople, où elle devait plus tard se marier ; il meurt peu après le prince Guillaume en 1278, laissant son titre de connétable et ses terres à son fils Jean (6). ; : ; (1) Tafel et Thomas, Urkunden, III, pp. 46-55, nos 348-349 ; — Sanudo, Istoria di Romania, p. 108 (et . 1, pp. 108-111, où est reproduit le texte du traité). Cf. Hopf, I, pp. 285B-286A ; — Longnon, V empire latin, p. 230 ; — Thiriet, Romanie vénitienne, p. 102. (2) L. de la conq., § 323, — Chron. gr., v. 4404. (3) Elle fut autorisée à en sortir et à se marier par le pape, Registres d'innocent IV, éd. Berger, III, col. 40, n° 5647 (15 avril 1252) ; le document ne dit pas qui elle devait épouser, mais il est peu probable qu’elle ait contracté un premier mariage avant de devenir la femme de Léonard de Veroli. (4) L. de la conq., § 517. (5) Divers personnages portant le nom de Ghauderon sont mentionnés en Champagne, notamment un Jean Ghauderon, vers 1274-1275, à Saint-Hutin où les Villehardouin avaient des possessions, cf. A. Longnon, Documents relatifs au comté de Champagne, i, p. 411 B, n° 7257. (6) Geoffroy Ghauderon n’est cité que par le L. de los fech., §§ 119, 202, 385, 418, 421, qui donne d’ailleurs une fois, § 305, le nom de Jean où l’on attendrait Geoffroy. Jean est cité par le L. de la conq., §§ 328, 502, et par la Chron. gr., vv. 4566-4567, 7820, et simplement Ghauderon, vv. 7309, 7720. Les textes donnent les formes , les plus diverses pour ce nom : L. de la conq. : Ghauderon et Gauderon, — Chron. gr. : , , , , , , — L. de los fech.: Escaldron, Chadron et Jadron, Ladron, 10
128 RECHERCHES HISTORIQUES A ces seigneurs dont on ne sait quand ils arrivèrent exactement en Morée s’ajoutent ceux qui vinrent s’y fixer, fuyant Constantinople reprise par les Grecs. L’empereur Baudouin, pour aller en Occident chercher du secours, après avoir traversé l’Eubée et la Béotie, avait dû venir s’embarquer à Clarence. Parmi ses compagnons quelques-uns restèrent en Morée ; le prince saisit cette occasion de combler les vides faits par la guerre dans la noblesse moréote et leur accorda des terres prises sur son domaine (1). La chronique grecque cite Geoffroy d’Aunoy ou d’Aulnay, fils de Vilain qui reçut après 1261, avec le titre de baron, Arkadia, en Messénie, qui avait été concédée à la conquête à Geoffroy Ier de Villehardouin (2). Il eut un fils du nom de Vilain qui apparaît plus tard, après 1282. Anselin de Toucy est le fils d’un seigneur de l’Yonne, Narjot, venu à Constantinople à l’époque où Pierre de Courtenay avait été appelé au trône impérial ; Narjot avait eu deux fils dont l’un, Philippe, fut bail de Constantinople, et, prisonnier un moment des Grecs après la chute de la capitale, passa ensuite au service du roi Charles Ier d’Anjou. L’autre, Anselin, avait combattu à la bataille de Pélagonia ; fait prisonnier, il vint après sa captivité s’établir en Morée où il épousa la veuve d’Othon de Durnay, baron de Kalavryta ; il devait jouer un rôle important auprès du prince, puis dans ses rapports avec le roi de Sicile (3) ; sa sœur Marguerite était devenue la femme de Léonard de Veroli. A ces noms bien connus la chronique en ajoute d’autres dont nous ne savons rien, les Alni, les Brice, les Plancy ou Planchy, les Espinas, les Agny, les Aby et les Nivele (?), signalant encore qu’il y en avait bien d’autres, chevaliers, sergents et même des gentilshommes grecs dont elle ne rappelle pas les noms (4). Il faudrait sans doute y joindre les noms — Cron. di Morea : Cassandro, — les actes des Registres angevins : Calderonus ou Cardaronus, cf. Fr. Cerone, La sovranità napoletana , I, pp. 48, . 1, et 49, . 1. (1) L. de la conq., § 87, — Chron. gr., vv. 1301-1337. Le L. de los fech., §§ 241-243, signale le passage de l’empereur Baudouin en Morée, sans mentionner que certains de ceux qui l’accompagnaient y restèrent ; il groupe tous les noms dans la liste des barons et chevaliers qui auraient reçu des terres dès le début, §§ 115-135. , Vilain d’Aulnay, parmi les compagnons de l’empereur (2) La Chron. gr., v. 1325, cite Baudouin qui se fixèrent en Morée ; le L. de los fech., § 124, donne le nom de Jupe de Anoé, dans la liste des barons attribuée au début du siècle, ce qui ne peut être admis ; quant au L. de la conq., §§ 702-736, 740, 747-753, il parle de Geoffroy : Goffroy d'Anoée, Annoée ou Anoé , à propos d’événements datant de 1292, cf. Chron . gr., , — Cron, di Morea, p. 465 : da Noim. Le nom doit être en français Aulnay, plusieurs v. 8760 : fois représenté dans les régions de la Marne et de l’Aube d’où sont venus beaucoup de croisés au xme siècle ; en fait cette famille vient d’Aulnay l’Aître dans la Marne. La forme Anoé s’explique probablement par l’inter¬ médiaire d’une forme italienne de la version originale de la Chronique, cf. Longnon, L. delà conq. Introduction, Dans le latin des actes des Registres angevins, la forme courante est de Alneto. Sur Vilain, père de p. lxxxiii. Geoffroy, v. J. Longnon, Recherches sur Villehardouin, p. 44, et G. Robert, La Maison d'Aulnay, Nouv. Revue de Champagne et de Brie, XI, 1933, pp. 168 et suiv. Sur Geoffroy, le L. de la conq., § 702, signale qu’il avait été dans les prisons de Constantinople avec le prince, et qu’il y avait appris le langage et la manière des Grex ». (3) Anselin de Toucy ou Tucy est cité comme venu après la chute de Constantinople par le L. de la conq., § 87, qui précise § 357 qu’ il fu nés et norris en Romanie et savoit la langue et les maniérés des Grex », — par , la Chron. gr., vv. 1321, qui le nomme , et une fois , v. 5233. Cf. L. de los fech., §§ 360 370 : Ancel, Ancelin, Anselm ou Antelm de Tuti. Sur les Toucy, v. J. Longnon, Les Toucy en Orient et en Italie au XIII e siècle, Extr. du Bull, de la Soc. des Sc. hist, et nat. de l’Yonne 1953-1936, Auxerre 1958, et en parti¬ culier pp. 7-8 sur Anselin. « de la conq., §§ 85-87, — Chron. gr., vv. 1301-1336. Voici la liste des personnages cités par la version ceaux de Planchy 87, avec les noms grecs correspondant : « Ceaux d’Alni, ceaux de Brice (), (), ceaux d’Espinas (), ceaux d’Agni (), ceaux de Nivele » ; la Chron. gr. ajoute les . On peut se demander si les Alni et les Agni, dont la Chron. gr. ne donne qu’un équivalent, , ne sont pas un seul et meme nom, et si ce n’est pas une erreur qui fait placer ici « Nivele », alors qu’il y avait (4) française, L. §
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 129 que la chronique aragonaise est seule à citer dans la liste attribuée à 1209, et que nous avons rappelés les Foucherolles, les Vidoigne, les La Montea, les Lini ; seules les deux premières familles nous sont connues par ailleurs, à l’occasion d’événements du dernier quart du siècle (1). Guillaume de Villehardouin pouvait d’autre part espérer obtenir des appuis extérieurs. L’empereur Baudouin, réfugié en Italie, avait sollicité et obtenu du roi Manfred, beau-frère de Guillaume, la promesse d’une aide efficace pour reconquérir sa capitale ; par l’intermédiaire de Manfred ou personnellement, il avait informé le pape Urbain IV de la gravité de la situation en Orient et l’avait amené à s’intéresser activement à la lutte contre Michel Paléologue. Le pape releva tout de suite le prince des serments qu’il avait dû prêter à Constantinople pour recouvrer la liberté, lui permettant ainsi de reprendre sans scrupule la lutte contre les Grecs (2). : Conflits avec les Grecs en 1263 et 1264. — Les hostilités éclatèrent cependant avant que les puissances occidentales ne fussent en mesure d’intervenir en faveur de Baudouin II ou au secours de la principauté. Seule la Chronique de Morée a gardé le souvenir de ces luttes ; en l’absence de toute autre source, il faut la suivre, en signalant ce que le récit peut contenir de discutable : elle présente au moins cet intérêt de nous renseigner sur les lieux où se sont déroulées les opérations. L’occasion du conflit fut un voyage que Guillaume de Villehardouin fit en Laconie : il aimait particulièrement la région et voulut la revoir peu après son retour, proba¬ blement vers la fin de 1262. Il vint à Lacédémone ; mais les Grecs de Mistra, croyant qu’il venait pour les attaquer, firent savoir par lettres au gouverneur byzantin de Monemvasie que le prince les menaçait. Michel VIII, averti à son tour que le prince avait commencé la guerre, organisa une expédition sous le commandement de son frère, le sévastokrator Constantin, assisté de divers dignitaires de l’empire, dont le grand-domestique Alexis Philès et le parakimomène Makrynos : l’armée composée de Grecs et de mercenaires turcs (3) fut transportée dans l’été de 1263 sur des navires dont une partie au moins étaient génois (4). Pour mener la lutte avec plus de succès, les Byzantins, qui ne disposaient que d’un territoire très réduit, firent appel contre déjà en Morée des Nivelet qui durent peut-être dès ce moment abandonner leur ancienne baronnie pour de nouvelles terres. La liste est très abrégée dans la Cron. di Morea, p. 422, et manque dans le L. de los fech. qui donne à la date de 1209 une liste datant (1) L. de los fech., §§ 132-133. (2) G. Pachymère, Mich. Paléol., en réalité de 1260. I, 31, CSHB, pp. 88-89 ; — A. Dandolo, Chron. ven., RIS, XII, p. 306, précise que le pape fit annuler par l’évêque de Modon, les engagements pris par le prince. Cf. E. Jordan, Les origines de la domination angevine, pp. 387-389 ; sur l’ensemble des événements de 1262 à 1264, v. Zaky thènos, Le despotat grec, I, pp. 27-28 ; — Longnon, L'empire latin , pp. 231-234 ; — D. J. Geanakoplos, Michael Palaeolo gus, pp. 156-160, 171-175. Sur la politique du pape, v. ci-dessous. (3) L. de la conq ., §§ 329-331, — Chron. gr ., vv. 4513-4558, — le L. de los fech., §§ 310-311, plus bref, attribue la rupture de la trêve aux Grecs ; — G. Pachymère, Mich. Paléol., III, 16, CSHB, I, pp. 205-206. Le L. de la conq., § 336, et la Chron. gr., vv. 4629-4643, distinguent deux expéditions, la première sous Makrènos, la seconde, en renfort, conduite par Constantin ; il n’est pas possible de savoir si les troupes furent envoyées de Byzance à Monemvasie en une ou en deux fois. (4) Plusieurs textes ou documents font allusion à des transports militaires assurés par la flotte génoise : Annales Ianuenses , éd. L. T. Belgrano et C. Impériale, Annali Genovesi, IV, p. 51, A. Dandolo, Chron, ven., RIS, XII, p. 311, — Registres d'Urbain IV, éd. J. Guiraud, II, p. 100, n° 229 (7 mai 1263).
130 RECHERCHES HISTORIQUES le prince aux tribus montagnardes du Taygète et de Tsaconie ; cédant aux promesses faites de la part de l'empereur et à leur caractère indocile, elles se soulevèrent contre le prince (1) ; d'après la chronique aragonaise, les Byzantins auraient cherché par ruse à détacher les vassaux grecs de l'intérieur et en particulier ceux du seigneur de Karytaina (2). D'autre part, le protostrator Alexis Philanthropènos, à la tête de la flotte byzantine, attaquait les côtes de Laconie et soumettait tout le rivage de Monemvasie jusqu'au Magne ; il semble d'ailleurs avoir aussitôt tiré de ces régions des contingents pour garnir ses navires de soldats et de rameurs (3). Les Grecs se mirent à occuper le pays tout autour de Monemvasie, vinrent mettre le siège devant Lacédémone, bâtissant des forteresses pour mieux tenir le pays (4). Le prince Guillaume ne semble pas s’être opposé à cette offensive au contraire il serait alors parti pour Corinthe afin de solliciter l’aide de ses vassaux de Grèce centrale, ce qui prouve, notons-le en passant, qu’il n’avait pas d'intention belliqueuse en venant à Lacédémone en 1262, sinon il eût fait des préparatifs de guerre plus tôt. Profitant de son absence, Constantin décida d’aller attaquer la région où la domination franque était le plus solidement installée, l’Élide : abandonnant le siège de Lacédémone, l'armée passa près du mont Chelmos, campa un soir près de Véligosti, puis le lendemain dans la plaine de l'Alphée, sous Karytaina ; enfin, suivant la vallée du fleuve, où les mercenaires turcs incendièrent le couvent d’Isova, elle alla prendre position près du village de Prinitsa : les habitants de la Skorta s’étaient joints à elle (5). Devant cette offensive hardie, la principauté semble dépourvue de tout moyen de défense le prince est à Corinthe avec son armée ; Geoffroy de Briel, seigneur de Karytaina, a quitté le pays pour l'Italie, sous prétexte d'y faire un pèlerinage en exécu¬ tion d’un vœu fait en captivité à Constantinople, en réalité pour y vivre en la compa¬ gnie de la femme d'un de ses vassaux Jean de Katavas, et son absence explique la défection des habitants de la Skorta, qu'il avait su s'attacher (6). Le prince avait : : (1) L. de la conq., §§ 332-333, — Chron. gr ., vv. 4571-4578, 4586-4593, — Cron. di Morea , p. 449 ; — L. de los fech ., § 310, dit simplement que beaucoup de Grecs se révoltèrent. (2) L’épisode raconté par le L . de los fech., §§ 312-334, est curieux et particulièrement intéressant sur les rapports entre seigneurs francs et vassaux grecs, dont quelques-uns furent faits chevaliers à cette occasion, mais on ne peut le situer dans le temps : il ne peut prendre place au cours de la campagne de 1263. (3) G. Pachymère, Mich. Paléol. , III, 15, 17, CSHE, I, pp. 204-205, 20). Philanthropènos garnit ses navires de soldats « gasmules » et de rameurs spécialisés, et de Laconiens que l’empereur avait fait transporter à Constantinople ; cf. ibid., IV, 26, CSHB, I, p. 309. Un point reste obscur, il est vrai, c’est à quel moment l’empereur aurait fait procéder à un transport de populations péloponésiennes dans la capitale. Cf. Zaky thènos, Le despotai grec, II, pp. 18-19. (4) G. Pachymère, Mich. Paléol., III, 17, CSHB, I, p. 207, — L . de la conq., §§ 332, 336-337, — Chron. gr., vv. 4595-4596, 4618-4624, — Sanudo, Istoria di Romania, p. 116. (5) L. de la conq., §§ 337-338, présente ensuite une lacune, — Chron. gr., vv. 4463-4677, — Cron. di Morea, p. 449, — L. de los fech., § 349-350 ; — cf. Registres d' Urbain IV, éd. J. Guiraud, II, p. 100, n° 228. D’après Sanudo, Istoria di Romania, p. 116, les Grecs vinrent jusqu’à Andravida et y assiégèrent le prince. La défection des habitants de la Skorta, vassaux ou sujets du seigneur de Karytaina s’explique dans la Chronique par l’absence de Geoffroy de Briel, ce qui rend plus difficile de placer à cette date l’épisode conté par le Libro de los fechos, auquel nous avons fait allusion ci-dessus. (6) La chronique raconte longuement ce nouvel épisode de la vie de Geoffroy de Karytaina : L. de la conq., §§ 399-407, — Chron. gr., vv. 5739-5843, — Cron. di Morea, pp. 449-450, — L. de los fech., §§ 332-334,
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 131 précisément confié la garde du pays à Jean de Katavas ; bien que celui-ci fût vieux et podagre — ce qui explique qu’il n’ait pas suivi l’armée, — il réussit à grouper trois cents chevaliers, monta avec eux par Krestaina et vint prendre position dans le défilé d’Agridi Kounoupitsa. Au matin, Constantin Paléologue envoya mille hommes contre cette petite troupe ; mais, sous la conduite énergique de Jean de Katavas, les Francs rompirent les rangs des Grecs et se précipitèrent vers le camp du sévastokrator. L’issue de cet engagement entre des forces si disproportionnées surprit si fort les Grecs qu’ils crurent à quelque intervention miraculeuse en faveur des Francs ; Constantin, dont le gros des troupes n’était pas prêt à la bataille, s’enfuit précipitam¬ ment et put se retirer par Lévitsa jusque vers Kapelè. Les troupes trouvèrent un refuge dans la région montagneuse et boisée de Prinitsa (1). L’année suivante, pour venger la défaite, le sévastokrator assembla dans la plaine Sapikos une armée nombreuse où les contingents moréotes du Taygète, de Tsaconie, de de Monemvasie, de la Skorta, tenaient une place importante. Il passa de nouveau au pied de Karytaina, puis à Prinitsa, ayant Andravida pour objectif. Mais l’issue de la campagne fut aussi désastreuse pour lui. Quand il se trouva en présence de l’armée du prince, près de la chapelle de Saint-Nicolas-de-Mesiscli, au-dessus du village de Sergiana entre Palaiopolis et Gogonas, un accident décida de la bataille Michel Cantacuzène, explorant le terrain à cheval devant le front des troupes, fît une chute ; les Francs se jetèrent sur lui et le tuèrent. Sa mort mit la confusion dans les rangs des Grecs qui se retirèrent, sans que le prince semble les avoir poursuivis, et allèrent mettre le siège devant Nikli (2). Malgré l’échec de l’expédition vers Andravida, l’armée grecque restait redou¬ table. Mais un événement changea le rapport des forces : les mercenaires turcs, n’ayant pas reçu leur solde, décidèrent d’offrir leurs services au prince ; ils vinrent donc par la vallée de l’Alphée jusqu’en Élide à Beauregard ou à Vliziri ; deux envoyés se rendirent à Andravida où ils discutèrent avec Anselin de Toucy qui avait appris le grec et le turc à Constantinople. Un accord fut conclu et les Turcs commandés par leurs chefs Mélic et Salie entrèrent au service de Guillaume de Villehardouin (3). : 375-378 1263 ; — Sanudo, Istoria di Romania , pp. 116-117. Le départ de Geoffroy doit être antérieur et son absence dura deux à l’été de ans. (1) Chron. gr ., vv. 4678-4855. Les manuscrits de la chronique présentent ici de graves lacunes : on ne trouve ce récit ni dans le Livre de la conquête, ni dans la version italienne ; le Libro de los fechos , §§ 348-358, place cette campagne après celle que la Chronique grecque raconte la première. Mais l’authenticité de la bataille de Prinitsa est confirmée par Sanudo, Istoria di Romania , p. 118. Il est évident que cette rencontre fut surtout une surprise ; mais il nous semble que le récit de la chronique, dépouillé de son ton d’épopée populaire, peut être considéré comme plus proche de la vérité que ne veut Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 36-38. (2) Chron. gr., vv. 5016-5084, — L. de la conq ., §§ 339-342, — L. de los fech., §§ 337-345. Le manuscrit de Copenhague de la Chronique grecque présente aussi une lacune ici à partir du v. 4854, laquelle est en partie seulement comblée par 21 vers du ms. de Paris. La chronologie du Libro de los fechos est considérée comme préférable par St. Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 149-178; mais Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 39, n. 3, en montre les défauts. (3) L. de la conq., §§ 345-359, — Chron. gr., vv. 5098-5258, — L. de los fech., §§ 359-362 ; — Sanudo, Istoria di Romania, p. 118. Les détails diffèrent d’un texte à l’autre : l’itinéraire et le point où s’arrêtèrent les Turcs en attendant le résultat des négociations est, suivant les versions de la chronique, Beauregard, Vliziri ou Roviata ; le Libro de los fechos ne cite que Mélic comme chef et attribue à Anselin de Toucy la connaissance du turc, et non seulement du grec. Enfin Sanudo place l’épisode avant la bataille de Prinitsa, dont il attribue l’heureuse issue à la présence des Turcs.
132 RECHERCHES HISTORIQUES L'armée ainsi renforcée prit l'offensive : mais au lieu d'aller attaquer les Grecs en passant par les chemins difficiles de la Skorta révoltée, les Francs opérèrent un mou¬ vement tournant par Koprinitsa et Moundra pour atteindre la Messénie et de là remonter vers l'Arcadie par le défilé de Makryplagi. C'est dans ce passage que le choc eut lieu entre l'armée du prince et celle des Grecs : elle se termina par la victoire des Francs (1). Les chefs grecs furent pour la plupart faits prisonniers : Philès devait mourir en captivité au château de Clermont, tandis que Makrynos fut échangé avec Philippe de Toucy, bail de Constantinople et frère d'Anselin, et qu'Alexis Kavallarios dut être libéré également (2). L'armée du prince se regroupa à Yéligosti ; on décida d'aller porter la guerre contre les forteresses de l’empereur. Le prince envoya Anselin de Toucy et Jean de Katavas vers Lacédémone qu’ils trouvèrent abandonnée ; il la repeupla et s’y installa tandis que ses troupes attaquaient Mistra et pillaient la Tsaconie et l’Hélos jusqu'aux portes de Monemvasie (3). Cette offensive fut arrêtée, d'après la Chronique, par une nouvelle révolte de la Skorta qui aurait fait une première soumission immédiatement après la bataille de Makryplagi : le prince furieux fit réprimer brutalement ce nouveau soulèvement par Anselin de Toucy à la tête des Turcs, puis il rentra en Élide (4). Les Turcs deman¬ dèrent alors à rentrer chez eux ; ils furent donc licenciés, mais quelques-uns restèrent en Morée, s'y firent baptiser et y reçurent des terres ; leurs descendants vivaient encore au xive siècle dans les villages de Vounarvè et de Renta (5). Le narrateur passe ensuite au récit du voyage de Geoffroy de Karytaina en Italie (6), puis à celui de la conquête du royaume de Naples par Charles d’Anjou, pour ne revenir sur la suite des événements militaires en Morée que beaucoup plus loin. Il faut donc supposer (1) L. de la conq ., §§ 360-372, — Chron. gr., vv. 5259-5410, — L. de los fech ., §§ 363-371. Cf. Hopf, I, p. 288 B ; — Miller, The Latins , pp. 123-124 ; — Longnon, L'empire latin , p. 233. (2) L. de la conq., §§ 373-378, 380-385, — Chron. gr., vv. 5411-5465, 5478-5483 ; — le L. de los fech., § 372, signale seulement que quatre Turcs firent prisonnier le frère de l’empereur, mais s’enfuirent ensuite avec lui ; les autres versions mentionnent le grand domestique sans nommer Constantin Paléologue ; d’après G. Pachy mère, Mich. Paléol., III, 17, CSH B, I, p. 207, il avait quitté la Morée même avant la rencontre de Sergiana, aucune version ne dit quel fut son sort en captivité ; il est probable qu’il n’assistait pas à la bataille, car Philès mourut à Clermont d’après Pachymère, ibid., et Makrènos, libéré en échange de Philippe de Toucy, rentra à Constantinople, mais accusé d’avoir voulu livrer la Morée au prince, il fut aveuglé, Pachymère, ibid., CSHB, I, pp. 208-209. Cf. Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 39-40 ; — Longnon, L'empire latin, p. 234. (3) L. de la conq., §§ 385-388, — Chron. gr., vv. 5584-5626 ; d’après le premier, § 386, l’expédition contre la Laconie est commandée par Anselin de Toucy et Jean de Saint-Omer : c’est évidemment une erreur pour Jean de Katavas cité par la version grecque. (4) L. de la conq., §§ 379, 389-395, — Chron. gr., ne mentionne qu’une soumission de la Skorta après la vv. 3469-3477, 5627-5709. Le L. de los fech., §§ 373-374, bataille de Makryplagi et omet l’offensive contre Mistra et Monemvasie. (5) L. de la conq., §§ 396-397, — Chron. gr., vv. 5710-5738; — Sanudo, Isioria di Romania, p. 118. Le L. de los fechos, § 363, se contente d’indiquer que Mélic, au moment où il vint se mettre au service du prince, épousa la dame de « la Poliça et de Simico ». (6) Cet épisode n’offre pas d’intérêt particulier pour nous : voir L. de la conq., §§ 398-414, — Chron. gr., vv. 5739-5921, — Cron. di Morea, pp. 116-117. Le L. de los fechos raconte d’abord le départ de Geoffroy, §§ 332-334, avant les batailles que nous venons de rappeler, puis son retour, §§ 375-381 ; — Sanudo, Isioria di Romania, pp. 116-117. Cf. Hopf, I, p. 289 ; — Miller, The Latins, p. 124; — Longnon, L'empire latin, p. 234.
LA PRINCIPAUTÉ qu’il y eut, après calme SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN les campagnes que nous venons de et sans véritable bataille. 133 rapporter, une période plus Chronologie des années 1262 à 1265· — Nous avons relevé au passage des incertitudes ou des obscurités dans la chronologie de ces campagnes en Morée : elles sont fréquentes dans tous les récits de la Chronique. Il est possible que le manus¬ crit original ait été très tôt altéré en ce point, qu’un ou deux feuillets aient été dé¬ placés puis perdus, ce qui expliquerait l’interversion des épisodes dans la version aragonaise, la lacune du manuscrit de Paris de la Chronique grecque et celle, plus grave, du Livre de la Conquête. Le témoignage de Pachymère n’apporte pas une pleine lumière, même si, sur certains points, il paraît plus solide (1). Sans doute quelques-uns des faits racontés par la Chronique sont peu vraisemblables, comme la révolte de la Skorta quelques semaines après sa première soumission : il est probable que la région n’a été soumise qu’une fois après Makryplagi. Mais que de violents combats se soient livrés en Morée en 1263-1264, la chose est certaine ; bien qu’ils se fussent terminés par un échec pour les Grecs, ils avaient causé de graves dommages dans le pays et la situation déplorable de la principauté à cette date est révélée par la correspondance pontificale qui confirme ainsi la chronologie tradi¬ tionnelle (2). Cette chronologie s’accorde aussi avec ce que nous savons de la diplomatie et des entreprises des puissances occidentales. Baudouin II avait essayé d’intéresser à sa cause le roi Manfred de Sicile et le pape Urbain IV, nous l’avons vu. Ce dernier était intervenu très tôt pour tenter de détourner les Génois de l’alliance avec Michel Paléologue et, ne pouvant y réussir, il devait les excommunier en 1264 (3). D’origine champenoise comme la famille des Villehardouin, il lance en mai et juin 1262 de nombreux appels en particulier au roi saint Louis et au clergé français, pour attirer l’attention sur la situation grave de la principauté d’Achaïe, en vue d’une croisade contre Michel Paléologue ; mais il n’obtint que peu de résultats (4). En avril 1263, le pape invite les évêques latins de Morée à aider le prince en fournissant de l’argent et des machines de guerre (5). (1) Zakythènos, Le despoiat grec , I, p. 43, s’est demandé s’il ne fallait pas modifier profondément cette chronologie, d’après les documents vénitiens qui signalent la présence en Morée du sévastokrator dont Pachy¬ mère situe le départ entre les batailles de Sergiana et de Prinitsa, Tafel et Thomas, Urkunden, III, pp. 170-171, 231, 232, 254-255 ; ces documents font allusion à des actes de piraterie accomplis en Morée par des Grecs au détriment de Vénitiens pendant la période postérieure à la trêve conclue par Venise avec Michel VIII en 1265 jusqu’en 1278 : l’un d’eux, pp. 254-255, fait allusion au sévastokrator à l’occasion d’un incident qui s’est passé en 1270 ; donc la bataille de Prinitsa devrait être postérieure à cette date ; il est difficile, croyons-nous, de tirer de ces allusions des conclusions aussi rigoureuses, en contradiction avec le récit de la Chronique cohérent sinon toujours sûr dans le détail. (2) Voir surtout Registres d'Urbain IV, éd. J. Guiraud, II, pp. 292-293, n°577, dont nous citons ci-dessous un extrait. La gravité des luttes est confirmée par Sanudo, Istoria di Romania, p. 118, mais sans date. (3) Registres d'Urbain IV, éd. Guiraud, II, pp. 72-73, 101-102, 341-342, 361-362, n°s 182, 229, 719, 756, — Annales Januenses, IV, p. 44. Cf. F. Donaver, La Storia delta Republica di Genova, I, p. 149. (4) A. Dandolo, Chron. ven., RIS, XII, p. 311, — Registres d'Urbain IV, éd. Guiraud, II, pp. 46-49, nos 131, 137 ; — Tafel et Thomas, Urkunden , III, p. 57 ; cf. E. Jordan, Les origines de la domination angevine, pp. 387-388. (5) Circulaire adressée aux archevêques de Patras, Corinthe, Athènes, aux évêques de Coron, Modon, Lacédémone, Argos, Oléna, Négrepont, Registres d'Urbain IV, éd. Guiraud, II, pp. 102-103, nos 231-232 (27 avril 1263) ; cf. E. Jordan, op. cil., p. 396 ; — B. Roberg, Die Union zwischen der griechischen und der lateinischen Kirche, pp. 37-38.
134 RECHERCHES HISTORIQUES D’autre part Venise, que Gênes avait supplantée en Orient grâce à l’alliance faite avec l’empereur, était naturellement disposée à agir vigoureusement contre Michel Paléologue. Dès mars 1262, Venise avait armé trente galères, pour les envoyer en Romanie (1). Entre mai et juillet 1263, tandis que le prince Guillaume se battait sur terre, une flotte vénitienne rencontra la flotte gréco-génoise et remporta sur elle une victoire brillante près des côtes de Morée au sud de l’île de Spetsai : les navires génois vinrent se réfugier à Monemvasie (2). N’ayant pas obtenu de réponse favorable à ses appels en faveur delà principauté et devant la résistance heureuse des Latins contre les Grecs, le pape tenta de régler le conflit avec Michel Paléologue par la diplomatie ; l’empereur laissait croire en effet qu’il était prêt à accepter l’union des Églises ; Urbain IV y voyait une possibilité de rétablir la paix alors qu’il désirait lui-même avoir toute sa liberté pour mettre à exécution ses projets contre Manfred, roi de Naples (3). Ces négociations n’aboutirent à rien. Aussi en 1264 la guerre recommence-t-elle en Morée, et le pape lance de nouveaux appels en vue d’une croisade pour reprendre Constantinople et secourir la principauté d’Achaïe dont il fait un tableau très sombre. La correspondance pontificale vient ainsi confirmer que la principauté, menacée en 1262, est dans une situation particulièrement grave en 1263 et encore en 1264, dates que nous admettons pour celles des expéditions grecques en Morée (4). (1) Tafel et Thomas, Urkunden (2) Annales J anuens es, IV, p. 51 da Canale, II, 130-134. Cf. Manfroni, III, pp. 44-45, n° 347. — A. Dandolo, Chron. ven., RIS , XII, pp. 311-312; — Martino Storia della marina italiana , II, pp. 5-10 ; — S. Romanin, Storia documentata di Venezia , II, p. 272. Zakythènos, op. cit ., p. 32 et n. 3, situe le lieu de la bataille dite des Sette-Pozzi près de Nauplie, sur les côtes de l’île d’Hydra, d’après le ms. italien 1410 de la Bibliothèque natio¬ nale de Paris, f. 109 v°. Il est évident que le nom de Sette-Pozzi est une interprétation italienne du nom de Spetsai ou de Spetsaipoula, la petite Spetsai, île et îlot du golfe d’Argolide, comme l’a vu déjà W. Heyd, Histoire du commerce du Levant , I, 431, n. 3, qui cite à l’appui Y Atlas Luxoro ; on retrouve le nom de Sette Pozzi sur bien d’autres cartes anciennes, mais il est ignoré du Portulan grec ; v. aussi E. Armao, In giro per il Mar Egeo con V. Coronelli, p. 327. — La Chronique du Monachus Patavensis, RIS, VIII, col. 717, fait allusion à une alliance entre Venise et le prince, qu’aucun document ne confirme. Tous les historiens ont insisté sur l’importance de l’événement : v. en dernier lieu D. J. Geanakoplos, op. cit., pp. 152-154 ; — Thiriet, Romanie vénitienne, p. 147. (3) Registres d'Urbain IV, éd. Guiraud, II, pp. 134-140, n° 295 : dans cette lettre adressée, le 18 juillet 1263, à Michel Paléologue, il fait allusion à la guerre contre le prince d’Achaïe ; mais, II, p. 151, n° 325, il invite le 1er août, le prince à cesser de combattre les Grecs. Cf. E. Jordan, op. cit., pp. 399, et 406-408 sur la politique générale d’Urbain IV à l’égard de l’empereur; — W. Norden, Papstium und Byzanz, pp. 427-428; — Geana¬ koplos, op. cit., pp. 157, 165-166 ; — B. Roberg, op. cit., pp. 38, 44-45 : le pape n’a encore aucune nouvelle en mai 1264 de la mission qu’il a envoyée auprès du prince. (4) Registres d ’ Urbain IV, II, pp. 292-294, nos 577-579 : lettres du 13 mai 1264 aux évêques de Maestricht, de Coron, et au duc de Bourgogne ; en particulier, p. 293 : Sane Greci scimastici ex captione Constantinopoli tane civitaiis elati vento superbie ...ad terram principaius Achaye depopulalrices manus extendunl, et ut ibidem in devoiis ecclesie filiis exlinguant penitus nomen matris, quamlibet partem principaius ejusdem coniinuis insul tibus, quamduris obsidionibus illius municipia et civitates anguslant ; et ibidem irremediabililer omnem terre faciem cunctis ad usum generis humani nasceniibus ex ipsa, dénudant ; tantumque jam inibi diminuerunt numerum fidelium populorum et tantum eos, qui residui sunt, prediciis et aliis diversis afflictionibus attriverunt, quod vix aliqua superest fiducia seu spes, ut iidem , absque aliorum fidelium Christi succursu diu valeant persequentium manus effugere , et terram illam vero Christi cultui conservare prout hactenus per litteras prelatorum, principum et baronum illarum partium ac spéciales nuncios ad apostolicam sedem exinde iransmissos, nobis innotuii evidenter. Cf. G. Brom, Bullarium Trajectense, I, La Haye, 1892, pp. 115-117. Ces textes constituent un des arguments les plus solides pour maintenir en 1263-1264 les campagnes des Grecs de Monemvasie en Morée. V. Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 29; — Geanakoplos, op. cit., pp. 157, 165-166, 175-180. , ;
LA PRINCIPAUTÉ La situation SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 135 évolua de nouveau avant la fin de Tannée. Venise entama des négociations pour tenter de regagner par la diplomatie une place à Constantinople. Le début de 1265 marque un apaisement en Orient, provoqué par les circonstances extérieures. L’appel à la croisade était resté sans écho, et le prince ne pouvait espérer des secours pour poursuivre la guerre le pape était absorbé par sa politique italienne, Venise cherchait à reconquérir sa place à Constantinople. Michel VIII de son côté, après les échecs sur mer et sur terre, s’efforça de renouer des relations amicales avec Guillaume il lui proposa de marier son fils Andronic, le futur empereur Andronic II, à la fille unique du prince, Isabelle, héritière de la principauté ; c’eût été préparer, au cas où elle n’aurait pas de frère, le rattachement pacifique de la Morée à l’empire. Les feudataires de Morée opposèrent un refus catégorique à la proposition qui pouvait avoir d’aussi graves conséquences (1). D’autre part, l’empereur reprenait habilement les négociations pour l’union des Églises et se montrait disposé à reconnaître la primauté du pape, ouvertures qu’Urbain IV accueillit très favorablement (2). Enfin, répondant aux démarches vénitiennes, Michel Paléologue, qui avait déjà renvoyé la flotte génoise, rompit avec Gênes à la suite d’un complot du podestat génois à Constan¬ tinople et essaya de se rapprocher de Venise : en mars 1265, celle-ci envoya deux ambassadeurs à Byzance pour négocier un nouveau traité. De graves soucis attiraient d’ailleurs l’attention de l’empereur et allaient l’obliger à concentrer toutes ses forces contre d’autres ennemis que les États latins, le prince de Serbie, Étienne Ouroch, et le tsar de Bulgarie, Constantin Tech, qui remportèrent en 1265 une victoire complète sur les Grecs (3). Le traité avec Venise fut rédigé aussitôt après ; il reconnaissait les possessions vénitiennes de Romanie, Coron et Modon entre autres, comme appar¬ tenant à la Commune ; mais celle-ci se refusa à ratifier le texte accepté par ses ambas¬ sadeurs (4). En Morée, à la fin de la campagne de 1264, le prince avait renoncé à pousser ses avantages en continuant le siège de Mistra et de Monemvasie ; ayant soumis les régions révoltées, il licencia, on Ta vu, les mercenaires turcs. Pendant quelques années le pays jouit d’une accalmie. Mais les campagnes de 1263-1264 avaient causé de graves dommages à la Morée franque. Avaient-elles eu pour conséquences de nouvelles pertes territoriales? Il est très probable que les Grecs avaient réussi à occuper de façon définitive tout le littoral de Monemvasie au Magne, que la baronnie de Passavant était donc désormais perdue ; il paraît difficile de supposer que Géraki ne soit pas également tombé entre leurs mains (5). : : (1) Sanudo, Istoria di Romania , pp. 135-136. (2) Voir la lettre de Michel VIII dans Wadding, Annales minorum , pp. 223-225, et Registres d'Urbain IF, éd. Guiraud, II, pp. 135-140, 151, 346-357, 405-408, n»· 295, 324-336, 748, 848. (3) Cf. H G, h.m.a.j IX, pp. 202-203; — C. Chapman, Michel Paléologue , pp. 74-75. (4) Tafel et Thomas, Urkunden , III, pp. 66-89, n° 355 ; cette trêve fut renouvelée en 1268, cf. ibid., pp. 92-100, n° 358. L’événement est signalé par diverses chroniques, cf. Fr. Cerone, La sovranità napoleiana, I, pp. 16-17 ; — Geanakoplos, op. cil., pp. 182-185 ; — Thiriet, Romanie vénitienne, p. 148. (5) On verra plus bas qu’un document désigne Kalavryta comme grecque en 1277 : des marchands vénitiens étaient alors prisonniers des Grecs dans le château, Tafel et Thomas, Urkunden, III, p. 175 ; Hopf, I, p. 287 A, en conclut qu’elle a été occupée en 1264 ; cette opinion ne nous paraît pas vraisemblable : il semble¬ rait étrange que la Chronique n’ait pas signalé la perte de cette baronnie, encore citée par les Assises de Romanie , § 43, éd. Recoura, p. 191.
136 RECHERCHES HISTORIQUES Les traités de Viterbe (1267). — Après 1264, l'intérêt se porte vers l'Occident où des événements importants se passent, qui ont eu des conséquences pour la Morée. Urbain IV avait organisé une véritable croisade contre le roi Manfred ; son successeur, Clément IV, continua cette politique qui aboutit, après la défaite de Manfred à Bénévent et sa mort, le 26 février 1266, à l'établissement sur le trône de Sicile d’un prince français, frère de saint Louis, Charles d’Anjou. C'est vers le nouveau roi que se tournèrent les espoirs des ennemis de Michel Paléologue. L'empereur Baudouin II comme Guillaume de Villehardouin, qui avaient eu tous deux des relations amicales avec Manfred, cherchèrent à nouer des liens solides avec le roi Charles et à l'entraîner dans la lutte contre les Grecs ; ils trouvèrent en lui un prince tout disposé à reprendre la politique de ses prédécesseurs, de Manfred et, avant lui, des Normands de Sicile, et à étendre ses ambitions vers l’Orient (1). Dans l’hiver 1266-1267, Guillaume de Villehardouin se rendit en Italie pour chercher des secours (2). Il arriva sans doute fin février à Viterbe (3) où se trouvaient aussi les envoyés de Michel Paléologue, qui se retirèrent bientôt (4), et l'empereur titulaire Baudouin II, qui n'avait jusque-là obtenu aucune promesse sinon celle du duc de Bourgogne, Hugues IV, gratifié, en récompense, du titre de roi de Thessa lonique. Charles d'Anjou y vint un peu plus tard ; c'est à Viterbe que les négociations entre ces divers personnages aboutirent à deux traités d'une importance capitale pour l'histoire de la Morée franque. Le premier fut conclu le 24 mai 1267 entre le roi Charles et le prince Guillaume en présence du pape et de Baudouin II (5) en échange des secours que le roi s’engageait à envoyer, Guillaume lui cédait la principauté et ses dépendances aux conditions sui¬ vantes : la princesse héritière Isabelle de Villehardouin devait épouser un des fils du roi Charles ; Guillaume continuerait, sa vie durant, à tenir sa terre avec tous ses droits ; à sa mort, la principauté reviendrait à son gendre, mari d'Isabelle, et si celui-ci mourait sans enfant avant son beau-père, au roi ou à son héritier dans le royaume. Le traité ne changeait pas la situation de fait, mais engageait l'avenir; il risquait de déposséder la famille des Villehardouin ; même si Guillaume, âgé seulement de 55 ans alors, avait encore un fils — en fait une fille naquit à peu près à cette époque — , ce fils ne jouirait : (1) Cf. Fr. Cerone, La sovrarüià napoletana, I, pp. 20-21. (2) Il est possible que l’allusion à un départ de Guillaume pour Italie au mois de décembre contenue dans la chronique de Matteo Spinello Giovenazzo, Diurnali, RIS, VII, col. 1095, et qu’on veut attribuer à la fin de 1267, se rapporte en réalité à ce premier voyage : le prince serait parti en décembre 1266. Cf. Buchon, Noua, rech., I, p. 215, . 1 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 46. (3) Un sauf-conduit est accordé le 17 février 1267 par le roi de Sicile à Guillaume pour lui permettre de se rendre auprès du pape ; un autre, le même jour, à l’élu de Lacédémone retournant de Rome en Morée où il portait des secours en nature, Del Giudice, Codice diplomatico del regno di Carlo I e II d'Angiô, I, p. 237. Cf. Fr. Cerone, l.L, I, pp. 18-19 ; — Longnon, L'empire latin, p. 236. (4) Le sauf-conduit pour leur voyage de retour à travers le royaume de Naples est daté du 21 mars Del Giudice, op. cil ., I, p. 299 ; — cf. Fr. Cerone, LL, p. 19 et . 1. (5) Sur les négociations et sur le premier de ces traités, voir la remarquable étude de J. Longnon, Le rattachement de la principauté de Morée au royaume de Sicile en 1267, JS, 1942, pp. 134-143, qui a eu le mérite de retrouver le texte de ce traité conservé aux Archives des Bouches-du-Rhône, dossier B 366, et ignoré jusque-là par les historiens; cf. Longnon, L'empire latin, pp. 236-237. Le document a été publié par le même érudit, Le traité de Viterbe entre Charles Ie * d'Anjou et Guillaume de Villehardouin (24 mai 1267), dans les Studi in onore di Riccardo Filangieri, I, Naples 1951, pp. 307-314.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 137 que d'un fief représentant un cinquième de la principauté la seule contre partie de ces conditions était la promesse de secours. Cette disproportion montre combien la situation devait être pressante et combien grave devait apparaître le déséquilibre des forces respectives des Latins et des Grecs en Morée. Trois jours plus tard, un second traité était conclu entre Baudouin II et Charles Ier, par lequel l'empereur. en échange de la promesse d’un secours de 2.000 hommes pendant un an, à équiper dans le délai de six ans, cédait la suzeraineté de la principauté de Morée, des îles de l'Archipel et des possessions de Manfred, et un tiers des terres que le roi l'aiderait à reconquérir. Le mariage de Philippe de Courtenay, fils de Baudouin avec Béatrice, fille de Charles, compléta le traité (1). Par ces actes, le prince devenu vassal du roi Charles Ier, pouvait sans doute compter sur des secours en hommes, en argent, en vivres ou en armes, dans la mesure où le roi s’intéresserait à étendre son pouvoir en Orient ; mais il perdait son indépen¬ dance, il était tenu de suivre les ordres de son suzerain et, en cas de nécessité, de se rendre à son appel. : La principauté de 1267 à la mort du prince Guillaume (1278) : la politique de Charles Ier. — Le traité signé, il convenait d’en assurer l'exécution. Pour le prince Guillaume, il fallait réaliser le mariage de sa fille avec Philippe, fils de Charles Ier, obtenir la ratification de la convention par ses feudataires et faire prêter serment par tous ceux qui pouvaient être intéressés par les clauses. C'est seulement en juin 1270 que des envoyés du roi de Sicile parmi lesquels était Anselin de Toucy se rendirent en Morée à cette fin : les châtelains et sergents des châteaux devaient s'engager à transmettre à la mort du prince les forteresses à celui qui devait hériter de la principauté, suivant le traité, les comtes, barons, communautés de bourgeois à prêter serment de fidélité à cet héritier ; la princesse Agnès elle-même devait ratifier solennellement le traité qui, au cas où elle n'aurait pas de fils, lui enlèverait à la mort de son mari tout droit sur la principauté à l'exception des terres des Villehardouin, c'est-à-dire Kalamata, et de la forteresse de Clermont qui lui avait été donnée en douaire. Le roi Charles ratifia lui-même, le 17 juin 1270, l'acte conclu à Viterbe (2). D’autre part, en vue du mariage de la jeune princesse Isabelle avec Philippe, fils de Charles Ier, le prince Guillaume s'était engagé à envoyer sa fille à la cour de Naples, où elle devait rester auprès de la reine jusqu’à la consommation du mariage. En fait Isabelle fut conduite en Italie dans l’hiver 1270-1271 ou au printemps suivant et le mariage fut célébré le 28 mai 1271 à la cathédrale de Trani ; les jeunes époux (1) Ce traité, conservé en diverses expéditions, cf. J. Longnon, JS, 1942, p. 135, . 1, a été publié depuis longtemps par Du Gange, éd. Buchon, I, pp. 455-463 ; — Buchon, Rech. et mal., I, pp. 30-37 ; — Del Giudice, Codice diplomaiico , II, lre partie, pp. 30-44 ; — E. Berger, Layettes du Trésor des Chartes, IV, pp. 220-221. Cf. Fr. Cerone, La sovranità napoletana, I, pp. 21-23 ; — G. Garabellese, Carlo d'Angiô nei rapporti politici e commerciali con Venezia e V Oriente, p. 8 ; — Longnon, L'empire latin, p. 237. (2) Charles Ier précise dans une lettre du 17 juin 1270 comment et par qui le serment devait être prêté par les barons, communes et bourgeois de Morée : G. Minieri-Riccio, La Genealogia di Carlo I di Angiô, pp. 206-207, n° 49 ; — Del Giudice, Codice diplomaiico, II, 1, p. 34, n. 2. Gf. Fr. Garabellese, Carlo d'Angiô, I, pp. 53-54 ; pour Hopf, I, p. 291 B, cette ratification a dû avoir lieu dès 1268, pp. 17-18 ; — Fr. Cerone, bien que le document porte la date de 1270 ; Zakythènos, Le despoiat grec , I, pp. 46-47, l’admet également ; J. Longnon, JS, 1942, pp. 138-139, respecte la date du document, avec raison.
138 RECHERCHES HISTORIQUES respectivement de 15 et 12 ans s’installèrent au château de l’Œuf, à Naples (1). Le retard dans la ratification de l’accord de Viterbe s’explique par les événements des années qui le suivirent. Sans avoir à en faire un exposé de détail, nous devons indiquer les conditions nouvelles où la principauté se trouve du fait de sa cession à Charles d’Anjou et donner un bref aperçu de la politique angevine, puisque la Morée âgés en est désormais un élément. Charles d’Anjou, en acceptant le trône de Sicile, nourrissait l’ambition d’étendre son pouvoir vers l’est. Il était entré en rapport avec les chefs des États latins il avait reçu à sa cour, comme l’avait fait Manfred, l’empereur titulaire de Constantinople, Baudouin II, et l’avait encouragé par des promesses ; il était devenu suzerain de la principauté d’Achaïe dont son second fils, Philippe, devait un jour hériter et il s’était fait reconnaître par Baudouin II la suzeraineté non seulement sur l’Achaïe, mais aussi sur l’Archipel moins Mytilène, Chios, Samos et Cos, ainsi que sur les terres en Épire que la princesse Hélène, fille du despote Michel, avait apportées en dot à Manfred, et sur l’île de Corfou. Partant de ces bases qui comprenaient tout ce qui était encore au pouvoir des Latins en Orient, il allait tenter d’occuper à son profit toute la péninsule balkanique et de détruire l’empire de Michel Paléologue (2). Pour réaliser cet ambitieux projet, il engagea des négociations avec tous les souverains et toutes les puissances dont il pouvait espérer légitimement pour des raisons reli¬ gieuses, économiques ou politiques, une aide ou une alliance contre l’empire grec : le Saint-Siège, les républiques de Gênes et de Venise, le roi de Hongrie, Étienne Ouroch de Serbie et Constantin Tech de Bulgarie, Jean Laskaris qu’il recueillit, le roi de France saint Louis, son frère, et Alphonse de Castille. Ces multiples négociations n’eurent pas toutes un résultat heureux et positif, soit à cause d’événements imprévus, soit parce que Michel Paléologue fut assez habile pour déjouer souvent les intentions de Charles ou pour lui créer des difficultés qui retardèrent ou empêchèrent la réalisation : de ses projets. Le premier événement qui fit obstacle à ses projets fut l’apparition en septembre 1267, d’un prétendant au trône de Sicile, Conradin, représentant les droits des Hohenstaufen. Charles était alors en Toscane. Le pape Clément IV, inquiet, enjoignit à son légat de nommer capitaine des troupes angevines assemblées à Foggia le prince Guillaume de Villehardouin (3) : celui-ci était donc en Italie à cette date, soit qu’il y fût resté, soit que, hypothèse plus probable, il y fût revenu. Le roi Charles le rejoignit, et leur armée, où figuraient de nombreux barons et seigneurs moréotes, remporta à Tagliacozzo, le 23 août 1268, une victoire complète sur Conradin qui fut exécuté (4). (1) La galère qui devait ramener la princesse avait été préparée dès l’été 1270 et des ordres pour la réception d’Isabelle furent donnés en novembre et décembre; il semble cependant qu’elle ne fit le voyage que peu avant la date du mariage. Cf. Hopf, I, pp. 291 B-292 A ; — Fr. Cerone, l.L, I, pp. 54-58, 193-200 ; — J. Longnon, JS, 1942, p. 139, et L'empire latin, p. 240. (2) V. S. Borsari, La politica bizantina di Carlo d'Angio 1266-1271, ASPN, n.s., XXXV, 1956, pp. 319 349. (3) Registres de Clément IV, éd. F. Jordan, p. 427, n° 1336. Villani, Hist, flor ., VIII, 26-27, RIS, XIII, col. 249-252 — L. de la conq., §§ 476-487, — Chron.gr ., ; vv. 6870-7100, — Cron. di Morea, p. 454, — L. de los fech., §§ 400-406. A l’exception de la version française qui présente une lacune, la chronique énumère quelques-uns des seigneurs moréotes qui furent à Tagliacozzo : les barons de Karytaina, d’Akova, de Kalavryta, le grand connétable Jean Ghauderon ; ils étaient en tout 400 d’après la version grecque, cent accompagnés de 400 écuyers d’après la version aragonaise ; la chronique attribue un rôle essentiel dans la bataille, au prince qui aurait conseillé la manœuvre qui assura la victoire ; (4)
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 139 Les circonstances, en particulier le grave danger qu’avait fait peser sur le trône du roi Charles l’entreprise de Conradin, avaient déterminé le doge Zeno à reprendre les négociations interrompues en 1265 avec Michel VIII : elles aboutirent au printemps de 1268 à une trêve jurée pour cinq ans (1). Par là le roi de Sicile perdait un allié éventuel très important pour la lutte contre les Grecs. L’ambassade qu’il envoya en septembre 1269 à Venise et dont faisait partie Erard d’Aulnay, baron d’Arkadia, ne put obtenir la rupture de l’accord conclu avec Michel pour cinq ans (2). Le premier résultat de la cession de la principauté, dont Guillaume de Villehar douin avait attendu une aide indispensable, avait donc été l’obligation d’envoyer en Italie ses plus valeureux chevaliers pour le service du nouveau suzerain. Le prince fut encore retenu au début de 1269 par des négociations qu’il mena pour le roi au sujet des affaires d’Albanie il rentra en Morée en février ou mars (3). Il avait, il est vrai, gagné l’entière confiance de son suzerain qui ordonna en janvier 1269 à Garnier Aleman, capitaine du château et de l’île de Corfou d’obéir au prince comme à son représentant (4). Le roi lui avait promis comme secours 2.000 onces d’or, outre le remboursement des frais qu’il avait eus pour la campagne de Tagliacozzo (5) ; et les bonnes relations étaient assurées entre Morée et Naples par la présence à la cour du roi Charles de plusieurs seigneurs moréotes, Erard d’Aulnay, Thierry des Barres, Jean Chauderon et surtout Léonard de Veroli (6). L’année 1269 fut consacrée aux préparatifs pour la campagne contre l’empire grec, et surtout aux négociations diplomatiques. Le roi fit son possible pour s’acquitter de ses engagements financiers envers le prince ; en mai il autorisa l’exportation d’abondantes quantités de blé et d’orge pour la Morée ; c’était le premier de ces envois pour le ravitaillement de la péninsule qui, fréquents désormais, révèlent l’appauvrissement subi par le pays dès cette époque (7). D’autre part, il ouvrit des négociations avec le roi de Serbie et avec le tsar de Bulgarie, se fît un allié du roi de Hongrie, en mariant son fils aîné à l’héritière du royaume. Mais il ne put revenir sur l’échec subi à Venise, ni obtenir l’appui du Saint-Siège ni l’aide qu’il attendait de son frère Louis IX. Il dut au contraire retarder la réalisation de ses projets orientaux pour participer à la croisade que le roi de France organisait et qui était dirigée contre Tunis. Le roi de France y mourut le 25 août 1270 ; mais quand Charles rentra, la flotte considérable qu’il avait ramenée et qu’il aurait alors engagée contre Constantinople fut presque totalement détruite par une tempête devant Trapani, le 22 novembre : l’auteur en est plutôt Erard de Vallery, vétéran des guerres de Syrie. Cf. Hopf, I, p. 290 ; — E. Jordan, Les origines de la domination angevine , pp. 405-406 ; — Fr. Cerone, La sovranità napoletana, I, p. 27 ; — Longnon, L'empire latin , pp. 238-239. (1) Tafel et Thomas, Urkunden , III, pp. 92-101, n° 358; cf. Geanakoplos, op. cit., pp. 213-216; — Thiriet, Romanie vénitienne , p. 149. (2) Fr. Cerone, Z.Z., I, pp. 37, 40-43 ; — Geanakoplos, op. cit., p. 221. (3) Fr. Cerone, Z.Z., I, p. 36. (4) Del Giudice, Codice diplomatico, II, p. 35, . 1. Cf. Fr. Cerone, Z.Z., pp. 30-31 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 47-48, 51-52. (5) Le roi Charles eut quelque peine à réunir les sommes d’argent nécessaires, cf. Fr. Cerone, Z.Z., I, pp. 31-34. (6) Fr. Cerone, Z.Z., I, pp. 37, 145-147. (7) V. p. ex. infra, p. 141.
140 RECHERCHES HISTORIQUES 1270 (1). En 1271 seulement les préparatifs en vue d’une expédition en Grèce purent être repris sérieusement : le mariage d’Isabelle et de Philippe fut alors célébré et le roi Charles put un moment s’engager dans la réalisation de ses projets orientaux. Mais, en 1273, l’active diplomatie de Michel Paléologue lui créa des difficultés en Italie même, et détacha de lui certains de ses alliés. De plus, dès septembre 1271, l’empereur grec avait repris auprès du pape Grégoire X, la tactique habile des négocia¬ tions en vue de l’union des Églises. Le pape, favorable à la conciliation et persuadé qu’il pourrait obtenir la soumission sincère et définitive de l’empereur, intervint auprès du roi, exigeant de lui qu’il laissât passer les ambassadeurs de Michel Paléologue en 1273 et 1274, et même qu’il conclût une trêve en 1275 au prix de la reconnaissance de la primauté du pape sur l’Église grecque, proclamée au concile de Lyon, le 6 juillet 1274, l’empereur grec avait privé son ennemi de l’appui du pape (2). Cependant il était entré en rapport avec les Gibelins du nord de l’Italie et suscitait à Gênes, alliée de Charles depuis 1262, une violente résistance contre lui ; d’autre part il menait une politique aggressive en Grèce centrale et en Épire, que la trêve de 1275 n’inter¬ rompit pas. Quelques années plus tard, en 1282, un événement devait mettre un : terme définitif aux tentatives de Charles Ier, la révolte connue dans l’histoire sous le nom de Vêpres siciliennes, qui enleva au roi la Sicile (3). Ces événements montrent combien l’action que Charles espérait mener en Orient, et dont le prince Guillaume attendait la reconquête des territoires perdus en 1261, fut en définitive discontinue et irrégulière, malgré toute la persévérance que le roi mit dans ses ambitions. Une autre remarque s’impose qui explique que l’aide fournie par le roi ne fut pas plus efficace, c’est que l’Achaïe n’était dans l’ensemble de la politique angevine qu’un élément l’objectif principal de Charles était Constantinople, et quand il eut le loisir de s’occuper activement de l’Orient, il fit porter ses efforts moins souvent en Morée que vers l’Épire et l’Albanie, vers l’Eubée où un aventurier d’origine italienne, Licario, s’était taillé depuis 1271 ou 1272, un fief dont l’empereur Michel lui reconnut la possession et auquel il ajouta plus tard diverses îles, dont Sériphos et Siphnos. : Conflits en Morée de 1270 à 1278. — Si nous en venons enfin aux opérations qui ont eu lieu en Morée entre 1267 et 1278, nous nous heurtons à des difficultés de chronologie nous disposons comme sources d’une part des documents angevins signalant les préparatifs faits en Italie et destinés à assurer soit le ravitaillement de la Morée, soit l’équipement de troupes en vue d’une expédition et, de l’autre, du récit des événements en Achaïe fait par la Chronique de Morée. Or il est particuliè¬ rement difficile d’admettre pour ces années le récit tel qu’il est fait par la Chronique, mais aucun autre texte ne permet de le contrôler, de le compléter ou de le corriger. On ne peut que le reprendre en essayant de le faire cadrer avec ce que nous savons, : (1) Geanakoplos, Michael Palaeologus, pp. 227-228. X , éd. J. Guiraud, pp. 75, 124, 208 ; — Wadding, Annales Minorum, ad ann. 1273, n«> 308, IV, pp. 371-378; — G. Minieri-Riccio, ASI, 3e série, XXIII, pp. 35-36; — Del Giudice, ASPN, V, 1880, p. 285. Cf. Norden, Papsttum und Byzanz, pp. 520-537 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 55-56 ; — G. Ostrogorsky, L'Êtat byzantin , pp. 483-485 ; — Geanakoplos, Michael Palaeologus, pp. 237 245 ; — B. Roberg, Die Union zwischen der griechischen und der lateinischen Kirchen, pp. 118-121, 135-136. (3) V. infra, p. 158. (2) Registres de Grégoire
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 141 par les archives, de l'activité de Charles Ier et de l'aide qu'il fournit à la principauté. Le roi donna au début de 1269 les premiers ordres pour ravitailler la Morée et préparer une campagne (1). La principauté semble s'être mal relevée depuis les campagnes de 1263-1264 et manquer des ressources nécessaires à son existence. Le prince reçut des sommes d'argent importantes ; de grandes quantités de blé, d'orge, d’huile, de bétail furent expédiées en plusieurs fois pendant l’année 1269 et au début de 1270. Nous avons vu pourquoi la grande expédition prévue pour 1270 n'eut pas lieu. Cependant plusieurs petites flottes furent armées ; l’une d'elles partit le 6 avril, en même temps que Guillaume de Villehardouin ; une autre devait partir en mai 1270, mais les préparatifs n'en furent pas achevés (2). En 1270 encore, Anselin de Toucy fut nommé avec le titre de vicaire-général à la tête des troupes qui devaient partir pour la Morée ; mais il tomba malade et ne put quitter l'Italie. Il fut remplacé, en 1271, par le maréchal de Sicile, Dreux de Beaumont (3), et dans l'hiver des troupes furent envoyées. En 1272, Dreux de Beaumont fut remplacé par Guillaume de Barres ; le 22 avril 1273 le titre de capitaine des troupes mercenaires en Achaïe est conféré à Bertrand des Baux ; enfin en 1274, c’est Guillaume de Villehar¬ douin lui-même qui reçoit le titre de capitaine-général (4). Entre le début de 1270 et la trêve qui correspond au concile de Lyon, la lutte a dû reprendre en Morée. La Chronique de Morée, seule à raconter les événements Lucensis, Hist, eccles., HIS, XI, col. 1162, affirme que le roi Charles envoya une armée (1) Ptolemaeus en Grèce contre Michel Paléologue dès 1269. On ne peut accepter ce témoignage qu’aucun document ne confirme. Cf. Zakythènos, Le despoiat grec, p. 48 ; — Geanakoplos, Michael Palaeologus, p. 222, n. 125. (2) Les préparatifs faits en Italie et les diverses expéditions qui passèrent de Pouille en Morée au cours des années 1269-1274 ont été étudiés, d’après les documents des Registres angevins par Fr. Carabellese, Carlo di Angio, et de façon plus complète, par Fr. Cerone, La sovranità napoletana, I, pp. 33-57, 60-67, 200-226, 230-233. Cette dernière étude nous dispense de reprendre les faits par le détail, du moins pour ce qui se passe hors de la Morée ; cf. Zakythènos, Le despoiat grec, I, pp. 48 et suiv. ; — Longnon, L'empire latin, pp. 239-242. Il faut seulement signaler une erreur de Fr. Cerone, op. cil., pp. 24-25 : il place en effet en 1268 la mission de Galeran d’Ivry et de Philippe de Lagonesse qui furent en réalité baux de Morée après 1278. Le document des Registres angevins relatif à Philippe de Lagonesse, de Barletta, daté du 2 février sans indication d’année, publié par D. Forges Davanzati, Dissertazione sulla seconda moglie del re Manfredi, p. 40, et attribué par lui à 1272, a été reproduit par Buchon, Nouv. rech ., II, pp. 327-328, n° 21, qui l’a daté de 1270, pour se rapprocher de la Chronique de Morée qui fait venir Galeran d’Ivry en Morée dès 1268, L. de la conq., §§ 461, 471-471, — Chron. gr., vv. 6525 et suiv. ; — l’erreur est encore admise par P. Kalonaros, dans son édition delà Chronique grecque, p. 267, en note, et par Geanakoplos, Michael Palaeologus, p. 222, n. 125 (Buchon d’ailleurs le rapproche, ibid., d’un autre acte bien daté de 1278). Fr. Cerone a suivi l’opinion de Buchon, qui est contredite par de nombreux autres documents : d’après l’itinéraire donné par Durrieu, Archives angevines de Naples, II, pp. 165 169, le roi n’a été à Barletta, le 2 février, qu’en 1281 ; cf. les actes sur la mission de Galeran d’Ivry publiés ou mentionnés par Minieri-Riccio, Regno di Carlo I, ASI, 4e série, I, pp. 433, 434 ; — Buchon, Recherches , I, pp. 218-219 en note ; — sur Philippe de Lagonesse, v. Del Giudice, La flglia di re Manfredi , ASPN, V, 1880, pp. 295-296 en note. Il n’y a pas eu de vicaire général du roi en Morée avant 1271, ni de bail avant 1278, c’est-à-dire avant la mort du prince Guillaume. Cf. J. Longnon, JS, 1946, p. 160. Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 49, 51, n’a pas tranché clairement la question. (3) On peut supposer qu’il avait été choisi à cause des liens qu’il avait avec le pays : en effet il avait épousé en 1269 'Ève, fille d’Anseau de Cayeux, chambrier de Romanie, et avait reçu pour la dot des terres en Morée. Cf. Buchon, Nouv. rech., II, p. 329, n° XXII ; — C. Minieri-Riccio, Grandi uffizii nel regno di Sicilia, p. 76 ; — Fr. Cerone, La sovranità napoletana, I, pp. 207-208. (4) Buchon, Nouv. rech., II, pp. 329-330, nos 22-23 ; — Fr. Cerone, La sovranità napoletana, I, pp. 208 209,213-214,217-226; — C. Minieri-Riccio, Il regno di Carlo I, ASI, 3e série, XXII, pp. 13-28; — J. Longnon, L'empire latin, pp. 240-241.
142 RECHERCHES HISTORIQUES de cette région, mentionne une campagne, avec Galeran d’Ivry, qu’elle situe entre le premier voyage du prince Guillaume où fut conclu le traité de Viterbe, et la bataille de Tagliacozzo. Il est plus vraisemblable que les principales opérations eurent lieu en 1270 et 1272 la menace d’une attaque imminente pourrait expliquer la présence du prince en Italie jusqu’au 6 avril 1270 et l’envoi de quelques renforts en Morée jusqu’au début de 1272. D’autres renforts pour la Morée partent encore en 1273, et au début de 1274 ; mais si l’activité reste grande dans les ports de l’Italie du Sud, l’attention se porte surtout vers la lutte en Thessalie, en Épire et contre Licario en Eubée (1) ; enfin, après le concile de Lyon, le prince fut amené à conclure une trêve : avec les Grecs. La Chronique raconte que l’empereur Michel avait envoyé en Morée un de ses neveux, probablement Alexis Philanthropènos (2), à la tête d’une armée nombreuse recrutée dans le Levant et composée de Grecs, de Turcs et de Coumans. Le prince était encore auprès du roi Charles — ce peut être au début de 1269 ou au début de 1270 — ; il revint aussitôt, convoqua ses vassaux, visita et garnit les châteaux. Le roi de Naples lui envoya en outre des troupes payées pour six mois, comprenant cent chevaliers, deux cents hommes à pied, cent arbalétriers et les écuyers commandés par Galeran d’Ivry (3) ces renforts semblent le mieux correspondre à ceux que Dreux de Beaumont commandait et qui vinrent dans l’hiver de 1271-1272. Le prince, qui résidait à Yliziri, vint au-devant des renforts débarqués à Clarence et les rencontra : à Krivèska sur les bords du Pénée. Puis l’armée remonta la vallée de l’Alphée, en passant par Isova, puis par Karytaina, où Geoffroy de Briel et son voisin le baron d’Akova vinrent rejoindre leur suzerain, suivis de leurs troupes qui ne comptaient pas moins de cent cinquante hommes à cheval et deux cents à pied (4). Après délibération, le prince et les barons décidèrent d’aller à Nikli les troupes pénétrèrent dans les régions de Gardalevo et de Tsaconie ; parcoururent tout le pays, brûlant et pillant, jusqu’à Monemvasie ; mais le capitaine des Grecs, enfermé dans Lacédémone, se refusa à combattre, pour éviter une défaite comme celles de 1263-1264. Les Francs se retirèrent donc à Nikli après un nouveau conseil de guerre, le prince fit garnir la ville et y laissa Jean de Nivelet avec cent hommes à cheval et deux cents Nikli surveillait les routes qui, à pied, dont cinquante devaient résider à Yéligosti de Lacédémone, donnaient accès à Argos, à Corinthe et vers la Skorta. Puis le prince rentra en Élide et licencia son armée (5). ; : : (1) Cf. Hopf, I, pp. 293, 301-302, 305 A ; — Zakythènos, Le despotat grec , I, p. 51 ; — J. Longnon, L'empire latin , pp. 242-245. (2) L. de la conq ., § 456, — Chron. gr., vv. 6487-6492. C’est Hopf, I, p. 292 B, qui a supposé qu’il s’agissait peut-être d’Alexis Philanthropènos, protostrator et grand amiral, qui avait déjà attaqué les côtes de Morée dix ans plus tôt, cf. supra , p. 130, et que la Chronique mentionne plus loin : L. de la conq., § 602, — Chron. gr., v. 8710 ; l’hypothèse a été généralement acceptée, cf. Zakythènos, op. cil., p. 52 ; — Geanakoplos, Michael Palaeologus, p. 229. (3) L. de la conq., § 457-461, — Chron. gr., vv. 6493-6555. La Cron. di Morea, p. 452, donne des chiffres fantaisistes : 1.000 hommes à cheval et 3.000 hommes à pied ! — Sur Galeran d’Ivry, cf. supra, p. 141, n. 2. (4) Chron. gr., vv. 6556-6629 ; — le L. de la conq., §§ 462-463, présente ensuite une lacune d’une page. — On peut se demander si c’est à quelque épisode de ce conflit qu’il faut rattacher l’enlèvement de l’archidiacre de Modon par les Grecs sur le trajet de Modon à Clarence, le document vénitien signalant le fait l’attribue à des Grecs commandés par un sévastokrator, Tafel et Thomas, Urkunden, III, pp. 254-255. (5) L. de la conq., §§ 464-470 ; — Chron. gr., vv. 6630-6731. La Chronique raconte ensuite comment le prince décerna à Galeran d’Ivry le titre de bail et gouverneur de la principauté en récompense de ses services, ce qui ne correspond à aucun fait réel.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN Il n’est 143 fait mention d’autre fait de guerre que l’on puisse rapporter aux les envois de troupes et de matériel sont plus rares, ou totalement arrêtés. Cette accalmie correspond sans doute à la période des négociations pour l’union des Églises entre le pape et Michel VIII et au concile de Lyon. C’est proba¬ blement à ce moment que l’empereur libéra les otages que le prince avait dû lui envoyer en 1262 l’un d’eux, Marguerite de Passavant, est de nouveau en Morée en 1275 ou 1276. Cette période coïncide avec le règlement d’affaires pendantes avec Venise, dont la solution assura un renouveau de l’activité des négociants vénitiens en Morée franque (1). pas années 1273-1275 : : La Chronique signale d’autres hostilités bien qu’elle les raconte immédiatement après Tagliacozzo (1268), elles ne peuvent prendre place qu’à la fin de 1275 ou de 1276: le prince rentrant d’Italie, après la bataille, avec cinquante hommes à cheval et deux cents arbalétriers, payés pour six mois, aurait appris que les Grecs avaient rompu la trêve conclue avec eux avant son départ pour l’Italie il confia ses troupes à Geoffroy de Karytaina qui prit position contre les Grecs à la limite de la Skorta, autour d’Arachova-la-Grande. Malheureusement ce vaillant chevalier, dont les aventures tiennent une si grande place dans la Chronique, ne tarda pas à mourir victime d’une épidémie de dysenterie, à la fin de 1275, pleuré et regretté de tous. Sans pouvoir rétablir l’exacte chronologie, retenons qu’il y eut de nouveaux heurts entre Grecs et Francs en 1275 et que le fameux Geoffroy de Briel, seigneur de Karytaina mourut alors (2). Les documents qui attestent des relations continues entre le prince Guillaume ; ; et son suzerain dans les années 1275 à 1278 ne renseignent malheureusement pas de façon très claire sur l’objet de ces relations, qu’aucun incident cependant ne troubla, et ne disent rien sur les événements de Morée (3). De hauts personnages sont à plusieurs reprises envoyés de part et d’autre ce furent de la part du prince l’amiral Guillaume Guercio en 1275-1276, et l’évêque d’Oléna Jacques en 1277 (4) ; le chancelier d’Achaïe Léonard de Veroli, qui, depuis longtemps à la cour du roi : (1) Hopf, I, p. 293 B ; — Fr. Cerone, La sovranità napoletana, I, p. 233. Hopf, ibid., signale également la même époque que le prince Guillaume fit une dotation au couvent bénédictin de Sainte-Marie-de-Gamina, dans le diocèse d’Oléna, d’après Wadding, Annales minorum, II, p. 243, — Regestum Pontificium, V, p. 605, 1300, n° 47, § 2 ; mais la réorganisation d’un hôpital à Patras, où furent appelés deux religieux et deux frères convers cisterciens, en 1273, cf. Martène et Durand, IV, pp. 1140-1141, Cap. gen. Cist., 1278, § 18, ne peut passer pour une création dont l’initiative reviendrait au prince, comme le veut Cerone. (2) L. de la conq., §§ 492-497, — Chron. gr., vv. 7151-7232. La Chronique raconte la bataille de Taglia¬ cozzo après le mariage de la princesse Isabelle, alors qu’elle est antérieure de trois ans ; mais on peut admettre que les faits qu’elle place respectivement après le mariage et après la bataille se sont suivis réellement dans à l’ordre où elle les range. parlé d’un conflit entre Guillaume et le roi Charles, en se fondant sur un document des Registres angevins que C. Minieri-Riccio, Saggio di Codice diplomatico , I, p. 120, n° 142, a attribué à l’année 1276, et qui fait allusion à une assignation du prince et d’une dame supposée la princesse Agnès, devant la cour du roi à Aix, super controversia que vertebatur inter nostram curiam et eosdem: Fr. Cerone, La sovranità napoletana, I, p. 252 ; — cf. Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 51-52 ; mais J. Longnon, JS, 1946, p. 160, a montré qu’il s’agissait en réalité du prince Florent et de la duchesse d’Athènes et d’événements plus récents de quinze ans. Cf. Longnon, L'empire latin, p. 273. (4) Fr. Cerone, La sovranità napoletana, I, pp. 239-240 2,48-249. (3) On a 11
144 RECHERCHES HISTORIQUES Charles, avait reçu de nombreuses terres en Italie, vint en juin 1277, apporter au prince la nouvelle de la mort de son gendre, Philippe (1). Les préparatifs cependant semblaient repris en 1278 pour une expédition en Morée et en Épire contre Michel Paléologue ; des ordres avaient été donnés entre le 2 et le 19 mai (2). Mais le prince Guillaume de Villehardouin était mort le 1er mai à Kalamata (3) ; on ne sait quand la nouvelle en parvint exactement à Naples, mais les préparatifs semblent suspendus à la fin de mai c’est en août que fut envoyé le ; premier bail, Galeran d’Ivry. La principauté à la mort de Guillaume de Villehardouin (1278.) — Que restait-ilà cette date de la principauté si puissante et si brillante vingt ans plus tôt? Les secours envoyés par le roi Charles Ier aussi bien que les guerres et les négo¬ ciations qui avaient attiré et retenu l’attention et les forces de l’empereur Michel VIII Paléologue dans d’autres directions, l’avaient préservée d’une destruction totale dont elle avait un moment paru menacée. Il ne semble pas qu’elle ait eu à subir, après 1267, d’attaques aussi graves qu’en 1263-1264. Mais son nouveau suzerain avait dispersé ses forces et n’avait pas mis en œuvre les moyens nécessaires pour rendre son intégrité à cet État qui aurait pu être la base la plus solide pour la réalisation de ses ambitions orientales. Loin d’avoir réoccupé les territoires perdus, Guillaume de Villehardouin, en mourant, laissait la principauté singulièrement diminuée. Le récit de la campagne que nous avons située entre 1270 et 1272 nous apprend Lacédémone que est alors tenue par les Grecs et qu’il est nécessaire de maintenir une garnison à Nikli et Véligosti pour les empêcher de venir attaquer l’Argolide et la Skorta. Du même coup, le siège épiscopal disparaissait ; à la date de 1278, tout espoir de recouvrer cette région semble abandonné puisque le dernier évêque latin de Lacédémone, Aimon, est appelé au siège de Coron (4). Les baronnies de Passavant (1) Sur Léonard de Veroli, Fr. Cerone, LL , I, pp. 231, 249-251. Philippe d’Anjou est mort vers février 1277, comme l’a clairement établi J. Longnon, JS, 1946, pp. 160-161. (2) Ces préparatifs sont révélés par une série d’ordres ou de nominations qui laissent voir une certaine confusion : le 3 mai Charles Ier donne ordre de partir avec des renforts pour l’Eubée à Eustache de Hardicourt ; le même jour, il nomme Gilles de Saint-Lie maréchal des troupes en Morée et le charge de l’office de capitaine, mais aussitôt il nomme maréchal Gobert de Helleville, en lui subordonnant Gilles ; l’expédition avait pour trésorier Jean d’Armentières ; à la tête des troupes étaient Guy de la Forest comme capitaine et Étienne « de Terento et, pour les arbalétriers, Henri de Mons. Cf. Fr. Cerone, La sovranità napoletana, II, pp. 60-67 ; — A. de Boüard, Documents en français des Archives angevines , I, pp. 89-91. Les noms des personnages sont dans les documents angevins : Eustacius de Ardicurio, ou de Ardicuri , mais aussi Eustasius de Angicourt, forme que Hopf a préférée, et non Azincourt comme dit Cerone, — Egidius de Sancto Liceto, — Gobertus de Henouille ou de Henoruilla, — le clerc Johannis de Armenteriis ou Johan d' Armentières , — Guiz de la Forest ; une lettre du 6 mai fait aussi allusion à Guillelmus Anglus qui va en Achaïe. Hopf, I, p. 294 A, suppose que le chevalier Guido de Villafans dont une lettre du 8 mars signale le passage en Achaïe, cf. Fr. Cerone, LL , II, p. 12, aurait été chargé d’annoncer au prince ces préparatifs. (3) L. de la conq., § 534 et p. 400, — Chron. gr., vv. 7757-7806, — L. de los fech., §§ 418-419; — C. Minieri-Riccio, ASI, 4e série, I, p. 433. Cf. Hopf, I, p. 297 A ; — L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée , p. 8 ; — Miller, The Latins , p. 146 ; — Longnon, Uempire latin , pp. 249-250. (4) Wadding, Annales minorum , V, p. 56, 1278, n° 33, — Registres de Nicolas III, éd. Gay, p. 40, n° 123. La lettre du pape, datée du 18 août 1278, est adressée à l’évêque d’Oléna et aux prieurs des Frères prêcheurs et des Frères mineurs de Clarence, en faveur de Haymonem episcopum Lacedemoniae in Peloponneso a Graecis occupatae. Cf. Buchon, Recherches, I, pp. lvi-lvii. »
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 145 et de Géraki étaient certainement perdues. De la famille de Nully restait seulement une héritière, Marguerite de Passavant, qui, envoyée à Constantinople en otage en 1262, revint au plus tôt vers 1275 : il n’est fait à aucun moment allusion aux terres qu’elle aurait dû hériter de son père ; par contre, elle réclama avec énergie l’héritage de son oncle Gautier de Rosières, baron d’Akova ou Mategrifîon, qui avait dû mourir en 1273 ou au début de 1274, au moins deux ans avant le retour de sa nièce. Jean de Nivelet, ayant perdu la baronnie de Géraki, dut recevoir de nouvelles terres en Morée. On ne l’appelle jamais Jean de Géraki, comme on dit Geoffroy de Karytaina, mais toujours de son nom français. L’incertitude règne, il est vrai, sur la localisation de ses nouveaux fiefs ; seule la chronique aragonaise, qui ignore Géraki, signale que Jean de Nivelet reçut six fiefs en divers lieux et fit un château qui s’appelle Fanari (1) et, plus tard, que la baronnie de « Richolichi de Nivelet », dont le titulaire avait été exécuté pour trahison en 1316, fut donné à « Droy de Charni» par le prince Louis (2). Comme l’ensemble des terres concédées à Charni est situé près de Yostitsa, Hopf (3) en a conclu que la nouvelle baronnie se trouvait dans cette région, mais il n’y a pas, à notre connaissance, de Fanari près de là, le site le plus important de ce nom était situé auprès de l’Alphée. Il est très probable que ces nouveaux fiefs de la baronnie de Nivelet étaient dispersés « en divers lieux » comme le dit la chronique aragonaise, et, nous le verrons, principalement en Messénie. La baronnie de Kalavryta, qui avait appartenu à Othon de Durnay, se trouve également aux mains des Grecs un document vénitien de 1278, relatif aux actes de piraterie dont les Vénitiens avaient été victimes de la part des Grecs, signale qu’un marchand avait été enlevé en 1277 à quelque distance de Patras et enfermé dans le château de Kalavryta tenu par deux Grecs au nom de l’empereur (4). Aucun texte ne mentionne la perte de la forteresse par les Francs Hopf suppose qu’elle remonte à la campagne de 1264, ce qui paraît très improbable. Si l’on regarde une carte du Péloponèse, on se rend compte qu’il est difficile d’admettre que les Grecs aient pu atteindre Kalavryta et s’y maintenir, tant qu’ils n’ont pas été solidement installés en Arcadie tant que le prince tient Nikli, il interdit aux Grecs de Mistra la péné¬ tration vers l’Argolide, l’Achaïe et l’Arcadie occidentale ou Skorta. Cette constatation évidente est d’ailleurs confirmée par la Chronique quand elle signale en 1271-1272 que des troupes sont établies en permanence à Nikli et Véligosti en insistant sur l’importance de cette position (5). Quelques années plus tard au contraire, dans la : : : (1) L. de los fech., § 122. (2) L. de los fech., § 624. Cf. Zakythènos, Le despolat grec, I, p. 19 ; mais nous ne considérons pas comme sûr que l’abandon de Géraki date de 1262, cf. supra , p. 126. Sur l’interprétation du nom Richolichi, v. ci-dessous. (3) Hopf, Chron. gr.-rom., p. 472 v. (4) Tafel et Thomas, Urkunden, III, p. 175 : ... et detenlum in Castro vocalo Liolouraio et custoditum per Georgium Calocuriti et Loscuro, qui tunc erant ibi pro domino Imperatoris. Le nom de Liolouraio a été interprété par les éditeurs li Colourato et aucun autre château dans la région ne semble pouvoir être proposé à la place de Kalavryta (cf. ci-dessous p. 468). On s’est demandé s’il ne fallait pas voir dans le nom Loscuro celui d’un Sgouros ; nous le rapprocherons plus sûrement de celui de Jean Scorio, à qui les Hospitaliers en 1402 accordèrent une exemption de tailles, cf. Delaville-Le-Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes, p. 281, . 1. (5) L. de la conq., § 468 : «... aucun disoient de faire estage la a Nicies et pourchacier tant de fourrage de quoy il peussent vivre, pour yverner la et pour tenir frontière contre leurs enemis, si ques le chapitaine ne peust yssir devers nostre gent pour soy largier ; car, se nostre gent se partoient de la, et il trovast le pays vuyt, il corroit vers Argues et vers Corinte et a l’Escorta et par tout consummeroit le pays ». Cf. Chron. gr ., vv. 6696-6705. Cf. supra, pp. 142, 144.
146 RECHERCHES HISTORIQUES dernière campagne dont nous avons parlé, Geoffroy de Karytaina prend position, pour combattre contre les Grecs, à Arachova-la-Grande, aux confins de la Skorta, c’est-à-dire à l’ouest des bassins intérieurs de l’Arcadie cela suppose que, vers 1275 ou 1276, les Francs ne contrôlaient plus de façon aussi constante et sûrs la partie orientale de l’Arcadie, et la présence d’un point de résistance grecque à Kalavryta à cette date n’est plus invraisemblable. La famille de Durnay est représentée après le milieu du xme siècle par Geoffroy que la Chronique grecque se contente de nommer Geoffroy de Durnay sans jamais mentionner le nom de sa baronnie, et que le Livre de la conquête appelle seigneur de la Grite (1); plutôt que de voir dans ce nom une transcription de Kalavryta (La Grite = (Ka) la-vryta), on peut supposer que Geoffroy aurait reçu en compensation de ses fiefs perdus, la baronnie de Gritséna en Messénie, pour laquelle nous ne connaissons pas d’autre titulaire que Luc (2). Dans le centre de la Morée, les territoires qui constituaient les baronnies de Nikli et de Véligosti ne semblent donc plus être occupés de façon continue ou complète par les Francs après 1275. Mais ils ne leur échapperont définitivement que sous le prince Florent de Hainaut. La baronnie de Nikli est encore mentionnée en effet en 1280 ; nous ne connaissons pourtant pas d’autre nom que celui de Guillaume cité par la Chronique et qui est mort avant 1280 (3). Quant à Véligosti, le nom sous sa forme franque en est toujours associé désormais à une branche de la famille de La Roche, les seigneurs de Damala : ce sont successivement Guillaume, puis son fils Jacques qui eut à son tour, de son mariage avec Marie, fille de Guillaume Aleman de Patras, un fils, Renaud (4). Il faut supposer que Guillaume avait épousé une sœur de Mathieu de Véligosti et reçu cette baronnie de son beau-frère lorsque celui-ci épousa Théodora Laskaris à Constantinople (5). Le mariage de Jacques eut lieu vers 1276 il est remarquable de constater que, plus tard, au début du xive siècle, dans la chronique française, Renaud est dit Renaud de Véligourt, sire de Damala, comme si l’on voulait bien distinguer à cette date le nom de Véligourt, qui lui reste attaché (alors que la ville est déjà perdue), de la terre de Damala qu’il garde seule (6). La baronnie de Patras disparaît aussi avant 1278, non que les Grecs l’aient reprise, mais parce qu’elle fut vendue par Guillaume Aleman à l’archevêque de Patras qui, réunissant ainsi les huit fiefs de l’archevêché à ceux de la baronnie, devint un des seigneurs les plus puissants de la Morée franque (7). : ; (1) La Chron. gr., vv. 1323, 6889, 8497, 8544, 8660, le nomme à l’occasion d’événements qui se situent entre 1260 et 1289 ; — L. de la conq., §§ 87, 387 (à propos du tournoi de Bordeaux, 774), — L. de los fech., § 491. La Chronique aragonaise ne connaît pas son prédécesseur Othon, et mentionne, § 121, Geoffroy, par erreur, comme constructeur du château de Chalandritsa ; inexacte est également la mention, § 202, de Geoffroy envoyé comme ambassadeur avec Jean Chauderon à Constantinople après le mariage légendaire du prince avec la fille de l’empereur en 1217, cf. supra, pp. 106-107. (2) Sur la Grite-Gritséna, cf. supra , p. 112, et infra pp. 420-421. (3) Hopf, Chron. gr .-rom., p. 472, vu, suppose qu’il y a eu deux barons de ce nom successivement. Cf. supra, p. 112. (4) L. de los fech., § 397 : micer Guillem auia una fllla qui se clamaua Madama Maria, et caso la con micer Jacomo de Viligorda, et con aquell huno un fülo, qui se clamo micer Raynart de Viligorda, et una fllla... L’épisode est raconté tout de suite après le procès de Marguerite de Passavant. (5) L’hypothèse proposée par Hopf, I, p. 277 A, est la seule qui rende compte des faits connus ; cf. supra, p. 111. (6) L. de la conq., (7) L. de los fech., § 968 § 398. : « et messire Regnaux de Véligourt, li sires de Damalet, tient terre de lui »
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 147 Enfin des cas spéciaux de succession amenèrent la disparition des deux premières baronnies de la principauté, Akova et Karytaina, les plus importantes par leur étendue et par leur situation : elles avaient joué, au cours des dernières années, un véritable rôle de rempart dans la défense des possessions franques contre les Grecs. Akova fut l’objet d’un procès qui compte parmi les causes les plus célèbres de l’histoire de la principauté. Marguerite de Nully, fille de Jean, baron de Passavant, maréchal de Morée, avait été envoyée comme otage à Constantinople par le prince en 1262 en même temps que la sœur de Jean Chauderon, qui s’y maria et y resta. Quand Marguerite revint, son oncle Gautier de Rosières, baron d’Akova, était mort ; comme il n’avait pas d’enfants, la baronnie devait revenir à sa nièce qui la réclama, d’autant plus que celle de Passavant était perdue. Mais le prince avait déjà pris possession de cet héritage, car plus de deux ans et deux jours s’étaient écoulés entre la mort de Gautier et le retour de Marguerite (1) les usages de la principauté exigeaient que le fief fût recueilli dans ce délai ; en conséquence le prince déclara la prétendante forclose. On conseilla à Marguerite, qui était veuve, de se remarier à un seigneur puissant, capable de défendre ses droits elle épousa Jean de Saint-Omer, frère cadet de Nicolas, seigneur de la moitié de Thèbes, et cousin germain du seigneur d’Athènes. Le mariage célébré, Jean de Saint-Omer requit le prince au nom de sa femme de réunir la cour des barons ; devant la cour, en l’église Sainte-Sophie d’Andra vida, il exposa sa requête. L’affaire fut jugée devant un parlement tenu en l’église du couvent Saint-François à Clarence, sous la présidence non du prince, qui était partie, mais du chancelier Léonard de Veroli. Après avoir entendu le prince rappeler ses droits et les usages en matière de succession, puis Nicolas de Saint-Omer réclamer pour sa belle-sœur l’héritage de Gautier de Rosières, la cour se prononça en faveur du prince. Cependant celui-ci accorda en grâce à Marguerite un tiers de la baronnie, soit huit fiefs dont cinq du domaine Gueraines et Guomenice près de Kalavryta, Cocovax près d’Akova, la Juliane près de Chalandritsa, la petite Gastogne en Morée avec le village de Charpigny et la moitié d’Estransses, et trois fiefs inféodés : la Yalte avec les villages de la Regranice et de Coscolomby, la Lisarée, la moitié de Toporice et de Yalaques, et la moitié de l’Escuel. Les deux autres tiers de la baronnie avec le château d’Akova devaient constituer la dot de la seconde fille du prince, Marguerite de Villehardouin, alors âgée de huit ou neuf ans (2). Les chroniques grecque et française placent l’épisode entre la mort de Geoffroy de Karytaina et celle du prince Guillaume on admet généralement la date de 1276 ; on peut estimer que de : : : : (1) La Chronique (L. de la conq. , § 504, — Chron. gr., vv. 7331-7332, — Cron. di Morea, p. 457) parle d’un délai d’un an et d’un jour ; mais les Assises de Romanie, § 36, spécifient que le délai pour réclamer un héritage est porté à deux ans et deux jours quand l’héritier se trouve hors de la principauté au moment de l’ouverture de la succession, ce qui est le cas ici. En cette matière, le témoignage des Assises doit être plus sûr que celui de la Chronique. (2) L. de la conq. , §§ 503-531, — Chron. gr., vv. 7301-7752, — Cron. di Morea, pp. 457-459, — L. de los fech., §§ 384-386, — Assises de Romanie, §§ 15, 36, éd. Recoura, pp. 36-36, 167-168, 184. Cf. Hopf, I, p. 295 ; — Rennell Rodd, The princes of Achaia, pp. 257-261 ; — Miller, The Latins, p. 145 ; — Longnon, L· empire latin, pp. 247-248 ; — P. W. Topping, Feudal institutions, p. 37 (et suiv.), . 1, qui suppose que le délai de deux ans et deux jours serait une nouvelle disposition arrêtée à l’occasion de cette succession. La division de la baronnie fut faite par les soins du protofflcier ou protovestiaire que la chronique appelle Colinet, L. de la conq., § 526, — Chron. gr., vv. 7680-7681.
148 RECHERCHES HISTORIQUES la première requête de Marguerite jusqu’au jugement se sont écoulés plusieurs mois, nécessaires entre autres pour l’arrangement et la célébration du mariage ; Marguerite dut donc revenir en 1275, probablement à la faveur de la trêve conclue pour un an entre le prince et Michel Paléologue ; et Gautier de Rosières, qui prit part encore à la campagne de 1272, serait mort en 1273. Quant à la baronnie de la Skorta, on se rappelle que Geoffroy de Karytaina, après avoir abandonné par deux fois le prince, en 1255 et vers 1263-1264, la tenait non plus comme fief de conquête, mais comme de nouveau don (1) elle n’était donc trans¬ missible qu’à ses héritiers directs. Or il mourut en 1275 sans enfant en conséquence, elle fut divisée en deux parts dont l’une revint au prince et l’autre constitua le douaire de sa veuve, Isabelle de La Roche (2). Des prétendants se présentèrent pour recueillir la succession de Geoffroy, mais sans succès. En avril 1276, un chevalier du nom de Jean Pestel, originaire peut-être de Champagne, vint à la cour de Naples pour réclamer l’héritage de Geoffroy de Briel ; le roi Charles le renvoya au prince Guillaume, qui dut repousser sa requête, car il n’y eut rien de changé au règlement de la succession (3). Un second prétendant vint en Morée en 1279 : un document signale son passage à Naples, le 8 janvier (4) ; il réclama à son tour l’héritage ; et devant le refus qui lui fut opposé, il s’empara par ruse du petit château d’Araklovon. Il mit tant d’opiniâtreté dans ses réclamations qu’on lui accorda en fin de compte le fief de Moraina et la main de Marguerite, dame de Lisaréa, qui lui apporta cette terre en dot (5). Ces contestations ont le double intérêt de montrer le jeu des institutions féodales et des coutumes de la principauté et de nous fournir des données topographiques ; on constate qu’une grande baronnie comme celle de Mategriffon ou Akova était composée de fiefs dispersés et non d’un territoire d’un seul tenant (6). Il faut surtout en retenir le fait même de la disparition de deux puissantes baronnies : on peut se demander si l’événement, résultat d’une application rigoureuse des usages faits pour prévenir l’affaiblissement de la principauté, n’était pas regrettable (7), au moment où ces territoires étaient aux confins des possessions grecques : gardant leur unité, entre les mains d’hommes énergiques, elles auraient pu constituer un rempart plus : : solide. (1) Cf. supra, pp. 120, 130. Sur le jugement de Geoffroy et le pardon accordé par le prince après sa fugue en Italie, voir L. de la conq ., §§ 407-414, — Chron. gr., vv. 5844-5911, — Cron. di Morea, p. 450 ; — L. de los fech., §§ 380-381 ; — Sanudo, Istoria di Romania , p. 117. Cf. Hopf, I, p. 289 B ; — P. W. Topping, Feudal Institutions , pp. 132-133. (2) L. de la conq., § 497, — Chron. gr., vv. 7213-7242, — Cron. di Morea, p. 462, — L. de los fech., § 415 ; — Sanudo, Istoria di Romania, p. 117 ; — cf. Assises de Romanie, §§ 35, 97, éd. Recoura, pp. 181-182, 224. V. Buchon, Rech. et mat., I, p. 328 ; — Hopf, I, p. 294 B ; — Miller, The Latins, p. 142 ; — Longnon, L'empire latin, p. 248. (3) Hopf, I, p. 294 B, d’après les Registres angevins ; — Longnon, L'empire latin, pp. 246-247. (4) Cf. Longnon, L'empire latin, p. 255, n. 3. La Chronique : L. de la conq., §§ 557-585, — Chron. gr., vv. 8110-8473, — Cron. di Morea, pp. 462-465, — L. de los fech., §§ 428-446, place l’épisode à l’époque où Nicolas II de Saint-Omer était bail, c’est-à-dire entre 1287 et 1289. Il semble que ce soit plutôt sous Galeran d’Ivry, cf. ci-dessous. Voir aussi Hopf, I, pp. 321 B-322 A ; — Miller, The Latins, pp. 167-168. (5) Sur les détails de cet épisode, cf. infra, pp. 370-371. (6) Sur la localisation de ces fiefs comme de ceux de Geoffroy de Briel le jeune, v. infra, pp. (7) Le souci de tenir fermement la baronnie de Mategriffon qui, à la mort de son titulaire, devait revenir à une héritière, une jeune veuve, absente, a sans doute poussé le prince à appliquer exactement la coutume qui l’autorisait à en prendre possession.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS GUILLAUME II DE VILLEHARDOUIN 149 La principauté changeait ainsi peu à peu d'aspect : sur un territoire plus réduit, la répartition des fiefs se modifiait. Quelques familles s’étaient éteintes ou étaient parties. D’autres, il est vrai, étaient venues s’installer. Nous avons déjà signalé les Aulnay, qui devinrent barons d’Arkadia, les Chauderon, barons d’Estamira. Jean Chauderon, fils de Geoffroy et neveu du prince Guillaume, avait une sœur qui se fixa à Constantinople, et eut une fille, Bartholomée (1). Les Aulnay sont représentés par Geoffroy, qui eut lui-même un fils du nom de Vilain, lequel épousa Hélène, fille de Geoffroy de Briel le Jeune, mariage d’où étaient nés Erard Ild’Aulnay et Agnès, future femme d’Étienne Le Maure, seigneur de Saint-Sauveur (2). Les nouveaux mariages de Marguerite de Passavant et d’Isabelle de la Roche attachèrent encore à la principauté des représentants de deux puissantes familles Saint-Omer et Brienne. Les Saint-Omer, déjà établis en Grèce centrale, eurent désormais une branche en Morée Jean, par son mariage, tenait un tiers de la baronnie d’Akova et était devenu maréchal héréditaire d’Achaïe. C’est la veuve de Geoffroy de Karytaina qui épousa vers 1277 le comte de Lecce, Hugues de Brienne venu d’Italie en Grèce à la tête d’un contingent envoyé par le roi Charles ; Hugues avait en Italie des possessions beaucoup plus importantes que la moitié de la baronnie de Karytaina qui constituait le douaire d’Isabelle de la Roche ; celle-ci suivit son mari à son retour à Naples où elle devait mourir peu après (3). Mais elle avait eu un fils, Gautier, qui devait en 1308 devenir duc d’Athènes et mourir en 1311 à la bataille du Copaïs. Enfin des terres revinrent par concession ou par alliance à d’autres seigneurs du royaume de Sicile, par exemple à Dreux de Beaumont. Parmi les seigneurs venus de Constantinople en Morée, ou passant d’Italie en Grèce, plusieurs ont joué un rôle important dans les relations entre le prince et le roi Charles Ier, beaucoup plus que les descendants des familles établies depuis longtemps dans le Péloponèse. Le roi avait fait appel aux services d’Erard d’Aulnay, baron d’Arkadia, et d’Anselin de Toucy (4) ; le beau-frère de ce dernier, Léonard de Veroli, uni par des liens de parenté avec le prince Guillaume et avec le roi Charles Ier, fut apprécié du second comme il l’était du premier, étant excel¬ lent conseiller financier et diplomate habile (5). De même Nicolas II de Saint-Omer (6), : : (1) L. de la conq., § 527. (2) L. de la conq., § 585 ; cf. Chron. gr., vv. 8467-8473, — Cron. di Morea, p. 465, — L. de los fech., § 446 ; les données des différentes versions ne concordent pas exactement, nous y reviendrons. (3) L. de la conq., §§ 498-500, 548, — Chron. gr., vv. 7243-7300, 8001-8010, — L. de los fech., § 417. Cf. Fr. Cerone, La sovranità napoleiana, I, pp. 259-260, qui donne la bibliographie sur Hugues de Brienne ; — F. de Sassenay, Les Brienne de Lecce et d’Athènes , pp. 136 et suiv., en particulier p. 145 ; — Hopf, I, pp. 294 B 295 A, — Chron. gr.-rom., p. 473 : le mariage eut lieu en 1277 à Andravida, et les nouveaux époux rentrèrent en octobre de la même année en Italie où Isabelle mourut en 1279. roi avait confié en 1269 des missions délicates à Erard d’Aulnay, qui devait survivre de peu au prince Guillaume, Fr. Cerone, La sovranità napoletana, I, pp. 37 et n. 2, 55, 60-61, 63. Quant à Anselin de Toucy, qui avait reçu des terres en Italie et avait été nommé capitaine général des troupes angevines en Morée en 1271, sans pouvoir exercer ce commandement à cause de sa santé, il mourut sans enfant en 1273, Fr. Cerone, I, p. 53, n. 3, 200-201, 202, cf. Longnon, Les Toucy en Orient, p. 8. (5) Léonard de Veroli, désormais doté de terres en Italie, y réside de façon régulière ; il ne revint que temporairement en Morée en 1277 et n’y joua plus de rôle, bien que portant toujours le titre de chancelier de la principauté ; il mourut vers 1271. Cf. A. de Boüard, Documents français des archives angevines, 1, p. 107 et n. 3 — Longnon, L’empire latin, pp. 249, 252, 259, et Les Toucy en Orient, pp. 9-10. (6) Il avait été chargé de missions importantes par Charles Ier dès 1273, cf. Fr. Cerone, l.l., II, pp. 45-46. (4) Le ,·
150 RECHERCHES HISTORIQUES Jean Chauderon qui avait reçu des terres en Italie (1), Hugues de Brienne, comte de Lecce et devenu par son mariage baron de la moitié de Karytaina, ont souvent été chargés de missions par le roi et par le prince. La noblesse franque de Morée s'est donc augmentée d’éléments actifs. Il est probable que quelques cadets continuaient à venir de France c’est le cas sans doute des Rémy, que nous verrons bientôt installés dans la principauté (2). Bien que nous ne suivions pas la succession des dignitaires ecclésias¬ tiques, il paraît nécessaire de signaler que c’est en 1277 que le siège archiépiscopal de Corinthe fut occupé par le grand érudit, Guillaume de Moerbeke (3). Tel était l’état de la principauté au moment où, après un règne de trente-deux ans, mourut Guillaume de Villehardouin, qui, malgré ses brillantes qualités, n’avait pu préserver l’intégrité de la Morée franque contre les tentatives de l’empire grec reconstitué par Michel VIII Paléologue, et à qui le sort avait refusé un fils qui pût poursuivre sa tâche. : (1) Cf. Fr. Cerone, l.l., I, pp. 48-50, 60, 62. (2) Longnon, L'empire latin, p. 243 ; cf. infra, p. Croquis d'Orient, pp. 153 et suiv. ; — A. Struck, AM, (3) Sur ce personnage, v. B. de Borchgrave, XXXIV, 1909, pp. 234-236 ; — M. Grabmann, Guglielmo di Moerbeke O. P., il traduttore delle opéré di Aristotele, Miscell. hist, pontif XI, Rome 1946 ; — Longnon, L'empire latin, p. 206.
CHAPITRE IV LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE de 1278 à 1318 Conditions nouvelles. — En 1278 non seulement la principauté cTAchaïe présentait un aspect différent de celui de 1250, ou même de 1246, mais elle entrait dans une période nouvelle qui devait être beaucoup moins brillante. Désormais elle ne devait plus être gouvernée par un prince résidant en Morée, sauf pour de courtes périodes, en particulier à l’époque où elle fut entre les mains de la princesse Isabelle et de ses deux maris successifs, Florent de Hainaut et Philippe de Savoie, entre 1289 et 1304. Par le premier traité de Viterbe, la principauté devait, à la mort de Guillaume de Villehardouin, qui n’avait pas eu de fils, revenir à Philippe, fils de Charles d’Anjou et mari de la fille aînée de Guillaume ; ce jeune prince étant mort en 1277 (1), elle revint au roi Charles lui-même, qui ajouta aussitôt à ses nombreux titres celui de prince d’Achaïe (2). La famille des Villehardouin se trouvait ainsi régulièrement dépossédée et la Morée dépendait directement d’un souverain vivant hors de Grèce. Le gouvernement que pouvait exercer la monarchie angevine était tout différent de celui des Villehardouin. Ceux-ci vivaient de la vie du pays ; mêlés aux barons et aux chevaliers qui en étaient les défenseurs, parlant grec et en contact avec la popu¬ lation indigène, ils connaissaient leurs droits et leurs devoirs ; n’ayant jamais hésité à payer de leur personne, ils jouissaient d’un grand prestige ; au courant des besoins du pays, n’ayant pas d’autre intérêt que celui de leur principauté, ils avaient généra¬ lement suivi une politique utile et heureuse. La situation avait déjà changé dans une certaine mesure avec le traité de Viterbe qui rattachait étroitement la Morée au royaume de Sicile : mais le changement fut beaucoup plus complet après 1278, (1) Hopf, (2) Sur les I, pp. 296 B-297 A ; — Longnon, L'empire latin , pp. 248-249. Cf. supra , pp. 136-137, 144. titres de Charles d’Anjou, v. P. Durrieu, Les archives angevines de Naples, I, pp. 186-191 ; — Sanudo, Istoria di Romania, pp. 137-138. Le titre de prince d’Achaïe figure dans la titulature des actes de la chancellerie de Naples dès le 1er septembre, cf. Longnon, L'empire latin, p. 251.
152 RECHERCHES HISTORIQUES quand elle en dépendit directement. Au gouvernement de princes chevaliers succède celui d'une monarchie administrative et paperassière. La cour de Naples s'occupe de la principauté souvent avec une minutieuse précision, mais sans la rapidité et la largeur de vues, l’intelligence exacte des choses que réclament les conditions spéciales où se trouve la Morée ; de plus, son pouvoir s'exerce par l'intermédiaire de gouverneurs, souvent étrangers au pays, souvent renouvelés, donc peu au courant des coutumes et de la situation, et par conséquent incapables d'obtenir rapidement de l'adminis¬ tration royale les décisions nécessaires ou de corriger ses erreurs. Autre circonstance grave : plus encore qu'entre 1267 et 1278, la Morée n'est plus qu'une des nombreuses régions où s'exerce la politique des rois angevins de Sicile. On ne peut donc découvrir dans le gouvernement de la monarchie angevine une direction ferme pour les affaires de Morée ; elle s'en occupe un moment, puis s'en laisse détourner par d’autres préoccu¬ pations même si, à ce moment, un danger menace la principauté. Enfin ce pouvoir lointain qui s'exerce par intermittence et souvent avec maladresse n'obtient pas des barons et des seigneurs l'obéissance que ceux-ci avaient en général consentie aux Villehardouin : l'anarchie s'installe peu à peu dans un pays dont l'existence est parfois menacée ; elle atteindra son comble quand des contestations s'élèveront entre prétendants au titre même de prince. La domination angevine devait durer un peu plus d'un siècle, jusqu’en 1383 nous y distinguons trois étapes dont la première dure aussi longtemps que des descen¬ dants directs de Guillaume de Villehardouin, ses fille ou petite-fille, participent au gouvernement ; la deuxième, de 1318 à 1344, voit commencer le déclin ; nous rattacherons la troisième, de 1344 à 1383, à la dernière période de l'histoire de la principauté. Sans suivre les relations compliquées de la cour de Naples avec les multiples puissances intéressées aux affaires napolitaines ou orientales, nous nous efforcerons seulement de mettre en lumière les grands faits de la vie de la Morée, d'étudier le déclin des possessions franques. : La principauté de la mort de Guillaume à l’avènement de Florent, 1278-1289. — Guillaume de Villehardouin, qui était mort de maladie à Kalamata, avait eu le temps de prendre ses dispositions (1) : il avait désigné comme bail le connétable Jean Chau deron, son neveu, en attendant les ordres du roi Charles, et comme exécuteurs testa¬ mentaires avec le connétable, l’archevêque de Patras, Benoît, et l’évêque de Modon, fait des dons à des églises et à des couvents latins ou grecs (2), enfin recommandé sa femme et ses filles et toute la principauté au roi Charles ; il avait exprimé le désir d'être enterré auprès de son père et de son frère aîné en l’église Saint-Jacques d'Andravida (3). Sa veuve, la princesse Agnès, gardait Kalamata, fief personnel des Villehardouin, et la châtellenie de Clermont que le prince lui avait donnée en douaire. Elle avait auprès d'elle sa seconde fille, Marguerite, âgée d'environ dix ou (1) Le testament du prince conservé à Naples dans les Registres angevins, vu par Hopf, a disparu avant 1894, cf. Fr. Cerone, La sovranità napoletana , ASI, 4e série, I, p. 265, n. 3. (2) En particulier à l’évêque de Modon, cf. Hopf, I, p. 317 A. (3) L. de la conq., §§ 532-535, — Chron. gr., vv. 7757-7816, — L. de los fech., §§ 418-419. Cf. Minieri Riggio, Il regno di Carlo I, ASI , 4e série, I, p. 433 ; — Hopf, I, p. 297 A ; — Fr. Cerone, La sovranità napo¬ letana :, I, ASI, 4e série, I, pp. 265-266 ; — Miller, The Latins , pp. 145-146 ; — Longnon, L'empire latin pp. 249-250.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 153 onze ans, qui avait reçu les deux tiers de la baronnie d’Akova (1) ; sa fille aînée, Isabelle, veuve du prince Philippe, était restée à la cour de Naples (2). Isabelle devait revenir en Morée comme princesse en 1289. Mais de 1278 à 1289, la principauté est gouvernée directement par les rois de Sicile, Charles Ier, puis son fils, Charles IL Le premier, très pieux comme sa mère Blanche de Castille, nourrissait l’ambition de délivrer à nouveau Jérusalem et la première étape pour réaliser ce projet devait être de reprendre Constantinople aux Grecs. C’est pourquoi il avait accueilli favorablement les propositions du prince Guillaume et s’était intéressé à la Morée comme à tous les territoires grecs restant sous domination latine. Il n’était pas question pour lui de se rendre dans le Péloponèse qui n’était qu’une partie de ses domaines, position importante pour la réalisation de sa politique orientale, mais somme toute territoire secondaire. Il conservait d’ailleurs auprès de lui un certain nombre de personnages qui pouvaient lui donner sur la Morée des indications précieuses et des conseils utiles : Léonard de Veroli qui devait rester en Italie jusqu’à la fin de sa vie, Erard d’Aulnay(vite disparu), Nicolas II de Saint-Omer, Hugues de Brienne, dont on a déjà signalé l’activité. Les premiers baux. — Le roi de Sicile, ne pouvant venir en personne en Morée, gouverna la principauté par l’intermédiaire de baux. Les deux premiers, étrangers au pays, restèrent en fonction chacun deux ans : ce furent Galeran d’Ivry (1278-1280) et Philippe de Lagonesse (1280-1282). Puis Charles Ier et son successeur Charles II eurent la sagesse, peut-être imposée par la situation plus difficile de leur royaume après les vêpres siciliennes, de faire appel à des seigneurs de Romanie Guy de Dra melay, baron de Chalandritsa de 1282 à 1285, Guillaume de la Roche, duc d’Athènes, de 1285 à 1287, Nicolas II de Saint-Omer, co-seigneur de Thèbes, de 1287 à 1289, enfin à Guy de Charpigny, baron de Vostitsa, en 1289. Charles Ier (3) avait nommé le sénéchal de Sicile, Galeran d’Ivry, bail et vicaire principauté le 26 août 1278, avec mission de recevoir l’hommage de tous les la de prélats, barons et seigneurs ; le lendemain, il en informait tous les vassaux de la principauté ; parmi eux étaient cités nommément les seigneurs de la Grèce centrale, les deux grands officiers de la principauté : le connétable Jean Chauderon et le maréchal Jean de Saint-Omer, les quatre hauts barons qui tenaient les seules baronnies datant de la conquête Guy de Dramelay, baron de Chalandritsa, Geoffroy de Durnay, baron titulaire de Kalavryta et en fait de Gritséna, Guy de Charpigny, baron de Vostitsa et Jacques de la Roche, baron de Véligosti et sire de Damala. Une autre lettre était adressée aux sujets, à toutes les communautés, cités, terres, châteaux, villages et localités ; ordre était donné aux châtelains de Corinthe, Clermont, Bucelet, Beauvoir : : (1) Marguerite a dû naître après le traité de Viterbe, cf. Longnon, JS, 1942, pp. 142-143. (2) V. Longnon, L'empire latin, p. 253. (3) Un mandement du roi ordonne le 19 mai de payer Gilles de Seulèches, capitaine, Jean d’Armentières, trésorier, les chevaliers, écuyers, arbalétriers et soudoyés en Morée. Comme on ignore la date exacte à laquelle la mort du prince Guillaume survenue le 1er mai fut connue à Naples, on se demande si ces ordres entrent dans le cadre des préparatifs signalés supra , p. 144, n. 2, où s’il s’agit d’un envoi de troupes consécutif à l’arrivée de la nouvelle et destiné à assurer immédiatement la prise de possession de la principauté, cf. A. de Boüard, Documents en français des Archives angevines, 1, pp. 89-90, n° 53 et n. 3.
154 RECHERCHES HISTORIQUES et Kalamata de remettre au bail les châteaux avec les armes et les approvisionnements, à ceux de Karytaina et d’Akova d’en consigner la moitié (1). La mission de ce premier bail ne se déroula pas sans difficulté, d’après la Chronique de Morée, qui le confond d’ailleurs avec Hugues de Sully (2). En effet, au nom des barons et seigneurs, l’archevêque de Patras, que ses terres, très étendues depuis l’achat de la baronnie de Patras, plaçaient au premier rang de la noblesse moréote, déclara que les coutumes voulaient que l’hommage-lige ne fût fait qu’au prince en personne le bail dut se contenter de recevoir un serment de fidélité au roi et d’obéis¬ sance à lui-même, non sans avoir juré au préalable, comme le roi même devait le faire, de respecter les coutumes (3). Conformément aux clauses du traité de Viterbe, le roi avait nommé un nouveau protovestiaire (4) et Galeran changea les châtelains, connétables et sergents des châteaux. Bien que ces mesures n’eussent rien d’arbitraire, elles provoquèrent des mécontentements que Jean Chauderon et Narjot de Toucy vinrent exposer au roi. Celui-ci promit de respecter toutes les coutumes et confirma les privilèges concédés avant lui (5). ; Vie intérieure de la principauté et relations avec les Grecs jusqu’en 1282. — Jusqu’en 1282, le roi Charles s’occupa activement de ses possessions d’Orient et en particulier de la principauté. La vie de la Morée franque était loin d’être calme et toujours heureuse. On est très peu renseigné sur les relations entre Latins et Grecs. Faut-il penser que la disparition du prince Guillaume fournit aux Grecs une occasion de renouveler leurs tentatives contre la principauté? Une chronique italienne fait allusion aux campagnes qui auraient eu lieu alors et se seraient terminées de façon ceux-ci eurent à déplorer de nombreuses pertes, désastreuse pour les Latins Erard d’Aulnay fut fait prisonnier (6). Mais ces indications restent très vagues, les opérations auxquelles il est fait allusion semblent être principalement celles qui se sont déroulées en Épire et en Albanie, et qui, malgré l’importance des moyens engagés sous le commandement de Hugues de Sully, se terminèrent en 1281 par un désastre (7). : (1) Minieri Riccio, Il regno di Carlo I, ASI, 4e série, I, 1878, pp. 433, 434; cf. Longnon, L'empire latin, p. 254. (2) On a vu plus haut que la Chronique fait venir Galeran d’Ivry quelques années plus tôt en Morée ; elle cite comme premier bail en 1278 Rous de Sully, par confusion avec Hugues de Sully qui fut en réalité vicaire général du roi en Albanie : L. de la conq., § 538, — - Chron. gr., v. 7837; — L. de los fech., § 420, ne cite comme bail que Guillaume duc d’Athènes. (3) L. de la conq., §§ 339-343, — Chron. gr., vv. 7847-7932, — Assises de Romanie, §§ 1-2, éd. Recoura, pp. 154-155. (4) Cf. p. suiv. . 1 et 6. (5) L. de la conq., § 543, — Chron. gr., vv. 7933-7939 ; cf. Hopf, I, p. 316 ; — Minieri Riccio, Il regno di Carlo I, ASI, 4e série, III, 1879, p. 12; — Longnon, L'empire latin, p. 255. (6) Historiae Sabae Malaspinae conlinualio, dans R. Gregorio, Bibliotheca Scriptorum qui res in Sicilia gestas sub Aragonum imperio retulere, Palerme 1792, II, p. 336. Cf. Hopf, I, pp. 316 B-317 A; — Zakythènos, Le despoiat grec, I, pp. 58-59, qui reproduit le texte, p. 58, n. 2. Ce texte est très vague et fautif : il faut lire évidemment dominus Goffridus pour Gominus doffridus, et quam plures etiam viri famosi apud Vlachiam et alias Achaiae et Romaniae partes cum militia desiinali causa belli cum Graecis conuerunt. Il y est fait allusion à Gautier de Sommereux, disparu en 1278, et à Geoffroy de Polisy, maréchal en Romanie vers 1279, qui com¬ mandèrent des troupes en Albanie. La captivité d’Erard d’Aulnay est connue par les Registres angevins, cf. infra, 260. (7) p. 157. Hopf, I, pp. 323-325 B ; — Miller, The Latins, pp. 172-173 ; — Longnon, L'empire latin, pp. 258
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 155 A rintérieur de la principauté, l’administration royale eut à s’occuper d’innom¬ brables questions réclamations de toutes sortes, réorganisation, ravitaillement du pays et des châteaux. En 1279 vinrent à Clarence des maîtres monnayeurs avec le matériel nécessaire pour réorganiser l’atelier monétaire des ordres complémentaires furent donnés en 1280 et 1281, des ouvriers et à nouveau du matériel envoyés pour assurer l’émission de monnaies d’argent et de bronze de même type que celles de Guillaume de Villehardouin mais avec la légende au nom du roi (1). Les revenus de la principauté ne semblent pas suffire aux besoins de la défense et de l’administration. Galeran d’Ivry dut emprunter 1.000 hyperpères aux frères Stefano et Bartolomeo de Sanella, établis à Clarence, qui ne furent remboursés qu’en 1284 (2). Des réclamations s’élèvent de toute part. C’est en 1279 que se place la tentative de Geoffroy de Briel le jeune pour s’emparer de l’héritage de son oncle (3) l’évêque de Modon se plaint de ne pas avoir obtenu la rente que lui avait accordée par testament le prince Guillaume ; des seigneurs comme « Adam d’Anieio » et Étienne de Remy, d’avoir été frustrés de leurs biens (4). Les troupes, mercenaires turcs ou soldats amenés par le bail, semblent avoir causé de nombreux dégâts. Les châtelains et les garnisons des châteaux se plaignent de n’avoir pas reçu leur solde depuis six ou douze mois, les forteresses manquent d’approvisionnements. Soit qu’il le jugeât responsable de cette situation, soit que par principe il préférât changer souvent ses représentants, le roi Charles remplaça Galeran d’Ivry par Philippe de Lagonesse dès août 1280(5) et, en 1281, le protovestiaire Manfred de Lagopesole était remplacé par Gautier de Collepierre (6). Instruit de la situation par les rapports du nouveau bail (7), le roi Charles fit effort pour remédier à la situation on fournit du blé et des armes aux forteresses ; plusieurs seigneurs obtinrent également des autorisations d’importer des céréales ou des chevaux de Pouille (8). En 1281 une forge est installée à Clarence pour la fabri¬ cation des armes (9). : ; ; : (1) Hopf, I, pp. 316, 317 B, 318 A ; — Minieri Riccio, Il regno di Carlo I, ASI, 4e série, II, p., 203, IV, pp. 11-13 ; — Schlumberger, Numismatique de V Orient latin , pp. 314-315, et pi. XII, 16. Hopf cite d’après les Registres angevins comme fonctionnaires de l’atelier monétaire de Clarence : Bartolomeo Salepepe et Nicolô de Cesaria envoyés en avril 1279, cf. A. de Boüard, op. cil ., I, pp. 149-150, n° 140, — II, p. 33, n° 26 ; — Jacopo Castaldo et Tommaso d’Afflitto en 1281 ; l’atelier fonctionne sous la surveillance du châtelain de Clarence, Giovanni de Tancrède en 1279, du juge Taddeo de Florence en 1280, puis en mai 1283 de Guglielmo Guercio, d’origine génoise mais citoyen de la ville, et sous le contrôle supérieur du protovestiaire, Riccardo de Pando de Scalea. (2) Hopf, I, pp. 316 B, 320 A. (3) Les Registres angevins signalent le passage du prétendant Geoffroy en janvier 1279 à Naples, cf. supra, p. 148 ; cette date ne s’accorde pas avec la généalogie établie par Hopf, Chron. gr.-rom., p. 472-vm, qui place en 1287 l’arrivée de Geoffroy en Morée ; nous revenons plus bas sur cette question à propos du mariage de Geoffroy. (4) Hopf, I, p. 317. (5) Hopf, p. 318 A ; — Longnon, L'empire latin, p. 257. (6) Hopf, I, p. 317 B. Le roi en informe Philippe de Lagonesse par une lettre datée de Barletta, 11 février, publiée par D. Forges Davanzati, Disseriazione sulla seconda moglie del re Manfredi, n° 42, p. 41, et reproduite par Buchon, Nouv. rech., II, pp. 327-328, n° XXI, cf. Fr. Gerone, La sovranità napoletana, I, p. 25, qui se trompe sur la date à attribuer à ce document. Collepierre fut à son tour remplacé par Riccardo de Pando de Scalea, cf. infra, p. 159. (7) Hopf, I, p. 318 A. (8) D’après Hopf, I, pp. 317-318 A, des autorisations sont accordées à l’évêque de Modon, à Guiot de Lambri, Guy de Charpigny, Jean Chauderon ; du blé est envoyé à Clarence, à Jean Ferreto, châtelain de Clermont ; d’autres envois sont faits en 1281, cf. Buchon, Nouv. rech., I, pp. 223-224, en note ; des provisions sont envoyées à Philippe de Lagonesse d’après une lettre du 11 décembre, Buchon, Nouv. rech., II, p. 328. (9) Hopf, I, p. 318 A. L’année précédente est signalé un envoi de flèches, lettre du 13 juillet 1260, Buchon, Nouv. rech., II, pp. 332-333, n° XXVII.
156 RECHERCHES HISTORIQUES De nombreuses questions féodales se sont posées dans ces années, que l’adminis tration essaya de régler à son avantage. On a déjà signalé le règlement de l’affaire suscitée par Geoffroy de Briel le jeune. Beaucoup plus importante fut la question du douaire de la veuve de Guillaume de Villehardouin. La princesse Agnès tenait Kala mata et Clermont, une des plus riches terres et la plus puissante forteresse de Morée. De plus, en 1280, elle se remaria avec Nicolas II de Saint-Omer qui était lui-même très puissant seigneur de la moitié de Thèbes, il avait épousé en premières noces la très riche princesse Marie d’Antioche ; il avait alors fait construire à Thèbes un château qui fut vite célèbre pour être le plus fort et le plus beau de Grèce (1). On comprend, dans ces conditions, que le roi de Sicile ait songé à rentrer en possession de Kalamata et de Clermont que ce mariage faisait tomber entre les mains d’un d’un baron si opulent. Des négociations furent engagées pour obtenir l’échange des deux places contre d’autres fiefs : le juge Taddeo de Florence nommé châtelain de Clarence et Pisano d’Amalfi en furent chargés. Léonard de Yeroli étant mort en 1281, sans laisser d’héritier de ses deux mariages, c’est sur ses biens que furent prises les terres offertes à la princesse Agnès, en échange de Kalamata et de Clermont, cédés par elle au roi avec l’accord de Nicolas de Saint-Omer, le 25 septembre 1281 (2). La succession de Léonard de Veroli, outre le mobilier qui devait revenir à des églises ou à des prélats, comprenait des terres en Italie et en Grèce ; sa seconde femme, Alix, en réclama la moitié à titre de douaire suivant la coutume moréote (3) : le roi fit droit à ses réclamations ; et les fiefs cédés à la princesse en 1282 furent pris sur la moitié qui revenait au fisc c’étaient essentiellement des terres situées en Messénie entre Arkadia et Modon, avec les villages de Mantichorion ou Maniatochori, Platanos et Glyky (4). Les autres possessions moréotes de Léonard de Veroli revinrent donc à sa veuve Alix : elles étaient très dispersées et nous n’avons pas d’autres rensei¬ gnements sur leur sort (5). La princesse Agnès devait mourir le 4 janvier 1286 sans : : (1) L. de la conq., §§ 553-554, 556, — Chron. gr., vv. 8071-8109, — L. de los fech., § 427. Cf. Hopf, I, p. 321 ; — Longnon, V empire latin , pp. 246, 257. Sur les ruines du château de Saint-Omer à Thèbes, v. A. Bon, Forteresses médiévales de la Grèce centrale, BCH, LXI, 1937, pp. 188-191. (2) Hopf, I, pp. 317, 319 ; — Minieri Riccio, Il regno di Carlo I, ASI, 4e série, III, p. 165, — IV, pp. 176 177, 351 ; — Longnon, L'empire latin, p. 257. (3) Hopf, I, p. 319 B : il suppose qu’Alix était une sœur d’Erard et Geoffroy d’Aulnay, parce que les fiefs les plus importants de la succession de Léonard de Veroli étaient situés entre Arkadia et Modon, et qu’il pense qu’ils avaient été apportés en dot par Alix : c’est une pure hypothèse. D’autre part le roi ayant répondu en invitant le bail et le protovestiaire à consulter sur les droits d’Alix les hommes les plus expérimentés, Hopf trouve là une preuve qu’il n’existait pas encore à cette date de livre de coutumes rédigé :1a conclusion ne s’impose pas ; car le livre des coutumes n’a été à l’origine qu’un recueil de précédents et ne répond pas forcément à tous les cas, cf. supra, pp. 85-86. (4) Le nom de Mantichorion donné par le document cité dans la note suivante est évidemment le même que celui de Maniatochori, que la Chron. gr., vv. 8063-8070, attribue comme douaire à la princesse Isabelle, avec Platanos et Glyky : cf. infra, pp. 434-435. (5) D’après les Registres angevins cités par Hopf, I, p. 319 A, ces biens étaient les suivants : villages de Heuches, Lapitiza, Voltiza, Perniza, Asgoy et les possessions de Pierre Malengis et de sa mère dans la châtellenie de Corinthe, rentes et propriétés près des fleuves Roas et Inclinais, le village de Karavo dans le fief de Sulina (qui avait appartenu autrefois à Foucauld de Ludux), une maison à Corinthe, anciennement au magister Robert de Tournay, des propriétés à Spales, ayant appartenu autrefois à Guillaume Le Moyne ; les villages de Matones et Karavanita dans la châtellerie de Kalamata, le fief de Mantichorion près des territoires vénitiens de Modon et Coron, avec Lapacusta et Gargenay ; la suzeraineté sur Pierre de Lanciens, de Latarrea, sur Erard de Mulloy, et un fief dans la châtellenie de Corinthe que Léonard avait acheté 1.500 hyperpères à une dame Ermesinde.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ avoir donné d’enfant à son second mari ; elle en l’église Saint-Jacques d’Andravida (1). DE LA MONARCHIE ANGEVINE 157 fut enterrée auprès du prince Guillaume Si l’on peut trouver légitime et d’une bonne politique cette reprise de places aussi importantes pour la principauté, beaucoup plus discutable est l’intervention du bail dans les affaires de la baronnie d’Arkadia. Celle-ci, à la mort de Vilain Ier, avait été partagée entre ses deux fils Erard et Geoffroy or Erard avait été fait prisonnier par les Grecs probablement en 1279 et il n’est plus question de lui après cette date, il ne figure pas parmi les prisonniers dont on obtint l’échange dans les années qui suivent (2). En tout cas, le bail Galeran d’Ivry, sans respecter le désir d’Erard qui : avait confié l’administration de la moitié de la baronnie à Jean Chauderon et à Pierre de Vaux, la plaça sous séquestre. Mais les protestations vigoureuses de Jean Chauderon obtinrent du roi Charles qu’il ordonnât en juin 1281 au successeur de Galeran de remettre la part d’Erard à ses procurateurs ; c’est seulement en 1293 que son frère put entrer en possession de ces terres (3). Malgré les difficultés ou les incidents en Morée, malgré l’échec subi au printemps de 1281 en Épire, Charles Ier continuait les préparatifs diplomatiques et militaires pour une grande expédition contre Constantinople même. Particulièrement important est le traité signé à Orvieto, le 3 juillet 1281, par lequel Venise s’engageait avec l’empereur titulaire Philippe de Courtenay et le roi de Sicile à entreprendre une expédition en commun contre Constantinople, dont le départ était fixé au 15 avril 1283 ; il était complété par un accord prévoyant le départ d’une première expédition dont les éléments devaient être rassemblés à Corfou avant le 1er mai 1282 (4). On peut supposer que, vers la même époque, Charles Ier chercha à se rapprocher de l’Épire, car, le 20 septembre 1281, il donna l’ordre au bail de la principauté de libérer un des fils du despote Nicéphore, Michel, retenu comme otage à Clarence (5). D’autre part, fait essentiel, depuis février de la même année, le Saint-Siège était occupé par un nouveau pape, d’origine française, Martin IV, dévoué à la cause du roi de Sicile et nettement hostile à l’empereur grec qui n’avait pas rempli les engagements pris au concile de Lyon : en novembre 1281, il prononça l’excommunication contre Michel Paléologue (6). Des préparatifs avaient été entrepris pour l’équipement d’une flotte sous le commandement de Jean Chauderon. Mais un mois avant le 1er mai, (1) La date exacte de la mort de la princesse Agnès, que Hopf situait vers 1284, et le lieu de sa sépulture nous ont été révélés par la pierre tombale de la princesse, trouvée sur l’emplacement de l’église Saint-Jacques cf. infra , pp. 590-591. à Andravida, (2) Cf. supra , p. 154, et infra , p. 158. Hopf, , p. 318 B, signale que sa libération fut négociée en 1280 ; mais on peut supposer qu’il mourut peu après encore en captivité. (3) Hopf, I, pp. 318 B-319 A. Cf. infra , p. 161. (4) Tafel et Thomas, Urkunden, III, pp. 287-298, nos 373-374. Cf. Hopf, I, p. 326 A ; — E. G. Léonard, Les Angevins de Naples, p. 134 ; — Thiriet, Romanie vénitienne, pp. 151-152 ; — Geanakoplos, Michael Palaeologus, pp. 337-339. (5) Del Giudice, Famiglia di re Manfredi, pp. 295-296 ; cf. Zakythènos, Le despotat grec , I, p. 60, . 1 ; — Geanakoplos, Michael Palaeologus, p. 339 et n. 16. (6) L’excommunication fut prononcée le 18 octobre 1281 et renouvelée le 18 novembre 1282 ; Raynaldi, Ann. eccles ., ad ann. 1281, n° 25, — ad ann. 1282, n°* 8-10, — Registres de Martin IV, édit. Olivier Martin, pp. 100, 115, nos 269, 278 ; — Sanudo, Istoria di Romania, p. 138 ; cf. Geanakoplos, Michael Palaeolo¬ gus, pp. 340-342 ; — B. Roberg, Die Union zwischen der griechischen und der lateinischen Kirche , pp. 214-218.
158 RECHERCHES HISTORIQUES la révolte des Vêpres siciliennes éclata à Palerme, le 30 mars 1282, obligeant le roi à suspendre la réalisation de ses projets contre lOrient (1). Michel VIII Paléologue, qui se trouvait un des principaux bénéficiaires de cet événement survenu au moment critique où la coalition qu’il avait si longtemps et si habilement empêché de se former allait, enfin réalisée, entrer en action contre lui, ne survécut que de peu ; en décembre 1282, il fut remplacé sur le trône de Constan¬ tinople par son fils Andronic IL Celui-ci était loin d’avoir les qualités de son père ; de plus il était occupé par la lutte contre le bâtard Jean Comnène Doukas en Épire, et contre les Serbes. Désormais la rivalité entre l’empereur grec et le roi de Sicile n’a plus la même acuité. Venise elle-même conclut une trêve avec Andronic en 1284 (2). La principauté après 1282. — Il résulte de ces circonstances qu’à partir de 1282 la principauté d’Achaïe dut passer au second plan dans les préoccupations politiques du roi Charles. Il ne s’en désintéresse pas complètement : il envoie aux baux des instructions sur le recrutement des troupes, leur conseillant de préférer les éléments non moréotes, sur le paiement des mercenaires à l’aide des revenus de la monnaie de Clarence (3). Mais ni lui, ni les Grecs ne prennent l’initiative d’opérations militaires importantes (4) on assiste au contraire à un échange de prisonniers (5). Le roi Charles Ier n’hésite pas à faire appel à des chevaliers ou barons moréotes pour mener la lutte en Sicile plus tard il demande au bail de la principauté et au duc d’Athènes d’envoyer des renforts au despote Nicéphore Ier d’Ëpire (6) on peut penser qu’ils n’eussent pas agi ainsi si la Morée eût été menacée. C’est vers la même époque enfin que le roi Charles Ier prit trois des plus brillants représentants de la noblesse de Morée, Jean Chauderon, Geoffroy de Durnay et Jacques de La Roche, parmi les cent chevaliers qui devaient l’accompagner à Bordeaux, pour y rencontrer, en combat singulier, à la fin du printemps 1283, le roi Pierre d’Aragon et cent de ses compagnons (7). A partir de 1282, la cour de Naples choisit les baux parmi les seigneurs moréotes. : : : (1) Il serait vain de tenter de donner la liste des ouvrages ayant traité de ces événements ; ils ont été racontés en dernier lieu par St. Runciman, Sicilian Vespers. A History of the Mediterranean World in the Later XHIth Century, Cambridge 1958. La question de savoir si Michel Paléologue qui fut le grand bénéficiaire de cet événement n’en a pas été également un des principaux artisans reste encore très discutée, cf. notre note à propos du livre de Geanakoplos, dans JS, 1960, pp. 167-172 ; mais elle ne nous intéresse pas directement ici. (2) C. 320 Minieri-Riccio, Il regno di Carlo 1°, ASI, 4e série, IV, 1879, pp. 353-354. Cf. Hopf, I, pp. 319 B B. 319 B ; — C. Minieri-Riccio, Il regno di Carlo 1°, ASI, 4e série, V, pp. 182-183 ; — Le despotat grec, I, p. 59. (4) Il y a cependant une allusion à une expédition navale en Morée dans un document du 22 décembre 1283, cf. C. Minieri-Riccio, Il regno di Carlo I, ASI, 4e série, V, 1880, p. 364. Cf. Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 59. (3) Hopf, I, p. Zakythènos, (5) En décembre 1283, C. Minieri-Riccio, l.L, p. 363. Cf. Zakythènos, Le despotat grec, p. 59. D’autres échanges avaient déjà eu lieu en 1281, Hopf, I, pp. 325 B-326 A, 329 B-330 A. (6) D’après une lettre de décembre 1283 du roi au despote, G. Minieri-Riccio, LL, p. 361 ; cf. Zaky¬ thènos, Le despotat grec, I, pp. 59-60. (7) Sanudo, Istoria di Romania, p. 152 ; — L. de la conq., §§ 587-588, Longnon, L'empire latin, p. 261. La rencontre n’eut d’ailleurs pas lieu. 775. Cf. Hopf, I, p. 328 A ; —
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 159 En octobre Philippe de Lagonesse, maréchal du royaume de Sicile, avait été rappelé ; Narjot de Toucy, qui avait hérité de son père Philippe le titre d’amiral du royaume, fut nommé pour le remplacer comme bail ; mais, indispensable à la tête de la flotte, il ne partit pas et, le 4 novembre 1282, le roi nomma à sa place Guy de Dramelay, baron de Chalandritsa (1) : sa baronnie, bien qu’augmentée d’une partie du fief de Lisaréa, était modeste, mais datait de la conquête. L’année suivante, le roi nomma Riccardo de Pando de Scalea protovestiaire en remplacement de Gautier de Collepierre, en même temps que préposé à la monnaie de Clarence à la place de Jacopo Castaldo et de Tommaso d’Afïlitto (2). La mort de Charles Ier, survenue à Naples le 7 janvier 1285, ne change rien à la situation son fils Charles étant alors prisonnier des Aragonais, il avait désigné dans son testament son neveu Robert d’Artois comme régent du royaume jusqu’au retour de son fils Charles, qui n’eut lieu qu’en 1289. Robert d’Artois remplaça Guy de Dra¬ melay par Guillaume Ier de La Roche, qui fut le premier des seigneurs d’Athènes à porter le titre de duc et dont la cour était alors la plus brillante de Romanie ; il joignait à de hautes qualités de grandes ressources, ce qui lui permit de remplir au mieux sa charge (3). A sa mort en 1287, son successeur fut Nicolas II de Saint-Omer, le baron le plus puissant sans doute après le duc d’Athènes seigneur de la moitié de Thèbes où, grâce aux richesses que lui avait apportées en dot sa première femme, Marie ; : d’Antioche, il avait construit un château remarquable, tenant du chef de sa seconde femme, la princesse Agnès, des fiefs en Élide et en Messénie qu’elle avait reçus en échange de Kalamata et de Clermont, il passe pour avoir exercé ses fonctions de façon particulièrement heureuse. Il fut à son tour remplacé sur l’ordre de Charles II, le 25 juillet 1289, par Guy de Charpigny, baron de Vostitsa, qui ne resta bail que quelques mois (4). Ces années où il ne semble pas y avoir eu de conflits notables avec les Grecs ont été pour ce qui restait de la principauté un heureux répit. Les baux, connaissant bien le pays et dont deux au moins étaient puissants et riches, durent l’administrer sagement et mirent à profit cette trêve pour en fortifier les défenses. Guillaume de La Roche fit construire aux confins de la Messénie et de la Skorta le château de Dimatra (5). Nicolas II de Saint-Omer porta son attention vers les terres que lui avait apportées sa seconde femme en Messénie il fit élever une petite forteresse au village de Maniatochori près de Modon et, dit la Chronique, celui de Port-de-Jonc : ou Navarin (6). (1) Hopf, I, p. 319 B ; — Longnon, V empire latin, pp. 260-261 ; — La Chronique de Morèe: L. de la conq., §§ 555, — Chron. gr., vv. 8100-8103, le cite comme bail, mais en le plaçant après Guillaume de La Roche, et ajoute qu’il le resta jusqu’à sa mort ; en réalité il mourut peu de temps après être sorti de sa charge. (2) C. Minieri-Riccio, Saggio di codice diplomatico, pp. 204-205 ; le document est daté du 16 mai 1283. (3) La Chronique de Morée : L. de la conq., § 547, — Chron. gr., vv. 7990-7996, — L. de los fech., §§ 420 Longnon, 423, 425, en fait le premier bail après la mort du prince Guillaume. Cf. Hopf, I, pp. 320 B-321 A ; L'empire latin, pp. 257-258, 262. (4) La Chronique de Morée ne le nomme pas. Cf. Hopf, 1, p. 322 B ; — Longnon, L'empire latin, p. 265. (5) L. de la conq., § 547, — Chron. gr., vv. 7997-7992, — Cron. di Morea, p. 461 (6) On peut admettre comme sûre la construction à cette époque d’une petite forteresse à Maniatochori ; mais la chose est moins certaine pour Navarin : si le L. de la conq., § 554, mentionne les deux forteresses sans distinction, la Chron. gr., distingue nettement la première, vv. 8093-8095, dirigée contre les Vénitiens, de la seconde construite plus tard, vv. 8096-8098, le roi ayant donné Navarin à Nicolas II et à son neveu Nicolas III, 12
160 RECHERCHES HISTORIQUES Évolution de la société féodale. — La sagesse et la prévoyance de ces baux ne pouvaient cependant rien contre l’évolution qui transformait peu à peu la noblesse moréote au détriment des familles de la conquête et qui avait commencé dès avant la mort du prince Guillaume. Nous avons déjà signalé les principaux faits pour la période de 1278 à 1289, que nous résumons rapidement ici (1). Seules, quatre des familles des grands feudataires de la conquête survivaient elles étaient représentées par Guy de Dramelay, baron de Chalandritsa, qui mourut en 1285 ou au début de 1286, laissant comme héritier une fille qui se maria avec Georges Ier Ghisi, héritier présomptif de Tènos et Mykonos (2), par Geoffroy de Durnay, baron titulaire de Kalavryta et en fait de Gritséna, qui devait participer à la rencontre de Bordeaux en 1283, mais fait place dans les années qui suivent à Jean de Durnay, son fils sans doute ; par Guy de Charpigny, baron de Vostitsa, qui devait vivre jusqu’en 1295 ; enfin par Jacques de La Roche, dit de Veligourt, seigneur : de Damala. Une autre baronnie ancienne devait exister encore en 1280, c’est celle de Nikli, mais la famille des barons n’était plus représentée que par une héritière, Sachette, mariée à Androuin de Villiers ou de Villa (3) qui réclama d’être mis en possession de l’héritage. La mort du chancelier Léonard de Veroli, en 1281, n’eut que peu de retentisse¬ ment en Morée ; il avait sans doute joué un rôle important comme conseiller du prince Guillaume, puis auprès du roi Charles Ier et dans les relations entre les deux souverains. Mais il ne résidait plus en Morée depuis longtemps ; il mourut sans avoir eu d’enfant de ses deux mariages et les terres qu’il laissa en Morée furent partagées entre sa seconde femme Alix, dont nous ne savons rien de plus, et le fisc, qui en disposa pour les échanger contre Kalamata et Clermont que tenait la princesse Agnès. La famille de Saint-Omer était désormais représentée par deux seigneurs en Morée : Jean, qui hérita de sa femme, Marguerite de Passavant, le titre de maréchal héréditaire de Morée et un tiers de la baronnie d’Akova, et qui avait eu de ce mariage un fils, Nicolas (III), — et son frère Nicolas II, seigneur de la moitié de Thèbes, remarié avec la veuve du prince Guillaume qui lui laissa, en 1286, ses terres en Messénie. Hugues de Brienne, comte de Lecce avait, de son côté, hérité la moitié de la baronnie de Karytaina, de la veuve de Geoffroy Ier de Briel qu’il avait épousée en 1277 et qui mourut vers 1279 ou 1280. Des seigneurs importants qui s’étaient établis en Morée après 1261, Anselin de Toucy était mort sans enfant dès 1273. Son neveu Narjot de Toucy, bien que possédant encore le fief de Bloboka en Morée, résidait en Italie où le retenaient les fonctions d’amiral de Sicile. Geoffroy Chauderon avait laissé la place à Jean Chauderon qui, lui grand-maréchal de la principauté ; enfin le L. de los fech ., § 471, attribue à Nicolas III, sous le prince Florent, la construction du château de Port-de-Jonc et de Château-Neuf : à notre avis, de ces versions, la plus détaillée est probablement la plus proche de la vérité ; et le point le plus important doit être non la construction d’un château à Port-de-Jonc, déjà fortifié peut-être, mais celle de Château-Neuf. — Dans les années 1280 à 1290 Venise fit également consolider les fortifications de Coron et bâtir un arsenal à Modon, Hopf, I, p. 341. (1) Cf. supra , pp. 154-157. (2) L. de la conq., § 764 ; le mariage était chose faite en 1292, mais on ne sait pas de quand il date. (3) Androynus de Villa se rendit en Morée en juin 1280 ; des deux documents cités par Hopf, I, p. 318 B : Reg. Ang., n° 8 (1270 B), fol. 145, n° 30 (1278 B), fol. 227v, seul le premier qui date le départ d’Androuin a été publié par Buchon, Nouv. rech., II, p. 343, cf. supra , p. 112.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 161 fut souvent au service du roi de Sicile, et qui outre ses terres de Morée, Estamira et Roviata, avait reçu du roi des terres en Italie (1) ; il y ajouta en 1289 le château de Beauvoir, qu’il acquit par échange contre sa terre de Gonversano en Italie avec Hugues de Brienne celui-ci avait reçu Beauvoir en compensation de la moitié de Karytaina qu’il tenait par sa femme, veuve de Geoffroy de Briel ; Hugues de Brienne et Jean Chauderon procédaient ainsi à un regroupement de leurs possessions qui écartait le premier de Morée mais y liait plus étroitement le second. Celui-ci n’avait qu’une fille, Bartholomée, dont on ignore si elle eut des descendants (2). Le roi Charles II avait repris la moitié de Karytaina pour en céder la baronnie à sa jeune belle-sœur Isabelle de Villehardouin à qui il se proposait de rendre la princi¬ pauté (3). Des deux fils de Vilain d’Aulnay, baron d’Arkadia, Erard avait été fait prisonnier par les Grecs en 1279, et disparut alors : il n’est plus question de lui mais seulement de sa succession à la moitié d’Arkadia, que le bail Galeran d’Ivry avait placée sous séquestre ; son frère, Geoffroy, qui tenait l’autre moitié d’Arkadia, n’entra en possession de l’héritage de son frère qu’en 1293 (4). Geoffroy eut un fils appelé Vilain comme son grand-père, qui devait épouser Hélène de Briel, fille de Geoffroy II de Briel et de Marguerite de Lisaréa (5) : la famille de Briel se confondait ainsi avec aussi, : celle des barons d’Arkadia. Mais qui était cette Marguerite, dame de Lisaréa, qu’avait épousée Geoffroy II de Briel ? La Chronique de Morée en fait une cousine de Gautier de Rosières et son fief de Lisaréa, dépendant de la baronnie d’Akova, fut un des fiefs d’hommage attribués à Marguerite de Passavant en 1276 (6). Hopf attribue le fief de Lisaréa à Guibert de Cors, premier mari de Marguerite de Passavant mort à la bataille de Karydi en 1258 (7) ; il cite d’autre part un acte des Registres angevins par lequel le roi Charles Ier confirme, le 8 juillet 1280, la vente d’une partie de la succession de Guibert de Cors par son héritier le plus direct, Payen de Stenay, à Guy de Dramelay baron de Cha landritsa, et pour accorder ces données, il établit la généalogie suivante (8) : du mariage de Marguerite de Passavant et de Guibert de Cors seraient nés un fils (1) Estamira est attribuée aux Chauderon par le L. de los fech., § 119, cf. supra ; la possession de Roviata est attestée par le legs qu’il fit d’une partie de ce fief à Daniel Bornio, cf. Hopf, I, p. 318 B. (2) Bartholomée ne fut pas la femme de Nicolas Ghisi comme le soutient Hopf ; elle hérita de son père, entre 1293 et 1297, les fiefs de Valaques et Toporice dans la baronnie d’Akova, cf. R. J. Loenertz, Or. Chr. Per., XXVII, 1962, p. 162. (3) Ces faits sont connus par les documents des Registres angevins, inédits, copiés avant leur destruction par M. Ch. Perrat et dont le texte nous a été aimablement communiqué par M. J. Longnon, cf. supra , p. 21, . 1. (4) Cf. Hopf, I, pp. 318 A-319 B. Sur le règlement de la succession d’Erard, cf. infra, p. 157. Nous avons déjà signalé l’hypothèse de Hopf, I, p. 319 B, qui fait d’Alix, seconde femme de Léonard de Veroli, une sœur d’Erard et de Geoffroy. L. (6) L. (5) 585, — Chron. gr., vv. 8459 et suiv., — L. de los fech., § 446. de la conq., §§ 527, 584, — Chron. gr., vv. 8456-8459. Le L. de los fech., § 445, l’appelle Jeanne de de la conq., § Rosières. L. de la conq., § 233, — Chron. gr., vv. 3270-3272, — Cron. di Morca , p. 429 ; cf. Hopf, I, p. 318 B. Hopf, I, p. 318 B, — Chron. gr.-rom., p. 472, vm. L’acte, Reg. ang., n° 8 (1270. B), fol. 162v., n’est pas connu autrement que par cette mention de Hopf ; on ne peut donc savoir s’il donnait effectivement le titre de seigneur de Lisaréa à Guibert de Cors et s’il contenait des précisions sur le lien de parenté unissant (7) (8) Guibert et Payen.
162 RECHERCHES HISTORIQUES Guillaume de Cors, mort avant 1280 (1) et une fille Marguerite de Cors (2), à qui serait revenu le fief de Lisaréa, lequel fief ne pourrait être entre les mains de Payen de Stenay que par mariage ; et cette même Marguerite de Cors, veuve de Payen, aurait épousé en secondes noces Geoffroy II de Briel, Hopf admettant pour ce mariage la date de la Chronique fixée par le gouvernement de Nicolas de Saint-Omer (3) 1287-1289. A cette généalogie proposée par Hopf, on peut objecter les faits suivants Guibert de Cors n’est signalé, dans la liste des fiefs, que par la chronique aragonaise qui lui attribue quatre fiefs avec Mitopoli (4), son titre de seigneur de Lisaréa ne nous est connu que par Hopf; l’existence d’un fils de Guibert, Guillaume de Cors, seigneur de Lisaréa, reste hypothétique. Surtout le mariage de Geoffroy II de Briel est à dater de 1279 ou de 1280 au plus tard; or Payen de Stenay vend une partie de l’héritage des Cors en 1280 : le premier mari de la dame de Lisaréa serait donc encore vivant à cette date ; de plus il paraît surprenant que, si Lisaréa était revenue à Marguerite de Passavant par son mariage, ce fief ait pu lui échapper avec les autres fiefs qui compo¬ saient la baronnie d’Akova ; il lui aurait appartenu (à elle ou à ses enfants) de toute façon dès 1258 : il est beaucoup plus probable que Lisaréa faisait en 1276 partie de la baronnie d’Akova, comme fief, et qu’il avait été inféodé par le baron Gautier de : : Rosières à une de ses cousines, dont le lien exact de parenté ne nous est pas connu, mais que rien ne désigne comme la fille de Marguerite de Passavant, qui aurait été la petite-nièce de Gautier. Enfin Payen de Stenay est, d’après Hopf, l’héritier le plus direct : cette expression, si elle est donnée par l’acte même, permet-elle de supposer que Payen possède les biens de Guibert de Cors par mariage ? c’est douteux. Il faut s’en tenir aux faits qui nous sont connus Payen de Stenay a vendu en 1280 à Guy de Dramelay une partie des terres de l’héritage de Guibert de Cors, seigneur de Lisaréa, dont il est l’héritier le plus direct comme Guibert est mort vingt-deux ans plus tôt, on se demande si entre lui et Payen ne se placerait pas un autre personnage : ce serait un argument en faveur de l’existence de Guillaume de Cors ; mais en tout cas Payen dispose de ces terres comme héritier direct, il ne les tient pas par un mariage ; d’autre part dès 1276 une cousine de Gautier de Rosières, Marguerite, est dame de Lisaréa. La seule conclusion possible est que Payen de Stenay avait vendu aux Dramelay une partie des biens de Guibert de Cors, et en particulier sans doute Mitopoli qui appartenait à Nicolas de Dramelay avant 1316, et que l’autre partie avec Lisaréa était passée, nous ne savons pas comment ni exactement quand, à Marguerite, cousine : : et vassale de l’ancien baron d’Akova. Nous ne connaissons pas le sort de Payen de Stenay après 1280, de Villa, héritier de la baronnie de Nikli. ni celui d’Androuin Les Registres angevins enfin font connaître un grand nombre de noms de fonc¬ tionnaires envoyés par les rois de Sicile, de chevaliers ou seigneurs moréotes, de (1) Sanudo, Istoria di Romania , p. 122, signale la mort de Guglielmo dalla Scora ; Hopf, I, p. 305 B, suppose que c’est Guillaume de Cors, seigneur de Lisaréa en Morée ; mais aucun texte ne signale l’existence d’un Guillaume de Cors. Aucun texte ou document ne donne autre chose que le nom de Marguerite, dame de Gautier de Rosières (ou, pour le Libro de los f echos , Jeanne de Rosières). (2) (3) Sur cet épisode et sa date, cf. supra , p. 148. (4) L. de los fech., § 123 ; cf. supra, p. 106. de Lisaréa, cousine
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L'AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 163 bourgeois ou de commerçants, dont beaucoup ne restent pour nous que des noms n'ont eu que des rapports temporaires avec la Morée. Comme protovestiaires (ou chambriers) se sont succédé : Manfred de Lagopesole en 1279, Gautier de Collepierre en 1281, Riccardo de Pando de Scalea, en 1283, Roger de Bénévent en 1287. Comme trésoriers : Rambaud de Naheriis, Philippe de Narsi et Jean d'Armentières (1) ; comme châtelains de Clarence sont connus en 1279 Jean de Tancrède, en 1280 le juge Taddeo de Florence qui vint avec Pisano Amalfi pour régler l'échange des fiefs de la princesse Agnès, en 1283 Guillaume Guercio d'origine génoise, mais bourgeois de la ville (2) ; comme châtelains de Clermont, en 1281 Jean Ferretto (3). Le châtelain de la Skorta, lors de la tentative du jeune Geoffroy de Briel contre Araklovon, était Simon de Vidoigne que l'on peut rattacher à la famille déjà signalée par la Chronique aragonaise dans la liste des fiefs (4). Mais le châtelain d'Araklovon était un Grec du nom de Philokalos (5). Ont été conservés également les noms des préposés à la monnaie en 1279 Bartolomeo Salepepe et Nicolô de Cesaria, en 1281 Jacopo de Clarence Castaldo et Tommaso d’Afïlitto (6). Tous ces noms semblent désigner, sauf de rares exceptions (Simon de Vidoigne et Philokalos, dans des postes relativement subal¬ ternes), des personnages venus d'Italie et pour la plupart des Italiens qui ne se fixèrent pas dans le pays. D'autres noms désignent au contraire des gens établis en Morée : c'est le cas de tous ceux que nous fait connaître l'énumération des biens de la succession de Léonard de Veroli, parmi lesquels seul celui de Robert de Tournai (Durnay ?) paraît se rattacher à une famille connue, celle des anciens barons de Kalavryta. Des réclamations à propos de fiefs ou de propriétés retenues ou confisquées par le fisc mentionnent les noms d’un Français comme Étienne de Rémy vers 1280 (7), d'un Vénitien comme Jacopo Tiepolo qui obtint en 1280 la restitution du village de Dragami près de Kalamata, lequel lui appartenait (8) ; mais il est impossible d’identifier « Adam de Anieio » et le « mar chesino de Carineo » dont les réclamations furent respectivement contemporaines des deux précédentes. Une autorisation d'exporter des chevaux de Pouille en Morée a été accordée en 1280 à Guiot de Lambri que Hopf a rapproché du chevalier Gérard de Lambri que nous retrouverons un peu plus tard (9). En 1289 la concession de terres faite par le prince Guillaume à Jean Marmache le jeune, bourgeois de Corinthe, est confirmée à son gendre, Amine Gracianelle, bourgeois de Clarence (10). ou : (1) Hopf, i, pp. 316 B, 317 A, 319 B, 321 A. (2) Hopf, I, pp. 316 A, 317 B-318 A. Sur Taddeo, cf. Del Giudige, Famiglia di re Manfredi , V, pp.295 296, note. (3) Hopf, 1, p. 318 A, cf. supra , p. 155, n. 8. . (4) L. de los fech., §§ 132, 440, — L. de la conq ., §§ 576-577, — Chron. gr., v. 8334 : (5) Fylocalo, d’après le L. de la conq., § 564. (6) Cf. supra , p. 155, n. 1. (7) Hopf, I, p. 317 B. (8) Hopf, I, p. 322 B. , mentionnés dans la Chron. gr., (9) Hopf, I, p. 317 A et n. 31. Ces Lambri sont peut-être les , H, v. 1329, comme les seraient les Lagny qui figurent dans les actes de la fin du xme ou du début du xive siècle. (10) L’intérêt de cet acte des Archives angevines est mis en lumière par Ch. Perrat et P. Prawer, Une tenure de bourgeoisie de Morée au XIIIe siècle, Rev. hist, du dr. fr. et étr., 1955, pp. 99-102. Lacté est daté du 20 juillet 1289, et confirme la donation par Guillaume d’une terre à Amine Gracianelle, bourgeois de Clarence et à sa femme Hélène, fille de Jean Marmache de Corinthe.
164 RECHERCHES HISTORIQUES Nous terminons cette énumération en rappelant l’existence des frères Stefano et Bartolomeo de Sanella, Vénitiens installés à Clarence, et assez riches pour prêter à Galeran d’Ivry 1.000 hyperpères, le nom d’un Grec emprisonné à Corinthe et libéré en 1289 sur ordre de Charles II, Kaligopoulos. Nous savons enfin que le précepteur des Templiers en Morée était Geoffroy de Joinville en 1284 (1). Ce qui frappe dans cette liste, c’est évidemment la proportion des noms nouveaux : à l’exception des baux de 1282 à 1289 et de quelques fonctionnaires subalternes, la plupart des offices importants sont confiés par les souverains angevins à des personnages étrangers à la principauté. Isabelle de Villehardouin et Florent de Hainaut prince d’Achaïe, 1289-1297· — A la fin du xme siècle, de 1289 jusqu’en 1307, la principauté est à nouveau gouvernée par des princes résidant en Morée, Florent de Hainaut, puis Philippe de Savoie, maris successifs d’Isabelle de Villehardouin, sans que leur présence parvienne à la rétablir dans son ancien état de prospérité. Charles II, revenu des prisons aragonaises en 1289, s’était intéressé au sort de sa jeune belle-sœur Isabelle de Villehardouin, veuve depuis douze ans : le 10 juillet, il lui concéda la baronnie de la Skorta avec Karytaina et Bucelet-Araklovon, dont une moitié était revenue au fisc et l’autre appartenait à Hugues de Brienne ; celle-ci lui fut reprise et le roi lui donna en compensation une des châtellenies du domaine, Beauvoir, dont l’abandon risquait le moins d’affaiblir la principauté ; Hugues de Brienne d’ailleurs, dont les principales possessions étaient en Italie, l’échangea bientôt avec Jean Chauderon, contre la terre de Conversano en Sicile (2). Deux mois plus tard, la princesse Isabelle épousait Florent de Hainaut, frère cadet du comte Jean II de Hainaut et neveu de Jacques d’Avesnes, premier seigneur de Négrepont (3). Jeune encore, puisqu’il n’avait pas quarante ans alors, il était venu chercher fortune en 1287 en Italie méridionale auprès du régent Robert d’Artois, lié à la famille de Hainaut. Comment se fit le mariage? Le récit n’est pas le même dans les différentes versions de la Chronique de Morée (4) ; mais ce qui est certain, c’est que les contemporains virent dans ce mariage et dans les concessions faites à cette occasion par le roi Charles II le moyen à la fois de réparer l’injustice qu’avait subie Isabelle, exclue par le traité de Viterbe de la succession de la principauté d’Achaïe alors qu’elle en était, par la nature, la légitime héritière (5), et d’assurer à la principauté un chef capable de venir s’y établir et de s’intéresser à son sort. Il n’y a pas de doute que Florent n’ait désiré cette union qui lui assurait un titre encore brillant ; aucun intérêt ne le détournait d’en accepter loyalement les charges. (1) Hopf, I, pp. 316 B, 320 A, 322 B. (2) Cf. Longnon, L'empire latin , p. 263. (3) Cf. supra , p. 56. (4) D’après le L. de la conq ., §§ 587-589 et la Chron. gr.} vv. 8492-8569, c’est Jean Chauderon et Geoffroy de Durnay qui conseillèrent au roi de choisir un prince plutôt que de gouverner par l’intermédiaire de baux. Le L.de los fech., §§ 448-449, donne l’initiative de cette union au « duc de Brabant dans lequel il faut reconnaître probablement Robert d’Artois. Cf. Hopf, I, p. 332 ; — Longnon, L'empire latin , p. 264. (5) Cf. les paroles attribuées à Florent de Hainaut par la Chron. gr., vv. 8529-8530, et un acte en français de Charles II, du 11 mars 1290, en faveur de Florent, où le roi qualifie sa décision de « restitution et concession », Longnon, L'empire latin , p. 265 et . 1. »
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L'AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 165 A l'occasion de cet acte, Charles II concéda, le 26 septembre 1289, « par pure libéralité et grâce spéciale » à Isabelle de Villehardouin, pour elle et pour ses descendants directs et légitimes, la principauté d’Achaïe, sous condition qu'elle et son mari lui en fissent hommage. Au cas où Florent mourrait le premier, ou s'il ne lui naissait pas de fils, sa veuve ou sa fille resterait en possession de la principauté, mais elles ne pourraient contracter mariage qu'avec le consentement du roi ou de ses descendants, sous peine d’être déclarées déchues (1). Le prince et la princesse, avec leur suite et de nombreux hommes d'armes — cent hommes à cheval et trois cents arbalétriers, d'après la Chronique de Morée — , passèrent aussitôt en Morée sur une flottille commandée par Narjot de Toucy. Ils touchèrent Coron, puis débarquèrent à Clarence. Le bail Guy de Charpigny (2) vint d’Andravida à leur rencontre et convoqua tous les vassaux en un parlement qui se tint à Clarence en l'église des Franciscains. Devant Pierre de l’Isle et Jean de Gallipoli représentant le roi, les lettres de concession, remises à l’archevêque de Patras, furent lues publiquement ; et le nouveau prince, après avoir juré de respecter les coutumes, reçut le serment de fidélité et l'hommage des barons et des feudataires. Pierre de 1’ Isle exigea d'eux en outre le serment qu'ils se considéreraient comme dégagés de toute obligation vis-à-vis du prince ou de la princesse si ceux-ci n’observaient pas les conditions acceptées concernant le roi de Sicile ou ses héritiers (3). Aucun incident ne semble avoir troublé cette prise de contact, alors que la duchesse régente d’Athènes et Thomas Pelavicino, marquis de Bondonitsa, refusèrent peu après de prêter hommage à Florent entre les mains de Guy de Charpigny, attitude qui marquait le début d’un conflit entre le duché d'Athènes et la principauté. Le 26 mai 1290, le roi Charles II ayant supprimé le titre de prince d'Achaïe sur ses actes (4), Florent put se considérer comme étant définitivement et pleinement le maître de la Morée. Trêve avec les Grecs· — Bien que onze ans seulement se fussent écoulés depuis la mort du prince Guillaume, ce qui restait de la principauté était épuisé et troublé par des incidents de toute sorte, par la mauvaise administration. Florent voulut aussitôt remettre de l’ordre ; avec l'aide de Jean Chauderon et de Jean de Durnay, il essaya de rétablir le calme, de remédier aux injustices. Il changea les divers officiers des châteaux et de l’administration centrale, approvisionna les forteresses, exigea (1) L’acte de cession du roi Charles II, conservé aux Archives de Naples et aujourd’hui détruit, est reproduit dans un acte postérieur de trois mois, inédit, des Archives des Bouches-du-Rhône, B 388, signalé par Longnon, L'empire latin, p. 263, n. 2. Sur les conditions de la cession, cf. l’acte de déchéance de la princesse, dans Buchon, Nouv. rech ., II, p. 340 ; sur le mariage qui eut lieu probablement le même jour que la cession de la principauté, le 26 septembre et sur le voyage en Morée, v. L. de la conq ., §§ 589-593, — Chron. gr ., vv. 8569 8615, — L. de los fech., §§ 449-450 ; — Buchon, op. cit., II, p. 339, n° 33. Cf. Hopf, I, pp. 332 B-333 A ; — L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée, p. 10 ; — Miller, The Latins, pp. 169-171 ; — Longnon, op. cil., pp. 264-265. (2) La Chronique de Morée cite encore comme bail Nicolas de Saint-Omer, L. de la conq., § 593 ; en fait Guy l’avait remplacé deux mois plus tôt. (3) L. de la conq., §§ 593-596, — Chron. gr., vv. 8606-8650, — L. de los fech., §§ 450-454. Cf. Hopf, I, p. 333 ; — Longnon, L'empire latin, pp. 265-266. (4) Voir Buchon, Nouv. rech., II, pp. 338-339, n° 32. Cf. Hopf, I, p. 333 B ; — Longnon, L'empire latin, p. 266.
166 RECHERCHES HISTORIQUES des anciens fonctionnaires des comptes de leur gestion (1). Puis, sur le conseil et avec l’accord de tous les barons, il entreprit des négociations de paix avec le gouverneur grec de Mistra celui-ci était disposé à accepter la proposition mais ne pouvait signer de trêve que pour la durée de sa fonction qui ne dépassait pas un an ; il offrit de transmettre la proposition à l’empereur. Andronic II, pressé à cette époque par les guerres qu’il soutenait contre les Turcs, contre les Bulgares et en Épire, accueillit volontiers ces ouvertures : il envoya en Morée Philanthropènos qui traita directement avec le prince le traité fut conclu et juré à Andravida ; un chrysobulle de l’empereur confirma la conclusion de la paix (2). Andronic II poursuivait alors une politique de rapprochement avec les Latins : il avait épousé lui-même en 1284 l’héritière des droits des Montferrat sur le royaume de Salonique, et il avait commencé des négociations en vue du mariage de son fils aîné avec la jeune impératrice titulaire de Constantinople, Catherine de Courtenay, qui vivait à Naples, négociations qui se poursuivirent de 1290 à 1295 sans aboutir (3). La principauté put jouir de six années de paix dont elle avait grandement besoin. Si l’on ne peut admettre qu’elles suffirent à rétablir partout l’abondance (4), elles permirent toutefois le rétablissement d’une vie normale, des échanges faciles et fréquents entre la principauté et les territoires grecs. Cette période cependant ne fut pas aussi calme et féconde qu’on pouvait l’espérer. Le prince Florent ne crut pas devoir limiter son activité à rétablir la prospérité de ses terres et à les préparer contre des attaques possibles (5) ; mais il resta mêlé à toutes les négociations ou conflits politiques entre Naples et l’Épire ou Constantinople, et se laissa même entraîner à prendre part à la guerre. D’autre part, en Morée même, des incidents variés surgirent provoqués par des éléments étrangers à la principauté, ou par l’attitude de seigneurs français arrivés à la suite du nouveau prince. En 1291, Florent fut envoyé par le roi Charles en Épire avec Pierre de 1’ Isle pour négocier le mariage de son fils Philippe avec la princesse Thamar, fille du despote : ; (1) En particulier du précédent chambrier Roger de Bénévent, qui fut arrêté et poursuivi avec sévérité, au point que Charles II intervint pour inciter Florent à la modération, Hopf, I, p. 333 B. Cf. L. de la conq ., § 596, — Chron. gr., vv. 8653-8665. 2138-2139 ; — L. de la conq., §§ 597-606, — Chron. gr ., vv. 8666-8781, (2) RKOR , I, 4, pp. 14-15, — L. de los fech., §§ 454-455. Cf. Hopf, I, pp. 333 B-334 A ; — Miller, The Latins , pp. 177-178 ; — Zaky thènos, Le despolal grec , I, pp. 61-62 ; — Longnon, L'empire latin , p. 267. Notes sur le projet de mariage entre l'empereur Michel IX Paléologue et Catherine de (3) M. G. I. Bratianu, Courtenay, RHSEE, I, 1924, pp. 59-63. Cf. Hopf, I, p. 334b ; — Zakythènos, Le despotat de Morée, I, pp. 60 et suiv. et n. 3 ; — Longnon, L'empire latin, pp. 267-268. (4) « Et avoit ainxi bonne pais que son pays devint si eras et si plantureux de toutes choses que la gent ne savoient la moitié de ce qu’ils avoient », dit le L. de la conquête, § 243, qui estime la durée de la trêve dont jouit la principauté à sept ans, Résumé chronologique, éd. J. Longnon, p. 401, cf. p. 319, . 1. Cependant on voit à plusieurs reprises le prince obligé de faire venir du blé d’Italie en 1293, 1295, 1296, Hopf, I, pp. 339B, 344 A, 346 B. n°8 (5) Il faut signaler toutefois que c’est à Florent que le L. de los f echos, § 471, attribue la construction du château de Saint-Georges dans la Skorta, en même temps que le maréchal (c’est à cette époque Nicolas III, alors que les autres versions de la Chronique attribuent cette tâche à son oncle Nicolas II, bail de la principauté) fortifiait Port-de Jonc et Ghâteauneuf, qui, ajoute la version aragonaise, «est maintenant des frères alle¬ mands ». Le grand maître de l’ordre teutonique se préoccupa vers cette époque, en 1293, de fortifier les positions que les chevaliers tenaient en Morée ; cf. Hopf, I, p. 341 A.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 167 Nicéphore, lequel ne fut réalisé qu’en 1294 (1). Mais Andronic II, ayant repris la guerre contre le despote Nicéphore, celui-ci fit appel à Florent ; le prince, après avoir consulté ses barons réunis en l’église Sainte-Sophie d’Andravida, vint à son secours avec un contingent de quatre ou cinq cents chevaliers commandés par Nicolas III de Saint-Omer, fils de Jean et de Marguerite de Nully et maréchal de Morée. Cette campagne, à laquelle prit part également le comte Richard de Céphalonie, doit encore dater de 1291-1292 (2). Incidents en Morée. — Revenu en Morée, Florent eut à s’occuper de diverses questions ou réclamations qui l’obligèrent à se rendre à Naples en mai-juin 1292(3) ; c’est pendant son absence que se produisit le premier épisode qui troubla la vie de la principauté. Il fut provoqué par le débarquement de Roger de Loria, amiral de Jacques d’Aragon, en 1292 sur la côte occidentale du Péloponèse. Libéré de la guerre contre les Angevins par l’armistice conclu en mars 1291, Roger entreprit une course à travers la Méditerranée orientale : il passa à Clarence sans manifester aucune hostilité ; il se dirigea ensuite vers l’Archipel où il pilla les îles grecques ou latines puis Monemvasie et le Magne, mais en respectant les possessions des Vénitiens. Au retour, il toucha Modon, puis Port-de-Jonc ou Zonklon. Le châtelain de Kalamata était alors Georges Ier Ghisi, fils de Barthélemy Ier, qui avait épousé la fille et héritière de Guy de Dramelay, baron de Chalandritsa ; sans doute au courant des dégâts que Roger avait commis dans les îles appartenant à son père, effrayé de voir l’amiral prendre terre en Morée, il s’empressa de rassembler deux cents chevaliers à Androusa et se porta vers Port-de-Jonc. Au cours d’un bref mais violent combat, Jean de Durnay, Georges Ghisi et d’autres furent faits prisonniers. Ils furent cependant libérés peu après contre rançon, à Clarence ; et, en l’absence de Florent alors en Italie, Roger fut reçu par la princesse venue à Kalopotami près de la mer. Après quoi il repartit vers la Sicile, non sans avoir encore au passage pillé la ville de Patras (4). Le fait en lui-même est de peu de conséquence, mais il semblait annoncer les dangers qu’allaient faire courir bientôt aux États latins de Grèce les grandes compagnies catalane ou navarraise. (1) Sur le mariage en 1294 de Thamar et de Philippe, devenu alors Philippe de Tarente, voir Hopf, I pp. 336 A-337 A ; — Longnon, L'empire latin, p. 268. (2) G. Minieri-Riccio, Saggio di codice diplomatico, Suppl., I, pp. 56-57, — L. de la conq., §§ 607-615, 620-652, — Chron. gr., vv. 8782-8855, 8877-9235 (là s’interrompt cette version de la chronique), — L. de los fech., §§ 456-466. Cf. Hopf, I, pp. 334 B-335 B ; — Longnon, L'empire latin, pp. 260-269. C’est au retour de cette campagne que le prince Florent rendit la liberté à un des fils du despote Nicéphore, Thomas, retenu comme otage au château de Clermont, d’après le L. de la conq., § 652. (3) Les questions en suspens étaient le conflit avec la duchesse d’Athènes, des réclamations au sujet des biens de Chauderon, de ceux du magister Ventura Armeris repris à la mort de ce dernier par le piince pour les donner à un de ses compagnons, Anselme de Chaurs, et d’autres de la part des négociants vénitiens de Clarence, cf. Hopf, I, p. 339. (4) La Chronique donne de cet épisode pittoresque un récit vivant qui, comme l’a fait remarquer Longnon, L'empire latin, pp. 269-271, semble celui d’un témoin oculaire : L. de la conq., §§ 755-793; le L. de los fech., §§ 483-503, le place après la mort du prince Florent, qui, d’après la version française, est à cette date en Pouille, comme le signalent les archives angevines pour 1292. Cf. Muntaner, chap. 117, éd. Lanz, p. 215 ; Nicolas Specials, Historia Sicula, chap. 19, RIS, X, 959-960 ; Bartholomaeus de Neocastro, Historia Simla, chap. 121, RIS, XIII, 1185-1186; — Continuation des Annales Januenses, dans MGH, SS, XVIII, p. 343 ; — Sanudo, Istoria di Romania, p. 133 ; cf. Hopf, I, pp. 339 B-341 A ; — Miller, The Latins, pp. 184 186.
168 RECHERCHES HISTORIQUES Un autre épisode curieux eut pour théâtre la ville de Kalamata. En 1292 ou 1293, deux riches habitants du village de Giannitsa, situé sur le versant occidental de la chaîne du Taygète, lesquels, selon la Chronique, étaient slaves et se nommaient Lianort et Phanari, réussirent à s'emparer par ruse du château de Kalamata ; puis, avec l'aide de six cents hommes d'armes venus de Giannitsa, ils occupèrent toute la ville. Le capitaine du prince, résidant à Androusa, avertit celui-ci qui était en Élide et vint aussitôt au château de Nèsi ; le connétable Jean Chauderon, envoyé en parle¬ mentaire, n'obtint rien des Slaves installés à Kalamata. Le capitaine des Grecs de Mistra, à qui fut réclamée la ville, déclara qu'il n'était pas responsable des faits et gestes des Slaves qui ne lui obéissaient pas. Jean Chauderon fut alors envoyé à Constan¬ tinople en compagnie de Geoffroy d'Aulnay pour négocier avec l’empereur même. Mais ce ne fut que grâce à l'entremise d’un seigneur qui se trouvait à Constantinople comme ambassadeur de Charles II et que la Chronique appelle Pierre de Surie, que les deux envoyés de Florent purent obtenir la promesse de l'empereur que Kalamata serait rendue : encore Andronic donna-t-il ordre que le château fût rendu personnelle¬ ment à Geoffroy d’Aulnay et non au prince. Cette décision, qui n’aurait été que verbale et suivie immédiatement d'un ordre adressé à Mistra interdisant de rendre la place, put être cependant exécutée grâce à l'aide d’un Grec, Sgouromallis, « maré¬ chal » de la région du Taygète et tout dévoué aux Francs (1). La Chronique de Morée rapporte encore un autre incident qui se produisit vers 1295 sur la côte nord. Parmi les chevaliers que Florent de Hainaut avait amenés avec lui et établis se trouvaient les deux frères Liedekerque, neveux du prince. L'aîné Engilbert avait été fait connétable de la principauté en 1294 à la mort de Jean Chau¬ deron dont il était le beau-frère, tous deux ayant épousé des filles du comte Richard de Céphalonie (2). Le cadet Gautier fut nommé capitaine de la châtellenie de Corinthe ; très dépensier, il profita des plaintes qu'il reçut de ses vassaux contre un Grec, Photios, frère du cousin d'un capitaine grec de Kalavryta Jacques Chasy, pour faire arrêter ce personnage, espérant obtenir de lui une forte somme d’argent : il lui réclama dix mille hyperpères. En fait, Photios n'avait, semble-t-il, commis aucun abus ; il était de ces Grecs qui avaient des propriétés dans des villages situés aux confins du territoire de la principauté et partagés entre Francs et Grecs, et qui profitaient (1) L’épisode n’est raconté que par le L. de la conq ., §§ 693-745, qui fait ce récit avec le même accent que celui de l’incident dont Roger de Loria fut le protagoniste ; certains détails comme tout ce qui concerne la disposition du château de Kalamata, cf. infra, pp. 666-668, montrent sans aucun doute que l’auteur connaît les lieux personnellement. Les personnages malheureusement restent mal connus : on ne sait quel est le nom transcrit en français sous la forme Lianort, et qui est remplacé, § 737, par George la Vulge ; il faut noter cependant que ces Slaves portent des noms grecs : La Vulge a été rapproché du nom d’une famille péloponésienne, IV, 1907, p. 350 et Zakythènos, Les Slaves et Phanari est , les , cf. Sp. Lampros, N. ., (?). en Grèce, p. 89 ; Pierre de Surie est cité également par Pachymère, CSHB, II, p. 195, sous le nom Cf. G. I. Bratianu, RHSEE, I, 1924, p. 61 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 63, . 1. Quant à Sgouro¬ mallis, ce n’est certainement pas un gasmule, comme le pensait Hopf, I, p. 343, mais un Grec comme l’indique le nom « aux cheveux crépus », cf. A. Adamantiou, Chroniques de Morée, p. 595. Sur l’ensemble de l’épisode, v. Hopf, I, p. 342 A-343 B ; — Miller, The Latins, pp. 187-189; — Zakythènos, op. cil., pp. 62-63; — Longnon, L'empire latin, pp. 271-272. Le nom de terre de Pierre de « Surie doit être Sury. (2) L. de la conq., § 662, — L. de los fech., § 470. Cf. Hopf, I, p. 344 B. D’après le L. de la conq., § 827, c est la princesse Isabelle qui aurait fait Engilbert connétable, ce qui peut être admis ; elle l’aurait nommé pendant l’absence du prince Florent qui alla en 1294 à Naples, cf. Hopf, I, pp. 343 B-344 A. »
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 169 de la paix rétablie pour jouir des revenus de leurs terres. Photios obtint d'être remis en liberté contre versement d’un acompte de mille hyperpères ; mais ne pouvant obtenir justice du prince, même à la requête du gouverneur grec, il décida de se venger. Rencontrant un jour, sur la côte, près de Saint-Nicolas-au-Figuier, un seigneur franc qu’il prit pour Gautier, il le frappa mortellement c’était en réalité Guy de Charpigny, baron de Yostitsa. Le prince demanda raison de la mort de Guy au gouverneur grec ; mais celui-ci lui répondit, comme de juste, en rejetant toute la responsabilité de l’affaire sur Gautier de Liedekerque et Florent ne poussa pas plus loin (1). Cet incident local et isolé privait la principauté d’un des rares représentants survivant des familles de la conquête ; il montrait aussi combien maladroits et violents pouvaient se montrer les seigneurs nouveaux venus dans le pays, alors que, en général, régnait une bonne entente entre Grecs et Francs ; l’incident n’eût pas eu lieu si les Grecs de ces villages de frontière, ou « casaux de parçon » comme dit la Chronique, eussent pu craindre habituellement un tel traitement, car on peut supposer qu’ils auraient eu la prudence de ne pas s’exposer à le subir (2). : ; Beaucoup plus grave fut en 1296 un autre incident entre Grecs et Francs, qui eut pour résultat la rupture de la trêve dont jouissait la Morée (3). Il fut aussi provoqué par l’attitude d’un chevalier établi depuis peu, Girard de Rémy, de la Ninice en Skorta. Celui-ci était venu à une foire qui se tenait à la mi-juin dans une prairie près de Vervéna ; il s’y prit de querelle avec un Grec nommé Korkondilos, du village d’Arachova-la-Grande, et le frappa. Le Grec, furieux, décida de se venger ; avec l’aide de son gendre Aninos, cellerier au château de Saint-Georges et d’un gardien du donjon, Boniface, qu’il acheta, il réussit à livrer cette petite forteresse aux Grecs Léon Mauropappas vint de Mistra avec un corps de cent mercenaires turcs en prendre possession (4). Le prince Florent, aussitôt averti, réunit son armée et vint assiéger Saint-Georges ; pour surveiller la forteresse assiégée, il décida de construire un château, : (1) L q L. delà conquête , §§ 662-692, est seul à rapporter cet incident. Le nom donné dans le texte Chasg Faut-il le rapprocher du nom Chasé, mentionné au xe siècle et considéré est probablement en grec . par Constantin Porphyrogénète comme d’origine arabe ? Le nom est plus probablement d’origine slave comme celui du village attique de Chassia. En tout cas l’hypothèse souvent admise qui rapproche ce nom de celui des Zassi habitant dans le Magne ne nous paraît pas vraisemblable, cf. infra , pp. 505-506. (2) Pour cette raison même, nous ne partageons pas l’opinion de Zakythènos, Le despotat grec , I, p. 65, qui estime que cet incident « montre quelle était la conduite des conquérants envers la population grecque ». Gautier n’était d’ailleurs pas un des « conquérants » et son attitude reste une exception. Cf. Hopf, I, pp. 344 B 345 A ; — Miller, The Latine, pp. 187-188 ; — Longnon, L'empire latin , pp. 275-277. Sur les « casaux de parçon » et la situation des habitants de ces villages, v. D. Jacoby, Un régime de coseigneurie gréco-franque en Morée. Les « casaux de parçon », MEFR, LXXV, 1963, pp. 111-125. (3) Zakythènos, Le despotat grec , I, p. 62, estime probable que la vraie cause de cette rupture fut l’aide apportée par le prince Florent au despote d’Ëpire Nicéphore contre l’empereur Andronic II ; en effet le roi Charles II manda le 1er juillet 1295 au prince de secourir les terres du despote, envahies par le duc de Néo Patras et son frère Ange, et de combattre ceux-ci avec l’aide du comte de Brienne et du duc d’Athènes. Cf. C. Minieri-Riccio, Saggio di codice diplomatico , Suppl., I, p. 95, n° 92. Mais on ne sait pas si cette invitation détermina une intervention du prince en Ëpire. (4) L. de la conq., §§ 802-815. Cf. Hopf, I, p. 346 A ; — Longnon, L'empire latin, pp. 277. La chronique Quir nomme ces Grecs Corcondille ou Corcondilo, et une fois Corcodille, §813, — Anino et une fois Aninos, Lion Mavropapa.
170 RECHERCHES HISTORIQUES lequel, après deux premiers essais vite abandonnés, fut élevé à rentrée même de la Skorta et appelé Beaufort ; il fit venir des soldats de Pouille et du Magne, mais ne put obtenir la reddition de Saint-Georges ; il se retira au début de l’hiver, laissant une garnison à Beaufort et renforçant celle de Dimatra. Une forteresse et un village, Saint-Georges et Arachova, étaient perdus (1). C’est dans l’hiver qui suivit la rupture de la trêve et cette nouvelle perte pour la principauté que Florent de Hainaut mourut à Andravida, probablement le 23 janvier 1297, sans avoir atteint cinquante ans (2). Cette disparition prématurée privait la principauté d’un chef qui avait fait preuve de qualités certaines pour la gouverner et qui, malgré le rôle fâcheux qu’avaient eu certains des compagnons qu’il avait amenés avec lui et malgré la rupture de la paix avec les Grecs, lui avait assuré un régime beaucoup plus heureux que celui des baux. Au cours de son règne, un changement s’était produit dans la situation de droit de la principauté en 1294, le roi Charles II avait concédé la suzeraineté sur l’Achaïe à son fils Philippe ; à l’occasion de sa chevalerie, le 4 février, celui-ci fut constitué prince de Tarente ; au mois d’août, il épousa une fille du despote Nicéphore d’Épire, Thamar, et reçut alors, outre des possessions à Corfou et sur la côte d’Albanie, la suzeraineté sur la principauté d’Achaïe et sur toutes les possessions que les Latins avaient encore en Orient (3). Charles II, en créant cet intermédiaire entre lui et des vassaux ombrageux comme la duchesse régente d’Athènes espérait sans doute faciliter les choses. En fait cette création ne contribua pas à régler plus vite ce cas particulier (4) et elle risquait de compliquer à l’avenir les rapports entre les seigneurs de Grèce et la cour de Naples, soit pour des questions de droit, soit à cause de l’action personnelle du prince de Tarente. Elle n’eut cependant pas de conséquences à la mort de Florent sur la transmission de la principauté qui se fit sans difficulté à sa veuve Isabelle, : conformément aux conventions antérieures. Isabelle de Villehardouin seule, princesse. — La princesse n’avait eu de Florent qu’une fille, Mahaut, née le 30 novembre 1293 (5). Seule pour gouverner, elle décida d’en confier le soin à un bail et choisit le comte Richard de Céphalonie : c’était un homme déjà âgé, plein d’expérience, et qui avait joué un rôle important dans les années précédentes ; il avait des liens avec la principauté : son père le comte Mathieu (1) L. de la conq ., §§ 816-826; cf. Hopf, I, p. 346 B ; — Longnon, L'empire latin, pp. 277-278. (2) L. de la conq ., § 827, — L. de los fech., § 486, — Nécrologe de la cathédrale d'Amiens, cité dans Du Cange, éd. Buchon, I, pp. 244-245 ; cf. Hopf, I, pp. 346 B-347 A ; — Longnon, L'empire latin , p. 278, relève avec raison comme peu vraisemblable l’affirmation, sans références, de L. Gadier, Essai sur l'administration du royaume de Sicile sous Charles et Charles II d'Anjou, BEFAR, 91, Paris 1891, p. 170, que Florent aurait été tué ; il y a peu de chances qu’un fait de ce genre eût été omis par l’auteur de la Chronique de Morée. (3) Les documents des Registres angevins relatifs à ce mariage et à ces donations sont en partie publiés par C. Minieri-Riccio, Saggio di codice diplomatico, Suppl., I, pp. 69-70 ; — Buchon, Recherches, I, pp. 321-323 en note; — Du Cange, éd. Buchon, II, pp. 330-332; — G. Pachymère, Andr. PaléoL, III, 4, — - V, 30, CSHB, II, pp. 202, 450. Cf. Hopf, I, pp. 336 A-337 A ; — Longnon, L'empire latin, pp. 272-273, qui a utilisé également les documents des archives angevines copiés par Ch. Perrat ; — Léonard, Les Angevins de Naples, p. 201. (4) Hopf, I, pp. 347 A-349 A ; — Longnon, L'empire latin, pp. 274-275. certifiant qu’elle eut douze ans en 1305, publié par Saint-Génois, Droits primitifs, L. de la conq., § 827, — L. de los fech., § 486 ; — Buchon, Recherches, I, p. 388, . 1. (5) D’après l’acte pp. 336-337, n° 751. Cf.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 171 avait fait hommage soixante ans plus tôt au prince pour les îles qu’il possédait ; et trois de ses filles étaient mariées à de grands seigneurs moréotes : l’une avait épousé Jean Chauderon, puis, après 1294, Nicolas III de Saint-Omer; une autre, Jean de Durnay ; la troisième, Engilbert de Liedekerque connétable de la principauté et neveu de Florent (1). Laissant le bail résider à Andra vida, elle se rendit dans sa châtellenie de Kalamata, au château de l’Ille, en grec Nèsi. Elle avait auprès d’elle le connétable Engilbert de Liedekerque et un seigneur dont le nom apparaît ici pour la première fois, Benjamin de Kalamata, protofficier de la principauté, dont elle fît son chancelier, confiant la charge de protofficier à un Grec, Vassilopoulos (2). Nous ne savons pas si les hostilités se poursuivirent entre Grecs et Francs il est peu probable qu’elles aient été actives, puisque la Chronique n’en dit rien. Mais : la princesse jugea utile de faire construire la forteresse de Château-Neuf au nord de la Messénie, qui devait protéger les villages de la région s’étendant jusqu’à Arkadia et Port-de-Jonc contre les Grecs de Mistra et de Gardiki qui exigeaient des habitants le paiement de redevances (3). Le fait montre au moins que la situation n’était pas entièrement calme. Bien qu’il n’y eût aucune menace grave, et qu’elle fût entourée de collaborateurs qui semblaient lui être dévoués, la princesse estima sans doute utile de pourvoir de maris une famille qui n’était plus représentée que par des femmes : elle-même veuve pour la seconde fois, sa fille, la petite Mahaut, et sa sœur Marguerite, veuve d’Isnard de Sabran qu’elle avait épousé en septembre 1294, mais qui était mort en 1297, lui laissant une fille Isabelle (4). Le premier mariage réglé fut celui de la plus jeune, en 1299 ; la Chronique nous en raconte en détail les préparatifs. Devant un parlement réuni en Élide, il fut décidé, sur la proposition de Richard de Céphalonie, d’offrir la main de la princesse au jeune duc d’Athènes, Guy, surnommé Guyot. Celui-ci, sollicité à Thèbes, accepta volontiers cette offre de s’unir avec l’héritière de sa suzeraine. Il se rendit à la Glisière où la princesse l’attendait avec sa fille les fiançailles furent prononcées par l’évêque d’Oléna ; la jeune Mahaut apportait en dot le fief héréditaire des Villehardouin, la châtellenie de Kalamata, et suivit Guy à : (1) L. de los fech., § 470. Cf. Hopf, I, p. 332 A, — Chron. gr.-rom ., p. 529, xi-2 ; — Longnon, L'empire latin, p. 278. (2) L. de la conq., §§ 828-829 ; la Chronique attribue également à Isabelle la nomination d’Engilbert comme connétable, qui doit être antérieure. D’après Hopf, I, pp. 349 A, 352 B, ce « Quir Vasylopule » de la Chronique porterait le nom de Colin ou Nicolas (cf. ci-dessus à propos des sommes levées par le prince Philippe). Ce qui est certain, c’est que ce ne peut être le protofficier Colinet qui était en fonctions au temps du procès de Marguerite de Passavant. Longnon, L'empire latin, p. 279, fait remarquer que Benjamin paraît (d’après ses armoiries) apparenté à la famille des Rémy, installés également depuis peu en Morée, et aux Beaumanoir de France. (3) L. de la conq., § 830. Cet état d’insécurité trouve une confirmation dans une allusion d’une lettre par laquelle Boniface VIII concède à la demande d’Isabelle, au monastère de Clarisses fondé par elle dans le diocèse d’Oléna, l’église Sainte-Marie-de-Camena, fondée par son père ; le pape justifie cette concession entre autres raisons propter gravia sumptuum onera quae pro defensione continua terrae tuae quam detestanda Graecorum schismaticorum nequitia molestare non cessât, oportet..., Wadding, Annales minorum, V, pp. 604 605, n° 47. Le L. de la conq. nous paraît ici aussi plus sûr que le L. de los fech., cf. supra, pp. 160 note, 166, n. 5. (4) Hopf, I, p. 344 A ; — Longnon, L'empire de son mariage, une rente sur des terres en Ëpire ; mais latin, p. 276. Marguerite avait reçu du roi, à l’occasion Philippe de Tarente avait pris ces terres pour lui en 1296.
172 RECHERCHES HISTORIQUES Thèbes, où le mariage fut célébré en 1305 quand elle eut douze ans (1). Ce projet de mariage rencontra l’opposition du roi Charles II, qui rappela par une lettre du 3 juillet 1299 que, aux termes des conventions, Mahaut ne pouvait se marier qu’avec son consentement ; de plus, les fiancés étaient cousins au troisième degré. Le pape Boniface VIII accorda, il est vrai, presque aussitôt la dispense. Le roi Charles II, lui-même, consentit à la fin de 1300, à cette union qui avait le mérite de mettre fin à toute contestation au sujet de l’hommage du duché d’Athènes vis-à-vis du prince (2). Marguerite de Villehardouin ou, par son premier mariage, de Sabran, possédait les deux tiers de la baronnie d’Akova ; sa sœur lui fit don en outre en 1297 de divers fiefs dans la même région, celui de «Blobocan» qui avait appartenu à Narjot de Toucy, le château de Gligorian sur les terres de Karytaina, autrefois à Henri de Blanci ou Plancy, et ceux de Nodimo et de Merdenay « des appartenances » de Nikli (3). En 1299, âgée de trente-deux ans, elle épousa le comte de Céphalonie, Richard, bail de la principauté (4) ; il était beaucoup plus âgé qu’elle et mourut au bout de cinq ans (5). Quant à la princesse elle-même, un projet de mariage avec Jean, fils de l’empereur Andronic II Paléologue, avait été formé en 1298, mais il rencontra la vive opposition des barons de Morée, comme naguère celui d’un mariage entre cette même princesse et Andronic lui-même ; Jean était d’ailleurs presque encore un enfant (6). Un candidat plus sérieux se présenta en la personne de Philippe de Savoie. Celui-ci, de près de vingt ans plus jeune qu’ Isabelle, était le neveu du comte Amédée V de Savoie ; il ne (1) L. de la conq., §§ 831-840 ; — le L. de los fech ., § 506, signale brièvement le mariage en le plaçant Stadt Alhen , I, pp. 453-455 ; — Miller, après celui d’Isabelle. Cf. Hopf, pp. 349 B-350 A ; — Gregorovius, The Latins, p. 206 ; — Longnon, L'empire latin, p. 279. C’est à l’occasion du mariage en 1305 que fut établi par Henri, archevêque de Thèbes, le certificat cité ci-dessus, p. 170, n. 5. Stadt Athen, p. 456 ; — Longnon, L'empire latin, p. 280, d’après (2) Hopf, I, p. 350 ; — Gregorovius, les Registres angevins et d’après les Registres de Boniface VIII, éd. Digard, Faucon, Thomas et Fawtier, II, pp. 44-45, n° 29. Dans une lettre du 8 septembre 1296, p. 465, n° 3175 (9 août 1299), cf. Lampros, ’, à propos d’une dispense analogue, le pape justifie sa décision par le petit nombre des seigneurs français en Grèce : c’est, selon lui, une nécessité d’autoriser ces unions, pour assurer la continuation des familles et la défense de ces territoires. (3) La donation est connue par un vidimus signé des témoins Nicolas le Maure, Daneaus de Vidoigne et Jean Liénars, publié par Saint-Génois, Droits primitifs, I, pp. 334-335, n° J 45. Cf. Buchon, Recherches , I, pp. 385 et suiv., n. 2 ; — Hopf, I, pp. 344 A, 349 A. Henri de Planci appartient sans doute à la famille citée sous le nom de Planchy par le L. de la conq., § 87, cf. Chron. gr., v. 1328 ; il doit être originaire de Plancy dans l’Aube, la forme Planchy de la Chronique peut s’expliquer par une influence de la langue du nord de la France dont il y a d’autres traces dans le manuscrit de Bruxelles. (4) Une dispense fut également nécessaire, et accordée par le pape, Registres de Boniface VIII, II, p. 523, n° 3285 (21 décembre 1299). (5) On s’est demandé si c’était elle qui est mentionnée dans les Assises de Romanie, § 18, éd. Recoura, p. 169, sous le nom de Marguerite de Céphalonie, et qui reçut la moitié de Mitopoli : si como avene a Miser Nicolo de Tremola, che fo traditor, et percho ello non fo deseriditado invita: dapuo la so morte socede Miser Aymo de Rens et Madona Margarita de Zufalonia in un feo, loqual se clama Mitopoli ; cf. Hopf, I, p. 320, qui, inter¬ prétant de façon fantaisiste ce passage des Assises affirme que le fief fut enlevé à Nicolas de son vivant et attribué pour moitié à Marguerite ; en fait la « trahison » de Dramelay est à rattacher aux événements de 1315-1316, le fief ne fut repris qu’après sa mort, et il ne peut en tout cas pas être question de Marguerite, fille de Guillaume de Villehardouin, qui mourut en 1315. (6) G. Pachymère, Andr. Paléol., IV, 7, CSHB, II, p. 290. Cf. Hopf, I, p. 349 A ; — Longnon, L'empire latin, p. 179.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 173 possédait que le comté de Piémont et, ambitieux, pouvait être tenté par le titre de prince d’Achaïe qui gardait, malgré tout, un grand éclat. En 1299, le roi Charles II avait engagé des négociations avec l’empereur Andronic II en vue d’une paix générale entre toutes les possessions latines et les Grecs : il en avait chargé Geoffroy de Porto, bail de Philippe de Tarente en Épire, puis au printemps de 1300, la princesse Isabelle elle-même ; ces pourparlers aboutirent à une suspension des hostilités dans toute la péninsule balkanique et grecque entre Francs et Grecs (1). Mettant à profit cette accalmie qui devait être brève, Isabelle se rendit à Rome pour le jubilé de 1300. Elle remplaça comme bail le comte Richard de Céphalonie par un baron plus jeune et plus actif, Nicolas III de Saint-Omer, maréchal de la principauté ; puis elle passa de Clarence à Ancône sur un navire vénitien et de là à Rome. Elle y accomplit son pèlerinage (2). Mais elle y rencontra aussi Philippe de Savoie, ce qui ne semble pas un simple effet du hasard un mariage fut arrangé au début de l’année 1301, avec l’appui du Saint-Siège, entre le jeune comte et la prin¬ cesse (3). Mais Charles II, dont l’assentiment indispensable n’avait pas été sollicité, s’y montra nettement hostile et avertit Isabelle, le 6 février, que, conformément aux accords antérieurs, il la considérait comme déchue de ses droits sur la principauté, qu’il concédait à son fils Philippe de Tarente. Le lendemain, elle faisait don à Philippe de Savoie de la châtellenie de Corinthe. Mais Charles II, sans doute sur l’intervention de Boniface VIII, consentit à ne pas appliquer les clauses des conven¬ tions : le mariage célébré avec éclat le 12 février à Rome (4) fut accepté par lui le 13 ; peu après il le ratifia ; le 23, il donna à Philippe de Savoie l’investiture de la principauté au nom de Philippe de Tarente il en avisa dans les jours suivants les barons de : ; Morée (5). Philippe de Savoie prince, 1301-1304. — Le règne d’Isabelle et de Philippe de Savoie soulève des difficultés de chronologie sur les dates exactes du séjour que le prince fit en Morée, comme sur la succession des événements pendant ce séjour. On peut aussi se demander à quel moment il convient de considérer que l’autorité sur la Morée passa à d’autres mains. (1) Hopf, I, pp. 350 B, 356 A, 357 A ; — Longnon, L'empire latin , p. 280. Une question a, dans ces années, causé quelques troubles en Morée et en Grèce, c’est celle de la secte religieuse des Ermites qui, pour¬ suivis par l’Église, avaient cru trouver un refuge sur les terres de la principauté d’Achaïe et du comté de Salona : Wadding, Annales minorum, ad. ann. 1294, n° 9, II, p. 647, ad. ann. 1301, n° 1, III, p. 2, ad. ann. 1302, nos 7-8, III, p. 8 ; cf. Hopf, I, pp. 350 B-351 A. Mais elle ne semble pas avoir eu de profond retentissement. (2) L. de la conq., §§ 841-844, 857. Cf. Hopf, I, p. 351 A ; — Longnon, L'empire latin , pp. 280-281. (3) L. de la conq., §§ 845-847. Le L. de los fech., §§ 504-505, raconte très brièvement que Philippe se rendit en Morée et que le mariage eut lieu dans la principauté, ce qui est certainement inexact. (4) L. Guichenon, Histoire généalogique de la Maison de Savoie , II, Preuves , pp. 102-103 ; — Hopf, I, p. 351 ; — L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée, pp. 11-12; — Rennell Rodd, The princes of Achaia, II, pp. 40-41, 279-282 ; — Miller, The Latins, pp. 195-196 ; — Longnon, L. de la conq., p. 335, n. 2, et L'empire latin, pp. 281-282. Sur le mariage même, Hopf, Chr. gr.-rom ., pp. 631-635, a publié les comptes du festin d’après le Journal de la dépense de l'hostel du prince Philippe, par le clerc Guichard. (5) L. Guichenon, op. cil., Preuves, pp. 103-104; — Saint-Génois, Droits primitifs, I, 335, n° J 4L Cf. Hopf, I, p. 351 B ; — Longnon, L'empire latin, p. 282. Le vidimus de la ratification du mariage par le roi signé par Jean de Céphalonie, le connétable Engilbert de Liedekerque, Vincent de Marais, Gilbert de Laigny et Gérard de Lambry, date de 1303, Saint-Génois, Droits primitifs , I, p. 335, n° J 41-42 ; cf. Hopf, ibid. « »
174 RECHERCHES HISTORIQUES Isabelle et Philippe, aussitôt après leur mariage, se rendirent en Piémont où le prince voulait régler certaines questions et réunir des hommes qu’il emmènerait avec lui. La princesse, de son côté, tenait à s’occuper des biens en Hainaut qui lui venaient de son second mari et appartenaient à sa fille Mahaut. Hopf a admis que Philippe passa à la fin de 1302 en Morée qu’il aurait quittée en novembre 1305 (1). Le résumé chronologique qui se trouve à la fin de la chronique française donne respectivement les dates d’octobre 1302 (lre indiction) et de novembre 1304 pour son arrivée et son départ (2), ce qui constitue un délai trop court pour les événements qui se sont passés. J. Longnon, sur le témoignage des documents qui confirment la présence du prince en Piémont au cours de l’année 1305, garde la date de fin 1304 pour son retour et admet en conséquence qu’il se rendit en Morée à la fin de 1301 (3). C’est à cette chronologie que nous nous en tiendrons. Bien que le traité par lequel Philippe renonça définitivement à la principauté n’ait été signé qu’en 1307, on peut considérer que, dès 1305, commence pour la Morée une époque nouvelle. Quant à la chronologie des événements qui se sont déroulés pendant son séjour, nous y revien¬ drons après avoir examiné ces événements mêmes. Le prince Philippe, accompagné de 70 hommes à cheval, parmi lesquels sont cités son conseiller Guillaume de Montbel et Humbert de Miribel, et de 300 hommes à pied, débarqua en novembre 1301 à Clarence. Il fît publier aussitôt les actes royaux qui le mettaient en possession de la principauté, jura entre les mains de l’archevêque Benoît de Patras de respecter franchises et coutumes et reçut l’hommage des feuda taires et le serment de fidélité des bourgeois et des communautés (4). L’année suivante, le prince reçut l’hommage du duc d’Athènes, Guy II de la Roche, pour le duché comme pour ses possessions en Morée, les villes d’Argos et de Nauplie et la châtellenie de Kalamata, dot de sa jeune femme Mahaut ; la cérémonie eut lieu à Yostitsa et fut l’occasion de fêtes brillantes (5). Bien accueilli par tous à son arrivée, le nouveau prince ne devait pas tarder à se rendre antipathique et à provoquer des résistances parmi ses vassaux et ses sujets. Il changea les châtelains, connétables et sergents des forteresses et y plaça certains des compagnons qu’il avait amenés de Savoie ou de Piémont (6). Gomme il avait fait de grosses dépenses pour venir en Morée, il était résolu à tirer rapidement du pays l’argent nécessaire pour les couvrir. Entouré de chevaliers piémontais ou savoyards, comme Guillaume de Montbel dont il avait fait son « chambellan », il se servit (1) Hopf, I, pp. 353 B-354 A. Cette chronologie est adoptée par Rennell Rodd, The princes of Achaia, II, p. 42, et par Miller, The Latins , p. 196. (2) L. de la conq ., éd. J. Longnon, pp. 401-402. Sur les inexactitudes dans les dates de ce résumé, v. Longnon, L. de la conq., Introduction, pp. xliii-xlvi. (3) Longnon, L'empire latin, pp. 282, 288. Philippe avait établi dès 1301 en Piémont un conseil de régence, dont un acte est daté du 10 décembre 1301, ce qui a conduit Datta, Storia dei principi di Savoia del ramo d'Acaia, I, p. 38, à admettre que le prince est déjà parti à cette date ; le document est publié dans le même ouvrage, II, p. 30, n° 13, cf. Hopf, I, p. 351 A. Les documents qui établissent la présence de Philippe en Italie dès le début de 1305 sont cités par Longnon, op. cit., p. 289, . 1. (4) L. de la conq., §§ 848-853. (5) L. de la conq., §§ 870-871. Cf. Hopf, I, p. 353 B ; Gregorovius, Stadt Athen, II, p. 458 ; — Rennell Rodd, op. cit., II, p. 44 ; — Longnon, L'empire latin, p. 283. (6) L. de la conq., § 854. Le fait ne constitue pas un abus ; le premier bail de Charles Ier en avait fait autant en 1278, non sans soulever des mécontentements, il est vrai, cf. supra, p. 154.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 175 de toutes sortes de moyens, à la manière des « tyrans de Lombardie » aux dires de la chronique (1). D'après les comptes du trésorier qu’il avait amené avec lui, Yiot de Pralormo, on constate qu’il se fit verser de nombreuses sommes d’argent soit sur les revenus de la principauté, soit à titre de don ou de transaction de la part des capitaines des châtellenies, des baux ou des officiers dont il exigeait des redditions de comptes (2) en janvier 1303, des versements sont faits par Nicolo Romano sur les douanes de Clarence, des arriérés sont payés par le bail de la même ville (3). D’autres sommes sont payées par le protovestiaire Vasilopoulos et ses subordonnés Georges Nagrapheos et Nicolas de Corennes, par les héritiers de Pietro de Sienne, de Hugo Randulfo et d’autres. La population de Karytaina fait remettre au prince 4.000 hyperpères par Kalojoannes Kotsaridès et Michelino de Brus ; 600 sont payés par Simon de Milly pour entrer en possession des biens de sa femme ; le bail de Beauvoir donne 100 hyperpères, les habitants de la ville 250, ceux d’Andravida 500 et ceux de Clarence 600, le bail « Cathaticus » en réunit lui-même 500 et le proto¬ vestiaire 3.000. Hopf énumère encore des versements faits par Brisebarre, Henri de Priselles, Guillaume Bolgea pour la châtellenie de Corinthe, Jacques de Forest, châtelain de Corinthe, partie à titre d’amende, partie à titre d’excédent ; la despine Anne d’Épire paie 315 hyperpères pour des buffles achetés en Morée. Ces recettes extraordinaires ajoutées aux revenus réguliers de la principauté ne semblent pas avoir suffi pour faire face aux dépenses considérables du prince ; il dut contracter un emprunt auprès des représentants de la banque Peruzzi de Florence établis à Clarence (4). Cette énumération ne manque pas d’intérêt : elle donne un aperçu sur les ressources du pays et fait en outre connaître un certain nombre de personnages qui vivaient alors en Morée. La Chronique de Morée raconte quelques épisodes qui illustrent les méthodes du prince Philippe, et où se mêlent aussi des rivalités ou des vengeances personnelles. Sur le conseil d’un chevalier d’origine picarde, Vincent de Marais, établi dans la Skorta, Philippe fit arrêter le chancelier Benjamin de Kalamata qui avait été proto¬ vestiaire et avait eu la gestion du trésor ; c’est un épisode de la rivalité entre le comte Richard de Céphalonie, dont Vincent était l’ami, et de Nicolas de Saint-Omer qui lui avait succédé : celui-ci avait été nommé bail en 1300 à la place de Richard sur les conseils du chancelier Benjamin ; Benjamin, très lié avec Nicolas, le fit prévenir dès qu’il fut retenu prisonnier à Andravida. Le maréchal vint aussitôt, entouré de : ses vassaux, protester auprès du prince contre cette arrestation contraire aux coutumes. (1) L. de la conq., § 855 : « Et puis que il ot approprié la seignorie de toute la princée, comme cil qui avoit veü et savoit comment li thyrant de Lombardie et cil qui tenoient office ou seignorie en Lombardie, ou il avoit esté grant temps a son pays de Piémont, savoient gaaignier monnoye et autres richesses, si appella monseignor Guillerme de Monbel, son maistre chambellan, et autres qui estoient de son privé conseil et leur demanda comment et en quel manière il porroit pourchacier et avoir monnoye... » ; — L. de los fech., § 507. (2) Hopf, I, p. 352, d’après les archives de Turin, Chambre des Comptes (Invent. 75, fol. 7, n° I). (3) Hopf, ibid.} cite son nom Cathaticus. Nous reproduisons ici les noms tels que les a donnés Hopf : nous reviendrons plus bas sur les personnages cités. (4) Cf. Hopf, I, p. 352 B, qui cite quelques sommes représentant les dépenses du prince, et des versements faits par le chancelier Benjamin à l’homme de confiance du prince Jean-Daniel de Camilla, en particulier 3.656 lires données au prince par Jean de Céphalonie à l’occasion de sa prise de possession de l’héritage de son père. 13
176 RECHERCHES HISTORIQUES Devant cette intervention, le prince fit relâcher Benjamin contre le versement d’une somme de 20.000 hyperpères, en échange de quoi il lui accorda une terre dans la presqu’île de Pérachora, en face de Corinthe (1). Le Livre de la conquête raconte avec beaucoup de détails cette scène où Nicolas de Saint-Omer protesta avec véhé¬ mence contre un acte qui violait les « coutumes » de la principauté ; en tout cas l’hostilité entre les seigneurs établis et les nouveaux venus s’y manifeste clairement (2). Benjamin de Kalamata réussit par la suite à gagner la confiance du prince Philippe de Savoie ; pour se venger du comte Richard, il suggéra alors au prince de lui emprunter une somme égale à celle qu’il avait dû lui-même verser et de lui donner en compensation des terres qui pourraient échoir au prince : elles reviendraient aux héritiers à naître de son mariage avec Marguerite, sœur de la princesse. En fait le comte Richard ne reçut à ce titre que la moitié du village de « la Saete » près de « la Rionde », à la mort de sa propriétaire, Aelison, qui n’était pas mariée ; il fut tué peu après, en 1304, par un de ses chevaliers, nommé Lion ; l’unique fille née du mariage étant morte, le fief fit retour au fisc (3). L’histoire de la Morée se trouve à nouveau étroitement mêlée à cette époque aux événements qui se déroulent en Grèce continentale. Le despote d’Épire Nicéphore Comnène Doukas était mort probablement en 1296 ; une part de son héritage était revenue à sa fille Thamar, femme de Philippe de Tarente, le reste était gouverné par sa veuve, la despine Anne Paléologue-Cantacuzène, au nom de son fils Thomas, âgé de cinq ans seulement (4). La despine Anne profita de la mort de Constantin, duc de Néo-Patras, pour attaquer la Thessalie dont le nouveau duc, Jean II, était très jeune, mais placé sous la tutelle du duc d’Athènes Guy II. Or celui-ci fit appel aussitôt au maréchal de Morée Nicolas III de Saint-Omer, comme co-seigneur de Thèbes, pour porter secours à son pupille ; malgré l’opposition du prince qui lui refusait l’autorisation de quitter la principauté, Nicolas prit part à l’expédition contre la despine, laquelle se termina heureusement (5). Le prince lui-même fut à son tour obligé de participer à une expédition en Épire. Le roi Charles II avait donné la suzeraineté sur tous les territoires latins de Romanie depuis 1294 à son fils Philippe de Tarente ; celui-ci n’y résidait pas et se trouvait d’ailleurs, de 1299 à 1302, prisonnier de Frédéric de Sicile (6). Charles II exigea au nom de son fils, beau-frère du nouveau despote d’Épire, Thomas Comnène Doukas, (1) L. de la conq ., §§ 856-867 ; — L. de los fech., §§ 508-513. Cf. Hopf, I, pp. 352 B-353 A ; — Miller, The Latins , p. 197 ; — Longnon, L'empire latin , p. 283. (2) Le L. de los fech ., § 514-515, attribue même à cette hostilité du maréchal de Saint-Omer et du prince le départ de Philippe qu’il date, inexactement d’ailleurs, de 1300 ; le prince aurait invoqué comme prétexte pour quitter la Morée, l’intention de se rendre à Rome pour le jubilé. (3) L. de la conq., §§ 868-869, cf. sur la mort de Richard, §§ 619, 890. Hopf, I, p. 353 A. (4) Hopf, I, pp. 356 B et suiv. (5) L. de la conq., §§ 872-912, et p. 401 ; — G. Pachymère, Andr. Paléol., III, 4, CSHB, II, p. 201. Cf. Hopf, I, pp. 360, 361 B-362 B ; — Miller, The Latins, pp. 199-201 ; — Longnon, L'empire latin, p. 284. L’expédition se place, dans la chronique, immédiatement après la mort du comte Richard de Céphalonie dont Saint-Omer apprend la nouvelle avant de passer de Vostitsa à Vitrinitsa ; elle se termine avant le plein de l’été, cf. L. de la conq., § 957. Avant de s’embarquer, Nicolas de Saint-Omer avait accordé la chevalerie à deux de ses compagnons, Geoffroy de la Botière et Baudouin d’Ais, cf. ibid., § 889. (6) Sur Philippe de Tarente, cf. supra, pp. 176-177 ; — Longnon, L'empire latin, pp. 285-286 ; — Léo¬ nard, Les Angevins de Naples, pp. 189, 195, 201-202.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 177 que celui-ci lui fît hommage ; la despine régente refusa. Charles II répondit à ce refus en envoyant contre elle une expédition sous le commandement de Raymond de Candolle, à laquelle, sur son ordre, durent se joindre dans Tété 1303 Richard de Céphalonie, Philippe de Savoie avec ses vassaux et le maréchal de Saint-Omer. La campagne en Épire, après un échec devant le château d’Arta, se termina sans résultat décisif (1). Au lendemain de cette expédition, la despine, redoutant une nouvelle attaque des armées angevine et moréote, fit offrir à Philippe de Savoie et à son maréchal dix mille hyperpères s’il renonçait à prendre part à une nouvelle campagne contre l’Épire. Le prince, séduit par cette offre, convoqua à Corinthe, sur le conseil de Nicolas de Saint-Omer, un parlement, dont la réunion pourrait justifier son refus de partir en campagne (2). Mais cette attitude risquant de soulever contre lui le ressentiment de Philippe de Tarente qui était son suzerain immédiat, le prince se mit en devoir de régulariser sa situation vis-à-vis de celui-ci, en entamant des négociations en vue de lui faire hommage pour la principauté : le 8 mai 1304 il envoya un émissaire à Naples pour régler la chose (3). A l’intérieur de la principauté, la mort violente du vieux comte Richard de Céphalonie (4) souleva en 1304 de nouvelles questions son fils Jean, se trouva en opposition d’intérêts sur certains points d’une part avec Philippe de Tarente, d’autre part avec la veuve de Richard, sa belle-mère, Marguerite d’Akova. Celle-ci avait depuis longtemps réclamé vainement le fief de Katochi en Épire qui constituait une partie de sa dot (5). De l’héritage de Richard, elle réclama les biens mobiliers évalués à 100.000 hyperpères. Mais le prince Philippe de Savoie qui, en tant que suzerain, devait trancher la question, se montrait favorable à Jean de Céphalonie qui lui avait versé une somme considérable à l’occasion de la prise de possession de son comté (6). Aussi Marguerite attendit-elle pour réclamer sa part devant la cour, aux dires de la Chronique, le retour de Nicolas de Saint-Omer, alors en campagne en Thessalie aux côtés du duc d’Athènes, lequel était toujours prêt à soutenir une réclamation contre le prince et assez puissant pour le faire avec autorité. Elle se présenta en compagnie du maréchal devant le prince qui séjournait chez Guillaume de Flun, sur les bords de l’Alphée — c’était pendant l’été — ; le procès donna lieu à des discussions et à : (1) L. de la conq., §§ 974-995 ; — G. Pachymère, Andr. Paléol. , V, 30, CSHB, II, pp. 450-451. Cf. Hopf, I, pp. 364 A-365 B ; — Miller, The Latins , pp. 201-202 ; — Longnon, L'empire latin, p. 286. Des indications brèves mais précises sur les relations entre l’Épire et les puissances occidentales, en particulier Venise, v. P. Lemerle, Le privilège du despote d' Épire Thomas Ier pour le Vénitien Jacques Contareno, BZ, XLIV, 1951 (Mélanges Doelger), pp. 389-396; le document daté de 1303 à Janina doit correspondre à l’époque même contre Arta. de l’expédition (2) L. de la conq., §§ 1003-1008, 1014-1024 (c’est au milieu du récit du parlement de Corinthe que s’arrête Punique manuscrit de la Chronique française). Cf. Hopf, I, p. 365. (3) Hopf, I, pp. 362 b-363 a ; — Longnon, L'empire latin , pp. 287-288 ; cf. infra, p. 180. (4) Cf. supra, p. 176. (5) Hopf, I, pp. 333 B-354 B. (6) Jean de Céphalonie fit hommage au prince et entra en possession de ses biens, le 7 avril 1304, à l’occa¬ sion de quoi il fit le versement en question, cf. supra ; le même jour probablement, eut lieu son mariage avec Marie Comnène sœur du despote Thomas d’ Épire, pour lequel signèrent comme témoins le prince et la princesse, l’archevêque Jean de Patras, le connétable Engilbert de Liedekerque, le chancelier Benjamin, Aegidius de Laigny et Gérard de Lambry, cf. Hopf, I, p. 354 B.
178 RECHERCHES HISTORIQUES violentes en particulier entre Vincent de Marais et Nicolas de Saint-Omer dont l’attitude d’opposition irritait vivement l’autoritaire Philippe de Savoie ; on s’accorda enfin sur un compromis le comte Jean verserait à titre de compensation à Marguerite la somme de 20.000 hyperpères, moyennant quoi il garderait le reste de l’héritage le compromis fut proposé par Hugues de Charpigny et Jean de Neuchâtel, grand commandeur du Temple, à la comtesse et au maréchal et accepté par les parties (1). des scènes : : Révolte de la Skorta. — C’est pendant l’absence du maréchal que la Chronique place également un épisode qui touche beaucoup plus directement l’existence même de la principauté de Morée, une révolte dans la Skorta. Vincent de Marais, établi dans cette région, avait conseillé à Philippe de Savoie, toujours à l’affût de nouvelles recettes, de lever un impôt sur les gentilshommes grecs, écuyers et arbalétriers de la Skorta. Devant cette mesure, contraire aux coutumes, les Grecs se réunirent à Linis taina et, sous la direction des deux frères Georges et Jean Mikronas, décidèrent de se révolter. Deux d’entre eux, Guillaume Makri et Nicolas Zilianari, furent envoyés à Mistra au capitaine des Grecs, sous le prétexte de faire un pèlerinage à Saint-Nikon de Lacédémone. Le capitaine des Grecs convoqua ses troupes dans la plaine de Nikli, fit pénétrer les meilleurs éléments par Xèro-Karytaina dans la Skorta et enlever par eux le château de Sainte-Hélène, qui fut détruit, le village fut brûlé puis les Grecs firent subir le même sort au château de Crèvecœur. Mais ils essuyèrent un échec devant Beaufort, plus solide et bien défendu par le châtelain Gratien de Boucère. Ils campèrent alors près du château de Saint-Georges, attendant une machine de siège de Monemvasie. Nicolas Le Maure, seigneur de Saint-Sauveur, qui était alors capitaine de la Skorta et de la châtellenie de Kalamata, pour Mahaut de Hainaut devenue duchesse d’Athènes, et qui résidait à Andravida, avertit aussitôt le prince. Ayant rassemblé ses troupes à Androusa puis à Dimatra, il se porta vers Beaufort pour surveiller les Grecs. Le prince convoqua alors ses troupes des châtellenies de Morée et de Beauvoir et ses vassaux, l’archevêque Jean de Patras, les barons de Chalandritsa et de Vostitsa, Georges Ghisi et Hugues de Charpigny. Devant ce rassem¬ blement de forces, les Grecs préférèrent se retirer de nuit. Divers contingents du prince, l’un sous les ordres de Nicolas Le Maure, l’autre sous ceux de deux nouveaux chevaliers, Pierre de Vaux et Jean de Monpas, explorèrent le pays sans rencontrer d’ennemis, et ramassèrent le butin abandonné par les Grecs. La Skorta se trouva libérée ainsi sans nouveau combat. Le prince s’enquit des chefs de la révolte, les deux frères Micronas, divers membres des familles de Macri et de Zilianari et le pappas Nicolopoulos ; il fit confisquer leurs biens et invita tous les paysans à rentrer chez eux. Nicolas Le Maure resta au village de Vervéna avec une forte garnison pour protéger le pays contre un retour offensif des Grecs. L’affaire se terminait sans avoir, pour les possessions franques, d’aussi graves conséquences qu’on aurait pu le redouter (2). ; (1) L. de la conq., §§ 954-972. Cf. Hopf, I, pp. 354 A-355 A. (2) Cet épisode est raconté exclusivement par le L. de la conq., §§ 920-951 ; cf. Hopf, I, pp. 362 B-364 A ; — Miller, The Latins, pp. 198-199 ; — Zakythènos, Le despoiat grec, I, pp. 67-68 ; — Longnon, L'empire latin, p. 285. Parmi les noms de personnages cités, notons que celui de Pierre de Vaux apparaît déjà en 1261 à propos du « parlement de dames » de Nikli, où le personnage ainsi nommé joue un rôle important, étant un des rares hommes présents ; il ne peut cependant pas s’agir du même personnage, c’est peut-être son fils.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 179 A côté de ces épisodes des luttes entre Grecs et Francs, la chronique française rapporte des événements ou incidents, qui, pour n’avoir pas la même importance historique, sont cependant précieux pour qui veut connaître la vie dans la principauté ou en apprécier le pittoresque, d’autant plus que son auteur a certainement été contemporain de ce qu’il raconte. C’est d’abord une curieuse histoire dont les prota¬ gonistes furent Nicolas de Saint-Omer, sa femme Guillerme et le frère de Guillerme, Jean de Céphalonie ; le maréchal ayant à se plaindre de la jalousie de sa femme, se vengea en la négligeant et en la laissant solitaire dans son château de Roviata ; son beau-frère décida de tirer vengeance à son tour de l’affront fait à sa sœur (1). L’autre épisode célèbre est le grand tournoi qui rassembla à Corinthe, en 1304, à l’appel du prince Philippe de Savoie, la fleur de la chevalerie française du Levant. C’est sur ce tableau, d’ailleurs inachevé, mais où la société féodale de Morée et de Grèce brille encore d’un vif éclat, que se termine le récit du Livre de la conquête (2). Si nous prenons comme termes du séjour de Philippe de Savoie en Morée les dates que nous avons indiquées plus haut octobre 1301-novembre 1304, les événe¬ ments racontés par la chronique doivent se ranger dans l’ordre suivant en 1302, au mois de juin, le maréchal Nicolas de Saint-Omer se rend en Thessalie et, pendant son absence, a lieu la révolte de la Skorta ; en 1303, en juin également, se place l’expédition en Épire ; en mai 1304 se réunit le parlement de Corinthe et se déroule le grand tournoi (3). Cette dernière date s’accorde bien avec ce que nous savons des relations entre le roi Charles II et le prince, lesquelles s’aggravèrent brusquement en 1304 au point de provoquer le départ de Philippe de Savoie. : : Conflit entre Philippe de Savoie et le roi Charles XL — Philippe et Isabelle avaient fille, qui fut appelée Marguerite ; le prince lui fit donation de la châtellenie une eu de Karytaina et de Bucelet-Araklovon (4). La naissance de cette héritière ne consolida Le deuxième chevalier est appelé par la chronique, § 943, Jean de Monpas, mais, § 945, Jean de Vidoigne. Sur Gratien de Boucère, v. infra, p. 370 n. Quant aux Grecs, la chronique cite Jean et Georges Micronas ou Micro nades, mais, §§ 924 et 950, donne d’une part les noms Guillaume Macri et Nicolas Zilliamary, d’autre part « les Macriane et les Zillianitades » ; il s’agit sans doute des mêmes personnes : Macris ou Makryannis et, comme l’admet Zakythènos, ibid., Zalianaris ; le Papa Nicolopulli » est évidemment un prêtre du nom de Nicolo « poulos. (1) L. de la conq ., §§ 997-1002, 1009-1014. Malheureusement le dénouement de cette affaire romanesque nous reste inconnu, le manuscrit présente à cet endroit une lacune. Le comte Jean fit enlever de nuit sa sœur par Guillaume de Céphalonie — un de ses frères ? — qui résidait alors à la Palessien, près de Roviata et ramener à Céphalonie. Cf. Longnon, L'empire latin, pp. 286-287. (2) L. de la conq., §§ 1003, 1007, 1015-1024. Cf. Hopf, I, pp. 365 B-365 A ; — Gregorovius, Stadi Athen, II, pp. 202-203 ; — Rennell Rodd, The princes of Achaia, II, pp. 279-282 ; — Miller, The Latins, pp. 202-203 ; Longnon, L'empire latin, pp. 287-288. (3) Les indications de mois sont celles que donne le L. de la conq., éd. Longnon, pp. 401-402. Mais les millésimes ne semblent pas correspondre à la réalité. (4) La date exacte de la naissance de cette princesse est inconnue. Hopf, I, p. 351, la fait naître fin 1301 ou début 1302 en Piémont où, selon lui, sa mère serait restée jusqu’à la fin 1302. Longnon, L'empire latin, pp. 290-291, la fait naître en Morée en 1303, ce qui s’accorde mieux avec la date de la donation qui est du 24 décembre 1303 et qui fut confirmée à Patras, le 21 février 1304, Datta, Storia dei principi di Savoia, I. p. 40; — Guichenon, Histoire généalogique , , Preuves, pp. 110-111 ; — Buchon, Recherches, II, pp. 381-383. Cf. Hopf, I, p. 355 B ; — L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée, pp. 13-14. L’acte du 21 février 1304 porte les signatures des témoins : l’archevêque Jean de Patras et le doyen Jacques, le maréchal de Saint-Omer, le connétable Engilbert de Liedekerque, le baron Hugues de Charpigny, le chancelier Benjamin, et les chevaliers
180 RECHERCHES HISTORIQUES pas sa situation. Le changement d’attitude du roi Charles II qui devait aboutir à la destitution de Philippe peut s’expliquer à la fois par la décision prise en 1304 par le prince qui, selon la chronique, convoqua le parlement de Corinthe pour avoir un prétexte de ne pas participer à une nouvelle expédition en Épire projetée par le roi, et par le désir de ce dernier d’assurer une situation brillante à son fils Philippe de Tarente. Ce prince, dont l’ambition était exigeante, était revenu de captivité en 1302 et aspirait à transformer la suzeraineté qu’il exerçait sur la Morée depuis 1294 en un pouvoir plus direct. Cette rivalité entre les Angevins et Philippe de Savoie en Morée était aggravée par d’autres conflits d’intérêts en Italie du nord, en particulier au sujet de la commune d’Asti, et, un peu plus tard, pour la succession de Montferrat. Il suffit de rappeler les faits essentiels qui constituent les étapes de cette rivalité. En mai 1304, Philippe de Savoie avait chargé un de ses confidents, Jean-Daniel de Camilla, d’aller auprès de Philippe de Tarente pour lui prêter hommage en son nom, formalité qui n’avait pas encore été accomplie depuis le retour de Philippe (1) ; il y avait mis d’ailleurs certaines conditions. On peut se demander si cette démarche, précédant de peu le parlement de Corinthe, ne révèle pas le désir du prince de prévenir les réactions que pouvait susciter à Naples son refus de participer en 1304 à une nouvelle campagne en Épire. Si telle était réellement l’intention du prince, sa démarche aboutit à un échec. Charles II en effet revint brusquement sur le consentement qu’il avait donné au mariage de Philippe de Savoie et d’Isabelle ; et, le 9 octobre 1304, il publia la protestation du 6 février 1301 déclarant la princesse Isabelle déchue de ses droits, au bénéfice de Philippe, prince de Tarente et despote de Romanie (2). Cette décision s’ajoutant aux difficultés que Philippe de Savoie rencontrait en Morée du fait de l’hostilité de certains barons (3) et aux soucis que lui donnait la question d’Asti, explique suffisamment qu’il ait quitté la Morée pour arriver en décembre 1304 à Asti : il confia le gouvernement de la principauté au maréchal Nicolas III de Saint Omer (4). Un moment, en 1305, les affaires semblèrent s’arranger : à la suite d’un accord au sujet d’Asti, le procureur du prince, le chanoine Ange de Corinthe, put prêter pour lui l’hommage au roi et au prince de Tarente, le 17 novembre 1305. Mais la situation s’étant tendue de nouveau au Piémont, le 5 juin 1306, le roi Charles déposa Philippe de Savoie et délia les barons et les seigneurs du serment qu’ils lui avaient prêté. Philippe de Tarente vint aussitôt en Morée recevoir l’hommage des feudataires et prendre posses¬ sion de la principauté. Malgré l’intervention personnelle d’Isabelle auprès du roi, celui-ci maintint sa décision ; un traité régla définitivement la question le 11 mai 1307 ; Philippe de Savoie recevait en compensation le comté d’Albe, qu’il obtint de voir érigé l’année suivante en principauté (5). Aegidius de Laigny et Gérard de Lambry ; on peut comparer ces noms avec ceux des personnages que Charles II avise de l’investiture de Philippe de Savoie en 1301, cf. supra, p. 173, n. 5. (1) Hopf, I, p. 362 B, qui signale également une démarche que fit alors Marguerite de Villehardouin, dame d’Akova, réclamant un cinquième de la principauté. (2) Hopf, I, pp. 362 B-363 A ; — Miller, The Latins, p. 204 ; — Longnon, U empire latin, p. 288. (3) Cf. L. de los fech., § 514, et supra, pp. 175-176. (4) L. de la conq ., éd. Longnon, p. 402. (5) L. de la conq., p. 402; — Guillaume Ventura, Memoriale de gestis civium Astensium, Monumenta historiae patriae, III, pp. 744-745, 747, 754-755 ; — Ptolemaeus Lucensis, Hisloria ecclesiastica, RIS, XI,
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 181 Dans ces conditions Philippe de Savoie semble avoir renoncé sans difficulté à bien qu'il ait continué à porter le titre de prince d'Achaïe que ses descendants Morée, la gardèrent jusqu'en 1418 (1). Mais la princesse Isabelle fît encore en 1307 une tentative pour réclamer cette terre où elle était née et qui avait appartenu à ses ancêtres : elle envoya un procureur à Poitiers où étaient réunis le pape Clément V, le roi de France Philippe le Bel et Charles II ; mais elle n'obtint pas d'être entendue. Elle se retira alors en Hainaut sur les terres de sa fille Mahaut. Elle y mourut sans doute peu après 1311 ; le dernier acte connu d'elle est une déclaration faite le 29 avril 1311 à Valenciennes pour proclamer ses droits et ceux de sa fille sur la principauté d'Achaïe (2). Elle laissait deux filles, Mahaut, duchesse d'Athènes, et Marguerite, née probablement en 1303, dame de Karytaina et de Bucelet, qui épousa en 1324 Renaud de Forez et devait mourir sans enfant. La principauté sous Philippe de Savoie· — Si nous avons suivi le sort de Philippe de Savoie et celui d'Isabelle jusqu'à leur disparition, on peut estimer que leur autorité effective en Morée prend fin au moment même de leur départ à la fin de 1304. Les quelques années de leur gouvernement apparaissent, dans les récits que nous en avons, remplies d'événements de toutes sortes, d’épisodes qui se juxtaposent ou s'enche¬ vêtrent et dont l'ensemble donne l'impression moins d’une histoire suivie que d'une collection de petits faits d'un intérêt souvent limité ou purement anecdotique. Cependant, au-delà de ces détails, et malgré les incertitudes de la chronologie, il faut voir comment évolue la principauté. Au point de vue territorial, après une trêve de sept ans, un incident rouvrit la guerre : les Francs perdirent une forteresse sur les confins de la Skorta, Saint Georges, livrée aux Grecs de Mistra et que le prince ne put reprendre. La perte en elle-même, quoique le château fût un des mieux placés pour interdire l'accès des montagnes de l’Arcadie occidentale, n'était pas considérable, d'autant plus que les Francs construisirent une autre forteresse, Beaufort, munirent solidement le château de Dimatra ; ils étaient en état de résister efficacement et réussirent à réprimer la révolte des montagnards de la Skorta en 1302, sans perdre d’autres forteresses. Mais ces faits ont une signification plus profonde. D’abord les combats sur le front des montagnes dominant le bassin de Mégalopolis, autour de Saint-Georges et de Beaufort, posent la question de savoir si les Francs étaient encore maîtres vers 1300 de l'Arcadie intérieure, de Véligosti et de Nikli. On peut admettre que les Grecs de Mistra étaient venus jusqu'à Saint-Georges directement de la chaîne du Taygète sans traverser le bassin de Nikli ni même celui de Véligosti ; mais dès qu’ils tinrent Saint coi. 1227 ; — Sanudo, Lettres , éd. Kunstmann, p. 775 ; — Datta, Storia dei principi di Savoia , I, pp. 49-50, II, pp. 32-36 ; — Guichenon, Histoire généalogique , II, Preuves , p. 104. Cf. Hopf, I, pp. 365 A, 367 ; — Mas Latrie, Les princes de Morée , pp. 11-12 ; — Longnon, L'empire latin , pp. 287-290 ; — Léonard, Les Angevins de Naples , p. 202. (1) Guichenon, Histoire généalogique , II. Preuves , pp. 110-111 ; — Hopf, Chron. gr.-rom., p. 469, . 1. Philippe et ses descendants jusqu’à son dernier petit-fils Louis mort sans enfant en 1418, gardèrent ce titre sans doute parce que les clauses de l’accord de 1307 ne furent pas entièrement respectées ; cf. infra, p. 275, . 1. (2) L’acte de Guillaume, comte de Hainaut, et d’Isabelle princesse de la Morée, daté du 29 avril 1311, conservé aux Archives du Nord, B 1169/4776, inédit, est analysé par Saint-Génois, Droits primitifs, p. 338, n° J. 62 ; cf. Longnon, L'empire latin, p. 290. Sa mort ne peut être postérieure à 1312, puisque Philippe de Savoie se remaria cette année-là.
182 RECHERCHES HISTORIQUES Georges, la possession de ces bassins semble bien précaire pour les Francs. Et, en effet, le Libro de los fechos , dont le récit ici diffère complètement de celui de la version française, ne signale pas la perte de Saint-Georges, mais explique que, en 1296, les Grecs, ayant occupé Nikli et jugeant difficile de défendre cette ville située en plaine, la détruisirent : deux villes nouvelles furent alors édifiées, Mouchli et Tsèpiana (1). On rencontre encore le nom de Nikli en 1297 dans la donation que la princesse Isabelle fit à sa sœur Marguerite, et où sont cités les châteaux de Merdenay et de Nodimo des « appartenances de Nicies » (2). Mais, après cette date, aucun texte ne fait allusion à la présence des Francs à Nikli : en 1302 le capitaine des Grecs rassemble ses troupes « au palais de Nicies » (3). On peut donc penser que c'est au plus tard autour de 1300 que les Francs perdirent Nikli et Véligosti. En second lieu, ce qu’il faut remarquer c’est que la perte de Saint-Georges, la révolte de la Skorta sont les résultats d’incidents provoqués par l’attitude de seigneurs francs, incidents qui se multiplient : il faut rappeler aussi celui qui coûta la vie à Guy de Charpigny. Il y a là un fait nouveau ; il serait exagéré de parler d’une hostilité générale des Grecs vis-à-vis des Francs, puisque ces incidents restent toujours très localisés, mais il est évident que les textes ne nous signalent rien de semblable pour les périodes antérieures. On est amené à en rendre responsables les personnages récemment venus en Morée. En effet, l’évolution dont on décèle les débuts vers 1260 et qui s’affirme après 1278, continue : sans cesse arrivent dans le pays des éléments nouveaux, qui ignorent sans doute tout de ses habitants et s’y conduisent en maîtres sans ménagement. Les princes comme Florent de Hainaut, puis Philippe de Savoie ont certainement amené de nombreux compagnons avec eux ; beaucoup viennent avec le désir de faire rapidement fortune et, en tout cas, doivent avoir pour les habitants, gens du pays ou seigneurs francs installés depuis longtemps, cette mentalité qui rend si souvent antipathique le nouveau venu en pays étranger. Jean Chauderon meurt vers 1294 ne laissant qu’une fille, Bartholomée (4). De la famille des Durnay il n’est plus question après l’épisode de Roger de Loria et l’on ignore si Jean, marié à une fille de Richard comte de Céphalonie, eut des héritiers. Guy de Charpigny est tué en 1295, mais il laisse un successeur, Hugues. Des anciennes familles de barons, seules sont encore représentées, avec celles des Charpigny, les Dramelay et les barons de Nivelet, ainsi que les familles plus récentes des Aulnay, des Le Maure, des Saint Omer ; sans doute quelques noms, connus depuis longtemps, montrent que d’autres familles anciennes se maintiennent, les Lagny établis en Messénie dès le début du xme siècle, les Foucherolles et les Yidoigne qui apparaissent après 1260, Pierre de Vaux, parent sans doute du vieillard qui assista au parlement de dames de 1261. D’autres sont connues depuis une vingtaine d’années : Girard de Rémy doit être rapproché d’Étienne de Rémy qui se plaignait peu après 1278 d’avoir été dépouillé de ses biens ; Gérard de Lambry déjà cité en 1283 est peut-être identique à Guiot de Lambry connu dès 1280. Mais à côté d’eux combien de noms nouveaux : des représentants (1) L. de los fech ., §§ 476-485. (2) Saint-Génois, Droits primitifs (3) L. de la conq., § 926. , I, p. 334, n° J 33. (4) On ignore si elle eut une descendance ; en tout cas elle ne fut pas mariée, comme le dit Hopf, à Nicolas Ghisi, qui mourut au moins douze ans avant Jean Chauderon, v. supra , p. 161, n. 2, et infra , p. 183, n. 4.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L? AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 183 familles de l’aristocratie vénitienne de l’Archipel, Georges Ghisi et son cousin Nicolas ; des compagnons de Florent de Hainaut comme les frères de Liedekerque, ou de Philippe de Savoie comme Humbert de Miribel et Guillaume de Montbel (1), bien d’autres dont Benjamin de Kalamata, le Picard Vincent de Marais, et tous ceux que nous font connaître les comptes du trésorier de Philippe, Viot de Pralormo (2). A ces nouveaux venus les princes confient volontiers les charges les plus hautes : Georges Ghisi qui avait épousé la fille de Guy de Dramelay, héritière de la baronnie de Chalandritsa, était en 1292 châtelain de Kalamata (3). Quant à Nicolas, il était établi des en Morée dès 1272 ; il tenait des terres avec la forteresse de Piada dans la châtellenie de Corinthe, avait reçu le titre de connétable et mourut avant mars 1279 (4). De 1294 à 1304, c’est Engilbert de Liedekerque qui est revêtu de ce titre. Benjamin de Kalamata est chancelier ; Corinthe a comme capitaine Jacques de Forest en 1303 (est-il de la même famille que Guy de la Forest, trésorier en 1278?). Comme on le voit ce sont souvent des Français ; mais le fait essentiel est que la noblesse se renouvelle sans cesse les traditions qui remontaient à la conquête doivent s’affaiblir et les relations normales avec les Grecs qui avaient été un des éléments de la force de la principauté au xme siècle font place parfois à de l’hostilité. Les Grecs semblent sortir de l’ombre où les textes les laissaient jusqu’alors. Ce renouvellement perpétuel dans la noblesse franque joint à la maladresse d’un certain nombre de ses représentants est certainement une cause profonde de faiblesse pour la principauté. Elle semble perdre peu à peu sa cohésion. Les intérêts personnels se manifestent violemment provoquant des heurts, et l’emportent sur les intérêts généraux du pays, sur le dévouement dû au prince. La Morée devient le champ clos où éclatent des rivalités comme celles qui opposent Nicolas de Saint-Omer et le comte de Céphalonie, Jean de Céphalonie et Marguerite d’Akova, conflits dans lesquels le prince ne sait pas jouer un rôle d’arbitre, mais se laisse entraîner par de mesquines questions d’intérêt pécuniaire. Les compagnons de Florent, puis le prince Philippe lui-même compromettent par leur attitude l’entente entre Grecs et Francs. Cependant, au-dessus des princes, les Angevins sont poussés de plus en plus à considérer ; (1) Guillaume (ou Guy) de Montbel d’une famille originaire de Savoie, près d’Yenne, et Humbert de Miribel près de Lyon, étaient apparentés par alliance, cf. de la Chesnaye, Dictionnaire de la noblesse française, 3e édit., XIX, col. 100. De ces nouveaux venus un certain nombre repartirent assez rapidement : Guillaume de Montbel a dû suivre Philippe de Savoie, il est gouverneur de la ville d’Asti en 1306. (2) Il est inutile de rappeler ici les noms mentionnés ci-dessus p. 175. On pourrait en ajouter d’autres comme celui du chevalier Foulques de Guigny à qui Jean Scotto vendit le fief de Gardoche avec les villages de Karpisigni et de Lervochena, et Gandolfo avec le village de Sagieta, cession connue parce que Charles II informe en septembre 1292 qu’il confirme la vente, cf. Hopf, I, p. 341 A. Nous ne connaissons pas par ailleurs ces personnages. (3) L. de la conq., § 764 ; il succède en 1303 à son père Bartolomeo comme baron tercier de Négrepont et devait mourir à la bataille du Céphise en 1311. (4) Le 27 avril 1342, le roi Robert confirme la donation faite par l’impératrice Catherine à Nicolas Acciaiuoli de diverses terres en Morée, dont ... terrain que fuit quondam Nicolai Guisi Magri (sic) comestabuli principatus ejusdem , sitam in castellania Corinthii , com quodam fortellicio quod dicitur La Piada, Buchon, Nouv. rech., II, p. 111 ; une allusion plus brève figure dans le testament de Nicolas Acciaiuoli aux terras quas possidet in princi patu Achaje que fuerunt Comitis (sic) dicti principatus, Buchon, Nouv. rech., II, p. 175 ; dans les deux cas, il faut lire magni comestabuli. Il avait épousé non Bartholomée Chauderon, comme l’affirme sans aucune preuve Hopf, Chron. gr.-rom., p. 486, tabl. VI, 2, mais une Vénitienne de Candie ; celle-ci se trouvait déjà veuve en mars 1279, comme l’a établi R. J. Loenertz, Généalogie des Ghisi, Or. Chr. Per., XXVII, 1962, pp. 137, n° 24, 161-163, 171 tabl. généalogique B.
184 RECHERCHES HISTORIQUES la principauté, non comme un État ayant son existence et digne d’être l’objet d’une politique propre, mais comme un des éléments de leurs possessions dont ils disposent au gré de leurs intérêts et de leur ambition. La période la plus funeste pour la principauté, celle des compétitions, commence dès le départ de Philippe de Savoie. Ce prince, malgré ses qualités, n’avait pas arrêté le déclin de la Morée franque, plus menacée alors par son état intérieur et par l’absence d’une direction clairvoyante que par ses voisins grecs. La principauté après le départ de Philippe de Savoie et d’Isabelle, 1305-1307. — Bien que Philippe de Savoie ne se fût pas acquis de vraies sympathies en Morée, son départ et son remplacement par Philippe de Tarente, loin d’améliorer la situation pour la principauté, marquent le début d’une période plus sombre. Alors que les dangers extérieurs vont se multiplier avec l’installation des Catalans en Grèce centrale et l’apparition des Turcs sur les bords de la mer Égée, la principauté semble éveiller plus de convoitises à mesure qu’elle s’affaiblit. Les variations de la politique de Charles II vis-à-vis d’Isabelle et de Philippe de Savoie ont encouragé les prétendants qui se disputent âprement l’héritage des Villehardouin. On peut croire un moment que le pays a retrouvé un prince dont la légitimité est incontestable et qui serait capable de le gouverner, en la personne de Louis de Bourgogne, époux de la petite-fille de Guillaume de Villehardouin, Mahaut de Hainaut : mais il meurt presque aussitôt, à dix-huit ans, cependant que, à Naples, le roi Robert ne semble voir dans la Morée qu’une monnaie d’échange pour recouvrer la Sicile. De plus en plus l’histoire de la principauté est étroitement dépendante de la politique et des ambitions de souverains ou de prétendants étrangers dont il faudrait, pour tout éclairer, suivre en détail l’action ; nous nous limiterons à ce qui est indispensable pour comprendre le dérou¬ lement des faits en Morée. Au moment où Philippe de Savoie quitta la principauté, il la confia au maréchal Nicolas de Saint-Omer comme bail. C’est entre son départ et l’arrivée de Philippe de Tarente, que, suivant la Chronique aragonaise (1), la fille aînée d’Isabelle, Mahaut de Hainaut, devenue duchesse d’Athènes, aurait réclamé l’Achaïe. On peut établir un rapprochement entre cette démarche et le fait qu’elle avait atteint sa majorité : elle eut douze ans en effet le 30 novembre 1305 (2). Le bail refusa de faire droit à sa réclamation, déclarant que la terre appartenait au roi Charles et qu’ Isabelle, mère de Mahaut, l’avait perdue du fait de son mariage. Le duc d’Athènes, Guy de la Roche, aurait répondu à cette fin de non-recevoir en saisissant la moitié de Thèbes qui appartenait au maréchal ; celui-ci en informa Philippe de Tarente qui vint alors en Morée. En 1306, le duc d’Athènes vint requérir Philippe de lui rendre la princi¬ pauté ; mais Philippe se contenta de lui conseiller d’aller présenter sa réclamation au roi Charles (3). L’affaire, que ne confirme aucun document, n’eut pas d’autres suites sur le moment. (1) L. de los fech., §§ 516-519. (2) Le fait fut, on l’a vu, certifié par Henri, archevêque de Thèbes, en présence de Marguerite de Mate grifïon, de Nicolas de Saint-Omer et du connétable Engilbert de Liedekerque, le 5 décembre 1305 à Thèbes: Saint-Génois, Droits primitifs , I, pp. 336-337, n° J 51. Cf. Hopf, I, p. 367 B ; — Longnon, Uempire latin , p. 292. (3) L. de los fech., § 522.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 185 Philippe, prince de Tarente, en Morée. — Philippe, prince de Tarente, seigneur Corfou et despote de Romanie, avait fait des préparatifs importants en vue d’une de expédition destinée à élargir ses possessions en Grèce. En juin 1306, il partit d’Italie à la tête d’une flotte commandée par l’amiral de Sicile et qui transportait 4.000 hommes à cheval et 6.000 hommes à pied, ce qui constituait un contingent considérable. Il se rendit d’abord en Morée ; il convoqua ses vassaux et reçut leur hommage ; c’est à cette occasion que le duc d’Athènes avait réclamé la principauté. Puis, toujours selon la chronique aragonaise, il fit une courte campagne contre les Grecs au cours de laquelle il s’empara du château de Tripotamo dont la chute entraîna celle d’un certain nombre d’autres forteresses grecques (1). Puis il passa en Épire; mais là, la campagne se termina sans résultat appréciable et Philippe rentra en Italie avant la fin de 1306 sans avoir remporté de succès décisifs (2). C’est seulement à partir de 1307 que Philippe de Tarente porta effectivement le titre de prince d’Achaïe ; il attendait sans doute pour le prendre que les négociations entre Charles II et Philippe de Savoie eussent abouti au compromis du 11 mai 1307 (3). Il choisit alors comme bail, à la place de Nicolas de Saint-Omer, le duc Guy II d’Athènes ; peut-être voulut-il lui accorder une satisfaction pour calmer son ressen¬ timent de n’avoir pas obtenu la principauté réclamée par Mahaut (4). Le duc, seigneur de Kalamata du chef de sa femme, pouvait compter parmi les barons moréotes ; c’était un des plus puissants seigneurs de Grèce et sa cour était certainement la plus brillante (5). Aucun événement ne marqua son gouvernement qui fut très bref : Guy mourut en effet le 5 octobre 1308, âgé seulement de 28 ans, sans laisser d’enfant. Sa veuve, Mahaut, n’avait que 15 ans (6). Cette disparition prématurée posait des questions de succession. A la tête de l’administration de la principauté, Guy de la Roche fut remplacé par un Italien (1) L. de los fech., §§ 520-521, 523, — L. de la conq ., p. 401 ; — cf. une lettre de Marino Sanudo à l’évêque Bertrand d’Ostie, publiée par Fr. Künstmann, Abhandl. der histor. Cl. der konigl. bayer . Akademie der Wissen schaften , VII, 1853, p. 775. Zakythènos, Le despolal grec , I, pp. 68-69, reporte cette expédition à la date de 1309, au moment où Thomas de Marzano fut envoyé en Morée comme bail ; c’est en effet à ce personnage que, selon le L. de los f echos, le prince aurait laissé le commandement en quittant le pays. Mais il semble bien qu’il y ait eu en réalité deux expéditions, ce qu’ont admis la plupart des historiens. (2) L. de los fech., §§ 524-526; — Ptolemaeus Lucensis, RIS , XI, col. 1227; — G. Pachymère, Andr. Paleol., II, 30, CSHB , II, pp. 450-451. Cf. Hopf, I, p. 366 ; — Longnon, L'empire latin , pp. 292-293. (3) Hopf, I, p. 367 B, cite le testament de Charles II, du 16 mars 1308, confirmant la cession du titre de prince d’Achaïe. Philippe de Tarente devait envoyer au roi Charles II, son suzerain, douze pièces de samit. (4) Certaines clauses du traité que Charles II signa le 6 novembre 1307 avec Gênes et d’après lesquelles Gênes s’engageait à ne pas intervenir en Achaïe au cas où se produirait une révolte contre le roi, ont été inter¬ prétées comme une preuve que les Angevins n’avaient pas une confiance très grande dans la solidité de leur domination sur la Morée, cf. Hopf, I, p. 367 B. (5) Voir surtout le récit de Muntaner, chap. 239, éd. Lanz, pp. 435-438. Cf. Miller, The Latins , pp. 206 207. L. de la conq., p. 402, — Chron. gr., vv. 8047-8055 ; — Saint-Génois, Droits primitifs, I, p. 338, — Hopf, I, pp. 368 B-369 A ; — Miller, The Latins, pp. 219-220 ; — Longnon, L'empire latin, p. 293. Le duc Guy II fut enterré dans le couvent de Daphni alors occupé par les Cisterciens ; on croit généra¬ lement reconnaître son tombeau dans un sarcophage signalé par Buchon, Grèce et Morée, p. 133 et reproduit par lui, Atlas des Nouv. rech., pl. 38, 2. Fr. Lenormant, Le monastère de Daphni sous la domination des princes croisés, RA, NS, XXIV, 1872, pp. 286-289, a cependant montré que le motif que Buchon a pris pour les armoiries des la Roche n’est probablement qu’un relief décoratif byzantin ; cf. G. Millet, Le monastère de Daphni, (6) no j. 59 ; Paris 1899, pp. 39-40.
186 RECHERCHES HISTORIQUES que Philippe avait déjà envoyé en mission en Morée, le 18 mars 1308, Bertino Vis conte (1). La question de la succession du duché d’Athènes était plus délicate. Entre les deux cousins germains de Guy II, Gautier de Brienne, fils d’Isabelle de la Roche et du comte Hugues, et Echive, fille du seigneur de Beyrouth Jean II d’Ibelin qui avait épousé une sœur de Jean et de Guillaume de la Roche, la cour des pairs de la principauté réunie en l’église Saint-François à Clarence choisit le premier, que tout désignait, sa puissance, ses liens plus étroits avec la Morée, l’amitié du roi Charles II, enfin son sexe (2). Quant à Mahaut, qui ajoutait à ses titres de duchesse d’Athènes et de dame de Kalamata le prestige d’être, en Grèce, la dernière descendante directe des Villehardouin, donc une prétendante éventuelle à la principauté — comme elle l’avait montré dès 1305, — son sort intéressait directement la cour de Naples. Celle-ci voulut préparer, dès ce moment, un mariage qui écarterait le danger de voir son héritage s’en aller à une autre famille : il s’agissait d’unir la jeune veuve au fils aîné de Philippe de Tarente et de Thamar, Charles, qui n’avait encore que onze ans. Un conseiller du prince, Guillaume du Bois, reçut procuration pour célébrer les fian¬ çailles avec la duchesse ; la cérémonie eut lieu le 2 avril 1309 à Thèbes où résidait le nouveau duc, en présence de l’archevêque d’Athènes, du bail du prince en Morée et de nombreux seigneurs (3). L’union ne devait d’ailleurs pas se réaliser. Philippe de Tarente n’avait cependant pas abandonné ses projets de conquête en Orient. Dès la fin de 1308, il avait recommencé des préparatifs pour le passage d’une armée en Morée ; mais comme il ne pouvait quitter lui-même l’Italie, son frère Robert qui venait de succéder comme roi à leur père Charles II confia le comman¬ dement des troupes au maréchal du royaume, Thomas de Marzano, qui reçut en même temps le titre de bail de la principauté à la place de Bertino Visconte (4). Thomas de Marzano, malgré les importants contingents de troupes qu’il avait amenés avec lui et l’argent dont il disposait, ne réussit pas à développer ni même à maintenir les résultats obtenus par Philippe de Tarente en 1306. Un fait nouveau assurait aux Grecs des conditions plus favorables dans la lutte (1) Cf. Hopf, I, pp. 368 A-369 A. Bertino Visconte figure comme bail dans l’acte du 2 avril 1309 cité ci-dessous. (2) L. de la conq., éd. J. Longnon, p. 402, — L. de los fech., §§ 538-543 ; la version aragonaise ajoute, 543-544, qu’Echive, s’estimant injustement frustrée puisque sa mère était l’aînée d’Isabelle de la Roche, jeta une malédiction sur Gautier. Cf. Du Cange, éd. Buchon, II, pp. 67-69 ; — Gregorovius, Stadt Athenf II, pp. 3-4 ; — Miller, The Latins , pp. 220-221 ; — Longnon, L'empire latin , p. 294 ; — K. M. Setton, Catalan domination , pp. 6-7. (3) Saint-Génois, Droits primitifs , I, p. 215, n° B 18. Cf. Hopf, I, p. 369 ; — Longnon, L'empire latin , p. 295. Des seigneurs de Morée étaient présents à Thèbes : Renaud de la Roche, baron de Damala, l’évêque Jacques d’Oléna, le chancelier Benjamin, Nicolas Le Maure, et les chevaliers Thiébaut d’Anserville et Jean de Chevigny. §§ (4) Thomas de Marzano était déjà venu en Morée avec Philippe de Tarente en 1306, Hopf, I, p. 366 B. L’ordre de départ de l’expédition fut donné le 24 mai 1309, C. Minieri-Riccio, Genealogia di Carlo II d'Angiô, A SP N, VII, 1882, p. 225 ; le commandement des troupes en Achaïe fut donné à Thomas d’Autremencourt, seigneur de Salona, avec le titre de maréchal, d’après G. Giomo, Lettere di Collegio, reclius Minor Consiglio , Miscellanea di Sioria veneta, Venise 1910, p. 334. Cf. Hopf, I, p. 396 A ; — Longnon, L'empire latin , p. 295. Zakythènos, Le despotat grec , I, p. 69, place ici à tort, le passage de Philippe de Tarente en Morée. Pour cette expédition 4.000 onces d’or furent empruntées aux Bardi de Florence. Hopf, I, p. 396 A.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 187 contre les Francs. Après la défaite de Tripotamo, l'empereur Andronic II Paléologue de changer le système d'administration de la principauté grecque de Morée : au lieu de renouveler chaque année le capitaine placé à sa tête, il envoya un personnage d’un rang élevé pour une durée beaucoup plus longue : son choix tomba sur un représentant de la famille des Gantacuzènes, jeune et actif, dont le fils devait être empereur de Byzance, et qui resta à la tête des possessions grecques de Morée jusqu'à sa mort en 1316, soit huit ans. Il réussit à infliger à Thomas de Marzano une défaite au défilé de Gérina, ce qui lui permit de reprendre les places perdues par les Grecs en 1306. Thomas de Marzano conclut une trêve (1). On a ainsi l'impression que dans ces premières années du xive siècle, un certain équilibre des forces s’était établi entre les positions grecques et les positions latines en Morée. Mais, en fait, les changements perpétuels dans la direction des affaires de la principauté devaient nuire à la continuité de la politique ou des efforts. Thomas de Marzano dut rester peu de temps d’ailleurs, car, au début de 1311, c'est un autre bail dont le nom figure parmi les témoins du testament de Gautier de Brienne, duc d’Athènes, Gilles de la Plainche (2) qui lui-même fut remplacé par Nicolas de Saint Omer, puis après la mort de ce dernier par Nicolas Le Maure, seigneur de Saint Sauveur (3). Or plus que jamais la principauté semblait menacée. avait décidé Les Catalans à Athènes, 1311. — En effet un événement brutal vint jeter le désarroi parmi les Latins en Morée, bien qu’il n'eût pas de conséquences immédiates pour leurs possessions dans la presqu’île c'est l'établissement de la Compagnie des Catalans en Grèce centrale et en Attique. Le 15 mars 1311, la chevalerie franque sous le commandement de Gautier de Brienne, duc d’Athènes, était complètement battue par les Catalans en Béotie : un nombre considérable de morts restaient sur le terrain, parmi lesquels le duc Gautier. Les vainqueurs occupèrent les seigneuries de Bondonitsa, de Salona et d’Athènes. Isolés au milieu d'ennemis, Grecs ou Latins, ils décidèrent d’offrir leur conquête à Frédéric d’Aragon, roi de Sicile, qui envoya comme régent Béranger Estanyol (4). L’événement plongea la noblesse latine de : (1) G. Minieri-Riccio, op. cit., p. 215, — L. de los fech., §§ 527-529. Cf. Hopf, I, p. 396 A ; — Zaky thènos, Le despotat grec , I, pp. 69-70 ; — Longnon, U empire latin, p. 295. La plupart des historiens ont émis l’hypothèse que ce Gantacuzène est le petit-fils de Michel Cantacuzène, tué à la bataille de Sergiana en 1263 : le fait est plausible mais non confirmé. Le L. de los fech., § 528, attribue ce succès à Andronic Asên, mais celui-ci ne vint en Morée qu’en 1316. Voyage paléo graphique dans le département de VAube, p. 340. (2) H. d’Arbois de Jubainville, (3) Les noms de ces deux derniers sont donnés par le L. de los fech., § 559. Nicolas Le Maure est en fonction en 1315, au moment de l’arrivée de Marguerite d’Akova, mais la chronique laisse entendre que Nicolas de Saint-Omer avait été bail avant lui : micer Nicola Mauro, que era bayle en aquel tiempo por la mueri del gran mareschal... Nicolas de Saint-Omer est déjà mentionné comme bail en 1301 et en 1304, on peut se demander si cette troisième mention, non confirmée par ailleurs, n’est pas le résultat d’une confusion. (4) Les événements sont connus par Nicéphore Grégoras, VII, 7, CSHB, I, pp. 251-253 ; — Muntaner, chap. 240, éd. Lanz, pp. 429-443, — L. de la conq., §§ 540, 548, — Chron. gr ., vv. 7263-7300, 8010, — L. de los fech., §§ 546-555; — Sanudo, Istoria di Romania, p. 125; — G. Villani, Istoria Fiorentina, VIII, 50, RIS , XIII, col. 379-380. Le lieu de la bataille reste incertain ; seules la Chronique de Morée et une allusion de Sanudo la situent près de Halmyros ; on admet généralement qu’elle a été livrée dans la large vallée du Géphise béotien, soit près d’Orehomène et du lac Copaïs, soit un peu en amont, vers Chéronée et Davleia. Pour G. T. Kolias, XXVI, 1956, . 358-379, il faut (1311), , chercher le champ de bataille plus loin vers le nord, au-delà d’Amphikleia et près de la station du chemin de
188 RECHERCHES HISTORIQUES Morée dans la consternation ; de nombreux seigneurs avaient été tués ; la principauté avait perdu de puissants vassaux, dont les possessions au-delà de l'isthme ou, suivant l'expression de l'époque, au-delà du pas de Mégare, formaient un rempart qui semblait solide et s'était pourtant effondré sous les coups d'une bande de routiers : ce succès avait aux yeux de tous quelque chose de scandaleux et d'inquiétant (1). La défaite fut aussi très vivement ressentie de tous ceux qui s’intéressaient au projet de croisade vers Constantinople, en particulier le pape et le roi de France. Enfin Venise se sentait directement menacée dans ses intérêts en Eubée. La Morée se trouvait désormais directement exposée ; il n'y a pas de doute qu'elle subit dès ce moment des dommages de la part des Catalans (2). Les Angevins en étaient d'autant plus touchés que c’étaient leurs rivaux les Aragonais, ceux mêmes qui les avaient dépouillés de la Sicile, qui étaient les bénéficiaires de ce succès. C’est probablement la crainte de les voir enlever encore la principauté qui suggéra au roi Robert de tenter un échange entre la Morée qu’il pouvait perdre d'un jour à l’autre et la Sicile le 28 avril 1311, il conclut une convention avec son frère Philippe de Tarente : celui-ci vendrait le royaume d'Albanie et la principauté d’Achaïe au roi qui les offrirait à Frédéric III d’Aragon en échange de la Sicile qui reviendrait aux Angevins (3). Ce projet, qui n'eut pas de suite mais que nous verrons réapparaître quelques années plus tard, jette un jour curieux sur la politique de Robert vis-à-vis de l'Achaïe : il montre qu’il était sans doute fort inquiet du sort de sa domination : sur ce territoire au lendemain de la victoire des Catalans, qu’il abandonnait en somme l'espoir d’étendre son pouvoir vers l'Orient et subordonnait tout au désir de recouvrer la Sicile. Mariage de Mahaut de Hainaut et de Louis de Bourgogne. — C’est sans doute pour essayer de rétablir la situation que le roi de France Philippe le Bel arrangea fer de Lilaia : il a relevé là les noms des lieux-dits Kavallari et Megalokyri dans lesquels il reconnaît le souvenir de la bataille où moururent tant de chevaliers et le « megaskyr » d’Athènes ; il ne semble pas que cela puisse constituer un argument décisif. La date ne paraît pas discutable : 15 mars 1311 (et non 1307 comme le dit par erreur le L. de la conq ., p. 402) ; peu auparavant, le duc d’Athènes, Gautier de Brienne, avait fait son testa¬ ment qui est daté du 10 mars 1311, cf. Arbois de Jubainville, Voyage paléo graphique dans le département de VAube , pp. 332-340 ; c’est ce document qui cite le nom du bail de la principauté Gilles de la Plainche ; il ne contient aucun autre nom qui puisse se rattacher à des familles établies en Morée connues de nous. Nous ne pouvons énumérer ici les ouvrages qui ont étudié l’expédition des routiers catalans et leur établissement en Grèce centrale, v. supra, p. 27, et en particulier Setton, Catalan domination, avec une abondante biblio¬ graphie critique, pp. 261-301 ; cf. aussi J. Longnon, Les Autremencourt, Bull, de la Société historique de Haute Picardie, XV, 1937, pp. 42 et suiv., et L'empire latin, pp. 295-301. (1) G. Villani, V, 50, RIS, XIII, col. 380, — Regestum dementis Papae V, IX, pp. 45-46, n° 10167. Cf. Gregorovius, op. cil., II, p. 27 ; — G. Schlumberger, L'expédition des Almugavares, p. 382 ; — K. M. Setton, Catalan domination, p. 13 ; — Longnon, L'empire latin, pp. 301-302. et d’une 2) Dès le 2 mai 1312, le pape Clément V menace les Catalans d’Athènes d’excommunication intervention des Chevaliers de l’Hôpital, s’ils ne cessent pas leurs attaques contre Philippe de Tarente. Le 23 juin 1312, il accorde à l’archevêque de Corinthe une prorogation de trois ans pour payer les sommes dues à la Curie, en raison de la désolation du pays à la suite de l’invasion de la compagnie catalane, Regestum de¬ mentis Papae V, VII, pp. 72-73, 238, n°* 7890-7891, 8597, reproduits par Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 71-73, nos 56-58 ; cf. Setton, Catalan domination, p. 23, qui rappelle, n. 8, la bibliographie relative à ces événements. Les Chevaliers de Saint-Jean-de-l’Hôpital s’étaient établis à Rhodes en 1310. (3) Le texte est publié par Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 58-61, n° 47 ; ces négociations sont confirmées par une lettre de Jacques II d’Aragon au roi Frédéric de Sicile, du 5 mars 1312, ibid., pp. 69-70, n° 54.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 189 une série de mariages qui devaient assurer un regroupement des forces latines en supprimant les rivalités possibles. En avril 1313, le prince de Tarente, suzerain de toutes les possessions latines en Grèce, libre de son premier mariage par la répu¬ diation de Thamar, épousait Théritière des droits au trône de Constantinople, Catherine de Valois ; ce mariage, qui rompait une promesse faite autrefois au duc Hugues V de Bourgogne, entraînait, à titre de compensation pour la famille ducale de Bourgogne, le mariage de Louis de Bourgogne, frère du duc, avec Mahaut de Hainaut ; on donnait comme dot à Mahaut la principauté de Morée qu'elle cédait à son mari, qui recevait également de son frère les droits sur le royaume de Thessa lonique ; le jeune Charles de Tarente, précédemment fiancé à Mahaut, devait épouser Jeanne de Valois, sœur puînée de Catherine (1). Cette combinaison présentait des avantages évidents pour la principauté. Elle la remettait aux mains de la descendante la plus directe des Villehardouin. Mahaut avait réclamé cet héritage dès 1305 ; en 1311, sa mère Isabelle avait, peu de temps avant sa mort, solennellement réaffirmé, en présence du comte Guillaume de Hollande, les droits de sa fille aînée comme héritière de la principauté, en réservant Karytaina, Beauvoir et Beauregard qui constituaient la dot de sa seconde fille Marguerite de Savoie (2). Ce choix donnait satisfaction à la prétendante dont les droits étaient les plus légitimes. Philippe le Bel joua un rôle important dans les négociations qui prépa¬ rèrent cette solution et s’efforça de prendre les mesures nécessaires pour prévenir de nouveaux conflits entre l’héritière des Villehardouin et les Angevins, en particulier pour empêcher Philippe de Tarente d’éluder les engagements pris. Les décisions furent approuvées par le roi Robert de Naples, frère de Philippe, et confirmées par le pape. Puis, les mariages de Philippe de Tarente et de Louis de Bourgogne ayant été célébrés, probablement en même temps, le 29 juillet 1313 à Fontainebleau, Philippe le Bel tint encore à faire préciser le service auquel était tenu le nouveau prince à l’égard de Philippe de Tarente dont il était vassal pour la principauté et pour le royaume de Thessalonique (3). Le projet d’un échange de l’Achaïe contre la Sicile était pour un temps abandonné. En octobre 1313 (4), Philippe de Tarente remit la principauté à Louis de Bour¬ gogne et à Mahaut. Au même moment, les procureurs en prenaient possession en leur nom, la seigneurie supérieure restant cependant au roi de Naples. On pouvait espérer que ce nouveau prince, âgé de seize ans et qu’aucun intérêt personnel important ne semblait devoir détourner de ses nouvelles terres, allait être appelé à gouverner longtemps et utilement la Morée. Mais les conditions mêmes dans lesquelles il était (1) Nous renvoyons pour le détail de cette vaste combinaison matrimoniale et sa signification politique l’exposé de Longnon, L'empire latin , pp. 302-304. Cf. Hopf, I, pp. 396 B-397 B. (2) Acte du 29 avril 1311, Saint-Génois, Droits primitifs , I, p. 338, n° J 62 ; cf. Hopf, I, p. 369 B ; — Longnon, L'empire latin, p. 290. Marguerite de Savoie renonça à ses droits sur les terres moréotes au moment à de son mariage en 1324. (3) Le L. de los fech., §§ 570-581, donne un récit de ces événements qui, malgré des inexactitudes, met en lumière le rôle du roi de France. Cf. Du Cange, éd. Buchon, II, pp. 70, 77, 79. — Hopf, I, pp. 397 A-398 B ; — L. de Mas-Latrie, Commerce et expéditions militaires , pp. 30-32 ; — Longnon, L'empire latin , pp. 303-304. La date du 29 juillet 1313 est celle du mariage de Philippe avec Catherine de Valois ; mais il est probable que celui de Louis de Bourgogne avec Mahaut eut lieu en même temps. (4) Cf. L. de la conq ., éd. Longnon, p. 403.
190 RECHERCHES HISTORIQUES devenu prince font comprendre qu’il ne pouvait être question pour lui de gouverner librement il restait dans l’étroite dépendance de Philippe de Tarente et avait dû promettre son aide à son suzerain dont l’ambition était de reconquérir Constantinople et qui se souciait fort peu des intérêts ou des besoins immédiats de la principauté de Morée. A ces conditions générales s’ajoutent, pour ruiner les espoirs qu’on pouvait nourrir en 1313, deux circonstances malheureuses, la tentative faite par la tante de Mahaut, Marguerite d’Akova, pour prendre la Morée et la mort prématurée de Louis de Bourgogne. Le nouveau prince prépara avec soin son départ. Il se rendit en Bourgogne pour rassembler lui-même des troupes. Mais alors qu’il eût été utile de partir le plus rapidement possible et de prendre possession de la Morée qui restait livrée à elle-même, il fut retardé par une maladie ; puis, au début de 1315, son frère, Hugues V duc de Bourgogne, mourut. La princesse Mahaut partit seule avec une troupe de chevaliers (1). Louis ne quitta la Bourgogne que le 23 novembre 1315 ; le 30, à Venise, il rédigea son testament que signèrent comme témoins Milo de Noyers, Jean de Charny, Eudes et Hugues de Rans, Étienne de Chantenay, Pierre de Thoraise, Ithier de la Broce, Hugues Pioche, seigneur de Montlahin et maréchal de Morée ; ces noms méritent d’être relevés, car ce sont ceux de seigneurs qui devaient sans doute l’accompagner en Morée (2). Mais Louis attendit encore ; en janvier 1316, il obtint du roi Robert de Naples, des renforts en hommes et en chevaux, des navires et du blé. C’est seulement au printemps qu’il s’embarqua pour le Péloponèse où il arriva enfin en avril 1316 (3). : Tentative de Ferrand de Majorque. — Tandis que le pape Clément V s’efforçait d’écarter la menace que constituait toujours la compagnie catalane établie à Athènes (4), la Morée se trouvait alors déchirée par la guerre sur l’initiative de Marguerite d’Akova. Celle-ci, à la mort de sa sœur Isabelle, avait réclamé la principauté, ou du moins un cinquième, au roi Robert qui avait rejeté sa demande, avec raison, semble-t-il, les droits qu’elle pouvait invoquer ne reposant, à notre connaissance, sur aucun fondement solide (5). Elle ne se tint pas pour battue et se mit en devoir de chercher quelqu’un qui pût l’aider à faire aboutir ses revendications. La fille qu’elle avait de son premier mariage, Isabelle de Sabran, avait alors seize ans et passait pour fort belle ; sa mère décida de la marier et négocia son mariage avec l’infant Ferrand de Majorque, qui se trouvait être frère de la reine de Naples, Sanchie de Majorque (6). Par le contrat de mariage signé en février 1314 à Messine, Marguerite (1) En octobre 1315, Venise lui accorda l’exemption des droits de douane pour tout ce qu’elle transportait avec elle, cf. Hopf, I, p. 398 A. D’après le L. de los fech., §§ 583-584, la princesse emmena mille chevaliers bourguignons avec elle, et s’embarqua à Marseille. (2) Cf. U. Plancher, Histoire de Bourgogne , II, Preuves , pp. 155 B-157 B, 158 B-160 B, nos 216, 217, 220, 221 ; — E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, VII, pp. 40-41 ; — Buchon, Rech.et mat., I, pp. 249-251 ; — Hopf, I, p. 398 A ; — Longnon, L'empire latin, p. 304. (3) Hopf, ibid. (4) Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 82-85, 90-91, n°3 66-68, 72-73. Cf. K. M. Setton, Catalan domination, pp. 23-26. (5) L. de los fech., § 555. Muntaner, Chronique, chap. 262, éd. Lanz, p. 469, déclare ses droits fondés sur le testament de son père, mais ce que nous en savons par ailleurs ne le confirme pas. Cf. Du Cange, éd. Buchon, II, p. 376 ; — Longnon, L'empire latin , pp. 304-305. (6) Celle-ci, femme du roi Robert, aurait favorisé le mariage, d’après le L. de los fech., §§ 556-557; cf. Muntaner, chap. 263, éd. Lanz, p. 472.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 191 Ferrand la baronnie d’Akova et toutes les terres qu’elle possédait ou sur lesquelles elle prétendait avoir des droits, en particulier la principauté ou du moins un cinquième, Kalamata et une partie de la province de Clarence, et des créances diverses sur les héritiers de sa tante Isabelle et sur le comte de Céphalonie. Les jeunes époux se rendirent à Catane avec elle (1). En juin 1314, elle passa en Morée. Là, un des personnages qui avait joué un rôle de premier plan au cours des vingt dernières années et auprès de qui Marguerite d’Akova avait déjà trouvé aide et appui, venait de disparaître : c’était Nicolas III de Saint-Omer, maréchal de la principauté qui, malgré la perte de la moitié de Thèbes en 1311, restait très puissant (2). Les plus hauts barons étaient désormais le comte de Céphalonie, Jean, beau-fils de Marguerite, contre qui celle-ci revendiquait toujours sa part de l’héritage du comte Richard (3), le puissant archevêque de Patras (4), et Nicolas le Maure, seigneur de Saint-Sauveur, qui, d’après la chronique aragonaise, exerçait les fonctions de bail (5). Quand Marguerite arriva en Morée, à Port-de-Jonc, le bail vint l’accueillir ; mais, en considération de ses liens avec les Aragonais de Sicile et sur l’ordre peut-être du roi Robert, il la conduisit en Élide et la retint prisonnière au château de Clermont tous ses biens furent confisqués, en particulier la baronnie d’Akova. Elle-même ne devait pas survivre longtemps : elle mourut à Clermont en mars 1315 (6). Son gendre avait préparé une expédition dès 1314 avec l’aide du roi Frédéric de Sicile (7) : la Morée semblait appelée à devenir le champ de bataille pour une nouvelle phase de la rivalité entre Aragonais et Angevins. Ferrand ne s’embarqua cependant que vers la fin de juin 1315, retardé par la naissance d’un fils, Jacques, suivie de peu par la mort de sa femme en mai (8). Il tenta de débarquer à Clarence. Après un échec sur cédait à : (1) Le contrat de mariage publié par L. d’Achery, Spicilegium, III, pp. 704-705, a été reproduit par Buchon, Chron. étr., p. 508 (et suiv.), . 1, Rech. et mat., I, p. 265 (et suiv.), n. 2, et Recherches, I, p. 430, n. 2, enfin par Rubio i Lluch, Diplomaiari, pp. 85-87, n° 69. Cf. L. de los fech., §§ 556-557 ; — Muntaner, chap. 263, éd. Lanz, pp. 472-473 ; — Hopf, I, pp. 398 B-399 A ; — Miller, The Latins, pp. 253-254 ; — A. Rubio i Lluch, Conlribuciô a la biografta de l'infant Ferrân de Mallorca , Est. Un. Cat., VU, 1913, p. 64; — Longnon, L'empire latin p. 305. (2) L. de la conq., éd. Longnon, p. 403 : il mourut le 30 janvier 1314, sans enfant, laissant un tiers de ses possessions à sa femme Guglielma de Céphalonie. Cf. Hopf, I, p. 398 B. (3) Cf. supra , p. 177. La créance de 20.000 hyperpères sur le comte de Céphalonie figure dans le contrat de mariage d’Isabelle de Sabran. (4) L’archevêque de Patras est certainement, dès ce moment, un très puissant personnage dans la prin¬ cipauté : Hopf, I, p. 398 B, et Hertzberg, Geschichte Griechenlands, II, p. 282, ont supposé que, dès cette époque, il se considère comme indépendant ; Gerland, Neue Quellen, p. 22, admet cette hypothèse, qui repose seulement sur des impressions. (5) L. de los fech., § 559. (6) L. de los fech., § 559 ; — Muntaner, chap. 243-244, éd. Lanz, pp. 473-474, fait mourir Isabelle à Akova, ce qui est peu probable. Les faits sont exposés également dans le rapport de l’enquête faite sur la mort de Ferrand : Declaratio summaria super facto de morte domini inf antis Ferrandi de Majorica, dans Du Cange, éd. Buchon, II, pp. 383-392, reproduit par Buchon, Recherches, I, pp. 442-450. (7) Celui-ci intervint en particulier auprès de Venise pour obtenir son appui en faveur de Ferrand, cf. Rubio i Lluch, Diplomaiari, pp. 92-93, n° 75. (8) Muntaner, chap. 264-266, éd. Lanz, pp. 473-476 ; — Rubio i Lluch, Conlribuciô, pp. 69-70, et documents nos 32-33. Isabelle avait, avant de mourir, fait un testament par lequel elle léguait ses biens et ses droits à son fils et, en cas de mort de celui-ci avant son père, à Ferrand, daté de Catane, 12 mai 1315, et reproduit en dernier lieu par A. Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 93-97, n° 76. L’enfant, qui est donc par sa mère un descendant des Villehardouin, fut porté à Perpignan auprès de sa grand’mère, Esclarmonde, , 14
192 RECHERCHES HISTORIQUES la ville défendue par Nicolas le Maure qui avait réuni les troupes de la principauté et était entouré du comte Nicolas de Céphalonie, de Nicolas de Dramelay, baron de Chalandritsa, et du seigneur de Nivelet, il réussit l’opération sur le rivage à deux milles de Clarence. L’armée moréote se retira vers Clermont et Ferrand entra dans la ville en poursuivant les chevaliers qui avaient voulu s’opposer à son débarquement ; il fit reconnaître ses titres par les bourgeois qui l’acceptèrent pour seigneur et lui prêtèrent hommage. Certains seigneurs se rallièrent à lui, comme le comte de Céphalonie, les seigneurs de Nivelet et de Dramelay il occupa sans difficulté toute la plaine de l’Élide, prit Clermont et puis, vers le sud, Beauvoir, tandis que Nicolas Le Maure se retirait en Messénie (1). L’infant s’installa à Clarence il put se considérer comme le maître pendant quelques mois. Mais, dès la fin de 1315, la princesse Mahaut débarqua à Port-de-Jonc. Le bail et les barons la reconnurent aussitôt comme leur dame, à l’exception du seigneur de Nivelet qui resta seul fidèle à Ferrand (2). L’infant avait tenté de prendre Patras ; mais la ville, défendue par l’archevêque, résista et Ferrand dut se borner à occuper le pays tout autour et à prendre Chalan¬ dritsa, dont le baron l’avait abandonné pour embrasser le parti de Mahaut. Celle-ci, avec l’armée composée des contingents de Morée et des chevaliers bourguignons qu’elle avait amenés, se porta vers le nord. Les deux troupes se rencontrèrent à Picotin près de Palaiopolis, le 22 février 1316 l’armée de Mahaut fut complètement battue et subit de lourdes pertes, tandis que l’archevêque de Patras avec ses gens et ceux de Vostitsa échouaient dans leur tentative pour reprendre Chalandritsa les survivants se retirèrent en désordre vers la Messénie (3). Cependant Louis de Bourgogne, averti de cet échec par la princesse Mahaut, débarqua enfin en Morée en avril 1316, à Patras, accompagné de 1.500 hommes d’armes (4). Dans les deux camps, on se préoccupait de chercher des alliés : Ferrand avait demandé des renforts en Sicile et fait appel aux Catalans d’Athènes. Après délibération du conseil des barons, le prince décida de s’adresser aux Grecs de Mistra, qui lui envoyèrent 2.000 hommes (5). Il prit alors l’offensive contre Ferrand qui, après quelques hésitations, se décida à accepter la bataille, le 5 juillet 1316, près du ; ; : ; Muntaner, chap. 248-249, éd. Lanz, pp. 479-484. Cf. Hopf, I, p. 399 ; — Miller, The Latins, p. 254 ; — Rubio i Coniribuciô, p. 70 ; — Longnon, L'empire latin, p. 306. (1) Muntaner, chap. 267, éd. Lanz, pp. 478-479, — L. de los fech., §§560-568, — L.delaconq.,èd. Longnon, p. 403, — Declaratio summaria, Du Cange, II, pp. 384, 388. L’infant annonce ses succès à Jacques II d’Aragon par une lettre du 17 août 1315, Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 97-98, n° 77. Cf. Hopf, I, p. 400 A ; — Rubio i Lluch, Contribuciô, p. 74, Longnon, L'empire latin, pp. 306-307. (2) L. de los fechos, §§ 584-586, — Declaratio summaria, Du Cange, II, p. 385. (3) L. de los fech., §§ 587-598, — Declaratio summaria, Du Cange, II, p. 385. (4) L. de la conq., éd. Longnon, p. 403 ; l’indication est plus sûre que celle du L. de los fech., § 600, qui le fait débarquer à Beauvoir qui était toujours entre les mains de Ferrand très probablement. Hopf, I, p. 400 B, admet que la princesse arriva en même temps que Louis : il n’y a pas de raison pour ne pas suivre sur ce point le récit de la chronique aragonaise. (5) L. de los fech., §§ 602, 603, 608-609 ; — Muntaner, chap. 270, éd. Lanz, p. 484. La chronique arago¬ naise raconte d’abord quelques opérations militaires autour de Chalandritsa, §§ 604-607, qui n’ont pas d’intérêt, étant restées sans résultat. Une lettre de Nicolas d’Oria au roi d’Aragon Jacques II, datée du 5 mai 1316, signale que Ferrand avait été dans la première bataille vainqueur de l’armée du comte de Céphalonie, composée de 700 chevaliers et de 5 000 hommes de nationalité grecque, cf. Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 99-100, n° 80, et Contribuciô, p. 84. Lluch,
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 193 village de Manolada ; la supériorité numérique de l'armée du prince lui assura la victoire ; l’infant fut tué avec un grand nombre des siens (1). Les restes de son armée se retirèrent à Clarence, où arrivèrent peu après les renforts envoyés de Sicile. Cependant leur nouveau chef, André Guitier, fit accepter l’idée de traiter avec le prince, de lui rendre tous les châteaux et la ville de Clarence. En effet, Beauvoir, Stamira, Clermont furent livrés et dans le cours de l’été, malgré l’arrivée d’un second contingent de renforts, les Aragonais se retirèrent de Clarence emportant le corps de Ferrand (2). D’autre part, des Catalans venant de Grèce centrale avaient débarqué à Vostitsa, la veille de la bataille aussitôt qu’ils en connurent le résultat, ils se rembarquèrent (3). La principauté sortait indemne de ce conflit ; mais il avait été assez grave pour contribuer à ébranler la domination latine, et la tentative manquée laissait de nouveaux prétendants en la personne du roi de Sicile qui avait été reconnu par Ferrand comme son suzerain, et dont les revendications pouvaient devenir redoutables dans la mesure où elles seraient soutenues par ses vassaux de Grèce, les Catalans. Elle avait de plus donné l’occasion aux Grecs de Mistra d’intervenir et de voir combien les compétitions entre Latins rendaient fragile l’existence de la principauté. Aussitôt après la victoire, le prince fit exécuter le seul baron resté fidèle jusqu’au bout à Ferrand, le dernier représentant de la famille des Nivelet, et confisqua les biens de Nicolas de Dramelay, baron de Chalandritsa qui, s’étant joint d’abord à l’infant, s’était ensuite rallié à la princesse Mahaut, et qui disparaît alors (4). Il distribua des terres à certains de ses compagnons notamment à Dreux de Charny, frère de Geoffroy, qui reçut les ; ; terres de Nivelet et la main de la fille du seigneur de Vostitsa, et aux frères Othon et Aimon de Rans entre qui fut partagée la baronnie de Chalandritsa (5). Mort de Louis de Bourgogne et départ de la princesse Mahaut. — Mais l’événement le plus regrettable pour la Morée fut la disparition presque immédiate du jeune prince ; Louis de Bourgogne mourut en effet le 2 août 1316, à peine âgé de dix-huit ans, avant même que les Aragonais n’eussent quitté Clarence, laissant seule à la tête de la principauté Mahaut, veuve pour la seconde fois à vingt-trois ans (6). (1) L. de los fech., §§ 610-620, — L. de la conq., p. 403 ; — Muntaner, chap. 270, éd. Lanz, pp. 484-485, — Declaratio summaria, Du Gange, II, pp. 385-388 ; — Rubio i Lluch, Diplomatari, p. 105, n° 85, cf. p. 125, n° 103. Cf. Hopf, I, pp. 400 B-401 A ; — Miller, The Latins, pp. 254-255 ; — Rubio i Lluch, Contribuciô, pp. 87-93 ; — Longnon, L'empire latin , pp. 307-308. (2) L. de los fech., §§ 621-622, — Declaratio summaria, Du Cange, II, pp. 388-392 : il y eut une opposition vive entre le parti d’André Guitier et ceux qui voulaient poursuivre la lutte. Cf. Hopf, I, p. 401. (3) L. de los fech., § 623. (4) Nicolas de Dramelay ne dut pas être exécuté, puisqu’il s’était rallié à Mahaut, mais il dut mourir vers cette époque et ses biens furent alors confisqués à cause de sa trahison. (5) L. de los fech., §§ 624-625. Les Assises de Romanie, § 18, éd. Recoura, p. 169, signalent le partage de Chalandritsa, mais attribuent l’une des parts à Marguerite de Céphalonie ; cette indication est en contra¬ diction avec le texte du Libro de los f echos, et obscure, car nous ne savons pas qui est cette dame ce ne peut être Marguerite, belle-mère de Ferrand, puisqu’elle était morte en 1315. Les noms de Charni et de Rans figurent parmi ceux des témoins du testament de Louis de Bourgogne, mais les noms de baptême ne sont pas les « » : mêmes. (6) L. de la conq., éd. Longnon, p. 403, — L. de los fech., § 625. On a supposé qu’il avait été empoisonné par le comte de Céphalonie, Jean, qui était le personnage le plus en vue dans la principauté, et avait hérité du caractère violent de son père Richard, caractère que l’on retrouve aussi chez son fils Nicolas ; mais, à cette opinion, on peut opposer que Louis était probablement de santé fragile il avait été malade déjà avant son :
194 RECHERCHES HISTORIQUES Dans un pays qui sortait d’une crise grave et était exposé à des convoitises nombreuses, la situation de cette jeune princesse était difficile. Contre les attaques des Catalans, dirigées surtout contre l’Eubée, vassale de la principauté, Mahaut fit appel à Venise qui avait elle-même à défendre ses intérêts, mais dont l’aide risquait d’aboutir à l’occupation complète de l’île par la Commune (1). Les prétentions des Aragonais de Sicile ne semblaient pas immédiatement dangereuses, non plus que celles d’Eudes IV de Bourgogne qui devenait héritier de la principauté aux termes du testament de Louis, puisque celui-ci n’avait pas eu d’enfant, mais à condition d’en laisser l’usufruit à Mahaut sa vie durant. Le danger pouvait devenir d’un moment à l’autre plus pressant de la part des Grecs de Mistra. C’est alors que disparut Cantacuzène gouverneur depuis 1308 (2) il fut remplacé par Andronic Asên qui était fils du roi de Bulgarie et, par sa mère Irène, petit-fils de Michel Paléo logue : la famille détrônée de Bulgarie était venue se fixer dans l’empire byzantin et Andronic devait y jouer un rôle important grâce à son caractère rusé et dépourvu de scrupules (3). C’est l’intervention des Angevins mêmes dans les affaires de la principauté qui eut des conséquences fâcheuses. Au lendemain de la mort de Louis de Bourgogne, le roi Robert reprit le projet de 1311, d’échanger ses possessions de Romanie, Albanie et Morée, contre la Sicile les négociations engagées avec le roi Frédéric n’aboutirent cependant pas (4). Dès lors Robert se montra décidé à garder à tout prix la Morée il fallait pour cela continuer à en contrôler l’administration, surtout ne pas permettre qu’un mariage de Mahaut risquât d’y installer un nouveau prince. Un prétexte était facile à invoquer : une jeune femme comme la princesse n’était pas en état de diriger n’avait-elle pas été obligée, le 18 mars (1317), de faire la défense de la principauté appel au doge Jean Soranzo et de lui demander son aide pour chasser les Catalans d’Eubée (5) ? Le 9 mai 1317, le roi Robert nomma Eustache Pagano de Nocera recteur ; ; : ; départ de Bourgogne ; et, d’autre part, Jean de Céphalonie ne fit rien pour tirer profit de la mort du prince ; il mourut lui-même en 1317 et son fils Nicolas tourna ses entreprises vers l’Épire. Cf. Hopf, , p. 402 A ; — Miller, The Latins , pp. 256-257. (1) Cf. infra , n. 5; sur le rôle de Venise Romanie vénitienne , p. 159. à cette date, v. Setton, Catalan domination , p. 30 ; — Thiriet, Cantacuzène, Hist., I, 17, CSHB, I, p. 85. Zakythènos, Le despotat grec , I, p. 70, accepte, I, p. 404 A, qu’il fut tué au cours d’une bataille contre les Francs. Jean Cantacuzène, Hist., IV, 40, CSHB, III, pp. 293-294. Cf. Hopf, I, p. 404 B ; — Zakythènos, (2) Jean sans preuve, l’hypothèse de Hopf, (3) op. cit., pp. 70-71. relatifs à ces négociations ont été publiés par H. Finke, Acta Aragonensia, II, p. 718, — Thalloczy, Acta et diplomata res Albaniae mediae aeiaiis illustrantia, n° 629 ; — Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 119-121, n° 99. Cf. G. Zurita, Anales de la Corona d'Aragon, Saragosse 1610, VI, pp. 21-22 ; — Haberdeken, Der Kampf um Sizilien, p. 185, n. 12 ; —- R. Caggese, Roberto d'Angio e i suoi tempi, II, p. 175. La date exacte de ces négociations n’est pas connue : il est peu vraisemblable que ce soit avant la mort de Ferrand comme le croit Haberdeken ; nous considérons comme plus probable qu’elles se situent entre la mort du prince Louis et les premières démarches faites pour préparer le mariage de Mahaut avec Jean de Gravina, donc entre août 1316 et mai 1317, mais elles se prolongèrent jusqu’en juillet 1318, cf. Diplomatari, pp. 165-166, n° 134. (5) La lettre publiée par L. de Mas-Latrie, Mélanges historiques, III, pp. 32-34, n° iv, et par Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 105-106, n° 86, ne porte pas l’année, mais est attribuée généralement à 1317. Cf. Hopf, I, p. 413 ; — Setton, Catalan domination, p. 30. (4) Les documents n° 449 ;
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 195 et capitaine d’Achaïe, pour prendre en mains la défense de la principauté (1). Quelques jours plus tard, le 26 mai, le roi envoya deux émissaires, son conseiller Ponce de Canaviglia et son maître huissier, Béranger Spinola, pour essayer d’obtenir la réali¬ sation du projet qui avait dû être déjà soumis à la princesse par Eustache Pagano un mariage qui unirait Mahaut et le jeune frère de Robert, Jean, comte de Gravina. Malgré la répugnance de la princesse pour cette proposition, elle fut emmenée en Italie ; le 8 juillet 1317, le roi Robert fit savoir à Philippe de Tarente que la principauté dépendait désormais de Jean, du fait de sa femme. Mahaut protesta auprès du pape Jean XXII ; mais, dans sa réponse du 26 octobre 1317, celui-ci lui conseilla d’accepter cette union et accorda un peu plus tard la dispense nécessaire pour le mariage (2). Enfin Mahaut dut accepter de signer, le 13 juin 1318, une convention par laquelle elle remettait la principauté au roi Robert qui devait la gouverner et la faire administrer ; elle ne gardait pour elle-même que la châtellenie de Kalamata qu’elle ne pourrait aliéner sans le consentement du roi ; elle avait aussi le droit de nommer un trésorier pour la perception des revenus de la principauté sur lesquels devaient être pris les frais de l’administration et de la défense. Si le mariage entre Mahaut et Jean de Gravina était consommé, la principauté leur serait restituée ; s’il était annulé par l’Église, elle resterait à titre viager à Mahaut ; mais le roi se réservait le droit de l’acquérir par échange contre d’autres terres ou de l’argent, de même que Kalamata. Le 2 juillet, le roi Robert fit connaître aux barons de Morée le mariage et les clauses de cette convention, et nomma comme son vicaire dans la principauté, Frédéric de Troys, un de ses conseillers (3). : La principauté en 1318. — En définitive, les événements des années 1305-1318 n’avaient pas modifié la situation des Francs en Morée, en apparence du moins. La principauté n’avait pas été la proie des routiers catalans, comme on avait pu le craindre en 1311 ; la tentative de Ferrand de Majorque ne l’avait pas démembrée. Mais elle avait été cependant profondément ébranlée. De plus la lente évolution dont nous avons suivi les étapes et qui transformait sans cesse la société latine établie en Morée se poursuit. Le dernier représentant des Saint-Omer, Nicolas III, est mort sans enfant en 1314. Les anciennes familles des barons de Nivelet et des Dramelay ont disparu à leur tour en 1316. Renaud de la Roche, baron de Véligourt et seigneur de Damala, a été tué à la bataille du Copaïs, ne laissant qu’une fille, Jacqueline, qui, par son mariage avec Martino Zaccaria, fera passer son héritage à une famille génoise. Le nouveau seigneur d’Argos et de Nauplie, Gautier II de Brienne, à la différence de son père et de ses prédécesseurs qui avaient toujours résidé à Athènes, abandonne (1) G. année Minieri-Riccio, furent envoyés Genealogia di Carlo II, ASPN, VII, 1882, p. 254. Le 30 septembre de la même des troupes et des chevaux sous le commandement de l’amiral Conrad Spinola, ce qui montre une situation assez peu sûre, Minieri Riccio, ibid., pp. 259-260. (2) Buchon, Nouv. reck., I, p. 52, n. 2 ; — Minieri-Riccio, LL, pp. 257-259 ; — Mémoire touchant les droits du roi de Majorque, dans Du Cange, éd. Buchon, II, p. 375, — L. de los fech., §§ 626, 631-633, — L. de la conq ., éd. J. Longnon, p. 404. Cf. Hopf, I, p. 402 ; — R. Caggese, Roberto d'Angio, II, pp. 302-303, 309-311 ; — Longnon, L'empire latin , pp. 308-310. (3) Minieri-Riccio, LL, pp. 473-474 ; — Hopf, I, pp. 402 B, 404 A ; — Rennell Rodd, The princes of Achaia, II, pp. 150-152, 282-287 ; — Miller, The Latins, p. 257 ; — Longnon, L'empire latin, p. 310.
196 RECHERCHES HISTORIQUES la Grèce. Par contre de nombreux éléments nouveaux sont venus en Morée peut-être quelques compagnons de Ferrand de Majorque y sont-ils restés (1). Mais surtout Mahaut puis Louis de Bourgogne ont amené avec eux des Bourguignons (2). Les noms de quelques-uns nous sont connus ce sont par exemple les témoins du testament que Louis fit à Venise avant de s’embarquer, que nous avons déjà énumérés. D’autres textes nous confirment la présence en Morée de certains d’entre eux : en particulier le testament porte la signature de Jean de Charny, d’Eudes et de Hugues de Rans ; on voit un peu plus tard le prince Louis donner à Dreux de Gharny, frère de Geoffroy, la baronnie de Nivelet et la main de l’héritière de Vostitsa (3) ; les frères Othon (qui est peut-être le même personnage que Eudes) et Aimon de Rans reçurent la baronnie de Chalandritsa ; on ne peut, en l’absence de documents, reconstituer plus exactement ces familles. D’ailleurs ce qu’il faut noter, c’est que les Rans disparurent presque aussitôt, l’un mourut, l’autre vendit la baronnie à Martino Zaccaria (4) ; et la mort de Louis de Bourgogne suivie du départ de Mahaut dut avoir pour conséquence le retour en France de beaucoup de ceux qui les avaient accompagnés (5). Un autre aspect de l’évolution de la société de la Morée, déjà signalé, est confirmé pour cette période par la Chronique c’est la place grandissante qu’y tiennent les Grecs : l’infant Ferrand, voulant exprimer sa reconnaissance aux défenseurs de Chalandritsa qui lui étaient restés fidèles, convoqua les dix meilleurs d’entre eux, c’étaient « messire Jean Delfin, messire Roger de Maramont, Andenin Cortera, Guillemin Engreno, Perrin de Moren, Jean Janopolo, Ilarion de Vienne, Pandulfin de Brindisi, Raynaud Jalomati et Hamallera Vazilaqui » (6) : trois noms au moins sont sûrement grecs. Mais si la principauté semblait dans l’ensemble n’avoir pas trop profondément souffert pendant ces dernières années, le départ de la princesse Mahaut allait achever de créer des conditions toutes nouvelles dont les conséquences éclatent au lendemain : : : (1) C’est le cas de Bertrand Ganselmi qui épousa la veuve de Nivelet, Béatrice qui hérita de son frère Kastri en Argolide et des biens en Eubée, cf. Hopf, I, pp. 406 B, 409 A. (2) La princesse Mahaut était accompagnée de mille chevaliers bourguignons, Louis de Bourgogne de quinze cents, d’après le L. de los fech., §§ 583, 600. (3) Hopf, I, p. 406 B, qui ignore Dreux de Charny, signale d’après les Registres Angevins, que la baronnie de Nivelet aurait été occupée en 1321 par Henri de Prato, comme plus proche descendant du dernier baron. Nous n’avons pas d’autre information sur ce fait. Ce qui est sûr, c’est que désormais la baronnie de Vostitsa et celle de Nivelet avec le château de Fanari sont toujours citées ensemble, ce qui s’explique bien par la version du L. de los fech., §§ 624, 627, désignant Dreux de Charny comme baron de Nivelet et mari de l’héritière de V ostitsa ; ce qui ne signifie pas que la baronnie de Nivelet soit à côté de Vostitsa comme l’a cru Hopf, I, p. 409 A. Hopf appelle le dernier baron de Nivelet Jean IL Le L. de los fech., § 624, se sert de l’expression Richolichi de Niueleto: ce nom étrange de Richolichi ne peut être qu’une forme erronée, peut-être est-ce une erreur pour Nicholucho, qui serait une forme grécisée de Nicolas (cf. L. de la conq., éd. Longnon, p. 404 : « Nicolucho de Patras ») ; quant au nom de Nicolas, il peut s’expliquer parce que le dernier baron de Chalandritsa qui prit avec le baron de Nivelet un moment le parti de Ferrand de Majorque s’appelait Nicolas : il y aurait confusion entre les deux personnages. (4) L. de los fech., §§ 625, 627 ; — cf. Assises de Romanie, § 18, éd. Recoura, p. 169, avec les réserves que nous avons faites ci-dessus à propos de ce passage. Cette famille est originaire de Rans dans le département du Jura. (5) Ce fait est signalé par le (6) L. de los fech., § 590. L. de los fech., § 640.
LA PRINCIPAUTÉ SOUS L’AUTORITÉ DE LA MONARCHIE ANGEVINE 197 de sa retraite. Mahaut avait quitté la Morée en 1317 ; bien qu'elle n'en fût définiti¬ vement dépossédée qu'en 1322, elle ne devait plus y revenir, et l'accord de 1318 marque, peut-on dire, la fin du pouvoir effectif sur le pays de la dernière représentante de la famille des Villehardouin. Avec l'envoi de Frédéric de Troys comme vicaire, c’est le régime de l’administration par des gouverneurs étrangers qui s'établit ; c’est pourquoi, à nos yeux, la date de 1318 marque la fin d'une étape dans l’histoire de la Morée franque.

CHAPITRE V LA MORÉE FRANQUE DE 1318 A 1364 Si, officiellement, il convient de faire commencer le gouvernement de Jean de Gravina à la date de 1322, en fait on peut dire que la dernière période de l’histoire de la principauté a commencé un peu plus tôt, au moment où la princesse Mahaut quitte le Péloponèse, convoquée à Naples pour y épouser ce prince. Pendant quelques années, la Morée est à peu près livrée à elle-même ; des baux représentent le prince absent, mais ils connaissent mal le pays et ne disposent ni des moyens nécessaires ni de l’autorité que pourrait leur donner plus d’expérience. Engagés dans des marchan¬ dages dont le plus clair résultat fut d’éliminer la dernière des Villehardouin, les Angevins semblaient peu se soucier des événements qui se déroulaient dans leurs possessions, et des besoins de ces terres sur lesquelles ils s’efforçaient de maintenir leurs droits au prix de laborieuses combinaisons (1). Si les princes firent parfois quelque effort pour défendre la Morée ou y affermir leur domination, ils persévérèrent rarement dans cet effort et aucun d’eux n’y résida longtemps. En leur absence et devant l’inertie d’une administration lointaine, l’existence de la principauté est menacée autant par l’insubordination croissante de la noblesse franque que par les ennemis extérieurs de plus en plus nombreux et redoutables. L’anarchie ou les résistances locales au pouvoir du prince ne sont pas toujours l’effet d’un tempérament indépendant ou d’ambitions personnelles ; elles se justifient parfois par le besoin que ressentent les barons de trouver un suzerain plus actif et plus puissant, capable de les aider à (1) La politique orientale des Angevins à cette époque est très heureusement jugée par R. Caggese, Roberto d'Angiô , II, p. 306 : Il principe di Taranto , Giovanni d'Acaja o di Morea, UDuca d'Alene, e poi Caterina di Valois , vedova di Filippo di Tarento, e Niccolo Acciaiuoli non potevano essere che elemenii di un gioco affannoso e senza metodo , spesso trascuraii e dimenticaii e quindi costretti ad agire, essi stessi, senza un programma concreto e senzo concerto , sempre impreparati e impari ai fini immediati e lontani , mutevoli e capricciosi corne le circostanze che li delerminavano. Fu una polilica di presiigio e di occasionali speculazione, incerta e senza mezzi adeguali , soggetta solianto dalla necessità di non assentarsi da uno dei teatri più inquieti del mondo medievale.
200 RECHERCHES HISTORIQUES résister aux dangers multiples qui les entourent. Mais aucune intervention ne semble susceptible de modifier cette décadence, au cours de laquelle le territoire de la princi¬ pauté ne cesse de diminuer et de changer de mains, toujours convoité et disputé. La principauté d’Achaïe prolongea cependant pendant plus d’un siècle une existence de plus en plus compromise et jusqu’en 1383, les Angevins réussirent à y maintenir leur domination. Cependant nous détacherons les dernières années de cette domination où l’histoire de la Morée présente déjà les caractères qu’elle conserve jusqu’à la disparition de la principauté et nous étudierons seulement dans ce chapitre la période qui, de 1318 à 1363, correspond aux règnes de Jean de Gravina, de Catherine de Valois et de Robert de Tarente, de Philippe II de Tarente et de Marie de Bourbon. Jean de Gravina devient prince d’Achaïe. — Le roi Robert avait pris l’initiative d’imposer le mariage de Mahaut avec Jean de Gravina pour éviter tout risque de voir la principauté échapper aux Angevins. Il l’avait fait malgré l’opposition de la princesse et prétendait bien en garder le bénéfice dans ce conflit, ce fut Mahaut qui en définitive dut renoncer à la principauté. Le mariage imposé avait provoqué des protestations de la part de Venise, à qui la princesse avait fait appel, et surtout du duc de Bourgogne, héritier régulier de la principauté par le testament de Louis de Bourgogne. Les protestations de Venise n’eurent pas de résultats (1). Quant au duc de Bourgogne, ne pouvant lui-même faire valoir ses droits (2), il les céda pour 40.000 livres, le 14 avril 1321, à Louis, comte de Clermont et futur duc de Bourbon, qui avait pris la croix. Mais les Angevins étaient toujours soucieux d’écarter tout danger de compétition sur ce fief Philippe de Tarente intervint et, sans doute à l’occasion du mariage de son fils aîné Philippe avec la fille : : du comte de Clermont, il versa comme dot la somme de 40.000 livres (diminuée du montant d’une créance ancienne) à condition que la Morée restât à sa seconde femme, Catherine de Valois et à ses descendants (3). Cependant Jean de Gravina restait le prince effectif ; pour lui assurer de façon définitive la principauté, le roi Robert fit comparaître Mahaut devant le pape en Avignon. Jean XXII lui ordonnant de se soumettre, elle déclara ne pouvoir le faire parce qu’elle avait épousé secrètement le chevalier Hugues de la Palisse. Le roi Robert la déclara aussitôt déchue de tous ses droits pour avoir, comme sa mère Isabelle, contracté un mariage sans le consen¬ tement royal. Elle fut enfermée à Naples au château de l’Œuf ; elle devait mourir en 1331 au château d’Aversa sans avoir recouvré la liberté (4). (1) Hopf, I, pp. 402 B-403 A ; — Longnon, L'empire latin, pp. 310-311. (2) Le pape Jean XXII invita, le 15 septembre 1320, le roi de France à s’interposer entre le duc Eudes IV de Bourgogne et le roi Robert de Naples, L. de Mas-Latrie, Commerce et expéditions, p. 49 ; — J. Delaville le Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes, p. 79. Titres de la maison ducale de Bourbon, I, pp. 275 A, 277 B-278 B, nos 1589, (3) Huillard-Bréholles, 1604 ; — Du Gange, éd. Buchon, II, pp. 83-86. Le 7 octobre 1321, Philippe de Tarente réaffirme sa suzeraineté sur l’Achaïe. Cf. Hopf, I, p. 403 A ; — Longnon, L'empire latin, p. 312. (4) L. de la conq., éd. Longnon, p. 404. D’après G. Villani, de La Palisse, accusé d’avoir organisé un complot contre le roi IX, 171, dans RIS, XIII, col. 523, Hugues Robert, fut exécuté. Le comte Guillaume de Hainaut, son cousin, puis le roi de France, Charles le Bel, intervinrent vainement pour obtenir la libération de Mahaut qui fut transférée de Naples à Aversa en 1328. Elle ne laissa pas de testament, mais désigna comme son héritier le jeune infant Jacques de Majorque, d’après un mémoire rédigé plus tard par les barons de Morée, Du Gange, éd. Buchon, II, p. 376. Cf. Hopf, I, p. 403 B; — Miller, The Latins, pp. 257-258 ; — Longnon, L'empire latin, pp. 312-313.
LA MORÊE FRANQUE DE 1318 À 1364 201 Cette mesure brutale, qui dépossédait l'héritière légitime des Villehardouin, écartait définitivement tout danger de voir la principauté sortir de la famille des Angevins. Il restait à régler les rapports entre les deux frères, Philippe de Tarente et Jean de Gravina ; le roi Robert maintint la suzeraineté du premier sur la princi¬ pauté : Jean lui ferait hommage et lui verserait une somme de 10.000 onces d'or ; Philippe, de son côté, ferait hommage au roi. Ces deux cérémonies eurent lieu encore en Avignon, le 5 janvier 1322 (1). La Morée de 1318 à 1322 : revers. — La Morée avait été pendant ces années à peu près livrée à elle-même. En 1318, un vicaire avait été envoyé par le roi Robert pour l’administrer, c'était Frédéric de Troys (2) à qui Eustache Pagano remit la principauté. Au cours des trois ans de son administration, il eut à faire face à des difficultés de toutes sortes. Sans doute un des vassaux du prince avait réussi à agrandir les territoires qui dépendaient de lui Nicolas de Céphalonie s'était emparé du despotat d’Êpire, mais par des procédés dont le caractère violent ne semblait pas devoir être une garantie de stabilité pour ce nouvel état de choses il avait assassiné son oncle, le despote d'Épire, Thomas, cousin de Jean de Gravina, pris ses États, épousé sa femme et adopté la religion orthodoxe ; sur l'ordre du prince, il fit hommage au bail pour ces nouvelles possessions (3). D'un autre côté, au nord-est, les Catalans, sous le commandement d'Alphonse Frédéric, fils naturel du roi Frédéric II d’Aragon, étaient toujours très menaçants, non seulement pour l’Eubée où ils avaient pris pied, mais aussi pour l'Argolide. On peut juger de la gravité du danger qu'ils constituaient pour les possessions franques, aux nombreux appels lancés à Venise, qui était à peu près la seule puissance en mesure de leur résister. Comme l’avait déjà fait la princesse Mahaut en 1317 (4), dès mars 1318, le nouveau prince Jean de Gravina ainsi que le roi Robert et Philippe de Tarente lui demandent son aide pour chasser la Compagnie de l'Attique ; un autre appel lui est adressé au nom du jeune duc titulaire d’Athènes Gautier VI de Brienne, seigneur d’Argos et de Nauplie ; le pape Jean XXII intervient dans le même sens (5). Les Catalans paraissaient d’autant plus redoutables que la population de l'Argolide semblait, en l’absence de son seigneur légitime, le jeune Gautier, manquer de loyalisme à son égard et ne pas manifester pour les Catalans la répulsion qu’on en attendait : les documents laissent voir une certaine inquiétude que cette région n'acceptât la domination des nouveaux maîtres d'Athènes (6). : : Genea (1) Du Cange, éd. Buchon, II, p. 375 ; — L. de los fech., §§ 626, 635, 672; — C. Minieri-Riccio, logia di Carlo II, pp. 481-484. Sur les rapports entre le roi Robert et ses frères, cf. E. G. Léonard, La jeunesse de la reine Jeanne, I, pp. 106-107. (2) Il partit avec des troupes commandées par Roger de Mirapesce, Hopf, I, p. 404 A. (3) L. de los fech., § 628. Cf. Hopf, I, p. 404 A ; — Longnon, L'empire latin, p. 320. (4) Cf. supra, p. 194. (5) Les documents sont réunis et reproduits par Rubio i Lluch, Diplomaiari, pp. 108-114, 116-117, Romanie vénitienne, p. 161. nos 89-94, 97. Cf. Setton, Catalan domination, p. 32 ; — Thiriet, (6) A la demande de secours adressée par les procureurs de la duchesse d’Athènes, veuve du duc Gautier V (I), au nom de Gautier VI (II), à Venise en avril 1318, le doge répond que la République attend, avant d’intervenir, de nouvelles informations, ayant appris que les sujets de la duchesse à Argos et à Nauplie s’étaient alliés aux Catalans. Le 2 août 1319, le pape Jean XXII écrit à Gautier de Foucherolles, capitaine d’Argos, à son frère François, au clergé du diocèse d’Argos, pour les inviter à rester fidèles à la maison de Brienne et à résister aux Catalans, Rubio i Lluch, Diplomaiari, pp. 112-113, 134-135, n08 93, 110.
202 RECHERCHES HISTORIQUES Mais surtout les entreprises hardies du nouveau gouverneur byzantin de Mistra portèrent de rudes coups à la principauté : Andronic Asên, au cours des cinq années qu’il passa dans le Péloponèse, de 1316 à 1321 (1), se montra particulièrement actif et heureux dans ses attaques contre les Latins. La Chronique de Morée raconte qu’en 1320, Andronic Asên, profitant de l’absence du prince, vint attaquer le château de Saint-Georges. Le bail, à cette nouvelle, s’empressa de réunir l’armée de la principauté ; parmi les vassaux présents se trouvaient Jacques de Chypre, évêque d’Oléna, le grand connétable Barthélemy Ghisi, les commandeurs de l’ordre de Saint Jean et des chevaliers teutoniques. Andronic, averti de l’approche des Francs, poussa le siège de Saint-Georges qui se rendit le 9 septembre ; mais il fit garnir les murs des bannières du prince afin de tromper le bail. Celui-ci s’avança croyant la place encore tenue par le châtelain, tandis que les Grecs restés au dehors simulaient une fuite ; mais brusquement il se trouva attaqué des deux côtés à la fois par les Grecs installés dans le château et par ceux du dehors : surpris au moment où ils croyaient les Grecs déjà repoussés, les Francs subirent de lourdes pertes et durent se retirer abandonnant de nombreux morts, dont le commandeur des chevaliers teutoniques, et des prisonniers parmi lesquels le connétable Barthélemy Ghisi ; ceux-ci furent même emmenés à Constantinople, à l’exception de l’évêque d’Oléna qui fut renvoyé immédiatement (2). Saint-Georges ainsi occupé, les Grecs exploitèrent leur succès et obtinrent, en achetant les châtelains, la reddition des forteresses de Karytaina, de Mategrifïon ou Akova, et même plus loin vers le nord, de Polyphengos dans l’automne 1320-1321 (3). ou au début de l’hiver Démarches des seigneurs de Morée auprès de Venise. — La Morée franque se voyait enlever toute une série de forteresses qui, depuis près de cinquante ans, formaient le vrai rempart contre les entreprises grecques. Ces pertes ne purent manquer de susciter de vives inquiétudes parmi ses habitants. Les seigneurs moréotes se rendaient compte que leurs maîtres légitimes, les Angevins, ne manifestaient pour la principauté qu’un intérêt intermittent et semblaient plus soucieux de garder des (1) Nicéphore et n. Grègoras, CSHB, I, pp. 362-363. Cf. Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 71 (et suiv.) 6. (2) La bataille eut lieu le 9 septembre 1320, L. de la conq., éd. Longnon, p. 404. (3) L. de la conq., éd. Longnon, pp. 404-405; — le L. de los fech., §§ 641-654, énumère les épisodes de cette campagne dans l’ordre suivant : prise d’Akova, occupation de la montagne de « Messogalnica », reddition de Karytaina et de Mategrifïon, enfin siège de Saint-Georges et défaite de l’armée franque. Le tableau chrono¬ logique qui accompagne le L. de la conq., p. 404, signale que Saint-Georges avait été pris par Nicolucho de Patras, le 3 février 1319, et c’est ce personnage qui aurait livré le château à Andronic Asên ; l’occupation des autres forteresses aurait été la conséquence de ce premier succès. La date de 1320-1321 pour la chute des forteresses est confirmée par la Chronique brève, n° 19, ann. 6829, éd. Lampros-Amantos, p. 36, qui cite Akova, Karytaina et Saint-Georges à l’exclusion de Polyphengos qui resta probablement aux Francs ou leur revint peu après, nous le verrons, cf. R. Loenertz, EB, 1, 1943, p. 154, qui ne rapproche pas l’indication de la Chronique brève du résumé du L. de la conquête; les deux textes sont négligés par Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 72, qui compte ces faits au nombre des « premiers succès » du gouvernement d’Andronic Asên. La chrono¬ logie du L. de la conquête nous paraît plus cohérente que celle du L. de los fechos. E. Gerland, Neue Quellen , p. 104, n. 3, se demande s’il faut considérer la trahison de Nicolucho comme la preuve d’un mécontentement général de la population grecque de Patras, mais il a la prudence de ne pas répondre à une question que nous ne pouvons pas résoudre. Cf. Hopf, I, p. 405 B ; — Miller, The Latins, pp. 258-259 ; — Longnon, V empire latin, p. 311.
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 203 titres que de prendre les mesures indispensables et efficaces en faveur de la défense de ces territoires. C’est ce qui explique la naissance d’un courant d’opinion en faveur d’un changement radical de politique ; un parti se forma qui estimait que le salut ne pouvait être trouvé que dans un rapprochement avec une puissance capable d’initiative et disposée à intervenir efficacement (1) ; un groupe de grands personnages, Jean de Vaux, précepteur de l’ordre de l’Hôpital en Romanie, bail et capitaine général de la principauté en remplacement de Frédéric de Troys, Jacques, évêque d’Oléna, et le chancelier Benjamin de Kalamata, que sa nouvelle qualité de citoyen de Venise — il en avait reçu le titre en décembre 1320 — semble désigner comme le principal chef, adressèrent, le 11 juin 1321, au doge une lettre pour lui offrir la principauté. Un Vénitien, ministre des Franciscains en Grèce, Pierre Gradenigo, envoya en même temps une autre lettre exposant en détail la situation, la nécessité où la Morée était d’une protection efficace, et comment il conviendrait d’agir auprès du pape et du roi Robert pour rendre possible le transfert de la principauté à Venise : les barons moréotes offraient de livrer en garantie des otages et la forteresse de Port-de-Jonc (2). L’archevêque de Patras, qui était depuis le 3 janvier 1317 Guillaume Frangipani, semble avoir fait lui-même et pour son propre compte une démarche analogue (3). Venise ne semble pas avoir accueilli avec beaucoup d’empressement ces propo¬ sitions : il n’en résulta en tout cas aucun accord définitif. Mais ces démarches sont noter, car elles sont symptomatiques de l’état d’esprit qui régnait parmi les barons. On voit à la même époque de nombreux éléments latins ou nés de mariages mixtes abandonner l’Église catholique pour passer à l’Église grecque c’est du moins ce que laisse supposer la lettre du pape Jean XXII datée du 1er octobre 1322 et adressée au patriarche de Constantinople et à l’archevêque de Patras pour les inviter à réagir vigoureusement contre ce courant (4). Heureusement la province grecque n’avait pas à sa tête, dans ce temps, un homme capable de mettre à profit le désarroi où se trouvait la noblesse franque. En effet le grand domestique Jean Cantacuzène, nommé en 1321 gouverneur de la Morée byzantine, avait refusé de se rendre à Mistra, ne voulant pas quitter la capitale pour ce poste important sans doute, mais trop éloigné de la cour à son gré (5). Entre juin 1321 et octobre 1322, un nouveau bail, Ligorio Guindazzo était venu à : (1) On une entente peut rapprocher avec les Catalans ce mouvement des d’Athènes. tendances, signalées ci-dessus p. 201, de l’Argolide à accepter (2) Predelli, Commemoriali , I, p. 234 ; — L. de Mas-Latrie, Commerce et expéditions militaires , pp. 54 57, nos xii-xiii ; — Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 144-146, n03 117-118. Cf. Hopf, I, pp. 406 B-407 A; — Longnon, L'empire latin, p. 312. (3) Hopf, I, p. 407 A ; — Gerland, N eue Quellen, pp. 22-23 : Guillaume Frangipani obtint l’autorisation d’importer des armes de Venise. (4) Raynaldi, Ann. eccl., ad ann. 1322, n° 48, V, pp. 200-201. Cf. Hopf, I, p. 406 B. (5) Jean Cantacuzène, Hist., I, 16, 17, CSMB, I, pp. 77, 85-86 ; il n’a pas relaté jusqu’à quelle date il a gardé le titre de gouverneur du Péloponèse grec. Hopf, I, p. 406 A, suppose qu’il a dû cependant y venir pour un certain temps, et explique par là sa connaissance de la situation de la province, de ses besoins, de son importance, et la décision qu’il prit plus tard de créer un despotat de Morée ; c’est une pure hypothèse. Mais on peut se demander si, après les succès d’Andronic Asên, la nomination de Jean Cantacuzène n a pas fait craindre une nouvelle attaque importante contre la principauté, ce qui expliquerait la démarche des barons auprès de Venise : une lettre du roi Robert, de juillet 1321, fait allusion aux préparatifs d’une attaque par terre et par mer à cette date, cf. Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 147-148, n° 119.
204 RECHERCHES HISTORIQUES administrer la principauté. Nous ne savons rien de son activité pendant son séjour qui dura à peine un an (1). Nous constatons seulement que, au moment où Mahaut était déclarée déchue de ses droits sur la Morée franque, celle-ci venait de subir un échec grave et de perdre une des régions les plus importantes pour sa défense où les Francs depuis l’époque de la conquête avaient toujours été solidement établis. Expédition de Jean de Gravina. — Cependant le roi Robert et Jean de Gravina avaient dû être informés de la démarche faite en juin 1321 par les barons auprès de Venise (2) inquiets de voir échapper cette principauté qu’ils s’employaient à enlever définitivement à Mahaut, ils songèrent à y assurer leur domination, que ne cessaient par ailleurs de menacer les Grecs et les Catalans dont une offensive simultanée était toujours possible. Les préparatifs pour une nouvelle expédition en Morée commen¬ cèrent réellement en 1322. Jean de Gravina devait aller recevoir personnellement l’hommage des barons et vassaux dont il était seul suzerain depuis le 5 janvier, et tenter de reprendre les provinces occupées par les Grecs. En mars 1322, il envoya en juin il fit connaître son intention de venir lui-même en des fonds importants Morée pour reprendre la lutte contre Grecs et Catalans. Son départ devait cependant ; ; tarder encore dix-huit mois. Aussi Perronet de Villamastray vint-il remplacer comme bail Guindazzo en novembre 1322. Au début de 1323, de nouveaux envois de blé furent faits. Son frère Philippe avait de son côté l’intention de passer en Épire où Jean II de Céphalonie, ayant assassiné son frère Nicolas, s’était rendu maître de son héritage et cherchait à se rendre indépendant. Au printemps, les deux frères s’enten¬ dirent en vue de ces expéditions et arrivèrent le 19 mai 1323 à un accord les frais seraient supportés à parts égales par Philippe et par Jean ; ils espéraient également obtenir l’aide de Gautier VI de Brienne, duc titulaire d’Athènes (3). Les préparatifs traînèrent cependant toute l’année et jusqu’en 1324, malgré la gravité de la situation (4) et malgré des démarches pressantes faites par les habitants de la Morée ; Guy de Céphalonie, frère de Jean II, le chanoine André d’Oléna Andravida, Théodore Mauri, représentant des bourgeois de Clarence, et Étienne, émissaire de Jean Misito, châtelain de Kalamata, restèrent à Naples assez longtemps en 1324 pour exprimer les doléances de la principauté (5). Jean de Gravina avait : (1) Hopf, I, p. 406 : Ligorio Guindazzo fut nommé bail le 18 juin 1321 et vint en Morée avec quelques hommes à cheval et deux cents hommes à pied ; en octobre 1322, il rendait les comptes de son administration au prince. (2) Le 21 juillet 1321, d’Avignon, le roi Robert, en sa qualité de haut souverain de la principauté, adresse une lettre à tous les feudataires de Morée pour les inviter à justifier leurs titres, puis à pourvoir à la défense du pays contre les Grecs et les Catalans ; on peut estimer que cette lettre a été déterminée par la nouvelle de l’offre faite un mois plus tôt à Venise ; elle est publiée par Rubio i Llugh, Diplomatari, pp. 147-148, n° 119. (3) Hopf, , p. 407 ; — R. Caggese, Roberto cTAngiô , II, pp. 311-313. Le pape Jean XXII recommande les intérêts de la maison de Brienne à Jean de Gravina, en novembre 1323, et plus tard au doge, cf. Jean XXII, Lettres secrètes , V, p. 200 ; — Du Cange, éd. Buchon, II, p. 194 ; — Rubio i Lluch, Diplomatari, p. 159, n° 128 et note. (4) Le 1er octobre 1322, Jean XXII invite le patriarche de Constantinople et l’archevêque de Patras à les Catalans d’enlever les habitants de la principauté d’Achaïe pour les vendre comme esclaves aux Turcs : Raynaldi, Ann. eccl. , ad ann. 1322, n° 49, V, p. 201 ; — Rubio i Lluch, Diplomatari , pp. 148-149, n° 120. C’est d’autre part en 1324 que sont signalées pour la première fois, les incursions des Turcs dans les îles de l’Archipel, cf. Hopf, I, pp. 417 B-422 B. (5) Hopf, I, p. 408 B. intervenir pour empêcher
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 205 envoyé comme bail en 1323 un chevalier français, Nicolas de Joinville (1) et expédié à la fin de l’année, puis en 1324, le ravitaillement nécessaire aux châteaux, en parti¬ culier à Corinthe. Les préparatifs se poursuivaient cependant. Le 14 juin 1324, un accord était conclu entre Philippe, Jean et le roi Robert sur la participation de chacun et sur l’aide à demander aux banquiers florentins, aux Bardi, aux Perruzzi et aux Acciaiuoli, dont le nom apparaît pour la première fois dans les affaires de Morée où ils allaient jouer bientôt un rôle considérable. Le 22, Philippe de Tarente invitait tous les feudataires, bourgeois et notables de Morée à se réunir autour du capitaine Simon de Sangro envoyé à Clarence ; le 6 juillet étaient nommés les capitaines des galères et des troupes prêtes à partir pour l’Achaïe ; le 10 enfin, Philippe donnait ordre aux nobles, aux prélats et au peuple de la principauté de prêter serment à Jean de Gravina, ou au bail Nicolas de Joinville, ou à Simon de Sangro (2). La lettre du 22 juin 1324 était adressée en particulier à un certain nombre de hauts personnages de Morée les archevêques Guillaume de Patras et Christophe de Corinthe, l’évêque Jacques d’Oléna, le vicaire et le chapitre de Modon et de Coron, Nicolas, précepteur de l’ordre teutonique de Mostenitsa, Jean de Vaux, commandeur de l’Hôpital en Achaïe, Jean Misito, capitaine de la châtellenie de Kalamata, et les vassaux Guy de Centenay, Hugues Raoul, Languerio de Lans, les vassaux de la châtellenie de Corinthe, Pierre dalle Carceri seigneur tercier d’Eubée, seigneur d’Oréos et de la Closure, qui tenait la moitié de la baronnie d’Arkadia et Chalandritsa, Étienne Le Maure seigneur de Saint-Sauveur, le connétable Barthélemy II Ghisi, le chancelier Benjamin, Martino Zaccaria, seigneur de Chio, de Damala et de Chalandritsa (3). Dans cette liste figure également Nicolas Sanudo, duc de Naxos, qui était effectivement auprès du prince de Morée dans l’hiver 1324-1325 (4). En janvier 1325 enfin, le prince d’Achaïe partit avec vingt-cinq galères, quatre cents hommes à cheval et mille fantassins. Il occupa au passage Céphalonie que Jean II, déclaré déchu, avait abandonné pour se réfugier à Arta, puis se rendit à Clarence. Il y reçut l’hommage des vassaux de la principauté, y compris Barthélemy Ghisi qui venait de rentrer de captivité et le puissant arche¬ vêque de Patras, Guillaume Frangipani, les barons d’Eubée et le duc de Naxos (5) vinrent se joindre à lui. Ayant réglé diverses questions au sujet de privilèges en faveur de marchands vénitiens à Clarence (6), Jean de Gravina tenta de reprendre Karytaina. Mais les châteaux grecs étaient bien pourvus et bien défendus ; le chef des Grecs de Mistra (7) pillait de son côté les territoires francs, si bien que le prince, renonçant à prendre la forteresse, se retira à l’approche de l’hiver et vint passer la mauvaise : ; (1) L. de los fech., § 669. (2) Hopf, I, p. 408 ; — R. Caggese, Roberto d'Angio , II, pp. 314-315. (3) Cette liste de destinataires, qui est précieuse pour la connaissance de la noblesse de Morée à cette date, a été tirée par Hopf, I, p. 408 B, des Registres angevins (1324 C), fol. 156-157. (4) Marino Sanudo, Ep., III, éd. Bongars, p. 293. (5) G. Villani, Hist, flor., IX, 281, RIS , XIII, col. 565-566 ; — L. de los fech., §§ 640, 655-658. Cf. Hopf, I, pp. 422 B-423 A ; — Miller, The Latins, p. 261 ; — R. Caggese, Roberto d'Angiô, II, p. 317 ; — Longnon, L'empire latin, pp. 320-321. (6) Hopf, I, p. 423 A. (7) Ce chef est appelé par le L. de los fech., § 660, Prothochinigo, c’est-à-dire Protokynègos : ce mot désigne une dignité de la cour impériale ; mais il est possible qu’il soit en usage comme nom de famille, cf. Zaky thènos, Le despotat grec, I, p. 74, n. 8, qui cite un exemple chez Cantacuzène, I, pp. 341-342.
206 RECHERCHES HISTORIQUES saison à Clarence. Rebuté par cet insuccès, il se rembarqua au printemps 1326, ramenant avec lui la plupart des chevaliers qui bavaient accompagné (1). Cette expédition sans lendemain se soldait essentiellement par de lourdes dettes envers les banquiers qui avaient avancé les fonds ; pour rembourser au moins en partie ces créances, le prince avait cédé des terres en Morée la compagnie des Acciaiuoli, qui avait assuré en mars 1325 l’envoi de quantités considérables de blé, reçut des terres dans la plaine de l’Élide, à Lichina et à Mandria. Jean de Gravina accorda d’autres terres à Speroni et à Mandria à Diego de Tholomei, de Sienne, d’autres encore à Riso della Marra (2), ou au maître des comptes de la cour de Naples, Nicolas de Boiano (3). Jean de Gravina semble désormais se désintéresser des affaires de la Morée que le roi Robert ne suit lui-même que de loin (4). La principauté est à nouveau livrée à l’administration de baux qui ne restaient généralement que deux ans en fonctions ce furent d’abord Pierre de Sus (1326-1327), Francesco della Monaca (1327-1329), puis l’archevêque de Patras, Guillaume Frangipani (1329-1331) à qui succéda Gérard d’Anguilara (1331-1332) (5). Nous savons peu de chose sur l’existence de la Morée à cette époque. Des lettres de Marino Sanudo à Venise révèlent en 1326 que l’Eubée, l’Archipel et la Morée subissent des incursions des Catalans et des Turcs, puis en 1329 que les Turcs attaquent les îles, l’Eubée et l’Attique (6). Un seul fait de guerre entre Grecs et Francs dans le Péloponèse est mentionné par le Libro de los fechos : Jean de Gravina avait, à son départ, laissé le commandement des troupes à Nicolas Sanudo, qui se mit à piller les terres des Grecs comme ceux-ci l’avaient fait de la principauté. Le capitaine des Grecs décida de l’attaquer ; il rassembla ses troupes à Motitsa, tandis que Nicolas réunissait à la hâte les contingents de la principauté et ceux qu’avait envoyés l’archevêque de Patras, et, se portant au-devant des Grecs, malgré son infériorité numérique, il remporta une brillante victoire ; les Grecs avaient perdu quinze cents hommes tués ou prisonniers (7). L’intérêt se porte ailleurs, vers les tentatives de Gautier II d’Athènes, puis vers l’active intervention de Catherine de Valois, secondée par Nicolas Acciaiuoli. : : Tentative de Gautier II de Brienne. — C’est seulement après 1330 que le duc titulaire d’Athènes, Gautier de Brienne, mit à exécution ses projets d’expédition en vue de reprendre l’Attique à la compagnie catalane. Il s’était marié en décembre 1325 avec Béatrice, fille de l’empereur titulaire Philippe Ier de Tarente et de Thamar (1) Le L. de los fech.y §§ 659-662, est seul à raconter cette brève campagne. Cf. grec , I, pp. 74-75 ; — Longnon, L'empire latin , p. 321. Zakythènos, Le despotat (2) Buchon, Nouv. rech.y I, pp. 52-53, — II, pp. 36-45. Cf. Hopf, I, p. 423 A ; — Longnon, L'empire p. 321. (3) Buchon, Nouv. rech., II, p. 111. (4) Cf. R. Caggese, Roberto d'Angiô, II, p. 319 : Di tanto in tanto si parlava di Corfù, di Romania, di isole egee a Napoli , ma soltanto comme di punto d'onore da sostenere. (5) Cf. Hopf, I, p. 423 B, — et Chron. gr.-rom., p. 471. Le L. de los fech., §§ 662 et suiv., 669, cite comme baux Guillaume de Frangipani, puis Nicolas de Joinville, et, après la mort de ce dernier, Jean Sardo de Naples. (6) Rubio i Lluch, Diplomatari , pp. 164, 167-168, 172-173, 175-176, 189, nos 133, 136, 142, 144, 149. (7) L. de los fech., §§ 663-668. Cf. Zakythènos, Le despotat grec , I, p. 75 ; — Longnon, L'empire latin, p. 321. La date de l’épisode reste à notre avis incertaine : la chronique aragonaise le place au temps où l’arche¬ vêque de Patras était bail, mais en rapportant que celui-ci avait été nommé bail par Jean de Gravina à son départ, donc en 1326, alors que, d’après les Registres angevins cités par Hopf, Guillaume de Frangipani, archevêque de Patras, ne le devint qu’en 1329, cf. supra. latin ,
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 207 d’Épire, qui lui donna un fils en 1329. Gautier pouvait compter sur l’appui du pape Jean XXII (1) ; il avait conclu d’autre part une convention avec l’impératrice titulaire de Constantinople. En 1330, il se fit exempter par le roi Robert du service féodal qu’il devait comme comte de Lecce et, fort de l’appui du pape, partit enfin en août 1331 la conquête de son duché avec huit cents chevaliers français et cinq cents fantassins toscans (2). Il prit Leucade et Vonitsa, obtint la soumission de Jean II de Céphalonie, despote d’Épire mais il ne put réduire les Catalans qui adoptèrent la tactique habile d’éviter toute bataille (3). En 1332, il se retira en Morée et, malgré l’appel à la croisade contre les Catalans que l’archevêque Guillaume Frangipani lança le 18 février 1332 en l’église franciscaine de Saint-Nicolas, à Patras, il renonça bientôt à l’espoir d’obtenir une victoire décisive. Sa femme était venue à Clarence avec son jeune fils, Gautier, qui y mourut dans l’été 1333 à l’âge de trois ans. Gautier de Brienne, aban¬ donnant cette coûteuse et vaine expédition, dut revenir à Brindisi à la fin de l’été (4). Cependant un événement qui touchait plus directement la principauté s’était produit : la mort, le 26 décembre 1331, de Philippe de Tarente. C’est à l’aîné de ses fils vivants, Robert, que revint le titre de prince de Tarente et de despote de Romanie, avec la suzeraineté sur la Morée, sous la régence de sa mère Catherine de Valois dont il devait hériter aussi le titre d’empereur de Constantinople. Mais Jean de Gravina refusa de rendre hommage à ce nouveau suzerain qui était son neveu : le conflit ne se prolongea pas moins d’un an et fut réglé finalement le 17 décembre 1332, par une transaction fondée sur un échange : Jean de Gravina troqua la Morée contre Durazzo avec le titre de duc, et le royaume d’Albanie, il devait en outre recevoir cinq mille onces d’or (5), somme pour laquelle la banque des Acciaiuoli se portait garante au nom de l’impératrice (6). à ; ; était intervenu en sa faveur dès 1322 auprès du patriarche de Constantinople et de (1) Jean XXII l’archevêque de Patras : Raynaldi : Ann. eccl. , ad ann. 1322, n° 49, V, p. 201 ; — en 1323 auprès de Jean de Gravina : Jean XXII, Lettres secrètes , édit. Coulon et Clémencet, V, p. 200, cf. Du Cange, éd. Buchon, II, p. 194 ; — en 1325 auprès du doge, Rubio i Lluch, Diplomatari , pp. 159-161, n° 128, démarche qui n’eut pas de résultat ; — enfin le 14 juin 1330, il lance la bulle de croisade contre les Catalans, à l’occasion de l’expédition projetée par Gautier de Brienne et en informe les archevêques de Corinthe et de Patras : Raynaldi, Ann. eccl., ad ann. 1330, n° 54, V, p. 495 ; — Rubio i Lluch, Diplomatari , pp. 189-191, n° 150. (2) Plusieurs documents révèlent les efforts du roi Robert pour aider Gautier de Brienne dans le cours de 1330 : Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 191-196, nos 151-152. Cf. Hopf, I, p. 426 ; — Gregorovius, Stadt Athen, II, pp. 114-115 ; — Gerland, N eue Quellen, pp. 24-26 ; — R. Caggese, Roberto d'Angib, II, pp. 330 339 ; — K. M. Setton, Catalan domination, pp. 38-39. Venise refusa son aide au duc et cette attitude ne put que contribuer à l’échec de la tentative, cf. J. Gay, Le pape Clément VI et les affaires d'Orient, p. 22. (3) C’est le moment où ils détruisirent le château élevé par Nicolas de Saint-Omer, à Thèbes, de peur, sans doute, de ne pouvoir le défendre contre Gautier, cf. L. de la conq., § 554, — Chron. gr., vv. 8086-8092. (4) G. Villani, Hist, flor ., X, 190, RIS, XIII, col. 717 (dans Croniche italiane storiche di Giovanni, Matteo e Filippo Villani, éd. Fr. G. Dragomanni, III, pp. 169-170). Cf. Du Cange, éd. Buchon, II, p. 256 ; — Hopf, I, pp. 426 A-427 B, 429 B-430 B ; — R. Caggese, Roberto d'Angio, II, p. 339 ; — Longnon, Vempire latin, p. 322; — Setton, Catalan domination, pp. 40-41. Jean XXII avait renouvelé cependant le 12 août pp. 55-60, — Rubio i Lluch , Diplomatari, 1333 l’excommunication contre les Catalans, cf. Lampros, ’, pp. 206-209, n° 158. (5) Thalloczy, Acta et diplomata... Albaniae, n° 763; — C. Minieri-Riccio, Genealogia di Carlo II, ASPN, VII, 1882, pp. 206-207 ; — Mémoire touchant les droits du roi de Majorque, dans Du Cange, éd. Buchon, II, p. 376, — L. de la conq., éd. Longnon, p. 405, — L. de los fech., §§ 670-673. Cf. Hopf, I, p. 430 B-431 A ; L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée, p. 18 ; — Miller, The Latins, p. 260 ; — E.-G. Léonard, Jeanne Ire, I, pp. 178-179, et Les Angevins, p. 297 ; — Longnon, Vempire latin , pp. 322-323. L’échange fut confirmé par le pape en 1333. (6) Buchon, Nouv. rech ., I, p. 54. Cf. Jeanne Jre, I, p. 181. Minieri-Riccio, ASPN, VIII, 1883, p. 206 ; — E.-G. Léonard, 15
208 RECHERCHES HISTORIQUES Robert prince d’Achaïe et sa mère, Catherine de Valois. — A partir de 1332, la Morée dépend d’un nouveau prince de la maison d’Anjou qui restera à sa tête jusqu’à sa mort en 1364, c’est-à-dire plus de trente ans ; ce long règne n’eut cependant pas les effets heureux qu’on aurait pu en attendre, Robert n’ayant pour ainsi dire pas résidé en Morée. Ce n’était en 1332 qu’un enfant ; sa mère, Catherine de Valois, dirigea en réalité les affaires de la principauté jusqu’à sa mort en 1346. C’est elle qui avait accepté pour son fils la convention d’échange avec Jean de Gravina ; dès ce moment, nous voyons auprès d’elle un personnage appelé à une carrière très brillante, Nicolas Acciaiuoli. L’impératrice Catherine et son fils Robert réunissaient entre leurs mains des droits incontestables sur la principauté. Robert, ayant hérité de son père la suzeraineté sur la Morée, était devenu prince immédiat par l’accord avec Jean de Gravina, désormais duc de Durazzo et roi d’Albanie ; de plus sa mère était impératrice titulaire de Constantinople. De fait aucun prétendant n’éleva de contesta¬ tion contre eux. Les compétitions si violentes les années précédentes ne se renouve¬ lèrent pas : Mahaut de Hainaut était morte ; le duc de Bourgogne avait été désintéressé, et Ferrand de Majorque n’avait laissé qu’un enfant très jeune dont les droits étaient sérieux, puisque Mahaut l’avait en mourant désigné comme son héritier, mais qui n’était pas en âge de les faire valoir. Les compétitions ne se renouvelèrent que dans la seconde moitié du siècle. Pas plus que leurs prédécesseurs ou que leurs successeurs, Catherine et Robert ne vinrent se fixer en Morée et, sauf pendant le bref séjour qu’ils y firent de 1338 à 1340, l’administration de la principauté fut confiée à des baux, comme elle l’était depuis 1278. Catherine de Valois commença par envoyer Gaudino Romano de Scalea, qui arriva à Clarence le 2 avril 1333. Il fut presque aussitôt remplacé par Pierre de San severo (août 1333) ; puis vint en juillet 1336 le Provençal Bertrand des Baux, seigneur de Courthézon, avec le titre de maréchal d’Achaïe, bail et vicaire général de la prin¬ cipauté, de Céphalonie et de Lépante (1). Ils eurent à faire face à d’assez grosses difficultés ; ils avaient à répondre aux réclamations d’anciens créanciers de Philippe de Tarente, ou de leurs descendants. L’un d’eux, en particulier, Jean Sidéros, réclamait les terres qui avaient été concédées autrefois en Skorta à sa famille, qui avaient été enlevées au moment de la révolte de 1302, mais restituées en 1325 et que Pierre de San Severo avait de nouveau reprises ; il put rentrer en possession de ses biens avec l’appui du trésorier de l’impératrice, Nicolas de Boiano (2). Un fait grave, c’est que qui accompagne le L. de la conq ., éd. Longnon, le nom Guays Romane de V Escale: c’est par ce détail que se termine le résumé. Le L. de los fech ., cite Gayo de la Scalea , puis Johan Assanii , senyor de Nizaro , enfin Beltran del Balsof senyor de second est certainement inexact. Cf. Hopf, I, pp. 431 B, 432 B, 433 B ; — Longnon, L'empire latin , Bertrand des Baux et sa famille, v. E.-G. Léonard, Jeanne Jre, I, pp. 30-31. Des actes de Catherine et de Robert donnent les noms des protovestiaires Étienne Koutroulis (Stephanus Cutrullus ) en 1336 et Jean Mourmouris (Johannes Murmurus) antérieurement à 1337, Buchon, Nouv. rech.} II, pp. 53, 72, 103. (2) Hopf, I, p. 433 A, cite également la réclamation faite en 1335 par Bernard et André, fils de Bonajuto Salato, de Clarence, qu’il suppose avoir été l’agent de la banque des Acciaiuoli. Hopf ajoute que Catherine de (1) Le premier est encore mentionné dans le résumé p. 405, sous §§ 673-674, Corteson : le p. 323. Sur Valois rencontra l’opposition de certains grands feudataires, en particulier de Centurione Zaccaria administrant pour son père la baronnie de Damala. Cette affirmation, fondée sur un rapport établi par Nicolas de Boiano, est inexacte, parce que ce rapport, sur lequel nous reviendrons, date non de cette époque mais de trente ans plus tard.
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 209 Tarchevêque Guillaume Frangipani de Patras prétendait faire reconnaître désormais son indépendance complète il en résulta un conflit violent avec le bail en 1337 (1). Cet état grandissant d'anarchie détermina l’impératrice à venir en personne en Achaïe. La convention qui mettait son fils en possession de la principauté était entiè¬ rement exécutée en 1338, la somme de cinq mille onces d’or due à Jean de Gravina ayant été intégralement versée. Ayant pourvu au ravitaillement des châteaux, Catherine se disposa au voyage et arriva à Clarence dans l’été 1338, accompagnée d’un contingent de trois cents hommes ; elle fut suivie peu après par son homme de confiance et favori, Nicolas Acciaiuoli (2) qui amena lui-même vingt-cinq hommes. Catherine resta en Morée environ deux ans et demi ; elle y tint une cour brillante. Aidée par Nicolas Acciaiuoli, elle entreprit de rétablir l’ordre et la paix dans la prin¬ cipauté à laquelle elle s’intéressa certainement. Elle se fit présenter le Livre des coutumes qu’elle approuva en même temps que son fils ; et l’on a pu supposer avec vraisemblance que ce fut pour elle que fut rédigée la version française de la Chronique de Morée (3). : Fortune de Nicolas Acciaiuoli. — Le début du gouvernement de l’impératrice Catherine et le séjour qu’elle fit avec son fils en Morée virent la fortune rapide de son conseiller Nicolas Acciaiuoli et son établissement dans le pays ; elle devait d’ailleurs trouver en lui un collaborateur actif dans ses efforts pour remédier à la situation précaire de la principauté. La société bancaire des Acciaiuoli, de Florence, avait reçu en dédommagement des sommes considérables — quarante mille onces d’or — avancées au prince Jean de Gravina, des terres en Morée en 1325. Nicolas, né en 1310, fut envoyé par son père en 1331 à Naples auprès du roi Robert qui le plaça comme conseiller auprès de sa belle-sœur, Catherine de Valois, après la mort de Philippe de Tarente et comme guide et ami auprès des trois fils de Catherine, Robert, Louis et Philippe. Il allait désormais s’intéresser aux affaires d’ Achaïe (4). Il semble avoir été encore très jeune pour avoir (1) Cf. infra, pp. 210-211. (2) Le voyage est daté de 1338 par le L. de los fech., § 674. Nicolas Acciaiuoli quitta Florence, le 10 octobre Brindisi, le 15 novembre, avec 25 hommes à cheval qu’il devait entretenir en Morée : ces dates sont données par deux documents publiés par Buchon, Nouv. rech., II, pp. 106-109, n03 13 et 14, cf. I, pp. 61-62. Le roi Robert avait donné l’ordre, le 24 juillet, de préparer les bateaux pour le passage de l’impératrice. Un envoi d’armes fut fait de Venise en Morée en mars 1339. G. Minieri-Riccio, Genealogia di Carlo II, ASPN, VIII, 1883, pp. 207, 210 ; cf. Hopf, I, pp. 433 B, 455 A ; — Longnon, L'empire latin, p. 324. L’interprétation donnée par Hopf, I, p. 434 B, du document n° 14 de Buchon, est inexacte ; il rapporte à 1340 le service des vingt-cinq hommes qui en réalité commença en 1338. (3) Le Livre de la conquête a été rédigé en français du vivant de Catherine, puisqu’il y est dit, L. de la conq., § 86 : « messire Charles de Valois, de laquelle yssis la très excerlente dame qui ores s’appelle empereys » ; Longnon, L. de la conq., Introduction, p. lxix, — L'empire latin, p. 325, rapprochant ce fait d’un passage d’une lettre de Boccace où il est fait allusion à un ouvrage qu’aurait écrit Nicolas Acciaiuoli in francesco de' fatti de' cavalieri del santo spedito, in quello stile che gia per addietro scrissono alcuni della tavola ritonda , Opéré volgari di Giov. Boccacio, Florence 1834, XVII, p. 72 (le passage est reproduit par Buchon, Nouv. rech., I, p. 95), émet l’hypothèse que cette rédaction fut faite sur l’initiative et sous la direction de Nicolas Acciaiuoli. (4) Voir la lettre de Nicolas Acciaiuoli à Ange, dans L. Tanfani, Nicola Acciaiuoli, p. 227, et l’allusion dans l’acte publié par Buchon, Nouv. rech., II, p. 112. Sur les débuts de la carrière de Nicolas qui, aux dires, de Boccace, était fort modeste à son arrivée à Naples, v. Giovanni Villani, Matteo Villani et Matteo Palmieri, De vita et gesiis N. Acciajoli, RIS, XIII, col. 958, 1205-1206, — XIV, col. 166-167 ; cf. en général les ouvrages cités dans notre Introduction et, spécialement pour la principauté, Hopf, I, pp. 454-455 ; — Gerland, N eue Quellen, pp. 28-30 ; — Miller, The Latins, pp. 270-272 ; — Longnon, L'empire latin, pp. 323-324. 1338 et s’embarqua à
210 RECHERCHES HISTORIQUES pu jouer un rôle important en 1331-1332 dans les négociations entre Jean de Gravina et Catherine agissant au nom de son fils Robert, négociations qui devaient laisser celui-ci en possession de la principauté d’Achaïe ; mais il y fut certainement mêlé, la banque des Acciaiuoli se porta garante de la somme que Catherine s'engageait à payer à Jean de Gravina, comme elle avait financé en 1324 l'expédition de celui-ci (1). L'attention de Nicolas se trouva ainsi attirée vers la Morée où il vit la possibilité à la fois de défendre les intérêts de l’impératrice et ceux de la banque, et de satisfaire son ambition. En 1334, il se fit céder les biens que la société des Acciaiuoli avait reçus de Jean de Gravina dans la principauté, aux villages de Lichina et Mandria (2). De 1334 à 1338, Nicolas ne cessa d’agrandir ses possessions soit par l’achat des terres de Diego de Tholomei dans les villages de Mandria et de Speroni (3), soit par les donations que lui fît l’impératrice en 1336, les biens de Périne, femme de Nicolas de Courcelles dit « Morretus », et ceux de Pierre Jussard, dans les villages d’Halmyro et de Kalyvia (Armiro et Calivia) ; en 1337, l’héritage de Lise des Quartiers, situé essentiellement en Élide (4). Fait chevalier dès 1335 par le roi Robert, alors qu’il n’avait que vingt-cinq ans (5), Nicolas fut reçu comme lige de la principauté au début de 1336 ; il se fit accorder le droit de disposer à son gré et librement de ses terres, et une réduction sur le service féodal auquel il était tenu (6). De nouvelles donations lui furent faites en 1338 les biens du juge Guillaume de Genitocastro ou Genicocastro, le village de Petoni, près de Kalamata, qui avait appartenu à Antoinette de Sally, fille de Guillaume de Sally, mariée à Jean de « Alippioni », morte sans laisser d’enfants (7) ; puis, pendant le séjour qu’il fit en Achaïe, il reçut encore de l’impé¬ ratrice une partie de la plaine de Messénie en baronnie, les terres d’Andromonastêri situées également en Messénie, les biens de Georges Stadio qui revenaient au fisc, et, dans la châtellenie de Corinthe, la terre qui avait appartenu à Nicolas Ghisi, avec la forteresse de Piada, en échange de laquelle, d’ailleurs, il renonçait aux salines de Speroni en Élide qui revenaient au domaine (8). Nicolas était ainsi devenu, dès : : (1) C’est Buchon, Nouv. rech., I, pp. 50, 55, qui a vu dans Nicolas l’inspirateur de l’échange réalisé entre Jean de Gravina et son neveu, opinion admise généralement ; cf. R. Caggese, Roberto d'Angià, II, p. 320. Mais E.-G. Léonard, Jeanne 7re, I, p. 181, souligne avec raison, à notre avis, son jeune âge à cette date. (2) La donation date du 1er septembre 1334, et fut confirmée en 1335 par Catherine, en 1336 par le roi Robert, Buchon, Nouv. rech., II, pp. 32-51, nos 2-3, cf. I, p. 155. C’est dans le second de ces actes, daté du 22 février 1335, que Nicolas est désigné pour la première fois comme chambellan du roi et domestique » de Catherine : regius cambellanus, dilectus consiliarius et familiaris noster domesiicus. (3) Cet achat, non encore mentionné en 1335, apparaît dans la confirmation donnée par le roi Robert en 1336, Buchon, Nouv. rech., II, pp. 44-51, n° 3 ; il acheta plus tard la terre que Jean de Gravina avait donnée à Nicolas de Boiano, maître des comptes de la cour de Naples et, plus tard au service de l’impératrice, celle de Pierre du Bourg que ce dernier tenait de Bolectus de Planca, et qui, à sa mort, était revenue au domaine, achats confirmés par le roi Robert en 1342, Buchon, Nouv. rech., II, pp. 111-112. (4) Cf. Buchon, Nouv. rech., pp. 51-65, 71-98, nos 4, 8. (5) L. Tanfani, Nicola Acciaiuoli, p. 227. (6) Buchon, Nouv. rech., II, pp. 65-71, nos 5-7 : les trois actes sont datés du 1 février 1336. En 1337, il est mis en possession par le bail Bertrand des Baux et le protovestiaire Jean Mourmouris de ces terres situées en Achaïe, ibid., pp. 103-104, n° 10. « (7) Buchon, Nouv. rech., II, p. 106, n° 12. On connaît un Guillelmo d'Alipione mentionné dans le rapport de Nicolas de Boiano, mais probablement mort à la date de ce document, vers 1361. Voir les actes des donations faites à Nicolas dans Longnon et Topping, Documents relatifs au régime des terres, Documents I-IV. Italie, Nicolas fit confirmer toutes ces possessions et la baronnie du Val de (8) Dès 1342, revenu en
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 211 1341, un des grands feudataires de Morée, avec le titre de baron et des terres en Messénie, en Élide et en Corinthie (1). Il devait aussi surveiller les affaires de la maison des Acciaiuoli qui avait un comptoir à Clarence : elle avait avancé à Jean de Gravina, puis à Catherine des sommes énormes qui s’élevaient à 40.000 onces d’or, dont 3.000 restaient dues en 1342 ; nul doute que Nicolas ait veillé à ce que la société fût remboursée régulièrement ou reçût des compensations en terres (2). Les libéralités de l’impératrice étaient la récompense des services qu’il lui rendait. Jeune et actif, il la seconda avec dévouement dans ses efforts pour défendre la princi¬ pauté et y ramener le calme (3). Il assura de bons rapports avec Venise (4) et dut prendre une part active dans la défense des côtes contre les incursions des Turcs et des Catalans. D’autre part, les Grecs de Mistra pénétrant souvent dans la plaine de Messénie, le « val de Calame », il fît relever sur les terres qui lui avaient été données comme baronnie, une forteresse pour protéger le pays (5). Ces actes d’hostilité sur les frontières grecques doivent avoir été plutôt des raids de pillage que de véritables campagnes on voit à cette époque les possessions vénitiennes de Coron et de Modon subir des attaques du même genre (6). : La situation en Morée de 1338 à 1346. — A l’intérieur de la principauté, Catherine de Valois eut à régler la question des rapports avec l’archevêque de Patras, Guillaume Frangipani celui-ci, tout en se rapprochant de Venise (7), prétendait être indépendant ; Calame par le roi Robert ; acte du 27 avril, publié par Buchon, Nouv. rech., II, pp. 109-114, n° 15, cf. I, pp. 63 66. Le revenu annuel de ces terres dépassait 260 onces d’or. (1) Cette fortune si rapide ne manqua pas d’éveiller des jalousies ; on l’a attribuée à la faveur de l’impé¬ ratrice séduite par le jeune et brillant Florentin ou à une passion qu’elle aurait voulu voir partager par lui ; la question n’a pour nous que peu d’intérêt. Cf. Léonard, Jeanne Ire, I, pp. 182-183. Sur le prestige de Nicolas en 1341, v. la lettre que lui adressa le 28 août 1341 Boccace, reproduite par Buchon, Nouv. rech., Il, pp. 114-116, n° 16. Cf. Léonard, Jeanne Jre, I, pp. 185-186; — Longnon, L'empire latin , p. 325. (2) Buchon, Nouv. rech., II, pp. 110-113. Cf. Longnon, L'empire latin, p. 325. (3) Les textes que nous avons signalés justifient les donations faites à Nicolas par les éminents services rendus et par son dévouement ; v. en particulier Buchon, Nouv. rech., I, pp. 62-63, — II, p. 113 : damna gravia que dictus Nicolaus in predicto principalu est perpessus, acque notabilia servicia et utilia que pro statu prospero dicti principatus de suo proprio impendit , non parcendo persone periculis laboribus et expensis..., cf. p. 117. (4) En 1340, le consul vénitien à Clarence construit un magasin et une église de Saint-Marc sur une terre achetée aux Franciscains, cf. Hopf, I, p. 434 A. (5) Buchon, Nouv. rech., II, pp. 111, 113, 117. Il ne semble pas qu’il s’agisse de la construction d’un château sur un emplacement nouveau, mais du rétablissement d’une forteresse ancienne : baroniam que dicitur Vallis de Calame propter frequentem incursum hostium et assiduum incultam quasi atque desertam et ab ipsis hostibus quasi totaliter occupatam, in qua idem Nicolaus ponitur construi et hediflcari de novo fecisse quoddam fortellicium sive castrum, suis sumptis et expensis... (p. 111). On voit ici qu’il ne s’agit pas de la «baronnie Jeanne /re, I, p. 185. de Calamata » comme le dit Léonard, (6) Les archives vénitiennes font connaître les difficultés ou les attaques auxquelles les gouverneurs de Coron et de Modon ont à faire face de la part des Melissènes de Messénie, des Zassi ; de cette famille, deux frères étaient, l’un, seigneur de Giannitsa, l’autre de Kisterna ; le second attaqua à la tête de plusieurs navires les terres vénitiennes en 1334 ; Venise envoya à plusieurs reprises des armes et des troupes ; en 1337, les défenses des deux places semblent être dans un état déplorable, Thiriet, Régestes, I, pp. 32, 33, 36, 37, nos 45, 50, 65, 72, 74 ; cf. Hopf, I, pp. 424 A, 434 A. Sur les Zassi, v. plus bas, pp. 505-506. (7) L’archevêque Guillaume avait fait des démarches à Venise à la même époque qu’un groupe de seigneurs de Morée, en 1321, cf. supra, p. 203 ; il avait obtenu de la Commune des secours à différentes reprises et était devenu depuis le début de 1336 citoyen de Venise ; Hopf, I, pp. 432 B-433 A ; — Gerland, Neue Quellen, p. 23.
212 RECHERCHES HISTORIQUES du prince et avait refusé de lui prêter hommage. A sa mort en 1337, le bail, Bertrand des Baux, avait profité du moment où son successeur n’était pas encore là pour occuper quelques villages autour de Patras et pour mettre le siège devant la ville, espérant rétablir l’autorité du prince sur les terres de l’archevêque (1). Aussitôt arrivé, le nouvel archevêque, Roger, adressa un appel au pape Benoît XII, et celui-ci fit savoir par une lettre datée du 26 septembre 1337 à Catherine de Valois que Patras était hors de la principauté et dépendait directement du Saint-Siège (2). Le bail ayant refusé d’abandonner les positions qu’il occupait, le pape lança l’interdit sur la Morée (3). C’est sur ces entrefaites que l’impératrice arriva. Elle désavoua son bail qu’elle fit arrêter et jeter en prison, où il ne devait d’ailleurs pas rester longtemps, et abandonna toute prétention sur Patras, terra sancie Romane ecclesie (4). La présence de Catherine de Valois et de son fils Robert aidés de l’actif Nicolas Acciaiuoli ne réussit cependant pas à maintenir ou à faire revivre le loyalisme de la noblesse moréote à l’égard du prince légitime. Une lettre du roi de Naples Robert, datée du 24 décembre 1340, révèle que l’archevêque de Patras Roger, l’évêque d’Oléna, Philippe de Jonvelle, baron de Vostitsa et de Nivelet, et un certain nombre d’autres seigneurs avaient négocié une alliance avec les Grecs ; le roi invitait tous les prélats et barons de Morée à rester fidèles à Catherine (5). Le départ de celle-ci et du prince au début de l’été de 1341 (6) laissa le champ libre aux intrigues auxquelles le bail Bertrand des Baux, qui était rentré en grâce, ne paraît pas s’être activement opposé (7). Il s’agissait essentiellement pour les barons de trouver un chef capable N eue Quellen, pp. 26-27; — Longnon, U empire latin , p. 323. (1) Hopf, I, p. 433 B ; — Gerland, N eue (2) Benoit XII, Lettres closes et patentes , éd. Vidal, I, pp. 442-445, nos 1528-1531 ; cf. Gerland, Quellen, p. 27. On retrouve nettement exprimée la prétention à l’indépendance vis-à-vis du prince dans un traité conclu par l’archevêque de Patras en 1355 avec Venise, cité par Gerland, Neue Quellen , pp. 156-159 : où on lit : ... salvis in omnibus et singulis juribus et dominio ecclesie Patracensis validis remaneniibus atque firmis , quam confltemur tenere immediate a domino nostro papaf sicut fuerunt per tempora retroacla. D’autres documents vénitiens de 1417 et de 1418 qualifient Patras de terre Sancie Romane Ecclesie: Hopf, II, p. 78 B ; — Sathas, Doc . inéd.y II, p. 92 ; — Gerland, Neue Quellen, p. 27, n. 2. Tous les textes affirment les droits de l’archevêque sans fournir de justifications et l’on voit mal sur quelles bases ils sont fondés. Dès le début de la conquête, l’archevêque avait affirmé qu’il dépendait directement du Saint-Siège et non du patriarche de Constantinople, cf. supra , p. 92, mais il n’avait pas tenté à cette époque de se soustraire à l’autorité du prince, laquelle devait d’autre part s’exercer sans contestation possible sur la baronnie que l’archevêque avait achetée avant 1278, cf. supra , p. 146. (3) Hopf le déduit d’une allusion dans une notice des Grazie, VI, fol. 51v, cf. Gerland, ibid. (4) Hopf, I, pp. 433 B-434 A ; Gerland, Neue Quellen, p. 29, pense que cette attitude lui fut inspirée par Nicolas Acciaiuoli qui, en homme d’affaires, tenait à ménager Patras, une des villes les plus prospères et jouissant d’une situation non troublée. Le conflit entre Catherine et l’archevêque semble pourtant se prolonger, car Venise charge, le 17 mars 1341, son ambassadeur partant pour Clarence de faire son possible pour ménager un accord entre les deux parties, Thiriet, Régestes, I, p. 46, n° 125. (5) Minieri-Riccio, Genealogia di Carlo II, ASPN, VIII, 1883, p. 225 ; cf. Léonard, Jeanne I™, I, p. 107 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 76 ; — Longnon, Vempire latin, p. 325. (6) Le voyage se situe entre février, où l’impératrice, le prince Robert et Nicolas Acciaiuoli étaient encore à Clarence (un acte est daté de là le 17 février 1341) et juillet où Catherine rend, le 17, à Brindisi, une ordonnance dans laquelle sont rappelés les services de son conseiller : Buchon, Nouv. rech., I, p. 62, . 1 (où il faut lire, ligne 3, 17 février au lieu de 17 juillet), cf. II, pp. 108-109. Nicolas partit de Clarence le 16 juin 1341, cf. L. Tanfani, Nicola Acciaiuoli, pp. 40-44 ; — Léonard, Jeanne /re, I, p. 185, n. 2, contrairement à ce que dit Hopf, I, p. 434 B. (7) D’après le L. de los fech ., § 674, l’impératrice aurait laissé comme bail Andrea Buon del Monti, mais aucun document n’en donne confirmation. Bertrand des Baux fut à nouveau bail d’Achaïe après 1340, mais
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 213 de défendre les intérêts latins en Morée plus énergiquement et plus efficacement que ne le faisaient les Angevins. On trouve une confirmation de l’existence du parti favorable à un rapprochement avec les Grecs dans le récit de Jean Cantacuzène, qui était encore à cette date officiellement gouverneur de la province grecque de Morée : alors qu’il se trouvait à Didymoteichon en 1341, il reçut des émissaires des barons de Morée, l’évêque de Coron et Jean Sidéros qui possédait des terres dans la Skorta (1) ; ils venaient lui offrir la soumission des Francs à l’empire grec ; ils demandaient seulement qu’on leur laissât leurs terres aux mêmes conditions que sous le régime latin. Jean Cantacuzène accueillit avec joie ces propositions il promit d’aller lui-même en Morée au printemps suivant et envoya aussitôt Jean Vourlas pour entrer en contact avec les seigneurs francs ; il voyait tout le parti qu’il pourrait tirer d’une occupation totale de la Morée. Mais la réalisation de ces projets fut empêchée par les événements qui se déroulèrent en 1342 à Byzance et détournèrent son attention du Péloponèse (2). Un autre parti cherchait ce chef et protecteur dans la descendance des Villehar douin, et s’adressa à l’arrière-petit-fils du prince Guillaume et petit-fils de Marguerite, Jacques II, roi de Majorque, fils d’Isabelle de Sabran et de l’infant Ferrand de Majorque, tué près de Manolada en 1316. On s’est étonné que l’on n’ait pas songé alors à la fille d’Isabelle et de Philippe de Savoie, Marguerite, née vers 1303 proba¬ blement et qui avait épousé en 1324 Renaud II de Forez, seigneur de Malleval ; ses droits étaient supérieurs à ceux de Jacques II, puisqu’elle était petite-fille de Guillaume de Villehardouin et par sa fille aînée ; mais elle avait renoncé à ses droits maternels en faveur de son père au moment de son mariage (3). Les droits de Jacques II de Majorque sont exposés dans un mémoire qui affirme que sa grand-mère Marguerite lui aurait laissé, avant sa mort, la principauté ; il donne en outre un tableau de la prin¬ cipauté, y compris les grands fiefs situés hors de la Morée, et énumère les voisins qui l’entourent (4). Réunis à Roviata en octobre 1344 sous la présidence de l’archevêque Roger de Patras, les seigneurs acquis à cette cause rédigèrent un acte offrant la principauté à Jacques, qui avait été dépossédé peu auparavant de son royaume de ; il avait quitté déjà ses fonctions en 1344 et se trouvait en France en 1345 quand il fut désigné par le pape Clément VI pour remplacer Martino Zaccaria contre les Turcs, contrairement à ce que disent Du Cange, éd. Buchon, II, p. 229, et Hopf, I, p. 435 B, cf. J. Gay, Le pape Clément VI et les affaires d'Orient, p. 59, n. 5, et Léonard, Jeanne Jre, I, p. 381, . 1 : le 25 juillet 1344, le pape Clément VI invite Robert de Tarente à restituer à Bertrand des Baux, ancien bail et maréchal d’Achaïe, les biens qu’il possédait en Morée et qui lui avaient été enlevés. (1) Sur ce dernier personnage, cf. supra , p. 208. (2) Jean Cantacuzène, Hist., Ill, 11, 12, CSHB , pp. 74-76, 80. 83. Cf. Hopf, I, pp. 434 B-435 A ; Miller, The Latins, p. 274 ; — Zakythènos, Le despotat grec , I, p. 76 ; — Longnon, L'empire latin , p. 326. (3) Sur Marguerite, v. ci-dessus, p. 189, n. 2 ; — cf. S. Guichenon, Histoire de la maison de Savoie, I, pp. 322-324, et IV, Preuves, pp. 110-111 ; — Datta, Storia dei principi di Savoia, II, p. 166, n° xxxi ; — Hopf, I, p. 403 B ; — Longnon, L'empire latin, pp. 290-291. C’est en effet le père de Marguerite, Philippe de Savoie, qui garda le titre de prince d’Achaïe que ses descendants portèrent jusqu’à la mort du dernier en 1418. (4) Extrait d'un mémoire de la Chambre des Comptes de Paris, touchant les droits du roi de Majorque sur reproduit la principauté de Morée, publié par Du Cange, éd. Buchon, II, pp. 375-378, n° xlix, cf. pp. 223-226, par Buchon, Recherches, I, pp. 450-453, et par Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 222-224, n° 171, d’après la Longnon, L'empire copie de Du Gange, seule conservée. Cf. Hopf, I, p. 435 ; — Miller, The Latins , p. 275 ; latin , p. 326. Le mémoire a dû être composé entre 1338 et 1341, cf. Rubio i Lluch, op. cit., p. 222, . 1. Sur les noms des signataires reproduits ici tels quels sauf les corrections évidentes, cf. infra, pp. 238-239.
214 RECHERCHES HISTORIQUES Majorque par le roi d’Aragon ; c’étaient les seigneurs Philippe'fde Jonvelle, de Vostitsa, Erard le Maure, d’Arkadia et Saint-Sauveur, Alibert de Luc, de Basilicata, les chevaliers Nicolas Misito, Nicolas Constata, Asea de Civini, Jean Sinisgare, Marc de Castel, Nicolas de Perigourde, Guilhem de Vindone, Fasana de Nuvelle, George Panore, George Alamanno, Nicolas de Autin, les écuyers Nicolas de Biachan, Marin Luc, Guilhem de Curtin, Nicolas de Villiers, Nicolas Alamano, Simon de Lini, Gauchier de Vas, Franguli de Sussi, liste qui révèle la survivance de quelques familles anciennes et la présence d’autres, nouvelles. Il est probable qu’Erard le Maure fut chargé d’aller lui offrir la principauté (1). Mais, pas plus que Jean Cantacuzène, Jacques ne put se rendre à cet appel la guerre qu’il avait engagée contre les Aragonais pour essayer de reprendre ses terres le retint en occident ; il fut tué le 25 octobre 1349 (2). Un autre projet contre la domination des Angevins fut formé à peu près vers la même époque un fils de Philippe de Savoie songeait à récupérer la principauté qui avait appartenu à son père ; mais le projet ne reçut même pas un commencement d’exécution (3). ; : La principauté administrée par des baux, 1356-1364. — L’impératrice Catherine de Valois mourut en 1346 sans être retournée en Morée (4). Son fils, le prince Robert, avait, dès sa majorité, envoyé un chevalier napolitain, Cecco de Lufreda, pour prendre possession de la principauté en son nom (5) ; en 1346, il prit le titre d’empereur de Constantinople (6). L’année suivante, il épousa Marie de Bourbon, fille du duc Louis de Bourbon et veuve du prince titulaire de Galilée, Guy de Lusignan (7). De graves événe¬ ments devaient empêcher le prince de s’occuper de la principauté et détourner (1) C’est probablement à la suite de cette mission que Jacques lui accorda le titre de maréchal d’Achaïe et lui donna les biens qui avaient appartenu au connétable Nicolas Ghisi, cf. Du Cange, éd. Buchon, II, p. 226 : l’acte est daté du 24 novembre 1345, à Montpellier ; mais ces terres avaient déjà été données par l’impératrice Catherine à Nicolas Acciaiuoli, cf. supra , p. 210. (2) Du Cange, éd. Buchon, II, p. 226. (3) Il s’agit de Jacques de Savoie, demi-frère de Marguerite de Savoie, fille de Philippe de Savoie et de la princesse Isabelle. Celle-ci avait, à son mariage en 1324, abandonné ses droits en faveur de son père. Jacques, fils de Philippe et de sa seconde femme, Catherine, dauphine de Viennois, prétendit recueillir le titre de prince de Morée, les compensations promises dans l’accord de 1307 entre les Angevins et Philippe n’ayant pas été acquittées. En 1346, le roi de Hongrie, en guerre avec la reine Jeanne de Naples, lui offrit, en échange de son alliance, de l’aider à entrer en possession de la principauté ; mais ce pacte resta sans effet. Un peu plus tard, Jacques abandonna ses droits en faveur de son fils, âgé de six ans, avec le consentement du pape Clément VI. Cf. Hopf, I, pp. 435 A-436 B ; — J. Gay, Le pape Clément VI et les affaires d'Orient, p. 153 ; — G. M. Monti, La dominazione angioina in Piemonte, Turin 1930, pp. 134, 156-157 ; — Léonard, Jeanne 7re, I, pp. 551-552. Du Cange, éd. Buchon, II, pp. 231-232, signale que, peu après, Clément VI invita le grand-maître de l’ordre de Saint-Jean-de-l’Hôpital, Roger de Pins, à acquérir les droits de Jacques de Savoie sur la Morée et à en prendre possession, ce projet coïncide sans doute avec l’époque où le prince Robert est prisonnier en Hongrie, mais il ne fut suivi d’aucun effet, cf. Hopf, I, p. 436 A. (4) Le 4 ou le 5 octobre, Léonard, Jeanne Jre, I, p. 611. (5) L. de los fech., § 676. (6) Ses titres sont désormais Robert, despote de Romanie, prince d’Achaïe et de Tarente, empereur de Constantinople. Il portait aussi le titre de comte titulaire de Céphalonie. Du Cange, op. cil., pp. 230 titulaire 231 . (7) Hopf, I, pp. 448 B-449 A ; — Mas-Latrie, Les princes d'Achaïe, p. 20. Le mariage eut lieu à Naples, septembre 1347 ; Clément VI accorda une dispense spéciale ; J. Gay, op. cit., p. 152. Le L. de los fech.’, §§ 677-678, le place avant la mort de Catherine de Valois. le 9
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 215 l’attention des suzerains angevins : c’est le conflit qu’ils eurent à soutenir contre le roi Louis de Hongrie (1). Le trône de Naples, à la mort du roi Robert en 1343, était revenu à sa petite-fille, Jeanne Ire, mariée à son cousin André, de la branche hongroise de la famille d’Anjou. L’assassinat d’André en 1345 entraîna la guerre entre les Hongrois et le royaume de Sicile, au cours de laquelle le prince Robert fut fait prisonnier avec son frère Louis devenu le second mari de la reine Jeanne ; celle-ci, devant l’invasion, s’enfuit au début de 1348 à Avignon (2). Il n’était plus question pour le prince ni pour Marie de Bourbon de s’occuper directement de la Morée. Le pape Clément YI fit des démarches pour obtenir la libération de Robert, mais sans succès (4) ; d’autre part il avait écrit, dès le 7 mai 1348, au châtelain de Corinthe, à l’archevêque de Patras, aux évêques et aux chapitres d’Oléna, de Modon et de Coron, pour les inviter à rester fidèles à leur prince prisonnier et à maintenir dans leur devoir ses sujets (5). Mais, en dehors de ces exhortations, la Morée franque est de nouveau livrée à elle-même, sous la direction de baux dont le rôle reste effacé. En juillet 1348, Marie de Bourbon envoya comme bail un chevalier français, Jean Delbuy, qui mourut peu après son arrivée (6). Les barons choisirent pour le remplacer le baron de Vostitsa, Philippe de Jonvelle, et informèrent du décès de Jean Delbuy l’impératrice Marie qui nomma à sa place l’archevêque de Salerne (7). Le même régime continua après la libération du prince Robert qui ne revint jamais en Morée. Les documents ne font connaître les noms que de trois baux : Pierre Minu tolo, en 1355 (8), puis François de Massa qui était archevêque de Corinthe depuis 1349, et Alexandre Brancaccio Imbriaco, maréchal de Sicile et d’Achaïe en 1343 et probablement jusqu’à la mort du prince (9). La version aragonaise de la Chronique de Morée mentionne pour la période de 1346 à 1364 un grand nombre de noms Adam « visconte de Tremblay », Menillo Acrimeno de Naples, Nicolas Bocuto de Naples, puis Jean Delbuy (de Broy), Philippe de Jonvelle, après 1352 Galeoto del Goto, chevalier de Pouille, Adam « visconte de Tremblay » (2e fois), Gautier de Lor chevalier de France, Boson de Fabriano, Philippe de San Bias, chevalier de Pouille, Perroto Arrimeno à la mort de qui les barons choisirent comme bail le chancelier Nicolas Ballena, puis Adam «visconte de Tremblay » (3e mention), enfin Carresello, chevalier de Naples (10). Cette liste, qu’on ne peut contrôler, appelle quelques remarques ; les personnages cités ne sont pas tous inconnus. Faut-il admettre que Adam « visconte : (1) C’est à cette occasion que Jacques de Savoie fit le projet de faire valoir ses droits sur la Morée, projet signalé ci-dessus, mais qui n’eut pas de suite. (2) Léonard, Les Angevins de Naples , pp. 342-358. (3) L. de los fech., §§ 679-680, 683 ; — Buchon, Nouv. rech ., I, p. 75 et . 1 et 2. (4) La date de son retour, début de 1352, est connue par une lettre du pape, cf. J. Gay, op. cit ., pp. 154, 155 et n. 2. J. Gay, op. cit., p. 154 ; — Léonard, Jeanne Jre, II, p. 97. L. de los fech., § 680, l’appelle Jean de Broy, et signale qu’il fut enterré dans l’église des Franciscains Clarence. La date de son arrivée est donnée par les archives vénitiennes, cf. Hopf, I, p. 449 A. (5) (6) à (7) L. de los fech., § 681. (8) D’après les lettres de Robert à Pietro Minutolo, bail, du 18 juin et du 28 octobre, Predelli, Lihri commemoriali, II, pp. 231, 234, nos 89 et 101. Cf. Hopf, I, p. 451 A ; — Léonard, Jeanne Jre, I, p. 496, n. 7. Titres de la maison de Bourbon, I, p. 509, nos 2281-2283. Cf. Hopf, I, pp. 451 A, (9) Huillard-Bréholles, 456 A, — II, p. 5, (10) L. de los fech., §§ 676, 677, 680-681, 684, 686, 687, 688, 689, 690.
216 RECHERCHES HISTORIQUES Tremblay » ait été trois fois bail? il est tentant de le rapprocher d'un personnage appelé simplement Adam Visconte que Nicolas Acciaiuoli recommanda au prince Robert comme bail en 1356 (1). Il est possible que Menillo Acrimeno et Perroto Arrimeno soient un seul et même personnage ou du moins deux représentants de la même famille. Le nom de Nicolas Bocuto rappelle celui de Jacques Boczuto ou Buzato, qui, on le verra, apparaît en 1354 en Morée (2). Nicolas Balena est cité aussi en 1354 et en 1362 (3). Carresello est peut-être une déformation de Caracciolo, nom d'une famille connue en Italie à cette époque (4). En l'absence de documents, on ne peut arriver à plus de précision. Mais la pauvreté de notre information laisse supposer que l'activité des baux ne fut pas très féconde et que ni le prince ni la cour de Naples ne s'occupèrent beaucoup de la principauté; très peu fut fait en particulier pour la protéger des attaques des Turcs (5). L'empereur Robert avait cependant confié en 1356 à Nicolas Acciaiuoli le soin de « réformer » la principauté dont la situation n'était pas brillante : le grand sénéchal pensa confier cette tâche à son ami Americo Cavalcanti ou, à son défaut, à Adamo Visconte (6) ; bien que ce dernier eût été nommé bail, semble-t-il, rien ne fut fait à notre connaissance. Les seuls actes du prince Robert sont des donations. Le 27 mai 1357, il fit don à sa femme, Marie de Bourbon, de la châtellenie de Kalamata en douaire (7) ; il y ajouta, au début de 1359, le village de Posernikon et le château de Moundritsa (8). La princesse elle-même acheta vers la même date à Guillemette, veuve de Philippe de Jonvelle, d'abord la terre de Fanari, en Élide, puis les baronnies de Vostitsa et de Nivelet (9). de Les Acciaiuoli en Morée. — Dans le même temps, la puissance de Nicolas Acciaiuoli avait continué de grandir. En échange des services qu’il rendit aux souverains de Naples, à Jeanne Ire, qui avait succédé en 1343 à son grand-père le roi Robert, et à son second mari, Louis de Tarente, il reçut de nombreuses terres, puis en 1348 les dignités de grand sénéchal du royaume de Sicile et de maître de l'hôtel royal ; devenu comte de Melfi, pourvu de terres en Calabre, puis en 1367 des comtés de Malte (1) Lettre du 14 mars 1356 de Nicolas à Jacopo di Donato Acciaiuoli, publiée en partie par Buchon, Nouv. reck., II, pp. 124-125, et en entier par Léonard, Jeanne /re, III, pp. 589-590. Pièces justificatives, n°lvii. Cf. Hopf, I, p. 456 A. Nous avons déjà cité Bertino Visconte, bail en 1308. (2) Jacques Buzato est vicaire des terres de Nicolas en Romanie en 1354, cf. Buchon, Nouv. rech.t II, p. 136. (3) Hopf, I, p. 450 B, le mentionne comme un baron d’Achaïe et signale, n. 46, que les Registres angevins en 1329 et 1343 Jeanne de Balena, comme dame d’honneur d’Agnès de Durazzo. Il est fait allusion au même personnage et à sa fille Philippina, dans le rapport de Nicolas Boiano à Marie de Bourbon. est faite dans la traduction de Morel-Fatio. (4) L’identification citent (5) Sur les Turcs et la menace grandissante qu’ils constituent désormais pour la principauté, v. infra , pp. 227-229. (6) Voir deux lettres de Nicolas Acciaiuoli adressées l’une à Americo Cavalcanti, le 22 février 1356, l’autre — citée ci-dessus — à Jacopo Acciaiuoli, le 14 mars, cf. Léonard, Jeanne Jre, III, pp. 574-575, 589-590, pièces justificatives nos 49, 57. Noter en particulier dans la première lettre : Monsignore lo imperatore me ave commiso di riformare lo principato delà Morea e que io pensi di mandarevi uno bono balio... Vero è que di qua non poteria lo imperatore dare denari , et lo paese non è in quelle stato que soleva essere. (7) Du Cange, éd. Buchon, II, pp. 263-264. Titres de la maison de Bourbon , I, p. 485, n° 2778. (8) Ibid., pp. 264-265 ; — Huillard-Bréholles, Cf. Hopf, I, p. 451 B. (9) Sur ces actes, cf. Hopf, I, pp. 409 A, 451 B, qui donne d’abord la date de 1364 pour l’achat de Vostitsa et Nivelet, mais la corrige dans le tome II, p. 5 A ; — Longnon, L'empire latin , p. 328.
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 217 et de Gozzo après son intervention en Sicile, c’était un des personnages les plus importants de la cour de Naples (1). Mais il n’avait pas cessé de s’intéresser à la Morée et aux biens qu’il y possédait : en 1354, il céda en fief à Simon d’Ormoy des terres dans le village de Speroni et de Mandria (2) ; deux ans plus tard, il obtint que le roi Louis adressât aux officiers de la principauté, du comté de Céphalonie et de la ville de Lépante l’ordre de lui restituer le château de Voulkano sur le mont Ithôme (3). Enfin en 1358, il reçut en baronnie la châtellenie de Corinthe : le 5 février les habitants de Corinthe avaient rédigé une lettre que devait porter au prince Robert un des leurs, Louis, qui avait longtemps défendu le château de Saint-Georges ; ils y exposaient la triste situation du pays et l’état déplorable où les incursions turques les avaient réduits. Le prince ne trouva pas de meilleure solution, pour assurer la défense de cette région exposée, que de confier la célèbre forteresse de Corinthe et toute la châtellenie à Nicolas Acciaiuoli (4). Celui-ci, comme l’attendait le prince, prit des mesures pour rétablir la situation et améliorer le sort des habitants : il obtint pour eux la remise des arriérés dus au fisc ; l’ordre fut donné aux paysans qui s’étaient enfuis de rentrer dans leurs habitations ; il se fit exempter de tout service féodal pour ses autres terres des « provinces de Morée et de Kalamata » mais non dans la châtellenie de Corinthe, sans doute pour faire porter tout son effort sur ce point (5) ; enfin il fit faire des travaux de réparation et de fortification à la forteresse de l’Acro corinthe (6). Le dernier jour de septembre de la même année, Nicolas Acciaiuoli, à la veille de quitter Naples pour exécuter une mission en Provence et à Avignon auprès du pape, fit son testament : il laissa à son fils aîné, Ange, avec ses titres de grand sénéchal et de maître de l’hôtel royal, Corinthe et toute la châtellenie, ainsi que toutes ses terres en Morée à l’exception de celles qui devaient revenir à son cousin Ange, fils d’AIamanno, qu’il avait adopté celui-ci recevrait «les terres qui avaient appartenu : (1) Buchon, Nouv. rech., I, pp. 67-102. (2) Buchon, Nouv. rech., II, pp. 136-138 : acte daté du 11 août 1354 en faveur de « Symon de Ulmeto ». Buchon, op. cil., I, p. 100, voit dans cette cession un effort du grand sénéchal pour introduire en Morée de nouveaux défenseurs. C’est probablement de la même année que datent un inventaire, un fragment d’inventaire des biens de Nicolas et un rapport sur ses biens, publiés par Longnon et Topping, Documents relatifs au régime des terres , Documents 1V-VI ; ce sont de remarquables documents sur la vie des campagnes, cf. J. Longnon, Dans la Grèce franque. Documents sur la vie économique, Annales. Économie. Société. Civilisation, VI, 1951, pp. 528-530, — La vie rurale dans la Grèce franque, JS, 1965, pp. 343-357 ; — P. Topping, Le régime agraire dans le Péloponnèse byzantin au XIVe siècle, Hell, cont., 2e série, X, 1956, pp. 255-295. (3) Buchon, Nouv. rech., I, p. 99. En 1357, il cède à Jean Siripando le château de Cosmina, Longnon et Topping, op. cil., Document VIL (4) L’acte de cession est du 21 avril 1358 ; le roi en informa, le 23, l’archevêque de Corinthe et le capitaine, Jean Maigret (Johannes Magettus) avec ordre de transmettre la forteresse et tous les biens au sénéchal ; la cession était complétée par un acte de Robert annulant toute concession faite à d’autres dans la châtellenie : Buchon, Nouv. rech., II, pp. 143-155, nos xxv-xxvi, cf. I, pp. 103-106. Cf. Léonard, Jeanne Ixe, III, pp. 329 et n. 3, 371. (5) L’empereur Robert fait remise de l’arriéré dû au fisc et donne ordre aux vilains de réintégrer leurs habitations par deux actes du 4 novembre 1358 ; l’exemption de tout service féodal sauf pour Corinthe accordée à Nicolas est de la même date : Buchon, Nouv. rech., II, pp. 155-160, nos xxvii-xxix. (6) L’allusion à ces travaux se trouve dans la patente de concession de la châtellenie de Corinthe par l’empereur Philippe à Ange, fils de Nicolas Acciaiuoli en 1376 : Dictus magnus senescallus pater vester multas expensas fieri fecit in foriificatione et reparacione castri predidi », Buchon, Nouv. rech., II, p. 204, n° xxxiii. Nous avons cru pouvoir attribuer à cette époque en particulier une partie du circuit nord des murailles de l’Acrocorinthe, cf. Corinth, III, 2, pp. 219-227, 276-277.
218 RECHERCHES HISTORIQUES au grand connétable », au cas où il épouserait la fille du duc de Naxos ; sinon, il hériterait des terres en Messénie, du château de Voulkano, des villages de Garimidia, Grisi, Andrimoni, Gricij, et autres, à l’exception de celui de Pethoni dont les revenus devaient être affectés à l’entretien d’un couvent à construire et qui serait consacré à Saint-Benoît (1). La part laissée à Ange dépendait de la réalisation de son mariage avec l’héritière du duché de Naxos ; si cette union avait lieu, il devait obtenir les terres du grand connétable c’est-à-dire celles qui avaient appartenu à Nicolas Ghisi et qui, situées en Argolide, étaient les plus proches de l’Archipel (2) sinon, il recevrait au contraire les terres de Messénie, qui se trouvaient les plus éloignées des autres possessions de Nicolas, situées en Élide, Corinthie et Argolide. Le mariage d’Ange avec l’héritière du duché de Naxos, Florence Sanudo, qui aurait singulièrement étendu l’influence des Acciaiuoli en Morée, ne se réalisa pas, pas plus que celui de son frère Rainier ou Nerio avec cette princesse en 1362 ; Venise s’opposa à ce que Florence épousât un autre qu’un Vénitien (3). Mais l’archevêque de Corinthe, bail de la principauté, était tout dévoué au grand sénéchal. De plus celui-ci, grâce à la faveur dont il jouissait auprès du pape, et malgré l’opposition de certains cardinaux, réussit à faire désigner son cousin Jean Acciaiuoli comme archevêque de Patras en mai 1360 (4), et après la mort de Jean, c’est un autre membre de la famille, Ange, qui lui succéda en 1365 contre le Vénitien Paul Foscari (5). Un des frères de l’archevêque Jean, Rainier ou Nerio, que Nicolas avait adopté comme fils, s’établit également en Morée ; c’est lui que Jean avait en 1362 pensé marier à Florence Sanudo, projet qui échoua ; mais il jeta son dévolu sur les baronnies de Vostitsa et de Nivelet que Marie de Bourbon avait achetées en 1359, qu’elle voulut en 1363 engager à Nicolas, d’accord avec son fils Hugues de Lusignan, et que, en définitive, elle vendit purement et simplement à Nerio (6). C’est encore un des frères de Jean et de Nerio, Donato que le grand sénéchal, ne pouvant quitter l’Italie pour aller s’occuper sur place de tous ses intérêts en Morée, désigna au début de 1365 ; (1) Buchon, Rech. hist., II, pp. 388-415, et Nouv. rech ., II, n° xxx, pp. 161-198, en particulier 164, 175, 189-191, cf. I, pp. 108-112; — L. Tanfani, Nicola Acciaiuoli, pp. 123-127; — Léonard, Jeanne ITe, III, pp. 373-375. Ce testament remplaçait le premier que Nicolas avait fait en 1338 avant de partir pour la Grèce, cf. Léonard, Jeanne Ire, I, p. 184, n. 3. (2) Gf. supra , p. 183. (3) Hopf, II, pp. 3 B-5 A ; — Gerland, Neue Quellen, p. 37, et Documents, pp. 138-149. Florence était veuve depuis 1358 de Jean dalle Garceri, mais elle avait eu de lui un fils, Nicolas ; à la mort de son père, Jean Ier Sanudo, en 1362, elle devint duchesse jusqu’à la majorité de son fils en 1371. Elle épousa en 1364 le Vénitien Nicolas Sanudo Spezzabanda. (4) Gf. Gerland, Neue Quellen, pp. 35-36. Buchon fixe la date de sa nomination à 1350 ; Hopf, II, p. 1 B, à 1360 ; sur la date exacte v. Léonard, La nomination de Giovanni Acciaiuoli à V archevêché de Patras, dans Mélanges Iorga, Paris 1933, pp. 514-535, — et Jeanne ITe, III, pp. 388 et 642-644, pièces justificatives, nos xciv-xcv. — Gerland, Neue Quellen , p. 38. l’impératrice Marie ordonne au capitaine de Vostitsa et Fanari, Roger de Mota, de remettre ces châteaux pour les Acciaiuoli à Alexandre Brancaccio Imbriaco, maréchal de Sicile et d’Achaïe et bail de la principauté. En fait, le 13 novembre, les baronnies sont vendues. Le 17 mars 1364, Vostitsa et Nivelet sont reçues au nom de Nerio, chambellan de l’impératrice, par Alemanno Acciaiuoli et Jacques Boczuto, chancelier. Ces actes sont publiés par Huillard-Bréholles, Titres de la maison de Bourbon I, pp. 509-513 nos 2281-2283, 2892. Gf. Hopf, II, p. 5 A. (5) Hopf, II, p. 6 A ; (6) Le 12 octobre 1363,
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 219 comme son capitaine, vicaire et lieutenant dans la principauté et à Corinthe (1) : Donato ne devait d’ailleurs jouer qu’un rôle insignifiant en Morée. Mais, à cette date, son oncle apparaissait vraiment comme le plus puissant seigneur de la princi¬ pauté ; il possédait des terres dans toutes les régions, en Messénie, en Élide, en Corinthie et en Argolide, et disposait de moyens considérables qui lui permettaient de jouer un rôle beaucoup plus important que le prince lui-même. La prodigieuse fortune de la maison des Acciaiuoli est certainement le fait le plus frappant de l’histoire de la principauté de Morée sous l’empereur Robert. Ni ce dernier, en effet, toujours absent, ni ses baux n’ont laissé de traces de leur activité : les seules manifestations de son autorité qu’on puisse relever, c’est un acte par lequel il renouvelle, le 18 octobre 1361, la donation faite à Marie de Bourbon (2) ; le même mois, il envoie à Clarence son chapelain, le Chypriote Bartholomeo Schavas (3). Robert de Tarente et Nicolas Acciaiuoli disparurent à peu de mois d’intervalle ; le premier mourut le 16 septembre 1364 (4) sans laisser d’enfants ; Nicolas, à Naples, le 8 novembre 1365, à cinquante-cinq ans (5). La mort de l’empereur Robert devait être le point de départ d’un conflit très grave entre ses héritiers. Avant que n’éclatent ces nouvelles compétitions, il est nécessaire d’examiner ce qu’était devenue la Morée franque sous les princes angevins vers le milieu du xive siècle. La principauté vers le milieu du XIVe siècle : limites territoriales. — Pour dresser le tableau de la principauté à cette époque, nous nous servirons, en plus des sources que nous avons eu l’occasion de citer, d’une liste de fiefs malheureusement non datée mais qu’on peut attribuer probablement à 1377 (6) ; bien que postérieure de treize ans à la mort du prince Robert, elle correspond à un état de la Morée franque peu différent de celui où elle se trouvait en 1364. Un autre document, d’une portée moins générale (1) Buchon, Nouv. rech., Il, pp. 198-203, n° xxxi : acte daté de Melfi, 1er janvier 1365. (2) Huillard-Bréholles, op. cit ., I, pp. 508, 514, nos 2872, 2895. Cf. Hopf, II, p. 2 A. (3) Hopf, ibid., suppose que c’est pour veiller aux intérêts de son beau-fils Hugues de Lusignan, sur qui nous reviendrons (4) Hopf, plus bas. Annales de rebus Tarentinis, dans Raccolia di cronache 5 A, d’après Ph. Crassulus, V, Naples 1782, p. 112. (5) Buchon, Nouv. rech., I, pp. 114-115, — II, p. 203, n° 32. (6) Cette liste, que nous reproduisons en Appendice, Liste I, pp. 689-691, est conservée à Malte, Royal Malta Library, Valetta. Archives of the Order of St John of Jerusalem, cod. 55 (elle servait précédemment d’enveloppe aux Conti antichi della ricetta generale delV anno 1361) ; elle a été publiée par Hopf, Chron. gr.-rom ., pp. 227-228 (cf. Renell Rodd, The Princes of Achaia, II, pp. 288-291), et datée par lui de 1364, cf. Hopf, II, p. 7 ; elle énumère en effet les châteaux que possède Madame qu’il supposait être la princesse Marie, régnant seule à la mort du prince Robert. Le document a été revu par A. T. Luttrell, A fourteenth Century List of Barons of Achaia, BZ, LI, 1958, pp. 355-356, et The Principality of Achaea in 1377, BZ, LVH, 1964, pp. 340 345, qui la date de 1377 : Madame serait alors la reine Jeanne Ire ; il appuie cette hypothèse sur le fait que la liste signale que Centurione Zaccaria possède Stamira, qui, d’après le L. de los fech., § 704, lui aurait été donnée par Philippe III de Tarente, lorsque Centurione fut nommé bail à une date qu’on peut situer d’après le contexte vers 1370 ou 1371 ; de plus, la présence de ce document à Malte où se trouvent les archives des chevaliers de l’Hôpital, s’explique mieux s’il a été établi à un moment où la principauté appartenant à une dame avait quelque lien avec leur ordre ; or en 1377 la principauté est gouvernée par la reine Jeanne qui l’engage aux Hospitaliers, cf. infra, pp. 253-254 ; une liste de ce genre se justifie au moment de la prise de possession par eux. De ces arguments, le premier n’a de valeur, à nos yeux, que dans la mesure où l’on peut prouver que la chronique aragonaise fournit un renseignement exact, or elle contient bien des erreurs; mais on peut considérer comme plausible que la liste ait été rédigée au moment où la principauté passa de la reine Jeanne aux mains des Hospitaliers. napoletane II, p. , « »
220 RECHERCHES HISTORIQUES mais plus riche de détails, est un rapport fait pour la princesse Marie de Bourbon par son trésorier Nicolas de Boiano après une tournée sur ses terres : des allusions à la 13e et à la 14e indiction permettent de le dater de 1361 ou de 1362 ; il contient un exposé de la situation des terres appartenant en propre à la princesse, les baronnies de Vostitsa et de Nivelet avec Fanari, et quelques lieux moins importants (1). La relation du voyage de Ludolf de Südheim qui toucha les côtes du Péloponèse entre 1336 et 1341, n’apporte que peu de chose pour la connaissance du pays, pas plus que l’œuvre du géographe arabe Abou’l-feda (2). Depuis les succès remportés en 1306 par Philippe de Tarente et presque aussitôt compromis par la défaite infligée au bail Thomas de Marzano par Cantacuzène après 1309, la principauté d’Achaïe ou de Morée avait subi de graves pertes territoriales vers 1320 : les Grecs avaient réussi à lui enlever les forteresses de Karytaina et d’ Akova, et, temporairement au moins, celle de Polyphengos au nord, c’est-à-dire à occuper les barrières montagneuses qui séparaient les régions côtières des plaines intérieures et les dominaient : celles-ci échappent donc définitivement à la domination franque qui ne se maintient que dans les plaines de la périphérie : Messénie, Élide, côte d’Achaïe, Corinthie et Argolide, territoires que la liste de 1377 désigne sous les noms suivants : Kalamata, Morée, Grisera, Skorta, châtellenie de Corinthe. Peut-on fixer approximativement sur la carte la ligne qui séparait les deux territoires (3) ? Les Grecs occupaient essentiellement la Laconie et les bassins intérieurs. Sur la côte orientale, ils devaient occuper déjà Astros (4). Le territoire de la principauté devait rester en deçà des sommets qui dominent au sud-ouest la plaine de Nauplie et d’Argos ; la forteresse de Polyphengos, qui domine le bassin de Némée, prise par les Grecs dès 1320 d’après la chronique aragonaise, est cependant comptée au nombre des fiefs dépendant de la principauté en 1377 (5). Mais les Grecs ont repris (1) Ce document a été signalé par Du Cange, éd. Buchon, II, pp. 265-266, qui le date correctement mais en donne des extraits non dépourvus d’erreurs. Hopf, I, p. 433 A, le cite d’après Du Gange, mais en l’attribuant à Catherine de Valois, donc vers 1332 ; J. Longnon qui en a retrouvé l’original à la Bibliothèque nationale, dans l’ancien fonds de Saint-Germain-des-Prés, la copie ; il a bien voulu nous en communiquer le publie avec P. Topping dans Documents relatifs au régime des terres , Documents VIII. L’attribution à une date voisine de 1362 est confirmée par une allusion à l’époque où la baronnie de Nivelet appartenait à sont en « messire Philippe » qui ne peut être que Philippe de Jonvelle ; les personnages cités dans le rapport général connus pour cette époque et non pour 1332. (2) Sur ces auteurs, v. supra, pp. 31-32. La seule indication intéressante donnée par Ludolf de Südheim est l’importance du rôle qu’il attribue à l’ordre teutonique en Morée où il possédait de puissantes forteresses et poursuivait la lutte contre les Catalans et les Grecs. (3) La délimitation entre les terres appartenant à des Grecs du despotat et celles de la principauté devait être assez précise pour permettre de fixer les redevances dues par chacun à son suzerain ; mais elle ne correspond pas partout à notre conception d’une frontière entre deux États, comme le révèle l’existence des villages de parçon où se juxtaposent l’autorité et les droits de maîtres grecs et de maîtres francs, cf. supra, pp. 168-169. (4) Astros est mentionné comme dépendant du métropolite de Monemvasie dans un document de 1293, un chrysobulle d’Andronic II Paléologue fixant les privilèges, les propriétés et le ressort de la métropole; mais c’est un faux, le chrysobulle authentique est de 1301, nous y reviendrons plus bas, p. 224; cette réserve faite, v. sur Astros, Sp. Lampros, Die erste Erwàhnung von Astros, Leonidion und Areia, BZ, II, 1893, pp. 73-75 ; ’ ’ , — N. A. Bees, , XVII, 1908, . 92-93. Il est mentionné à nouveau dans un chrysobulle d’Andronic II de 1320, en faveur du couvent du Brontochion à Mistra, dont le texte a été publié par K. Zèsiou, , Athènes 1892, p. 58, puis par G. Millet, BCH, XXIII, 1899, pp. 112 et suiv. Cf. infra, pp. 515-516. (5) V. Appendice, A, I, infra, p. 691 : Sancto Georgio de Polifengno , appartenant alors à Nicolas Acciaiuoli. Ce château de Saint-Georges est probablement le même que celui qu’avait défendu Louis, délégué par les habitants de la châtellenie de Corinthe auprès de l’empereur Robert en 1358. « »
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 221 Kalavryta et, beaucoup plus près de la mer, Kernitsa qui devient le siège d'un évêché grec et où une église avait été fondée par une nonne de Lacédémone, fondation confirmée en 1316 par le gouverneur de Mistra, Andronic Asên (1) ; le couvent du Mégaspèlaion a dû servir à partir du milieu du xive siècle de résidence au métropolite que le patriarcat grec nommait au siège de Patras occupé par les Latins ; bien que disposant sans doute de peu de ressources, puisque la région la plus riche, la côte, échappait à son autorité, ce prélat joue dès ce moment un rôle assez important (2). On voit que les Francs ne devaient plus tenir le long de la mer qu'une bande très étroite, occupée en grande partie par la baronnie de Vostitsa. Toute la région monta¬ gneuse, les bassins de Stymphale et de Phénée étaient en territoire grec. Entre l’Élide franque et l'Arcadie grecque, la limite devait partir des sommets de l’Erymanthe pour suivre une ligne située un peu à l'est de l’affluent de l’Alphée qui porte le même nom d'Erymanthe et dans la vallée duquel se trouve Tripotamo ; dans la vallée de l'Alphée, la principauté comprenait encore Fanari et divers châteaux, Crèvecœur, la Combe et le célèbre Bucelet ; la table des fiefs de 1377 mentionne aussi le château de la Scala (Stala) qui doit être sur le site de l'antique Lykosoura (3). Mais le territoire grec, entre ce point et Bucelet s'avançait encore loin vers l’ouest puisque les villages de Zourtsa et de Moundra étaient partagés entre les Grecs et les Francs (4). Enfin la principauté comprenait toute la péninsule messénienne, vers le nord les hautes vallées jusqu'à Dimandra et Stala, la plaine du Pamisos jusqu'au pied de la chaîne du Taygète : elle ne devait pas s'étendre dans le Magne bien au-delà d'Halmyros, qui avait été donné en fief à Nicolas Acciaiuoli, et Giannitsa, qui domine Kalamata, était déjà en dehors de ses limites. Ces territoires formaient encore un ensemble assez vaste, comprenant des régions fertiles et riches, mais en face de la province grecque qui constituait un tout beaucoup plus massif, le défaut de la principauté est à cette date d’avoir une frontière très longue, difficilement défendable, depuis que les plus importantes forteresses construites pour tenir les passages de montagne étaient perdues. Il eût été, semble-t-il, plus facile (1) Miklosich et . et Müller, Acta , I, p. 52, n° 30. Gf. Hopf, I, p. 404 B ; — Gerland, N eue Quellen, p. 104 1. (2) Nombreux sont les documents mentionnant le métropolite de Patras au début du siècle : Miklosich et Müller, Acta, I, pp. 5-15, 18, 30, n03 3-6, 9, 16. Le plus ancien document attestant la résidence du métropolite au Mégaspèlaion ne date que de 1354 : Miklosich et Müller, Acta , I, pp. 326-327, n° 143 ; cf. infra , p. 224. C’est sans doute pour remédier à la modicité des ressources du métropolite que furent réunis en 1316 les sièges de Patras et de Lacédémone ; dans la liste des contributions à verser au patriarcat en 1324, Patras n’est inscrit que pour 40 hyperpères, alors que Monemvasie doit en verser 800, chiffre qui paraît d’ailleurs énorme : Miklosich et Müller, Aciaf I, pp. 19-20, 126-129, nos 10, 60. (3) Cf. Appendice, A, I, p. 690. pp. 60-63, puis par G. Millet, (4) D’après une inscription de Mistra, publiée par K. Zèsiou, , Les inscriptions byzantines de Mistraf BCH , XXIII, 1899, pp. 115-118, Andronic Asên, après 1320 et les victoires qu’il avait remportées, donna au couvent du Brontochion de Mistra, le metochion de la Théotokos de Vogalè en Skorta, — dont la localisation reste inconnue, — et les deux villages de Zourtsa et de Moundra ; la donation fut confirmée en 1322 par l’empereur Andronic II qui promit de céder au Brontochion la partie de ces villages qu’occupaient les Francs, dès que toute la région serait reconquise. Cf. Zakythènos, Le despotat grecf I, p. 82. D’autres villages étaient partagés de même : Boscio et Basilicu , cités dans l’héritage de Lise des Quartiers, Buchon, Nouv. rech., II, pp. 90, 91 ; malheureusement on ne peut les situer exactement en Élide où ils devaient être, ni par conséquent en tirer de conclusion sur la place de la frontière dans cette province. Sur ces villages mi-francs mi-grecs, v. D. Jacoby, Un régime de coseigneurie gréco-franque , en Morée} MEFRy LXXV, 1963, pp. 111-125.
222 RECHERCHES HISTORIQUES désormais pour les Grecs d’achever la conquête du Péloponèse que pour les Latins de le reprendre aux Grecs. En outre, certains cantons échappaient à l’autorité du prince c’étaient les territoires, toujours très limités, de Coron et de Modon, et les terres de l’Église dépendant de l’archevêque-baron de Patras, dont l’impératrice Catherine de Valois avait dû reconnaître l’indépendance : l’archevêque prétendait ne relever que du Saint-Siège, prétention soutenue par le pape lui-même en 1337. Il ne faut pas oublier cependant que les évêques de Coron et de Modon étaient vassaux du prince et lui devaient service pour les fiefs dont ils disposaient. : Les voisins de la principauté. Les Grecs. — Autour de la principauté d’Achaïe, la situation avait profondément changé depuis le début du siècle. Dans le Péloponèse même, sauf Patras, Coron et Modon, les Francs n’avaient toujours pour voisins que les Grecs de Mistra. Mais cette province était devenue plus puissante et son organi¬ sation avait fait de grands progrès. En 1308, les capitaines annuels avaient été rem¬ placés par un gouverneur dont le premier, un Cantacuzène, resta huit ans à la tête de la province ; son successeur, Andronic Asên, y demeura trois ans et son séjour fut marqué par des succès très importants sur les Francs. En 1321 fut nommé un person¬ nage considérable, le grand domestique Jean Cantacuzène, qui ne vint pas occuper ce poste lointain ; il ne se désintéressait pas des affaires de Morée : l’accueil qu’il fit en 1341 aux envoyés de la noblesse franque qui venaient lui offrir de la reconnaître pour suzerain et les projets qu’il fit alors (1) le prouvent, mais il ne voulait pas s’éloigner de Constantinople. Lui absent, la province grecque de Morée continua à être gouvernée par des personnages dont le rôle nous échappe et fut sans doute peu important. C’est seulement après 1347 que Jean Cantacuzène, ayant réussi à se faire proclamer empereur et à régner aux côtés de Jean V Paléologue, s’occupa à nouveau de la Morée. Constatant l’état déplorable dans lequel les attaques des voisins, des pirates et l’anarchie intérieure l’avaient plongée, il décida de la confier à son fils puîné, Manuel, avec le titre de despote. Il ne s’agissait pas d’une nomination analogue à celle des gouverneurs précédents la province grecque de Morée est désormais un despotat et constitue un apanage qui reste dans la famille des Cantacuzènes de 1348 à 1384. Manuel prit possession de ses fonctions vers la fin de 1348 et resta à la tête du despotat jusqu’à sa mort en 1380 (2). Son père devait, après son abdication, passer plus d’un an auprès de lui en 1359 et 1360, et revenir plus tard en Morée où il mourut moine ; son frère aîné Mathieu, qui était venu s’y établir vers la même date y resta et succéda à Manuel comme despote en 1380 (3). La création du despotat n’apporta d’ailleurs pas immédia¬ tement à la province grecque les avantages qu’on en pouvait attendre ; car l’admi¬ nistration de Manuel Cantacuzène fut troublée à plusieurs reprises par de graves événements : révolte de Lampoudios, puis, après 1355, rivalité entre le despote et les deux fils d’Isaac Asên, Michel et André, que Jean Y Paléologue, après l’abdication : (1) Cantacuzène, III, 11, 12, CSHB , II, pp. 74-76, 80, 83 ; il espérait que l’entente entre Francs et Grecs obligerait les Catalans à se soumettre et, rétablissant l’autorité de Byzance de façon continue de la capitale jusqu’au Péloponèse, permettrait de reprendre victorieusement la lutte contre les Serbes et autres barbares. (2) (3) Zakythènos, Le despotat Zakythènos, Le despotat grec , grec , I, pp. 94-98, et sur le despotat même ainsi créé, II, pp. I, pp. 100, 112, 114-116. 71 et suiv.
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 223 VI Cantacuzène, avait nommés gouverneurs de Mistra pour éliminer Manuel Cantacuzène. Mais celui-ci réprima la première, réussit à triompher des deux frères Asên et put désormais se consacrer à l’œuvre de réorganisation et de relèvement de la Morée byzantine (1). A vrai dire le despotat de Morée ne semble pas avoir, à l’époque du prince Robert, mené une politique agressive vis-à-vis des possessions franques. Il y aurait même eu, s’il faut en croire Jean Cantacuzène, un véritable traité de paix conclu entre Manuel et les Latins qui avaient reconnu que les hostilités leur apportaient plus de dégâts que d’avantages : les Latins seraient devenus les alliés du despote, s’engageant à le secourir contre ses ennemis en Morée ou hors de Morée (2). En effet les Francs et les Grecs luttèrent côte à côte contre les Catalans et les Turcs (3). Une des mani¬ festations de la politique bienveillante de Manuel à l’égard des Francs fut son mariage avec une princesse latine, Isabelle de Lusignan, fille de Guy, roi de Petite-Arménie, qui, en Morée, prit le nom de Maria ou Marguerite ; le mariage, envisagé dès 1341, mais ajourné ensuite par d’autres projets, n’eut lieu, semble-t-il, qu’après l’arrivée de Manuel en Morée ; la nouvelle despine de Mistra était cousine de Guy de Lusignan, prince de Galilée, qui avait été le premier mari de Marie de Bourbon, devenue, parson mariage avec Robert de Tarente, impératrice titulaire de Constantinople et princesse d’Achaïe; sa présence à la cour du despote a certainement contribué aux bons rapports entre Francs et Grecs (4). Cependant, si depuis 1326, la principauté n’a pas eu à subir d’attaques en règle de la part des Grecs, il est fort possible que, sur le plan local, les relations n’aient pas toujours été pacifiques, et qu’il y ait eu des actes de pillage, comme ceux que Jean Cantacuzène signale en territoire grec même, et ceux dont se plaignent les Vénitiens à Coron et à Modon de la part des Grecs du Magne (5). Mais le danger que l’État grec représentait pour la principauté pouvait être d’une autre nature : c’est l’attraction que risquait d’exercer un État voisin plus vivant, mieux organisé, sur une population qui dépendait d’un prince et d’un suzerain résidant outre-mer et paraissant peu disposés à s’intéresser réellement au pays, incapables de le protéger efficacement. C’est ce qui explique de la part des Francs le rapprochement avec Manuel comme la démarche des barons auprès de Jean Canta¬ cuzène en 1341. En particulier l’Église grecque reprend dans la péninsule une impor¬ tance très grande au cours du xive siècle. Elle avait été l’objet de la sollicitude des de Jean (1) Cantacuzène, CSH B, III, pp. 86-89. Cf. Hopf, I, pp. 449 B-450 A ; — Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 99-101. (2) J. Cantacuzène, Hist. IV, 13, CSHB, III, pp. 89-90. Cf. Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 106. (3) Cf. infra, p. 229. (4) Cette princesse est connue en particulier par un monogramme de Mistra publié par G. Millet, Inscriptions inédites de Mistra, BCH, XXX, 1906, pp. 453-459, et par une inscription de Longaniko publiée , ., V, 1932, p. 251. Une étude d’ensemble lui a été par S. Kougéas, Zakythènos, Une princesse française à la cour de Mistra au XIVe siècle, Isabelle de Lusignan XL IX, 1936, pp. 62-76, dont les conclusions ont été corrigées et précisées par St. Binon, Guy d'Arménie et Guy de Chypre, Isabelle de Lusignan à la cour de Mistra, AIPHOS, V, 1937 (Mélanges E. Boisacq, I), pp. 124-142, en particulier pp. 134-142, qui nous paraît avoir définitivement éclairé la question. (5) J. Cantacuzène, Hist. IV, 13, CSHB, III, p. 85 — sur les plaintes des Vénitiens de Coron et de consacrée par D. A. Cantacuzène, BE G, ; Modon, v. supra, p. 211. 16
224 RECHERCHES HISTORIQUES empereurs Andronic II et Andronic III Paléologues et continua de l’être pour le despote Manuel Cantacuzène. Depuis 1262, la métropole de l’Église grecque en Morée était Monemvasie. Le chrysobulle d’Andronic II, promulgué en 1301, en faveur de la métropole de Monemvasie réorganisait en fait l’Église moréote : il fixait le rôle et les droits du métropolite qui prenait le rang de celui de Sidè en Pamphylie4 avec le titre d’exarque de tout le Péloponèse : aux évêchés sufïragants qu’il avait eus jusque-là, Kythouria, Hélos, Maïna, Réondas, Andronic ajoutait Zemeno dans la région de Corinthe et, en Messénie, Coron et Modon (1). La métropole de Patras dont le siège était toujours entre les mains des Francs avait une situation moins brillante, bien que son titulaire, dont l’existence est attestée pendant tout le xive siècle, portât le titre d’exarque de toute l’Achaïe (2). Elle avait perdu tous ses sufïragants anciens ; en 1316, elle fut réunie avec Lacédémone et reçut comme sufïragant l’évêché de Kernitsa où nous avons déjà signalé une fondation pieuse ; cependant en 1324, elle ne pouvait verser au patriarcat que la modeste contribution annuelle de 40 hyperpères alors que Monemvasie en versait 800 (3) ; mais vers le milieu du siècle, la situation s’améliore : la métropole de Lacédémone est de nouveau distincte et reçoit comme sufïragant Amyclées, et le métropolite de Patras trouve une résidence régulière à partir de 1354 dans le couvent stavropégique du Mégas pèlaion (4). A Lacédémone, les fondations pieuses et les riches dotations des églises ou des couvents de Mistra se multiplient, attestant la renaissance de la vie religieuse en Morée byzantine ; les plus curieuses sont celles du couvent du Brontochion (5). ( 1 ) On a longtemps fait état d’un chrysobulle de 1293, qui citait aussi parmi les suffragants de Monemvasie l’évêché d’Androusa : il a été publié par Zacharias von Lingenthal, Jus Graeco-Romanum , III, pp. 608-615, — éd. Zépos, I, pp. 516-522, — Miklosich et Müller, Acta, V, pp. 155-161. Sur les différentes éditions de ce texte, N. A. Bees, ’, I, Athènes 1906, . 68. Mais l’étude critique de ce document a révélé qu’il avait été fabriqué par un métropolite du xvie siècle, Makarios Melissènos, pour gagner un procès relatif à sa juridiction sur Androusa ; c’est le même personnage qui aurait rédigé ou inspiré le Chronicon majus attribué à Sphrantzès, cf. supra, p. 12. Sur ce faux chrysobulle, voir Fr. Dôlger, Ein literarischer und diplomatischer Fâlscher des XVI. Jahrhun derts, Metropolii Makarios von Monemvasie, Festgabe O. Glauning, pp. 25-35, cf. BZ, XXXVII, 1937, p. 194 ; — St. Binon, L'histoire et la légende de deux chrysobulles d' Andronic II en faveur de Monemvasie. Macaire ou Phrantzès, EO, XXXVII, 1938, pp. 274-311, et en dernier lieu R. J. Loenertz, Mélanges Mercaii, III, pp. 273 311. Le chrysobulle de 1301 a été publié par Miklosich et Müller, Acta, V, pp. 453-454, et par St. Binon, l.l., pp. 306-310. Sur l’organisation de l’Église grecque du Péloponèse sous les Paléologues v. les notitiae episcopaiuum publiées par G. Parthey, Hieroclis Synecdemus et notitiae graecae episcopatuum, Berlin 1866, notices n° 11, pp. 230, 232, n° 12, pp. 238, 239, 242, n° 13, pp. 256, 257, 259 ; la notice 11 est également publiée par H. Gelzer, Ungedruckte und ungenügend verôffentlichte Texte der Notitiae episcopatuum, Abhandl. der philos. -philol. Cl. der K. bayer. Ak. der Wiss., XXI, 3, Munich 1901. Sur la métropole de Monemvasie et ses sufïragants, v. Zaky thènos, Le despotat grec, II, pp. 271-280. (2) Sur l’Église grecque de Patras, grec, II, pp. 288-291. (3) Miklosich et Müller, voir Gerland, Neue Quellen , pp. 101-104 ; — Zakythènos, Le despotat Acta, I, pp. 126-129. ; cf. Hopf, I, p. 449 ; — Gerland, Neue Quellen, (5) Les documents les plus intéressants sont les quatre chrysobulles d’ Andronic II et de Michel IX Paléologue promulgués entre 1314 et 1320 dont le texte est peint sur les murs du couvent du Brontochion (4) Miklosich et Müller, Acta, I, pp. 326-330, n08 143-144 p. 102 ; — Zakythènos, Le despotat grec, II, pp. 288-291. III, 1893, pp. 461 et suiv. (et , Mistra : ils ont été publiés par K. G. Zésiou, , pp. 54-68) et de façon plus complète par G. Millet, Les inscriptions byzantines de Mistra, BCH, XXIII, 1899, pp. 100-118. Ils sont intéressants entre autres par l’énumération des lieux où se trouvent les propriétés du monastère et qui devaient être en territoire grec : nous les avons déjà utilisées à ce point de vue plus haut. Sur la métropole de Lacédémone, v. Zakythènos, Le despotat grec, II, pp. 281-284. à
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 225 On ne peut pas tirer argument de l’existence d’un évêché grec pour admettre que le territoire de cet évêché ait appartenu aux Grecs, que l’évêque ait résidé à son siège épiscopal. En fait le métropolite de Patras n’était pas à Patras. Une partie de l’évêché de Zemeno était probablement sur les terres du despote, sinon le village même. En Messénie, il n’y avait pas à cette époque d’évêché grec d’Androusa, mais il y en avait à Modon et à Coron, et leurs titulaires ont certainement résidé dans ces villes vénitiennes, à côté des prélats latins (1). En tout cas la réorganisation d’une Église grecque vivante, son activité expliquent le mouvement contre lequel le pape Jean XXII tenta de réagir en 1322 dans la lettre où il dénonçait vigoureusement les nombreux habitants d’origine latine ou nés de mariages mixtes qui, dans la princi¬ pauté, abandonnaient l’Église catholique pour le rite grec (2). En bref, officiellement, si l’on peut dire, les Grecs restaient rangés au nombre des ennemis (3). Les Catalans et la Grèce du Nord. — Au nord de la principauté, la compagnie catalane occupait l’Attique depuis 1311 ; elle s’était emparée, après la mort de Jean II d’Épire en 1318, d’une partie de la Thessalie, constituant ainsi le duché d’Athènes et de Néopatras. Pendant longtemps ces nouveaux venus que les Francs de Morée considéraient comme des barbares furent des voisins redoutables et mena¬ çants pour eux. On put croire un moment qu’ils étendraient leur domination au-delà de la Grèce centrale la région de Corinthe et l’Argolide surtout souffrirent de leurs attaques. Les habitants de l’Argolide semblent même un moment, vers 1318-1319, avoir été prêts à se soumettre à eux (4). En 1321, d’Avignon, le roi Robert de Naples dénonce les menaces qu’ils font peser sur la principauté en même temps que les préparatifs d’une attaque grecque (5). La correspondance pontificale et les nombreux documents qui montrent les efforts que fit Jean XXII pour encourager et aider le duc titulaire d’Athènes, Gautier II de Brienne, dans la réalisation de ses projets d’expédition contre eux, révèlent que pendant trente ans au moins ils ne cessèrent de harceler les côtes nord-est de la Morée (6). Malgré cet appui et celui que lui accordait le roi Robert de Naples, Gautier ne réussit pas dans la tentative qu’il fit en 1331-1332 pour reprendre l’Attique il est vrai qu’une aide décisive lui fit défaut, celle de Venise qui, ayant en 1319 repoussé les Catalans d’Eubée, avait conclu avec eux une trêve qu’elle renouvela en 1321 et en 1331 (7). Le pape Jean XXII écrivit encore à : : (1) Des documents vénitiens font allusion aux plaintes de l’évêque Georges de Modon qui reproche en 1358 au châtelain de tolérer un évêque grec, au conflit qui éclate en 1361-1362 entre l’évêque grec, Marc, et le châtelain de Coron, cf. Hopf, I, p. 451, II, p. 2 A. Sur la situation de ces évêques v. Gerland, N eue Quellen, p. 103, n. 3. (2) Cf. supray p. 203. (3) Corinthe est située in fronteriis Grecorum pariter et Turchorum d’après l’acte de Robert de Tarente en faveur de Nicolas Acciaiuoli en 1358, Buchon, Nouv. rech.f II, p. 159. Sur la possibilité d’un conflit autour de Polyphengos, cf. supraf pp. 217, 220, n. 5 (château de Saint-Georges). (4) Cf. supray p. 201. (5) Cf. Rubio i Lluch, Diplomatariy pp. 147-148, n° 119, cf. supray p. 204. (6) Voir en particulier la lettre de Jean XXII, datée du 1er octobre 1322, citée ci-dessus p. 204, n. 4, dans laquelle il insiste surtout sur le fait que les Catalans enlevaient des habitants pour les vendre comme esclaves aux Turcs. Intéressantes sont aussi les lettres de Marino Sanudo, Sécréta ftdelium crucis, Ep., XVI et XVII, éd. Bongars, pp. 304, 307, dont la première est reproduite par Rubio i Lluch, Diplomatariy p. 164, n° 133, cf. supra , p. 206. (7) Cf. supra , pp. 207.
226 RECHERCHES HISTORIQUES [’archevêque de Patras et à l’évêque d’Oléna, le 12 août 1334, pour les inviter à proclamer une fois de plus l'excommunication des Catalans si, dans les six mois, ils n’abandonnaient pas le duché d’Athènes (1) ; Gautier avait probablement repris son projet d’expédition des démarches furent tentées à nouveau auprès de Venise qui refusa son aide en 1335 et en 1336 (2). En fait rien ne fut entrepris alors. C’est ici que se place le conflit qui opposa la papauté et l’impératrice Catherine à propos de l’archevêque de Patras. Le successeur de Jean XXII, Benoît XII, très soucieux de rétablir l’unité religieuse en Orient, condamna encore une fois les Catalans en 1339 (3). Mais la situation évoluait les Catalans avaient certainement perdu le caractère agressif qui les rendaient menaçants pour leurs voisins ; ils étaient installés solidement dans le pays et Gautier de Brienne de son côté tournait ses ambitions vers d’autres directions, vers Florence. Enfin et surtout, un autre danger grandissait en Orient, autrement redoutable pour les Latins et pour la chrétienté que la compagnie catalane, ce sont les Turcs. Aussi Benoît XII lui-même, peu avant sa mort, chargea-t-il en février 1341 l’évêque de Négrepont, Henri d’Asti, devenu patriarche de Constan¬ tinople, d’une mission de conciliation auprès des Catalans (4). Après lui, Clément VI intervint plus directement pour essayer de réconcilier le duc titulaire d’Athènes et la compagnie (5). Quelques années plus tard enfin, à la demande du chef de la croisade organisée contre les Turcs, le pape consentit à relever pour trois ans les Catalans de l’excommunication prononcée contre eux, en échange de leur aide contre les Infi¬ dèles (6). A partir de ce moment, Gautier de Brienne semble avoir abandonné tout espoir de recouvrer le duché d’Athènes ; ce sont les Turcs qui apparaissent comme les ennemis les plus dangereux ; les Catalans eux-mêmes connaissent une période de crise (7). Au-delà du duché d’Athènes et de Néopatras, au nord et à l’ouest, Jean VI Cantacuzène avait réussi un moment à rétablir l’autorité byzantine sur toutes les ; : il) Jean XXII, Lettres communes , éd. G. Mollat, XIII, p. 182, n° 63752 ; — Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 206-209, n° 158, qui la date inexactement de 1333. Du Cange, éd. Buchon, II, p. 203, signale que l’excom¬ munication fut effectivement proclamée à Patras, le 29 décembre 1334, dans l’église Saint-Nicolas des Frères mineurs, en présence du grand connétable Bartholomeo Ghisi dont le château de Thèbes dut être détruit vers cette époque, entre 1331 et 1334. Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 212-215, nos 162-163, 165. Cf. Hopf, I, p. 436 B. Venise offrit seulement à Gautier le passage sur ses navires s’il voulait se rendre en Morée et des armes pour Argos et Nauplie destinées à la défense contre les Turcs, cf. infra, p. 228. (3) Setton, Catalan dominaiiov , pp. 45-46 : c’est probablement à la demande du duc titulaire d’Athènes et pour réagir contre l’attitude de l’archevêque de Thèbes, Isnard, qui paraissait disposé à s’entendre avec les (2) Catalans. (4) Sur ces négociations, dont seul le résultat nous intéresse ici, v. Hopf, I, pp. 436 B-437 A ; — Setton, Catalan domination, p. 47. (5) Clément VI, Lettres closes, patentes et curiales se rapportant à la France, éd. Deprez, I, col. 162-163, 204-205, 482-484, nos 388, 465, 1608 ; — Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 234-237, nos 182-183. Cf. Setton, Catalan domination, pp. 47-48. Venise favorisait ce rapprochement : Thiriet, Régestes, U, p. 45, n° 125. L’intérêt de cette réconciliation tient en partie au fait que Gautier de Brienne avait échoué dans sa tentative de prendre le pouvoir à Florence ; en fait d’ailleurs il ne retourna pas en Grèce et mourut en 1356 à la bataille de Poitiers. pp. 77-79 ; — Rubio (6) Raynaldi, Ann. eccles ., ad ann. 1346, n°65, VI, p. 422; — Lampros, ’, i Lluch, Diplomatari, pp. 242-247, n°* 188-189. Cf. Hopf, I, pp. 439 B-440 A ; — Gregorovius, Stadt Athen, II, pp. 133-134 ; — J. Gay, Le pape Clément VI et les affaires d'Orieni, pp. 70, 156-157 ; — Setton, Catalan domination, p. 48. (7) Cf. Setton, op. cil., pp. 62 et suiv.
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 227 provinces de la péninsule balkanique et même sur l’Épire qui formait un despotat indépendant depuis le début du siècle précédent. Nous signalons le fait, car il coïncide à peu près, vers 1341, avec l'époque où les nobles moréotes vinrent proposer à Jean Cantacuzène de le reconnaître comme suzerain ; il est très probable que ces succès expliquent l’attrait que pouvait exercer sur eux la puissance impériale qui semblait appelée à reconquérir un rôle de premier plan. Nous n’avons pas à suivre les vicissitudes du despotat d’Épire au cours du xive siècle. La famille des Comnènes Doukas en avait été dépossédée par les Orsini de Céphalonie en 1318 ; mais après la courte période où les Angevins avaient pu considérer ces régions comme leur apparte¬ nant, l’empereur Andronic III, profitant des troubles et des rivalités, y rétablit l’autorité impériale vers 1339 ; pour peu de temps aussi, car le tsar des Serbes, Étienne Douchan, s’en empara ; dès le lendemain de sa mort, le despote Nicéphore II, dépossédé en 1339, reprit possession de ses terres. Mais, en définitive, l’Épire, l’Acar nanie et l’Étolie, un moment occupés par Syméon Ouroch après un combat où Nicéphore périt en 1359, devaient rester aux mains des Albanais qui y établirent deux principautés : celle du sud s’étendit bientôt jusqu’au golfe de Patras et devait enlever en 1378 Naupacte aux Angevins de Naples (I). Ce qu’il faut retenir de ces événements, c’est d’une part la perte des possessions angevines dans cette partie de la Grèce, qui affaiblissait les positions latines en Romanie, d’autre part l’apparition et le rôle grandissant des Albanais. Il existe peu de renseignements précis sur l’activité des Albanais en Morée ; s’ils se sont montrés redoutables en plus d’une circonstance pour les populations de Grèce centrale, les textes qui insistent si souvent sur les attaques des Catalans et des Turcs et sur la triste situation où elles réduisent la Morée franque ou grecque, ne signalent pas d’incursions albanaises ni d’actes de piraterie. Les Albanais apparaissent en Morée comme mercenaires ou comme colons introduits en particulier par Manuel Cantacuzène (2). Les Turcs. — Beaucoup plus inquiétante était la présence des Turcs dans l’Archipel. Dès le début du siècle, les îles les virent apparaître et commencèrent à souffrir de leurs actes de piraterie. Entre 1326 et 1330, Marino Sanudo signale leurs méfaits en Morée (3). Leurs progrès sont rapides au point de susciter l’organisation d’une action concertée contre eux (4). Le chef turc le plus redoutable est alors l’émir (1) Hopf, I, pp. 440B-446B, 458A-459A, — II, pp. 32A-34B, 37A-39A; — A. Vasiliev, II, pp. 291 — H G, h.m.a.y IX, 1, pp. 247-252, 284-287 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 102-104. (2) Cantacuzène, Hist., IV, 13, CSHBf III, p. 88. Cf. Hopf, I, p. 422 B ; — Zakythènos, Le despotat grecy I, pp. 101-102, 104-105. Sur la question albanaise en Morée et en particulier en Corinthie, v. I. Chr. Poulos, ’ , Athènes 1950. (3) Dans les lettres citées ci-dessus, p. 206, et par Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 90-91. La lettre de 1322 du pape Jean XXII que nous avons citée p. 204, n. 4 est dirigée surtout contre les Catalans, et les Turcs ne sont mentionnés que parce qu’ils achètent comme esclaves les habitants de l’Achaïe enlevés par les Catalans. Cantacuzène, Hist., II, 38; — IV, 13, CSHB, I, p. 537 et III, p. 85, fait allusion aux incursions turques, sans donner de précisions sur les dates. En 1326, Venise en conflit avec les chevaliers Teutoniques envoie 300 soldats à Modon ; mais ce contingent devait être destiné en même temps à protéger le port contre les pirates turcs. Cf. Hopf, I, pp. 416 B, 423 A, 425 B-426 A ; Hopf, I, p. 431 A, signale également, d’après les Registres angevins, l’envoi de navires sous le commandement de Marino Cossa vers 1333, pour protéger la principauté 297, contre les Turcs. (4) Les incursions et les conquêtes des Turcs aussi bien que les alliances et les projets de croisade contre eux ont été étudiés par N. Jorga, Philippe de Mézières et la croisade au XIVe siècle, 1327-1405, qu’il a complété
228 RECHERCHES HISTORIQUES < Ay din, Umur pacha (1) ; sa flotte, qui domine la mer Égée, apparaît pour la première fois sur les côtes du Péloponèse en 1332 ou 1333 ; au printemps de 1335, une nouvelle expédition pénètre jusque dans le golfe de Messénie (2). Voyant le danger grandir, Venise envoie des armes à Patras en 1342, autorise en 1344 le transport d'armes d'Eubée vers Nauplie et Argos, à condition qu'elles servent contre les Turcs et non contre les Catalans (3). Sous les auspices du pape Clément VI, une ligue se forma qui comprit Venise, Gênes, Chypre et les chevaliers de Saint Jean-de- Hôpital établis à Rhodes. C'est alors que le pape se décida à régler le conflit avec les Catalans d'Athènes, en échange de leur concours dans la lutte contre les Turcs. Malgré les brillants succès de 1344, cette croisade se termina sans résultats décisifs (4). Les Turcs continuèrent leurs attaques et leurs pillages : au printemps de 1349 une flotte de quatre-vingts navires pénètre dans le golfe de Patras, et l'archevêque Nicolas achète un navire à Venise pour défendre la ville. L'année suivante, son successeur Renaud de Lor fait appel à Venise ; en janvier 1351, il adjure le pape de l'aider dans la lutte contre les Grecs et les Turcs (5). Mais à cette époque, Venise est absorbée par la lutte contre Gênes, ce qui laisse le champ libre et favorise même l’action des Turcs. Inquiet de cet état de choses, le pape songea, en 1356, à transférer le siège de l’ordre de l'Hôpital de Rhodes en Morée ; Jacques de Savoie renonçant à l'espoir, un moment caressé, de recouvrer la principauté avec l’aide du roi de Hongrie avait offert de vendre au Saint-Siège ses droits sur l'Achaïe ; le projet, auquel s'intéressa par un article, Latins et Grecs (V Orient et V établissement des Turcs en Europe ( 1342-1362 ), BZ, XV, 1906, pp. 179 222, où il a utilisé les résultats des travaux parus jusqu'à cette date, en particulier de l’ouvrage fondamental de J. Gay, Le pape Clément VI et les affaires d' Orient. La question a été reprise plus récemment par Sp. Théo tokis, ' , , VII, 1930, . 283-298 : les négociations en vue d’une action concertée dans l’Égée contre et aboutissent à une première alliance en 1332 qui n’intéresse pas directement la principauté d’Achaïe ; cf. Thiriet, Romanie vénitienne , pp. 165-166. (1) Sur la carrière de ce personnage et sur l’activité des Turcs dans la première moitié du xive siècle, v. P. Lemerle, L'émirat d'Aydin, cf. supra pp. 28-29. (2) P. Lemerle, op. cit., pp. 83-88, 102-106. La flotte turque en 1335 attaqua une région que commandait un personnage que le Destan d'Umur Pacha appelle « Ispen » ; ce nom doit être l’équivalent du grec Spanis, nom connu par divers documents ou textes et qui était celui de notables de la région montagneuse située à l’est et au sud-est de Kalamata, cf. infra, p. 505 ; la flotte turque avait donc remonté les côtes du Magne jusqu’au fond du golfe de Messénie, mais il n’est fait aucune allusion au territoire de la principauté ou à des les Turcs remontent chefs à 1318 francs. (3) E. Gerland, Neue Quellen , p. 30, n. 2 ; — Hopf, I, p. 439 B. (4) En 1344, sous le commandement du patriarche latin de Constantinople, Henri d’Asti, de Martino Zaccaria, à qui les Byzantins avaient enlevé Chio en 1327, et du Vénitien Pierre Zeno, les alliés prirent Smyrne. Mais dès le début de 1345, les trois chefs tombaient victimes d’une embuscade ; le pape nomma à leur place entre autres Bertrand des Baux ; puis le commandement de la croisade fut confié à Humbert II, dauphin de Viennois qui partit au début de 1346, J. Gay, Le pape Clément VI et les affaires d'Orient, pp. 32-79 ; N. Iorga, BZ, XV, 1906, pp. 197-199 ; — C. Favre, Le dauphin Humbert II à Venise et en Orient, MEFR, XXVII, 1907, pp. 509-562; — P. Lemerle, op. cit., pp. 180-203. C. Favre a publié, pp. 545-547, une lettre de Clément VI, datée du 26 mai 1345, donnant un triste tableau de l’état déplorable et des vexations de la popu¬ lation in partibus Romaniae. Cf. Zakythènos, Le despolal grec , I, p. 92. Le pape insiste de même sur le danger que les Turcs font peser sur la Morée dans une lettre au roi de France Philippe VI, Raynaldi, Ann. eccles., ad ann. 1345, n° 4, VI, pp. 375-376, cf. J. Gay, op. cit., p. 61. (5) Raynaldi, Ann. eccles., ad ann. 1350, n°* 27-28, VI, pp. 514-515. Cf. Hopf, I, p. 449; — Gerland, Neue Quellen, p. 31. La Vie de Charles Zeno, RIS, XIX, col. 212, rapporte que l’archevêque est obligé de faire continuellement la guerre aux Turcs.
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 229 déjà le futur grand maître Heredia, avait le double avantage d'assurer à la Morée latine une meilleure défense et aux Hospitaliers, une base plus solide pour leur action contre les Turcs. Mais il fallait le consentement de l'empereur Robert, prince réel, pour que la vente à l'Hôpital pût être réalisée. Innocent VI essaya d'obtenir son accord soit par des négociations directes, soit par l’intermédiaire de Nicolas Acciaiuoli ; l’opposition de Robert fit échouer le projet (1). En Morée, la situation était devenue intenable ; les habitants de Corinthe ayant supplié le prince de venir à leur aide, Robert se décida à confier leur défense à l'homme de confiance, seul capable de mener à bien cette tâche difficile, Nicolas Acciaiuoli, qui reçut alors la châtellenie de Corinthe. Le grand sénéchal semble avoir envisagé un moment non seulement de protéger la région qui lui était confiée mais d'aller attaquer les Turcs : c'est du moins ce que laisse supposer une lettre d’innocent VI qui le félicite en 1359 de son intention d’équiper une flotte contre les Turcs. Ce projet ne fut pas réalisé (2). Les Turcs trouvèrent encore une occasion inespérée de piller l'Achaïe ; les relations pacifiques entre les Vénitiens d'Eubée et les Catalans d'Athènes, qui duraient depuis 1319, ayant été rompues sous le gouvernement de Roger de Lluria, celui-ci fit appel aux Turcs qui vinrent en Attique et ne manquèrent pas d'exercer leurs ravages sur les côtes de la Morée (3) ; le conflit dura trois ans de 1362 à 1365. C'est vers cette époque qu'il convient, croyons-nous, de placer un épisode où l'on voit pour une fois les différents éléments chrétiens de Grèce unir leurs efforts contre les Turcs. D'après le Libro de los fechos , le bail de la principauté, le chevalier français Gautier de Lor et le despote Manuel Cantacuzène, avec des galères de Venise et de l'ordre de Saint-Jean-de-l’Hôpital, commandées par Raymond Bérenger, attaquèrent près de Mégare la flotte turque, dont ils brûlèrent trente-cinq navires ; les Turcs s'enfuirent à Thèbes, auprès de Roger de Lluria, et la flotte alliée, ne pouvant les y poursuivre, se retira (4). (1) Hopf, I, p. 451 B ; — F. Cerasoli, Innocenzo VI e Giovanna I, Regina di Napoli , ASPH, XXIII, Le Roulx, Les Hospitaliers , pp. 131-132, 133, 199 ; — Zakythènos, Le 1898, pp. 19-20 ; — J. Delaville despotat grec , I, p. 107 ; — Longnon, L'empire latin , p. 327. Innocent VI avait envoyé auprès de Robert un commandeur de l’Ordre, Nicolas Benoît, et l’archevêque Bernard de Salerne ; il écrivit, le 16 décembre 1356, à Nicolas Acciaiuoli, l’invitant à agir auprès de Robert pour arracher la principauté aux mains des Infidèles, cf. Buchon, Nouv. rech., I, p. 100, . 1, qui suppose qu’il s’agit des Catalans ; il est probable que ce sont aussi les Turcs. Buchon, Nouv. rech., II, pp. 135-136, n° xxii. Cf. Hopf, II, p. 3 A. En 1362, le roi de Chypre, Pierre Ier Nicolas Acciaiuoli pour réclamer son aide dans une expédition contre les Infidèles, sans plus de résultat, (2) écrit à cf. Buchon, Nouv. rech., pp. 134-135, n° xxi. eccles., ad ann. 1364, n° 27, VII, p. 108. Cf. Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 108 ; — Setton, Catalan domination, pp. 59-60. (4) L. de los fech., §§ 685-686 ; le bail Gautier « de Lor » n’est connu par aucun document, on ne peut donc le dater exactement ; la chronique cite entre lui et la mort du prince Robert six autres baux, mais nous avons dit que cette liste ne peut être considérée comme sûre. Cantacuzène, Hist., IV, 13, CSHB, p. 90, confirme l’alliance entre Grecs et Latins et leur campagne commune contre Roger de Lluria, mais sans donner de date. Delaville Le Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes , p. 139, place l’épisode en 1357 ; la date est peu probable, non plus que celle de 1359 ; car ce succès ne semble pas avoir pu précéder a démarche des habitants de Corinthe auprès du prince pour demander une intervention efficace. Il paraît plus logique de le placer au moment où les Vénitiens sont en guerre avec les Catalans et où les Turcs sont au contraire les alliés de ces derniers, c’est-à dire à partir de 1362. Cf. Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 108-109, le situe entre 1358 et 1362 ; — Setton, Catalan domination, pp. 58-61, préfère 1364, cette bataille aurait décidé les Catalans à faire (3) Raynaldi, Ann. J
230 RECHERCHES HISTORIQUES Relations avec Venise et avec Gênes. — Il faut encore tenir compte d’un autre élément si Ton veut se représenter l’atmosphère qui régnait en Morée dans le cours du xive siècle, les diverses activités ou influences qui pouvaient s’y exercer : ce sont les relations commerciales et tous les intérêts qui y étaient liés. Quelque désolé que fût le pays exposé aux pirates de toutes sortes, aux conséquences néfastes de la rivalité entre Francs et Grecs, aux incursions des Catalans ou des Turcs, les ports comme Patras, Clarence, et, à un moindre degré, Vostitsa et Corinthe aussi bien que les escales vénitiennes de Coron et Modon, ou Monemvasie en territoire grec étaient très actifs ; ils devaient se faire concurrence pour attirer les marchands (1). De leur côté, marchands et banquiers avaient entre eux de redoutables rivalités. L’intérêt de Nicolas Acciaiuoli pour la Morée a certainement eu pour point de départ des raisons financières (2). Venise était par excellence la grande puissance dont les négociants et les navires fréquentaient les ports d’Achaïe ; ce sont essentiellement ses intérêts qui dictaient ses alliances et ses interventions ; elle refusa de 1319 à 1362 de rien entreprendre contre les Catalans d’Athènes ; mais elle suivait de près la politique de ceux à qui elle accordait sa protection comme l’archevêque de Patras, devenu indépendant du prince ; elle était toujours prête à défendre la cause et les intérêts de ses marchands molestés ou dépouillés, ce qui était assez fréquent, du fait des pirates ou des autorités locales (3). Mais la situation devint difficile et risqua d’avoir de graves conséquences pour la principauté quand Venise fut en conflit déclaré avec sa rivale, Gênes, en particulier entre 1350 et 1355. L’archevêque de Patras voulut en profiter pour se libérer de la protection de la Seigneurie, et accepta de recevoir une flotte génoise : Venise protesta vivement contre les dommages subis à cette occasion par ses négociants (4). Des incidents plus graves se produisirent : les habitants de Modon, dès que la guerre éclata, se jetèrent sur le village de Mania tochori, sous prétexte qu’il appartenait à un Génois ; puis ce fut le Génois Grimaldi qui débarqua en mars 1354 à Port-de-Jonc et pilla les biens des Vénitiens qui habitaient près de là. Des réclamations furent adressées au prince Robert et à son bail en 1355 et en 1356 (5). On put craindre un moment que les Aragonais alliés la paix avec les Vénitiens. Il faut tenir compte du fait que Raymond Bérenger était en Orient comme comman¬ deur de Kos avant 1362, mais qu’il a dû être nommé grand-précepteur entre avril 1361 et septembre 1362, et que sa présence est signalée en occident dès juillet 1362 ; c’est donc au printemps de 1362, au plus tard, qu’il a pu participer au combat contre les Turcs ; cf. J. Delaville Le Roulx, op. cil., p. 149 et n. 4 et 5. (1) Sur la politique de l’empereur Andronic II en faveur de Monemvasie et les privilèges qui lui furent accordés pour favoriser son commerce, v. Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 83-85. (2) Gerland, N eue Quellen, pp. 28-30, insiste avec raison sur l’importance des intérêts économiques et financiers dans le rôle que Nicolas joua en Morée et l’attitude qu’il prit. (3) V. p. ex. les protestations et les mesures prises en 1341 à la suite d’incidents survenus à Clarence ; à la même époque, Venise a étudié la possibilité d’occuper la châtellenie de Kalamata » et les avantages qu’il y aurait pour elle à le faire, Thiriet, Régestes , I, nos 116, 123, 131, pp. 45-47. Cf. Hopf, I, p. 434. (4) Bien que l’archevêque Renaud de Lor ait déclaré, le 7 octobre 1353, qu’il n’était pour rien dans cette affaire, Venise le tint pour responsable des dommages faits par les Génois aux Vénitiens : cf. Hopf, I, p. 450 B ; — Gerland, Neue Quellen , pp. 32 et n. 3, 151-156, Documents VI, 2 : — Thiriet, Réqesies , I, pp. 74 « 76, nos 263, 265, 271. Léonard, Jeanne Ire, HT, p. 496, n. 7; des Vénitiens de Clarence (5) Cf. Hopf, pp. 450 B-451 A ; avaient aussi subi des dégâts, Thiriet, Régestes, I, pp. 76, 79, nos 271, 282.
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 231 de Venise, qui n’hésitaient pas à piller les côtes de la presqu’île, n’y fissent une véritable expédition (1). En 1355, il est vrai, l’archevêque de Patras renouvelait les privilèges des Vénitiens (2) ; malgré la tension des relations entre le royaume de Naples et Venise, en 1356, le prince invitait son bail François de Massa, les capitaines et les vassaux d’Achaïe à respecter les privilèges accordés aux Vénitiens (3) et, la guerre étant achevée, Venise supprima, à la demande de ses négociants de Clarence, la taxe exceptionnelle de 4 % qu’elle avait mise sur les exportations pour la Grèce (4). Les incidents continuèrent d’ailleurs à Patras. Mais quand Nicolas Acciaiuoli eut réussi à faire nommer archevêque à Patras un représentant de la grande famille florentine, Gênes et Venise s’unirent pour défendre leurs intérêts dans cette place ; il est évident que l’opposition catégorique de Venise au mariage d’un Acciaiuoli avec l’héritière du duché de Naxos, Florence Sanudo, s’explique par le souci d’empêcher les Florentins de prendre dans l’Archipel la place des Vénitiens (5). Déclin de l’autorité du prince et du loyalisme de la noblesse moréote. — Au milieu de ces voisins plus ou moins forts, plus ou moins agressifs, aux intérêts divergents ou opposés, le désarroi de la principauté était grand. La royauté angevine et le prince légitime semblaient lui porter moins d’attention que toutes les puissances étrangères qui l’entouraient de leurs convoitises, la troublaient par leurs rivalités ou leurs violences. On comprend dans ces conditions qu’un homme actif et ambitieux comme Nicolas Acciaiuoli ait pu si rapidement y acquérir et, même absent, y garder une telle puissance. On comprend également que les barons, inquiets du sort du pays devant tant d’ennemis, aient cherché des chefs dont la protection fût plus efficace que l’indifférence des princes légitimes, Venise en 1321, le grand domestique Jean Can tacuzène vers 1340-1341, le roi Jacques de Majorque en 1344, — aucun d’ailleurs ne put ou ne voulut accepter leur offre — ou bien qu’un puissant baron comme l’archevêque de Patras ait estimé possible et utile de se rendre indépendant (6). On comprend enfin qu’une puissance comme le Saint-Siège, intéressée à préserver l’existence de cette terre latine en Orient, soit intervenue souvent pour soutenir les efforts destinés à reprendre des territoires perdus comme le duché d’Athènes, pour grouper les efforts (1) Buchon, Nouv. rech., I, p. 99, n. 3 : cette crainte est exprimée dans une lettre de Nicolas Acciaiuoli son frère Jacques, du 14 mars, XIe indiction, dont Buchon donne un extrait, Nouv. rech ., II, pp. 124-125, n° vii; la lettre est publiée en entier par E.-G. Léonard, Jeanne Ire, III, pp. 598-590, Pièces justificatives n° lvii, et datée correctement par lui de 1356. Cf. Hopf, I, pp. 449 B, 456 A, qui donne comme Buchon la date à de 1355. (2) Gerland, (3) Il est fait Neue Quellen , pp. 33, 156-159, Documents allusion en 1355 aux privilèges accordés du traité avait été renouvelé en 1325, par Jean de Gravina. Hopf, à ses officiers d’Achaîe les 23 juin, 8 et 10 juillet, Predelli, IV, 3. temps du prince Guillaume II ; en tout cas un I, pp. 423 A, 451 A. Robert de Tarente écrivit Commemoriali, II, p. 249, n08 167, 168, 172; cf. E.-G. Léonard, Jeanne /re, III, p. 497, n. 5. (4) Hopf, I, p. 451 A ; — Gerland, Neue Quellen , p. 33 ; pourtant en juin 1357 beaucoup de marchands vénitiens n’avaient pas encore reçu d’indemnité pour les dommages subis à Patras, Thiriet, Régesies , p. 86, n*»8 313-314. (5) Gerland, Neue Quellen , pp. 34, 36-37. (6) Hopf, pour toute cette période, suppose que la plupart des grands barons et les ordres militaires se considéraient et se conduisaient comme à peu près indépendants du prince : il est vrai que Ton ne trouve pas de traces d’actes d’autorité du prince ou de ses baux, mais pas davantage de preuves positives de l’indépendance réelle d’autres seigneurs que l’archevêque de Patras.
232 RECHERCHES HISTORIQUES contre les Infidèles, pour encourager un projet d’expédition comme celui du grand sénéchal, enfin pour donner à la principauté des défenseurs capables de la protéger : qui pouvaient être chargés ce sont les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean-de-l’Hôpital d’une mission de ce genre. Les Hospitaliers avaient des établissements en Morée depuis la conquête ; ils y avaient pris au xive siècle une grande importance : en 1321, leur commandeur Jean de Vaux, est bail et capitaine général et c’est à ce titre qu’il prend avec l’évêque d’Oléna, le chancelier Benjamin et d’autres barons l’initiative d’une démarche auprès de Venise (1). Peu après 1346, Clément VI pour la première fois essaya de négocier le rachat des droits que la maison de Savoie avait sur la principauté, par l’ordre de l’Hôpital qui en prendrait possession. Le pape InnocentVI reprit ces négociations en 1356, mais l’opposition formelle de l’empereur Robert qui prétendait ne pas être dépossédé de la principauté les fit échouer (2). Malgré l’attachement à l’Achaïe que révèle ce refus et malgré la longueur de son règne, Robert de Tarente n’avait certainement pas réveillé dans la noblesse moréote les sentiments de loyalisme ; elle n’avait plus le dévouement qu’elle avait toujours montré aux Villehardouin qui vivaient avec elle et dont elle partageait les efforts et les dangers. Elle n’avait plus le même esprit ; elle avait d’ailleurs continué à se renouveler depuis la fin du xme siècle. L’esprit militaire avait été très vif dans la noblesse comme le loyalisme jusque vers le début du xive siècle. Sans doute l’organisation resta la même, les obligations militaires étaient le fondement même du système féodal, mais on voit dans un acte de 1356, par lequel Catherine de Valois accorde à Nicolas Acciaiuoli une diminution des services féodaux, que le service militaire auquel il est tenu peut être remplacé par une contribution en argent, désignée sous le nom adoha (3). Les seigneurs acceptant de payer cet impôt, proportionnel à leurs terres, puisque le service est en rapport avec le nombre de fiefs tenus, tendent à devenir simplement de grands propriétaires. L’armée prend un caractère mercenaire : une ordonnance du bail Nicolas de Joinville (1323-1325) fixa la solde des hommes à cheval et des écuyers : pour les premiers, tenus à un service d’un an, huit cents hyperpères s’ils ne sont pas du pays, six cents s’ils habitent le pays, pour les seconds respectivement quatre cents et trois cents (4). Mais surtout, par défiance des barons et des habitants et à cause des pertes subies dans de grandes défaites comme celle du Copaïs en 1311, les princes ou leurs baux font de plus en plus appel à des soldats étrangers à la pénin¬ sule. De forts contingents sont envoyés d’Italie ou accompagnent le prince quand il vient en Morée ; et l’armée féodale est renforcée par des corps de mercenaires, qui existaient déjà au xme siècle (5), mais dont l’importance ne cesse d’augmenter. (1) Cf. supra , p. 203. (2) Cf. supra , pp. 228-229. (3) Buchon, Nouv. rech., II, pp. 67-69 : ... vel de duobus scutiferis , equis et armis decenter munitis, tribus cujuslibet anni mensibus... vel de adoha unciarum auri decem , tarchorum quindecin generalis ponderis in pecunia, pro quolibet ipsorum duorum equitum per annum... Cf. Longnon, L'empire latin , p. 316. (4) Assises de Romanie , Capitoli de Zuan Corner , 1, éd. Recoura, p. 336, cf. pp. 134-135. (5) D’abord exceptionnellement, comme le corps de mercenaires turcs qui passa au service du prince en 1263, puis régulièrement comme l’attestent les instructions données au bail en 1283 pour le paiement des mercenaires dont un certain nombre d’ailleurs passaient à l’armée des Grecs, cf. C. Minieri-Riccio, Il regno di Carlo I d'Angià, 4* série, V, 1880, pp. 182-183.
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 233 Évolution de la société· — La société féodale non seulement change de caractère, mais elle continue à se renouveler sans cesse : l’évolution dont nous avons retracé les étapes depuis le milieu du xme siècle se poursuit. La plupart des familles de la conquête, presque toutes venues de Bourgogne, de Champagne ou de la France du Nord, se sont éteintes. Elles ont fait place à une société beaucoup moins homogène, qui n’a plus les mêmes sentiments de solidarité, de loyauté et de dévouement envers le prince. Chacun des princes venus depuis 1278 avait amené avec lui des compagnons de son pays d’origine. Beaucoup repartaient sans doute, comme le firent après la mort de Louis de Bourgogne la plupart des chevaliers bourguignons qui l’avaient suivi (1). D’autres restaient, pourvus de terres, comme déjà au temps de Florent de Hainaut. Le nombre des Italiens ne cesse d’augmenter ; ils viennent comme fonction¬ naires, soldats, négociants ; des mariages permettent à certaines familles établies dans l’Archipel de compter désormais dans la noblesse moréote. Les familles des Rosières d’Akova, et des Nully de Passavant, celles des Briel de Karytaina, des Mons de Véligosti, des Durnay de Kalavryta (2), des Nivelet enfin (3), étaient éteintes depuis longtemps. Celles des Chauderon, des Toucy, des Saint-Omer avaient disparu. Des anciennes baronnies, seuls les territoires de Yostitsa, Patras, Chalandritsa faisaient encore partie de la principauté ; mais une des baronnies était passée de Véligosti à Damala ; et une nouvelle avait été créée à Arkadia. Celle de Patras faisait partie des biens de l’archevêché de la même ville, désormais indépendant. Les terres qui avaient constitué la baronnie des Nivelet après la perte de celle de Géraki et qu’on ne désigne jamais d’après le nom d’une ville ou d’un château comme on le fait généralement pour les autres, probablement parce qu’elle était faite de fiefs de Vostitsa. Mais « en divers lieux », ont désormais le même sort que la baronnie il est nécessaire d’examiner les données que l’on a sur ces seigneuries. Les terres des Nivelet avaient été données par le prince Louis à Dreux de Charny, frère de Geoffroy, en même temps qu’il épousait l’héritière de la baronnie de Vostitsa sans doute fille de Hugues de Charpigny (4). En 1327, ordre fut donné au bail de remettre Agnès de Charpigny, fille aînée de Geoffroy, en possession de « son héritage maternel » (5) : qui est Geoffroy et quel est cet héritage maternel ? Geoffroy est-il le descendant direct des Charpigny, ou le mari de l’héritière des Charpigny qui aurait transmis la baronnie à sa fille Agnès ? On ne le sait pas ; mais Agnès doit être la femme (1) L. de los fech.y §§ 626-627. (2) Le dernier baron mentionné est Jean de Durnay qui se battit en 1292 contre Roger de Loria ; il avait épousé une fille du comte Richard de Géphalonie, mais on ignore s’il en eut des descendants. Cf. Hopf, Chron. gr.-rom ., p. 472-ix. (3) Le dernier représentant fut décapité en 1316 pour trahison; sa veuve, Béatrice, qui était l’héritière de Guillaume, seigneur de Kastri en Argolide et de fiefs en Eubée, remariée au Catalan Bertrand de Ganselmi, mourut en 1321. (4) L. de los fech ., § 624 : el princep Logs... et diô à micer Droy de Charni, hermano de MicerJufrede Charni, la filla del senyor de la Bostiça , la quai pertenescia la senyoria, et diôle toda la tierra et baronia de Richolichi de Niueleto , que era estado traydor en company a de don Ferrando... L’expression Richolichi de Niveleto reste mysté¬ rieuse. Les Charny ont dû venir avec le prince Louis : Jean de Charny était de ses compagnons, cf. supra , p. 190. Des prétentions furent émises en 1321 sur Vostitsa par Henri de Prato, d’Athènes ; mais elles restèrent sans effet : cf. Hopf, Chron. gr.-rom., p. 472 vi et x, qui suppose que ce personnage avait épousé une sœur d’Agnès et de Guillemette de Charpigny, mariage purement hypothétique. (5) Lettre du 28 octobre 1327 au bail Francesco della Monaca, citée par Hopf, I, p. 423 B.
234 RECHERCHES HISTORIQUES de Dreux de Charny qui «demeura sous la tutelle de sa belle-mère Isabelle» (1). Trente ans plus tard, les baronnies de Vostitsa et de Nivelet appartiennent à Philippe de Jonvelle qui fut fait bail par les barons à la mort de Jean Delbuy (2) en 1348 ou 1349 ; il les tenait du chef de sa femme Guillemette de Charny, fille et héritière de Geoffroy, seigneur de Charny, qui possédait également Fanari (3). D’autre part, en 1332, Marino Ghisi, frère de Barthélemy II, avait enlevé Hélène, fille d’Isabelle de Charpigny, l’avait emmenée à Tènos, dont il possédait la moitié, et épousée, espérant qu’elle lui apporterait l’héritage des Charpigny, espoir déçu par le mariage de Guillemette (4). Il est très difficile de réunir ces différentes données dans un tableau généalogique cohérent. S’il faut bien lire que Guillemette est fille de Geoffroy de Charny et non de Charpigny, il faudrait supposer qu’elle reçut les baronnies de son oncle et de sa tante Agnès et Dreux, morts sans enfants ; mais quel est le lien de parenté entre Hélène et Guillemette? sont-elles sœurs, cousines ou respectivement tante et nièce? et la mère d’Hélène, Isabelle, est-elle la même que la mère d’Agnès ou différente d’elle? La généalogie devient plus simple si l’on admet avec Hopf que Guillemette est fille d’un Geoffroy de Charpigny (5). On peut hésiter entre deux combinaisons possibles : Isabelle de Charpigny épouse Geoffroy N... qui devient de Charpigny, et a pour enfants Agnès, femme de Dreux de Charny, morte sans enfants, Guillemette, mariée à Philippe de Jonvelle qui hérite de la baronnie, enfin Hélène, enlevée par Marino Ghisi, ou bien Isabelle épouse N... et a pour enfants d’une part Agnès, mariée à Dreux de Charny, dont l’héritage passe à leur nièce Guillemette, fille de Geoffroy de Charny, frère de Dreux, et femme de Philippe de Jonvelle, d’autre part Hélène (6). Guillemette vendit probablement en 1359 ou un peu auparavant sa terre de Fanari, avec les baronnies de Vostitsa et de Nivelet à Marie de Bourbon (7), qui céda à son tour les baronnies à Nerio Acciaiuoli en 1364. Ainsi disparaissaient en même temps que les deux baronnies, les descendants de la famille des Charpigny qui remontait à la conquête et les représentants des familles françaises plus récentes de Charny et de Jonvelle. La baronnie de Chalandritsa vit de même disparaître au début du xive siècle la famille des Dramelay ; mais l’histoire en reste également assez obscure. En 1292, d’après la chronique française (8), la baronnie est tenue par Georges Ghisi, capitaine de la châtellenie de Kalamata, qui avait épousé la fille de Guy de Dramelay ; baron de Chalandritsa du chef de sa femme, il hérita de Tènos et Mykonos en 1303 à la (1) L. de los feck., § 627. (2) L. de los fech., § 681 : Philipo de Jonuila, senyor de la Bostiça. (3) Du Gange, éd. Buchon, II, pp. 264-265. Hopf, I, p. 431, d’après les archives de Venise, Misti , XV, fol. 129, — XVI, fol. 166v. Hopf, ibid., et Chron. gr.-rom., p. 472 x. (6) Ou une fille du même nom, Isabelle, dont Hélène serait la fille comme le pense Hopf. Le rapport Nicolas de Boiano cite encore Raynaldo de Zarni, mort avant 1362, des biens duquel sa femme demande (4) (5) de à être investie. (7) Du Gange, ibid.: un acte du 1er février 1359 signale que Fanari a été acheté depuis peu à « Guille¬ mette ci-devant d’Avosticia ». Comme il n’est pas fait allusion ici à la présence de Philippe de Jonvelle, on peut supposer qu’il était mort. Cf. Longnon, L'empire latin, p. 328. (8) L. de la conq., § 764.
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 235 mort de son père Barthélemy ; la fille de Guy de Dramelay dut mourir tôt, car Georges Ghisi, par un second mariage avec Alix dalle Carceri, devint aussi baron tercier d’Eubée et mourut lui-même en 1311 à la bataille du Copaïs, Alix ne lui survécut que de deux ans. En 1315-1316, nous retrouvons un Dramelay, Nicolas, comme baron de Chalandritsa mais aucune indication n'est donnée sur sa parenté avec Guy, dont il doit être un descendant direct et se trouve à cette date le seul héritier. Nicolas se ; rallia d’abord au prétendant Ferrand de Majorque, mais à la requête de la princesse légitime, Mahaut, il vint auprès d’elle et mourut peu après (1). Nicolas avait trahi, mais sa baronnie n’ayant pas été confisquée de son vivant pour cette trahison, elle ne pouvait revenir qu’à un fils ou à son plus proche parent, d’après les Assises de Romanie, qui ajoutent qu’Aimon de Rans et Marguerite de Céphalonie héritèrent alors du fief de Micopoli (2). Le Libro de los fechos raconte de son côté que la baronnie, et non seulement Micopoli, aurait été attribuée par Louis de Bourgogne à Aimon de Rans, un de ses compagnons et à son frère Othon, mais celui-ci étant mort, Aimon vendit la baronnie à Martino Zaccaria, seigneur de Chio (3). Ce qu’on peut tenir pour certain c’est que la famille des Dramelay est éteinte après 1316 et que les Rans dispa¬ rurent rapidement aussi. Ce qui reste obscur, c’est le rapport exact de parenté qui unissait Nicolas aux autres membres de la famille de Dramelay, c’est d’autre part le personnage de « Marguerite de Céphalonie » : on connaît bien à cette date une dame de ce nom, fille de Jean Ier Orsini, qui fut dame de la moitié de Zante (4), mais on ne voit pas à quel titre elle aurait reçu une partie de Micopoli ou de Chalandritsa. Quant aux successeurs des Dramelay et des Rans, sont mentionnés d’une part Pierre dalle Carceri, baron en Eubée, et désigné comme seigneur de la moitié de Chalandritsa parmi les destinataires de la lettre du 22 juin 1324 adressée par Jean de Gravina à feudataires, d’autre part Martino Zaccaria, mentionné par la chronique aragonaise, et qu’un acte de 1325 désigne comme seigneur de Chalandritsa en même temps que de Chios et Damala (5). En tout cas, vers 1361, Chalandritsa est entre les mains de Centurione Zaccaria, second fils de Martino Zaccaria, mort en 1345, à qui Aimon de Rans l’avait vendue ; le renseignement est donné par le rapport de Nicolas de Boiano qui signale que la baronnie a été tenue auparavant par Bartholo Rondinello ; c’est sans doute Bartholomeo, fils de Rondinello, qui fut fait citoyen de Venise en 1354 comme l’avait été son père. On peut émettre des hypothèses pour expliquer comment ses (1) L. de los fech., §§ 559, 561, 567, 585, 587, 589-590. (2) Assises de Romanie , § 18, éd. Recoura, p. 169. Hopf, I, p. 320 B, a commis de graves confusions sur ces faits par suite d’une erreur de date : il identifie à tort Marguerite comme la fille de Guillaume de Villehardouin qui mourut au début de 1315. (3) L. de los fech., §§ 625, 627 : Oto de Rams et Aymo (ou § 625 Benio) de Rams. Ces deux frères, originaires de Rans, dans le Jura, arrondissement de Dole, canton de Dampierre, étaient venus en Morée avec Louis de Bourgogne : Othon doit être le même personnage qu’Eudes qui signa avec Hugues le testament du prince en 1315 à Venise, cf. supra , p. 190. (4) Gf. infra , Appendice B, 22. (5) C’est l’acte par lequel Philippe de Tarente confère en mai 1325 à Martino Zaccazia, seigneur de Chio, Damala et Chalandritsa (Cabalduzza, Galanuzza), le titre de despote et roi d’Asie mineure, publié par L. de Gongora Algasar, Real grandeza de la Serenissima Republica de Genova , trad. ital. par C. Sperone, Madrid 1665, Gênes 1669, pp. 200-203, tit. VIII, n° 22 : dans l’acte la date donnée est 1315, mais dans le commentaire est rétablie la date exacte 1325. Cf. Hopf, I, p. 408 B : l’ouvrage d’A. G. Gittio, Lo sceitro del despota , Naples 1697, p. 10, que cite aussi Hopf ne donne pas les mêmes précisions.
236 RECHERCHES HISTORIQUES Chalandritsa passa de l’un à l’autre, mais elles restent indémontrables (1). En tout cas elle appartient vers le milieu du siècle à la famille génoise des Zaccaria en même temps que Damala. En Argolide, Damala avait appartenu à la branche cadette des La Roche, alors qu’Argos et Nauplie restaient aux successeurs de la branche aînée, les Brienne, ducs titulaires d’Athènes. Gautier II de Brienne n’était venu en Grèce qu’en 1331-1332 ; au cours de ce voyage, le fils qu’il avait eu de sa première femme, Béatrice de Tarente, était mort à l’âge de trois ans ; quand lui-même mourut sur le champ de bataille de Poitiers en 1356, ses droits sur Athènes et sur la seigneurie d’Argos et de Nauplie revinrent à sa sœur Isabelle (2) qui avait épousé Gautier d’Enghien ; ils passaient ainsi dans une famille nouvelle, française, celle des Enghien. Gautier d’Enghien qui avait de nombreux enfants laissa les droits sur Athènes à son second fils Sohier, de qui ils passèrent en 1367, au fils de celui-ci, Gautier, mort à son tour en 1381, puis au frère de Sohier, Louis, comte de Conversano (3). D’après la table des fiefs de 1377, la seigneurie d’Argos et de Nauplie appartient au comte de Conversano (4) ; en fait c’est un autre fils de Gautier d’Enghien, Guy, qui fut seigneur d’Argos et de Nauplie ; il porte ce titre dans l’acte par lequel Venise lui accorde la qualité de citoyen, comme elle l’avait fait à son oncle Gautier II de Brienne. Il épousa Bonne de Foucherolles, d’une vieille famille française d’Argolide, dont il eut en 1364 une fille Marie ; Louis, comte de Conversano, remplaça son frère Guy quand celui-ci mourut en 1376, et garda le titre jusqu’au moment où Marie, en 1377, se maria avec le Vénitien Pierre Cornaro à qui il revint (5) ; à la mort de son mari elle céda Argos et Nauplie à Venise. Damala, naguère unie à Véligosti dont le territoire était occupé maintenant par les Grecs, avait pour seigneur, au début du xive siècle, Renaud de la Roche qui resta parmi les morts sur le champ de bataille du Copaïs ; c’est par le mariage de sa fille Jacqueline avec Martino Zaccaria, co-seigneur de Chio, que celui-ci devint seigneur de Damala avant 1325 (6). La baronnie d’Arkadia, postérieure à la conquête mais déjà ancienne, appartenait encore au début du siècle aux Aulnay. Vilain II avait eu deux enfants, Erard II et Agnès ; le premier, mort sans enfant avant 1338, laissa la moitié de la baronnie à sa femme Balzana Gozzadini qui la transmit à son second mari Pierre dalle Carceri (7) ; Agnès épousa Étienne, fils de Nicolas Le Maure, qui avait été le premier baron de Saint-Sauveur ; Étienne vivait encore en 1330 (8), mais son fils Erard qui réunit les terres d’Arkadia et de Saint-Sauveur, lui a déjà succédé en 1344 au moment de la rédaction du mémoire sur les droits du roi de Majorque, qui sut reconnaître son dévouement en 1346 maréchal de à sa cause en le nommant (1) Hopf, I, pp. 408, 409 A (cf. Chron. gr.-rom., p. 472-xi) suppose que Pierre dalle Carceri et Martino Zaccaria ont épousé deux filles (inconnues) de Georges Ghisi et reçu comme dot chacun la moitié de Chalan¬ dritsa — hypothèse inutile pour le second, puisqu’il a acheté la part qu’il tient ; — et p. 433 A, il admet que Pierre dalle Carceri a cédé sa part à Bartholomeo Rondinello. (2) Conformément à son testament fait en 1347 et publié par H. d’ARBOis de Jubainville, Voyage paléographique dans le déparlement de l'Aube, pp. 341-342, cf. Hopf, Chron. gr.-rom., pp. xxix, xxx. (3) Cf. infra, Appendice B, 13. (4) Appendice, A, I, infra, p. 691. (5) Ce problème a été élucidé par A. T. Luttrell, BZ, LVII, 1964, pp. 340-341, et lui a permis de dater de façon précise la liste des fiefs du début de 1377. (6) Hopf, I, p. 408 B; cf. infra , Appendice B, 16 et 27. (7) Pierre dalle Carceri est en possession de la moitié d’Arkadia en 1324, cf. Hopf, I, p. 408 B. (8) Hopf, I, p. 423 B.
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 237 Morée (1) ; sur la liste des fiefs de 1377, il est désigné comme possédant aussi le château d'Aétos (2). Quelques vieilles familles françaises de moindre rang avaient sans doute survécu. C'est le cas de celle des Foucherolles, établie en Argolide depuis le milieu du xme siècle (3) : un diplôme de Guy d'Enghien en date de 1376 en faveur de Nicolas de « Zoja » établit toute la filiation de la famille de Foucherolles et de Tsogia, depuis Renaud des Portes dont la fille épousa Jean de Foucherolles et eut non un fils Nicolas, comme le dit Hopf, mais bien deux fils, François et Gautier. Jean XXII adressa en 1319 une lettre à Gautier, qui était alors capitaine d'Argos, et à son frère François (4). A ce dernier succéda Nicolas qui avait été revêtu des possessions de son père et de son grand-père maternel, ainsi que de celles de Nicolas de Caves dès 1309 par Gautier Ier de Brienne, duc d'Athènes, mais qui est sans doute le Nicolas de Foucherolles désigné comme un des exécuteurs testamentaires par Gautier II de Brienne en 1347 ; il eut trois filles, Lise, qui épousa en secondes noces Jacques de Tsogia, Bonne qui devint la femme de Guy d'Enghien, et Antoinette mariée à Guillaume « Conte ». En 1364 Jacques de Tsogia obtint de Guy d'Enghien une réduction du service qu'il devait dans les terres d’Argolide qu’il tenait du chef de sa femme (5). La famille de Foucherolles se confond donc avec les seigneurs de Tsogia dans la seconde moitié du xive siècle. D'autre part on voit réapparaître le nom de Plancy : c'est celui d'un des exécuteurs testamentaires de Gautier II « Anthonace de Plancy » (6). En 1322, l’archevêque de Patras prononce l'excommunication de la Compagnie catalane en présence de Jean seigneur de Pragnol, de Barthélemy Ghisi, de Thomas Bonagi, d’Abraham de Brus, de Guy de Bourbon, de Berth de Flandres, de Massar de Stives, de Thomas Budes (7) : on ne peut savoir s'il s'agit de seigneurs résidant norma (1) L. delà conq., § 585, — Chron. gr., vv. 8459-8474, — L. de los fech., § 446. Cf. Hopf, I, p. 409 B, et Appendice B, 6 et 17, — supra, p. 214. (2) Appendice A, I, infra, p. 690 : In Calamata del Singior delV Archadia, lo castello della Archadia , lo castello do Sancto Salvatore, lo castello della Aquila. (3) L. de los fech., § 133 ; cf. supra, pp. 114-115. (4) Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 134-135, n° 110 : le pape recommande à Gautier, à son frère et aux seigneurs de la région de rester fidèles à la maison de Brienne et de résister aux attaques des Catalans. (5) Les deux actes de Guy d’Enghien de 1364 et de 1376 sont publiés par Hopf, Chron. gr.-rom., pp. 240 du testament de Gautier II de Brienne en 1347 cite 242 ; cf. dans le même volume, pp. xxix-xxx ; un extrait Nicolas de Foucherolles et d’autres personnages, Gautier de Vy et Boniface de Protunne, inconnus par ailleurs, Anthonace de Plancy, cf. infra. Le nom de Foucherolles apparaît aussi sous les formes Fosserole, Faulseron et Fouguerolles. Lise est dite de Laurenlo, ce que Hopf explique en supposant qu’elle devait à un premier mariage ce nom (qu’il transcrit de Lorient, ce qui paraît discutable). La généalogie établie par Hopf, Chron. gr.-rom., p. 472-xiv, contient des inexactitudes : p. ex. Gautier est le frère de François, non son oncle. — L’acte de Guy d’Enghien de 1376 confirme à Nicolas (II) la possession des terres de son père Jacques et donne des précisions sur les terres des Foucherolles qui avaient aussi recueilli celles de Nicolas de Caves. La liste des fiefs de 1377 donne comme baron de « Joya * en Grisera Jacques, qui a dû mourir peu avant l’acte de Guy, daté d’octobre 1376, cf. infra, p. 690. (6) On peut grouper comme appartenant à la même famille les Planchy cités par le L. de la conq., § 87, — Chron. gr., v. 1328, comme établis en Morée après 1260 ; — Henri de Blanci, qui posséda avant 1297 des terres près de Nikli, Saint-Génois, Droits primitifs, I, p. 334 ; — Gilles de la Plainche, témoin du testament de Gautier Ier de Brienne en 1311, Arbois de Jubainville, op. cil., p. 342, — et Anthonace de Plancy, désigné comme exécuteur testamentaire par Gautier II de Brienne, Hopf, Chron. gr.-rom., p. xxx. Hopf, Chron. gr.-rom., p. 472-xiv, affirme que Guglielmo Conte, consolo di Argues e Napoli , mari d’Antoinette, est un comte de Plancy, sans fournir d’argument. (7) Du Cange, éd. Buchon, II, p. 203. infra ,
238 RECHERCHES HISTORIQUES lement en Morée, l'avant-dernier par exemple venant de Thèbes, d'autres étant peut-être des compagnons de Gautier II de Brienne. Dans la liste des seigneurs signataires du mémoire établissant les droits du roi de Majorque (1) figurent Asea de Civini qu'on peut transcrire avec vraisemblance Anseau de Chevigny, nom à rappro¬ cher de celui de Jean de Chevigny qui fut témoin en 1309 aux fiançailles de la jeune princesse Mahaut (2), — Guilhem de Vindone que nous acceptons de lire Guillaume de Vidoigne, descendant sans doute de Simon, capitaine de la Skorta, enfin Simon de Lini où Hopf reconnaît un Laigny (3). La même liste donne parmi les chevaliers Georges Alamano et parmi les écuyers Nicolas Alamano ; nous retrouvons ces noms après le milieu du siècle le premier est celui d'un chevalier témoin d’un acte du prince Robert en 1357, le second, celui d’un seigneur du château de Saint-Élie en 1391 (4) et d'un témoin d’un acte de Guy d'Enghien en faveur de Nicolas de Tzogia la même année (5) : peut-être appartiennent-ils à une branche de cette famille des barons de Patras qui a déjà eu tant de représentants au xme siècle. Jean de Vaux, commandeur de l'ordre de Saint-Jean-de-l'Hôpital en Morée, bail en 1321 et cité encore en 1324, était-il apparenté à Pierre de Vaux connu au siècle précédent? rien ne le prouve (6). Parmi les noms qui n’étaient pas connus au xme siècle, quelques-uns révèlent une origine française ; c'est d'abord celui de Benjamin de Kalamata, qui fut chancelier de la principauté jusqu'en 1324, des frères de Rans, originaires du Jura que nous venons de citer, de Guy de Centenay (7), Hugues Raoul et Languerio (Lagnier?) de Lans qui étaient établis à la même époque en Messénie (8), le chevalier Nicolas d'Autin et les écuyers Guillaume de Curtin, Nicolas de Villiers, en 1344 (9). Dans le mémoire de 1344, les noms qu’on peut considérer comme italiens sont nombreux Albert de Luco de Basilicate, Nicolas Constata (Constato), Jean Sinisgare et Marc de Castel, qu'il faut identifier à Giovanni Sinisgardo et Marco dei Castelli (10), Fasana de Nuvelle (Fasano Novelle), Georges Panore (11), Nicolas de Biachan, Marin Luc, dont : : (1) Du Cange, éd. Buchon, II, p. 224 ; cf. supra , p. 214. Droits primitifs , I, p. 215, n° B 18. (2) Saint-Génois, (3) Sur les Laigny ou suivant la forme moderne, Lagny, mentionnés en Morée dès la conquête, cf. supra , p. 71. On peut rapprocher, il est vrai, ce Lini du nom identique cité par le L. de los fech ., §§ 132-133, avec les Vidoigne et les Foucherolles ; on pourrait donc supposer une famille française de Ligny. Mais il faut noter que ce peut être aussi une transcription d’une forme ancienne de Lagny comme Leigni, et que le premier Lagny connu en Morée, donateur de l’abbaye de Saint-Sauveur en 1209, s’appelait déjà Simon. (4) Appendice A, II, infray p. 691. (5) Du Cange, éd. Buchon, II, p. 264 ; — Hopf, Chron. gr.-rom.t p. 228, 242. (6) En 1344, un écuyer porte le nom de Gauchier de Vas, que Hopf transcrit Galcher de Vaux, ce qui n’est pas sûr. (7) Le nom ressemble à celui cf. supra , d’Étienne de Chantenay, témoin du testament de Louis de Bourgogne, p. 190. (8) Hopf, I, p. 408 B. (9) Cf. supraf p. 214. (10) Ces deux personnages sont envoyés par le prince Robert en 1352 à Venise, Hopf, I, p. 450 B. Jean Sinisgardo est aussi mentionné alors, cf. Du Cange, éd. Buchon, II, p. 264, puis vers 1361 dans le rapport de Nicolas de Boiano; Marco et Nicolo Castello et Petro Castelli sont témoins en 1376 pour l’acte de Guy d Enghien en faveur de Nicolas II de Tzogia ; le second est trésorier à Argos, le troisième trésorier à Nauplie. Les autres noms de témoins de cet acte sont tous manifestement italiens. (11) En 1357, Georges Panorio, chevalier lige de la principauté, est témoin d’un acte du prince Robert confirmant les donations faites à Marie de Bourbon, Du Cange, éd. Buchon, II, p. 264. Hopf, I, p. 435 B, le transcrit Panormo.
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 239 on peut séparer le dernier, Franguli de Sussi, qui paraît plutôt grec. Instructives sont également les listes de témoins des deux déclarations faites en 1353 et 1355 par l’archevêque de Patras Renaud de Lor pour dégager sa responsabilité dans les incidents entre Vénitiens et Génois : ce sont pour les nobles : Jean de Conflans, seigneur de Viels-Maisons (1), Jean de Saint-Gaubert, Jean d’Alenay (Aulnay?), Jean de « Regiis », Juan Fernandez de Heredia ; pour les chanoines : Gervais de Pongérard, Benoît de « filiis Ursi », Jean de Vesperto, Paris de « monasterio Dervenensi », c’est-à dire de Moutier-en-Der ; pour les bourgeois de Patras : Guy d’Acquila, capitaine, Marino Frederici, Andrea Brunacii, Franco Boniohannis dit de Bruno (2), maître Angelo de Monaldis, André de Cormissy, André de Gergincourt (3), Henri de Daver diche, Jean de Commis, Gilbert de Moncianus ( ?), Gilbert de Villiers (ou de Vilars) ; enfin, pour le second acte : Guillaume « de Stratis », sans doute d’Estrées, chevalier du diocèse de Tournai, Jean Hamelin, notaire, habitant de Vostitsa, maître Matheo de Ebulo, médecin, et Guillaume de Corberon (4). On voit à côté d’un Espagnol, qui fut grand-maître de l’ordre de l’Hôpital, et d’un Anglais, semble-t-il (Daverdish ?), douze noms au moins sur vingt-quatre, dont celui de l’archevêque, qui sont français d’origine champenoise ou picarde pour la plupart. On peut reconnaître la même origine française à Périne, femme du chevalier Nicolas de Courcelles, à Lise des Quartiers, à Antoinette et à son père Guillaume de Sally, à Pierre du Bourg, sinon au juge Guillaume de Geni tocastro ou Genicocastro, tous personnages dont les biens échurent par don ou par achat à Nicolas Acciaiuoli (5). Français encore ce chevalier de Bourgogne, Louis de Chafor qui, avec quelques compagnons, s’empara par ruse vers 1348 du château d’Arkadia où se trouvaient la femme et la fille du baron Erard Le Maure qui ne put obtenir leur libération et rentrer en possession de son château que moyennant une forte rançon (6). Mais Symon de Ulmeto, qui reçoit un fief de Nicolas Acciaiuoli, Johannes Magettus, capitaine de Corinthe, sont-ils d’origine française, comme le veut Buchon qui en fait Simon d’Ormoy et Jean Maigret (7) ? et Nicolas de Périgourde, qui peut être aussi une transcription inexacte du grec Perigardi, comme l’admet Hopf (8) ? Le capitaine de Fanari et Vostitsa en 1364, Roger de la Motte ou de Mota, (1) Ce personnage, seigneur de Viels-Maisons ou de Veieris Domibus , dans le département de l’Aisne, à la famille de Conflans (commune de Villeseneux, dans la Marne), branche des Brienne, et est mentionné dans une généalogie de la famille rédigée vers 1350, cf. A. Longnon, Documents relatifs au comté de Champagne, I, p. 464 B. Pour expliquer la présence de Jean de Conflans à Patras, M. J. Longnon a remarqué que l’archevêque de Patras, Renaud « de Lauro » appartenait probablement à la famille des seigneurs de Lor, dans l’Aisne, dont descendait aussi Jean : sa mère était fille de Renaud, seigneur de Lor. On retrouve ce nom dans le L. de los fech., § 684, qui cite Gautier de Lor cauallero de Francia, bail vers 1357. (2) C’est probablement un équivalent de Bonjean ; mais on peut être tenté de rapprocher de ce nom celui de Thomas Bonagi, témoin en 1332 de l’excommunication proclamée à Patras contre les Catalans : Du Cange, éd. Buchon, II, p. 203. On voit aussi dans l’entourage de Nicolas Acciaiuoli un Bonciani, cf. Léonard, Jeanne Ire, III, pp. 510 et 647-648. (3) Cormissy est vraisemblablement Gormicy, situé dans la Marne, à 20 km. seulement de Lor ; à 4 km. se trouve un village de Gernicourt qui pourrait être Gergincourt, écrit pour Gergnicourt. (4) Gerland, Neue Quellen, pp. 155, 159. (5) Buchon, Nouv. rech ., II, pp. 110-112 : bona... Ferine, uxoris Nicolai de Cursellis, militis, dicti Moreiti ; appartient ... Liste de Quarterns; ... Judicis Guillelmi de Geniiocastro ... Antonie, filie Guillelmi de Salli, militis ; ...Petri Burgo. Par contre Georgius Stadius est grec, Dyagus de Tholomei et Nicolaus de Bogano, trésorier de l’impé¬ ratrice Catherine sont italiens ; Boleclus de Planca est probablement français : de Planche. (6) L. de los fech., § 682 : Logs de Chafor et et Petit Vilan con ostros compangones ; il est difficile d’interpréter de le second nom. (7) Cf. supra, p. 217. (8) Sur Perigardi, v. infra , pp. 333-335. L’hypothèse de Hopf, I, p. 435 B, paraît peu probable. 17
240 RECHERCHES HISTORIQUES est probablement français, mais doit-il être rapproché de ce Mote... de Liège qui prit en 1319 le château de Saint-Georges de la Skorta (1) ? Un personnage encore reste mystérieux quant à son nom et à son origine, c'est celui qui, mort en septembre 1358, fut enterré au couvent des Vlachernes d’Élide. Sa pierre tombale porte une inscription malheureusement à demi effacée et où le nom reste incertain ; la forme de Lucinia lue autrefois par Buchon, jointe aux armoiries, un lion rampant, suggère qu’il pourrait s’agir d’un Lusignan, mais on n’en connaît pas qui ait résidé à Venise et soit mort à cette date (2). Malgré la difficulté qu’il y a à résoudre les questions relatives à beaucoup de il est certain que la principauté comptait encore des éléments personnages, ces d’origine française. Mais la plupart étaient établis depuis peu en Morée et nombreux étaient les éléments non français (3). Aux noms déjà cités, on peut ajouter celui de Nicolas Ballena, établi dans la principauté, qui devint chancelier et bail (4), de Guillaume Baraballe, capitaine de Corinthe en 1356 (5), « messer Marchisano » ou Marchesano qui tient un château en Élide en 1377 (6). Le rapport de Nicolas de Boiano. dans lequel nous avons déjà relevé plusieurs noms cités ailleurs, fait encore connaître bien d’autres personnages dont nous ne retenons que ceux que nous retrouverons plus tard : Pierre de Conzio, Guillaume d’Alippione, Jean de Varistia, Colin de Gonesse, et les Grecs Jean Misito, Georges Mourmouris et Nicolas Koutroulis. Les Italiens dans la principauté. — Les fonctionnaires étaient pour la plupart italiens : parmi les baux, seuls Bertrand des Baux et Jean Delbuy sont français, et parmi ceux qui sont connus par le Libro de los fechos (7), Gautier de Lor. On a vu Jean de Gravina distribuer des terres à des Italiens pour payer ou récompenser leurs services (8). Surtout dans les villes, à Patras, Clarence, Vostitsa, Corinthe, Nauplie, Argos, nombreux devaient être les bourgeois d’origine italienne, négociants ou banquiers établis temporairement ou définitivement, représentants des firmes véni¬ tiennes, florentines ou génoises (9). L’importance du rôle que jouent certains Italiens n’est pas moins remarquable que le nombre de leurs compatriotes. (1) Roger de la Motta est cité dans le rapport de Nicolas de Boiano et par Du Cange, éd. Buchon, II, p. 267, d’autre part Mote, par le L. de la conq., éd. Longnon, p. 404. Cf. Hopf, II, p. 5. (2) Sur cette épitaphe, nous renvoyons à notre article publié dans les Mélanges G. Sotèriou, pp. 89 102. (3) Cf. Buchon, Nouv. Tech., I, pp. 127-131. En 1354 il est auprès du prince Robert, cf. Hopf, I, p. 450 B ; — c’est le L. de los fech., § 687, qui le mentionne comme chancelier et bail à l’époque de la mort du roi Louis de Sicile, cf. supra , p. 215. 11 est (4) cité dans le rapport de Nicolas Boiano. Hopf, I, p. 451 A. Le nom de Baraballe est attesté en Italie vers 1360, Léonard, Jeanne 2re, III, p. 387 en note. Un Pietro Baravalle est gardien du couvent de San Lorenzo à Naples et chapelain du roi (5) Robert en 1317, ASPN , VII, 1883, p. 261. (6) Appendice A I, infra , p. 690 ; d’après Hopf, I, p. 450 B, II, p. (7) §§ 684-685. 7 A, il était originaire de Nice. (8) Diego de’ Tholomei, de Sienne, Riso della Marra, Nicolas de Boiano, cf. supra. On connaît aussi Giovanni de Milato qui, récemment doté de terres en Morée, se plaint d’avoir été molesté en 1332, Hopf, I, p. 423 B. (9) L énumération des personnages connus intéresserait surtout l’étude de la vie économique de la principauté. Le travail a été fait pour Patras par Gerland, Neue Quellen , où nous avons puisé les listes men¬ tionnées plus haut ; elle mériterait de l’être pour Clarence, où le consul de Venise achète en 1340 un terrain
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 241 La famille vénitienne des Ghisi, qui possédait une des baronnies de Négrepont et les îles de Tènos et Mykonos dans les Cyclades, apparaît en Morée dès la fin du xme siècle : Georges Ghisi avait épousé la fille de Guy de Dramelay et tenait la baronnie de Chalandritsa ; il était châtelain de Kalamata en 1292 (1). Chalandritsa revint ensuite à Nicolas de Dramelay. Mais le cousin de Georges Ghisi, Nicolas, s’établit à son tour en Morée ; il n’avait pas épousé la fille unique de Jean Chauderon, Bartholomée, comme le dit Hopf ; il tenait des terres en Argolide, avec Piada et portait le titre de grand connétable de la principauté, que portèrent ensuite Jean Chauderon, puis Engilbert de Liedekerque. Il disparut avant mars 1279, et ses terres revinrent au domaine (2). Le titre de connétable revint plus tard à son cousin Barthélemy II Ghisi, fils de Georges et gendre d’Engilbert de Liedekerque (3), qui réunit les titres de seigneur de Tènos et Mykonos, baron tercier de Négrepont, châtelain de la moitié de Thèbes de 1327 à 1331, mais ne semble pas avoir possédé de terres en Morée ; il mourut en 1341. Les Ghisi ne jouèrent donc qu’un rôle tempo¬ raire dans le Péloponèse. Beaucoup plus grande et durable est la place occupée par la famille génoise des Zaccaria et par celle des banquiers florentins, les Acciaiuoli. Martino Zaccaria était devenu par achat et par mariage seigneur de Damala et de Chalandritsa. A sa mort en 1345, son fils puîné Centurione, seul survivant, hérita de ses terres en Morée ; il devait recevoir en outre Stamira et Lisaréa (4) et le titre de grand connétable (5). Le rapport de Nicolas de Boiano montre qu’il eut des rapports assez difficiles avec Marie de Bourbon. Nous avons déjà retracé l’ascension de la famille des Acciaiuoli en 1364, le grand sénéchal Nicolas Acciaiuoli dispose de la châtellenie de Corinthe où l’on ne compte pas moins de huit châteaux outre l’Acrocorinthe, de Piada en Argolide, de terres en Morée situées à Lechaina, Mandria, Krestaina et dans les villages énumérés dans l’acte de donation des biens de Lise des Quartiers, enfin en Messénie des fiefs à Halmyro et Kalyvia, les villages de Carimidia, Grisi, Andromo nastiri, Gricij, Pethoni, les châteaux de Saint Archange et de Vulkano ; son neveu et fils adoptif, Nerio posséda plus tard les baronnies de Yostitsa et de Nivelet, le château de Fanari, tandis que l’archevêché de Patras, désormais indépendant, était entre les mains d’un autre de ses neveux, Jean. De cette famille devaient sortir les derniers ducs d’Athènes, comme de celle des Zaccaria, le dernier prince d’Achaïe. : pour construire une église de Saint-Marc, Hopf, I, p. 434 A, et qui était un port assez actif pour être mentionné dans un des contes de Boccace, Decameron, VII, 3e jour, et pour posséder un système propre de monnaies, de poids et mesures, cf. infra , pp. 321-322. (1) L. de la conq., § 764. (2) Elles furent données plus tard à Nicolas Acciaiuoli, cf. Buchon, Nouv. rech., II, pp. 111, 175. C’est cette occasion qu’on apprend qu’elles étaient en Argolide et non en Messénie, comme dit Hopf, I, p. 409 B. V. R. J. Lœnertz, Or. Chr. Per., XXVII, 1962, pp. 137 n° 24, 161-163, 171, cf. supra, p. 183, n. 4. Ces docu¬ ments infirment le L. de los fech. qui soutient seul que Geoffroy Chauderon, mort en 1278, a été connétable. (3) L. de los fech., § 470. (4) Hopf, Chron. gr.-rom., p. 502, ix-1, ajoute à ces fiefs celui de Maniatochori sans doute parce que les habitants de Modon attaquèrent ce village en 1352 sous prétexte qu’il était tenu par un Génois, qu’il suppose être Centurione Zaccaria, mais il reconnaît lui-même la fragilité de cette hypothèse, en se demandant si ce Génois n’est pas plutôt Marchesano, de Nice, cf. Hopf, I, p. 450 B, — II, p. 7 A. (5) Centurione reçut Estamira et devint connétable sous Philippe II en 1371 sans doute, cf. L. de los à fech., § 704.
242 RECHERCHES HISTORIQUES Les Grecs. — La grande masse de la population, surtout dans les campagnes, reste grecque bien entendu. Une confirmation de cette situation se trouve, s’il en était besoin, dans certains actes des archives des Acciaiuoli, où sont énumérées avec une grande précision les redevances de tous les habitants de certains fiefs ; à quelques très rares exceptions près ils portent des noms grecs (1). Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que certains Grecs jouent aussi un rôle important dans la principauté parmi les seigneurs ou les fonctionnaires. Les deux protovestiaires connus vers 1336-1337 sont certainement grecs Stephanos Koutroulis (Cutrullus) et Johannes Mourmouris (Murmurus) (2), dont on rapprochera les noms de Nicolas Koutroulis et de Georges Mourmouris trésorier, cités par le rapport de Nicolas de Boiano. En Skorta le Grec Jean Sidéros réclama des terres concédées à son père par le prince Guillaume II, qui avaient été reprises en 1304, restituées puis à nouveau confisquées ; on le retrouve quelques années plus tard à la tête du parti qui offrait à Jean Cantacuzène la suze¬ raineté de la principauté (3). Le personnage le plus considérable dont le nom paraisse bien grec est certainement Jean Misito, châtelain de Kalamata ; Louis de Bourgogne et Mahaut lui concédèrent en Messénie les villages de Molines, Salmines, Platana, Astupitsa et Degarmi qui lui furent confirmés le 12 juin 1324 par Jean de Gravina. En 1327, à sa mort, ses biens passèrent à son fils Nicolas (nous ne savons rien de sa sœur Anne) puis en 1344 à son petit-fils Jean II à qui la liste des fiefs de 1377 attribue Stala en Skorta, Grebeni et Turchata en Messénie (4). : Les prélats. Les ordres religieux. — Il faut enfin faire une place au clergé et aux ordres religieux dans ce tableau de la principauté au xive siècle, car ils y jouent souvent un rôle important, qui n’a rien de commun avec la politique du prince. Le puissant archevêque de Patras, disposant des fiefs accordés à son Église et de ceux de l’ancienne baronnie de Patras est indépendant ; peut-on fixer exactement depuis quand? Plusieurs historiens estiment que Patras échappe à la domination du prince dès le début du siècle, on peut dire qu’aucun fait ne manifeste nettement son indépendance avant 1336. Sans doute Guillaume Frangipani s’est joint au groupe des barons qui, en 1321, avaient offert la principauté à Venise ; il a mené lui-même à cette époque des négociations directes avec Venise. Mais, en 1324, quand Jean de Gravina invita les feudataires à prêter serment, la lettre était adressée entre autres à l’archevêque de Patras, et aucun incident n’a été signalé à cette occasion ; en 1329, le prince choisit Guillaume Frangipani comme bail de la principauté et, dans les années qui suivirent, l’archevêque obéit docilement aux ordres pontificaux dans la lutte contre les Catalans, alors que Venise restait à l’écart. C’est seulement après l’arrivée du bail Bertrand des Baux, en 1336, que des incidents révèlent une rupture. Guillaume Frangipani, qui était allé à Venise en 1335, obtient, le 30 janvier 1336, (1) Buchon, Nouv. rech., II, pp. 55-65, 74-97, 106. Les textes sont intégralement publiés par Longnon et Topping, Documents relatifs au régime des terres, Documents I-VII. (2) Buchon, Nouv. rech., pp. 53, 72. Le nom de Mourmouras est connu au xme siècle par l’inscription dédicatoire de la petite église de la Trinité près de Kranidi en Argolide, cf. supra, p. 115. (3) Cf. supra, pp. 208, 213. Le nom peut être Sidéros ou Sydéras comme l’écrit Hopf, I, p. 433 A. (4) Hopf, I, pp. 423 B-424 A, 435 B, — cf. Appendice A, I, infra, p. 691. Jean II est cité dans le rapport de Nicolas de Boiano. Sur la famille, v. D. Jacoby, Trav. et Mém., II, 1967, p. 473.
LA MORÉE FRANQUE DE 1318 À 1364 243 le titre de citoyen de Venise, et c’est à partir de ce moment-là probablement qu’il se considère comme délié de toute obligation vis-à-vis du prince. L’intervention énergique du bail contre la ville, dans l’intervalle entre la mort de Guillaume et l’arrivée de son successeur, n’eut pour résultat que de précipiter les événements : le pape Benoît XII affirma dès 1337 que Patras ne relevait que du Saint-Siège et l’impé¬ ratrice Catherine dut reconnaître ce nouvel état de choses. Les successeurs de Guillaume Frangipani défendirent cette indépendance, Roger qui fut parmi les partisans du roi de Majorque, Nicolas da Canale (1347-1351), puis Renaud de Lor (1351-1358) qui réussit au cours de la guerre vénéto-génoise à se dégager du protectorat de Venise, Raymond ancien abbé du couvent Saint-Nicolas au Lido. Enfin Jean Acciaiuoli, à qui succédera son cousin Ange, était certainement plus dévoué aux intérêts de la famille qu’à ceux de la principauté en général (1). On peut se demander quelle était la situation, après 1338, d’un personnage comme l’évêque d’Oléna, sufïragant d’un archevêque qui ne dépendait plus du prince ; il devait lui-même se conduire de façon assez indépendante, surtout s’il s’agissait de quelqu’un d’aussi entreprenant que ce Jacques qui était à la tête de la démarche faite en 1321 auprès de Venise (2). A Corinthe, l’archevêque le plus connu est François de Massa (1349-1358), bail de la principauté à partir de 1356 et tout dévoué à Nicolas Acciaiuoli (3). Parmi les ordres religieux, les Franciscains restaient très actifs ; c’est dans leur église de Saint-Nicolas à Patras que l’archevêque Guillaume à deux reprises fulmina l’excommunication contre la Compagnie catalane d’Athènes (4). C’est un des ministres des Frères Prêcheurs, le Vénitien Pierre Gradenigo, qui porta à Venise la proposition des barons en 1321. De l’ordre des Chevaliers teutoniques, on sait qu’il fut en conflit avec les Vénitiens de Modon à propos des terres qui dépendaient de sa maison de Mostenitsa en Messénie et, s’il faut en croire Ludolf von Südheim, il participa à la lutte contre les Grecs et les Turcs (5). L’ordre de Saint-Jean-de-l’Hôpital, enrichi Templiers, était certainement puissant plus biens Morée le en (6) ; depuis des des (1) Gerland, N eue Quellen, pp. 30-38. Tous ces archevêques sont italiens, sauf Renaud de Lauro proba¬ blement français, originaire de Lor, dans le Jura. (2) On connaît en outre comme évêque d’Oléna, Nicolas (vers 1332-1336), Francesco Buono (1358), cf. Hopf, I, pp. 431 A, 451 B. (3) Hopf, I, p. 451 A. En 1324, ! ’archevêque est Christophe, cf. supra, p. 205. Les seuls évêchés pour lesquels on connaît quelques titulaires sont Coron et Modon. Ce sont pour le premier les évêques Israël (1338 1341), partisan du rattachement à Jean Cantacuzène en 1341, le célèbre saint Pierre-Thomas (1360-1366), d’origine française, dont la vie, racontée par Philippe de Mézières, est publiée dans les Acta Sanctorum, Jan. II, col. 1005-1006, et le Vénitien Paul Foscari (1366-1367) qui, rival malheureux d’Ange Acciaiuoli pour le siège de Patras, ne devint archevêque dans cette ville que plus tard; — pour Modon, Georges de Molino cité en 1359 et 1366. (4) En 1340, les Frères mineurs vendent au consul de Venise, à Clarence, un terrain destiné à une église de Saint-Marc ; leur chef en Morée est alors Pierre de la Chaîne ; cf. supra , p. 240, n. 7. (5) On connaît également deux des commandeurs en Morée : Jean Winter de Brüningsheim (1333-1336) et Jean de Scherwen (1337), Hopf, I, pp. 423 A, 424 A, 434 A. (6) Cela explique l’existence, connue à partir de 1330, de deux commandeurs, l’un pour le duché d’Athènes, l’autre pour la Morée, J. Delaville Le Roulx, Les Hospitaliers, p. 201. L’ordre avait reçu en outre l’hôpital de Saint-Sanson à Corinthe par ordre du pape Clément V, le 8 août 1309, Regesium dementis papae V, Ep., IV, 1000. Cf. Hopf, I, p. 369 A.
244 RECHERCHES HISTORIQUES qu'il avait été transféré de Chypre à Rhodes, il s'intéressait beaucoup plus directement aux affaires de l'Archipel et de la Morée, pays désormais exposés aux attaques des Infidèles. Déjà en 1312, le Saint-Siège avait menacé les Catalans d'Athènes d'une intervention des Hospitaliers (1). Plus tard devant la carence, l'impuissance ou l'indif¬ férence des Angevins, il songea à confier à l'Hôpital le sort de la principauté d'Achaïe qui restait, malgré tout, l'État latin le plus étendu dans ces régions de l'Orient et qu'il était urgent de défendre contre le danger turc : en 1346, puis en 1356, des négo¬ ciations furent engagées pour racheter à Jacques de Savoie les droits sur l'Achaïe qu'il était prêt à vendre et pour obtenir du prince Robert la cession de la principauté afin d'en faire le siège de l'ordre (2). Si ces négociations n'aboutirent pas alors, les commandeurs de l'ordre en Morée étaient de grands personnages dont certains jouèrent un rôle de premier plan : tel fut Jean de Vaux, qui, en 1321, alors qu'il était bail, se déclara en faveur d'un rattachement à Venise (3). Les biens que possédait l'ordre en Morée étaient situés surtout en Élide et sur la côte du golfe de Patras : la table des fiefs de 1377 leur attribue les châteaux de Palaiopolis et de Phosténa (4). D'après cette liste, le prince (c'est-à-dire la reine Jeanne Ire en 1377) tenait seize châteaux, sur quarante énumérés, l'archevêque de Patras, huit, les Hospitaliers deux ; sept appartenaient à des barons que l'on peut considérer comme d'origine française, dix-huit à des familles italiennes dont douze pour Nicolas Acciaiuoli et trois pour le seigneur de Vostitsa qui est à cette époque Nerio, enfin trois à Jean Misito. L'impression qu'on retire de ce tableau de la principauté est très nette : c’est celle d'une société hétérogène où se juxtaposent des éléments très différents, conduits, on peut le penser, par des intérêts divergents ; seul un souverain présent, actif, ayant du prestige et des qualités d'énergie, de la continuité dans ses vues aurait eu l'autorité nécessaire pour assurer la cohésion de cet ensemble, pour rétablir l'ordre et supprimer l'anarchie, pour défendre efficacement le territoire contre les entreprises ou l'influence des voisins. Or c'est évidemment ce dont la principauté manquait le plus depuis la mort de Guillaume de Villehardouin ; et la situation n'avait fait qu'empirer depuis le départ de sa petite-fille Mahaut. Les traditions* — Il est cependant digne de remarque que, si la société s'est profondément transformée par rapport au siècle précédent, elle ne songe nullement à rompre avec le passé ni avec les générations qui l'ont précédée. Bien au contraire se manifeste alors un intérêt particulièrement vif pour l'histoire de la conquête de la principauté ; l’attachement aux traditions se traduit par la rédaction de plusieurs ouvrages auxquels on doit de savoir sur cette époque beaucoup de choses qui sans eux auraient été oubliées. Au moment où l'histoire des débuts des États latins en Grèce est déjà mêlée de légende, un effort a été fait pour en fixer le souvenir à l'usage (1) Lettres de Clément V à la Compagnie catalane et au grand-maître Foulques de Villaret, Regeslum dementis papae V, n°* 7890-7891, cf. Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 71-72, n»· 56-57. (2) Cf. supra , pp. 214, n. 3, 228-229. En fait, dès 1346, Jacques avait, avec l’accord du pape, cédé ses droits sur l’Achaïe à son fils Philippe, alors âgé de six ans. (3) On connaît également Pierre de la Chaîne ou da Catena, en 1340 , cf. Hopf, I, pp. 434 A. (4) V. Appendice A, I, infra , p. 690.
LA MORÉE FRANOUE DE 1318 À 1364 245 de la société nouvelle qui sentait, plus ou moins consciemment, qu’elle avait intérêt à connaître les traditions qui lui échappaient et à les continuer. Ce travail de rédaction, de compilation ou de codification est d’ailleurs, de façon plus générale, dans le goût de l’époque et a produit d’autres œuvres en Italie, dont plusieurs nous intéressent au même titre, comme les chroniques du doge André Dandolo. Les textes rédigés en Grèce même sont des récits et un recueil de coutumes. Parmi les premiers, il faut placer les ouvrages particulièrement précieux par leur exactitude de Marino Sanudo Torsello dit l’Ancien : né à Venise vers 1370, il a vécu et beaucoup voyagé dans les îles de l’Archipel où son cousin Marc II Sanudo était duc de Naxos, et en Morée ; c’est à Clarence qu’il a rédigé le deuxième livre des Sécréta fidelium crucis, en 1312 ; son Histoire du royaume de Romanie, moins riche il est vrai pour la Morée que pour l’Eubée ou pour les îles de l’Égée, a été écrite entre 1328 et 1333. Plus spécialement consacrée à la Morée est la fameuse Chronique de Morée, ou Livre de la conquête de la Morée, composée pour Barthélemy Ghisi, conné¬ table de Morée et châtelain de Thèbes entre 1327 et 1331 ; il nous en est parvenu, sinon le texte original, du moins des versions en français, en grec et en italien, et elle a servi de source essentielle pour la rédaction du récit en aragonais entrepris à la fin du XIVe siècle sur l’ordre du grand maître de l’Hôpital, Juan Fernandez de Heredia. A ces récits s’ajoute le fameux recueil des Assises de Romanie, ou Livre des Usages et Statuts de l’Empire de Romanie, dont le texte premier fut rédigé entre 1316 et 1325 ; c’est là qu’apparaissent le mieux sans doute le souci des nouveaux maîtres de la principauté, princes angevins et de la maison de Valois, de connaître le pays et ses coutumes, et le sentiment qu’il était nécessaire de maintenir les traditions (1). C’est très probablement dans l’entourage de l’impératrice Catherine et pour elle que fut rédigé le Livre de la Conquête en français et le Livre des Usages ; on a supposé que ces ouvrages avaient été réalisés sous la direction et la surveillance de Nicolas Acciaiuoli ; il n’est pas impossible même que le premier soit de sa main et précisément ce livre que, au dire de Boccace, « il écrivit en français sur les gestes des chevaliers de la croisade dans le même style que furent écrits jadis les romans de la Table ronde » (2). En tout cas la Chronique française et la plus ancienne rédaction du Livre des Usages sont contemporaines, et les allusions aux mêmes événements sont faites de telle façon qu’on peut aussi se demander si elles n’ont pas eu le même auteur. Cet intérêt pour les traditions et pour des faits presque oubliés déjà ne pouvait restaurer la principauté dans l’état où elle était cent ans plus tôt, ni ressusciter les hommes qui avaient fait sa puissance. L’héritage des Villehardouin allait connaître de nouvelles et graves vicissitudes. (1) Sur tous ces ouvrages, sur les éditions et sur la bibliograbhie qui s’y rapporte, voir notre Introduction. (2) Scrisse in francesco de ’ fatti de' caualieri del santo spedito, in quello stile che già per addietro scrissono alcuni delta tavola ritonda , Boccace, Opéré volgari, éd. 1827-1834, XVII, 2, p. 72. Cf. Buchon, Nouv. rech I, p. 95, et sur ces ouvrages, Longnon, L'empire latin, pp. 316-318, 325.

CHAPITRE VI LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ D’ACHAÏE 1364-1430 On peut hésiter à rattacher les vingt années qui vont jusqu’en 1383 à la période précédente ou à celle qui suit : en effet les princes de la maison d’Anjou réussirent à maintenir jusqu’à cette date leur domination, au moins théorique, sur la principauté d’Achaïe ; mais dès 1364, le pays est plongé dans un état d’anarchie beaucoup plus profond et, de façon presque permanente, divisé entre des rivaux. L’empereur Robert n’avait pas réussi au cours de son long règne à refaire de la principauté un État fort et uni ; il disparut le 10 septembre 1364 sans laisser d’héritier. Les compétitions qui éclatèrent aussitôt et qui devaient se renouveler sans cesse étaient très graves dans un pays divisé par des rivalités de personnes et d’intérêts, exposé à toutes sortes de convoitises et d’ennemis. Alors que jusqu’en 1364, sauf de brèves exceptions, la principauté n’avait eu qu’un chef dont la légitimité s’était toujours imposée, elle est l’objet désormais de luttes ouvertes qui provoquent son irrémédiable décadence et aboutissent à sa disparition. Les étapes de cette longue agonie correspondent aux dernières années de la domination angevine de 1364 à 1383, à laquelle se substitue un moment l’autorité de l’ordre de Saint-Jean-de-l’Hôpital, puis à la domination du chef de la Compagnie navarraise (1383-1402), enfin à celle de Centurione II Zaccaria (1404-1430) qui fut le dernier prince. Les derniers princes angevins (1364-1383). Marie de Bourbon et Philippe II de Tarente. — La succession de Robert, empereur titulaire de Constantinople, prince de Tarente et d’Achaïe, fut aussitôt réclamée par deux héritiers, son frère cadet, Philippe II de Tarente, et son beau-fils, Hugues de Lusignan, prince titulaire de Galilée, né du premier mariage de Marie de Bourbon avec Guy, prince de Galilée. Les deux prétendants avaient des droits et trouvèrent des appuis ou des alliés pour soutenir leur cause. Philippe de Tarente réclamait à la fois le titre d’empereur et la principauté d’Achaïe ; il pouvait compter sur tous les officiers de la principauté nommés par son frère et sur l’appui des Acciaiuoli. Jean, archevêque de Patras, mourut en 1365 ;
248 RECHERCHES HISTORIQUES mais, malgré le désir de Venise de voir nommer un Vénitien, Paul Foscari, ce fut un fils adoptif du grand sénéchal, Ange, qui succéda à Jean (1) ; comme Nicolas mourut à son tour le 8 novembre 1365 (2), c'est le nouvel archevêque qui fut le représentant le plus qualifié des Acciaiuoli en Morée. Philippe de Tarente envoya aussitôt dans la principauté où les barons avaient choisi comme bail Centurione Zaccaria, un chevalier «pour savoir si on voulait l’y recevoir pour seigneur» (3). L’assemblée des prélats, barons et liges, réunie à Clarence, décida d’envoyer le bail à Tarente pour recevoir le serment de l’empereur Philippe. Celui-ci, ayant juré, conformément à la tradition, de respecter les coutumes, nomma un bail, Simon del Poggio, de Pérouse, qui vint recevoir l’hommage des barons et chevaliers et prendre possession de la principauté et des forteresses (4). La noblesse moréote acceptait donc comme prince le repré¬ sentant de la famille angevine qui paraissait le successeur le plus direct. Mais Marie de Bourbon tenait une grande partie de la principauté ; elle possédait en propre comme douaire la châtellenie de Kalamata qui s’étendait jusqu’à Port-de Jonc, et voulait assurer la principauté à Hugues de Lusignan que le prince Robert avait traité comme un fils (5). Elle pouvait compter sur des alliés : tout d’abord le roi de Chypre, Pierre Ier, avait tout intérêt à voir Hugues de Lusignan, son neveu, devenir prince de Morée ; car Hugues, fils de Guy, lui-même fils aîné de Hugues IV, roi de Chypre, pouvait légitimement considérer comme un usurpateur son oncle Pierre, second fils d’Hugues IV, qui s’était fait reconnaître roi en 1359 ; pourvu en Morée, il serait un prétendant moins dangereux pour Chypre. Marie de Bourbon pouvait espérer trouver un allié dans le despote grec de Morée, Manuel Cantacuzène, qui avait épousé une cousine de Hugues, Isabelle-Marie-Marguerite (6). De plus, Guy d’Enghien, seigneur d’ Argos et de Nauplie était cousin de Marie de Bourbon (7). Venise, suivant son habitude, ne prit pas parti, veillant seulement à préserver ses intérêts des attaques de l’un ou de l’autre des rivaux et ses négociants de tout dommage. Le conflit dura plusieurs années et ne fut réglé qu’en 1370. Mais la chronologie n’en est pas établie avec certitude, la source essentielle étant le Libro de los fechos (8). Le premier épisode fut déterminé par l’attitude du châtelain de l’impératrice à (1) La nomination est du 18 août 1365, Hopf, II, pp. 5 B-6 A. (2) Buchon, Nouv. rech ., II, p. 203, n°xxxii. (3) L. de los fech., §§ 689-690 : ... enuiô un cauallero, qui se nombraua Andrea Patron , en la Morea , por saber si lo querian recebir por senyor . (4) L. de los fech., §§ 691-693 ; le bail est appelé : Simon del Pueyo. (5) Robert de Tarente était intervenu par exemple auprès du pape Innocent VI en 1360 pour soutenir ses droits au trône de Chypre contre son oncle Pierre Ier : Buchon, Nouv. rech., II, pp. 131-134, n° xx. Cf. Léonard, Jeanne Jre, III, p. 388, n. 3. (6) Ce sont les trois noms sous lesquels est mentionnée cette princesse, cousine d’Hugues et non sa sœur, comme on l’a longtemps supposé, cf. supra, p. 223 et n. 4. (7) Cf. Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 110 ; — Longnon, U empire latin, p. 330. Marie et Hugues envoyèrent aussi en 1365 leur sénéchal Gurello Caracciolo à Frédéric III de Sicile pour lui demander son aide Hopf, II, p. 5 B. L. de los fech., §§ 695-702. Les deux termes du conflit sont connus de façon précise, 1364 et le 4 mai on connaît aussi la date du passage d’Amédée VI de Savoie, juillet 1366. Mais l’incertitude règne sur la place des événements connus par le L. de los fechos ou la Vie de Carlo Zeno, par rapport à l’intervention (8) 1370 ; d’Amédée VI.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 249 Port-de-Jonc, Guillaume de Tanlay. Le bail Simon del Poggio avait pris possession des forteresses du domaine ; Guillaume refusa de lui remettre le château qui, disait-il, faisait partie du douaire de Marie de Bourbon. Le bail vint parlementer avec lui ; le châtelain en profita pour s’emparer de lui et le retint prisonnier. Dès qu’il sut ces nouvelles, Philippe de Tarente désigna comme bail Centurione Zaccaria, puis Ange Acciaiuoli, qui, nommé archevêque de Patras, se rendait en Morée (1). Guillaume de Tanlay avait fait appel à Guy d’Enghien et à Manuel Cantacuzène. Pendant que leurs troupes pillaient la plaine d’Élide vers Andravida et Manolada (2), l’archevêque Ange vint mettre le siège devant Port-de-Jonc. Un événement fortuit mit fin à ce premier épisode : c’est l’intervention du comte Amédée VI de Savoie, qui, ayant pris la croix pour porter secours à son cousin, l’empereur Jean V Paléologue, fit relâche à Modon et à Coron en juillet 1366. Guillaume de Tanlay vint l’y mettre au courant du conflit qui opposait Marie de Bourbon et l’archevêque ; or Amédée, qui avait épousé Bonne de Bourbon, devait être disposé à défendre la cause de sa grand’tante Marie de Bourbon. Il prit l’initiative de négociations qui aboutirent à un accord : Simon del Poggio fut libéré et Ange Acciaiuoli se retira avec son armée vers Patras (3). Cependant Hugues de Lusignan et sa mère ne semblent pas s’être contentés de ce résultat. Peu après, Hugues, ayant rassemblé une armée de plus de six mille hommes à cheval et de nombreux fantassins — chiffres qui paraissent peu plausibles — , débarqua en Morée et vint attaquer l’archevêque Ange ; il mit le siège devant Patras. Mais l’archevêque trouva pour diriger la défense un chef remarquable en la personne d’un jeune chanoine d’origine vénitienne, Charles Zeno ; celui-ci avait déjà quelque expérience de la guerre, ayant servi l’archevêque Renaud de Lor dans la lutte contre les Turcs, où il avait été grièvement blessé ; un moment au service de Pierre Ier de Chypre, à Venise, il était revenu à Patras. Sa défense consista, avec les sept cents hommes dont il disposait, à fatiguer l’armée de Hugues par des escarmouches et des embuscades qui l’empêchaient de mener le siège en règle des places. Au bout de six mois, Hugues de Lusignan, ne pouvant obtenir de succès, se montra disposé à négocier. Les négociations eurent lieu à Modon, et Hugues consentit à évacuer la Morée contre une indemnité (4). Ces conditions soumises aux barons, assemblés à Clarence, furent acceptées par eux. Cependant Charles Zeno qui avait mené les négociations, accusé de trahison par un chevalier, Simon (5), le provoqua en duel : privé de sa prébende par l’archevêque, il abandonna ses bénéfices avec le consentement de ses supérieurs, et épousa une dame de Clarence ; venu à Naples, il obtint de la reine Jeanne Ire qu’elle réglât pacifiquement son différend avec Simon. Il fut nommé (1) L. de los fech., § 696, l’appelle Angelo de Motelba ! (2) L. de los fech., §§ 697-698. (3) L. de los fech., §§ 693-700, — Chroniques de Savoie , dans Monumenta historiae patriae, I, pp. 303-304 ; — P. Datta, Expeditione in Oriente di Amedeo VI, conte di Savoia, Turin 1826, pp. 89-92, 187. Cf. C. Kero filas, Amedeo VI di Savoia nelVimpero bizantino, Rome 1926, pp. 14-16 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 110 ; — Longnon, L'empire latin, pp. 331-332. (4) C’est au moment de ces négociations que, d’après Hopf, II, pp. 6 B-7 A, les troupes de l’archevêque auraient menacé Port-de-Jonc et que se placerait le passage du comte Amédée VI de Savoie, dont l’intervention aurait mis fin au conflit. De cette indemnité, une partie fut versée par Hugues au despote de Mistra pour son aide, cf. L. de los fech., § 702. (5) Hopf, II, p. 8 A, suppose qu’il s’agit de Simon d’Ormoy : c’est une pure hypothèse.
250 RECHERCHES HISTORIQUES alors par Philippe bail de la principauté, fonction qu’il exerça jusqu’à son départ de Morée pour Venise en 1369. Dans les années qui suivirent, le conflit entre l’arche¬ vêque et Hugues de Lusignan sembla devoir un moment se rallumer ; Venise elle-même s’inquiétait pour ses possessions de Coron et de Modon, mais sollicitée de part et d’autre, elle resta strictement neutre. En 1369, la mort d’Ange Acciaiuoli, celle de Pierre Ier de Chypre, ouvrant à Hugues des espérances amenèrent à la conclusion d’un accord définitif. Le 4 mars 1370, Marie de Bourbon et son fils Hugues abandon¬ naient tout droit sur la principauté contre une rente de six mille francs ; Marie conservait la châtellenie de Kalamata qui constituait son douaire (1). Pendant six ans donc, la principauté était restée partagée entre les deux prétendants et dans une situation confuse. On se demande en particulier le sens exact des luttes entre Hugues et l’archevêque de Patras : celui-ci agissait-il comme bail de Philippe de Tarente, ou pour défendre ses prétentions à l’indépendance, reconnue depuis trente ans (2). On constate en tout cas que l’archevêque se trouvait avoir eu dans ce conflit mêmes ennemis, sinon mêmes intérêts, que Philippe. Les querelles n’allaient pas tarder à renaître, il est vrai. Cependant en 1370, le calme semblait revenu ; il devait durer jusqu’à la mort de Philippe, trois ans seulement. Cette période avait vu aussi les débuts de la fortune de Nerio Acciaiuoli, baron de Vostitsa et de Nivelet depuis 1364. La châtellenie de Corinthe, que Nicolas avait confiée en 1362 à Donato, devait en principe revenir à son fils Ange ; en fait l’empereur Philippe en avait repris possession ; mais révoquant les pouvoirs conférés à Donato, il nomma Ange châtelain du château et capitaine de la ville, à vie (3) ; un peu plus tard pour le récompenser de ses services, l’empereur Philippe lui concéda la châtellenie de Corinthe à titre héréditaire avec la dignité de palatin (4). Ces biens et tous ceux que Nicolas avait possédés dans la principauté lui furent encore confirmés à titre héréditaire par la reine Jeanne Ire, le 22 janvier 1375 (5). Mais en fait, c’était Nerio qui commandait Corinthe ; Ange Acciaiuoli, occupé par les affaires italiennes et pressé de besoins d’argent, avait en effet donné en gage à Nerio qui lui avait avancé les sommes nécessaires, non seulement Corinthe mais Vasilika, ou Sicyone, qui la séparait de sa baronnie de Vostitsa. Nerio disposait donc de toute la région côtière de l’entrée du golfe de Corinthe jusqu’à l’isthme (6). Il restait aussi à ce moment le seul représentant important de la famille en Morée : Ange, archevêque de Patras, mourut en effet fin 1367 (7). Zeno, Vita Caroli Zeni, RIS, XIX, col. 212 et suiv., éd. G. Zonta, pp. 10-12, — L. de los fech., Hopf, II, pp. 6 B-9 A ; — Miller, The Latins, pp. 288-289 ; — Longnon, L'empire latin, p. 331. (2) Ce point de vue est mis en lumière par Gerland, Neue Quellen, pp. 39-40. (3) La donation de Corinthe à Nicolas avait été faite à titre héréditaire. Cependant c’est en fait une donation nouvelle, à vie, qui fut faite par Philippe à Ange, le 7 novembre 1366 : cf. Buchon, Nouv. rech., I, pp. 117-118, — II, pp. 204-207, n° xxxiii. (4) L’investiture eut lieu à Brindisi, le 27 février 1371, Buchon, Nouv. rech., I, p. 118, — II, pp. 208 (1) Jac. §§ 701-702. Cf. 210, n° xxxv. Buchon, Nouv. rech., I, pp. 118-119, — II, pp. 210-212, n° xxxvi. Buchon, Nouv. rech., I, pp. 121, 126-127, d’après les allusions contenues dans le testament d’Ange, par lequel en 1391 Ange dispose de la châtellenie, au cas où elle pourrait être récupérée, c’est-à-dire sans doute, si Nerio pouvait être remboursé, cf. Buchon, Nouv. rech., II, pp. 212-214, n° xxxvii; — Hopf, II, p. 6 ; — Longnon, L'empire latin, p. 331. ’ II, Gerland, p. 9 A ; Neue Quellen, p. 40 : après la mort de l’archevêque Ange Acciaiuoli, (7) Hopf, (5) (6)
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 251 Le seul événement qui ait été signalé sous l’empereur Philippe, fut une tentative faite pour reprendre Athènes aux Catalans. Vers 1370, Louis d’Enghien, comte de Conversant) et frère de Guy, seigneur d’Argos et de Nauplie, fut nommé bail de la principauté par le prince. Il rétablit la paix avec le despote de Morée, Manuel Canta cuzène, qui avait dû prendre parti d’abord contre Philippe en faveur de Hugues cousin de sa femme ; puis avec Guy il réussit à occuper l’Attique ; mais il échoua devant Athènes, il dut lever le siège et se retirer en Morée (1). Suivant la chronique aragonaise, après cette tentative l’empereur Philippe aurait nommé Centurione Zaccaria bail (pour la troisième fois !) et l’aurait fait grand conné¬ table de la principauté, en lui donnant Estamira avec le titre de baron. Deux ans plus tard il le remplaça comme bail par un chevalier génois, Balthazar de Forba, puis, peu avant sa mort, ce dernier par « Ojarque san de Flor », de Naples (2). C’est Balthazar de Forba qui entra dans de nouvelles querelles avec l’archevêque Patras, Jean Piacentini, et, par son attitude vis-à-vis des Vénitiens, provoqua de des réclamations très vives de la Commune. L’archevêque fit appel à Venise, il s’y rendit lui-même ; Venise en vint à rompre toutes relations commerciales avec Clarence, renforça les garnisons de Modon et de Coron et envoya à l’archevêque Jean deux vaisseaux (3). C’est à ce moment, alors que l’on pouvait se demander si le conflit n’allait pas dégénérer en guerre et si Venise n’allait pas établir sur Patras un véritable protectorat, que l’empereur Philippe mourut, le 25 novembre 1373 (4). Conflit entre la reine Jeanne Ire et Jacques des Baux. — Sa succession, en l’absence d’héritier direct fut aussitôt âprement disputée. D’une part elle fut réclamée par un neveu, Jacques des Baux, fils de sa sœur Marguerite, mariée en secondes noces à François des Baux Jacques prit les titres d’empereur de Constantinople et de prince d’Achaïe et de Tarente ; son père prit possession de Tarente en son nom (5). Mais la : pendant deux ans l’archevêché fut confié à un vicaire Jean de Noviaco ; enfin en 1369, Jean Piacentini, de Parme, vint occuper le siège archiépiscopal dans lequel lui succéda Paul Foscari, cf. infra , 252-253. (1) L. de los fech., § 703. Louis, Guy et leur frère Jean de Lecce avaient sollicité l’aide de Venise, qui refusa de nouveau de rompre la trêve avec les Catalans. Les documents relatifs aux démarches faites par les , Enghien à Venise ont été publiés par Sp. M. Thèotokis, ’ , , IX, 1932, . 43-46 ; les réponses négatives de Venise sont datées du 22 avril 1370, puis du 9 février 1371, v. Rubio i Lluch, Diplomatari , pp. 403-405, 407-408, n° 317 (inexactement daté de 1370 au lieu de 1371) et 320 ; — Thiriet, Régesies, I, pp. 123, 125, nos 485, 492, cf. Setton, Catalan domination , pp. 72-73 et n. 26. La paix fut rétablie entre Guy d’Enghien et les Catalans en août 1371, Rubio i Lluch, Diplomatari , pp. 418-419, nos 331-332, cf. Thiriet, Régestes , I, p. 127, n° 502. Le temps n’était plus d’ailleurs aux croisades contre les Catalans : en novembre 1372, le pape s’efforce de réunir à Thèbes une conférence des États chrétiens pour réaliser l’alliance contre Yimpia gens Turcorum , Rubio i Lluch, Diplomatari , pp. 423-424, n° 336, cf. F. Giunta, Aragonesi e Catalani, I, p. 140. Cependant Louis d’Enghien fit en 1378 un nouveau raid qui lui permit d’enlever Jean de Lluria, seigneur de Stiris en Béotie, qu’il retint longtemps prisonnier, cf. Setton, Catalan domination , p. 136. (2) L. de los fech., § 704. (3) Thiriet, Régesies, I, pp. 129, 130, nos 514, 522. (4) Hopf, II, pp. 9 B-10 A ; — Gerland, Neue Quellen, pp. 41-42. (5) G. Noblemaire, Histoire de la maison des Raux, Paris 1913, pp. 63-63, 65-66 ; — Du Cange, éd. Buchon, II, pp. 292-294 ; — Hopf, II, p. 10 ; — Mas-Latrie, Les princes de Morée , p. 22 ; — Miller, The Latins , p. 307 ; — Longnon, L'empire latin, p. 332.
252 RECHERCHES HISTORIQUES reine Jeanne Ire prétendit recueillir, comme suzeraine, Théritage de Philippe mort sans laisser d'enfant (1). La chronique aragonaise fait un récit détaillé des négociations qui aboutirent à la reconnaissance de la reine Jeanne par les barons comme princesse de Morée : elle envoya un chevalier, Robert, qui convoqua prélats, barons et chevaliers à Clarence et leur exposa les droits de la reine. Les nobles assemblés décidèrent d’envoyer à Naples une ambassade composée du comte de Céphalonie (Léonard Tocco), du baron d’Arkadia (Erard Le Maure), du grand connétable (Centurione Zaccaria) et de Jean Misito pour s’informer des droits respectifs de la reine et de la sœur du prince défunt, et ils nommèrent comme bail Andronic Asên, fils du connétable, pour gouverner le pays en attendant. Après discussion, les délégués des barons reconnurent le bien-fondé des revendications de la reine, ils reçurent d’elle le serment de respecter les usages de la principauté, lui jurèrent fidélité à leur tour et revinrent en Morée (2). La reine Jeanne envoya alors comme bail François de San Severino. Celui-ci était un ennemi personnel de la famille des Baux ; Jacques, qui s’était rendu en Grèce, ne put rien entreprendre. Le bail de son côté s’attaqua aux Grecs du despotat de Morée : il tenta de prendre le château de Gardiki. Le despote, Manuel Cantacuzène, vint à la tête de mille hommes à cheval et deux mille hommes à pied au secours de Gardiki. L’armée du bail, en tête de laquelle se trouvaient un groupe de jeunes gens qui venaient d’être armés chevaliers, l’attaqua avec vigueur et, malgré l’infériorité du nombre — elle comptait trois cents cavaliers et six cents fantassins — , remporta encore une fois une brillante victoire comme l’avaient souvent fait les Francs depuis 1205 ; mais le château de Gardiki résista et San Severino se retira sans avoir obtenu de résultat (3). Son activité s’était exercée dans une autre direction. Les querelles avec Venise un moment apaisées avaient recommencé dès 1375 ; on voit Coron et Modon renforcer leurs défenses. La Commune se plaignit si vivement auprès de la reine que celle-ci rappela son bail et promit de respecter tous les privilèges accordés par les Villehardouin. Le nouveau bail promit de ne molester ni le consul ni les marchands vénitiens de Clarence ; une commission mixte devait régler les litiges frontaliers (4). D’après la chronique aragonaise, le nouveau bail aurait été encore une fois Centurione Zaccaria, qui mourut un an et demi plus tard ; la reine le remplaça par l’archevêque de Patras, (1) Longnon, L'empire latin , p. 332, fait judicieusement remarquer qu’elle aurait pu le réclamer égale¬ ment au nom de son mari : elle avait en effet épousé en troisièmes noces Jacques de Majorque, fils du roi Jacques II et petit-fils de l’infant Ferrand et d’Isabelle, qui avait donc pour bisaïeul Guillaume II de Villehardouin. Sur le mariage, v. Léonard, Les Angevins de Naples , pp. 403-404. (2) L. de los fech., §§ 705-713. D’après les archives vénitiennes, l’évêque de Modon, François Falier devait faire partie aussi de l’ambassade, mais Venise le lui interdit parce qu’il était citoyen vénitien, Thiriet, Régestes , I, p. 133, n° 538, cf. Hopf, II, p. 10 B. (3) L. de los fech., §§ 714-722. Les noms des personnages cités sont, dans le texte, les suivants : pour le Grec défendant le château, Serrano Gilopol Crestian, — et pour les jeunes chevaliers : Jorge et Vasili Galentini , Johan Alaman , Galiani de Baliano, Asan et Martin , fils de Centurione Zaccaria. Si plusieurs fois déjà l’on n’avait vu des offensives de ce genre tourner court devant la résistance d’une forteresse, on pourrait voir dans cet arrêt un effet de la politique de rapprochement entre le Saint-Siège et le despote dont témoigne une lettre de Grégoire XI, datée de décembre 1374 : Raynaldi, Ann. eccles., ad ann. 1374, n° 5, VII, pp. 248-249. Cf. R. Guilland, Correspondance de Nicéphore Grègoras , p. 313 ; — Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 111-112. (4) Thiriet, Régesies, I, pp. 138, 145, n08 551, 582.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ D’ACHAÏE 253 Paul Foscari. Ce dernier était vénitien ; il n’est pas douteux que sa présence au siège archiépiscopal consolidait fortement l'influence de Venise en Morée (1). Les Hospitaliers dans la principauté, 1376-1381. — En 1376, la reine Jeanne Ire de Naples, veuve pour la troisième fois par la mort de Jacques d’Aragon, se remaria avec Othon de Brunswick (2) ; ce mariage ne changea rien à la situation de la Morée : la reine restait seule princesse d’Achaïe (3). Mais presque aussitôt, devant les difficultés qu’il y avait à protéger les débris de la principauté contre les ennemis de toute sorte et surtout contre les Turcs et les Albanais, elle se décida à engager l’Achaïe aux Hospitaliers de Rhodes pour une durée de cinq ans contre le versement d’une somme annuelle de 4.000 ducats. Elle reprenait et menait ainsi à conclusion les projets formés vingt ou trente ans plus tôt par le Saint-Siège désireux de confier le reste des possessions latines à des mains capables de les défendre (4). L’accord dut être conclu dans l’été 1376. A une date impossible à déterminer, et au plus tard dans l’été 1377, la reine princesse d’Achaïe envoya à Clarence le frère Daniel del Carretto avec le titre de bail : il devait réunir le parlement des prélats, des barons et des chevaliers pour recevoir leur serment, pour prendre possession des forteresses, en vue de la transmission aux Hospitaliers (5). Dans le même été 1377, le 30 juillet, le chapitre de l’Hôpital à Rhodes élut comme grand-maître l’Aragonais Juan Fernandez de Heredia, qui s’était déjà intéressé aux négociations de 1356 pour le transfert du siège de l’Ordre de Rhodes en Morée. A la fin de l’année, le nouveau grand-maître, qui d’Italie, était passé à Rhodes, s’embarqua pour la Grèce : ce chef énergique et coura¬ geux, plein d’initiative en même temps que fastueux et cultivé, semblait devoir trouver en Morée un bon accueil et y réaliser une œuvre utile (6). Au printemps de 1378, Heredia voulut entreprendre la reconquête des territoires qui appartenaient naguère aux Latins ; renforcé par les contingents de l’archevêque de Patras, il attaqua et reprit Lépante qu’occupaient les Albanais ; mais il tomba dans une embuscade et fut fait prisonnier par leur chef Jean Bua Spata, despote (1) Gf. Hopf, II, pp. 10B-11 A; il place l’arrivée de Paul Foscari en 1376, date dont Gerland, Neue Quellen, p. 43, ne trouve aucune confirmation. Le L. de los fech., § 723, en parle comme archevêque et bail avant l’accord avec les Hospitaliers, donc avant 1378 ; c’est à ce moment aussi que ce texte place la nomination comme connétable du riche et puissant Jean Misito. (2) Léonard, Les Angevins de Naples , pp. 449-450. (3) Hopf, II, p. 11 A, affirme sans fondement que la reine avait donné aussi à Othon la principauté d’Achaïe ; R. Loenertz, Or. Chr. Per., XXII, 1956, pp. 320-325, a définitivement écarté cette erreur longtemps acceptée : le nom d’Othon de Brunswick doit être rayé de la liste des princes de Morée. (4) Notre connaissance de la période où la principauté fut donnée à bail aux Hospitaliers, de 1376 à 1381, et des conditions dans lesquelles la Compagnie navarraise s’installa en Morée a été renouvelée par l’étude du P. R. Loenertz, Hospitaliers et Navarrais en Grèce. Regestes et documents , Or. Chr. Per., XX, 1956, pp. 316 360 ; cette étude corrige en particulier de nombreuses erreurs de Hopf et nous dispense de rappeler la biblio¬ graphie antérieure. A. T. Luttrell, Venice and the Knights Hospitaliers of Rhodes in the XIV. Century , Pap. of the Brit. Sch. at Rome, XXVI, 1958, pp. 195-212, a précisé les relations entre Venise et les Hospitaliers, sans apporter d’éléments nouveaux importants. (5) L. de los fech., §§ 724-726. Gf. R. Loenertz, l.l., p. 330, n° 2. C’est sur la mort de Daniel del Carretto à Clarence après ces cérémonies que s’achève la chronique aragonaise. Nous avons signalé supra, p.219, n. 6, que c’est probablement à l’occasion de la cession de la principauté aux Hospitaliers que fut dressée une liste des possessions appartenant à « Madame » en Morée. (6) Sur Juan Fernandez de Heredia, cf. supra, p. 17.
254 RECHERCHES HISTORIQUES cPArta ; vendu par lui aux Turcs, il ne put recouvrer sa liberté que contre rançon et moyennant la promesse de suspendre la guerre ; il se trouve le 20 mai 1379 à Clarence (1). L’événement mit fin à la tentative dont les débuts paraissaient promet¬ teurs. Les Hospitaliers n’abandonnèrent cependant pas la Morée. Dans l’été de 1378, le frère Gaucher de la Bastide prieur de Toulouse, commandant en Achaïe pour le grand maître, enrôla au service de l’ordre deux compagnies navarraises commandées par Mahiot de Coquerel et Jean d’Urtubia, pour une durée de huit mois ; mais cet engagement ne fut pas prolongé au-delà de la durée prévue (2). On sait que le frère Eustache Haste et le commandeur de Morée, sans doute Hesso Schlegelholtz, firent dans les années 1379-1381 des voyages jusqu’à Corinthe et rencontrèrent Nerio Acciaiuoli, mais il n’est pas possible d’en déterminer l’objet exact et si l’Hôpital avait entrepris des négociations pour obtenir l’aide de Nerio (3). En 1380 Lépante fut reprise par les Albanais. L’Ordre de l’Hôpital, d’ailleurs divisé et affaibli par le schisme né du conflit qui opposait sur le trône pontifical Clément VII et Urbain VI (4), ne semble pas avoir envisagé de prolonger son action en Morée au-delà des cinq années prévues : en 1381, Dominique d’Allemagne, lieutenant en Italie pour le grand-maître, se rendant de Pouille à Rhodes, s’arrêta en Morée et remit le gouvernement de la principauté aux officiers de la reine Jeanne Ire, sans doute avec toutes les solennités d’usage ; il versa les sommes dues aux différents châtelains et capitaines et deux mille ducats d’or aux Navarrais (5). Jacques des Baux et l’établissement de la Compagnie navarraise en Morée. — Au moment où les Hospitaliers se retiraient de la principauté, celle-ci échappait en fait déjà à l’autorité de la reine à qui ils la restituaient. La situation se complique alors considérablement dans le Péloponèse du fait de la présence des Navarrais et de l’activité de Jacques de Baux, en même temps que de la confusion née de l’élection en 1378 des deux papes Urbain VI et Clément VII. Les compagnies navarraises — elles étaient quatre à l’origine, et comprenaient alors plus d’un millier d’hommes d’armes, navarrais et gascons — , avaient été amenées en Romanie par Louis d’Évreux qui, marié à la petite-fille de Jean de Gravina, Jeanne de Duras ou Durazzo, voulait reconquérir les possessions de sa femme dans Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes , pp. 203-206 ; — R. Loenertz, l.L, p. 331, nos 5-9. (1) Delaville-Le LL , p. 331, n° 10, cf. les documents publiés ibid., pp. 350-355, §§ 13, 26, 28. La date (2) R. Loenertz, exacte où furent enrôlées les compagnies n’est pas connue : elle doit se situer entre avril et juillet 1378 ; la compagnie commandée par Jean d’Urtubia comptait cent hommes d’armes, celle de Mahiot de Coquerel, cinquante; leur solde fut payée par le frère Dominique d’Allemagne, cf. ibid., p. 332, n° 11. p. 333, n° 15 et n. 2. (3) R. Loenertz, (4) Le grand-maître ayant reconnu Clément VII, les Hospitaliers se divisèrent, certains se prononçant Le Roulx, Les Hospi¬ en faveur d’Urbain VI ; sur les conséquences du schisme pour l’ordre, v. J. Delaville taliers à Rhodes , pp. 220, 248 et suiv. ; les mesures décisives d’Urbain VI contre Heredia ne sont pas antérieures à la fin de 1382 et la nomination de Richard Caracciolo comme grand-maître eut lieu en avril 1383. (5) R. Loenertz, l.L, p. 337, n° 29, et pp. 350-355. Documents I : la liquidation de la principauté est connue par le compte que Dominique d’Allemagne remit au grand-maître, le 24 août 1381 ; ce document, conservé aux Archives de Malte, signale aussi les sommes versées aux différents châtelains et capitaines, à Centurione Zaccaria, connétable, et à Isabelle de Lusignan (Manuel Cantacuzène était mort en 1380), ce qui laisse supposer que les Grecs de Mistra avaient prêté leur concours aux Hospitaliers, comme ils l’avaient fait en 1362 contre les Turcs et les Catalans ; cf. J. Delaville Le Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes , p. 211 et n. 2.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 255 régions occupées par les Albanais. Il réussit à prendre Durazzo, mais il fut tué le 14 août 1376. C’est dans les années qui suivirent, entre 1376 et 1378, que les Navarrais restés « sans seigneur » entrèrent en relations avec Nerio Acciaiuoli, avec les Hospitaliers de Morée et avec Jacques des Baux (1). En Italie, Jeanne Ire avait reconnu le pape Clément YII et adopté comme fils, héritier et successeur, en juin 1380, Louis d’Anjou ; ce dernier acte provoqua contre elle un soulèvement de Charles d’Anjou-Durazzo ou Charles de Duras, et celui-ci fut soutenu par Urbain VI qui avait déclaré la reine déchue dès le 20 avril 1380. En 1381, Naples fut prise par Charles qui devint roi sous le nom de Charles III ; Othon de Brunswick fut battu et la reine elle-même, faite prisonnière (2). Jacques des Baux voulut profiter des circonstances ; dans l’automne de 1381, il occupa Tarente avec les titres de despote de Romanie, prince de Tarente et d’Achaïe, empereur de Constantinople ; vers cette époque, et peut-être même avant l’occupation de Tarente, il est reconnu prince d’Achaïe par les barons moréotes et par les Navar¬ rais (3). On a vu comment les Hospitaliers avaient pris à leur service deux des compa¬ gnies navarraises, commandées alors par Jean d’Urtubia et Mahiot de Coquerel, pour huit mois en 1378-1379 (4). On ne sait à quel moment les deux compagnies venues en Morée fusionnent pour constituer la Compagnie d’Achaïe Societas sistens in principaiu Achaiae , ni à quel titre elle y est installée ; les chefs en sont alors Mahiot de Coquerel, Pierre Lebourd de Saint-Supéran et Bernard de Varvassa; ces deux derniers appartenaient à la compagnie de Jean d’Urtubia qui disparaît alors de la scène (6). Aucun document ne fait allusion à une conquête de la principauté par les Navarrais (7), mais ils s’y trouvent en 1381 quand Jacques des Baux y fait reconnaître son autorité on ne sait s’il était entré en relations avec eux auparavant, ni s’il leur avait confié la mission de se rendre maîtres du pays pour lui, ni s’il y a eu conflit entre eux et les barons ou seigneurs de la principauté. Le nouveau prince désigna comme bail Mahiot de Coquerel et nomma capitaines Pierre de Saint-Supéran et Bernard de Varvassa. Les barons les plus importants, ayant reconnu le prince, ces ; (1) Sur les Navarrais, l’ouvrage longtemps classique d’A. Rubio i Lluch, Los Navarros en Grecia y el Ducado catalân en la epoca de su invasion, est dépassé ; l’exposé le plus récent sur le rôle des Navarrais, au moins jusqu’à leur installation en Morée, a été fait par Setton, Catalan Domination, pp. 125-148, où se trouve réunie la bibliographie antérieure. L’article cité ci-dessus du P. R. Loenertz, précise, autant que les documents permettent de le faire, les conditions et la date de l’établissement des Navarrais dans la principauté. Le Roulx, Les (2) G. Valois, La France et le grand schisme d' Occident, II, pp. 8-12 ; — J. Delaville Hospitaliers à Rhodes, pp. 210-211 ; — Léonard, Les Angevins de Naples, pp. 457-465; — R. Loenertz, l.L, p. 339, n° 35. LL, p. 340, nos 37-38. (3) R. Loenertz, (4) Setton, Catalan Domination, pp. 145-146 ; — R. Loenertz, LL, p. 335, n° 23. (5) C’est vers la même époque que les Navarrais sous le commandement de Jean d’Urtubia, et peut-être avec la complicité de Nerio Acciaiuoli, enlevèrent aux Catalans Thèbes, capitale du duché d’Athènes et Livadie ; la date adoptée généralement est 1379, Setton, Catalan Domination, pp. 145-146, et The Archbishop Simon Atamano and the Fall of Thebes to Navarreses in 1379, BNJ, XVIII, 1945-1949, 1960, pp. 112-113; R. Loenertz, LL, pp. 332, 335, nos 12, 23 ; mais G. T. Dennis, The capture of Thebes by the Navarrese, Or. Chr. Per., XXVI, 1960, pp. 42-50, estime qu’il faut la remonter à 1378. (6) R. Loenertz, ibid., n° 14 ; on ne sait rien de précis sur la disparition de Jean d’Urtubia, cf. Setton, Catalan Domination, p. 147. (7) Dans le Péloponèse, seule Vostitsa est signalée comme occupée par eux, mais elle avait été enlevée à Nerio Acciaiuoli, et l’événement ne peut être daté avec certitude vers 1380-1381, cf. Loenertz, LL, p. 333, . 1. 18
256 RECHERCHES HISTORIQUES gardèrent leurs terres : Centurione Zaccaria, Erard Le Maure, Jean Misito ; cependant certains seigneurs avaient dû s'enfuir et furent dépossédés de leurs terres qui furent attribuées aux chefs des Navarrais ; ce fut aussi sans doute le cas des biens des Acciaiuoli en Élide, en Skorta et en Messénie (1). Les Navarrais étaient ainsi désormais régulièrement établis dans l’ouest et le sud-ouest du Péloponèse, régions auxquelles se limitait la principauté ; ils se trouvaient en contact avec les territoires vénitiens de Modon et de Coron. Au début de 1382 Mahiot de Coquerel, bail impérial d’Achaïe, Pierre Lebourd de Saint-Supéran et Bernard de Varvassa, capitaines impériaux, — ces titres montrent qu’ils agissaient comme chefs de la principauté en tant que repré¬ sentants de Jacques des Baux — proposèrent par l’intermédiaire de l’évêque de Coron, Pierre Cornaro, aux châtelains de Coron et de Modon le règlement des incidents de frontière qui avaient pu surgir entre la principauté et les ressortissants de Venise ; le 18 janvier, à Androusa, qui est désormais leur centre, ils jurent d’observer le traité conclu, qui ouvrit une période de relations pacifiques entre la Commune et les nouveaux venus (2). La Compagnie est donc établie en Morée et ses chefs gouvernent légitimement la principauté, investis de cette autorité par le prince. En fait l’absence de ce dernier faisait d’eux les vrais maîtres du pays. Jacques des Baux, pas plus que ses prédé¬ , cesseurs, n’était venu en Morée ; il eut d’ailleurs à faire face à un conflit avec le roi Charles III de Naples, conflit qui fut réglé en septembre 1382 (3) ; mais il mourut en juillet 1383, après avoir par testament laissé ses États à Louis d’Anjou, duc de Calabre, prétendant au trône de Naples (4). Des deux personnages qui pouvaient prétendre à sa succession, Louis d’Anjou et Charles III, on ignore si l’un ou l’autre prit des mesures pour faire valoir ses droits et fut reconnu par les Navarrais. La mort de Jacques des Baux revêt ainsi une certaine importance dans l’histoire politique de la principauté « elle marque la fin d’une époque, on pourrait presque dire la fin de la principauté. Non seulement Jacques des Baux est le dernier prince de la dynastie angevine qui ait été reconnu et qui ait délégué ses pouvoirs à un bail régulier, mais c’est encore le dernier prince réel qui se sera réclamé d’une légitimité quelconque » (5). La situation resta celle qu’avait créée en fait l’installation des Navarrais en 1380 et dont le caractère exact nous échappe ; Mahiot de Coquerel continua à gouverner ce qui restait de la principauté avec le titre de bail jusqu’à sa mort ; il fut remplacé alors par un des capitaines, Pierre de Saint-Supéran qui porta désormais le titre de vicaire en attendant de prendre celui de prince. : Rubio i Lluch, Los Navarros in Grecia, pp. 166-171 ; — Miller, The Latins, p. 317 ; — J. Dela Le Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes, pp. 210, 220 ; — Longnon, L'empire latin, pp. 334-335 ; — (1) A. ville R. Loenertz, l.L, p. 340, n° 37. (2) Les négociations eurent lieu en janvier 1382 ; le 18, à Androusa, les chefs navarrais jurèrent d’observer les clauses des conventions conclues, cf. R. Loenertz, Z./., pp. 341-343, nos 42-44 ; l’acte a été publié par L. de Mas-Latrie, BECh ., LVIII, 1897, pp. 81-87, n° 1 : les témoins sont Pierre, évêque de Coron, Johanne de Ham, Sub sion [?], Laurenlio de Salafranca, Joanne de Spoleta, in dicta compagnia sociis ; cf. moriali, III, p. 157, n° 1261. (3) R. Loenertz, Z.Z., pp. 344-345, nos 48, 53-54, 57. Predelli, Comme - (4) Louis avait été adopté, on l’a vu, par la reine Jeanne Ire, et couronné roi de Naples par Clément VII ; sur la transmission de la principauté par Jacques des Baux à Louis, v. Longnon, L'empire latin, p. 335 et n. 2 ; — J. Delaville Le Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes, p. 380, n. 3 ; — R. Loenertz, l.L, pp. 348-349, n° 66. ibid. (5) Longnon,
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 257 La principauté à l ’époque de la Compagnie navarraise. — L’établissement des Navarrais en Morée n’a pas laissé le souvenir d’avoir été accompagné de violences ; il n’entraîna pas de conséquences analogues à celles qu’avait eues l’occupation de l’Attique par les Catalans. De profondes transformations s’opèrent cependant au cours des vingt dernières années du xive siècle, tandis que se multiplient les tentatives des prétendants à un titre qui devait rester entre les mains d’un des capitaines des Navarrais. Ne pouvant faire un récit rigoureusement chronologique et complet des événements, auxquels furent mêlés tant de puissances et d’intérêts, nous rappel¬ lerons d’abord les tentatives de prétendants au titre de prince qui n’intervinrent pas en définitive dans le pays, en particulier Louis II de Clermont et Amédée de Savoie, prince de Pignerol, petit-fils de Philippe de Savoie. Nous examinerons ensuite la situation générale du Péloponèse, les divers éléments qui s’y affrontent et, en face d’eux, la Compagnie navarraise. Enfin nous mentionnerons les événements essentiels, avant de dresser un tableau de ce qu’est devenue la principauté à la fin du siècle. La principauté réduite environ au quart du Péloponèse fut disputée entre plusieurs prétendants, dont les ambitions n’eurent que peu de conséquences pour le pays. Mahiot de Coquerel avait reconnu comme prince le roi Charles III de Durazzo, que le pape Urbain VI considérait comme roi de Naples. A sa mort, en 1386, Pierre de Saint-Supéran le remplaça. Mais Charles III était mort lui-même au début de 1386, après s’être brouillé avec Urbain VI ; celui-ci l’avait déclaré déchu, et jugeant que la principauté pouvait être légitimement considérée comme confisquée par lui, il désigna en 1387 l’archevêque de Patras, Paul Foscari, comme vicaire général d’Achaïe au nom de l’Église romaine et le chargea de prendre la Compagnie navarraise à sa solde (1). Cependant Jacques des Baux avait transmis ses droits sur l’Achaïe et sur l’empire de Constantinople à son cousin Louis Ier d’Anjou, un des fils du roi de France Jean le Bon, qui avait été adopté par la reine Jeanne et couronné roi de Naples par Clément VII (2). Louis Ier étant mort dès septembre 1384 en essayant de conquérir son royaume, sa veuve, Marie de Bretagne, fit à Avignon proclamer roi de Naples son fils, Louis II, âgé de sept ans. Quant à la principauté, elle songea à la confier aux Hospitaliers ; Heredia accueillit volontiers ses ouvertures : il avait toujours pour la Morée le même intérêt qu’il avait manifesté depuis 1356. Il entra en rapport avec Mahiot de Coquerel pour savoir à quelles conditions la Compagnie navarraise céderait la principauté ; les exigences des Navarrais empêchèrent la conclusion d’un accord ; en mai 1385, Heredia écrivit au commandeur de Morée, Adam Boulart, une lettre qui marqua la suspension des négociations (3). Marie de Bretagne vendit cependant effectivement la principauté aux Hospitaliers pour vingt mille florins d’or, le 24 janvier 1387 (4). (1) Hopf, II, pp. 47, 49 A ; — Gerland, Neue Quellen , p. 43 ; — Longnon, L'empire latin , pp. 335-340. Sur les relations entre Charles III et Urbain VI, et sur la mort du roi, v. Léonard, Les Angevins de Naples , pp. 474-476. (2) Cf. supra , p. 255. (3) Hopf, II, p. 47 ; — J. Delaville Le Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes , pp. 220-221, 380, et Pièces justificatives, n° X. Le Roulx, op. cit., p. 222. (4) J. Delaville
258 RECHERCHES HISTORIQUES Deux prétendants protestèrent aussitôt contre cet acte : Louis II de Clermont, duc de Bourbon, et Amédée de Savoie, seigneur de Piémont. Le premier, héritier de sa tante l’impératrice Marie, morte en 1387, et de Hugues de Lusignan, se préoccupa de recueillir leurs biens ou de faire valoir leurs droits en Morée et à Chypre ; il envoya en Achaïe Jean de Châteaumorand qui entra en rapport avec les barons, en particulier avec Erard Le Maure ; il fut bien accueilli, mais là se borna l’activité de Louis II, absorbé à partir de 1389 par d’autres projets (1). Amédée de Piémont, prince de Pignerol, se montra plus actif. A la différence de son père Jacques de Savoie qui était disposé en 1356 à vendre ses droits sur l’Achaïe, il montra dès 1387 son intention de les faire valoir (2) ; en février se trouve auprès de lui le Grec Jean Laskaris Kalo phéros qui avait dû déjà rendre des services à Jacques des Baux et va jouer un grand rôle dans toutes les démarches entreprises par Amédée (3). Celui-ci protesta vigou¬ reusement auprès du pape Clément VII contre la vente aux Hospitaliers et obtint de lui le 10 avril l’annulation de cette cession faite sans qu’il ait été tenu compte de ses droits de légitime propriétaire. Le 19 juillet, il récompensait les services de Jean Laskaris Kalophéros en lui concédant — donation toute platonique d’ailleurs — outre Céphalonie avec Zante et Ithaque, diverses terres en Messénie avec la forteresse de Port-de-Jonc, Maniatochori, Platano, la plaine de Pilla, les villages d’Agoreriza, Ligudista, Lostenicho, Morlendi, Prothis et Euchion (4). Amédée à qui le pape Urbain VI avait demandé en janvier 1388 de justifier ses prétentions (5), préparait avec soin une expédition pour prendre possession de la principauté. Il sollicita l’appui de son puissant cousin, le comte Amédée VII de Savoie. Jean Laskaris fut envoyé à Venise négocier le transport d’une ambassade jusqu’en Morée. Ces négociations durèrent toute l’année ; c’est seulement en décembre que ses envoyés quittèrent Venise pour la Morée (6). Les Navarrais accueillirent bien les ambassadeurs du prétendant, mais répondirent de façon assez évasive à leurs propositions (7). (1) La Chronique du bon duc Loys de Bourbon , éd. Ghazaud, Paris 1876, p. 291. Cf. Hopf, II, p. 48 B ; — Buchon, Nouv. rech., I, p. 137 ; — J. Delaville Le Roulx, op. cit., pp. 222-223, et La France en Orient au XIVe siècle, Paris 1886, I, pp. 184-185 ; — Longnon, L'empire latin, p. 340. Un ambassadeur du duc de Bourbon passe encore à Venise au début de l’été 1389, se rendant auprès des Navarrais et de Nerio Acciaiuoli, cf. N. Iorga, Académie roumaine, Bulletin de la classe historique, II, 1914, p. 316, . 1. Louis de Bourbon porta le titre de prince d’Achaïe jusqu’à sa mort en 1410. (2) Les tentatives faites par Amédée ont été étudiées par R. Cessi, Amedeo di Acaia e la rivendicazione dei domini Sabaudi in Oriente, NAV, N. S., XXXVII, 1919, pp. 5-64, en particulier d’après les comptes de la trésorerie et de l’hôtel d’Achaïe, dont il a publié des extraits, ibid., pp. 44-64. L’ouvrage de la reine Marie José, La Maison de Savoie, I, 1956, pp. 329-331, n’apporte que des indications rapides sans aucune précision nouvelle sur cet épisode. (3) Sur ce personnage, v. infra, pp. 260, 275, 278. Il avait épousé une fille d’Erard Le Maure, baron d’Arkadia, mais était brouillé avec son beau-père depuis 1374 : on comprend que si Kalophéros est auprès d’Amédée — on ne sait d’ailleurs pas comment il était venu auprès de lui — Erard Le Maure accueillit bien les envoyés du duc Louis II de Bourbon. 48 B ; — Cessi, LL, p. 7 ; — Longnon, L'empire latin, p. 341. La donation est mentionnée dans un acte daté du 20 juillet qui rappelle qu’elle a été notifiée par deux instruments du notaire public de Chambéry en date du 19 juillet : seul l’acte du 20 est conservé aux Archives de Turin, Acaja, Mazzo III, n° 3, dont M. J. Longnon a bien voulu me communiquer une copie ; le dernier village cité est Euchion et non Gechioris comme l’a lu Hopf ; nous n’avons pu l’identifier. (5) Hopf, II, p. 49 A ; — Gessi, LL, pp. 7, 44, n° 1. (6) Gessi, LL, pp. 9-11 ; — Longnon, ibid. Les envoyés d’Amédée s’embarquèrent pour la Morée au moment où ceux du duc Louis de Bourbon en revenaient, cf. Gessi, LL, p. 51, n° 35. (7) Sur les négociations qui suivirent, en particulier sur la mission de Pierre Rochette — ou Roquette — de Narbonne envoyé d’Amédée en Morée dans l’hiver 1388-1389, v. Gessi, Amedeo di Savoia, pp. 9-11. (4) Cf. Hopf, II, p.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 259 Cependant la situation ne cesse de se compliquer. Le grand-maître Heredia poursuivait ses projets en 1389, il désigna même comme gouverneur pour l’Achaïe Dominique d’Allemagne, assisté de Hesso Schlegelholtz et de Pons de Geys (1), sans avoir rien fait d’ailleurs pour prendre possession du pays. Venise, qui négociait à la fois avec les Navarrais pour reprendre Argos et avec les Grecs qui lui avaient pris la ville (2), se montrait favorable aux projets d’Amédée. Il est possible qu’Amédée ait désiré de son côté se rapprocher du despote de Mistra, puisque l’empereur Jean V Paléologue était fils d’Anne de Savoie (3). Il semble d’ailleurs que ce soit le despote qui ait pris l’initiative en envoyant aux premiers ambassadeurs d’Amédée venus en Morée, Andronic Sophianos chargé d’une lettre pour lui. Par la suite le despote assura le prétendant de son dévouement. Mais les négociations se poursuivirent et remplirent les années 1388 et 1389 sans apporter de résultat décisif (4). La rivalité entre les deux papes contribuait à embrouiller ces négociations. Mais en 1389, Urbain VI disparut ; Louis de Bourbon et Heredia furent détournés de la Morée l’un par une campagne contre les Barbaresques, l’autre par la défense de Smyrne. Le grand-maître de l’Hôpital abandonna alors ses projets sur la Morée sans perdre d’ailleurs tout intérêt pour elle (5), car c’est plus tard qu’il fit rédiger en Avignon, l’ouvrage dans lequel étaient contés « les faits et conquêtes de la principauté de Morée » et qui fut terminé en 1393 seulement. Il n’y avait pas à craindre une intervention du roi de Naples, suzerain de la principauté, le royaume était alors disputé entre Ladislas, fils de Charles III de Durazzo, et Louis II d’Anjou, fils de Louis Ier, qui avaient été couronnés tous deux rois respectivement en 1390 et 1389. Débarrassé de ses principaux rivaux, Amédée de Savoie poussa les négociations et les préparatifs. Le 20 septembre 1390, un accord était conclu avec Venise qui assurerait le passage de 300 hommes à cheval et de 600 arbalétriers et fantassins accompagnés de quinze cents écuyers ou serviteurs (6) ; de son côté Amédée s’engageait à fournir une aide substantielle à Venise pour reprendre Argos au despote. De plus, il entrait dans les vues de la Commune en reprenant activement les négociations avec les Navarrais (7) : il envoya en Achaïe une ambassade composée d’Antoine Fava et de Bertino Provana, seigneur de Villars, accompagnés du notaire Humbert Fabri et de l’intrigant Pierre de Narbonne (8) ; en réponse à cette ambassade, le 11 décembre : Le Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes , (1) Le 26 septembre 1389, cf. Hopf, II, p. 49 A ; — Delaville pp. 223-224. (2) Cessi, Amedeo di Savoia, pp. 12-19 ; — Zakythènos, Le despotal grec , I, pp. 135-137. (3) Longnon, L'empire latin , p. 341. (4) Sur les premiers contacts entre Amédée et le despote de Mistra, Théodore, Cessi, Amedeo di Savoia , pp. 13-15 ; — Zakythènos, Le despotal grec , I, pp. 149-150. Pap. of the Brit. Sch. at Rome, XXVI, 1958, p. 209. (5) Cf. A. Luttrell, (6) L’accord, du 20 septembre, fut ratifié le 24 par le Sénat et signé le 26. R. Predelli, Commemoriali, III, p. 209, n° 352 ; — Thiriet, Régestes, I, pp. 187-188, n° 779. Le document est reproduit par R. Cessi, Amedeo di Acaia, pp. 25-27 ; — cf. du même, Venezia e Vacquisto d'Argo, pp. 165-166 ; — Setton, Catalan Domination, p. 193 ; — Longnon, L'empire latin, p. 342. (7) Amédée n’avait pas interrompu ces négociations ; mais elles furent ralenties par l’intervention de Venise, tant qu’il ne se montra pas disposé à servir complètement les intérêts de la Seigneurie, cf. Cessi, Amedeo di Acaia, pp. 20-24. (8) Pierre de Narbonne était également porteur d’une lettre pour le despote, ce qui montre à la fois qu’Amédée n’était pas décidé à devenir aveuglément l’allié de Venise et des Navarrais et que Pierre lui-même n’hésitait pas à servir des intérêts assez différents, R. Cessi, LL, pp. 28-29.
260 RECHERCHES HISTORIQUES 1390, une assemblée à Androusa où figuraient l’évêque Pierre de Coron, Saint-Supéran, Asên Zaccaria, Jacques van Arkel, représentant le commandeur des Teutoniques Schoppe, Roger de « Navellis » chancelier de la principauté, Jean Yiristia, Le Moyne de Polay, Nicolas Lefort, Jean Cucia de Speleto, donna pleins pouvoirs à Barthélemy Bonvin, à Jacques Scazani, dit Rosomica, et à Giovanello Rostagno de Naples pour traiter avec Amédée (1). Ces envoyés restèrent en Savoie du 21 février 1391 au 30 juin (2) ; les négociations semblent avoir été laborieuses ; mais grâce à l’activité d’Erard, fils de Jean Laskaris Kalophéros, et peut-être aussi à la nouvelle que le nouveau roi de Naples Ladislas, se considérant toujours comme le suzerain légitime, avait nommé le 21 mai Nerio Acciaiuoli bail d’Achaïe et de Lépante (3), Amédée signa le 5 juin une convention avec les envoyés de la Compagnie navarraise. Les clauses essentielles étaient les suivantes : Amédée confirmait aux Navarrais les fiefs qu’ils possédaient, à l’exclusion des terres du domaine, avec faculté pour chacun de les vendre ou de les donner s’il voulait partir ; une amnistie générale serait accordée sauf pour Manuel Alamanno Negri qui avait tué Bernard de Yarvassa ; Amédée paierait à la Compagnie 25.000 ducats, enverrait en Morée avant août 150 hommes à cheval et 400 hommes à pied et s’y rendrait bientôt en personne (4). Amédée, reconnu par là même prince d’Achaïe, poursuivit ses préparatifs, réunissant des troupes (5) et négociant avec Venise les navires nécessaires pour leur transport. Le 30 mai un nouvel acte apporta des précisions à l’accord du 20 septembre 1390 (6). Mais Amédée avait engagé des négociations de toute part pour trouver des appuis et pour éviter d’être dans la dépendance de Venise ; il n’hésitait pas à négocier avec ses ennemis, Nerio Acciaiuoli et le despote Théodore, désireux d’enlever à Venise un allié possible. Il avait manifesté sa sympathie pour Nerio Acciaiuoli alors que celui-ci était prisonnier des Navarrais ; nous avons vu que dès 1388 des contacts avaient été établis entre Amédée et le despote de Mistra qui déjà en 1389 s’était déclaré dévoué aux intérêts d’Amédée. Ces démarches ou tractations auprès des Grecs et de Nerio aboutirent en décembre 1391 à des résultats : d’une part, le 18, le despote Théodore renouvela ses promesses en faveur d’Amédée (7) ; d’autre part, le 29, un véritable traité fut conclu entre Nerio et lui : Nerio le reconnaissait comme prince et comme son suzerain, (1) Cette procuration conservée dans les Archives de Turin est publiée par Buchon, Rech. et mat., I, pp. 288-291; on y lit les noms : Bartholomeo Bombino , Giacomo (ou Jacobus) Scazani (diclus Rosomica ), Gioanello (ou Johanellus) Rosiagni de Neapoli, ... Petrus, episcopus Coronensis, Petrus de Sancio-Superano, generalis vicarius dicti principaius, Asanus Zacharie miles..., frater Jacobus de Argli, ... vice et nomine ... fratris Rulii Sciob, ... Rogierus de Navellis canzelarius..., Johannes Viristia miles, Moynus de Polay , Nicolaus Lefort, Johannes Curie de Speleto, accompagnés des sceaux, cf. Schlumberger, Chalandon, Blanchet, Sigillographie de VOrient latin, p. 214. (2) Cf. Cessi, LL, p. 56, n° 60. (3) Nerio devait entrer en fonctions dès qu’il aurait prêté serment à l’archevêque de Patras. L’acte du roi Ladislas a été publié par Gerland, Neue Quellen, pp. 134-138, cf. p. 47. (4) L’acte est publié par Datta, Documents, II, pp. 270 et suiv. et reproduit par Buchon, Rech. et mat., I, pp. 293-296 en note. Cf. Hopf, II, pp. 52 -53 A ; — R. Cessi, LL, pp. 29-36 ; — Longnon, L'empire latin, p. 342. (5) R. Cessi, l.L, pp. 60-62, nos 81, 82, 86, 91, 93. (6) R. Cessi, LL, pp. 32-34. (7) Sur les négociations entre Amédée et Théodore et sur les lettres de ce dernier au prince, v. Datta, Storia dei principi di Savoia, II, Documents, p. 268 ; — Miklosich et Müller, Acta, III, pp. 249-250 ; — . ., Hopf, II, p. 49 A ; — Sp. Lampros, . IV, pp. 4-10; — R. Cessi, LL, pp. 17-19, 28-29,36-40.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 261 promettait de l’aider à chasser les Navarrais de Morée et d’intervenir auprès du despote pour le déterminer à mettre toutes ses forces à la disposition d’Amédée (1). Mais ces laborieux préparatifs militaires et surtout diplomatiques, n’eurent pas de suite. Venise s’inquiéta-t-elle de ces dernières négociations qui semblaient dirigées contre les Navarrais qui étaient ses alliés, et mit-elle dès lors des obstacles à la réalisation de l’expédition préparée par Amédée? Il semble bien plutôt qu’un événement fortuit fut la cause de l’abandon de ces projets : la mort du cousin du prétendant, Amédée VII, survenue le 1er novembre 1391, le retint en Savoie où il dut défendre les droits de l’héritier qui était un enfant de huit ans ; il s’efforça tout au plus de recevoir quelques informations sur l’Achaïe dans les années qui suivirent (2). Il reste cependant de cette époque un document intéressant, c’est une liste des forte¬ resses de la principauté en 1391 ; rédigée sans doute à l’intention d’Amédée, elle donne des renseignements précieux — que nous utiliserons dans notre seconde partie — et dont la comparaison avec ceux de la liste de 1377 est instructive (3). Ces longues rivalités, ces négociations compliquées n’ont pratiquement abouti à rien. On peut penser que la présence d’Amédée de Savoie eût été salutaire pour la principauté ; en fait toute l’agitation diplomatique de 1387 à 1391 n’avait en rien changé la situation dans le pays ni arrêté le cours des événements. Revenons donc en Grèce pour examiner quels étaient les voisins ou les ennemis de la principauté et pour essayer de suivre les péripéties qu’elle traverse. La situation dans le Péloponèse dans les années 1380-1390. — La situation dans le Péloponèse peut vers 1380 se résumer ainsi : les Grecs n’ont pas fait, depuis 1320, de progrès sensibles aux dépens des Latins ; mais, en dehors de Vostitsa occupée par la Compagnie, tout le nord de la presqu’île échappe au contrôle du prince ou de son bail, puisqu’il est partagé entre l’archevêque de Patras, indépendant, Nerio Acciaiuoli, assez puissant pour se considérer lui aussi comme indépendant, enfin les seigneuries d’Argos et de Nauplie qui passent alors sous le contrôle de Venise. Dans le despotat grec, Manuel Cantacuzène était mort en 1380 (4), mais sa mort ne compromit pas son œuvre ; son frère Mathieu qui résidait en Morée avec son vieux (1) Amédée avait écrit à Donato Acciaiuoli, à propos de Nerio, une lettre, qui a été publiée par F. Grego rovius, Siiz. ber. der kon. bayer. Akademie , Phil.-hist. Cl., II, 1890, p. 306, et par Rubio i Llugh, Diplomalari , p. 659, n° 629. Le traité du 29 décembre a été publié par F. Gregorovius, l.l. , pp. 307-309, par Sp. Lampros, ’, XV, 1921, pp. 100-103 ; — par R. Cessi, l.l., pp. 405-407, et, d’après une autre copie, N. ., pp. 40-42. Cf. Hopf, II, p. 53 ; — Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 150-151 ; — Setton, Catalan Domination , pp. 192-193. (2) Hopf et Zakythènos, lequel confond le prétendant Amédée avec le comte Amédée VII de Savoie, son cousin, attribuent l’abandon de ces projets aux obstacles que Venise mit au dernier moment à leur réalisation. Mais la cause déterminante est certainement la mort d’Amédée VII, cf. L. de Mas-Latrie, Les princes de Le Roulx, Les Hospitaliers de Rhodes , p. 224 ; — R. Cessi, l.l., p. 43 ; — Morée , p. 25 ; — J. Delaville G. Schlumberger, Chalandon, Blanchet, Sigillographie de VOrient latin, pp. 190-191 ; — Longnon, L'empire latin, p. 343. Les comptes publiés par R. Cessi, Amedeo di Acaia, pp. 63-64, nos 101-105, montrent que, jusqu’en mars 1393, Amédée reçut des informations sur la situation en Achaïe par divers personnages, Antoine Marquet, Pierre d’Aragon, Pierre Roquette, Raymond de Carlat, Pierre de Marseille, petit-fils de Barthélemy Bonvin. (3) Sur cette liste v. ci-dessous, pp. 276 et 691-692. (4) Chroniques brèves, nos 19 et 27, éd. Sp. Lampros et K. Amantos, pp. 36, 46 ; la première précise le 7 avril.
262 RECHERCHES HISTORIQUES père, l'ancien empereur Jean VI, semble avoir confié une partie importante du despotat à l'un de ses deux fils, Jean ou Démétrius. Mais l’empereur Jean V Paléologue décida d’écarter cet héritier qui n’avait pas les hautes qualités de son oncle Manuel ; il envoya comme despote son fils Théodore qui entama contre le fils de Mathieu une lutte à laquelle la mort de ce dernier mit fin en 1383. Le despotat passait ainsi aux mains des Paléologues qui devaient se montrer habiles dans leur gouvernement et réussir l’œuvre commencée en 1262 par les Grecs, reprendre la Morée aux Latins, à la veille il est vrai de la conquête turque. Le premier, Théodore, gouverna de 1382 à 1407 (1). Bien que son pouvoir ait rencontré souvent l’opposition violente des archontes locaux qui parfois firent cause commune avec les puissances voisines contre lui — l’un d’eux, Paul Mamonas de Monemvasie, fit même appel au sultan Bayezid — Théodore eut une politique active et ambitieuse. Pour relever le pays, il favorisa l’installation de nouveaux groupes d’Albanais et, fort de l’alliance de Nerio Acciaiuoli, il se montra agressif contre Venise et contre les Navarrais de la principauté. Toujours maître de fait de Corinthe, Nerio Acciaiuoli avait perdu Vostitsa que Navarrais avaient occupée vers le même temps que les autres terres que les Nicolas Acciaiuoli avait possédées dans diverses régions de la principauté (2). Mais il sut bientôt trouver ailleurs des compensations : dans l’hiver 1374-1375, il enleva Mégare aux Catalans (3). En 1385, s’étant assuré l’amitié du despote Théodore Paléo¬ logue à qui il avait donné en mariage sa fille aînée, Bartholomée, avec, semble-t-il, la promesse de lui laisser Corinthe en héritage (4), il entreprit la conquête de l’Attique ; dès le 7 juillet, il s’intitula seigneur de Corinthe et du duché d’Athènes. Mais l’Acropole d’Athènes résista longtemps à ses attaques ; il établit le siège, tout en repoussant dans l’hiver 1385-1386 les Turcs, avec l’aide des Vénitiens de Négrepont (5). Enfin le défenseur de l’Acropole, Pierre de Pau, dut rendre la forteresse le 2 mai 1388 (6). , (1) Pour le détail des événements et sur la politique P. R. Loenertz, L'avènement de Théodore Ier Paléologue despote en utilisant en particulier les indications des Chroniques brèves , précisé ou corrigé le récit fait précédemment par Zakythènos, de Mathieu s’opposa au nouveau despote qui débarqua en Morée de l’année du despote, nous renvoyons à l’étude du Morée en 1382 , EB , I, 1943, pp. 161-166 ; éd. Lampros et Amantos, pp. 35-36, 46, il a Le despotat grec, I, pp. 114-118; seul le fils en automne 1382, et il disparut dans le cours de suivante. (2) La seigneurie de Corinthe avec le titre de palatin appartenait toujours en droit au grand sénéchal Ange Acciaiuoli qui, par son testament en 1391, la laissa à son fils puîné Jacques, ou si celui-ci ne recouvrait pas la raison dans un délai de deux ans, à son troisième fils, Jean : il distinguait dans ce document les biens situés en Morée, Skorta et Messénie (Kalamata) qui devaient revenir à Jean. Corinthe était engagée à Nerio, comme le reconnaît le testament de ce dernier, cf. infra , p. 270, tandis que les autres terres étaient occupées par les Navarrais ; en 1399, c’est le fils aîné d’Ange, Robert, grand sénéchal, que le roi Ladislas reconnaît comme palatin de Corinthe et seigneur légitime de tous les biens possédés autrefois par Nicolas puis Ange, et alors perdus, cf. Buchon, Nouv. rech ., I, pp. 119-122, 123-124, — II, pp. 212-218, nos xxxvii-xxxviii. Sur l’occupation de Vostitsa par les Navarrais, v. R. Loenertz, Or. Chr. Per., XXII, 1956, p. 133, . 1 ; cf. supra, p. 255, n. 7. (3) Setton, Catalan Domination, pp. 78, 99, 170. (4) Bartholomée est déjà mariée en 1385, comme il appert d’une lettre de l’évêque Jacques d’Argos au cardinal Ange Acciaiuoli à Florence ; voir la discussion sur cette date dans Setton, op. cit., pp. 170-171. La seconde fille de Nerio, Françoise, épousa un autre puissant prince, Charles Tocco, duc de Leucade, comte palatin de Céphalonie et de Zante. (5) R. Cessi, Venezia e Vacquisio d'Argo, p. 149 ; — Thiriet, Régestes, I, p. 171, n° 707. (6) Nous renvoyons pour le récit de ces événements et sur la fin de la domination des Catalans à Athènes l’ouvrage de Setton, Catalan Domination, pp. 174-184 ; — les documents intéressants ont été publiés en dernier lieu par Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 651-653, nos 620-622. à
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 263 pouvait laisser indifférents les Navarrais qui considéraient un peu Athènes comme leur étant réservée depuis la campagne de Jean d’Urtubia en Attique et en Béotie et comme faisant en titre partie de la principauté dont ils avaient la possession. A peu près au même moment, une initiative du gendre de Nerio, Théodore Paléologue, allait créer un conflit entre Venise et le despotat, à propos Ce succès ne d’Argos. Venise manifestait en effet un intérêt de plus en plus grand pour la Morée (1). A mesure que les progrès des Turcs réduisaient le nombre et l’étendue des pays ouverts à son commerce en Orient, elle s’efforçait de développer son influence dans la presqu’île où les Turcs n’avaient pas encore réussi à pénétrer autrement que pour de brèves incursions. Elle possédait toujours Modon et Coron dont elle s’efforçait de défendre les habitants et le territoire contre toute atteinte des Grecs, des Navarrais ou des Turcs (2). Elle maintenait à Patras son influence l’archevêque Paul Foscari était vénitien et c’est un succès pour Venise que sa nomination par Urbain VI en 1387 comme régent et vicaire général de la principauté au nom de la Curie, même si cette dignité ne changeait rien à la domination réelle des Navarrais Venise le fournit de soldats et d’armes (3). En 1384, elle avait cru pouvoir acquérir une position de premier ordre, Monemvasie, qui lui fut offerte par Théodore Paléologue ; l’opposition des habitants, surtout de la famille des Mamonas tout-puissants dans la ville, empêcha, il est vrai, la livraison de la place (4). Mais Venise résolut de mettre la main sur Argos et Nauplie. L’héritière des seigneuries d’Argos, Nauplie et Kyvérion, Marie, fille de Guy d’Enghien et de Bonne de Foucherolles, avait épousé en 1377 (5), peu après la mort de son père, le Vénitien Pierre Cornaro ou Corner ; à la mort de son mari en 1388, Venise obtint de la jeune veuve la cession de ces territoires qu’elle n’était pas en mesure de défendre elle-même. Par un acte du 12 décembre, Marie lui vendit ses droits sur ces lieux « bien situés pour acquérir tout le reste de la Morée » contre une rente de 700 ducats, dont 500 à titre héréditaire (6). Mais le despote Théodore, : ; (1) Sur la et politique de Venise à la fin du xive siècle en Grèce, v. Thiriet, Romanie vénitienne , pp, 335 suiv. (2) Des mesures sont prises pour défendre Coron et Modon, oculi capitales de la Commune, dès 1375, cf. Thiriet, Régestes , I, p. 138, n° 559. Le Sénat revient souvent sur la défense, l’équipement, les réparations de ces deux places. (3) Gerland, Neue Quellen, pp. 45-46 et 132-134, où est donné le texte de l’acte d’Urbain VI ; cf. Ray naldi, Ann. eccles., ad arm. 1387, n° 8, VII, pp. 496-499. (4) Venise avait accepté l’offre du despote, Thiriet, Régestes , I, p. 162, n° 668. Cf. Hopf, II, p. 13 B ; — B. Gerola, L'effigie del despota Giovanni Cantacuzeno, Ryz., VI, 1931, p. 385, n. 2 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 125. La question de l’annexion de Monemvasie se posa à nouveau dix ans plus tard, mais n’aboutit pas davantage, cf. infra, p. 269. (5) Les fiançailles eurent lieu le 17 mai 1377, Du Cange, éd. Buchon, II, p. 209, cf. M. Crusius, Turco graeciae, pp. 92-93 ; — Hopf, II, p. 25. Pierre Cornaro, avec Marie, resta d’abord à Venise ; il envoya en 1382 un gouverneur, Taddeo Giustiniani ; ce dernier étant mort en 1383, il vint lui-même en Morée. (6) L’acte est publié dans Thomas, Dipl, ven.-lev., II, pp. 211-213. L’événement est signalé par de nom¬ breuses chroniques et par tous les historiens ; nous renvoyons seulement aux travaux récents : N. Iorga, La politique vénitienne dans les eaux de la Mer Noire, Académie roumaine, Bulletin de la Sect, histor., Il, 1914, pp. 315-317; — Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 132-133 ; — Setton, Catalan Domination, pp. 189-190. Tout ce qui concerne l’acquisition d’Argos par Venise et les conflits qu’elle souleva de 1387 à 1394 a été étudié par R. Gessi, Venezia e Vacquisto di Nauplia ed Argo, NAV, N. S., XXX, 1915, pp. 147-173, v. en particulier sur la cession de 1382, p. 152 ; cf. Thiriet, Romanie vénitienne, p. 359, et Régestes, I, p. 179, nos 744, 745, 748.
264 RECHERCHES HISTORIQUES fort de l’appui de son beau-père Nerio Acciaiuoli et avec l’aide des Turcs, prit possession par la force des deux villes dont la population grecque semble lui avoir été favorable, avant que Venise ait eu le temps d’intervenir (1). Celle-ci envoya en Morée Perazzo Malipiero qui réussit à occuper Nauplie mais ne put obtenir la remise d’Argos (2). Le conflit devait durer six ans les Navarrais y prirent position aux côtés de Venise contre les Grecs et contre Nerio Acciaiuoli. La Commune d’ailleurs se garda d’engager une guerre ouverte ; elle préféra négocier. Nous suivrons les péripéties de ce conflit dans la mesure où la principauté y fut mêlée. L’attention de Venise se portait également sur les points qui, présentant un intérêt spécial pour son commerce, lui paraissaient menacés ; elle ne cherchait pas à étendre systématiquement ses possessions, mais elle voulait défendre ses intérêts, prévenir surtout le danger que certaines places ne tombassent au pouvoir de ses ennemis, en particulier les forteresses situées près des territoires de Coron et de Modon, comme Port-de-Jonc (3), des ports comme Patras (4) ou Lépante (5). On rencontre encore dans ces événements, deux partenaires, ce sont les Hospi¬ taliers, qui, jusqu’à la fin du xive siècle, tentèrent de réaliser le projet longtemps nourri par Heredia de s’établir à titre définitif en Morée, et les Turcs dont l’action était sans cesse plus directe et plus brutale, et dont chacun tour à tour subit les : (1) Les conditions dans lesquelles le despote Théodore enleva les deux villes ont été étudiées par R. Loenertz, EB, I, 1943, pp. 168-169 : d’après une inscription de Parori, près de Mistra, publiée par G. Millet, BCH, XXIII, 1899, pp. 150-154, Théodore serait allé auprès de l’émir Mourad Ier en 1388, et aurait reconnu Le despoial sa suzeraineté ; une chronique vénitienne ( Cod . Parisinus. liai., 337, f° 139n.) citée par Zakythènos, grec, I, p. 133, n. 4, fait allusion à l’aide turque : ... e sottomesse el diclo dispoti al Turcho et cum el suo adjutorio loi toise delle man della Signoria. Les Turcs ont d’ailleurs pénétré en Morée, sous le commandement d’Evrenos-beg en 1387-1388, d’après les Chroniques brèves 19 et 27, éd. Sp. Lampros, pp. 36, 46; la seconde précise même , cf. R. Loenertz, EB, I, 1943, p. 155. On peut citer en faveur de cette opinion le fait signalé par Manuel II Paléologue, dans V Oraison funèbre de Théodore publiée par Sp. Lampros, . . ., Ill, p. 56 : Bayezid oblige Théodore à lui promettre de lui céder la ville d’Argos. Théodore lui-même aurait prétexté pour refuser de livrer Argos à Venise, qu’il ne pouvait le faire sans l’assentiment de Mourad, sur l’ordre de qui il l’aurait occupée, d’après Hopf, II, p. 50 A. Enfin Das oHentalische Problem zur Zeii der Entstehung des türkischen Reiches nach venezianischen M. Silberschmidt, Quellen, pp. 62-63, signale que dans les instructions données le 6 mars à Francesco Quirino envoyé en ambassade auprès de Bayezid, le Sénat le charge entre autres de réclamer des Vénitiens faits prisonniers par les Turcs à Kyvérion, cf. Thiriet, Régestes, I, pp. 177, 184-185, nos 736, 768 ; on peut supposer que ces prisonniers ont été faits à l’occasion de l’intervention des Turcs comme alliés du despote. (2) V. les ordres donnés à Perazzo Malipiero, datés du 18 février 1389, Gerland, Neue Quellen, pp. 159 162, et Thiriet, Régestes, I, p. 180, n° 748 ; cf. Chronique brève, n° 27, éd. Lampros et Amantos, p. 46 ; — R. Gessi, LL, pp. 152-155 ; — Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 133-134 ; — Setton, Catalan Domination, p. 190, n. 50. (3) Dès 1385, le Sénat exprime la crainte que les Génois n’occupent Port-de-Jonc et envisage de l’acquérir pour une somme allant jusqu’à 4.000 ducats, Thiriet, Régestes, I, p. 167, n° 688 (23 janvier 1385). L’accord signé avec les Navarrais en 1387 interdisait à ces derniers de vendre Port-de-Jonc, sinon à Venise, cf. infra, p. 266 ; la question est de nouveau à l’ordre du jour en 1392-1393. (4) Cf. supra, pp. 251, 252-253. Le Sénat affirme en avril 1394 l’importance de Patras comme centre commercial et la nécessité de surveiller la place ; en octobre il est même disposé à en prendre possession, Thiriet, Régestes, I, pp. 201, 205, nos 847, 866. (5) En juillet 1394, le bruit court que les habitants de Lépante veulent se donner à Venise : une enquête est ouverte pour savoir les conditions où se trouve la ville et ce qu’il en coûterait à la Seigneurie de l’occuper et de la défendre, Thiriet, Régestes, I, p. 203, n° 859.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 265 attaques ou sollicita imprudemment l’aide. Ils n’ont pas encore à cette date pris pied dans le Péloponèse ; mais leurs incursions y deviennent de plus en plus fréquentes ; ils y apparaissent soit comme pirates, soit pour quelque expédition rapide, parfois comme allié d’un des princes. Nous n’avons pas à retracer les progrès considérables réalisés par les Turcs en Europe au cours de cette période et dont les deux batailles célèbres de Kossovo en 1389 et de Nikopolis en 1396 marquent les étapes. Entre 1383 et 1387, ils avaient réussi à prendre toutes les grandes villes de Macédoine y compris Thessalonique qu’ils ne conservèrent d’ailleurs pas ; ils étaient fortement établis en Europe, au nord de la Grèce ; et de la situation d’alliés où nous les avons vus jusque vers 1360, aux côtés des Catalans d’Athènes ou de Jean Cantacuzène, ils passent peu à peu au rôle de maîtres, intervenant partout et dictant à chacun son sort. Tandis que les sultans Mourad, puis Bayezid Ier, dirigeaient les opérations et la diplomatie dans le nord et en Asie Mineure, ils laissaient à des généraux la conduite des interventions en Grèce (1). En 1387 et 1388, une armée turque sous le commandement d’Evrenos-beg ravagea la Morée qu’elle parcourut jusqu’aux abords de Coron et de Modon ; on peut admettre que le despote Théodore Paléologue avait alors fait appel à eux contre les Latins et contre les archontes grecs rebelles ; il aurait même prêté hommage à Mourad (2). Situation et politique de la Compagnie navarraise. — Dans la principauté, la seule autorité de fait était celle de la Compagnie navarraise (3). Composée d’aventuriers pour la plupart d’origine catalane, navarraise, gasconne ou sicilienne, elle avait à sa tête un capitaine général, appelé aussi bail ou vicaire général, qui était secondé par des capitaines en second, un trésorier, une chancellerie. L’autorité de son chef remontait à la commission qu’il avait reçue de l’empereur titulaire Jacques des Baux ; conformément à la tradition, toute décision importante était prise après consultation des prélats, barons, chevaliers et liges de la principauté. La compagnie avait été commandée d’abord par Mahiot de Coquerel, avec comme capitaines Bernard de Varvassa et Pierre Lebourd de Saint-Supéran ; à la mort de Mahiot, Varvassa ayant déjà disparu, Saint-Supéran prit le titre de vicaire général (4). La convention de (1) Sur les progrès des Turcs en Europe depuis le milieu du xive siècle jusqu’à la bataille de Kossovo, voir N. Iorga, Geschichte des osmanischen Reiches , I, pp. 196-265. Les relations des Turcs avec les Vénitiens d’une part, avec les Grecs de Morée d’autre part, ont été étudiées par N. Iorga, La politique vénitienne dans les eaux de la Mer Noire, 2e partie, Académie roumaine , Bull, de la sect, hist., II, 1914, pp. 309-334, cf. le mémoire en roumain, Venetia in Marea Neagra, Analele Academiei Româna, série II, XXXVI, 22, 1913-1914, pp. 1050 et suiv. ; — et par R. Loenertz, La politique turque du despote Théodore Ier Paléologue de 1382 à 1394, EB, I, 1943, pp. 167-172. (2) Sur l’intervention des Turcs en Morée et le rôle de Théodore, cf. supra : les Chroniques brèves, l’inscrip¬ tion de Parori, V Oraison funèbre de Théodore par Manuel Paléologue donnent des indications dont R. Loenertz a montré la concordance. On peut y ajouter, on l’a vu, les documents vénitiens. Ceux-ci attribuent aussi à Nerio Acciaiuoli une entente avec les Turcs : Thiriet, Régestes, I, p. 179, n° 741 ; — N. Iorga, Venetia in Marea Neagra, pp. 1095 et suiv., nos vii-viii ; cf. R. Cessi, Venezia e Vacquisto di Argo, pp. 150-151. (3) L. de Mas-Latrie, BECh, LVIII, 1897, p. 79, lui attribue par erreur les appellations qui désignaient la compagnie catalane établie en Grèce centrale. (4) Les noms de ces personnages se présentent dans les textes sous des formes si nombreuses et si diverses qu’il est impossible de les énumérer ; quant aux titres, Mahiot de Coquerel est Balius imperialis ou simplement
266 RECHERCHES HISTORIQUES juin 1391, conclue avec Amédée de Piémont, consacrait la situation légitime des Navarrais en Morée que n’avaient ébranlée ni la nomination de l’archevêque Paul Foscari de Patras comme vicaire au nom de la Curie romaine par le pape Urbain VI en 1387, ni celle de Nerio Acciaiuoli comme bail de la principauté par le roi Ladislas de Naples, le 21 mai 1391, pas plus que ne devait le faire l’accord de décembre 1391 entre Amédée et Nerio contre les Navarrais. Mais, quand l’abandon d’Amédée fut définitif et après la disparition de Nerio, Pierre de Saint-Supéran se tourna vers Ladislas et tint à faire reconnaître son pouvoir par ce souverain, héritier des rois Angevins : il obtint en 1396 le titre de prince héréditaire sous la suzeraineté du roi de Naples en échange d’une somme de trois mille ducats. A sa mort en 1402, il laissa la principauté à ses enfants avec, comme régente, sa femme, Marie, fille de Centurione Ier Zaccaria (1). Dès le début, la Compagnie navarraise avait adopté une politique d’entente avec Venise, politique qui resta remarquablement constante en cette période troublée et instable. Déjà Mahiot de Coquerel avait conclu, au début de 1382, un traité de bon voisinage avec Venise (2). En 1387 Saint-Supéran renouvela l’accord dont les termes furent précisés ; en particulier les Navarrais s’engageaient à ne vendre en aucun cas la place de Port-de-Jonc, et, s’ils voulaient le faire un jour, ils devraient la céder à Venise (3). Un nouvel accord fut encore conclu dix ans plus tard au moment de bajulus principatus Achaye et civitatis Neopanti, alors que Pierre Lebourd de Saint-Supéran et Bernard de Varvassa sont capitanei principatus de la Morey a, ou impériales capitanei, cf. supra, p. 256. Après 1386, Saint-Supéran porte les titres de generalis rector et gubernator principatus Achaie, ou vicarius et capitaneus generalis, en français «le vicaire», cf. Datta, Droits primitifs , II, pp. 270-272; — Hopf, Chron. gr.-rom., p. 229 ; — L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée, p. 24, — BECh, LVIII, 1897, pp. 82, 84, 86, 92, 99 ; — Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 613, 626. II, pp. 61, 67 A ; — G. Schlumberger, Numismatique de VOrient latin, p. 307 ; — L. de Mas Latrie, Les princes de Morée, p. 25 ; — Longnon, L'empire latin, p. 347. Il fut reconnu comme prince par Venise en juillet 1396. (2) Cf. supra, p. 256. (3) Venise craint d’y voir s’établir les Génois, cf. supra, p. 230, et songe à l’acheter dès 1385, cf. Thiriet, BECh, LVII, Régestes, I, p. 167, n° 688. — Le texte de l’accord de 1387 est publié par L. de Mas-Latrie, 1897, pp. 87-98, n° 2 ; il fut signé le 26 juillet à Modon et avait été négocié par Guillaume de Forest et Jacques de Chypre, au nom de Pierre de Saint-Supéran qui avait reçu le 5 juillet précédent, de l’assemblée des liges de la principauté, mission de conclure un traité de paix et de bon voisinage avec les commissaires de la République de Venise. Saint-Supéran n’agit donc qu’après consultation de cette assemblée ; la liste des personnages est à comparer avec celle de 1390, cf. supra, p. 260 : Paul (Foscari) archevêque de Patras, les évêques Mathieu, Tonensis, Pierre de Coron, François de Modon, Erard d’Aulnay, dictus Malvus, seigneur de Saint-Sauveur, Arkadia et Aetos ; Andronic Asen Zaccaria, baron de Chalandritsa et grand connétable, Adam Boulart, précepteur de l’Hôpital en Morée, Rodolphe Schoppe (Rulli Strob) précepteur des Teutoniques, puis les liges dont nous reproduisons les noms sous la forme originale : Nicolaus Curulli, Johannes Veristia, Goffredus Maleti, Ricetus Ricii miles, nec non Rugerus de Navellis, cancellarius ; inclitus de Jona ; Jacobus domini Roberti Scazani, dictus Rosa Rosamicha, Arnaldus de Galitia, Johannes Supini, Nicolaus Galam, Dinus Balsamus de Navellis, Johannes Cutia de Speleto, Anthonius de Mino, Petrus Gongorii, Robertus de Nichli, Nicolaus de Tarento, Georgius Viristia, Anthonius Mazarella, Sanson de Belloloco, dictus li Frai; Lanzaretus de Montfort, Johannes Metia, ligii principatus Achaye », on retrouve certains de ces personnages comme témoins de l’acte ; ce sont l’évêque de Coron, Nicolao Chutroli, Marco Cuppo de Venetiis, Rogerio de Novella, cancellario principatus Achaye, Marco de Abbatibus canonico mothonense, Simone Delphino. Cf. Predelli, Commemoriali, III, p. 231, n° 1. Le Sénat avait déjà examiné les clauses de l’accord le 8 janvier 1387, Thiriet, Régestes, I, pp. 173-174, n° 719. Cf. Hopf, II, p. 48 A ; — Gerland, Neue Quellen, p. 46 ; — R. Cessi, Venezia e Vacquisto d'Argo, p. 148. (1) Hopf,
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 267 l’élévation de Saint-Supéran au rang de prince (1). Un événement devait contribuer l’occupation d’Argos par le despote Théodore : Venise à consolider cette entente devait chercher à obtenir l’alliance des Navarrais pour recouvrer cette ville ; dans l’hiver 1389-1390, le Sénat discuta de l’opportunité de cette alliance (2). Elle semblait : devoir être d’autant plus efficace que les Navarrais considéraient comme leurs ennemis les Grecs du despotat et Nerio Acciaiuoli ; ils avaient pris à Nerio Vostitsa et toutes les terres qui avaient appartenu à Nicolas en Élide, Skorta et Messénie ; par contre l’occupation d’Athènes par Nerio fut un motif de mécontentement pour eux. Entre eux et le despotat d’autre part se poursuivait l’hostilité traditionnelle entre Latins et Grecs de Mistra que l’installation récente de maîtres nouveaux, les Navarrais, et l’arrivée d’un despote entreprenant contribuaient à ranimer. Les événements en Morée jusqu’en 1404. — En l’absence de tout récit continu sur la principauté à cette époque, on ne saisit que quelques faits importants et des allusions dans les sources vénitiennes ou grecques ; mais on ne peut reconstituer de façon complète l’histoire des rapports entre la principauté et ses voisins. D’après une lettre de l’évêque d’Argos, Jacques, au cardinal Ange Acciaiuoli, frère de Nerio et alors évêque de Florence, Nerio semble s’être préparé vers 1385 à soutenir le despote contre les Navarrais le document renseigne sur les forces respectives des adversaires soixante-dix lances et huit cents Albanais à cheval et des hommes à pied pour Nerio, un peu moins de deux cents chevaux et une nombreuse infanterie, en partie turque, pour le despote, environ treize cents hommes à cheval pour les Navarrais (3). Mais Nerio, en train de conquérir l’Attique, ne s’engagea pas dans une lutte contre les Navarrais (4). Ces derniers ne semblent pas avoir accueilli avec beaucoup d’empres¬ sement les ouvertures des prétendants ; ils avaient mis de telles conditions à la cession de la Morée aux Hospitaliers en 1384 que ceux-ci renoncèrent à l’occuper. Avec Amédée de Savoie, les négociations traînèrent plus de trois ans avant d’aboutir à l’accord de 1391. Il est vrai qu’Amédée ne devait pas avoir plus de confiance dans les Navarrais qu’ils n’avaient eux-mêmes de chaleur à le reconnaître, puisqu’à la fin de 1391, ses négociations avec leurs ennemis, Théodore Paléologue et Nerio, aboutissaient à des promesses et à un véritable accord dont le but était leur expulsion. C’est Venise surtout qui avait intérêt à l’entente des Navarrais et d’Amédée, pour ; se servir de leurs forces combinées : contre Nerio et Théodore. (1) Le texte de cet acte par lequel les représentants de Pierre de Saint-Supéran, Marc degli Abbati, chanoine de Modon, et Étienne Cohilli, lige de la principauté, ratifient à Venise, le 4 juillet 1396, les accords de 1382 et de 1387, a été publié par L. de Mas-Latrie, BECh, LVIII, 1897, pp. 102-106, n° 4. Cf. Predelli, Commemoriali, III, p. 240, n° 31 ; — Hopf, II, p. 61 B. Diverses questions pendantes entre le nouveau prince et les châtelains de Coron et de Modon furent alors réglées : on reconnut à Pierre de Saint-Supéran la possession d’un fief ayant appartenu à Philippe de Chypre : Lamino, les îles Pruseo et Sainte-Marie-de-Port-de-Jonc, le village La Drimona. (2) Thiriet, Régesies, I, p. 180, n° 748 ; cf. Cessi, Venezia e Vacquisio d'Argo, pp. 159-160. (3) F. Gregorovius, Briefe ans der Corrispondenza Acciajoli in der Laurenziana zu Florenz , Sitz. ber. der kôn. bayer. Akademie , Philol.-hist. Cl., II, Munich 1890, pp. 298-299, publié à nouveau par Rubio i Lluch, Diplomatari , pp. 611-613, n° 574. Cf. Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 148 ; — Setton, Catalan Domination, p. 174. (4) Il semble cependant que les Navarrais aient fait quelque chose contre Nerio, puisque le roi Pierre III d’Aragon les remercie de leur aide apportée aux Catalans en 1385 et 1387, cf. Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 613, 626-627, n°s 575, 593.
268 RECHERCHES HISTORIQUES Quand ce dernier eut occupé Argos, Venise n’entreprit pas une guerre ouverte des mesures économiques contre lui et contre son allié Nerio, et mit en jeu toute son activité diplomatique soit pour négocier directement avec les Grecs, soit pour s’assurer contre eux des alliés utiles, susceptibles de leur créer des difficultés, en particulier l’archevêque de Patras, les tribus slaves du Magne et surtout les Navarrais (1). Dans l’été de 1389, Pierre de Saint-Supéran invita Nerio à venir discuter de l’affaire d’Argos ; Nerio se rendit imprudemment à cette invitation à Vostitsa ; malgré le sauf-conduit qui lui avait été donné, le grand connétable, Asên Zaccaria, le fit prisonnier. Nerio fut enfermé au château de Listrena, le 10 septembre 1389 (2). Nous ne suivrons pas les efforts déployés par sa femme Agnès Saraceno, par ses frères Donato et Ange, les démarches faites par Florence, voire par Gênes auprès de Venise, ou par ses gendres Charles Tocco et Théodore Paléologue, et même par le pape auprès de qui Ange était tout-puissant, pour obtenir sa libération (3). Un accord fut conclu le 22 mai 1390 entre les représentants de Venise, Asên Zac¬ caria et Nerio : celui-ci s’engageait entre autres à faire tout son possible auprès de Théodore pour obtenir la restitution d’Argos à Venise ; il abandonnait en gage à Venise Mégare et tous ses biens à Corinthe ; de plus sa fille Françoise devait se livrer comme otage. Nerio ne fut libéré qu’après exécution de ces clauses, à la fin de 1390. Mais Théodore, non présent lors du traité, refusa de céder Argos, ce dont Nerio devait lui garder rancune (4). S’étant dessaisis du gage précieux que constituait Nerio, les Navarrais se trouvaient en 1391 dans une situation moins brillante. En butte aux attaques et aux pillages du despote Théodore, ils avaient accepté de traiter avec Amédée de Savoie à l’instigation de Venise toujours anxieuse de recouvrer Argos dont ils semblaient se désintéresser depuis la libération de Nerio (5) ; mais ils ne pouvaient ignorer par ailleurs l’entente d’Amédée avec Théodore et surtout avec Nerio dirigée contre eux ; elle prit op. cit., I, p. 134. (1) Hopf, II, p. 50 ; — Cessi, Venezia e Vacquisio d'Argo , pp. 154-159 ; — Zakythènos, Il est curieux de constater que les tribus slaves, cum Sclavis de Magna , gardent encore à cette date leur existence propre. Le seul acte de guerre de Venise contre le despote fut l’occupation par Perazzo Malipiero, aidé du capitaine du golfe Loredano, de la tour Vasilopotamo, située sans doute à l’embouchure de l’Eurotas, qui portait ce nom au moyen âge : encore fut-il désapprouvé par le Sénat qui offrit au sultan Bayezid de la rendre à Théodore soit en échange d’Argos, soit à la condition que le sultan cessât d’aider le despote, cf. M. Silber schmidt, Das orientalische Problem , p. 62 ; — Thiriet, Régestes , I, pp. 182, 184-185, nos 759, 768. (2) La date est donnée par une lettre de la femme de Nerio, Agnès Saraceno, à Donato du 15 septembre, publiée par F. Gregorovius, LL, p. 305, et par Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 655-656, n° 575 ; cf. R. Cessi, LL, pp. 160-161 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 136 ; — Setton, Catalan Domination, p. 191 ; — Longnon, L'empire latin, p. 344. particulier les instructions que Donato a rédigées en vue de la libération de son frère, publiées par Buchon, Nouv. rech., II, pp. 238-253. Cf. en général Hopf, II, pp. 50-51 ; — Miller, The Latins, p. 341 ; — (3) V. en R. Cessi, LL, pp. 161-163. Vostitsa, à deux milles de la ville, est publié par L. de Mas étaient présents Pierre de Saint-Supéran, Emoyno de Polay, et ser Zian Cotie de Speleta, et Beltranato de Salachia, et Rodies de Haariro. Cf. Predelli, Commemoriali, III, p. 206, n° 343 ; — Hopf, II, pp. 51 B-52 A ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 136-137 ; — Setton, Catalan Domination, p. 192 ; — Longnon, L'empire latin, p. 344. (5) Cessi, Venezia e l'acquislo d'Argo, pp. 164-166, — Amedeo di Acaia, pp. 30 et suiv., montre bien comment les circonstances amenèrent Venise à accepter de transporter l’armée d’Amédée, espérant que cette armée unie aux forces des Navarrais pourrait servir ses intérêts contre le despote ; celui-ci mène à cette époque une politique agressive : il a pillé la principauté en février et semble prêt à recommencer ; il a pillé également (4) Le traité, conclu dans les environs Latrie, BECh, LVIII, de 1897, pp. 98-102, n° 3 ;
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 269 pendant que le roi Ladislas donnait le titre de bail de la principauté à Nerio. L'abandon d’Amédée écarta le danger le plus grave, et les Navarrais pouvaient toujours compter sur l’appui de Venise, tant qu’elle avait besoin d’un allié contre Théodore. En novembre 1392, elle s’inquiète de leur situation critique et songe à nouveau à acquérir Port-de Jonc en février 1393, elle leur envoie des renforts tout en intervenant auprès de l’archevêque de Patras qui semble faire cause commune avec Nerio et le despote contre eux ; en mars elle autorise le vicaire à se considérer comme citoyen de Venise et à hisser la bannière de Saint-Marc (1). ; L’année 1394 vit toute une série de faits nouveaux. Le roi Ladislas reconnut le 11 janvier à Nerio le titre de duc d’Athènes, en le dégageant de tout lien de vassalité à l’égard de la principauté ; il relèverait désormais directement du roi de Naples (2). Le 14, il nommait comme bail et vicaire général de la principauté et de Lépante le cardinal Ange Acciaiuoli qui avait reçu en commende l’archevêché de Patras (3). Beaucoup plus important était enfin l’accord conclu le 27 mai entre Théodore et Venise qui, ayant refusé le 5 mars Monemvasie que lui offrait Paul Mamo nas, recouvrait enfin Argos qui lui fut livrée le 11 juin ; elle-même restitua, le 2 juillet, Mégare à Nerio (4) ; le refus de prendre possession de Monemvasie comme la conclusion de l’accord étaient déterminés au moins en partie par la pression des Turcs (5). Venise avait obtenu ce succès sans doute en partie grâce à son alliance avec les Navarrais qui constituaient toujours une menace possible contre le despote ; mais, tout en laissant voir qu’elle était prête à occuper en Morée si c’était nécessaire des places utiles pour la défense de ses intérêts, en particulier, on l’a vu, Port-de Jonc, elle ne semblait pas désireuse d’étendre sans discernement ses possessions au risque de s’imposer de lourdes charges nouvelles (6) ; elle s’efforçait surtout de rétablir les territoires vénitiens et recherché contre eux l’aide des Turcs ; l’accord entre Amédée et les Navarrais est du 5 juin. En juillet 1391, l’évêque d’Argos essaie de négocier un accord entre Venise et le despote, mais sans résultat. Cf. Hopf, II, p. 53 A ; — Cessi, Venezia e Vacquisto d'Argo , p. 168 . 1 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 137 ; — Thiriet, Régestes , I, p. 192, n° 860. (1) Thiriet, Régestes, I, pp. 196-197, nos 823, 826-827 ; — R. Cessi, Venezia e Vacquisto d'Argo, p. 171 ; — N. Iorga, Acad, roum ., Bull, de la cl. hist., II, 1914, p. 328. (2) Le privilège du roi Ladislas accordant le titre de duc à Nerio a été publié par Buchon, Nouv. rech., II, pp. 223-228, n° 41, avec l’acte désignant son neveu Donato comme héritier du titre à défaut d’héritiers mâles directs et la lettre confiant au cardinal Ange le droit de donner l’investiture à son frère, pp. 228-234, n°s 42-43 ; le premier acte a été reproduit par Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 671-673, n° 643. (3) L’acte est publié par Buchon, Nouv. rech., Il, pp. 234-236, n° 44 ; cf. Buchon, op. cil., I, pp. 139-140, — Gerland, N eue Quellen, p. 49. Sur la carrière d’Ange Acciaiuoli, v. Setton, Catalan Domination, p. 174 (et suiv.), . 1. (4) Chronique brève, n° 27, éd. Lampros et Amantos, p. 47, cf. R. Loenertz, EB, I, 1943, p. 158. Ce texte du traité vénitien résumé par R. Predelli, Commemoriali, III, pp. 223-224, n° 408, est publié par Sp. Lampros, . . ., pp. 374-385 ; il a été analysé par Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 138-143. Sur la date de la restitution d’Argos, Sp. Lampros, op. cil., p. 114 ; cf. Hopf, II, p. 56 ; — R. Cessi, Venezia e Vacquisto d'Argo, pp. 172-173; — Setton, Catalan Domination, p. 192, n. 54. C’est le duc de Naxos, François Ier Crispo qui, après une première tentative vaine en 1392, réussit en 1394 à amener Théodore à traiter; Venise organisa l’administration de ces territoires d’Argolide en octobre 1394, Hopf, II, p. 57 A. (5) Les Monemvasiotes avaient, devant la menace turque, fait appel au bail de Négrepont, prêts à reconnaître l’autorité de Venise ; mais le Sénat rejeta alors toute idée d’annexer la ville, de peur d indisposer Bayezid. Cf. M. Silberschmidt, Das orientalische Problem, pp. 89-90 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 127-128 ; — Thiriet, Romanie vénitienne, p. 361, et Régestes, I, p. 200, n° 844. Mais Venise ne refuse pas d’aider à la défense de Monemvasie dont l’importance commerciale est évidente pour elle, cf. Thiriet, Régestes, I, p. 203, no 858. (6) Thiriet, Régestes, I, p. 218, n° 933 : le 29 avril 1396, en réponse aux châtelains de Coron et Modon
270 RECHERCHES HISTORIQUES la paix dans ces régions en réconciliant les Navarrais et le despote, et de collaborer aux mesures destinées à arrêter l’avance des Turcs, en particulier à la défense de l’isthme de Corinthe par la construction d’un mur. Mais rien ne fut encore conclu à ce moment (1). Tandis que les Turcs préparaient une nouvelle expédition, un événement vint compliquer la situation, c’est la mort de Nerio Acciaiuoli survenue à Corinthe, le 25 septembre (2). Par testament, Nerio disposait ainsi de ses terres la ville d’Athènes avec ses dépendances revenait à l’église cathédrale Notre-Dame d’Athènes (installée dans le Parthénon) ; Livadie et Thèbes avec toute la Béotie, il nommait enfin comme son héritière générale sa fille a son fils naturel, Antoine : ; aînée Françoise, mariée à Charles Tocco duc de Leucade et comte de Céphalonie, et lui laissait en particulier Mégare et Yasilika de même que Corinthe, à moins que le grand sénéchal Robert, qui en était toujours en principe le seigneur palatin, ne la rachetât s’il payait les sommes autrefois versées par Nerio à son père Ange, il devait rentrer en possession de Corinthe (3). La seconde fille Bartholomée, à qui il avait promis autrefois Corinthe, ne devait recevoir qu’une somme de 9.700 ducats, que le despote devait à son beau-père sans doute ce changement dans les intentions de Nerio s’explique par la rancune qu’il gardait au despote de n’avoir pas rendu Argos aux Vénitiens comme lui-même le leur avait promis pour recouvrer la liberté (4). Mais Théodore Paléologue n’était pas disposé à respecter ces volontés qui frustraient ses espérances comme naguère pour Argos et Nauplie, il intervint aussitôt et occupa par la force tous les châteaux qui dépendaient de la châtellenie de Corinthe et mit le siège devant la forteresse même ; Charles Tocco de son côté fit son possible pour s’assurer la part de l’héritage qui revenait à sa femme et en particulier pour s’emparer de la forteresse de Corinthe (5). Il y eut une lutte ouverte entre Charles Tocco qui disposait de contingents turcs, et Théodore Paléologue, aidé d’Antoine Acciaiuoli et de Bertranet Mota. Quant à Athènes que Nerio avait placée sous la protection de Venise, son gouverneur, menacé par les Turcs et par Antoine, fit appel au bail vénitien de Négrepont, qui vint aussitôt. On ne connaît pas le détail de ces luttes, qui ne nous intéressent pas directement. Ce qui est sûr, c’est qu’Athènes resta à Venise à laquelle Antoine qui gardait la Béotie devait bientôt l’enlever ; Charles Tocco et Françoise ne conservèrent que Vasilika et Mégare et abandonnèrent Corinthe au despote Théodore Paléologue. Cet épisode qui avait une fois de plus mis une région du Pélo ponèse à feu et à sang, entraîna donc la perte définitive pour les Latins de Corinthe qui revenait aux Grecs après 184 ans, et l’installation en Morée des Tocchi (6). ; ; : à la possibilité d’occuper Corinthe, le Sénat déclare qu’il vaut mieux protéger les positions acquises que de multiplier les tâches que la puissance des Turcs rend très lourdes. (1) Hopf, II, pp. 56 B-57 A ; — Zakythènos, Le despotat grec , I, p. 143 ; — M. Silberschmidt, op. cit ., pp. 90-92, en rapportant les diverses démarches de Venise, indique exactement sa position : elle essaie de rétablir la paix en Morée pour assurer la résistance contre les Turcs, en se considérant elle-même comme une médiatrice plutôt que comme membre d’une ligue contre les Turcs. Sur Hexamilion, v. infra , pp. 271-272. (2) D’après une lettre de l’évêque Jacques d’Argos au cardinal Ange Acciaiuoli, publiée par F. Grego rovius, Sitz. ber. der. kôn. Akad. zu München , II, 1890, p. 308. (3) Cf. supra, p. 262, n. 2. faisant allusion septembre 1394 à Corinthe est publié par Buchon, Nouv. rech., II, pp. 254 Cf. Chalcocondyle, Hist. IV, CSHB, pp. 208, 215; le testament est traduit par Buchon, Nouv. rech., I, pp. 145-157, et analysé par Setton, Catalan domination, pp. 195-198. (5) Buchon, Nouv. rech., I, pp. 156-159, II, pp. 262-264, n° 1 ; Tocco n’hésita pas à se servir de la violence, comme le prouvent les protestations des exécuteurs testamentaires, Buchon, op. cit., II, pp. 264-269, nos li-lii. (6) Les événements autour de Corinthe sont très imparfaitement connus par les allusions contenues (4) Le 261, n° testament daté du xlviii, cf. n° 17 xlvix, pp. 261-263.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 271 Les Turcs enfin intervinrent brutalement en Morée dans les années qui suivent 1394. Pendant que Bayezid était en Asie Mineure, Evrenos-beg avait battu successi¬ vement les Valaques, les Bulgares, les Magyars, s'était installé en 1393 en Thessalie et avait occupé le duché de Néo-Patras. Nerio et Venise voyaient avec inquiétude ces redoutables voisins s’établir aux abords de la Béotie et de Négrepont. Le despote Théodore les craignait aussi, car l’un des archontes les plus indépendants, Paul Mamonas de Monemvasie, devant le refus de Venise d’occuper la ville au début de 1394, finalement chassé par Théodore, s’était rendu auprès du sultan. Quant à Saint-Supéran dont la situation était critique en 1392-1393 (1), on a fort peu de renseignements sur son activité en Morée au cours de 1394 ; il est évident qu’il se trouvait alors isolé par le rétablissement de la paix entre Venise et le despote, par l’accroissement de l’influence des Acciaiuoli, résultat de l’attribution en commende de l’archevêché de Patras au cardinal Ange, et le soutien qu’accordait le roi Ladislas à ce dernier ainsi qu’à Nerio. Tandis que Venise songeait à prendre des mesures de protection et d’autre part à réconcilier le vicaire avec Nerio et avec le despote (2), Saint-Supéran chercha un allié ailleurs et s’adressa au sultan. Il dut se rendre au printemps de 1394 auprès de Bayezid qui était revenu en Europe, et y rencontrer Paul Mamonas ; le sultan convoqua l’empereur Manuel II et Théodore qui n’osèrent pas refuser l’invitation ; l’entrevue eut lieu, semble-t-il, à Serrés et probablement avant l’été de 1394 (3). Le sultan aurait eu l’intention de détruire le despotat de Morée et de mettre à mort l’empereur et Théodore leur exécution fut cependant différée. Théodore s’échappa et put revenir dans ses États avant que les ordres qu’il avait dû donner sur l’injonction du sultan pour la livraison des forteresses aux Turcs, n’aient été exécutés (4). Dans l’hiver 1394-1395, Evrenos-beg envahit l’Attique puis le Péloponèse ; nous avons signalé la présence de Turcs dans les rangs des troupes que Charles Tocco opposait au despote dans la lutte pour Corinthe. Evrenos-beg pénétra au cœur de la Morée, jusqu’à Léontari — que nous voyons citer alors pour la première fois ; et, en compagnie des Navarrais, il prit le château d’Akova, ; dans la lettre de l’évêque Jacques d’Argos au cardinal Ange Acciaiuoli, F. Gregorovius, l.l. , p. 308, et par la relation du notaire Nicolas de Martoni qui passa à Corinthe au début de 1395, éd. Legrand, ROL , III, 1895, pp. 652-653. Sur l’ensemble de ces faits, voir Hopf, II, p. 59 ; — M. Silberschmidt, op. cit., pp. 92-95 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 143-145 ; — Setton, Catalan Domination , pp. 189 et suiv. (plus spéciale¬ ment sur l’occupation d’Athènes par Venise) ; — Longnon, L'empire latin, pp. 345-346. M. Silberschmidt, p. 93, signale que Charles Tocco offrit en 1395 Mégare et Corinthe à Venise ; mais le Sénat, toujours fidèle à la politique qu’il suivait d’éviter tout acte qui l’engagerait trop dans les affaires de Morée, fût-ce au prix d’une forteresse aussi précieuse que celle de Corinthe, refusa l’offre, le 27 juillet. (1) Cf. supra, p. 269. (2) C’est à cette époque que se manifeste le projet de fermer le Péloponèse par un mur coupant l’isthme au point le plus étroit, Hexamilion. Le 25 août 1394, Venise envoie des instructions aux châtelains de Modon et de Coron en vue de la réconciliation de Saint-Supéran avec ses voisins ; cf. Thiriet, Régestes, I, p. 204, n° 864 ; — M. Silberschmidt, Das orientalische Problem, pp. 91-92 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 143. (3) Sphrantzès, I, 13, CSHR, pp. 57-58, situe l’entrevue à Serrés ; — Chalcocondyle, CSHB, pp. 66-69, 80-81, nomme Phères comme lieu de la rencontre ; ni l’un ni l’autre ne signalent la présence de Saint-Supéran que révèle un document vénitien de mai 1394, cité par M. Silberschmidt, op. cit., p. 90. La date, qui a été discutée, a été fixée avec raison, semble-t-il, par Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 127-128, 151, 143-154, op. cit., pp. 95-96. à 1394, probablement en mai ; — cf. M. Silberschmidt, . ., Ill, pp. 55, 60, 62-63 ; — (4) Manuel II, Oraison funèbre de Théodore, éd. Sp. Lampros, . Chalcocondyle, CSHB, p. 69. Cf. Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 154-155. 19
272 RECHERCHES HISTORIQUES février 1395 ; après quoi il se retira vers la Thessalie (1). Bien que le danger turc restât pressant (2), le guerre continua entre le despote et Saint-Supéran les Grecs commandés par Dèmètrios Raoul ou Ral battirent complètement le 4 juin 1395 les Navarrais ; Saint-Supéran fut fait prisonnier avec un grand nombre de ses compagnons. Venise, poussée par le souci de réaliser l’union des seigneurs de Morée contre le danger turc, condition fondamentale pour une résistance efficace, envoya une ambassade au despote pour l’inviter à rendre la liberté à Saint-Supéran : celui-ci le 28 : fut relâché en 1396 contre une lourde rançon que la Seigneurie avança en échange de la livraison comme gage de Vostitsa et de Port-de-Jonc ; la fille du prince fut retenue comme otage par le despote (3). En 1396, le Péloponèse ne vit pas les Turcs. Venise et le despote mirent à profit répit pour négocier en vue de la construction de fortifications sur l’isthme (4). ce Mais la victoire décisive remportée par eux cette année-là à Nicopolis, leur permit de renouveler leurs raids en Grèce dès 1397. Inquiet, Théodore Paléologue proposa à Venise de lui vendre Corinthe ; mais la Seigneurie, désirant alors négocier avec Bayezid, refusa l’offre le 29 avril (5). Au début de 1399, 50.000 Turcs franchirent l’isthme dont les fortifications étaient inachevées ; une partie sous Yaqub-pacha attaqua Argos qui fut prise le 2 ou le 3 juin ; le reste sous Evrenos-beg marcha vers le sud, mais fut arrêté devant Léontari (6). Devant cette nouvelle expédition qui avait dévasté l’Argolide, le despote se décida à faire appel à une autre protection que celle de Venise, les Hospitaliers. Nous n’entrerons pas dans le détail des négo¬ ciations ; mais les sources permettent d’établir qu’il céda à l’Hôpital d’abord Corinthe en 1397, puis en 1400 le despotat, lui-même se retirant à Monemvasie (7). Les Hospi (1) Stefano Magno, éd. Hopf, Chron. gr.-rom., p. 185, — Chronique brève, n° 19, éd. Lampros et Amantos, p. 36, cf. R. Loenertz, EB , I, 1943, pp. 155, 172, 185-186. (2) Venise envoie des soldats en août 1395 à Athènes et à Négrepont, en septembre 1395 à Coron parce que les Turcs ont envahi la Morée, Thiriet, Régestes , I, pp. 208-209, nos 884, 888. (3) Thiriet, Régestes , I, pp. 207-208, nos 879, 882 (13-23 juillet 1395, instructions à l’ambassadeur Fantino Giorgio) ; — Manuel II, Oraison funèbre , éd. Lampros, pp. 43-44, — Chroniques brèves , n08 19 et 27, pp. 36, 48. Cf. Hopf, II, pp. 57 B-58 A ; — N. Iorga, Geschichte des osmanischen Reiches, I, pp. 286-287 ; — M. Silberschmidt, Das oHentalische Problem , p. 185 ; — Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 155-156 ; — R. Loenertz, l.l., pp. 155, 186 ; — Longnon, L'empire latin, p. 347. 897, 903, cf. p. 214, n° 912. Cf. Hopf, II, p. 60 A. (4) Thiriet, Régestes, I, pp. 211-212, (5) Thiriet, Régestes, I, p. 218, n° 933. Cf. Hopf, II, p. 63 B ; — Zakythènos, ibid. ; — R. Loenertz, /./., pp. 186-187 ; — A. T. Luttrell, Pap. of the Brit. Sch. at Rome , XXVI, 1958, p. 210. (6) Sphrantzès, I, 26, CSHB, pp. 63, 83 ; — Chalcocondyle, CSHB, pp. 98-99, — Chroniques brèves, Le Roulx, nos 19 et 27, éd. Lampros et Amantos, pp. 36, 46-47. Cf. Hopf, II, pp. 63 B-64 A ; — Delaville La France en Orient au XIVe siècle, I, pp. 350-353 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 157 ; — R. Loenertz, l.l., pp. 155, 187. (7) Pour ces événements qui sont hors des limites de la principauté, nous renvoyons à l’étude de R. Loenertz, Les Hospitaliers de Saint Jean dans le Péloponèse, 1397-1404, EB, I, 1943, pp. 186-196, qui a précisé ou corrigé sur divers points l’ouvrage de Delaville Le Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes, pp. 277-282, l.l., pp. 210-212. La situation 301 ; — v. aussi Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 158-160 ; — A. T. Luttrell, semble avoir été particulièrement grave en 1399 : au début de l’année on annonce qu’une grande armée turque marche vers la Morée ; Argos est prise en juin ; en novembre des barques turques sont signalées dans le golfe de Patras ; à la fin de décembre le Sénat vénitien offre lui-même de donner asile au despote menacé par les Turcs, Thiriet, Régestes, I, pp. 222, 224, n°8 956, 967, 970, 972, et Romanie vénitienne, pp. 365-366. Cf. M. Silberschmidt, Das orientalische Problem , p. 193. n°8
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 273 taliers firent de leur mieux pour consolider leur situation, fortifiant l’isthme, négociant un rapprochement avec les Navarrais, tentative qui ne semble pas avoir eu un succès durable, car les documents vénitiens de 1401 signalent des incursions turques favorisées par les Navarrais. D’autre part ils se heurtèrent à l’hostilité des Grecs, en particulier des habitants de Mistra qui ne consentirent pas à accepter leur domination. Enfin et surtout les Turcs firent leur possible pour les écarter ; ils entamèrent des négociations avec le despote, lui offrant la paix s’il s’engageait à éliminer les Hospitaliers. Bien que Bayezid ait été vaincu et fait prisonnier par Timur en juillet 1402, le despote entra en pourparlers avec l’Hôpital en vue d’une rétrocession de ses États ; le traité fut conclu le 5 mai 1404 : le 4 juin, les Hospitaliers se retiraient de Kalavryta et de Corinthe. On ne sait à peu près rien sur la principauté même dans les dernières années du xive siècle. Saint-Supéran, on l’a vu, avait obtenu du roi Ladislas le titre de prince héréditaire ; mais à cette occasion le duché de Leucade avait été détaché de la prin¬ cipauté, comme celui d’Athènes en 1394, et relevait directement du roi de Naples. A Patras, la situation était confuse, Pierre Cornaro, candidat du pape Clément VU, ayant occupé l’archevêché qui avait été donné en commende au cardinal Ange Acciaiuoli (1). L’existence du pays devait être souvent troublée par l’activité des pirates génois, catalans ou turcs. Cependant, soucieux de son indépendance, Saint Supéran ne semble pas avoir accepté volontiers l’établissement des Hospitaliers en Morée ; sans doute, en 1399, alors que la situation était très grave, il promit de les aider à fortifier et, le cas échéant, à défendre l’isthme contre les Turcs (2). C’est le moment où le pape Boniface IX, comme l’avait fait Urbain VI pour Paul Foscari en 1387, nomma Saint-Supéran vicaire pour la Curie dans la principauté et gonfalonier, en même temps qu’il assurait le connétable Asên Zaccaria de sa protection et l’invitait à lutter avec vigueur contre les Turcs (3). Mais, après la cession de tout le despotat à l’Hôpital, il fit de nouveau cause commune avec les Turcs dont il serait devenu alors tributaire : les documents vénitiens du 22 avril et du 6 mai 1401 font allusion aux dégâts commis par les Turcs que les Navarrais avaient aidés (4). La collaboration dura peu, car Saint-Supéran ne tenait pas à se brouiller avec Venise à cause de ces auxiliaires dangereux toujours prêts à piller. Le prince renoua les relations avec les Hospitaliers dès juin 1401 (5) et le 6 mai le Sénat recevait un ambassadeur qu’il avait envoyé pour s’excuser des dommages faits aux territoires vénitiens et régler tous les différends (6). Saint-Supéran était d’ailleurs menacé par l’attitude hostile fl) Gerland, N eue Quellen, p. 49 : sa présence est signalée par des documents en 1395 et 1398 ; il était soutenu par le chapitre et par une partie de la population. Le Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes , p. 278, à la date du (2) Hopf, II, p. 66 A; — Delaville 23 novembre 1399. Sur la pénétration turque en Morée en 1399, voir page précédente et note 6. (3) Hopf, II, p. 66. (4) Sathas, Doc. inéd., II, pp. 17-18, 25, 30-31, 43-44 ; — Thiriet, Régestes , II, pp. 15, 17-18, n08 1006, 1013, 1017 ; ces réclamations s’accompagnent souvent d’efforts pour obtenir des rectifications de frontière, v. infra , p. 274. Cf. Hopf, II, p. 66 B ; — Delaville Le Roulx, La France en Orienl} I, pp. 684-685, et Les Hospitaliers à Rhodes , p. 280. Le Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes , p. 280. (5) Delaville Régestes, II, p. 18, n° 1017. (6) Sathas, Doc. inéd., II, pp. 30-31 ; — Thiriet,
274 RECHERCHES HISTORIQUES que prenaient les fils d’Asên Zaccaria, bien qu’ils fussent ses neveux ; le grand connétable venait de mourir ; son fils aîné, Centurione, maître de la baronnie d’Arkadia, tout en se montrant hostile au prince, était en guerre avec les Grecs du despotat, en conflit avec les Vénitiens. Ceux-ci, pour protéger leurs territoires contre leurs voisins navarrais, francs ou grecs et contre les Turcs, voulaient fortifier les villages de Lavramio et de Munista ; le prince ne s’y opposait pas, mais Centurione les en empêcha et construisit lui-même une forteresse en un lieu appelé Castemu à un demi-mille de Lavramio (1). Ces incidents semblent réglés en 1402. Quand Pierre de Saint-Supéran mourut en novembre de cette année, ses enfants étaient encore très jeunes ; ce fut sa femme Marie Zaccaria qui exerça la régence et elle confia le gouver¬ nement à son neveu Centurione avec le titre de bail (2). Le fait que la principauté n’avait plus à sa tête un prince en âge de régner suscita sans doute des ambitions et des inquiétudes. Déjà tout au long de 1401, puis en 1402, Venise cherchait non seulement à mieux protéger ses territoires de Modon et de Coron en fortifiant des villages, comme Lavramio à la frontière, ou Caracopi et Vounario, respectivement à 2 et à 5 milles de Coron, en acquérant les villages situés entre les deux villes comme Grisi, en échangeant des terres éloignées contre d’autres plus proches qu’il serait utile de posséder comme la Cosmina, qui appartenait à Roso mica (3), mais aussi à assurer la défense des places importantes de Patras et de Lépante (4). A la fin de 1402, elle examina la possibilité d’occuper Clarence, Patras et Vostitsa, et chargea les châtelains de Coron et de Modon de s’informer de la situation cependant, après enquête, elle renonça à ce et des dispositions de la population projet (5). La situation ne s’apaise pas en 1403. Venise s’inquiète de l’hostilité que le despote Théodore de Mistra manifeste contre la principauté, des mouvements de la flotte génoise qu’elle craint de voir attaquer la Morée (6), de la présence des Turcs dans le golfe de Patras (7). Tout en assurant au prince — il faut entendre Centurione Zaccaria — qu’elle le soutiendrait, elle se déclare dans l’impossibilité de l’aider mili : (1) Sathas, Doc . inéd., Il, pp. 42-44, 73; — Thiriet, Régestes, II, pp. 20-21, n° 1028. Les princes de Morée , p. 25 ; — Miller, (2) Hopf, II, pp. 66 B-67 A ; — L. de Mas-Latrie, The Latins , — Longnon, L'empire latin , p. 347. (3) Le Sénat revient sur ces objectifs dans ses instructions aux proviseurs qu’il envoie en Morée le 22 avril 1402, dans ses réponses à l’ambassadeur du prince, le 6 mai, ou aux châtelains de Coron et de Modon en septembre 1401, puis en mars 1402, Sathas, Doc. inéd., II, pp. 21, 23, 27, 42-44, 73-74 ; Venise éprouve en effet des difficultés à protéger ses ressortissants, parce que loca principis et casalia sua sunt multa mixta cum nostris et nostra cum suis...; elle désire surtout Grisi quia locus Grisii est médius inter Coronum et Mothonum, Sathas, op. cit ., p. 27. (4) En septembre 1401, la situation de Patras lui paraît menacée au point qu’on se préoccupe de ramener tous les Vénitiens de cette ville à Modon ; en avril 1402, l’annexion paraît le meilleur moyen pour éviter que Lépante ne tombe aux mains des Turcs, Thiriet, Régestes, II, pp. 21, 26, ° 1030, 1052 (septembre 1401 avril 1402). p. 368 ; d’acquisition de Clarence, Patras et Vostitsa, v. Sathas, Doc. inéd., I, pp. 2-4, n° 3 ; — extraits , I, pp. 125-126 ; — Thiriet, Régestes , II, pp. 32-33, n° 1082, mais rien ne fut décidé, Thiriet, ibid., n° 1084 (2-7 décembre 1402). (6) Thiriet, Régestes, II, p. 34, n<> 1089 (26 janvier 1403). (7) Iorga, Notes et extraits, I, pp. 139-140; — - Thiriet, Régestes, II, p. 41, n° 1124; le 11 août 1403, le Sénat est informé d’un projet de mariage entre la sœur du chef albanais de Lépante et un fils d’Asên Zaccaria, à qui elle aurait apporté la ville en dot ; Venise semble s’être opposée à ce projet et examine la possibilité d’acquérir Lépante où s’abritent des navires turcs. Cf. Sathas, Doc. inéd., Il, p. 115. (5) Sur les projets Iorga, Notes et
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 275 à cause de la gravité de la situation à laquelle elle doit faire face (1). En septembre le Sénat discute encore de l’acquisition éventuelle de Port-de-Jonc et du village de Grisi (2) ; mais la paix avec Gênes fut conclue au début de 1404 et rien ne tairement fut fait. On sait peu de chose sur ce qui s’est passé dans la principauté pendant la brève période où la régence fut exercée par Marie Zaccaria ; ce qui est sûr, c’est que son neveu, Centurione II Zaccaria, à qui elle avait confié le soin de gouverner le pays, ne devait pas tarder à déposséder ses jeunes cousins, les enfants de Pierre de Saint Supéran. Dès la mort de son père, Centurione s’était montré hostile vis-à-vis du prince ; il est possible que cette attitude s’explique non seulement par son ambition, qui est certaine, mais aussi par le sentiment d’un descendant d’une grande famille installée en Romanie depuis plus d’un siècle, contre un nouveau venu et un parvenu. Il repré¬ sentait en effet la seule famille ancienne de haute lignée que nous connaissions à cette date en Morée. La principauté à la fin du XIVe siècle. — L’évolution que nous avons essayé de suivre et au cours de laquelle disparaissent les familles de la conquête et celles qui étaient venues dans le cours du xme siècle ou même au début du xive siècle, s’achève vers 1400. Beaucoup des noms que révèlent les textes et les documents sont nouveaux pour nous ; il s’agit d’Italiens, de frères de l’Ordre de l’Hôpital, de Gascons ou de Navarrais, ou encore de Grecs dont la famille n’avait pas jusqu’alors joué de rôle. Le dernier Enghien, héritier des familles de Brienne et de la Roche, Guy, était mort en 1377 ; ses biens, Argos, Nauplie, Kyvérion et Thermisi, avaient été vendus à Venise par sa fille Marie (3). Le nom des Misito de Messénie disparaît : Jean II, seigneur de Stala en Skorta, de Gravenil et Turcada (4) semble être mort avant 1387, puisque, à cette date, il n’est pas cité parmi les seigneurs de la principauté, mais seulement son gendre Jacques Scazani, dit Rosamicha (5). Aucune descendance masculine directe ne survit de la famille des Aulnay-Le Maure, barons d’Arkadia : Erard III mourut en 1388 ; l’unique fils qu’il devait à l’intervention miraculeuse de saint Pierre-Thomas mourut très jeune. Erard III ne laissa que des filles l’une transmit la baronnie d’Arkadia, Saint-Sauveur et Aétos à son mari Andronic Asên Zaccaria ; sa sœur avait épousé Jean Laskaris Kalophéros qui joua un rôle actif auprès d’Amédée de Piémont et sur qui nous reviendrons ; de ce mariage naquit un fils, Erard, qui mourut sans enfant en 1409 (6). Parmi les familles moins connues de la période précédente, Jean Sinisgardo ne semble pas avoir laissé d’héritier de son nom, : (1) Thiriet, Règesies , II, p. 40, n° 1118 (2 juin 1403). Au même moment Venise refusa son appui à Louis de Savoie, frère d’Amédée qui était mort un an plus tôt, le 7 mai 1402 ; Louis avait manifesté l’intention de faire valoir ses droits sur la principauté ; il devait mourir en 1418 sans avoir rien entrepris en Morée et fut le dernier représentant de la maison de Savoie à porter le titre de prince d’Achale. (2) Sathas, Doc. inéd., I, p. 7 (13 septembre 1403) : devant la menace de la flotte génoise, Venise est prête à dépenser jusqu’à 4.000 ducats pour acquérir Port-de-Jonc, et 1.500 pour Grisi. (3) En 1393, Venise rejette une réclamation d’un oncle de Marie, Engilbert d’Enghien sur Argos et Nauplie, Thiriet, Régestes , I, pp. 199, 205, nos 835, 867. (4) Ce sont les fiefs désignés comme ayant appartenu à Jean Misito dans la Table des fiefs de 1391, cf. infra , p. 692. (5) Cf. supra, p. 266, n. 3. (6) Cf. infra , pp. 278-279.
276 RECHERCHES HISTORIQUES puisque son héritage est réclamé par Thomas de Conscia au châtelain de Modon, Nicolas Zeno, qui bavait abusivement confisqué (1). Des grandes familles anciennes seule donc continuait celle des Zaccaria Andronic Asên avait réuni le titre de grand-connétable et la baronnie de Chalandritsa reçus de son père, avec la baronnie d’Arkadia que sa femme lui avait apportée en dot ; c’était ainsi un très puissant seigneur, qui était de surcroît beau-frère de Pierre de Saint-Supéran. A sa mort en 1401, il laissa quatre fils, Centurione II qui succéda à son père dans la charge de grand-connétable, Erard, Benoît et Étienne, qui était entré dans l’Église. Un document nous aide à nous représenter l’état de la principauté vers la fin du siècle c’est la liste des fiefs dressée en 1391 à l’intention d’Amédée de Piémont (2). Elle énumère les baronnies : sur le continent subsistent celles de Patras (unie avec l’archevêché), et celles de Chalandritsa et d’Arkadia, appartenant toutes deux aux Zaccaria après 1388, — puis les seigneuries ecclésiastiques : les évêchés d’Oléna, de Modon et de Coron, les commanderies des Teutoniques et des Hospitaliers. Ensuite elle distingue d’une part les excadances que sunt au prince: Vostitsa, La Beguche, l’Oriol, Chastel Neuf, Le Flacto, le chastel des Portes, la tour de La Gastogne, Saint-Élie, La Golenice, la tour de La Christiana, La Mandrice, La Combe, l’Estala, la Bicoque, la Tour (?), La Glace, La Fenare, Saint-Archange, Le Gravenil, la Turcada, La Molines, et d’autre part les lieux du propre domaine : Clarence, Clermont, Belveder, Saint-Omer, Porcellet, Crèvecueur, Castel de Fer, La Praye, Androusa, Port-de-Jonc, Calamata, Le Meyne (Maina), Beauregard. Le Magne et La Turcada sont aux mains du despote : la liste donnent en général les noms de ceux qui tiennent ou ont tenu ces terres ou ces châteaux : le vicaire (Pierre de Saint-Supéran), la femme d’un frère d’Andronic Asên Zaccaria, Nyco de Tarente, Jean de Villars, Jacques de Chypre, Huguet d’Alex, Perrot du Vernay, Jean d’Ayne, Le Moyne de Pollay, Bertranet Mota, Nicolas Le Fort, Nicolas Moche, Barthe Bonvin, le seigneur d’Arkadia (Andronic Asên Zaccaria ou Erard IV Laskaris). Certains des personnages cités ne nous sont connus que par cette liste ; on ne peut donc rien en dire. Mais plusieurs sont également mentionnés dans les documents contemporains que nous avons eu ou aurons l’occasion de signaler : le traité signé entre les châtelains de Coron et de Modon et les chefs des Navarrais en 1382, l’accord conclu entre Venise et les Navarrais en 1387, la procuration donnée en 1390 par les seigneurs de la principauté à leurs ambassadeurs auprès d’Amédée de Piémont, une requête de Pierre de Saint-Supéran et de sa femme Marie adressée en 1393 à Venise au sujet de l’héritage de Jean et d’Erard Laskaris (3). Les noms de quelques-uns apparaissent déjà dans une époque antérieure. Relevons d’abord les noms de prélats ou d’ecclésiastiques : l’archevêque de Patras est alors Paul (Foscari), les évêques d’Oléna (4) de Coron et de Modon sont se : : (1) Sur cet épisode, v. Hopf, II, p. 58 A. Jean Sinisgardo est mentionné dans le rapport de Nicolas de Boiano ainsi que Pierre et Nicolas de Conzio, qui doivent être de la même famille que Thomas de Conscia. — Le dernier descendant de la famille de Tsogia vit encore, c’est Jacques, qui ne disparaît qu’en 1428, mais se trouve en Argolide, donc hors des limites de la principauté. (2) Sur cette liste, v. supra , p. 261 ; elle est reproduite Appendice A, II„ infra, pp. 691-692. (3) Sur ces différents textes, v. supra, p. 256, p. 260, p. 266, et pour le dernier infra, pp. 691-692, où sont reproduits en note les noms cités dans les documents. (4) Dans la liste de 1391, l’évêque de « l’Olive » — corrigé en Oline par J. Longnon — , ne peut être que
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 277 respectivement Mathieu, Pierre et François. L’Ordre des Chevaliers Teutoniques a pour précepteur Rodolphe Schoppe et pour trésorier Jacob van Arkel ; Adam Boulart est précepteur de l’Hôpital ; on connaît le nom d’un chanoine de Modon, Marco degli Abbati, et d’un prêtre de la paroisse de Nési, ou l’Isle en Messénie, Bertucius de Tarente (1). Les noms connus avant 1380 sont les suivants : Nicolas Curulli ou Chutroli (Koutroulis) est également le nom d’un protovestiaire de la principauté vers 1336-1337 (2). De même le nom de Jean Veristia ou Viristia, doit être rapproché de celui de Georges Viristia cité dans le traité de 1387, (3). Koutroulis est un nom grec, Veristia doit l’être aussi, car c’est celui d’un village en Messénie. Le chancelier Roger de Navellis, dont le nom se présente sous des formes variées est peut-être à mettre en rapport avec Fasana de Nuvelle ou Fasano Novelle connu en 1328 (4). Guillaume de la Forest qui tient la Fenare en 1391 évoque les noms de Guy de la Forest trésorier en 1278, de Jacques de Forest cité en 1303 (5), Bertranet Mota, qui tient la Stala, celui de Roger de la Motte ou Mota, capitaine de Fanari et de Vostitsa en 1364 (6). D’autres noms désignent des personnages non connus avant 1380, mais assez importants pour paraître dans plusieurs actes : Jacques, fils de Robert, Scazani dit Rosamicha ou Rosomica (7), Barthélemy Bonvin (8), Gioanello Rostagni, Nicolas de Tarente, Jean Cutia de Speleta, d’origine catalane proba¬ blement (9), Vasili Galladini : nous rapprochons ce dernier nom de celui des frères Georges et Vasili Galentini qui furent faits chevaliers en 1377 avec Jean Alaman, Galiani de Baliano, Asên et Martin, fils de Centurione Zaccaria (10). celui d’Oléna, tous les autres étant à cette époque hors des limites delà principauté. On peut supposer que le mot Tonensis accompagnant le nom de Mathieu entre la mention de l’archevêque de Patras et celle des évêques de Coron et de Modon dans le traité de 1387 est une erreur pour Olenensis. (1) Presbyterum Bertucium de Taranto parochianum lillef désigné avec Iohenellum Rostagni de Neapoli , pour présenter à Venise en 1393 la réclamation du prince Saint-Supéran au sujet de l’héritage de Jean Laskaris Kalophéros, cf. R. Loenertz, Démétrius Cydonès, p. 194 ; tille est certainement Nési ou L’Isle en Messénie, près d’Androusa, et non Aquila, ce qui serait Aetos, comme le suggère Loenertz, avec un point d’interrogation. Bertucius est également cité dans le testament de Jean Laskaris Kalophéros, Loenertz, op. cii., pp. 188-189. (2) Cf. supra , pp. 208, 242. On peut se demander — sans pouvoir répondre — si Étienne de Cohilli mentionné dans un accord entre les Navarrais et Venise conclu en 1396, cf. supraf p. 267, . 1, n’est pas égale¬ ment un Koutroulis. (3) Sous la forme Varistia, cf. supra , p. 240. Sur le village de Veristia, cf. infra , p. 442. (4) La forme la plus courante est de Navellis ; mais on lit de Novella dans la liste des témoins de 1387, de Naullis dans la procuration établie en 1393 par Pierre de Saint-Supéran. Il faut en rapprocher le nom de Dinus Balsamus de Navellis , cité parmi les liges dans le traité de 1387. (5) Cf. supraf p. 175. (6) Cf. supra, p. 218, n. 6 et 239-240. (7) Gendre de Jean Misito, il avait eu des difficultés avec le châtelain de Modon, Nicolas Zeno, à propos des bijoux de sa belle-mère, que ce dernier détenait abusivement. Il possédait la terre de la Cosmina sur les confins des territoires vénitiens, cf. Hopf, II, pp. 58 A, 66 B. (8) Ce seigneur devait être un personnage important puisqu’il tient en 1391 le château de Clermont, et qu’il est choisi avec Jacques Scazani et Giovanello Rostagni comme ambassadeur auprès d’Amédée en 1390. (9) On a été tenté de voir dans ce nom de Speleta, écrit parfois Spoleta, une forme inexacte du nom de la ville italienne de Spoleto ; il est beaucoup plus probable, comme le dit L. de Mas-Latrie, BECh , LVIII, p. 99, n. 2, qu’il s’agit d’un nom catalan : les Espeleta sont une famille noble de Catalogne. Le nom qui précède est, suivant les documents, Cucia, Cutia ou Curia. (10) L. de los fech.t § 719. Les noms Georges et Vasili semblent bien être grecs. Il est impossible de savoir si Jean Alaman cité ici a un lien de parenté avec l’ancienne famille des barons de Patras ou même avec Georges et Nicolas Alaman mentionnés dans le cours du xive siècle, cf. supra , p. 252, n. 3.
278 RECHERCHES HISTORIQUES On peut donc constater une certaine permanence dans la société féodale de la principauté au xive siècle. Mais, on l’a dit, aucune des familles ne remonte à la conquête, et celles d’origine française ne représentent qu’une minorité. Bien qu’il ne soit pas toujours facile de déterminer l’origine de chacune, on peut affirmer qu’il y a des Italiens comme Rostagni de Naples ou Nicolas de Tarente, des Catalans comme les Speleta, des Grecs comme les Koutroulis, les Veristia ou les Galentini. Certains Grecs jouent même à cette époque un rôle très actif, analogue à celui du notaire Démétrios Rendi et de sa fille Marie dans l’entourage de Nerio Acciaiuoli le plus frappant est Jean Laskaris Kalophéros qu’on a vu auprès d’Amédée de Savoie vers 1387-1388 (1). Il est difficile de suivre la carrière de ce curieux personnage il était originaire de Constantinople et allié à la famille impériale, on lui donne le titre de miles Conslanlinopolitanus Très cultivé si l’on en juge par l’amitié qui le liait à Démé¬ trios Kydonès, il avait les plus hautes relations, approchait le pape Grégoire XI qui, en plus d’une circonstance, intervint en sa faveur (2). Il voyagea beaucoup, partageant son activité entre des opérations commerciales (3) et des missions ou intrigues diplo¬ matiques. En Morée, il épousa une fille d’Erard III baron de Saint-Sauveur et Arkadia, Lucie, dont il eut un fils, nommé Erard ; mais en 1374 il était en conflit avec son beau-père pour une question relative à la dot (4). En 1377, Venise considère sa présence ; : . Modon comme indésirable et demande au châtelain de l’inviter à quitter le plus rapidement possible la cité (5). Dix ans plus tard, il est au Piémont, prêt à servir les intérêts d’Amédée et à l’aider à faire valoir ses droits sur l’Achaïe, se rendant à Venise pour négocier en son nom ; il reçoit de lui en récompense des titres et des terres en Morée (6). Par son testament fait à Venise, le 5 juillet 1388, il laisse ses biens à son fils Erard (7) ; mais au début de 1393, le prince Pierre de Saint-Supéran et la princesse à (1) Cf. supra , p. 258. Sur le personnage et son rôle, v. N. Iorga, Philippe de Mézières et la croisade au XIVe siècle, 1896, pp. 280, 285, 354, 357. — F. Cerasoli, Gregorio XI e Giovanna I regina di Napoli, ASPN, XXIV, 1919, pp. 417-418 ; — O. Halecki, Un empereur de Byzance à Rome, Varsovie 1930, en particulier pp. 91-101 et 272-282. (2) Démétrius Kydonès le presse d’intervenir auprès du pape pour obtenir du secours pour Byzance, Correspondance, édit. G. Gammelli, CB Budé, nos 104 (18), 122 (25), 124 (26). Grégoire XI intervient en faveur de Kalophéros auprès de Jean de Lusignan, prince d’Antioche, de Philippe de Mézières chancelier à Chypre, du roi Pierre II et de la reine Ëléonore de Chypre entre 1371 et 1374, Démétrius Kydonès, Corres¬ pondance, édit. R. Loenertz, Studi e Testi, 186, Vatican 1956, App. V, 4-7, pp. 183-186. (3) Deux documents aragonais font allusion à une importante quantité de soie lui appartenant, qui lui avait été enlevée par des pirates aragonais, publiés par Rubio i Lluch, Diplomatari, pp. 559-561, 590-591, nos 509 et 541 (19 mars 1382, 10 février 1383). (4) Démétrius Kydonès, Correspondance, I, éd. Loenertz, pp. 186-187, App. V, 8 : lettre du pape Grégoire XI à Erard Le Maure. (5) Démétrius Kydonès, ibid., p. 187, App. V, 9, cf. Thiriet, Régestes , I, p. 146, n° 586. (6) Cf. supra, p. 258. Kalophéros porte déjà le titre de comte de Céphalonie et de Zante en 1383 dans le document aragonais de cette année, alors qu’il est dit miles Constantinopolitanus l’année précédente. Si ce titre, — tout platonique d’ailleurs, puisque le comté de Céphalonie reste entre les mains de Charles Tocco — a été accordé à Kalophéros dans la période 1382-1383, seul le prince Jacques des Baux aurait pu le lui donner : il faudrait supposer, comme l’a déjà fait R. Loenertz, Or. Chr. Per., XXII, 1956, p. 347, n° 60, que Kalophéros aurait déjà joué auprès de Jacques des Baux un rôle analogue à celui qu’il tient auprès d’Amédée, et se serait fait donner alors un titre qu’Amédée lui confirma. (7) Publié par R. Loenertz, à la suite de la Correspondance, I, de Démétrius Kydonès, pp. 187-194 ! App. V, 10.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ D’ACHAÏE 279 Marie, le considérant comme un des seigneurs de la principauté et se fondant sur un testament d’Erard, réclament à Venise cet héritage ; Venise rejeta leur demande alléguant que le testament invoqué était un faux et que Jean comme son fils Erard, mort en 1408, étaient citoyens vénitiens (1). La Table des fiefs de 1391 apporte encore des renseignements d’un intérêt parti¬ culier parce qu’ils sont très rares, en fournissant des données numériques sur la population de chaque lieu cité. La plus grosse agglomération est Saint-Omer avec cinq cents feux ; puis viennent Clarence, Androusa et Kalamata, Château-Neuf, chacun avec trois cents feux, Vostitsa, Le Gravenil et La Praye avec deux cents*; le château de Portés, La Mandrice et La Combe, La Fenare, Saint-Archange, La Turcada, Araklovon et Sidérokastro en ont chacun cent ou cent cinquante ; les autres villages de vingt-cinq à cinquante, sauf Christiana qui en compte quatre-vingts. Ces chiffres sont très modestes on peut évaluer la population des villes de huit cents à quinze cents habitants. On est surpris de l’importance de Saint-Omer ; il faut en tirer la conclusion que la population s’y pressait à cause de sa position élevée, ce qui donne une indication sur l’état d’insécurité du pays. Il manque les chiffres de Patras qui était peut-être la ville la plus peuplée (2) et de Corinthe qui, sinon en 1391, du moins : après le conflit entre Charles Tocco et le despote, après le passage des Turcs en 1395 et en 1397, devait être dans une situation peu brillante ; les habitants s’étaient dès ce moment retirés sur l’Acrocorinthe (3). En résumé, la principauté, telle qu’on peut se la représenter dans la fin du xive siècle, n’a plus grand-chose de commun avec ce qu’elle avait été cent ou cent-cinquante ans plus tôt. Si, depuis 1320, les Grecs n’avaient réussi à reprendre que Corinthe, le pays avait profondément souffert de l’anarchie grandissante, des rivalités de plus en plus fréquentes et graves, des incursions dévastatrices des Turcs ; la population abandonnait les plaines pour chercher refuge sur les hauteurs. Elle était gouvernée par un prince et par une noblesse qui n’avaient plus de liens avec les chefs qui en avaient fait autrefois la grandeur et l’avaient longtemps défendue. La principauté de 1404 à 1430. Les forces en présence. — Un quart de siècle passera encore avant que les lambeaux de la principauté d’Achaïe ne soient repris par les Grecs. Ces dernières années sont les moins glorieuses et les plus chargées de faits de son histoire (4). Ce qui donne l’impression d’une accumulation fastidieuse d’événe (1) Cf. Loenertz, ibid., pp. 194-197, App. V, 11-12. Une réponse semblable fut faite à une réclamation analogue adressée à Venise par l’empereur grec au sujet des biens laissés par Kalophéros à Constantinople, Thiriet, Régestes, II, pp. 88, 106, n08 1362 et 1452 (10 janvier 1410, 5 mai 1412). (2) Sur la situation à Patras, voir Gerland, Neue Quellen, passim et conclusion, pp. 106-107 ; il note que la ville a dû rester prospère, mais que, si des négociants vénitiens s’y sont maintenus longtemps, les Grecs remplacent peu à peu beaucoup des grandes familles latines. (3) Nicolas de Martoni, éd. Legrand, ROL, III, 1895, pp. 658 et suiv., qui a vu Corinthe en 1395, estime la population à une cinquantaine de familles, installées dans l’enceinte de l’Acrocorinthe, celle-ci étant elle même en fort mauvais état. Cf. Miller, The Latins, p. 351 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 144-145; Corinth, III, 2, pp. 140-141. (4) Le récit en a été fait par Hopf, II, pp. 67-86, surtout du point de vue de Venise, à l’aide des documents vénitiens que permettent de contrôler pour une bonne part les publications de Sathas, de N. Iorga et les Régestes de Fr. Thiriet, — plus récemment par Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 162-211, qui suit essen¬ tiellement l’histoire du despotat. Sur les interventions turques, v. N. Iorga, Geschichte des osmanischen Reiches, I, pp. 367-370, 382-383, 389-405.
280 RECHERCHES HISTORIQUES ments, c’est l’absence en Morée d’une puissance nettement prépondérante et, chez les principaux protagonistes, d’une politique aux vues simples et claires. Après la retraite des Hospitaliers en 1404, le Péloponèse reste partagé entre le despotat grec, la principauté, un étroit territoire occupé depuis peu par Charles Tocco, duc de Leucade et comte palatin de Céphalonie, l’archevêché de Patras et les possessions vénitiennes. C’est le despote de Mistra qui gouverne la plus grande étendue de territoire, à la Laconie, à l’Arcadie et à la région de Corinthe. Théodore Ier, despote depuis 1383, mourut en 1407 sans enfant (1) ; son frère l’empereur Manuel II désigna pour le remplacer un de ses propres fils, Théodore, qui avait déjà été envoyé en Morée auprès de son oncle pour s’initier à l’administration (2). Théodore II étant encore mineur, son père s’occupa personnellement du despotat (3) : il négocia en particulier avec Venise pour obtenir la restitution d’Astritsi ; il envoya même à la fin de 1407 Michel Chrysoloras pour proposer de racheter Nauplie à la Commune qui refusa naturellement (4). En 1415, l’empereur vint lui-même en Morée ; le 13 mars, il débarqua à Cenchrées près de l’isthme et fit relever en vingt-cinq jours le mur d’Hexamilion qui devait interdire aux Turcs de franchir l’isthme (5). Il resta jusqu’en mars 1416 ; après son départ, c’est Théodore II qui gouverna effectivement le despotat, mais, dès l’automne de la même année, son frère Jean, se rendit auprès de lui (6), et prit une part active dans la direction des affaires. En 1428, Constantin Paléologue, qui devait être le dernier empereur de Byzance, vint rejoindre ses frères Jean et Théodore ; celui-ci avait manifesté l’intention de se retirer dans un couvent ; mais, étant revenu sur cette décision, il garda le despotat et Constantin, qu’avait suivi son fidèle serviteur, l’historien Georges Sphrantzès, reçut des terres en apanage et celles que lui apporta en dot la fille de Léonard Tocco, Madeleine, qu’il épousa sous le nom de Théodora le 1er juillet 1428 (7). Les trois frères Théodore, Constantin et Thomas se partageaient ainsi la Morée byzantine. Dans les vingt-cinq années de 1407 à 1432, les Paléologues menèrent une politique active et relativement cohérente ; ils se montrèrent plus fermes que Théodore Ier ne l’avait été et à aucun moment ne songèrent correspondant (1) Chronique brève, n° 27, éd. Lampros-Amantos, p. 47 ; la Chronique brève, n° 19, p. 36, mentionne par erreur Théodore II ; — Sp. Lampros, . . ., Ill, p. 164; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 154. IV, CSHB, p. 206. (2) Chalcocondyle, (3) Hopf, II, p. 70 A, suppose que pendant la minorité de Théodore II le despotat fut gouverné par le protostrator Manuel Francopoulos, hypothèse que Zakythènos, op. cil., p. 166, accepte. La Chronique brève, n° 19, éd. Lampros-Amantos, p. 36, signale l’arrivée en Morée de Manuel II en l’an 6916, c’est-à-dire 1407-1408, ce qui peut être rapproché de l’indication de Sphrantzès, Chron. min., PG, GLVI, col. 1025, d’après laquelle Manuel II serait venu entre 1404 et 1413 : il aurait donc fait un séjour en Morée avant celui de 1415. Cf. R. Loenertz, EB, I, 1943, p. 156. (4) Iorga, Notes et extraits, I, pp. 159-160 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 74, n° 1290. Cf. Zakythènos, ibid. (5) Ces travaux célèbres sont signalés par Sphrantzès, I, 53, CSHB, pp. 107-108 ; — Mazaris, dans . ., Boissonade, Anecdota graeca, III, p. 178 ; — Démétrius Chrysoloras, dans Sp. Lampros, . Ill, p. 243 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 136, 138, n08 1583, 1592. Cf. Sp. Lampros, Tà , . ., II, 1905, . 461-462 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 168-169. Au cours de ces travaux on retrouva une inscription signalant ceux qui avaient été exécutés sous Justinien, Sphrantzès, ibid., cf. Corinth, III, 2, p. 129, — Pél. byz., p. 15 et n. 2. . ., Ill, p. 174 ; — Zakythènos, Le despotat (6) Sphrantzès, I, 36, CSHB, p. 109, cf. Lampros, . grec, I, p. 180 et n. 4. (7) Sphrantzès, CSHB, pp. 123-124, Le despotat grec, I, pp. 204-205. 128 ; — Chalcocondyle, V, CSHB, p. 240, cf. Zakythènos,
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 281 abandonner à Venise ou aux Hospitaliers tout ou partie du despotat (1) ; bien au contraire leur opiniâtreté, l’habileté avec laquelle ils surent tirer parti des circonstances leur permirent d’achever l’œuvre commencée en 1262 par les Grecs, c’est-à-dire sinon de reprendre toute la Morée, du moins de détruire et d’absorber la principauté d’Achaïe. Dans la principauté, la suzeraineté du roi de Naples Ladislas était toute théorique. C’est à son autorité cependant que Centurione Zaccaria, bail pour ses cousins mineurs, eut recours pour se faire reconnaître prince à leur place. Au début de 1404, il envoya au roi en secret Aymonetto de San Giorgio ; Ladislas réclamait en vain les trois mille ducats que Saint-Supéran s’était engagé à lui verser en échange du titre de prince ; Centurione lui fit savoir que la princesse régente était hors d’état de payer cette somme, mais qu’il était prêt à le faire lui-même si le titre de prince lui était accordé. Le roi accepta cette proposition ; par un acte du 20 avril 1404, il déclara les enfants de Saint-Supéran déchus de leurs droits sous le prétexte qu’ils n’avaient pas encore prêté hommage, et reconnut Centurione comme prince. Cependant en même temps, comme il l’avait fait naguère pour Athènes gouvernée par Nerio Acciaiuoli, il détachait de la principauté le duché de Leucade et le comté de Céphalonie, à qui devaient relever désormais directement du roi (2). Centurione possédait en propre la baronnie de Chalandritsa. Il avait trois frères : Erard à qui était revenue la baronnie d’Arkadia et Saint-Sauveur qui avait constitué la dot de sa mère, Benoît et Étienne, qui devint archevêque de Patras. Il épousa une fille de Léonard II Tocco, seigneur de Zante (3). Ces conditions semblaient devoir lui assurer, comme prince, une situation puissante et brillante, analogue à celle qu’avait eue Nicolas ou Nerio Acciaiuoli. En fait il n’en fut rien ; entre Étienne et Centurione il n’y eut pas d’entente solide, pas plus que, dans la suite, il n’y en eut entre Pandolfo Malatesta et le despote bien que ce dernier eût épousé sa sœur Cléopè. Il faut y voir sans doute, outre le caractère des personnages, l’influence de Venise qui exerçait son protectorat sur Patras et n’admettait pas que cette position importante pût échapper à son contrôle. D’autre part, Centurione ne semble pas avoir été populaire, ni avoir joui, au moins au début, de la faveur de Ladislas ni de bonnes relations avec Venise (4). Les événements donnent l’impression d’un personnage médiocre qui, devant les attaques ou les convoitises dont la principauté est l’objet, ne sait opposer que des ripostes insuffisantes ou des solutions peu heureuses comme d’offrir ou d’abandonner des morceaux de ce qui reste de l’héritage des Villehardouin, un peu au hasard, à Venise ou à Gênes par exemple, dans l’espoir d’un secours. (1) Hopf, II, p. 79 B, suppose que Monemvasie fut cédée à Venise entre 1419 et 1423 ; cette opinion, admise par divers historiens comme W. Heyd, Histoire du commerce du Levant, II, p. 272, ou Miller, Monem vasia , JHS, XXVII, 1907, pp. 229-241, 300-301, a été combattue, avec raison, semble-t-il, par Zakythènos, Le despotat grec , pp. 186-188 ; les documents invoqués, publiés par W. Miller, ne permettent pas de tirer la conclusion que Hopf avait adoptée. (2) Hopf, II, pp. 67-68 ; — L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée , pp. 25-26 ; — Miller, The Latins , p. 370 ; — Gerland, Neue Quellen , p. 51 ; — Longnon, Vempire latin , pp. 348-349. (3) V. Appendice B, 25, 27 ; cf. Mas-Latrie, op. cit ., p. 26. (4) Il fut question en 1406 de donner la principauté à Janot de Lusignan, comte de Beyrouth, fils naturel du prince d’Antioche et cousin de Hugues prétendant en 1364; le roi Ladislas parut favorable à ce projet; mais Venise ne semble pas avoir sérieusement envisagé de soutenir ce rival contre Centurione ; Hopf, II, p. 69 ; Mas-Latrie, op. cit., p. 26 ; — cf. Sathas, Doc. inéd., I, p. 15, — II, p. 133.
282 RECHERCHES HISTORIQUES Centurione devait faire face non seulement à la politique de reconquête des Paléologues, mais aussi à l’ambition des Tocchi. La fortune de cette famille, d’origine napolitaine, remontait au milieu du siècle précédent Guillaume Tocco qui avait été un des familiers du prince Robert, avait épousé Marguerite Orsini dont il hérita les droits sur le comté de Céphalonie. Leur fils Léonard transmit en 1381 à son fils aîné Charles le duché de Leucade, le comté de Céphalonie et de Zante. C’était un prince puissant : marié à la fille aînée de Nerio Acciaiuoli, Françoise, il prétendait s’intéresser aux affaires de Morée ; à la mort de Nerio, il voulut s’emparer de Corinthe, mais ne put garder, on l’a vu, que Mégare et Vasilika. Son frère cadet Léonard II, qui n’avait que la seigneurie de Zante, était lui-même tenté de prendre des terres en Morée il). Le fait que Centurione eût épousé une fille de Léonard II n’empêcha pas les Tocchi de prendre souvent une attitude hostile et agressive contre lui. Entre ces rivaux, Venise gardait une attitude réservée : elle s’efforçait de défendre l’intégrité de ses possessions, sans cesse menacées ou pillées par les armées au service des Grecs ou des Latins, ou par les pirates. Elle était fortement installée en Argolide, à Argos, à Nauplie et à Kyvérion ; elle étendait sa protection, c’est-à-dire son pouvoir, sur l’archevêché de Patras, où Étienne Zaccaria, frère de Centurione II, succéda en 1405 au cardinal Ange Acciaiuoli et fut lui-même remplacé, en 1424, par Pandolfo Malatesta (2). Mais les positions qui sont le plus souvent l’objet de sa sollicitude sont Coron et Modon. Elle se refusait à prendre ouvertement parti pour les uns ou pour les autres, mais intervenait diplomatiquement soit pour prévenir un trop grand accroissement de puissance d’un des adversaires, soit pour essayer de limiter ou d’apaiser les conflits qui finissaient par lasser sa patience ; elle voulait avant tout maintenir ses positions aux moindres frais, éviter d’être obligée de faire la guerre et écarter le danger turc ; elle ne tenait pas à étendre systématiquement les territoires qui dépendaient directement d’elle, car leur défense pouvait être coûteuse ou difficile ; seuls quelques points l’intéressaient ; pour rien au monde elle n’aurait consenti à laisser Patras passer sous le contrôle d’une autre puissance ni une rivale comme : Gênes s’établir à Port-de-Jonc. A ces éléments essentiels de la politique en Morée s’ajoutent toujours la lourde menace que faisait peser la puissance grandissante des Turcs, et celle d’aventuriers dont l’intervention épisodique troublait la vie du pays ou les desseins des princes. Il résulte de ces conditions une situation générale d’insécurité qui, au lieu de pousser les hommes à se grouper pour défendre les intérêts généraux, surexcitait les passions, inspirait le désir de faire passer au premier plan les intérêts particuliers ; le désordre s’en trouvait aggravé, le pays appauvri, les forces de chacun affaiblies. Si les textes révèlent surtout l’existence de ces conditions déplorables à l’intérieur du despotat grec (3), on peut supposer que cet état de choses régnait partout et sans doute à un degré plus grave dans la principauté qui perdait toute cohésion et peu à peu toute stabilité territoriale. Les événements de 1404 à 1420. — Un premier conflit éclata dès le printemps 1404 entre Centurione Zaccaria et Léonard Tocco, dont le prince occupa les possessions (1) Hopf, II, pp. 34 B-36 B, 103 B-107 A; cf. infra , Appendice B, 25. Léonard reçut de son frère la seigneurie de Zante en 1399 ; Charles mourut en 1429 et c’est un fils de Léonard, Charles II, qui lui succéda. (2) Gerland, Neue Qaellen, pp. 51, 64. (3) V. les textes réunis par Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 172-174.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 283 en Morée cédées par Saint-Supéran ; le roi Ladislas lui donna ordre de les retituer et de libérer les châtelains emprisonnés (1). Presque aussitôt, le despote Théodore Ier attaqua Genturione et soutint la lutte contre le prince jusqu’à la fin de son règne ; il avait obtenu l’aide de Charles Tocco et même du frère de Centurione l’archevêque Étienne Zaccaria (2). Ces guerres ne peuvent être suivies dans le détail, mais elles devaient être incessantes, confuses et acharnées. Le prince Centurione, dans une situation sans doute difficile (3), le 30 octobre 1406 à Clarence, en présence du chancelier Jean Rostagno, des chevaliers Jacques de Hugoth, Saraceno Bulcano, Guglielmazzo de Maromonte, Jacques Siripando, donna pleins pouvoirs à Richard Ferrant surnommé Porta, de Céphalonie, pour demander une intervention de Venise en faveur de la paix (4). De leur côté les Vénitiens se plaignaient que les belligérants n’épargnassent pas leurs territoires : les Grecs avaient pillé en 1406 Avramio, Spanochori, brûlé le château de Nikline qui appartenait à l’évêque de Coron (5). Le Sénat envoya auprès du despote un ambassadeur, Nicolo Foscolo, pour protester contre ces déprédations ; il se préoccupait sans cesse de la défense ou de l’acquisition des places de Lépante, de Patras, ou en Messénie, de Port-de-Jonc, des villages de Grisi, de Kanada, de la Cosmina (6). Un moment la mort de Théodore Ier arrêta les combats dans l’été 1407 ; Venise essaie de rétablir la paix (7). Mais la guerre se rallume presque aussitôt. Tandis que Venise négociait avec Manuel II par l’intermédiaire de Michel Chrysoloras, et refusait de céder quoi que ce fût aux Grecs (8), Léonard Tocco attaquait la principauté et prenait le port de Clarence situé en face de Zante ; au prince qui faisait appel à son aide et réclamait des armes, le Sénat de Venise répondit le 7 février 1408 que la Seigneurie était bien disposée pour lui, lui promettait de s’employer à lui faire recou¬ vrer Clarence (9). De son côté, l’archevêque Étienne Zaccaria, qui avait déjà vainement offert plusieurs fois Patras à Venise, arrivait à un accord avec elle : au mois d’août, il engagea la ville avec le port, le château, et toute la baronnie pour cinq ans (10) ; (1) Iorga, Notes et extraits , II, pp. 98-99 ; cf. Zakythènos, Le despotat grec , (2) Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 163. (3) C’est le moment où se manifeste l’intention du roi Ladislas de soutenir la I, p. 162. candidature de Janot de Lusignan à la principauté d’Achaïe. (4) Iorga, Notes et extraits, I, pp. 159-160. Cf. Hopf, II, p. 69 B ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 166. (5) Sathas, Doc. inéd., II, pp. 155-156 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 63, n° 1235 ; cf. Hopf, II, p. 69 B ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 163. (6) Les interventions sont nombreuses de juillet 1406 à août 1407, on en a un aperçu dans Sathas, Doc. inéd., I, pp. 13-14, 17-18, 19-20, ou II, pp. 172-173, 180; — Thiriet, Régestes, II, pp. 59-73, n08 1222, 1247, 1260, 1262, 1268, 1279, 1282. (7) V. la réponse du Sénat à l’envoyé de l’archevêque de Patras, du 27 août 1407, Sathas, Doc. inéd., I, 19-20 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 73, n° 1282. (8) Iorga, Noies et extraits, I, pp. 159-160 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 74, n° 1290 : la situation enMorée est très troublée et Venise ne rendra en tout cas pas la tour dite Astraki que le podestat de Nauplie a fait occuper. Sathas, Doc, inéd., II, p. 193; — Thiriet, Régestes, p. 76, n° 1295. Quellen, pp. 52-53, et 162-171, Documents, IV, 5 ; — Sathas, Doc. inéd. I, pp. 19-27 ; p. 79, n08 1316-1317. Les négociations et l’accord se placent en août 1408 ; le Sénat rappelle à la même date son souci constant d’acquérir Port-de-Jonc et autres places de Messénie, Sathas, Doc. inéd., I, pp. 17-18, 26-27 ; — Thiriet, ibid., n° 1318. (9) (10) Gerland, Neue — Thiriet, Régestes, II,
284 RECHERCHES HISTORIQUES la Seigneurie s'efforça aussitôt d'apaiser les inquiétudes que cette occupation pourrait soulever de la part du sultan Suleyman ou du prince, assurant ce dernier qu'elle prenait à sa charge le tribut dû par la ville aux Turcs (1). Il semble que Centurione songea également à se retirer : dans l'hiver 1410-1411, il envoya des ambassadeurs à Venise ; le 27 janvier 1411, le Sénat répondit aux propositions qu’ils apportaient de sa part : la Seigneurie lui conférait la dignité de citoyen, elle acceptait l'offre de cession de Port-de-Jonc, Grisi, Manticori, Nikline et tout le territoire jusqu'aux cours d’eau appelés La Moderi et Bordicoli, y compris les terres que son frère Benoît possédait dans cette région (2). Au mois de mai suivant, se sentant malade et affaibli, le prince demanda à Venise de laisser rentrer en Morée son frère Étienne à qui il voulait confier le gouvernement de la principauté ; mais la Seigneurie prétendait garder Patras jusqu'au terme des cinq ans prévus dans l'accord avec l'archevêque (3). Cependant Centurione dut se remettre et resta à la tête de la principauté ; dans le cours de 1411, une brève expédition fut dirigée contre les Grecs de Kalavryta ; puis, avec l’aide des Zaccaria de Lesbos et de Chios et avec celle des Albanais de Morée, il se tourna contre Léonard et Charles Tocco, lequel en juillet 1413 fit appel à Venise, demandant un secours sur mer (4). A la fin de la même année, la Seigneurie consentit à restituer à l'archevêque Étienne Zaccaria la place de Patras qu’il lui avait cédée cinq ans plus tôt (5). Elle reprit alors ses efforts pour rétablir la paix en Morée ; elle réussit à faire conclure une trêve de trois ans qui fut ratifiée par les représentants du prince et des Tocchi, Jean Rostagno et Aegidius Lagonessa, à Venise, le 12 juillet 1414 ; Clarence était rendue à Centurione (6). Cependant le prince, ne se sentant pas suffisamment soutenu par Venise, décida de demander la protection de Gênes ; le 20 novembre 1414, il chargea Richard Siri pando et Aymonetto de Saint-Georges, seigneur de Molines, d'aller solliciter pour lui le titre de citoyen de Gênes (7). On conçoit l'inquiétude de Venise. Cependant Centurione dut en 1415 reconnaître la suzeraineté du sultan Mahomet Ier (8). La même année, l'empereur Manuel arrivait en Morée et menait rapidement à bien la recons¬ truction du mur de l’isthme. Cette entreprise utile eut des conséquences fâcheuses pour le despotat (9) : elle fut l'occasion de troubles intérieurs, de froissements avec Venise. Manuel réussit cependant à triompher des uns, à maintenir des relations normales avec la seconde ; il obtint même, selon Ducas, que Centurione se reconnût (1) Sathas, Doc. inéd., II, pp. 216-217, et I, pp. 28-30 ; — Thiriet, Régestes , II, pp. 81-82, nos 1327, 1329. (2) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 39-40 ; — Thiriet, Régestes , II, p. 96, n° 1402. Il ne semble pas cependant qu’il y eût dès ce moment occupation effective de ces places par les Vénitiens. (3) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 41-42 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 99, n° 1418 ; cf. Hopf, II, p. 73 A. (4) Thiriet, Régesies, II, p. 116, n° 1498 (28 juillet 1413) ; cf. Hopf, II, p. 73 B. (5) La ville, réclamée par Étienne Zaccaria dès l’été, lui fut rendue par une décision du Sénat confirmée le 19 décembre, Sathas, Doc. inéd., I, pp. 45-46, 51-52; — Thiriet, Régesies, II, p. 119, nos 1501, 1513; cf. Gerland, Neue Quellen, p. 59. La liquidation des comptes relatifs aux impôts ou aux travaux de forti¬ fication et d’embellissement exécutés par les Vénitiens dans la ville se poursuivit pendant toute l’année 1414 : sur ces travaux, cf. Thiriet, Régesies, II, pp. 99, 128, nos 1417, 1549. (6) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 61-62 ; — Thiriet, Régestes, II, pp. 124-125, n° 1535 (7) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 54-55 ; cf. Hopf, II, p. 74 A. (8) Dugas, chap. XX, CSHB, pp. 97-98 ; cf. Hopf, II, p. 76 A. (9) Gf. Sathas, Doc. inéd., II, pp. 136-138, n°* 1583, 1592. III, p. 116; — Iorga, Notes et ; cf. Hopf, II, p. 73 B. extraits , I, pp. 238-239; — Thiriet, Régestes,
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 285 son vassal (1). Mais celui-ci poursuivait ses négociations avec Gênes qui lui avait accordé le titre de citoyen. Venise, inquiète, envoya une flotte dans les eaux moréotes ; le 31 mars 1416, elle chargea André Foscolo d’une mission auprès du prince, pour l’inviter à réfléchir avant de dépouiller ses enfants au bénéfice de Gênes, pour lui offrir soit d’intervenir auprès des Grecs pour les empêcher de l’attaquer, soit de le protéger moyennant la cession de Port-de-Jonc, Grisi et Manticori (2). Mais les Génois, avec qui le prince avait fait un accord, s’étaient établis en Morée, avaient construit une tour près de Port-de-Jonc ; le prince avait donné à un Génois Kosanna et Maina à moins de 9 milles de Coron. La nouvelle de ces faits provoqua une séance mouvementée au Sénat de Venise le 9 juillet : on envisagea diverses solutions : offrir au prince la protection de la Seigneurie et le titre de citoyen, attaquer le prince et essayer de prendre Port-de-Jonc, s’entendre avec le despote et le laisser s’emparer de la principauté à condition de laisser aux Vénitiens les châtellenies de Kalamata, Skorta et « Vella » entre Modon et le cours de l’Alphée, obtenir en tout cas de lui Gardiki sur la route de Léontari ; mais rien ne fut décidé (3). En fait, comme le redoutait Venise dès l’été de 1416, le despote Théodore II et son frère Jean, qui était venu le rejoindre dans l’hiver, entrèrent en campagne contre la principauté en mai 1417 à la tête de dix mille cavaliers et de cinq mille fantassins : ils vinrent assiéger la ville d’Androusa qui dut capituler, prirent ensuite le château de Saint-Archange, pendant que des bandes d’Albanais pillaient la campagne. Ils s’emparèrent également d’un petit château dans la vallée du Ladon. Centurione, pris au dépourvu, se retira à Clarence où les Grecs vinrent l’attaquer (4) ; la principauté semblait menacée de disparition ; les Grecs avaient occupé la plus grande partie des deux seules provinces importantes qui lui restaient, Messénie et Élide. Centurione se décida alors à faire appel à Venise, qui suivait attentivement les événements de Morée (5) et commençait à s’inquiéter d’une attaque possible contre Patras et des perpétuelles incursions des Grecs ou des Albanais sur le territoire de Coron et de Modon. Le prince et son frère l’archevêque de Patras lui avaient envoyé en ambassade le docteur Condio qui (1) Dugas, chap. XXI, CSH B, p. 102. Une allusion est faite à ces événements par Bessarion, Monodia in obitu Manuelis Palaeologi, PG, CLXI, col. 618, Sp. Lampros, . . ., Ill, p. 287. Cf. Hopf, II, p. 77 A ; — Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 168-175. (2) Sathas, Doc. inèd., I, pp. 52-60 ; — Thiriet, Régestes , II, p. 242, n° 1608 : le Sénat était prêt à verser jusqu’à 10.000 ducats pour les trois places, jusqu’à 6.000 pour Port-de-Jonc seul. Cf. Hopf, II, p. 77 B ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 181. (3) Sathas, Doc. inèd., I, pp. 60-62; — Thiriet, Régestes, II, pp. 145-146, n° 1624. Au début de 1417, Venise s’inquiète d’informations selon lesquelles le prince aurait fait passer en automne des Turcs en Morée, et envisage à nouveau l’achat de Port-de-Jonc, Manticori et Grisi, ou simplement l’occupation de ces places si le prince y consent, Sathas, Doc. inèd., I, pp. 63-64 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 150, n° 1634. (4) Cronica dolflna, citée par Iorga, Notes et extraits, I, p. 267, n. 3 ; — M. Sanudo, Vite de ’ duchi di Venezia, RIS, XXII, col. 916. La prise d’un château sur le Ladon est signalée dans le Panégyrique de Manuel II . ., Ill, p. 175. Zakythènos, Le despotat grec, pp. 180 et Jean VIII Paléologue, dans Sp. Lampros, . 181, attribue cette campagne au fait que Centurione n’avait pas respecté le serment de fidélité prêté en 1415 à l’empereur Manuel ; c’est, nous semble-t-il, attacher beaucoup d’importance au lien créé par ce serment. Il n’y a pas non plus, à notre connaissance, de preuve directe d’une intervention de Venise à Mistra pour provoquer la guerre contre Centurione ; l’intérêt avec lequel le Sénat accueille l’ambassade du docteur Condio en juillet est un argument contre cette hypothèse, cf. note suivante. (5) Sathas, Doc. inèd., I, pp. 64-68 ; — Iorga, Notes et extraits, I, p. 267 ; — Thiriet, Régestes, II, pp. 156-158, n°s 1661, 1665, 1667.
286 RECHERCHES HISTORIQUES demanda la protection de la Seigneurie, de l’argent pour Genturione (1) et offrit de livrer la ville de Patras. Venise consentit à assurer le prince de sa protection et à lui donner les sommes qu’il demandait ; un prêt de 6.000 ducats lui serait accordé après l’occupation effective de Port-de-Jonc, Grisi, Manticori, Cosmina par les Vénitiens (2). Le 7 août 1417, elle chargea Bernabo Loredan d’une mission auprès du prince et du despote en vue du rétablissement de la paix, de la sauvegarde de ses possessions et de la livraison de Port-de-Jonc, Manticori et Grisi « dus par le prince » (3). Elle ne semblait pas pressée de placer Patras sous son patronage (4). Cependant une initiative des autorités vénitiennes de Négrepont lui permit de l’occuper le 6 septembre 1417, le Sénat, en se félicitant par ailleurs de l’annexion de Grisi et de Manticori — qui, on le verra, était loin d’être réalisée — discute de la question de Patras, inquiet des réactions possibles de l’empereur grec ; il craint en effet des représailles de sa part contre les marchands vénitiens et se déclare même prêt à lui remettre la ville s’il l’exige ; en fait ni l’empereur Manuel II, ni son fils Jean ne réagirent, et Bernabo Lore¬ dan poursuivit ses efforts en vue du rétablissement de la paix entre le prince et le : despote (5). Mais 1418 apporta de nouveaux incidents. A la faveur du conflit entre le prince et les Grecs, un aventurier italien, Olivier Franco, s’empara de la ville de Clarence et de son château dans lequel le frère du prince resta prisonnier (6). Centurione réussit un coup de main contre les Grecs en prenant la petite ville de Tavia en Arcadie (7). Quant à Venise, elle se plaignait des nombreuses attaques ou déprédations que subissaient ses territoires et leurs habitants de la part des Grecs ou de leurs soldats albanais : le village de Spanochori près de Coron avait été pillé, la petite place de Kynègos près de Modon, attaquée ; les Grecs s’opposaient à la construction du château d’Avramio (8). Dès le mois de juin 1418, l’archevêque réclama la restitution de la ville est-ce la preuve d’une amélioration de la situation générale? Venise ne consentit à examiner favorablement cette requête qu’en octobre et à condition que lui soient versés les frais qu’elle avait eus au cours de l’occupation : la décision fut confirmée le 28 mai 1419, mais l’archevêque demanda encore un délai de deux mois pour payer les sommes dues (9) ; il s’engageait d’autre part à obtenir de son frère Centurione son : (1) Sathas, Doc. inéd ., I, pp. 67-68; — Thiriet, Régestes , II, pp. 157-158, n° 1667; — M. Sanudo, RIS , XXII, col. 916 ; cf. Hopf, II, p. 78 ; — Zakythènos, Le despotat grec , I, p. 182. (2) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 69-70 ; — Thiriet, Règesles , II, p. 158, nos 1668, 1670. (3) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 71-75; — Thiriet, Règesles, II, pp. 158-159, n° 1671. (4) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 76-79 ; —- Thiriet, Régestes, II, pp. 159-160, n°* 1673-1674. (5) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 79-85, 90-91 ; — Iorga, Notes et extraits, I, p. 269 ; — Thiriet, Régestes, II, pp. 160-161, nos 1675-1677, 1679-1680; cf. Hopf, II, p. 78 B ; — Gerland, Neue Quellen, pp. 60-62; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 183, n. 5. (6) Chalcocondyle, V, CSHB, p. 241 ; — Sathas, Doc. inéd., I, pp. 91, 102 : Venise considérait Olivier Franco comme un « capitaine du despote ». Cf. Hopf, II, p. 79 A, Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 184. (7) Chronique brève , n° 27, éd. Lampros-Amantos, p. 47 ; cf. Sp. Lampros, BZ, VII, 1897, p. 311. (8) Sathas, Doc. inéd., III, pp. 174-180 (11 juin), 183 (4 juillet), 185-186 (9 novembre 1418) ; — Thiriet, Règesles, II, pp. 164-165, 167, nos 1697, 1703. De nouvelles plaintes sont exprimées en avril 1420, en mai 1421, Sathas, Doc. inéd., I, pp. 109-112 ; — Thiriet, Régestes, II, pp. 180, 188, nos i766> 1808, puis en 1422, v. infra. Cf. Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 184-186. (9) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 91-96, 104-106 ; — Thiriet, Régestes, pp. 165 et suiv., nos 1698, 1711, 1717, 1739-1740.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 287 accord pour la livraison de Port-de-Jonc contre 4.000 ducats (1). Les négociations, ou plutôt les marchandages au sujet de cette place devaient continuer jusqu’en 1423 ; mais on doit constater qu’un certain apaisement semble s’imposer. Jean Paléologue avait été rappelé à Byzance en 1418 par la mort de sa femme Anne ; avant son départ, il conclut une trêve avec le prince Centurione (2). En 1418 également Jean et Théodore Paléologue avaient obtenu du pape Martin V l’autori¬ sation d’épouser des princesses latines : le despote Théodore devait épouser Cléopè Malatesta, dont il promit, par une bulle d’argent, le 29 mars 1419, de respecter les croyances religieuses ; le mariage eut lieu à Mistra en janvier 1421 (3). Venise, qui avait longtemps travaillé à préparer la trêve entre les Grecs et le prince, essaya elle-même de régler avec le despote Théodore les questions pendantes ; une ambas¬ sade grecque se trouve à Venise dans l’hiver 1420 : le 17 janvier, le Sénat accueille la proposition qu’elle apporte relative à l’échange d’enclaves situées de part et d’autre de la frontière gréco-vénitienne en Morée (4) ; on ne sait quelle suite fut donnée à cette proposition. Venise poursuivait encore ses pourparlers avec l’archevêque Étienne de Patras pour l’acquisition de Port-de-Jonc (5). Reprise des conflits et fin de la principauté, 1421-1430. — La principauté avait échappé à la destruction totale dont elle avait paru un instant menacée ; mais elle sortait de cette crise considérablement affaiblie et diminuée, puisqu’elle avait perdu Clarence et la plus grande partie de la Messénie et de la plaine de l’Alphée ; il ne s’agissait d’ailleurs que d’un bref sursis. Dès 1421, la guerre reprit ; le despote attaqua Centurione et les documents vénitiens signalent que ses troupes ont pris Grisi, ravagé Manticori et des villages sur le territoire vénitien ; pour examiner la situation sur place et pour réclamer des réparations, Venise envoya en Morée en mai 1421 Benoît Emo (6). Cependant les inquiétudes que faisait naître la politique plus agressive du nouveau sultan Mourad II, qui venait de succéder à Mahomet, allaient modérer un moment l’activité du despote ; Mourad II devait en effet entre¬ prendre, le 8 juin 1422, le siège de Constantinople (7). D’autre part la position du (1) Sathas, Doc. inéd., I, p. 106 ; — Thiriet, Régesies, II, p. 175, n° 1741. Il est curieux de noter que le Sénat négocie alors la cession de Port-de-Jonc avec Étienne et non avec le prince Centurione. (2) Sphrantzès, I, 35-36, CSHB, p. 110; cf. Hopf, II, p. 79 A ; — Zakythènos, Le despotai grec , I, p. 184. (3) Raynaldi, Ann. eccl., ad ann. 1418, n° 17 XXVII p. 475 ; — Ducas, chap. 20, CSHB , p. 100 ; — Ghalcocondyle, IV, CSHB , p. 206 ; — Sp. Lampros, . . ., IV, pp. 102-103, 143 ; Venise assura le transport des deux dames en Morée, Iorga, Notes et extraits , I, pp. 306-307 ; — Thiriet, Régestes , II, p. 183, n° 1791 (30 août 1420). Cf. Hopf, II, p. 80 A ; — Berger de Xivrey, Vie... de V empereur Manuel , pp. 166-167 ; — Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 188-189. (4) Iorga, Notes et extraits, I, pp. 300-301 ; — Thiriet, Régesies , II, p. 178, n° 1757 ; la proposition est justifiée quia loca sua sunt mixta cum nostris et nostra cum suis selon la formule déjà invoquée en 1401, cf. supra , p. 274, n. 3. (5) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 107-108 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 182, n° 1779 (9 juillet 1420) ; Venise versait en outre 2.000 ducats aux ambassadeurs de l’archevêque de Patras et acceptait les conditions de l’archevêque pour le maintien de l’occupation de Port-de-Jonc. L’archevêque réclamait encore 1.500 ducats en mars 1421 ; le Sénat jugeait la chose acceptable, mais il demandait aux châtelains de Coron et de Modon d’examiner s’il y avait lieu de conserver le château de Port-de-Jonc ou de le détruire; nous n’avons pas d’indication sur la décision prise à ce sujet, Sathas, Doc. inéd., I, p. 108 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 187, n° 1804. (6) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 109-110 ; — Iorga, Notes et extraits , I, p. 310 ; — Thiriet, Régestes, ; cf. Hopf, II, p. 80 A ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 192-193. p. 188, n° 1808 (7) N. Iorga, Geschichte des osmanischen Reiches, I, pp. 378-379, 381. 20 II,
288 RECHERCHES HISTORIQUES prince Centurione était rendue plus difficile parce que Charles Tocco, dont la puissance s'était accrue par ses succès en Épire et qui, depuis 1418, avait pris le titre de despote de Romanie, avait acheté Clarence à Olivier Franco, et qu'il ne tarda pas à étendre ses possessions aux dépens de l'archevêque de Patras et du prince jusqu’au plateau de Pholoë, aux confins de l’Élide et de l’Arcadie (1). Inquiets, le prince et son frère, l’archevêque de Patras, songèrent à faire appel aux Hospitaliers. Le 10 mai 1422, l’Hôpital envoya en Morée Sance de Lissardois qui devait traiter de la défense du pays contre les Turcs avec Centurione et Étienne Zaccaria, mais le despote entra aussi en rapport avec lui. Cependant, l’ordre de l’Hôpital, absorbé par la défense de Smyrne, ne pouvait alors intervenir en Morée (2). Aussi les négociations avec Venise passèrent-elles au premier plan. Elles sont particulièrement instructives sur la situation en Morée. Le Sénat chargea en avril 1422 un envoyé spécial, Dolfm Venier, d’une mission d’information, pour connaître l’état du pays, les dispositions des différents chefs et les possibilités de les amener à conclure une trêve de longue durée ; Dolfm Venier devait négocier aussi l’acquisition de Grisi et Manticori, à l’exclusion de celle des territoires s’étendant jusqu’à l’Alphée, que le despote avait offert de céder (3). L’ambassadeur se rendit en particulier auprès du despote qui s’étonna de la modération de Venise ; il s’était dès ce moment, semble-t-il, rapproché de l’archevêque de Patras (4). Après avoir reçu des lettres des châtelains de Coron et de Modon et un rapport de Dolfm Venier, le Sénat envoya, le 22 juillet, de nouvelles instructions à ce dernier : Venise, qui jusque-là se disait peu disposée à étendre systématiquement sa domination quia nostra dominaiio non ambiciosa , nec avida ampliare nostrum dominium sed contenta de terminis quos Altissimus nobis concessit , non seulement acceptait la cession des petites places de Grisi et Manticori, sur les frontières de Coron et de Modon, et prétendait garder le contrôle de Patras, mais envisageait d’occuper les places que les Grecs avaient récemment enlevées aux Navarrais, dans les châtellenies de Kalamata, Skorta, « Vella » et Morée, c’est-à-dire de la Messénie à l’Élide, et même en outre la région de Pachy avec le mont Anémodouri et les deux forteresses de Gardiki-le-haut et Gardiki-le-bas ; au nord, elle occuperait les fortifications d’Hexamilion, à condition que le despote se chargeât de la moitié des dépenses pour leur défense ; elle était d’ailleurs prête à laisser aux Grecs les positions qui n’avaient jamais appartenu aux Navarrais dans la région de Pachy et, au nord, de Corinthe, Vostitsa et Diakopto. Dolfm Venier devait d’autre part s’entendre avec le despote au sujet de l’alliance que celui-ci demandait contre les Turcs et, au besoin, acheter les services des Albanais. Si les négociations aboutissaient, (1) Panégyrique (anonyme) de Manuel II et de Jean VIII 195. Cf. Hopf, II, p. 80 B ; — Zakythènos, Le despotat grec , (2) Hopf, II, p. 80 ; — Gerland, Neue Quellen , p. 63 réponse négative des Hospitaliers. (3) Iorga, Notes et extraits , I, pp. 317-319 pp. 193-194, n°s 1833, 1840. ; , . ., Ill, pp. 194 dans Sp. Lampros, . I, pp. 199-200. et Documents, pp. 171-173, où est publiée la — Sathas, Doc. inéd ., I,pp. 115-116; — Thiriet, Régestes, II, (4) Le pape Martin V, dans une lettre à l’empereur Manuel II, le prie d’inviter le despote à maintenir la paix conclue peu auparavant avec l’archevêque Étienne de Patras, Raynaldi, Ann. eccles ., XXVII, p. 524, ad ann. 1422, n° 3. Cf. Hopf, II, p. 81 A; — Gerland, Neue Quellen , p. 64 ; il ne semble cependant pas que cette invitation à maintenir la paix soit la preuve de « rapports excellents » entre le despote et l’archevêque comme le pense Zakythènos, Le despotat grec , I, p. 193.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 289 rambassadeur essaierait ensuite d'obtenir de Centurione Zaccaria, puis de Charles Tocco, la cession de ce qu'ils possédaient en Morée : on laisserait au prince le titre de baron et tous les biens qui lui venaient de son père et de sa mère ou même, au besoin, la principauté à titre viager ; mais dans l'un et l'autre cas il devait faire hommage à Venise (1). Venise semble avoir été sincère en déclarant qu'elle n’était poussée que par le souci d’organiser la lutte contre les Turcs et de protéger ses possessions anciennes, puisqu'elle ne présentait pas ses exigences territoriales comme irréductibles (2) ; mais c'était la première fois qu’elle envisageait d’occuper de telles positions de la Morée ; des propositions analogues avaient été repoussées en juillet 1416 par le Sénat et en avril 1422 encore les premières instructions données à Dolfin Venier ne concer¬ naient que Grisi et Manticori à l'exclusion de territoires plus vastes. Désormais au contraire elle paraissait vouloir dépasser le rôle qu'elle s’était donné jusque-là de médiatrice et exercer une suzeraineté effective, ou du moins ne pas permettre le développement excessif de l’un ou de l’autre des princes. C’était la première fois aussi qu’on voyait le prince Centurione II menacé d’être dépossédé de la principauté — qui disparaîtrait — et réduit au rang de baron vassal de Venise. Vers la fin de 1422 ou au début de 1423, des ambassadeurs de Charles Tocco et du despote, l’archevêque de Patras au nom de son frère vinrent à Venise négocier en vue de la trêve proposée. Le Sénat essaya d’obtenir des précisions sur les intentions du despote soit par les châtelains de Coron et de Modon, soit par l’envoyé de Théodore, Emmanuel Kavakès ; mais ne les ayant pas reçues, il se contenta de faire conclure à la fin de février 1423 entre les divers princes une trêve d’un an, destinée à permettre d’organiser la défense de la Morée contre les Turcs et les pirates catalans (3). Peu après Venise arrivait à un accord définitif avec l’archevêque de Patras: Port-de-Jonc lui était cédé pour 1.000 ducats (4). La situation restait donc sans changement. Venise gardait les mêmes possessions et le protectorat de Patras ; Charles Tocco devait occuper la plus grande partie de l’Élide ; la principauté devait être réduite à une étroite portion du pays allant d’Arkadia jusqu’au sud de la vallée de l’Alphée et d’ailleurs menacée de disparaître. Tout le reste appartenait aux Paléologues, dont, il est vrai, l’autorité restait discutée par les archontes locaux et menacée par les chefs albanais. (1) Le rapport de Venier, envoyé le 11 juin d’Arkadia, décrit la Morée comme pourvue de cent cinquante châteaux-forts et riche en or, argent, plomb, soie, miel, cire, blé et raisins secs ; cf. Hopf, II, p. 80 B. Pour les instructions du 22 juillet 1422, v. Sathas, Doc. inéd., I, pp. 115-119, n° 78 ; — Iorga, Notes et extraits, I, pp. 322 323 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 196, n° 1849. Il y est fait allusion dans la chronique vénitienne anonyme inédite, Cod. Paris. Ital. 337, f° 184 v. 185 r., dont Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 193-196, cite les passages essentiels, notamment pp. 193, n. 4, 195, n. 4 et 5, 196, . 1. Dolfin Venier reçoit l’ordre en octobre de rentrer, le despote envoyant à son tour un ambassadeur à Venise. (2) Jusiiflcata secum causa impresie accepte per nostrum dominium que fuit non ambitione dominii maioris sed asiricius, ne illud paisium perveniret ad manus Turchorum, et pro evitando exterminium locorum nostrorum..., Sathas, Doc. inéd., I, p. 118. La proposition d’occuper le territoire de l’Alphée à Modon faite le 9 juillet 1416 avait été alors repoussée. (3) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 125-129 ; — Thiriet, Régesies, II, p. 200, n°* 1871, 1873 ; — M. Sanudo, Vite dei Dogi, RIS, XXII, col. 973. Cf. Hopf, II, p. 81 A ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 192-193. (4) Thiriet, Régestes, II, p. 201, n° 1874 (3 mars 1423). Elle avait en outre réclamé au despote d’occuper Corinthe comme condition nécessaire à sa participation à la défense du mur de l’isthme, Sathas, Doc. inéd., I, p. 126 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 200, n° 1870.
290 RECHERCHES HISTORIQUES Le pays aurait dû jouir de la paix en 1423 grâce à la trêve. Mais il eut à subir une terrible calamité, une invasion turque. Sur Tordre de Murad II, Turakhan-bey attaqua le 21 mai les fortifications de Tisthme qu’il prit et fit démanteler ; marchant vers le sud, il vint prendre et piller Mistra, Léontari et Gardiki ; il fit à Ta via un grand carnage d’Albanais, puis se retira emmenant prisonniers plusieurs milliers de Grecs et de Vénitiens ; Charles Tocco avait fait cause commune avec lui (1). Venise s’efforça de rétablir la paix, de faire respecter par tous la trêve conclue (2). D’autre part deux petits seigneurs voisins de ses possessions avaient arboré la bannière de Saint-Marc et demandé sa protection : elle accepta leurs territoires : Molines apparte¬ nant à Adam de Melpignano, Saint-Élie à son beau-fils, ou leurs services, comme ceux de TAlbanais Rosso Bua à qui elle offrit des terres aux confins de Grisi et Manticori. Ces faits provoquèrent d’ailleurs des protestations du prince Centurione ; il envoya une ambassade pour demander la protection de Venise et pour réclamer comme siennes les terres d’Adam de Melpignano et de son beau-fils, dépendant, à ses dires d’Androusa, ce que le Sénat promit de faire examiner, tout en exprimant ses doléances pour les déprédations commises par les sujets du prince à l’égard de ceux de Venise (3). Malgré un projet de mariage entre les familles du prince et du despote, le conflit se ralluma dès décembre entre eux (4) et dégénéra dans Tété de 1424 en une guerre ouverte au cours de laquelle Centurione fut fait prisonnier et les terres vénitiennes encore une fois pillées (5). Venise s’employait à assurer sa domination sur Patras qu’Étienne Zac caria avait en mourant, le 8 janvier 1424, placée sous sa protection ; mais malgré les efforts qu’elle fit, le pape, hostile à l’influence vénitienne, nomma comme arche¬ vêque Pandolfo Malatesta, le beau-frère du despote (6). En 1425 elle installe des Albanais sur les territoires de Port-de-Jonc, Nikline, Molines et Saint-Élie, fait renforcer la garde de ces deux derniers villages — elle devait donc considérer toutes ces places comme lui appartenant — , réparer les fortifications de Modon (7), négocie avec le despote en vue de la défense du mur d’Hexamilion sur Tisthme (8). (1) Cette expédition prévue dès avril par Venise, Iorga, Notes et extraits, I, pp. 333-334, a laissé une impression profonde : elle est signalée par les chroniques grecques ou vénitiennes : Chroniques brèves, nos 19 et 27, éd. Lampros-Amantos, pp. 36, 47 ; — Sphrantzès, I, 40, CSHB, pp. 117-118, — et Chron. min., PG, CLVI, col. 1030 ; — Chalcocondyle, VI, CSHB, pp. 238, 283 ; —- Sp. Lampros, N. ., VII, 1910, p. 154 ; — II, 1905, p. 471 ; — Sanudo, RIS, XXII, col. 970, 978 ; — Cyriaque d’Ancône, dans Sp. Lampros, N. ., Cod. Paris. Ital. 337, f° 186 v. ; — Iorga, Notes et extraits, I, p. 344 et n. 2, a publié un document vénitien d’a ût confirmant le rôle de Charles Tocco, signalé par Sanudo, — lettre anonyme adressée par un recteur de Morée au gouvernement vénitien de Crète, publié par Iorga, ibid., p. 335 et n. 4. Cf. Hopf, II, pp. 81 B 82 A ; — Miller, The Latins, p. 387 ; — N. Iorga, Geschichte des osmanischen Reiches, I, p. 382; — Zaky thènos, Le despotat grec, I, pp. 196-198 ; — Corinth, III, 2, p. 142. (2) Sathas, Doc. inéd ., I, pp. 151-152; — Thiriet, Régestes, II, p. 209, n° 1904 (1er septembre 1423). (3) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 150-151, 154-155 ; — Thiriet, Régestes , II, p. 210, n° 1906. Cf. Hopf, II, p. 82 B. (4) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 151, 158-160 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 212, n° 1916 (30 décembre 1423) ; c’est le despote qui se plaint d’avoir été attaqué par le prince. (5) Sathas, Doc. inéd., III, pp. 267-268 ; — Thiriet, Régestes, II, pp. 215, 219, nos 1930, 1946 ; cf. Hopf, II, pp. 82B-83 A. (6) Thiriet, Hopf, II, p. 82 B ; — Gerland, Neue Quellen, p. 64 ; — Sathas, Doc. inéd., I, pp. 160-163; — II, pp. 213, 216, n™ 1921-1922, 1932. Sathas, Doc. inéd., I, p. 176, III, pp. 274, 288-290 ; — Thiriet, Régestes, II, pp. 220, 226-227, nos 1954, Régestes, (7) 1981,1985-1986. (8) Sathas, Doc. inéd., I, p. 177; — Thiriet, Régestes, II, p. 232, n° 2007.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 291 A partir de 1426, les événements se précipitent. La politique agressive des Paléologues se tourne alors contre Charles Tocco et contre Patras. Tocco, ayant dépouillé des sujets albanais du despote, se vit attaquer en 1427 par le frère aîné de ce dernier, l’empereur Jean VIII ; ses terres en Morée furent rapidement occupées à l’exception de Clarence et une petite flotte qu’il avait réunie fut complètement battue par celle du despote (1). L’année suivante, pressé par les Paléologues, Charles Tocco consentit au mariage de sa nièce Madeleine, fille de Léonard, avec Constantin Paléo logue, frère de Théodore II, qui venait d’arriver en Morée et à qui il fallait constituer un apanage ; il donnait en dot à sa nièce Clarence et ses terres en Élide : le 1er mai 1428, Georges Sphrantzès vint prendre possession de la ville au nom de Constantin (2). Ainsi disparaît l’éphémère domination de la famille des Tocchi sur cette partie de la Morée, qui redevenait grecque après deux cent vingt-trois ans. Outre les terres qu’il recevait ainsi, Constantin se vit attribuer par son frère Théodore, le despote, d’autres territoires, notamment Vostitsa (3). En 1428, l’intérêt se porte sur deux points, d’une part sur la Messénie où Venise se défend avec opiniâtreté, d’autre part sur Patras. Venise fortifie Port-de-Jonc et deux autres châteaux (4) ; elle possède de façon définitive Grisi et les territoires placés entre Coron et Modon, puisque, le 14 juin, le Sénat autorise les châtelains des deux villes à passer de l’une à l’autre en faisant le voyage par voie de terre, ce qui leur était interdit jusque-là (5). Mais les dégâts commis par les Grecs sont toujours considérables (6). Une fois de plus un ambassadeur, Giovanni Correr, est chargé de protester et d’obtenir la cession définitive des trois châteaux de Nikline, Saint-Élie, Molines (7). Patras d’autre part était toujours menacée par l’ambition de Constantin Paléologue. Venise, mal disposée envers Pandolfo Malatesta désigné par le pape contre ses désirs, ne fait rien pour lui venir en aide (8) ; elle consent tout au plus à . ., Ill, pp. 195-197, fait le (1) Le Panégyrique de Manuel II et Jean VIII , dans Sp. Lampros, . récit de la guerre entre les Paléologues et Charles Tocco. Venise envoya en juillet Marco Miani en Morée, pour s’informer de la situation, pour protester contre les méfaits du despote et exiger des réparations. Marco Miani devait en outre s’informer sur la question de savoir si les réclamations du despote au sujet de Nikline, Saint-Élie et Molines étaient justifiées : Iorga, Notes et extraits, I, pp. 448-449, 451 ; — Sathas, Doc. inéd., I, pp. 186-18, III, pp. 323-326 ; — Thiriet, Régestes , II, pp. 242, 244-245, nos 2049, 2053, 2065. Cf. Hopf, II, p. 82 A ; — - Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 199-202. (2) Sphrantzès, II, 2, CSHB, p. 128 ; — Chronique brève , n° 9, éd. Lampros-Amantos, p. 17. Cf. Hopf, II, p. 83 B ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 205 ; — Longnon, L'empire latin , p. 351. (3) Sphrantzès, II, 2, CSHB, p. 130 ; suit, ibid., pp. 130-133, — éd. Grecu, pp. 268-278, l’énumération d’autres lieux : ces indications sont l’œuvre intéressée de l’auteur du Chronicon majus, Makarios Melissènos, cf. R. Loenertz, Mélanges Mercati, III, Studi e Testi, 123, p. 305, n. 84 ; cette liste a de l’intérêt surtout pour la topographie historique ; nous l’utiliserons dans notre IIe Partie, pp. 429 et suiv. (4) Sathas, Doc. inéd., III, p. 331 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 248, n° 2083. (5) Thiriet, Régestes, II, p. 250, n° 2094. (6) Iorga, Notes et extraits, I, p. 474 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 252, n° 2103 : les députés de Coron et de Modon exposent au Sénat au début d’août l’état de totalis desolatio de leur pays. (7) Sathas, Doc. inéd., III, pp. 336-339 ; — Thiriet, Règesies, II, p. 253, n° 2107. Venise devait consi¬ dérer ces trois châteaux comme lui appartenant depuis la donation qu’elle en avait reçue en 1423 ; elle se refuse à accorder au despote toute compensation financière pour les garder. (8) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 188-189 ; — Thiriet, Régestes, II, pp. 250-251, nos 2093, 2097.
292 RECHERCHES inviter les Grecs à rester en paix et à HISTORIQUES exhorter les habitants à résister éventuellement une attaque (1). En fait les Paléologues, ayant éliminé les Tocchi, avaient tourné leurs efforts contre Patras. Le 1er juillet 1428, Jean VIII, Théodore, Constantin et Thomas, l'attaquèrent en commun ; cette tentative ayant échoué ils se retirèrent, Théodore à Mistra, Constantin à Clermont où était sa jeune femme, Thomas à Kalavryta ; Jean regagna la capitale en octobre (2). Constantin se porta à nouveau à l'attaque de la ville le 1er mars 1429 ; l'archevêque Pandolfo Malatesta était passé en Italie pour chercher des secours ; en son absence, Constantin occupa le 5 mai Serravalle, Sklavitsa et Tériolo et obtint enfin la reddition de la ville au début de juin ; la forteresse résista plus longtemps, mais dut se rendre à son tour en mai 1430 (3). L'archevêque, revenant sur ces entrefaites, ne put en obtenir la restitution ; il avait ramené avec lui des Catalans comme alliés ; leur petite flotte se contenta d'enlever en août 1429 Clarence à Constantin qui dut la leur racheter et s’empressa de la démanteler de peur de la voir occupée à nouveau par des ennemis ou des corsaires (4). Depuis que les Paléologues avaient entrepris les opérations contre Patras, la situation du prince Centurione était précaire. On ignore s'il avait été libéré et dans quelles conditions ; on sait seulement que, en juin 1428, tandis que Constantin attaquait Patras, son frère Thomas s'était porté contre Chalandritsa qui appartenait à Centurione ; le châtelain de Kamenitsa, Ioannikios Balotas, offrit de rendre la forteresse à Constantin. Centurione, qui se sentait isolé et incapable de résister, donna en mariage à Thomas sa fille Catherine à qui il cédait en dot les possessions qui lui restaient en Messénie, à l'exception de la baronnie d'Arkadia ; l'accord fut conclu en septembre 1429, le mariage eut lieu à Mistra en janvier 1430 (5). à (1) Iorga, Notes et extraits , I, p. 479 ; — Thiriet, Régestes , II, p. 253, n° 2110. U, 2, CSHB, pp. 130, 135 ; cf. Hopf, II, p. 84, — Zakythènos, Le despotat grec , 1, (2) Sphrantzès, pp. 206-207. De novembre 1428 à février 1429, Venise discute longuement avec le pape Martin V sur la situation et sur l’impossibilité où elle se trouve de protéger Patras : Iorga, Notes et extraits , I, pp. 483-485, 487 ; — Thiriet, Régestes , II, pp. 254-255, nos 2116-2117, 2123. V, CSHB, (3) Sphrantzès, II, 3-8, 10, CSHB, pp. 135-140, 145-147, 149-150, 156 ; — Chalcocondyle, . . I, p. 240, éd. Darko, II, p. 19; — Jean Dokeianos, Éloge de Constantin Paléologue, dans . p. 228. Le 18 octobre 1429, le Sénat vénitien délibère sur l’offre de l’archevêque qui propose de céder le château à Venise avec la charge de reprendre la ville : il répond par un refus unanime : Sathas, Doc. inéd., I, p. 191 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 267, n°2165 ; cf. Hopf, II, pp. 84 B-85 A ; — Gerland, Neue Quellen, pp. 65-67 ; — Zakythènos, Le despotat grec, I, pp. 207-208. (4) Iorga, Notes et extraits, I, p. 511 et n. 2 ; — Sphrantzès, II, 9, CSHB, p. 156 ; — Chalcocondyle, V, CSHB, p. 241 ; — Chroniques brèves, nos 9 et 29, éd. Lampros-Amantos, pp. 17, 54 ; cf. Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 209, qui cite aussi un texte inédit du Cod. Paris. Rat. 787, fol. 125 r. (5) Ces événements ne sont connus que par de brèves indications de Sphrantzès, II, 8 et 9, CSHB , pp. 147-149, 154, et de Chalcocondyle, V, CSHB , pp. 241-242, éd. Darko, II, p. 19. Cf. Hopf, II, pp. 85 A 86 B; — Miller, The Latins, pp. 391-392; — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 209; — Longnon, L'empire latin, p. 351. Le texte de Sphrantzès, p. 148, ne permet pas d’affirmer que Centurione fût dans Chalandritsa assiégée comme on l’admet généralement ; il n’est pas exclu qu’il fût resté au pouvoir du despote. La date du mariage est donnée par Sphrantzès, p. 154, et la cession de ses biens est signalée par Chalcocondyle, p. 242, en termes assez vagues ’, : , ... ; il n’est pas fait mention de la baronnie de Chalandritsa, qui devait être considérée comme conquise, et c’est ce qui explique que Centurione gardât Arkadia qu’il tenait de sa mère et non Chalandritsa, baronnie héréditaire des Zaccaria.
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 293 A partir de ce moment, la principauté n’existe plus. Celui qui en avait été le dernier prince, Centurione Zaccaria, mourut peu après, en 1432 ; son gendre s’empara alors d’Arkadia et se débarrassa de la veuve du prince en l’enfermant en prison ; elle devait y mourir à une date indéterminée (1). Outre Catherine et la fille qui avait épousé Olivier Franco, Centurione avait laissé un fils bâtard, Jean Asên ; retenu prisonnier par Thomas Paléologue à Clermont, il réussit à s’en échapper en 1453 ; un moment proclamé prince de Morée sous le nom de Centurione à Aétos, en 1454, il dut se réfugier presque aussitôt à Modon (2). L’épisode est trop bref et trop local pour offrir un intérêt réel. Venise possédait Argos et Nauplie et avait réussi, en Messénie, à élargir ses territoires autour de Modon et de Coron en acquérant les villages et les châteaux qu’elle convoitait depuis longtemps parce qu’ils se trouvaient placés entre les deux cités ou sur leurs frontières, et que les posséder lui permettait de mieux défendre son domaine on peut considérer qu’elle occupait effectivement Port-de-Jonc depuis l’accord conclu avec l’archevêque Étienne Zaccaria en 1423, en même temps sans doute que Grisi et Manticori ; l’annexion de Grisi est en tout cas certainement anté¬ rieure à 1428. Quant à Nikline, Saint-Élie et Molines, donnés par leurs seigneurs à Venise en 1423, ils sont déjà occupés par elle en 1424 ; il est vrai que, après le prince, le despote, devenu maître de la Messénie, les réclama comme dépendant d’Androusa ; mais le Sénat rejeta définitivement ces réclamations le 19 juillet 1430 (3). A l’exception de ces territoires vénitiens, la Morée tout entière était donc redevenue grecque. Elle fut partagée entre les trois frères Paléologues : Théodore gardait sa capitale à Mistra ; Constantin, qui avait perdu en novembre 1429 sa femme Théodora morte à Stamèron ou Stamira en Élide (4), était établi à Kalavryta ; et Thomas, à qui l’empereur accorda aussi le titre de despote en août 1430, à Clarence. Les deux derniers échangèrent leurs parts en 1432 (5). De la principauté franque, seul subsiste désormais le titre porté par un despote jusqu’à la conquête du Péloponèse par les Turcs en 1460-1461. Il serait intéressant grec de savoir ce qui restait de la noblesse latine de la principauté et quel fut son sort. Sans doute ce n’étaient plus les familles du xme ni même du début du xive siècle toutes disparues à cette époque, les Zaccaria étant, à notre connaissance, la plus ancienne qui survécût. De ce que devinrent les derniers seigneurs de la principauté, français, navarrais ou gascons, italiens, grecs que nous ont fait connaître les documents des trente premières années du xve siècle, nous ne savons rien. : Chalcocondyle, V, CSHB, p. 242, éd. Darko, II, p. 19. C’était une fille de Léonard II Tocco. Chalcocondyle, VIII, CSHB, pp. 407-408, éd. Darko, II, pp. 170-171 ; — Sphrantzès, IV, CSHB , p. 384. Cf. Hopf, II, pp. 118 B-119 B, — et Chron. gr.-rom., p. 502 — L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée , p. 27 — Fr. Gerone, La politica orientale di Alfonso di Aragona , ASPN XXVII, 1902, pp. 832-836 ; Zakythènos, Le despotat grec , I, pp. 248, 254-255 ; — Longnon, L'empire latin , p. 352. (3) Iorga, Notes et extraits , I, pp. 523-524 ; — Thiriet, Régestes , II, p. 277, n° 2209. (4) Sphrantzès, II, 9, CSHB , p. 154, donne le nom de lieu Stamèron que l’on confond généralement avec Santaméri. En réalité il s’agit de Stamira en Élide, cf. infra, p. 343, . 1. (5) Sphrantzès, II, 9, 10, CSHB, pp. 156, 157-158; cf. Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 211. (1) (2) ; ; ,
294 RECHERCHES HISTORIQUES Conclusion. — Ainsi s’achevait dans l’obscurité l’histoire d’une principauté qui avait connu deux siècles plus tôt une période d’éclat et de puissance. On voit que les grandes étapes de son existence correspondent aux changements qui se produisirent dans la manière dont elle fut gouvernée et à de grands événements extérieurs, ce qui est naturel, car même au temps de sa plus grande splendeur, quand la principauté d’Achaïe groupait autour de la Morée un certain nombre de vassaux en Grèce centrale, dans l’Archipel et dans la mer Ionienne, ce n’était qu’un État de proportions trop modestes pour ne pas dépendre de voisins plus riches ou plus puissants. La première étape, la plus brillante, est celle où la Morée est gouvernée par les princes de la maison de Villehardouin ; elle atteint son apogée vers le milieu du xme siècle ; mais les années 1259-1261 marquent déjà un tournant décisif, avec la défaite de Pélagonia, la perte d’une partie de la Morée, et au dehors la disparition de l’empire latin de Constantinople, événements qui ont pour conséquence directe en 1267 le traité de Viterbe et l’établissement de la suzeraineté des Angevins, rois de Sicile. A partir de 1262, la principauté — quels qu’en soient les maîtres — sera toujours en quête d’alliés ou de protecteurs contre le danger que fait peser sur elle l’empire grec reconstitué par Michel VIII Paléologue, représenté en Morée par le gouverneur installé à Mistra. Ces alliés possibles, ce sont les Angevins de Naples-Sicile qui deviennent ses maîtres ; ce peut être aussi le pape ou Venise. Mais le Saint-Siège est partagé entre l’espoir d’obtenir l’union des Églises et le désir de combattre l’empereur grec. Quant à Venise, suzeraine théorique et alliée des Villehardouin, elle observe une attitude beaucoup moins nettement favorable à l’Achaïe du jour où celle-ci dépend des Angevins : il est très probable qu’il faut y voir l’effet du souci que créait pour elle le fait que les territoires des deux côtés de l’Adriatique et de la mer Ionienne dépendaient de la même puissance. La seconde étape a vu s’établir la domination angevine et dure autant que celle-ci n’est pas violemment contestée, jusqu’en 1364. On peut y relever une date importante, ce sont les années 1317-1320 où la dernière représentante directe de la famille des Villehardouin quitte la Morée, et où, par une coïncidence fortuite sans doute, mais symptomatique, la principauté perd toute une série de forteresses. L’Achaïe apparaît alors essentiellement comme un des éléments de la politique des Angevins, considérée par eux tantôt comme une base de départ pour des tentatives de conquête dont le but lointain est Constantinople, ou même Jérusalem, tantôt comme une monnaie d’échange possible pour recouvrer la Sicile. Les conséquences à l’intérieur de la principauté, c’est d’une part la disparition de l’étroite solidarité qui unissait les princes et la noblesse franque, ce sont d’autre part les convoitises des prétendants ou des puissances étrangères qu’encouragent parfois les seigneurs de Morée eux-mêmes à la recherche d’une protection efficace. Les compétitions violentes, la présence d’ennemis toujours plus puissants et plus nombreux, en particulier des Turcs, des interventions intermittentes, heureuses ou néfastes, d’éléments étrangers à la péninsule, comme Venise, l’Hôpital, et surtout la Compagnie navarraise, font de la dernière étape une période anarchique dont le despote grec de Mistra profita pour détruire la principauté en 1430. Cette rapide évocation montre qu’il n’est pas possible de comprendre non seulement l’histoire mais même la vie intérieure de la Morée franque sans connaître ses voisins dont elle subit l’influence ou la domination, et leur politique dont elle
LA FIN DE LA PRINCIPAUTÉ d’aCHAÏE 295 subit les conséquences. Ces événements ont provoqué en particulier un renouvellement continu dans la société franque établie en Morée qui est, à notre avis, un fait fonda¬ mental, un de ceux qui contribuent le plus à imprimer son caractère à l’histoire inté¬ rieure de la principauté et en définitive à l’acheminer vers son déclin. A ce renouvel¬ lement perpétuel et rapide, il y a des causes variées sans doute les familles établies ont vu beaucoup de leurs membres périr sur les champs de bataille ; ou par un hasard malencontreux, elles n’ont eu que peu d’enfants, et pas d’héritier mâle ; c’est le cas pour la famille des Villehardouin ; Geoffroy de Karytaina n’a pas eu d’enfant ; Gautier de Rosières n’a qu’une nièce, fille unique de Jean deNully, et une cousine Narjot de Toucy meurt sans enfant le dernier Chauderon n’a qu’une fille ; est-ce l’effet du hasard, ou celui de lois que les sciences de l’homme formuleront un jour? On ne peut le dire, mais il faut le constater. Toutefois la cause la plus certaine est que chaque prince nouveau a provoqué ou favorisé l’arrivée d’éléments nouveaux on aurait pu en attendre un renforcement de la classe des seigneurs francs ; en fait il en résulte une société qui n’a plus de cohésion, où, au contraire, s’affrontent les familles anciennes et les nouveaux arrivants, ambitieux souvent. Comme, malgré tout, cette société reste peu nombreuse par rapport à la population grecque, dès qu’elle perd la forte unité qu’elle avait dans la première moitié du xme siècle, elle : ; ; : s’affaiblit. C’est le moment aussi où se manifestent certaines réactions vives des Grecs en butte aux abus ou aux violences de quelques seigneurs, où d’autres Grecs au contraire se mêlent à la société franque et y jouent un certain rôle. Ces quelques remarques que nous formulons, sans prétendre conclure, sont destinées à faire ressortir la complexité de l’histoire et de la vie de la principauté : il nous faudra tenir compte de ces caractères dans l’étude que nous allons entreprendre maintenant, non seulement pour retrouver en général l’aspect que prit le pays à l’époque franque, mais aussi pour y déceler l’évolution qu’il a subie au cours de deux siècles où les conditions extérieures et intérieures ne cessèrent de se transformer.

DEUXIÈME PARTIE RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES

Nous avons exposé au début de cet ouvrage le but que nous nous proposons ici : nous voudrions reconstituer l’aspect de la Morée sous la domination franque, avec ses villes, ses villages, ses châteaux. Nous partons naturellement de ce que nous apprennent les documents contemporains et les récits anciens. Mais, constatant que beaucoup des noms cités par ces textes n’existent plus aujourd’hui, nous avons consulté les sources ou les ouvrages qui, du xve siècle jusqu’à l’époque moderne, peuvent apporter quelque lumière sur la géographie médiévale du Péloponèse. Nous avons aussi tâché d’acquérir la connaissance la plus complète possible du pays, de son relief, de ses routes, soit par les voyages et les séjours que nous avons faits en Morée, soit par l’étude des monographies ou des articles des voyageurs modernes, géographes ou archéo¬ logues, ou des érudits grecs, en particulier de ceux qui, habitant cette région, ont une connaissance étendue de la topographie et de tous les vestiges du passé. Nous nous sommes efforcé de connaître toutes les ruines, de retrouver des toponymes disparus ou semi-oubliés, et, de façon plus générale, de nous rendre compte du site des villages, même s’ils semblent au premier abord sans intérêt parce qu’ils n’ont pas de vestiges médiévaux et que leur nom n’évoque aucun de ceux de la Morée franque. Avant d’exposer le résultat de nos recherches, il faut signaler certaines difficultés générales que nous avons rencontrées, les principes ou la méthode que nous avons suivis. Une première difficulté est constituée par l’incertitude de la forme des noms dans les textes. Ce défaut n’est pas spécial à cette époque ni à ce pays ; mais il y apparaît avec plus de gravité parce que la plupart des sources, documents, récits, relations de voyages, cartes, sont écrits dans une autre langue que le grec et donnent non pas les toponymes grecs authentiques, mais des transcriptions ou des traductions souvent fantaisistes. Le même lieu peut avoir été désigné dans les diverses langues par des noms différents ; si le nom est le même, il apparaît presque toujours déformé, parce qu’il a été transcrit d’une langue dans l’autre de façon très approximative, souvent
300 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES fautive, ou interprété et parfois traduit (1). Le même nom peut se présenter avec des alternances normales, comme Vuméro-Gouméro, La Morée-l’Amorée, (la) Vostitsa Lagostica. Mais les déformations peuvent être plus profondes : l’auteur a pu vouloir, dans sa transcription d’un nom étranger, former un mot qui ait un sens dans sa langue : ainsi Vostitsa-Lagostica, devient Augusticia, comme s’il s’agissait d’un nom formé sur celui d’Auguste ; Mont-Escové se transforme en Penteskouphi (en grec « les cinq bonnets ») ; ou bien encore il s’agit d’une erreur d’orthographe résultant d’une mau¬ vaise lecture : c’est le cas le plus fréquent sur les cartes dont les auteurs ne connaissent Vostitsa devient Voslisza pas le pays et copient des noms qu’ils ignorent dans la Cronaca di Morea et chez Malte-Brun ; Mouchli orthographié Moucli est lu et recopié Moudi, puis interprété Mundi. Il peut en résulter des confusions, car Mundi ressemble à Mandi, prononciation moderne du nom de Mantinée qui laisse tomber la fin du mot non accentuée. Ou bien encore, le nom transcrit de deux manières différentes finit par devenir dans les descriptions des géographes ou sur les cartes deux villes distinctes, comme Vostiza et Lagostica chez Albrizzi, chez Pacifico et sur les cartes de Bouttats ou De Fer. Ce ne sont là que quelques exemples des défauts de nos moyens d’information (2). : Il est donc nécessaire de relever d’abord les différentes formes d’un même nom, de rechercher laquelle semble être l’originale et, si possible, quelle en est l’étymologie. Celle-ci en effet peut apporter une indication utile : si le nom est d’origine grecque, et surtout s’il date de l’antiquité, le site est antérieur à la conquête franque. Si le nom est slave, il en est de même, car le lieu a dû le recevoir au vne ou au vme siècle. Si au contraire, il s’agit d’un nom albanais ou turc, c’est un village ou créé après la dispa¬ rition de la principauté ou existant alors sous un autre nom. Dans cet effort pour identifier et situer sur la carte les lieux connus au moyen âge, on rencontre plusieurs cas : le plus simple est celui où au nom médiéval correspond un site actuel sous une appellation identique ou analogue. Mais il arrive que le nom médiéval ressemble à plusieurs toponymes actuels dispersés dans le Péloponèse ; dans ce cas, les indications topographiques données par les textes doivent, à notre avis, imposer le choix à faire ou guider nos préférences ; si, entre plusieurs noms modernes, l’un paraît avoir une forme plus voisine du nom médiéval étudié, mais se situe dans un lieu très éloigné, il faut, selon nous, préférer celui dont la place s’accorde le mieux avec les textes anciens ; et même si le nom n’existe plus aujourd’hui qu’en un point du Péloponèse, mais en dehors de la région où l’on doit supposer qu’était le site médiéval, il vaut mieux admettre, croyons-nous, qu’il y a eu réellement un lieu de ce nom en cette région et qu’il a disparu, plutôt que d’identifier de force deux sites, l’un médiéval et l’autre moderne, que rien ne rapproche qu’une similitude d’appellation. Il faut en effet se souvenir que beaucoup de noms ont disparu, que la toponomastique de la Grèce est assez pauvre et que les répétitions y sont fréquentes. (1) Les transformations des toponymes grecs à l’époque de la domination franque ont été étudiées par J Longnon, Les noms de lieu de la Grèce franque , JS, 1960, pp. 97-110. (2) Voici un exemple plus récent et très instructif ; sur un tirage des planches sur acier de l’édition de 1852 de la carte française de Grèce, faite d’après celle de l’Expédition de Morée, de 1832, le nom de la ville antique de Paos, en Arcadie, a été remplacé par le mot Puits qui n’a pas de sens, placé à côté du signe conven¬ tionnel représentant un champ de ruines ; de même Goumero est devenu Gouiderou. « »
RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES 301 Parfois aussi nous devons reconnaître notre ignorance et nous signalons alors les noms qui n’ont pu être localisés et d’autre part les ruines dont on ne peut retrouver le nom ancien : encore est-il possible souvent d’indiquer approximativement la région où il faut chercher les premiers, et pour les secondes, l’époque de la construction d’après leur situation ou leur aspect. Pour chacun des sites envisagés, nous nous efforçons donc d’étudier le nom, ses formes et son origine ; nous rappelons les événements essentiels qu’on peut y rattacher ; et si le lieu n’est pas immédiatement identifiable, nous tentons de tirer des textes contemporains et des voyageurs ultérieurs tous les éléments qui permettraient de le situer. Cette dernière tâche peut entraîner à des discussions assez longues qu’il n’est pas possible d’éviter si l’on veut réduire au maximum l’obscurité et l’incertitude ; nous ne les avons pas écartées, persuadé qu’elles peuvent contribuer à éclairer non seulement la période qui nous intéresse, mais de façon générale l’histoire et la géogra¬ phie historique du Péloponèse.

CHAPITRE PREMIER LES NOMS DU PÉLOPONÈSE AU MOYEN AGE GRANDES DIVISIONS La péninsule où fut établie la principauté cTAchaïe est appelée de divers noms aux xme et xive siècles (1). Il nous paraît nécessaire de définir d’abord le sens exact de ces appellations utilisées par les contemporains. Nous indiquerons ensuite le plan que nous nous proposons de suivre pour l’étude de détail. Avant 1204, les auteurs byzantins et les textes grecs se servaient du nom antique Péloponèse, et ils continuent à le faire jusqu’au début du xve siècle. Cela ne prouve pas qu’il fût en usage dans le pays. Et si le géographe arabe Idrisi, dressant une carte pour le roi normand de Sicile Roger II et rédigeant une description des pays méditer¬ ranéens, use de ce nom qu’il transcrit Belobunes ou Belobones (2), il l’a puisé sans doute dans des sources grecques et non relevé au cours d’un voyage sur place. Benoît de Peterborough, décrivant son voyage de retour de la Terre Sainte, à la fin du xne siècle, se contente du nom de Romanie (3). Après 1204, les textes écrits par des Occidentaux, ou sous leur influence, les documents émanant d’autorités franques ou latines, n’em¬ ploient au contraire qu’exceptionnellement le mot Péloponèse ; les noms qui leur sont familiers pour désigner les territoires plus ou moins étendus de la péninsule balkanique (I) Les divers noms du Péloponèse ont fait l’objet de recherches de la part de D. J. Georgakas, en parti¬ culier celui de Morée, v. infra, p. 306, n. 6. Quelques indications sur leur usage au xme siècle sont données par D. J. Geanakoplos, The Battle of Pelagonia, DOP , VII, 1953, p. 109 n. 4. (2) V. la description du Péloponèse dans Idrisi (ou Edrisi), Géographie, publ. et trad, par A. Jaubert, II, Paris 1840, pp. 122-128. Les cartes ont été publiées par K. Miller, Mappae arabicae, I. Die beide Idrisi Karten, Stuttgart 1926 ; le nom du Péloponèse ne se trouve pas sur la carte du monde de 1192, cf. K. Miller, op. cit., fasc. 5, Die kleine Idrisi-Karte von Jahre 1192 Chr., p. 73. (3) Benoit de Peterborough, Gesta regis Henrici II, éd. Stubbs, Londres 1887, II, p. 198, ad ann. 1191. On trouve le même nom dans un autre itinéraire, plus bref, de la même époque probablement, celui de Bromton, dans Twysden, Hisioriae Anglicanae Scriptores, X, Londres 1652, pp. 1215 et suiv., cf. Hopf, I, pp. 181 B-182 A. 21
304 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES et grecque sont ceux d’Achaïe, de Romanie et, plus spécialement pour notre région, de Morée. Peut-on donner un sens précis à chacune de ces appellations ? Les auteurs non-grecs du début du xme siècle désignent en général le pays par périphrase. Geoffroy de Villehardouin, à propos de l’accord conclu entre Baudoin une et Boniface sur le partage de l’empire avant l’élection impériale, l’appelle l’île de Grèce (1) Robert de Cléry adopte la forme «île de Mosson» (2) ; Aubri de Trois Fontaines emploie la même expression, qu’il précise, à la première mention : Moncionis insulam id est Sicionam et Achaiam (3). Ces périphrases montrent que, dans les pre¬ mières années de la conquête, les Occidentaux n’étaient pas encore familiarisés avec la toponymie si le Péloponèse est pour eux l’île de Modon, c’est sans doute que Modon y était le port le plus connu, le plus fréquenté comme escale sur la route vers l’Orient, à cause de sa situation et de l’absence d’autre bon mouillage abrité le long de cette côte grecque. Plus tard, connaissant mieux le pays, les Latins adoptèrent à côté du nom plus large de Romanie, les deux appellations d’Achaïe et de Morée. ; , ; Noms antiques : Péloponèse, Achaïe. — Le nom Péloponèse n’a pas disparu un texte au moins le mentionne, la Chronique de Morée, bien qu’elle se serve plus couram¬ ment de Morée ; tout à fait inconnu de la version française, il est cité une seule fois par le Libro de los fechos (4), au début, de même que par le texte italien (5) qui en ignore complètement le sens. Il n’est fréquent que dans la version grecque, sous la forme : correcte dans le manuscrit de Paris, sous des formes fautives dans le manuscrit de Copenhague (6) ; mais chaque fois qu’il apparaît, il est expliqué comme l’équivalent de Morée (7), ce qui laisse supposer que l’auteur jugeait utile d’en rappeler ou d’en révéler le sens aux lecteurs ou auditeurs de la Chronique. Il n’est donc connu et employé à bon escient que des auteurs grecs encore, entre deux copistes, seul celui qui écrit l’autre l’estropie, il fait des fautes qui le manuscrit de Paris en respecte l’orthographe en modifient la prononciation, ce qui prouve qu’il n’a pas eu souvent l’occasion de l’entendre prononcer (8). Il faut donc, pour avoir une connaissance exacte de cette appellation antique, être non seulement du pays, mais au courant de la tradition savante, comme le sont les auteurs byzantins. Abou’l-feda rappelle que, d’après ; ; (1) Villehardouin, §§ 258, 1264, éd. Faral, II, pp. 64-65, 70-71. Les mss donnent des formes très fantaisistes : Griesse, Crist ou Crète, ces dernières par confusion avec la Crète. L’appellation d’île pour le Péloponèse est usuelle à toutes les époques : au xive siècle, le géographe arabe Abou’l-feda le classe parmi les îles de la Méditerranée. (2) (3) (4) (5) (6) , Robert de Cléry, § 109, éd. Lauer, p. 105. Aubri de Trois-Fontaines, a. 1202, 1217, MGH, SS, XXIII, pp. 880, 885, 906. L. de los fech., § 116 : ... la terra la quai se clama Peloponissos. La Cron. di Morea, p. 422, prend le nom pour celui d’un château. Chron. gr., ms. P, v. 1447, 1579, 2333, 2397, 4393 ; — ms. H, v. 1405, 1447, 4393 v. 2393 : , v. 2397 : . : (7) Chron gr. ms. H, v v. 1404-1405 . : , . , . Cf. . 1447 : : . . 1579, 2333, 2397, 4393. (8) La différence entre les auteurs des deux manuscrits a été signalée depuis longtemps ; on a discuté sur la personnalité du copiste de H : était-ce un Franc pur ou un gasmule ? Mais l’on est d’accord pour voir dans celui de P un Grec de naissance, assez cultivé; cf. Schmitt, Chron. gr., p. 77, — Adamantiou, Chroniques de Morée, p. 525, — Longnon, L. de la conq., Introd., pp. lvii-lix.
LES NOMS DU PÉLOPONÈSE AU MOYEN ÂGE 305 Ibn-Sayd, c’est-à-dire au xme siècle, la Morée est appelée Belobones (Péloponèse) dans les livres » (1). Le terme d’Achaïe, en dehors de la ville de ce nom sur le golfe de Patras (2), ne se rencontre dans la Chronique de Morée que dans les expressions telles que prince ou principauté d’Achaïe, ou après un titre : seigneur, dame, princesse, connétable. C’est à l’époque romaine que ce nom, réservé auparavant à la côte nord de la presqu’île, s’est étendu à toute la province comprenant à la fois le Péloponèse et la Grèce centrale. Il a conservé naturellement cette acception jusqu’au vne siècle, pour désigner l’éparchie religieuse dont la métropole était Corinthe ; dans le cadre de Y Illy ri cam orientale indirectement puis directement, cette province dépendait du siège apostolique romain « , qui continua à se servir officiellement de ce nom. Il a tendance au contraire à tomber en désuétude en Orient, quand les transformations de l’organisation administrative et religieuse firent disparaître l’ancienne province il y eut dès le début du ixe siècle deux thèmes, celui de l’Hellade et celui du Péloponèse, et plusieurs métropoles; il n’y eut plus désormais officiellement d’Achaïe ; et même quand les deux thèmes furent réunis au xie siècle sous l’autorité d’un seul stratège, résidant non plus à Corinthe mais à Thèbes, le nom ne revint pas en usage. Mais les chancelleries d’Occident, à l’imitation de la chancellerie pontificale, gardèrent l’appellation qui était traditionnelle pour elles ; il est normal que dans les textes latins, pour les titres officiels, et dans la langue vul¬ gaire quand on reproduit ces titres, le nom d’Achaïe soit usité, concurremment avec le terme plus populaire de Morée. Il est repris par les chroniqueurs byzantins comme Pachymère au xive siècle ; ce dernier parle souvent des princes sous le titre de princes d’Achaïe et de princes de Péloponèse ou d’Achaïe (3). ; Bomanie — Quant au nom de Romanie, il a en général un sens beaucoup plus étendu et désigne l’ensemble des pays habités par les Romani en grec les ', mais il prend suivant les différentes régions de l’ancien empire romain et suivant les les époques, des significations assez variées. En Orient, c’est essentiellement l’ensemble des anciens territoires habités par les Grecs constituant l’empire de Byzance qui est toujours l’empire romain (4). Cité une seule fois dans la version grecque de la Chronique , trad. M. Reinaud, Paris 1848, II, p. 275. (1) Géographie cTAbou’l-feda, (2) L. de la conq ., § 90, — Chron.gr., v. 1400, Cron, di M., p. 422, — L. de los fech., § 91. (3) On peut en rapprocher le texte de Cantacuzène, Hist., IV, 13, CSHB, III, p. 85 : « ... ’ ' , ... », où le mot est pris à la fois dans son sens antique connu d’un Byzantin cultivé et dans son sens sontemporain, le pays dont les habitants, des Latins, obéissent au prince d’Achaïe. — Une expression comme celle que l’on trouve dans une note de la chancellerie de Naples nommant en 1283 un protovestiaire « principatus Achaye et toiius terre Amoree », G. Minieri-Riccio, Saggio di codice diplomatico, I, p. 204, suggère la différence de signification entre Achaïe, nom de la principauté, d’un État, et Morée, nom du pays. J1 n’y a cependant pas de règle absolue : dans nn acte de Charles 1er on lit l’expression « princesse de la Mouree », Minieri-Riccio, Saggio di codice diplomatico, I, p. 156, — A. de Bouard, Documents en français, 1, p. 93. (4) Sur le sens général de Romanie et l’histoire du nom, v. G. Paris, Romani, Romania , dans Romania, I, 1872, pp. 1-22, et en particulier sur la Romanie en Orient, pp. 14-15, où sont énumérés les textes réunis par Suicer et Du Gange ; — P. Monceaux, Bull, de la Soc. des Ant. de France, 1920, pp. 152 et suiv. ; — G. Recoura, Assises de Romanie, p. xvm ; — J. Zeiller, L'apparition du mot Romania chez les écrivains latins, REL, VII, 1929, pp. 194-198 ; — D. A. Zakythènos, Le chrysobulle d' Alexis III Comnène, Paris 1932, pp. 86-91 ; — ., VI, 1933, pp. 231-236 ; — Robert Lee -Wolff, Romania : the Latin Empire K. Amantos, ', of Constantinople, Spec., XXIII, 1948, pp. 1-34, a cherché à établir que le nom a pris avant 1204 deux sens différents, désignant tantôt l’ensemble de l’empire byzantin, tantôt l’Asie mineure et la Syrie. C’est la
306 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Libro de los fechos , il est plus usité par Fauteur du Livre de la conquête, notamment dans des expressions comme « l’empire de Romanie » ou « toute la Romanie » (1) ; on le représente comme un pays très éloigné de la France (2). Mais à côté de ce sens général, on rencontre des acceptions beaucoup plus limitées, qui ne sont pas toujours identiques. La chronique française s’en sert parfois pour désigner plus spécialement la partie orientale de la Grèce, avec l’Archipel, la région de Constantinople et de la côte d’Asie mineure ; elle l’oppose à la Blaquie, c’est-à-dire à l’Epire ; elle distingue les «aigues de Morée» à l’Ouest du Péloponèse des «aigues de Romanie» qui baignent Chios (3). Pour la chancellerie angevine au contraire, le terme de Romanie s’applique aux régions occidentales de la Grèce continentale, de l’Albanie à l’Acarnanie avec les îles voisines, par opposition à la principauté de Morée : c’est dans ce sens qu’il faut entendre les titres de despote de Romanie, porté officiellement par Philippe de Tarente à partir de 1294, de vicaire ou de capitaine-général de Romanie. Plus tard, à l’époque où la domination latine s’est effondrée ailleurs, il peut désigner la région qui reste entre les mains des Latins, le Péloponèse et ses dépendances, comme le prouve le titre de la chronique de Marino Sanudo, Istoria del Regno di Romania sive Regno di Morea (4). Plus tard même, le nom s’applique à une région plus réduite encore, l’Argo lide, appelée Romanie, plus exactement Petite-Romanie ou Saccanie parles Vénitiens ; Nauplie du xvue au xixe siècle est connue en Occident sous le nom de Napoli di Romania ; on dit aussi Malvasia di Romania pour Monemvasie. Bref Romanie désigne pour les Latins les pays grecs ; mais, suivant les époques et les circonstances, il s’ap¬ plique soit à l’ensemble des territoires qui ont fait partie de l’empire byzantin (5), soit à certaines parties seulement, surtout celles qui sont sous la domination occidentale : empire latin, Archipel, Crète, îles Ioniennes, Epire et Acarnanie, Péloponèse, ou simplement Argolide. de Morée, rare dans le Morée. — Le nom le plus couramment employé du xme au xve siècle pour le Péloponèse est sans doute aucun celui de Morée. A la différence des précédents, l’ori¬ gine en est très discutée ; il faut d’abord préciser ce que l’on sait de l’histoire du mot, l’usage qui en a été fait, le sens et les diverses formes (6). première acception qui prévaut chez les occidentaux après 1204 : la Romanie est essentiellement l’ensemble de l’empire grec, et par la suite de l’empire latin : de là l’expression partitio Romaniae et les titres maréchal Romanie vénitienne, pp. 1-4, 44 n. 6. ou sénéchal de Romanie. Cf. en dernier lieu Thiriet, (1) Chron. gr., v. 1445 ; — L. de los fech., §§ 487, 503 ; — L. de la conq., §§ 68, 80, 82, 94, 185, 278, 399, 544, 624, 1016. (2) L. de la conq., §§ 138, 249, 252. (3) L. de la conq., §§ 630, 731, 759. (4) C’est le sens que lui donne également l’annaliste Stefano Magno. Hopf, I, p. 267 A, cite deux documents des archives de Naples de 1300, où on lit « Moree terras sive Romanie », Reg. Ang. n° 97, f° 133, n° 100 f° 100, et le texte d’un pèlerinage anonyme publié par T. Tobler, Innominatus III, après Theodorici Libellus de locis sanctis, Saint-Gall 1865, p. 128 (daté par Hopf du xme siècle) : ad Clarentiam civitatem qui jacet in Romania insula. On peut en rapprocher une expression analogue : Chiarenza di Romania employé dans le traité rédigé au xv* siècle par Giovanni di Antonio da Uzzano, Pratica della mercatura. (5) Mélétios, Géographie, p. 380 A, rappelle encore que les Latins avaient l’habitude de désigner l’ensemble de l’empire byzantin du nom de Romanie. (6) Les problèmes que soulève ce nom qui a peu à peu remplacé tous les autres ont été examinés par un grand nombre d’historiens, de géographes ou de philologues depuis le xvie siècle. Les mises au point anciennes les plus générales sont H. F. Tozer, JHS, IV, 1883, pp. 194-196 ; — E. Curtius, Peloponnesos, I, pp. 92, 113 :
LES NOMS DU PÉLOPONÈSE AU MOYEN ÂGE 307 Il n’a pas été employé par Constantin Porphyrogénète, qui a cependant signalé des innovations dans l’onomastique et la toponymie de son temps : n’est-ce pas à lui qu’on doit la première mention des Tsaconiens ? On ne le trouve pas dans les ouvrages byzantins, chroniques ou Vies de saints, ni dans les documents publics. On pourrait croire que les Byzantins ou ne le connaissent pas ou se sont refusés à l’employer comme une expression nouvelle et populaire, et peut-être étrangère. Mais il n’est pas davantage mentionné par les auteurs étrangers : au xne siècle, Benjamin de Tudèle qui écrit avant 1173, le géographe Idrisi, Nil Doxapatrès, les voyageurs comme Benoît de Peterborough ne le citent pas ; on ne peut cependant supposer chez eux les mêmes préventions ou préjugés que chez les Byzantins. Il est encore ignoré de chroniqueurs occidentaux au début du xme siècle, Robert de Cléry et Aubri de Trois-Fontaines. Il ne figure pas plus dans la Partitio Romaniae que dans le chrysobulle de 1198 en faveur des Vénitiens. Trois textes font cependant exception à la fin d’une Vie de saint Mélétios, le moine qui a copié le manuscrit l’a daté de mars 6619, c’est à-dire de 1111, et a signé par la formule : (1) ; le nom est donc utilisé par un Péloponésien pour désigner la région où se trouve Oléna, c’est-à-dire l’Élide d’où il est originaire. On le lit aussi dans une scolie d’un manuscrit de Strabon qui serait antérieur de plus de deux siècles au précédent ; le texte se rapporte à la ville antique de Dymè qui était située dans la partie occidentale de l’Achaïe (2). Enfin on considère comme antérieur au xme siècle un texte de Jean d’Antioche ou Jean Staphidas qui cite le toponyme Moréas près de Pontiko, l’antique Ichthys sur la côte de l’Èlide : , (3). Ce n’est qu’à partir du xme siècle que le nom devient plus fréquent, spécialement dans les textes rédigés dans le pays même ou dans les milieux occidentaux. Le premier, Geoffroy de Villehardouin, qui est certainement au courant des événements du Pélopo nèse et des faits et gestes de son neveu, appelle ainsi la région occidentale que ce dernier : n. 39 ; — Miller, The Latins , p. 37 n. 1 ; — J. Longnon, L. de la conq., Introduction , p. xcvm ; des études BNJ , IX, 1930-1932, pp. 65-91 ; — N. A. Bees, récentes ont été faites par A. Ch. Chatzès, Encyclopédie de V Islam, II, 1936, s. v. Morée, pp. 634-635, et bibliographie, pp. 645-646 ; — K. N. Héliopoulos, &, 1830, Athènes, 1937 ; — enfin D. J. Georgacas, The Post-Classical Names designating the Peninsula of the Peloponnesus, V Ie Congrès international de Sciences onomastiques, Munich 1958, II. Actes, dans Studia Onomastica Monacensia, III, 1961, pp. 301-307, — et 1962, Athènes, 1962, pp. 99-102. (1) Ms. de la Bibliothèque du Musée Britannique, n° add. 28. 816, f° 143 r°. Le moine André résidait alors dans le couvent de Myoupolis, situé sur le Cithéron où avait vécu saint Meletios, et non en Élide comme l’a cru Sathas, Doc. inéd ., I, p. xxxiv n. 2 (la confusion est née d’un rapprochement inopportun entre le nom de Myoupolis et celui du château de Pontiko (ou Beauvoir), qui tous deux signifient en grec souris), cf. Sp. Lampros, N. ., IV, 1097, p. 89 ; — K. N. Konstantopoulos, ’ , , 2e série, I, 1924, pp. 49-61, en particulier p. 52 ; — A. K. Orlandos, , , V, . 34-117, en particulier p. 40. cette publiée par A. Diller, The scholiae on Strabo, Trad., X, 1954, p. 58, scolie (2) : et relevée par D. J. Georgakas dans sa communication au VIe Congrès d’onomastique, Munich 1958, est attribuée au patriarche Photios, et daterait donc du ixe siècle. (3) Iatrosophion de Jean d’Antioche ou Jean Staphidas, ms. Paris. 2224, f° 85 v°, cité par Sathas, Doc. inéd., I, p. xxxiv. Une bulle de plomb d’un évêque grec de « Morée », récemment publiée, constitue une nouvelle preuve de l’existence de ce nom avant le xiii® siècle, cf. supra, p. 99, n. 5, infra, pp. 313-314.
308 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES avait soumise en 1204 et où il entraîne Guillaume de Champlitte (1). Le nom apparaît dans le cours du siècle dans des documents vénitiens et pontificaux (2), où en général il désigne le Péloponèse tout entier. On lit Moria sur une carte géographique qui, suppose-t-on, s’inspire de la cosmographie d’Ibn-Sayd, datant de 1276 (3). Enfin les chroniques rédigées par des étrangers vers la fin du xme et au début du xive siècle en font un usage courant. La Chronique de Morée est particulièrement intéressante, nous y reviendrons. Au contraire les chroniques composées par des auteurs grecs continuent à l’ignorer. Au xive siècle, Pachymère seul le mentionne et pas plus de deux fois (4), alors qu’il cite souvent le prince d’Achaïe ou de Péloponèse ; on ne le trouve ni chez Jean Cantacuzène, ni au xve chez Laonic Chalcocondyle. Il ne figure qu’une fois dans la grande chronique attribuée à Sphrantzès, mais souvent dans la petite chronique de cet auteur (5), dans la Chronique brève et chez Mazaris qui écrit au début du xve siècle (6). En résumé, si les auteurs byzantins fidèles à la tradition officielle s’abstiennent en règle générale de l’employer jusqu’au xve siècle, on peut considérer cependant que dès le xme il est assez courant dans le pays pour que les étrangers l’adoptent, n’ayant aucune raison d’utiliser l’appellation classique qu’ils ignorent probablement et laissant aux chancelleries le terme savant d’Achaïe qui ne passe dans l’usage que pour les titres. Par ailleurs on ne peut supposer qu’ils l’aient amené avec eux ou créé puisqu’il est attesté bien avant 1204 et qu’il n’est pas employé par tous les occidentaux dès leur arrivée. L’étude des textes montre clairement que Morée peut être employé dans deux pour désigner soit l’ensemble du Péloponèse, soit seulement les plaines occiden¬ tales de la péninsule ; on dit alors souvent « la plaine de Morée » (7). Il est vraisemblable sens, (1) Villehardouin, §§ 327-328, éd. Faral, ii, pp. 136-139. — Le traité de Sapientsa, en 1209, contient une expression qui reste obscure : « Isti sunl sergenti et sine terra mauresonis et episcopus et ecclesia Motonis debet habere... », Tafel et Thomas, Urkunden, II, p. 99 ; l’absence de ponctuation laisse le choix entre deux interprétations également peu satisfaisantes ; on peut comprendre : sine terra Mauresonis, sans terre en Morée, ou ponctuer après terra et lire Mauresonis et episcopus , en faisant de Mauresonis le nom de l’évêque. En tout cas le sens reste trop douteux, à notre avis, pour qu’on puisse y voir la première mention du nom de la Morée dans un document officiel. (2) En 1260 on lit in Morea et illis partibus » dans Bifrons f° 28 v°, in Morea et barones Moreae » dans les Pacta Ferrariae f° 58 (cités par Hopf, I, p. 266 A). On trouve l’expression Achaïe et Morée » pour désigner la principauté dans la correspondance pontificale après le milieu du siècle, par ex. Registres d'Alexandre IV, éd. Bourel de la Roncière et autres, I, pp. 9-10, n° 34 (2 janvier 1255), — Wadding, Annales minorum , IV, p. 176, ann. 1261. (3) Ms. Paris. 2214. N. A. Bees, Encyclopédie de l'Islam, II, p. 635, rappelle que dans l’ensemble Ibn Sayd s’est inspiré des travaux d’Idrisi ; mais il est impossible d’en tirer la conclusion qu’Idrisi ait connu le nom de Morée, puisqu’aucun des manuscrits de ses œuvres ne l’a conservé. , CSHB, I, p. 180, 309. (4) G. Pachymère, Mich.; Paleol., III, 6, 26 : , CSHB, p. 96. (5) G. Sphrantzès, Chron., I, 33 : , , CSBH, pp. 515 et suiv. — Mazaris, dans Boissonade, (6) Chron. br. : Anecdoia graeca, III, pp. 117, 119, 124. « « » « « (7) La distinction semble avoir déjà été faite par A. Thevet, Cosmographie universelle, Paris 1575, II, f° 797, qui écrit que Morée est le nom et du Péloponèse entier et de la province qui composait autrefois la principauté de Villehardouin, cf. Sathas, Doc. inéd ., I, p. xxxv. Buchon, Recherches, I, pp. xxvm-xxix, a clairement distingué les deux sens, restreint ou général. Le texte de G. Pachymère, Mich. Paleol., IV, 26, ... ' , CSHB, I, p. 309 « :
LES NOMS DU PÉLOPONÊSE AU MOYEN ÂGE 309 que des deux acceptions la plus ancienne est celle qui a l'extension la plus limitée (1), comme par exemple le nom d’Achaïe a désigné d’abord la côte nord du Péloponèse avant d’être celui de toute la province romaine de Grèce. Mais longtemps les deux ont été simultanément en usage c’est seulement au-delà du xive siècle que la seconde l’emporte. Dans les textes antérieurs à 1204, il semble bien que le nom soit employé dans son sens étroit, pour désigner une région de façon plus précise que ne le ferait le mot Péloponèse en même temps ces textes montrent qu’il s’applique non pas, comme on le dit généralement, à l’Élide creuse des Anciens, mais à une région plus vaste, allant de Pontiko au sud, l’Ichthys antique, à Oléna à l’est, à Dymé au nord, donc également à une partie au moins de l’Achaïe c’est pour celle-ci qu’il est mentionné la première fois. Cette indication sur l’extension de la Morée comme région de la pénin¬ sule est confirmée par un document très postérieur, la liste des fiefs de 1377 qui cite en Morée Chalandritsa, Patras et Vostitsa, c’est-à-dire toute la côte nord jusqu’aux confins de la Corinthie (2). Villehardouin n’utilise le nom que dans son sens étroit. Les documents du xme siècle sont trop peu nombreux pour qu’on puisse suivre avec certitude une évolution. La Chronique de Morée, rédigée au début du xive siècle, connaît les deux sens ; pour les premiers événements, l’arrivée des croisés à Achaïa, le mot doit avoir son sens étroit, mais s’appliquant à tout le nord-est du Péloponèse (3). Le plus souvent la distinction est facile à la Morée en général s’oppose « la plaine de Morée » qui semble désigner surtout la plaine éléenne dont Andravida est le centre. On peut se demander si l’extension n’est pas liée à la conquête franque : les croisés se sont fortement établis d’abord dans l’ouest, ils y ont trouvé ce nom et ont pu prendre l’habitude de l’étendre ensuite à tout le pays qu’ils ont conquis : l’hypothèse est plausible mais impossible à prouver. Les formes et les graphies du mot sont très variées. En grec les formes normales , génitif , sont ou par synizèse (4). Il est peu vraisem ; ; ; : : , , , ... . l’histoire du nom : la Morée serait à opposer aux , et désignerait par conséquent non l’ouest, mais l’est de la presqu’île : l’argument n’est pas solide, car l’expression la Morée et les régions occidentales » peut tout aussi bien désigner seulement l’ouest de la péninsule par opposition à la région des Tsaconiens précédemment citée, que la totalité du Péloponèse dont l’est serait la Morée. (1) Hopf, I, p. 266 B, soutient l’opinion contraire : le nom, après avoir désigné tout le Péloponèse, ne s’appliquerait plus qu’à la région centrale de la domination française au xive siècle, et si la Chronique de Morée distingue les deux sens, c’est qu’elle date du xive siècle : rédigée plus tôt, elle ne l’eût pas fait. Cette opinion », a suggéré une autre hypothèse sur « ne correspond pas aux faits. (2) Appendice AI, infra, p. 690 ; à cette époque, il est vrai, Pontiko-Beauvoir n’est plus cité en Morée. Le sens étroit de Morée se trouve encore dans un acte du prince Robert de 1358 en faveur de Nicolas Acciaiuoli et, en 1391, dans le testament d’Ange Acciaiuoli. Buchon, Nouv. rech., I, pp. 120-121, II, pp. 159-160, 213-214. (3) L. de la conq. § 90 : il vint en la Morée et arriva en .j. casai, que on appella Achaye, a l’encontre de Patras. » Même si l’épisode raconté ici n’est pas historique, les indications géographiques sont valables, car l’auteur connaît certainement le pays. On peut objecter que le passage correspondant de la Chron. gr., vv. 1398 et suiv., en particulier 1404-1405, juge nécessaire d’expliquer que la Morée est le Péloponèse : mais c’est là, croyons-nous, un souci propre au copiste grec du ms. de Copenhague, qui, désirant expliquer le mot, ne tient pas compte du fait qu’il ne doit pas être entendu ici comme désignant tout le Péloponèse, mais seulement la région nord-ouest. (4) Par exemple dans Ex Joannis Coronaei rebus a Mercurio Bua gestis, vv. 115, 118, dans Hopf, Chron. gr., rom., p. 369 ; c’est la forme populaire à l’époque moderne. Le nom devient à Zante, et dan& le - n’ont pas de signification pour Magne, en tsaconien ; les alternances orthographiques -, l’histoire du mot. Cf. G. Chatzidakès, BZ, II, 1893, pp. 283 et suiv. «
310 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES blable que le nom ait existé au neutre (1) ; mais on le rencontre au féminin : , () ou en même temps que : ce sont certainement, non des formes indigènes, mais des transcriptions grecques de formes françaises, italiennes ou aragonaises, toutes féminines, Particle s’étant soudé au nom (2). Dans les langues occidentales, y compris le latin, la terminaison -a du mot grec sous ses formes complé¬ ments a entraîné en effet normalement le genre féminin : de plus en français et en italien le -a de l’article a souvent été réuni au nom. On a donc en français la Morée, ou l’Amorée, la Mourée ou l’Amourée, en latin par analogie Moreaou Amorea, comme en Italien ou en aragonais (3). Pour les Arabes enfin, le mot a pris également une forme augmentée d’un a initial, mais l’origine en est ici probablement la confusion qui s’est faite entre ce nom du Péloponèse et celui d’Amorium, dont ils se sont servis pour désigner l’ensemble de l’empire byzantin, cette ville d’Asie mineure ayant en effet joué un grand rôle dans les conflits entre Byzance et les Arabes. Ce dernier apparaît dès le xe siècle ; au xive siècle, sous la forme Lamoreya, le nom s’applique au Péloponèse (4). L’origine de Morée a excité très tôt la curiosité des érudits, les étymologies proposées sont nombreuses et variées. Beaucoup sont très discutables ou franchement inacceptables (5) ; nous n’examinerons que les quatre explications qui offrent quelque vraisemblance : pour les uns Morée viendrait du mot slave désignant la mer, pour d’autres ce serait le résultat d’une métathèse de Romania ou plus exactement de Romaia ; ou bien encore il viendrait du nom du mûrier ; d’autres érudits enfin s’effor¬ cent d’expliquer le nom par un toponyme antérieur nettement localisé. Le nom de Morée aurait été donné par les Slaves au moment où, dans leur marche vers le sud, ils arrivèrent dans un pays entouré de tout côté par la mer, en slave more. A cette hypothèse séduisante et souvent acceptée (6), on peut opposer d’assez fortes IV, 1892, pp. 639 et suiv., admettait que le génitif employé par (1) Sp. Lampros, , Pachymère supposait un nominatif neutre , qu’il pensait pouvoir mettre en rapport avec le toponyme cité dans la Vie de saint Nikon , éd. Sp. Lampros, p. 161, sur le chemin de l’Arcadie à Sparte, cf. N. ., Ill, 1906, p. 130 ; cette hypothèse peut être rapprochée de la tentative faite pour expliquer, d’après Pachymère, que la Morée aurait été d’abord la moitié orientale du Péloponèse, cf. supra, p. 308, n. 7 ; ces hypo¬ , BZ, V, 1896, pp. 341-346. thèses ont été vivement combattues par Chatzidakès, Oder (2) Sur ces formes variées, v. A. Ch. Chatzès, BNJ , IX, 1930-32, pp. 72-77. Nous croyons avec lui que le fait de se servir d’un même mot sous des formes alternativement masculines et féminines n’est pas un IV, 1892, pp. 645 n. et phénomène proprement grec ; on peut rejeter l’affirmation de Sp. Lampros, , . 782, selon laquelle le Péloponèse s’appelait (3) On peut rencontrer exceptionnellement dans les textes latins des formes différentes, par exemple : principatus Achaiae vel de la Moreyhe, ou Amovrhea, dans Mémoire sur les droits de Jacques de Majorque , ou Declaraiio summaria ..., Du Cange, II, pp. 376, 384. (4) Voir Abou’l-feda, Géographie, trad. N. Reynaud, II, p. 275. II est très peu probable que al-Mara employé par Abou’l-feda, p. 279, en même temps que Lamoreya, désigne également le Péloponèse : il se rapporte plutôt à une région septentrionale de la Grèce. (5) A. Ch. Chatzès, BNJ, IX, 1930-1932, pp. 65-71, a énuméré les diverses étymologies proposées; il est inutile de répéter ici celles qui n’ont aucune chance d’être vraies. (6) Cette explication est acceptée entre autres par Malte-Brun, Géographie universelle, nouv. édit., Paris 1857, V, p. 417 ; — Emerson, History of modem Greece, I, p. 60 n. ; — Fallmerayer, Geschichte Morea, I, p. 425 ; — Niebuhr, Vorlesungen über Ethnographie, I, p. 28 ; — P. J. Schafarik, Slavische Altertümer, trad, all., Berlin, 1844, II, p. 280 ; — Curtius, Peloponnesos, I, p. 113 n. 39 ; — J. N. Krause, Griechenland. Géographie, p. 303 A ; — - A. Rambaud, L'empire grec au Xe siècle, pp. 288 et suiv. ; — N. Jorga, France de Constantinople et de Morée, RHSEE , XII, 1935, p. 209. Contra : B. Kopitar, Wiener Jahrbuch der Literaiur , LI, 1830, pp. 111-120 ; — Zinkeisen, Geschichte Griechenlands, I, pp. 839 et suiv., et en dernier lieu M. Vasmer, Die Slaven in Griechenland, p. 2.
LES NOMS DU PÉLOPONÈSE AU MOYEN ÂGE 311 objections. Si le mot more a pu servir dans la toponymie slave, il est difficile au point de vue philologique de passer de là à Moréas. De plus il est peu vraisemblable que ce nom ne se soit pas répandu plus rapidement, comme beaucoup d’autres toponymes d’origine slave. Enfin on ne voit pas pourquoi, s’il avait été créé par les Slaves, il aurait été donné d’abord aux régions du nord-ouest du Péloponèse plutôt qu’au Péloponèse tout entier ou qu’à toute autre province grecque. Aussi cette étymologie est-elle aujourd’hui généralement abandonnée. Au xive siècle déjà Tommaso Porcacchi croyait pouvoir expliquer Moréa comme résultant, dans la langage des occidentaux, d’une déformation de Romaia, le pays des Romaioi. Cette opinion a été admise en particulier par Bursian, par A. Philippson et en dernier lieu par G. Recoura (1), qui la considérait comme évidente et indiscutable. Elle a cependant contre elle le témoignage des textes qui montrent que le terme existait bien avant la 4e croisade, et sa localisation dans le nord-ouest du Péloponèse : il faudrait admettre que c’est seulement dans cette région qu’un groupe de croisés aurait trans¬ formé le nom de Romaia en Moréa, alors que partout ailleurs le terme de Romania était respecté dans sa forme originelle, et que ce nom déformé employé d’abord par un petit nombre de personnes serait devenu le nom universellement usité pour le Péloponèse, par les Grecs comme par les Francs. Il resterait encore à expliquer com¬ ment ce nom, certainement féminin dans la forme créée par les Francs, serait devenu masculin en grec où les noms de province sont pour la plupart féminins. , est fort ancienne, puis¬ Si l’explication de Morée par le nom du mûrier, qu’elle est déjà rapportée au xvie siècle par J. Leunclavius comme courante en Grèce (2), elle a été spécialement défendue naguère par G. N. Chatzidakès et en dernier lieu par D. J. Georgakas (3). Il ne s’agit pas bien entendu d’une comparaison entre la forme de la feuille de l’arbre et la configuration de la presqu’île, laquelle serait une version moderne du rapprochement fait dans l’antiquité entre le Péloponèse et la feuille du platane (4), comparaison qui n’aurait pas de sens quand le nom ne désigne qu’une région, mais d’une appellation provenant de l’abondance des mûriers dans le pays ; il faut supposer, entre ou , le mûrier, et le toponyme, un mot : pour Hatzidakès, pour D. J. Georgakas, qui désignerait un bois ou une (1) T. Porcacchi, L'Isole più famose del Mondo, p. 101 ; — Hopf, I, p. 267 A, donne comme argument le titre de la chronique de Sanudo, Istoria del Regno di Romania sive Regno di Morea et un document des registres angevins de 1300 mentionnant Moree terras seu Romanie ; — C. Bursian, Géographie , II, p. 3 ; — A. Philippson, Zur Ethnographie des Peloponnes , p. 6 ; — H. Kretschmayr, Geschichte von Venedig, II, p. 563 ; — Recoura, Assises de Romanie , p. xvm n. 4. (2) J. Leunclavius, Annales sultanorum othmanidorum a Turcis sua lingua scripti , 1588, p. 65 : Nomen ipsum dérivant Graeci nunc ah arbore moro quod tota regione scilicet arbor haec frequens est . Elle est aussi signalée par La Guilletière, Lacédémone ancienne et nouvelle , II, pp. 71-72. (3) G. N. Chatzidakès a consacré au nom Morée un grand nombre d’articles ou de notes : BZ, II, 1893, IV, 1892, pp. 645-646 ; — V, 1893, pp. 231-239, 491-508 (reproduit pp. 283 et suiv. (contre Sathas) ; — ’ , , , I, Athènes 1901, pp. 1-25) ; — BZ, V, 1896, pp. 341 dans oder , , VI, 1931, . 219-226; — Glotta, XII, 1933, 346 (contre Sp. Lampros) ; — . 133-135 (contre la théorie qui considère Morée comme dérivé d’un ethnique , désignant les habitants d’un pays hypothétique appelé par les colons phéniciens). — D. J. Georgakas, ibid. (4) Cette explication a été assez populaire précisément à cause de la comparaison, faite par Pline et par Strabon, du Péloponèse avec une feuille de platane ; cf. O. Dapper, Beschryving, p. 8 ; — R. Pococke, ibid . Voyages t p. 195 ; — La Guilletière,
312 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES plantation de ces arbres. Soutenue par de grands philologues, cette explication est également acceptable géographiquement et historiquement. Le mûrier pousse dans tout le Péloponèse et en particulier en Élide et en Achaïe. La culture a dû s’en répandre quand l’industrie de la soie s’est développée dans l’empire byzantin introduite sous Justinien Ier, elle n’a pu prendre d’importance qu’après la période difficile des invasions, mais elle devient florissante du ixe au xne siècle. Il n’est pas certain que la fabrication et la teinture des tissus de soie aient été pratiquées couramment dans le Péloponèse les sources ne sont affirmatives que pour Thèbes, où existaient de grands ateliers employant surtout des ouvriers juifs et, de façon moins sûre, pour Corinthe et pour Patras (1) mais même si la soie n’était pas travaillée sur place, le Péloponèse fournis¬ sait la matière première ; aux xme et xive siècles, elle figure parmi les produits exportés de ce pays vers l’Occident (2). Cette étymologie très plausible a soulevé quelques objections peu solides (3) la critique majeure qu’on puisse faire, à notre avis, c’est que d’autres régions du Péloponèse mériteraient tout autant que le nord ouest d’être appelées Morée, car les plaines de Messénie, la vallée de l’Eurotas, le bassin de Tégée sont aussi favorables à la culture du mûrier. C’est le désir d’expliquer le lien qui a toujours existé au moyen âge entre le nom et les plaines occidentales qui a poussé à chercher s’il n’y aurait pas à l’origine de l’appellation médiévale un toponyme désignant un lieu précis, nettement défini, dont l’utilisation se serait peu à peu étendue suivant un processus connu on a noté déjà deux étapes de l’histoire du nom de Morée, la première pour désigner le nord ouest, la seconde pour désigner toute la péninsule : n’y en a-t-il pas une antérieure où le mot avait un sens plus étroitement localisé ? Il existe au bord de la mer, entre le cap Katakolo et l’embouchure de l’Alphée une lagune appelée Mour(j)ia, , il lui ou ; il est peu probable que ce soit la lagune qui a d’abord porté le nom ; : ; ; : : (1) Voir E. Weigand, Actes du IIIe Congrès d' Études byzantines, Athènes 1932, pp. 222-224, et surtout Die helladisch-byzantinische Seidenweberei , dans Mélanges Lampros , Athènes 1936, pp. 503-518 ; — R. Lopez, Silkindustry in the Byzantine Empire, Spec., XX, 1945, pp. 1-42. Cf. Pél. byz., pp. 129-131. (2) La soie est exportée essentiellement de Mistra, ou par Clarence et parfois par Patras, mais non travaillée en général, W. Heyd, Histoire du commerce dans le Levant, I, p. 611, — II, pp. 272, 295, 296. Des documents font allusion à l’envoi de pièces de soie, à titre de redevance ; le prince, par le traité de Sapientsa, doit envoyer chaque année des samits à Saint-Marc et au doge de Venise ; l’archevêque Antelme de Patras s’engage à une redevance du même genre vis-à-vis de l’abbaye de Cluny et l’abbé de Saint-Sauveur en Messénie, vis-à-vis du chapitre de Saint-Loup à Troyes ; mais rien n’indique que ces tissus précieux soient le produit de l’industrie locale. Comme le fait remarquer d’ailleurs D. J. Georgakas, le mûrier peut être cultivé simplement pour ses fruits et pour son feuillage, utilisé comme fourrage la présence n’a donc pas besoin d’être justifiée par l’existence de production de soie. Cf. aussi Thiriet, Romanie vénitienne, pp. 100, 417, 438. (3) Elle est acceptée par K. K(rumbacher), BZ, III, 1894, p. 420, — N. A. Bees, Encyclopédie de , III, 1948, pp. 183, 190. Islam, II, p. 635 ; — K. N. Héliopoulos, Tà ’, VII, 1934, p. 167, rendant compte de l’ouvrage de R. N. Dawkins, The place Cependant K. Amantos, ., names of later Greece, T.A.Ph.A., 1933, rappelle que cette étymologie n’entraîne pas une adhésion unanime en Grèce. L’objection d’E. Pariset, Histoire de la soie, II, Paris 1865, pp. 23-24, qui trouve absurde que le nom de Morée, s’il venait de celui du mûrier, ait désigné d’abord l’Ëlide où l’industrie de la soie n’existait pas, ne porte pas, comme nous l’expliquons dans la note ci-dessus. — A. Beving, La principauté d' Achaïe, p. 29 n. 1, signale que le mûrier est appelé aujourd’hui en grec sykaminos et non moréa ; mais il suffît de savoir, par le témoignage des auteurs médiévaux que le second était répandu au Moyen Age ; il n’est d’ailleurs pas ignoré : aujourd’hui.
LES NOMS DU PÉLOPONÈSE AU MOYEN ÂGE 313 viendrait d'une ville ou d'un lieu-dit célèbre, aujourd'hui disparu (1). C. Sathas a cru trouver ce point de départ dans une ville antique de l’Élide appelée Margana par Xénophon, Margalai par Strabon et qu’il identifie avec celle qu’Étienne de Byzance nomme Margaiai, ville entièrement disparue dont on ignore même le site (2). Il paraît impossible d'échafauder une théorie sur des bases aussi fragiles. On a proposé également de retrouver l'origine du nom dans celui d’un village de Triphylie, Morjatada, qui aurait conservé sous la forme de l'accusatif le souvenir d'une antique, dont il subsisterait quelques vestiges et qui devrait elle-même le sien à l'olivier sacré, . Cette hypothèse, que rien ne permet de contrôler, est rejetée par Chatzidakès et par Krumbacher (3) non seulement le mot est inconnu au moyen âge, mais la Triphylie peut être considérée comme exclue des plaines qui furent le berceau du nom delà Morée. Pour A. Ch. Chatzès enfin (4), le toponyme qui reste attaché aujourd'hui encore à la lagune a dû être autrefois sinon le nom d'une cité du moins celui d'un point remarquable de la région ; à son avis celui qui mérite de retenir l’attention est le pro¬ montoire de Katakolo, l'Ichthys antique ; il était important puisqu'il portait en 1205 un petit château appelé Pontiko, les Francs en firent Beauvoir ou Belveder ; autre argu¬ ment, ce nom de Belveder est aussi devenu plus tard celui de toute la province (5) ; mais surtout A. Ch. Chatzès s’appuie sur le texte de Jean Staphidas cité ci-dessus, qui place la « chôra appelée Pontikè » près de « ce qu’on appelle Moréas » (6) il faut selon lui entendre chôra dans le sens populaire moderne de « ville » et lire au lieu de Pontikè, Pontiko, comme il est écrit à la ligne suivante du même texte le lieu-dit Moréas serait donc ce promontoire qui s'avance dans la mer au sud du château de Ponti tiko, et le nom serait passé de ce point remarquable de la côte à l’Élide, puis à tout : : : le Péloponèse. Cette dernière hypothèse soulève cependant des objections : il nous paraît sur¬ prenant que le nom d'un accident géographique nettement repérable, quel qu'il soit, n'ait été dans le cours des siècles mentionné qu’une fois, et nous ne connaissons pas d’exemple d’un toponyme passant d'un cap au pays tout entier ; d'ailleurs la Morée de Jean Staphidas peut aussi bien être à l'est de Pontiko, la plaine ou la lagune, que le cap lui-même auquel personne d’autre n'a donné ce nom. Nous avons signalé d’autre part la scolie de Strabon qui dès le ixe siècle mentionnerait le nom plus loin vers le nord pour l’antique Dymè. Enfin des documents inédits ont apporté récemment de nouveaux éléments des notitiae episcopatuum , confirmées par un sceau, révèlent : , cf. K. N. Héliopoulos, , (1) Un village du dème d’Olympie porte aujourd’hui le nom 1948, p. 190, mais il ne figure pas sur les cartes anciennes. K. N. Héliopoulos signale dans la même région près du village de Kastraki, près d’Olympie. (2) Sathas, Doc. inéd., I, pp. xxx-xxxvm. VI, 1882, p. 68 et suiv., et en brochure, (3) Ath. Petridès, , , Athènes 1889. Contra : G. Chatzidakès, ’, V, 1893, pp. 231-239, cf. K. Krumbacher, BZ , III, 1894, p. 420. (4) A. Ch. Chatzès, BNJ, IX, 1930-1932, pp. 81 et suiv. (5) L’analogie entre l’évolution des deux noms n’est pas rigoureuse ; car Belveder, comme Clarence ou LU, Kalamata, peut désigner une région en tant que circonscription administrative ou militaire parce que le château en est le centre et le chef-lieu, mais n’a jamais pris une signification proprement géographique : on ne dit jamais «la plaine de Belveder ». Cf. infra , p. 328. (6) Cf. supra, p. 307.
314 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES l’existence aux xie et xne siècles d’un évêque ; comme les sièges épiscopaux sont toujours désignés par le nom de la ville où réside l’évêque, il faut admettre que le nom de Morée était à cette époque celui d’une agglomération dépendant de la métropole de Patras (1) ; or aucun document ne parle plus de cet évêché après 1204 comme il n’est guère possible que la ville ait alors disparu, juste avant l’arrivée des croisés, il faut supposer que le nom de Morée a été en usage pendant une période relativement brève pour une agglomération qui existait avant la création de l’évêché au milieu du xie siècle et a continué à exister après 1204 sous un autre nom. Il est difficile de rejeter le témoignage de ces documents ; mais la question qui nous embar¬ rasse est de savoir quelle ville aurait été ainsi nommée. Rien ne prouve que le site antique d’Élis, dont le nom est complètement oublié alors, ait pu être habité à cette époque (2) et que, parce que la ville était autrefois le chef-lieu de la région, elle aurait reçu un siège épiscopal sous l’appellation de Morée, comme le suggère très prudemment le P. V. Laurent. L’agglomération la plus importante dans cette plaine dite de la Morée est au début du xme siècle Andravida, qui reçoit en effet un évêque latin, mais le siège de cet évêque porte le nom de celui d’Oléna, cité également par les noliliae episcopaluum . L’évêché de Morée a complètement disparu après 1204 ; la correspon¬ dance pontificale qui cite les autres sièges y compris ceux qui sont supprimés l’ignore (3). Le problème ne nous paraît donc pas résolu. En résumé, de toutes les explications proposées, celle qui fait venir Morée du nom du mûrier est celle qui rencontre le moins de difficultés ; la culture du mûrier a dû se répandre dans le cours du ixe siècle et alors a dû apparaître ce toponyme nouveau et populaire qui devait devenir l’unique appellation usuelle de l’île de Pélops. On le trouve alors dans des textes ou des documents du ixe au xie siècle en rapport avec des localisations précises : côte du golfe de Patras, région de Pontiko ou d’Oléna : nous en concluons qu’il a pu désigner d’abord une ville, des lieux divers, mais tous situés dans le nord-ouest du Péloponèse, et qu’au début du xme siècle il est utilisé pour désigner toute la région où se trouvent dispersées ces « Morées » : on dit la plaine de Morée, et l’appellation ne dépasse pas le pied des collines qui l’entourent. Enfin il s’étend à tout le Péloponèse, et pendant deux siècles environ, les xme et xive, il a été utilisé simultaménent dans les deux acceptions. ; Grandes divisions et plan de notre étude — Si les appellations dont on se servait pour désigner le pays tout entier n’ont pas toujours pour nous un sens clairement défini, il est encore plus difficile de savoir comment on en appelait les diverses parties et à quelle région exactement s’appliquait tel ou tel nom. Il n’y avait pas alors de circonscriptions ou divisions administratives dont on puisse fixer avec précision les limites sur la carte et, possédant chacune une désignation officielle. Les contemporains se servaient, pour les différents cantons, soit d’un nom traditionnel, soit de celui d’une ville importante ou d’une forteresse, constituant par exemple le centre d’une châtellenie, soit de celui du château où habitait le seigneur dont dépendait une baron (1) V. Laurent, L'évêché de Morée (Moréas) au Péloponèse, (2) Cf. infra , pp. 328, 338. REB, XX, 1960, pp. 181-189. (3) Cf. supra , pp. 97-99. Faut-il penser que ce siège de Morée serait sur la côte nord où le scoliaste de Strabon situe la ville de Morée qu’il identifie avec l’antique Dymè ? Ces identifications d’érudits anciens sont trop souvent fantaisistes pour qu’on puisse admettre celle-ci comme sûre.
LES NOMS DU PÉLOPONÈSE AU MOYEN ÂGE 315 nie. Nous citerons les noms les plus fréquemment employés, en essayant de les situer sur la carte : c’est un des buts de nos recherches que d’en préciser les limites. Les noms traditionnels, désignant de petits cantons se rencontrent surtout dans le sud-est où vivent des populations très particularistes : ce sont, en Laconie, ceux d’Hélos et de Vatika, d’origine antique, de Tsaconie et de Magne qui remontent au moins au xe siècle, de Gardalevo cité seulement au xie. Ailleurs on parle simplement du pays de Damala, de la plaine de Nikli par exemple. Dans l’ouest enfin, on trouve des noms de régions qui reviennent fréquemment : Morée, Vliziri, Skorta, Messaréa ; il faut y ajouter les châtellenies de Kalamata et de Corinthe (1). La Morée, ou plaine de Morée, est généralement considérée comme étant l’Élide creuse des Anciens ; mais nous avons vu que cette région s’étendait vers le nord-est jusqu’à Santaméri, Chalandritsa, Patras et même Yostitsa la Morée comprenait donc l’Achaïe antique qui n’a pas eu de nom spécial au moyen âge, et confinait avec la châtellenie de Corinthe. Dès qu’on s’élève à l’est et au sud de l’Élide pour entrer dans les districts nettement montagneux, on pénètre dans la Skorta, qui est proprement la partie occidentale de l’Arcadie, de relief élevé ; certains textes y distinguent au nord un canton plus petit, la Mesaréa. Mais entre Morée et Skorta apparaît une autre région désignée par le nom de Vliziri en grec, Glisière en français, Gresera en italien ou en aragonais, laquelle semble correspondre à la zone de collines de l’antique Pisatide (2). Pour distinguer la Glisière de la Morée, on peut aussi opposer la région de Clermont ou de Clarence à celle de Beauvoir ou Belveder, parce que Clermont et Beauvoir sont les deux forteresses les plus importantes du domaine du prince dans l’ouest du Péloponèse. C’est ce qui explique que, plus tard, à la fin du xvne siècle, les Vénitiens aient divisé l’ouest du Péloponèse en deux territoires appelés Clarence, ou duché de Clarence, s’étendant jusqu’au-delà de Vostitsa, et Belveder comprenant Pisatide, Triphylie et Messénie : la limite passe entre Clermont et Beauvoir, d’ailleurs abandonné à cette époque, mais dont le nom subsiste pour la province. L’est du Péloponèse est à la même époque divisé en deux autres régions, la Tsaconie ou pays des Maniotes qui englobe Laconie et Arcadie, et la Petite Romanie ou Saccanie, constituée par l’Argolide et la Corinthie (3). Tout en tenant compte de ces appellations, des divisions correspondant aux châtellenies ou aux baronnies, il nous est difficile de faire entrer l’exposé de nos recher¬ ches dans un cadre correspondant exactement à la situation du Péloponèse au moyen âge. En effet la principauté n’a pas gardé longtemps de frontières fixes : la conquête de la presqu’île n’est achevée que peu avant 1250 ; douze ans plus tard, Byzance en a réoccupé une partie, et à partir de ce moment, l’histoire de la Morée franque est surtout : (1) Un acte du prince Robert, en faveur de Nicolas Acciaiuoli, distingue en 1358 les provinces de Galamata et d’Amorea ; le testament d’Ange Acciaiuoli en 1391, précise : in partibus Romanie ubi diciiur la Morea ac in Scoria et Calamata, Buchon, Nouv. rech., II, pp. 159-160, 213 (Buchon avait lu Sairitaf que Hopf a corrigé en Scoria ), et Recherches , I, pp. xxvm-xxix. (2) Les documents vénitiens du xive siècle citent la Glisière sous la forme Glisira , cf. Sathas, Doc . inéd., IV, p. 10 (1345). Au début du xve on trouve le terme Vella qui, juxtaposé à Galamata et Scorta, doit être l’équivalent de Vliziri, Sathas, Doc. inéd., I, pp. 62, 117 (1416, 1422), cf. supra , pp. 285, 288. (3) Les listes d’ALBERGHETTi, dans D. A. Pacifico, Descrizzione , pp. 115-135, énumérant tous les villages des 24 territoires de ces 4 régions, donnent de cette division une idée plus exacte que les cartes de époque, qui les indiquent aussi mais avec beaucoup de fantaisie. 1
316 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES celle des luttes qu’elle soutient pour défendre son territoire contre ses voisins et des contestations qui tendent à la morceler. Il n’est pas possible de dresser un tableau systématique de la géographie politique d’un État aux limites aussi peu stables ; ce n’est que pour des périodes assez courtes et dans certaines régions que l’on peut reconnaître un système organisé de châteaux et de forteresses constituant un plan de défense et révélant l’organisation de la principauté, les routes principales. Aussi grouperons-nous nos remarques en suivant les divisions traditionnelles du Péloponèse : elles correspondent à la fois aux régions naturelles et aux noms antiques Élide, Messénie, Achaïe, Gorinthie et Argolide, Arcadie et Laconie. Nous commencerons notre enquête par les régions les plus importantes parce qu’elles ont été les plus longtemps occupées et qu’elles étaient en relations plus étroites avec l’occident, c’est tout l’ouest de la presqu’île : l’Élide, véritable centre de la principauté, à laquelle nous rattachons la bordure montagneuse de l’Arcadie occidentale qui lui servit longtemps de rempart, la Messénie, au sud, et l’antique Achaïe au nord. Nous par¬ courrons ensuite la Corinthie et l’Argolide qui furent enlevées à la principauté avant la fin du xive siècle, et terminerons par la Laconie et l’Arcadie orientale qui échappèrent à la domination franque dans les quarante dernières années du xme siècle. :
CHAPITRE II L’ÉLIDE (Planches A l’ouest du Péloponèse, la plaine 2, de 10-65) l’Élide portait proprement le nom de Morée (1). Ce nom n'a jamais été celui d’une circonscription administrative, il ne s’applique donc pas à un territoire dont il soit possible de fixer avec précision les limites. L’expression fréquente, la plaine de la Morée, s’applique à la partie basse, l’Élide creuse des Anciens vers l’est, si l’on peut y rattacher les premières collines où se trouve Oléna, dès que le relief s’élève, on entre dans la région de la Skorta. Vers le nord-est, la Morée s’étendait le long de la côte de l’Achaïe, tandis qu’au sud elle était limitée par la Glisière et par la Skorta. Nous étudierons dans ce chapitre les territoires qui correspondent proprement à l’Élide antique, c’est-à-dire la plaine de Morée à l’exclusion de l’Achaïe, et les collines de la Glisière, qu’arrosent dans leur cours inférieur le Pénée et l’Alphée. Cette région présente une certaine unité au moyen âge, parce qu’elle fait tout entière partie du domaine du prince au xme siècle ; la distinction entre Morée et Glisière se retrouve cependant dans la division de cette partie du domaine entre les châtellenies de Clermont ou de Clarence et de Beauvoir ou Belveder, qui donneront plus tard leurs noms à deux provinces de la Morée vénitienne. Les textes du moyen âge ne contiennent que rarement des indications sur la géographie du pays, en particulier dans une région plate comme l’Élide. Ils citent ; (1) La plupart des études sur l’Ëlide antique contiennent des indications sur les ruines ou les sites médiévaux : il est impossible de citer tous ces travaux qui n’apportent d’ailleurs que peu de chose et rarement des données originales pour le moyen âge. Citons seulement comme travaux se rapportant à l’ensemble de l’Ëlide l’article Elis par Philippson et Swoboda, RE, VI, 1909, en particulier col. 2364-2373 ; — , Athènes 1924 ; — K. N. Héliopoulos, G. Papandréou, , ’, LII, 1948, . 145-216 ; — les articles brefs de J. Sperling, Exploration in Elis 1939, AJ A, XLVI, 1942, . 77-89, — et d’A. Bon, , B CH, LXX, 1946, pp. 15-31. De bonnes cartes ont été publiées de la Pisatide dans V Atlas, pi. I, de la publication Olympia, avec commentaire par O. Partsch, Olympia, I, Berlin, 1897, p. 4 A, — et delà Triphylie : Karle von Triphylien au 150.000e par K. Graefinghoff, dans AM, XXXVIII, 1913, pi. IV.
318 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES cependant les deux grands fleuves, le Pénée et l'Alphée. Le Pénée, communément appelé à Tépoque moderne fleuve de Gastouni, est pour la chronique française (1) la «rivière d'Andréville» ; mais la chronique grecque l'appelle le « fleuve éliaque », de même que la version aragonaise ; ce nom, encore connu aux xvne et xvme siècles, était seul à garder vivant le souvenir de l’antique Elide (2). Le Pénée est d'ailleurs rarement mentionné, à la différence de l'Alphée, beaucoup plus important comme fleuve et dont la vallée ouvre la grande voie de communication entre les plaines occidentales et les bassins de l'intérieur (3). Villes et grandes forteresses. Andravida. — Au cœur de la plaine de Morée, trois sites ont une importance de premier plan : Andravida qui peut être regardée comme la capitale de la principauté franque, Clarence, qui est le grand port vers l'ouest, et Clermont ou Chlémoutsi, puissante forteresse qui domine toute la région et partage avec Beauvoir la mission de défendre le pays. Andravida tient, sous la domination franque, la première place en Morée (4). Le nom n'est pas antique ; d’origine slave peut-être, il est antérieur à l'arrivée des Francs bien qu'aucun texte ne le mentionne avant 1204 (5) ; il devient pour les conquérants Andreville (6). C'est aujourd'hui un bourg important (7), situé à 2 km. au nord du Pénée et à 3 km. à vol d’oiseau de la côte, au milieu de la plaine fertile, assez éloigné des lagunes pour être relativement salubre. Cette position centrale dans une plaine qui fournissait du blé et du vin et permettait l'élevage et l'entretien des chevaux, la proximité du port le mieux placé pour les relations maritimes avec l'occi (1) L. de la conq ., § 359. (2) Chron. gr., v. 5252 : , ou . 6575 : ; — L. de los fech ., la flumayra rio de Illiaco. La carte de De Fer porte Igliaco Penée R., celle de Cantelli da Vignola, Igliaco o Peneo fl. ; Niger, p. 326, O. Dapper, Beschryving , 2e partie, p. 167, l’appellent Igliachus , Igliako. Pouqueville, Voyage, V, p. 368, connaît encore cette appellation : « ce fleuve que les modernes appellent Poiami-tou Gastouniou , ou Eliacos ». (3) Sur l’Alphée, v. infra , pp. 349 et suiv. Voyage , V, pp. 366-367 ; — L. Ross, Reisen, p. 179 ; — Curtius, (4) Sur Andravida, cf. Pouqueville, Peloponnesos, II, pp. 16, 33, 35, 96 n. 15 ; — Buchon, Recherches , 1, pp. xxxvm et suiv., xl, et Grèce et Morée , pp. 508-511 ; — Krause, Géographie, p. 318 A ; — H. F. Tozer, JHS, IV, 1883, p. 209; — Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 4-6 ; — Longnon, L. de la conq., Introduction, p. xcix. (5) Le nom grec ’, Chron. gr., vv. 1426, 1609, etc., n’a pas changé jusqu’à nos jours, cf. Mélétios, Géographie, p. 370 B, et les recensements modernes ; A. Adamantiou, Chroniques de Morée , p. 537 le considère comme d’origine latine, ce qui n’est pas probable. J. Longnon, L. de la conq., Introduction , p.xcix, accepte, d’après V. Bérard, l’origine slave ; le nom signifierait le pays de la loutre. St. Dragoumès, op. cil. p. 6 . 1, rejette cette étymologie, assurant que les loutres sont inconnues dans le pays, et propose de chercher l’origine du nom dans un nom grec comme Andromède, ce qui est bien invraisemblable. Nous avons eu l’occasion de constater au cours d’un voyage qu’une loutre avait été prise au lieu-dit Vara, près de la ville ; l’argument de Dragoumès n’est donc pas valable ; cependant M. Vasmer n’a pas mentionné Andravida dans ses listes de LU, 1948, pp. 152-153, signale les deux étymologies sans noms d’origine slave. K. N. Hèliopoulos, , . les considérer comme décisives. Les habitants sont appelés (6) L. de la conq., §§ 92, 93, etc. ; — Andrevilla en aragonais, L. de los fech., § 107 ; — Andravilla en italien, Cron. di Morea, pp. 423, 431, etc., et Sanudo, 1st. di Rom., p. 116. On trouve des formes légèrement différentes comme Landreville, Innocent III, Ep ., XV, 22, PL, GGXVI, col. 561, ou, plus tard, Antravida dans D. N. Niger, p. 326 ; ces différences sont insignifiantes. § 339 : (7) 120 familles au début du xixe siècle d’après Pouqueville; aujourd’hui Lechaina est la seule agglomé¬ ration plus peuplée dans la région.
l’élide 319 dent, expliquent le rôle qu’ Andravida a joué. Assez loin de la mer pour ne pas redouter loin du relief pour ne pas être exposée à une descente des montagnards, la ville pouvait se développer librement sur un terrain uni. Aussi, dès la conquête, est-elle signalée comme importante et dépourvue de toute fortification ; elle ne reçut jamais de murailles (1). Il est inutile d’énumérer toutes les circonstances où l’on voit les princes ou leurs baux résider à Andravida, y réunir la cour des barons ou un parlement, recevoir de hauts personnages, rassembler des troupes ; c’est là encore qu’eut lieu, en 1377, le mariage de Hugues de Brienne, comte de Lecce, avec Isabelle de la Roche, veuve de Geoffroy de Karytaina (2). Le prince Geoffroy Ier de Villehardouin y avait obtenu la création d’un siège épiscopal, assimilé à l’ancien évêché byzantin d’Oléna dont il garda le titre. Aucun vestige ne reste de constructions antérieures à 1204. Mais les Francs parèrent la ville de monuments, signalés par les textes : Philippe de Savoie et Isabelle y habitent l’hôtel princier en 1301 (3). Des églises avaient été élevées : d’après la chronique aragonaise, c’est après la victoire de Sergiana que le prince Guillaume II aurait fait construire, en action de grâces, les églises de Sainte-Sophie, de Saint-Étienne et de Saint-Jacques (4). De saint-Étienne, on ne sait rien le Libro de los fechos en fait l’église des Franciscains, qui avaient en effet une maison à Andravida (5). L’hôpital Saint-Jacques non seulement existe en 1263-1264, mais il est même antérieur à 1214 ; après des négociations qui se prolongèrent de 1236 à 1241, il fut confié aux chevaliers teutoniques (6) ; c’est là que les princes de la maison de Villehardouin furent enter¬ rés (7). Sainte-Sophie, qui appartenait aux Dominicains, est souvent citée; ses vastes proportions la désignent comme lieu de réunion pour des assemblées Guillaume de Villehardouin y tint en 1265 un parlement où Geoffroy de Karytaina, revenant de son escapade en Italie, comparut pour implorer son pardon ; la première séance du procès fameux sur la baronnie d’Akova y eut également lieu (8). Il faut encore signaler le couvent de Saint-Nicolas-du-Carmel où Geoffroy de Karytaina vint en 1265 (9). les pirates, assez ; : (1) L. de la conq ., § 92 : Andraville estoit la meillor ville de la Morée, et gist en plain sans murs ne sans nulle forteresse ; — § 105 : ... Andreville, laquelle estoit en cellui temps (1205) la maistre ville de la Morée. Et de présent y entra, car il n'y avoii ne murs ne forteresse. Cf. Chron. gr., vv. 1425-1429. C’est seulement en 1263, devant la menace des Grecs de Mistra, que Guillaume de Villehardouin l’aurait fait entourer d’un fossé en guise de retranchement, L. de la conq., § 355 : ... a Andreville ou (le prince) estoit et faisoit adès fossier la ville entour... ; cf. Chron. gr., v. 5038, cette fortification est toute temporaire. (2) L. de la conq., § 239, — Chron. gr., v. 7250. (3) L. de los fech ., §§ 509-510. (4) L. de los fech., § 346 : Et ordenô en reuerencia de Dios et fizoferen Andreuilla très yglesias, es saber : la yglesia de Santa Sofia de los Frayres Predicadores et Sant Steuan de los Frayres Menores et Sant Jayme de los Templeros, que aguora es de los Espitaleros. (5) Cf. Wadding, Annales Minorum, IV, p. 350, — G. Golubovich, Biblioteca bio-bibliografica della Terra Santa e delVOrienle franciscano, II, p. 224. (6) Et non aux Templiers ni aux Hospitaliers, comme le dit le L. de los fech., § 346 ; cf. supra, p. 100, n. 7. (7) L. de la conq., § 535 ; — Chron. gr., vv. 7790-7794 ; — L. de los fech., § 419. La Cron. di Morea , p. 459, désigne l’église Saint-Laurent comme sépulture des princes ; cette mention unique peut être rejetée comme inexacte ; la découverte sur l’emplacement considéré comme celui de Saint-Jacques de la pierre tombale de la princesse Agnès, femme du prince Guillaume, confirme les autres versions de la chronique; v. infra, pp. 590 591, et pl. 21 a-b. (8) L. de la conq., §§ 407, 410, 510. La Chronique grecque ne signale pas que le parlement de 1265 y ait été tenu, mais y situe la séance où comparut Geoffroy de Karytaina, vv. 5872, 7419-7420. (9) L. de la conq., § 410. 22
320 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES De la ville médiévale ne subsistent aujourd’hui que fort peu de vestiges. a vu trois églises, dont il ne nomme que Sainte-Sophie ; Buchon a mentionné encore les restes de Saint-Étienne et de Saint-Jacques, dont il ne reste rien en surface aujourd’hui (1) ; seule Sainte-Sophie a laissé des ruines imposantes et intéressantes qui témoignent de l’importance que dut avoir Andravida comme capitale de la princi¬ pauté (pl. 10-21). Une distance à peu près égale, environ 13 km. à vol d’oiseau, soit trois heures de marche, sépare Andravida du port de Clarence et du château de Clermont, éloignés l’un de l’autre de 5 km. Bien que chacun de ces trois sites ait, par sa situation, une fonction bien définie, il est évident que cette fonction n’est pas exclusive. Le prince résidait souvent à Andravida et y réunissait la cour et le parlement, mais certaines assemblées ont été tenues aussi à Clarence. Clermont était la forteresse par excellence, mais cela ne signifie pas que Clarence ait été dépourvue de fortifications. On a hésité également à situer l’atelier monétaire à Clarence ou à Clermont. L’administration de la principauté n’a été ni rigide ni immuable, il a pu y avoir des changements, qui expliquent dans une certaine mesure les confusions faites par des historiens modernes. Pouqueville Clarence. — De toute l’Élide, Clarence est, d’après les sources, l’agglomération qui devait le plus ressembler, par son activité, à une ville au sens moderne du mot (2). Le nom, Clarence ou Klarentsa (3), semble bien être d’origine latine et la ville même, une création des conquérants. Voyage, V, pp. 366 (1) La ville n’a pas spécialemert attiré l’attention des voyageurs : v. Pouqueville, 367 ; — Leake, Travels, II, p. 169, — Curtius, Peloponnesos, II, pp. 16, 96 n. 15 ; — Philippson, Peloponnes, pp. 298, 306-307, 592. Buchon, Grèce et Morée, pp. 509-510, signale qu’il reste de Saint-Étienne « un pan de murailles et la base des murs d’enceinte qui ont quatre-vingt-deux pas de longueur », de Saint-Jacques, quelques pierres de muraille et les bases de l’enceinte extérieure du côté de l’autel ». G. Sotériou a fait des recherches signalées dans N. ., XIII, 1916, p. 480 : il a retrouvé au lieu où la tradition situe Saint-Jacques, à 1 m 50-2 m. de profondeur, un gros mur, dont les matériaux se voient également dans les maisons actuelles voisines où ils ont été remployés : il a constaté la présence de substructions analogues sur une aire de près de 2 km. de large : la ville médiévale aurait donc été très vaste. D’autres débris jalonnent la route d’Andravida à Lechaina ; enfin, près de là, à Vara, G. Sotériou a dégagé un hypogée dont le toit repose sur douze piliers de maçonnerie, mais qui ne semble pas susceptible d’être daté même approximativement. — D’autres fouilles ont été pratiquées plus tard sur l’emplacement de Saint-Jacques et de Saint-Étienne dont les résultats assez XVII, 1923, pp. 101-103. Sur Andravida à l’époque franque, un bref maigres sont mentionnés dans N. ., article a été écrit par W. Miller, The Morning Post, nos des 2 et 15 août 1908, reproduit en grec dans N. . XXI, 1927, pp. 389-392. — C’est « il y a une quarantaine d’années », nous a-t-on dit en 1950, que la pierre tombale de la princesse Agnès aurait été extraite de l’emplacement où se trouvait Saint-Jacques. (2) Sur Clarence, v. Pouqueville, Voyage, V, pp. 364, 371 ; — Leake, Travels, II, pp. 173-174; — Buchon, Recherches , I, p. xli, et Grèce et Morée, pp. 513-516 ; — Curtius, Peloponnesos, II, pp. 16, 33, 35 ; — Philippson, Peloponnes, pp. 298-299, 307-308, 592 ; — J. Servais, BCH, LXXXV, 1961, pp. 130-135. Sur le site et les ruines, cf. infra , pp. 602-607. « : Clarence, L. de la conq., §§ 85, 110, 146, etc. — Clairence, liste des fiefs de 1391 ; — en Chiarenza , Cron. di Morea, pp. 431, 432, etc., ou Clarenza, Assises de Romanie § 177, cette dernière forme a été adoptée par les historiens modernes ; — en aragonais : Clarenca, L. de los fech., §§ 163, 186 etc. ; — en latin : Clarentia ou Clarencia, dans les actes des registres angevins et sur les monnaies de la principauté ; — Chron. gr., H, vv. 2218, 5843, etc., mais aussi, en grec, les formes sont assez variées : ou , Sphrantzès, dans P, v. 5843 ; — Chalcocondyle, CSHB , p. 241, se sert de la forme , II, 10, CSHB, p. 156, de celle de p. 54, ; celle de la Chronique brève n° 29, éd. Lampros-Amantos, , peut être considérée comme une erreur. Cette variété de formes en grec est un argument en faveur (3) En français italien :
l’élide 321 La ville médiévale (pi. 22-25 et fig.) était établie à la pointe nord de la presqu’île qui s’avance à l’ouest du Péloponèse, un peu à l’ouest du village actuel ; c’est au nord que se trouve le mouillage le mieux abrité de toute cette partie de la côte de l’Élide ; il est normal qu’un port y ait existé depuis longtemps. Nous ne soulèverons pas ici le problème discuté de savoir si Clarence occupe l’emplacement de l’antique Kyllènè (1). Ce qui nous intéresse, c’est que le port connut bientôt une activité considérable, car c’était le point de départ ou d’arrivée le plus commode pour passer de Morée en Italie, mieux situé pour ces traversées par rapport à l’Élide, centre de la domination franque, que Patras ou les ports méridionaux. Le trafic devint encore plus intense après 1261 et surtout après 1267, quand la principauté dépendit des Angevins de Naples. Émissaires et ambassadeurs de toutes sortes, représentants et fonctionnaires de la cour de Naples y passent ; c’est là que débarquent les renforts envoyés d’Italie, les chevaux, les armes, le blé. On comprend que le commerce y connut aussi un grand essor (2) ; des négociants et des banquiers italiens, surtout des Vénitiens, étaient venus s’y fixer et l’on y employait au xive siècle un système de poids et mesures et de monnaies qui était propre à Clarence, ce qui ne se justifie que par une activité considérable (3). Il est probable que des ateliers avaient été établis dans la ville, pour les besoins du port, et parce que les artisans pouvaient recevoir facilement par mer les produits dont ils avaient besoin (4). Le port devait également exporter les productions de l’origine française du nom, admise par Adamantiou, Chroniques de Morée, p. 537. C’est la forme commen¬ çant par le son c dur qui semble la plus répandue aux xme et xive siècles ; celle de est préférée par par les textes du xvie siècle, cf. A. Delatte, Les portulans grecs, pp. 47, 208, 212, bien que Meletios, Géogra¬ phie, p. 366 A, écrive encore . Les voyageurs modernes se servent soit de la forme italienne Chiarenza soit de Glarentsa, ou Glarantsa, comme Leake, Travels, I, p. 8 ; c’est encore de Glarentsa qu’usent les habitants d’aujourd’hui quand ils font allusion à cette appellation à peu près complètement disparue, remplacée par Kyllini. On peut en déduire que Glarentsa est plutôt une forme populaire ; et l’on ne peut admettre l’étymologie mouette ; c’est peut-être proposée par Leake, Peloponnesiaca, p. 212, qui fait venir le nom du grec , par une parétymologie de ce genre qu’on est passé de Klarentsa à Glarentsa. Cf. Adamantiou, Chroniques de LU, 1948, p. 171. La dernière syllabe dans les formes non Morée, p. 537 n., — K. N. Hèliopoulos, * , françaises est soit -tia ou -cia, soit -tsa, mais non -tsia, comme l’écrit D. M. Metcalf, BSA, LV, 1960, pp. 38 et suiv. — La ville est appelée Larentcha ou Larandja par Ewliya-Celebi, VIII, p. 293 ; mais on ne peut la reconnaître dans YEclirens d’ABOu’L-FEDA, Géographie, trad. Reinaud, II, p. 280, comme l’admet Hopf, I, p. 432 A, car le passage où est cité ce nom ne se rapporte pas au Péloponèse. BCH, (1) Sur cette question, v. les remarques que nous avons présentées dans notre article , LXX, 1946, pp. 23-27. Malgré les objections qu’on peut faire et qui reposent sur les indications topographiques des auteurs anciens, il est logique de situer le port antique le plus important de l’Élide en ce point le plus favorable de la côte ; cette opinion a été récemment confirmée par les observations de J. Servais, Recherches sur le port de Cyllène, BCH, LXXXV, 1961, pp. 123-161, en particulier pp. 137-145. (2) Une foire, ou panégyrie, s’y tenait à la Saint-Démétre, le 26 octobre, cf. Thiriet, Régestes, I, p. 39, n° 81. (3) Ce système nous est connu par un chapitre du traité de Francesco Balducci Pegolotti, La pratica della mercatura, éd. Allan Evans, Publ. of the Mediaeval Academy of America, XXIV, Cambridge Mass., 1936, pp. 118-119 ; dans l’introduction, pp. xxxix-xli, l’éditeur en compare le texte avec celui de la Pratica della mercatura scritta da Giovanni di Antonio da Uzzano nel 1442 , publiée par Pagnini, Della décima e di altre gravezze imposte dal commune di Firenze, IV, Lisbonne-Lucques, 1766 ; ces textes avaient été précédemment reproduits par Buchon, Nouu. rech., II, pp. 98-103, cf. G. Schlumberger, Numismatique de VOrient latin , pp. 311-312. Un témoignage de l’importance de Clarence comme place de commerce au xive siècle peut être trouvé dans une allusion de Boccace, Dcameron, VII, 3e jour. (4) Outre les renforts, le ravitaillement en armes ou produits alimentaires, les Angevins envoyaient aussi des ouvriers par exemple en 1281 y est établie une forge pour fabriquer des flèches, cf. Hopf, I, p. 318 A. :
322 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES de la Morée (1). On s’y embarquait pour se rendre dans les ports de l’Italie du sud, Brindisi, Bari ou Barletta, mais aussi vers les îles Ioniennes, vers Zara ou vers Venise. La durée des traversées variait suivant le temps et selon la nature ou les qualités du navire le délai moyen entre Brinsidi et Clarence semble avoir été de deux ou trois jours (2). L’agglomération devait être assez populeuse (3). Le prince était représenté par un châtelain ou par un capitaine qui, au xive siècle, avait le droit de rendre la justice en son nom (4). Plusieurs parlements y tinrent leurs séances : vers 1276 le procès au sujet de la baronnie d’Akova y fut jugé, dans le couvent de Saint-François qui appartenait aux Frères mineurs (5) ; Isabelle et Florent de Hainaut, arrivant en Morée, furent reçus par le bail Nicolas de Saint-Omer en ce même couvent (6) que l’on est tenté d’identifier avec les seules ruines encore visibles sur le site de la ville. Il y avait aussi un hôpital (7), une église des Frères prêcheurs où fut enterré, en 1348, le bail Jean Delbuy (8), et une église de Saint-Marc construite par les Vénitiens sur un terrain acheté aux Frères mineurs (9). C’est au château de Clarence que fut retenu comme otage jusqu’en novembre 1281 un fils du despote Nicéphore d’Épire, Michel (10). Sur l’importance de Clarence comme ville et comme port, tous les historiens sont d’accord. Mais deux points ont soulevé des discussions : la ville était-elle fortifiée : (1) Thiriet, Romanie vénitienne, p. 349. Les archives vénitiennes donnent en ce domaine des indications intéressantes bien que très dispersées. (2) La Chron. gr. donne à plusieurs reprises une indication de ce genre : vv. 5843 et 6555 : . 7165 : * * ' . . Il est probable que cette indication n’a qu’une signification conventionnelle et qu’elle est donnée non parce que la traversée fut exactement de cette durée, mais parce qu’il était convenu qu’une traversée heureuse se faisait dans ce délai. Fr. Cerone, La sovranità napoletana, I, p. 21, fait de ces trois jours la durée normale pour una nave, anche tarda e non favorita da buon vento. Seul un passage du L. de la conq ., § 407, donne une durée très différente : cinq semaines pour le voyage de Manfredonia à Clarence, alors que la Chron. gr. vv. 5841-5843, compte six et trois jours respectivement pour les trajets par terre et par mer. (3) En janvier 1447 le Sénat de Venise est informé que les Turcs auraient enlevé 60 000 habitants à Clarence, cf. Thiriet, locale a conservé le souvenir, Régestes, III, p. 136, n° 2735, fait dont la tradition cf. Pouqueville, Voyage, V, p. 370. Le chiffre est manifestement exagéré, à moins qu’il ne faille entendre par Clarence non la ville, mais la province, le « duché » de Clarence. (4) Les Registres angevins, cités par Hopf, I, pp. 316 B, 317 B, 318 A, donnent le titre de châtelains aux personnages nommés par Charles Ier pour le représenter à Clarence dans les années qui suivirent la mort de Guillaume de Villehardouin : Jean de Tancrède en 1279, le juge Taddeo de Florence en 1280, cf. Del Giudice, Famiglia di re Manfredi, ASPN, V, pp. 295-296, note, — Guglielmo Guercio en 1283, qui était bour¬ geois de Clarence. Les Assises de Romanie, § 177, éd. Recoura, p. 271, font allusion à un capitaine, à une époque où l’importance de la ville devait avoir augmenté relativement à celle d’Andravida par exemple. En 1348, les documents vénitiens mentionnent Nicoletto Foscarini, capitaine-amiral à Clarence, Hopf, I, p. 449 A. (5) L. de la conq., § 246 ; — Chron. gr., vv. 7517-7518, cf. 7393-7394. Clarence était le centre d’une des custodies des Franciscains en Grèce, Wadding, Annales minorum, IV, p. 133. Le bail Perroto Arrimeno fut enterré dans leur église d’après le L. de los fech., § 687. (6) L. de la conq., § 295 ; — Chron. gr., v. 8622. Nicolas de Saint-Omer réside à Clarence : L. de la conq., § 283 ; — Chron. gr., v. 8353. (7) Hopf, I, p. 293 B n. 81, le signale d’après Reg. Ang. n° 15 (1272 G) fol. 84, tenait comme celui de Patras aux Cisterciens, hypothèse que rien ne confirme. en supposant qu’il appar¬ (8) L. de los fech., § 680. (9) Hopf, I, p. 434 A. (10) C. Miniero-Riccio, Despotat grec, I, p. 60, n. 1. ASI, 4e série, V, 1880, pp. 182-183 ; — Del Giudice, ibid.; — Zakythènos,
l’élide 323 xme siècle, possédait-elle réellement l’atelier monétaire qui lui est attribué ? Les discussions viennent de la proximité de la ville et de la forteresse de Clermont, dont les érudits ont daté et expliqué la construction et le rôle de façon très variée. Pour R. Traquair (1), Clarence a été fondée comme ville par les conquérants et le prince y construisit, pour la défendre, une forteresse, qui serait Clermont (2) ; pour lui donc, au xme siècle, il n'y avait qu’un site, Clarence, ville dominée par un château-fort, c’est-à-dire une enceinte très vaste et un réduit puissant qui aurait été aussi le lieu de l’atelier monétaire. Mais en 1428 Constantin Paléologue l’occupa et, une flotte catalane s’en étant emparée en août 1429, Constantin, après l’avoir rachetée, ordonna d’en détruire les murs de peur de la voir retomber entre les mains de pirates (3). Traquair, constatant que Clermont est cité dans les listes du xve siècle, et que Clarence est au contraire décrite comme en ruines par Coronelli à la fin du xvne siècle, conclut que Constantin Paléologue a dû reconstruire presque aussitôt, pour remplacer Clarence détruite, une forteresse nouvelle, plus loin vers l’intérieur : ce serait le château de Chlémoutsi encore debout aujourd’hui et qui daterait du deuxième quart du xve siècle. A ses yeux, d’ailleurs, cette hypothèse est justifiée par les caractères archéologiques des monuments. Pour G. Sotèriou au contraire, l’actuel Chlémoutsi serait bien le château construit au début du xme siècle ; il aurait toujours abrité l’atelier monétaire auquel il devrait le nom de Castel Tornese ; Clarence au contraire n’aurait eu d’abord qu’un réduit dominant la ville, sur la falaise ; une enceinte fortifiée et des monuments importants n’y auraient été construits qu’après 1428 par les Paléologues : Sotèriou justifie également cette chronologie par l’étude des ruines (4) ; mais il ne cherche pas à préciser quel rapport il y aurait lieu d’établir entre ces constructions et la décision prise par Constantin de démanteler la ville. En fait les ruines n’obligent à admettre ni l’une ni l’autre de ces chronologies et permettent de mieux respecter les indications des textes, qui sont claires (5). Aucun texte, il est vrai, ne dit que Clarence ait reçu une enceinte au xme siècle ; mais le récit des événements qui suivirent la mort de l’infant Ferrand de Majorque en 1316 révèle que la ville était fermée puisque l’on y rencontre des expressions comme portale ou porlalia Clarentiae (6). On relève, dans un acte de 1337, la mention d’une domus in Castro Clarencie (7) : l’expression ne peut dès le (1) R. (2) R. Traquair, BSA., XIII, 1906-1907, pp. 275, 279. de 1217 et nomme le prince Geoffroy II : nous avons préféré la date de 1220-1223 et indiqué qu’il s’agit en réalité de Geoffroy Ier, cf. supra , p. 95. (3) G. Sphrantzès, II, 2, 9, CSHB, pp. 128, 156. Clarence avait en effet déjà été prise ainsi à Olivier Franco et revendue ; elle avait dû souffrir passablement de ces incursions. Sur la date de l’épisode, V. Gerland, Neue quellen, p. 68 n. 2. XIII, 1916, pp. 477-480, et Mélanges O . et M. Merlier , II, Athènes 1956, (4) G. Sotèriou, N. ., pp. 425-432. (5) A notre avis, aucun des textes anciens ne prête à confusion quand il s’agit de Clarence et de Clermont ; les faits cités par R. Traquair, l.l., p. 276, distinguent parfaitement les deux sites ; R. Traquair semble ne pas s’être reporté au Libro de los fechos, auquel il renvoie : il aurait vu, §§ 565, 567, que, en 1315, Clarence, abandonnée par le bail de Morée qui se retire à Clermont, se rend à l’infant ; puis le bail abandonne Clermont et les seigneurs de Durnay et de Nivelet rendent alors la forteresse à Ferrand. Le récit ne laisse aucun doute sur l’existence simultanée à cette date de Clarence et de Clermont, comme deux sites distincts. (6) Du Cange, éd. Buchon, II, pp. 385, 387. (7) Acte de donation de l’héritage de Lise des Quartiers à Nicolas Acciaiuoli, Buchon, Nouv. rech ., II, p. 93. Traquair donne la date
324 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES s'appliquer qu'à une ville fortifiée, une maison privée ne pouvant être située à l’inté¬ rieur du château-fort qui domine la ville. Enfin, quand Sphrantzès dit que Constantin ordonna de détruire « tous les murs », il paraît difficile d’admettre qu'il s’agit simple¬ ment d’un réduit. A notre avis, l’enceinte de la ville peut remonter au xme siècle. Détruite au début au xve, elle semble n’avoir jamais été reconstruite cela n’empêcha pas que l’on se servît du port au xve siècle la position est même encore assez impor¬ tante pour que toute la région nord-ouest du Péloponèse soit appelée par les Vénitiens le ducato di Chiarenza. Mais la ville apparaît comme ruinée et déserte dès le xvie siè¬ cle (1) ; c’est la domination turque sans doute qui, interrompant le trafic entre la ; : Morée et l’Occident, l’a fait abandonner : le port au nord se comble et les bateaux viennent mouiller soit près de la petite plage au sud-ouest soit à l’est de l’ancien port, où un village se forme, qui a repris aujourd’hui une certaine importance (2). D’autre part, rien n’autorise à enlever à la ville l’atelier monétaire que tous les textes et documents lui attribuent. Les Registres angevins, quand ils signalent l’envoi de fonctionnaires, d’ouvriers ou de métaux pour l’atelier monétaire, nomment toujours puis DE Clarence (3). Les monnaies portent toutes la mention CLARENTIA, CLARENTIA, et, à partir du prince Florent, DE CLARENCIA, à l’exception de celles qui furent frappées à Corinthe (4). Nous admettrons donc que Clarence a bien eu au xme siècle un hôtel des monnaies aussi longtemps qu’on ne pourra produire un document contemporain situant l’atelier au château de Clermont. Dans les environs immédiats de Clarence, il faut situer au bord de la mer, la tour ». A la fin du xvue ëvat (1) Portulan grec II, éd. A. Delatte, p. 213 : « siècle, voir G. Wheler, Voyage , II, p. 2, et surtout J. Spon, Voyage , II, pp. 4-5 : « Lorsque les Vénitiens étaient maîtres de la Morée, il y avait là une petite ville, mais présentement il n’y reste que le tour des fossés et quel¬ ques pans de murailles parmi les champs. Il y en a de fort épais sur le lieu le plus éminent qui regarde la mer ; et l’on ne saurait dire si c’est un tremblement de terre ou de la poudre à canon qui a fait sauter des murailles si massives. Cette description montre que l’état de ruine d’avant 1940 était sensiblement le même qu’il y a trois cents ans, et que la destruction devait être ancienne à cette époque. Cf. Coronelli, Morée , pp. 47-48 ; — O. Dapper, Beschryving, 2e partie, p. 9. Le rapport du provéditeur vénitien Franscesco Grimani en 1701 distingue parfaitement Castel Tornese... loniano di mare et le reliquie delVaniica città de Chiarenza, où il conseille V, 1896-1900, p. 484. Le recensement vénitien de l’Élide de reconstruire une forteresse, éd. Lampros, , I, 1904, pp. 494-495, ne signale pas Clarence. Ewliya-Celebi, VIII, en 1689 publié par Lampros, N. ., p. 293, insiste sur l’excellence de la situation et l’importance qu’elle aurait si elle était fortifiée. Tous les voyageurs ou géographes au xixe siècle signalent la ville comme ruinée et le lieu comme à peu près désert. Cf. Chandler, Travels , p. 283; — Leake, Travels, II, pp. 173-176; — Peloponnesiaca, pp. 210-212; — Puillon-Boblaye, Recherches , pp. 120-121 ; — Pouqueville, Voyage, V, pp. 368 et suiv. ; — Buchon, Grèce el Morée , pp. 513-514, qui prend paradoxalement les ruines de la forteresse pour antiques ; — Mentelle et Malte-Brun, Géographie , X, p. 231. (2) Dès le xviie siècle Ewliya-Celebi, ibid ., signale qu’il y a deux ports. Sur la place des ports et du village actuel, v. BCH, LXX, 1946, pp. 24-26, et infra , pp. 606-607. (3) Cf. Hopf, I, pp. 316-318 : c’est la regia sida Clareniie, cf. Minieri-Riccio, Saggio di codice diplo matico, I, p. 204. » l’histoire du monnayage de la principauté, v. la bibliographie, supra , p. 45 : Guillaume II que dateraient les premières émissions de deniers tournois, qui furent frappés à Clarence, d’après D. M. Metcalf, The currency of deniers tournois in Frankish Greece , BSA, LV, 1960, pp. 38-59, et non vers 1250, comme l’admettait G. Schlumberger, Numismatique de l Orient latin, pp. 309-310, se fondant sur le récit de Marino Sanudo. L’activité de cet atelier se poursuit jusque sous le prince Robert, vers le milieu du xive siècle, cf. G. Schlumberger, op. cil, p. 321. (4) Sur les monnaies et c est seulement des dernières années du règne de
l’élide 325 de Kalopotami où la princesse Isabelle reçut Roger de Loria en 1292 (1), mais qu’aucun indice ne nous a permis d’identifier, et le couvent des Vlachernes (pi. 25-31). Ce couvent se trouve à quelque distance à l’est de Clarence, dans un petit vallon non loin de la mer. Aucun texte contemporain de la domination franque n’en a parlé, on n’en connaît donc pas l’histoire mais il est certainement antérieur à 1205 (2). Le nom même vient probablement du couvent de Constantinople (3). Cité dans une chronique à la date de 1430-1431 (4), le monastère est signalé par diverses cartes du xvie et du xvne siècle et dans les listes d’Alberghetti (5), mais n’a retenu l’attention que de peu de voyageurs (6) ; il offre pourtant un très grand intérêt archéologique (7). Clermont-Chlémoutsi. — Le château de Clermont (pi. 33-50 et fig. 12-13) ne peut en aucun cas être considéré simplement comme la forteresse de Clarence il en est distant d’une bonne heure de marche et, comme il est placé au centre d’une sorte de plateau bombé et ondulé plutôt que sur une colline isolée, le bord du plateau dominant la côte masque partout le rivage à ses vues : du haut des terrasses du château, on ne voit que l’extrémité nord de la pointe qui porte Clarence. Si la configuration du relief, qui est sans doute à l’origine du nom antique de Chelonatas pour sa ressemblance avec le profil aplati d’une carapace de tortue (8), gêne les vues du château sur les côtes de la presqu’île même, cette éminence de 226 m. d’altitude seulement mais éloignée de toute montagne lui assure une vue panoramique immense : du haut des murailles, on découvre Zante à l’ouest, au nord Céphalonie, Ithaque, Leucade, les côtes de l’Étolie Acarnanie, puis vers l’est toute la plaine de l’Élide creuse jusqu’au cap Araxos au "nord, jusqu’aux collines qui la séparent de la vallée de l’Alphée au sud, enfin toutes les rangées de collines ou de montagnes qui, sur plusieurs plans, limitent la plaine et barrent l’horizon à l’orient. Ce panorama mérite d’être évoqué, non : de la conq., § 790 : une tour que on appelle la Galopotamy, qui est a la rive de la mer » ; — L. de 498. Le nom est évidemment grec et semble indiquer que le lieu-dit doit être à l’embouchure d’un ruisseau. La localisation reste incertaine, les noms formés sur potamos ne sont pas rares : Leake, Travels, I, p. 11, signale aux bouches du Pénée, le village de Potami ou Koraka. Il est évident que la tour de Kalopotami , ne peut être le château de Clermont, comme l’affirme G. Sotèriou, Mélanges O. et M. Merlier , II, p. 453, Clermont n’étant pas au bord de la mer. (2) L’hypothèse de Rennell Rodd, The princes of Achaia , I, pp. 141-142, d’après laquelle il aurait été construit pour abriter le tombeau de Robert de Courtenay, empereur de Constantinople, qui mourut au cours d’une escale en Morée en 1228, ne repose sur rien et le style du monument indique de façon irréfutable qu’il fut au moins commencé avant la fin du xne siècle. Nous rejetons de même l’hypothèse de Nouchakès, Géogra¬ phie, II, p. 590, qui le croit fondé vers 1261 par des réfugiés de Constantinople, ou celle de Lellès, N. ., XVII, 1923, p. 102-103, qui en attribue la fondation à un Grec fuyant Constantinople après 1204. ., LU, 1948, p. 164 ; — A. K. Orlandos, . (3) Cf. K. N. Hèliopoulos, , 1923, pp. 5-6. (4) Chronique brève n° 29, éd. Lampros-Amantos, p. 54. Autre mention dans un poème du xvme siècle. N. A. Bees, Les ’ de Constantin Kaisarios Daponte et les monastères du Péloponnèse (en grec), , Noël 1942, p. 23. (5) Battista Agnese : S(anta) M(aria) Vlacherena ; — Bouttats : Vlacherina ; — Alberghetti, p. 124 : Vlachierena, dans le territoire de Gastouni. (6) Gell, Itinerary, p. 31 : monastery Blakeriana, — Pouqueville, Voyage , V, p. 371 et n. 1, — Buchon, Grèce et Morée, p. 513. (7) Cf. infra, pp. 561-574. (8) V. les photographies du site de J. Servais, BCH, LXXXV, 1961, p. 127, fig. 2, et LXXXVIII, 1964, p. 12, fig. 2, et, vu d’Élis, p. 49, fig. 20. (1) los fech L. § «
326 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES seulement pour sa beauté, mais parce qu’il est le meilleur argument pour faire com¬ prendre le rôle de Clermont : c’est bien une forteresse destinée à assurer la défense générale d’une vaste province. Geoffroy Ier avait su choisir l’emplacement qui s’impo¬ sait ; il y éleva un château beaucoup plus puissant et mieux construit que la plupart de ceux qui furent bâtis alors, ce qui s’explique par les moyens dont il disposait, les revenus des biens du clergé confisqués pendant trois ans. Il n’y a pas de trace de construction médiévale antérieure (1) et le nouveau château reçut en français le nom de Clairmont ou Clermont, les Grecs l’appelèrent Chloumoutsi ou, comme on dit de préférence aujourd’hui, Chlémoutsi (2), dont l’origine reste très discutée (3). Plus tard il a été surnommé Castel Tornese : ce nom apparaît dans la version italienne de la Chronique de Morée, de beaucoup postérieure aux autres, et devient le plus courant dans les portulans et sur les cartes des xvie, xvne et xvme siècles ; il s’étend même au cap voisin, tandis que le village garde le nom de Chlémoutsi (4). Ce nom vient-il des deniers tournois autrefois émis par les princes, (1) Des sondages pratiqués par M. J. Servais en 1962 ont confirmé que la base des murs repose directe¬ ment sur des vestiges préhistoriques, v, BCH, LXXXV, 1961, pp. 158-159 et fig. 15, — et LXXXVIII, 1964, pp. 14-15 et fig. 5. L. de la conq., §§ 385, 615, 621, 652 et p. 403 ; Clarmont, liste des fiefs de 1391 ; — Claramont, Sanudo, 1st. di Rom., p. 117; Claramonte, liste des fiefs de 1377, et Chiaramonte, liste des fiefs de 1463 ; — en aragonais : Claramont , L. de los fech ., §§ 217, 508, 559 et suiv., 622; — en latin Clarus Mons, dans le premier acte connu daté du château, 30 septembre 1224, Du Cange, éd. Buchon, I, p. 426, et p. 426, et dans la relation sur la mort de Ferrand de Majorque, Du Cange, II, p. 390. En grec : la Chron. gr. , , , . donne les formes 2652, 2655 (), 2656, 2713, 5581, 8851 ; , P. préfère parfois ; dans Sphrantzès, II, 2, — IV, 19, CSHB, pp. 310, 409 : , IV, 14, . 324 : Chalcocondyle, CSHB , II, p. 170 : ; — dans Laonic . on trouve encore dans un portulan grec de la fin du xvie siècle, A. Delatte, Les portulans grecs, p. 306 ; — , est la en 1727, Miklosich et Müller, V, p. 201. La forme plus répandue à l’époque moderne. En turc, Ewliya Celebi, VIII, pp. 203, 295, l’appelle Hlomitch et (2) Clermont dans en italien : Hlomouich. (3) Pococke, Voyage, VI, p. 213 n., a en fait un nom turc. Buchon, Recherches, I, p. xli, le considère comme une déformation du nom de Clermont ainsi que A. Struck, AM, XXXIV, 1909, p. 236. Si on laisse de côté les explications anciennes de Leake, Peloponnesiaca , p. 210, de H. F. Tozer, JHS, IV, 1883, p. 209, I, 1881, et l’hypothèse inacceptable d’une origine albanaise, proposée par S. G. Panagiotopoulos, , n° 15, p. 114, on peut hésiter entre une origine slave qui rapproche le nom d’un mot qui veut dire colline, hauteur, et qu’on retrouve dans Chelmos, cf. M. Vasmer, Die Slaven, p. 145, n° 34, et une origine grecque : jaune, pâle; D. I. Georgakas, BZ, XLI, 1941, p. 379, à la suite de Ghatzidakès, le fait venir du grec , XIX, 1925, p. 325 et . ., A. Chatzès, N. ., 1920, p. 74 n. 3, estime que le nom de lieu a dû venir , d’un nom de famille , puis et , cf. ce serait LU, 1948, pp. 160-161. Au point de vue du sens, l’étymologie slave est la plus N. K. Hèliopoulos, ’ , satisfaisante, mais elle n’explique pas le passage de la racine à la forme Chloumoutsi. Pour nous, nous pensons que le nom original est le nom français, la forteresse étant une création franque ; le nom grec est une interprétation de ce nom, il a varié dans ses formes et peut avoir également varié dans le sens qu’il a eu pour ceux qui employaient ces diverses formes. (4) Cron. di Morea, pp. 434-435 : il castello di Clomuzzi detlo Castel Tornese. Mais si ce nom est très fréquent, nous n’avons pas rencontré sur des cartes ou dans des textes anciens son équivalent français Château Tournois, ni le grec, Castro-Tornese, que donne Buchon, Grèce et Morée, p. 511, et que beaucoup d’historiens ont répétés. Tous ces voyageurs ou géographes, toutes les cartes que nous avons consultées ne connaissent que la forme Tornese, parfois légèrement modifiée naturellement : Tornexe , sur la carte catalane de 1375, Kretschmer, Italienische Portolane, p. 634 B ; — Caslel-Turnèse dans Mentelle et Malte-Brun, Géographie , X p. 209. En grec pour le cap voisin, chez Mélétios, Géographie p. 366 B. Seul le nom de Chlémoutsi est resté vivant pour le village qui est appelé officiellement Kastro de Vartholomion.
L’ÉLIDE 327 comme on le suppose généralement (1) ? C’est l’explication la plus vraisemblable, mais elle se heurte au fait que le nom n’apparaît qu’au xve siècle, un siècle environ après la fin des émissions monétaires de la principauté qui s’arrêtent sous le prince Robert (1333-1364) : il faut supposer que, dans l’intervalle, une confusion a pu se faire entre Clarence détruite dès 1429 et Clermont comme lieu de l’atelier monétaire ; mais, à notre avis, on ne peut tirer de ce nom trop tardif un argument contre la locali¬ sation de cet atelier à Clarence que confirment les textes et les monnaies elles-mêmes portant la mention DE CLARENTIA. En 1237, Geoffroy II de Villehardouin fit don d’une maison in caslello Clarimonlis aux Chevaliers teutoniques, qui devaient avoir aussi l’hôpital Saint-Jacques à Andra vida (2). Les textes font peu d’allusions au château, ne parlent pas d’autres travaux que ceux de 1220-1223 ; malgré son importance, il n’a pas fait l’objet d’opérations militaires ou de sièges mémorables ; tout au plus a-t-il joué un certain rôle lors de la tentative de Ferrand de Majorque. Par contre il a servi de prison d’État : les chefs grecs pris à Makryplagi y furent enfermés ; Thomas, fils du despote Nicéphore d’Épire, y fut logé comme otage jusqu’en 1292 (3) ; la princesse Marguerite y fut retenue prisonnière et y mourut en février 1315. Enfin Jean Asên, fils naturel du dernier prince, Centurione II Zaccaria, y fut enfermé par Thomas Paléologue en 1453, mais réussit à s’en échapper plus tard pour se joindre aux Albanais révoltés (4). Clermont fut pris par les Turcs en 1460 (5). Ce monument, le plus beau témoin de l’art militaire dans la principauté française, dut perdre beaucoup de son importance stratégique avec la disparition de la domination franque et surtout après la conquête turque (6). Même pour les Vénitiens, il ne présente pas la même utilité et le provéditeur Francesco Grimani proposait en 1701 de le détruire comme trop éloigné de le mer et trop difficile à défendre (7). Au début du xixe siècle, sous la domination turque, il est pour ainsi dire abandonné (8) ; et c’est seulement au cours des guerres de l’Indépendance qu’il joue à nouveau un certain rôle qui décide Ibrahim-pacha à en faire sauter une partie pour le rendre inutilisable (9). On peut donc supposer que l’essentiel des constructions est antérieur au milieu du xve siècle, et que p. 160, — (1) Leake, Travels , II, p. 173, — Tozer, JHS, IV, 1883, p. 212, — R. N. Hèliopoulos, l. H. R. Kahane, Italienische Ortsnamen, pp. 216-217, font une confusion inattendue et expliquent le nom en disant que Geoffroy de Villehardouin qui construisit le château en 1217 (sic) était originaire de Tours ( !) tout en admettant que l’atelier monétaire y était situé. Par contre G. Wheler, Voyage, II, p. 2 et J. Spon, Voyage , II, p. 4-5, distinguent Clemouzzi et Tornèse Tabulae ordinis iheulonici , p. 134 n° 133. (2) E. Strehlke, (3) Le prince Florent le libéra à son retour de la campagne en Ëpire d’après le L. de la conq., § 652, seul 1 à signaler le fait. (4) Chalcocondyle, CSHB , II, pp. 407, 408 ; — Sphrantzès, CSHB , p. 384. Cf. L. de Mas-Latrie, Les princes de Morée, p. 27, — Zakythènos, Despotat grec, I, p. 248. Cf. supra, p. 293. (5) Sphrantzès, IV, 19, CSHB, p. 409, il se contente de dire que le château était très fort, sans donner aucun détail sur le siège. (6) Aux voyageurs ou géographes déjà cités qui ont parlé de Chlémoutsi, on peut ajouter le rapport du II, 1885, p. 308, — G. Albrizzi, Notitia, p. 29 ( Cloromoutzi ), — O. Dapper, provéditeur Corner, , Beschryving, 2e partie, pp. 10-11, — Pouqueville, Voyage, V, pp. 364-365, — Leake, Travels, II, pp. 171-173, Gell, Itinerary, p. 31 ; — Buchon, Grèce et Morée, pp. 511-512. V, 1896-1900, p. 484, à condition de reconstruire, pour le remplacer, la forteresse de Clarence. (7) , Voyage, V, p. 364. (8) Pouqueville, (9) Buchon, Grèce et Morée , p. 512, — K. N. Hèliopoulos, ibid. Sur ces événements du xv* au xixe BSA , XIII, 1906-1907, pp. 276-277. siècle, v. R. Traquair,
328 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES ni les Turcs ni les Vénitiens n’y ont rien ajouté d’important. Par ailleurs, si un village s’est développé au pied et à l’ouest du château, il n’est jamais devenu une ville la liste de 1391 ne donne pas le nombre des feux pour Clermont (1). : Beauvoir-Belveder-Pontiko. — Au sud du cap Chelonatas, la position la plus importante sur la côte de l’Élide, qui est aussi le point géographique, le plus remar¬ quable, est la presqu’île appelée dans l’antiquité Ichthys et qui, aujourd’hui, se termine au sud par le cap Katakolo, abritant à l’est la baie et le petit port du même nom. C’est là qu’était situé le château de Pontiko que les Francs appelèrent Beauvoir ou Belveder (pl. 51-52 et fîg. 22). Il faut écarter tout d’abord les erreurs et les confusions qu’ont faites au sujet de cette forteresse les voyageurs et les historiens modernes : la plupart ont placé Beauvoir sur le site de la ville antique d’Élis, où souvent ils placent également le petit château de Beauregard. L’origine de l’erreur qui identifie Beauvoir et Élis est, croyons-nous, la suivante : le nom de Belveder est, on l’a vu, devenu pour les Vénitiens celui d’une province comprenant la moitié sud de l’Élide, c’est dans ce sens qu’on a pu dire que « Élis » était appelée par les Latins Belveder or le mot Élis peut désigner en grec aussi bien l’Élide, que la ville d’Élis ; les géographes modernes comme Mélétios et Pacifico ont pu confondre les deux sens ; de plus ne trouvant pas d’équivalent grec moderne à ce nom Belveder — le nom grec du château, Pontiko, n’ayant jamais pris la même extension que Beauvoir-Belveder, nom nouveau, qui s’est appliqué à toute la région — , on a éprouvé le besoin de traduire le mot et l’on a fabriqué Kaloskopion qui n’est qu’une traduction savante et relativement tardive (2) ; de là à dire que la ville antique d’Élis est appelée par les Grecs modernes Kaloskopion, il n’y a qu’un pas, que les érudits ont hardiment franchi. Ce qui a facilité la diffusion de cette erreur, c’est que, à cette époque, le château de Belveder n’a plus d’importance : on a oublié son existence et que son nom en grec avait été Pontiko. Sur les portulans et les cartes jusqu’au xvie siècle, Belveder désigne un lieu précis sur la côte (3) ; un portulan grec l’identifie encore avec Pontiko et il est significatif que ce texte certaine¬ ment au courant de la toponymie ignore Kaloskopion (4). Sur les cartes postérieures, Belveder désigne seulement la province d’Élide et Messénie ou le site antique d’Élis, et non plus Pontiko, la presqu’île de Katakolo n’y figure même pas, la côte étant dessi¬ née à peu près droite du cap Chelonatas à Arkadia ; seule une petite pointe plus loin vers le sud porte le nom d’Ichthys (5). Aussi, voyageurs, historiens, géographes modernes placent-ils Belveder-Kaloskopion à Élis, quittes, quand ils arrivent à Pontiko, : (1) L’expression de Zakythènos, Despotat grec , I, p. 270; « Chloumoutzion, ville bien fortifiée», ne paraît pas correspondre à la réalité. (2) Cf. A. Adamantiou, Chroniques de Morée , p. 537. (3) K. Kretschmer, Italienische Portolane} p. 634 b, signale le nom dans l’atlas Luxoro, sur les cartes de Giroldi et celles de Graciosus et Andrea Benincasa, dans l’atlas d’Andrea Bianco, dans le portulan Rizo, § 215, p. 507, et sous la forme Beluer sur la carte catalane de 1375 et dans l’atlas Pinelli, mais il l’identifie avec Skaphidia sans expliquer pourquoi. (4) Le Portulan grec II, éd. Delatte, p. 215, donne la même distance de Clarence. (5) G est le cas des cartes de Bouttats, De Fer. Celles de Peyrounin, de Blaeu donnent deux fois Belveder, d’une part sur la côte, d’autre part à un site correspondant à l’antique Élis.
l’élide ou, pour éviter la contradiction, ils mettent à Élis Kaloskopion le château de Beauregard (1). Il faut s’en tenir aux textes anciens qui sont parfaitement clairs et ignorent le nom de Kaloskopion. En grec le château est appelé (2) ; les textes français fait une allusion Beauvoir version servent nom et Chronique du aragonaise la (3) de la se explicite au changement du nom par les conquérants pour elle, le château est en aragonais Belver ou Belveder. On traduit parfois en latin Pulchrum-videre (4). Il n’y a donc pas de doute sur l’identité de Pontiko avec Belveder-Beauvoir, dont Kaloskopi n’est qu’une traduction savante, ni sur le fait que ce château était au bord de la mer, près d’un port : seul Katakolo peut convenir à ces conditions et le nom grec, le plus ancien, y a survécu attaché aux ruines que nous décrirons (5). Celles-ci sont situées tout au nord du promontoire de Katakolo, au point même où il se détache pour s’avancer dans la mer. A l’est, abrité des vents du large, est un petit port qui comptait cinquante feux en 1391. Il servait d’escale aux navires venant d’Orient; c’est là que la Chronique situe la rencontre légendaire de la fille de l’empereur de Constantinople et de Geoffroy II de Villehardouin qui se termina par leur mariage. Le château joua un certain rôle au cours de la tentative que fit l’infant Ferrand de Majorque en à y placer un autre Belveder 329 ; ; 1315-1316. Par terre, Beauvoir communique facilement avec la plaine de l’Élide au nord et, (1) L’identification de la ville d’Ëlis avec Belveder apparaît sur la carte de Bouttats (Belveder et Aléa , olim Elis) ; elle est acceptée par Leake, Travels , I, p. 4, qui signale une tour au-dessus d’Ëlis et lui attribue le nom de Kaloskopi que « les Vénitiens ont transformé en Belvedere » ; — cf. Gell, Itinerary , p. 32 ; — mais ni Pouqueville, Tour, IX, p. 317, dont nous apprécions l’information Voyage , V, pp. 371-372, ni Dodwell, exacte et étendue, ni Puillon-Boblaye, Recherches , p. 122, n’ont relevé le nom de Kaloskopi. Buchon, Grèce Morée, p. 506 admet l’équivalence Ëlis-Belveder, mais Recherches, I, pp. xxxvn, xli, reconnaît que Beauvoir est Pontiko ; Philippson, Peloponnes, pp. 322-323 identifie Élis et Belveder ; cf. A. Ch. Chatzès, BNJ, IX, LU, 1948, p. 208, en citant le nom authentique actuel 1930-1932, pp. 85 n° 3, 90. K. N. Hèliopoulos , d’Élis, Palaiopolis, prétend qu’il a été remplacé au moyen âge par Beauvoir ou Belveder. Chron. gr., vv. (2) Les formes en grec sont les suivantes dans la chronique : ou , , . 2488, — et une fois , P, . 1674. — 1661, 1674, 1677, 2480, 2486 ; — chez Sphrantzès, IV, 18 et 23, CSHB , pp. 406, 448. La forme Pondikokastron n’apparaît que chez les voyageurs modernes : Leake, Peloponnesiaca, p. 213, — Pouqueville, Voyage, V, p. 382 : Pundico Castron, — Curtius, Peloponnesos , II, pp. 44, 107 n° 46. Le nom vient du nom grec de la souris dont la pres¬ LU, qu’île à la silhouette, A. Ch. Chatzès, BNJ, IX, 1930-1932, p. 83 n° 9, — K. N. Hèliopoulos, , 1948, p. 206 ; mais c’est par erreur que Sathas, Doc. inéd ., I, p. xxxm, a cru pouvoir l’identifier avec Myoupolis : l’erreur vient du texte signé par le moine André d’Oléna en Morée, du couvent de Myoupolis ; en fait, le couvent réformé par saint Mélétios, où vivait le moine André, se trouve sur les pentes du Cithéron, qu’on appelle aussi mont Myoupolis, K. M. Konstantopoulos, Le couvent de Saint Mélétios, , 2e série, I, 1924, pp. 49-61, cf. Dragoumès, Chroniques de Morée, p. 11 n° 1, — Adamantiou, Chroniques de Morée , p. 537. (3) Le L. de la conq. , §§ 75, 178, cite Beauvoir où la chronique grecque dit Pontiko. (4) L. de los fech ., § 110 : Et aqui trobo un castiello antiguo, el quai se clamaua Pontico, el quai micer Guillem fizo murar et adobar et pusole nombre en franco Belueder. Cf. §§ 193, 602 ; au § 569, le traducteur Morel Fatio, a traduit également castiello de Bel Reguart par Beauvoir à tort, cf. infra. Belluer, dans Muntaner, chap. 267, éd. Lanz, p. 478. On lit encore Belveser dans le texte aragonais, Du Cange, éd. Buchon, II, p. 387, — Bellover dans la liste de châteaux de 1471, Buchon, Recherches, I, p. lxv, — Bellovidere ou Pulchrumvidere dans les actes en latin des Registres angevins et dans la Declaralio summaria, Du Cange, éd. Buchon, II, p. 390, (5) Beaucoup d’auteurs l’ont en effet reconnu, même quand ils disent par ailleurs que Belveder-Kaloskopi est Élis. Sur Pontiko, cf. Dodwell, Tour , II, p. 322, — Gell, Itinerary, p. 35, — Pouqueville, Voyage, V pp. 381 382, — Leake, Travels, II, p. 191, — Puillon-Boblaye, Recherches, p. 132, — Buchon, Grèce et Morée, VIII, p. 304. p. 504. Le château est signalé aussi par Ewliya-Celebi, el
330 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES par la plaine où est aujourd’hui Pyrgos, avec la vallée de l’Alphée. Cependant on ne le considérait pas comme situé dans la « plaine de Morée » : la version aragonaise le place toujours dans la région qu’elle appelle la Gresera que la liste des fiefs de 1377 distingue elle aussi de la Skorta (1) et déjà dans le Livre de la conquête est indiquée la distinction entre la Morée et la région de Beauvoir, comme à l’époque vénitienne entre Clarence et Belveder (2). Beauvoir, qui fait partie du domaine du prince, est en effet commandé par un capitaine (3) et placé à la tête d’une châtellenie qui se distingue de celle de la Morée dont le capitaine résidait à Clermont ou à Clarence. Il fut cependant donné en 1289, en compensation de la moitié de la baronnie de Karytaina à Hugues de Brienne, qui l’échangea contre la terre de Conversano avec Jean Chauderon ; mais en 1303 il est de nouveau tenu par un capitaine du prince. Nous n’avons pas de renseignements sur les travaux de réparation ou de construction qui ont pu être exécutés aux xme et xive siècles à Beauvoir ; le château devait certaine¬ ment être alors en bon état de défense. Il semble avoir perdu dès le xve siècle de son importance et ne joue plus de rôle sous les Turcs ni sous les Vénitiens (4). Résidences princières en Élide. — D’après la Chronique le prince réside souvent dans la plaine de Morée hors d’Andravida et de Clarence. Sa présence est signalée à Vliziri, à Beauregard, à Roviata, à Riolo. Vliziri est la résidence la plus souvent citée ; mais les différentes versions ne s’accordent pas toujours pour situer les mêmes épisodes dans les mêmes lieux. Vliziri en grec est la Glisière en français, la Gresera en aragonais, sans qu’il soit possible de décider laquelle de ces formes est l’originale (5). Le nom apparaît dans la chronique aragonaise au moment de la conquête de la Morée : Guillaume de Champlitte reçut à Andravida la soumission de ceux « del piano de la Gresera » (6). Geoffroy de Villehardouin s’y rend quand le prétendant Robert débarque à Clarence (7). Son fils Geoffroy II y réside à l’époque où la Chronique raconte son mariage romanesque avec Agnès de Courtenay qui avait fait escale à Beauvoir (8). Après la bataille de Prinitsa, les Francs, renonçant à la poursuivre, les Grecs reviennent à Vliziri (9). (1) L. de los fech., §§ 109-110 : el piano de la Gresera , — 193, en la Gresera, — 568, en la Grexera. Morel Fatio traduit chaque fois par la Glisière, traduction qui semble convenir pour le § 193, mais pas pour les autres passages ; en tout cas, la Glisière est dans les autres versions une résidence non une région, cf. ci-dessous. Dans la liste de 1377 : in ella Grisera. (2) L. de la conq., § 698 : « la gent dou plain de la Morée et de Beauvoir », — § 817 : « toute la gent de la Morée et de la chastellanie de Beauveoir », — § 935 : au chapitaine de la Morée et à celui de Beauvoir ». (3) Cf. L. de la conq., § 935. 11 est fait allusion en 1302 à un « bail de Beauvoir », Hopf, I, p. 352 A. (4) Sur Beauregard, confondu parfois avec Beauvoir, v. ci-dessous. (H et P), — (H), (P), Chron. gr., vv. 2233, 5204, (5) En grec, ou 5248, etc... ; — en français, la Glisière, L. de la conq., §§ 150, 155, 178 etc.. ; — en argonais, L. de los fech. §§ 109, 168 : la Gresera, 193 : la Gregera, 568 : la Grexera . Adamantiou, Chroniques de Morée, p. 485 pense que Vliziri vient du français la Glisière mais sans le justifier. Ni la forme française ni la forme grecque n’offrent de « sens. (6) L. de los fech., § 109. (7) L. de la conq., §§ 159, 155, — Chron. gr., vv. 2233, 2280 occasion qu’il y a un capitaine à la Glisière. (8) L. de la conq., § 178, — Chron. gr., vv. 2483-2484 : « L. de los fech., § 193. (9) Seulement Chron. gr., v. 4863. ; — le L. de los fech., § 168, signale à cette , —
L’ÉLIDÉ 331 Mais quand les Turcs, abandonnant l’armée grecque en 1263, vinrent offrir leurs services au prince, on voit citer, au hasard semble-t-il, des noms différents : L. de la conquête §§ 355-356. Les Turcs vien¬ nent « à la contrée de Biauregart nuant » vers et, conti¬ Andravida Chron. gr. v. 5204 , . 5237 vient L. § : : Anselin de Toucy au devant de los f echos 362. Les Turcs viennent dans la plaine de la Morée ; Anselin les rencontre casai de la Ruuiata d’eux. « al » où est le prince, s’arrê¬ tent § à la Glisière. 359. Ils se rendent de Beauregard à Andravida v. 5248-5249 ils partent de et les vida. : Vliziri et arrivent à Andravida. le soir conduit à Andra¬ La Chronique grecque raconte que le prince Guillaume est à Vliziri quand le bail Galeran d’Ivry débarque à Clarence : il va au-devant de lui et le rencontre sur les bords du Pénée à Krivèska (1). La Glisière est encore citée par la version française : la princesse Isabelle y réside à l’époque du mariage de sa fille Mahaut avec le duc d’Athènes : elle avait choisi cette résidence « pour ce que la contrée estoit peuplée de bons casaux », villages auxquels il est encore fait allusion plus loin (2). Enfin en 1315, l’infant Ferrand, maître de Clarence, conquiert le pays : d’Andravida, il va à Riolo, puis se rend « en la Glisière » où il trouve le château de Beauregard ; il est vainqueur des troupes moréotes qui y étaient assemblées par le bail (3). On retrouve le nom dans la liste de châteaux de 1377, qui énumère toute une série de forteresses de Belveder et Fanari à Goumero en les situant in ella Grisera , et dans des documents vénitiens du xive siècle (4). De ces textes, nous tirons la conclusion que la Glisière n’a jamais eu de forteresse. On peut se rendre en un jour de là à Andravida et la route qui mène à Clarence coupe le cours du Pénée en un point appelé Krivèska ou Krèsaiva : elle est située en plaine, dans une région riche en villages et propre à héberger un grand nombre de chevaliers (5). Les incertitudes des textes à propos de l’épisode des Turcs semblent pouvoir s’expliquer par la constatation que le nom de la Glisière désigne tout un canton aussi bien qu’un lieu précis : ce sens apparaît dans les versions aragonaise et grecque (6) et plus nette (H) ou (P). (1) Chron. gr., vv. 6556-6575 : (2) L. de la conq., §§ 836-837, 957. (3) L. de los fech., § 568 : de que ell caualguo en Andreuilla et todo el piano se rendio a ell, et despues se rendio el Oriol ; et despues fue en la Grexera et aqui trobo el castiello de Bel Reguart. (4) Sathas, Doc. inéd., IV, p. 10 (1345). C’est sans doute aussi cette région que les actes vénitiens appellent Vella au début du xve siècle : ..totum illud quod in principalu Achaie hinc retro tenebat societas Navarensium iia in casiellania Calamate , Scoria et Velle quam in Amorea ..., Sathas, Doc. inéd , I, p. 117 ; d’un autre texte ... totum illud quod est a flumine Car bonis versus Mothonum includendo castellaniam Calamate , Scorta et Vella , op. cit. p. 62, on peut tirer la conclusion que l’Amorée est au nord de l’Alphée et que la Vella est, au moins en partie, au sud de ce fleuve. D’où vient cette forme ? On peut se demander si elle ne vient pas à la fois de l’antique Ëleia et de Vliziri. (5) Cf. Philippson, Peloponnes , pp. 322-323. (6) Cf. le § 568 du L. de los fech. ci-dessus cité ; — la Chron. gr. v. 2484 se sert du mot .
332 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES ment encore dans la liste de 1377, où « la Grisera » devient une vaste région qui entoure la plaine de Morée du sud-est au nord-est. On cite une fois un capitaine de la Glisière, ce qui montre qu’il s’agit d’un territoire formant une châtellenie. Peut-on d’après ces indications situer sur la carte cette résidence princière ? Buchon a cru pouvoir la retrouver dans le village moderne de Béséré, qu’il transcrit inexactement Vésiri, et cette identification a été adoptée par tous les historiens (1). En effet, alors que la Glisière-Vliziri n’apparaît dans aucun texte après le xive siècle, on trouve Besera dans les listes d’Alberghetti, Biseré sur la carte française, aujourd’hui, qu’il faut prononcer Besséré. La situation du village correspond bien à ce que nous savons de la Glisière ; Krivèska aurait été sur le Pénée inférieur vers l’actuel Kavasila (2). Mais il paraît difficile d’expliquer le passage de Glisière-Vliziri impossible donc d’être à Béséré que Buchon écrit par erreur avec un V initial affirmatif. La résidence de la Glisière a joué un rôle assez important pour donner son nom à la région, mais ce rôle cesse à la fin du xive siècle. La chronique aragonaise citait le village de la Ruuiata (3), à une certaine distance d’Andravida, où les autres versions mentionnaient la Glisière ; on ne retrouve ce nom que dans la chronique française vers 1304, le maréchal Nicolas de Saint-Omer y fit séjourner sa femme avec dix écuyers, un médecin et deux chapelains tandis qu’il passait agréablement le temps à la chasse et autres divertissements (4). On cite généra¬ lement Roviata comme une des résidences princières (5). En réalité elle avait été inféodée aux Chauderon puisque Jean Chauderon en céda une partie à Daniel Bornio (6). On sait que tout l’héritage de Jean revint à sa fille Bartholomée en 1294 ; cependant au début du xive siècle, le village appartenait à Nicolas de Saint-Omer : il est possible qu’il ait été le douaire de la veuve de Jean Chauderon, qui se remaria à Nicolas de Saint Omer. Si le nom ne figure dans aucune des listes de fiefs ou de châteaux au xive ni au xve siècle, sans doute parce que c’est un simple village, il est cité au xvie siècle (7) : : et s’est maintenu jusqu’à nos jours sous la même forme, au sud-est de Gastouni, donc dans la direction et à quelque distance de Béséré (8). Il n’y a ainsi aucune diffi (1) Puillon-Boblaye, Recherches , p. 122, — Buchon, Recherches , I, pp. xl et 170, et Grèce et Morée , p. 506, — J. Longnon, Introduction au L. de la conq., p. cl, — E. Meyer, Pel. Wander ., p. 54 , LU, 1948, p. 157. n° 2, — N. K. Hèliopoulos, (2) Le nom de Kavasila n’apparaît pas avant le xvne siècle : il est cité en 1689 dans un recensement vénitien de l’Ëlide, Sp. Lampros, N. ., I, 1904, p. 494 : Cavasilla di sopra, Cavasilla di sotto, mais il peut être plus ancien, puisqu’il rappelle le nom d’une célèbre famille byzantine, cf. K. N. Hèliopoulos, p. 155, IX, 1956, p. 169 ; — D. V. Vagiakakos, ., III-IV, 1958-59, p. 203. — K. Psychogios, , Mais tout autour les noms turcs sont nombreux : Mousouloumbey, Saban Aga ; l’un deux a pu remplacer celui de Krivèska, que M. Vasmer, Die Slaven, p. 142 n° 14, range parmi les toponymes d’origine slave : il viendrait d’un mot qui signifie oblique, courbe, ce qui indiquerait que Krivèska était située au point où l’Alphée tourne vers le sud pour se jeter dans la mer. (3) L. de los fech., § 362. (4) L. de la conq.} §§ 1002, 1012. A cette occasion est aussi cité le village de la Palessien, mais sans autre indication. (5) Cf. Buchon, Recherches , p. (6) Hopf, I, p. 318 B. (7) Sp. (8) ’, Lampros, Pouqueville, xl ; — J. Longnon, Introduction Voyage V, p. 378 , : , IV, p. 648. Rouviato. Aujourd’hui au . L. de la conq.y p. ci.
l’élide 333 situer ce village, mais l’origine du nom reste obscure (1) et aucun vestige a jamais été signalé. Tout aussi facile à reconnaître est le village de Riolo situé plus au nord, à quelque distance à l’est de Manolada, qui semble bien avoir toujours fait partie du domaine du prince : il est cité sous la forme l’Oriol par la chronique française comme résidence du culté à ancien n'y prince Florent (2). En 1315, l’infant Ferrand en obtint la reddition en allant de Chalan dritsa à Clarence (3). Il y était à la veille de la bataille de Manolada : cela permet du même coup de reconnaître ce nom sous la forme la Mendola ou Almendolada que lui donne le Libro de los fechos ce qui confirme d’ailleurs la version française qui dit Manoillade (4). On peut suivre le village de Riolo dans les listes des xive et xve siècles : en 1391 la Oriole qui compte 120 feux est au prince et le frère de « mestre Assane » la tient par sa femme ; en 1463, Ruolio vel Ruolo appartient aux Vénitiens ; en 1467, Riolo est aux Turcs (5). Riolo est marqué sur le portulan de Battista Agnese et figure avec Manolada dans les listes d’Alberghetti (6). C’est aujourd’hui un gros village, comme Manolada, mais il ne garde aucun souvenir du moyen âge, alors que Manolada, dont le nom est de formation grecque (7), possède une église ancienne, antérieure à la 4e croisade, dont la façade occidentale semble avoir été remaniée par les Francs (pl. 53, 2). Reste la question de Beauregard. Ce nom est mentionné par la chronique fran¬ çaise, au moment où les mercenaires turcs du capitaine des Grecs viennent offrir leurs services au prince en 1263. Mais les indications de la chronique sont confuses : Beauregard en français est une fois Perigardi en grec, mais correspond ailleurs à Vliziri (8). La version aragonaise le cite deux fois : une fois en le situant à une journée de Vliziri, l’autre, dans un passage où l’on s’attend à trouver Beauvoir (9) ; c’est le cas aussi une fois dans la chronique grecque pour Perigardi (10). Il est certain cependant , , LU, 1948, p. 169, se borne à le classer parmi les toponymes datant du (1) K. N. Hèliopoulos, moyen âge, sans en expliquer l’origine. (2) L. de la conq ., § 697. (3) L. de los fech., § 568 : el Oriol. (4) L. de los fech., § 568 : el Riol, — § 613 : al castiello del Driol (qui doit être naturellement corrigé en Oriol), où Ferrand passe la nuit ; le lendemain il repart et arrive al casai de la Mendola, — § 698 : el casai de la Almendolada. — L. de la conq., p. 403 : « au plain de Manoillade ». (5) V. Appendice A, II, III a et c. infra, pp. 691, 693, 694. p. 124 : RIOLO. Il est signalé par Leake, Travels, II, p. 163 sous le nom Oriolos. (6) Alberghetti, (7) Il est formé sur le nom d’homme Manolès, qui a dû être autrefois un propriétaire important de la , XL, 1928, p. 209, — I, p. 12, — K. Amantos, ’, région, cf. Ghatzidakis, K. N. Hèliopoulos, \, LU, 1948, pp. 156-157. Sur l’église, v. infra, pp. 584-585. (8) Voici, mis en regard, les passages correspondants des versions française et grecque : L. delà conq., § 355 : a la contrée de Beauregart Chron. gr., v. 5204 : Biauregart v. 5237 : . partirent de Beauregart v. 5248 : (9) L. de los fech., § 350 : un castiello que se clama Belieguart, que Morel-Fatio traduit par Veligourt, mais qui est certainement Bel Reguart, et § 568 : en la Grexera.... Bel Reguart, en 1315, le passage corres¬ pondant dans le résumé chronologique du L. de la conq., p. 403, nomme Beauvoir ; le récit de la Declaratio summaris ... dans Du Gange, éd. Buchon, II, pp. 387-388, cite aussi toujours Beauvoir dans le récit des § § 337 339 : a : se événements de 1315. de la Skorta, Simon de Vidoigne, rassemble les contingents des : le capitaine diverses châtellenies et baronnies pour arrêter les Grecs venus à l’appel de Geoffroy II de Briel qui s’est emparé par ruse d’Araklovon la chronique cite les contingents de la Skorta, de Kalamata, de Perigardi, de Ghalandritsa et de Vostitsa ; il est évident que nous devrions retrouver ici la distinction entre Skorta, Kalamata et Beauvoir. (ou Morée) qui est courante. (10) Chron. gr., v. 8379 ;
334 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES qu’on ne peut confondre Beauvoir et Beauregard. Ils sont nettement distingués en 1311 dans l’énumération des fiefs constituant la dot de Marguerite de Savoie (1) et par les listes du xive siècle : celle de 1377 énumère lo castello de Belvedere dicto Pontichio et lo castello de Belloreguardo tous deux in ella Grisera ; celle de 1391, Belveder tenu par le vicaire (50 feux) et Beau-Regart tenu par Le Moyne (30 feux). Mais l’identi¬ fication du lieu reste incertaine ; rien ne prouve qu’il fût situé, comme on l’a pensé (2), sur la colline qui domine Élis, bien que celle-ci porte quelques vestiges d’une tour ou d’une petite forteresse médiévale (3) : le nom de Beauregard n’est jamais mentionné en même temps que celui de Palaiopolis ou près de lui ; d’après les textes, on a plutôt l’impression qu’il devait se trouver à l’est de Beauvoir, dans les collines, et près de Vliziri (4). Cependant, comme Beauregard, à la différence des résidences précédentes, a été fortifié, on peut se demander s’il ne subsiste pas dans cette région des ruines qu’il serait possible de considérer comme les vestiges de ce petit château. Or on a signalé sur une colline au nord-ouest du village de Saint-Georges, près de Pyrgos, les traces d’une acropole antique et d’une village médiéval, qui pourraient être tout ce qui reste de Beauregard (5). Une dernière question débattue à propos de Beauregard est celle de l’origine du nom, qui, en dehors de son intérêt pour la toponymie, soulève le problème de savoir si Beauregard est antérieur à l’arrivée des Francs. On peut se demander laquelle des deux formes, Beauregard ou Perigardi, est la plus ancienne, et regarder soit Perigardi comme une déformation de Belregard, Bel devenant Per — puis Péri — , soit Beauregard comme une interprétation de Périgardi. La seconde hypothèse est adoptée par J. Schmitt, qui admet une origine slave (6), tandis qu’Adamantiou considère le nom comme authentiquement français, celui d’une résidence créée par les Francs (7). , Droits primitifs, I, p. 337, n° J 62. (1) Saint-Génois, (2) J. Schmitt, The Chronicle of Morea , p. 639, s. v. Perigardi, attribue cette identification à Buchon, d’ailleurs Grèce et Morée , p. 506 ; en fait Buchon place, dans ce passage, Beauvoir en ce lieu, se contredisant lui-même, cf. ci-dessus. L’identification est rappelée par A. Philippson, Griech. Landschaften , III, 2, p. 344, et par J. Servais, BCH, LXXXV, 1961 p. 135 ; c’est une hypothèse née de la confusion d’Élis avec Beauvoir traduit Kaloskopion : on admet que Kaloskopion désigne ce lieu, d’où on conclut que le lieu devait être Beauregard puisque Beauvoir est Pontiko situé à Katakolo, ce qui est une nouvelle étape de l’imbroglio dont Beauvoir a été l’objet, cf. supra, pp. 328-330. Nous n’avons relevé le nom de Beauregard sur aucune carte ancienne. (3) Cette petite forteresse est probablement une guette dépendant du village de Palaiopolis, situé au pied, cf. infra, p. 338 et n. 7. (4) C’est la conclusion sage à laquelle erronée de Buchon, sans le contredire ! arrive J. Schmitt, ibid., avant de rappeler, inexactement, l’opinion (5) Le site porte le nom de ; il a été signalé par G. Papandréou, L'Êlide, p. 121, cf. K. N. Hèliopoulos, LL, p. 166. Ces ruines ne sont indiquées sur aucune carte, pas même celle de Triphylie par Graefinghoff, ni dans les notes sur l’Ëlide de J. Sperling, AJ A, XLVI, 1942, pp. 88-77. Nous n’avons pas eu le loisir de les visiter ; mais nous les rapprocherons volontiers de la petite forteresse de plan triangulaire signalée sous le nom de Yargam, qui rappelle celui de Saint-Georges, par Ewliya-Celebi, VIII, p. 302 au sud de Gastouni. M. Vasmer, Die Slaven, p. 144 n° 27 estime que le mot peut être d’origine slave. (6) J. Schmitt, ibid. ; Nous négligeons l’hypothèse de Fallmerayer. Geschichte Morea, II, p. 232, qui fait venir le nom de Nicolas de Périgourde ; elle n est pas soutenable : si le nom de lieu vient d’un nom d’homme français, on ne voit pas pour¬ quoi c’est la forme grecque qui en est la plus voisine, alors qu’en français le nom se serait transformé pour désigner le lieu. (7) Adamantiou, Chroniques de Morée, p. 485.
l’élide 335 En l’absence d’indication sur la période antérieure à 1205, et l’étymologie slave n’étant pas d’une évidence absolue pour Perigardi, nous penchons plutôt pour la seconde hypothèse, sans pouvoir la considérer comme certaine. Elle semble confirmée par un fait Beauregard ne figure plus sur les listes de fiefs ou de châteaux du xve siècle, ni dans aucun texte postérieur il ne semble pas avoir survécu à la domination franque. : ; Pieîs et villages de la plaine de Morée. — Bien que, dans son ensemble, la plaine appartînt au prince, un certain nombre de villages et des terres avaient de Morée été donnés en fiefs. Gastounè, gros village au sud du Pénée et d’Andravida, qui à partir du xvie siècle, a remplacé cette ville comme chef-lieu de toute la plaine éléenne, existait avant la conquête comme le prouve l’église byzantine de la Panagia Katholikè (1). Le nom se présente sous les formes suivantes la petite Gastoingne, dans l’énumération des fiefs de la baronnie de Mategriffon donnée par la chronique française (2), la tour de Gastogne dans la table des fiefs de 1391, avec trente feux. Il faut aussi la reconnaître sous le nom de Guascogne dans l’acte de donation à Nicolas Acciaiuoli, de l’héritage de Lise des Quartiers en 1337 (3). C’était donc un fief, mais ces rares indications ne permettent pas d’en reconstituer l’histoire. Le nom a été diversement expliqué ; les deux étymologies proposées, l’une qui le fait venir du prénom français Gaston (4), l’autre de gâtine, pour la ressemblance que le pays présente avec ce type de paysage français (5), sont dépourvues de vraisemblance : à notre connaissance, le prénom n’est pas attesté pour cette époque d’autre part le terme de gâtine n’est pas usité dans les régions de France d’où étaient venus la plupart des conquérants, Bourgogne, Franche-Comté et Champagne, et l’on comprendrait que le nom fût donné à une région, non à une ville. Il reste l’hypothèse qui en fait un mot d’origine slave (6). Gastounè garde un vestige modeste du passage des Francs, c’est une ouverture surmontée d’un arc brisé à l’église de la Katholikè (pi. 53, 1 a-b, et fîg. 9). C’est évidemment dans les environs qu’il faut situer les villages de La Charpigny et d’Estransses qui composaient avec Gastounè le cinquième fief énuméré par la : ; Alberghetti, pp. 122-123, fait de Gasiugni le chef-lieu d’un des territoires ameno, mà il più disabitato , et tous les voyageurs le signalent comme un centre important jusqu’au début du xixe siècle, avant la fondation d’Amaliada et le développement de Pyrgos. Il est souvent mentionné dans les documents vénitiens, sous les Turcs ; cf. Sathas, Doc. inéd., V, p. 130 ; — Sp. Lampros, N. ., I, 1094, p. 454, — Miklosich et Müller, Acta, V. p. 196 etc. Sur la Katholikè, v. Pél. byz., p. 143, et infra, pp. 581-582. (2) L. de la conq., § 526 : au plain de la Morée, le fié de la petite Gastoingne, ensemble le casai de la Charpigny et la moitié d’Estranses ». On peut se demander, il est vrai, si la Petite Gastoingne est bien Gastouni ou une dépendance du village même. (3) Buchon, Nouv. recher., II, p. 93. (4) On trouve cette explication dans Leake, Travels, I, p. 10, — L. Ross, Reisen, pp. 179 180, — J. von Ow, Abstammung der N eu Griechen, Munich 1848, p. 60, — U. Weigand, Balkan Archiv, IV, 1928, LUI, 1949, pp. 170-171. Elle est généralement adoptée par la tradition p. 14, — cf. K. N. Hèliopoulos, ’ , populaire. (5) Buchon, Recherches, I, p. xl, — A. Beving, La principauté d'Achaïe, pp. 29-30. (6) Proposée par Kretschmer et admise par M. Vasmer, Die Slaven, pp. 140-141, n° 3, comme plus vraisemblable : cf. polonais gostyn. (1) Aujourd’hui . du Péloponèse, il piu vasto e « 23
336 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES chronique française, § 526 ; J. Longnon a suggéré d’identifier le second avec le village actuel de Strousi (1) à 3 km. à l’ouest d’Andra vida, ce qui est possible bien que la consonance du nom soit assez différente (2). Dragoumès l’avait placé à Strezova, dans le dème de Kalavryta ; comme Charpigny semble bien être une transcription de Kerpinè, et qu’il existe deux villages de Kerpinè, l’un dans le dème de Kalavryta, l’autre en Gortynie, beaucoup plus proche de Strezova, au sud, il considère que le second est celui qui doit aller avec Strezova (3). Ces identifications nous paraissent inadmissibles ; car ces villages devaient être près de Gastounè ; le nom de Kerpinè n’est pas unique dans le Péloponèse ; il n’y a pas de raison pour ne pas supposer qu’il a pu en exister un autre en Élide qui a disparu au moment où la presqu’île a été très dépeuplée (4), soit définitivement, soit pour se reformer ensuite sous un nom différent, turc ou grec. Dans la plaine de Morée, la Chronique place encore le château de la Estamira, donné avec vingt-deux fiefs en baronnie à Geoffroy Chauderon, qui devint aussi connétable de la principauté au temps du prince Guillaume II (5). Un siècle plus tard, l’empereur Philippe en fit don à Centurione Zaccaria qui fut un moment bail, puis grand connétable de la principauté, le fait est confirmé par la table des fiefs de 1377 où la Slamirra est indiquée comme appartenant à messer Centurione (6) l’alternance des formes Estamirra — Stamira n’a rien qui puisse surprendre. Le château avait donc fait entre temps retour au domaine du prince auquel il devait appartenir avant l’établissement de Geoffroy Chauderon en Morée. Estamira est un des châteaux occupés par l’infant Ferrand de Majorque qui se rendirent après sa mort en même temps que Beauvoir et Clermont. Enfin dans deux listes données par Stefano Magno, on relève Slamero vel Stamiro , et Stamiro, ruiné en 1467 (7). Ces formes corres¬ pondent au grec , cité par Sphrantzès (8). Le nom a disparu aujourd’hui. Nous ne l’avons relevé sur aucune carte, sauf peut-être sur celle de Battista Agnese (9) ; mais il figure dans les listes d’Alberghetti qui énumère dans le territoire de Gastounè : : et non Strouzi. (1) L. de la conq ., p. 208 n. 7. Le nom du village est (2) Buchon, Recherches , I, p. 252, donnait Estrusses et non Esiransses dans son édition du L. de la conq. ; — mais le manuscrit porte Estransses, ce peut être une faute imputable au copiste pour Estrousses ; on trouve, il est vrai, une alternance analogue pour le nom Moudritsa-Mandrice ou Mandria au sud de l’Alphée. (3) Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 236-237. Contra, Meyer, Pel. Wander., p. 51. (4) A la fin du xvne siècle. Le nom n’existe pas en Élide d’après les listes d’ALBERGHETTi qui cite par contre, pp. 122, 128, 129, outre le Chierpini du territoire de Kalavryta, un autre et un Xerochierpini dans le territoire de Karytaina. L. de los fech., § 119 : A micer Jufre d'Escaldron flzieron grant conestahle et le dieron , en baronia, en el la Morea, .xxij. cauallerias de terre et de villanos, et el dicho micer Jufre fizo acqui un casiiello, el quai se clama la Estamirra, et § 384. Morel-Fatio traduit, § 384, Estamirra par Myra, sans explication. la Stamirra ; — cf. Appendice A I, infra p. 690. Zaccaria Centurione fut (6) L. de los fech., § 704 connétable comme l’avait été Geoffroy Chauderon. (7) Declaratio summaria, Du Cange, II, pp. 388, 390 : la Estemira; — liste de 1463 : Vumeri, Chilidoni vel Clidoni, Stamero vel Stamiro, Vunengo vel Vunango, Zoia, — liste de 1467 : Chiaramonie, Stamero, Arvano Castro, Olena, Chilidoni, Appendice A III a etc, infra, pp. 693, 694. (8) G. Sphrantzès, CSHB, p. 154. Cf. Adamantiou, Chroniques de Morée, p. 626. Il ne faut pas confondre, comme on l’a fait, Stamèron et Santaméri, v. infra, p. 343 et n. 1. (9) Cette carte porte un nom qui se lit plutôt Lamiro que Stamiro ; nous le relevons parce qu’il se trouve précisément à l’est de Gastouni, dominant la rive droite du Ladon, dans la région où on peut le situer d’après la place du nom dans les listes d’Alberghetti. (5) piano de .*
l’élide 337 Simopulo, Stamero, Canzides, Selina » (1) ; d'après la place dans ces listes entre les villages qu'on peut identifier et dont on retrouve les noms sur la carte française de Morée : Goumero, Olena, Simopoulo, Skliva à l'est, Béséré, Chelidoni au sud, Vounargo, Tzogia, Clermont à l’ouest, Stamira devait se trouver à l’est de Gastounè, dans la région limitée au nord par le Pénée, à l'est par son affluent le Ladon. Le nom de Canzides qui accompagne Stamero dans la liste est expliqué par St. Dragoumès comme l'équivalent du grec de : Stamero Canzides serait les « auberges Stamero » (2). On peut donc admettre que Stamira se trouvait dans ce canton, sans pouvoir en fixer le site avec plus de rigueur. Nous reviendrons plus bas sur Goumero, Chelidoni, Oléna et Tzogia (3). Quant Vounargo, nous y reconnaissons un des villages donnés par Guillaume de à Villehardouin aux mercenaires turcs en 1263 à ceux qui voulurent rester et se firent baptiser, il donna des femmes en mariage et des fiefs ; l’auteur de la Chronique raconte que de son temps, les descendants de deux d'entre eux, devenus chevaliers, vivaient encore à Vounarvè et à Renta en Morée (4) ; ces noms ne sont pas mentionnés à nouveau par la Chronique, mais on les reconnaît sous des formes voisines dans les listes de 1463 : Vunengo vel Vunango et de 1467 : Vunargo (ruiné), et dans celles d’Alberghetti Retendu et Guneruo (5) ; ce sont les villages actuels de Retentou et Vounargos en Ëlide (6). On ne sait rien d’autre sur les descendants de ces chevaliers d’origine turque. A propos de cet épisode de 1263, la version aragonaise précise que le prince donna au chef des Turcs, Mélic, en mariage, la dame de « la Poliça et de Simico » veuve d’Aimon de Simico, dont elle avait eu un fils (7). Où se trouvaient la Poliça et Simico ? Est-ce comme on l’a dit Paulitsa, près de l'antique Phigalie, et Samikon (8) ? L’identi¬ fication Simico-Samikon nous paraît contestable : le nom de Samikon n'est en effet « : , : Alberghetti, (1) p. 124 A. Le nom de Selina doit être considéré comme une erreur de transcription pour Scliva ou Skliva. Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 258-259 ; est proprement le propriétaire de l’auberge pour Dragoumès, Stamero serait la même chose que Canzides qu’il reconnaît dans le hameau appelé Hadjidès sur la carte française de Morée, un peu à l’est du Ladon. Signalons encore, à l’ouest de la rivière, un hameau dépendant de Delibali, qui porte le nom de Chatzès. (2) ou chani ; (3) Cf. infra, pp. (4) Chron. gr., vv. 5736-5738 ’ : , , , * , , , '. ’ . Le ms. P donne p. 124. (5) V. Appendice A, III a et c, infra, pp. 693, 694 ; — Alberghetti, (6) J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 634, identifie Vounarvè avec Vounaria au nord de Coron, ce qui n’est pas possible. Le rapprochement avec Vounargos et Retentou (Retentou sur la carte française) a été fait par Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 256-257, et accepté par P. Kalonaros, édit, de la Chron. gr., p. 236 n., par E. Meyer, Pel. Wander., pp. 54 (et suiv.) n. 2, et par K. N. Hèliopoulos, Z.Z., pp. 154, 158-159 ; ce dernier rapproche également de Vunango ou Vunargo le castello de Vunerio de la liste de 1377, qui nous paraît devoir être assimilé plutôt avec Vumero ou Goumero, v. ci-dessous. Il n’y a pas lieu de faire venir Retentou de l’albanais comme le voulait Sathas, Doc. inéd ., I, p. xvm. (7) L. de los fech., § 363. Nous posons ici la question de l’identification de ces lieux, bien que géographi¬ quement on ait proposé de les situer plus loin vers le sud : en fait leur localisation reste très incertaine. (8) Dragoumès, Chroniques de Morée, p. 257.
338 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES mentionné nulle part après le vie siècle ; il serait surprenant qu’il ait réapparu une s’il s’était réellement conservé et qu’il fût en usage au xme et au xive siècle. Par contre, dans la liste de châteaux de 1467, on lit le nom de Spoliza (ruiné) ; il vient après Belveder, Araclovo, Gardizi, Crivocori, Poria et avant Strovizi, Sidro Castro les lieux qui précèdent Spoliza, à l’exception de Poria que nous ne pouvons identifier, sont situés dans la plaine de l’Élide ou dans la Skorta occidentale, tandis que Strovitsi et Sidérokastro qui existent tous deux aujourd’hui encore sont beaucoup plus loin vers le sud ; Paulitsa se trouve entre Strovitsi et Sidérokastro, mais plus à l’est. Il n’est donc pas impossible que la Poliça, identique à Spoliza, soit Paulitsa, bien qu’aucun autre document, liste ou carte ne mentionne ce village. Les quelques traces de réparations médiévales visibles sur les ruines antiques de Phigalie et de Samikon sont indatables et ne constituent pas un argument suffisant en faveur de l’identification proposée. Mais sur la carte de Battista Agnese, on peut lire, Spolica au nord-est d’ Andilalo » (site d’Olympie) et de « Fanari-Pisa » placés tous deux au sud de l’Alphée — ; une carte de ce genre est évidemment trop imprécise pour qu’il soit possible de tirer de cette seule indication des conclusions définitives, mais elle invite à se demander s’il n’y a pas eu en Élide des villages, aujourd’hui disparus, qui pourraient être les fiefs de la veuve d’Aimon, plutôt que les sites antiques de Paulitsa et de Samikon en Triphylie (1). A l’est de la plaine éléenne, au pied des premières collines, sur la rive gauche du Pénée, le village actuel de Palaiopolis situé tout près des ruines de la ville antique d’Élis que son nom évoque existait déjà au moyen âge sous la même appellation la situation en correspond très exactement aux indications données par la chronique à l’occasion des opérations militaires de 1263 (2). Il est à nouveau mentionné à l’occa¬ sion de la lutte entre l’infant Ferrand de Majorque et les troupes de la principauté en 1315 (3). Palaiopolis avait été donnée aux Templiers par Hugues de Besançon, donation confirmée par le pape en 1210 (4) en 1316, comme tous les biens du Temple après la suppression de cet ordre, il appartint à l’ordre de Saint-Jean de l’Hôpital, ce qui est confirmé par la liste des fiefs de 1377, qui le situe dans la Morée (5). L’identification de ce lieu n’a jamais fait de doute : la tradition est continue du moyen âge à nos jours (6) la colline qui domine le village porte des vestiges d’une tour ruinée (7) qui dépendait peut-être de Palaiopolis (pl. 52, 2). La seule discussion qui seule fois, ; ! : ; ; (1) On a signalé aussi un lieu-dit Palaiopolitsa, sur l’emplacement d’un village détruit par les Turcs, dans la vallée supérieure du Pénée, près du village d’été Barbota, J. Partsch, Olympie , I, p. 2 B. Le nom de Samikon se trouve sur les cartes de Bouttats et De Fer ; mais on ne peut en tirer aucune conclusion sur l’existence d’un Samikon médiéval sur les rives du Kladéos où le place De Fer : les cartes de ce genre mêlent noms antiques et noms médiévaux — on peut lire à côté ceux de Margana et d’Heraia — et situent les premiers de façon si fantaisiste que l’auteur de la carte semble avoir l’intention non de faire connaître un village contemporain, mais de mettre quelque part un nom antique qu’il avait lu dans un ouvrage ancien et qu’il était de tradition de reproduire. (2) L. de la conq., § 339 : Paleopoli, — L. de los fech., § 339 : Paliopoli ; — cf. Dragoumès, Chroniques LU, 1948, pp. 157-158, — et infra, pp. 352, 356. Morée, p. 163 . 1, — K. N. Hèliopoulos, , (3) L. de los fech., § 588. III, Ep., XIII, 149, PL, GGXVI, col. 330. (4) Innocent (5) L. de los fech., § 528 ; — Appendice A, I, infra, p. 690 : lo castello de Paleopuli. p. 123 : Paliopoli. (6) Gf. Alberghetti, (7) Leake, Travels, I, p. 4. Les vestiges ont été reconnus par J. Keil et A. v. Premerstein, Vorlaufiger Bericht über eine Probegrabung in Elis, Jahrb. d. ôst. arch. Inst., 1911, col. 103. Il s’agit d’un bâtiment rectan de
l’élide 339 peut être soulevée vient de l’erreur que beaucoup de voyageurs, de géographes et d’historiens ont faite en situant ici le château dans lequel ils confondent Beauregard, Beauvoir et Kaloskopi ; nous avons déjà montré d’où est venue l’erreur ; la liste de 1377, en distinguant nettement lo castello de Belvedere dicio Ponlichio lo castello de Belloreguardo dans la Grisera appartenant à la princesse, et d’autre part lo castello de Paleopuli dans la Morée, appartenant aux frères de Saint Jean, prouve que la confusion ne doit pas être faite, et que le nom de Kaloskopi est encore inconnu au xive siècle. C’est près de Palaiopolis qu’il faut chercher Gogonas (1) et Picotin (2), dont les noms ont disparu. St. Dragoumès a proposé de reconnaître le premier dans le village actuel de Tragano, et le second dans celui de Bouchioti. Tragano est certainement un vieux village, et son site convient sans doute mais le nom nous paraît trop éloigné de Gogonas pour que l’identité s’impose (3) : Gogonas a pu disparaître complètement. Le rapprochement Picotin-Bouchioti est plus probable Bouchioti est, en effet situé très près de Palaiopolis un peu à l’ouest, donc dans la plaine, — bien que, d’après la chronique, il s’agisse simplement d’un lieu et non d’un village (4). Enfin c’est dans la plaine de Morée que doivent se situer toute une série de villages et de lieux-dits que font connaître les archives des Acciaiuoli. En 1324, Jean de Gravina donna à la société formée par cette grande famille florentine des fiefs dans les villages de la Lichina et de la Mandria, qui furent cédés en 1335 à Nicolas Acciaiuoli (5) ; celui-ci acheta à Diego dei Tholomei de Sienne, d’autres fiefs à Speroni et à la Mandria (6) ; Nicolas renonça plus tard aux salines de Speroni en échange de la Piada et concéda en 1354 des fiefs dans le village de Speroni et de la Mandria à Simon de Ulmeto (7). L’acte par lequel l’impératrice Catherine et Robert lui accor¬ dèrent des terres à Armiro et Calivia, évidemment Halmyros et Kalyvia, et dans les villages de Canali, Xiromilia, Langada et Chimova, ne donne pas d’indication sur la région où elles sont situées (8). C’est l’acte de donation à Nicolas Acciaiuoli de l’héri¬ tage de Lise des Quartiers en 1337 qui énumère le plus grand nombre de villages (9) : , , : : gulaire situé à l’extrémité nord des collines qui dominent le site antique d’Élis, un peu au nord et en contrebas de la chapelle placée au plus haut — donc un peu à gauche de cette chapelle sur la photographie pl. 52, 2 — ; on a de ce point une vue très dégagée sur la vallée du Pénée ; il ne reste que les fondations faites en partie de blocs antiques remployés, entourant deux profondes chambres autrefois voûtées qui devaient être des citernes. les troupes grecques en 1263 couvrent le pays de Palaiopolis à Gogonas. : en hun lugar qui se clama Picotin, après de Paliopoli, 591, 598 : c’est le lieu de la bataille où Ferrand fut vainqueur des troupes de la princesse Mahaut en 1315. On trouve également dans le rapport de Nicolas de Boiano à Marie de Bourbon le nom de Piccotinu vers 1361 : cette terre relève donc alors de la princesse, mais le texte ne donne pas d’indication topographique plus précise. (3) Dragoumès, Chroniques de Morée, p. 259. Cf. Alberghetti, p. 124 : Tragano, — Exp. sc. de Morée, , I, p. 45 : Dregano ; — aujourd’hui dème de Myrtountioi. Le nom passe pour être d’origine slave, M. Vasmer, Die Slaven, pp. 133 n° 38, 145 n° 31. LUI, 1947, p. 157. Alberghetti, (4) Dragoumès, op. cil., pp. 259-261, — K. N. Hèliopoulos, ’. p. 123 mentionne Brigioiti qui est certainement Bouchioti : il est placé entre Sesti et Calivie Mer Aga, qui correspond aux villages de Sosti et de Kalyvia sur la carte française, puis Paliopoli. C’est aujourd’hui ’ , village du dème d’Ëlis ; Boukhioti sur la carte française. (5) Buchon, Nouv. rech., II, pp. 32-33, 36, confirmation par le roi Robert, pp. 44 et suiv., cf. I, p. 53. (6) Buchon, op. cit., II, pp. 45-47, 111, cf. I, pp. 55-56. (7) Buchon, op. cit., II, pp. 111, 136-137. (8) Buchon, op. cit., II, pp. 51-65. Nous essaierons plus loin de les situer en Messénie. pp. 95-105, (9) Buchon, op. cit., II, pp. 71-98. Un autre document publié par Sp. Lampros, ’, donne aussi de nombreux noms de villages, c’est un compte de recettes adressé par Aldobrando Baroncelli (1) (2) L. L. de la conq., § 339 : de los fech., §§ 588
340 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Gothico (qui doit être le même que Cochitu), Catzicove (ou Cazicone, Cazivoca) avec les lieux-dits Strovilea, Sancti Anargiri, Sancta Barbara, Yarilachi, Vasilichion, La Rissa, Carmatho, et une église de la Vierge, — Andraville (ou Andravilla) avec Buscirio, et les églises de la Vierge Marie que diciiur Joaquim de Saint-Romain martyr et de Saint-Nicolas « qui est près de la paroisse », — Vucuri (ou Vucura), Mavrion, — Busacha, — les lieux-dits Barriluti et Chionio, le tènement Vernize, dont la localisation dans un village n'est pas sûre, — Vuduli, — Lichero (ou Licheri), — Avernize, — Valicza, Prinize et Zagorene, — Boscio quod est Mesanie , village à demi grec et à demi franc, — Basilicu de même partagé entre Francs et Grecs, avec l'église de Sancta-Barbara, — une maison dans le castrum Clarencie , — enfin Guastogne ; suit une série de terres situées dans l'île de Céphalonie. Sous ces formes, que nous avons reproduites telles que Buchon les a publiées, on peut reconnaître les noms de villes ou villages célèbres, Andravida, Clarence, Gastounè; la présence de ces noms dans la liste, peut être considérée comme une preuve que les villages qui constituaient l'héritage de Lise des Quartiers sont dans la plaine de Morée. Des noms cités par ces documents quels sont ceux qu’on peut identifier ? Il n’y a pas de difficulté à identifier la Lichina avec la ville actuelle de Lechaina, au nord-est d'Andravida, qui figure dans les listes d’Alberghetti sous la forme Le chiena (1), mais non dans les listes du xive et du xve siècle, ce qui prouve que le village n'avait pas de château. L'identification de Mandria reste moins certaine ; on peut rapprocher ce nom de celui de La Mandrice qui appartenait en 1391 au prince et était inféodé à Jean d'Ayne et qui comptait cent feux, ce qui en fait un village important ; nous y reviendrons plus bas en décrivant la région de l’Alphée. Speroni, avec ses salines, doit être au bord de la mer. Le récit des événements de 1316 mentionne près de Clarence YEspero où l’infant Ferrand se rend le 3 juillet pour rencontrer le prince (2), le surlendemain eut lieu la bataille où il devait mourir. L'Espero est très probablement le même lieu que Speroni, à une distance modérée de Clarence et probablement vers le nord, puisque Ferrand tenait le pays au sud avec Clermont et Beauvoir et que la bataille eut lieu le 5 près de Manolada. Or, si l'on regarde la carte, on constate que le seul point remarquable sur la côte et le seul qui porte aujourd'hui un nom est le petit rocher de Kounoupéli (pi. 53, 1) : il s’avance en promontoire dans la mer et la forme en semble convenir au nom de Speroni ou Eperon ; d’après le rapport des événements de 1316, l'Espero paraît plus proche de Clarence, mais il n'y a pas d'autre lieu qui lui soit préférable (3). Cette identification , Lorenzo Aeciaiuoli ; mais les deux seuls qui nous intéressent ici sont Sprone, à identifier avec Speroni, et Christiana. Les autres sont situés en Messénie. Le document doit dater de 1379. Ces textes sont publiés à nouveau par Longnon et Topping, Documents relatifs au régime des terres; nous renvoyons à leur commentaire topo¬ à graphique. (1) Cf. Alberghetti, p. 124. Gell, Itinerary , p. 31, récrit Lechiana. Le nom ne figure pas sur les cartes anciennes. Du Cange, II, p. 385. L’identification a été suggérée par Longnon, L'empire latin , pp. 321, 324. Buchon, Grèce et Morée , p. 515, plaçait l’Espero sur la pointe qui s’avance de quelques centaines de mètres vers le nord entre deux ports de Clarence, ce qui est impossible ; ce serait une promenade d’un quart-d’heure I Sur le rocher qui forme le cap s élèvent les ruines d une petite tour carrée de 8 m. 95 de côté. Il est impossible de proposer une date pour ce (2) Declaratio summaria , (3) modeste monument.
l’élide 341 est confirmée par la présence des salines signalées souvent sur la côte dans la région de Factuel Kounoupéli (1). Parmi les autres noms, deux seuls nous paraissent d’une identification à peu près certaine : ce sont Cothico, que nous rapprochons du nom actuel de la lagune de Kotichi (carte française Kotiki) au sud-ouest de Manolada, et Prinize qui doit être Prinitsa dont nous parlerons plus bas (2). Pour Valicza, on peut hésiter entre Vélitsa située au nord-ouest de Santaméri, et Viliza dans le dème dOlympie (3). Voucouri doit-il être rapproché de Koukoura (aujourd’hui officiel¬ lement appelé Salmonè) entre Pyrgos et Olympie sur la rive droite de l’Alphée ? Busacha, de Mouzaki dans le dème d’Oléna (4) ? Mais il existe aussi un Vyzikion (Mugosi sur la carte française) à l’est de l’antique Thelpousa, un autre Mouzaki en Triphylie. Lichero fait penser à Lechouri ou à Lykouri dans la région de Kalavryta, à Lykouressi, aujourd’hui appelé Yassilaki, dans le dème d’Olympie. On peut comparer Mavrion avec l’actuel Mavria qui est sur la rive gauche de l’Alphée en amont de Karytaina. Ces derniers rapprochements montrent que l’on peut trouver des noms actuels analogues à ceux du moyen âge dans des régions assez différentes, par consé¬ quent que les identifications qui ne reposeraient que sur des analogies plus ou moins grandes entre ces noms n’offrent que très peu d’intérêt : il faut une concordance entre les indications toponymiques et les données topographiques, ou bien, en l’absence de ces dernières, une similitude presque complète entre les formes actuelles et médiévales du nom pour que l’identification d’un lieu cité par un texte ancien présente un degré suffisant de probabilité ou de certitude. Notre ignorance reste la même sur Vucuri, Mavrion, Busacha, Lichero, que sur Catzicove (5), Vuduli, Vernize ou Avernize, Zagorene, Boscio-Mesanie (?), Basilicu. Cependant, si tout ce matériel toponomastique reste difficile à utiliser, les documents du genre de la donation faite en 1337 à Nicolas Acciaiuoli constituent une source extrêmement riche et précieuse sur la vie des villages et de la campagne moréote au xive siècle. Nous n’avons pas ici le loisir de les étudier à ce point de vue (6), mais nous pouvons faire une remarque sur la population : d’après les noms de personnes énumérées, la presque totalité de la population rurale est grecque. Si l’on était tenté de supposer qu’il y avait eu au xme ou au xive siècle une immigration importante d’occidentaux, un document comme cette donation le démentirait formellement. , et de B. Agnese : (1) Si Kounoupéli est déjà connu du Portulan grec II, éd. Delatte, p. 212 : Konupegli, les portulans italiens, la carte catalane de 1375 signalent les salines au nord de Clarence, cf. Kretschmer, Italienische Porlolane , p. 634 B, de même que les cartes du xvne siècle : Blaeu, Bouttats, De Fer. (2) Cf. infra , pp. 351-355, à propos des lieux où se déroulèrent les campagnes de 1263-1264. Kotichi ne figure sur aucune liste ou carte ancienne, et il n’y a pas de village de ce nom ; la carte française indique seule¬ ment quelques cabanes. (3) C’est le village où Buchon prétendait placer Prinitsa nom de , dans celui de 1928 sous le nom officiel de ; , il figure dans le recensement de 1907 sous le et les noms traditionnels de ou . (4) On lit aussi sur la côte du golfe de Patras Murachi sur les cartes de Cantelli et De Fer. (5) La forme exacte doit être Katsikova ou Katsikovo : un village de ce nom existe en Messénie, cf. I. Nouchakès, Géographie , p. 683 ; — I. Rangavès, Hellenika, II, p. 564. (6) L’intérêt de ces documents a été signalée par J. Longnon, Dans la Grèce franque : documents sur la vie économique , Annales , VI, 1951, pp. 528-530 ; l’étude en a été esquissée par P. Topping, Le régime agraire dans le Péloponnèse latin au XIVe siècle, Hell, cont, 2e Série, X, 1956, pp. 255-295. Cf. le commentaire de ces auteurs dans Documents relatifs au régime des terres.
342 RECHERCHES TO P O GRAPHIQUE S Les occidentaux sont restés dans les villes, ou ont constitué une aristocratie féodale, à laquelle se sont d’ailleurs mêlés des Grecs, mais il n’est pas venu s’établir de paysans en Morée. Hauteurs à l’est de la plaine. — Les collines et les premières montagnes qui dominent la partie nord de la plaine de l’Élide comptent encore dans la région de la Morée médiévale mais elles ne faisaient pas partie du domaine du prince au xme siècle. En effet c’est là que se trouve un des fiefs de la baronnie d’Akova, le fief de l’Escuel où, sur la montagne des Aventures, Nicolas III de Saint-Omer fit après 1311 bâtir un château (1). Le nom pittoresque de Montagne des Aventures, celui d’Ëscuel (2) ont disparu, mais celui du château construit par le maréchal de la principauté s’est conservé : on le retrouve au moyen âge sous les formes variées que présente aussi le nom du personnage (3), il s’est fixé depuis longtemps dans la forme de Santaméri (4). C’est celle que l’on trouve sur les cartes anciennes et chez les voyageurs la perma¬ nence du nom sous la même forme est une preuve de l’importance du village qui avait dû se développer auprès du château ; il ne comptait pas moins de cinq cents feux en 1391, il était donc de beaucoup le plus peuplé de la Morée à cette date, Clarence, Kalamata et Androusa n’ayant respectivement que trois cents feux. Il garda cette importance jusqu’au xve siècle ; Chalcocondyle l’appelle une ville (5) avec son château et grâce à sa position élevée, elle apparaissait comme un refuge où s’étaient retirés les riches propriétaires de la région au moment de la conquête du pays par les Turcs : ceux-ci acceptèrent la reddition de la ville mais ne respectèrent pas la conven : ; ; (1) L. de la conq., § 527 : «le demy fié de l’Escuel de la montagne des Aventures, ou siet ores le chastel de Saint-Omer que le noble homme jadis, monseignor Nicole de Saint-Omer le j one, le grant mareschal de la princée, ferma en son temps et le nomma Saint Orner, pour cellui d’Estives que le Compaigne des Catellens lui toully quant il entrèrent a Estives ». Il dut revenir au domaine à la mort de Nicolas III. (2) Dragoumès, Chroniques de Morée , p. 240, propose de reconnaître l’Escuel dans le nom du petit village de Skoura, déjà cité par Alberghetti, p. 121 : Scura , situé au sud-est de Santaméri, près du confluent du Pénée et d’un affluent important de la rive droite. La distance qui sépare la montagne de Santaméri de ce village, dix à douze kilomètres à vol d’oiseau, nous paraît une objection grave à cette identification. Escuel ou Escueil peut avoir différents sens en vieux français ; celui d’écueil, de l’italien scoglio, qui conviendrait bien à la silhouette aiguë et découpée de la montagne n’est attesté qu’à partir du xive siècle ; mais on peut se demander quel qu’en soit le sens, s’il n’y a pas un rapport entre Escueil et le nom de la montagne dans l’antiquité, le Skollion. En effet on confond généralement la montagne des Aventures avec le mont Movri ; en réalité le mont Movri, qui culmine à 700 ou 800 mètres, est surtout connu dans le pays sous le nom du Prophète Élie, et la montagne de Santaméri, l’antique Skollion, est une chaîne en dents de scie et plus élevée (1016 mètres d’altitude), qui se distingue très nettement de tout autre massif et en particulier du mont Movri dont elle est séparée par une vallée profonde v. pl. 54, 1 a ; cf. Philippson, Der Peloponnes , p. 303. (3) Chron. gr., v. 8081 : « », — L. de los fech., § 666 : Saint Omier, — Liste de 1377 : lo casiello de Sancto Homero, in ello p(ia)no delta Morea , — liste de 1391 : Saint-Homer, du propre domaine, avec cinq cents feux. (4) Liste de 1463 : Santaméri vel Saniomari, — liste de 1467 : S. Dameri, — liste de 1471 : Sandameri , Buchon, Recherches , I, p. lxv ; — Sandemeri dans la liste d’ALBERGHETTi, p. 120. Bien que l’origine du nom soit certaine, on a proposé des explications fantaisistes : on l’a fait venir de Santa Maria, cf. G. Weigand, Balkan Archiv, IV, p. 23, ou du nom slave Sandomierz ; contre cette dernière étymologie proposée par Hilferding, M. Vasmer, Die Slaven, pp. 10 et 138, n° 79, affirme l’origine française du nom ignoré avant le xive siècle, cf. du même auteur, Zeitschrift für slavische Philologie , III, pp. 385 et suiv. . (5) L. Chalcocondyle, De rebus turc., 9, CSHB, p. 477 :
l’élide tion signée et pillèrent Santaméri 343 c’est de cette époque que date sa décadence (1). Du château restent quelques ruines situées sur un des sommets de la montagne (pi. 54, 1 a-b) ; la crête au nord de ces ruines porte les vestiges d’un village étendu ; sur le versant occidental, au-dessous, subsistent de petites églises, tandis que le village moderne s’est établi un peu plus bas autour d’une grosse source (2). Près de Saint-Omer, à l’extrémité sud de la montagne, est le village de Portés dont le nom est plusieurs fois cité à partir du xive siècle. Le nom d’origine certaine¬ ment romane indique que le site doit dater de l’époque franque ; il apparaît pour la première fois dans la table des fiefs de 1391 : «Le chastel de les Portes, cent feux, Jaco de Chipre le tient pour le vicaire» ; il est cité dans les listes de 1463 Porsos vel Perles et de 1471 Portes (3). Nous n’en savons rien de plus, et aucun vestige médiéval n’y a été signalé (4). Plus loin vers l’est, sur la route de Santaméri vers Kalavryta, se trouvait Greveno qui n’est connu que tardivement, en 1395, alors qu’il est déj à aux mains des Grecs (5) ; il est mentionné ensuite au xve siècle : Graveno vel Guevano dans la liste de 1463, Guevano dans celle de 1467, — Greveno enfin dans celle de 1471, — Greveno dans celle d’Alberghetti (6). La situation de Greveno ressort clairement du récit de Ghalcocondyle, rapportant la marche des Turcs de Kalavryta à Santaméri (7). Avant de nous éloigner vers le sud, il convient de signaler Mostenitsa, à l’est de Santaméri, dans l’intérieur, mais sur la rive gauche de l’Érymanthe, donc en Élide (8). Le village actuel est situé dans une petite vallée, entre Divri (aujourd’hui Prinophyton) et Tripotamo, l’antique Psophis, où passe la limite de la province actuelle d’Élide. Le nom de Mostenitsa est celui de la maison des Chevaliers Teutoniques, mais le centre des possessions de cet ordre était en Messénie, et ce n’est pas dans le village d’Élide qu’il faut placer ces propriétés ecclésiastiques (9). Mais si nous écartons cette identifi¬ cation, nous pensons que c’est ce village qu’il faut reconnaître dans un passage de la chronique aragonaise : en 1326, les Grecs menaçaient de pénétrer dans la plaine de : : , : , , , CSHB, pp. 477-478. Cf. Buchon, Recherches, I, p. xliii, — Grèce et Morée, (1) L. Chalcocondyle, pp. 506-507, — Hopf, II, p. 131 A, — Zakythènos, Despotat grec, I, p. 271. Plusieurs historiens ont admis — que Théodora, femme du despote Constantin, y mourut en 1429, cf. Buchon, Recherches, I, pp. liii-liv, Grèce et Morée, p. 507, — Hopf, II, p. 95 B, — Zakythènos, Despotat grec, I, p. 211 ; en réalité, G. Sphrantzès, II, 9, CSHB, p. 154, situe l’événement c’est-à-dire à Stamèron-Stamira, fief des Chauderon, qui se trouvait plus loin au sud-ouest en Morée, cf. supra, p. 127, et ne peut être confondu avec Santaméri, , quecite ailleurs G. Sphrantzès, IV, 19, CSHB, p. 409. (2) Sur le site de ces habitats, v. Buchon, Grèce et Morée, pp. 506-507, et A. Bon, BCH, 1947, p. 22. Sur les ruines du château, v. infra, pp. 646-648 ; il est situé sur la première pointe à gauche de la phot. pl. 54, 1 a. V. Appendice A III a, c, infra, pp. 693, 694. Cf. Alberghetti, p. 120 : Portes. Buchon, Grèce et Morée, p. 506, — Gell, Itinerary, pp. 29-30. Aujourd’hui ou . (5) Le despote de Mistra, Théodore Paléologue, se plaint à cette date que le métropolite de Patras ait chassé le gouverneur de la forteresse de Greveno, Miklosich et Müller, Acta, II, pp. 249 et suiv. n. 493. Cf. (3) (4) Hopf, II, p. 58 A, — Zakythènos, Despotat grec, I, p. 129. p. 121, dans le territoire de Patras. (6) Appendice A III a, c, IV, infra, pp. 693, 694; — Alberghetti, . Cf. Buchon, Grèce et Morée, (7) L. Chacocondyle, CSHB, p. 177 : pp. 506-507 ; il figure sur la carte française, sur un sentier passant au pied du mont Olonos. , officiellement ’, d’après le recensement de 1907, — , (8) Le village : d’après celui de 1928, fait partie administrativement du dème de Lampeia et de la province d’Élide. Cf. Pouqueville, Voyage, V, pp. 517-518. (9) Cf. infra, p. 441.
344 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Morée ; Farinée de la principauté sous les ordres de Nicolas Sanudo se réunit pour faire face aux troupes grecques qui étaient concentrées au village de Motiza (1). Nicolas Sanudo, apprenant que les Grecs devaient descendre dans la plaine le lendemain, fit avancer ses gens pendant la nuit, pour prendre position en face des ennemis au matin. St. Dragoumès a pensé pouvoir identifier Motiza avec le village de Mostitsi qui est beaucoup plus loin vers Fest, au-dessus de la plaine de Fantique Kleitor le nom est en effet assez sembable à celui de Motiza (2). Mais la distance est excessive ; on ne comprend pas pourquoi l’armée grecque, pour aller piller la plaine de Morée, se serait concentrée dans le bassin de Kleitor, situé à trois étapes au moins de son objectif. On comprend mieux les mouvements des deux armées en les situant entre Mostenitsa et Santaméri, et la rencontre, dans la vallée du Pénée, au-dessous des villages de Skoura et : de Skiada. Dans la moitié sud de l’Élide orientale, c’est-à-dire d’après la table des fiefs de 1377 dans la Glisière et non plus en Morée, il faut citer encore Voumero-Goumero et Chélidoni, inconnus avant le milieu du xive siècle la table des fiefs de 1377 énumère l’un à côté de l’autre les châteaux de Vunerio et de Chillidonij la liste de 1463, Vuneri et Chilidoni vel Clidoni celle de 1467 Chilidoni et Vumero séparés par Acumba et Fanari, celle de 1471, Chillidona (ruiné) seul (3). En 1470, les Vénitiens rendent aux Turcs Voumero et Chélidoni en même temps qu’Oléna et Pontiko (4). L’identification de ces deux sites n’offre pas de difficultés, leurs noms ayant survécu ; c’est aujourd’hui Chélidoni et Goumero tous deux dans le dème d’Oléna, un peu à Fest de ce dernier village, exactement au Nord d’Olympie) (5). Le nom du premier, dont on retrouve l’équivalent dans beaucoup d’autres régions de Grèce, est d’origine grecque (6) ; quant à Voumero-Goumero, entre l’étymologie slave qui le rapproche d’un mot signifiant aire, et celle qui voit dans ce mot une déformation du grec , le lieu aux mauvaises odeurs, la première nous paraît la moins improbable, le canton n’ayant pas de sources minérales qui provoqueraient une odeur nauséabonde, et le plateau où subsistent des vestiges antiques et médiévaux (pl. 54, 2), d’ailleurs assez loin du village, à mi-chemin du village voisin de Hagia-Anna, évo¬ quant bien une aire par son aspect de plate-forme (7). Quant à Oléna, le nom en est beaucoup plus anciennement connu, puisque sous : , , (1) L. de los fech., § 664 : .... fue hun casar que se nombraua la Motiza. (2) Dragoumès, Chroniques de Morée, p. 261. Mostitsi est mentionné par , Alberghetti, dans le territoire de Kalavryta, — par Leake, Travels , II, p. 256. Aujourd’hui Bangavès, Hellenika, II, p. 200, — Nouchakès, Géographie , p. 557. (3) V. Appendice A III et IV, infra, pp. 693-694. (4) G. Sphrantzès, IV, 23, CSHB, p. 448 : p. 122 ou , : Mastici, cf. . Ils figurent dans les listes d’ALBERGHETTi, p. 123 : Chielidoni, Gumero (territoire de Gastounè), et (5) sur la plupart des cartes anciennes, p. ex. celle de Battista Agnese : Gumero, celles de Bouttats et De Fer : Vinero et Chelideri ; une édition de 1852 de la carte française de Morée porte les formes erronées de Kalidona . — et de Gouiderou. Aujourd’hui ou , LU, 1948, p. 206, cf. pp. 159-160. (6) K. N. Hèliopoulos, , (7) L’origine grecque a été défendue par K. N. Hèliopoulos, LL, pp. 154-155, qiu s’appuie sur le texte de Sphrantzès, mais en modifiant en ; — M. Vasmer, Die Slaven, p. 141, n. 7, considère l’étymologie slave comme possible. Sur le site des ruines qui occupent la colline appelée Palaiokastro sur la carte française, v. J. Partsch, Olympia , I, p. 3 A ; — A. Bon, BCH, LXX, 1946, pp. 29-30.
l’Élide 345 il apparaît dans les noliliae episcopatuum dès le ixe siècle, et qu’il perpétue jusqu’à nous un nom homérique, l’Olenia Petra de l’Iliade (1). Au moyen âge, au moment où l’Église péloponésienne fut réorganisée après la période des inva¬ sions slaves, Oléna devint le siège d’un évêché sufïragant de Patras (2) : un moine originaire d’Oléna, au début du xne siècle, a, en signant un manuscrit qu’il avait copié, donné une des premières mentions de la Morée en appliquant ce nom à la région où était Oléna (3). Sous la domination franque, le siège épiscopal fut maintenu mais l’évêque, nommé à la demande du prince Geoffroy Ier pour la région de l’Élide, tout en conservant le titre d’Oléna résida à Andravida. Plus tard encore, l’évêque dit d’Oléna, abandonna Andravida en décadence et la plaine de l’Élide très dépeuplée pour venir résider à Kaminitsa sur la côte du golfe de Patras restée plus habitée. C’est à cette époque que les historiens ou voyageurs, férus d’érudition classique, sachant qu’il y avait eu près de Kaminitsa une ville antique appelée Olénos, confondirent Oléna et Olénos et considérèrent l’évêque d’Oléna résidant à Kaminitsa comme un argument pour identifier l’Olénos antique avec Kaminitsa (4). Il n’y a pas de doute qu’Oléna, malgré les légères variations du nom (5) et les changements de résidence de l’évêque qui en était titulaire, occupe aujourd’hui le même site qu’au moyen âge ; elle est souvent citée au xive et au xve siècle avec Gouméro et Chélidoni qui en sont en effet voisins (6), enfin la présence de vestiges médiévaux sur la montagne qui domine le village actuel, restes d’une église et de l’enceinte fortifiée (fig. 17 et pl. 55, 2 a-b), le nom même du site ancien, Episkopè, la forme Bolaina ; (1) Iliade , II, v. 617, XI, v. 757. Cf. Strabon, VIII, 341-342, qui cite Hésiode, fragm. 216, — Pausanias, VI, 20, 16. Sur l’identification d’Olenia Petra, voir Curtius, Peloponnesos, II, p. 38, — Bursian, Géographie , II, p. 323 . 1, — Hitzig-Blümner, éd. de Pausanias, II, p. 651, qui préfèrent le site de Skollis (montagne de Santaméri), — et J. Partsch, Olympia , I, pp. 4 B-5 A, qui la situe à Oléna, suivi par Kiepert, FOA, XIII, et Graefinghoff dans sa carte de Triphylie ; — E. Bolte, RE , XVII, 2, 1937, col. 2433. (2) Sur l’évêché de Bolaina ou Oléna qui apparaît dans une nolitia attribuée à l’époque de Léon VI le Sage, et sa permanence du ixe au xme xièscle, v. Pél. byz., pp. 103-113, où sont réunis tous les documents et la bibliographie relative à l’organisation ecclésiastique du Péloponèse à cette époque. — K. N. Hèliopoulos, /./. p. 162, fait remonter l’existence de l’évêché au vie siècle, en attribuant par erreur à Georges de Chypre, le texte d’une notitia plus récente publiée en même temps que l’opuscule de Georges de Chypre par H. Gelzer, Georgii Cyprii descriptio orbis Romani , p. 77 n. 16. (3) Le moine André, du couvent de Saint-Mélétios sur le Cithéron , en 1111, cf. supra , p. 307. (4) La question des rapports entre Oléna, Kaminitsa et Olénos, a été étudiée par E. Meyer, Pel. Wander. pp. 121 (et suiv.) n. 2, qui a montré l’origine de la confusion et comment il fallait la corriger : il a réuni les références aux principaux auteurs qui ont accepté cette erreur et une longue liste des mentions de l’évêché d’Oléna dans les documents, chez les historiens et les voyageurs, que nous jugeons inutile de répéter ici. Sur le rôle historique de l’évêché d’Oléna voir en particulier Gerland, Neue Quellen, pp. 10, 75, 77, 102 n. 5, — N. A. Bees, Oriens christianus, IV, 1915, 2e Partie, p. 260, — métropolite d’Élide Antoine, L'évêché d'Êlide VI, 1928, pp. 161-173. à travers les âges (en grec), . (5) Dans les notitiae episcopatuum antérieures à 1204 : ; la forme courante en grec est ’ : ms. add. 28816 du British Museum ; — Chron. gr., vv. 1937, 6339 ; — G. Sphrantzès, CSHB, p. 448 ; — L. de la conq., §§ 445, 840, 967 : VOline ; — L. de los fech ., §§ 129, 643, 652 : Olina ou Oliua. C’est aujourd’hui un village médiocre, chef-lieu de dème cependant à cause de ses titres historiques. Dans la correspondance ponti¬ ficale, le nom de l’évêque est parfois modifié en Helenensis, ce qui risque de créer des confusions avec l’évêque d’Hélos, cf. supra, p. 99, n. 4. (6) Dans la liste des villages occupés par les Vénitiens en 1463, le nom de Olena vel Helena précède immé¬ diatement Chilidoni et Vumero ; de même dans celle de 1467. G. Sphrantzès, ibid., cite Oléna entre Gouméro et Chélidoni.
346 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES concourent à confirmer le fait (1). Mais il y a lieu de remarquer quOléna n’a joué aucun rôle dans la principauté au xme siècle ni au xive siècle son nom n’est jamais cité qu’à propos de l’évêque qui le porte. : Région de PAlphée inférieur. — Pour achever la revue des sites médiévaux de l’Élide, il reste à situer sur la carte quelques noms qui ont été mentionnés, ou très brièvement ou tardivement, sur la rive droite ou sur la rive gauche de l’Alphée, mais en deçà de la ligne de montagnes qui barre l’horizon de la vallée de l’Alphée au sud et qui, croyons-nous, marquait la limite de la région qu’on appelait la Morée, ou, au xive siècle, dans sa moitié méridionale, la Grisera ce sont Tsogia ou Zoia et Saint Élie, Fanari, Krestaina, Moundritsa et la Gosenice. : La table des fiefs et les listes de châteaux énumèrent les noms suivants in ella Grisera lo castello : Saincte de Elie — — (40 feux) Sancto Elya lo castello de Joya lo castello 1467 1463 1391 1377 : Zoia — de Fanari — Zoia Fanari — — La tour de la Gosenice La tour de la Christiana — — (50 feux) La terre de la Cristiana — (80 feux) La Mondrusa Mandrice la Scorta lo castello Mondriza Mondrizza (100 feux) in vel : della La Cumba Combe — Acumba (2) (100 feux) retrouvent chez Alberghetti et dans le recensement de pour le premier dans le territoire de Fanari Mandrissa Greca , Vrina (aujourd’hui Greka et Vryna) ; Chrestena ..., dans le territoire de Gastounè Paglio fanaro SanV Elia... ; pour le second dans le territoire de Fanari n° 174 Crestena (56 habitants), n° 186 Fanari (42 habitants), n° 199 Mudissa (29 habitants). De Saint-Élie et de Zoia ou en grec Tsogia, le premier est le site le moins connu il n’est signalé que par Partsch et sur la carte de Graefinghofï, à 2 ou 3 km. au nord de Certains de ces noms 1689 pour la Messénie (3) : se : : , : , : : (1) Buchon, Grèce et Morée, p. 503, qui distingue bien Oléna d’Olénos sur le golfe de Patras ; — J. Partsch, Olympia, p. 5 A ; cf. A. Bon, BCH, LXX, 1946, p. 29, et infra, p. 652. (2) Nous avons cité également la Combe Acumba parce que ce nom est toujours donné avec ceux qui nous intéressent ici ; mais d’après la liste de 1377, ce site est en la Skorta » nous y reviendrons donc plus bas, pp. 373, 391. II, p. 707. (3) Alberghetti, pp. 123 et 130 ; — , «
l’élide 347 Skaphidia, et Ton ne sait rien de son histoire (1). Le second est situé à quelque distance au nord de la ville actuelle de Pyrgos ; portant un nom d’origine occidentale (2), donc probablement postérieur au xne siècle, il est inconnu de la Chronique de Morée ; il apparaît dans les listes du xive siècle rappelées ci-dessus, vers la même époque où d’autres documents signalent l’existence des seigneurs Jacques, puis Nicolas de Zoia ; bien que ces derniers soient alliés aux Foucherolles établis en Argolide, et en relations étroites avec Guy d’Enghien seigneur d’ Argos et de Nauplie (3), leurs terres doivent être dans la Glisière d’après la liste de 1377. Le village de ce nom en Élide ne garde pas de vestige du moyen âge ; il y a des restes médiévaux à quelque distance au sud-est ; rien ne permet cependant de dire s’il s’agit de l’ancêtre du village actuel ou, comme nous l’avons suggéré, du château de Beauregard (4). Le Fanari ou Phanari des listes antérieures au xvie siècle n’est certainement pas le même que celui qui, à l’époque turque, donne son nom au canton de la rive gauche de l’Alphée et qui subsiste toujours aujourd’hui. C’est bien plutôt le Paglio fanaro d’Alberghetti qu’on retrouve sur la carte française Palaeo-Fanaro, sur la rive gauche et tout près de l’Alphée, à six ou sept kilomètres en amont d’Olympie ; une colline domine en ce point la vallée (pi. 55, 1) et, depuis l’antiquité, un passage permet de franchir le fleuve en barque, — Pouqueville appelle l’embarcation un monoxylon — ou à gué pendant l’été (5). Fanari est cité pour la première fois par le Libro de los fechos comme un château construit par Jean de Nivelet, pourvu de « six fiefs en divers lieux » (6). Nous verrons que la baronnie de Nivelet est à situer essentiellement en Messénie mais le sort de Fanari est en effet souvent lié à cette baronnie, on peut donc admettre l’indication de la chronique aragonaise qui ignore la première baronnie des Nivelet Jean de Nivelet aurait reçu, en dédommagement de la baronnie de Géraki, après 1262, Fanari et des terres en Messénie. Après 1316, Nivelet, Fanari et Vostitsa sont réunis par le mariage de l’héritière de Vostitsa avec un seigneur de Charny que le prince avait récompensé en lui donnant l’héritage du baron de Nivelet. Au milieu du xive siècle, Fanari appartient avec les baronnies de Vostitsa et de Nivelet à Philippe de Jonvelle; sa veuve, Guillemette de Charny. le vendit en 1359 à Marie de Bourbon (7) celle-ci le céda à Nicolas Acciaiuoli, à qui il appartient en 1377. Mais les Navarrais l’enlevèrent à Nerio Acciaiuoli et, en 1391, il fait partie du domaine ; il compte alors 150 feux et est tenu par Guillaume de la : , , ; : ; (1) Le nom ne figure pas sur les cartes anciennes ni sur la carte française de Morée. (2) Il serait dérivé d’un nom d’origine vénitienne ou provençale, d’un personnage propriétaire dans la LU, 1948, pp. 139, 171-172. région, Papandréou, L'Êlide , pp. 358-359, — K. N. Hèliopoulos, , (3) Hopf, Chron. gr.-rom., pp. xxix-xxx, 240-242 ; cf. supra , p. 237, et infra , p. 489. (4) Cf. supra , p. 334. (5) C’est, croit-on, le site de l’antique Phrixa, seule marquée sur la carte de Graefinghoff. Cf. Dodwell, Tour , II, pp. 330-342, — Pouqueville, Voyage , V, pp. 437, 513, — Leake, Travels. II, p. 207, — Puillon Boblaye, Recherches, pp. 136-137, — L. Ross, Reisen p. 108, — Curtius, Peloponnesos II, pp. 90, 118 n. 96, — Boutan, Mémoire sur la Triphylie, pp. 234-235, — Bursian, Géographie, II, p. 266, J. Partsch, Olympia, Philippson, I, p. 11, — Frazer, IV, pp. 93-94, et Hitzig-Blümner, II, pp. 657-658, ad Pausanias, VI, 21, 5, , , Der Peloponnes, p. 339. Ce ne peut être en aucun cas le site de Sidérokastro ou Castel de Fer, comme le pense ., J. S. Sarrès, . 1934-1935, p. 71. (6) L. de los fech., § 122 Fanar. (7) Du Gange, éd. Buchon, II, pp. 264-265. :
348 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Forest (1). Le site n’est plus habité aujourd’hui et ne garde pas de vestiges médiévaux. A l’ouest et un peu plus au sud, sur la rive gauche de l’Alphée, se trouve le gros village de Krestaina c’est là que Jean de Katavas réunit ses troupes en 1263 (2) ; : le nom est resté le même et la situation convient aux événements racontés par la Chronique. Le village a toujours existé depuis le moyen âge (3). Mais la question se pose de savoir s’il faut identifier les lieux appelés Christiana par les textes du moyen âge toujours avec Kresténa, ou parfois avec le village de Christianou situé plus loin vers le sud en Messénie, dont le nom est plus semblable. Christiana est cité dans le document vénitien de 1278 au sujet des actes de piraterie grecs accomplis depuis 1265 l’archidiacre de l’évêque de Modon se rendant à Clarence fut pris en 1270 par les troupes grecques vers « Cristiana ». Dans un acte de 1338 par lequel l’impératrice : Catherine et Robert accordaient Acciaiuoli des terres situées dans la à Nicolas châtellenie de Kalamata, sont mentionnés le village de Cristina et la turris de Cristena (5). Enfin les listes de fiefs et de châteaux énumèrent en 1377 la tour de La Cristiana, située dans la « Grisera » et appartenant au grand-sénéchal, puis en 1391 revenue au prince, la tour de la Christiana, tenue par Jean d’Ayne et comptant 80 feux. L’indication de la liste de 1377 situant la tour « en Glisière » est en faveur de l’identification avec Krestaina. Pour l’attentat dont fut victime l’archidiacre de l’évêque de Modon, on préférerait le situer à Krestaina : il est plus vraisemblable que des troupes grecques aient pu s’aventurer jusque là comme en 1263, que sur la côte occidentale de la Messénie. Dans les listes, Christiana est placée une fois à côté de Fanari, l’autre fois entre Gosenice et La Mandrice qui sont certainement tout près de l’Alphée, alors que les châteaux messéniens viennent beaucoup plus loin. Mais l’acte de 1338 oblige à chercher Cristiana dans la châtellenie de Kalamata, où se trouve le village de Christianou. En présence de ces textes, la seule solution est d’admettre que Cristiana peut suivant les cas, être aussi bien l’équivalent de Krestaina que de Christianou (6). La Gosenice est très probablement Agoulinitsa dont Z a été II, (1) En 1377 : Gastello del Fanari, au « seigneur de la Volstice » ; en 1391 : La Fenare. . (2) Chron. gr., v. 4701 : (3) Les cartes anciennes l’ignorent, mais on le trouve dans le recensement vénitien de 1689, , 1885-1889, p. 707, n. 174 : Crestena, dans le territoire de Fanari, et dans les listes d’ALBERGHETTi, p. 130 : ,, Chrestena. Pouqueville, Voyage, VI, pp. 10, note 11, le nomme Chrystina. Aujourd’hui dans le dème de Scillonte, gros bourg qui croît rapidement. Le nom, considéré comme d’origine slave, cf. XLVIII, 1938, p. 15, est aujourd’hui officiellement remplacé par celui de Sélinonte. D. I. Georgakas, ’ (4) Tafel et Thomas, Urkunden, III, p. 170 : Quidam fidelis Venetus, discretus vir, nomine Thoma, Archidiaconus Mothoni, cum iransiret per partes Cristiane uno cum domino Episcopo Methonensi et multis aliis, inventus fuit per quendam egregium virum, Savastogratoram nomine, et gentem, qui habebat exercitum, videlicet domini Imperatoris, dum vellet ire Clareniiam, et captus per ipsos cum Episcopo et his, qui secum fuerant ; les éditeurs expliquent, n. 2, qu’il s’agit de l’île Christiana près de la côte sud de Crète, ce qui est invraisemblable : il est beaucoup plus naturel de penser que l’événement a eu lieu sur terre, entre Modon et Clarence. (5) Archives Ricasoli, Fonds Acciaiuoli, n. 130 : cet acte, signalé par Buchon, Nouv. rech., Il, p. 106, n. xii, est publié par Longnon et Topping, Documents relatifs au régime des terres, Document III. (6) Philippson, Peloponnes, p. 339, admet sans discussion l’identification Christiana-Kresténa ; il ignore, il est vrai, l’acte de 1338. En tout cas il faut distinguer le Christiana cité par Hopf, II, p. 78 B : il s agit en fait d un mons dictus Cristani, près d’Avramio dans la plaine de Messénie cité dans un document vénitien, Sathas, Doc. inéd., III, p. 183, appelé ailleurs Castemu, cf. infra, p. 437. « »
l’élide 349 pris pour un s long, ce serait donc l’Agolenice ou la Golenice (1). Quant à la Mandrice, c’est un peu plus à l’est qu’il faut la chercher : à 5 km. à vol d’oiseau de Krestaina, dans une contrée particulièrement riante, fertile et riche en eau, se trouve le village de Moundritsa ou Moundraza, qui porte aujourd’hui l’appellation officielle de Gryllos (2). On reconnaît facilement son nom dans Mondrusa vel Mondrizza et dans Mondriza des listes de 1463 et de 1467 ; la place qu’occupe le nom de la Mandrice (liste de 1391) après la Gosenice et la Christiana laisse supposer que la Mandrice doit être l’équi¬ valent de Mondrice c’est-à-dire Moundritsa, ce qui est confirmé par la forme que donne Alberghetti : Mandrissa, dont le voisinage avec les villages de Greka et de Vryna ne laisse pas de doute sur son identité avec Moundritsa (3). On peut enfin admettre que le Mudissa du recensement vénitien de 1689 est encore une fois le même village si l’on corrige en Mud(r)issa (4). Ces rapprochements nous conduisent enfin à cette conclusion que Moundritsa pourrait être la Mandria qui fut donnée à Nicolas Acciaiuoli (5) il serait assez naturel que les terres accordées à ce personnage fussent situées comme Moundritsa dans une région fertile. C’est donc au sud de l’Alphée que nous plaçons Gosenice et la Mandria ou Mandrice. On aimerait pouvoir identifier aussi la résidence de ce Guillaume de Flun chez qui le prince reçut l’hospitalité en 1304 (6), près du fleuve mais rien ne permet de le faire. : : L’Alphée et le « parapotamon » de l’Alphée. — Il est nécessaire de préciser les noms que le moyen âge a donnés à l’Alphée et d’éclairer les événements qui se dérou¬ lèrent le long de son cours en particulier dans les années 1263-1264. Le fleuve se présente sous trois noms : Alphée, Rouphias et Charbon ou Carbon (7). Le premier, pour lequel une tradition continue peut être établie de l’antiquité à nos jours (8), est employé au moyen âge par la version grecque de la Chronique de Morée, " mais toujours dans les expressions (ou ) (9), ou " (10), ce qui suppose une forme au nominatif Alpheus, ou plutôt (1) La carte française signale encore une tour au nord de la lagune près du village, aujourd’hui Epitalion. Le village est cité sous des formes plus facilement identifiables : Agoloniza, Guliniza ou Giluniza dans les archives Acciaiuoli, Longnon et Topping, Documents relatifs au régime des terres , Documents III et IV. (2) Carte française : Moundritsa ; — carte de Graefinghofî : Mundrisa, Pouqueville, Voyage , V, p. 514, — VI, p. 11 : Mundritza et Moudritza. Aujourd’hui , ou officiellement . (3) Appendice A II et III, infra , pp. 692-694; Alberghetti, p. 130 ; nous avons déjà remarqué la confu¬ sion possible entre Strousi et Estransses, qui est analogue. II, 1885-1889, p. 707, n. 199. (4) , (5) Buchon, Nouv. rech ., II, pp. 46 et suiv. (cité en même temps que la Lichina et Speroni), p. 137. On peut trouver un dernier argument en faveur de l’identification de Mandrice avec Moundritsa : c’est queBLOUET, dans V Expédition scientifique de Morée , I, p. 55, signale que, sur la route de Samikon à Olympie, il traverse un petit fleuve qu’il appelle rivière de Mandritsa, cf. carte pi. I du même volume (différente de la grande carte publiée dans l’Atlas) : le tracé de ce cours d’eau est inexact, mais il doit son nom certainement au village voisin de Moundritsa que Blouet transcrit Mandritza. (6) L. de la conq ., § 957. (7) Les remarques les plus importantes sur le nom du fleuve ont été faites par Sp. Lampros, N. ., VI, 1909, p. 328, — Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 121-123, — K. N. Hèliopoulos, , LU, 1948, pp. 149-151, qui cite les études d’intérêt secondaire. (8) Cf. Sp. Lampros, Z.Z., p. 328, — K. N. Hèliopoulos, Z.Z., p. 149. (9) Chron. gr ., vv. 4670, 4705, 5019, 5203, 6597, 6618, 6631, 8329, 8375, 8382 ; elle est suivie par la Cron. di Morea , p. 464 : Alfeo. (10) Chron. gr., v. 8328.
350 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Alphéas comme Moréas (1). Les Francs en firent Charbon ou Carbon (2). A côté de ces deux noms, prend place un peu plus tard, semble-t-il, une forme populaire, . Les documents occidentaux, cartes ou portulans, italiens ou catalans, se servent de la forme de Charbon-Carbon (3), tandis que les portulans grecs emploient Rouphéas (4) dont la plus ancienne mention connue se trouve dans Georges Gemiste Pléthon (5). Mélétios donne naturellement le nom antique Alphée à côté de Rouphéas (6), mais Ewliya-Celebi ne connaît que Rouphia (7). Généralement les cartes ou les géographes occidentaux des xvne et xvme siècles donnent les trois formes, parfois même une quatrième intermédiaire Orphia (8). Celle qui semble le plus communément répandue et qui s’est conservée jusqu’à l’époque actuelle, à côté du nom antique, est Rouphias qui est donné par la carte française pour le cours inférieur de Alphée de l’embouchure au confluent du Ladon et pour cet important affluent tout entier (9). A l’époque de la domination franque, les noms employés sont donc Alphée par les Grecs, Charbon sous des formes diverses par les Francs. Les formes Orphéas et Rouphéas apparaissent à une époque impossible à préciser, au plus tard vers le début du xve siècle (10). Ces différents mots ne sont, à notre avis, que des déformations interprétatives du nom antique. On passe facilement d’Alphéas à Orphéas, puis par métathèse à Rophéas ou à Rouphéas, qui offre un sens par parétymologie, le fleuve qui dévore tout. Ce n’est pas autrement qu’il faut expliquer Charbon équivalent phonétique approxi¬ matif ayant un sens pour les Francs (11). § (1) Cf. J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 633. (2) L. de la conq., § 463 : la rivière de Charbon, — 350 : la flumayra di Carbon. § 579 : la flumare de Charbon ; — L. de los fech ., Sathas, Doc. inéd., IV, p. 149, n° 1417. — (3) Fiumera di Carbone dans un document vénitien, Kretschmer, Italienische Portolane, p. 634 b, réunit les formes suivantes : Fiume Carbon , dans les atlas Luxoro et d’A. Bianco, dans le portulan Rizo, § 215, — flm. Cabor sur les cartes de Giroldi, — G. de Carbuus , sur la carte catalane de 1375, — Carbuz sur les cartes de Benincasa, — Carbon , sur celles de Vesconte et G. de Carbun sur la carte de Berlin. Au xve siècle Cyriaque d’Ancône se sert de Carbona pour désigner un affluent de l’Alphée, VI, 1909, p. 328. Au xvie siècle D. N. Niger, p. 326, explique quel’ Alphée est appelé cf. Sp. Lampros, N. ., par les habitants Orphéa et par les marins italiens Carbon. Battista Agnese juxtapose Rofoa f. et f. Carbon. (4) Portulan grec, II, éd. Delatte, p. 213. l.L, p. 151. (5) Cf. K. N. Hèliopoulos, Géographie, p. 364 A : «l’Alphée, aujourd’hui Rouphéas». (6) Mélétios, VIII, p. 305. (7) Elwiya-Celebi, (8) Cantelli de Vignola donne le nom d’Alphée à l’embouchure et sur le cours : Rophea , Orphea e Carbon. De Fer l’appelle de même Rophea Orphea et Carbon et ajoute le nom d’Alphée vers les sources. Bouttats dit : Carbon, Darbon et Lorfea. Pacifico, Descrizzione, p. 86, explique que l’Alphée est oggi Rophias, nom plus courant que ceux de Garban ô Carbon que lui donnent les marins, et rappelle la forme Orphéa citée par Niger. (9) Leake, Travels, II, p. 95, donne le nom de Rufea or Rufia au Ladon puis à Alphée en aval du confluent, et appelle l’Alphée, en amont, le fleuve de Karytaina. Pourtant B. Brue, Journal, p. 40, qui a seule¬ ment traversé le bassin de Mégalopolis connaît le Ropheo, l’Alphée des anciens. Pococke, Voyages, VI, p. 213, dit Orphéo. Pouqueville, Voyage, V, p. 480 : « Alphée, maintenant appelé Orphéa et Rouphia », mais il ajoute, p. 499, que l’Alphée prend, près de Karytaina, «le nom de Carbonaro, titre seigneurial de messire de la Trémouille fondateur de Calenthistra dansl’Achaïe » (sic). Exp. Sc. de Morée, I, p. 46 : Alphée et Orphéas ; Boutan, Mémoire sur la Triphylie, p. 232 : l’Alphée appelé par tous Rouphia ». Cf. Curtius, Peloponnesos, I, p. 367. « V, 1893, p. 233, (10) K. N. Hèliopoulos, LL, p. 150, d’accord avec G. Chatzidakès, ’, et K. Amantos, Die Suffixe der neugriechischen Ortsnamen, Munich, 1903, p. 37. VII, 1910, pp. 489-493, — XII, 1915, p. 120, — (11) C’est aussi l’opinion de Ph. Koukoulès, N. ., XIV, 1917, p. 407. Il ne peut venir ni du nom du Kladéos, comme le veut A. Skias, ni de celui du Karnion,
L’ÉLIDE 351 Il n’y a pas de doute sur le cours d’eau auquel les Francs donnaient le nom de Charbon, puisque le Livre de le conquête précise que celui-ci s’appliquait au fleuve en remontant jusqu’à Karytaina (1) : il s’agit bien de l’Alphée. Le texte de la chronique grecque est moins clair car elle emploie toujours l’expression de , qu’on traduit généralement « l’affluent de l’Alphée » malheureusement le texte français présente des lacunes à deux des passages où cette expression apparaît. La seule explication qui ait été présentée, c’est que le nom d’Alphée serait passé du fleuve lui-même à son plus important affluent, le Ladon, qui a pris en effet le nom de Rouphia, et le véritable cours du fleuve, plus maigre, ne serait plus considéré que comme son affluent (2). Il est nécessaire cependant d’examiner avec précision et, si possible, d’identifier les lieux que la chronique cite près de l’Alphée pour essayer de comprendre ce qu’elle entend par parapotamon de l’Alphée. Cela nous amène à étudier : : les lieux où se déroulèrent les luttes entre Francs et Grecs en 1263-1264. La première mention de l’Alphée est faite à propos de la marche de l’armée grecque de Mistra vers l’Élide en 1263 les Grecs passent par le Chelmos, par Véligosti ; ils sont le lendemain dans la plaine de Karytaina et restent le soir vers le parapotamon ; le lendemain, ils arrivent dans la région appelée Liodora et descendent le parapotamon ; ils passent à Isova dont ils brûlent le monastère, et campent enfin à Prinitsa (3) ; la version aragonaise donne moins de détails, mais pour le village qui marque le terme de cette marche et qu’elle appelle Perinça elle précise qu’il se trouve près d’une rivière et au milieu des herbages (4). La petite armée franque réunie par Jean de Katavas vint à Krestaina ; de là elle se mit en marche vers Prinitsa au parapotamon de l’Alphée et prit position derrière les Grecs dans une étroite gorge appelée Agridi Kounoupitsa, près de Beauregard dit la chronique aragonaise (5). Les Grecs vaincus, : , comme le disait Buchon, Recherches, I, pp. 176 . 1, 512, qui proposait encore une autre origine fort peu probable à notre avis : ce serait le fleuve le long duquel on fabriquait du charbon de bois. (1) L. de la conq., § 463 : « Lors se mirent a chevaucier contre mont la rivière de Charbon ainxi comme elle dure, fin au noble chastel de Caraintaine. (2) Dragoumès, Chroniques de Morée , p. 123 ; — P. Kalonaros, éd. de la Chron. gr., p. 196, note ad v. » 4667. (3) Chron. gr., vv. 4667-4673 : , * ’ , , * ’ , . . (4) L. de los fech., § 350 : Et caualgado con toda su gent, iomo el camino de la Morea el vino por las montangas Escorta et vino la flumaria de Carbon, et alii passo la flumayra el vino al casai de la Perinça , por amor de los pianos et de los erbages et de la flumayra que y ha, et aqui quiso reposar algunas dias. Le passage manque dans le Livre de la conquête dont le manuscrit présente une lacune de six feuillets. , — 4704-4705 : (5) Chron. gr., vv. 4701 : , — 4708-4709 : ... de la | , . Le L. de los fech., § 350, toujours plus bref, dit : ... et cavalguô et vino a un casiiello que se clama Belieguart. A. Morel-Fatio a traduit ce dernier nom par Veligourt, ce qui est certainement erroné : il est évident qu’il faut lire Bel Reguart, château en Morée ou dans la « Gresera » ; l’indication est plausible, puisque d’après la chronique grecque, les Francs, s’arrêtant le soir de la bataille à Servia, furent le lendemain à Vliziri qui était certainement près de Beauregard, cf. supra, p. 131. Cette interprétation nous paraît beaucoup plus vrai¬ semblable que celle de Dragoumès, op. cil., p. 134 n. 1, qui suppose que Belieguart est Bisbardi ! 24
352 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES leurs chefs, guidés par un homme du pays, s'enfuirent par Lévitsa et en montant vers Kapelè, pays sauvage qui leur permit de gagner Mistra sans être inquiétés ; les Francs, gênés dans la poursuite par les forêts de Prinitsa, restèrent le soir à Servia et se rendirent le lendemain à Vliziri (1). L'année suivante, les Grecs repartent en campagne on les voit de nouveau camper un soir vers Karytaina, puis descendre le parapotamon de l’Alphée, passer par Prinitsa et, arrivant tout près d’Andravida que le prince s’empresse de fortifier, ils prennent position au-dessus de Sergiana vers la petite église de Saint-Nicolas de Mesiskli ; l'armée occupait tout le pays de Palaiopolis à Gogonas (2). La chronique mentionne enfin l'Alphée à l’occasion de l'occupation par ruse d'Araklovon par Geoffroy de Briel le jeune. Celui-ci, ayant pris la forteresse, en avertit le capitaine des Grecs à qui il offre de la livrer ; et les Grecs vinrent « a la flumare de Charbon », la version grecque précise au passage de l’Alphée, au parapotamon de l'Alphée, qu'on appelle Omplos (3) et plus loin, à propos des mouvements des troupes réunies pour reprendre le château, on voit le capitaine de la Skorta venir vers Isova et prendre position au passage de Pterè, au parapotamon de l’Alphée (4). Parmi les différents lieux cités sur le parapotamon du fleuve, il est facile d’identifier Karytaina, point le plus en amont, la Liodora, qui est la région comprise dans l'angle entre la rive droite de l'Alphée et la rive gauche du Ladon (ce canton porte encore ce nom) (5), Isova aussi ; ce couvent, incendié parles mercenaires turcs, a laissé des ruines importantes connues sous le nom de Palatia (pl. 56-62, et fig. 2-4) près du village de Bitsibardi, aujourd’hui Trypètè (6). Restent enfin le lieu appelé Omplos et le passage : : (1) Chron. gr., vv. 4833-4834 : , ... . . (2) Chron. gr., . 4844 4859 ... : . : w. 5027-5052, 5046 5048-5049 , : " : , . L. de la conq ., § 339 : « ... le casai de la Sergenay ... Saint Nicolay de Mesicle.... Si avoit tant de gent que, de Paleopoli jusqu’à Gogonas, ne peussiés avoir getté une pome qui peust estre cheue a terre sans toucher homme ou cheval. » (3) L. de la conq., § 579, — Chron. gr., vv. 8328-8329 * : , , (4) Chron. gr., vv. 8381-8383 . : ’, , ' . (5) Le nom figure sur la carte française à la place correcte. Il est cité par Pouqueville, Voyage, V, p. 509, — Puillon-Boblaye, Recherches, p. 151 ; — Buchon, Grèce et Morée, p. 495, signale la fertilité de ce canton. Sur les cartes anciennes de Bouttats, De Fer, on lit Doria ou Deria qui correspondent probablement à Liodora ; — Leake, Travels, II, p. 66, rapportant le nom de castel Leodhoro ou Lodhoro, sur la rive droite l’Alphée en face du village de Matesi, admet qu’il y a eu là un château du moyen âge ; cf. Frazer, IV, pp. 307 et suiv. ; en réalité ce nom, d’ailleurs disparu aujourd’hui, devrait désigner le site de Bouphagion où il n’y a que des vestiges antiques, et la Liodora est plus loin en aval ; cf. E. Meyer, Pel. Wander., pp. 103-106. Le nom de Bitsibardi ou Bisbardi (6) Seule la Chron. gr. le cite sous la forme ’ ou dans P ". II, 1885 apparaît au xvii* siècle : Alberghetti, p. 130 : Bisbardi ; — recensement vénitien de 1689, , de
l’élide 353 de Pterè. Le nom d’Omplos, que porte encore aujourd’hui un couvent dans la région de Patras (1), n’existe plus sous cette forme dans la vallée inférieure de l’Alphée : mais Rangavès a signalé dans le dème actuel de Scillonte — c’est la région de Krestaina — sur la rive gauche de l’Alphée le lieu-dit Ompra, et d’après Dragoumès qui a suggéré de reconnaître sous ce nom celui de la chronique, il faudrait le situer près d’Ali Tsélépi (2). Cette identification, est acceptable ; la forme du nom a changé comme Alphée en Orphéas ou Rouphias ; et bien que Omplos-Ompra ne figure sur aucune carte, on peut considérer comme sûr qu’il désigne un lieu au sud du cours inférieur de l’Alphée dans la région comprise entre Kalyvakia, Krestaina et Ali-Tsélépi. Le passage sur le fleuve, appelé une fois perama de Pterè (3), est d’après l’indication de la Chronique à chercher plus à l’est, puisqu’elle le met en rapport avec Isova. L’Alphée est, dans son cours inférieur, d’une traversée assez difficile ; il existe aujour¬ d’hui, en dehors du pont près d’Agoulinitsa, plusieurs passages entre les villages de Strephi et de Volantsa, entre Krestaina et Olympie, puis un peu en amont de Miraka, enfin en amont du confluent de l’Érymanthe ou Doana ; plus loin, en amont du Ladon, la traversée devient plus facile : sauf en période de crue, le fleuve est guéable. Lequel de ces passages est celui de Pterè ? Il ne serait possible de le dire que si l’on était sûr qu’il n’y en avait pas d’autres au xme siècle et si l’on savait d’où arrivait Simon de Vidoigne, capitaine de la Skorta ; malheureusement, l’indication de la Chroni¬ que est très vague : elle raconte qu’il vient de rassembler des troupes et qu’il arrive vers Isova, avec les contingents de Kalamata, de Beauvoir, de Chalandritsa, de Vostitsa, pour empêcher les Grecs d’occuper le défilé de la Skorta (4), alors qu’elle a dit, peu avant que ceux-ci campaient à Omplos On ne peut donc situer le passage de Pterè qu’approxi mativement dans les environs de Bitsibardi, l’armée franque devant venir du nord où le bail (Nicolas de Saint-Omer d’après la Chronique), averti, avait dû la réunir. : ! Bisbadi, dans le territoire de Fanari. On dit aujourd’hui , plus fréquemment que mais c’est officiellement dans la commune de Zacha. Sur ce site, v. Leake, Travels, II, pp. 87-90, — Peloponnesiaca, p. 154 ; — L. Ross, Reisen, p. 106, signale les ruines sans les identifier ; — Buchon Grèce et Morée, p. 497, — Curtius, Peloponnesos, II, pp. 89, 118 n. 94, — Dragoumès, Chroniques de Morée , p. 134. Des vestiges antiques sont visibles près du village, sur la colline au sud que les habitants appellent le kastro, mais qui n’a pas en réalité de restes de fortification, cf. E. Meyer, Pel. Wander., p. 40, 41, 69 et pl. 52, — J. Sperling, AJ A, XLVI, 1942, p. 81, — W. A. Macdonald et R. H. Simpson, AJ A, LXV, 1961, p. 230. Nous avons eu nous-même l’occasion de voir entre les mains d’un paysan un poignard mycénien dont nous n’avons malheureusement pas pu savoir la provenance exacte. Sur les ruines d’ Isova, v. infra, pp. 537-547. , mais aussi dans T et (1) Les formes données par les manuscrits sont XLVIII, 1938, pp. 49-53, mais nous ne suivons dans P. Sur l’origine du nom, voir D. J. Georgakas, ’ , pas cet érudit quand il pense que le nom aurait été transporté par erreur de la région de Patras à celle de l’Alphée par l’auteur de la Chronique. Ce couvent date non du xue siècle comme l’a dit St. N. Thomopoulos, , Patras, 1903, pp. 13, 16-17, mais du début du xive d’après l’étude de L. Polîtes, , ., I, 1956, . 238-252. avec Tavla, Epano-Makrysia, Paliophanaro, Zounati (2) Rangavès, Hellenika, II, p. 586, cite comme des lieux-dits à faible population près de Kalyvakia ; les quatre derniers noms figurent sur la carte française. St. Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 124-127, apporte une confirmation donnée par le démarque de Scillonte, qui situe le lieu-dit près d’Ali-Tselepi, à une heure et quart de l’Alphée, le long de la lagune 1889, p. 707 : , d’Agoulinitsa. (3) Chron. gr., v. 8381 : p. 464, fait : « al passo di Pitermi, presse . (4) Chron. gr., vv. 8371-8386. ; il flume Alfeo » , dont la Cron. di Morea, qui mérite remarque, presso il flume Alfeo traduisant le ms T donne ce
354 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Pour en finir avec les mouvements de troupes en cette occasion, on comprend que la Chronique donne ces deux indications : elle parle dOmplos comme le point le plus proche d’Araklovon où les Grecs puissent venir camper sur les rives de l’Alphée pour entrer en contact avec Geoffroy de Briel ; et par ailleurs la position d’Isova est une des meilleures pour arrêter une armée venant de l’est par la vallée. Mais en fait elles sont contradictoires, et la version française (1) les omet ; il est probable qu’Omplos était le lieu où le capitaine des Grecs devait se rendre, mais qu’il ne vint pas jusque-là, empêché par les précautions de Simon de Vidoigne et par la soumission d’Araklovon. En conclusion, l’expression de parapolamon de l’Alphée, correspondant dans les autres textes au fleuve de Charbon, peut désigner le cours du fleuve de Karytaina presque jusqu’à son embouchure : il nous paraît difficile dans ces conditions d’admettre que le nom d’Alphée (ou Rouphias) ait servi exclusivement pour le Ladon et que le mot parapolamon désigne l’affluent, on croirait plus volontiers qu’il signifiait les rives du fleuve, le terrain assez large et plat le long du fleuve pour qu’une armée y passe et y campe : c’est déjà le sens que Du Cange lui avait donné en distinguant cette forme neutre du masculin qui veut dire affluent. Campagnes de 1263-1264. Bataille de Prinitsa. — C’est par rapport à l’Alphée que l’on peut espérer préciser la situation des lieux où se déroulèrent les campagnes de 1263-1264, en particulier les champs de bataille de Prinitsa et de Sergiana. Prinitsa, en français la Brenice ou Brenyce, en aragonais la Perinça ou Pernica (2), se situe sur la rive droite de l’Alphée en aval de Liodora et d’Isova. L’armée grecque campe en effet dans la Liodora qui est au nord de l’Alphée ; et les mercenaires turcs avant la bataille de Prinitsa, durent traverser le fleuve pour incendier le couvent d’Isova qui est sur la rive gauche (3). Prinitsa était dans une région de prairies (4), et tout près de hauteurs dont les pentes étaient couvertes de forêts : c’est à cette particularité que les vaincus durent de pouvoir s’enfuir sans être poursuivis ; en effet, après la défaite, un homme du pays servit de guide au Grand Domestique à travers le pays difficile de Lévitsa jusqu’à Kapelè ; les montagnes et les forêts arrêtèrent les vainqueurs (5). De leur côté, les Francs conduits par Jean de Katavas, étaient partis de Krestaina, ils vinrent jusque près de Prinitsa, dans le défilé d’Agridi Kounoupitsa. Après la bataille, ils massacrèrent de nombreux Grecs, mais ne voulurent pas s’engager dans la région accidentée et boisée qui se trouvait au-delà ; ils s’arrêtèrent à Servia et revinrent à Vliziri. Vliziri (Béséré ?) et Krestaina, qui a gardé son nom au sud d’Olympie, sont donc respectivement assez éloignés de Prinitsa, l’une au sud-ouest, l’autre au (1) L. de la conq., § 579. vv. 4673, 4681, 4704, 4758, bataille de Prinitsa par la Chron. gr. qui cite , 4831, 4837, 4844, puis par allusion vv. 4868, 4886, 5030, 5120, 5502, 6663, et par le L. de los fech., qui la place après la bataille de Sergiana, §§ 350-351. Le L. de la conq. présente des lacunes et ne parle de la bataille que par allusion, §§ 347, 368, 380. 466. Cf. Sanudo, Istoria di Romania , p. 118 : Brenizza. (3) Les indications de la Chron. gr., vv. 4669-4673, et du L. de los fech., § 350, sans concorder exactement entre elles, ne laissent pas de doute sur la localisation de Prinitsa au nord du fleuve. (4) L. de los fech., § 350 : cf. supra, p. 351, n. 4. (5) Chron. gr., vv. 4830-4834, 4843-4845, 4852-4853. (2) Le récit de la
l’élide 355 nord-ouest ; on peut encore fixer un point de repère, c'est Kapelè ; le nom est encore aujourd'hui celui du plateau couvert de vastes forêts de chênes qui s'étend entre 1 phée et son affluent le Ladon, et qui se continue plus loin vers le sud en descendant par degrés jusqu'à Lala ; le rebord de ce plateau, entamé par des vallées, présente une topographie extrêmement accidentée et pittoresque, des ravins peuplés de pins, des à-pic souvent impressionnants où seul un habitant du pays peut trouver les passages (1). Malheureusement le nom de Prinitsa a disparu : Buchon a voulu l'identifier avec Viliza (2) ; St. Dragoumès l'a rapproché du nom d'un village de la Liodora, Pyri (3), qui est bien dans une région de plaine et de prairies ; essayant d'identifier enfin Servia, où s'arrêtèrent les Francs, et Lévitsa où passa le Grand Domestique après la défaite, dans sa fuite vers Mistra, il reconnaît le premier dans le petit hameau de Servoi au sud-ouest de Langadia et le second dans Yervitsa, plus loin vers le nord, qui porte aujourd'hui le nom officiel de Tropaia (4). Ces identifications sont très discutables : les rapprochements entre les noms ne s'imposent pas et les lieux ne nous paraissent pas convenir au récit. La petite vallée où se trouve Viliza, n'offre pas l'espace nécessaire pour la bataille. D’autre part, si la bataille avait eu lieu près de Pyri en Liodora, on ne comprend pas que les Grecs se soient enfuis sur le plateau de Kapelè, pour se retirer vers Mistra Vervitsa et Servoi en sont l'un et l'autre fort éloignés. Il est vain, croyons-nous, de vouloir absolument trouver l'équivalent de noms aujourd’hui disparus (5) le lieu exact de la bataille de Prinitsa nous échappe. Mais il semble qu'on puisse indiquer où il devait se trouver ce devait être sur la rive droite de l’Alphée soit en amont d’Olympie, où la vallée s'étale vers le nord, soit dans la vallée du Kladéos, soit, mieux encore, dans la large plaine qui s'étend à l'ouest d'Olympie jusqu’aux collines de Smyla et à la rivière de Lesténitsa, l'antique Énipeus (6). Venant de Krestaina, Jean de Katavas a pu prendre position dans une des petites vallées étroites qui débouchent sur cette plaine ; et après la bataille, les Grecs s'enfuirent vers le nord-est jusqu'au plateau de Douka et Lala, plutôt que de remonter la vallée de l'Alphée où leur fuite aurait été à découvert. Lévitsa serait alors : : : (1) Cf. Philippson, Peloponnes , pp. 316 et suiv., qui écrit à tort Kapellis. Ces plateaux correspondent l’antique Pholoë. Cf. Chron. gr., v. 4834 ). La carte française donne le nom (ou Kapelis, qu’il faut corriger en Kapeli ( ), seulement à la région au nord du Ladon. Cf. K. N. Hèliopoulos, , LU, 1948, p. 155. (2) Entre Lala et Olympie, Buchon, Grèce et Morée , p. 499 : « Vileza à deux lieues et demie au sud de à Lala ». doit être rapproché de (3) Dragoumès, Chroniques de Morée , p. 136, pour lui le nom même de Prinitsa, qui pourrait être devenu Pirnitsa. Il relève dans la liste d’ALBERGHETTi, p. 129, le nom de Belessi et celui de Pir... qui est inachevé : et qui pourrait être simplement Piri, à l’est du village de Belessi qui existe encore, — ou Pirnitsa ? (4) Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 171-173 p. 129 : : Servoi ou Servou est cité par Alberghetti, cf. Leake, Travels , II, p. 65, — Rangavès, Hellenika, II, p. 719. (5) Le nom de Prinitsa ne figure dans aucun autre texte ou document que les différentes versions de la chronique, si ce n’est dans l’acte de donation de l’héritage de Lise des Quartiers à Nicolas Acciaiuoli, en 1337, Buchon, Nouv. rech.} II, p. 89 :... in casalibus Valicza et Prinize et Zagorene... Il est possible que ce soit le village près duquel eut lieu la bataille et dans ce cas Valicza serait peut-être Viliza. Le même texte pp. 86, 88, 92, signale un tènement Vernize , et un village Avernize ou Svernitze} noms disparus également, cf. supra , pp. 339 Xervô ; et suiv. (6) L’indication de J. Longnon, Notice géographique de l’éd. du L. de la conq., p. cv « au-dessus de l’Alphée près des ruines d’Olympie », bien que vague, est judicieuse. Leake, Peloponnesiaca , p. 155, se demande si n’était pas sur le site occupé aujourd’hui par Pyrgos, ce qui est très peu probable. « Prinitsa »
356 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES juste au pied ou au bord du plateau ; or M. Hèliopoulos a signalé, près du village de Chélidoni qui se trouve exactement au-dessous de la large plaine au nord-ouest dOlympie, et dans la direction des plateaux boisés, un lieu-dit Lévitsa que Ton peut identifier avec celui que cite la Chronique (1). Il ne serait pas surprenant que des noms tels que Prinitsa et Levitsa aient disparu dans cette région qui a reçu depuis lors de fortes colonies albanaises qui ont créé, par exemple, le gros village de Lala, ceux de Krékouki entre Olympie et Lantzoï, et de Lykouresi pour s’en tenir au seul dème dOlympie (2). On ne peut espérer retrouver le défilé d’Agridi Kounoupitsa (3). Quant à Servia, faut-il le confondre avec Sergiana comme font pensé plusieurs historiens ou doit-on Ten distinguer comme le veut Dragoumès ? Il est nécessaire pour cela d’en venir à la campagne de 1264. La bataille de Sergiana; Moundra et Koprinitsa. — L’année suivante, l’armée grecque revint donc par la vallée de l’Alphée, traversa le champ de bataille de Prinitsa et avança beaucoup plus loin en Morée, menaçant Andravida que le prince jugea prudent de faire entourer à la hâte d’un retranchement; mais les Grecs, sur les conseils de gens du pays, prirent position à l’est et au-dessus de la plaine, au-delà de Sergiana, près d’une petite église de Saint-Nicolas au lieu-dit Mesiscli (4). La version française précise que l’armée occupait toute la plaine de Palaiopolis à Gogonas et la chronique aragonaise, que les Grecs traversèrent le Pénée pour arriver à Saint-Nicolas de Mesiscli, afin de livrer bataille au prince qui était à Andravida (5) : celui-ci vint aussitôt à Sergiana d’où il aperçut les ennemis. Nous connaissons Palaiopolis qui occupe encore le site de l’antique Élis ; mais Gogonas n’est mentionné nulle part ailleurs (6). Il n’en reste pas moins que le lieu-dit Mesiskli devait se trouver sur la pente douce qui domine la plaine, immédiatement au nord de Palaiopolis sur la rive droite du Pénée (7). LU, 1948, pp. 155-156. Sur Chélidoni, non mentionné au xme siècle, (1) K. N. Hèliopoulos, ’, mais cité souvent à partir du xive siècle, cf. supra, p. 344. l.L, p. 177. (2) Cf. K. N. Hèliopoulos, est un nom commun dont le texte byzantin (3) Cf. Leake, Peloponnesiaca, p. 155. Le terme de publié par W. Ashburner, A byzantine treatise of taxation, JSH, XXXV, 1915, p. 77, donne l’explication : un petit hameau détaché d’un village ; il est encore aujourd’hui employé pour désigner divers villages ; l’un d’eux est un hameau récent entre Agoulinitsa (auj. Epitalion) et Anémochori, sur les bords de la lagune d’Agoulinitsa, appelé Alpochori ou Agridion. Quant à Kounoupitsa, le nom n’existe plus dans le Péloponèse où l’on trouve cependant Kounoupéli et Kounoupia, mais loin de là sur la côte ouest ou en Cynurie. , (et ) (4) Chron. gr., vv. 5026-5052, donne les noms : ; L. de la conq., § 339 : le casai de la Sergenay, — Saint-Nicola de Mesicle ; — L. de los fech., §§ 339-340 : la Sargina , — Santo Nichola del Messiscli. Mesiskli vient probablement d’un nom de famille, et l’on attendrait l’expression en grec ou , cf. P. Kalonaros, édit, de la Chron. gr., p. 210 note. (5) L. de los fech., § 339 : Et los Griegos... vinieron en las encontradas de Paliopoli, et aqui supieron nueuas como el princep estaua en Andreuilla con toda su gent ; et el hermano del emperador dixo que él queria passar la flumayra ô rio de Illiaco et yr â combatir con el... Et passada la flumayra , vino vn luguar, que aguora se clama Santo Nichola de Missiscli. On peut relever cette dernière expression « qui s’appelle maintenant Saint-Nicolas de Mesiscli », car elle prépare ce que dit la même version plus loin, § 346, que le prince, après sa victoire fit édifier une église Sainte-Marie à Sergiana et, sur le champ de bataille, une chapelle consacrée à Saint-Nicolas. (6) Cf. supra, p. 339. (7) Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 163-164, étend le champ de bataille sur toute la région jalonnée par les villages de Kokla, Borsi, Kasnési, Maliki, soit plus de 10 km., ce qui est excessif pour un lieu-dit dont le nom est sans doute celui d’un ancien propriétaire du terrain et dont le point de repère est une chapelle 5 !
l’élide 357 De ces remarques, on peut conclure que Servia et Sergiana, qui n’apparaissent dans aucun texte après le xme siècle, ne peuvent être confondus malgré la ressemblance des noms (1). Sergiana devait se trouver sur la rive droite du Pénée, Servia est cité seulement par la chronique grecque, deux fois, et chaque fois dans la région de Vliziri : après la bataille de Prinitsa, les Francs renonçant à une poursuite difficile et chargés de butin s’y arrêtèrent, et furent le lendemain à Vliziri ; d’autre part Servia apparaît à l’occasion de l’arrivée des mercenaires turcs venant offrir leurs services au prince, dans ce passage où les différentes versions citent simultanément Vliziri, Beaureguard, Perigardi (2). D’après cela, Servia se trouverait sur la rive droite de l’Alphée à une journée de marche de Vliziri au maximum, probablement en direction du sud-est. Il faut ajouter quelques mots sur les opérations qui suivirent la campagne de 1264 en Élide et précédèrent la bataille de Makryplagi sur laquelle nous reviendrons en étudiant la Messénie. Après la victoire de Sergiana, le prince, dont l’armée avait été renforcée par le corps des mercenaires turcs, décida, à leur instigation, d’aller attaquer l’armée grecque en passant par la plaine de Messénie. Partant d’Andravida, il fut obligé de décrire un vaste mouvement tournant pour faire face contre les Grecs en venant non pas de l’ouest, mais du sud. Cette marche est jalonnée dans le récit des chroniques grecque et française par les noms des lieux où l’armée, partie d’Andravida, fit étape : les Turcs, marchant en avant, allèrent camper à Mudra ou Moundra tandis que le gros des troupes bivouaquait à Koprinitsa ; la chronique grecque précise que c’est quatre jours après leur départ d’Andravida que l’armée s’arrêta en ces lieux et que l’on se trouvait près d’Arkadia (3). Les Turcs, consultant l’avenir et constatant que le sort avait marqué la bataille pour le lendemain, partirent, toujours en tête, sous le commandement d’Anselin de Toucy pour attaquer les Grecs au défilé de Makryplagi ; la Chronique grecque fait aussi allusion aux pratiques divinatoires des mercenaires turcs, qui leur révélèrent que la bataille devait avoir lieu le lendemain, un samedi, et, ajoute-t-elle, sur les montagnes qu’ils voyaient de là où ils étaient (4). C’est de là que l’armée repartit pour prendre position au pied des montagnes qui dominent le nord de la plaine de Messénie. La version aragonaise se contente de dire que le prince et ses gens chevauchèrent jusqu’à la contrée de Kalamata et s’arrêtèrent dans la plaine de Lakkoi où les Turcs se livrèrent à leurs pratiques magiques. cité seulement par Chron. gr ., vv. 4859 (P seul), 5205. — Tà , Chron. gr., vv. 5046 ; (1) Tà , . mais P donne la forme Les formes françaises : la Sergenay, L. de la conq ., §§ 339, 340, et aragonaise : la Sargina , Sergena, L. de los fech., §§ 340, 346, prouvent que la forme grecque normale est la première. J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 640, considère les deux points comme identiques, « as it seems », de même E. Meyer, Pel. Wander. , p. 54 . 2. Vasmer, Die Slaven, p. 158, n. 78 et 77, admettant l’identification Servia = Servou de Dragoumès et la forme Serviana, considère les deux mots comme d’origine slave, ce qui est indiscutable certainement pour le second. D. I. Georgakas, BZ , XLI, 1941, pp. 364, 373, 374, distinguant avec raison Servia et Sergiana, donne au second une origine grecque : il viendrait du nom Sergios. (2) Chron. gr ., vv. 5204-5205 ; — L. de la conq., § 355 ; — cf. supra , pp. 333-334. (3) L. de la conq., § 361 : « Si alerent par leurs journées à la Coprinyce; et la hebergea li princes. Mais li Turc, qui adès aloient devant, se hebergerent auques loings de nostre gent et dormirent au casai de Mudra » ; cf. § 363 : « Ancelin... vint a Mondra » ; — Chron. gr., vv. 5298-5304, donne les formes v. 5302 : , — v. 5316 == et P , (dans P seulement) : le rapprochement avec la forme française fait préférer Koprinitsa ; — v. 5304 : , et dans P. (4) L. de la conq., § 362 : les Turcs firent leurs sors ; — Chron. gr., vv. 5305-5312. « »
358 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES D'après ce récit, Moundra et Kropinitsa sont donc à quatre étapes d’Andravida, à peu de distance d’Arkadia et de la plaine de Messénie, en un point d’où l’on peut voir les montagnes qui la dominent. Topographiquement, la seule région qui corres¬ ponde à ces données est le versant méridional de la chaîne de montagne au sud de la Néda, qui porte les noms de Koutra, Saint-Élie (1105 mètres) et Tétragi (1388 mètres) : on ne trouve là aucun toponyme rappelant les noms de la Chronique. On a donc cherché s’ils n’existent pas ailleurs le long de la route qu’ont dû suivre les Turcs et l’armée du prince on rencontre Moundritsa-Moundraza, au sud-est de Krestaina, que nous avons déjà signalé et plus au sud, Moundra (1), entre Zourtsa, aujourd’hui Kato-Phigaleia, et le site de l’antique Lépréon dont le nom a été donné aujourd’hui au village de Strovitsi. Moundritsa, on l’a vu, est un village ancien ; Moundra est de même cité au xive siècle (2). Pour Koprinitsa, le nom le plus proche qui existe est Kopanitsa ; le village qui porte ce nom, situé dans le dème de Phigalie à environ 6 km à vol d’oiseau au nord-est de Moundra, est citée par le recensement vénitien de 1680 (3) et signalé par la carte française comme par celle de Graefinghoff. Le recensement de 1928 en mentionne un autre plus au sud dans la région entre Kyparissia et le Mont Ithôme. Il faut exclure également Moundritsa malgré ses fontaines (4) trop éloigné vers le nord, et le second Kopanitsa qui, trop au sud, paraît en dehors de l’itinéraire que devait suivre l’armée. St. Dragoumès admet en conséquence que les troupes du prince et les Turcs s’étaient arrêtés sur le versant sud du mont Alvena (5). Pour qui tient à retrouver exactement l’équivalent des sites médiévaux dans les noms modernes, cette solution est la seule possible. Elle ne nous satisfait cependant pas pleinement ; le seul fait que, cherchant Koprinitsa et Moundra, on peut hésiter entre deux Kopanitsa et entre Moundra ou Moundritsa, montre que les noms ne signifient pas tout, parce qu’ils se répètent. Les raisons topographiques doivent l’emporter, car il n’y a pas de raison pour que l’auteur de la Chronique se soit trompé dans la description des lieux : sur le trajet Andravida-Messénie, que l’on prenne le sentier de montagne qui passe par Smerna et Alvena, ou celui de la côte par Samikon et Zacharo, Moundra n’apparaît pas nettement comme placée au-delà de Kopanitsa dans la direction de la plaine de Messénie. Si l’on compare les distances, quatre jours paraissent un délai très long pour aller d’Andravida jusque-là, si l’étape suivante doit aller de ce campe¬ ment jusqu’au champ de bataille de Makryplagi ; Kopanitsa qui, au xvne siècle, compte dans le territoire de Fanari et est aujourd’hui rattachée administrativement à Olympie, ne peut passer pour être proche de Kyparissia. Enfin il est impossible du versant du mont Alvena de voir la plaine messénienne cachée par la masse duTetragi. Pour nous, la scène que rapporte la Chronique dans la nuit du vendredi au samedi : (1) Officiellement appelé aujourd’hui , précédemment , sur la carte française Moudra. sont cités en 1320 dans le chrysobulle d’Andronic en faveur et (2) Les deux villages de du monastère du Brontochion à Mistra, publié par K. Zésiou, , pp. 60-63, et par G. Millet, BCH, XXIII, 1899, pp. 115-118. Cf. infra , p. 389. , II, p. 707, n. 182. Copanizza , 28 habitants, recensement de 1689, , (3) (4) La Chron. gr., v. 5304, signale une source à Moundra ; près de Moundritsa est une fontaine, signalée par la carte française. Cf. Pouqueville, Voyage , VI, p. 11. (5) Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 263-265 ; admis par P. Kalonaros, éd. de la Chron. gr., p. 221 note.
l’ÉLIDE 359 avant la bataille, n'a pu se passer que plus loin vers le sud, sur les pentes dominant au nord-ouest les hautes plaines de Messénie, à l’étape où les troupes découvraient déjà la région où elles allaient rencontrer l’armée ennemie. Il faut peut-être reconnaître le nom du village aujourd’hui disparu de Koprinitsa dans celui d’une grosse source située à quelque distance au sud-ouest de Psari appelée Kopronitsa : la différence entre les noms est faible et la situation conviendrait bien (1). Dans le dilemme qui nous oblige à choisir entre la présence en un point peu convenable de noms (qui se répètent ailleurs), et une localisation topographique logique conforme au récit du seul texte qui nous rapporte les faits, nous préféront la seconde solution (2). Remarques générales. — La région que nous venons de décrire, à l’exception des derniers sites dont nous avons parlé, correspond aux cantons que le moyen âge appelait Glisière et Morée, ou du moins à la partie sud-ouest de la Morée, puisque celle-ci se prolongeait, comme plus tard le « duché de Clarence » le long de la côte du golfe de Patras jusqu’à Yostitsa. Elle était divisée entre deux châtellenies, celle de Clarence Clermont et celle de Beauvoir, qui ne la couvraient pas tout entière Santaméri, en Morée, n’appartient pas au domaine. D’après la liste des fiefs de 1377, on peut fixer à peu près la limite entre Morée et Glisière, qui était aussi probablement celle des deux châtellenies : elle suivait une ligne ouest-est le long des collines qui séparent la plaine de Pyrgos de celle d’Amaliada, laissant au sud Saint-Élie et Tsogia, puis elle faisait un angle droit pour passer entre Gouméro en Glisière et Oléna qui n’était sans doute pas séparée d’Andravida au nord elle ne devait pas dépasser la vallée du Pénée, mais nous n’avons pas d’indication précise au sud la Glisière devait comprendre les régions de l’Alphée inférieur avec Krestaina, Moundritsa et Fanari qui est ajourd’hui Palaio Fanari, pour s’arrêter aux montagnes au sud et à l’est. Plus loin vers le sud, comme à l’est au-delà du cours de l’Érymanthe, c’est une autre région, essentiellement monta¬ gneuse, la Skorta. Au point de vue religieux cette province faisait partie de l’évêché : ; : d’Oléna dont le titulaire résidait normalement à Andravida. Il est impossible d’identifier tous les noms de lieux que les textes du xme ou du xive siècle permettent d’attribuer à ces régions ; nous en mentionnerons encore deux que nous n’avons pas eu l’occasion de rappeler en ce chapitre, ce sont Sainte-Marie de Camina dans le diocèse d’Oléna et le couvent des Clarisses, construit par la princesse Isabelle, auquel Sainte-Marie de Camina fut rattachée en 1300 (2) ; c’est d’autre part le château de la Montagnia della Monache cité dans la liste des fiefs de 1377 entre Beauvoir et Beauregard, en Glisière (3). Aucune identification plausible ne peut être proposée. On a souvent allongé la liste des noms de lieu dont l’origine remonterait à l’époque de la domination franque : on a relevé des noms comme Frankavilla et Frankopèdèma. Le premier est celui d’une église située à quelques kilomètres au sud-est d’Amaliada ; le plan en est curieux : l’église se compose du sanctuaire avec ses trois La source est signalée par N. Valmin, Messénie, p. 104. Sainte-Marie de Camina avait été fondée par le prince Guillaume de Villehardouin cf . Hopf, I, pp. 293 B, 351 A, — Fr. Gerone, La sovranità napoletana, I, p. 233. Elle fut rattachée au couvent fondé par Isabelle par décision de Boniface VIII, le 1er novembre 1300, au moment où la princesse était à Rome, Registres de Boniface VIII, éd. Digard et autres, II, col. 845, n. 37837, cf. Wadding, Annales minorum , V, 604, n. 47, — Potthast, Regesla, II, p. 1998 n. 24988. (3) Appendice I A, infra, p. 689. (1) (2)
360 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES divisions, pourvu d’une seule abside semi-circulaire, et d’une coupole posée sur quatre piliers, flanquée de deux berceaux transversaux, le tout précédé d’un narthex il n’y a pas de nef proprement dite ; un seul toit à double rampant couvre l’abside, le sanctuaire et le transept, la coupole relativement large et aveugle s’élève de peu au-dessus ; le narthex a un toit beaucoup plus bas ; quatre contreforts massifs épaulent l’église ce monument peut avoir été construit à l’époque franque, mais rien n’y révèle une influence occidentale directe. Frankopèdèma n’en est pas très éloigné : c’est aussi un couvent sur une colline peu élevée, mais abrupte, au nord de Pyrgos et un peu au nord-est de Vounargo : un chevalier franc se serait tué en se jetant au bas du rocher pour ne pas tomber prisonnier de ses ennemis (1). Il se peut que ce soit l’un de ces couvents, ou encore celui de Skaphidia (2) un peu plus loin au sud-ouest qui soit celui des Clarisses ou Sainte-Marie de Camina. Mais l’incertitude reste entière. Buchon (3) se demandait si le village de Skourochori dans la même région ne devait pas son nom à « Gilbert de Score » de la Chronique ; mais ce nom est évidemment de formation grecque (4). Le village de Vartholomaion a peut-être été appelé ainsi à cause d’un Bartholomeo que nous ne connaissons pas ; mais il nous paraît bien hasardé d’admettre que Savalia vienne de chevalier, comme on le croit dans la région. D’autre part, des ruines de petites forteresses restent non identifiées : nous avons eu l’occasion de signaler ailleurs l’une d’elles près de Spata, une autre au nord ouest d’Oléna (5). Mais, sans chercher à allonger encore cette énumération, on peut admettre d’après le nombre élevé de lieux cités par les textes que cette région d’Élide a dû être profondément transformée par la domination franque. C’était certainement le cœur de la principauté. Son existence n’a sans doute pas été complètement exempte d’incidents : les armées grecques sont venues jusque tout près de la capitale Andra vida lors des campagnes de 1263-1264 ; en 1315-1316, dans ces plaines s’est déroulée la lutte entre l’infant Ferrand de Majorque et les princes légitimes. C’est cependant la province où la domination franque était le plus solidement établie : elle s’était soumise dès le début et sans combat à Guillaume de Champlitte ; aucune révolte, aucun acte de violence contre les Francs n’y a été signalé et ce n’est que tout à fait à la fin qu’elle échappe au pouvoir du dernier prince. C’est là qu’étaient la capitale, Andravida, la plus belle forteresse, Clermont, le port le plus actif, Clarence ; ces deux derniers noms d’origine française, montrent que c’étaient des créations des conquérants. Les raisons qui ont fait de l’ouest du Péloponèse le centre de la principauté sont évidentes c’est son orientation vers l’occident, la fertilité du sol de la plaine. On peut penser que de : : : (1) Cf. J. Partsch, Olympia , I, p. 7 A. — Pouqueville, Voyage, V. p. 378 n. 2, rapporte que la fondation Francopidyma est attribuée à Villehardouin ». Mais la légende raconte aussi que le Franc voulait échapper LU, 1948, p. 214. aux Turcs ! Cf. K. N. Hèliopoulos, ’ (2) Buchon, Grèce et Morée , pp. 504-505, en attribue la fondation aux Vénitiens en 1686 ; il a certainement été entièrement refait alors, cf. BCH , LXX, 1946, pp. 27-28, mais il ne s’agit que d’une restauration. , (3) Buchon, ibid. ; Buchon a en effet écrit dans son édition de la chronique grecque Chron. étr ., p. 79 B. Il s’agit en réalité de Guibert de Cors. On retrouve il est vrai dans Sanudo, Istoria di Romania, p. 122, un Guglielmo della Scora qui est peut-être aussi un Cors. (4) Cf. K. N. Hèliopoulos, LL, p. 204. (5) BCH, LXX, 1946, pp. 18-19, 28-29. de «
l’élide 361 toute la presqu’île cette région, avec la Messénie, a vu s’établir la population franque relativement la plus élevée. Il n’y avait pas à l’origine de baronnies, mais de nombreux seigneurs ou sergents devaient y dépendre directement du prince ; sur ces terres d’autres seigneurs furent établis en 1261, puis plus tard. Le nombre des fiefs concédés a dû sans cesse augmenter, les princes se réservant cependant toujours les points essentiels, Clermont et Beauvoir, ou les reprenant rapidement s’ils avaient été un moment inféodés. Dans les villes, et surtout à Clarence, nombreux devaient être les négociants établis, Italiens pour la plupart et surtout Vénitiens, venus pour trafiquer des productions qu’exportait le pays, ou pour représenter les intérêts de quelque grande maison de commerce ou de banque. Mais il faut noter ici, comme ailleurs, qu’on ne peut suivre longtemps les mêmes familles.

CHAPITRE LA III SKORTA (Planches 3, 5, 66-88) A la plaine et aux collines de la Morée et de la Glisière s’oppose la Skorta, région de montagne. Située entre les plaines côtières et les bassins intérieurs du Péloponèse, elle est aussi une région de passage le relief élevé et découpé oblige les routes à emprun¬ ter des défilés assez étroits ; la plus importante suit la vallée de l’Alphée qui coule, entre Karytaina et Andritsaina, au fond d’une véritable gorge. Le relief difficile, l’indocilité des habitants, le fait que ces montagnes ont longtemps joué le rôle de boulevards pour la défense des possessions franques contre les Grecs, ont contribué à donner à la Skorta son caractère particulier entre les diverses régions de la princi¬ ; pauté. Le nom de Skorta, dont les Français firent Escorta, est en usage au xme et au xive siècle : on le rencontre dans la Chronique de Morée , dans une inscription de Mistra (1). La chronique du Pseudo-Dorothée de Monemvasie se sert de formes légèrement différentes : Skodra et Skorda, cette dernière reproduite par Mélétios (2). On ne trouve pas le nom sur les cartes du xvne et du xvme siècle, ni chez les voyageurs ; il semble donc être tombé en désuétude après la période de la domination franque. Son origine a donné lieu à plusieurs hypothèses ; on le considère comme antérieur à 1204 et comme venant de celui de la ville antique de Gortys ; mais cette étymologie Chron. gr., vv. 1760, 1918 etc... ; le ms T donne, v. 1760 : , 5026 : . . Inscription du Brontochion à Mistra, Les habitants sont BCH, XXIII, 1899, pp. 115-118 : , . On trouve encore le dans le Scoliaste de Ptolémée, éd. Noble, p. 215 ; — Escorta, L. de la conq., §§ 106s 128, etc.. ; — L. de los fech., § 110 donne Scoria et Escorta. C’est aussi le nom de Scorta qu’il faut lire sans doute dans les documents florentins où Buchon, Nouv. rech., II, pp. 213-214, avait lu Sairita . La Cron. di Morea, p. 426, donne la forme Scortaria, mais comme étant le nom du château d’Araklovon ! , p. 469 : , p. 492 : (2) Ps. -Dorothée, Chronique, éd. de 1681, p. 468 : , et les habitants : Géographie, p. 370 A. ; cf. Mélétios, (1) En grec , , de 1321, G. Millet, nom au génitif 7192 : , 7236 :
364 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES été discutée sans qu’aucune de celles qui ont été proposées par ailleurs ne s’impose (1). La chronique grecque substitue parfois à Skorta le nom de Mesaréa. Ce nom dont l’origine, certainement grecque et non latine, puisque le texte grec est seul à l’employer (2), a été très longtemps discutée (3), ne semble pas être l’exact équivalent du premier. On peut les confondre dans le premier passage où on le rencontre (4) ; mais le plus souvent le mot de Mésaréa n’apparaît en grec que quand il s’agit de la région où se trouve Akova (5), donc avec une signification plus restreinte que Skorta qui s’applique aussi bien à la région d’Akova qu’à celle de Karytaina. a (1) Un article récent de D. J. Georgakas, The middle greek placename Skorta (in Arcadia ), Beitrâge zur Namenforschung, I, 1949, pp. 78-84, a réuni la bibliographie sur le sujet : il écarte l’hypothèse d’une origine I, 1884, albanaise du nom soutenue par Sathas, Doc. inéd., I, p. xvm ; — S. Panagiotopoulos, , p. 114 A, montre les difficultés auxquelles se heurtent les tentatives pour tirer le mot Skorta de Gortys, faites par Gell, Journey pp. 123-124, — Buchon, Recherches , I, p. xxx, — Curtius, Peloponnesos, I, p. 391, — Hopf, I, p. 237 B, — J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 640 A, — A. Adamantiou, Chroniques de Morée, pp. 481, 485 et 610-611, — Rennell Rodd, The princes of Achaia, I, p. 104 et . 1, — J. Longnon, L. de la XLVIII, conq.y p. 43 n. 3, — R. Dawkins, The place-names of later Greece, pp. 6, 7, et par lui même, 1938, p. 30 ; — il rejette également une hypothèse de D. Kalogéropoulos, , , VIII, I, 1945, . 17, qui le fait venir d’un nom grec tiré de — ou , , et propose enfin de considérer que la forme originale soit la forme , ou plutôt (le pays de) Skordas, qui est un nom de personne ; le Skorda du Pseudo-Dorothée ne serait donc pas une déformation , venue par parétymologie du nom grec de l’ail, comme le pensait N. A. Bees, BNJ , XVII, 1939-1940, serait devenu p. 105. A cette explication, défendable du point de vue linguistique, — en passant par la forme Escorta — , on peut opposer que cette forme n’apparaît que dans des textes postérieurs à l’époque où le nom a été en usage et que non seulement l’auteur de la Chronique grecque qui a pu être influencé par les formes du texte original en italien, mais aussi les inscriptions de Mistra ne connaissent que Skorta. On peut noter que le son pour le nom de Gortys, par exemple sur les à côté de a déjà existé dans l’antiquité monnaies, comme le rappelle H. Grégoire, Asklèpios , Apollon Smintheus etRudra, Travaux publiés par Théonoè , I, Bruxelles 1950, p. 29. Cf. infra à propos du nom Karytaina, p. 367 n. 2. (2) La Cron. di Morea , pp. 428, 453, qui veut l’employer à la suite de la chronique grecque, le transforme en nel mezzo de la Morea , ou Mezaria (le milieu, en dialecte vénitien), ce qui montre qu’elle ne le comprend pas. , Chron. gr., vv. 1642, 1915, 3139, 6702, 6726. On trouve dans la Cron. di Morea , (3) En grec p. 453, l’expression la Mezaria della Morea, et Misserea dans le L. de los fech ., § 117. Mesaréa, nom de lieu assez répandu en Grèce, désigne certainement un canton de l’intérieur ; mais on ne peut admettre qu’il soit l’équivalent de Mesoréa, le pays entre les montagnes, comme l’ont pensé Fallmerayer, Welchen Einfluss.., p. 70, — Krause, Géographie Griechenlands, pp. 303 A, 317 A et n. 41, — Hopf, p. 267 A. Plus récemment les étymologies proposées sont les suivantes : Mésaréa viendrait du bas-latin Massa, ferme avec ses terres, qui a donné manse et mas ; il aurait été apporté par les Francs et les Vénitiens ; or précisément la version française ignore le nom et celui-ci est trop répandu comme lieu-dit (par exemple à Kythnos, signalé par Ph. Koukoulès, , VI, 1923, p. 278) pour être d’origine étrangère. G. Chatzidakès a soutenu tour à tour deux opinions : Mésaréa peut être mis en rapport avec le mot et considéré comme le féminin -, ou de l’adjectif , en sous-entendant un nom comme , ; — ou bien La première de ces deux expli¬ et doit être accentué . Mésaréa serait une contraction de cations, admise par D. J. Georgakas nous paraît la plus probable. Cf. A. Mèliarakès, . , , XII, 1900, . , ’, VI, 205-206, — K. N. Hèliopoulos, , 1894, près de Mostenitsa en Ëlide, préféré l’explication par pp. 216 et 231. - , IV, . 3-64 (cf. LII, 1948, . ; . 423-474, — G. Chatzidakès, , . 115-179), — 168, 205, à propos du lieu-dit Mesaréa, — D. J. Georgakas, Glotia, XXXI, 1951, 1893, (4) Le Champenois reçoit à Andravida la soumission des habitants de la plaine de la Morée et « des montagnes de l’Escorta », d’après le L. de la conq ., § 106, — de « toute la Mesaréa d’après le Chron. gr., v. 1642. (5) C’est le cas dans les quatre autres passages où le nom apparaît : vv. 1915, 3159, 6702 : chaque fois la Chronique grecque le distingue de la Skorta. »
LA 365 SKORTA Nous ne pourrons fixer avec quelque précision les limites de la Skorta qu’après avoir situé sur la carte les lieux mentionnés par les textes comme appartenant à cette région. Mais nous pouvons dès maintenant écarter une opinion inexacte, bien que très généralement répandue, que la Skorta serait l’Arcadie (1). En fait, certaines expressions de la chronique montrent clairement que le nom ne s’applique qu’à la région montagneuse située entre les régions côtières plus basses et les bassins intérieurs de Mégalopolis, de Tégée et de Mantinée : les villes médiévales de Nikli et de Véligosti ne sont jamais situées en Skorta. Au contraire, la version française dit « les montagnes et de l’Escorta » (2) et le texte grec se sert des mots ; le premier désigne simplement une chaîne de montagnes, il est d’usage courant pour le Taygète (3) ; le second, dont l’origine et le sens exact ont été longtemps discutés, semble bien dans le sens dérivé qu’il a ici, rester attaché aux régions montagneuses (4). La Skorta est donc essentiellement le pays de haut relief entre plaines côtières et bassins intérieurs et correspond à l’Arcadie occidentale seulement (5) ; la Mésaréa est la partie septentrionale de cette région montagneuse ; parfois même le nom de Skorta par opposition à la région d’Akova ne désigne que la partie méridionale, au sud du cours de l’Alphée (6). Sur la population de cette région les textes ne donnent pas d’indication précise ; mais ces montagnards apparaissent comme de caractère peu docile ils se sont révoltés à plusieurs reprises contre l’autorité du prince ou de ses baux, et les Grecs de Mistra pouvaient toujours espérer trouver en eux des alliés contre les Francs ; on en a tiré la conclusion que ces éléments d’esprit indépendant et belliqueux, très différents des populations de la plaine, devaient être apparentés aux tribus slaves encore non complètement assimilées de la région du Taygète (7) il est possible que les Escortins aient gardé en effet des traits semblables à ceux des Esclavons du Taygète, mais aucun document n’en apporte une preuve décisive. Alors que les régions basses, Morée et Glisière, faisaient partie du domaine du prince et constituaient les châtellenies de Clarence et de Beauvoir, la région monta : : (1) Pour Buchon, Recherches, I, pp. 39 . 1, 613, 515, l’Escorta est le pays de Gortys et la Mésaréa, l’antique Arcadie ; l’Escorta ne serait donc pour lui qu’un cantion de la Mésaréa qui est aussi l’Arcadie pour Curtius, Peloponnesos, I, p. 153, — J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 637 B, — P. Kalonaros, Chron. gr., p. 69 note. Pour Hopf, I, p. 267 A, Mésaréa et Skorta sont les noms médiévaux de l’Arcadie. (2) L. de la conq., § 106 ; cf. § 390 : «... la contrée estoit fors des montaignes et de fors pas et de malveises entrées. » ; la Cron. di Morea, p. 456, reproduit l’expression sans la comprendre : in Scorti e Zigo. L’expression se trouve aussi dans le Scoliaste de Ptolémée, éd. Noble, p. 215. (4) Le mot drongos ou droungos est lié lui aussi à l’idée d’un relief difficile, cf. Chron. gr., vv. 5642-5643 : (3) Chron. gr., v. 7236 , * . La Cron, di Morea, p. 464, fait la même erreur que pour zygos : la sua genie di Scoria e di Drogo. Le mot drongos est employé en particulier pour désigner le pays des Mélingues en Laconie, cf. infra, p. 499. (5) J. Schmitt, op cil. pp. 637, s.v. Moraina , et 640, s.v. Skorta, l’indique très clairement. (6) C’est le cas dans le L. de los fech., § 642 : Et auido el castiello de Malagriffon, passo en la Escorta, .. et fazia fer guerra al castiello de Quarantana. (7) Voir G. Finlay, Mediaeval Greece, pp. 4 et 14-27, — F. Hertzberg, Geschichte Griechenlands, II, pp. 254, 321, 120-131, — Philippson, Peloponnes, pp. 212, 257, et Zur Ethnographie des Pelopponnes, Peter manns Mitteilungen, XXXVI, 1890, p. 7 ; — Miller, The Latins, pp. 51, 142 ; — Gerland, Neue Quellen,
366 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES gneuse avait été attribuée à deux seigneurs c'est là que se trouvaient les deux puis¬ santes baronnies d’Akova ou Mategriffon, au nord, en Mesaréa, avec vingt-quatre fiefs de chevalerie, et de Karytaina, au sud, avec vingt-deux fiefs. : La Skorta méridionale : Karytaina (pl. 66-73). — L’importance de la Skorta méridionale et de la baronnie de Karytaina vient de la présence de la vallée de l’Alphée qui est la voie de pénétration la plus directe vers l’intérieur. Les eaux du bassin de Méga lopolis forment un grand nombre de ruisseaux dont quelques-uns sont alimentés par les infiltrations du bassin de Tégée et qui se réunissent tous dans l’Alphée, le fleuve le plus abondant du Péloponèse. Mais alors que des seuils larges et peu élevés séparent le bassin de Mégalopolis de la Laconie au sud-est et des plaines de Messénie au sud, le fleuve continue son cours vers l’ouest-nord-ouest à travers des montagnes où il a dû se creuser une gorge profonde (1). Après s’être paresseusement étalé, il s’engage dans un ravin étroit, où la route ne peut le suivre, tandis que le sol se relève réguliè¬ rement vers l’ouest formant une terrasse ; sur la rive gauche au-dessus de cette terrasse, bien détachée sur trois côtés par la gorge du fleuve qui décrit un arc de cercle et au nord par un col, se dresse une arête rocheuse qui porte le château de Karytaina ; le village occupe le col entre le château et la montagne de Saint-Élie au nord et se développe sur le versant est qu’il devait occuper exclusivement au moyen âge. Le rocher atteint au plus haut, à son extrémité nord, l’altitude de 582 mètres 70 (2) alors que l’ancien pont sur l’Alphée, par lequel la route passait de la rive droite sur la rive gauche où elle s’élevait en lacets avant de continuer vers l’ouest, est à 200 mètres plus bas. Placé dans l’axe même de la vallée, il apparaît de l’amont aussi bien que de l’aval, comme une sentinelle qui contrôle le passage du château, on jouit d’une vue fort étendue vers l’est sur la plaine de Mégalopolis, entourée de montagnes, l’Hellénitsa, le Tsimbérou et plus loin le Taygète et le Parnon, vers l’ouest sur la vallée inférieure au sud, de l’autre côté de la gorge, s’élèvent les pentes du mont Lycée ; au nord seule¬ ment la vue est plus limitée. Cette situation explique le rôle du château de Karytaina, gardien de la route qui descend vers l’ouest et poste avancé pour surveiller l’intérieur aussi fut-il le siège d’une des grandes baronnies. Les ruines de la forteresse, le site pittoresque, le vieux pont sur l’Alphée ont été souvent signalés par les voyageurs et les gravures en sont nombreuses (3). ; ; ; (1) Sur la topographie et la structure de la région et en particulier sur la position de Karytaina, voir Philippson, Peloponnes, pp. 96, 104, 255, et Griech. Landschaften, III, 1, pp. 285-287, — Y. Chataigneau et J. Sion, Pays balkaniques , dans Géographie Universelle de Vidal de la Blache, VII, 2, p. 552. Sur l’ensemble de la région qui correspond à la Gortynie antique, on peut citer l’ouvrage de T. Kandèloros, , Patras 1898, trad, française, Patras 1899. (2) Exp. Sc. de Morée , Sciences physiques, II, 1, Géographie par Bory de Saint-Vincent, p. 44. (3) Gell, Journey, pp. 120 et suiv., — Itinerary, pp. 89-90, — Dodwell, Tour, II, pp. 278 et suiv., gravure h.-t. p. 380, — Leake, Travels, II, pp. 19 et suiv., — Pouqueville, Voyage, V, pp. 485-488, 500-501, — Puillon Boblaye, Recherches, pp. 164-165, — Exp. Sc. de Morée, Relation, par Bory de Saint Vincent, I, pp. 391 et suiv. cf. gravures Atlas, pl. xxvi et xxvii, Architecture et sculpture, II, p. 34 et pl. xxxil, la plus intéressante reproduite par A. Struck, Mistra, p. 30, fig. 12 : la comparaison de ces gravures entre elles montre la part d’interprétation ; — L. Ross, Reisen, p. 90, — Buchon, Grèce et Morée, pp. 476 et suiv., et Atlas des Nouv. rech., pp. 7, — Curtius, Peloponnesos, I, op. 348, — Bursian, Géographie, II, p. 241, — H. F. Tozer, JHS, IV, 1883, p. 219, R. Traquair, RSA, XIII, 1906-1907, pp. 266-270, et pl. VIII. Le pont ancien, rompu pendant la dernière guerre, a été remplacé par un ouvrage en béton beaucoup plus élevé.
LA SKORTA 367 Le nom de Karytaina s'est toujours conservé bien qu'il apparaisse sous des formes assez variées (1) ; mais l’accord ne s'est pas encore fait sur son origine ; faut-il y voir un nom d’origine slave, ou un nom grec obtenu par exemple par une contraction de Gortys et du mot karydion, la noix, qui a fourni en effet de nombreux toponymes, ou encore un nom tiré d'une nom de femme, Karitaina (2) ? En tout cas il est certain que le nom est antérieur à 1205, et que le village existait avant l’arrivée des Francs (3) ; mais nous n'y avons relevé aucun vestige sûrement antique, bien que l’on y recon¬ naisse souvent le site de la ville ancienne de Brenthè (4). Le premier baron connu est Hugues de Briel, frère sans doute de Renaud de Briel (5). Du mariage d’Hugues avec une fille de Geoffroy Ier de Villehardouin naquit le fameux Geoffroy de Briel, dit de Karytaina à qui la chronique attribue la construc¬ tion du château vers le milieu du siècle (6). Il faillit perdre par deux fois sa baronnie pour s’être révolté contre le prince ou pour l’avoir abandonné ; mais grâce à la bonté du prince, il la garda jusqu’à la fin de son existence romanesque en 1275. Il ne la possédait , gén. ou Chron. gr., vv. 1921, 3155, (1) En grec ou , 4667, etc.. En français, dans le L. de la conq., § 219, 349, 351, etc., la forme la plus fréquente est Caraintaine , à côté de Cariniaine , Carantaine, Caraitaine ; dans le diplôme de Philippe et Isabelle, Cariteyne. Le L. de los fech., §§ 118, 226, 227, etc., Quarantana et moins souvent Carantana. En italien, Caritena, — dans la Cron. di Morea (une fois Charitena), et dans les documents vénitiens ; mais dans les Annali veneti de Stefano Magno : Caritena vel Carizena, Caricena ; dans le manuscrit de Ylsloria di Romania de Sanudo : Cossitena, cf. Hopf, Chroniques gréco-romanes , pp. 116, 202,205,228, 449, etc. ; dans les Assises de Romanie, § 43, éd. Recoura, p. 191, Carantana, Caritina , Caritene et Charitina, dans des documents du xve siècle, Sathas, Doc. inéd., VI, pp. 20, 72, VII, p. 5. Ps-Dorothée, Chronique, éd. 1681, p. 469 : (de même chez Mélétios, Géographie, , La mais aussi pp. 487, 489, 490 : et p. 488, . p. 370 A), 492-493 : , forme normale en italien est Caritena, par ex. dans les listes d’ALBERGHETTi, p. 128. Les cartes cependant hésitent entre Cartena, Cartina ou Cartona, placée un peu au hasard, et dont un doublet est presque toujours situé sur la côte : voir cartes de Bouttats, De Fer, Blaeu ; la carte de Battista Agnese donne Caritena, située , gén. . à peu près à sa place. Aujourd’hui (2) On a pensé d’abord à une simple corruption du nom antique de Gortys, cf. Leake, Travels in Morea, II, p. 292, — Curtius, Peloponnesos, I, p. 391 et bien d’autres ; on a supposé aussi que cette déformation pouvait s’expliquer par une contamination du nom cf. J. Schmitt, The chronicle of Morea, p. 636 a, ou , — N. A. Bees, Encyclopédie Eleutheroudakès, IV, p. 354 a, s. v. , — Adamantiou, Chroniques de Morée XLVIII, 1938, pp. 25-32, cf. , XLIX, 1939, p. 227, qui donne une p. 481. Pour D. J. Georgakas, , bibliographie étendue sur la question, le nom de lieu doit s’écrire et vient de la forme féminine de , prononciation déformée par les Francs du nom d’homme . M. Vasmer, Die Slaven, p. 154 n. 39, s’en tient à l’origine slave, de koryio, auge, bassin. Une hypothèse récente met en rapport direct Karytaina avec le nom de Gortyne : ce serait une forme analogue à celle que pouvait avoir ce nom transcrit en linéaire A, v. J. Raison, Bull, de VAss. G. Budé, 1959, pp. 323-325. , pp. 51-52, admet même, d’après une tradition locale, (3) T. Kandèloros, ' qu’il y a eu de la part des habitants résistance aux conquérants. (4) L’identification est admise par VExp. Sc. de Morée, Sculpture et architecture, II, p. 34, — Leake, Travels, II, p. 292, — Curtius, Peloponnesos, I, p. 349, — Hopf, I, p. 247 A, — J. G. Frazer, IV, p. 313, — Hitzig-Blümner, III, p. 214, ad Pausanias, VIII, p. 28, 7. Pour Oberhummer, RE, II, 1899, col. 830, Brenthè est à chercher près de Karytaina. Bursian, Géographie, II, p. 241, situe Brenthè à vingt minutes de Karytaina, bien qu’il ait reconnu dans les murs du château des pierres antiques, comme Buchon, Grèce et Morée, p. 478 ; aucun bloc ne présente des caractères assez nets pour être considéré sans discussion comme un remploi. Pouqueville, Voyage, V, p. 499, y place la ville antique de Trapézonte qui est à chercher plutôt sur la rive gauche de l’Alphée ; mais avec L. Ross, Reisen, p. 90, il situe la source Brentheatès au-dessous de Karytaina. (5) Renaud, mentionné en 1209, ne porte pas le titre de baron de l’Escorta ou de Karytaina ; il est probable qu’il le fut, car la conquête de Karytaina devait être chose faite à cette date, cf. supra, pp. 69-70. (6) L. de la conq., § 219, — Chron. gr., vv. 3151-3156. 25
368 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES plus que comme terre de « nouveau don » et non comme de conquête ; à sa mort, en l’absence d’un héritier direct, elle fit donc retour au domaine, à l’exception de la moitié qui restait en douaire à sa veuve, Isabelle de la Roche. Celle-ci épousa en secondes noces Hugues de Brienne, comte de Lecce, et mourut deux ans plus tard en 1279. Les parents plus éloignés qui se précipitèrent pour recueillir l’héritage de Geoffroy de Karytaina, Jean Pestel, Geoffroy de Briel le jeune, furent déboutés de leur demande. Dès 1275, Karytaina se trouva exposée aux attaques des Grecs : les bassins de l’Arcadie appartenaient encore aux Francs, mais aucune barrière ne les protégeait contre les incursions qui pouvaient facilement passer de la vallée supérieure de l’Eurotas direc¬ tement dans les montagnes, non de la Gortynie, mais de la Parrhasie méridionale. Geoffroy de Karytaina est mort alors qu’il tenait garnison sur cette ligne de défense. Le comte Hugues de Brienne, n’ayant aucune raison de garder cette demi-baronnie, située loin dans l’intérieur et dans les montagnes et assez exposée, la restitua au prince ; le retour de cette part au domaine permit de reconstituer la baronnie qui fut donnée à Isabelle, fille de Guillaume de Villehardouin, par le roi Charles II en 1289 ; Hugues recevait à la place le château de Beauvoir qu’il échangea deux mois plus tard avec Jean Chauderon contre la terre de Conversano en Italie que celui-ci avait reçue du roi de Sicile (1) ; le même jour où cet échange était confirmé par le roi, le 16 septembre 1289, Isabelle épousait Florent de Hainaut et devenait princesse de Morée. Elle fit à son tour don de Karytaina et de l’autre forteresse importante de l’ancienne baronnie, Araklovon-Bucelet, à la fille qu’elle eut de son troisième mari, Philippe de Savoie, Marguerite de Savoie : la donation fut faite à la fin de 1303, sans doute peu de temps après la naissance de la jeune princesse. On peut supposer que Marguerite de Savoie renonça à ces châteaux quand ses parents, en 1307, renoncèrent définitivement à la principauté, bien qu’aucun document ne le confirme. Mais les Grecs les reprirent bientôt. Le château de Saint-Georges leur avait été livré repris sans doute au moment de la répression de la révolte de la Skorta en 1302, il fut définitivement perdu avec Karytaina en 1320 malgré la tentative faite en 1325 par Jean de Gravina (2). La partie occidentale de l’ancienne baronnie resta par contre aux Latins pendant tout le xive siècle. Le nom de Karytaina ne reparaît par la suite que par intermittence, au xve siècle dans les luttes entre Démétrios et Thomas Paléologue, puis à l’époque de la conquête turque. Si le château perd ensuite toute importance (3), le village devient plus consi ; (1) D’après les actes inédits des Registres angevins, copiés par M. Ch. Perrat, et aimablement commu¬ niqués par M. J. Longnon : lettres du 10 juillet 1289 pour la princesse Isabelle, lettre du 16 juillet au bail Nicolas de Saint-Omer et au protovestiaire Roger de Bénévent les informant du don de Beauvoir, Bellovidere, à Hugues comte de Brienne ; lettre du 16 septembre, confirmant l’échange des terres de Jean Chauderon et de Hugues de Brienne, publiés dans le t. VI de la collection des Documents inédits sur l’histoire de France, série in-8°. (2) Le chrysobulle d’Andronic II en faveur du couvent du Brontochion à Mistra attribue, en 1320, à ce couvent des propriétés « dans la plaine de Karytaina », confirmant ainsi que la région est bien entre les mains des Grecs, cf. G. Millet, BCH , XXIII, 1899, pp. 115-118. (3) Karytaina est pourtant citée par Ewliya-Celebi, VIII, p. 335, dans la Petretna ou « vallée de pierre » qui doit être l’Arcadie, où il n’est pas allé. Le provéditeur vénitien Jacques Corner (1688-1690) dans son rapport. II, 1885-1889, p. 307, cite Caritena dont le territoire est réuni à celui de Coron, publié par Sp. Lampros, , mais ne fait pas allusion à son château. Du début du xvme siècle au début du , le château est abandonné et en ruines : cf. C. Dioikètès, § 106, éd. N. Iorga, p. 187, — Gell, Journey, p. 123, — Leake, Travels, II, p. 27.
LA SKORTA 369 dérable : c’est le chef-lieu d’un canton qui compte cent vingt-quatre villages à la fin du siècle (1) ; sa forteresse joua un certain rôle dans la guerre de l’Indépendance, et servit en particulier à Kolokotronis. Mais, dans la Grèce libérée, la population a ten¬ dance à redescendre vers les plaines et Karytaina se dépeuple (2). Dans cette région, toute proche de la riche plaine de l’Élide, centre de la domi¬ nation franque, et qui a constitué pendant près de cinquante ans une position stratégi¬ que capitale pour la principauté, les textes nous font connaître de nombreux châteaux et villages. L’identification de la plupart a donné lieu à des recherches et à des discus¬ xviie sions (3). Araklovon-Bucelet (pl. 74-77, et fig. 15-16). — La plus importante forteresse de la Skorta, avec Karytaina, est celle d’Araklovon ou Bucelet. Le nom grec est Araklovon ou Oreoklovon, cette deuxième forme étant plus rare en grec comme dans les transcriptions étrangères (4) ; l’origine et le sens en restent discutés (5). Le nom que lui donnèrent les Francs, Bucelet, peut d’après une hypothèse ingénieuse sinon sûre, être rapproché de celui du châtelain grec qui le défendit contre les conquérants, Doxapatrès de la famille des Voutsarades (6). (1) Dans les listes d’Alberghetti, pp. 128-129, cf. Buchon, Recherche et mat., I, p. 310 n. 3. Dodwell, Tour, II, p. 372, compte 3.000 habitants ; Pouqueville, Voyage , V, pp. 487-488 note, énumère cent trente villages avec un total de 28.710 habitants dont 3.000 pour Karytaina. Leake, Travels, II, p. 22, compte 200 familles et cent villages dans son territoire mais signale qu’il se dépeuple. (2) L'Exp. sc. de Morée, Sciences physiques, II, 1, p. 44, signale que la population est tombée après la guerre de l’Indépendance Elle remonte ensuite, mais tend à diminuer actuellement : 1.405 à 598 habitants. habitants d’après Philippson, Peloponnes, p. 115, 925 en 1928. (3) Les études les plus récentes sont celles de Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 23-45, 204-230, — " , . ., J. S. Sarrès, Tà 1934-1935, . 57-84, » qui a provoqué divers comptes rendus critiques, cf. N. A. Bees, BNJ, XII, 1936, pp. 226-228, — AJ A, XL, 1936, p. 539, — A. Bon, A propos de quelques châteaux francs de Grèce , RA, 1938, IX, pp. 80-85. (4) Dans la Chron. gr., la forme la plus fréquente est ; c’est la seule connue de P ; H la donne également vv. 1759, 5633, 8191, 8204, 8210, mais il se sert de , v. 8263, de , sept fois entre les vv. 8323 et 8389. On lit dans Ps.-Dorothée, Chronique, p. 468, et dans Mélétios, Géographie, p. 370 b. Il est transcrit Oreoclavo et en franco Buceler , Bucelleto, clamado en griego Oroclauo, par le L. de los fech., §§ 110, 118, — Aracleno vel Araclavo et Araclovo par Stefano Magno, cf. Appen¬ sont donc les plus fréquentes ; celles qui se terminent dice A, III a, c, infra, pp. 692-693. Les formes en par ou par clavo peuvent être considérées comme exceptionnelles, donc probablement erronées. (5) Leake, Peloponnesiaca, p. 154, en fait un nom slave, ce que personne ne retient aujourd’hui. J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 638 B, propose de le décomposer en et a mountain-cage, ce qui a été admis par Adamantiou, Chroniques de Morée, p. 485 et n. 3. Pour Sathas, Doc. inéd., IV, p. li, le nom est formé sur le grec ancien . Ces explications sont bien improbables et ne justifient pas la forme la plus courante . Dragoumès, op. cil., p. 15 et n. 2, pense que la première partie du nom est forme habituelle qu’a prise aux temps modernes le nom d’Héraklès ou les sanctuaires qui lui étaient consacrés : mais il n’y a pas eu d’Hérakléion dans cette région à notre connaissance : ne serait-ce pas, ajoute t-il, «la demeure du nouvel Héraclès », nom que méritait Doxapatrès ? Ingénieux sans doute, mais non certain ; D. J. Georgacas admet cependant que le nom a été fait sur une forme du nom d’Héraklès avec le suffixe slave -ova. (6) En français Bucelet, L. de la conq., §§ 389, 563, 577, 578, 585, et une fois Buchelet, § 563 ; — Bucellet et Bucello dans les actes angevins de 1289 relatifs à la donation faite par Charles II à Isabelle ; — Bosselet dans les actes de 1303-1304 de Philippe et Isabelle ; — Polcellecto et Porcelle dans les listes de châteaux de 1364 et 1391. — En aragonais, L. de los fech., §§ 110 : Buceler , 118 : Bucelleto, 188 : Ruselleho (à corriger sans doute en Bucelleto, cf. supra, p. 67, et infra, p. 370, n. 3), 432 : Buceleio, établit dans les deux premiers passages le rapport avec Araklovon, cf. supra. — En italien, c’est généralement Buceleio ou Bucelleto, sauf «
370 RECHERCHES Avant d’aborder la question TOPOGRAPHIQUES débattue de Identification du château, il est indispensable de rappeler ce que Ton sait sur lui. Il apparaît dès le début de la conquête : la chronique aragonaise raconte que, au cours de la chevauchée le long de la côte occidentale en 1205, Guillaume de Ghamplitte s’en vint dans la région de la Skorta et y trouva un château ; comme il était très fort et très bien défendu, Guillaume laissa un groupe de ses compagnons pour en faire le siège et continua sa route (1). La version grecque fait mention d’Araklovon après l’occupation de la Messénie sur le conseil de Geoffroy de Villehardouin, les conquérants entreprennent non l’occupation des bassins intérieurs, mais le siège d’Arkadia et celui de la petite forteresse située à l’entrée du « drongos » qu’on appelle Skorta et défendue par le redoutable Doxapatrès de la famille des Voutsarades (2). L’issue de ce siège n’est mentionnée que par la chronique aragonaise comme contemporaine de la prise de Corinthe (3). Il est peu probable que la résistance d’Araklovon ait réellement duré près de cinq ans ou du moins qu’il y ait eu un siège régulier et continu de cette durée ; mais l’important est que le château est cité entre Pontiko et Arkadia, ou en même temps qu’Arkadia, à l’époque où les Francs n’avaient pas encore occupé l’intérieur du pays. Araklovon est simplement mentionné à l’occasion de la révolte de la Skorta en 1264 (4) mais de nouveau, après la mort de Geoffroy de Briel, un épisode du récit de la Chronique s’y déroule à l’époque où son neveu Geoffroy le jeune vint réclamer la succession (5) ayant été débouté de sa demande, il résolut de s’emparer par ruse d’une part de l’héritage de son oncle ; après s’être informé en détail des deux forteresses de la baronnie, Karytaina et Araklovon, il jeta son dévolu sur la seconde il quitta la Morée et se rendit dans un village dont le nom, plus ou moins déformé par les chroniques, doit être Xèrochori (6). Là, ayant feint d’être malade, il monta à Araklovon pour y boire de l’eau des citernes aux vertus curatives de laquelle il croyait, disait-il ; reçu au château, il y fit pénétrer ses compa¬ gnons et ses armes et put ainsi, par surprise, s’en rendre maître. Il fit aussitôt appel si : ; : : Cron. di Morea , p. 426, qui l’appelle par erreur Scortiara. C’est en partant de Buceler , que Dragoumès, op. cit ., = p. 14 . 1, suppose que ce peut être une transcription : pas le ; cela n’expliquerait son B dur. On peut se demander encore si ce nom de Voutsaras ne serait pas à l’origine de celui de Gracien de Boucère, châtelain de Beaufort en Skorta, en 1304. (1) L. de los fech., §§ 110-112 : Guillaume vient de la Gresera où est Pontiko et s'ende fue en las partidas de la Scoria, et aqui trobô un castiello muy fuert , el quai se clamaua en griego Oreoclauo et en franco Buceler. (2) Chron. gr., vv. 1759-1765 : ’ , ... và , , ... cf. Cron, di Moera, pp. 429-430. Le L. de la conquête ne fait pas allusion à cet épisode. (3) L. de los fech., § 188, sous le nom de Rusebello, dans lequel Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 31 32, a reconnu Bucelet. L’indication chronologique reste très vague. (4) L. de la conq., § 389, — Chron. gr., v. 5633. la conq., §§ 557 et suiv., — Chron. gr., vv. 8110 et suiv., — Cron. di Morea, p. 462. — L. de los — Cf. Hopf, I, p. 321 B, — Miller, The Latins, pp. 167 et suiv., — Longnon, L'empire latin, pp. 255-256. (5) L. de fech., §§ 428 et suiv. () L. de la conq., § 563 : « Si se parti de la Morée... Et vint par loisir à Salicore » ; — Chron. gr., v. 8198 : — Cron. di Morea, p. 462 : Zerophri ; — L. de los fech., § 432 : Cerochori. J. Schmitt conserve la forme , que Buchon, Chron. élran., pp. 207 n. 2 et 764 A, traduisait le «village des étrangers », c’est à-dire des Slaves ; mais dans les Recherches I, p. 281 n. 2, il transcrit Xerocori, ce qu’adoptent Hopf, I, p. 321 A, Adamantiou, Chroniques de Morée, pp. 579-580, — J. Longnon, L. de la conq., p. 224 n. 2, — Dragoumès, Chroniques de Morée, p. 128 . 1. ;
LA 371 SKORTA au capitaine des Grecs à Mistra qui envoya une troupe pour prendre livraison de la forteresse ; mais le capitaine de la Skorta prit position sur les bords de l’Alphée par où devait arriver cette troupe pour l’arrêter au passage (1). L’épisode est célèbre. Retenons en les détails suivants : Araklovon est près d’un village appelé Xèrochori, lui-même situé près de la plaine de Morée ; il n’est pas isolé, mais un « bourg » est dans le voisi¬ nage (2). Après cet épisode, le château de Bucelet ou Araklovon est mentionné dans les actes par lesquels le territoire de l’ancienne baronnie, divisé en deux après la mort de Geoffroy de Briel, mais reconstitué, est donné avec Karytaina à la princesse Isabelle en 1289, puis en 1303-1304 à sa fille Marguerite de Savoie. Il dut faire retour au domaine à une date qui reste indéterminée. En 1377, il appartenait en effet à la reine Jeanne Ire : c’est le premier château de ceux qu’elle possède dans la Skorta (3). En 1391 il fait toujours partie du domaine et compte cent feux (4) ; en 1463, il est entre les mains des Vénitiens, en 1467, aux Turcs ; dans les deux dernières listes tirées des Annales de Stefano Magno, Araklovon voisine d’une part avec Saint-Georges de Skorta, Crèvecœur, Strovitsi, Voumeri, d’autre part avec Vunargo, Demeco (?), Belveder, Gardizi, Crèvecœur. On en trouve encore le nom dans une inscription de Dèmètsana qui semble dater du xve siècle (5) ; mais il n’est ensuite mentionné par aucun voyageur, ni aucune carte et n’existe plus dans la toponymie actuelle ; tout au plus a-t-on signalé des légendes locales gardant le souvenir de Doxapatrès dans la vallée de l’Alphée, ou des traditions populaires sur son château, dans le village de Skiada bien plus loin vers le nord (6). Cette disparition complète du nom de la forteresse où se situent au moins deux épisodes pittoresques dont les héros, à des titres divers, Doxapatrès Voutsaras et Geoffroy de Briel le jeune, ont frappé l’imagination des contemporains, a laissé le champ libre aux hypothèses les plus variées, d’autant plus nombreuses que la région au sud et au nord de l’Alphée présente un nombre considérable de ruines et de palaiakastra. Quelques remarques doivent nous guider : c’est un château petit, mais très fort : Geoffroy le jeune arrive à s’en emparer avec quatre écuyers et, avec l’aide de quelques Grecs seulement, il réussit à soutenir le siège contre toute l’armée de la principauté, (1) Nous avons étudié supra, pp. 353-354, cette manœuvre, dont la localisation exacte n’est pas possible les Francs prirent position entre Omplos qui doit être près de la lagune d’Agoulinitsa et Isova qui est également sur la rive gauche de l’Alphée, mais plus loin en amont. (2) C’est là que logent les compagnons de Geoffroy et qu’est la taverne où ils enivrent les soldats du château, là que se retire le châtelain Philokalos, L. de la conq ., §§ 571-575, — Chron. gr., vv. 8244, 8289. I. S. Sarrès, *. ., 1934-1935, p. 57, semble ignorer la présence de ce « bourg ». (3) V. Appendice A I, infra, p. 690 : Polcellecto. Nicolas Acciaiuoli a possédé des terres à Pozoletto , qui doit être Araklovon, Longnon et Topping, Documents relatifs au régime des terres, Documents 08 III et IV. (4) V. Appendice A II, infra, p. 692 : Porcellet. (5) Cf. infra, pp. 693-694 : Aracleno vel Araclovo. Le nom se trouve dans l’expression thème d’Araklo von » dans un manuscrit : (A) , signalé par V. Gardthausen, Catalogus codicum sinaiiicorum, Oxford 1886, p. 264, publié en partie par I. Sakkeliou, , Athènes 1890, p. 141. Le thème » a été signalé pour la première fois par Sp. Lampros, BZ , I, 1892, pp. 199 et suiv., cf. N. A. Bees, , Viz. Vrem., XI, 1904, pp. 63 65. Le manuscrit porte une date lue d’abord 6590, puis 6790, c’est-à-dire 1281-1282, ce qui paraît plus BCH, LXXXIV, 1960, p. 87. probable. Sur le sens du mot thème à cette époque, V. H. Glykatzi-Ahrweiller, , pp. 52-53, les secondes (6) Les premières sont signalées par T. Kandèloros, par I. Nouchakès, Géographie, p. 533. Cf. I. S. Sarrès, LL, p. 58. Skiada est sur la rive droite d’un affluent du Pénée dans les montagnes de l’antique Akroreia. « » « «
372 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES comme Doxapatrès avait résisté plusieurs années (1) ; c’est que le château a une position qui le rend facile à défendre et lui permet, la Chronique le dit avec insistance, de commander toute la Skorta. Bien que dans la Skorta, il n’est pas situé très loin de la route de Pontiko à Arkadia et près d’un village nommé Xèrochori ; une troupe venant de l’intérieur pour arriver à Araklovon suit le parapolamon de l’Alphée, et c’est entre Isova et la lagune d’Agoulinitsa que se poste l’adversaire qui veut intercepter sa marche. Notons encore que dans les luttes entre les Francs et les Grecs déjà installés en Arcadie, il n’est jamais question d’ Araklovon, qui est au contraire la première forteresse rencontrée par les Francs entrant dans la Skorta. D’un point de vue pure¬ ment théorique, si la baronnie de la Skorta est essentiellement la région de passage correspondant à la vallée de l’Alphée, on est tenté de voir dans les deux plus impor¬ tantes forteresses qui y sont signalées, Karytaina et Araklovon, les deux bastions qui en défendent de part et d’autre l’entrée, l’une à l’est, l’autre à l’ouest. Laissant de côté les identifications qui situent le château trop loin vers le nord au-delà de l’Alphée, ou trop loin vers l’est (2), nous pensons qu’ Araklovon doit être cherché sur la rive gauche du fleuve et à une distance limitée de la côte ; car en dehors des considérations générales, il faut tenir compte du fait qu’Araklovon est près de Xèrochori : pendant plusieurs jours, Geoffroy de Briel soigna sa prétendue maladie en buvant de l’eau qu’il faisait chercher quotidiennement dans les citernes du château, la distance ne devait donc pas être considérable. Or si Araklovon a disparu, il existe toujours un Xèrochori juste au sud du mont Kaïapha à un peu plus de quatre kilo¬ mètres à vol d’oiseau de la côte (3). Ce village est ancien : il est signalé dans les listes d’Alberghetti, où il voisine avec Seliva et Combothecra, c’est-à-dire Skliva et Koumpothekra, qui en sont proches en effet (4). Le village actuel est sur la première que c’est un petit château, que suffit à défendre une faible garnison, et celle qu’Araklovon (1) L’affirmation est la plus puissante forteresse avec Karytaina et très difficile à prendre ne sont pas contradictoires, comme le pense I. S. Sarrès, LL, p. 59 ; voir en effet Chron. gr., vv. 8272-8275 : , · , * * . Leake, Peloponnesiaca, . 153-154, a hésité entre les sites antiques de Theisoa, qu’il plaçait à l’est et au-dessus du village actuel de Lavda et de Maratha, sur la rive droite del’Alphée, un peu à l’ouest de l’antique Gortys ; sur les ruines au-dessus de Lavda, v. infra, p. 385; sur celles de Maratha, v. en dernier lieu R. Martin, Sur deux enceintes d'Arcadie, RA, 1944, XIX, p. 97-107, qui réunit toute la bibliographie antérieure. — Buchon, Grèce et Morée, pp. 492-493, a proposé de reconnaître Araklovon dans le hameau d’Arachova, plus loin vers le nord, hypothèse adoptée autrefois par J. Longnon, L. de la conq., p. 418 B, mais inacceptable à cause de , l’éloignement du site et de l’absence de ruines en ce point. — T. Kandèloros, p. 52 l’a cherché plus loin à l’est, sur les collines qui dominent Vromosella, gros village au bord de l’Alphée près de , Mégalopolis. D’après N. K. Alexopoulos, p. 80, Araklovon serait encore plus loin à l’est, au-delà de Léontari : un village un peu au nord du mont Chelmos appelé Skortsinou rappellerait le nom de la Skorta ; et près de là un torrent porte le nom de ' ; le nom de Voutsaras a été donné au village voisin de Zaimè ; malgré ces arguments, le site nous paraît beaucoup trop écarté dans l’inté¬ rieur, hors des limites de la Skorta; il est vrai que N. K. Alexopoulos admet encore que la Skorta s’étend jusqu au Parnon ; sur cette discussion, v. infra, pp. 512-513. Sur la présence du toponyme Voutsaraiïka plus II, 1957, pp. 24-25. loin encore à Lest entre Hagios Petros et Hagios Ioannis, v. K. A. Romaios, ., , (3) à une demi-heure au nord du gros village de Zacharo, dans l’éparchie d’Olympie. (4) Dans le territoire de Fanari, Alberghetti, p. 130. Il est également signalé par Dodwell, Itinerary, p. 39, à 45 minutes du chani Hagios Isidoros, qui est près de la mer. Mais nous ne l’avons vu sur aucune carte ancienne. La carte française porte Xérokhori, Skliva, Gombothékla. (2)
LA SKORTA 373 terrasse au-dessus de la plaine ; aujourd’hui la population a tendance à descendre et une agglomération s’est formée tout récemment, juste au pied de la pente, à dix minutes de Zacharo et un peu à l’est du chemin qui, en une demi-heure, mène de Zacharo à Xèrochori (1). L’été les habitants se déplacent et vont s’établir plus haut sur le versant sud du mont Kaïapha près des champs dispersés entre les bouquets de pins. On y rencontre les vestiges de plusieurs agglomérations anciennes dont la plus importante porte le nom de Palaio-Xèrochori : il y a là sur une large croupe quelques champs de blé, les derniers avant le maquis et la forêt qui, plus haut, couvrent toute la montagne, des oliviers, des aires et quelques cabanes d’été ou kalyvès ; tout près, à l’est, est une chapelle de la Panagia en ruines, puis, au-delà d’un petit ravin, en contrebas de la route directe de Zacharo à Smerna, d’autres vestiges portent le nom de T ourko-mnèmata ; plus haut, au contraire, est une autre chapelle en ruines consacrée à Saint-Athanase. Enfin à l’ouest de Palaio-Xèrochori, entre deux ravins, un palaiokas tro occupe le sommet d’une éminence : c’est une petite enceinte grossièrement rectan¬ gulaire de 25 mètres de long environ sur 17 à 18 mètres de large, prolongée vers le sud-ouest par une plate-forme rocheuse limitée, par un à-pic ; le côté long au sud est occupé par un bâtiment rectangulaire d’une quinzaine de mètres sur 6 m. 50 de large ; les murs, très mal conservés sont en pierres irrégulières et mal taillées, mêlées de quelques fragments de tuiles et liées d’un mortier de terre en grande partie lavé aujourd’hui par les pluies (pl. 74). Au nord-ouest, en contrebas, sur une butte, des pins abritent les ruines d’une église de Saint-Georges. De Palaio-Xèrochori, on peut gagner Smerna par la route de Zacharo en une bonne heure ; on peut aussi passer par un sentier muletier, plus à l’ouest, qui arrive en 45 minutes à un col d’où l’on peut bifurquer à droite vers le village de Smerna, ou continuer vers le nord-ouest pour atteindre, à 40 minutes plus loin, le sommet du mont Smerna. Ces divers vestiges montrent que la population a depuis longtemps habité cette région, et que, suivant une loi très générale, le village devait être au moyen âge assez haut sur les versants. Partant de ce site, Dragoumès a reconnu Araklovon dans les ruines qui dominent le village de Platiana : une petite montagne à la silhouette hardie et qui domine fièrement la large vallée de l’Alphée porte des ruines antiques assez considérables où l’on a reconnu parfois les restes d’Aipion mais plus généralement aujourd’hui ceux de Typaneai (pl. 82, 2) : on est là déjà au moins à deux heures et demie ou trois heures par les sentiers les plus directs de Xèrochori ; mais surtout les recherches de E. Meyer ont maintenant établi que c’est le site médiéval de La Combe ou Acumba (2). Nous écarterons d’emblée une autre position dont le caractère imprenable nous avait frappé tout d’abord : c’est une pointe élevée et parfaitement détachée qui culmine à 1.346 mètres d’altitude, située au sud-ouest d’Andritsaina, entre Kouphopoulo et Linistaina. La montagne tout entière porte le nom de Palaiokastro (pl. 79, 2) ; le sommet a la forme régulière d’un cône aux pentes raides et porte les ruines de nombreuses maisons aux gros murs de pierres sèches ; sur le point le plus élevé, on reconnaît les fondations d’une tour carrée en maçonnerie dont la partie p. 86. Les deux noms sont déjà portés (1) Cette agglomération nouvelle est signalée par I. S. Sarrès, sur la carte de Graeffinghoff. (2) Dragoumès, op. cit., pp. 38-42, suivi encore par P. Kalonaros, Chron. gr.f p. 75 note. Sur les ruines et leur identification, v. infra , p. 391.
374 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES inférieure était aménagée en citerne, et qui était entourée d’une cour fermée où se trouvent les restes d’une autre citerne ; le tout est fait de petites pierres irrégulières liées de mortier, avec de très rares fragments de briques ; l’état de ruine rend impossi¬ ble d’en lever un plan même sommaire. On donne à ces ruines le nom de Palaiokastro de Kouphopoulo, ou de Linistaina, et parfois aussi de Kaslvo lès Oraias (1). Bien que dominant pour ainsi dire toute la région et notamment toute la vallée de l’Alphée, aussi bien que le pays vers le sud, le mont Palaiokastro ne peut être retenu à cause de son éloignement de Xèrochori, six ou sept heures de marche par des sentiers difficiles (2). Moins éloigné est un autre sommet, qui tout en étant loin d’être aussi haut et aussi majestueux, est cependant bien isolé et d’où l’on découvre la vallée de l’Alphée des plaines de l’ouest jusqu’aux montagnes de la Gortynie ; c’est un pic de forme régulière, un peu à l’est du mont Alvéna, ou Vounouka, l’antique Minthè, portant un petit fort entouré de ruines de maisons, auquel la carte française donne le nom de Chrysouli (3) ; sa silhouette est nettement visible de partout, dans la ligne des sommets, qui va du mont Alvéna au mont Palaiokastro (pi. 75-76) ; mais la vue qu’on a d’en haut, pour belle et large qu’elle soit, ne s’étend pas jusqu’à Clermont ni à Pontiko. Nous décrirons ailleurs ces ruines que N. A. Bees suivi par N. K. Moutsopoulos a adoptées pour celles d’Araklovon (4). Une opinion toute différente a été récemment exposée par I. S. Sarrès : cherchant pour cette forteresse si célèbre dans la Chronique, le site le plus célèbre comme forte¬ resse dans la région, il propose les ruines de Samikon qui, au bord de la mer, surveille et commande l’unique route de l’Élide vers la Messénie resserrée en un point entre les deux lagunes d’Agoulinitsa et de Kaïapha (5). Nous reconnaissons volontiers l’importance qu’a eue la forteresse de Samikon (6) ; mais elle ne garde pas de vestiges (1) On appelle aussi la montagne Mont de Fanari ou Fanaritiko ; et autrefois du moins, la forteresse, nom que nous n’avons pas retrouvé : cf. infra , p. 385. ’, (2) Il avait été cependant identifié avec Araklovon par I. Kosmopoulos, Athènes 1930, p. 86. (3) Nous n’avons pas essayé d’aller directement de Xèrochori à Chrysouli ; le chemin direct traverserait, Zakkouka, entre Tsorvatsi et le kastro, une région sauvage et fort peu habitée ; nous estimons qu’il faudrait au moins trois heures pour le parcourir. (4) N. A. Bees avait déjà consacré une étude à Araklovon dans Viz. Vrem ., II, 1904, pp. 63-65 ; il a proposé de le situer à Chrysouli dans Actes du XVIe Congrès international des Orientalistes , 1912, p. 157, cf. Mitleilungen aus der hist. Literatur, XLII, 1914, p. 251, — de l’Université d’Athènes, ’ 1935, p. 93, — et en dernier lieu BNJ, XII, 1938, pp. 226-227 ; — N. K. Moutsopoulos, , Athènes 1956, . 226 n. 1. Des vues du rocher de Chrysouli ont été données ., par I. S. Sarrès, . 1934-1935, p. 65, qui l’identifie avec Arvanokastro et par E. Meyer, Neue Pel, Wander. pi. IV, fig. h.-t. 65-67 et 69. Le nom actuel, , désigne les ruines du village qui est en contrebas ; on appelle le château Kastro lès Oraias , N. A. Bees y voyait une allusion à la fille de Doxapatrès : le nom est trop répandu pour qu’on puisse lui donner une signification particulière. ., II, 1957, pp. 24-25. 1934-1935, pp. 63-75, suivi par A. K. Romaios, ., (5) I. S. Sarrès, . Tous les arguments que Sarrès fournit ne sont pas heureux. Il signale que l’eau d’Ano-Xèrochori passe pour lourde à digérer et qu’il y a au contraire un puits d’eau minérale, appelé Roupaki, à un quart d’heure de Samikon : cela n’expliquerait pas que Geoffroy ait exigé de boire de l’eau des citernes, d’autant plus que selon toute vraisemblance Xèrochori devait être alors plus haut et près d’excellentes sources et que, d’autre part, l’eau des citernes pouvait réellement passer alors pour plus salutaire, comme dans l’antiquité. (6) Sur les ruines antiques dont le plan a été publié par YExp. sc. de Morée , Architecture , I, pl. 53, voir Geisau, RE, 2e série, I, 1920, col. 2218-2220, s. v. Samos 5, — H. L. Bisbee, Hesp ., VI, 1937, pp. 525 et suiv., — R. Martin, BCH , LXXI-LXXXII, 1947-1948, pp. 127-128, 136-138. y
LA 375 SKORTA appréciables du moyen âge ; la seule construction qu’on puisse attribuer à l’époque du xme au xve siècle, dans le voisinage, est un petit bâtiment situé à vingt minutes au nord-est de la station de chemin de fer de Samikon, tout près du ruisseau, dans un lieu-dit Frankovrysè c’est une chambre carrée surmontée d’une coupole flanquée au sud et au nord de deux chambres plus petites l’appareil de moellons mêlés de briques épaisses, mais sans régularité, semble être postérieur au xne siècle mais anté¬ rieur au xvie. Nous signalons cette petite construction curieuse — ruine de chapelle ? — mais elle ne justifie en rien l’identification de Samikon avec Araklovon. La vaste enceinte antique ne convient pas plus que celle de Platiana à la description du « petit château » qui pouvait être défendu par quelques hommes ; enfin il est difficile de dire . que Samikon soit comme Araklovon Ainsi le mont Palaiokastro est trop loin ; les ruines de Samikon sont trop vastes et trop exclusivement antiques. Celles de Chrysouli répondent assez bien aux conditions mais la distance reste grande jusqu’à Xèrochori. Cherchant dans un rayon plus court autour de Xèrochori, nous avons constaté l’existence de ruines d’un village et d’un petit château sur le sommet du mont Smerna ; à vrai dire elles ont été signalées par Dodwell, Gell et Leake, mais seulement par ouï-dire, et aucun d’eux ne les a visitées ; elles ne sont portées sur aucune carte (1). Pourtant, à qui vient de la « plaine de Morée » par la route du bord de mer ou par celle qui, par Krestaina et Moundritsa, s’en va directement vers Andritsaina, ou encore par la vallée de l’Alphée, ce sommet de 722 mètres d’altitude apparaît comme une sentinelle ; ce rocher constitue un poste de surveillance avancé, qui domine presque d’un seul jet le pays de collines riantes et fertiles au nord ; il dépasse légèrement le mont Kaïapha situé à l’ouest. Quand on vient de Xèrochori, après une montée assez raide à travers le maquis et la forêt, le sentier parvient à un col ; vers l’est, on peut gagner le village actuel de Smerna, qui s’étale sur une pente douce faisant face à l’ouest ; vers le nord-ouest, le sentier rejoint la route de Smerna à Krestaina, qui traverse une petite plaine suspendue; on arrive au pied d’un rocher de forme régulière qui s’élève à gauche de la route ; un sentier très rude y grimpe en écharpe, à travers la végétation habituelle de ces rochers, où dominent les buissons de chênes-kermès ; sur le flanc nord s’ouvre une grotte aménagée en chapelle, qui est celle d’un ancien couvent consacré à la Vierge. Le sentier est barré en un point de pierres grossièrement assemblées, et au-delà apparaissent les ruines du village, c’est-à-dire des murs en pierres sèches, à demi enfouis dans les chênes-kermès au som¬ met enfin une construction plus solide où par endroits apparaît un mortier de chaux, est l’ancien château (pi. 77, et fig. 1). De là, l’œil embrasse une vue panoramique extraordinairement étendue (fig. 2). Vers le sud-ouest, la masse du mont Kaïapha, l’antique Lapithas, cache la mer ; : ; ; bornent à rapporter ce qu’ils ont entendu des paysans : Dodwell, Tour , II, p. 343 façon inexacte, par Boblaye, Recherches, p. 133, cf. Philippson, s. v. Hypana, RE, IX, 1914, col. 1158-1159), — Gell, Rinerary, p. 38, — Leake, Travels, II, pp. 206-207 ; cf. Pouqueville, Voyage, VI, p. 10 note. I. S. Sarrès, sur la carte qui accompagne l’article cité a indiqué les ruines, mais à l’est du village actuel et non au nord-ouest. Nous avons visité le site en 1938 et été aussitôt frappé des avantages qu il présente par rapport à tous les autres. Depuis que nous avons rédigé cette étude, les lieux ont été visités par E. Meyer, Neue Pelop. Wander., pp. 51-52, et fig. h.-t. 61. (1) Les voyageurs se (utilisé, mais de
OUEST NORD EST SUD 376 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Fig. 1. — Panorama du Kastro de Smerna. Légende : 1. Zante. — 2. Pontiko. — 3. Céphalonie. — 4. Pyrgos. — 5. Clermont. — 6. Krestaina. — 7. Olympie. — 8. Mont Santaméri. — 9. Mont Voïdia (Panachaïkon). — 10. Mont Olonos (Erymanthe). — 11. Mont Chelmos (Aroania). — 12. Monts d’Arcadie et de Gortynie. — 13. Karytaina. 14. Mont Lycée. — 15. Mont Palaiokastro. — 16. Mont Alvéna. — 17. Mont Psychro. — 18. Kyparissia (Arkadia). — 19. Ile de Protè. — 20. Mont Lapithas. — 21. Kakovatos.
LA 377 SKORTA vers le sud, par-dessus le col, on découvre toute la côte de Kakovatos jusqu’à Kyparissia et à l’île de Protè, un paysage de collines où pointe le rocher de Kalydona, la vallée inférieure de la Nèda ; puis se dresse la masse des montagnes d’Alvena ou Minthè, de Palaiokastro et du Lycée ; vers l’est, dans la coupure de l’Alphée, une petite pointe rocheuse au loin doit être Karytaina ; au-delà vers le nord se déroulent les montagnes de Gortynie, puis celles d’Arcadie, le Chelmos, l’Olonos et le Voïdia ou Panachaïkon qui domine Patras ; en avant de ces lignes lointaines du paysage s’étendent les plateaux de Pholoë ou de Kapelè, coupés par les vallées de l’Érymanthe et du Ladon, et, plus près encore, la vallée de l’Alphée ; à ses pieds, on voit la campagne fertile et variée de Krestaina bordée par la lagune d’Agoulinitsa, Olympie, les bouches de l’Alphée, puis la plaine de Pyrgos entre la fière silhouette lointaine du mont Santaméri, celle, plus modeste mais très nette de la presqu’île de Katakolo, ou de Beauvoir, et dans le fond celle de Clermont. Nous avons essayé de montrer l’ampleur de ce panorama par un croquis qui, malgré ses imperfections, en rend les lignes de façon plus expressive qu’une description. En tout cas, la vue est beaucoup plus dégagée que celle de Chrysouli qui ne voit pas la mer ; elle est, si l’on nous permet cette expression, plus utile que celle du mont Palaiokastro, où, surtout à l’époque médiévale, on est très loin et trop haut pour intervenir rapidement et efficacement contre un ennemi passant sur les routes de la plaine. En résumé nous supposons qu’au moyen âge la population était groupée sur le site de Palaio-Xèrochori et sur le petit pic du mont Smerna ; entre les deux, la distance est d’environ une heure vingt de marche, et ce petit château dont la position convient aux manœuvres indiquées par la Chronique au moment où il était entre les mains de Geoffroy de Briel le jeune, et domine réellement tout le pays, est, entre toutes les ruines de la région, celle qui correspond le mieux à ce que nous savons d’Araklovon. A cette identification, on peut faire cependant une objection : la liste des châteaux de 1377 distingue en Skorta lo castello de lo Polcelleto et lo casiello della Smirina où l’on reconnaît Bucelet et Smerna. Pour répondre à cette objection dont nous ne nions pas la valeur, on peut supposer qu’il y a eu un dédoublement et qu’il faudrait lire : lo castello de lo Polcelleto della Smirina le château de Bucelet sur la montagne de Smerna ; on se demande, si dans cette liste, il ne conviendrait pas de lire de même parmi les forteresses de l’archevêque de Patras : lo castello della Terre del Bosco del piano de Patrasso plutôt que de distinguer lo castello del piano de Patrasso ; nous trouvons un argument en faveur de cette lecture dans le fait qu’aucun autre texte ou document n’a jamais mentionné, à notre connaissance, ce « château de la Smerna », pas plus que celui « de la plaine de Patras ». Nous l’admettons sans réserve pour notre part, à cause de la convergence des données topographiques en faveur de la localisation de Bucelet Araklovon à Smerna. Ceux qui, pourtant, hésiteraient à accepter notre interprétation de la liste de 1377, se rallieront sans doute à l’identification d’Araklovon avec Chrysouli dont nous avons souligné les inconvénients (1). , , , Forteresses aux confins de la Skorta : a) d’après les textes. — Deux épisodes des luttes entre Francs et Grecs contés par la Chronique de Morée font connaître toute (1) V. plus haut. Smerna comme Chrysouli ne sont pas trop éloignés de Strovitsi qu’une mention d’un manuscrit, signalée ci-dessus, place dans le « thème d’Araklovon » ; mais Smerna est plus proche.
378 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES une série de châteaux en Skorta, dont la localisation est assez ardue et a été très discu¬ tée. Le prince Florent construisit entre 1290 et 1296 « un château en la Skorta, à la frontière des Grecs, qui s'appelle maintenant Saint-Georges » (1). Peu de temps après, une rixe entre un chevalier français et un Grec amena la perte de ce château. A la foire qui se tenait à la mi-juin dans le livadi (prairie) près du village de Vervéna, Girard de Rémy, de « la Ninice », se prit de querelle avec le Grec Corcondilo ,d’Arachova-la Grande (2), et le frappa (3). Le Grec, furieux et décidé à se venger, s'entendit avec son gendre Aninos, cellerier au château de Saint-Georges « un fort chastel qui est encoste et par devant le casai de la Grant Arracove » (4) ; les deux hommes, ayant acheté le sergent Boniface qui gardait la tour, décidèrent de livrer le château aux Grecs. Corcondilo se rendit à Mistra et conta la chose à Léon Mavropapa qui était originaire de la Skorta et commandait un corps de cent mercenaires turcs ; celui-ci mit au courant le capitaine des Grecs, en insistant sur l’importance du château, qui était de l’Escorta » ou au « chief de l'Escorta » et dont la possession assurerait « au front celle de toute la région (5). Corcondilo revint à Arachova s’assurer que le château était prêt à se rendre ; puis rejoignit Léon Mavropapa qui était venu prendre position au château de Chelmos, près de Véligosti. Enfin, un soir, il vint à Saint-Georges, s’y introduisit par le moyen de l’échelle qu’Aninos avait placée sur le mur du donjon, s’en rendit maître et fit aussitôt des signaux à Mavropapa qui arriva au château avec ses hommes, au point du jour (6). Le prince aussitôt informé de cette trahison réunit ses contingents et, en deux jours, vint de la plaine de Morée jusque sous les murs de Saint-Georges où il rencontra le capitaine de la Skorta qui avait déjà mis le siège ; il campa auprès d’une source entourée de châtaigniers et décida de construire une nouvelle forteresse pour surveiller le château et le remplacer. Des travaux furent commencés sur une montagne à l’ouest de Saint-Georges (7), le Spurte, puis abandonnés et repris sur une montagne plus haute, Malomigny. Mais celle-ci, étant trop exposée pendant l’hiver au froid et à la neige, fut abandonnée à son tour ; on construisit (1) D’après le L. de los fech., § 471. (2) Le L. de la conq., §§ 495-496, cite déjà la Grant Aracove ou Grant Arcove, un peu plus tôt, en 1275 : c’est là que Geoffroy de Briel, revenu de son voyage en Italie prit position contre les Grecs, « pour ce que c’estoit adonc la meillor et la plus bele frontière que on pueust avoir pour guerroier les Grex et pour deffendre la contrée, que les anemis ne peussent entrer ne dommagier les autres leux », — là aussi que Simon de Vidoigne tenait garnison au moment du coup de main de Geoffroy de Briel le jeune sur Araklovon, L. de la conq., § 576, , . cf. Chron. gr ., vv. 7200, 7207, 8335, qui donne les formes : gén. (3) La seule source est le L. de la conq., §§ 802-803 : « la Varvaine a une belle preaerie, que on dit en grec a la Livadi ; — Girart ou Girars de Remy de la Ninice ; — la Grant Arracove ; — Corcondille ou Corcondilo ». Rappelons que le L. de los fech., §§ 472-485, raconte de façon très différente comment fut rompue la paix entre Francs et Grecs : l’initiative serait venue du capitaine des Grecs qui donna ordre à ses gens d’aller provoquer toutes sortes d’incidents « à la frontière », près d’une église proche de Nikli, où les Francs se rendaient volontiers. A la faveur des combats ainsi provoqués, les Grecs s’emparèrent de Nikli et de quelques châteaux, dont Ghalandritsa. Les Francs ne purent reprendre Nikli, mais le capitaine des Grecs, ne pouvant en assurer la défense, la fit détruire et remplacer par deux forteresses Mucli et Cepiana, cf. infra, pp. 523-524. (4) L. de la conq., § 804. (5) L. de la conq., §§ 805-811. (6) L. de la conq., §§ 812-815. Sur le Chelmos, v. infra, pp. 517-518. (7) L. de la conq., §§ 816-819.
LA SKORTA 379 enfin la forteresse « sus le pas qui estoit encoste la haute montaigne de Condiny, pour ce qu’elle dost l’entrée du chemin par lequel on entre à l’Escorta devers Saint Georges » et elle fut appelée Beaufort (1). Malgré ses efforts, le prince ne put faire capituler Saint-Georges ; à l’automne il se retira, laissant Beaufort bien garni et ayant ramené à Yervéna la garnison d’hommes à cheval qui demeurait auparavant à Arachova-la-Grande, désormais perdue. D’autre part, le contingent à cheval de la châtellenie de Kalamata devait maintenir vingt hommes au château de la Dimatre (2). Le résumé chronologique de la chronique place cet épisode en 1294 (3). Le second épisode eut lieu une dizaine d’années plus tard. Le prince Philippe de Savoie, ayant voulu lever sur la population de la Skorta une taxe nouvelle, plusieurs Grecs se réunirent à Lignycina et décidèrent de faire appel au capitaine de Mistra et de se révolter contre le prince : ils se rendirent en Laconie sous prétexte d’aller faire un pèlerinage à Saint-Nikon (4). L’armée grecque, s’étant rassemblée dans la plaine de Nikli, entra dans la Skorta, en passant par Xèrokarytaina, pour échapper aux vues des Francs ; elle s’empara du château de Sainte-Hélène qu’elle incendia ainsi que la village (5). Puis les Grecs allèrent au château de Crèvecœur « qui estoit assez en une haute montaigne, liquel estoit murez de pierre sesche » ; ils lui furent subir le même sort qu’à Sainte-Hélène. De là ils redescendirent la montagne vers Andrichina où les attendait le capitaine, puis attaquèrent Beaufort qui, lui, résista, car il « avoit une bonne tour grant et large et murée de bons tours de chaux et d’araine » et était bien défendu par Gratien de Boucère (6). Le capitaine des Grecs fit retirer ses gens sous la montagne de Condiny, puis descendit dans la plaine qui est près de Saint-Georges (7). Nicolas Le Maure, capitaine de la Skorta et de Kalamata, vint d’Androusa à Dimatre, puis marcha sur Beaufort vers une montagne appelée Cucoruno pour faire face aux Grecs. Le prince, averti, réunit de son côté tous ses contingents, marcha vers la Skorta et vint camper près de Vervéna, hésitant entre deux manœu¬ vres : attaquer les Grecs de front, ou les tourner par Karytaina pour leur couper la retraite. Mais les Grecs s’enfuirent de nuit « desropant par ces valées qui sont devers Saint-Georges et la Grant Arracove ». La garnison de Beaufort ne comprit rien à ce mouvement et alluma des fanaux qui furent vus mais non compris de Nicolas Le Maure. Enfin, au matin, Gratien de Boucère et Nicolas Le Maure se réunirent et poursuivirent les Grecs jusqu’à la plaine de Caf Celle. Le prince, de son côté, envoya un corps de cent hommes à cheval vers Beaufort. Quand les troupes se furent réunies, les Francs décidèrent de ne pas aller au-delà de Beaufort, s’étonnant que les Grecs aient « abandonné si fort lieu comme estoit la montagne de Condiny et le pas de Beaufort que il pooient deffendre contre toute gent ». La révolte ainsi réprimée et les (1) L. de la conq.f (2) L. de la conq ., (3) L. de la conq., (4) L. de la conq., §§ 820-822. §§ 823-826. éd. Longnon, p. 401. §§ 921-922 ; le développement de Mistra n’avait donc pas eu encore à cette époque pour conséquence l’abandon total de Lacédémone et surtout du célèbre couvent de Saint-Nikon, comme le soutient Ph. Koukoulès, , XII, 1935, pp. 464 et suiv. (5) L. de la conq., §§ 927-929 : Xerrecarintaine, Exencaraintaine, — Sainte Eleyne ou Saincte-Eleyne. (6) L. de la conq., §§ 929-930, et p. 401. (7) Le L. de la conq., § 932, donne ici la forme Gordiny.
380 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES instigateurs ayant été punis, le prince laissa une compagnie de gens à cheval et de pied à Vervéna et retourna en Morée (1). Saint-Georges, récupéré, fut définitivement perdu en 1320 ; d'après la version française, il aurait été livré par Mote... de Liège et Nicolouchos de Patras à Andronic Asên qui prit également Karytaina et Mategriffon ; d’après la chronique aragonaise, le gouverneur de Mistra prit d’abord Mategriffon, puis passa en Skorta, prit la monta¬ gne Messogalnica, puis attaqua Karytaina et Saint-Georges ; Karytaina étant tombée, le bail envoya une armée importante au secours de Saint-Georges. Les Grecs s’efforcè¬ rent d’obtenir rapidement la reddition du château et une ruse leur permit de rempor¬ ter un succès complet sur l’armée de secours qui dut se retirer après avoir subi de lourdes pertes (2). Après ces événements, il n’est plus question de ces lieux. On retrouve seulement dans les listes de fiefs ou de châteaux du xve siècle les noms suivants : en 1377, en Skorta, à côté de Polcellecto (et de Smirina), les châteaux de Grepacore, della Cumba, della Pigria et de Ferro, appartenant à la princesse, et de Scala appartenant à Jean Misito ; — en 1391, La Combe, La Praye, Castel de fer, l’Estala. Dans les listes du xve siècle qui ne sont pas limitées à la principauté, alors disparue, nous retrouvons Caritena et San Zorzi de Scorta dans les trois listes de 1463, 1467, 1471 ; Araklovon et Crivicori ou Crivocori figurent dans les deux premières, Acumba dans la seconde seulement. Saint-Georges, commandé par un chef plus ou moins indépendant, du nom de Krokondèlos ou Krokodeilos, sans doute descendant de notre Corcondilo, est livré par lui aux Turcs en 1458, de même que Karytaina (3). Un dernier document mentionne Saint-Georges, c’est un acte de Charles-Quint de 1533 ; la flotte commandée par André Doria ayant repris Coron aux Turcs, l’empereur récompensa un Grec de Coron qui avait aidé les troupes, en lui accordant en Morée des terres d’ailleurs encore occupées par les Turcs : duo casalia vulgo Londari et Ay-J or gi Scoria nuncupata in iermino de Cariien in confinibus Coroni sita (4). Telles sont les données fournies par les textes. , , , , b) Tentatives de localisation. — Parmi ces noms, un certain nombre peuvent être facilement rattachés à des toponymes grecs que nous avons d’ailleurs rétablis dans notre récit : Arachova, Vervéna, Chelmos, Xèro-Karytaina. D’autres, plus déformés, sont pourtant reconnaissables : Andrichina est Andritsaina, et Lignycina, Linistaina, villages situés de part et d’autre du mont Palaiokastro à l’ouest de Karytaina (5). Si l’identification de ces deux derniers noms est évidente et a été (1) L. de la conq ., §§ 933-952. (2) L. de la conq., pp. 404-405, — L. de los fech ., §§ 641-653. (3) Sphrantzès, IV, 18 et 19, CSHB, pp. 389, 407. L’acte, publié par Moustodixi, , 1845, p. 147, est reproduit par Buchon, Recherches , , p. 107. en note ; cf. Hopf, II, p, 169 B, — T. Kandèloros, (5) V. Buchon, Recherches , I, pp. 424 n. 1, 426 n. 4, — J. Longnon, L. de la conq., pp. 363 n. 2, 366 n. 3, 410 A, 412 A ; — Philippson, Peloponnes , p. 339. Les deux villages sont anciens et figurent dans les listes d’ALBERGHETTi, p. 130 : Andrizena et Lenistena dans le territoire de Fanari. Linisténa, en grec ou XLVI1I, 1938, p. 15, mais est admis comme d’origine slave par D. J. Georgacas, , Andritsaina est considérée par lui, comme dérivant du grec -, pp. 22-25. (4) I, pp. xxxiii-xxxiv
LA SKORTA 381 acceptée par tous, parce que Andritsaina et Linistaina se trouvent bien dans la région de la Skorta et qu’il n’existe pas d’autres villages de ce nom dans le Péloponèse, le cas est tout différent pour des villages comme Arachova — et son équivalent grec Karyès (1) — et Vervéna (2) et pour des châteaux ou pour des montagnes comme Saint-Georges et Sainte-Hélène, car ces noms sont très fréquents ; il y a enfin les lieux, montagnes ou châteaux, comme Beaufort ou Condiny, dont les noms ne se trouvent , plus aujourd’hui. Buchon, ayant rencontré à l’est du Péloponèse en Cynurie, deux gros villages, appelés l’un Arachova, le plus près de Sparte, l’autre, plus éloigné d’une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau, Vervéna, a cru y reconnaître les lieux : il identifiait le château de Saint-Georges avec les ruines d’une forteresse, le Kastro tès Oraias, à une heure environ au sud-ouest de Hagios-Ioannès, au nord-est d’Arachova (3). Ces identifications paraissaient si sûres qu’elles ont été généralement admises (4). St. Dragoumès, tout en acceptant de placer Arachova et Vervéna en Cynurie, a ramené Saint-Georges dans une position moins excentrique et l’identifie avec un palaiokastro anonyme situé à trois kilomètres à l’ouest d’Arachova et essayé de reconnaître dans la région tous les lieux, châteaux ou montagnes cités par la chronique (5). Nous ne discuterons pas dans le détail les hypothèses de Dragoumès, car nous devons les rejeter en bloc : en effet il n’est pas vraisemblable, à notre avis, que des lieux situés par les textes en Skorta se trouvent dans le Péloponèse oriental ; d’après la chronique, Véligosti ni Nikli ne sont dans la Skorta (6), on ne peut admettre que celle-ci soit faite de deux cantons séparés par les bassins arcadiens (7). Malgré la présence des noms de Vervéna et d’Arachova en (1) Arachova vient du nom slave du noyer, c’est l’équivalent du grec Karyès. Les deux noms sont fréquents. Pour Arachova dans le Péloponèse, voir Vasmer, Die Slauen, pp. 123 n° 1, 128 n08 5-6, 150 n° 1, 161 nos 5-6, 165 n° 2. pourrait et plus correctement , (2) Le nom de Vervéna, orthographié en grec actuel être rattaché au mot slave qui désigne la prairie, — ce qui paraît séduisant à cause du « Livadi » voisin — , d’après Vasmer, Die Slaven, pp. 150-151 n° 6 ; mais il note lui-même l’explication par une origine grecque proposée par N. A. Bees, Philologus, LXXV, 1919, p. 463, cf. A. K. Amantos, Zeitschrift für Orslnamen ., -IV, forschung , V, 1929, p. 67, et en dernier lieu, A. G. Tsopanakès, , 1958-59, pp. 396-400. (3) Buchon, Grèce et Morée, pp. 397-400, identifie Saint-Georges avec le Kastro-tès-Oraias de Hagios Ioannès ; cf. pour les autres sites Recherches , I, pp. xlii, 378 n. 2, 379 . 1, 310 A, 515 B, — Chron. étr., p. 167 . 1. Cependant dans Grèce et Morée , p. 592, il mentionne Arachova, près de Dèmètsana, comme étant « celle de la Chronique », mais d’après le contexte il appert qu’il identifie cette Arachova avec Araklovon, puisqu’il parle de l’eau de ses citernes ; d’autre part ayant situé Saint-Georges en Cynurie, il est amené à distinguer le Saint-Georges de la Skorta cité par l’acte de Charles-Quint de 1533, Recherches , I, p. lxiv, ce qui est peu vrai¬ semblable. (4) Cf. J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 634, — Adamantiou, Chroniques de Morée , pp. 456, 460, — The Latins, p. 142 . 1 ; Miller interprète mal, croyons-nous, le passage de Buchon, Grèce et Morée , p. 492, sur Arachova ; — J. Longnon, L. de la conq., pp. cvm, cix, 194 . 1, 319 n. 2, 320 n. 4, 410 A, 429 B, — et encore P. Kalonaros, édit, de la Chron. gr., p. 292 note. (5) Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 197-230, sur Saint-Georges en particulier, pp. 210-211 ; cf. La Canée 1908, p. 36, qui appelle ces ruines Palaiopyrgos, et plus spécialement Ph. Koukoulès, , III-IV, 1960, pp. 7-8. Sur ces ruines et ces sites, v. ci-dessous, pp. 512-513. K. A. Romaios, ., (6) L. de la conq., §§ 390, 927. (7) On pourrait trouver un argument en faveur de cette opinion dans le fait que, dans l’antiquité, le nom de Cynurie s’appliquait également à la région où se trouvent les villages actuels d’Arachova et de Vervéna, ou plus exactement au versant oriental du Parnon, et à la région au nord du mont Lycée entre Brenthè, Gortys et Alipheira. Mais aucun texte médiéval ne permet d’affirmer catégoriquement, ni même de supposer qu’il en Miller, fût ainsi aux xme et xive siècles.
382 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Cynurie, il faut transporter tous les épisodes de l’histoire de la Skorta dans la région située sur la rive gauche de l’Alphée moyen, à l’ouest d’une ligne passant par Mégalopolis et Léontari. Cette opinion, déjà indiquée par N. A. Bees, a été développée dans son ensemble par J. S. Sarrès (1) ; et, malgré la tentative plus récente de K. A. Romaios en faveur d’une solution qui répartirait les épisodes entre les deux régions (2), c’est aussi la nôtre, car elle éclaire bien des problèmes, sans que nous prétendions tout élucider, comme Sarrès a cru pouvoir le faire. Nous ne trouvons malheureusement, dans la toponymie actuelle de ce canton, ni Yervéna ni Arachova. Mais il est logique de penser, que pour faire face aux attaques éventuelles des Grecs à partir de la fin du xme siècle, les Francs ont pris position sur une ligne de défense naturelle, comme la ligne des hauteurs de la Skorta dominant le bassin de Mégalopolis c’est là qu’il faut chercher les châteaux illustrés par les épisodes rappelés plus haut. Le plus important de ces châteaux, le plus ancien et le plus souvent en question est Saint-Georges ; en second lieu vient Beaufort : c’est autour de ces deux forteresses que doivent se placer les autres lieux. : c) Topographie et ruines (pl. 78-82, 1). — Sur cette ligne stratégique, il existe les ruines de plusieurs constructions médiévales. La plus septentrionale est le palaiokastro situé entre les villages de Kourouniou et de Karyès et appelé Aï Psilo-Giorgi, Saint-Georges-le-haut (pl. 78, 1) ; sur les versants assez raides du massif du Lycée, de petits torrents découpent des ravins profonds entre lesquels un éperon rocheux très dégagé, porte quelques vestiges d’une petite forteresse médiévale, autour desquels sont dispersés des restes de maisons ; au sommet une petite chapelle consacrée à Saint-Georges, à demi enterrée dans une construction antérieure, peut-être une citerne, occupe le centre d’une plate-forme triangulaire d’une quinzaine de mètres de côté, qui garde quelques traces de murs à mortier (3). Ce petit château n’a été cité que par Dodwell et par Ross (4), qui l’appelle «Boverku », nom que Leake (1) N. A. Bees, place dans cette région Gucoruno et Saint-Georges sans admettre toutes les conclusions de Sarrès : Viz. Vrem., XI, 1904, pp. 70-71, 385. — Mitteilungen aus der hist. Literatur , XL II, 1914, pp. 251-252, — BNJ , XII, 1936, pp. 227-228. — J. S. Sarrès, . ., 1934-1935, pp. 73-84, apporte des observations intéressantes, avec des inexactitudes inattendues : il date par exemple de 1687 l’acte de Charles-Quint. , (2) Connaissant bien la Cynurie dont il était originaire, K. A. Romaios, ., II, 1957, pp. 1-26, localise la plupart des sites mentionnés dans les épisodes rappelés ci-dessus autour de Vervéna et d’Arachova en Cynurie ; mais pour lui, l’auteur de la Chronique a confondu les circonstances des divers épisodes et le château dont il parle sous le nom de Saint-Georges doit être tantôt la petite forteresse appelée Palaiopyrgos près d’Arachova tantôt le château près de Stala, sur le site de l’antique Lycosoura. Il paraît difficile d’admettre que l’auteur de la Chronique, qui à notre avis connaît bien la topographie moréote, ait pu, surtout pour des événements assez récents pour qu’il en ait été contemporain, faire une confusion de ce genre. Nous ne suivons donc pas K. A. Romaios, sans pouvoir donner ici une réfutation complète de son étude que nous utiliserons en décrivant la Cynurie, infra , pp. 512-513. (3) Il est impossible de faire un levé de ces vestiges ; l’existence d’une enceinte plus vaste est très problé¬ matique. Dans l’église se trouvent un grossier chapiteau de meneau byzantin, sans décor, et un fragment de pied de table antique de marbre, cannelé. Nous avons noté la présence aussi d’un tesson à vernis noir. Tour , II, p. 383, signale sur la colline de Kourounu les fondations d’une forteresse de (4) Dodwell, petites pierres, qu’il attribue aux Vénitiens ; Dodwell est cité par Pouqueville, Voyage , V, p. 500, qui n’a pas visité ces villages et déforme le nom de Kareas (Karyès) en Karcas; d’autre part, p. 497, il affirme nettement que le Sourias-Kastro n’est pas Lykosoura. — L. Ross, Reisenf p. 91, appelle ce château Boverku, (qu’il faut prononcer Boferkou), ou Kastro-tès-Oraias, et y signale quelques petites colonnes » ; Leake, Travels , II, p. 27, «
LA SKORTA 383 donne à un « village » voisin. De ce petit sommet, qui domine directement la plaine de Mégalopolis, la vue est très vaste vers le nord, la hauteur qui porte la chapelle de la Vierge marquée sur la carte française dissimule Karytaina, mais un peu à l’ouest on voit la vallée du Gortynios, la silhouette de Dèmètsana et à l’horizon la masse du mont Ghelmos, l’antique Aroania ; le regard s’étend sur tout le massif montagneux en arrière de Stemnitsa, puis, au-dessous de Kourouniou, découvre la vallée de l’Alphée vers l’est, la vue s’étend à travers le bassin de Mégalopolis jusqu’au Parnon qui ferme l’horizon ; vers le sud-est, dans la dépression qui relie l’Arcadie à la Laconie se découpe la silhouette caractéristique de l’arête rocheuse du Chelmos, puis vient la masse du Taygète, en avant de laquelle se détache la pyramide régulière de l’Hellénitsa les lignes du relief s’abaissent enfin pour laisser voir au loin la mer du golfe de Messénie. C’est un admirable observatoire, un poste de guette excellent et facile à défendre. Le village de Karyès se compose de trois agglomérations : Ano-Karyès, qui semble le plus ancien, Isoma-Karyôn, à la même altitude mais à près d’une heure plus loin vers le sud, enfin Kato-Karyès, au pied du versant, qui correspond aux Kalyvès de Karyès de la carte française. A l’altitude d’Ano-Karyès, on rencontre des eaux abondantes et de beaux bois de châtaigniers ; ces arbres, rares en Grèce, apparaissent au sud d’Ano-Karyès et ont même fourni le nom actuel du petit village voisin de Krampovos, appelé maintenant Kastanochori (1). D’Ano-Karyès, un sentier à mi-pente sur le versant conduit en deux heures aux ruines de Lykosoura d’où l’on peut en trente minutes atteindre le village de Stala ou Astala qui est en amont dans la vallée du Gastritsi, l’antique Plataniston, et a reçu aujourd’hui le nom de la ville antique. Le village aux maisons dispersées entre les arbres fruitiers, les cyprès et les châtaigniers, bien pourvu en eau est assez petit et tend à se dépeupler (2). Sur le site de Lykosoura, c’est non pas le sanctuaire de Despoina situé au sud qui nous intéresse, mais les ruines de la forteresse établie sur une colline rocheuse, qui domine la rive droite du Plataniston, bien isolée par deux petits ravins affluents et vers le sud par un large col. Gell avait déjà signalé un kastro qu’il appelle Hagios Georgios, près de Stalla (3). Dodwell a visité et bien identifié le site, en donnant les noms de Stala et de Saint-Georges (4). Le rocher qui porte les vestiges de fortifica : ; ; ignore les ruines, mais cite près de Karyès et Kurunios les villages de Povergo — nom identique à Boverku — , lieu et de Strabovo, qui est Krampovos. — M. Vasmer, Die Slaven, p. 156, n° 60, a relevé le nom , non habité, près de Lykosoura, dit-il, qu’il considère comme d’origine slave (1) Philippson, Der Peloponnes, p. 531, signale des châtaigniers seulement sur le Parnon, sur le Taygète et sur l’Olonos, mais son silence pour ce canton s’explique simplement parce qu’il ne l’a pas traversé. Karyès est un nom évidemment grec. Krampovos, nom d’origine slave, signifiant le hêtre blanc d’après Vasmer, ! Die Slaven, p. 155 n. 47. précédemment . (2) , (3) Gell, Itinerary, pp. 93, 101. Il semble bien que ce soit le même qu’il signale au-dessus de Deli-Hassen, sous le nom de Sourias-to-kastro, dans Journey, p. 124, comme étant peut-être Lykosoura. (4) Dodwell, Tour, II, pp. 394-395, avec une vue du site. Cf. Leake, Travels, II, p. 312, — Pouqueville, Voyage, V, pp. 504-505, — Aldenhoven, Itinéraire de VAttique et du Péloponèse, pp. 250, 252, — Ross, Reisen, pp. 85-87, — Puillon-Boblaye, Recherches, pp. 162-163, — Nouchakès, Géographie, p. 652. On signale aussi les noms de Palaiokrampovos, de Kastro-tès-Oraias, de Sidérokastro. L'Expédition Scientifique de Morée, II, p. 40, donne bien le nom de Saint-Georges au site antique, mais réserve celui de Stalla à la rivière, cf. plan des ruines pl. 35, 2, — Cf. Curtius, Peloponnesos, I, pp. 295-299, 337 n. 10, qui reproduit le plan de VExpédii. sc. de Morée, pl. IV, — Bursian, Géographie, II, pp. 237-239, — J. G. Frazer, IV, pp. 367-371, 381, et Hitzig Blümner, III, pp. 254-255, ad. Pausanias, VIII, 38, 1. — Sur les fouilles exécutées, voir E. Meyer, RE, XIII, 1927, col. 2417 et suiv. 26
384 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES à pic vers l’ouest tandis que la pente est plus douce vers l’orient et descend en terrasses, jonchées de tessons, vers les restes de la ville antique (pl. 78, 2 a-b). La forme générale de la forteresse est une enceinte plus longue suivant l’axe nord sud que large. Au plus haut point se voit une plate-forme ou une aire ronde, il n’y a pas de traces de donjon ou de réduit. Le côté ouest, limité par le rocher à pic, a quel¬ ques blocs antiques, et aussi les vestiges d’un mur en maçonnerie, épais de 2 mètres à 2 m. 30, haut parfois encore de 1 m. 50, qui suit le rocher d’une ligne souvent sinueuse. Le mur est, en contrebas, repose partout sur une base antique il part du nord en oblique, puis s’écarte vers l’est ; après un angle droit où est placée une tour carrée, il continue vers le sud ; au milieu de cette partie orientée nord-sud est une seconde tour carrée ; un nouvel angle ramène le mur vers l’ouest jusqu’au rocher à pic. Le mur est par endroits purement antique, par exemple à la base de la seconde tour, qui mesure 5 mètres de large sur 3 m. 50 de saillie, ailleurs fait de blocs antiques remployés avec mélange de petites pierres, ou bien encore en blocage de pierres irrégulières non taillées avec de rares fragments de briques (pl. 78, 1 b). A l’intérieur se trouve une chapelle de Saint-Georges qui n’a aucun caractère, et au sud-est une ancienne citerne, aux parois revêtues de stuc rose, non couverte, de 4 m. 90 sur 8 m. 80 (1). Du sommet la vue est étendue, sans être aussi dégagée ni si ample que du château de Karyès on voit surtout la plaine de Mégalopolis, Léontari, le Chelmos dans la dépression vers tions tombe : : la Laconie entre les monts Tsimbérou et Hellènitsa. Nous avons donc, réunis ici, les noms de Stala et de Saint-Georges, les vestiges d’une forteresse médiévale, dans un canton où les châtaigniers sont abondants à partir du village et en amont. Exactement à l’ouest de Stala se dresse le mont Tetragi haut de 1.388 mètres. Vers le sud-ouest, des sentiers peu fréquentés mènent par-dessus des hauteurs couvertes d’un maquis épais vers les vallées qui descendent à la plaine supérieure de la Messénie ; dans la seconde de ces vallées, en allant vers l’ouest, un rocher bien découpé entre deux ravins, dominant fièrement un village désigné sur la carte française sous le nom de Bogazi Kalyvia de Garenza, porte des ruines importantes d’une forteresse purement médiévale (pl. 80, 3-81) ; celle-ci se trouve à égale distance des villages de Garenza, ou plutôt Garantza, et de Dimandra, situés l’un à l’est, l’autre au nord-nord-ouest (2). Un autre village d’Arachova, non porté sur la carte française, est au nord de Bogazi ou Boyazi. Au nord du Tetragi, on passe dans la vallée supérieure de la Néda où les villages sont plus nombreux : Hagia Marina, Delga, Berekla, Ampéliona, Hagios Sostis. Au-dessus de Berekla, sur le versant oriental de la vallée, une croupe rocheuse, contre fort du mont Diaphorti, l’antique Lycée, se termine par une pointe qui porte elle aussi les vestiges du moyen âge. En partant de Berekla, on s’élève en passant près d’une chapelle de Saint-Stratègos à demi ruinée, où se trouvent beaucoup de blocs d’appa¬ rence antique (3), bien qu’assez grossiers ; on parvient jusqu’au col de Saint-Athanase, et de là on monte au sommet appelé Kastraki, dont les versants sont couverts de (1) Cette forteresse n’étant pas une construction proprement médiévale nous n’en donnons pas le plan ; outre celui de l'Exp. sc. de Morée signalé ci-dessus, on en trouvera un, assez inexact dans Rangavès, Excursion d'Athènes en Arcadie, pl. VII, fig. 5, cf. pp. 371-372. (2) Ces ruines sont signalées par Leake, Travels, I, p. 483, qui les date de l’époque byzantine. Le village de Garantza et les Kalyvra sont auj. Ano et Kato-Melpeia. (3) On y a trouvé des tombeaux.
LA SKORTA 385 ruines de maisons en pierres sèches ; il n’est pas possible de relever la forme d’une enceinte (pl. 164, 2). La vue, bornée sur trois côtés, par les montagnes, ne s’étend que vers le sud-ouest de la vallée. On se trouve en ce point à une faible distance de Karyès, deux ou trois kilomètres à vol d’oiseau (1). En continuant vers le nord-ouest, on rejoint, au-dessus de Sklirou, le chemin de Paulitsa où l’on arrive en laissant à sa droite le massif du mont Lycée et en passant au pied du mont Palaiokastro dont nous avons déjà signalé les ruines, connues de nombreux voyageurs (2). L’ascension jusqu’au sommet de cette montagne qui atteint 1.346 mètres, aussi haute à 80 mètres près que le Lycée, est assez longue ; le sommet se détache en une sorte de pyramide régulière aux pentes raides qu’il faut près de trois-quarts d’heure pour gravir ; il y a les vestiges de nom¬ breuses maisons (pl. 79, 2). Le château avait une tour carrée avec citerne et au-devant, vers le nord, une enceinte avec une autre citerne dans l’angle nord-ouest. La maçon¬ nerie à mortier ne comporte que très peu de briques, et l’ensemble est dans un état de ruine complet. De là-haut, la vue s’étend naturellement très loin ; seule, à l’est, la masse du Lycée forme écran ; mais dans toutes les autres directions, le regard plonge dans les vallées et passe par-dessus les premières rangées de montagnes pour atteindre le Taygète, l’Ithôme, Kalamata, Kyparissia, Pyrgos au nord par-dessus les vallées de l’Alphée et de ses affluents, Érymanthe et Ladon ; il découvre par temps clair vers le nord les hauts sommets de l’Olonos et du Chelmos. D ’Andritsaina, des routes partent vers l’ouest la plus septentrionale par Zacha et Bitsibardi-Isova, descend la vallée de l’Alphée, l’autre reste à mi-hauteur, passe au-dessous de Fanari, village postérieur à l’époque franque et qui était un chef-lieu sous les Turcs, et de Tséléchova, puis dans une vallée au sud du palaiokastro antique de Nérovitsa (3) et de celui de Platiana, pour aller à Krestaina. De l’autre côté, la route, sur les pentes du massif du Lycée s’engage dans la vallée étroite au fond de laquelle roule l’Alphée ; juste à l’entrée de la partie étroite, une petite montagne isolée porte les ruines d’une enceinte antique, identifiée avec Theisoa, qu’on appelle aujourd’hui Kastro de Sainte-Hélène ou de Lavda, du nom du village qui est au nord ; le sommet a 738 mètres d’altitude, c’est-à dire cent-cinquante mètres de plus que le château de Karytaina qu’on aperçoit bien de là vers l’ouest la vue embrasse toute la vallée inférieure de l’Alphée. L’étude à Andritsaina : ; (1) Ce canton a été rarement décrit par les voyageurs. Il a cependant été traversé par Gell, Itinerary, pp. 91-92 (cf. Pouqueville, Voyage, V, p. 509), — Dodwell, Tour, II, p. 384, — par Ross, Reisen, p. 94. (2) Le mont Palaiokastro est appelé Fanaritiko et le château, Zakkuka par Leake, Travels, III, pp. 15. 69-71 : il note la présence de quelques maisons en ruines et du château avec les restes d’une tour ronde ( ?). Pouqueville, Voyage, V, p. 509, ne semble pas l’avoir visité. Mais Ross, Reisen, pp. 101-102, signale qu’il n’y a pas de trace d’antiquités et en donne la vue. Cf. Curtius, Peloponnesos, I, pp. 359-360. La vue est très étendue, mais on ne voit pas de là la mer Égée comme le dit Buchon, Grèce et Morée, p. 474. (3) Le palaiokastro de Nérovitsa, non marqué sur la carte française, est situé au sud et au-dessus de Rongozio et à l’est de Nivitsa (auj. Livadakion) ; c’est probablement le site d’Alipheira, dont le nom a été donné aujourd’hui à Rongozio ; nous avons eu pourtant l’occasion de voir quelques pièces de l’époque franque qui provenaient d’un trésor trouvé près de Rongozio » sans autre précision. Sur ces ruines et leur identification, voir Gell, Itinerary, pp. 98-114, — Leake, Travels, II, pp. 71-80, — Puillon-Boblaye, Recherches, p. 180, — Ross, Reisen, pp. 102-103, — Curtius, Peloponnesos, I, pp. 360-363, 393-394 n. 13, et pl. VII, — Bursian, Géographie, II, p. 234, — Frazer, IV, pp. 297-300, — Hitzig-Blümner, III, p. 203, ad . Pausanias, VIII, 26, 4, — Hirschfeld, RE, , 1894, col. 1494. Il n’est pas marqué sur la carte française. Sur l’origine slave des noms Nérovitsa, Rongozio, Nivitsa, cf. Vasmer, Die Slaven, p. 149, nos 31, 32, 37. Zacha est auj. Kallithéa, « Tséléchova ou Zéléchova, Amygdaliès.
386 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES de l’enceinte de Sainte-Hélène relève de l’archéologie antique ; nous nous bornons à signaler que, en divers points, les murs ont été réparés au moyen âge à l’aide d’une maçonnerie à mortier (1). La première enceinte, flanquée de tours carrées, ne semble pas avoir été remaniée au moyen âge ; c’est sur la seconde, bien conservée à l’ouest surtout, que la maçonnerie à mortier apparaît, au point le plus élevé ; sur les murs sud et est sont visibles des réparations en petites pierres sèches, qui ne semblent pas de la même époque. De toute façon, si l’occupation médiévale de ce site est certaine, on s’est contenté alors d’utiliser les constructions anciennes (pl. 79, 1 a-b). Entre ces observations faites par les voyageurs et les archéologues depuis le début du xixe siècle ou glanées sur le terrain, et les données de textes antérieurs au xvie, les ouvrages et les cartes n’apportent pour ainsi dire aucun renseignement utile sur ce canton il est trop loin dans l’intérieur et ne possède ni sites antiques célèbres qui attirent l’attention, ni grande route. Sur les cartes, on trouve les noms de Saint Georges, et sans rapport avec lui Lykosoura, Crèvecœur, Karytaina, Acumba et Bicoque, mais placés de telle façon qu’il est impossible d’en tirer une indication quelconque (2). Les listes de villages de la fin du xvne siècle contiennent un certain nombre de noms médiévaux ou modernes que nous avons cités : Alberghetti donne pour le territoire de Léontari Scalla (entre Issari, Derbuni et Grambolo, doit être Stala), pour celui de Karytaina : un Xerocaritena,... Caries, Coragniu ; pour celui de : : Fanari : Andrizena, Xerocaritena,... Lauda,... Arambegliona, Bereclades, Agiossosti,... Lenistena, Zelogoua,... Yervena (entre Copanizza et Ambaria) ; enfin pour celui d’Arkadia Dimandra (distinct de Garanza qui est dans le territoire d’Androusa) (3). : d) Identifications proposées. — Quelles conclusions tirer de ces renseignements dispersés ? On peut hésiter, à notre avis, pour Saint-Georges entre le kastro de l’antique Lykosoura et celui de Karyès. La position de l’un et l’autre peut convenir parce qu’elle domine largement la plaine Mégalopolis et fait face à l’est; celle du kastro de Karyès est peut-être plus dégagée ; mais l’un et l’autre voient le Chelmos qui se trouve à sept ou huit heures de marche (4). Tous les deux également sont à proximité de bois de châtaigniers et de sources ; or le prince Florent fit dresser sa (1) Les ruines de Lavda (auj. Theisoa) sont signalées par Gell, Journey, p. 120, Itinerary, p. 87, — décrites par Leake, Travels, II, pp. 18 et suiv., 15 et suiv., — Buchon, Grèce et Morée, p. 475. Pouqueville, Voyage , V, p. 510, dit par erreur Larda. Curtius, Peloponnesos, I, pp. 358-359, y reconnaît Lykos ; — Bursian, Géographie , II, p. 235, Theisoa, comme Leake et Puillon-Boblaye, Recherches , p. 160 ; — puis, Frazer, IV, III, p. 259, ad. Pausanias, pp. 386-389, qui en donne une description détaillée très exacte, et Hitzig-Blümner, VIII, 38, 7. L’identification reste cependant discutée, cf. E. Meyer, RE, 2e série, XI, 1936, col. 292-293. (2) Battista Agnese : Garitena, Ghinocori ( = Grivocori ?) Aconba, Pitoca ; — De Fer : Cartena, St Zorzi, Lycosura, Grovicori, Bicocha ; — la carte de Blaeu est très semblable, mais Acomba manque ; — Bouttats : Gartena-Gartona (et Cartona-Cartina au bord de la mer), Crivicori, Acumba olim Hypania, Bicoch ; — G. Cantelli da Vignola : Cartena, S. Zorzi, Lycosuro, Grovicori, Acomba, Bicocha. (3) On peut comparer la liste du recensement vénitien fait en 1689 pour la région de Modon, publiée par II 1885-1889, pp. 686-710 : on y trouve pp. 702 et suiv. dans le territoire de Fanari : Sp. Lampros, , 163 Andrizzena, 164 Ambeleona, 170 Bisbadi, 188 Linistena, 189 Lauda, 200 Nivizza, 214 Vervena, 215 Xerocharitena, 218 Zelechova : dans le territoire d’Arcadia ; 102 Diamantra. (4) Il faut supposer que Gorcondilo pénétra dès le début de la nuit dans le château et que Léon Mavropapa se mit en marche encore assez tôt pour arriver au lever du jour à Saint-Georges, l’épisode se passant à la fin de juin ou au début de juillet. ·
LA 387 SKORTA tente près de Saint-Georges, à côté d'une source et de châtaigniers. Le nom de Saint Georges est attesté de façon plus nette pour la forteresse du Lykosoura. Mais cet argument, considéré comme décisif par Bees (1) et par Sarrès, n'a pas une valeur absolue ; car des listes du xive siècle mentionnent le château de Stala (ou Scala) en Skorta qu’il est difficile de ne pas identifier avec le palaiokastro de Lykosoura, près du village actuel de Stala ; il fait encore partie de la principauté, alors que Saint-Georges est perdu depuis longtemps (2) ; on est tenté d’en conclure que le château de Lykosoura Stala est à distinguer du Saint-Georges-en-Skorta médiéval, même si aujourd'hui on l'appelle Saint-Georges, d’autant plus que le kastro de Karyès porte une chapelle consacrée au même saint et est appelé Aï-Psilo-Giorgi. Il est vrai que pour ce dernier un autre nom est signalé par Ross, Boverku (3), qui ressemble au Povergo de Leake, et a quelque analogie avec Beaufort. Telles sont les raisons qui nous font hésiter à choisir dès l'abord de façon définitive entre les deux sites possibles de Saint-Georges. Arachova malheureusement a disparu. S'il fallait en voir dans le village de Karyès le successeur, parce que les deux noms, l’un slave, l'autre grec, viennent tous deux du noyer, Saint-Georges serait plutôt le kastro de Karyès. Karyès est trop éloigné de Lykosoura (4) pour que la chute du château de Lykosoura entraîne ipso fado la perte de Karyès, comme d’après le récit la chute de Saint-Georges entraîne celle d'Arachova. D’autre part on ne voit pas quelle est la montagne appelée le Spurte, sinon le Tétragi, où il n'y a pas de ruines signalées, tandis qu'à l'ouest de Karyès est le kastro de Berekla. Mais on a bien l'impression que la haute montagne de Malomigny doit être le principal sommet du Lycée, et Condiny le second sommet, à peine plus bas, du même massif, sur le côté duquel fut construit Beaufort et dans ce cas, Beaufort vient se placer au kastro de Karyès. A notre avis, Karyès n'est donc pas sûrement la Grant Aracove. Vervéna n'existe pas non plus dans cette région ; mais elle n'a pas disparu depuis longtemps puisque nous en avons rencontré le nom dans deux listes de la fin du xvne siècle (5), parmi des villages situés au sud de l'Alphée dans le territoire de Fanari. On a signalé récemment les vestiges d'un village abandonné tout près de Tséléchova, qu'on désigne du nom de Palatia (pl. 80, 1), et le lieu garde le nom de Vervéna (6) ; le point même de Vervéna n'est pas très convenable pour de grandes foires et pour une garnison d’hommes à cheval, car la vallée est très étroite, pierreuse et en dehors des chemins faciles ; mais juste au-dessous et un peu en dehors, entre les collines calcaires et sèches couvertes d'arbustes épineux ou de maigres champs semés de poiriers sauvages, s’étend une plaine suspendue bien arrosée qui disparaît l'été : . (1) N. A. Bees, Viz. Vrem., XI, 1904, pp. 384-385, — et BNJ , XII, 1936, pp. 226-228, — J. S. Sarrès, ., 1934-1935, p. 76. (2) En 1377, Lo castello de Scala in la Scoria , appartient à Jean Misito ; en 1391 Le Stala avec quarante feux, est tenu par Bertranet Mota, v. Appendice A I, II, infra, pp. 690, 692. (3) A prononcer Boferkou, puisqu’il s’agit d’une transcription allemande. Il est beaucoup plus difficile de rapprocher Beaufort du nom moderne du Lycée, Diaphorti. (4) I. S. Sarrès, l.L, p. 76, estime la distance à 45 minutes de marche, ce qui est impossible : il faut près de deux heures, il y a six kilomètres à vol d’oiseau. , 1885-1889, p. 706, identifie Vervéna avec le village moderne de Vervinè (5) Sp. Lampros, , ou Vervenè, dans le dème de Lampeia, au pied du mont Olonos, c’est-à-dire beaucoup trop loin vers le nord. (6) Cf. J. A. Sarrès, l.l.., pp. 78-79.
388 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES sous l’épaisse verdure des champs de maïs (pl. 80, 2) n’est-ce pas là le « Livadi » de Vervéna ? Vervéna doit bien être au sud de l’Alphée, un peu à l’ouest de la ligne Karyès-Lykosoura c’est là que se prirent de querelle Gorcondilo et Girard de Rémy, du village de la Ninice, qui pourrait bien être Nivitsa, hameau situé un peu plus loin à l’ouest, plutôt que Nemnitsa, à huit ou dix kilomètes au nord de Karytaina (1). Parmi les autres noms cités, nous avons identifié Lygnicina avec Linistena. Xèrokarytaina par où les Grecs pénètrent en Skorta n’est pas le village de ce nom, dans le dème d’Éleusis, dans la vallée supérieure du Ladon ; aussi bien les listes d’Alberghetti en connaissent-elles deux ; mais celui auquel il est fait allusion ici n’existe plus aujour¬ d’hui, seul Leake le signale encore un peu à sa gauche en descendant de Dragoumanou directement vers l’Alphée, un peu au sud de Karytaina (2). De là, les Grecs purent atteindre Sainte-Hélène, qui est, sans aucun doute, le kastro de Lavda puisqu’il porte encore aujourd’hui ce nom (3) c’est bien la première forteresse qui se présente à qui vient de l’est et a réussi à éviter Karytaina. Puis ils allèrent au château de Crèvecœur c’est-à-dire « assiz en une haute montagne », d’où ils descendirent sur Andrichina, Andritsaina on peut affirmer avec la même assurance que ce doit être la forteresse du mont Palaiokastro : elle était simplement en pierres sèches avant cet épisode ; mais elle fut reconstruite, puisque le nom est attesté jusqu’à la fin du xvne siècle, et c’est de ce second état que datent les vestiges. Venant d’Androusa vers Beaufort, Nicolas le Maure passe à la Dimatre ; or, pour éviter Saint-Georges (Lykosoura) tenu par les Grecs, il ne prit pas la route nor¬ male de Messénie en Arcadie par Makryplagi, mais dut passer par-dessus ou légèrement à l’ouest du Tétragi pour déboucher au-dessus de Karyès ; sur ce trajet se trouve le petit village de Dimandra et, un peu au sud, le palaiokastro de Bogazi ou de Garantza (pl. 80,3-81) : il semble légitime d’y reconnaître le village et le château de la Dimatre (4). Le jour où la première ligne de défense sur les sommets qui dominent le bassin de Mégalopolis est menacée, il est normal de construire des forteresses, de poster des garnisons, au débouché des vallées qui descendent vers les plaines. Les Grecs, après leur raid sur Sainte-Hélène et Crèvecœur, étaient revenus au dessus de la montagne de Condiny pour assiéger Beaufort ; Nicolas le Maure se dirigea vers le mont Cucoruno, dont le nom semble évoquer celui de Kourouniou (5), tandis que le prince s’était arrêté à Vervéna, hésitant entre une attaque directe et un mouve¬ ment tournant, sans doute par Karytaina et la plaine au-dessous de Beaufort. Mais les : : : : (1) J. Longnon, L. de la conq., pp. 320 n. 2, 424 B, avait proposé l’identification de Ninice avec Nemnitsa, II, 1957, p. 15 ; mais il nous a lui-même proposé qui a été acceptée longtemps, cf. encore A. K. Romaios, ., cette nouvelle identification avec Nivitsa, qui semble meilleure ; les deux noms sont identiques sauf l’erreur de n pour v qui s’explique facilement. (2) Leake, Travels , II, p. 21. Buchon, Recherches , I, p. xxxvn, l’a proposé et personne n’a mis en doute cette identification. Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 202-204 ; — par les listes, on l’a vu, et par Leake, Travels , I, pp. 483-485 ; — Rangavès, Hellenika, II, p. 583 ; — Alberghetti, p. 131. Aujourd’hui , dème d’Hélektris. Buchon, suivi par J. Longnon, L. de la conq., pp. 218 n. 415, — et par Miller, The Latins , pp. 164-165, pensait que c’était peut-être Kastri en Gynurie, ce que nous considérons comme impossible. Sur une autre identification possible de ce Kastro, v. infra, pp. 440-441. (5) Le rapprochement a déjà été fait par N. A. Bees, Viz. Vrem. XI, 1904, pp. 70-71, — BNJ , XII, ., 1934-1935, p. 81. 1936, p. 228, et par I. S. Sarrès, . (3) (4) Cf.
LA SKORTA 389 Grecs s’enfuirent de nuit par les vallées qui sont « devers Saint-Georges et la Grant Arracove », donc en direction de l’est ou du sud-est, et Nicolas le Maure les poursuivit jusqu’à Gaf celle, que nous ne pouvons situer exactement dans la plaine, aucun nom moderne ne rappelant celui-là (1). Cette poursuite l’éloignait de l’armée du prince arrêtée vers Vervéna et qui se demandait ce qui se passait. Avec Caf celle, un autre lieu reste indéterminé, c’est la montagne de Messogalnica. En définitive, l’analyse des diverses données du problème semble conduire à l’identification de Lykosoura avec Saint-Georges, du kastro de Karyès avec Beaufort. Mais il reste une difficulté — déjà signalée — et qui ne saurait être écartée à la légère, c’est que, en 1377 et en 1391, alors que Saint-Georges est certainement aux Grecs, le château de « Scala » dans la Skorta ou «l’Estala » fait partie encore de la principauté comme fief de Jean Misito ou de Bertranet Mota : ou bien le château de Saint-Georges médiéval n’est pas ce kastro de Saint-Georges à côté du village actuel de Stala ou Astala, ou bien le Stala du xive siècle n’est pas le village actuel de Stala : mais où le chercher ? C’est le seul point qui reste obscur et qui maintient des doutes sur l’identifi¬ cation des lieux de la Skorta. Mais les indications de la Chronique cadrent assez bien dans l’ensemble avec la topographie du canton compris entre Karytaina, Lykosoura, Dimandra et Andritsaina, pour que l’on puisse situer sur la carte le théâtre de ces incidents, même si nous jugeons plus prudent de ne pas tout identifier avec une rigueur absolue. Villages et châteaux secondaires. — Un certain nombre de châteaux ou de villages sont connus par des allusions très brèves qui ne permettent pas de les situer exactement, quand leurs noms ne sont pas restés dans la toponymie actuelle. Un chrysobulle d’Andronic en faveur du couvent de Brontochion de Mistra, en 1321, apprend que les villages de Zourtsa et de Moundra sont dans la Skorta ; le lieu-dit Vogalè, mentionné par le même texte, reste inconnu ; mais les deux villages existent toujours sur les versants sud du mont Alvena, au nord de la Néda (2). Ils ne possèdent pas de vestiges médiévaux intéressants. Un peu plus loin à l’ouest, Strovitsi est situé sur une terrasse dominant la vallée du petit fleuve côtier Tholo et dominée elle-même par le sommet qui porte les ruines de Lépréon ; au sud-est du village, une plate¬ forme se détache, parfaitement plane et bien découpée, même du côté où elle touche le versant de la montagne c’est le kastro Saint-Démètre, qui a pu être fortifié au moyen âge mais où l’on ne voit rien de spécifiquement médiéval, et seulement quelques blocs et des tessons antérieurs au moyen âge. Il en est de même dans la double enceinte de Lépréon (3). : (1) Les historiens qui situaient ces lieux en Cynurie y avaient cherché des équivalents — d’ailleurs bien peu probables — : Kastania d’après Buchon, Kaltezai d’après Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 217, 218. J. Longnon, L. de la conq.} p. 370 . 1, s’est contenté plus prudemment de suggérer que Caf celle pourrait être une forme du grec Kapsela ; mais il n’y a pas de village de ce nom. I. S. Sarrès, LL, p. 82 et n. 1, enfin le rapproché de Bromosella, ce qui ne s’impose pas, cf. A. K. Romaios, LL, p. 19 . 1. (2) Le chrysobulle a été publié d’après l’inscription de Mistra par G. Millet, BCH, XXIII, 1899, pp. 115 aujourd’hui Kato-Phigaleia, et , aujourd’hui Phaskomèlia, sont dans 118. Les deux villages, , le dème de Phigalie, province d’Olympie. (3) Strovitsi, appelé aujourd’hui officiellement Lépréon, est un village très ancien, comme le laisse supposer le nom d’origine slave, cf. M. Vasmer, Die Slaven , p. 149, n. 42. Il est déjà cité dans un manuscrit
390 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Signalons encore plus au nord, à un quart d’heure au-dessus et au nord-est du village de Mophtitsa deux petites églises anciennes : Saint-André, très petite et toute simple, est construite sur une source ; Saint-Taxiarque, au plan très long, 7 m. 40 sur 4 m. 40 formé d’une nef à trois travées, dont chacune se développe à droite et à gauche par une arcade de 0 m. 70 de profondeur environ, et dont la seconde au centre est surmontée d’une coupole — interprétation simplifiée du plan en croix grecque — présente tout autour de la porte ouest une moulure simple en boudin ; l’appareil est assez irrégulier ; les proportions du plan comme ce détail décoratif semblent la classer parmi les monuments qui ont pu être construits à la fin du xme ou au , xive siècle. Dans la liste de 1467, Strovitzi voisine avec Sidérokastro ; or celles de 1377 et de 1391 mentionnent dans la Skorta un castel de Fer ou de Ferro (1). Un village moderne porte ce nom, mais il est situé nettement au sud, au-delà de la vallée de la Néda, à peu près à la même hauteur que Dimandra ; le village est dominé par deux sommets ; le plus septentrional, qui est un rocher abrupt, porte les ruines d’un château, où l’on peut monter en vingt minutes (PL 82, 1 a-b). La vue est étendue, sauf du côté où se dresse le second sommet, un peu moins élevé et de formes plus lourdes, appelé Saint Élie, d’après la chapelle qui s’y trouve. Le château se réduit à une plate-forme grossière¬ ment triangulaire qui a été entourée d’un mur ; aux angles devaient s’élever des tours pleines à en juger par l’accumulation des pierres, mais leur forme n’est pas visible. Au-dessous se développait une seconde enceinte plus vaste où subsistent les vestiges de diverses constructions. Au-dessous, aussi loin que la pente n’est pas trop raide, on voit des ruines de maisons et de deux petites églises qui ont été consacrées à Saint Jean et à Saint-Taxiarque. Certains fragments des murs du château, d’ailleurs pour la plupart complètement arasés, sont faits de pierres petites mais assez régulières et assemblées avec soin ; le mortier a disparu sauf dans le noyau du mur. La construction des maisons est en général plus grossière (2). Il y a donc eu là une forteresse qui ne se classe pas parmi les plus petites. La seule question qui se pose, c’est de savoir si ce Sidérokastro, qui est certainement celui des listes du xve et du xvne siècle, est aussi ' la Bibliothèque nationale d’Athènes, n. 2029, fol. 98, daté de 1282 : ... , cf. supra , . 371. Il faut sans doute le reconnaître sous la forme Struviza de l’inven¬ taire des biens de Nicolas Acciaiuoli, Longnon et Topping, Documents relatifs au régime des terres, Document n° IV. Il figure dans la liste de 1467, cf. infra, p. 694, entre Spolica et Sidro-Gastro, puis dans les listes d’ALBERGHETTi, p. 131, dans le territoire d’Arkadia. Sur les ruines, voir Gell, Itinerary , pp. 41-42, — Dodwell, Tour, II, p. 347, — Leake, Travels, I, p. 56, — Exp. Sc. de Morée, I, pp. 51-52, planches 50-52 ; — Puillon-Boblaye, Recherches, p. 135, — Gurtius, Peloponnesos, II, pp. 83-84, — Beulé, Études sur le Pélo¬ ponnèse, p. 184, — Boutan, Mémoire sur la Triphylie, pp. 199-206, — Bursian, Géographie, II, pp. 277-278, — Dôrpfeld, AM, XVI, 1891, pp. 259-260, cf. BCH, XV, 1891, p. 655, — Frazer, IV, pp. 473-475, et Hitzig Blümner, II, p. 296, ad. Pausanias, V, 5, 3, — Fiehn, RE, Suppl. V, 1931, col. 550-555,—-J. Sperling, AJ A, XLVI, 1942, pp. 83 n. 19, 86 n. 37, — Mc Donald et Hope Simpson, AJA, LXV, 1961, pp. 231-232, n° 21, flg. 5 (plan) et pl. 76 c. La carte de Graefinghofï indique les ruines antiques au-dessus de Strovitsi comme un kastro médiéval, ce qui est une erreur certaine. conservé à (1) Castel de Fer fait partie du domaine et compte 150 feux en 1391, V. Appendice A I, II, III. On lit aussi Sidherokastro à côté de Stroslico — qui est peut-être Strovitsi — dans le recensement de 1689, publié par II 1885-1889, p. 707 n° 148-149. Sidero-kastro ou Sidrokastro figure sur la plupart des Sp. Lampros, , cartes anciennes, à l’est d’Arkadia. Battista Agnese le place plus au nord, près de la mer. (2) Ces ruines sont signalées, comme non antiques, par Leake, Travels, I, p. 77, — Dodwell Tour II, p. 352. ’
LA 391 SKORTA celui de la Skorta (1). Sans doute le nom de Sidérokastro, qui est en général dérivé de Saint-Isidore, n’est pas rare ; et l’on peut supposer qu’il y a eu un autre Sidérokastro aujourd’hui disparu. Cependant il ne nous paraît pas impossible d’assimiler celui de la Skorta avec le kastro de Triphylie, étant donné qu’il n’est pas plus au sud que Dimandra : la Skorta aurait donc compris les collines situées au sud de la Néda qui dominent la vallée de l’antique Kyparisséis. C’est plus au nord, d’après les cartes anciennes, que devait se situer la Bicoque, citée seulement par la liste de 1391 (2), mais l’identification en est impossible. Pour le château de la Combe (3), situé plus loin encore vers le nord d’après la place qu’il occupe dans les listes et sur les cartes, une indication est donnée par Niger il se trou¬ verait sur le site de l’antique Hypana (4). Cette indication n’a qu’une valeur très relative, parce que les identifications proposées par Niger sont souvent très fantaisistes et que celle d’Hypana, comme celle des villes voisines de Typaneai, Aipion, Stylangion et Bolax, a été longtemps discutée (5). Mais . E. Meyer a eu la chance de trouver sur place un argument décisif il a en effet constaté que le nom de Paliakoumba désigne encore aujourd’hui un petit sommet à l’est et dans le prolongement de la longue crête rocheuse qui domine au sud le village de Platiana cette crête porte des ruines antiques importantes signalées depuis longtemps et que l’on identifie en général comme étant celles de Typaneai (6). Il ne semble pas que ces ruines aient été remaniées ou utilisées au moyen âge le château médiéval, dont E. Meyer donne un plan schéma¬ tique, a occupé le petit sommet voisin, à l’est (pl. 82, 2, au centre de la phot.). Une obscurité plus complète entoure le château de La Praye, cité en 1377 et en 1391, mais dont nous ne retrouvons l’équivalent sur aucune carte (7). Si Smerna est bien Araklovon, et Platiana, La Combe, on serait tenté de situer La Praye à Chrysouli. Près de la côte, entre Strovitsi et Smerna, une croupe rocheuse assez élevée, aux pentes raides entre deux ravins, porte le kastro de Kalydona ou Gyphtokastro (8). : : ; ; ., 1934-1935, suppose que le Castel de Ferro est Palaeofanaro, près de l’Alphée; (1) I. S. Sarrès, . c’est très improbable, car Palaeofanaro doit être le Fanari des textes du xive siècle, cf. supra. (2) Appendice A II, infra , p. 692. Pitoca sur la carte de Battista Agnese, Bicocha sur celles de Blaeu et de De Fer, Bicoch sur celle de Bouttats. (3) Caslello delta Cumba en 1377, La Combe tenue par Le Moyne de Polay et comptant 100 feux en 1391, Acumba dans la liste de Stefano Magno en 1467, cf. Appendice A I, H, III, c, infra , pp. 690-694. Accomba sur la carte de De Fer, Accomba olim Hypania sur celle de Bouttats. (4) D. M. Niger, p. 338 : Hypania quae nunc Acumba dicitur, source sans doute où est puisée l’indication de Bouttats. (5) V. un aperçu sur ces discussions togographiques dans J. Partsch, Olympia, I, pp. 9 et suiv. (6) E. Meyer, Neue Pel. Wand., pp. 22-39, et plus spécialement sur Paliakoumba, pp. 37-39, plan III, fig. h.-t. 48 et 51. Les ruines antiques avaient fait l’objet d’une première publication par Boutan, Mémoire sur la Triphylie, Archives des Miss, scientif., IIe Série, I, 1864 ; l’étude d’E. Meyer nous dispense de répéter ici les indications bibliographiques sur les études relatives à ce site antique. (7) Caslello della Pigria, dans la liste de 1377, La Praye, avec deux cents feux, faisant partie du domaine, . sur la rive gauche 1934-1935, p. 71, croit pouvoir le situer à Amparia, , en 1394. 1. S. Sarrès, . de l’Alphée, au-dessous de Rongozio, ce qui est une pure hypothèse que rien ne confirme. (8) Sur la carte française seul le village de Kallidona est marqué ; le kastro se trouve un peu plus au sud, de l’autre côté de la vallée au nord-est et au-dessus de Glatsa. Sur les ruines signalées d’abord par Boutan, op. cit., pp. 212-213, sous le nom de palaiokastro de Sarténa, v. Bursian, Géographie, II, p. 282, — Frazer, II, p. 475, — W. Doerpfeld, AM, XXXVIII, 1913, p. 125, et phot. p. 127, et surtout H. G. Pringsheim, Die Burg Kalydona, AM, XXXIV, 1909, pp. 179-182, — J. Sperling, AJ A, XLVI, p. 22, n° 9.
392 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Bien que ni la technique des murs, épais de 1 m. 40, faits de petites plaques de calcaire blanc local sans mortier, ni les rares tessons grossiers qu’on y trouve, ne permettent de fixer une date, il semble que ce soit une forteresse antique d’époque d’ailleurs incertaine, et plus probablement un refuge qu’un site d’habitation fortifié. Il n’est d’ailleurs pas exclu que, même antique, ce kastro dont les murs sont encore aujourd’hui hauts en moyenne d’un mètre et demi ait été utilisé au moyen âge, et dans ce cas c’est la Glace qu’on serait tenté d’y situer à cause de la proximité du village de Glatsa, dont le nom ressemble au nom médiéval (1). Les textes offrent encore les noms de deux fiefs ou châteaux en Skorta, Moraina et Gligorian. Le premier fut accordé à Geoffroy de Briel le jeune en compensation de l’héritage de son oncle qui lui avait été refusé (2). Ce fief, contrairement à ce que l’on répète depuis Hopf, devait être du domaine ; car dans le texte rien ne dit qu’il appar¬ tînt à Marguerite de Lisaréa à qui il serait échu par la mort d’un premier mari, Payen de Stenay. Le nom de Moraina n’est pas inconnu dans le Péloponèse il est signalé par les voyageurs, mais beaucoup plus loin vers le sud entre Christianou et Gargaliano (3). Dans la Skorta même, il n’a été signalé nulle part. Seul Dragoumès a tenté de le situer et, s’appuyant sur la forme Marena donnée par la chronique italienne, s’est demandé s’il ne fallait pas lire plutôt Marina, et identifier Moraina avec un petit village dans la haute vallée de la Néda, en aval des villages cités de Berekla et Delga : la carte française donne le nom de Hagia Marina, mais tous les textes depuis le xvne siècle donnent simplement Marina (4). La chose n’est pas impossible ; mais le moins qu’on en puisse dire est qu’elle n’est pas sûre. Gligorian enfin était un château, sis sur les terres de Karytaina ; il avait appartenu à Henri de Blanci, puis après sa mort, était revenu au domaine ; en 1297 la princesse Isabelle, veuve de Florent de Hainaut, en fit don, avec d’autres terres, à sa sœur Marguerite de Mategrifîon (5). Ni dans les voyageurs ou sur les cartes, ni dans les listes, ni dans la toponymie moderne, on ne trouve de nom ressemblant à Gligorian dans cette région (6). Le seul qui présente une certaine analogie est celui du village d’Englenovo, à quelque distance au nord-ouest de Karytaina ; il serait téméraire de vouloir le confondre avec Gligorian. : (1) La Glace, avec 25 feux, tenue par Pierre Gros en 1391. Le rapprochement a déjà été fait par A. Struck, Mistra, p. 148, qui donne p. 147, fig. 75, un croquis d’une arcade en tiers point formant niche sur la façade d’une petite église à demi ruinée dans le village. Glatsa est officiellement Anhèlion. (2) L. de la conq., § 584 : monseignor G(offroy) s’acorda ad ce que monseignor Nicole de Saint Orner lui promist a donner en héritage, par l’ottroy dou roy, le fié de Moraines qui est en l’Escorta ; — Chron> gr. « » v. 8454-8455 : , y! . £ — — Cron, di Morea, p. 465 : un loco nel Scorti detto Marena. (3) Placé dans le territoire d’Arkadia par les listes d’ALBERGHETTi p. 130, et par le recensement vénitien II, 1883-1885, p. 704 n° 119, Cf. Pouqueville, Voyage , IV, p. 25. de 1689, publié par Sp. Lampros, , (4) Dragoumès, pp. 242-244. Cf. Alberghetti, p. 130, — recensement vénitien de 1689, éd. Sp. Lampros, p. 707 n° 192 ; — Rangavès, Hellenika, p. 584. (5) Cf. J. de Saint-Génois, Droits primitifs , p. 334, n° J 33, — Buchon, Recherches , I, pp. 385 (et suiv.) n. 2. à Il existe un village du nom de Glegorè ou Gregorè près d’Aigion, en Achaïe, cf. Rangavès, Hellenika , Nouchakès, Géographie , p. 537, ce qui montre que la transcription française peut correspondre un toponyme grec. II, (6) p. 91,
LA 393 SKORTA Buchon a signalé autour de Karytaina des noms de lieux dont l'origine lui parais¬ sait remonter à l’époque franque Phloria, tout près au sud-est, et, de l’autre côté de PAlphée, Vidoni de Stemnitsa et Vidoneika ; le premier viendrait du nom du prince Florent, les autres de la famille de Vidoigne, dont un membre, Simon, fut capitaine de la Skorta en 1279. Bien que ces étymologies soient acceptées par Dragoumès (1), il nous semble que Phloria est à rapprocher plutôt d’autres noms grecs, par exemple Hagios Phloros en Messénie, à l’est du mont Ithôme le rapprochement entre Vidoni et les Vidoigne a plus de vraisemblance ; Simon de Vidoigne était capitaine de la Skorta au moment de la tentative de Geoffroy de Briel le jeune; d’autre part le Livre de la conquête désigne une fois Jean de Vidoigne sous le nom de Jean de Monpas (2) est-ce une simple erreur, ou ne serait-ce pas le vrai nom d’origine d’une famille qui aurait pris ensuite le nom du village grec ? Les remarques précédentes doivent permettre de fixer sur la carte les limites approximatives de la région appelée la Skorta pour la partie située au sud de l’Alphée. Nous croyons pouvoir affirmer que ce nom s’applique exclusivement au pays de haut relief qui s’étend depuis une ligne parallèle au cours du fleuve de Phloria à Delihassan (3), à l’est, jusqu’aux dernières collines qui dominent la plaine côtière, dans cette région souvent très étroite. Vers le sud, la Skorta devait comprendre tout le bassin de la Néda et même le versant des monts Koutra, Saint-Élie et Tetragi, jusqu’à la dépression qui fait communiquer la plaine côtière avec la plaine supérieure de Messénie, suivant une ligne passant par Sidérokastro et le Palaiokastro de Bogazi (Dimandra). Vers le nord, la région de collines basses, situées le long de l’Alphée en aval de la gorge qui va de Karytaina à Lavda, à partir de Rongozio-Amparia, paraît être hors de la Skorta : ni Isova, ni Moundritsa ou Krestaina, ni Palaiofanaro (Fanari) n’y sont en effet situées la limite serait ici une ligne est-ouest, passant au pied des palaiakastra de Nérovitsa, de Platiana et de Smerna ; il ne s’agit là, bien entendu, que de limites approximatives, telles que l’on peut en marquer pour une région naturelle, et non pas de frontières précises. Nous pouvons en tirer cette constatation que les Grecs, venant de Mistra par la vallée de l’Eurotas, pouvaient, en passant par le Chelmos et le col de Léontari, aborder la Skorta par le sud-est, sans avoir à traverser les bassins de Mégalopolis où était Véligosti, encore moins celui de Nikli ou Tégée. Les Francs pouvaient donc « tenir frontière » sur les limites de la Skorta sans que cela signifie qu’ils aient à ce moment perdu définitivement le contrôle des bassins arcadiens. : ; : : Mesaréa et baronnie d’Akova. — Au nord de l’Alphée s’étend une région monta¬ gneuse au relief très compliqué, limitée à l’ouest par les vallées de l’Érymanthe et du Ladon, à l’est par les bassins de Mantinée et d’Orchomène, et qui s’étend au nord jusqu’aux hauts sommets des monts Olonos et Chelmos ; la Chronique grecque lui donne, on l’a vu, le nom particulier de Mesaréa. C’est là qu’était située la première baronnie de la principauté dont le centre était le château d’Akova ou Mategriffon. L’origine slave du nom grec, admise comme probable à cause de sa terminaison en (1) (2) Buchon, Grèce L. de la conq et Morèe, p. 478, — §§ 943, 945. Il faut Dragoumès, Chroniques de Morée, p. 69 . 1. noter que le nom de Vidoigne n’existe pas dans la toponymie française ni celui de Monpas. (3) Aujourd’hui officiellement Apiditsa entre Lykosoura et Mégalopolis.
394 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES -ova, n'est pas sûre (1). Le nom français indique la mission qui lui était confiée maintenir dans l'obéissance les populations grecques de ces montagnes (2). Il est très probable qu’Akova existait avant l’arrivée des Francs ; il est situé en un lieu habité dans l'antiquité et dont l’occupation a dû être continue. Le premier : baron connu est Gautier de Rosières cité dans la liste des fiefs établie vers 1228-1230 ; il disposait de vingt-quatre fiefs, ce qui faisait de lui le baron le plus puissant avec celui de Patras. Vers le milieu du siècle, c'est aussi un Gautier de Rosières à qui est attribuée la construction du château ; en 1272, Gautier de Rosières réunit avec Geoffroy de Karytaina un contingent de cent cinquante hommes à cheval et deux cents hommes à pied. Enfin un baron de ce nom dut mourir vers 1273 (3), ne laissant pour héritière qu'une nièce, fille de Jean de Nully, baron de Passavant et maréchal de la principauté celle-ci, absente au moment de la mort de son oncle, ne put entrer en possession de son héritage ; envoyée par le prince comme otage à Constantinople, elle ne réclama la baronnie qu'à son retour, au-delà du délai légal de deux ans et deux jours. Le prince lui accorda cependant en grâce un tiers de la baronnie : à cette occasion le Livre de la conquête énumère huit des vingt-quatre fiefs qui la constituaient : « lezquelx fiez dou demaine furent a la contrée de la Coulovrate, le fié de Gueraines et cellui de la Guo menice ; devers Mathegriphon, le fié de Cocovax ; devers la Calandrice, le fié de la Juliane ; au plain de la Morée, le fié de la Petite Gastoingne, ensemble le casai de la Charpigny et la moitié d’Estransses. — Et lez fiez de l’ommage si fu : cellui de monseignor Jaque de Veligourt, dou fié de la Valte, ou tout le casai de la Regranice et cellui de Coscolomby ; l’hommage de Madame [Margerite] qui estoit cousine de monseignor Gautier de Rosières, pour le fié de la Lisarée et la moitié du fié de Toporice et de Valaques que messire Jehan Chauderon tenoit, et après lui madame Barthomée sa fille ; et hommage dou seignor de Charpigny pour le demy fié de l’Escuel de la montagne des Aventures, ou siet ores le chastel de Saint Orner... » (4). Le reste de la baronnie, revenu au domaine, fut attribué à la seconde fille du prince Guillaume, Marguerite, alors âgée d'une dizaine d’années (5), elle y joignit en 1297, par une dona¬ tion de sa sœur Isabelle, le fief de Blobocan qui avait appartenu à Narjot de Toucy, le château de Gligorian sur les terres de Karytaina et celui de Nodimo et Merdenay ; : (1) L. de la conq., §§ 128, 219, 463, etc. : Mathagriphon, Mathegriphon ou Mathegriffon. En grec, Chron. gr., vv. 1916, 3160, 6621, 6638, etc.., ’ En italien, Cron. di Morea , gén. ou , ou . pp. 428, etc.. : Acova. Le L. de los fech., § 117, donne comme d’habitude les deux noms : en la Misserea una baronia la quai se clama Malagrifon en franco et en griego Acoua ; c’est du dernier nom qu’il se sert couramment. Pour l’origine, Vasmer, Die Slaven, p. 160 n° 5, qui cite ’ ou en le plaçant en Messénie d’après Chalcocondyle, IX, éd. Darko, II, p. 204, et un ’ en Argolide, p. 126 n° 1, n’est pas affirmatif sur l’origine slave du nom parce que le premier élément Ak ne présente pas un sens sûr ; l’explication par le turc qu’il propose comme possible est à rejeter, puisque le nom existe dès le début du xme siècle. (2) Adamantiou, Chroniques de Morée, p. 485, — Paparrègopoulos, V, p. 46. Le nom se retrouve en Sicile : Muntaner, Chron. chap. 105, éd. Lanz, p. 190 : castel de Matagrifo, près de Messine, construit par Richard Cœur-de-Lion, cf. Buchon, Chron. étr., p. 315, n. 1. (3) Il est possible qu’il faille supposer qu’il y a eu deux barons successifs de ce nom comme le pense Hopf, Chron. gr.-rom., p. 472-11, mais c’est une hypothèse qui n’est pas absolument indispensable, le même baron de 1230 à 1273. a pu tenir Mategrifïon (4) L. de la conq., §§ 526-527. Sur la « cousine de de Toporice et de Valaques, v. supra , pp. 161-162. (5) L. de la conq., § 531, — L. de los fech., § 396. Gautier de Rosières », dame de la Lisarée et de la moitié
LA 395 SKORTA « des appartenances » de Nikli (1). Mais ces biens durent être confisqués par Louis de Bourgogne et Mahaut de Hainaut, à sa mort en 1315, puisqu’elle avait avec son gendre, Ferrand de Majorque, essayé de leur enlever la principauté (2). Akova ne devait pas rester longtemps entre les mains du prince il fut pris par Andronic Asên dès 1320 avec Karytaina (3). Le nom d’Akova est plusieurs fois mentionné au xve siècle, dans les luttes entre les Turcs et les Grecs Evrenos-beg prit cette place en 1395 (4) ; occupée et détruite par Mahomet II en 1458 (5), Démétrios Paléologue essaya l’année suivante de la reprendre (6). Citée encore par Mélétios, dans le tableau résumé de la principauté sous la forme inexacte de (7), elle ne se rencontre, à notre connaissance, sur aucune carte ni dans aucune liste des xvne et xvme siècles cette région est certainement alors parmi les moins connues de la presqu’île, ne se trouvant ni près des côtes, ni le long des grandes voies qui traversent la Morée. Mais le nom n’est pas oublié dans le pays il est, en 1754, celui d’un siège épiscopal dont le titulaire réside à Langadia (8). Au début du xixe siècle, les voyageurs ont rencontré le nom d’Akovaes désignant le pays montagneux entre le Ladon et un de ses affluents de gauche, l’antique Tuthoa, et reconnu le château de Gautier de Rosières dans des ruines qui couronnent une colline située entre les villages de Galatas et de Vyzikion (9). Cette identification a été admise généralement et peut être considérée comme sûre (10). Le site et les ruines où quelques vestiges antiques se mêlent aux constructions médiévales ont été plusieurs fois décrits, en particulier par Tozer et en dernier lieu par E. Meyer qui y reconnaît non la ville ancienne de Teuthis, comme on le fait généralement, mais l’une ou l’autre de deux petites villes Rallia ou Dipoina (11). Bien que communément appelé Palaiokastro de Galatas, Akova se trouve sur le territoire non de ce village, mais sur celui de Vyzikion, au sud-est de Vervitsa ou Tropaia (12) ; deux petits ravins qui, après s’être réunis, rejoignent : : : : : Saint-Génois, Droits primitifs, I, p. 334, n° J 33 ; — cf. Buchon, Recherches , I, pp. 385 (et suiv.) n. 2. Elle mourut prisonnière au château de Clermont, L. de los fech., § 567. (3) L. de la conq., p. 405 ; — L. de los fech., § 641 ; — Chron. brève n° 19, éd. Lampros-Amantos, p. 36. (4) Chron. brèves nos 19 et 27, éd. Lampros-Amantos, pp. 36, 46. (5) Sphrantzès, IV, 15, CSHB, p. 387. Chalcocondyle, IX, CSHB, p. 445 signale à la même date la qui n’est pas connue par ailleurs. Il y a tout lieu de supposer que c’est prise par les Turcs de la ville d”Axp, une erreur pour Akova, cf. éd. Darko, II, p. 204 : c’est ce nom qu’a relevé Vasmer en le situant en Messénie. (6) Sphrantzès, IV, 16, CSHB, p. 390. C’est probablement Acova qu’il faut reconnaître dans les listes de 1467 et de 1471, sous les formes Acovo (ruiné) et Acora , v. Appendice A III, c, et IV, infra, p. 694. (1) (2) (7) Mélétios, Géographie, p. 370 a-b. , (8) M. Gédéon, p. 646. Pouqueville, Voyage, V, p. 517, signale en ce point des ruines antiques sans citer le nom d’Akova — Gell, Itinerary, pp. 118 — 119, appelle la colline Palaiorachi — Leake, Travels, II, p. 104 (il a vu des tours rondes !), — et Peloponnesiaca, p. 149 — Puillon-Boblaye, Recherches, p. 152, — Ross, Reisen, pp. 112-114, — Buchon, Grèce et Morée, p. 493 — cf. Curtius, Peloponnesos, I, pp. 354, 392 n. 8, — Bursian, Géographie, II, p. 232, — Frazer, IV, p. 312, et Hitzig-Blümner, III, p. 213, ad. Pausanias VIII, 28, 3. (10) J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 633, — J. Longnon, L. de la conq., p. 43 n. 3, P. Kalonaros, (9) ; ; ; ; Chron. gr., p. 133 note. (11) H. F. Tozer, JHS, IV, 1883, pp. 216-218, — E. Meyer, Pel. Wander., pp. 48-52, pi. III. La carte française y indique des ruines qu’elle appelle Teuthis et une chapelle anonyme. , cf. E. Meyer, op cil., p. 49. est le Vizitsi de la (12) On l’appelle aussi Kastro carte française ; il fait partie ainsi que du dème de Tropaia, dont le chef-lieu est le bourg appelé naguère .
396 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES la Tuthoa, isolent une colline rocheuse orientée suivant une direction générale nord-sud ; les versants surtout à l’ouest et au sud sont très raides, sauf un replat au sud, où se trouve une chapelle de l’Evangélismos. Le château occupait l’extrémité méri¬ dionale de cette colline, qui est le point le plus élevé (pi. 83-85). Le sommet qui domine le fond de la vallée de 120 à 140 mètres atteint 770 mètres d’altitude. Vers le nord, le sol s’abaisse doucement et se raccorde par un large passage avec les collines voisines ; les quelques vestiges antiques sont dispersés sur une aire beaucoup plus étendue que l’enceinte médiévale, en particulier au nord. La forteresse occupe donc un site assez facile à défendre et devait être solide. Elle n’a cependant que des vues limitées, en particulier à l’ouest, par des collines plus hautes ; elle surveille la vallée au sud et le paysage de plateaux et de collines qui s’étend au nord et à l’est (1). La liste des fiefs donnée à l’occasion du procès intenté par Marguerite de Passavant et reproduite ci-dessus, permet d’avoir une idée partielle de l’organisation de la baron¬ nie. Sur ces huit fiefs, plusieurs sont fort éloignés d’Akova, donc la baronnie ne formait pas une unité territoriale, mais comprenait des éléments dispersés ce sont Gastounè avec les villages de Charpigny (2) et d’Estransses, que nous avons déjà situés en Élide, l’Escuel de la montagne des Aventures dans la partie orientale de l’Élide, Gueraines et Guomenice que nous aurons à chercher près de Kalavryta, et Juliane, près de Chalandritsa. Il reste Gocovax, la Yalte avec les villages de la Regranice et de Goscolomby, la Lisarée, Toporice et Valaques. Le problème de l’identification de ces lieux a déjà été examiné avec soin (3). Le nom de Cocovax peut être assimilé à celui du village moderne de Kokova (4) près de Philia, qui ne garde pas de souvenirs du moyen âge. La Yalte, qui doit être groupée avec la Regranice et Coscolomby, est plus discutée : J. Longnon a signalé qu’un village non marqué sur la carte française et situé dans la vallée juste au sud du mont Ghelmos pouvait être la Valte, car il s’appelle Valtsa, et aujourd’hui Valta (5) ; St. Dragoumès préfère reconnaître la Valte dans Valtesiniko à l’est d’Akova (6). La Regranice peut être rapprochée soit de Glanitsia au nord de Valtesiniko, soit de Granitsa, dans la vallée à l’est, un peu au nord de Vytina. Par contre aucun nom moderne ne rappelle celui de Coscolomby (7). Il faut donc examiner : (1) Rien dans les textes ni sur le terrain ne permet de dire qu’il y ait eu « une grande cité » comme l’a dit Zakythènos, Le despotat de Morée, I, p. 154. Seul Chalcocondyle, IX, CSH B, p. 445, dit « ’ ». (2) On considère généralement le nom de Charpigny comme l’équivalent du grec Kerpinè, p. ex. dans la région de Vostitsa, cf. infra, p. 464 ; il existe un Kerpinè à environ 11 km. à vol d’oiseau à l’est-nord-est d’Akova ; mais il semble impossible de situer là La Charpigny cité en même temps que « la petite Gastoingne, au plain de la Morée, » cf. supra, pp. 355-336. (3) Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 233-242 ; — E. Meyer, Pel . Wander., pp. 51-52. (4) Comme l’a déjà vu Longnon, L. de la conq ., p. 208 n. 4. Ce village dépend administrativement aujourd’hui de Kalavryta, mais il est beaucoup plus près d’Akova que de Kalavryta et, géographiquement, se trouve dans le bassin du Ladon. Cf. Rangavès, Hellenika, II, p. 199. Sur le site, voir E. Meyer, op. cil., pp. 64-65. (5) Longnon, L. de la conq., p. 208 n. 8 ; — Philippson, Peloponnes, p. 128 n. 1, le cite sous le nom de Valtos. Dans le recensement de 1928 , et entre parenthèses, le nom populaire, sur la ; — carte grecque. Sur le nom et les dérivés, qui se trouvent fréquemment dans la toponymie, voir ou N. A. Bees, Viz. Vrem. XI, 1904, p. 66. Il s’agit du Chelmos, antique Aroania. cité par Alberghetti, p. 128 : territorio di Caritena : (6) Dragoumès, op. cil., pp. 238-239 : , Valdegnico. (7) Dragoumès, op. cil., p. 259, suggère un rapprochement avec Paralongi, dans la vallée de l’Érymanthe d’après le recensement officiel, d’après au nord-ouest de Kontovazaina ; en grec Rangavès, Hellenika , p. 720 ; Paliolongus dans la liste d’ALBERGHETTi, p. 128. L’hypothèse est philologique¬ ment et géographiquement bien improbable : les différences entre les noms et la distance sont trop grandes.
LA 397 SKORTA de plus près les sites proposés pour la Valte et Regranice. Valta est un hameau situé dans une très haute vallée, sur un des sentiers difficiles qui, par des passages élevés, font communiquer le bassin de Phénée avec celui de Kleitor : ces versants du mont Ghelmos sont très éloignés d’Akova et ne portent d’ailleurs pas de vestiges médiévaux. La situation de Yaltesiniko est certainement plus convenable (1) le village est placé dans une région de relief très accidenté qui a pu attirer la population du moyen âge, il compte encore aujourd’hui plus de 1.500 habitants. Il est accroché à 1.100 mètres d’altitude sur un versant raide couvert d’une forêt de sapins et faisant face à l’est au sud-ouest, un sentier très rude permet en une petite demi-heure d’escalader, toujours au milieu des sapins, un sommet haut de 1.350 mètres (2) appelé Palaiokastro et cou¬ ronné en effet d’une enceinte grossière ; le seul accès possible est à l’est ; à l’ouest le rocher tombe à pic ; parallèlement à l’arête rocheuse s’étend sur une quarantaine de mètres un mur fait de blocs irréguliers, non taillés et assemblés sans mortier, délimitant une sorte de plate-forme allongée ; au sommet se dressait une tour de 6 mètres sur 8 environ, aujourd’hui très ruinée. Aucun détail, aucun élément ne permet de dater une enceinte de ce genre. Mais ce qui est certain, c’est que ce lieu jouit d’une vue admirable, qui surprend quand on vient de la vallée étroite où se trouve Yaltesiniko : on est assez haut pour dominer du sud-ouest au nord-ouest toute la région de collines qui s’étend jusqu’aux vallées de l’Alphée, du Ladon et de l’Érymanthe, pour apercevoir, au-delà, l’Élide par-dessus le plateau de Pholoë, et pour avoir des échappées vers le nord (3). Le village même n’a pas conservé de monuments du moyen âge ; mais on peut signaler divers couvents ou églises qui, sans être très anciens, sont antérieurs à l’époque contemporaine, en particulier une église de la Dormi tion-de-la Vierge, au nord du village à la même hauteur sur le versant, et plus loin le monastère abandonné de Saint-Nicolas (4) ; enfin, à l’est, de l’autre côté de la vallée, subsiste parmi les terrasses, au lieu-dit Livadia, une tour ruinée peut-être médiévale. Selon toute vraisemblance ce canton dépendait d’Akova qui est à moins de dix kilomètres à vol d’oiseau, et c’est pourquoi on peut admettre que Valtesiniko est la Valte. Pour des raisons topographiques également, Glanitsia doit être préférée à Granitsa pour la Regranice, le second village étant situé dans une vallée plus éloignée et orientée nettement vers une autre direction (5). ; ; (1) Le site de Valtesiniko et les monuments voisins n’ont été étudiés et décrits que par E. Meyer, Pel. Wander, pp. 43-46, dont les indications sont exactes et précises. (2) La carte grecque donne la cote 1333 mètres. (3) Ce palaiokastro est marqué sur la carte française. 11 est signalé, sans description, par Bursian, Géographie , II, p. 232, qui le prend, à tort, pour antique ; cf. Philippson, Der Peloponnes, pp. 94 et suiv. E. Meyer, op. cil., p. 45, signale que la vue s’étend jusque vers Patras, ce qui n’est pas possible, à cause du haut massif de l’Olonos. (4) Sur les églises, couvents ou ermitages, v. N. K. Moutsopoulos, , . 114, 144-145, 158-162, 209-219. et Granitsa, (5) Glanitsia, ou Glanitsa sur la carte française, est aujourd’hui, officiellement , . Alberghetti, p. 122, cite un Granizza dans le territoire de Kalavryta. Glanitsia a été signalé par de nombreux voyageurs à cause de la présence à quelque distance au sud-est d’une ruine antique sur laquelle est une petite chapelle de Sainte-Paraskevè : Gell, Itinerary , p. 126, — Leake, Peloponnesiaca , p. 228, — Puillon-Boblaye, Recherches, p. 152, — Rangavès, Excursion en Arcadie, pp. 346-347, — Bursian, Géographie II, p. 232, — G. Papandréou, , pp. 37, 42, — E. Meyer, op. cil., pp. 52-54 ; les ruines signalées aussi par J. Roger, BCH, LXII, 1938, p. 460, ont été explorées et décrites par H. Metzger, Le sanctuaire de Glanitsa ( Gortynie) , BCH, LXIV-LXV, 1940-1941, pp. 5-33; la planche I donne une petite carte de la région.
398 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Le fief de la « cousine de Gautier de Rosières » qui devait épouser peu après Geoffroy de Briel le jeune, la Lisarée, nous entraîne hors des limites de la région qui nous occupe ici, puisqu’il doit vraisemblablement être identifié avec le village de Lysaria, sur la route de Patras à Chalandritsa à 4 ou 5 kilomètres de cette dernière ville ; il est cité par Alberghetti et porte aujourd’hui le nom officiel d’Alyssos (1). Mais Toporice nous ramène plus au sud, entre Strezova et Dara, dans la boucle que forme le Ladon le village existe toujours mais son nom de Toporitsa a été remplacé officielle¬ ment par celui de Théoktiston (2). La position de Valaques est moins sûre : on a proposé deux identifications possibles soit Vachlia qui se trouve à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Toporitsa (3), soit Vlachoi, plus loin au sud-ouest, près du Ladon, à peu de distance au nord de l’antique Heraia (4). Si la situation du premier est certainement plus satisfaisante, le nom du second est beaucoup plus proche du français Valaques. Suivant notre règle, ce sont les considérations topographiques qui doivent l’emporter sans doute Valaques était-il près de Toporitsa, mais nous ne considérons pas comme sûre son identification avec Vachlia. N’est-ce point encore dans ces régions qu’il faut chercher Moraina et Blobocan ? Le fief de Moraina, concédé au jeune prétendant Geoffroy de Briel en même temps qu’il recevait comme dot de sa femme la Lisarée, « est en l’Escorta » (5), mais aucun nom actuel ne le rappelle. Nous avons déjà indiqué les difficultés que rencontre l’identi¬ fication de ce fief. Quant à Blobocan, ce nom ne se retrouve pas tel quel aujourd’hui dans la toponymie du Péloponèse ; mais le son représenté par la lettre b peut être le même que celui de notre v, ou se transformer en g ; nous avons déjà vu l’alternance Goumero Voumero, Glisière-Vliziri. Or il existe plusieurs villages portant les noms de Glogova, de Vlongos et de Vlogoka ou Vlovoka. Le premier, immédiatement au sud de Toporitsa, est dominé par un sommet élevé qui, aux dires des habitants, porte les ruines d’un palaiokastro (6). Vlongos est situé un peu à l’ouest de Dèmètsana, près de cette Arachova que Buchon a confondue un moment avec Araklovon ; Buchon y signale « les ruines d’un château franc » (7). Enfin le troisième appartient à l’Achaïe, à quelques kilomètres de la côte du golfe de Corinthe et des ruines antiques d’Aigeira : il est mentionné dans les listes d’Alberghetti, et par divers voyageurs sous des formes : : : (1) V. infra, pp. 462-463. La carte française de 1852 porte Toporista qui est aussi la forme adoptée dans le recensement de 1907 ; aujourd’hui Théoktiston. Dans les listes d’Alberghetti, p. 122, on lit Daporitissa, dans le territoire de Kalavryta. Cf. J. Longnon, L. de la conq., p. 209 n. 2 ; — Dragoumès, Chroniques de Morée, p. 239; — E. Meyer, Pel. Wander., pp. 51, 58. et dans les listes d’Alberghetti, p. 128 : Vauclia. (3) Sur la carte française Vaklia, en réalité , Cette identification proposée avec des réserves par J. Longnon, L. de la conq., p. 209 n. 3, est acceptée sans discussion par E. Meyer, ibid., qui décrit le site, pp. 70-71, 73, 74-75, et y place l’antique Thaliadès. Vlakhi sur la carte française, n’est pas mentionné par Alberghetti. Ce site est préféré par (4) , Dragoumès, op. cit., pp. 239-240. On peut encore signaler Valaka sur la rive droite du Pénée à une dizaine de kilomètres en amont de l’antique Élis, mais on est là en « Morée ». (5) L. de la conq., § 584 Moraines ; — Chron. gr. vv. 8454-8455 : ; — Cron, di Morea, p. 465 : un loco nel Scorti detto Marena. Cf. supra, p. 392. (6) Aujourd’hui Drakovouni, à 740 mètres d’altitude ; la montagne voisine s’élève à 1072 mètres ; le palaiokastro est signalé, mais non décrit, par Papandréou, op. cil., p. 42, cf. E. Meyer, Pel. Wander., pp. 57 58. Nous ne l’avons pas visité. . Cf. Buchon, Grèce et (7) Vlongos sur la carte française a gardé aujourd’hui le même nom (2) : : Morée, p. 493.
LA 399 SKORTA variées mais reconnaissables (1). C’est ce dernier qui est le plus probablement le Blobo can ayant appartenu successivement à Narjot de Toucy et à Marguerite de Villehardouin. Alors que ce fief se trouve assez loin, hors de la région d’Akova, celui de Nodimo, bien qu’étant des « appartenances de Nicies » est à situer dans les montagnes qui domi¬ nent les bassins d’Orchomène et de Mantinée la carte française signale en effet, un peu à l’ouest de Lévidi, un petit hameau appelé Noudimo (2) qui ne figure plus sur les recensements les plus récents. A propos de tous ces noms de lieu, on peut faire quelques remarques. Tout d’abord rappelons que le territoire d’une baronnie comme celle d’Akova, d’après les huit fiefs qui en formaient le tiers, n’a pas d’unité territoriale ; à bien plus forte raison les fiefs concédés à un même personnage dans un même acte de donation ne sont pas forcément voisins. D’un tout autre point de vue, nous notons que nous n’avons trouvé sur la topographie de cette région aucun renseignement sur les cartes ni dans la plupart c’est certainement une des provinces les moins visitées et les moins des voyageurs connues au xvne ou au xvme siècle. L’absence d’indications pour la période entre le moyen âge et nous, sauf chez Alberghetti, rend plus difficile l’identification des lieux, surtout dans le cas, fréquent, où plusieurs noms modernes peuvent correspondre à la forme médiévale conservée. Et cela doit nous rappeler avec quelle prudence doit être faite toute identification, quand elle ne repose que sur une ressemblance de noms, que ne confirment ni des indications topographiques ni des vestiges archéolo¬ giques. Nous avons par exemple accepté l’identité de Cocovax-Kokova mais dans les listes d’Alberghetti, à côté de Daporitissa qui est sans nul doute Toporitsa, on lit Gocora, Granizza (est-ce Glanitsia ou Granitsa ?), Pangrati, etc... ce Cocora n’est-il pas une erreur pour Gocoua ? Mais il y a un autre Gocora dans le territoire on voit que, en l’absence de Karytaina, un Croccoua dans le territoire de Kalavryta d’indication d’une autre nature, l’incertitude est difficile à éliminer complètement. Enfin, parmi les noms relevés, une forte proportion peuvent être considérés comme d’origine slave, en particulier Ylogoka, Valtesiniko, Glanitsia et Granitsa, Toporitsa (3) ; aucun par contre ne semble d’origine française, sauf celui de Mategriffon pour Akova : c’est dire que la domination latine n’a pas eu ici une influence très pro¬ fonde. Nous écartons le nom de Vretempouga où Buchon croyait reconnaître celui de Frère-du-Temple, bien que plusieurs historiens l’aient admis (4). : : ; ; : Vlouoca, entre Vergouizza et Suiru, qui sontVersova et Svirou, dans Alberghetti, p. 123; — Vlogoca , dans Pouqueville, Voyage, IV, p. 427, — Leake, Travels, III, pp. 141-391, — Curtius, Peloponnesos, I, pl. ix, dont la transcription du grec Blogoka, doit se lire Vlogoka, — E. Meyer, Pel. Wander ., pourVASMER, p. 55 . 2 ; — Vlovoka sur la carte française, et Rangavès, Hellenika, II, p. 93 ; — Die Slaven, p. 131, n° 23. Buchon, Grèce et Morée, pp. 543-544, l’appelle Vlongoka, village pittoresque, mais (1) ou Vlogoka, dépourvu de ruines. certainement Nudimo, dans les listes d’Alberghetti, p. 119, territoire de Tripolizza. Le rappro¬ chement entre Nodimo et Noudimo a été fait par E. Meyer, Pel. Wander., p. 52, qui rejette l’indication de Hopf, I, p. 349, « près de Nemnitsa que rien ne justifie. (3) Cf. Vasmer, Die Slaven, pp. 131 n° 23, 150 n° 2, 151 n° 10, 152 n°s 19 et 22, 153 n° 84 ; Kokova peut être aussi un nom de formation slave sur le diminutif grec Kokos, de Nikolaos. L’origine slave de Glanitsia est contestée par D. I. Georgakas, BZ, XLI, 1941, p. 360, pour qui le nom viendrait peut-être d’un nom de plante grec : mais cette explication n’est pas décisive. (4) Buchon, Grèce et Morée, p. 493 : Vretempouga serait venu de Fre-templou, cf. H. F. Tozer, JH S, IV, 1883, p. 217. Il figure dans les listes d’Alberghetti, p. 128, sous la forme Vretobua ; en grec , (2) C’est » 27
400 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Enfin ce qu’il y a de sûr, c’est que dans cette région au relief très compliqué, où la population est dispersée entre de multiples vallées séparées par des montagnes souvent rudes et boisées, les vestiges des époques intermédiaires entre l’antiquité et les temps modernes sont nombreux, mais pour la plupart tout à fait impossibles à dater avec précision. La multiplicité des tours et des petites forteresses, de construction grossière et indatable, s’explique sans doute par la complexité même du relief chacun veut se protéger et pouvoir se défendre au besoin. Mais la situation que ces vestiges laissent supposer correspond plutôt à l’époque d’insécurité et d’instabilité qui a suivi la perte de ces régions par les Francs qu’à la période antérieure à 1320 ; ces fortifications d’autre part n’ont plus de raison d’être quand la domination turque est définitivement installée. Des traditions locales existent aussi sur l’origine de certains villages : les habi¬ tants de Langadia, par exemple, racontent qu’il n’aurait été fondé que vers 1200. Cependant l’histoire ne semble pas avoir beaucoup à gagner au relevé de ces récits incontrôlables ou de ces ruines sur lesquelles on ne sait rien et qui sont trop informes pour offrir un intérêt pour l’archéologue (1). Nous nous contenterons de signaler les fortifications les plus significatives. : Cantons périphériques de la région d’Akova : Vallées du Ladon et de l’Érymanthe. — Après avoir parcouru la partie centrale de la région d’Akova, nous allons en décrire la périphérie en partant du sud-ouest, où les rivières de l’Érymanthe et du Ladon viennent se jeter dans l’Alphée ; ce canton s’appelait, on l’a vu, la Liodora. La carte française signale un palaiokastro au-dessus du village de Karachassani, qui semble surveiller ces collines basses et les vallées ; en fait, les chétifs vestiges qui s’y trouvent ne peuvent remonter avant le xve siècle (2). La limite occidentale de la région est marquée entre le mont Olonos et l’Alphée par la vallée de l’Érymanthe ; on n’y rencontre rien qui évoque le moyen âge, sinon dans la partie supérieure à laquelle nous viendrons plus loin ; encaissée au pied du plateau de Pholoë ou Kapelè, elle est d’ailleurs peu peuplée. Le Ladon, qui, à cause de l’abondance de ses eaux, a mérité de porter le nom de Rouphias comme l’Alphée, parallèle dans sa partie inférieure à l’Érymanthe, coule d’abord suivant une direction générale est-ouest, dans une vallée étroite, qui a parfois l’aspect d’une gorge sauvage ; puis il tourne vers le sud et, un peu en aval, au point où le paysage devient plus ouvert et plus riant, un rocher surplombe de 220 mètres environ la rive droite, à peu près à la officiellement Doxa. Nous voudrions proposer pour ce nom fort peu grec d’allure une explication ne serait-ce pas une déformation du nom français Vertamboz, qui est celui d’un village du Jura (arr. de Lons-le-Saunier) qui a fait partie des fiefs dépendant de la famille des La Roche à laquelle appartenaient les seigneurs d’Athènes ? Un de leurs vassaux, seigneur de Vertamboz, aurait pu venir s’établir dans cette région de Morée et y laisser son nom. La transformation du nom par déplacement de l’r et par l’adjonction d’une finale est fort possible ; mais il s’agit d’une pure hypothèse. (1) Un certain nombre ont été signalées par Buchon, Grèce et Morée , p. 493 ; mais elles ont été énumérées avec beaucoup plus de soin par E. Meyer, Pel. Wander ., chap. 3-7, pp. 51-99. aujourd’hui ’, hameau dépendant du village de Zoulatika, aujourd’hui Aétorrachès. (2) , Le nom turc du hameau montre d’ailleurs que c’est un établissement récent. L’insignifiance de ces vestiges est signalée par E. Meyer, Pel. Wander ., p. 100, qui note la présence d’un kastro à l’ouest, exclusivement antique, une des nombreuses petites forteresses anciennes jalonnant la rive gauche de l’Alphée de Gortys à : Héraia.
LA 401 SKORTA hauteur du village de Spathari sur trois côtés, au sud et à Test où coule le Ladon, au nord où passe le ruisseau de Voutsi, les versants sont très abrupts. C'est une admirable position pour surveiller la vallée inférieure et barrer le passage vers l'amont : aussi porte-t-elle des ruines d’un petit château, nommé Kastro de Zoumpela (1). Il faut, pour y monter, passer par un col à l’ouest : là sont dispersées les ruines d’un village étendu ; à l’extrémité du rocher, une plate-forme de 30 à 40 mètres de large était entourée d’une enceinte dont il reste des fragments importants au point le plus élevé, au nord, où le rocher tombe à pic, se dresse une tour carrée, complètement isolée ; de ce côté point n’était besoin de mur d’enceinte ; les murs de la tour sont épais de près de 2 mètres, faits de deux parements de pierres non taillées, entre lesquels est une maçonnerie d’éléments plus petits, sans fragments de briques on devait y accéder par un escalier extérieur séparé, dont il reste la base, à l’ouest, à quelque distance. L’enceinte est de construction assez grossière mais la maçonnerie contient des fragments de tuiles. A l’intérieur se voient d’autres vestiges, en particulier des citernes rondes (pl. 87, 1 a-b). L’excellence de la position laisse supposer qu’elle a dû être occupée dès le moyen : ; ; identifiée avec celle que les troupes ; et cette forteresse doit être très probablement du despote Théodore II et de son beau-frère Jean VIII assiégèrent en 1417 dans la vallée du Ladon (2) ; mais il faut se résigner à ignorer quel en fut le nom, et si elle a âge eu un rôle avant le xve siècle. On peut de là, par Voutsi (3), qui a dû être il y a deux ou trois siècles un gros village, gagner la vallée supérieure de l’Érymanthe que l’on a appelée Doana d’un nom d’origine italienne (4). Les seuls sites intéressants se trouvent dans la vallée supérieure nous avons déjà parlé de Mostenitsa, qui, administrativement, appartient aujourd’hui à l’Élide (5) ; un peu plus à l’est, l’Érymanthe reçoit simultanément deux affluents à droite et à gauche ; une haute colline entre l’Érymanthe et son affluent de droite, a porté autrefois Psophis et au moyen âge une forteresse qui doit son nom aux trois rivières Tripotamo (pl. 86). C’est une colline assez élevée dont le versant ouest tombe en pente raide sur la vallée du torrent de Poretso, les versants sud et est sont plus doux elle est bien détachée, par un col relativement bas, des montagnes au nord. Le site de Tripotamo — un village s’est créé récemment près de l’Érymanthe en aval d’un ancien couvent — a été souvent visité et décrit parce que c’est celui de ; : ; (1) Palaiokastro marqué sur la carte française ; au pied, un pont enjambe aujourd’hui le Ladon, montrant que c’est un point de passage important. Gell, Itinerary, p. 121, l’appelle Hagia Paraskevè ; E. Meyer, qui est donné également à celui de Galatas. Pel. Wander., pp. 84-85, a entendu le nom de Kastro ., Ill, p. 175. (2) Panégyrique de Manuel II et Jean VIII Paléologue, dans Sp. Lampros, . (3) Le village, peu important aujourd’hui, est cité par Alberghetti : Vuci, territoire de Karytaina, p. 130 ; et par la carte de De Fer : Wtsi ou Longanico ; de nombreuses églises ruinées montrent qu’il a été plus important autrefois, cf. E. Meyer, Pel. Wander., p. 85 ; malgré l’absence d’indices de l’époque franque, il est probablement antérieur au xme siècle le nom étant considéré comme slave ; cf. Vasmer, Die Slaven, p. 151 n° 13. (4) Doana est classé parmi les noms venant de l’italien, ici dogana, par H. et R. Kahane, Italienische Ortsnamen in Griechenland, T. u Forsch., XXXVI, pp. 114-115; — Leake, Travels, I, p. 10, rapproche déjà ce nom de celui des droits levés dans sept ports du pays, appelés en turcs goumrouk et en grec ; il doit être postérieur à l’époque franque. (5) V. supra, pp. 343-344
402 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES la ville antique de Psophis (1). Celle-ci s’étendait sur les pentes les moins raides ; un mur d’enceinte l’entourait dont il reste de nombreux vestiges, notamment près de l’arête rocheuse qui s’étend le long et en haut du versant ouest ; le mur s’élève jusqu’au sommet pour redescendre ensuite vers l’est. Mais au sommet sont venues s’ajouter des constructions médiévales, signalées par la plupart des voyageurs. Or on a vu que, en 1306, le prince Philippe de Tarente avait réussi à prendre aux Grecs le château de Tripotamo (2), qu’Andronic Paléologue reprit dès 1509, après la bataille du col de « la Gerina » (3). Il nous paraît vraisemblable que ce château est bien celui dont on voit les ruines au-dessus de la vallée de l’Érymanthe. L’objection qui a été faite que ce site serait beaucoup trop à l’ouest pour avoir pu être entre les mains des Grecs à cette date ne nous paraît pas solide en effet les Grecs sont installés déjà depuis long¬ temps à Kalavryta ; or, de là, il est facile de passer dans la haute vallée de l’Érymanthe soit directement, soit par le bassin de Kleitor (4) à notre avis le château de Tripotamo marque le point extrême de l’avance grecque au début du xive siècle, tandis que la vallée inférieure restait aux Francs ; c’est parce qu’il formait comme un saillant entre les baronnies de Chalandritsa et d’Akova, qu’il fut attaqué d’abord par Philippe de Tarente et nous trouvons ici un argument de plus pour identifier la Motitsa de la chronique aragonaise où les Grecs rassemblent leurs forces en 1326, avec Mostenitsa, et non avec Mostitsi beaucoup trop loin vers l’est. En remontant la vallée de l’Érymanthe, on atteint le torrent qui descend de Sopoto ; au sud, dans la ligne des sommets qui séparent cette vallée assez étroite de celle du ruisseau de Lopesi (aujourd’hui Hagios Theodoros), se détache un rocher plus bas que les hauteurs voisines, mais de forme plus aiguë, qui a des vues plongeantes sur toutes les vallées voisines amenant leurs eaux à l’Érymanthe, et vers le sud (pi. 87, 2 a-b). Tout en haut, où l’on accède par un chemin en lacets venant du col au sud-est, : : ; (1) Sur le site, déjà décrit par Polybe, IV, 70, à roccasion de l’expédition de Philippe V de Macédoine Itinerary, p. 122, — Leake, Travels, II, pp. 240-248, et pl. i, un plan très inexact, Pouqueville, Voyage, V, pp. 444-449, — Puillon-Boblaye, Reise, I, p. 394, — Recherches, p. 158, — Fiedler, Curtius, Peloponnesos, I, pp. 386-390, avec pl. viii le plan de Leake, — Welcker, Tagebuch, I, p. 290 et suiv., — Vischer, Erinnerungen , pp. 477 et suiv., — Wyse, Peloponnessus, II, pp. 159 et suiv., — Bursian, Géographie, II, pp. 260-262, — Philippson, Peloponnes, p. 286, — Frazer, IV, pp. 282-283, et Hitzing Blümner, III, pp. 193-194, ad. Pausanias, VIII, 24, 1. Actuellement la population a tendance à venir réoccuper cette vallée, mais en se fixant plutôt en aval du confluent des trois cours d’eau. (2) D’après le L. L. de los fech., § 523 : et princep Philipo... fue a un castiello que se clama Treflumi et en griego Trepotama. (3) L. de los fech., § 528. Nous n’avons pu identifier ce lieu, pour lequel le texte ne donne aucune indica¬ tion topographique. (4) Sur la carte française de 1852, deux sentiers unissent Kalavryta à la vallée de l’Ërymanthe ; aujour¬ d’hui des routes carrossables vont de Kleitor à cette vallée et de Sopoto à Kalavryta. Dragoumès, Chroniques de Morée, p. 265, propose d’identifier le château pris par Philippe avec un autre Tripotama signalé par Alberghetti, p. 132 ; ce village est mentionné dans le territoire de Mistra ; il n’existe plus aujourd’hui, mais d’après les noms voisins dans la liste, il devait se trouver au sud-est de Mistra : il est tout à fait improbable que Philippe de Tarente ait pu commencer ses conquêtes par là ! On retrouve le nom de Tripotama vel Trisetenia dans la liste de 1463, v. Appendice A III, a, infra, p. 693 ; les noms sont, dans cette liste, fort en désordre et il est difficile d’y trouver une indication sur la région où il faut situer un lieu qui y est mentionné. Mais Alberghetti cite dans le territoire de Karytaina le village de Tristena qui pourrait être le hameau de ce nom à ouest de Dèmètsana, mais doit plutôt, d’après sa place dans la liste, être situé plus au nord : ce serait donc sous ce nom que figurerait dans les listes d’Alberghetti le Tripotamo de l’Ërymanthe. en 219-218 av. J. -G., cf. Gell, 1
LA SKORTA 403 trouve aujourd’hui une petite église sur une terrasse entourée d’un mur de pierres ; au nord-ouest sur la plate-forme d’une quinzaine de mètres de large environ, limitée, à l’opposé de l’église, par des rochers à pic, on voit les restes d’une tour carrée de 5 m. 25 sur 5 m. 50 ; les murs épais de 1 m. 25, semble-t-il — l’état de ruine ne permet pas de mesures exactes — sont faits de blocs de calcaire assez irréguliers, sans briques, assemblés avec un mortier assez fin ; les quelques tessons grossiers sur le sol n’ont pas d’âge. Les pentes sont trop fortes pour qu’un village ait pu s’établir autour du sommet ; il n’y a pas non plus de traces de maisons dans le col au-dessous c’est donc une simple tour destinée à surveiller les vallées des torrents qui forment le haut Érymanthe (1). On arrive au gros village de Sopoto, qui a pris officiellement le nom d’Aroania ; révèlent son importance au xvme siècle, époque dont date aussi l’église du églises ses couvent des Saints-Théodores situé plus au nord. C’est une de ces agglomérations retirées dans de hautes vallées, assez amples, où la population grecque s’était groupée et développée dans la dernière période de la domination turque, comme Langadia, Magouliana, Vytina, Dèmètsana, mais on ne sait rien d’elles pour le moyen âge et elles n’en ont pas gardé de vestiges (2). se sèches , ; Du bassin de Kleitor à la vallée du Mylaôn ou de Vytina. — Plus à l’est, le bassin de Kleitor, dans un cadre de montagnes grandioses, est entouré de toute une série de petites forteresses ou de tours une tour sur une colline élevée, près du village de Kasteli, en surveille l’extrémité occidentale et les chemins qui partent vers le nord ouest (pl. 88, 1) ; une autre, située sur une colline basse au sud des ruines de Kleitor, s’appelle Palaiodara une demeure fortifiée, enfin, est placée à mi-pente sur une hauteur tout à fait à l’est, de l’autre côté du torrent qui descend du mont Chelmos, c’est le kastro de Dourlada (3). Nous n’insisterons pas sur ces ruines ; des tours entou¬ rées d’un enclos, situées comme les deux dernières sur des collines basses aux abords de la plaine cultivée, sont sans doute des demeures fortifiées d’une époque postérieure au xive siècle, probablement turque ; de toute façon ces vestiges informes et anonymes ne peuvent rien apporter par eux-mêmes à l’archéologue ni à l’historien. Au sud, la vallée de la rivière de Vytina, qu’on peut identifier avec le Mylaôn antique, est, elle aussi, très riche en ruines médiévales, dont la date et l’histoire restent également indéterminées (4). Sur la rive droite, tout près de la rivière, sur laquelle elle tombe en pente raide, une colline ronde à situer sur la carte près de : ; (1) Ces ruines n’ont pas encore été signalées, à ma connaissance. (2) Il existe sur ces villages et leur rôle aux xvne et xvnie siècles, en particulier sur Dèmètsana — qui figure sur la plupart des cartes anciennes — , une bibliographie abondante, qu’il n’y a pas lieu de rappeler ici, puisque, même si l’on peut avec grande vraisemblance estimer qu’ils existaient à l’époque franque, ils ne sont pas mentionnés dans les textes et ne conservent pas de vestiges qu’on puisse attribuer avec certitude aux ’, xme, xive ou xve siècles. Sur Sopoto, v. V. Gh. Charalampopoulos, Mélanges Sotèriou, pp. 303-315. (3) La carte française les indique toutes trois sans donner de nom pour les deux premières. Le nom de Turlada se trouve dans les listes d’ALBERGHETTi, p. 122. (4) La région a été étudiée en particulier par M. Rangavès, Excursion d'Athènes en Arcadie, pp. 3S1 et suiv., — P. Papazapheiropoulos, , Athées 1883, — . Meyer, Pel. Wander., chap. 5 et 4 ; ce dernier en particulier a relevé avec soin les restes médiévaux.
404 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Kaminitsa, porte des vestiges assez importants (pi. 88, 2) c’est une enceinte de 60 mètres environ du nord au sud, sur 35 d’est en ouest ; l’angle nord-est est occupé par un bâtiment de 40 mètres sur 15 on y voit encore une salle au sous-sol voûté ; la porte était peut-être au sud-ouest où subsiste le départ d’un arc ; la maçonnerie est faite de petites pierres avec beaucoup de fragments de briques (1). Vers le sud la vallée est dominée à l’est par une haute montagne couverte de forêts de sapins et appelée Angelokastro ; il y reste aujourd’hui peu de choses, mais Leake y a vu une citerne et des chambres souterraines voûtées (2) ; beaucoup plus élevé que tous les châteaux ou tours précédents, celui-ci peut dater d’une époque plus ancienne ; et E. Meyer s’est demandé avec quelque vraisemblance si ce ne serait pas le château de Bezeniko, village situé un peu plus loin à l’est, qui est cité au xve siècle dans les listes de 1463 et de 1467, sous les formes Bocenico et Posenichi et par Chalcocondyle (3). Meyer cite en outre un peu au sud, entre Angelokastro et Granitsa, une source appelée Brosiniko ou Prosinikos (4) ; ces formes nous rappellent un nom cité au xive siècle, celui du village de Posernikon donné par le prince Robert en 1359 à Marie de Bourbon pour son fils Hugues de Galilée (5) ; il ne peut être question d’assimiler ce village au lieu-dit près de Granitsa, puisque, à cette date, la région n’appartenait plus à la princi¬ pauté ; on ne peut donc situer les terres cédées par le prince à son beau-fils, mais ce rapprochement montre que le nom ne doit pas en être sensiblement déformé par les documents qui le font connaître. Sur la rive gauche, à mi-chemin entre Vytina et Valtesiniko, un sommet de 1.448 mètres d’altitude appelé Argyrokastro domine exactement le village de Magouliana situé sur un replat au sud-ouest, et auquel on a aujourd’hui donné officiellement le nom du château ; c’est la forteresse la plus importante de tout le canton. Si elle n’est pas citée au xme et au xive siècle, elle apparaît au xve siècle au cours des guerres entre les Vénitiens et les Turcs (6). C’est le seul de tous les noms de cette région qui figure sur une carte ancienne, celle de Battista Agnese ; enfin il a fait partie à une : : , (1) E. Meyer, Pel. Wander., p. 39, en donne une bonne description et deux photographies pl. xii. Il signale en outre une maison, dite Palaiopyrgos, près d’une source dans la plaine même de Dara au nord, deux tours sur la rive gauche, l’une près de Kaminitsa, l’autre ronde, dans la petite vallée du ruisseau des Kalyvia de Lasta. Nous ne pensons pas qu’il s’agisse de restes francs. La première construction est en tout cas certaine¬ ment un « pyrgos » ou maison fortifiée turque. (2) Leake, Travels, II, p. 274 ; cf. Gell, Itinerary, p. 128, — E. Rangavès, op. cil., pp. 389-390, — Puillon-Boblaye, Recherches, p. 151. située à (3) V. Appendice A III, infra, pp. 693-694. Chalcocondyle, IX, 1, CSHB, p. 488 : , peu de distance de la plaine de Mantinée, ce qui correspond à la situation de Bezeniko, dans un défilé qui fait communiquer le bassin de l’antique Orchomène avec la vallée de Vytina ; Rangavès, Excursion d'Athènes en Arcadie, p. 390 et pl. X, fig. 2. Cf. E. Meyer, Pel. Wander., p. 33. Alberghetti, p. 119, le cite dans le territoire de Tripolitsa : Bessenico. Le nom d’Angelokastro se trouve dans les listes anciennes, mais aucun ne semble correspondre pour la situation à celui dont il est question ici. (4) Ce serait la source antique Nymphasia, dont le nom est devenu officiellement celui de Granitsa. Cf. Papazapheiropoulos, op. cil., p. 59, — E. Meyer, ibid., — Zakythènos, Le despotat grec, I, p. 258, n’a pas tenté d’identifier Pazenikè. (5) Du Cange, éd. Buchon, I, p. 285, n° 2778. II, pp. 26-26, — Huillard-Bréholles, Titres de la Maison de Bourbon, (6) D’après la liste de 1463 : Argiro Castro vel Androcastro, placée à côté de Dimizana, et d’après celle de 1467 : Arziro Castro, Appendice A 111, b-c, infra , pp. 693-694, elle appartenait alors aux Vénitiens ; mais elle ne figure plus dans celle qui énumère les places tenues par eux en 1471.
LA 405 SKORTA certaine époque du titre de Tévêque de Dèmètsana (1). Aussi a-t-il été déjà signalé par les voyageurs (2). Aucun des versants n'est inaccessible sauf dans la partie supérieure au sud ; mais l’isolement et l’altitude assurent une vue très étendue dans diverses directions, en particulier sur la vallée de la rivière de Vytina et vers Angelokastro, vers Valtesiniko, enfin au sud-ouest sur le bassin où se forme le Gortynios ou rivière de Dèmètsana. Le haut est aplani en une plate-forme d’environ 15 mètres sur 80 ; il n’y pas de traces de murs, seulement une tour isolée, et au sud une petite église moderne de Saint-Georges. Une seconde enceinte se développait à l’est et au nord-est, dont il reste quelques fragments de murs et une tour ronde à l’angle nord-est (pl. 88, 3 a-b). Nous ne croyons pas que le caractère grec du nom soit un argument suffisant pour dater ce château d’avant 1204 (3). Ce nom est associé dans certains documents à celui du monastère voisin de Kernitsa, situé à l’est, sur un rocher qui surplombe la rivière de Vytina ; la fondation en remonterait au début du xne siècle ; un village existait tout autour, dont il reste des vestiges et une église de Saint-Nicolas restaurée en 1567 (4) ; au xvme siècle il appartient à l’évêque de Dèmètsana et Argyrokastro le sceau et les actes l’appellent couvent de la Dormition de la Vierge de Kernitsa, ou d’ Argyrokastro et ajoutent le nom ou (4) qu’on a expliqué comme une transcription de celui d’Hugues de Brienne, qui devint seigneur de la moitié de Kary taina par son mariage avec la veuve de Geoffroy de Briel et aurait alors restauré ce monastère auquel son nom serait resté. Cette hypothèse se heurte à deux objections, c’est que Kernitsa est assez loin de Karytaina, et surtout que la transcription habituelle soit le nom de terre d’un seigneur franc, en grec est ; il est possible que car il ne semble pas grec, mais ce serait celui d’un personnage inconnu (5). L’origine exacte du château d’Argyrokastro, sa date et son rôle nous échappent donc. Pour être complet, il faut signaler encore la présence de diverses fortifications dans les montagnes de la bordure orientale de cette région, jalonnant pour ainsi dire la route importante de Tripolis à Vytina (6) deux collines ont été fortifiées, l’une ; : ’ cf. N. A. Bees, BZ , XV, 1906, p. 475. Les listes (1) L’évêque est dit d’Alberghetti, p. 128, donnent Hargularia , dans le territoire de Karytaina, mais pas Argyrokastro. (2) Cf. Leake, Travels, II, p. 274 ; — Puillon-Boblaye, Recherches, p. 151, — Gell, Itinerary, p. 126, — Philippson, Peloponnes, p. 92, — en dernier lieu E. Meyer, Pel. Wander., pp. 41-43 et pl. xiii b. XIV, 1863-1864, p. 586. Il semble que si la forte¬ (3) C’est l’opinion de Papazapheiropoulos, , resse était très ancienne, elle aurait plutôt le nom du village de Magouliana. XIV, 1863-1864, (4) Sur le couvent, les ruines et ces documents voir Papazapheiropoulos, () ’ pp. 588-589, et , p. 99 : onlit sur le sceau : . Cf. . A. Bees, Oriens christianus, IV, 1915, ; — sur des actes : ... 2e partie, pp. 270-271 ; — E. Meyer, Pel. Wander, pp. 34-35, 4142, et en dernier lieu N. K. Moutsopoulos, ... , pp. 122-125. Il ne faut pas confondre ce Kernitsa avec un autre, situé près de la côte nord du Péloponèse au sud-est de Vostitsa et dont nous parlerons en étudiant cette région. Le nom est d’origine slave : Bees, p. 275, — E. Meyer, op. cil., p. 35 ; il n’est pas mentionné par M. Vasmer, bien qu’il existe trois Kernitsa dans le Péloponèse, en Achaïe, en Arcadie et en Messénie. (5) Ces objections ont déjà été formulées par E. Meyer qui attache cependant trop d’importance, à notre avis, à la situation ; la dispersion des fiefs que nous connaissons pour la baronnie d’Akova révèle que les considérations géographiques ne président pas nécessairement à la constitution d’une baronnie. (6) La carte française indique un chemin qui part de Tripoli directement vers l’ouest vers Chrysovitsi. Aujourd’hui la route principale passe par Piana et Alonistaina vers Vytina, d’où elle gagne Magouliana puis Dèmètsana ou Langadia. Une autre contourne le mont Mainalon par le nord ; commode pour les automobiles, elle ne semble pas avoir eu d’importance au moyen âge.
406 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES tout près et l’autre un peu plus loin au nord-est du village de Sylimna (1), puis le palaio kastro de Davia ou Daviè, situé en face du village de ce nom, de l’autre côté du ruisseau, enfin celui de Piana (2). Les ruines près de Davia sont les plus souvent signalées parce qu’elles sont en partie antiques (3) ; et c’est aussi le seul site mentionné au moyen âge, mais seulement au xve siècle au moment des guerres entre Centurione Zaccaria, Grecs et Turcs (4). Cette énumération est instructive : mais nous n’y avons rien rencontré qui puisse être ajouté à ce que nous savons de la région pour l’époque de la domination franque. Parmi ces forteresses quelques-unes ont pu être construites par de petits seigneurs francs sur leurs terres mais la plupart, à notre avis, doivent dater du xive ou de cette première moitié du xve siècle où la vie de la Morée a été si troublée et où les seigneurs grecs se rendaient volontiers plus ou moins indépendants de l’autorité du despote de Mistra. Aussi nous en tenons-nous aux conclusions que nous avons déjà formulées sur le caractère général de cette région montagneuse et compliquée. Les Francs avaient dû s’y établir fortement, y avaient occupé de nombreuses terres, et cependant dans les ruines, comme dans la toponymie, leurs traces sont presque effacées aujourd’hui. A travers toute la Skorta, les deux seuls châteaux qui aient laissé des ruines appré¬ ; ciables sont ceux des seigneurs de Rosières et de Briel, barons d’Akova et de Karytaina. (1) La carte française qui écrit Silimna n’a pas indiqué la première qui est appelée Palaiokastro de Sylimna, mais la seconde plus élevée (PK) qu’on appelle Palaio-Sylimna, où se trouvent les ruines de tout un village ; cf. W. Loring, JHS, XV, 1895, p. 76. (2) Seul le dernier est marqué sur la carte française ; il est cité aussi par Ross, et par Bursian, Géogra¬ phie, I, p. 228. (3) Leake, Travels, II, p. 52, — Ross, Reisen, p. 117, — Curtius, Peloponnesos, I, p. 315, — Bursian, Géographie, II, p. 228, — W. Loring, JHS, XV, 1895, p. 76. On hésite à identifier ce site avec Dipaia ou avec Mainalos ; c’est cette dernière identification qu’adopte E. Meyer, s. v. Mainalos, RE, XVI, 1928, col. 577. (4) Cf. supra, pp. 286, 290. On peut, du moins, admettre que c’est cette bourgade que les textes désignent pillée par Centurione en 1418, Chroniques brèves, n° 27, éd. Lampros-Amantos, p. 47, et sous le nom de où en 1423 les Turcs de Turakhan massacrèrent un grand nombre d’Albanais au service du despote : Chroniques brèves, nos 19 et 27, éd. Lampros-Amantos, pp. 36, 47, — Chalcocondyle, V, CSHB, p. 238, — Sphrantzès, Chron. min., PG, CLVI, col. 1030. Sur l’histoire de la ville, v. Sp. Lampros, Tavia, eine verkannie mittelgriechi , pp. 90-92, 190-192. sche Stadt, BZ, VII, 1898. pp. 309-315, — N. K. Alexopoulos, Le nom de Davia, qui se prononce avec un d et non avec le son habituel du grec, se trouve sous la forme dans un manuscrit du xvme siècle, au couvent, voisin, d’Epano-Chrepa.
CHAPITRE LA IV MESSÉNIE (Planches 4, 89-107) Pour distinguer la Messénie de la Skorta, de la Morée et de la Glisière, le moyen âge s’est servi simplement du nom d’une des villes importantes, Kalamata (1). Plus tard, les Vénitiens la considèrent comme une partie d’une des quatre provinces, celle de Belveder qui comprend la moitié méridionale de l’Élide et toute la Messénie. Sous la domination franque, on précise parfois : la châtellenie de Kalamata ; une grande partie de cette région, d’abord fief de Geoffroy de Villehardouin, concédé au moment de la conquête, a fait, à partir de 1210 et le plus souvent depuis lors, partie du domaine du prince. Mais la châtellenie de Kalamata au sens exact du terme a une extension beaucoup plus réduite que le nom seul de Kalamata, qui, d’après un document comme la liste des fiefs de 1377, désigne vraiment toute la province, y compris les parties inféodées par les princes. Le territoire de la principauté ne comprenait pas toute l’extrémité méridionale de la presqu’île de Messénie où Venise possédait les deux ports de Modon et de Coron ; elle s’en était fait reconnaître la possession par le traité de Sapientsa en 1209 et les défendit avec un soin jaloux contre tous les empiétements ou toutes les attaques, s’efforçant même à partir de la fin du xive siècle, d’acquérir quelques positions voi¬ sines ; ces deux points étaient essentiels pour elle et la prudence lui conseillait d’en assurer plus solidement la défense dans l’anarchie et l’insécurité grandissantes. Baignée au sud et à l’ouest par la mer, la province de Kalamata était limitée au nord par la Skorta sans atteindre les frontières de l’antique Messénie qu’on fixe à l’embouchure de la Néda et à la ligne des sommets entre les vallées de la Néda et du Kyparisséis ; de ce côté, en effet, la Skorta, pays de montagne, comprenait encore toute la partie de relief assez élevé avec les châteaux de Sidérokastro et de Dimandra. Vers l’est, les (1) Cf. la table des fiefs de 1377, Appendice A I, infra , p. 690, — le testament d’Ange Acciajuoli, 1391, Buchon, Nouv. rech., Il, pp. 212-214, — instructions du Sénat de Venise en 1422, Sathas, Doc. itiéd., I, p. 117.
408 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES plaines de Messénie sont dominées par la chaîne du Taygète et ses contreforts sans doute, là aussi c'est la montagne qui constitue la limite ; mais seule l’étude de détail permet de déterminer les points que le moyen âge considérait comme appartenant à la région de Kalamata, ou au contraire aux régions voisines, celles du Magne et des Slaves du Taygète (1). Cette région a été une des premières occupées par les Francs, après la première tentative faite dès 1204 par Geoffroy de Villehardouin. Elle ne leur a jamais été contes¬ tée pendant toute la durée de la principauté ; dans la dernière période, elle devint même le point où les chevaliers de l’Hôpital un moment, puis les Navarrais furent le plus solidement établis. C’est là encore que se situe la dernière des baronnies connues, celle d’Arkadia qui resta entre les mains du dernier prince, Centurione II Zaccaria, jusqu’à sa mort en 1432. Ces faits expliquent que les textes aient conservé un grand nombre de noms de lieux, ceux des villes ou forteresses comme Kalamata, Arkadia, Port-de-Jonc, Androusa, et de petits villages ou fortins que nous nous efforcerons : d’identifier en second lieu. Grandes villes ou forteresses — Si nous laissons de côté Coron et Modon, villes vénitiennes dont nous nous contenterons de délimiter le territoire, les deux sites les plus importants sont ceux de Kalamata et d’Arkadia. Le nom de Kalamata, qui rappelle celui de l’antique Kalamai située plus loin vers le nord, est certainement grec ; il est toujours bien reconnaissable, n’ayant subi que de très faibles déformations. Les conquérants ne le changèrent pas (2). La ville est à quelques kilomètres du bord de la mer, à l’est de la plaine de Messénie près de l’embouchure d’un petit fleuve côtier. Elle ne jouait pas de rôle comme port au moyen : (1) Le seul ouvrage consacré à l’étude Kalamata. topographique de la Messénie dans son ensemble est celui de . N. Valmin, Éludes topographiques sur la Messénie ancienne , Lund 1930, avec une carte ; bien que se rappor¬ tant à l’antiquité, il contient des indications utiles pour nous. Les ouvrages de Ghr. Doukakès, , , Athènes 1905, 2 vol. Athènes 1908, et de Bebonis, n’ont pas apporté d’éléments nouveaux importants. Les indications sur les sites médiévaux sont rares et R. H. Simpson, Prehistoric Habitation in Southwestern dans l’inventaire dressé par W. A. McDonald Peloponnese, AJ A, LXV, 1961, pp. 221-260. (2) Sur l’antique Kalamai et ses rapports avec la ville moderne, v. . N. Valmin, Messénie , pp. 51-55. parfois avec deux ou deux ; il ne semble pas Les formes grecques médiévales sont ou que la seconde soit autre chose qu’une déformation phonétique, et qu’elle doive s’expliquer, par exemple, par le nom d’une Vierge Kalomata, comme on l’a voulu, cf. P. Kalonaros, éd. Chron. gr., p. 73, n. adv. 1711 ; le nom, il est vrai, prête à l’interprétation : en grec on peut l’expliquer par parétymologie comme signifiant «bons yeux» : c’est ce que fait Ewliya Celebi, VIII, p. 334, qui donne la forme grecque : Kalamatia , traduite le « bon œil et le nom turc : Kalamatia. En français, on écrit : Calamate, Calemate, Glamate ou Galemathe, et exceptionnellement Ghalemate (Villehardouin, § 330) ; en latin, italien et aragonais : Galamata. Sur les portulans italiens ou catalans se lisent des formes peu différentes : Calamitat Callamata, Calamota, Chalamato , cf. Kretschmer, Die italienische Poriolane , p. 635 A. Le nom interprété « bons yeux » n’a jamais été traduit en français, ce qui montre qu’il n’est pas courant. — Deux mandements de Jean Fernandez de Heredia du 24 avril 1378, donnent les noms Arondica ou Abondix , Archives de Malte, div. I, 16 n° 56 et vol. 48 f. 168 b ; Delaville le Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes , p. 202 n. 1, voit dans ces noms une traduction latine du nom de Kamalata, parce que kalamos en grec signifie roseau, soit en latin arundo ; il est possible que Heredia ait en effet séjourné à Kalamata à cette date, mais Abondix se laisserait plus facilement rapprocher de la Bondice, c est-à-dire Vonitsa, sur la côte nord du golfe de Patras, où le grand-maître peut tout aussi bien avoir résidé. La ville moderne avait reçu naguère le nom officiel de Kalamai : le nom traditionnel de Kalamata lui a été rendu depuis peu. »
LA MESSÉNIE 409 âge, car la côte est plate, sans abri ; la ville, au pied des montagnes qui la dominent à Test, était la métropole de la plaine dont la fertilité fut appréciée par les Francs dès leur arrivée (1). Elle fut certainement donnée à Geoffroy de Villehardouin par Guillaume de Champlitte dès la conquête, avec Arkadia. Toute cette région constitua la terre préférée, le patrimoine d'élection des princes qui l'attribuaient volon¬ tiers comme fief à leur héritier présomptif ou comme douaire à leur veuve. C’est à Kalamata que la princesse Élisabeth mit au monde son second fils et que celui-ci vint mourir. C'est cette terre que Guillaume de Villehardouin reçut comme fief du vivant de son frère aîné (2) ; et il en avait été probablement de même pour Geoffroy II lorsqu'il n'était qu'héritier présomptif. Mais, comme en Élide, les princes inféodèrent des parties assez étendues de ce territoire, en particulier Guillaume II, afin de pourvoir de de terres des seigneurs dépossédés en 1262 ou des réfugiés de Constantinople après la prise de la capitale par Michel Paléologue : c'est le cas d'Arkadia. Le reste constituait une châtellenie avec pour forteresse principale le château de Kalamata qui, en mauvais état en 1205, avait dû être réparé. A la mort du prince Guillaume, la châtellenie resta à sa veuve comme douaire ; mais lorsque celle-ci se fut remariée avec Nicolas II de Saint-Omer, le roi Charles Ier, suzerain de la principauté, soucieux de ne pas voir une châtellenie aussi importante tomber entre les mains d'un vassal, fit accepter à la princesse un échange ; Kalamata fit retour au domaine en 1282 et, en compensation, Agnès reçut des terres en Messénie, les villages de Mantichorion, Platanos et Glyky, lesquels avaient appartenu à Léonard de Veroli, mort peu aupara¬ vant sans enfant. Un seul événement mérite d'être rappelé, c'est la prise du château de Kalamata, en 1293 ou 1295, par des Slaves du village voisin de Giannitsa, qui, placé sur les flancs de la montagne à l'est, domine la ville à quelques kilomètres (3) ; l'épisode est instructif, il montre que dès ce moment le territoire de la principauté n'allait pas au-delà des limites de la plaine, et, d'autre part, que le château était loin d’être une forteresse imprenable, à l'abri d'un hardi coup de main. En 1298, Kalamata fut donnée en dot à la jeune princesse Mahaut, au moment où elle fut fiancée à Guy II de la Roche ; elle lui fut laissée en 1318 quand Mahaut dut abandonner la principauté, mais elle revint au domaine quand la princesse fut déclarée déchue de tous ses droits. Le prince Robert en fit don en 1357 à sa femme Marie de Bourbon, qui la garda en douaire après la mort de son mari, en 1364 ; la châtellenie comprenait alors, outre Kalamata, Port-de-Jonc et Le Magne (4). Marie de Bourbon la garda même après que son beau-fils Hugues de Lusignan eut renoncé en 1370 à la principauté. Ces biens durent être occupés par les Navarrais à leur arrivée, mais le neveu de Marie de Bourbon, Louis II de Clermont, duc de Bourbon, devait les consi (1) Chron. gr., vv. 1739-1741 ' : , , , , . Innocent IV adresse une lettre nobili viro W. domino Calamate, germano nobilis viri principis Achctie, Registres d'innocent IV, éd. E. Berger, I, p. 275, n° 1842. (2) Le 6 mai 1246, (3) L. de la conq., §§ 693-743. (4) Table des fiefs de 1377, cf. sur lequel nous revenons plus bas. infra, p. 690. D’autres noms sont cités dans le rapport de Nicolas de Boiano
410 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES dérer comme siens et en effet, en 1377, à la mort de sa tante, il envoya en Morée Jean de Châteaumorand qui entra en rapport en particulier avec le seigneur de la baronnie voisine d’Arkadia. Au xive et au xve siècle, Kalamata ne joue plus le même rôle qu’auparavant ; d’autres sites se sont développés alors en Messénie, la résidence de Nèsi, la forteresse d’Androusa. Elle reste cependant aux mains des Latins jusqu’à la fin de la principauté ; les circonstances de sa prise par les Grecs ne sont pas connues elle est citée après Androusa en 1428 (1). Sur sa population, la seule indication est celle que donne la table des fiefs de 1391 elle compte alors trois cents feux, ce qui la classe au même rang que Clarence parmi les plus grosses agglomérations. Les textes ne font connaître aucun monument civil ou religieux de la ville. Elle est restée, depuis le moyen âge, une agglomération importante que signalent les voyageurs, les géographes et les cartes : des églises, quelques portails de maisons révèlent sa prospérité aux xvne et xvme siècles, comme d’autres églises montrent son activité à l’époque byzantine (2) ; mais, à notre connais¬ sance, on ne peut rien voir aujourd’hui dans la ville qui rappelle sûrement l’époque franque, si ce n’est les ruines du château (pl. 89-93 et 97, 1) (3). : : Nèsi. Androusa. — A 10 km. l’ouest de Kalamata à se trouve la grosse bourgade dont le nom traditionnel de Nèsi a été remplacé aujourd’hui par celui de Messène que rien ne justifie en ce point. Bien que cette vaste agglomération largement étalée sur une terrasse qui domine de peu le reste de la plaine ne garde aucun vestiges du moyen âge, que l’on n’y voie pas d’éminence qui ait pu porter un château, c’est certainement là qu’il faut situer le « chastel de l’Ille » ou de « Isle », simple traduction du nom grec, qui faisait partie de l’évêché de Coron. Il est mentionné par le Livre de la conquête seul à la fin du xme siècle : c’est là que se rend le prince au moment où le château de Kalamata fut occupé par les Slaves de Giannitsa, et qu’il réside pour diriger le siège (4). C’était aussi la résidence favorite de la princesse Isabelle (5). Il est curieux de constater que le nom ne se retrouve ni dans les diverses listes de fiefs ou de châteaux des xive et xve siècles, ni dans les nombreux documents vénitiens contemporains. Mais il est parmi les lieux donnés à Constantin Paléologue en 1428 ; il est cité par Niger, Ewliya-Celebi, Mélétios, Alberghetti ; les cartes de Bouttats et de Meursius portent un Calonisi à assimiler avec l’Ille (6). N’y avait-il là à l’origine qu’une simple (1) Sphrantzès, II, 2, CSHB, p. 133. (2) Sur les églises, v. notre étude Églises byzantines de Kalamata, Actes du VIQ Congrès d' Études byzantines, Paris 1947, II (1949), pp. 35-50. international (3) Il est inutile d’énumérer les cartes et les auteurs qui mentionnent Kalamata, depuis le xvie siècle. Les églises et les maisons que Buchon, Grèce et Morée, pp. 442-444, a considérées comme datant de l’époque franque sont en réalité bien postérieures, construites sous l’influence italienne ; en particulier l’église qu’il c’est-à-ditre Saint-Jean, et n’a rien de commun avec la appelle Sainte-Anne est probablement ', VI, 1901, p. 375. princesse Anne ou Agnès, cf. N. A. Bees, , (4) L. de la conq ., §§ 698 : «c’est au chastel de Pille, qui est de l’évêque de Coron », — 705, 734, 740. (5) L. de la conq., § 828 : après la mort du prince Florent, elle « vint demorer en la chastellenie de Calamate ou chastel de l’Ille ou elle demeuroit plus voulentiers que en nul autre lieu ». (6) Sphrantzès, ibid.; — D. M. Niger, p. 328 : urbem Nisim ; — Ewliya-Celebi, VIII, p. 335 : Nisi, XX, 1926, p. 35 ; — Mélétios, Géographie, village prospère ; — recensement vénitien de 1690 : Nizi, .., p. 372 b, cite seulement la Pirnatsa ou « fleuve de Nisi ; — Alberghetti, p. 127 : Nixi dans le territoire d’Androusa ; — B. Brue, Journal, pp. 41-51 Nissi ; — C. Dioikètès, § 108, éd. Iorga, p. 188, qui y signale » :
LA MESSÉNIE 411 résidence princière qui s'est développée comme ville plus tard seulement ? C'est sa situation, légèrement au-dessus de la plaine marécageuse dont elle se distingue nettement, qui doit être à l'origine de ce nom d’Ile ; il est impossible de savoir si la forme originale est le mot grec ou le mot français (1). Androusa, simple village aujourd’hui, à huit kilomètres au nord-ouest de Nèsi, en bordure de la plaine, a certainement été plus importante au moyen âge qu'elle ne l’est aujourd’hui. S’il faut en croire le Libro de los fechos un château y aurait été construit par le prince Guillaume vers le milieu du siècle, en même temps que celui de « Loriot », qui reste inconnu par ailleurs (2). Le Livre de la conquête la cite pour la première fois à l’occasion de deux épisodes des années 1292-1293, puis à propos de la révolte de la Skorta en 1304 (3) dans les trois cas, elle apparaît comme la résidence du capitaine de la châtellenie de Kalamata ; la chronique aragonaise donne même à Georges Ghisi le titre de capitaine non de la châtellenie de Kalamata, mais d’Androusa (4), ce qui est probablement inexact mais symptomatique. Le fait est confirmé par les Assises de Romanie (5) le prince a « un capitaine pour faire justice » à Androusa comme à Clarence. Au xive et au xve siècle, l’importance de la ville et de son château grandit à mesure que la Messénie devient le centre réel de la principauté ; elle figure dans la liste des fiefs de 1391 — elle est alors tenue par le vicaire, aussi peuplée que Kalamata avec trois cents feux — et dans celle de 1463. Au temps des Navarrais, en 1382, y est conclu le traité de bon voisinage entre la Compagnie et Venise ; c’est là que se réunit l’assemblée de barons, seigneurs liges et chevaliers en 1387 et en 1391 (6). Androusa fit donc toujours partie du domaine et vit son rôle croître progressivement. Mais en 1417 le despote de Mistra Théodore II et son frère Jean l’obligèrent à capituler. On peut se demander si le prince Centurione rentra jamais en possession de cette place qui fit partie en 1428 de l’apanage de Constantin Paléologue (7). Androusa est à l’époque vénitienne le chef-lieu d’un territoire près de trois fois plus important que celui de Kalamata (8) ; mais elle n’a plus le rôle d’une forteresse et est ruinée en 1715 ; à partir de ce moment, elle périclite au bénéfice de Nèsi où son , : : , un palais de pierre pour le provéditeur vénitien. Cf. Pouqueville, Voyage, VI, pp. 42, 45 : Nèsi a dû se développer alors, car il sert de résidence à l’évêque d’Androusa ; — Buchon, Grèce et Morée, p. 451, affirme que l’église en est byzantine et du xne siècle ; nous n’y avons vu aucune église ancienne. La ville a joué un rôle dans les guerres de la fin du xviie siècle et dans celles de l’Indépendance. Les formes Colonixi et Calonixi sont données par divers portulans anciens, Kretschmer, Die italienische Portolane, p. 635 A, avant d’appa¬ ; raître sur les cartes (1) d’une des xvne Gurtius, installation et xvme siècles. Peloponnesos, p. 163, suppose qu’il s’agit d’un nom antique, mais il n’y a aucune preuve ancienne. (2) L. de los fech., § 216. Nous ne croyons pas devoir attacher une confiance absolue à une de ce genre fournie par ce texte seul, car il en donne d’autres qui sont manifestement inexactes. (3) L. de la conq., §§ 697, 764, 933. (4) L. de los fech., § indication 488. (5) Assises de Romanie, § 117. éd. Recoura, p. 271. (6) L. de Mas-Latrie, BEch, LVIII, 1897, p. 81, — Buchon, Rech. et mat., p. 292, — Hopf, II, p. 48 A. Notes et extraits, I, p. 267 n. 3, — Marino Sanudo, Vite de ’ duchi di Venezia, RIS, XXII, col. 916 ; — Sphrantzès, II, 2, CSHB, p. 133. (8) Dans les listes d’ALBERGHETTi, pp. 126-127, le territoire d’Andrussa comprend 66 villages, alors que Kalamata n’en compte que 24. (7) Iorga,
412 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES évêque réside (1). Androusa garde cependant des ruines notables d’une enceinte fortifiée qui entoure l’extrémité d’une plate-forme s’avançant comme un éperon au-dessus de la plaine (pl. 94-97, 2) ; le village moderne est un peu en contrebas à l’ouest et moins en vue ; sur une autre croupe, de l’autre côté d’un petit ravin au nord, une chapelle de Saint-Georges (pl. 97, 2 a-b) présente une porte en arc brisé (2). Androusa, dont le nom est toujours très voisin de cette forme en grec et en italien depuis le xve siècle, et s’écrit aujourd’hui , est appelée Druges par la Chronique de Morée au moyen âge, transcrit en latin terra Drusi Drussii Drusie , Druxie ou Drisie (3). Bien que le nom grec ne soit attesté que postérieurement au français, il est plus normal de penser que ce dernier est formé sur le premier, par dispa¬ rition de la première syllabe non accentuée ; on comprendrait mal comment cet élément aurait pu être ajouté à la forme simple Druges. Le village devait donc exister quand les Francs y construisirent le château qui semble avoir servi de résidence normale au capitaine de la châtellenie de Kalamata, au moins à partir de la fin du xme siècle, quand déjà toutes les montagnes qui dominaient les plaines messéniennes , à l’est et au nord étaient sous le contrôle , des Grecs. Arkadiâ. — Sur la côte occidentale, Arkadia est l’antique Kyparissia qui a reçu médiéval sans doute de réfugiés chassés de l’intérieur du Péloponèse par les nom son invasions slaves (4) et a retrouvé aujourd’hui son nom ancien,. Comme celui de Kalamata, le nom a été peu déformé par les textes au moyen âge (5) et il n’y a aucune hésitation pour son identification, le site ayant toujours été connu ; placé bien en (1) B. Brue, Journal , p. 40, — G. Dioikètès, §§ 107, 108, éd. Iorga, p. 188 ; — sur le siège de l’évêque cf. Pouqueville, Voyage, VI, pp. 45-46. Nous laissons de côté la question — qui n’intéresse pas directement l’étude de la Morée franque — de la création de l’évêché grec d’Androusa : rappelons seulement que le document qui le cite dès 1293 comme suffragant du métropolite de Monemvasie, Miklosich et Müller, Acta, V, p. 159, est un faux fabriqué au xvie siècle par Makarios de Monemvasie. (2) Chose curieuse, Buchon n’a pas visité Androusa sur la route de l’Ithôme à Nèsi, et Pouqueville, Voyage, VI, pp. 53-55, qui le décrit, n’y a pas vu de ruines de fortification ! La ville est citée par Ewliya-Celebi, VIII, p. 334, mais non par Dapper ni par Goronelli ; les cartes donnent des formes fantaisistes placées un peu au hasard : De Fer et Bouttats donnent en des lieux différents Ardusa et Ondrusa ou Ondraza, Blaeu seulement Ondruza. Mais Leake, Travels , I, pp. 365-366, la présente comme un village de 250 à 300 familles turques et quelques familles grecques, en décadence avec son aqueduc ruiné (visible aujourd’hui encore), son minaret détruit. Gf. Curtius, Peloponnesos, pp. 164, 194 n. 39, Philippson, Peloponnes , p. 345. (3) La version grecque de la Chronique ne la mentionne pas ; Druges est la forme française employée aussi par le L. de los fechos , § 216, mais, § 488, il préfère Dorosa. Gf. Assises de Romanie, § 177 : Druxe , avec variante Adruxa. Les formes latines sont celles des actes cités de 1382 et 1391 et des documents vénitiens, Sathas, Doc. inéd., I, pp. 154-155, II, pp. 26, 30, 31, etc.. Dans un compte de recettes de Nicolas Acciaiuoli que nous utiliserons plus bas, Sp. Lampros, ’, p. 101, on lit Adnisa e Chalamata qu’il faut interpréter sans doute comme une erreur pour Adrusa. Le nom doit être d’origine grecque ; il n’a jamais été classé parmi les toponymes d’origine slave ou franque. (4) Sur Arkadia byzantine et sur son importance déjà signalée au xne siècle par le géographe Idrisi, voir Pél. byz., pp. 157-158. (5) En grec ; en français l’Arcadie et exceptionnellement l’Artadie dans la liste des fiefs de 1391 ; — en latin, italien et aragonais Arcadia ou Archadia. Le nom n’a pas été déformé par les Turcs, cf. Ewliya-Celebi, VIII, p. 306. Les historiens modernes ont parfois confondu le nom delà ville médiévale avec la région antique de l’Arcadie : la confusion n’est cependant pas possible, les régions intérieures de la Morée n’étant pas désignées ainsi au moyen âge.
LA MESSÉNIE 413 vue sur la côte occidentale, il est même mentionné par les portulans, cartes, voyageurs et historiens de façon plus régulière et plus fréquente que Kalamata (1). La Chronique de Morée en donne en quelques mots une description exacte : il n'y a pas de port, la côte formant des anses largement ouvertes aux vents d’ouest et de nord-ouest ; la forteresse, où subsistent des restes d’une tour antique, est perchée sur un rocher élevé qui se détache en avant du versant du mont Psychro (pl. 99-102) ; la population vit dans un bourg qui s’étale en amphithéâtre du col à l’est de la citadelle jusque vers le sud-ouest, dominant la plaine fertile et le rivage ; aussi les Francs passèrent-ils d’abord au pied de la forteresse sans l’attaquer, ils ne la prirent qu’après avoir soumis le reste de la Messénie (2). Arkadia fit partie des territoires cédés à titre personnel à Geoffroy de Villehardouin et à ses descendants. Mais elle fut donnée en baronnie à Vilain d’Aulnay par le prince Guillaume après son retour de captivité. Cette baronnie passa successivement dans les familles des Aulnay, des Le Maure et des Zaccaria. Elle fut divisée à la mort de Vilain d’Aulnay vers 1269, entre ses deux fils Erard et Geoffroy (3) le premier, dont le roi Charles Ier utilisa souvent les services, disparut après 1279 ; son frère ne réussit à regrouper les deux moitiés de la baronnie qu’en 1293. Son fils, Vilain II, épousa Hélène, dame de Moraina et de Lisaréa, fille de Geoffroy de Brielle jeune; il succéda à son père après 1297 et eut lui-même deux enfants son fils Érard II mourut avant ; : 1338 sans enfant, mais laissa la moitié de la baronnie en douaire à sa femme Balzana Gozzadini qui, remariée à Pietro dalle Carceri, survécut de peu à son premier mari ; sa fille Agnès épousa en 1324 Étienne Le Maure, seigneur de Saint-Sauveur. Leur fils, Érard III (4), fut aussi baron d’Arkadia, seigneur de Saint-Sauveur et d’Aétos dès 1338 (5) ; il semble avoir reconstitué l’unité de la baronnie et reçut en outre de Jacques de Majorque, en 1345, le titre de maréchal d’Achaïe. Il n’eut qu’un fils, mort jeune, mais plusieurs filles dont l’une hérita de la baronnie en 1388 (6) et la transmit à son mari Andronic Asên Zaccaria. C’est ainsi qu’Arkadia fit partie du patrimoine des Zaccaria de Morée ; dernière baronnie connue de la Morée franque, elle disparut à la mort de Centurione II Zaccaria en 1432. Cependant Étienne Le Maure et Agnès d’Aulnay avaient eu une fille, mariée à Jean Laskaris Kalophéros qui se mit au service du prétendant Amédée de Savoie ; Jean Laskaris avait reçu d’Amédée des titres (1) V. . N. Valmin, Messénie , pp. 126-134. Nous nous contenterons de signaler, à propos de la description des ruines, les auteurs qui ont donné des indications sur les constructions. (2) L. de la conq ., § 110 : « ... en l’Arcadie. Et pour ce que il n’i a point de boin port pour grans vais siaux... » ; — § 115 : « si avint que de present prinrent le bourc, mais le donjon ne porrent il mie prendre de assaut, pour ce que il estoit assis sur une pierre bise, et avoit une bonne tour dessus, de l’ovre des jaians », — 1770-1790 : Cf. Chron. gr., vv. 1679-1689 : à leur premier passage les Francs occupent seulement le , les Francs établissent leur camp dans la plaine et attaquent la forteresse à l’aide de trébuchets placés d’un côté sur la montagne et d’arbalétriers postés de l’autre côté. Cron. di Morea, p. 426. Le L. de los fech.,% 114, ne donne aucun détail. a, fait d’Alix, femme du chancelier Léonard de Veroli, une sœur d’Érard et de Geoffroy ; cette hypothèse est fondée sur le fait que Léonard possédait des terres en Messénie : c’est Alix qui les lui aurait apportées en dot ; mais rien ne la confirme ; on ignore l’origine d’Alix et celle des biens de Léonard, lesquels ont pu lui être donnés directement par le prince Guillaume. (4) L. de la conq.t § 585 ; — Chron. gr., vv. 8459-8474 ; — Cron. di Morea , p. 465 ; — L. de los fech., § 445. (3) Hopf, Chron. gr.-rom., p. 472-xii (5) La réunion de ces fiefs est confirmée par la liste de 1377. (6) La date de la mort d’Ërard est donnée par Hopf, II p. 49 A, qui dit par erreur Érard IL
414 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES nombreux et des terres en Messénie, donations purement théoriques sans doute (1) ; il mourut en 1392. Son fils Érard (IV) Laskaris, disputa à Andronic Asên Zaccaria la succession d’Arkadia à la mort d’Érard III, mais disparut à son tour en 1409 sans laisser d’enfant (2). La baronnie d’Arkadia se trouve être ainsi une de celles dont nous pouvons le mieux suivre l’histoire. Si nous savons que le château était très fort par sa position et ses défenses (3), on n’a aucun détail sur l’aspect de la ville, sur les monuments pendant la période franque, pas plus que sur l’extension de la baronnie. On sait seulement que Vilain II reçut, comme dot de sa femme, Lisaréa qui est située près de Patras et Moréna ou Moraina qu’il n’est pas complètement exclu de chercher au sud d’Arkadia bien que la Chronique le place dans la Skorta. Érard II reçut de même Saint-Sauveur et Aétos dont nous reparlerons. En 1391 enfin, le « seigneur d’Arkadia » tenait également Porcelle (Araklovon), Sidérokastro et La Praye en Skorta (4). Navarin -Port-de-Jonc. — Au sud d’Arkadia et tout près de Modon s’ouvre la rade fameuse de Navarin ; bordée vers l’intérieur par une plaine fertile, elle est séparée de la haute mer par une longue arête rocheuse et inhabitée, l’île de Sphactérie. Au nord, il n’y a qu’une passe étroite et très peu profonde au-delà de laquelle se dresse un rocher placé dans l’alignement de Sphactérie, mais qui se trouve bien isolé entre la passe et une petite anse au nord que sa forme régulière a fait appeler Voïdokoilia (la panse de bœuf), d’autre part entre la mer à l’ouest et les marais d’Osmanaga à l’est. La passe au sud de Sphactérie est beaucoup plus large et plus profonde, malgré la présence de rochers pittoresques qui surgissent de la mer en son milieu c’est la seule utilisable aujourd’hui ; au sud ne s’élève qu’une colline aux formes assez douces occupée par la forteresse vénitienne et turque auprès de laquelle s’étend la ville actuelle de Navarin ou, officiellement, de Pylos. A l’époque où le tonnage des bateaux devint plus fort et où l’artillerie modifia les conditions des fortifications, il était naturel que la forteresse fût située sur la colline qui surveille la grande passe du sud ; c’est le Néokastro (5). Mais le château du moyen âge, qu’on appela dès lors le Vieux-Navarin, était établi sur le rocher élevé dominant la passe du nord, et désert aujourd’hui il y a longtemps qu’il ne sert plus à rien, seules de petites barques pouvant risquer le passage de ce côté ; il est d’accès difficile, isolé par les marécages et les dunes, et privé d’eau potable mais du sommet, la vue est fort belle on peut surveiller toute la côte, de l’île de Protè jusqu’à Sapientsa (PL 103-105, 1). : : ; : (1) Archives de Turin, (2) Cf. supra, p. 276. Acaja , Mazzo III, n° 3 ; cf. Hopf, II, p. 48 B. Voir l’épisode, rappelé ci-dessus, de la prise d’Arkadia tel qu’il est conté par les différentse versions . Chalcocondyle, IX, CSHB, p. 475, l’appelle (4) Hopf, Chron. gr.-rom., p. 471-xii b, suppose que ce seigneur d’Arkadia est Érard IV Lascaris, sans doute parce que la liste de 1391 distingue parmi les seigneuries le « seigneur de l’Arcadie du sire de la Calan drice », ce dernier devant être alors Andronic Asên Zaccaria. Mais aucun document ne permet de dire si Érard IV ou son père ont possédé effectivement des terres en Messénie ou en Skorta et lesquelles. (3) de la Chronique de Morée. » « (5) Le nom est encore porté sur la carte française de 1852. La passe du nord a été obstruée par les Turcs après l’échec de la tentative de don Juan d’Autriche en 1572, dernier épisode militaire dont le château fut l’objet.
LA MESSÉNIE 415 Le site (1), appelé Pylos par les Byzantins (2), apparaît à l’époque franque sous deux noms Port-de-Jonc et Avarinos ou Navarin, mentionnés d’abord dans la Chronique de Morée à la fin du xme siècle (3). La chronique grecque ne le cite qu’une , fois, au génitif mais ce nom se retrouve dans les listes byzantines donnant les noms nouveaux des lieux anciens, comme dans plusieurs manuscrits de Ptolémée (4). De l’expression française Port-de-Jonc ou de-Junch, dont l’origine est évidente étant donné la nature marécageuse du voisinage, sont venues les formes aragonaise Porto Junco, italiennes Zunchio ou Zonchio et latines locum ou luncum par mais aussi Zonclum ou Iunclum (5). La forme grecque, parfois abrégée en aphérèse ou au contraire allongée en (6), s’est répandue et est devenue en italien Navarino en français Navarin, par adjonction de final de l’article grec (7). C’est après le début du xve siècle, quand la principauté n’existe plus, que Navarino : : , , , (1) Sur le site, v. Buchon, Grèce et Morée , pp. 459-462, — Gurtius, Peloponnesos, II, pp. 173-174, 181 182, — Bursian, Géographie , II, pp. 175-178, — Philippson, Peloponnes, pp. 351-355, — Griech. Landsch., HI, pp. 385-390. Une série de planches est donnée par VExp. scient, de Morée : nous reproduisons deux d’entre elles (pl. 103). De nombreuses études ont été faites sur la topographie et sur l’archéologie antique de la région avec des cartes utiles : G. B. Grundy, An Investigation of the Topography of the Region of Sphacteria and Pylos, JHS, XVI, 1896, pp. 1-54, pl. I-III, — R. M. Burrows, Pylos and Sphacteria, ibid., pp. 55-76, pl. VIII, — W. A. Mc Donald, Sphagia-Sphakteria, ., III-IV, 1958-59, pp. 47-83. Les discussions sur l’identification de Navarin avec la Pylos homérique ont pris un intérêt nouveau depuis les trouvailles extraordinaires faites au nord-est de la baie ; v. à partir de 1939 par G. W. Blegen à Ano-Englianos, à environ 6 km. à l’intérieur l’inventaire des vestiges préhistoriques de toute la région dressé par W. A. McDonald et R. Hope Simpson, AJ A, LXV, 1961, pp. 235-244, avec un croquis de situation du site du Vieux Navarin, fig. 10, p. 343. (2) Sphrantzès, I, 43, CSHB, p. 103. Il semble qu’on doive l’identifier avecl 'Irouda d’iDRisi, Géographie, trad. A. Jaubert, in Recueil de voyages, VI, p. 124 ; cf. Pél. byz., p. 157. (3) Seule la version française y fait, au moment de la conquête, une allusion, trop brève pour qu’on puisse en tirer une conclusion quelconque : L. de la conq., § 110 : « Ains alerent tout droit au port de Junch, et puis par Modon. » (4) Hieroclis Synecdemus, éd. Honigmann, Ptolémée, Géographie, III, 14, éd. Müller, p. 549 A. G’est l’erreur d’un copiste qui a fait naître le nom Abarmos comme étant celui de Pylos d’après Ptolémée, leçon admise par Ortelius et encore par Pouqueville, Voyage, VI, p. 70, mais corrigée par Leake, Peloponnesiaca, n’étaient pas dans le texte original de Ptolémée p. 190 ; il est évident que les mots , (ou ) comme l’affirme déjà O. Dapper, Beschryving, 2e partie, p. 13. (5) Ce sont les formes que l’on rencontre généralement dans les documents vénitiens surtout ; mais elles varient sans cesse. Dans les jugements rendus en 1278 sur les actes de piraterie, on lit Portus de Jonzis, Portus Jonzi, Tafel, et Thomas Urkunden , III, pp. 235, 237, — ailleurs Zonclum, et même Zanellum, Sathas, Doc. inéd., I, pp. 20, 60. La Cron. di Morea, p. 426, dit castello del Zocchio. Les cartes et portulans italiens ou catalans montrent la plus grande fantaisie dans les formes données : Conclo, Porto de Joncho, Junco, Zoncho et Zonchio Punta Giongo, Porto Giuncho, cf. Kretschmer, Die italienische Poriolane, p. 635 A. . (6) Le Portulan grec II, éd. A. Delatte, p. 213, l’appelle ou G. Dioikétès, § 110, éd. Iorga, p. 191, dit Anavarini Nea et Palaia, ce qui correspond au turc Anavarin d’EWLIYA-CELEBI, VIII, p. 309. (7) Voyageurs ou cartes accumulent souvent les diverses appellations ; en voici quelques exemples M. Grusius, Turcograecia, pp. 59 : Ioncum seu luncum, intellige portum Navarini, seu Pyli, — p. 322 : Pylus Nestoris, nunc est, Italis Navarinum ; — O. Dapper, Beschryving, pp. 12-13 : en français Junque, en grec Barinos, en italien Zunchio ou Navarino, forme corrompue de Abarinos, en turc Javarin. Les cartes anciennes donnent en général le nom de Zonchio, souvent estropié, et de Navarin ; De Fer distingue le cap Zonchi, le Port Navarin, les agglomérations de Navarin Vecchia, de Navarin-Zonchio, de Zonchi et de Zinichio : cette multiplication du site sur la carte est le résultat de la multiplicité des formes des noms dans les textes. Pour la forme Navarin, il est inutile de supposer qu’elle est due à la contraction de Néo-Avarino, comme on le fait parfois, cf. Buchon, Recherches, I, p. xlii. 28
416 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES remporte dans l'usage sur Zonchio, c'est-à-dire le nom grec sur l'appellation franque. L'origine du nom de Navarin a été discutée l'explication qui le fait dériver du nom et bien antérieure des Navarrais est à rejeter, puisque la forme originale est à l'arrivée de la Compagnie navarraise (1). Comme le nom ne semble pas grec, on peut hésiter entre l’étymologie proposée depuis longtemps, qui fait venir Avarinos du nom des Avares (2), et celle, beaucoup plus probable, qui le rattache au mot slave qui signifie érable (3). De toute façon le nom est antérieur à 1204. Sauf la mention rapide faite par le Livre de la Conquête en 1205, on ne sait rien de Port-de-Jonc jusque vers la fin du siècle. La princesse Agnès, veuve de Guillaume II, s'étant remariée avec Nicolas II de Saint-Omer, celui-ci, dit le Livre de la Conquête, « fist fermer la maison de Maniatecor quant il estoit sires. Et puis ferma le chastel de port de Junch » (4), sans préciser la date de ces travaux qu’on peut donc seulement situer après l’échange du douaire de la princesse contre Maniatochori et Platanos en 1281. La chronique Nicolas II fit construire Maniatochori contre les Vénitiens ; puis grecque précise il fit également fortifier Navarin, dans l'intention d'obtenir du roi d’en faire un fief pour son neveu Nicolas III (5). D'après le Libvo de los fechos c’est Nicolas III qui fit bâtir el castiello de Porto Junco (5) à l'époque du prince Florent, c’est-à-dire : : , entre 1289 et 1297. De ces indications non concordantes, contentons-nous de tirer une conclusion prudente le château qui domine le Port-de-Jonc a été construit entre 1282 et 1289, par Nicolas II de Saint-Omer, peut-être en 1287-1289 alors qu'il était bail, ou moins probablement par son neveu Nicolas III. Mais on ne sait si effectivement ce château fit partie des possessions des Saint-Omer ; même s'il en fut ainsi, il fit retour au domaine avec les autres terres que Nicolas III hérita de son oncle en Messénie, puisque le maréchal mourut sans enfant en 1317. Les autres mentions de la chronique n’ont que peu d’intérêt pour l’histoire de la forteresse (6). Port-de-Jonc joua pourtant un certain rôle dans le conflit qui opposa Marie de Bourbon et son fils Hugues de Lusignan après la mort de l'empereur Robert. Il appartenait à l’impé¬ ratrice (7) et était tenu par un écuyer, Guillaume de Tanlay qui non seulement resta fidèle à Marie, mais réussit à retenir prisonnier dans le château, le bail du prince : (1) Cette étymologie, adoptée au xve siècle par un voyageur, Caumont, Voyage d'Oultremer en Jhérusalem (1418), éd. marquis de la Grange, Paris 1858, pp. 88, 89, qui cite le « Port de Joux » dominé par « Château , d’un document de 1803, Miklosich et Müller, Navarres », qui inspire l’expression Acta, V, p. 227, a été soutenue par Hopf, I, pp. 212 B et n. 32, 321 A, et II, p. 24 A, acceptée par Philippson, I, 1956, Peloponnes, p. 376, — G. B. Grundy, JHS, XVI, 1896, pp. 2-3, et encore par Th. D. Krimpas, ., p. 299 ; — contra G. Meyer, Essay und Studien zur Sprachgeschichte und Volkskunde , Strasbourg 1885, I, p. 136, — J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 632, — Miller, The Latins , p. 165, et Essays on the Latin Orient , p. 107, — Vasmer, Die Slaven , p. 160, n° 1. Die Halbinsel Morea , I, p. 88. (2) Fallmerayer, III-IV, 1958-59, p. 60 et n. 3, (3) M. Vasmer, op. cil., pp. 10 et 160, n° 1, — W. A. Mc Donald, ., qui cite le témoignage de D. Alexopoulos, capitaine de port de Pylos, rapportant qu’il y a des érables sur Sphactérie ; cf. K. Krumbacher, BZ, XIV, 195, p. 675 — Miller, Essays , p. 107. (4) L. de la conq., § 554. (5) Chron. gr., vv. 8093-8096. (6) L. de la conq., §§ 763, 764, 788, 800, à propos du passage de Roger de Loria, — 830, à propos de la construction de Château-Neuf ; — L. de los fech., §§ 487, 501, pour le débarquement de Roger de Loria, — 558, 584, pour l’arrivée de Marguerite puis de Mahaut. (7) V. la table des fiefs de 1377 : Porto de Junco, infra, p. 690.
LA MESSÉNIE 417 Philippe de Tarente, Simon del Poggio (1). C’est surtout dans la dernière période de la principauté que Port-de-Jonc attire l’attention. Dès le début du xve siècle, Venise, en guerre avec Gênes, craignit de voir ses rivaux s’y installer ; la principauté n’avait alors à sa tête qu’une régente. Venise redoutait particulièrement de voir les Génois occuper une position si voisine de Modon et de Coron, qu’elle tenait pour les plus précieuses de ses possessions ; elle envisagea la possibilité d’acquérir elle-même le château. Mais le danger fut écarté parla conclusion de la paix entre les deux républiques en 1403. Venise espéra un moment recevoir Port-de-Jonc du prince Centurione II en 1411 ; mais rien ne fut conclu alors ; il fallut encore plus de douze ans de tracta¬ tions avant que Venise n’entrât définitivement en possession de cette place (2). C’est évidemment la proximité de Modon qui avait poussé la Seigneurie à l’acquérir ; elle ne pouvait admettre qu’elle tombât au pouvoir d’une puissance étrangère, et surtout de sa rivale Gênes ; mais cette acquisition était surtout destinée à prévenir des attaques ou une concurrence. Ce n’était d’ailleurs ni une ville, ni même un village ; il est notable que l’on ne le désigne jamais alors autrement que parles mots de caslrum de locum et parfois de porlus (3) ; il ne figure d’ailleurs pas dans les listes de châteaux et de villages de 1463, 1467 et 1471. Quand, plus tard, on parle de Navarin, on distingue toujours le Nouveau-Navarin de l’Ancien, et c’est le premier qui se développe à l’époque moderne alors que le vieux château du xme siècle est abandonné (4). , Aétos et Voulkano. — Deux noms peuvent encore être immédiatement identifiés : ce sont ceux d’Aétos et de Voulkano. La liste de 1377 nous apprend que le seigneur d’Arkadia tenait alors, outre Arkadia, les châteaux de Saint-Sauveur et de l’Aigle, della Aquila tandis que le grand-sénéchal, c’est-à-dire Nicolas Acciaiuoli, possédait les châteaux de Saint Archange et de Voulkano (5). Aquila est certainement la traduc¬ tion du grec Aétos (6), village situé à 14 km. à vol d’oiseau à l’est d’Arkadia ; la présence à vingt minutes au sud-est du village, d’une petite forteresse en ruines, certainement abandonnée depuis très longtemps, confirme son identification (Pl. 98, 2, et fig. ). Quant à Voulkano, c’est le nom médiéval du mont Ithôme (7) attesté dès la fin du , (1) L. de los fech., § 693-695. (2) Cf. supra , p. 284. (3) La liste des fiefs de 1391 donne le nombre de feux pour tous les lieux qu’elle énumère à l’exception des deux châteaux de Clermont (4) Les Vénitiens, avoir « modernisé » et de « Port Jonc ». tout en appréciant la situation du château de Vieux-Navarin, ne semblent pas en les fortifications entre 1686 et 1715, d’après les rapports des provéditeurs, éd. Lampros, , II, 1885, p. 308, — V, 1896, p. 438, cf. Andrews, Castles of morea, pp. 41-42. (5) In Calamala, del singnior delV Archadia : lo castello della Archadia, — de Sanclo Salvatore, — della Aquila ; del gran senescallo : lo castello de Sancto Archangelo, — de Bulcano, cf. Appendice A I, infra , pp. 690-691. Aquila est également cité dans le traité de 1387 entre Venise et les Navarrais, Mas-Latrie, BECHy LVIII, 1897, p. 92. (6) Le nom grec est probablement comme pour Nèsi-L’Ile, le nom original. Il n’est pas cité par Alberghetti. éparchie de Triphylie. (7) Mélétios, Géographiey p. 372 B, le donne à tort au sommet qui est au sud de l’Ithôme, le mont Eua aujourd’hui Saint-Basile. Le couvent qui porte aussi le nom de Voulkano est situé, il est vrai, plus près de ce sommet ; mais il dépend du couvent plus ancien construit sur l’Ithôme : voir le plan de Messène dans VExp. sc. de Morée, cf. Grèce, Guide bleu, édit. 1962, p. 535. Le site a été souvent décrit : v. Buchon, Grèce et Morée, pp. 447 et suiv., — Curtius, Peloponnesos, II, pp. 137 et suiv., 147. 149, — Philippson, Peloponnes, pp. 345-346. Aujourd’hui ’,
418 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES il est cité parmi les possessions de Nicolas Acciaiuoli dans son testa¬ ment (2). Le nom ne figure, il est vrai, dans aucune des listes de châteaux du xive ou du xve siècle, pas davantage dans les listes des xviie-xvme siècles, où est men¬ tionné seulement le village de Mavromati qui est sur le site de l’antique Messène. Le sommet du mont Ithôme a pu être fortifié au xive siècle, où les forteresses se multiplient en Messénie ; du sommet, haut de 802 mètres, la vue s’étend sur un panorama très vaste et très beau, en particulier sur les plaines messéniennes fermées à l’est par l’imposante chaîne du Taygète, vers le sud sur le golfe de Coron, vers le nord-est sur les pentes où passent les chemins montant vers l’Arcadie, et au-delà sur le bassin de Mégalopolis, enfin vers le nord-ouest, jusqu’au golfe d’Arkadia (3). On y Xe siecle (1), rencontre les bâtiments très modestes d’un couvent élevé à la suite de la découverte d’une icône miraculeuse de la Vierge, dite Voulganiotissa et dont le couvent fondé en 1712, en contrebas à l’est, beaucoup plus important aujourd’hui, est une dépen¬ dance ; mais il n’est pas possible de retrouver de traces des fortifications médiévales. Cette position, qui passait à juste titre dans l’antiquité pour une véritable forteresse naturelle, l’égale de l’Acrocorinthe, n’a pas joué de rôle notable du xme au xve siècle. L’emplacement des deux autres châteaux mentionnés, Saint-Sauveur et Saint Archange, reste difficile à préciser, nous y reviendrons plus bas. Après 1377, Saint-Archange est encore cité dans la liste de 1391 (4) ; il compte cent feux et est tenu par le vicaire Saint-Supéran, comme toutes les anciennes possessions des Acciaiuoli. Il fut pris par les Grecs en 1417 en même temps qu’Androusa. Saint-Sauveur est le fief des Le Maure dont le premier seigneur connu, Nicolas, apparaît à la fin du xme siècle ; son fils Étienne tenait en outre Aétos et, du chef de sa femme, la baronnie d’Arkadie ; il n’existe pas de vestiges de forteresse auxquels ce nom soit resté attaché, mais nous signalerons plus bas le couvent du Sauveur qui se trouve à une quinzaine de kilomètres à vol d’oiseau à l’est d’Arkadia, un peu au sud d’Aétos, dans une situation qui pourrait convenir pour le siège de la seigneurie de Saint-Sauveur. Des sites que nous avons étudiés, plusieurs sont énumérés dans la liste des lieux concédés à Constantin Paléologue en 1428; ce sont Androusa, Kalamata, Nèsi, Aétos, Ithôme et Archangelos (5). , Les plaines de Messénie : Val de Calame et Lakkoi. — Si nous voulons identifier maintenant les toponymes moins connus cités au moyen âge dans la province de Messénie, nous examinerons d’abord ceux qui désignent non des lieux précis mais une certaine étendue du pays. Ill, 1906, p. 161. Cette mention suffît à prouver que le (1) Vie de Saint-Nikon , éd. Lampros, N. ., nom Voulkano ou Vourkano n’est pas d’origine italienne, comme on est tenté de le croire à première vue, comme on l’admet pour ce toponyme à Thèra, par exemple. Cf. R. et H. Kahane, Italienische Ortsnamen , pp. 227-228 n° 5, — D. I. Georgacas, Beiiràge zur Namenforschung , I, 1950, pp. 164-165. D’après R. et H. Kahane le toponyme doit venir d’un nom de personne ; en effet un personnage nommé Bulcano est cité dans un texte du xve siècle, d’ailleurs ignoré de ces auteurs : Saraceno Bulcano figure comme témoin dans un acte du 30 octobre 1406 par lequel Centurione II Zaccaria constitue à Clarence un procurateur, Iorga, Notes et extraits, I, p. 154, cf. Hopf, II, p. 69 B. (2) Buchon, Nouv. rech., II, p. 175 : castrum Bulcani. Il lui appartenait dès avant 1356, car à cette date un ordre du roi enjoignait aux officiers de la principauté de le lui restituer, Buchon, op. cit., I, p. 99. Cf. aussi Sp. Lampros ’, p. 101 : Bulchano e Chalamata. (3) Cf. Curtius, Peloponnesos, II, pp. 148-149. (4) Appendice A II, infra, p. 692 : Archangel. (5) Sphrantzès, II, 2, CSHB, p. 133.
LA MESSÉNIE 419 La partie la plus riche de la Messénie a toujours été la plaine qui s’étend au fond du golfe de Coron ou de Kalamata. En réalité elle est séparée en deux par quelques collines qui forment un seuil entre Skala et Tzéphérémini, à l’est de l’Ithôme au sud c’est la plaine de Kalamata, au nord l’ancien bassin de Stényklaros, entouré par une couronne de montagnes, mais d’où l’on peut passer assez facilement, vers l’ouest, dans la plaine côtière d’Arkadia, et monter au nord-est dans les bassins de l’Arcadie. L’ensemble est arrosé par un riche système de cours d’eau dont le plus important est le Pamisos, qui, dans sa partie supérieure, portait le nom de Balyra ; ces noms ont été remplacés par ceux de Pirnatsa ou Spirnatsa, qui existait déjà au xme siècle (1), et dans la plaine supérieure, de Mavrozouménos (2). Les textes des xme et xive siècles donnent deux noms pour la plaine : le Val de Calame ou Calamy et le Lakkos ou plutôt les Lakkoi. Le premier est employé surtout par le Livre de la Conquête qui ignore le second ; chose rare, la situation en est chaque fois clairement indiquée : la « plaine de Calamays » est traversée en 1264 par Anselin de Toucy et les mercenaires turcs venant du nord-ouest et prenant position au pied de la montée de Makryplagi (3). Quand Sgouromallis vint remettre le château de Kalamata au prince Florent, en 1293, « vint par la contrée de Veligourt, et descendit par le Macri Plagi au val de Calamy, et puis ala par la Lutra, et ala tout droit au chastel de Calamate ». La Lutra doit être Loutro, tout à fait à l’est de la plaine supé¬ rieure (4). Quand il repartit, il retourna à Mistra en deux étapes entre lequelles il passa la nuit au Val de Calamy (5). Enfin la princesse Isabelle y fit construire une forteresse appelée Châteauneuf destinée à protéger les villages de toute la région jusqu’à Arkadia et Port-de-Jonc des entreprises des Grecs de Gardiki et de Mistra (6). Le seul autre texte où nous ayons rencontré cette expression est un acte du roi Robert confirment les donations faites par Nicolas Acciaiuoli, entre autres celles de la baronia que dicitur Vallis de Calame, très exposée aux incursions ennemies : (1) Sur le système hydrographique et sur les noms des cours d’eau, voir . N. Valmin, Messénie , pp. 37 39, 85-86. Le nom de Spinariza, ou locus ou terra Spinarice se trouve dans les jugements vénitiens sur des actes de piraterie rendus en 1278, Tafel et Thomas, Urkunden , III, p. 233, 234, mais semble désigner un lieu-dit, locus ou terra. Pirnatsa ou Spirnatsa se trouvent chez tous les voyageurs anciens et sur les cartes, mais on rencontre aussi Dipotamo et Siomio ou Slromio chez D. M. Niger, p. 328, et sur les cartes de G. Cantelli da Vignola, De Fer, Bouttats. (2) Le Mavrozouménos porte le fameux pont antique à trois branches : cf. Leake, Travels , I, pp. 480 et suiv., — Exp. sc. de Morée, I, pi. xlviii, — Gurtius, Peloponnesos, II, pp. 131, 150, 162-164, — Bursian, Géographie , II, pp. 157, 163. Ce pont porte une inscription grossièrement gravée sur un bloc encastré au dessus de la première arche à l’ouest vers l’aval, d’une époque trop tardive pour nous intéresser ici ; elle a été , , Kalamata 1879, . 55, et à nouveau publiée par S. Oikonomakès, Tà VI, 1901,* pp. 381-384. par N. A. Bees, , (3) L. delà conq., § 367 : «... et se mist a chevaucier par le plain de Calamays dou val. Et quant il fu au pié de la montée de Macri Plagui, si se arresta j. poy. » C’est à cette occasion seulement que la Chron. gr., v. 5357, mentionne ce nom : & . (4) L. de la conq., § 736, — J. Longnon, L. de la conq., p. 293 n. 2, — P. Kalonaros, Chron. gr., p. 223 n. ad v. 5357. (5) de Mistra. L. de la conq., § 743 : « Et lors se parti et ala gésir au val de Calamy ; et l’endemain ala gésir au chastel » (6) L. de la conq., § 830 : «... si commença a fermer .j. chastel à la contrée dou Val de Calamy, devers ponent, qui se clama Chastelnuef, lequel chaste! enclost tous les casaux de la en aval vers l’Arcadie et le port de Junch, qui soul oit rendre treuage aux Grex de Mistra et du Gardichy... »
420 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES et où Nicolas se propose de reconstruire un château — peut-être le Châteauneuf de la princesse Isabelle — (1). Cette dernière mention, sans être aussi précise que les précé¬ dentes, les confirme cependant le Val de Calame est certainement la plaine supérieure de la Messénie (2) où arrive la route venue du bassin arcadien de Véligosti ou de Léontari et où elle bifurque pour aller soit vers l’ouest et vers Arkadia, soit vers : le sud et vers Kalamata. La chronique grecque se sert deux fois du terme Lakkos ou Lakkoi, une fois en énumérant les éléments qui se rassemblèrent pour lutter contre les conquérants en 1205, la seconde pour situer la baronnie de Gritséna dans la région de ce nom (3). Quant au Libro de los fechos il mentionne el piano de los Lacos et los Laguos comme point où le prince s’arrête à la veille de la bataille de Markyplagi (4), c’est donc l’équivalent du Val de Calame de la chronique française. L’identification des Lakkoi est confirmée par une série de témoignages jusqu’au xixe siècle : Ewliya-Celebi (5), un document vénitien en 1690 (6), Benjamin Brue (7) ; Leake (8) ne semble pas avoir relevé le nom dans le pays, mais Buchon le situe exactement et Puillon-Boblaye l’a encore entendu ; il ne figure cependant pas sur la carte française (9). Val de Calame, expression plus spécialement française, équivalent du grec Lakkos ou Lakkoi, désigne la haute plaine de Messénie (10). C’est dans cette région qu’il faut situer, d’après une indication unique donnée par la chronique grecque, la baronnie mal connue de Gritséna. La baronnie fut donnée à un personnage que seule cette version de la chronique appelle Luc et dont nous ignorons la descendance (11) ; nous avons admis qu’elle a pour équivalent en français la Grite, et devint donc la baronnie de la famille de Durnay (12) quand , (1) Buchon, Nouv. rech., II, p. 111. (2) Cf. Leake, Peloponnesiaca, p. 151, — J. Longnon, (3) (4) (5) (6) (7) « Chron. gr., v. 1719 : L. de los fech ., § 368. , et . 1945 L. de la conquête , p. 142 . : 1. . Ewliya-Celebi, VIII, p. 335 : Lakkoz à 4 heures d’Androusa et à 8 de Kalamata. N. ., XX, 1926, p. 35 : li luoghi di Nixi, Andrussa, Calamata , Lacus e Leondari. B. Brue, Journal, p. 40 : il descend le défilé de Makryplagi et arrive en deux heures et demie dans un lieu qu’on appelle Lakkos », près d’un village appelé « Giafer Emini », aujourd’hui Tséphérémini », officielle¬ ment Valyra. (8) Leake, Peloponnesiaca , p. 153, le cherche entre Sparte et Kalamata. (9) Buchon, Grèce et Morée, p. 485. — Puillon-Boblaye, Recherches , p. 111, appelle cette plaine Lakkous ou Emblatika ; le second figure seul sur la carte française dans la partie orientale de la plaine supérieure. Cf. . N. Valmin, Messénie, p. 84. (10) L’hypothèse d’A. Kriésis, BZ, LVI, 1963, pp. 312-313, qui établit un rapport entre les Lakkoi et nom du village de Lakkos situé beaucoup plus loin vers le sud, entre Kardamyli et Androuvista, au-dessus du golfe de Messénie, et fait du fort Zarnata une construction franque du xme siècle, ne nous paraît fondée ni au point de vue topographique, ni au point de vue archéologique. (11) Chron. gr., vv. 1944-1945. La Cron. di Morea, p. 428, introduit des confusions et des déformations : elle ajoute au nom de Luca celui de Serpi emprunté au nom de Tserpini qui est un peu avant dans la liste grecque, et appelle les lieux Lacco Grisco. L. de los fech., § 126 : un chevalier reçoit quatre fiefs en las partidas de Calamata et de la Escorta... el fue nombrada la caualleria o baronia de la Gresena. Dans le L. de la conq ., § 128, une omission de quelques mots fait attribuer la baronnie de la Grite au baron de Vostitsa qui vient avant dans la liste, cf. supra, p. 109. (12) Geoffroy de Durnay est cité le premier comme baron de la Grite, après la mort de Guillaume II de Villehardouin en 1278, L. de la conq., § 587. Je
LA MESSÉNIE 421 celle-ci dut abandonner Kalavryta, en français la Colovrate, reprise par les Grecs. Malheureusement aucun indice ne permet de la localiser de façon plus précise (1). Nous avons signalé que dans les documents relatifs aux biens des Acciaiuoli on relève les expressions correspondant à Val de Calame et à Lakkoi ; dans un troisième, le testament de Nicolas, ne figure ni Tune ni l’autre, mais le nom Gricij on serait tenté d’y reconnaître le village de Grizi qui appartenait aussi au grand-sénéchal, mais préci¬ sément le testament le cite aussi (2). Aussi peut-on se demander si Gricij, prononcé à l’italienne, ne doit pas être pris pour Gritséna, car il serait surprenant que la baronnie que Nicolas possédait au Val de Calame ou au Lakkoi ne fût pas mentionnée dans le testament, et il est impossible que dans un acte de ce genre Gricij soit une répétition ; du nom de Grizi. Batailles de Kountoura, de Makryplagi et Gardiki. — Les textes invitent à placer dans cette partie septentrionale de la Messénie et aux confins de l’Arcadie, certains épisodes militaires de l’histoire de la principauté. N’est-ce pas dans cette région qu’il faut placer la fameuse bataille de l’automne 1205, la seule qu’eurent à livrer les conquérants ? La Chronique grecque seule précise qu’elle eut lieu dans l’olivette de Kountoura à Kèpèskianoi ou Kapsikia (3). Ces noms ne se trouvent pas actuellement dans le Péloponèse ; un gros village du nom de Kountoura existait aux confins de l’Attique et de la Mégaride (4), mais rien ne permet de penser que le choc entre les Francs de Messénie et les Grecs ait eu lieu si loin vers le nord, même si le gros des troupes grecques était constitué par les contingents de Michel d’Épire. On a cherché à identifier Kapsikia-Kèpèskianoi, et l’on a trouvé en Arcadie, à l’ouest de Mantinée le village de Kapsia (5). A cette hypothèse, on peut faire trois objections : le site est trop loin de la Messénie pour que les Francs occupés au siège des places de cette région soient venus y attaquer les Grecs (6) ; les contingents grecs venant de Nikli, Véligosti, Lacédémone, du Taygète (Zygos des Meligoi), des villages de Lakkos, se portent d’après (1) Nous reviendrons plus bas sur cette hypothèse à propos du nom Gricij. En tout cas, il est hors de doute que la baronnie ne peut être entre Kalamata et Leutron, sur le versant sud du Taygète, comme le pense Leake, Peloponnesiaca, p. 153. (2) Cf. infra , p. 427. (3) Chron. gr., vv. 1723-1724 : , 6 . qui semble moins sûr d’après J. Schmitt, The Chronicle of Morea , p. 636, ef Le ms P donne . La Cron, di Morea , p. 426, en fait Capo Schieno qui est évidemment une forme fantaisiste que Hopf, . I, p. 213 B, a eu tort de prendre pour le nom d’un cap véritable ; Condurolena pour Voyage , V, pp. 158-159 : Condura ; par (4) V. la carte française qui le signale en ruines. Pouqueville, une coïncidence curieuse, il insiste sur la beauté de l’olivette située au-dessous du village, près de la mer ; toute cette région est en effet très riche en oliviers. (5) Kapsa sur la carte française. Le rapprochement, fait déjà par Zinkeisen, est adopté par Buchon, Chron. étran., pp. 42 n. 7, 762 A ; — Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 20-23, développe longuement cette thèse, en tirant du v. 1715 de la Chronique grecque , l’indication que le rassemblement des Grecs se serait fait à Nikli, interprétation discutable, et en assimilant Chrysoréa citée v. 1719, avec Chrysovitsi, au sud-ouest de Piana, dans les montagnes, identification bien hasardée. (6) C’est l’argument de J. Schmitt, The Chronicle of Morea , p. 635 ; — de même Miller, The Latins , p. 38 ; — Longnon, L. de la conq ., p. 414, le situe dans la plaine de Messénie.
422 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES la Chronique à Chrysoréa (1) on ne peut situer ce village, mais tous les lieux mention¬ nés sont disposés tout autour de la plaine supérieure de Messénie ou dans cette plaine même. Enfin, dernière objection décisive, il n’y a pas d’oliviers dans la plaine de Mantinée, ni en général dans les bassins arcadiens, à cause de l’altitude (2). La célèbre bataille de l’olivette de Kountoura s’est donc passée, à notre avis, au pied des mon¬ tagnes dans la plaine supérieure de Messénie. Une autre bataille célèbre s’est déroulée aux confins de la Messénie en 1264. Le défilé de Makryplagi, la « longue côte » (3), est le passage étroit qu’emprunte la route directe de Messénie vers l’Arcadie ; on s’élève au milieu d’une région boisée aux pentes raides, couvertes de forêts riches en chênes, pour se diriger ensuite vers Léontari ou dans le bassin de Mégalopolis. La situation de ce passage ne fait pas de doute : la carte française porte le nom du Khani de Makryplagi (4). On comprend facilement que les troupes grecques et franques se soient heurtées en ce point en 1264 ; après les échecs subis en Élide, les Grecs durent imaginer une manœuvre différente : ayant contourné la chaîne du Taygète par le nord, ils tentèrent d’envahir la Messénie, mais subirent une nouvelle défaite grave. Après la bataille, leurs chefs furent faits prison¬ niers par les mercenaires turcs «en une cave entre .ij. montaignes roches, desot la montaigne ou li chastiaux dou Gardichy est ores » (5). Gardiki devait être déjà habité depuis longtemps, s’il est vrai que le nom soit d’origine slave (6). Mais le château fut construit après 1284 ; il est cité comme forte¬ resse grecque vers 1297, au temps où la princesse Isabelle fit construire Châteauneuf pour protéger les villages de la région (7). Comme on ne signale pas qu’il ait été pris aux Francs, il est vraisemblable qu’il a toujours appartenu aux Grecs (8). Près d’un siècle plus tard, en 1374, un bail de la reine Jeanne Ire essaya de le leur enlever ; il occupa le village, mais ne put prendre le château ; les frères du défenseur, « Serrano : plutôt que Chrysovitsi en Arcadie, on pourrait proposer (1) S’il fallait proposer une identification, Ghrysova ou Ghrysovon, hameau situé au sud-est d’Aétos, appelé aujourd’hui Ghrysotopos ; mais l’identification ne s’impose pas, le site dans une région de collines assez élevées, ne convenant pas pour la concentration des divers contingents d’une armée. (2) La limite de la culture de l’olivier dans la partie orientale du Péloponèse est à 600 mètres d’altitude ; elle ne peut donc pénétrer dans le bassin de Mantinée dont le point le plus bas est à cette altitude. Gf. Philippson, Peloponnes, p. 544, — E. Fels, Der ôlbaum in Griechenland und seine wirtschaftliche Bedeuiung , Drygalski Festschrift , Munich 1925, p. 405, — H. Lehmann, Über die potentielle Volkskapazitât des Peloponnes , Diss. Berlin 1927, p. 36. (3) L. de la conq., §§ 364, 367, 380, 466, 736 : Macri Plagui ou Macri Plagy ; — Chron. gr., vv. 5333, 5357, 5506, 6666 : ; — L. de los fech ., § 366 : Macri play. (4) Le défilé est bien décrit par le provéditeur vénitien Grimani dans un passage déjà cité par L. Ranke, Die Venezianer in Morea, et reproduit par Buchon, Chron. étr., p. 762 B ; — cf. du même provéditeur, le rapport publié par Lampros, , V, 1896-1900, p. 474. V. aussi B. Brue, Journal , p. 40, — Gell, Journey , p. 185, — Itinerary , p. 61, — Puillon-Boblaye, Recherches, p. 110, — Bory de Saint-Vincent, Relation, II, 1, pp. 183, 195, — J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 637. Le nom nest pas unique; on le retrouve à l’isthme de Corinthe, cf. Pouqueville, Voyage , V, p. 177, — Dodwell, Tour , II, p. 181. (5) L. de la conq., § 375 ; — Chron. gr., v. v. 5429 : « ». Sur ce château en général, v. Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 176-196. (6) Le nom, d’après M. Vasmer, Die Slaven, p. 151 n° 15, est slave et signifie petit château, ce qui s’explique, même sans fortification, pour une position naturellement très forte. (7) L. de la conq., § 830. (8) Francs ; Dragoumès, Chroniques de Morée , p. 185 n. 2, considère comme sûr qu’il ait été construit par les c’est possible, mais très peu probable à notre avis.
LA MESSÉNIE 423 Gilopol Crestian », qui tenaient un autre château dans le voisinage, avertirent le despote qui vint avec ses hommes ; cette armée fut battue, mais le bail abandonna le siège (1). Le nom se rencontre encore dans deux documents vénitiens le Sénat réclame en 1416, Gardiki, puis en 1422, avec les places et villages pris par le despote au prince, les fortilicia de lo Apanu et Catu Gardichi avec le mont de Anemodouri dans la partie de Pachi tenue par les Grecs (2). En 1423, les Turcs parviennent jusqu’à Léontari et Gardiki (3). Enfin, au cours de la conquête turque en 1460, Gardiki est le lieu d’un épisode raconté par Sphrantzès, Chalcocondyle et Kritoboulos d’Imbros. Si on laisse de côté les variantes de détail, on peut admettre que les Turcs, ayant pris Sparte Mistra, remontèrent la vallée de l’Eurotas, occupèrent au passage le village et le château de Kastri (4) et arrivèrent à Léontari ; mais la population était partie et avait cherché refuge dans la petite ville, fortifiée dit Chalcocondyle, et dans le château de Gardiki. Les Turcs obligèrent les Grecs à se rendre, en leur promettant la vie sauve ; en fait toute la population fut égorgée (5). Aujourd’hui, un village porte le nom de Gardiki à l’est de Léontari, au pied du mont Tsimbérou ; il est déjà cité au début du xvne siècle (6). Mais il n’y a pas de trace de fortifications médiévales dans les environs, le site correspond mal aux descriptions d’un lieu sauvage et difficile, enfin la distance jusqu’à Makryplagi paraît excessive. Tout au plus peut-on se demander si le document vénitien de 1422 ne fait pas allusion à ce Gardiki puisqu’il cite Gardiki-haut et bas en même temps que le mont d’Anémodouri, qui pourrait être le Tsimbérou, Anémodouri (7) étant un village à deux kilomètres au nord-ouest de Gardiki ; il faudrait, pour l’affirmer, pouvoir expli¬ quer le nom de Pachi dont la localisation nous échappe, et le premier document vénitien nous paraît s’opposer à cette identification. Mais si l’on suit la Chronique de Morée, Kritoboulos qui situe la forteresse à l’extrémité de la montagne de Sparte ou Zygos, et Chalcocondyle qui raconte que les Turcs se dirigèrent ensuite vers Arkadia, on doit chercher Gardiki plutôt au sud de Léontari qu’à l’est. Or un autre Gardiki est situé loin vers le sud, dans les collines à l’est de la plaine de Messénie, à huit : L. de los fech., §§ 714-722, qui dit casliello de Bardisco et burguo del Gardisco , Il est normal d’admettre que Bardisco est l’équivalent de Gardiki, cf. E. Meyer, Pel. Wander., (1) L’épisode est conté par le §§ 714-715. p. 54 n. 2. (2) Sathas, Doc. inéd ., I, p. 62 : loca del Gardachi vicina al Enemunduri que sunt ad viam Landari, et p. 117 : sit etiam nostri domini ilia pars de Pachi que solebat ieneri et possedi per Grecos cum monte de V Anemoduri est encore cité par un manuscrit et cum fortiliciis de Apanu e Catu Gardichi. Gardiki, sous la forme , de Sphrantzès, CSHB, p. 131, note, en 1428. . (3) Chronique brève n° 27, éd. Lampros-Amantos, p. 47 : (4) Kastri, ou Kastri tsi d’après Sphrantzès, est un petit village existant encore aujourd’hui au sud et tout près de Kastania, sur le versant du mont Malevo à l’est et au-dessus de la vallée supérieure de l’Euro tas, un peu au nord de Vordonia, citée aussi par Sphrantzès, IV, 16, CSHB, p. 389. Au-dessus de Kastri subsistent des vestiges d’une petite forteresse très ruinée, cf. infra, p. 512. — Chalcocondylle, IX, CSHB, (5) Sphrantzès, IV, 18, CSHB, pp. 405-406 : ; III, 21-22, donne la description pp. 474-475 : ; — Kritoboulos, d’Imbros, la plus précise : est sur une montagne haute et difficile au-dessus d’une gorge, VII, 1898, pp. 313-314, ». Cf. Sp. Lampros, , , N. K. Alexopoulos, pp. 174-176. p. 133 : Gardichia dans le territoire de Mistra. (6) Alberghetti, (7) Anémodouri est cité par Dioikètès, § 104, éd. Iorga, p. 186 : l’armée y prend ses quartiers entre * Achouria et Léontari.
424 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES kilomètres à vol d'oiseau de Kalamata ; il y a dans les environs plusieurs palaiakastra et Pacifïco qui le connaît y situe l'épisode de 1460 (1). Nous sommes ici assez loin de Makryplagi et de Léontari ; cependant l'opinion de Buchon qui a identifié le Gardiki de la Chronique avec les ruines importantes du palaiokastro de Kokla ou Kokkala (2) au sud-ouest du mont Hellénitsa peut paraître plausible. Les ruines avaient été signalées par Leake sous le nom de Château de la Belle au lieu-dit Kochla (3) ; Buchon les visita, il s'y rendit de Léontari par Makryplagi et apprit que le château était aussi appelé Gardiki. Sa description, détaillée sinon toujours très claire, a été reprise et complétée par W. Vischer (4) ; les deux voyageurs signalent en particulier la grotte où les mercenaires turcs, après la bataille, tenaient prisonniers les chefs grecs vaincus. La vallée du torrent qui vient de Tourkoleika reçoit en un point deux affluents et s’élargit en une petite plaine ; vers l’amont, elle se resserre au contraire en une gorge sauvage dominée par des montagnes plus hautes ; entre ce torrent et son affluent de gauche s'élève une crête rocheuse assez étroite, qui domine bien les entours ; le côté sud est un véritable à-pic (pi. 105, 2 a-b). On peut monter tout droit en venant de l’ouest ; il faut pour arriver au sommet trois quarts d’heure d'ascension dans les pierres et la végétation assez abondante. On atteint au bout de vingt minutes une pointe où apparaissent les premiers vestiges, des fragments d’un mur épais de 0 m. 50 à 60 ; une porte permet d'entrer, flanquée à l'intérieur d'une sorte de chambre ; tout près sont une citerne et une petite église ; la crête, très étroite en ce point, s'élargit ensuite et continue à s’élever, portant les restes de nom¬ breuses maisons, de murs de terrasses ou d'enceinte, d'une église à plan en croix libre. Le sommet est occupé par une petite forteresse ; le centre en est une grosse tour qui a une forme trapézoïdale pour tenir toute la largeur de la crête et qui contient une citerne les murs sont faits de petites pierres très irrégulières, mal taillées et mêlées de briques, avec un mortier solide. Vers l'est, le sol s'abaisse ; des rochers rendent le passage à peu près impossible, il n'y a de ce côté qu'un petit mur ; à l'ouest s'étend une sorte de plate-forme plus vaste avec les ruines d’une petite église à abside : ronde. Buchon a voulu retrouver en ce lieu le champ de bataille où s’étaient affrontés Francs et Grecs en 1264 : les Francs attaquent en venant de la plaine ; ils arrivent jusqu'au point appelé Phonemenon ou Phonemenè ; repoussés une ou deux fois par les Grecs, ils réussissent à les mettre en déroute et parviennent jusqu'en haut de la p. 128 : Gardichi, olim Clitor (sic) dans (1) Pacifïco, Descrizzione , pp. 109, 113; — liste cI’Alberghetti, le territoire de Calamata. La carte française porte Gardiki qui est bien le nom actuel (modifié en Guediki sur certains tirages de 1852, cf. supra, p. 300. n. 2). La carte de Battista Agnese donne Gadichi , celles de Bouttats et De Fer, Gardichi : mais il est impossible de tirer d’aucune d’elles une indication sur la localisation exacte. (2) La forme de Kokla est la prononciation courante de Kokkala, les ossements ; c’est un toponyme fréquent en Grèce. La carte française porte Kocala. (3) Leake, Travels, I, p. 80 : il ne les a pas visitées, car elles passaient pour être un repaire de brigands ; cf. I, p. 462. (4) Buchon, Grèce et Morée, pp. 483, 486-488, — Recherches, I, p. 37, — W. Vischer, Erinnerungen, édit., pp. 419-422. Cf. Gell, Itinerary , p. 75, — Puillon-Boblaye , Recherches, pp. 109-110, — Curtius, Peloponnesos, II, p. 189 n. 12. C’est peut-être ces ruines qui sont citées sous le nom de Fanari dans la Relation de YExp. Scient, de Morée, II, p. 179. Un argument en faveur de l’identification de ces ruines avec Gardiki est fourni par la carte de Battista Agnese où « Gadichi est situé assez exactement. 2e »
LA MESSÉNIE 425 montagne. Buchon identifiait Phonemenè, dont il faisait une église appelée Phaneromenè, avec Tune des églises dont nous avons signalé les ruines. Nous ne croyons pas possible de pousser si loin les identifications. D’abord Phonemenè est probablement un nom de lieu-dit et non celui d’une église (1) ; ensuite, si au pied du kastro de Kokkala se réunissent plusieurs sentiers conduisant à Mégalopolis, à Sparte et à Messène, ce n’est pas là que se trouve le défilé de Makryplagi et que passe la route la plus normale de Véligosti — où s’étaient rassemblés les Grecs — vers la Messénie (2). On ne peut donc affirmer que la bataille ait eu lieu sur cette arête rocheuse plutôt que sur les collines qui dominent au sud le Makryplagi. Mais c’est très probablement cette petite ville que Mahomet II prit et dont il fit égorger la population au mépris de la convention signée c’est de cette tuerie, et non de la bataille dont rien ne nous dit qu’elle fut particulièrement sanglante, que doit venir le nom de Kokkala et la tradition d’un grand massacre. Le nom est encore connu de Battista Agnese ; mais le site ne semble pas avoir été habité depuis lors. Un point reste incertain, c’est de savoir si le Gardiki mentionné par les documents vénitiens est bien le même que Kokkala, ou s’il faut l’identifier avec le Gardiki actuel qui est à l’est de Léontari : par deux fois Gardiki est cité avec la montagne d’Anémo douri. Cependant il paraît peu vraisemblable que Venise, en réclamant cette place ait songé à étendre son domaine si loin vers l’intérieur elle n’a jamais songé, semble-t il, à occuper Léontari qui est une forteresse importante, alors que Gardiki, plus loin à l’est, n’a pas de vestiges de fortification. Pour protéger ses possessions en Messénie, il était logique de s’en tenir aux forteresses surveillant les routes venant du centre du Péloponèse, comme le faisait le Gardiki près de Makryplagi ; le texte de la délibération du 9 juillet 1416 au Sénat semble le confirmer : loca del Gardachi vicina al Enemunduri que sunt ad viam Landari (3), c’est-à-dire près de la route qui, partant de Messénie, va à Léontari. On voit bien aussi qu’il a pu y avoir, outre le village sur le rocher, un village inférieur, comme le dit le document de 1422. Il faudrait donc supposer qu’il y avait près de là une montagne appelée Anémodouri, et que la région répondait au : : nom de « Pachi ». Autres lieux cités par les textes ou documents anciens. — Toute une série de noms de lieux sont connus seulement par des mentions beaucoup plus brèves dans les textes ou dans les documents ; nous allons les passer en revue en suivant l’ordre chronolo¬ gique dans lequel ils apparaissent. La partitio Romaniae de 1204 cite dans la circonscription, ou Ôptov « de Patras et de Modon » les propriétés des Branas, des Cantacuzènes, d’Irène fille d’Alexis, cum villis de Molineii de Panlocralova et de ceteris monasteriorum (4). Ces indications , (1) Sur le nom de Phonemenè, voir Adamantiou, Chroniques de Morée , p. 481, — J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 640, — Dragoumès, Chroniques de Morée , p. 188 . 1. (2) Sur ces sentiers et chemins, voir Valmin, Messénie, pp. 74-77, qui pour les mêmes raisons se refuse à situer l’antique Ampheia à Kokkala placé trop en dehors de la route d’Arcadie en Messénie. (3) Sathas, Doc. inéd ., I, p. 62. (4) Tafel et Thomas, Urkunden , pp. 469-470 ; cf. supra, p. 53, n. 2. On ignore où se trouvaient les propriétés de ces grandes familles et des monastères ; mais ces derniers étaient des établissements constanti nopolitains, comme l’a montré D. Jacoby, Trav. et Mém., II, 1967, pp. 245-246, cf. infra, p. 435, n. 7.
426 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES vagues — le territoire « de Patras et de Modon » étant très vaste — n’ont de valeur que dans la mesure où elles pourraient être confirmées par d’autres textes. Quatre actes datés de 1209 à 1216 sont relatifs à la donation du couvent de Saphadin sous le vocable de Saint-Sauveur au chapitre de Saint-Loup à Troyes mais l’identification reste bien incertaine. Le traité de Sapientsa en 1209 ne donne qu’une indication sur les limites entre la principauté et les territoires vénitiens, fixées au petit fleuve qui tombe dans la baie de Navarin, en face du centre de l’île de Sphactérie et d’autre part le port « Simari » ou « Sinati » (1). En 1212, le pape Innocent III, plaçant sous sa protection l’évêché de Modon, en énumère les biens ce sont les églises de Saint-Georges et de Sainte Anne, les villages de Corseval, Miquelis, Murmura, Asagora, Aldesequi, Niclines, Levoudist, Escaminges, Boucham, Lestarona (2). Le texte des jugements vénitiens de 1278 ne fait connaître comme nom nouveau en Messénie que le village appelé Saint-Georges près de la ponta de Gallo ou Cap Gallo (3). Les renseignements deviennent plus abondants à la fin du xme siècle. Dans la succession du chancelier Léonard de Veroli figurent, en 1281, les villages de Matones et Karavanita dans la châtellenie de Kalamata, le fief de Mantichorion avec Lapacusta et Gargenay (4). Ces terres alors revenues au domaine furent au moins en partie con¬ cédées en échange de Kalamata à la princesse douairière Agnès, remariée à Nicolas II de Saint-Omer ; celle-ci possédait en effet, d’après la Chronique, Maniatochori, Platanos et Glyky (5) ; Saint-Omer construisit à Maniatochori un petit château (6). En 1294, l’héritage de Jean Chauderon, outre Toporitsa et Valaques qui dépendent de la baronnie d’Akova, comprend en Messénie Kalides in pariibus Mozoni la moitié du village de Savines et une terre ayant appartenu au chapelain Pierre d’Androusa (7) ; l’indication in partibus Mozoni qui désigne Modon, a-t-elle un sens très général comme le pense Hopf, ou désigne-t-elle la région de Modon ? Nous inclinons pour la seconde interprétation, la première ne serait plausible qu’au début de la conquête. Mais nous nous demandons si le nom de Kalides n’est pas une déformation du topo nyme courant Kalyvès ou Kalyvia. En 1322, Jacopo Tiepolo rentre en possession du village de Dragami près de Kalamata, concédé par Philippe d’Artois et repris par : , , , (1) bas, dans (2) (3) (4) fol. Tafel et Thomas, Urkunden, II, pp. 97-99, ef. supra, p. 66. Nous reviendrons sur ce texte plus notre conclusion, pp. 442-443. Innocent III, Ep ., XV, 55, PL, CGXVI, col. 583-584. Tafel et Thomas, Urkunden, III, p. 236. Ces noms sont connus par la lecture de Hopf, I, p. 319 A, d’après les Reg. Ang., n° 64 (1294 A), 217 v. (5) Chron. gr., vv. 8068-8070 : , £ , , ’ . Cf. Hopf, I, p. 319 B. L’acte de donation de ces terres est signalé par C. Minieri Riccio, (6) Chron. gr., vv. 8093-8094, qui se sert encore de l’expression de la conq., § 554 : « la maison de Maniatecor ». ASI, . 4e série, IV, p. 176. Cf. L. (7) Hopf, I, p. 344 A-B, d’après Reg. Ang. n° 59 (1291-92 C) fol. 199, et n° 63 (1293-94 A) fol. 21. Ces biens provenaient d’un échange fait avec Hugues de Brienne en 1289 ; le village de Kalides avait appartenu à Geoffroy de Briel, dont Hugues avait épousé la veuve.
LA MESSÉNIE 427 Nicolas de Saint-Omer (1). En 1324, un acte fait connaître les biens de la famille Misito en Messénie ; le 12 juin, Jean châtelain de Kalamata se fait confirmer les biens donnés par Florent et Mahaut Molines qui donne son nom à la baronnie, Salmines, Platana, Romannus, Astupitsa, Degarmi, biens qui passèrent en 1327 à ses enfants Nicolas et Anne (2). Un peu plus tard, des documents d'archives fournissent une abondante documentation sur la topographie médiévale de la Messénie : ce sont des textes conservés dans les archives des Acciaiuoli (3) et le rapport que Nicolas de Boiano rédigea en 1361 pour Marie de Bourbon. En 1336 Nicolas Acciaiuoli reçoit des terres situées à Armiro et Calivia — où Ton reconnaît les noms grecs Halmyros et Kalyvia (sont-ils situés en Messénie?) — et, sûrement en Messénie, Canali, Xiromilia, Langada, Ghimova, Petoni, une terre dite Andromonasterio. Un acte de 1338 dresse la liste détaillée des biens de Nicolas ayant appartenu auparavant au juge Guillaume de Genitocastro et à Antoinette, fille de Guillaume de Salli et mariée à Jean de Alippione : on retrouve Petoni dans la châtellenie de Kalamata, et des noms nouveaux : le village de Gliczi, situé probablement près de Navarin, puisque parmi les revenus figure le jus lignim. de Avarino , ceux d’Amatonis, Amaczoni ou Amathonu, de Caramunsera, de Cristina ou Cristena avec la tour du même nom, de Giluniza, de Viana ou Venna. Dans l'inventaire des biens de Nicolas Acciaiuoli et dans un rapport sur ces fiefs, datant tous deux probablement de 1354, on relève les noms de Christiana (qui est, il est vrai, peut-être Krestaina d’Élide, on l'a vu), Cremidi ou Cremidii, où il y a une pêcherie, Machona ou Amacona, Caravenize ou Carabaniza, Clegi, terra de Pila ou la Pilla, Grisi ou Grigio, où l’on extrait du sel, les châteaux de Cosuma, Arcangeli ou Sancto Arcangelo, le casale Lacus , ou li Lachi , Bulcano, Novum Castrum, Calamata, Drusia ou Drusa, Petoni, Struvitsa, le feudum Bauldi Calami (ou val de Calame), le Dergano, Petoni, Pitogne ou lo Pitogno, Grebeni. Le testament du grand sénéchal (4) en 1365 mentionne le castrum Bulcani et les casalia Caramidia , casale Grisi... casalia Andrimoni , casale Gricij , et indifferenter omnia alia casalia... que habet in tola casiellania Calamalhe et le village de Pethoni devait revenir à un couvent à : : , fonder sur son territoire sous le vocable de Saint-Benoît. Les cahiers de recettes des biens féodaux d’Angelo Acciaiuoli dressés par Aldobrando Baroncelli en 1379 donnent encore les mêmes noms sous des formes plus ou moins différentes : villages de Cromidi, de Machona et Charvaniza, la Chosmina, le village del Grigio, Draghani, Bulchano et Cortichina, Drusa et Chalamata, Pittone, Sancto Archangielo alli Lacchi et Gherbini. Nous ne reviendrons pas sur les noms de lieux facilement identifiables comme Hopf, I, p. 322 B, d’après les Reg. Ang. 1290 A fol. 174, — n° 143 (1304-5 F) fol. 192 v-198. Hopf, I, pp. 423 B -424 A ; Hopf précise qu’il s’agit à Platana de zwei Papas mit ihren Familien ; il propose d’identifier Degarmi avec Dragami cité ci-dessus, ce qui est vraisemblable. (3) Ces actes, déjà cités plus haut, sont des donations de terres au bénéfice de Nicolas Acciaiuoli en 1336, 1338, un inventaire des biens féodaux du grand-sénéchal et un rapport sur ces fiefs, tous deux datant probable¬ ment de 1354, d’un acte en faveur de Jean Siripando en 1357, des cahiers de recettes des biens d’Angelo Acciaiuoli dressés en 1379, publiés par J. Longnon et P. Topping, Documents relatifs au régime des terres, Documents nos H-VH et Xl-XH, avec sur les questions de toponymie et de topographie un commentaire qu’on peut considérer comme exhaustif. Nous ne rappelons ici que les noms de villes, de villages et de châteaux couramment cités, à l’exclusion de ceux qu’on ne peut identifier sûrement, avec les remarques que nous avons pu faire nous-même sur la localisation des sites. (4) Buchon, Nouv. rech., H, pp. 175, 189-191. (1) (2)
428 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Kalamata, Androusa, Voulkano, Lakkoi (1), Val de Calame ; pour les autres toponymes on peut en réduire la liste en reconnaissant les mêmes lieux sous des appellations très variées : Machona et Charvaniza, Carabaniza ou Caraveniza sont Matones et Karavanite de la succession de Léonard de Veroli, Amatonis et peut-être Caramunsera de acte de 1338 ; Petoni est aussi Pethoni, Pittone, ou lo Pitogno ; Carimidia est sans doute Cromide ou Cremidi ; Grisi et Grigio sont identiques, mais distincts de Gliczi, Glichi ou Clegi. Nous assimilons Andromonasterio et Andrimoni. Draghani est le Dragami de Jacques Tiepolo, probablement le Degarmi des Misito, le Dergano de Nicolas Acciaiuoli. D'autres noms enfin sont plus rares tel Grebeni. Le rapport que Nicolas de Boiano rédigea pour Marie de Bourbon est fort intéressant pour la Messénie : il permet d'affirmer que la baronnie de Nivelet se trouve en Messénie, car c’est dans la partie du rapport relatif aux possessions situées dans la province de Kalamata qu’il en est parlé ; sont cités les noms de lieu de Mayna, la Pila, Prothi, li Molini et Archi, la Cannata, Crusuna, Zincinicza ou Cinciricza, lu Grisu, la montagne de Santa Lya. La liste des fiefs établie en 1377 place en Messénie (outre les noms déjà étudiés) la terre de Mayna qui est à la princesse, les châteaux del Grebini et della Turchata à Jean Misito, qui correspondent en 1391 aux fiefs suivants : Le Gravenil (200 feux), La Turcada (100 feux), La Molines (40 feux) qui, ayant appartenu à Jean Misito, sont tenus par le vicaire, et d'autre part Le Magne (40 feux) occupé alors par le despote. Jean II Misito a donc gardé Molines, mais à défaut des autres terres de son grand-père, on lui attribue ici deux autres villages ; il avait dû mourir avant 1386, et ses biens avaient été occupés par Pierre de Saint-Supéran. La baronnie ne passa donc pas au gendre de Jean II, Jacques Scazani, dit Rosomica qui possédait La Cosmina ; Molines a appartenu par la suite à Aimon ou Aymonetto de San Giorgio en 1414, puis à Adam de Melpignano qui en fit don en 1423 à Venise (2). En 1387, le prétendant Amédée de Savoie-Achaïe fît don à Jean Laskaris Kalophéros de nombreuses terres en Messénie, donations dont nous ignorons si elles furent effectives l’acte énumère Navarin, Maniatochori, Platano, la plaine de Pilla, les villages d'Agoreriza, Ligudista, Lostenicho, Morlendi, Prothis et Euchion (3). Restent enfin deux catégories de sources qui achèvent de nous informer : les archives vénitiennes qui signalent les lieux au sujet desquels se produisirent des contes¬ tations ou des réclamations, en particulier dans le premier tiers du xve siècle, et les historiens grecs jusqu'à la conquête turque. En 1332, le village de Munitsa est pillé par le chancelier de Coron, Nicolo Tanto, et ses exactions mettent en fuite les habitants (4). En 1347, on signale de nouveau que de nombreux paysans ont quitté les villages vénitiens de Munitsa et d'Avramion, fuyant des impôts trop lourds, pour se réfugier : (1) Notons cependant qu’exceptionnellement ici est mentionné un village portant le nom de Lacus , alors que les Lakkoi désignent généralement une région. (2) Sathas, Doc. inéd ., I, pp. 160-151, 154-155, nos 90, 93 ; — Hopf, II, pp. 74 A, 82 B. Aymonetto de San Giorgio est cité dès 1404, comme envoyé de Centurione II auprès du roi Ladislas, mais seulement en 1414 avec son titre de baron à propos d’une ambassade à Gênes. Cf. supra , p. 281. (3) Castrum Auarinum et portum Iunci cum casalibus de Magnaiocori et Platano , cum piano de Pilla , idem casalia de Agoreriza, de Ligudista , de Lostenicho, de Morlendi, de Prothis et Euchion, Archives de Turin, Mazzo III, n° 3, cf. Hopf, II, p. 48 B, qui donne les formes exactes sauf pour le dernier qu’il écrit Echioris. (4) Hopf, I, p. 424 A.
LA MESSÉNIE 429 sur le territoire de la principauté (1). C’est grâce à des discussions entre les Chevaliers teutoniques et les châtelains vénitiens de Modon au sujet des terres et surtout d’une vigne que l’on peut affirmer que leur ordre avait sa maison principale de Morée en Messénie c’était Sainte-Marie de Mostenitsa (2) ; or il y a, on l’a vu, un Mostenitsa aux confins de l’Élide et de l’Arcadie, près de Tripotamo ; il est évident, que si le nom subsiste en ce point, cela ne prouve pas que les Teutoniques y aient été installés ; on ne voit pas comment ils auraient eu maille à partir avec les fonctionnaires vénitiens s’ils avaient résidé si loin (3). D’autre part la Chronique grecque confirme que leurs fiefs étaient dans la région de Kalamata (4) ; le rôle que leur commandeur joue au xve siècle ne s’expliquerait pas s’il n’était pas dans la région qui fut le centre de la principauté au temps des Navarrais et de Centurione IL Enfin, selon le Libro de los fechos les Teutoniques possédaient également à la fin du xive siècle Châteauneuf construit par Nicolas III de Saint-Omer un siècle plus tôt (5). En 1354, le Génois Grimaldi attaque des propriétés vénitiennes près de la tour delli Muscito dans la région de Port-de-Jonc (6). Les noms de lieu qui reviennent le plus souvent dans les actes vénitiens de la fin du xive siècle jusqu’en 1430 sont les suivants Grisi, Manticori, Nikline, Kosanna, Kanatia, Cosmina, Avramio, Saint-Élie, Molines, Maina ; on trouve également les noms des fleuves Moderi et Bordicoli. ceux des villages de Spanochori, Avonaria et Vounario (qui doivent être deux formes du même nom); sont cités encore Kulimena, Larmicho, La Drimona. Les noms énumérés ci-dessus peuvent être comparés avec certains des listes de châteaux données par Stefano Magno Gribani vel Grebani, pour la liste de 1463, Maina dans celle de 1467. De nombreux toponymes de Messénie sont enfin fournis par un des passages de la Chronique de Sphrantzès attribués à Makarios de Monemvasie ; ce sont les lieux, anciennes propriétés des Mélissènes d’après l’auteur, qui faisaient partie des terres cédées à Constantin Paléologue en 1425 : nous pouvons relever des noms connus comme Kalamata, Androusa, Ianitsa (Giannitsa), Gardikia ( les » Gardiki), Nèsi, Grempeni, Aétos, Néokastro (Châteauneuf), Archangelos, Ligoudista, d’autres qui, rares ou inconnus jusqu’au xve siècle, apparaissent plus souvent par la suite dans les récits et sur les cartes : Mantinia ou Mantineia, Pèdèmà, Manè (Magne), Spitali, Karantza, Saoulauouros, appelé aussi Saoulaouros ou Savlaouros, Philiatra (8). : , : : Acta , I, pp. 333-335, n° cv ; cf. Hopf, I. p, 440 A. (1) Miklosich et Müller, (2) Il y eut un premier conflit en 1326, Hopf, I, p. 423 A ; un second est signalé par les instructions données par le Sénat aux châtelains de Coron et Modon le 10 août 1402 à propos de réclamations faites par le commandeur Jacques von Arkel ( Jacobus Hercules), Sathas, Doc. inéd., II, pp. 88-89 ; — Hopf, II, p. 67 A. Mostenitsa est citée aussi par les Assises de Romanie, § 48, éd. Recoura, p. 194, comme siège de l’ordre en Morée : Mosteniza , Mosconiza ou Moseniza , — trad. Topping, p. 43 et . 1. (3) Sur Mostenitsa en Ëlide, cf. supra , p. 343. La maison des Chevaliers Teutoniques a été située en Élide par Fr. Ruhl, Der deutsche Orden in Griechenland , p. 350 ; contra, Mas-Latrie avant lui, puis Hopf et la plupart des historiens, avec raison. (4) Chron. gr., vv. 1953-1954. (5) L. de los fech., § 471. (6) Hopf, I, p. 450 B. (7) Les formes de ces noms sont celles qui sont les plus courantes dans les textes, mais elles sont susceptibles de nombreuses variations. (8) Nous adoptons les formes données par l’édition V. Grecu, pp. 270-278, avec, entre parenthèses celles que nous employons généralement. Nous laissons de côté les mentions érudites, telles que Ithôme ou Messène, sans rapport manifestement avec les réalités médiévales.
430 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES On ne peut espérer localiser sur la carte tous ces noms. Nous allons relever dans les documents modernes ou sur les cartes ou listes contemporaines ceux qui corres¬ pondent à des noms médiévaux, signaler également les ruines connues ; cela doit nous permettre de résoudre quelques questions plus amples, en particulier celle de la baronnie de Nivelet et celle des frontières des possessions vénitiennes. Tentatives de localisation de ces toponymes a) région occidentale. — En partant du nord-ouest, signalons d'abord au sud d’Aétos, sur le versant septentrional de la montagne appelée Sekhi par la carte française, Sessa par Philippson, un couvent consacré au Sauveur (1) qui est peut-être ce couvent de Saint-Sauveur dont donation fut faite au chapitre de Saint-Loup de Troyes au début du xme siècle ; mais, faute de ruines, on ne peut affirmer que le château du même nom fût dans le voisinage. A 12 km. environ au sud d’Arkadia, se trouve le village de Christianou il avait été pour les Byzantins un archevêché sous le nom du Ghristianoupolis, mais le siège archiépiscopal avait été supprimé par Honorius III et son ressort partagé entre Coron et Modon (2). Les textes des xme et xive siècles contiennent de nombreuses mentions d’un village, ou d’une tour, de Christiana, Cristiana ou Cristina, pour ne rappeler que les formes les plus fréquentes. On peut se demander pour un certain nombre de cas s’il s’agit de Christianou en Messénie ou de Krestaina en Triphylie : les deux toponymes grecs ont pu avoir les mêmes transcriptions latines, mais en général les mentions semblent s’appliquer plutôt à Krestaina (3). Au sud de Christianou se placent le gros bourg de Gargalianoi et un peu à l’est Lygoudista (4) celui-ci est le Levoudist de 1212, le Ligudista donné à Jean Laskaris Kalophéros en 1387, à Constantin Paléologue en 1428. Il n’est pas impossible à notre avis que Gargenay et Lapacusta soient des déformations de Gargalianoi et Lygoudista. A l’est de Lygouditsa, le village de Skarminga, appelé aujourd’hui officiellement Metamorphosis, est l’Escaminges de l’évêché de Modon (5). Un peu à l’ouest se trouve le petit village d’Agorelitsa, dont le nom n’a pas été modifié aujourd’hui, bien que d’origine probablement slave (6) ; c’est l’Agoreriza donné à Jean Laskaris Kalophéros. C’est dans la même région, semble-t-il, dans la mesure où l’on peut tirer une indication : : : (I) Ce couvent, qui n’est marqué sur aucune carte, n’est signalé que par Philippson, Peloponnes, p. 347, qui ne donne aucun détail sur les bâtiments : c’est un « petit couvent » près d’une source, au sud de Varybopi, à 827 m. d’altitude ; le nom officiel de ce dernier village est d’ailleurs aujourd’hui Monastèri. (2) Pressuti, Regesta Honorii III , II, p. 50, n° 3844 : Christiana. L’archevêché grec a été rétabli plus tard et est mentionné dès 1278, cf. V. Grumel, Titulature des métropolites, II, Métropolites hypertimes , Mémorial L. Petit, Archives de VOrient chrétien I, 18948, p. 166. Dès ce moment il n’est plus sans doute à Christianou. Sur les confusions auxquelles a donné lieu cet archevêché, confondu avec Mégalopolis et Véligosti, voir N. A. Bees, Oriens Christianus, NS, IV, 1915, pp. 265-263, — Pél. byz. p. 112, et supra, 98. (3) Sur Krestaina, cf. supra, pp. 348-349. A 5 km à vol d’oiseau au sud-est de Christianou se trouve le village de Véristia, sur lequel nous revenons plus bas, p. 442. (4) Village important appelé aujourd’hui officiellement Chôra ; la carte française donne le nom de Khoraes au canton où se trouve Lygoudista, cf. Philippson, Peloponnes, p. 342. Dans les listes d’ALBERGHETTi, II, p. 698 : Ligudista. On dit p. 125 : Ligudisca, dans le territoire de Navarin ; — Recensement de 1689, , aussi Lygouditsa. (5) Cf. E. Gerland, Neue Quellen, p. 281 : (6) M. Vasmer, Die Slaven, p. 145 n° 1, du slave p. 125 ; Agoreliiza, dans le Recensement de 1689, , . « Alberghetti, p. 125 : Scarminga. C’est Aurelitsa dans les listes d’ALBERGHETTi, II, p. 700, n° 51. brûler ».
LA MESSÉNIE 431 des cartes anciennes, que se trouve le fleuve de Moderi : le portulan de Battista Agnese donne le nom Amuderi, De Fer celui de Muderi à un petit cours d’eau au nord de Navarin-le-Vieux : c’est jusque-là que, en 1410, Venise crut pouvoir étendre son pou¬ voir sur des territoires que lui offrait le prince Genturione II, offre d’ailleurs sans lendemain. En face de Gargalianoi se trouve l’île de Protè qui a été longtemps désignée par le nom italien de Prodano, mais a repris aujourd’hui son nom antique nous l’assimilons avec le Prothi du rapport de Nicolas de Boiano, avec le Prothis cédé à Jean Laskaris Kalophéros, sans doute aussi avec le Proti de la réponse du Sénat de Venise aux ambassadeurs du prince à laquelle nous venons de faire allusion (1), enfin avec l’île de Pruseo reconnue au prince par les Vénitiens en même temps que l’île Sainte-Marie de Port-de-Jonc, qui doit être Sphactérie (2). Plus loin encore vers le sud, passant de la province actuelle de Triphylie à celle de Pylie, on rencontre, à mi-chemin entre Lygoudista et la baie de Navarin, Platanos dont le nom, peut-être antique, n’a pas changé depuis le moyen âge. Très petit village aujourd’hui, il a appartenu successivement à Nicolas de Veroli, aux deux Nicolas de Saint-Omer, enfin à Jean Laskaris Kalophéros (3). C’est aussi le Platana donné aux Misito, avec Romannus, dont le nom est celui d’un hameau : Romanou, dépendant d’Osmanaga, aujourd’hui Koryphasion c’est aussi le nom d’un petit fleuve côtier que la route de Gargalianoi à Navarin traverse sur un pont appelé Pont de Romanou par la carte française (4). Dans les environs de Platanos, à l’est sont les villages de Kato et Apano Kremmydi qui rappellent Cromide et peut-être Garimidia (5), et à un kilomètre au sud, le village de Niklena ou Iklaina (6) c’est le Nikline ou Nichline de nos textes. La forme Iklaina s’explique par aphérèse de assimilé à la lettre finale de l’article et doit venir de : ; : (1) ... a flumaria nominata la Moderi per rectum caminum per quod itur de prodi Mothonum usque ad flumariam Bordicoli, transeundo per ante tabernam que est ecclesie Nichline versus castrum portus Zoncli usque ad marinam, Sathas, Doc. inéd., I, p. 40. Prodi sans majuscule comme l’a transcrit Sathas n’a pas de sens ; nous traduisons : du fleuve appelé la Moderi tout droit en suivant le chemin qui va de Protè à Modon jusqu’au fleuve Bordicoli, en passant devant la taverne dépendant de l’église de Nikline, et du côté du château du port de Jonc, jusqu’à la marine ; indications qui délimitent une bande de terrain allant de la Moderi au nord jusqu’au Bordicoli ( ?) au sud vers Modon, comprise entre la taverne mentionnée et la marine » sur la côte Sur les de la baie de Navarin. Les Portulans grecs, éd. A. Delatte, pp. 213, 267, 268, donnent la forme . cartes des xviie-xvme scièles, généralement Prodano. De Fer donne à une seule île les noms de Prodano, Protè et Sphacteria. Ewliya-Celebi, VIII, p. 309, dit : l’île de Braca, appelée Pradana par les Francs, est inhabitée. (2) Hopf, II, p. 61 B. Sur Protè, aujourd’hui déserte, cf. Valmin, Messénie, pp. 141-145. Comme nous l’avons signalé ci-dessus en citant l’exemple de De Fer, les voyageurs et géographes du xvne siècle ont parfois confondu Protè et Sphactérie, cf. W. A. McDonald, ., III-IV, 1958-1959, pp. 66-81. (3) Plaiano dans les listes d’ALBERGHETTi, p. 125 ; de même dans le recensement vénitien de 1689, , II, p. 702, n° 71. C’est un hameau dépendant d’Iklaina ; cf. Rangavès, Hellenika, p. 574, — Dragoumès, « » « Chroniques de Morée, p. 246. (4) Cf. Curtius, Peloponnesos, II, p. 183 et la carte de Valmin. (5) Krommydi sur la carte française. Cremidi du recensement vénitien de 1689, , Le pluriel casalia Caramidia dans le testament de Nicolas Acciaiuoli s’explique par le fait Haut II, qu’il y a p. 700, n° 54. deux villages, et Bas. (6) Iclona, près de Zochio, sur la carte de Battista Agnese. Alberghetti, Recensement vénitien de 1689, p. 700 n° 69, et la carte française, Niklena ; p. 125, donne la forme Iclena , le la forme officielle est ’. 29
432 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Niklaina, nom d’origine grecque (1). L’identification ne fait aucun doute : Nikline doit se trouver à quelque distance de la baie de Navarin et de la route qui passe dans la plaine. « Niclines » est cité dès 1212 comme dépendant de l’évêché de Coron. Mais c’est surtout au xve siècle que les textes vénitiens en parlent. En 1407, les Grecs incendient Nikline. En 1423, Adam de Melpignano en fit don avec Molines à Venise, acte contre lequel le prince Centurione II protesta vivement, déclarant que ces deux terres dépendaient d’Androusa et relevaient donc de la principauté. Les Grecs s’en étaient emparés, mais le despote consentit à rendre Nikline et Molines avec Saint-Élie à Venise (2). Le nom de ce village a fait naître une confusion avec la ville médiévale de Nikli en Arcadie : en 1403 la princesse, veuve de Pierre de Saint-Supéran, d’une part, Centurione Zaccaria seigneur d’Arkadia et « vice-gérant de la principauté d’Achaïe » d’autre part, informent le doge, par des lettres datées de Patras, que Louis Morosini, episcopus Niclinensis peut entrer sans obstacle en possession de son évêché qui lui sera consigné avec tous les revenus dont il fut doté par les princes d’Achaïe (3). Louis Morosini est connu comme évêque de Modon : le 6 avril 1394, Venise l’avait recommandé à Saint-Supéran, demandant au prince de lui assurer la possession intégrale des biens de l’évêché et c’est seulement en 1407 qu’un autre évêque, Antoine Correr, est mentionné (4). L’existence d’un évêque de Nikli à cette date est invraisemblable, cette mention serait unique depuis la perte de la ville par les Francs et sa destruction à la fin du xme siècle. Nous admettons comme certain que Louis Morosini, nommé dès 1394 au siège épiscopal de Modon, obtint en 1403 la possibilité d’entrer en possession de la totalité des biens et probable¬ ment des terres de Nikline au sujet desquelles s’était produite quelque contestation. Un peu au sud d’Iklaina ou Niclena, Pyla est établi sur une terrasse dominant la plaine à l’est et au fond de la baie de Navarin (5). Ce lieu compte sous les noms de La Pila ou la plaine de Pilla parmi les biens de Marie de Bourbon en 1361, et entre ceux dont fut gratifié Jean Laskaris Kalophéros. A l’est de Pyla se dresse un petit sommet, haut seulement de 616 mètres mais bien dégagé la carte française le nomme Pic de Koumbès et de part et d’autre on lit répété Hagios Ilias, nom d’un hameau au nord-ouest, d’une colline voisine au sud-est ; Philippson (6) donne les noms de Koumbès et de Hagios Ilias au pic lui-même. Hagios Ilias est très répandu dans la toponymie en Grèce, mais c’est le seul point de la carte de Messénie où il soit mentionné. Il n’y a , ; (1) C’est un nom de femme en -, de formation régulière ; le nom des habitants reste : XXXVIII, D. I. Georgakas, ’, 1948, p. 21, cf. M. Vasmer, Die Slaven, p. 163, n° 20. Si le nom vient bien du féminin de -, on ne peut cependant le faire dériver du nom de Nicolas de Saint-Omer, comme le veut S. Kougéas, Glolta, I, 1909, p. 101, car Niclines est déjà mentionné en 1212. Il n’y a rien de XXVIII, 1916, de commun enfin avec la ville de Nikli en Arcadie quoi qu’en disent P. Zerlentès, ’, , p. 278, et N. K. Alexopoulos, p. 113. (2) Cf. Thiriet, Régestes, II, n°s 1906, 2065, 2107. (3) Predelli, Commemoriali, III, pp. 292-293, — Iorga, Notes et extraits, I, p. 119; les documents, datés de l’indiction XI, sont du 21 juin 1403 et non 1404 comme le dit Hopf, II, p. 67 B. (4) Hopf, II, pp. 54 A, 69 B ; en 1407, l’archevêque de Patras, par l’intermédiaire de son envoyé à Venise, André de Smaninis, offre de réparer, après accord avec l’évêque de Modon, Antoine Correr, Nikline incendié par les Grecs en 1404. p. 125, qui (5) Petit hameau dépendant de Navarin. Il est mentionné par Alberghetti, la ressemblance l’identifie avec Pylos : Pilla, olim Pylus. (6) Cf. Philippson, Peloponnes, pp. 350-351 ; la carte ne porte que le nom H. Ilias. à cause de
LA MESSÉNIE 433 plus aujourd’hui de village ainsi nommé ; bien que nous n’ayons pas visité le site ni pu vérifier s’il y avait des vestiges du moyen âge, nous pensons cependant qu’il convien¬ drait bien au Saint-Élie cité par les textes vénitiens. Ce sommet surveille en effet la route directe qui vient de Nèsi et bifurque ensuite vers Port-de-Jonc et vers Modon (1). Le despote Théodore l’avait pris avec Molines, mais restitué au prince ; le château était tenu par le beau-fils d’Adam de Melpignano qui le céda à Venise en même temps qu’Adam offrait à la Commune Molines et Nikline en 1423. Malgré les réclamations du prince, Venise garda ces terres, puisque, en 1425, elle y établit des Albanais et, en 1430, affirme à l’empereur son intention définitive de les garder (2). Au sud, tout près de la route qui, passant au pied du Saint-Élie, se dirige vers Modon, le village de Kynègos, pillé par les Grecs en 1418 en même temps que Spanochori, Avramion et Niklaina, a gardé son nom (3). La route de Modon à Coron traverse, au fond du golfe que ferme le cap Gallo — l’antique Akritas — le petit port de Taverna, aujourd’hui Paralia de Lachanada, puis atteint une petite plaine en bordure de laquelle se trouve le village de Grizi, aujourd’hui ofïïcilement Akritochori ; près de là sont dispersés des vestiges d’une agglomération antique et byzantine, et un peu au nord, dominant la route au point où elle entre dans une gorge, se dressent les ruines d’une petite forteresse antique réparée au moyen âge et à l’époque moderne (4). C’est le Grixo ou Grigio des portulans italiens (5), le Grizès des portulans grecs (6) ; il est cité par Niger, on le retrouve dans les listes d’Alberghetti (7). C’est un des noms de lieu qui reviennent le plus souvent dans les actes vénitiens du xve siècle, une des positions que le Sénat a le plus tôt et le plus souvent exprimé la volonté d’acquérir les trois places qu’il convoite sont Port-de-Jonc, Manticori sur lequel nous reviendrons plus bas, et Grizi il est désigné simplement par son nom ou par l’expression lieu ou village de Grizi (8) ; la réponse faite le 27 août 1407 à André de Smaninis ambassadeur de l’archevêque de Patras explique , : ; Il y a un autre Saint-Élie près de Vounario-Kastelia, cf. ci-dessous, sur la côte orientale, mais il n’y d’apparence que ce soit le Saint-Élie dont il est question au moyen âge. Le nom est parfois rapproché de celui d’Arkadia, comme en témoignage D. M. Niger, Géographie, p. 327 : Cyparissia... quam incolae modo Philatram sive S. Heliam vocant. Niger a confondu ici Arkadia avec Philiatra, à 12 kilomètres au sud-ouest, ce qui enlève toute valeur à cette indication. (2) Le lieu est cité sous les formes : castrum S. Helie ou fortalicium Sancie Elie. Cf. Sathas, Doc. inéd., I, pp. 150-151, 154-155, 176, n°s 90, 93, 112, III, pp. 273, 323, 336, — Thiriet, Régestes, II, nos 1906, 1954, 2065, 2107, 2209. Il est très probable que c’est le même lieu qui est désigné dans le rapport de Nicolas de Boiano par l’expression la montagne de Santa Lya. II, p. 698 n° 19 : (3) Sur la carte française : Kynigou, ruiné. Recensement vénitien de 1689, , (1) a pas Chinigù. (4) Valmin, Messénie, pp. 157-158, décrit les lieux et donne les références des auteurs anciens ; on peut ajouter Philippson, Peloponnes, pp. 356, 376. La petite plaine s’appelle Grizokampos, qui est aussi le nom d’un hameau dépendant de Lachanada. (5) Kretschmer, Die italienische Portolane, p. 635 A. (6) Portulan grec II, éd. A. Delatte, p. 214. (7) D. M. Niger, Géographie, p. 328 : Castellum vulgo Grisum — Alberghetti, p. 125 territoire de Modon ; — Recensement vénitien de 1689, , II, p. p. 698 n° 16 : Crichi. : Chrichi, (8) En latin Grisum, locum ou casale Grisi, Grisii ou Grixii. En ce qui concerne l’étymologie, on a rapproché Grizi du slave griza qui signifie boue, mais le toponyme Griza existe à Syros où il n’y a pas de nom slave ; il est plus naturel de penser à une origine italienne, de grigio, gris, qui donne en grec , cf. Vasmer, Die Slaven, p. 162, n° 15.
434 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES bien les raisons de l’intéiêt de Venise pour Grizi c’est qu’il est entre Coron et Modon (1). Venise ne réussit à l’occuper de façon définitive et sûre qu’après 1421, les Grecs ou leurs mercenaires albanais l’ayant pris en même temps que Lacanatia et Cosmina qui sont aussi entre les deux villes vénitiennes (2). C’est en effet dans le voisinage qu’il faut situer les deux villages Lacanatia ou Canada, ou la Cannata dans le rapport de Nicolas de Boiano, et Cosmina, mentionné également par Sphrantzès (3). On peut identifier le premier avec Lachanada ou Lachanades situé à peu de distance au nord ouest de Grizi (4) la Cosmina ou la Chosmina de Nicolas Acciaiuoli, que Venise avait essayé d’acquérir en même temps que Grizi dès 1401, alors qu’elle appartenait à Rosomica (5), est-elle Lagomini, hameau ruiné de la carte française, situé un peu plus au nord sur la route de Navarin à Kastelia ? C’est possible bien que ce site ne soit pas exactement « près de Vounaria », comme le dit un document vénitien (6) il n’existe plus de village de ce nom aujourd’hui. Grizi est mentionné bien avant le xve siècle c’est lu Grisu du rapport de Nicolas de Boiano il est énuméré parmi les biens que Nicolas Acciaiuoli possédait en Messénie, mais dans son testament sont cités simulta¬ nément le casale Grisi et le casale Gricij il est difficile pour expliquer ce doublet d’admettre une erreur du notaire dans un acte tel qu’un testament qui a été relu et corrigé comme l’attestent les rectifications dans les dernières lignes; c’est pourquoi nous avons émis l’opinion que la forme Gricij pouvait évoquer le nom de Gritséna, la Grite, qui n’est plus cité à cette époque (7). Mais nous considérons comme un seul et même lieu le Grizi convoité par Venise, le casai Grisi ou del Grigio, fournissant du sel, : : ; ; : ; , : de Nicolas Acciaiuoli, lu Grisu de Nicolas de Boiano. Avant de conclure et de passer à la côte du golfe de Coron, il est nécessaire de se demander si l’on peut préciser l’emplacement des fiefs concédés à la princesse Agnès remariée à Nicolas de Saint-Omer, Glyky et Maniatochori, cités avec Platanos (8) nous savons où est Platanos d’après la chronique de Morée, Maniatochori est près de : (1) Sathas, Doc. inéd., I, p. 20 : ... castrum Zoncli, Grisum, Canadam , et Cosminan et alia casalia que sunt inter Coronum et Mothonum et quia forent intra territorium nostrum et viderentur nobis utilia ..., et de même II, p. 27 (22 avril 1401)... locus Grisii est médius inter Coronum et Mothonum et locus Cosmine est prope ilium locum qui dicitur Vunaria. Cf. la lettre du 31 mars 1416 à André Foscolo, ibid., I, p. 58 : ... loca Zoncli, Grisii Régestes, II, pp. 17, 73, et Mantichorii sunt vicina et in corde locorum nostrorum Coroni et Mothoni, cf. Thiriet, ioi3, 1282, 1608. 142, (2) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 109-112, n° 75, et p. 116, cf. Thiriet Régestes, II, pp. 188, 196, nos 1808, 1849. En 1423 au contraire, Grisi et Manticori sont vénitiens et Venise conteste que Molines, Nikline et Saint Ëlie dépendent du prince, cf. Sathas, Doc. inéd., I, pp. 154-155, n° 93, cf. Thiriet, Régestes, II, p. 210, n° 1906. (3) Sphrantzès, IV, 19, CSHR, p. 407 : Thomas Paléologue part de Kalamata et passe , .. Marathi est Port Marathy de la carte française entre Grizi et le cap Gallo. D. M. Niger, Géographie, p. 328, mentionne également Cosmena et Petalidi comme des châteaux près de Coron. (4) Cf. Philippson, Peloponnes, p. 356. Il est cité par Alberghetti, p. 125 : Lacanades dans le territoire de Modon. Lakhanadaes sur la carte française. (5) Hopf, II, p. 66 B. Château de Cosuma dans l’inventaire des biens de Nicolas Acciaiuoli en 1354. Cosmina fut donnée en 1357 à Jean Siripando. (6) Cf. ci-dessus n. 1. Vounaria est sur la côte orientale de la presqu’île de Messénie à environ 12 km. 5 à vol d’oiseau. Beaucoup de villages de ce canton sont signalés comme ruinés sur la carte française ; le chemin de Navarin à Kastelia indiqué par celle-ci est remplacé sur les cartes modernes par un autre un peu plus au nord par Memerizi, aujourd’hui Kallithéa, et, par Longa. (7) Cf. supra , pp. 420-421. (8) Chron. gr., v. 8069-8070.
LA MESSÉNIE 435 Modon ou de Coron puisque Nicolas de Saint-Omer y avait construit un fort contre les Vénitiens (1), et c’est un des points que Venise manifesta le plus souvent le désir d’acquérir au début du xve siècle avec Grizi et Port-de-Jonc. La Chronique de Morée l’appelle Maniatochori, mais semble considérer le nom plutôt comme celui d’une région, chôva que d’un village (2) les documents vénitiens usent surtout de la forme Manti corium pour désigner un village avec un château (3). En définitive, seule la Chronique grecque dit Maniatochori (4) ; on peut se demander dès lors si cette forme n’est pas une interprétation d’un nom original plus proche de Manticori que donnent les autres textes. Le fait que les villages dont les noms ont disparu aujourd’hui sont cités normalement avec d’autres qui existent encore nous aide à les situer approximative¬ ment. Maniatochori-Manticori (5) est proche de Platanos, de Navarin, de Kynègos, de même que Glyky (6) ; il est également cité avec Navarin, Grizi, Lachanada, et proche des cités vénitiennes tous ces lieux doivent donc être dans un canton assez étroit , ; : autour de Navarin et de Modon. On peut d’autre part tirer de ces discussions la conclusion que Venise, pour la défense de Coron et de Modon, s’est efforcée d’acquérir en Messénie essentiellement deux groupes de villages ou de châteaux situés tout près de ces deux places ou entre elles. C’est d’une part Navarin. Manticori et Grizi, dont deux sont identifiés; Manticori a toutes les chances d’avoir été dans les mêmes parages. C’est d’autre part Nikline, Saint-Élie et Molines; ce groupe, que le prince réclame comme dépendant d’Androusa doit donc être situé au nord du précédent, mais nous ne pouvons en identifier avec certitude que Nikline-Niklèna on doit supposer que Saint-Élie n’en est pas éloigné, et c’est pourquoi nous avons émis l’hypothèse que le souvenir s’en serait conservé dans le Hagios Elias que nous avons signalé à quelque distance au sud-est ; quant à Molines, au xive siècle cette terre appartient aux Misito (7) ; c’est sans doute le Morlendi ; vv. 8094-8095. Gela exclut l’hypothèse de J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 635, qui avec le village de Maniati, prés de Valtetsiou dans la province de Mantinée ! (2) L. de la conq., § 554 : la maison de Maniatecor ; — Chron. gr., v. 8069 K : (1) Chron. gr., l’identifie « » . : . 8094 dans les trois ms. : . (3) Sathas, Doc. inéd., I, pp. 27, 40, 55-60, etc. : locum ou casale Manticori, 75 : Manlhicorii, 150 : Montecorii, — II, 193 : Montecordi. C’est probablement le Mamitocori, territoire de Navarin, des listes d’Alberghetti, p. 125, le Manctoghori du Recensement vénitien de 1689, territoire de Modon, , II, p. 700, n° 32. Il n’est pas mentionné ultérieurement. (4) On retrouve une forme analogue dans la donation de terres à Jean Laskaris Kalophéros, cf. supra, p. 258 ; le texte émanant de la chancellerie d’Amédée de Savoie ne peut, il est vrai, prétendre à donner une forme sûre du toponyme. (5) Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 244-249 propose, à cause de l’expression employée par la Chronique grecque, de le situer dans la région où est le village actuel de Ghôra, cf. supra, p. 430, n. 4 : l’argu¬ ment est sans portée. en tout cas pas Niklèna comme le pensait Dragoumès, op. cil., p. 246. Quelles que soient Glichi, Gliczi, Gliczi, Glegi, il faut d’autre part le distinguer de Grizi. Une étude récente de P. Topping, A Frankish Estate near the Bag of Navarino, Hesp., XXXV, 1966, pp. 427-436, a établi de façon certaine que Maniatochori et Glyky devaient se trouver dans le voisinage de la baie de Navarin, près de Pyla et de Mésochori (Misochori sur la carte française à mi-chemin du Nouveau Navarin et de Modon). (7) Dans la liste de 1391, le village compte 40 feux. Ce site ne peut être confondu avec le Molineti cité par la partitio Romaniae : nous acceptons la correction proposée par D. Jacoby, Trav. et Mém., II, 1967, nom d’un couvent de Constantinople ; il s’agirait pp. 245-246 Molineti serait une erreur pour , (6) Glyky n’est les formes du nom : :
436 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES attribué à Jean Laskaris Kalophéros ; enfin Adam de Melpignano, le dernier seigneur, le cède à Venise (1). Le nom évoque celui d'un moulin, en grec ; on a cherché s’il n’y avait pas dans la région un toponyme présentant une consonance analogue. Or plus loin vers le nord, au nord du mont Ithôme, se trouve le village que la carte française appelle Myla et près duquel s’élèvent les ruines d’un petit château dont nous parlerons plus bas. N’est-ce pas le Molines que nous cherchons ? Contre cette identifi¬ cation, généralement adoptée, on peut faire valoir deux arguments ; d’abord la situa¬ tion de ce village est trop éloignée, le rapprochement constant dans les textes vénitiens des noms de Molines et de Nikline rend peu probable qu’une grande distance sépare , inexactement transcrit par ces deux places ; et d’autre part le nom grec est la carte française, et ce nom de Mêla ne peut pas désigner un moulin. En bref, à notre avis, le Molines du moyen âge devait se trouver quelque part au nord-est de la baie de Navarin, mais ne semble pas pouvoir être identifié de façon plus précise (2). b) côte du golfe de Coron. — On ne retrouve pas sur la carte le village de Saint Georges près du cap Gallo (3). Caracopi, situé à deux milles de Coron, est le hameau de Characopi (Charakopeion), au nord-ouest de la ville (4). Sur la côte orientale de la presqu’île messénienne, Vounaria tout près de Kastelia, au point où l’ancien chemin venant de Navarin par l’intérieur arrive à la mer, rappelle le Vounario ou Vounaria situé à 5 milles de Coron, que les Turcs dévastèrent en 1401 et que les Vénitiens fortifièrent (5). Près de là se dressent deux collines dont l’une haute de 144 mètres porte une chapelle de Saint-Élie, l’autre, appelée Goulas, des restes insignifiants de fortifications médiévales (6). Nous ne croyons pas que la première soit le Saint-Élie non d’un village et mais de propriétés ( villae ) de monastères constantinopolitains, Molivôton, Pantokrator autres. (1) Les textes publiés par Sathas, castrum Doc. inéd., I, pp. 150, 154-155, 176, l’appellent alors le Moline ou molendinorum. malheureusement pas d’éclaircissement (2) Les textes et les cartes des xvne et xvme siècles n’apportent très net sur la localisation de Molines, ni même sur la confusion possible entre Molines et Mêla. Pacifico, Descrizzione, p. 71, cite Molina ou Molinetla, en l’assimilant à l’antique Messène et au Monte di Vulcano, et semble donc le situer assez loin vers le nord, mais pas forcément au nord de Ithôme ; Alberghetti, p. 127, mentionne Milocastro dans le territoire d’Androusa sans qu’on puisse tirer de conclusion sûre du contexte. Les cartes donnent généralement deux fois le nom Molina, d’une part dans la presqu’île messénienne, au centre ou dans la moitié sud — seule position donnée par Battista Agnese et Cantelli da Vignola, d’autre part au nord-ouest de Kalamata, et parfois en outre un Molineto au bord de la mer au sud-est de Kalamata. On sait que ces répétitions ne signifient pas qu’il y ait eu sûrement plusieurs villages de ce nom : elles ne permettent pas d’éliminer toute incertitude pour la localisation d’un nom ; mais elles laissent possible d’admettre qu’il a existé un Molines, aujourd’hui disparu, dans la région que nous indiquons. (3) Mentionné en 1278, Tafel et Thomas, Urkunden , III, p. 326. (4) Caracopi est cité dans les documents vénitiens en 1401, Sathas, Doc. inéd., II, p. 21, — puis par Alberghetti, p. 126 : Caracapio. (5) Sathas, Doc. inéd., II, p. 23 (Thiriet, Régestes, II, p. 17, n° 1013) ; c’est probablement le même qui est désigné, p. 73, en 1402, sous le nom d’Avonaria. Cf. Hopf, II, pp. 66 B, 67 B. Le nom est aussi Vunaria chez Alberghetti, p. 126. (6) Philippson, Peloponnes, pp. 360, 376. Buchon, Grèce et Morée, p. 453, signale deux châteaux, un sur chaque sommet, et, plus loin vers l’intérieur un autre appelé Kastro-Frankiko, c’est le Palaiokastro Francesiko de la carte française, à l’ouest de Pétalidi. On peut s’étonner, au passage, qu’aucune indication ne permette de savoir si le site de Pétalidi, où l’on situe l’antique Koronè, était occupé au moyen âge. V. dans Valmin, Messénie, p. 172, une vue des villages Kastelia et Vounaria, fig. 35, et pp. 175-180, sur Pétalidi.
LA MESSÉNIE 437 mentionné au xve siècle ; la description la plus exacte de la seconde signale d'ailleurs deux tours d’apparence vénitienne qui doivent dater de 1401 (1). Plus loin vers le nord, à l’ouest de Nèsi, le village d’Avramio ou Avramiou a gardé le nom que lui donnent les documents vénitiens ; mais il est important de noter qu’il est mentionné au milieu du xive siècle comme vénitien, en même temps que Munista, que l’on ne retrouve plus aujourd’hui : les habitants devant les exactions du chancelier de Coron s’enfuirent vers le territoire voisin de la principauté. Et si Avramio est l’objet de contestations ou de discussions entre Venise et Centurione II Zaccaria (2), ou entre Venise et le despote qui fait assiéger en 1417 le fort et veut en 1425 donner le village à un Grec de Coron (3), il n’est jamais question dans les textes d’une acquisition par Venise de ce village il faut donc supposer qu’elle l’a toujours possédé : la frontière devait passer entre Avramio et Chastemi où Centurione construi¬ sait un fort (4). Les ruines d’une modeste forteresse médiévale ont été signalées par Leake puis par Philippson un peu au sud, sur une colline dominant le petit fleuve côtier Vélika (5). C’est encore dans cette région qu’il faudrait placer Spanochori, pillé par les Grecs en 1418, en même temps que Niklaina et Kynègos. Il existe bien aujourd’hui un village de ce nom, mais beaucoup plus loin à l’intérieur, vers le nord, dans la plaine supérieure de Messénie à l’est de Méligala ; or en 1406, Venise fit remise de leurs impôts aux habitants de Spanochori (6), c’est donc qu’il était en territoire vénitien, et sur le passage d’une route venant de l’est et allant vers Niklaina et Kynègos. La présence au sud-est de Kalamata, sur la côte orientale du golfe, d’un village nommé Halmyros (7), nous invite à examiner la possibilité de placer dans cette région : certaines des terres concédées à Nicolas Acciaiuoli en 1336 : ces terres sont essentielle¬ ment situées dans les villages d’Armiro et de Calivia, il s’y ajoute des terres à Langada et Chimova ; l’acte de donation ne fournit pas d’indication sur la région. Armiro est en grec Halmyros et peut être celui que nous venons de citer. Le nom de Kalyvia est très fréquent dans la toponymie grecque ; on peut signaler cependant qu’il existe un (1) . N. Tod, JHS, XXV, 1905, p. 38 ; cf. Valmin, op. cil., p. 173 n. 38. (2) Venise voulait fortifier Avramion contre les Turcs, Centurione II veut s’y opposer et élève lui-même un fort à un demi-mille de là au lieu-dit Castemi , Sathas, Doc. inéd., II, pp. 42-44 : Lauramii, — 73 : montes Lavremii et Muniste, — 155-156 : Auramio ; — Iorga, Notes et extraits, I, p. 114. Cf. Hopf, II, pp. 66 B 67 A : Avramio est aussi situé « près de Kisterna ». (3) Hopf, II, pp. 78 B, 83 A. (4) Auramio dans les listes d’Alberghetti, p. 126, fait en effet partie du territoire de Coron à la fin du xvne siècle, bien qu’il soit plus proche de Kalamata et d’Androusa. Alberghetti cite aussi ibid., Castemi : c’est le Khastemi de la carte française, aujourd’hui officiellement Leukochôra. (5) Leake, Travels, I, p. 397 ; — Philippson, Peloponnes, p. 350 : palaiokastro situé à un kilomètre en amont du pont sur lequel la route de Nèsi à Navarin franchit le Vélika. Ces ruines ne sont pas indiquées sur la carte française. (6) Sathas, Doc. inéd., II, p. 155. doit être transcrit correctement Halmyros et non Almyros comme le font les cartes. Un peu (7) " plus loin au sud-est et à mi-pente se trouvent les villages portant le nom de Mikrè et Mégalè Mantineia (Mandi nia) : on suppose que ce nom a été apporté d’Arcadie par des réfugiés chassés par les invasions slaves, cf. G. Fougères, Maniinée, pp. 598-599, — Pél. byz., p. 61. Nous ne l’avons pas rencontré avant le xve siècle, où on le trouve chez Sphrantzès, I, 40, II, 2, IV, 15, CSHB, pp. 122, 133, 388, — Chalcocondyle, IX, CSHB, pp. 447, 471, — dans les listes de châteaux des Annali veneii de Stefano Magno, — dans le Portulan grec II, éd. Delatte, p. 214, — sur la carte de Battista Agnese.
438 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES hameau de ce nom près de Kalamata. Le plus curieux est que Ton rencontre dans le Magne, sur le versant occidental, deux villages appelés l’un Langada, l’autre Tsimova, aujourd’hui Aréopolis (1). La présence dans la même région de plusieurs noms réunis dans le même acte constitue évidemment une présomption assez forte en faveur de l’identification de ces villages, mais on voit la conclusion qu’il faudrait en tirer c’est que les Francs pourraient avoir des terres dans le Magne ; bien que cette région fût en principe sous l’autorité des Grecs, le gouverneur de Mistra ne semble pas avoir contrôlé effectivement toute la province en dehors des forteresses qu’il tenait depuis 1262. L’épisode d’ailleurs de la prise de Kalamata par des Slaves de Giannitsa, en 1295, confirme cette situation, le gouverneur déclinant toute responsabilité dans cette entreprise qui est le fait d’éléments quasi autonomes Giannitsa, sur les conforts du Taygète domine de haut Kalamata et la plaine on voit bien ici que le territoire de la principauté s’arrête tout près de Kalamata, dès que le relief commence. Mikromani, ou le Petit-Magne, doit s’opposer de toute évidence au Grand Magne. Les Francs avaient en effet construit dans la presqu’île de ce nom un château qu’ils appelèrent le Grand-Magne il fut livré aux Grecs en 1262. Mais après cette date, un village appelé Magne simplement est cité au moment de la prise de Kalamata par les Slaves de Giannitsa, et en 1361 dans le rapport de Nicolas de Boiano ; l’identifi¬ cation est confirmée par la liste des fiefs de 1377 ; en 1391, il compte quarante feux et est tenu par le despote. Maina est encore cité par Sphrantzès et surtout dans la liste de 1467, distinct de « Maina grande » alors ruinée (2). Le chiffre très réduit de la population donné en 1391, montre bien qu’il ne s’agit pas sous ce nom de la presqu’île du Magne tout entière mais bien d’un petit village qui, en 1391, avait été repris par les Grecs. Aujourd’hui où l’appellation de Grand-Magne a disparu, on dit Magne pour la presqu’île et, pour le village près de Kalamata, Mikromani (3). C’est entre Kalamata et Mikromani que se trouve Katsikova qui rappelle le Catzicova de l’héritage de Lise des Quartiers passé à Nicolas Acciaiuoli, mais situé probablement en Élide (4). : : ; : c) intérieur de la Messénie. — Plus loin vers le nord, sur la bordure orientale de la plaine, le village de Pèdèma garde son nom médiéval ; il est cité pour la première fois à notre connaissance par Sphrantzès en 1428 avec le Magne parmi les terres cédées à Constantin Paléologue ; le nom apparaît encore dans la première liste de châteaux de Stefano Magno (5) ; il n’est donc pas attesté pour la période qui nous intéresse directement, mais la colline qui domine au sud-est le village actuel de ce (1) Cf. Philippson, Peloponnes, pp. 217, 228, 249, 252. p. 125, cite un Langada dans le territoire de Modon. Il faut noter, il est vrai, que Alberghetti, (2) L. de la conq., §§ 741-742 : Maigne, le plain de Maigne; — rapport de Nicolas de Boiano, fol. 63 : le massarie de Calamata Magna et la Pila; — Appendice A, I, II, III b, infra, pp. 690, 692, 693 ; — Sphrantzès, II, 2, CSHB, p. 133. Une indication reste peu claire ou inexacte : en 1416, le prince a donné à un Génois Cosanna et Maina, que l’on situe à 9 milles de Coron, alors qu’il y a au moins 40 km. par terre, 30 km. par mer de Kalamata à Coron : Thiriet, Régestes, II, pp. 145-146, n° 1624. Stefano Magno cite en 1463 et 1467, Maina grande, infra, pp. 693, 694. (3) La carte de Battista Agnese donne Magni au nord de Kalamata. En turc Coutchoukmani ou Kutchuk-Maina, d’après Pouqueville, Voyage, P. Kalonaros, Chron. gr., p. 129, n. ad v. 3039. (4) Cf. supra, pp. 340-341. (5) VI, p. 51. Cf. J. Longnon, L. Pidina, Pidimia, Apidimia, v. Appendice A, III a-c, infra, p. 693, 694. de la conq., p. 295 . 1 ; —
LA MESSÉNIE 439 nom porte les ruines d’une forteresse médiévale (pl. 107, et fîg. 18) (1); de quand date-t-elle ? A-t-elle été construite par les Francs ou par les Grecs ? Nous inclinerons à croire que, comme Gardiki, c’est une forteresse grecque élevée vers 1300 ; c’est peut-être celle que tenaient, en 1374, les frères du défenseur grec de Gardiki. On com¬ prend que, de là, les troupes du despote aient pu facilement venir occuper Mikromani avant 1391. Vers l’ouest, dans une vallée de l’autre côté du mont Psoriari, se trouve le couvent d’Andromonastèrion une tradition veut qu’il ait été fondé par Andronic Paléologue à qui est attribuée le fondation de tant d’églises on peut se demander si cette tradition ne vient pas ici du nom même du couvent (2) qui n’est pas expliqué, non plus que celui d’Androusa l’on ne sait pas la date exacte de sa fondation sa curieuse église n’est pas antérieure à 1204 (3), mais le nom existe avant le règne d’Andronic II, puisque, en 1342, Nicolas Acciaiuoli possède une terre que dicitur de Andromonasterio dont on trouve mention également dans son testament, casalia Andrimoni (4). Aucun texte ne mentionne le village de Samari, ni la belle église byzantine située à quelque distance, : : ; ; laquelle l’époque franque ajouta un clocher (5). Mais à l’ouest, à mi-distance de Lantzonato, un sommet haut de 700 m. porte les vestiges d’une petite forteresse d’âge indéterminé, qui peut remonter à l’antiquité et avoir été remaniée au moyen âge ; à dans son nom curieux de Saflaouro nous reconnaissons volontiers celui de Saoulaouros qui fait partie des biens cédés à Constantin Paléologue en 1428 (6). Plus loin vers le nord, sur une des collines basses qui marquent le seuil entre la plaine supérieure de Messénie et la région côtière d’Arkadia, les tours d’un château ruiné surveillent encore les routes qui, venant du sud-est ou du nord-est, vont vers la côte occidentale. La colline est de forme assez douce, mais suffisamment dégagée pour voir à une certaine distance. La situation n’en est pas exacte sur la carte fran¬ çaise, car elle ne domine pas la vallée de la Valyra ou Mavrozouménos, mais celle d’un de ses affluents de droite, à trois kilomètres environ du confluent, exactement au sud du village de Vasiliko qui n’est pas marqué sur la carte et immédiatement au nord de Mêla (7). Peut-on identifier ces ruines encore notables, sinon très vastes (pl. 106, (1) Pidima dans le territoire de Kalamata, d’après les listes d’Alberghetti. Sur la carte française, il est indiqué sous le nom Pidim. Ces ruines sont signalées par Leake, Travels, I, p. 477, — Valmin, Messénie, p. 52 et fig. 2. L'école grecque, (2) Le nom est donné sous des formes variées Andro ou Andriomonastèrion. G. Millet, pp. 146 n. 2, 192, a adopté Andricomonastiri. C’est la première qui nous semble la forme originale, puisque c’est celle des textes du xive siècle, bien que nous ayons eu l’occasion d’entendre sur place la suivante. (3) Voir notre album Retour en Grèce , éd. 1949, n° 61 : l’église comprend en réalité une partie construite sur plan en croix grecque précédée de cinq nefs parallèles raccordées par un second transept doublant le premier qu’il déborde de part et d’autre. Cf. S. Oikonomakès, Tà , p. 53, — A. Petridès Epeirotès, , , I, 1886, . 7, — . A. Bees, , VI, 1901, . 394-396, — et la description très rapide de Ph. Versakès, . ., 1919, pp. 92-95. (4) Buchon, Nouv. rech., Il, pp. 111, 175. (5) Cf. infra, p. 589. Samari est aujourd’hui officiellement . (6) Le site est décrit, mais non nommé par Valmin, Messénie, p. 69. Est-ce le même château que Salauro vel S. Laureo de la liste de 1463 ? L’ordre des noms dans la liste peut servir d’argument, il est en effet près de Gribeni-Grebeni et de Pidima qui sont en Messénie. Sur la carte de Battista Agnese, on lit Saluara ( ?), , mais plus loin vers le sud. En grec , dans une note d’un journal de Kalamata, , du 14 mars 1960. (7) Ces ruines sont signalées par Leake, Travels, I, p. 78, sous le nom de Mila, — Gell, Journey , p. 189, et Itinerary, p. 60 Mylae, — Dodwell, Tour, II, p. 354, qui les appelle Klephtokastro ou Milokastro, — :
440 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES , et fig. 19) ? Le nom du village voisin, sous la transcription inexacte qu’en donne la carte française : Myla, a suggéré un rapprochement avec le château de Molines que son dernier seigneur céda au xve siècle à Venise ; mais en fait il n’a rien de qui serait l’équivalent de Molines ; de plus, on l’a vu, commun avec le mot grec 6 devait loin vers le sud. Il est beaucoup plus légitime de dernier château plus être ce reconnaître dans ces ruines le Châteauneuf construit dans le val de Calame par la princesse Isabelle ; destiné à protéger les habitants des villages de toute la région jusqu’à Arkadia contre les Grecs de Mistra et de Gardiki, il devait être logiquement situé dans le passage qui permet d’aller facilement de la plaine supérieure de Messénie vers l’ouest. Sous le nom Néokastro, il est cité par Sphrantzès (1) entre Aétos et Ithôme ; sur la carte de Battista Agnese, on lit Mocastro (qui doit évidemment être corrigé Néocastro) entre Pidima et Arkadia (2). Enfin le caractère archéologique des ruines ne s’oppose nullement à l’identification de Châteauneuf avec le kastro de Mêla, que nous pouvons considérer comme sûre. Dans la liste de 1391, Molines est cité entre la Turcada et le Gravenil, qui, comptant respectivement 100 et 200 feux, sont des agglomérations assez importantes. Dans celle de 1377, ces mêmes lieux se retrouvent sous les noms des châteaux de la Turchata et de Grebeni. On ne peut localiser le premier ; le second, plus souvent cité, a pu être replacé sur la carte : il figure dans les archives Acciaiuoli vers 1354, — c’est croyons-nous la plus ancienne mention — sous la forme Grebeni, et dans Sphrantzès : Grempeni, juste avant Karantza (3). Ce dernier nom sous la forme Garantza se trouve tout au nord de la plaine supérieure de Messénie : au pied des premières pentes est une agglomération, une autre plus haut au nord-est, nommées aujourd’hui officielle¬ ment Kato et Ano-Melpeia ; près de là on a signalé une hauteur appelée , qu’on peut considérer sans hésitation comme le Grebeni du moyen âge (4). Les ruines d’une forteresse (pl. 80,3-81) dominent le village inférieur : est-ce le château de Grebeni? Nous avons signalé, il est vrai, que cette position importante correspondait à nos yeux parfaitement à ce que devait être le château de Dimandra, le village Pouque ville, Voyage, VI, p. 44 : Mylè. Cf. Blouet, Exp. scient, de Morée, I, p. 275, — Atlas, pl. XV, en donne une vue sous le nom de Palaioklephto. (1) Sphrantzès, II, 2, CSHB, p. 133. L’hypothèse de Buchon, Recherches, I, p. xlii, qui l’assimile au Nouveau-Navarin, qu’on appelle aussi Néokastron, n’est pas soutenable ; la partie sud de la baie appartenait d’ailleurs à Venise. Un autre Chastel-Neuf est mentionné dans la liste de 1377 ; mais, cité entre La Oréole (Riolo) et Le Flacto (?) il ne peut être confondu avec le Châteauneuf de Messénie. (2) Signalons au passage sur cette carte le nom de Spitagli, un peu plus au sud : c’est Spitali mentionné parmi les possessions cédées à Constantin Paléologue en 1428, entre Pèdèma à l’est de la plaine messénienne et Saoulaouros, qui doit être Saflaouro situé à l’ouest. Mais il n’y a pas de mention de ce lieu antérieure au xve siècle. (3) V. Appendice, A I, II, infra, pp. 691, 692 ; — Longnon et Topping, Documents relatifs au régime des terres, Document n° VI ; — Sphrantzès, II, 2, éd. Grécu, p. 278 n. D. M. Niger, p. 342, l’identifie avec l’Ithôme. Les cartes anciennes donnent des indications incertaines : Battista Agnese place Grebeni au nord de Sidéro kastro, au sud-ouest de Kaiapha. En général les cartes placent Grebeni à côté de Moceniga, tout à fait au sud de la plaine messénienne ; ces deux noms sont parfois répétés : G. Cantelli da Vignola et Bouttats donnent un second Gebeni plus loin au nord, De Fer et Blaeu répètent au contraire Moceniga près de Grebeni au nord. Grebeni comme Gardiki est d’origine slave, cf. Vasmer, Die Slaven, p. 161, nos 10, 13. (4) Sur la carte française : Garenza, et, dans la plaine, Bogazi. Kalyvia de Garenza. Le site de est signalé par W. A. Mc-Donald et R. Hope Simpson, AJ A, LXV, 1961, p. 234, n» 31. Le rapprochement avec le Grebeni médiéval a été fait par Longnon et Topping, ibid.
LA portant MESSÉNIE 441 nom étant situé à peu de distance au nord-ouest. Cette difficulté ne nous paraît pas insurmontable : car le château de Dimandra n’est mentionné que dans la période antérieure au milieu du xive siècle, alors qu’aucune source ne parle de Grebeni qui cité vers 1354, n’est appelé château de Grebeni qu’en 1377 ; on pourrait supposer que, si les villages ont existé de façon continue, le château a porté d’abord le nom du premier, puis qu’on a pris l’habitude de lui donner le nom d’un autre village qu’il dominait exactement mais dont il ne reste aujourd’hui de souvenir que sous la forme d’un lieu-dit (1). C’est encore dans la Messénie septentrionale entre Grebeni et Châteauneuf qu’on est tenté de chercher Saint-Archange, cité dans les mêmes listes, documents ou textes ; le nom a disparu, mais il est possible d’en reconnaître le site à l’est du village de Konstantinoi : une petite éminence porte une chapelle des Saints-Taxiarques ayant appartenu à un couvent avec quelques vestiges de fortification (2). Mais, en définitive, il faut constater que, si nous connaissons un nombre exceptionnel de noms de lieu pour la Messénie médiévale, beaucoup ne peuvent être identifiés et localisés, par Dergano-Dragami, Machona-Amacona. On ne peut exemple Petoni-Pittone, davantage situer Mostenitsa, siège de la maison des Chevaliers Teutoniques : on hésite à rapprocher ce nom de celui de Mocenigo ou Moceniga que les cartes anciennes placent, soit sur la côte du golfe de Messénie, soit plus loin vers le nord, souvent au voisinage de Grebeni. Mais l’assimilation des deux noms n’est pas sûre et la localisation de Moceniga, nom aujourd’hui disparu, reste incertaine (3). Nous pourrions également, comme nous l’avons fait pour d’autres régions, relever les vestiges qui restent anonymes pour voir s’il est possible de leur attribuer l’un ou l’autre de ces noms. En fait l’exploration de la Messénie faite par M. N. Valmin, puis par W. A. McDonald et R. H. Simpson nous en dispense ; le seul palaiokastro qui, à notre avis, a pu être utilisé au moyen âge est celui de Tsoukaleïka, à la bordure orientale de la plaine supérieure de la Messénie ; mais il entre dans cette catégorie de ruines absolument indatables dans laquelle nous avons rangé la forteresse de Kaly dona ou celle de Valtesiniko un mur de 2 m. à 3 m. 50 d’épaisseur fait de deux pare¬ ments de blocs grossiers entre lesquels sont entassées des pierres plus petites, entoure un espace d’environ 200 m. sur 300 ; c’est une place de refuge plutôt qu’un habitat, peut-on penser, d’après la rareté des tessons de céramique (4). Il est curieux de noter que certains toponymes correspondent à des noms de personnages du xive siècle, évidemment grecs. De même que le nom de Voulkano est à la fois un toponyme et un nom d’homme, nous relevons dans la liste des biens de l’évêché de Modem, Murmura, qui est proche du nom de plusieurs personnages ce : (1) Sur Dimandra, v. supra , pp. 384, 388, et pour la description des ruines, p. 654. Dimandra et Garantza font partie de deux circonscriptions différentes, l’éparchie de Triphylie et celle de Messène, comme dans Alberghetti, pp. 127 et 131, Garanza est dans le territoire d’Androusa, et Dimandra dans celui d’Arkadia. Il se peut que le changement supposé du nom du château corresponde à des modifications terri¬ toriales dans la principauté dans le cours du 2e quart du xive siècle. (2) Gf. Valmin, Messénie , pp. 93-94. L’identification, proposée par Longnon et Topping, ibid., est plausible, bien que les vestiges de fortification nous paraissent relativement peu anciens. (3) Gf. la note ci-dessus. Peut-être faut-il reconnaître aussi ce nom dans celui de Lostenicho parmi les terres cédées à Jean Laskaris Kalophéros. (4) Cf. Valmin, Messénie, pp. 71-73, fig. 9-10.
442 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES d’ origine grecque sans doute : Jean Murmurus protovestiaire un peu avant 1336, et Georges Murmurus en 1361 (1), — parmi les noms de villages connus depuis le xviie siècle et existant toujours, celui de Véristia, que portent plusieurs personnages au xive siècle (2). Le territoire de Kalamata de 1205 à 1430. — A l’aide de ces remarques de détail, pouvons-nous préciser les limites de cette « province de Kalamata » qui correspond en gros à la Messénie antique, et son histoire territoriale ? Toute cette partie du Pélopo nèse fut occupée par les Francs en 1205, au plus tard en 1206 après la prise des forteres¬ ses de Modon, de Coron, de Kalamata et d’Arkadia, et après la victoire remportée dans l’olivette de Kountoura. Presque aussitôt, Venise revendiqua les deux ports de Coron et de Modon, points d’une importance capitale à ses yeux comme escales sur les routes maritimes de l’orient le traité de Sapientsa en 1209 régla les rapports entre la jeune principauté et la Commune et fixa la limite des territoires que celle-ci allait occuper pour plus de deux siècles et demi. D’après le texte du traité, comme d’après les allusions des documents vénitiens du xive et du xve siècle, il nous paraît évident que ces territoires ne formaient pas un ensemble continu mais s’enchevêtraient avec les terres de la principauté et constituaient deux enclaves l’une avec Modon, l’autre avec Coron. On a admis on interprète en effet le texte du traité comme en général l’opinion contraire fixant la limite entre les terres vénitiennes et celles de la principauté suivant une ligne partant du petit fleuve côtier qui se jette dans la baie de Navarin en face du milieu de Sphactérie, sans doute le Pésili, pour aller tout droit jusqu’à la côte orientale de la presqu’île ou port « Sinati » ou « Sinaci » qu’on identifie comme une forme du nom antique d’Asiné, donc un peu au nord de Coron construit sur le site d’Asiné (3). Il n’y a pas de texte, à notre connaissance, qui permette d’identifier « Sinati » ; mais on ne tient pas compte du fait que le traité définit d’une part le terri¬ toire de Modon, puis celui de Coron il indique d’abord la part de Geoffroy de Villehardouin qui reçoit terram... a flumine quod cadit in porto Zunci per mediam parvam insulam positam in poriu(m) el sursum rede usque ad porium Simari (ou Sarmari ), puis il précise la part de Venise et distingue d’une part... civitatem Mothonis cum tantum de suis pertinentijs quantum includit fluuius suprascriptus et sursum recte usque ad portum Sinati (ou Sinaci ), d’autre part ...civitatem Coroni cum suis pertinentijs et catapanis cum suis vero pertinentijs que sunt de r ali )one et civitatis Coroni. Ce texte n’implique pas que les territoires des deux cités soient d’un seul tenant, tout au contraire, puisqu’on a pris la peine de définir successivement et de façon distincte ce qui appar ; : : , , , (1) Buchon, Nouv. rech., I, p. 72 ; — rapport de Nicolas de Boiano, fol. 68. Nous avons signalé, il est vrai dans une autre région, Manuel Mourmouras, qui dédia l’église de la Trinité à Kranidi en Argolide en 1245. (2) Cf. supra, pp. 240, 260, . 1, 266, n. 3.. Le village est cité par Alberghetti : Vrislia dans le territoire II, p. 707, n° 162 : Véristia. Sur la carte française, d’Arcadia, par le Recensement vénitien de 1689, , Sur notre carte, pl. 4, Véristia a été placé par erreur trop loin à l’est, sur le site du Verestia ; en grec, ,,. village de Koutiphari, mentionné d’ailleurs lui-même sous la forme Gontiphari dans l’inventaire des biens de Nicolas Acciaiuoli, Longnon et Topping, Documents relatifs au régime des terres, Document n° IV ; Véristia est, à vol d’oiseau, à 5 km. de Ghristianou, cf. supra, p. 430, n. 3, à 5 km. 5 à l’ouest de Koutiphari. (3) Gf. Hopf, I, p. 239 a ; — W. Heyd, Histoire du commerce dans le Levant, I, pp. 271-272, etc. Voir de même les cartes historiques, en dernier lieu H G, h.m.a., IX, 1, pp. 536-537. Le texte du traité est publié par Tafel et Thomas, Urkunden, II, pp. 96-100, n° 207.
LA MESSÉNIE 443 à chacune des villes. De plus il n’y avait pas un gouverneur vénitien commun, mais des administrations distinctes pour les deux villes. Enfin et surtout le témoignage des textes est formel Grisi, Lachanada, qui sont situés entre les deux places, appar¬ tiennent à la principauté jusqu’au premier quart du xve siècle Venise a négocié pendant des années pour les obtenir. On peut en conclure que le territoire de Modon ne faisait qu’une petite enclave allant au nord jusqu’au golfe de Navarin, restant au sud-est en deçà de Lachanada. Du côté oriental, Venise tient Coron, Vounaria et Avramio ; aucun nom de lieu sur cette côte n’a jamais été cité comme faisant partie de la principauté, le seul lieu pour lequel il y ait eu des contestations, qui doit se trouver à la limite des possessions vénitiennes est Avramio Venise devait donc tenir ici une étroite bande côtière allant de Coron au voisinage de Nèsi ces territoires étirés le long de la côte étaient exposés aux actes de piraterie des populations de la région d’en face sous l’autorité théorique du despote de Mistra cela explique que les châtelains se soient si souvent plaints des déprédations commises par les Grecs du Magne. Vers 1430, les possessions vénitiennes devaient s’étendre jusqu’au nord de Port-de-Jonc, de Niklaina et d’Avramio, et constituaient un tout continu ; c’est pourquoi le Sénat de Venise autorisa alors les châtelains de Coron et de Modon, quand ils voulaient se se rendre d’une ville dans l’autre, à emprunter la voie de terre, alors que jusque-là elle leur était interdite et qu’ils ne pouvaient faire le voyage que par mer (1). Vers l’intérieur, au nord et à l’est, les limites de la région que le xme et le xive siècles appelaient du nom de Kalamata, ne nous apparaissent que peu à peu, à mesure que les événements, les conflits avec les Grecs, la construction de forteresses nous les révèlent, et surtout après 1262 et la formation d’une province grecque en Laconie. On constate alors que Sidérokastro et Dimandra, au nord, sont situés par les conten porains dans la Skorta ; que la forteresse de Gardiki, construite après 1264, est grecque que vers l’est enfin, Giannitsa, à quelques kilomètres de Kalamata, échappe à la domi¬ nation franque et est hors de la châtellenie. La province est donc plus petite que la Messénie antique, elle ne comprend pas les collines ni les versants des montagnes de la Skorta au nord, ni les pentes de la chaîne du Taygète et ses contreforts à l’est, contrairement au principe auquel nous sommes habitués et qui fait coïncider les frontières avec la ligne des sommets ou du partage des eaux. Par contre, il est possible que les Francs aient gardé des terres dans le Magne occidental. Cette région, sans avoir pour la principauté tout à fait la même importance que les plaines occidentales, doit cependant en être considérée comme une des provinces essentielles. Ce qui en fait l’intérêt, c’est d’abord la fertilité et la richesse de son sol favorisé par le climat le plus doux de toute la Grèce (2) nous n’hésitons pas à souligner ces qualités naturelles du pays car elles sont signalées par la Chronique de Morée : la plaine de Kalamata notamment fut appréciée par les chevaliers occidentaux, Kalamata fut la résidence préférée de Guillaume de Villehardouin, comme Nèsi, celle de sa fille Isabelle. Cette région d’autre part n’est fermée qu’à l’est par la haute muraille du Taygète ; elle communique facilement avec la Skorta et avec l’Élide tient : ; : : ; ; : Thiriet, II, juin 1428), cf. supra , p. 291. Voir notre article Tà , II, Kalamata 1967, . 20-31. dans (2) Sur les capacités de production de cette région, voir Philippson, Peloponnes, p. 379, — H. Lehmann, Über die potentielle Volkskapaziiàt des Peloponnes , pp. 15-16, 58-59. (1) Régestes , , p. 250, n° 2094 (14
444 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES par la côte et par de nombreux sentiers de montagne, comme ceux que suivit Farinée qui vint livrer la bataille de Makryplagi. Le passage vers le centre de la Morée par le défilé de Makryplagi est relativement aisé par là, on peut atteindre en venant soit d’Arkadia, soit de Kalamata ou de Nési, le bassin de Mégalopolis, c’est-à-dire au moyen âge Véligosti, ou Léontari, ou vers le nord, Karytaina. C’est aussi par là que passe la route la plus commode pour la Laconie et Mistra Sgouromallis en 1292 se rend de Kalamata à Mistra en passant par Léontari ; les conquérants turcs en 1460 ; : suivent cet itinéraire en sens inverse. Au contraire aucun texte ne fait allusion à une traversée du Taygète par le passage assez rude de la Langada de Trypè, bien connu des touristes d’aujourd’hui. Enfin la Messénie, placée à l’angle sud-ouest de la Morée, a un long développement de côtes et ses baies peuvent constituer des ports d’escale fort utiles sur les routes maritimes allant de l’Adriatique vers la Crète, Byzance ou l’Orient c’est la raison qui décida Venise à garder Coron et Modon, oculi communis capitales pupila oculi de la République ces ports vénitiens, sans doute bien aménagés et protégés contre les pirates, ont attiré à eux la part la plus importante du trafic et aucun autre n’a joué le même rôle il n’y en a pas au fond du golfe de Messénie, où la côte est plate et sablonneuse ; à l’ouest, Arkadia est une forteresse plus qu’un port, la rade de Navarin ne semble pas avoir été utilisée ; elle était beaucoup plus vaste qu’il n’était nécessaire pour les navires et les flottes de cette époque, et le site de Vieux-Navarin, excellent pour une forteresse, ne se prêtait pas au développement d’une ville marchande, car il n’a pas de relations faciles avec l’intérieur. Cette région fut le fief concédé à la conquête à Geoffroy de Villehardouin avec ses deux forteresses principales de Kalamata et d’Arkadia. C’était, sans aucun doute, quand Geoffroy une des seigneuries les plus riches et les plus vastes de la principauté devint prince, elle forma une châtellenie dont Kalamata était le centre. Au point de vue ecclésiastique, le vaste territoire était partagé entre les évêchés de Modon et de Coron dont le ressort correspondait aux anciens évêchés grecs augmentés chacun d’une moitié de l’ancien archevêché de Christianoupolis supprimé en 1222 ; bien que résidant en territoire vénitien, les évêques avaient leur place dans la hiérarchie féodale de la principauté et dépendaient donc du prince comme vassaux. C’est seulement à la fin du xive siècle que l’on constate l’existence d’un évêque grec résidant effecti¬ : , ; : ; vement à Modon. Une seule baronnie fut créée dès l’origine en Messénie, celle de Gritséna, qui, il faut bien l’avouer, est très mal connue un seul texte la situe dans la région de Lakkos et l’on ne sait rien de ses seigneurs. La vie de la province fut parfaitement paisible jusqu’en 1262, on ne signale ni incidents, ni construction de château. Mais la situation changea après la chute de Constantinople et la formation de la province grecque de Morée. Ces faits eurent pour conséquence l’établissement de nouveaux seigneurs et firent bientôt de la Messénie une province frontière. Le prince Guillaume distribua en effet dans cette province restée intacte des terres à des seigneurs réfugiés de Constantinople et qu’il désirait retenir auprès de lui, et à des seigneurs de Morée dépossédés par les cessions qu’il avait dû faire pour recouvrer sa liberté et par les progrès des Grecs. C’est ainsi qu’est constituée la baronnie d’Arkadia pour Vilain d’Aulnay ; un peu plus tard, Jean de Nivelet, dépos¬ sédé de Géraki, dut recevoir des terres en Messénie, Geoffroy de Durnay ayant perdu Kalavryta, devint baron de la Grite, c’est-à-dire de Gritséna. ;
LA Où étaient situées ces baronnies ? MESSÉNIE 445 De celle de Gritséna, on sait seulement qu’elle était au nord, dans la région appelée Lakkospar les Grecs. Arkadia a toujours été connue. Mais il nous faut dire quelques mots sur la baronnie de Nivelet. Ce nom apparaît comme le nom de terre du seigneur qui reçut une baronnie en Tsaconie où il construisit le château de Géraki (1). La chronique française lui attribue quatre fiefs, la grecque, six. Ce chiffre est aussi celui que donne la chronique aragonaise, mais elle les situe « en divers lieux » ; elle nomme Jean et non Guy de Nivelet et lui attribue la construc¬ tion du château de Fanari (2). Il est très probable que ces indications correspondent à une époque postérieure à 1262. La baronnie de Nivelet n’a plus comme forteresse principale Géraki, tôt reprise par les Grecs et Jean, successeur de Guy, a reçu, en compensation, des fiefs dispersés : faut-il admettre qu’il construisit sur les bords de l’Alphée le château de Fanari qui appartenait au seigneur de Yostitsa en 1364, c’est-à-dire à Nerio Acciaiuoli ? C’est ce qu’affirme le Libro de los fechos En tout cas, la baronnie revint au domaine après l’exécution du dernier baron de Nivelet en 1316 (3), et le prince Louis de Bourgogne la donna à Dreux de Charny qui épousa l’héritière de la baronnie de Vostitsa (4) nous avons signalé l’obscurité qui entoure ces faits. C’est sans doute la réunion de ces deux baronnies, qui passèrent ensemble plus tard à Philippe de Jonvelle qui avait épousé Guillemette de Charny (5), puis avant 1359 par achat à Marie de Bourbon, enfin en 1364 à Nerio Acciaiuoli, à qui les Navarrais les prirent, qui a suggéré l’idée que la baronnie de Nivelet était voisine de celle de Yostitsa (6). Mais il faut constater deux faits : d’abord ces divers seigneurs de Nivelet tiennent tous Fanari qui est sur les bords de l’Alphée ; ensuite et surtout Nicolas de Boiano dans son rapport de 1361 indique très clairement que, après avoir visité la baronnie de Vostitsa, il se rend dans la province de Kalamata, dans « les terres de Nivelet », et nomme à ce propos des lieux certainement situés en Messénie. Il faut conclure que le Libro de los fechos doit être exact quand il dit que la baronnie de Nivelet se compose de fiefs dispersés en divers lieux, puisqu’elle comprend réellement, semble-t-il, Fanari sur l’Alphée, mais que les terres les plus importantes devaient être en Messénie, réparties de Molines à Grizi. La baronnie de Gritséna disparut avec les Durnay à la fin du xme siècle. Mais dans le courant du xive siècle fut donnée à Nicolas Acciaiuoli dans le « val de Calame », ; . : une baronnie, qui en est peut-être l’équivalent et qui réapparaît dans son testament sous le nom de « Gricij », tandis que les Misito étaient titulaires d’une autre baronnie dont Molines fut le centre. Les biens des Acciaiuoli furent pris par les Navarrais ; (1) L. de la conq., § 128, — Chron. gr., v. 1936, — Cron. di Morea, p. 428. « Ceux de Nivele cités par le L. de la conq., § 87 parmi les réfugiés de Constantinople en Morée sont-ils de la même famille que Guy de Nivelet ? C’est une hypothèse plausible mais à laquelle il est impossible de rien ajouter. (2) L. de los fech., § 122 : Et a micer Johan de Nivelet fue dado , en baronia, en diversos lugares , .vj. Cauallerias de terra et de villanos et fizo un castiello, el quai se clama Fanar. (3) Hopf, Chron. gr.-rom., p. 472-vi, suppose, après Guy, deux barons successifs du nom de Jean : l’hypothèse est probable étant donné la durée de 1262 à 1316, mais le nom de Jean n’est pas donné par les textes en 1316 : le Libro de los fechos, dit simplement el senyor de Niveleto, sauf § 624 où se trouve l’expression obscure Ricolichi de Niveleto soit que ce dernier baron s’appelât Nicolas, soit qu’il y ait confusion avec Nicolas de Dramelay qui se rallia aussi d’abord à Ferrand de Majorque. » (4) L. de los fech. § 624. (5) L. de los fech., § 681 ; — Du Cange, éd. Buchon, (6) Hopf, Chron. gr.-rom., p. 472-vi. II, pp.264-265.
446 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES quant aux Misito, une partie seulement de leurs biens revint au gendre et héritier de Jean II, Jacques Scazani dit Rosomica, seigneur de Kosmaina au xve siècle, les successeurs connus des Misito, dont nous ignorons s’ils leur sont apparentés ou si ce sont de nouveaux arrivants, furent Aimon de San Giorgio puis Adam de Melpignano, qui céda ses biens à Venise. La proportion des terres inféodées a donc dû augmenter dans le cours du xme et du xive siècle. Mais nous constatons d’abord qu’aucune famille d’origine occidentale ne fit souche dans le pays toutes disparurent très vite une seule, ou plus exactement deux qui fusionnèrent, les Aulnay et les Le Maure, peuvent être suivies du milieu du xme à la fin du xive siècle. D’autre part nous avons relevé plusieurs noms de familles grecques qui semblent avoir des rapports avec le pays c’est chose à peu près certaine pour les Misito, c’est probable pour celles qui portent des noms qui existent comme noms de lieu en Messénie Mourmouris ou Mourmoura, Véristia, Bulcano-Vourkano, il faut ajouter encore à la liste Jean Laskaris Kalophéros et son fils notons que ces personnages appartiennent tous non au xme mais au xive siècle, que la place tenue par les Grecs dans cette région n’a donc pas cessé de se développer (1). Dans le cadre de la principauté, la population a-t-elle augmenté ou diminué, s’est-elle déplacée ? Nous ne pouvons que proposer quelques remarques suggérées par la toponymie et par les conditions historiques. Aucun des noms de lieu ne nous a paru avoir une origine indiscutablement et exclusivement française ou italienne à l’exception de Port-de-Jonc et de Châteauneuf, qui devint Néokastro, les Francs ne semblent pas avoir fondé de villages ou de villes. On peut même citer une bourgade qui a perdu de son importance, c’est Christianoupolis elle avait perdu son siège archiépiscopal, et semble sombrer dans l’oubli, mais c’est un cas unique. On peut penser que dans la première moitié du xme siècle au contraire, le pays, jouissant de la paix, fut prospère et probablement plus heureux sous ses seigneurs francs que sous les fonctionnaires impériaux ou les administrateurs des grands propriétaires byzantins. La situation change sans doute à partir de 1262 l’autorité impériale grecque est rétablie sur le Magne et sur une partie de la Laconie, puis bientôt sur la Laconie tout entière. On ne garde pas le souvenir de véritables faits de guerre, à l’exception de la bataille de Makryplagi et de la tentative franque contre Gardiki. Mais il n’y a pas de doute que les terres riches de Messénie furent désormais souvent exposées à des coups de main, à des incursions de la part des populations établies sur les pentes des montagnes de Makryplagi et Gardiki jusqu’au Magne l’exemple le plus typique en est la prise de Kalamata par les Slaves de Giannitsa ; d’autres preuves en sont fournies par la construction de Châteauneuf pour protéger jusqu’à Arkadia et Modon les paysans sur lesquels les Grecs levaient des redevances, ou par la reconstruction d’un château par Nicolas Acciaiuoli, avec le même objectif nombreuses aussi sont les plaintes des ; : ; : : ; ; : ; : ; question importante est ici laissée de côté, car elle soulève des problèmes qui dépassent le cadre : c’est celle des grandes familles grecques antérieures à la conquête : Branas, Cantacuzène, Mélissène. D’après le traité de partage de 1204, les croisés semblaient avoir eu l’intention de prendre leurs biens, puisqu’ils sont mentionnés alors dans la part de Venise, qui fit en définitive partie de la principauté : leurs terres furent probablement confisquées, v. D. Jacoby, Les archontes grecs et la féodalité, Trav. et Mén., II, 1967, pp. 426-427 ; celles des Mélissènes furent occupées au xve siècle par les Paléologues, d’après le (1) Une de notre enquête Pseudo-Sphrantzès.
LA MESSÉNIE 447 châtelains vénitiens sur ces incursions et dépradations. Il s’y ajoute dans le cours du xive siècle l’activité redoutable de pirates catalans et surtout turcs. Cet état d’insé¬ curité, joint à l’augmentation du nombre des seigneurs établis en Messénie, explique la multiplication des châteaux. A côté des grandes forteresses de Kalamata, d’Arkadia, de Port-de-Jonc et d’Androusa, de petits forts sont construits à Aétos, à Mêla, sur l’Ithôme et en bien d’autres lieux. Mais on ne peut saisir aucun système défensif d’ensemble cela tient sans doute au fait que ces constructions sont l’œuvre de chaque seigneur sur ses terres, mais aussi au fait que la vraie ligne de défense eût été sur les montagnes orientales, comme elle était au nord assurée par Sidérokastro et Dimandra or ces montagnes échappaient au contrôle de la principauté ce sont les Grecs qui tenaient les forteresse de Gardiki, de Pèdèma et toute une série de gros villages comme Longaniko et Giannitsa. Enfin l’insécurité devint telle que, à partir de la fin du xive siècle, Venise inquiète de l’affaiblissement de la principauté, jugea nécessaire d’assurer la défense de ses deux places par l’occupation d’un territoire plus vaste elle s’efforça alors d’acquérir Port-de-Jonc qui dominait la rade dont elle possédait la partie sud et où elle redoutait par-dessus tout de voir s’établir sa rivale Gênes, et les villages qui séparaient Coron et Modon. Elle atteignit son objectif dans la décade qui précéda l’effondrement de la principauté. Il est difficile de déterminer exactement quel était alors le territoire vénitien il devait comprendre toute la presqu’île messé nienne jusqu’un peu au nord de Navarin. Il ne restait désormais comme témoins de la domination franque que quelques forteresses qui, à l’exception de Kalamata, d’Arkadia, et pour un temps, de Vieux-Navarin, furent vite abandonnées, tombèrent en ruines et, pour certaines, disparurent complètement sans même laisser leur nom. ; ; : : : 30

CHAPITRE Y LE PÉLOPONÈSE SEPTENTRIONAL L’ACHAÏE (Planches 5, 108-117) Le moyen âge n’a pas eu de nom spécial pour désigner la partie septentrionale du Péloponèse du cap Araxos à Corinthe. Le nom de Morée, dans son sens restreint, peut s’appliquer à l’Achaïe antique, puisque, d’après la liste des fiefs de 1377, Patras, Chalandritsa, Vostitsa sont situées en Morée, mais non Corinthe. Plus tard, les Vénitiens ont appelé toute la région Clarence ou duché de Clarence, Corinthe étant rattachée à la Petite Romanie ou Saccanie, c’est-à-dire à l’Argolide. Nous réunirons dans ce chapitre les territoires des baronnies de Chalandritsa, de Kalavryta et de Vostitsa et ceux qui dépendent de la grande place de Patras. Patras. — Dans le nord-ouest du Péloponèse, Patras garde le même nom que dans l’antiquité (1) ; son importance date de l’époque romaine et ne fait qu’augmenter aux xme et xive siècles, puis à l’époque moderne. Aussi la ville, la région qui l’entoure ont-elles été souvent visitées et décrites par les voyageurs et sont relativement bien mais la forme populaire employée (1) Le nom officiel actuel est le même que dans l’antiquité al , parla Chronique grecque est , (v. 1955) ; la forme couramment employée par les versions gén. française et aragonaise de la Chronique est Patras, c’est celle que donnent aussi les portulans, cf. Kretschmer, Die italienische Portolane , p. 634 B, et les cartes. Les Italiens en ont fait Patrasso. Parfois le nom se termine en x 1386, : Pairax dans Nicolas de Martoni, ROL, III, 1895, p. 661, — Patraix dans un document aragonais de Rubio i Lluch, Diplomatari , p. 625, n° 592. Mais, pour distinguer la ville moréote de celle qu’on appelait la Nouvelle Patras en Grèce centrale, sur le site de l’antique Hypata, on s’est servi de l’expression , Chron. gr., v. 3488. Edrisi l’appelle Batraf les Turcs, Badra ou Balibadra d’après Ewliya-Celebi, VIII, p. 286, — Balubatra d’après O. Dapper, Beschryving, 2e partie, p. 1, — Balabuira d’après Coronelli ; — Tour , I, pp. 113-114, transcrit le nom Patrasso , en turc Badra et Baîadura d’après Bouttats ; — Dodwell, grec Balia Badra , et le nom turc Badradschik.
450 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES connues elles ont fait, pour la période qui nous intéresse, l’objet d’une étude précise d’E. Gerland (1). Refuge de l’hellénisme pendant la période des invasions des vne et vme siècles, Patras avait vu élever son évêché au rang de métropole dès le début du ixe siècle. Ses murailles, qui avaient bravé les assauts des Slaves, ne semblent pas avoir offert une longue résistance aux Francs. Si le récit de la Chronique de Morée pour les débuts de la conquête reste douteux, il est certain cependant que Patras fut prise très tôt ; c’est sans doute ce qui explique qu’elle devint tout de suite le siège d’un archevêché latin, qui eut la première place en Morée, alors que pour les Byzantins ce rang avait été tenu par Corinthe. Patras devint également le siège d’une baronnie, la plus impor¬ tante de la principauté avec celle d’Akova, puisqu’elle comptait vingt-quatre fiefs elle avait à sa tête, vers 1230, Guillaume Aleman, qui avait été précédé par Arnoul, probablement. L’archevêché de son côté, dont le premier titulaire fut Antelme, reçut huit fiefs (2). Les relations entre le baron et l’archévêque ne furent pas excellentes, au moins au début il est vrai qu’Antelme avait de hautes prétentions puisqu’il avait réclamé le privilège de relever directement du Saint-Siège il eut des difficultés avec de nombreux seigneurs et avec le prince ; ces incidents ou querelles font connaître quelques noms de lieu et des détails intéressants. Par exemple, en 1209, l’archevêque se plaint que le baron, construisant son château, ait englobé dans les fortifications l’église Saint-Théodore où les archevêques se faisaient introniser et étaient enterrés (3). Les rapports furent plus calmes, semble-t-il, par la suite. Vers 1276, Guillaume II Aleman, ayant marié sa fille Marie à Jacques de Véligosti quitta le Morée (4) après avoir engagé la baronnie à l’archevêque. Celui-ci, réunissant les fiefs de la baronnie aux huit qui dépendaient de lui, se trouve être le plus puissant seigneur de Morée. On le constate au rôle que joua, à la mort du prince Guillaume II, l’archevêque Benoît qui fut un des exécuteurs testamentaires c’est lui qui accueillit le premier bail envoyé par le roi Charles Ier et lui rappela les coutumes du pays (5). Ses successeurs accomplirent cependant loyalement le service féodal vis-à-vis du prince jusqu’au début du xive siècle. Mais la situation changea avec Guillaume Frangipani dont l’épiscopat (1317-1337) coïncida avec l’époque où les Angevins éliminèrent de la principauté la princesse Mahaut de Hainaut en 1321, on le vit prendre la tête du mouvement qui offrait la suzeraineté de la Morée à Venise cette démarche n’eut pas de résultat et l’archevêque, tout en conservant des sympathies pour Venise dont il devint même citoyen le 30 janvier 1336, garda une attitude indépendante, bail du ; ; ; ; : ; : (1) Les descriptions anciennes les plus complètes sont celles de Wheler, Voyage de Dalmalie, II, pp. 8-21, et de Spon et Wheler, Voyage d' Italie, II, pp. 9-25, qui ont été souvent utilisées par leurs successeurs dont nous citons seulement O. Dapper, Beschryving, 2e partie, pp. 1-6, — Pockocke, Voyages, VI, pp. 205-210, — VII, p. 303, — Pouqueville, Voyage, VI, pp. 352-370, — Gell, Itinerary, p. 3, — Leake, Travels, II, pp. 130 144, — Dodwell, Tour, I, pp. 113-120, — Buchon, Grèce et Morée, pp. 520-522; — cf. Curtius, Peloponnesos, I, pp. 439-441, 453-454. Dans E. Gerland, Neue Ouellen, voir pp. 9-67 pour l’histoire, pp. 75-85 pour les dépen¬ dances de l’archevêché. Quelques indications utiles dans St. N. Thomopoulos, ‘ 1821, Athènes 1888, 2e édit. rev. par K. Triantaphyllos 1950. (2) Sur les barons et sur les débuts de l’archevêché, v. supra, pp. 91-92, 106-107. III, Ep., XIII, 164, PL, CCXVI, col. 340. (3) Innocent (4) L. de los fech., §§ 397-398. Sur les divers représentants de la famille et sur les réserves à faire à propos des indications fournies par la chonique aragonaise, v. supra, pp. 106-107. (5) L. de la conq., §§ 339-343, — Chron. gr., vv. 7847-7932. :
LE PÉLOPONÈSE SEPTENTRIONAL, l’aCHAÏE 451 prince Jean de Gravina en 1329-1331, excommuniant en 1330 les Catalans bien que Venise refusât de prendre part à la lutte contre eux. Mais il prit ouvertement parti en 1336 contre le bail Bertrand des Baux ; et celui-ci, quand l’archevêque mourut en 1337, en profita pour occuper les environs de Patras et assiéger la ville avant l’arrivée du successeur de Guillaume Frangipani. Cette intervention violente, loin de rétablir l’autorité du prince sur Patras, détermina le pape Benoît XII à déclarer à Catherine de Valois que Patras était «terre de la Sainte Église romaine » et ne dépendait pas de la principauté, et il alla, pour faire reconnaître ses droits, jusqu’à jeter l’interdit sur la Morée. La princesse céda, et l’on peut donc considérer que, à partir de cette date, Patras est indépendante (1) mais il faut noter que l’archevêque n’a pas vis-à-vis du prince la position d’un seigneur tout à fait indépendant en effet les fiefs de la baronnie de Patras doivent rester soumis aux services dus au prince, et en 1391 encore la baron¬ nie compte parmi les seigneuries laïques devant hommage au prince (2) ; de même, en 1408, lorsque l’archevêque céda Patras à Venise, les droits du prince furent réservés, les chanoines devaient continuer à assurer le service auquel ils étaient tenus envers le prince (3). Cependant l’archevêque eut certainement à partir de 1337 une politique et une attitude qui le distinguaient complètement d’un simple feudataire, intervenant au gré de ses intérêts dans les querelles qui divisent la Morée ; en 1344, Roger est à la tête du mouvement qui veut placer la principauté sous la suzeraineté de Jacques de Majorque (4) mais il garde de bonnes relations avec Venise dont il reçoit des armes, ; : ; car Patras doit se défendre des corsaires turcs. En 1351, Renaud de Lor se libère de l’influence vénitienne et prend parti pour Gênes mais, dès 1355, Venise obtient de lui le renouvellement de ses privilèges commerciaux. Les grands personnages dont le pouvoir s’exerce dans la principauté s’efforcent, il est vrai, de mettre la main sur le siège archiépiscopal en 1362, le prétendant Hugues de Lusignan essaie de s’emparer de Patras et les Acciaiuoli y installent successivement comme archevêque Jean Acciaiuoli en 1360, puis Ange Ier en 1365 et trente ans plus tard, Ange II Centurione II fît de même pour son frère Étienne en 1405. Cependant depuis longtemps les arche¬ vêques se sentaient gravement menacés non seulement par les ambitions des princes ou des prétendants, mais plus encore par les attaques incessantes et de plus en plus redoutables des pirates, surtout des Turcs et des Albanais ; dans leur embarras, la puissance vers laquelle ils se tournent comme la plus capable de les protéger est Venise au lendemain de la prise de Lépante par les Turcs, un premier appel est lancé à la Commune Étienne Zaccaria offre à nouveau Patras à Venise en 1402. C’est seulement en 1408 que la République se charge de l’administration de la ville, le territoire restant propriété de l’Église l’acte par lequel Patras était confiée à Venise est précieux, car il énumère non seulement la ville avec son château et son donjon, mais aussi les forteresses remises à la Commune (5) Venise s’empresse d’ordonner des travaux pour améliorer les fortifications de la ville (6). Cependant le Saint-Siège n’accepte pas la ; : ; : ; ; ; (1) Cf. supra, p. 242. (2) Liste des fiefs de 1391, cf. Appendice A II, infra, p. 392. (3) Gerland, Neue Quellen, pp. 83 et 169, Documents, IV, 5. (4) Du Cange, éd. Buchon, II, p. 224. (5) Gerland, Neue Qeullen, pp. 162-171, en particulier p. 164. (6) Sathas, Doc. inéd., II, p. 260, n° 524, 2 mai 1411 ; — Thiriet, Régestes, II, p. 99, b° 1417.
452 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES main-mise de Venise sur Patras en 1413, l’archevêque reprend possession de son siège. En 1417, il l’offre à nouveau à Venise qui l’accepte l’année suivante. Mais l’opposition intransigeante du Saint-Siège eut pour résultat la perte définitive de Patras ; bien que le nouvel archevêque, Pandolfo Malatesta, fût beau-frère du despote Théodore Paléologue, il ne put protéger la ville contre les entreprises des Grecs. Constantin Paléologue voulait prendre Patras ; il occupa successivement différents villages ou petits châteaux, Saravali, Krastikoi ; enfin, tandis que l’archevêque était en Italie pour chercher du secours, il obtint la reddition de la ville en 1429 et finalement aussi celle de la forteresse en mai 1430. Patras, après 225 ans, revenait aux Grecs à peu près au moment où la principauté tout entière disparaissait. De ces événements, on peut, au point de vue de l’histoire des constructions, retenir que la forteresse qui domine la ville (pl. 108-113 et fig. 23) a dû être transformée par le baron au début du xme siècle, puis les défenses en être renforcées au début du xve, quand Venise en assura l’administration. Elle devait être assez solide Patras put résister aux attaques d’Hugues de Lusignan, et surtout les Grecs n’obtinrent sa reddition qu’au bout d’un an de siège, de 1429 à 1430. Il est inutile de rappeler les événements de la vie de la principauté qui ont eu Patras pour théâtre (1). La ville était très active ; comme à l’époque byzantine, elle avait de nombreux ateliers ; son port exportait les produits du pays. Le commerce avec Venise devait y tenir la première place (2). La population, dont il est impossible de donner un chiffre même approximatif, comprenait à côté de l’élément grec qui en constituait la plus grande partie, des étrangers Italiens, Français, Allemands, peut-être même Anglais (3) ; il y avait aussi des Juifs comme sous l’empire byzantin (4). Outre le château où était désormais enfermée l’église Saint-Théodore, le monument le plus célèbre était la cathédrale consacrée à Saint-André, située près de la mer à une certaine distance de l’agglomération. Il y avait aussi d’autres églises de ce vocable Nicolas de Martoni signale, outre la grande située à un mille de la ville, celle qui avait été construite sur le lieu où le saint fut arrêté (5). Il décrit d’autre part la salle où il fut reçu par l’archevêque, longue de vingt-cinq pas et décorée de peintures représentant «l’histoire de la destruction de Troie » il devait donc y avoir un beau palais archi¬ épiscopal ; datait-il de l’époque byzantine ou avait-il été construit après 1205 ? On ne peut le savoir. Patras avait aussi une grande église Saint-Nicolas, faisant partie d’un couvent franciscain ; c’est là que le 28 février 1332 l’archevêque Guillaume Frangipani fulmina l’excommunication contre les Catalans (6) ; cette église près du château fut : : : : : (1) Cf. E. Gerland, (2) op, cit., pp. 78 (et suiv.) n. 4. en 1401, Voir E. Gerland, op. cit., pp. 91-92; marchandises il se trouvait à Patras pour 60 à 70.000 ducats de vénitiennes. (3) E. Gerland, op. cit., pp. 89. On peut l’inférer de la présence de quelques pennies anglais dans un trésor du milieu du xiii* siècle trouvé à Corinthe, cf. K. M. Edwards, Hesp., VI, 1937, p. 250. (4) E. Gerland, op. cit., p. 91. Sphrantzès, II, 4, CSHB, p. 138, cite un quartier et une «porte des Juifs » en 1429. (5) La cathédrale est bien hors de la ville d’après l’allusion d’lNNocENT III au danger des pirates, Ep. 169, PL, CCXVI, col. 342. Cf. Nicolas de Martoni, éd. Legrand, pp. 661-662. G. Wheler, Voyage de Dalmatie, II, pp. 12-13, dit qu’il y a plusieurs églises Saint-André ; l’ancienne métropole, près de la mer, était de son temps, en ruines, renversée sans doute par les Turcs. Toutes les églises anciennes de Patras ont été XIII, détruites par les guerres ou par les tremblements (6) Du Cange, éd. Buchon, II, p. 203. de terre.
LE PÉLOPONÈSE SEPTENTRIONAL, l’aCHAÏE 453 détruite en 1811 par l’explosion d’un magasin de poudre et reconstruite depuis (1). D’après le récit des événements de 1429, la topographie est claire le 4 juin, Sphrantzès rencontre Constantin Paléologue dans l’église Saint-André ; le lendemain, les notables sortent de la ville et viennent jusqu’à Saint-André offrir les clefs de l’enceinte, ou : puis tous se rendent dans la ville jusqu’auprès de l’église Saint-Nicolas mais la foule est alors exposée aux flèches des partisans du métropolite qui défendent et occupent également le palais archiépiscopal, la citadelle ou , (2). Saint André est donc à une certaine distance hors de la ville celle-ci limitée aux pentes de la colline du château devait être pourvue d’une enceinte fermée, qui justifie le terme de kastron, ville fortifiée Saint-Nicolas est près de la citadelle. Outre ces monuments, on sait que Patras avait un hôpital qui fut : ; : : ; réorganisé par les Cisterciens en 1273 (3). Tout près de la ville, le couvent de Hiéroko meion ou Gérokomeion, certainement antérieur à 1205, fut donné par l’archevêque Antelme en 1210 à l’abbaye de Cluny dont il se disait filius el alumnus. Les Templiers, il est vrai, réclamaient pour eux ce couvent ainsi que celui de Provata que nous n’avons pu identifier (4). Dépendances et environs de Patras. — Nous ne retraçons pas l’histoire de l’arche¬ vêché dans l’organisation de l’Église romaine en Morée. Rappelons seulement qu’il avait trois suffragants, Oléna, Modon, Coron, c’est-à-dire qu’il étendait son autorité sur tout le Péloponèse occidental (5) ; l’évêché d’Amyklai, qui dépendait au début de Patras, fut réuni dès 1222 à celui de Lacédémone l’Arcadie orientale fit donc partie dès ce moment de l’archevêché de Corinthe. Plus intéressant pour nous est de relever les noms de lieux à situer autour de Patras le texte le plus important est celui de l’acte de 1408 où sont énumérés les châteaux ou villages cédés par l’archevêque à Venise civitaies terras castra et loca archiepiscopaius Patracensis et specialiter donzo num castrum et civitaiem Patraxii Seravale Paulocastrum Castel de Ferro Sancto Elia la Torre de la Caminiça la Tor(r)e del Boscho lo Castriço el Catafigo cum li casali : : : , , , , , , , , , , , , (1) St. Thomopoulos, Patras , pp. 296 n. 2, 421, — E. Gerland, op. cit. p. 117 . 1. C’est sans doute celle que G. Wheler, Voyage} II, p. 10, appelle l’église dédiée à Saint-Jean, à Saint-Georges et à Saint-Nicolas, qui est un peu au-dessous de la montagne à l’occident ». (2) Sphrantzès, II, 8, CSHB , pp. 149-150. On retrouve ici l’équivalent de l’expression de l’acte de cession à Venise de 1408 : Donzonum , castrum et civitaiem Patraxii , E. Gerland, Neue Quellen , p. 164. (3) Martène et Durand, IV, pp. 1140-1141, Cap. gen. cisierc., 1273, § 18. F. Cerone, La sovranità napoletana, I. p. 233, dit qu’il était sur le modèle de celui de Clarence, ce qui est une hypothèse gratuite, reposant sur celle de Hopf, I, p. 293 n. 81, que l’hôpital de Clarence cité dans les Registres angevins appartenait « à l’ordre des Cisterciens. L’acte de donation a été publié par M. de Mas-Latrie, BECh, 2e série, V, 1848-1849, p. 312, et X, 1932, pp. 402 (et suiv.) n. 4. Sur les réclamations des Templiers reproduit par D. A. Zakythènos, , qui avaient des prétentions sur ce couvent, cf. Innocent III, Ep., XIII, 155-156, — XIV, III, PL, CGXVI, col. 331-332, 371. Les formes du nom de Hierokomeion sont Ierocomata, Gerakomita, Hierakomita ; en grec, Mélétios, Géographie , p. 362 B, l’écrit . (5) C’est sur ce point que l’étude d’E. Gerland, Neue Quellen, pp. 75-77 et les notes, est le plus discutable : il confond Oléna avec l’antique Olénos, opinion très communément répandue et dont E. Meyer, Pel. Wander., pp. 121 (et suiv.) a montré l’origine ; — il fait des erreurs sur l’extension des diocèses de Coron et de Modon, confondant l’ancien archevêché grec de Chritianoupolis en Messénie avec Véligosti en Arcadie, et datant la réunion d’Amyklai et de Lacédémone de 1245 seulement. (4)
454 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES pertinentie loco ; il faut y ajouter d’autres noms mentionnés par la Cronaca Dolfina Castel Cornaro Castel Buxiol Luverna et Calapilavi (1), et faire la comparaison avec les listes de fiefs celle de 1377 donne comme « forteresses de l’archevêque de Patras » les châteaux del Caclaficho dello Castri de Ferro sopra Patrasso de la Caminza della Terre del Bosco del piano de Patrasso celle de 1463 Camenizza vel Camomenizza Lastrana vel Listrenu Sidero Castro Camero Castro vel Cumero Castro Paleo Castro vel Paolo Castro Seravali ; dans celle de 1467, où l’ordre géographique semble moins rigoureux, on peut relever S. Elia, Listrena (ruiné)... Patras ,... Saravali Sidro Castro (tous deux ruinés), Curnaro Castro ,... Castrizzi ,... Paulo Castro enfin en 1471 sont cités Listrena (ruiné),... Patrasso Sanavalli Sidero-castro Cuzanaro-C astro, Castrizi Fanari de Malta Ancello-casiro Paulo-castro Camomenitza (ruiné) (2). Seravale, que Constantin Paléologue occupa le 5 mai 1249 (3), est le village actuel de Saravali, à quelques kilomètres au sud de Patras, au pied des montagnes le nom, d’origine italienne (4), est attesté de façon continue. Un peu plus au sud, Paulokastro est un hameau dans une petite vallée la carte française signale un palaiokastro sur une colline à l’est ; le nom peut être grec ou italien. Castel di Ferro ou, en grec, Sidérokastro est signalé par la carte française à l’est du précédent, près du monastère d’Omplos, mais il n’y a pas aujourd’hui de village de ce nom (5). Saint-Élie est un toponyme assez répandu pour qu’il soit difficile de l’identifier à coup sûr aucun village de la région ne le porte aujourd’hui et l’on ne voit pas de raison de l’assimiler avec celui d’Elékistra, comme le fait Gerland (6). La tour de Caminiça est évidemment le village actuel de Kaminitsa (sur le fleuve du même nom, l’antique Peiros), dont le nom d’origine slave, est souvent déformé dans les textes Caminza, Camomenitsa, Camomonia, mais toujours reconnaissable (7). D’après e : , , : , , , , , , , : , , , , : , , , , , , , , , ; ; : : (1) Cf. N. Iorga, Notes et extraits, I, 1, p. 267 n° 3, — ROL, IV, p. 582. (2) Cf. infra, Appendice A I-IV. On peut encore se reporter aux listes d’Alberghetti, relève Paulo Castro, Caminizza, Saravali, Cuunaro Castro, Casirici pp. 120-121, où l’on . . Aujourd’hui, . Gerland, Neue Quellen, (3) Sphrantzès, II, 6, CSHB, p. 145 pp. 280-281, adopte sur la foi des cartes anciennes la forme Saraveni dont use aussi Pouqueville, Voyage, IV, p. 372 ; il n’y a pas lieu de la garder puisque ce n’est celle ni du xive siècle ni d’aujourd’hui. Pockocke, Voyage, VI, p. 212, signale Seravalle à une heure de Patras, au pied des montagnes où est un vieux château : « qui est probablement » celui de Paulokastro. (4) Il y a un Serravale près de Trévise ; un personnage, Reynaldus de Seravallo, du diocèse de Trévise, habitant Clarence, cède des vignes près de Patras à Egidius de Leonessa en 1398, E. Gerland, op. cil, pp. 186 191, Documents n° vi, 8. (5) Les cartes de G. Gastaldi, Mercator, Bouttats, Blaeu, De Fer, De Fer place en outre, au sud-ouest de Sidra « Sidrocalno, Edrocalno », qui portent le nom de Sidro ou Sidra ; doit être un doublet. Sur la carte de Battista Agnese on lit Siderocast(r)o, ainsi que Serravagli et Camogniza (pour Saravali et Kamenitsa). (6) La liste de châteaux établie par Stefano Magno pour 1467, cf. infra, p. 693, cite S. Elia entre Tarse (probablement Tarsos) et Listrena : ce doit être le Saint-Élie dépendant de Patras, mais cela ne permet pas davantage de le situer. (7) Nous avons signalé ces formes ci-dessus. Sphrantzès, II, 8, CSHB, p. 148, écrit le nom , comme le Portulan grec II, éd. Delatte, p. 212, et Mélétios, Géographie, p. 363a. G. Wheler, Voyage de Dalmalie, II, p. 6, écrit par erreur Mamminizza, comme le signale O. Dapper, Beschryving, 2e partie, p. 9, en même temps que les formes Kamintza et Chaminicza. Les cartes et les auteurs du xvme siècle donnent Chaminiza Caminiza ou Caminizo, la carte française, Kamenitsa les listes officielles actuelles, . Ce village est devenu plus tard le siège de l’évêque d’Oléna, mais seulement après le xve siècle, et quand Andravida eut perdu toute importance ; cela a conduit tous les érudits à identifier Kamenitsa avec Olénos antique, cf. E. Meyer, Pel. Wander., pp. 121 (et suiv.) n. 2 ; sur le nom et son origine slave, cf. Papageorgiou, BZ, III, 1894, p. 289, et Vasmer, Die Slaven, p. 131 n° 48. : .
LE PÉLOPONÈSE SEPTENTRIONAL, l’aCHAÏE 455 Sphrantzès, c’était en 1429 un petit château tenu pour le prince par Joannikios Balotas il était bien placé pour surveiller à la fois la route le long de la côte et le débouché : de la large vallée où se trouvait, en amont, la baronnie de Chalandritsa. Le site de la terre du Boscho ou Bosco reste incertain ; à notre avis, elle doit être plus près de Patras, puisque l’énumération passe ensuite vers l’est et nous avons exprimé l’hypothèse que la terre du Bosco pourrait ne pas être distincte de celle qui la suit dans la liste de 1377, et est simplement appelé lo castello del piano de Pair asso (1). Pour identifier Castrico, Castri, Castrizzi, Chastrigi des listes de 1689, on peut hésiter entre deux Kastritsi modernes : l’un, au nord de Hagios Vlasis, officiellement Vlasia, l’autre beaucoup plus près et au nord-est de Patras (2) ; c’est le second qu’il faut sans doute retenir. Catafigo ou Cactaficho est une transcription du grec Kataphygion, le refuge, mais reste inconnu dans les environs de Patras (3). Castel Cornaro, transformé dans les listes, en Camero ou Cumero, Curnaro, et peut-être Cuzanaro, est très probablement devenu pour les Grecs Pournarokastro, c’est-à-dire le château du chêne kermès, village au sud-est de Patras (4). Nous ne proposons pas d’identifi¬ cation pour Buxiol ni pour Calapitari (5). Luverna est très probablement à identifier avec Averna sur le versant qui domine le cap Drepanon au nord-est de la ville (6). Tous ces lieux, à l’exception de Kaminitsa, sentinelle avancée vers l’ouest, se trouvent dans un rayon de onze kilomètres à vol d’oiseau de Patras les fiefs dépendants de l’archevêque étaient donc très groupés autour de la ville (7). D’autres actes réunis par Gerland font allusion à des prébendes du chapitre ou du chantre à Ziria, dans le village de Souchiana, au lieu-dit Hagia-Paraskevè. Un fief près de Kataphygi a été donné au médecin Aegidius de Leonessa par Centurione Zaccaria en 1420, donation confirmée en 1425 par Charles Tocco Guillaume Hugot, en 1397, lui loue une vigne à Hagia Paraskevè, dans le Castro Guardie de la Uela sont cités encore le lieu-dit Strou, le village de Longos et près de là un pâturage dit Palukianikon (8). On ne peut reconnaître à coup sûr tous ces toponymes. Nous suggé : ; ; (1) Cf. supra, p. 377. (2) Le premier n’est qu’un lieu-dit où se trouvent quelques ruines antiques, qu’E. Meyer, pp. 110 et suiv., identifie comme celles de Léontion. Le second est un hameau sans vestiges Pel. Wander., médiévaux ou antiques. Neue Quellen, pp. 77, en cite divers exemples, cf. Sathas, (3) Ce toponyme n’est pas rare ; Gerland, Doc. inéd., VI, pp. 19, 22, 25, 26, 51, 226, 277, VII, p. 12, — Ow, Die Abstammung der Griechen, p. 53. E. Meyer, Pel. Wander., p. 30, situe entre Stymphale et Aléa le lieu appelé Candela Catafigo par la liste de 1467 l’identification qu’il propose paraît certaine, mais ne convient pas pour le site qui doit être près de Patras. : (4) Signalé par la carte de B. Agnese Curunaro Castro. Neue Quellen, p. 77 n. 3, se demande si c’est le même lieu qui est désigné par les cartes anciennes de Valk et Danckert (on peut ajouter Bouttats, De Fer) par le nom de Calata au sud-est de Patras le rapprochement ne nous avance pas, car on ignore ce qu’est aujourd’hui ce Calata. (6) Gerland, Neue Quellen, p. 277, rapproche Luverna du nom Aderna, qui, sur les cartes anciennes, est situé près de Vostitsa, ce qui semble loin de Patras. Cependant Aderna, cité aussi par G. Wheler, II, p. 35, et par Spon, II, p. 46, est certainement Y Auerna d’Alberghetti, p. 121, et peut être identifié à Luverna, avec erreur d’u pour a. Averna a reçu aujourd’hui le nom antique d’Argyra. (7) Nous ne pouvons rien dire de sûr sur d’autres lieux qui d’après la correspondance d’innocent III, avaient été cédés au début du xme siècle à l’église de Patras, les lieux Dimossarii Patracensis ( sans doute les terres «publiques », propriétés de l’État) et totius Autumpnae et omnium casalium de Exafilina quae nobiles viri Guiardus et Guillelmus in captione Constantinopolis acquisitione noscuntur et la terre de Larsa contestée par P. de Becquigny, Innocent III, Ep ., XIII, 165-170, PL. CCVI, col. 340, 342. (8) Gerland, Neue Quellen, pp. 81-85, 121, 185-186, 196, 277, 278. : (5) Gerland, :
456 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES rons cependant de rapprocher Souchiana de Sichena ou Sichaina sur la côte et tout près de Patras au nord-est (1) Strou est peut-être l’actuel hameau de Trousa dans la commune de Lalousi, officiellement Starochori (2). Hagia Paraskevè est un toponyme qui n’est pas rare une montagne au-dessus du monastère d’Omplos, au sud de Patras, porte ce nom qu’elle doit à une chapelle de la sainte (3) il existe d’autre part un hameau appelé Paraskevè dans une haute vallée qui descend vers Vostitsa ; cette position paraîtrait beaucoup trop orientale si l’on ne devait pas constater que Ziria et Longos se trouvaient eux-mêmes assez loin vers l’est (4) la carte française donne même au sud-ouest de Longos un hameau du nom de Loukanika qu’il faut rapprocher de Paloukianikon, à interpréter peut-être comme « sta Loukanika » (5). Il y avait donc dans les collines qui dominent Vostitsa, et qui, aujourd’hui aussi, font partie du nome de Patras et non de celui d’Aigion, des propriétés appartenant soit au chapitre, soit à des habitants de la ville (6). Il reste à situer dans cette région, à l’extrême nord du Péloponèse, Drapano et Pyrgos, sur la route pour aller à Lépante sur la rive opposée du golfe, mentionnée par la Chronique grecque (7). Drapano, où l’on reconnaît l’antique Drapanon, est aujourd’hui Drapanos et Pyrgos, Psathopyrgos, à quelque distance à l’est (8). De ces toponymes, deux, Drapano et Patras, sont d’origine antique parmi les autres, plusieurs datent certainement de l’époque franque et viennent proba¬ blement de l’italien Paulokastro, Bosco, Saravali, Cornarokastro, dont deux se sont changement. conservés sans On peut également noter dans la région d’autres topony ; : ; ; ; : (1) Sichena est un village ancien, déjà porté sur les cartes de Bouttats et De Fer ; cf. Sichiena dans les listes d’ALBERGHETTI, p. 121. p. 121. (2) Trussa et Lalussi sont cités par Alberghetti, (3) Le monastère d’Omplos ne semble pas antérieur au xive siècle : c’est en 1315 qu’un moine se serait retiré avec deux disciples dans ce site, près d’une petite église, mais on n’a aucun renseignemnt sur l’histoire du couvent jusqu’en 1581, cf. supra, p. 353 . 1. (4) Cf. Xiria et Longo, dans les listes d’ Alberghetti, p. 121. nous paraît plus plausible que celle qu’adopte Gerland, qui comprend (5) Cette interprétation exclamation de dégoût, cf. Ow, op. cit., p. 60 n° 89. Loukanika figure sur la carte française, : , mais n’est plus cité aujourd’hui dans les listes officielles de lieux habités. (6) Buchon, Grèce et Morée, p. 524, croît reconnaître entre Psathopyrgos et Vostitsa, sur le site antique du Port Erineios (et non Enius, comme il dit), le nom français de Lambri, dans un lieu-dit qu’il traduit les Vignes de Lambri, et que de la carte française donne sous la forme Lambirta ambelia, toponyme déjà signalé par Pouqueville, Voyage, IV, p. 402 ; cf. Curtius, Peloponnesos, I, p. 458. Le nom est en réalité d’origine ’, grecque, c’est les vignes de Lampirès, pour Lampyrès ou Lampyros. , — 3626 . (7) Chron. gr., vv. 3490 : (8) On relève sur les cartes anciennes à propos de Drapano des incertitudes comme sur tous les lieux souvent cités par les voyageurs et les portulans anciens ; elles répètent le lieu cité sous des noms différents : parce que leurs auteurs l’ont trouvé plusieurs fois ; Kretschmer, Italienische Portolane, p. 634 B, l’identifie, d’après les textes, avec le cap Papas ou Kalogria, l’antique Araxos ; le Portulan Rizzo, 211, ibid., pp. 505-506, précise que, à 2 milles au sud-ouest, se trouve un Chastello de Chalan di Conti qui ne peut être que le château de Morée ou Rion. De Fer sur sa carte place Trapano à l’ouest de Kaminitsa ( Chaminiza ou Caminilza et Canigriza ), Trapona à côté de Rion (Rio) et Drepano un peu plus à l’est. Correctement, le Portulan grec II, éd. Delatte, p. 212, donne Pyrgos et Drapano. Pyrgos dans le récit de la chronique est certainement Psatho¬ pyrgos, que la carte française estropie en Psothopyrgos et Khani de Ksathopyrgos », que Buchon, Grèce et Morée, pp. 523-524, appelle aussi Xanthopyrgos, — et non Pyrgos en Élide comme le pensait Curtius, LU, 1948, p. 158. Peloponnesos, II, p. 96, n. 15 ; cf. en dernier lieu K. N. Hèliopoulos, , : « » «
LE PÉLOPONÊSE SEPTENTRIONAL, l’aCHAÏE 457 mes qui ne sont pas grecs : Aragozena (1), gros village près d’Aigion, et, plus au sud, le hameau de Franka, faisant pendant à Gréka situé en amont. Gerland a aussi relevé au xive siècle le lieu-dit Kavallarianikos, qui date, pense-t-il, de l’époque franque. Achaia. — On doit reconnaître qu’il n’est pas possible de définir exactement les fiefs de la baronnie de Patras (2). Elle était, en tout cas, étroitement entourée par les baronnies de Chalandritsa, Kalavryta et Yostitsa. Vers l’ouest, Achaia n’en devait pas faire partie ce site n’est mentionné qu’une fois la Chronique de Morée y place le débarquement des croisés le 1er mai 1205. Ce récit ne correspond pas aux faits, autant qu’on puisse le savoir et cette mention unique laisserait quelque doute sur l’existence même de la ville au moyen âge si ce nom n’existait aujourd’hui ; la Chronique signale la construction d’un château (3). Le Libro de los fechos précise qu’il s’agissait d’une ville détruite qui s’appelait autrefois Achaia ; les autres versions ne font pas allusion à cet état de ruine, et l’on peut se demander si ce détail n’a pas été suggéré à l’auteur de la compilation aragonaise par le fait qu’Achaia est un nom antique. Le château fut bâti — détail intéressant — non en pierre, très rare dans cette région, mais en « mottes » d’après la version française, en « murailles de terre » d’après le Libro de los fechos en briques, , d’après la chronique grecque : peut qu’il s’agit briques supposer on crues, comme on en utilise dans toute de la Grèce, avec des briques cuites aux points plus dangereux comme les portes. Où chercher exactement l’emplacement de ce château, dont évidemment les vestiges doivent être peu importants ? Il y a aujourd’hui deux villages d’Achaia, l’un sur le bord du plateau tout près de la mer, Kato-Achaia, l’autre à cinq kilomètres plus au sud, et plus élevé. Comme la chronique cite Achaia à propos d’un débarquement, c’est aussi ce que l’on admet communé¬ on doit penser qu’il s’agit de Kato-Achaia ment (4). Mais tous les voyageurs qui sont passés à Kato-Achaia n’ont eu d’intérêt que pour les vestiges antiques où ils reconnaissent les uns Dymé, les autres Olénos nous n’entrerons pas dans cette discussion mais si l’on trouve en effet des inscriptions et si l’on voit même aujourd’hui encore de vagues vestiges un peu au sud de Kato Achaia, il ne reste rien qui puisse être attribué à coup sûr au moyen âge (5). ; : , : : ; (1) C’est le nom officiel, celui que le recensement de 1928 donne ; la carte grecque au 400.000e porte le nom Rogozena. La terminaison en -zena est la forme féminine d’un nom d’homme. Rogozena serait formée sur le nom Rogozi, hameau situé à l’est de Kerpinè, et qui serait alors d’origine slave, cf. M. Vasmer, Die Slaven, pp. 149 n° 37,Rongozio en Élide, — 172, n° 62 : Regozena ou Rogozaina en Laconie. Il ne semble pas que le toponyme ait de rapport avec l’ethnique Aragonais. (2) L’absence de renseignements sur les fiefs de la baronnie de Patras tient sans doute à ce qu’elle fut tôt réunie à l’archevêché, et que l’on ne parle plus désormais que des terres dépendant de celui-ci. (3) L. de la conq., §§ 90-91, — Chron. gr., vv. 1399-1403, 1408, — Cron. di Morea, p. 422, nomme ce château Péloponnèse », — L. de los fech., § 91. (4) J. Longnon, L. de la conq., p. 30 . 1, — J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 634, — Dragoumès, Chroniques de Morée, p. 6. Les cartes des xvne et xvme siècles situent toujours Achaia près de la mer ; De Fer : Achaia Forteresse ; — Bouttats : Achaia et près de là castrum destructum ; mais chose curieuse, l’un et l’autre la placent entre Patras et Kaminitsa Ces indications sont conformes à celles de G. Wheler, Voyage de Dalmalie, II, p. 6, et de J. Spon, Voyage d'Italie , II, p. 9, qui citent Achaia, vieille forteresse ruinée, entre « ! Kaminitsa et Patras. fait le trajet de Clarence à Patras par mer et affirme donc sans l’avoir vu « qu’on montre murailles du château de briques qu’y construisirent les Français », Grèce et Morée p. 518. Les voyageurs qui parlent de ruines ou de palaiokastro ne font allusion qu’aux vestiges antiques : Leake, Travels, (5) Buchon a (à Achaia) les
458 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Au sucl d’Achaia, le village actuel de Phosténa ne figure pas sur les cartes ancien¬ nes ; mais il existait sûrement au moyen âge. Probablement antérieur à 1205, même si rorigine slave du nom n’est pas certaine (1), il doit être reconnu dans un village donné par Guillaume de Champlitte aux Templiers, Lafïustan (2). Après la disparition de l’ordre du Temple, le castello de la Fustena passa aux Hospitaliers comme on le voit en 1377 (3). Enfin on sait que Pierre de Saint-Supéran céda le fief et le château de Fosténa au médecin Aegidius de Leonessa, de Patras, fief ayant appartenu autrefois, nous dit-on, à Nicolas Ghisi (4), mais on ignore comment il est passé des « frères de Saint Jean » aux Ghisi. Baronnie de Chalandritsa. — Entre Patras au nord, Achaia et Phosténa à l’ouest, la montagne des Aventures avec Santaméri et le massif puissant de l’Olonos au sud-est, est située la baronnie de Chalandritsa. Sur le site et sur le nom, aucun doute n’est possible, le village existe aujourd’hui encore sous le même nom (5). Située à une certaine distance des côtes et cependant assez loin des régions tôt reconquises par II, pp. 155-157, — Dodwell, Tour, I, p. 510, — Puillon-Boblaye, Recherches, pp. 20-21, — Exp. sc de Relation, p. 45. Pououeville, Morée, I, p. 45, — Bory de Saint-Vincent, Voyage, IV, pp. 375-377, identifie Kato-Achaia avec Pharai, ce qui est sûrement inexact. Seul Le Bas, RA, I, 1844, p. 283, signale à Apano Achaia, à une heure au sud du village bas les ruines d’un château féodal encore garni de deux tours qui, par une singularité que justifie peut-être la nécessité de surveiller deux vallons différents, sont placées non pas sur une façade, mais aux extrémités d’une diagonale qui se trouve dans la direction de ces deux vallons ». Nous n’avons, nous-même, vu qu’un massif de briques émergeant du sol, un peu au sud de Kato-Achaia, proba¬ blement romain, et, dans l’embrasure d’une fenêtre près de la station du chemin de fer, une inscription funéraire métrique en latin de Sextus Lartidius ; cette inscription avait disparu à notre dernier passage dans la localité . « en 1960. (1) Bien qu’il y ait des noms russes comparables, Vasmer, Die Slaven, p. 140, n° 93, émet des doutes sur son origine slave, parce qu’il n’est pas attesté parmi les toponymes des Slaves du sud et à cause de la forme Fustena. La discussion reste ouverte beaucoup de noms en sont grecs, cf. D. I. Georgakas, ou XLVIII, 1938, pp. 15-32, — XLIX, 1939, pp. 226-227 cf. supra, Aragozéna. ’, (2) La donation est confirmée en 1210 en même temps que celle des villages de Palaiopolis et de Pasalan (dont le site est inconnu), par Innocent III, Ep., XIII, 148-150, PL, CGXVI, col. 330, cf. supra, p. 71, n. 4. (3) V. Appendice A, I, infra, p. 690. op. cil., pp. 124-125, 280 l’acte de cession est publié pp. 179-180, n° vi.4. On peut (4) E. Gerland, hésiter à reconnaître Fostena dans la liste de 1463, v. infra, p. 693, où on lit Focena vel Phonea : la place entre Arulia et Monlepoli, sur lesquels nous revenons plus bas, est en faveur de cette identification ; bien que la forme Phonea rappelle plutôt le nom moderne de Phénéos, Phonia il n’y a pas d’ordre géographique rigoureux dans cette liste ; celle de 1467 donne seulement Fonea entre Listrena et S. Vassili. Il n’y a pas d’hésitation pour celle de 1471, Buchon, Recherches , I, p. lxv, où Poslena est placé entre Calladrizza et Riollo. (5) L. de la conq., §§ 526-555, etc... La Calandrice, le Calendrice ; — Chron. gr., vv. 1950, 8380 : , — Cron, di Morea, p. 428 La Calandrizza ; — L. de los fech., §§ 191, 254, etc. La Calan drica, — § 482 Chalandrica, — § 121, Morel-Fatio l’a traduit par erreur Calavryta ; — Sphrantzès, II, 2, CSHR, p. 148 — Liste de 1377 la Caladritza, — de 1463 Calendrizzo, — de 1467 Calandrezza (ruiné), v. infra, pp. 690, 693. On trouve le nom dans les listes d’Alberghetti, p. 120 : Callandrizza, immédiatement après celui de Patras, mais il est ignoré des cartes des xvne et xvme siècles. Mélétios, . Géographie, p. 370 B On rencontre parfois des formes estropiées comme Gabalduzza et Calanuzza dans L. de Gongora Alcasar, Real grandeza de Genova, pp. 200, 202. Sur l’origine du mot, l’opinion ,, est pure fantasie. En fait de Pouqueville, Voyage, IV, p. 389 n. 3, qui le fait venir de il vient probablement, comme d’autres toponymes en Grèce (Ghalandri près d’Athènes par exemple) d’un diminutif de . mot qu’on explique comme issu lui-même de , Ce serait donc un nom d’origine grecque. : : : : : : : « : : ; : : : » :
LE PÉLOPONÈSE SEPTENTRIONAL, l’aCHAÏE 459 Byzance, cette baronnie semblait devoir mener une existence calme en fait elle a été le lieu de plusieurs épisodes militaires et toutes les péripéties de son histoire ne sont pas claires. On peut admettre qu’elle fut concédée à la famille comtoise de Trimolai, ou d’après la forme moderne du nom, Dramelay le premier représentant connu en est G. de Dramelay, témoin d’un acte de 1209 (1). Vers 1230, d’après la Chronique, la baronnie appartient à Robert de Dramelay elle était modeste et comp¬ tait quatre fiefs seulement (2). Plus tard Guy de Dramelay agrandit sa baronnie en achetant une partie des terres de Lisaréa (3) il fut bail de la principauté de 1281 à 1285 et mourut peu après être sorti de cette charge (4). Ces indications permettent d’écarter les données contradictoires et fantaisistes du Libro de los fechos (5). Guy avait eu une fille celle-ci épousa Georges Ier Ghisi qui, baron de Chalandritsa du chef de sa femme, fut capitaine de la châtellenie de Kalamata en 1292 (6) et hérita de Tinos et Mykonos en 1303 à la mort de son père Barthélemy, puis par son second mariage devint baron tercier d’Eubée, pour mourir en 1311 (7) le dernier baron de cette famille est Nicolas de Dramelay, qui dut entrer en possession de toute la baronnie, après la disparition de Georges Ghisi et de sa femme, et se rallia au prétendant Ferrand de Majorque revenu auprès de la pripcesse Mahaut, il mourut peu après. Ferrand prit alors Chalandritsa qui résista aux efforts des troupes envoyées par la princesse pour la reprendre (8). Soit du fait de sa trahison, soit parce qu’il n’avait ni fils ni proche parent, le nom de Dramelay disparaît d’après les Assises de Romanie, de son héritage le fief de Micopoli fut partagé entre Aimon de Rans et Marguerite de Céphalonie (9). Qui que soit Marguerite de Céphalonie, son nom ne figure pas autre¬ ment dans l’histoire de Chalandritsa. D’après le Libro de los fechos la baronnie, et non seulement Micopoli, aurait été attribuée par Louis de Bourgogne à Aimon et à ; : : ; : ; ; : , Othon de Rans mais Othon étant mort, Aimon vendit la baronnie à Martino Zaccaria, seigneur de Chio, et quitta la Morée (10). Il est certain que Chalandritsa resta à la : JS, 1946, p. 86. (1) J. Longnon, (2) Chron. gr., vv. 1949-1950, et Cron. di Movea, p. 428, qui lui attribuent la construction de Chalandritsa. (3) La vente est confirmée le 8 juillet 1280 par le roi Charles Ier, Hopf, I, p. 318 B. (4) L. de la conq., § 555, — Chron. gr., vv. 8102-8103, — Chron. di Morea, p. 462, — L. de los fech., § 427, — C. Minieri Riccio, ASI, 4e série, IV, 1879, p. 353. La chronique le fait mourir alors qu’il exerçait ses fonctions. Il était encore bail au moment de la mort du roi Charles Ier, mais fut remplacé par le régent Robert d’Artois, Hopf, I, p. 320 B, et dut mourir bientôt après, peut-être en 1286, comme le suppose Hopf. (5) Le L. de los fechos, § 121, attribue la construction du château de Chalandritsa à Geoffroy de Durnay, baron dans la région du dongo de la Cloquina, — puis, § 191, à Conrad, fils de Gautier Aleman de Patras, — enfin d’après le § 254, le premier baron serait Guy de Dramelay, venu de Bourgogne vers 1250, et pour qui le prince Guillaume aurait constitué une baronnie avec huit fiefs en achetant Chalandritsa et Arrula au baron de Patras ces contradictions à elles seules invitent à rejeter le témoignage de ce texte pour Chalandritsa. Le Livre de la conqête ne dit rien des débuts de la baronnie. (6) L. de la conq., § 764, a cette époque, au moment de l’offensive contre le prince Florent, en 1296, le L. de los fechos § 482, raconte que Chalandritsa aurait été prise par les Grecs à Johan de Tornay cette nouvelle erreur sur le nom du seigneur de Chalandritsa éveille les mêmes doutes sur l’exactitude du fait que sur celle des indications précédentes de la version aragonaise. Aucun autre texte ne signale la prise de Chalandritsa par Jes Grecs à cette époque. (7) Hopf, Chron. gr.-rom., p. 486, vi-2. (8) L. de los fech., §§ 559, 561, 567, 585, 589, 590. (9) Assises de Romanie, § 18, éd. Recoura, p. 169. (10) L. de los fech., §§ 625, 627. : « » :
460 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES famille des Zaccaria, bien que, en 1324, la moitié en fût tenue par Pierre dalle Carceri (1), et que le rapport de Nicolas de Boiano signale qu’elle avait eu à sa tête un moment Bartolomeo Rondinelli ; mais, au moment où Nicolas de Boiano écrit, c’est-à-dire vers 1361, comme en 1377, c’est le fils de Martino Zaccaria, Centurione, qui en est le sei¬ gneur en même temps que de Lisaréa et Stamira (2) ; elle reste dans la famille des Zaccaria jusqu’à la fin, que marqua un nouvel épisode militaire Chalandritsa fut assiégée et prise au printemps de 1429 par Thomas Paléologue, futur gendre du prince Centurione II Zaccaria, qui en fut le dernier baron (3). A l’exception des Rans, originaires de la même province que les Dramelay, tous ceux qui succédèrent à la première famille sont d’origine italienne. : Chalandritsa est située sur le versant nord de la vallée de la Kamenitsa ou Kaminitsa, à 334 mètres d’altitude ; d’abord étroite et sauvage, sous le nom de Nezera qui doit être d’origine slave (4), cette vallée s’ouvre largement en amont de Chalandritsa ; le village occupe sur la pente douce, au pied des montagnes, une sorte de replat et un éperon isolé qui s’en détache entre deux petits ravins affluents. Il n’a été que très rarement visité et mentionné par des voyageurs, car il est sur une route où les étrangers passent peu aucun monument antique important n’y attire leur curiosité (5). Au moyen âge, c’était une petite forteresse, , d’après Sphrantzès, capable de résister à un siège comme celui de 1316. Il n’en reste aujourd’hui comme vestige qu’une grosse tour carrée de 9 m. 37 sur 10 m. 50 (pl. 114 c), placée au milieu de la partie du village qui s’étale sur le versant en pente douce on aurait cherché plutôt la forteresse sur la petite croupe isolée au sud, où se trouve la partie la plus ancienne de l’agglomération avec l’église Saint Athanase, qui s’apparente aux constructions franques (fig. 8 et pl. 114-115, 1). ce n’est qu’une tour, aux murs de 1 m. 50 d’épaisseur, faits d’une maçonnerie de cailloux ronds, plus gros aux angles, liés par un mortier où la chaux a été mal mélangée avec un sable grossier, au milieu d’une simple cour de 25 mètres environ sur 31 (6) ; elle n’est pas dans une situation élevée ou jouissant de défenses naturelles. C’est pourquoi sans doute on a cherché la forteresse des Dramelay dans un site plus conforme aux principes militaires du moyen âge et, à la suite de Leake, considéré qu’il fallait la reconnaître dans Saïnokastro indiqué par la carte française, sur une montagne au nord du village par un sentier ; : : (1) Parmi les destinataires de la lettre adressée le 22 juin 1324 par le prince Philippe à ses vassaux de la principauté figure Pietro dalle Carceri, baron tercier d’Eubée, seigneur d’Oréos et de la Closure, de la moitié des baronnies d’Arkadia et de Chalandrista ; ce document des Registres Angevins, n° 255 (1324. C) fol. 218 v., est cité par Hopf, 1, p. 408. (2) V. Appendice A, I, infra , p. 690. (3) Sphrantzès, II, 8, CSHB, p. 148. (4) Vasmer, Die Slaven, p. 135, n° 66 ; il est à rapprocher d’Ëzeron (et du nom des Ëzérites). Cf. N. A. Bees, Oriens Christianus , NS, IV, 1915, 2e partie, pp. 263-264. (5) Buchon, Grèce et Morée , p. 539, cite Chalandritsa sans y être allé. Leake, Peloponnesiaca, p. 149, est le premier à signaler, au-dessus du village, Saïnokastro. Pouqueville, Voyage, IV, pp. 388-390, décrit le village Chalanthistra, entièrement ruiné par la répression turque de 1770, mais signale en leur situation exacte le Palaeo-Pyrgos et Saint-Athanase. Cf. Curtius, Peloponnesos , I, p. 457, — Philippson Peloponnes, p. 267. (6) On dit, dans le village, que la tour portait autrefois une plaque avec le nom de Trémoula. Il n’y a plus de trace aujourd’hui de cette plaque dont l’existence appartient probablement au folklore des érudits locaux. On dit aussi que la tour, naguère beaucoup plus haute, aurait été en partie démolie peu avant 1925, date où je l’ai vue la première fois, mais on raconte cela de beaucoup de tours !
LE PÉLOPONÈSE SEPTENTRIONAL, l’aCHAÏE 461 monte en une heure et quart jusqu’à un des sommets qui se trouvent exactement au-dessus de Mentzéna ; on l’appelle généralement aujourd’hui Sarakino kastro et le nom Saïnokastro n’est connu que des bergers. Ce n’est pas le plus haut sommet et il n’a pas de vues vers la plaine de Patras, mais c’est le seul qui présente des à-pic sur deux côtés, et la vue dont on jouit de là est très étendue dans toutes les directions, sauf au nord et au nord-est ; du côté où il est accessible, un mur en équerre de 30 mètres sur 40 environ isole une sorte de réduit c’est un entassement de pierres de dimensions irrégulières, non taillées, large de 3 m. 50 on ne voit que par place le pare¬ ment extérieur fait de gros blocs avec de petites pierres pour remplir les interstices ; l’angle est arrondi et, à une des extrémités, le mur s’arrête laissant un passage d’environ 5 mètres. Il n’y a pas de traces de village, pas même de tessons ; il n’a donc jamais servi d’habitation permanente c’est une enceinte du type de celle qui couronne la montagne au-dessus de Valtesiniko ou de celle de Koutsoleïka en Messénie, et qui peut avoir servi de refuge à l’époque préhistorique aussi bien qu’au temps des guerres de l’indépendance. Aussi doutons-nous fortement que ce soit la forteresse des Dramelay qui, à notre avis, devait être au village même probablement la croupe où se trouve Saint Athanase avait une enceinte et, de l’autre côté du petit ravin où sont les sources qui alimentent la population en eau, se dressait la demeure fortifiée du seigneur (1). Les textes citent à propos de Chalandritsa trois noms de lieux, c’est Arrula, Mitopoli, et Lisaréa : les deux premiers doivent être des fiefs de la baronnie, le troi¬ sième fut acheté par Georges Ghisi. Il n’y a qu’une mention d’Arrula, qui fut donnée par le prince vers le milieu du xme siècle à Guy de Dramelay avec Chalandritsa (2) le nom ne figure pas sur les listes des xive et xve siècles, à l’exception de celle de 1463, ni sur les cartes postérieures mais est cité par Alberghetti Arrula, entre Flocca et Fostena (3) ; or, entre les deux villages qui portent ces mêmes noms, Phostaina et Phloka, la carte française signale le hameau d’Arla on peut admettre que c’était l’Arrula médiévale (4) ; un peu à l’est une colline porte une ruine, le Gyphtokastro (5). Mitopoli était, d’après le Libro de los fechos un château construit par Guibert de Cors ; mais d’après les Assises de Romanie, il faisait partie des terres de Nicolas de Dramelay en 1316 (6). La forme du nom est certainement Mitopoli puisqu’on la assez raide, on : : ; : : : ; , (1) A3 km. environ au nord-ouest de Chalandritsa, au-dessous du hameau de Mentzéna, il faut noter une église de la Panagia que l’on attribue au xme ou au xive siècle ; c’est une petite basilique à trois nefs qui était précédée d’un narthex, de style purement grec. Mentzéna, signalée sous le nom de Messana par Pouqueville, Voyage, IV, pp. 394-396, est aujourd’hui officiellement Platanovrysè, hameau de la commune de Pipitsa ; dans l’église Pouqueville a vu des images de saints couronnés d’auréoles et des emblèmes d’un style gothique » bien qu’elle fût déjà en ruine à cette époque. (2) L. de los fech., § 254 : même si les faits nous paraissent douteux, l’indication topographique reste valable. Cf. Adamantiou Chroniques de Morée, p.p. 624-627. p. 121. (3) Liste de 1463, v. infra, p. 693 : Arulia; — Alberghetti, (4) L’identification a déjà été faite par Dragoumès, Chron. de Morée, p. 255. Le village cité par Philippson, Peloponnes, p. 300, ne figure pas dans les listes officielles actuelles des lieux habités. Le nom soit d’un mot emprunté au latin, , désignant est d’origine grecque, il vient soit de l’ancien grec , II, 2, Athènes 1948, p. 96. un petit foyer, cf. Ph. Koukoulès, (5) Signalé par la carte française et par Philippson, ibid., comme médiéval. (6) L. de los fech., § 123, — Assises de Romanie, § 18 : Mitopoli à côté de Micopoli, Mettropoli et Mittropoli. Morel-Fatio a transcrit Mitropolis estimant sans doute cette forme plus hellénique ; Adamantiou, Chroniques de Morée, pp. 625-626, avait déjà signalé l’inexactitude de cette transcription. «
462 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES trouve dans la chronique et dans un des manuscrits des Assises elle est un peu défor¬ mée par Stefano Magno, mais correcte chez Alberghetti (1) c’est aussi le nom d’un petit village moderne au sud-ouest de Ghalandritsa sur les premières collines qui dominent la plaine où coulent la Kaminitsa inférieure, ses affluents de gauche et d’autres petits fleuves côtiers. Guibert de Cors possédait vers le milieu du xme siècle Mitopoli et trois autres fiefs dispersés (2) il avait épousé la fille de Jean de Nully, nièce de Gautier de Rosières, Marguerite de Passavant, héritière de la baronnie d’Akova, et fut tué en 1258 (3). A qui revint alors Mitopoli ? Ce village est cité par les Assises comme faisant partie de l’héritage de Nicolas de Dramelay, dont le prince disposa après 1316 il a donc dû être compris dans la partie des biens de Guibert de Cors que Payen de Stenay, son héritier le plus direct, — on ne sait à quel degré — avait vendue à Guy de Dramelay en 1280 il est logique que le baron de Chalandritsa ait désiré posséder ce fief. Il y a, dans le village actuel, une petite éminence entourée de vestiges de murs qui ont pu former une enceinte fortifiée d’environ 50 mètres sur 80 (4) de ce mamelon, peu élevé mais bien dégagé, la vue est très vaste sur la plaine. Tout près de Chalandritsa, au nord-ouest, un petit hameau, Lysaria, porté sur : ; ; : , : ; la carte française, est l’ancien fief de Lisaréa (5). On ne le trouve cité par la suite que par Alberghetti, mais l’identification est admise par tous (6). D’après le Livre de la Conquête, Lisaréa appartenait en 1276 à une cousine de feu Gautier de Rosières, baron d’Akova, dont elle était vassale pour ce fief il faisait donc partie de la baronnie d’Akova et fut un des huit fiefs restitués à cette date à Marguerite de Passavant. Trois ou quatre ans plus tard, cette dame de Lisaréa (et nous apprenons alors qu’elle s’appelait Marguerite (7) — ou Jeanne (8) — fut mariée à Geoffroy de Briel le jeune à qui l’on donna aussi Moraina en Skorta. Ces faits sont clairs mais pour Hopf, avant 1276, Lisaréa a appartenu à Guibert de Cors qui fut le premier mari de Marguerite de Passavant et dont l’héritier le plus direct en 1280 était Payen de Stenay. Nous avons dit pourquoi nous n’admettions pas les hypothèses de Hopf faisant de Marguerite Jeanne, la fille de Marguerite de Passavant et la femme de Payen de Stenay, avant qu’elle n’épouse en secondes noces Geoffroy de Briel. Lisaréa n’alla pas, par héritage, à Marguerite de Passavant femme de Guibert de Cors, laquelle l’aurait cédée à sa fille ( ?), elle faisait partie de la baronnie d’Akovaet revint à Marguerite de Passavant, : ; p. 121 : Mitopoli près de Comi. La (1) Liste de 1463, v. infra, p. 693 : Montpepoli ; — Alberghetti, carte française donne la forme inattendue : Mitopoulo, déjà relevée par Rangavès, Hellenika, p. 86. Les cartes de Blaeu et De Fer donnent Miropoli placé inexactement au sud de Santaméri. L’identification de Mitopoli a été faite par Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 255-256. Aujourd’hui . (2) L. de los fech., § 123. (3) L. de la conq., § 233, — Chron. gr., vv. 3270 et suiv., (4) C’est le palaiokastro indiqué par la carte française. (5) L. de la conq., §§ 527, 584-585 — L. de los fech., § 445 : Lixaria. La Lisarée ou Liserée ; — Chron. gr., v. 8458, K , : P ; p. 120 Lissaria, Cf. J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 630, — J. Longnon, pp. 209, n. 1, 421, — Dragoumès, Chroniques de Morée, p. 242 ; mais ce dernier, suivi par P. Kalonaros, Chron. gr., p. 342, ad v. 8452, identifie Lysaria avec l’actuel Alyssos, ce qui est peu probable : Alyssos est sur la côte près de Kato-Achaia et Lysaria est, sur la carte française, à l’intérieur, près de Mentzéna ; mais le nom de Lysaria ne figure plus dans les listes officielles actuelles. (7) L. de la conq., § 584, — Chron. gr., vv. 8455-8458. (8) L. de los fech., § 445. (6) L. Alberghetti, : — Cron. di Morea , p. 429. de la conquête, :
LE PÉLOPONÈSE SEPTENTRIONAL, l’aCHAÏE 463 comme un des huit fiefs cédés à elle par la grâce du prince. Lisaréa passa ensuite par le mariage de la fille de Marguerite de Rosières et de Geoffroy II de Briel, Hélène, à Vilain II d’Aulnay, seigneur d’Arkadia ; mais on ne peut suivre au-delà l’histoire du fief de Lisaréa. On sait seulement que, en 1377, Genturione Ier Zaccaria était seigneur de Lisaréa en même temps que de Chalandritsa, hérité de son père ; on ne sait quand ni comment il l’avait acquise (1). C’est encore «devers la Calendrice» qu’il faut chercher La Juliane, fief de la baron¬ nie d’Akova (2), mais la mention de ce lieu reste unique. Baronnie de Vostitsa. — A l’est de Patras et de Chalandritsa s’étendaient les baronnies de Vostitsa et de Kalavryta. Vostitsa (3), sur le site de l’antique Aigion dont elle a repris le nom aujourd’hui, est un lieu bien connu, traversé et décrit par d’innombrables voyageurs, comme Patras mais à la différence de cette ville, le nom antique avait fait place au moyen âge à une appellation nouvelle qui se présente sous les formes les plus variées Vostitsa est certainement la forme originale, les Français en ont fait La Vostice, les Italiens Lagostica, et les érudits de la chancellerie vénitienne Augusticia ; la forme du nom fait penser à une origine slave mais celle-ci est discutée (4). : ; (1) Hopf, Chron. gr.-rom., p. 228. (2) L. de la conq., § 526. Dragoumès. Spodiano, sur le versant sud de la Nezera Chroniques de Morée, p. 236, le rapproche du nom du village de la ressemblance n’est pas très frappante. Le village est dominé par un petit sommet appelé Palaiokastro, indiqué sur la carte française ; c’est, d’après ce que nous avons entendu, ne l’ayant pas visité, seulement un lieu-dit ainsi appelé à la suite d’un épisode des guerres de l’indé¬ ; pendance. l’histoire et les vestiges anciens d’Aigion-Vostitsa, v. A. Stauropoulos, , Patras 1954. augmentées de l’article Les différentes formes correspondent aux transcriptions du grec , (3) Sur le nom, le site, ... (4) la, avec alternance du g pour le v, et éventuellement modifiées soit par des interprétations destinées à donner un sens au mot : comme Augusticia, soit par de simples erreurs. Chron. gr., vv. 1456, 1492, etc. : ; Cron, di Morea , p. 428 : Vollizza par confusion de l’s devant le t avec ; — L. de la conq., §§ 674, 690, etc. : La Vostisce ou Vauiisce ; — L. de los fech., §§ 120, 589, etc. : La Bostica, Bolica. Sphrantzès, II, 2, — IV, 20 et 23, CSHB, pp. 130, 414, 447 : , et les habitants : . Chron. brève, n° 27, éd. Lampros — Nicolas de Martoni, éd. Legrand, p. 660 : Poslicza. — Cyriaque d’ Ancône, Amantos, p. 48 : Mélanges Ceriani , pp. 230-231 : Bostichiam. Les documents italiens ou latins, en particulier la chancellerie vénitienne, aux xive et xve siècles, écrivent Auosticia, E. Gerland, Neue Quellen, pp. 78 n°2 et 159, — Vosticia , Lagostiza, Lagusticia, Ligostizza, puis Augusiica ou Augusticia, Sathas, Doc. inéd ., I, pp. 117, 222, — V, pp. 20 et suiv. Dans les listes des châteaux, on relève : la Avosticza en 1377, la Voustice en 1391, Vosiizza vel Vistizza en 1463, et Vilizza — ruinée — 1467, Jusiizza (sic) en 1471. Le Portulan grec II, éd. Delatte, p. 211, emploie normalement Vostitza, mais les portulans italiens adoptent la forme Lagostica et parfois Lugustica, cf. Kretschmer, Italienische Portolane ; p. 634 B. Il résulte que, si les voyageurs restent fidèles à Vostitsa (cf. Ewliya-Celebi, VIII, pp. 283, 286), ou à des formes voisines : Voliizza, Vortiza (Pockocke I, p. 204), les auteurs de descriptions ou de cartes qui ne connaissent pas le pays énumèrent les diverses formes et peuvent être conduits à penser qu’il y a deux villes correspondant aux deux aspects du nom : G. Albrizzi fait figurer sur sa carte, p. 5, Bostizan, et cite dans le texte, p. 31, Ligostiga ; P. A. Pacifico, p. 91, mentionne les deux noms Vosiizza et Ligostizium : Dapper, Ire Partie, pp. 29, 32, hésite entre les formes Vestiko, Votezza, Vosiezza, alors que la carte de Blaeu qui accompagne le texte donne Vostiza, comme celle, plus ancienne de Battista Agnese. Bouttats donne simultanément de part et d’autre de Drapano : Lagustiza et Bostiza, Vostiza olim Aegium, puis un autre Vostica plus à l’est ; De Fer fait de même. Cf. E. Meyer, Pel. Wander., p. 54 n° 2. Curtius, Peloponnesos, I, pp. 459-460 et 487 n. 2, fait venir le nom d’un mot grec signifiant jardin, d’origine turque, avec un son initial b et non v. Vasmer, c’est une erreur, car ce mot est en réalité , a ou 1 31
464 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES La baronnie de Vostitsa comportait huit fiefs. Mais la famille qui la reçut demeure énigmatique (1). La chronique grecque seule, suivie par la version italienne, l’attribue à un personnage qu’elle nomme Hugues ; le Livre de la conquête donne le nom de Hugues, mais suivi d’une lacune, et ajoute qu’il prit le nom de Tserpini la version aragonaise précise que ce nom de « Cherpini » vient du village où il était né (sans doute Kerpinè au sud d’Aigion), où le baron Guy, fils de Hugues était né (2). doit être Lille en français, On explique en général, sans aucune preuve, que mais il n’existe pas d’autre indice de la présence de seigneurs « de Lille » en Morée ; désormais d’ailleurs on désigne la famille uniquement sous le nom de Charpigny, que nous accepterions de faire venir de celui du village grec de Kerpinè, si l’on pouvait prouver que ce village ait joué un rôle quelconque dans la baronnie à cette époque, ce qui justifierait que le baron de Vostitsa soit dit de Kerpinè-Charpigny, comme le baron de la Skorta, originaire de Briel en France, a été dit de Karytaina, et si le nom de Charpigny n’avait pas une consonance aussi authentiquement française. Il paraît cependant douteux que ces nouveaux barons aient été « de Charpigny » en France, car ce nom n’est pas attesté comme toponyme en France (3). On voit donc que l’origine des barons de Vostitsa, dits en Grèce de Charpigny et dont le nom d’origine exact nous échappe, reste entourée d’obscurités. La famille, toujours désignée sous le nom de Charpigny, est représentée vers le milieu du xme siècle par Guy puis par son fils Hugues II. Guy était en Italie en 1280 (4) ; bail de la principauté en 1289, il mourut en 1295, tué par un Grec qui croyait frapper Gautier de Liedekerque dont il voulait tirer vengeance (5). Le seigneur de Vostitsa est cité plusieurs fois vers 1300 et en 1304, c’est encore Hugues II (6). ; Il est probablement mort avant 1316 ; car à cette date, le prince Louis de Bourgogne, voulant récompenser de ses services un des compagnons qu’il avait amenés avec lui, lui donna la baronnie de Nivelet et lui fit épouser la fille du seigneur de Vostitsa, à qui appartenait la seigneurie ; c’était Dreux de Charny qui resta sous la tutelle de sa belle-mère Isabelle (7) ; son frère, Geoffroy est cité mais on ne dit pas qu’il ait reçu des terres. Après cette date, en l’absence de récits continus, on ne connaît Die Slaven, pp. 131-132 n° 26, admet l’origine slave, mais ne tranche pas entre deux étymologies proposées l’une par Hilferding l’autre par Miklosich. A. Stauropoulos, op. cil., pp. 246-247, n’apporte pas de solution claire (1) Cf. supra, pp. 108-109, 233-234. (2) Chron. gr., vv. 1941-1943, — Cron. di Morea, p. 428, — L. de la conq., § 128, — L. de los fech., §§ 119 120. Le témoignage de la version aragonaise reste sujet à caution, elle ne peut passer pour avoir des renseigne¬ ments sûrs : elle situe la baronnie moitié sur le golfe de Corinthe moitié en Laconie ; l’erreur vient sans doute d’une confusion entre le nom du seigneur, dont il fait le nom du château, Lello, et le pays de Hélos, cf. sur cette confusion K. A. Romaios, ., XI, 1939, pp. 283-286. (3) Charpigny existe aujourd’hui comme nom de famille ; mais il n’y a pas de village, hameau ou lieu-dit connu sous ce nom ; il existe seulement un Charpinet en Savoie. (4) Il obtient l’autorisation de prendre le ravitaillement nécessaire pour ses chevaux, Buchon, «Nouv. rech., I, p. 223 n. 3. (5) L. de la conq., §§ 674-685. (6) L. de la conq., §§ 936, 968, 972. Le renseignement fourni par le L. de los fech., § 494, que la fille d’Hugues aurait été mariée en 1296 avec Jean de Durnay paraît peu sûre, puisque le L. de la conq., § 776, dont l’auteur a dû bien connaître les personnages de cette époque, donne pour femme à Jean une fille du comte Richard de Céphalonie. (7 ) L. de los fech., §§ 624, 627.
LE PÉLOPONÈSE SEPTENTRIONAL, l’aCHAÏE 465 les successeurs de Charpigny que par un certain nombre d’actes qui ne permettent pas de reconstituer leur généalogie : en 1327 Agnès de Charpigny, fille aînée de Geoffroy, doit entrer en possession de son «héritage maternel» (1). En 1332, Marino Ghisi enleva Hélène, fille d’Isabelle de Charpigny, espérant qu’elle lui apporterait l’héritage des Charpigny, espoir déçu par le mariage de Guillemette (2). Celle-ci, fille et héritière de Geoffroy de Charny, épousa Philippe de Jonvelle, qui fut bail de la principauté en 1348 ou 1349 (3) et se disait en 1355 seigneur de Jonvelle, Vostitsa et Charny. Guillemette possédait aussi le château de Fanari : en 1359, elle le vendit à Marie de Bourbon (4) ; au moment de cette vente, elle était probablement veuve et ne possédait plus Vostitsa et Nivelet. Sans doute les avait-elle vendus aussi à l’impératrice, car celle-ci les possède en 1361, au moment où est rédigé le rapport de Nicolas de Boiano et, d’accord avec son fils Hugues de Lusignan, elle les vendit en 1363 à Nerio Acciaiuoli (5) qui doit être le « singior de la Avosticza » de la liste de 1377. Ces terres furent enlevées à Nerio par les Navarrais ; Vostitsa était en effet tenue par Pierre de Saint-Supéran en 1391 (6) et dut passer ensuite aux Zaccaria. Elle est définitivement perdue en 1428 ; le despote Théodore II Paléologue la donne alors à son frère Constantin (7). Il nous paraît vain d’essayer de deviner les liens de parenté qui unissaient les divers personnages de la famille Charpigny-Charny entre 1316 et 1355 on est parfois tenté de se demander si la ressemblance entre les deux noms n’entraîne pas dans les textes des confusions. On constate que la première famille (de Lille ?) Charpigny s’est prolongée plus d’un siècle et que jusqu’en 1363 la baronnie resta la propriété de familles d’origine française. Aucun texte ne donne de détails précis sur la ville ou sur ces monuments à l’époque franque ; on sait seulement qu’elle comptait deux cents feux en 1391 et Nicolas de Martoni a noté que c’était une ville riche, dans une contrée fertile, et munie d’un beau château (8). Elle devait avoir un port d’une certaine importance et, en une occasion au moins, le golfe de Corinthe est appelé golfe de la Vostice (9). C’est par là en tout cas qu’arrivèrent en 1316 — trop tard d’ailleurs — les renforts que les Catalans de Grèce centrale envoyaient à Ferrand de Majorque (10), venus sans doute de Vitrinitsa ou de Livadostro. Le site de Vostitsa a souvent été décrit mais de la ville médiévale, posée sur le rebord du plateau qui domine le rivage d’environ 50 mètres et s’abaisse doucement vers l’est, les voyageurs anciens n’ont pour ainsi dire rien décrit, et il n’en reste rien aujourd’hui (11) : cela est dû au fait que le château ; ; (1) Hopf, I, p. 423 B, d’après les Registres Angevins, n° 271 (1327-28 B) fol. 1 v. (2) Hopf, I, p. 431 A-B, d’après les archives de Venise. (3) L. de los fech., § 681. (4) Du Cange, éd. Buchon, II, pp. 264-265. (5) Huillard-Bréholles, Titres de la maison de Bourbon , I, pp. 509-513, nos 2281-2283, 2292. Nicolas de Martoni, éd. Legrand, p. 660. (6) V. Appendice A, I-II, infra, pp. 689, 691. Cf. en 1394, II, 2, CSHB, p. 130. (7) Sphrantzès, ibid. (8) Nicolas de Martoni, (9) L. de la conq., § 924. (10) L. de los fech., § 623. (11) Ewliya-Celebi, del Peloponneso, p. 31, — VIII, pp. 283-284, 286. — Mélétios, Géographie, p. 361 B, — G. Albrizzi, Notitia Pouqueville, Voyage, IV, pp. 406-410, — Leake, Travels, III, pp. 190-191, — Dodwell, Tour, I, pp. 304 et suiv., — Puillon-Boblaye, Recherches, pp. 24-25, — Curtius, Peloponnesos, I, pp. 459 et suiv., 187, — Bursian, Géographie II, pp. 331-333, — Philippson, Peloponnes, pp. 260, 261,
466 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES des barons n’a pas été entretenu après le début du xive siècle il n’existe plus à l’époque turque ou vénitienne (1) ; et Vostitsa a souvent eu à souffrir de catastrophiques : tremblements de terre. Notre information est aussi pauvre sur les environs de Vostitsa au moyen âge et sur les fiefs qui en dépendaient. En 1389, c’est à Vostitsa que Nerio Acciaiuoli, invité par Pierre de Saint-Supéran, fut arrêté par Asên Centurione Zaccaria ; il fut retenu prisonnier au château de Listrena et, en 1390, le traité qui mit fin à sa captivité fut conclu dans les environs immédiats de Vostitsa (2). Le nom de Listrena ne figure pas aujourd’hui dans la liste des lieux habités, mais il se trouve dans les listes de Stefano Magno, à la date de 1463, entre Kalavryta et les châteaux des environs de Patras, en 1467 entre Vostitsa, Tarsos, dans la vallée qui descend du Styx, et Saint Élie (?) d’une part, et de l’autre Phénéos, Saint-Vassili, Salmeniko et Kalavryta (3). Les seuls noms modernes qui pourraient offrir quelque analogie sont Dresténa (4) situé entre Paulokastro et Kaminitsa, au sud-ouest de Patras, et Vrestaina près de Diakopto dans les montagnes au sud-est de Vostitsa (5) ; le premier est trop éloigné, le second convient mieux bien qu’il paraisse très exposé à une tentative venue de Corinthe. Un peu à l’est de Vostitsa, dans la direction de Corinthe, se trouvait le lieu dit Saint-Nicolas-du-Figuier où Photios frappa mortellement Guy de Charpigny (6) ; ce nom ne s’est pas conservé, mais il est curieux de constater que les figuiers sauvages avaient déjà donné, dans l’antiquité, leur nom au port Erinéos situé à l’ouest de Vostitsa, appelé aujourd’hui, on l’a vu, Lambirta Ampelia (7). On aimerait savoir si Kerpini, ou plus exactement Kerpinè, faisait réellement partie de la baronnie de Vostitsa ; on s’attendrait à le voir plutôt rattaché à Kalavryta, dont il dépend aujour¬ d’hui administrativement (8). Baronnie de Kalavryta. — Kalavryta est pittoresquement située au débouché d’un petit torrent dans la vallée du fleuve qui porte son nom, vallée large et riante qui, un peu plus bas, fait place à une gorge extrêmement étroite et sauvage seul un chemin de fer à crémaillère a pu aujourd’hui se glisser entre ses parois rocheuses ; ; 277, 279. La plupart des auteurs font la description du site, de la région riante et fertile, évoquant la ville médiévale. Buchon, Grèce et Morée , pp. 525-532, donne une des descriptions les plus complètes, cf. Aujourd’hui, certaines maisons recèlent la base de murs anciens, A. Stavropoulos, op. cit., pp. 251-282. probablement médiévaux ; mais il paraît vain d’espérer tirer quoi que ce soit de vestiges de ce genre. (1) Aucun rapport de provéditeur ne signale le château ; il n’en existe aucun plan, aucune vue datant de la période 1686-1715. (2) Sp. BECh, LVIIJ, Lampros, ’, p. 273 : cf. Rubiô i Lluch, Diplomalari, pp. 666, n°2. — L. de Mas-Latrie, 1897, pp. 98-102. (3) 1463 : Calaurata vel Calauita, Lastrana, vel Listrenu , Sidro Castro... ; — 1467 : Vistizza, Tarses, S. Elia, Listrena , Fonça, S. Vassili... ; — 1471 : Listrena, ruiné, juste avant Salmenico et Patras, cf. infra, pp. p. 121 : Tristena. (4) Cf. Alberghetti, — Alberghetti, p. 122 : ou (5) Vrestina sur la carte française ; aujourd’hui Vroslena. (6) L. de la conq ., § 674. (7) Cf. supra, et Curtius, Peloponnesos, I, p. 458. op. cit., p. 248, estime qu’il devait y avoir de petites forteresses aux limites de situé entre Pelekistra et Paraskevè, dont le nom la baronnie ; il cite comme exemple le village de , est, selon lui, franc ; mais il n’apporte aucune donnée concrète. Sur le système défensif de la baronnie cf. infra, p. 471. (8) A. Strauropoulos,
LE PÉLOPONÈSE SEPTENTRIONAL, l’aCHAÏE 467 on ne peut aller directement de la côte à Kalavryta que par des chemins de montagne difficiles la seule route commode s’en va de Kalavryta vers l’ouest jusqu’à Patras. Aussi cette haute vallée et tout le canton qui l’entoure se distinguent-ils nettement des régions côtières et l’on comprend qu’ils aient pu échapper beaucoup plus tôt à la domination franque ; Kalavryta est déjà citée dans le partage de l’empire en 1204; le nom, d’origine hellénique, est toujours resté le même en grec (1). Il devient en français Colovrate (2). La version aragonaise de la chronique ignore le nom de Kalavryta et le remplace dans les listes des baronnies par Chalandritsa, qu’il attribue à Geoffroy de Durnay : l’erreur est manifeste, mais il situe la baronnie dans la région du « dongo de la Cloquina » (3) on s’est demandé ce que signifiait cette étrange expression dongo qui a pris à cette époque le sens de est sans doute une transcription du grec , région montagneuse et de défilé, et non pas, comme le traduit Morel-Fatio, de don¬ jon (4). Quant à Cloquina, il apparaît dans un document de 1402 par lequel les Hospitaliers confirmaient ou concédaient des propriétés et des privilèges à divers personnages de la région située entre Corinthe et Kalavryta (5) ; il s’agit de biens ou de droits reconnus à Manuel Enclava dans les villages de Kertezi, Savani, Kerpini, Zachloron, Cloquines et Ratone : on retrouve facilement sur la carte actuelle au sud, à l’est et au nord de Kalavryta les quatre premiers villages, mais les deux derniers n’y figurent pas on peut admettre qu’ils devaient être dans la même région (6) ; c’est ce que confirme Pouqueville. Pour lui la vallée de « Kloukinais » est à l’est de Kalavryta c’est la vallée supérieure du fleuve d’Akrata, et la carte française y place bien aussi le nom Kloukinae en aval du village de Zarouchla (7). Kalavryta ne figure pas sur les listes de châteaux de 1377 et de 1391, puisqu’il ne fait pas partie alors de la princi¬ pauté, mais on le trouve sur celles, plus générales, du xve siècle (8). Le premier baron de Kalavryta cité est Othon de Durnay qui tenait douze fiefs (9) ; puis, après 1260, c’est Geoffroy de Durnay (10). En 1268, Geoffroy est à la bataille de ; ; : ; : (1) Tafel et Thomas, Urkunden, p. 468 : Calobrita ; — Chron. gr ., vv. 1939-1940 : ; — (Cron, dit Morea, p. 428 : Calabrita). On trouve la même forme dans Sphrantzês, II, 2, — 10, CSHB , pp. 130, . Aujourd’hui ¬ et 158 ; — L. Chalcocondyle, CSHB , pp. 452, 477 : . Le nom est d’origine grecque et vient des sources abondantes ; A. K. Amantos, Die Suffixe der neu griechischen Namen, p. 17 : — M. Vasmer, Die Slaven, p. 134 n° 44. (2) L. de la conq., §§ 128, 526, etc. : La Colovrate, 664 : la Coulovrate. Assises de Romanie, § 43, éd. Recoura, p. 191 : Collavrata. Le rapprochement entre le L. de la conq., § 128, et la Chron. gr., vv. 1939 et suiv., montre clairement que Kalavryta est bien la Colovrate et ne peut se confondre avec la Grite, comme on l’a cru longtemps et comme le dit encore E. Meyer, Pel. Wander., p. 55. Ewliya-Celebi, VIII, p.283 : Calavrata. (3) L. de los fech., § 121. (4) On a vu dans un document cité plus haut l’expression castrum et donzonum. Les Hospitaliers à Rhodes, p. 281 n° 1. (5) Cité par J. Delaville-le-Roulx, (6) Comparer dans les listes d’ALBERGHETTi, pp. 122-123 : Sauanus, Chierpini, Cloco, Zacloru : on peut douter toutefois que Cloco soit Cloquines, car les autres villages sont à l’ouest de Kalavryta et Cloquines doit être à l’est. (7) Pouqueville, Voyage, IV, p. 423, — V. p. 355. C’est le même canton que Dodwell, Tour , II, p. 303, appelle Colchines. (8) 1463 : Calaurita vel Calavita, et Calaurata-Calavita, — 1471 : Callarita, cf. infra, pp. 693, 694. Sur la carte de Battista Agnese, nous n’avons pu déchiffrer la forme exacte. Les cartes des xviie-xvme siècles ont des noms fantaisistes pour ce lieu situé hors des routes fréquentées : Galurila et Culirita chez Blaeu, Calirila Culirica chez Bouttats, Cularila et Calarda chez De Fer. V. aussi p. suivante la forme Liolourato. (9) L. de la conq., § 128, — Chron. gr., vv. 1939-1940. (10) L. de los fech., § 121, — L. de la conq., § 87.
468 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Tagliacozzo ; en 1289 il fut avec Jean Chauderon un des artisans du mariage de Florent de Hainaut et de la princesse Isabelle (1). Mais vers 1292, deux épisodes, la prise de Kalamata et le passage de Roger de Loria, font connaître ses fils Jean et Othon de Durnay ; Jean était alors marié à une fille du comte Richard de Céphalonie (2). Il n’est plus question des Durnay après ces épisodes ; on peut donc supposer que la famille n’est plus représentée en Morée. D’autre part, il n’y a plus de baron de Kalavryta. A quel moment les Durnay ont-ils perdu Kalavryta, quand les Grecs la reprirent-ils aux Francs ? Le fait n’a pas été rapporté, car on ne peut avoir confiance dans le Libro de los f echos quand il dit que les Grecs volèrent sa baronnie à Jean de Durnay en 1296, en même temps qu’ils reprirent Nikli, puisqu’il nomme Chalandritsa au lieu de Kalavryta (3). De plus l’incident qui coûta la vie à Guy de Charpigny en 1295 eut pour protagoniste un Grec, Photios, habitant Kalavryta, comme son frère ou cousin germain, Jacques « le Chasy » ; or celui-ci « estoit auques le meillor homme que l’empereur eut au pays de la Morée », et la suite de l’épisode montre bien que Kalavryta et ses habitants dépendaient du capitaine des Grecs de Mistra (4). Un document vénitien oblige à faire remonter plus haut la perte de Kalavryta : c’est celui où sont consignées les décisions prises en mars 1278 par des juges de la République au sujet d’actes de piraterie dont des Vénitiens avaient été victimes de la part des Grecs, depuis la trêve conclue avec Michel Paléologue, c’est-à-dire 1265 Jordanes Pelliparius, se rendant de Patras à Lépante, aurait été enlevé à deux milles de Patras, en 1277, dépouillé de tout et retenu prisonnier in Castro vocato Liolouralo et gardé par Georgium Calocuriti et Loscuro qui tunc erani ibi pro domino Imperatore (5). Il faut évidemment lire li Colouraio où il est difficile de reconnaître autre chose que la Colovrate ou Kalavryta ; Hopf pensait qu’il fallait faire remonter la perte de cette place à l’époque des premiers conflits entre Grecs et Francs après 1262 (6) ; cela paraît peu vraisem¬ blable. Nous placerions plutôt cet événement une dizaine d’années plus tard, entre 1270 et 1274, à un moment où de nombreux indices révèlent la permanence des luttes entre Grecs et Francs, compliquées par les révoltes des habitants de la Skorta. La perte de Kalavryta coïnciderait ainsi avec des opérations dont le centre est Nikli, comme le rappelle, avec des inexactitudes, l’auteur de la chronique aragonaise. Il est possible que les habitants de la région aient aidé le capitaine des Grecs à reprendre le contrôle de ce canton : n’est-ce pas là aussi que le premier acte de la révolte contre les Turcs eut lieu en 1821 ? En tout cas, la possession de ce point ne fut assurée pour les Grecs qu’après l’occupation des bassins de l’Arcadie. Le village même de Kalavryta ne contient rien qui rappelle le xme siècle ; mais à l’est, dominant la vallée, se dresse une hauteur, dernier contrefort du mont Ghelmos, qui est coiffée d’un bloc de calcaire : ce bloc qui atteint 1190 mètres d’altitude : , (1) Chron. gr., 588 vv. 6889, 8497 et suiv., 8660 ; — Cron. di Morea , pp. 453-454 ; — L. de la conq., §§ 587 et suiv. (2) L. de la conq., §§ 742, 743, 764-784, 794, 796 ; — L. de los fech., §§ 487-502, d’après lequel Jean été marié à la fille de Hugues de Charpigny, cf. ci-dessus. (3) L. de los fech., §§ 481-482. (4) L. de la conq., §§ 664-692. (5) Tafel et Thomas, Urkunden, p. 175, § A 38. (6) Hopf, I, p. 287 A. aurait
LE PÉLOPONÈSE SEPTENTRIONAL, l’aCHAÏE 469 constitue une grande plate-forme, parfaitement isolée, véritable forteresse naturelle, qui porte les ruines du château des barons de Kalavryta (pi. 115,2 117) (1). L’ordre des Prémontrés avait une abbaye à Kalavryta, dans le diocèse de Patras, fondée par le prince dans le premier tiers du xme siècle : où se trouvait-elle ? Parmi les monastères voisins du village, celui qui pourrait avoir abrité cette fondation du prince semble celui de Hagia Lavra (2). Si Ton ne connaît pas les noms des fiefs dépendant de Kalavryta, on peut signaler deux villages situés près de là et qui faisaient partie de la baronnie d’Akova, Gueraines et Guomenice (3) ; le second est Goumenitsa à 7 kilomètres au nord-ouest de Kalavryta (4) ; mais le premier n’a pas d’équivalent dans la toponymie actuelle ; on peut penser à une déformation d’un nom comme Greveno, mais ce village paraît trop loin vers l’ouest, situé juste au pied du mont Olonos sur le versant occidental (5). L’obscurité entoure pour notre période quelques villages ou couvents qui sont mentionnés et ont même eu de l’importance après que le pays eut été réoccupé par les Grecs. Tel est le village de Kernitsa, dont Honorius III rattacha l’église à l’archevêché de Patras et qui n’est plus mentionné jusqu’en 1316 ; il faisait alors par¬ tie de la province grecque puisqu’Andronic Asên y confirma la fondation d’une église par Euphrosyne de Lacédémone (6) ; il devint plus tard siège épiscopal (7). Son nom est donné par les cartes des xvne et xvme siècles sous la forme Pernitza ou Peterniza et, à la suite du Scoliaste de Ptolémée, on l’identifie avec l’antique Boura. Ce n’est plus aujourd’hui qu’un modeste hameau situé près de Diakopto (8). C’est près de Kalavryta, dans le petit village de Krastikoi, un peu au sud du couvent de Hagia Lavra, que fut conclu en 1429 le mariage entre Thomas Paléologue (1) Le village qui correspond aussi au site antique de Kynaitha a été visité et décrit par Dodwell, Tour , II, pp. 447, 451, — Gell, Itinerary , pp. 131, 134, — Pouqueville, Voyage , V. pp. 341-342, — Rangavès, Hellenika, pp. 342-343, — Schwab, Arkadien, p. 47, — Buchon, Grèce et Morée , pp. 538-541, — G. Papandréou, , Pyrgos 1886, pp. 67-68, — Pieske, RE, XI, 1922, col. 2480, — E. Meyer, Pel. Wander, pp. 107 109. Les vestiges du château ont été très sous-estimés par R. Traquair, BSA, XIII, 1907-1908, p. 281, cf. infra, pp. 466-470. (2) Sur les Prémontrés, cf. supra, p. 100 : on connaît des abbés latins de « Kalavryta », mais sans précision sur le couvent où ils résidaient, cf. N. Backmund, Monasticum Praemonstratense , pp. 403, 616, qui émet l’hypothèse plausible, mais nullement sûre, qu’il s’agit de Hagia Lavra. (3) L. de la conq., § 526. (4) Alberghetti, p. 723 : Gumenizza, dans le territoire de Kalavryta, cf. Buchon, Recherches, I, pp. 252 n° 1, — J. Longnon, L. de la conquête, p. 208 n. 3, — Dragoumès, Chroniques de Morée, p. 235. (5) Buchon, Recherches, I, 251, n. 5, se demandait s’il ne fallait pas voir dans le nom du village de Phlamboura, voisin de Goumenitsa, le souvenir d’un fief de l’époque franque, qui pourrait être Gueraines ; l’hypothèse est bien hasardée. Dragoumès, ibid., propose Gounarianika à l’est de Kalavryta, qui n’est pas plus satisfaisant que Greveno, lequel a du moins l’avantage d’être cité dès la fin du xive siècle, cf. supra, p. 343. Goumenitsa et Greveno sont des toponymes slaves, cf. M. Vasmer, Die Slaven, pp. 132-133 nos 33-34. Acta, I, pp. 52, n° 30. (6) Miklosich et Müller, (7) Sur Kernitsa au xive siècle et sur son identification, cf. E. Gerland, Neue Quellen, p. 104 n° 1, — N. A. Bees, Oriens Christianus, IV, 1915, 2e partie, pp. 269-273, — E. Meyer, Pel. Wander., pp. 137-138. Cette Kernitsa ne doit pas être confondue avec celle que nous avons signalée en Mesaréa, près de Vytina, p. 405. (8) Il n’apparaît pas dans les listes du xve siècle ni dans celle d’Alberghetti, mais est signalé par P. A. Pacifico, Descrizzione, Venise 1700, p. 126 : Cernizza, De Fer donne Peterniza Bura, Bouttats : Peterniza, Pernitsa Olim Bura ; cf. Scoliaste de Ptolémée, III, 16, 15. Le nom, d’origine slave, cf. E. Meyer, op. cil. p. 35 (il n’est pas relevé par M. Vasmer), n’a rien à voir avec l’antique Keryneia, contrairement à ce que pensait Mélétios, Géographie, p. 361 A. Il ne figure pas sur la carte française.
470 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES et Catherine, fille de Centurione Zaccaria, qui mettait fin au conflit entre le prince et les Grecs et préparait la disparition de la principauté comme État indépendant (1). On ne sait rien du couvent de Hagia Lavra ni de celui du Mégaspèlaion dont le important rôle commence seulement au xive siècle et sous régime grec (2). Remarques générales. — La région que nous venons de parcourir est bien limitée au sud par une ligne qui passe par les hauts sommets de lOlonos ou Érymanthe, du Kalliphoni et du Chelmos ou Aroania, et au nord par la mer. Largement ouverte vers l’ouest où tout un réseau de petits fleuves côtiers arrosent la large vallée de la Kaminitsa et la fertile plaine de Patras, elle est occupée en son centre par le lourd massif du Voïdia ou Panachaïkon qui ne laisse le long de la mer qu’une étroite bordure cultivable et rend parfois même le passage difficile. Vers l’est, cette bande côtière s’élargit, redevient à partir de Vostitsa une plaine fertile. Mais au sud-est, les hautes vallées, celles de Kalavryta et du fleuve d’Akrata, communiquent difficilement avec la côte ce sont des cantons intérieurs et montagneux. Patras a une place de choix, qu’elle doit à sa situation face à l’ouest donc facilement accessible aux navires venant des ports italiens, à sa plaine la plus vaste et la plus riche de toute l’Achaïe, à sa tradition de centre actif qui remonte à l’époque romaine. Ces faits éclairent l’histoire de la région à l’époque franque. Dans le pays conquis, quatre baronnies sont créées, deux sur la côte : Patras et Vostitsa, deux à l’intérieur Chalandritsa et Kalavryta. Quels étaient leurs territoires respectifs ? On ne peut le dire ; mais il ne semble pas qu’ils aient été très dispersés, ni très étendus, car la région n’est pas très vaste. La baronnie la plus en vue doit être celle de Patras ; mais si l’on songe qu’elle devait partager le canton qui entoure la ville avec l’Église, on se demande si le chiffre de vingt-quatre fiefs donné par le Libro de très inexacte, n’est pas los fechos dont nous avons souvent relevé l’information exagéré. De l’archevêché de Patras, dont dépendaient les diocèses d’Oléna Andra vida, Coron et Modon, c’est-à-dire la moitié occidentale du Péloponèse, le ressort propre s’étendait à l’est jusqu’au-delà d’Aigion y compris Kernitsa ; mais vers l’ouest il allait, semble-t-il, moins loin; le fait que plus tard l’évêque d’Oléna a résidé à Kaminitsa laisse supposer que ce village appartenait à cet autre diocèse. Les fiefs de l’église de Patras étaient très étroitement groupés autour de Patras ; le plus éloigné à notre connaissance est Kaminitsa. Quelle qu’ait été l’étendue exacte de la baronnie de Patras, quand l’archevêque l’eut acquise, il est évident qu’il devint un des premiers seigneurs de la principauté ; c’est ce qui explique qu’il ait pu se rendre indépendant. Il était sûr de pouvoir compter sur l’appui de Venise, intéressée à occuper une place de : : , , que (1) Sphrantzès, II, 9, CSHB , p. 154 ; le ms de Paris, suppl. gr. 80, donne Bekker a corrigé en , qui n’offre pas de sens satisfaisant. N. A. Bees, Ein verkannter Dorfname in der Chronik des Georg Phrantzès, BNJ, VIII, 1931, pp. 261-165, a proposé cette heureuse correction : . Cf. Alberghetti, p. 122 : Crasticus , — carte française, Krastiki, — Ran gavés, Hellenika} II, p. 198, — Nouchakès, Géographie , p. 550. (2) Sur la date du couvent du Mégaspèlaion, v. Pél. hyz., p. 143 et n. 8 : bien qu’il possède une icône très ancienne, on ne peut rien affirmer sur son existence avant la fin du xiii* siècle, A. Xyngopoulos, . ., 1933, pp. 116-119. Jean Gantacuzène promulgua en 1348 un chrysobulle en faveur du monastère Miklosich et Müller, Acta , V, pp. 191-193. A la fin du xive siècle, l’archevêque grec de Patras y réside, Miklosich et Müller, Acta , I, pp. 325-326, n° 143.
LE PÉLOPONÈSE SEPTENTRIONAL, l’aCHAÏE 471 faveur dans ce port important qui pouvait rivaliser avec celui de Clarence. Et quand Patras fut vraiment menacée par les Turcs et par les despotes de Mistra, elle se décida à en assumer directement l’administration et la défense ; l’opposition formelle du pape à cette solution eut comme conséquence immédiate la prise de la ville par les Grecs. A l’opposé de Patras, les cantons de montagne, assez isolés, sont retombés très tôt, et certainement dès avant la fin du xme siècle, sous le contrôle des autorités grecques la domination franque n’y avait pas plongé de racines profondes : aucun toponyme n’y rappelle cette époque. L’autorité du capitaine des Grecs de Mistra s’appuie sur une population mal disposée à subir des maîtres étrangers, comme le montre l’épisode de Photios. Au xive siècle seule la plaine côtière, au-dessous de Kernitsa et du couvent du Mégaspèlaion, restait aux Francs. Mais il ne semble pas que les Grecs aient fait des tentatives pour couper cette route et atteindre la mer. Entre Patras et Kalavryta, les deux baronnies de Chalandritsa et de Vostitsa ont survécu jusqu’à la fin de la principauté. On ne peut définir exactement ce qu’elles étaient ; il serait vain d’essayer d’en retrouver les limites, car il est peu probable qu’elles aient constitué des blocs d’un seul tenant. Nous avons signalé d’ailleurs près de Chalandritsa deux fiefs de la baronnie d’Akova, deux autres près de Kalavryta. De toute façon ni l’une ni l’autre n’ont eu à subir d’attaques de la part des voisins de la principauté. Les seigneurs avaient sans doute fondé des forteresses aux points utiles, rochers faciles à défendre, postes de surveillance sur une vallée. Mais pas plus qu’ailleurs on ne peut saisir de système défensif coordonné répondant à une situation stratégique particulière. Après la conquête turque, un seul château garde de l’impor¬ tance, celui de Patras ; les Turcs, il est vrai, en construisirent un autre que le moyen âge n’avait pas connu, c’est le château de Morée, ou de Rion, qui en face du château de Roumélie ou d’Antirrion surveillait le passage étroit qui donne accès au golfe de Corinthe ces forteresses n’ont en effet d’utilité que pour une puissance qui, comme les Turcs, dominait également sur les deux rives des golfes de Patras et de Corinthe. : :

CHAPITRE CORINTHIE ET VI ARGOLIDE (Planches 6, 118-140) Corinthe. — Corinthe a gardé dans la Morée franque l’importance que lui a conférée tout temps sa situation près de l’isthme (1) : placée près du point où le golfe de de Corinthe n’est séparé de celui d’Égine que par une étroite bande de terre d’à peine plus de six kilomètres, elle surveille à la fois les routes maritimes qui aboutissent à ses deux ports et la route terrestre qui, venant du nord, se divise sous ses murs pour aller vers plusieurs directions dans le Péloponèse. Un rocher, élevé, massif et bien isolé, richement pourvu en eau, constitue de plus pour la ville une acropole remarquable l’Acrocorinthe est assez vaste pour être non seulement la forteresse, mais pour abriter au besoin toute la population (2). Le nom de Corinthe est souvent un peu déformé au moyen âge ; il devient Chorynte, en italien Coranto, Coranzo ou Choranto, mais ces déformations le laissent toujours reconnaître facilement (3). : (1) Sur l’ensemble des régions de la Corinthie et de l’Argolide, on peut se reporter à l’ouvrage déjà ancien , Athènes 1886, et plus spécialement sur l’Argolide à H. Lehmann, Landeskunde der Ebene von Argos und ihrer Randgebiete, avec une introduction Institut des de W. Wrede et une carte, tome I d 'Argolis, publié par l’Archàologisches Deutschen Reiches, Athenische Abteilung, Athènes 1937 ; la carte, au 50.000e est établie d’après la carte française avec quelques corrections de détails. (2) Nous avons déjà consacré à Corinthe au moyen âge une étude spéciale dans Corinth , III, 2, pp. 128 159, suivie delà description des fortifications de l’Acrocorinthe, de Penteskouphi et des vestiges vénitiens, pp. 160-281. Cf. K. Andrews, Castles of Morea, pp. 135-146. Les manuscrits français écrivent Corinthe, (3) Les textes grecs donnent toujours correctement . Chorinte ou Chorinthe. L. de la conq., §§ 94, 99, 101, etc., — Villehardouin, §§ 301, 324, 331, — Henri de Valenciennes, §§ 584, 669 ; — cf. Chorinius dans les actes latins du début du xme siècle, J. Longnon, JS, 1941, p. 180. L. de los fech., §§ 53, 92, 93, etc. : Corento, — 338, 358 : Quorento. En italien : Cron. di Morea , pp. 423, 424, etc., — Sanudo, Istoria di Romania , pp. 100, 105 : Coranto ; — carte de Battista Agnese : Coranto. O. Dapper, Beschryving, 2e partie, p. 55, donne les formes Coriniho, Coranto, aujourd’hui Koriïho, — Pockoke, Voyage, IV, p. 196 : Cortho. Leake, Travels, III, pp. 257 et suiv., explique que Corinthe se prononce Cortho et est Ghiourdos pour les Turcs. Sur l’évolution du nom, cf. H. Kahane, Byz., XVI, 1942 1943, pp. 353-354. On attribue souvent aux Turcs pour désigner Corinthe le nom de Germen (Voir cartes de Bouttats et De Fer) ; en réalité ce nom désigne une baie beaucoup plus au nord, le Port Germano de la carte française, où se trouvent les ruines de la ville antique d’Aigosthènes, — du Portulan grec , II, éd. Delatte, p. 210. d’A. Mèliarakès,
474 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES L'histoire de Corinthe au xme et au xive siècle se résume en quelques lignes. Après un siège long et difficile pour lequel Guillaume de Champlitte eut l’aide d’Othon de la Roche, la forteresse fut prise en 1209 ou 1210 (1) ; Geoffroy de Villehardouin, prince, accorda au seigneur d’Athènes une part des revenus du port et lui céda Argos et Nauplie, mais garda pour lui la forteresse même et toute la région qui l’entoure ce fut une des châtellenies du domaine. Corinthe devint le siège d’un archevêché, comme elle avait été métropole au temps de Byzance ; le premier archevêque est Gautier à qui Innocent III adresse une lettre en mai 1212 qui est fort intéressante, car elle contient l’énumération des villages qui limitent le territoire de l’église de Corinthe, et les évêchés suffragants Céphalonie, Zante, Damala, Monemvasie, Argos, Hélos et Zemeno (2). Cette seconde liste est toute théorique, c’est celle des anciens évêchés grecs mais, en fait, Corinthe n’eut comme suffragants que les prélats d’Argos, de Lacédémone et de Monemvasie (entre 1249 et 1261). Corinthe est souvent mentionnée dans les récits comme point de passage ou de rassemblement des troupes. Un des capitaines les plus connus est Gautier de Liedekerque en 1295 ; l’archevêque dont le nom mérite le plus d’être rappelé est Guillaume de Moerbeke en 1277. On aimerait tout particulièrement retracer le tableau du grand tournoi de 1304 sur l’évocation duquel s’achève le Livre de la conquête, et qui fut sans doute un des événements les plus pittoresques qui eurent Corinthe pour théâtre. En 1301, le 7 février, la princesse Isabelle en avait fait don à Philippe de Savoie qu’elle allait épouser (3) ; mais il dut l’abandonner en renonçant à la princi¬ pauté. La forteresse prit une nouvelle importance après 1311 quand la Grèce centrale fut aux mains des Catalans, qui furent toujours les ennemis de la principauté. Malgré les efforts déployés un moment par Jean de Gravina pour raffermir sa situation en Grèce, Corinthe était de plus en plus exposée. Aussi, à la suite des plaintes des habitants de Corinthe sans cesse en butte aux entreprises des Catalans et surtout aux méfaits des pirates turcs, le prince Robert trouva-t-il le moyen à la fois d’assurer une meilleure défense de la place et de la région et de récompenser les services de Nicolas Acciaiuoli, en confiant la place le 13 avril 1358 au grand-sénéchal (4) celui-ci disposait de moyens pour remettre tout en état et rétablir dans une certaine mesure le calme. Après la mort de Nicolas, la châtellenie passa en définitive à Nerio Acciaiuoli ; l’installation de ce dernier à Athènes en 1385 enleva à nouveau à Corinthe le rôle de grande place frontière qu’elle avait depuis 1311. Elle n’en était pas moins convoitée. A la mort de Nerio en 1394, ses deux gendres, le despote de Mistra, Théodore Ier Paléologue, qui avait épousé sa fille aînée, Bartholomée, sans doute avec l’espoir qu’elle lui appor¬ terait en dot Corinthe, et Charles Ier Tocco duc de Leucade qui avait épousé la cadette Françoise, se disputèrent sa succession. Charles Tocco avait fait appel à des alliés turcs ; le despote avait l’appui d’Antoine Acciaiuoli. Ce conflit violent permit à Théodore Paléologue d’occuper et de garder Corinthe, tandis que Vasilika et Mégare restaient à Charles Tocco. La célèbre forteresse échappa donc aux Latins en 1395 : : : : ; (1) Certainement après avril 1209, mais certainement pas après le printemps de 1210. Cf. J. Longnon, JS, 1946, pp. 156-157, et supra , p. 68. (2) Innocent III, Ep., XV, 58, PL; CCXVI, p. 586-587. Cf. supra, p. 93. (3) Guichenon, Histoire de Savoie, I, Preuves, p. 102. (4) Buchon, Nouv. rech., II, pp. 143-155, nos 25-26.
CORINTHIE ET ARGOLIDE 475 ajoutons seulement que le despote de Mistra, devant les dangers qui le pressaient de tous côtés et surtout de la part des Turcs, songea à céder à son tour Corinthe aux Hospitaliers qui en assurèrent la défense de 1400 à 1404, après quoi Théodore la leur reprit. La grande question qui se pose dès la fin du xive siècle, mais qui ne nous intéresse pas directement, puisque ces territoires ne font plus partie de la principauté, c’est la construction d’un mur destiné à fermer l’isthme, au point le plus étroit, appelé Hexami lion, à cause de ses dimensions. En bref, Corinthe est restée aux Latins de 1210 à 1395, mais depuis 1358 elle a été cédée aux Acciaiuoli. En tant que forteresse, elle constitue un boulevard contre des ennemis venant du nord ; c’est en particulier entre 1311 et 1385 qu’elle joue ce rôle de poste frontière. Mais quand les Grecs de Mistra eurent réoccupé le centre de la Morée, la région de Corinthe eut aussi une fron¬ tière vers le sud. A Corinthe, il faut distinguer la ville basse, sur le site de la cité antique, à 3 kilo¬ mètres de la côte environ et, au sud, l’énorme rocher de l’Acrocorinthe, haut de 575 mètres, qui a toujours servi de forteresse et d’où la vue s’étend au loin sur la plaine côtière, sur l’isthme, sur les routes vers l’intérieur. La ville basse, florissante encore au xiie siècle, semble cependant un peu moins active depuis le passage des Normands en 1147 (1). Mais elle existe à l’arrivée des croisés ; elle ne devait pas être fortifiée, car elle fut occupée par eux sans difficulté (2) ; on n’en connaît pas les monuments, sinon l’église la plus remarquable, consacrée à Saint-Paul : c’est la seule que signale Nicolas de Martoni (3). Rien n’indique où était exactement établi l’hôpital de Saint-Sanson que le pape Clément V en 1309 réunit à l’ordre de Saint-Jean de l’Hôpital (4). On ne sait si l’atelier qui frappa les monnaies de la principauté jusque vers le milieu du siècle fonctionnait dans la ville, ce qui est probable, ou dans la forteresse (5) ; il avait été installé à Corinthe vraisemblablement parce que c’était, dans les possessions des Villehardouin, la ville la mieux outillée pour un atelier de ce genre. Mais, au milieu du siècle, la monnaie fut transférée à Clarence, qui était devenue entre temps une ville et dont la situation était moins exposée que Corinthe. Faut-il y voir une mesure de prudence, la ville avait-elle été menacée vers cette date par un danger extérieur ? La sécurité ne devait pas être complète, deux indices semblent le confirmer c’est le moment où un incendie détruisit une église située sur la route de Cenchrées, recons¬ truite au xie ou xiie siècle, et qui ne fut pas relevée (6) ; d’autre part un trésor a été enterré peu après le milieu du siècle (7). Les deux événements qui ont pu vers cette : (1) Depuis ce que nous en avons dit dans Pél. byz., pp. 130-131, 160-161, une étude précise des vestiges archéologiques a permis de dresser un tableau beaucoup plus complet de l’aspect de la ville au xne siècle, v. H. L. Scranton, Mediaeval Architecture in the Central Area of Corinth , Corinth , XVI, Princeton, N. J.., 1957, pp. 50-83. en particulier (2) Les différentes versions de la Chronique la distinguent nettement de la forteresse, à l’occasion du siège de l’Acrocorinthe. (3) Nicolas de Martoni, éd. Legrand, pp. 659-660. Cartulaire général de Vordre des (4) Regestum dementis papae V , IV, 1000, — Delaville-le-Roulx, Hospitaliers, IV, pp. 212-222, n° 4875, — Hopf, I, p. 369 A, date inexactement le fait de 1308. (5) Cf. G. Schlumberger, Numismatique de VOrient latin, pp. 312 et suiv. et pi. XII, nos 7-10 ; les monnaies portent au revers une image de forteresse et la mention CORINTUM ou CORINTI. (6) J. M. Shelley, The Christian Basilica near the Cenchrean Gate at Corinth. Hesp ., XII, 1943, pp. 188 189. Nous reviendrons sur cette église p. 585. K. Edwards, Hesp., VI, 1937, p. 250, contenait 377 bronzes français ou (7) Ce trésor signalé par . vénitiens, 10 pennies anglais et 1 nomisma d’or de Jean Vatatzès, cf. D. M. Metcalf, BSA, IV, 1960, p. 54.
476 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES date créer la panique sont la campagne de Jean Vatatzès en 1252, puis la défaite de Pélagonia en 1259, suivie d’une expédition grecque jusqu’en Béotie ; mais, ni en 1252 ni en 1259, l’isthme n’a été franchi à notre connaissance et l’enfouissement du trésor est certainement postérieur à la première date, puisqu’il s’y trouve trois monnaies du doge Rainerio Zeno élu en 1253. La situation s’aggrava considérablement après 1311 ; c’est sur les plaintes des habitants de Corinthe, victimes d’incursions et d’actes de piraterie continuels que le prince se décida à confier la ville à Nicolas Acciaiuoli. Aussi vers la fin du xive siècle, la population s’est-elle complètement retirée de la ville basse pour s’abriter derrière les murs de la forteresse. C’est l’état que nous fait connaître Nicolas de Martoni (1). Quant à la forteresse (pl. 118), si les textes décrivent souvent le rocher imprenable et le château puissant (2), on est mal renseigné sur l’état exact des fortifications et sur les travaux qui y ont été faits. La version italienne de la Chronique dit qu’il y avait trois enceintes, mais compte pour une la ville basse (3). La version aragonaise attribue au prince Guillaume, vers le milieu du siècle, d’importantes réparations en même temps que la construction du château de Vasilika (4) il est très probable en effet que les princes prirent soin d’entretenir et de renforcer les défenses de cette place on peut penser qu’ils le firent même bien avant le milieu du siècle, dès le début de l’occupation Geoffroy Ier a pu faire faire des travaux au moment où il y résida en 1216 (5), avant d’entreprendre la construction de Clermont (que le Libro de los fechos place aussi vers 1250). D’autres réparations ont été exécutées par Nicolas Acciaiuoli et il est vraisemblable que les Hospitaliers travaillèrent à remettre en état Acrocorinthe, à en faire une forteresse solide (6) ; elle fit l’impression d’une place imprenable et fort bien pourvue à Ludolf de Südheim à la fin du xive siècle (7). On est surpris du témoignage de Nicolas de Martoni qui, en 1395, applique l’adjectif de iurpe aussi bien au château qu’à l’enceinte qui entoure le sommet de Acrocorinthe, car au moins la troisième porte avec les grandes tours qui la flanquent et le donjon sur la pointe sud devaient avoir à cette époque l’aspect imposant qu’ils ont encore aujourd’hui. Sans doute est-ce par comparaison avec les forteresses contem¬ poraines d’Italie, de Terre-Sainte, ou de Constantinople qu’il juge aussi sévèrement celles de Corinthe (8). ; ; : Ports et fortifications Corinthe, il faut situer voisines ses de Corinthe. — Dans les environs immédiats de ports et d’autres fortifications. Les ports ne sont pas (1) Nicolas de Martoni, éd. Legrand, pp. 657, 659-660. La population reste naturellement dans ce refuge au xve siècle, comme le signale vers 1470 un manuscrit vénitien, cf. E. Ziebarth, AM, XIV, 1889, p. 73. (2) L. de la conq., §§ 94, 104, — Chron. gr., vv. 1444-1447, 1598-1600, — L. de los fech., §§ 92, 100. (3) Cron. di Morea, p. 423. (4) L. de los fech., § 216. (5) Geoffroy Ier se trouvait en 1216 à Corinthe avec sa femme et son père, Jean de Villehardouin, comme le prouve la charte qu’il y donna, publiée par H. d’ARBOis de Jubainville, Voyage paléographique dans le département de V Aube, p. 343 ; cf. J. Longnon, Recherches sur Villehardouin, Documents, n° 216. (6) Les travaux de Nicolas Acciaiuoli sont signalés dans l’acte par lequel Philippe de Tarente donna Corinthe, qu’il avait reprise à Ange, fils du grand-sénéchal, cf. Buchon, Nouv. rech., II, p. 204. Sur les périodes de construction de l’Acrocorinthe, voir Acrocorinth, pp. 144-145. (7) Ludolf de Sudheim, De itinere Terrae Sanctae, 17. (8) Nicolas de Martoni, éd. Legrand, ibid. ; cf. Acrocorinth, pp. 140-141.
CORINTHIE ET ARGOLIDE 477 mentionnés dans la Chronique de Morée ; de toute façon l’antique Léchaion, sur le golfe de Corinthe, a perdu son nom, et si les barques devaient venir mouiller ou étaient tirées sur la plage, il ne devait pas y avoir à proprement parler un port (l). A l’est au contraire, Cenchrées a survécu avec son nom, à peine déformé en Kechrès ou Kechriès (2), signalé par tous les voyageurs. Les fortifications sont les antikastra et le mur de l’isthme. Au moment du siège de 1205-1210, pour assurer le blocus de l’énorme rocher de l’Acrocorinthe et pour surveiller sans danger le côté le plus accessible, les Francs construisirent une petite forteresse « en une montaigne agüe qui est encoste le chastel devers miedi ; et fut nommée le mont Escovée » (3) on a discuté non sur le lieu de cet antikastro qui est certainement le rocher appelé aujourd’hui Penteskouphi, mais sur le nom et sur la date de construction. Pour le nom, les uns ont pensé que la forme originale était celle que donne la chronique grecque ou française, elle-même corruption d’un nom français tel que Montesquieu (4), les autres que c’était le nom grec actuel qui avait été déformé par les Francs. La seconde hypothèse n’est pas soutenable puisque la version grecque se contente de transcrire le nom français ; et celui-ci est parfaitement correct, escové n’a rien de commun avec esquieu ou esquiou qui appartient aux dialectes du midi, c’est un vieux mot français qui veut dire dépouillé, dénudé il y a plusieurs Montécouvé en Picardie, dans l’Aisne et dans le Nord, pays de Jacques d’Avesnes qui joua un rôle important dans le siège ; Mont-Escovée est donc le mont-chauve, ce qui convient bien au rocher aigu qui porte le petit château (5) le langage grec populaire l’a interprété en Penteskouphi, c’est-à-dire les cinq-bonnets, ce qui n’a pas de rapport avec la topographie, puisqu’il n’y a pas cinq rochers ; les érudits modernes en ont fait Penteskouphia, soucieux de donner une forme de pluriel à ce mot où figure le chiffre cinq. Les versions française, grecque et italienne situent la construc¬ tion au moment des opérations qui entraînèrent la chute de l’Acrocorinthe en 1246 ; il est plus logique de penser que Mont-Escovée fut construit au début du siège, après la sortie de Sgouros qui fit beaucoup de mal aux assiégeants ; le Libro de los fechos signale en effet alors la construction d’un petit château qui doit être celui-là, sous le nom de Malvesmo où l’on reconnaît le castello de Malvicino presso a Corenlo de la liste des fiefs de 1377, c’est-à-dire le « mauvais voisin », appellation normale pour un anli kastro (6). La Chronique de Morée dans ses différentes versions, à l’exception de l’ara : ; ; , (1) Le Portulan grec II, éd. Delatte, p. 211, ne signale pas de port à la hauteur de Corinthe, qu’il appelle la vieille ville », située plus loin au sud sur un rocher ; au nord de l’isthme, il cite Leuterochori ; la carte de Battista Agnese présente les mêmes détails : Lefterocori. Les cartes des xvne et xvme siècles indiquent le nom de Léchaion, ce qui ne prouve rien, et placent Lesterocori ou Lestrocori à l’ouest de Corinthe. On ne peut en tirer rien de positif, sinon que le moyen âge n’a certainement pas connu de vrai port à la place de l’antique « Léchaion. (2) Nous ne signalerons que le texte du Portulan grec II, éd. Delatte, p. 222 qui donne la forme . , — Cron . di Morea, p. 436 : Monte (3) L. de la conq., § 192, — Chron. gr., vv. 2801-2806 : Stuffè, mais elle ajoute ore detto S. Baseggio , ce qui est probablement une confusion avec Saint-Basile qui est plus loin vers le sud, cf. ci-dessous. (4) Buchon, Recherches, I, p. 87 n. 5, — Grèce et Morée, p. 549 ; — Hopf, I, p. 124 A ; et encore récem¬ ment H. et R. Kahane, Italienische Ortsnamen in Griechenland, p. 201. (5) Cette origine picarde du nom nous a été signalée par M. J. Longnon. (6) L. de los fech., § 106, — Appendice A, I, infra, p. 691. Toutes les questions que soulève Mont-Escovée ont été étudiées par St. Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 54-64, mais il n’a pas vu l’explication exacte du nom français et admet l’antériorité de Penteskouphi ; cette opinion a été aussi soutenue par K. Romaios, ., XI, p. 939, pp. 286-291.
478 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES gonaise, attribue au seigneur d’Athènes l’établissement d’un autre poste de surveillance au nord (1) le seul point où a pu se situer cet autre antikastro, dont aucun texte ultérieur ne parle, est un contrefort de l’Acrocorinthe au nord-est, où subsistent de vagues vestiges médiévaux (2). Quant aux fortifications de l’isthme, elles ne nous intéressent pas directement ici, car si le prince Centurione Zaccaria fut sollicité de contribuer à leur construction ou à leur défense contre les Turcs, ces travaux n’ont été entrepris qu’à la fin du xive siècle, alors que ce canton était déjà hors de la principauté (3). On a signalé d’autres fortifications médiévales sur une petite colline située au sud de la route d’Hexamilion plus loin vers le sud-est, une à Cenchrées et dominant bien la plaine vers le nord double enceinte de pierres sèches, un peu au nord de Sophikon, comprend une première cour de 45 m. sur 90 environ placée à l’intérieur d’une seconde de 100 m. sur 200 (4) ; mais ces constructions restent anonymes, sans date et sans histoire. : ; Limites de l’Église de Corinthe. — Diverses sources font connaître un certain nombre de points autour de Corinthe. Rappelons d’abord que le diocèse de Corinthe avait englobé en 1222 celui de Zemeno et la moitié de celui de Damala, dont les sièges épiscopaux avaient été supprimés faute d’une population catholique ou de revenus suffisants pour en justifier ou en assurer l’existence (5). Avant ces remanie¬ ments, une lettre d’innocent III à l’archevêque Gautier définit en 1212 le territoire de l’Église de Corinthe en citant les noms des villages d’Enoria, Palagia, Calesmata, Succhyna, Sorados, Lavenicia, Clenna, Sarman, Crata, Quarrata, Sandyca (6). D’autre part en 1281, le testament de Léonard de Yeroli énumère de nombreuses propriétés que le chancelier possédait en particulier dans la châtellenie de Corinthe (7), les villages de Heuches, Lapitiza, Voltiza, Perniza, Asgoy ; il reste obscur si le hameau (1) L. de la conq., § 192, — Chron. gr., vv. 2807-2808. La Cron. di Morea , p. 436, le place sur un mont delio ora Ainori, confondant cet antikastro avec le petit château d’Hagionori au sud-est de Corinthe, comme elle confondait Mont-Escovée avec Hagios Vasilios. (2) Cf. Corinth , III, 2, p. 135. Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 55-59, fait remarquer que la suppres¬ sion des vv. 2807-2808 de la chronique grecque suffirait à faire disparaître toute trace de cet antikastro dont les vestiges sont bien peu apparents, et dont le site même reste douteux ; il se demande s’il n’y a pas eu une interpolation, qu’auraient répétée les versions française et italienne ; cette hypothèse suppose il est vrai que la version française serait, comme le résumé italien, issue du récit grec, ce qui ne semble pas correspondre à la réalité. (3) Les murs de l’isthme avec leurs multiples fortins sont appelés Policasiro sur les cartes anciennes. Bien décrits par Dodwell, Tour, II, p. 184, ils ont fait l’objet d’une brève étude de Sp. Lampros, Tà ’ , . ., II, 1905, . 444 et suiv. Les vestiges ont été examinés et décrits par R. J. H. Jenkins et H. Megaw, Researches at Isthmia, BSA, XXXII, 1931-1932, pp. 68 89. Une bibliographie importante et diverses indications curieuses ont été réunies par E. W. Bodnar, The Isthmian Fortifications in Oracular Prophecy, AJ A, LXIV, 1960, pp. 165-171. Corinth, I, 1932, pp. 99-101 et 104-105. (4) V. H. N. Fowler et R. Stillwell, (5) Sur Zemeno, dans les montagnes au nord-ouest de Corinthe, v. Pél. byz ., pp. 107, 109, 111, 113 et 161 ; le village ne joue aucun rôle pendant la période franque et ne reprend de l’importance que plus tard, cf. N. A. Bees, Oriens chrislianus, NS, IV, 1915, pp. 252-254 ; il est mentionné dans le faux chrysobulle d’Andronic Paléologue, Miklosich et Müller, Acta, V, pp. 155 et suiv. ; l’existence d’un évêque grec de Zemeno dépendant de Corinthe est plus sûre en 1396, cf. Miklosich et Müller, Acta, II, pp. 287-288. Sur le site, v. E. Meyer, Pelop. Wander., pp. 7-8. (6) Innocent III, Ep ., XV, 58, PL, CCXVI, col. 586-587. (7) Le contenu de ce testament n’est connu que par la mention qu’en fait Hopf, I, p. 319 A.
CORINTHIE ET 479 ARGOLIDE Karavo appartenant au fief Sulina et les terres situées près des petits fleuves du Roas et de rinclimis étaient aussi près de Corinthe. La liste de fiefs de 1377 range dans la châtellenie appartenant à Nicolas Acciaiuoli les châteaux de Basilicate, Sancto Basile, Sancto Georgio de Polifengno, Sercastelli, Angelocastro, Pyegata, Ligorio (1). Enfin les Hospitaliers, ayant pris possession de Corinthe et désirant se rendre favorable la population, accordèrent ou reconnurent des privilèges à divers notables de la région, dans un document où figurent les noms des villages de Kertezi, Savani, Ratone, Seliana, Kerpini, Zachloron, Cloquines ; nous avons vu que la plupart étaient situés dans la région de Kalavryta qui est également citée, ainsi que le couvent Hierospileum qui est le Mégaspèlaion : le plus oriental de ces villages est Seliana qui existe toujours sous le même nom, dans une haute vallée, à un peu plus de 20 km. à vol d’oiseau à l’est de Kalavryta (2). La liste des villages qui marquent les limites du diocèse de Corinthe dont les régions de Zemeno et de Damala doivent être les plus éloignées, est malheureusement peu utile, car il est difficile de reconnaître les noms cités les seuls pour lesquels nous suggérons, avec beaucoup de réserves, une identification sont Calesmata qui est peut-être Kalamaki sur le golfe d’Égine au nord de Cenchrées, Sarman qui ressemble à Germanos (3) ; Succhyna, peut-être Sutica que l’on voit sur les cartes anciennes (4), au sud-est de l’isthme, à la place où se trouve aujourd’hui Sophikon Sorados pourrait être rapproché de Sarantapèchon (5), tout à fait à l’ouest entre Seliana et Tarsos Clenna est très probablement Klénia (6), au sud-est de l’antique Kléonai au sud de Corinthe ; Enoria ressemble à Hagionori, l’Ainori de la Cronaca di Morea. On reconnaît dans Crata, Akrata, petite plaine fertile au bord de la mer entre Vasilika et Yostitsa (7). Un rapprochement entre Quarrata et le Xylokérata de la carte française entre Corinthe et Cenchrées paraît hasardé, car le nom actuel du village est Xylokeriza on pourrait songer encore à Karatza, mais qui semble trop loin en Argolide, entre : ; ; ; (1) Les autres listes sont de très peu de secours parce qu’elles ne suivent pas un ordre topographique rigoureux. éparchie d’Aigaleia. Il y a, en face de p. 122 Seliana. Aujourd’hui (2) Cf. Alberghetti, Selliana, sur l’autre versant de la vallée, un village appelé sur la carte française Arachova, qui est en réalité Il existe, il est vrai, un hameau ; c’est le nom qui semble le plus proche du Ratone dans cette région. à 15 km. au sud-est de Corinthe généralement appelé Rhito, comme sur la carte française, mais que le Recen¬ sement de 1928 mentionne sous le nom ' dans la commune d’ H almyrè, enfin un autre plus loin ou ', encore vers l’est, Rados ; mais la distance où ils se trouvent par rapport aux autres villages nous paraît un argument décisif contre cette identification. — Alberghetti donne, p. 118, Rito, et p. 119 Rhado. (3) Cf. ci-dessus. (4) Voir les cartes de Bouttats et de Blaeu. On pourrait aussi penser à Sicyone : ce site s’appelait alors Vasilika, mais ce dernier nom ne figure justement pas dans la liste et l’on peut supposer que le nom antique n’était pas ignoré dans le milieu où a été rédigé ce document. p. 119 : Sarandapico. (5) Sur la carte française, Sarandapikho ; — Alberghetti, La population a aban¬ (6) Pouqueville, Voyage, V, p. 185, transcrit Clegna. C’est aujourd’hui , donné la plaine de Kléonai pour se retirer dans une position plus abritée, la vallée étroite qui descend de Hagionori. M. Vasmer, Die Slaven, p. 124 n° 13, estime plus probable que le nom actuel vienne du bulgare ou du tchèque que du nom antique : l’un n’exclut pas l’autre, le nom antique ayant pu être déformé pour prendre un sens dans un dialecte slave. (7) Pouqueville, Voyage, v. pp. 422-423, — Dodwell, Tour, II, p. 301, — Philippson, Peloponnes, pp. 136, 151, 155. C’est aujourd’hui un village important : d’après la carte française, il n’y avait, il y a cent ans qu’un chani. Mais Akrata est cité par le Portulan grec II, éd. Delatte. p. 211 et figure sur la carte de B. Agnese ; peut-être est-ce lui dont Blaeu, De Fer, Bouttats ont fait Arcadia ». : « 32
480 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Épidaure et Damala. Les seules identifications à peu près certaines sont donc celles d’Akrata et de Klénia qui ont l’intérêt de fixer les limites du diocèse à l’ouest et au sud. Un point peut encore être situé, c’est l’abbaye cistercienne de Saraca qui appartient également au ressort de l’église de Corinthe. Nous la connaissons par la correspondance pontificale Grégoire IX a adressé le 23 décembre 1236 une lettre à divers prélats de Morée, parmi lesquels l’abbé de Saraca Cisterciensis ordinis Corinthiensis dioecesis pour les charger de veiller à la levée des contributions que l’Église devait verser au prince Geoffroy II de Villehardouin (1). L’année suivante en septembre 1237, le pape : , , , avisa l’élu de Coron et l’abbé de « Saracaz » de sa désision touchant la remise de l’hôpi¬ tal Saint-Jacques d’Andravida aux Chevaliers teutoniques (2) : dans l’une comme dans l’autre affaire, l’abbé rencontre l’opposition de l’archevêque de Patras. Cette abbaye de Saraca, Saracaz ou Zarcas ne peut être que celle dont il reste des ruines imposantes dans la plaine de Stymphale (pl. 119-127) : ces ruines en effet appartiennent à une abbaye considérable qui logiquement devait être rattachée à Corinthe ; enfin des deux petits villages les plus voisins où la population s’était retirée, fuyant la plaine marécageuse, l’un s’appelle Zaraka, nom qui servait couramment jusqu’à une époque récente pour désigner toute la vallée et le lac Stymphale (3). Dans un paysage qui doit sa grandeur à la solitude de la plaine en partie couverte par l’eau, encadrée de hautes montagnes sauvages, les Cisterciens avaient fondé une abbaye où, fidèles à leur tradi¬ tion (4), ils pouvaient amener l’eau d’une abondante source jaillissant près de Kionia. De l’archevêque de Corinthe dépendait donc directement un territoire très vaste allant de Phénée à Damala correspondant à la circonscription turque dépendant de Corinthe jusqu’au début du xixe siècle (5). (1) Registres de Grégoire IX , éd. Auvray, II, col. 521-523 nos 3408, 3409 ; cf. Potthast, Regesta, nos 10279 10280, qui écrit inexactement Sacra pour Saraca. Sur sa fondation, cf. supra , p. 100. Tabulae ordinis (2) Registres de Grégoire IX, éd. Auvray, II, col. 770-771, n° 3878 ; cf. E. Strehlke, Theuionici, pp. 135, 137-138, nos 134, 139, qui donne également une lettre du prince, de 1241, qui fait allusion de la lettre pontificale : electo Coronensi... abbati et priori de à l’abbé de Zarcas. Il est évident que l’intitulé Saracaz, fait allusion à deux personnages différents et non au même individu revêtu de deux titres. p. 118 : Zarachi. Le nom de Zaraka est (3) Sur la carte de Battista Agnese : Saracha ; — Alberghetti, signalé comme l’équivalent du nom antique de Stymphale par une scolie de Ptolémée, III, 14, 40, et par de nombreux voyageurs : Gell, Itinerary, p. 70, — Journey, p. 381, — Pouqueville, Voyage, V, p. 317, — Leake, Travels, III, p. 108, — W. Vischer, Erinnerungen, p. 496, et encore A. Meliarakès, , p. 152. Les ruines ont été décrites par Leake, Travels, III, p. 110, — L. Ross, Reisen, p. 55, — Rangavès, Excursion en Arcadie, pp. 402-403, — W. G. Clark, Peloponnesus, p. 322 ; cf. Curtius, Peloponnesos, I, p. 205, — Bursian, Géographie, II, p. 196, — Philippson, Peloponnes, p. 154, — Gr. Landschaften, III, 1, pp. 233-234. Nous avons communiqué l’identification de l’abbaye cistercienne avec les ruines situées près de Stymphale à M. J. Longnon, qui l’a acceptée, cf. L'empire latin, p. 215. Elle a été , faite également par A. K. Orlandos, extr. des Mélanges . el . Merlier, Athènes 1955, pp. 14-17. (4) Cf. M. Aubert, L'architecture cistercienne en France, I, p. 89. (5) Leake, op. cit., Ill, p. 263. — On connaît encore comme dépendances de l’église de Corinthe, au début du xve siècle, des terres à Armiriotum et l’église Notre-Dame de Roca, cf. Delaville-le-Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes, p. 281 n° 1. Le premier toponyme, fréquent en Grèce, n’est pas mentionné dans d’autres textes anciens, mais Halmyrè est une commune moderne, située au sud de Corinthe et où se trouve Riton ou Raton cité ci-dessous. Notre-Dame de la Roche doit être le couvent de Polyphengos : il est consacré à la Vierge et est appelé couramment anciennes étaient accrochées au flanc ; les constructions de la montagne rocheuse, devant une anfractuosité du rocher ; il est reconstruit aujourd’hui plus bas. Sur Polyphengos, v. infra , pp. 482-483. « »
CORINTHIE ET ARGOLIDE 481 Parmi les villages de la châtellenie cités dans le testament de Léonard de Veroli, Heuches et Asgoy nous restent tout à fait inconnus on ne voit même pas quels noms grecs peuvent correspondre à ces formes. Lapitiza a une forme moins étrange, mais échappe également à l’identification. Quant à Voltiza et à Perniza, on est tenté de les assimiler à Vostitsa souvent écrit avec un ou un z à la place du s, et à Kernitsa qu’on appelle aussi Pernitsa ; mais la difficulté est que ces lieux ne comptent pas dans la châtellenie de Corinthe, autant que nous puissions nous en rendre compte ; la perte du document original ne permet malheureusement pas de contrôler les renseigne¬ ments qu’en a tirés Hopf. Aucun des autres noms cités dans le testament ne peut être identifié (1). : 1 Châteaux-forts de Corinthie. — Il nous reste à préciser ce que nous savons des châteaux ou fiefs les plus importants de la région de Corinthe : Vasilika, Pérachora, Hagios Vasilios, Hagionori et Saint-Georges de Polyphengos. A l’ouest, Vasilika occupe le site de Sicyone, à 4 km. du rivage où se trouve le village actuel de Kiato (2). La mention la plus ancienne en est faite par le Libro de los f echos (3), qui attribue la cons¬ truction d’un château en ce lieu au prince Guillaume II vers le milieu du siècle on ne peut avoir une grande confiance dans un renseignement de ce genre. En fait Vasilika n’est mentionnée qu’au xive siècle : en 1377, le castello de Basilicata appartient à Nicolas Acciaiuoli (4) : il figure dans les testaments d’Ange et de Nerio Acciaiuoli en 1391 et 1394 : Nerio laissa le château à sa fille puînée, Françoise, mariée à Charles Tocco (5) qui en prit effectivement possession ; il dut être occupé par le despote de Mistra en 1427 en même temps que la plus grande partie des possessions de ce dernier en Morée. Ainsi Vasilika fait partie des terres qui passèrent d’Ange à Nerio ; c’est qu’il avait été cédé au premier par l’empereur Philippe en 1371, de même qu’il l’avait été précédemment au grand-sénéchal Nicolas, comme dépendance de la châtellenie : de Corinthe. Le village et le château de Vasilika, souvent cités depuis le xve siècle et visités par de nombreux voyageurs (6), sont exactement sur l’emplacement de l’antique (1) Le testament cite le fief Sulina avec le village de Karavo. Il existe un village en Triphylie du nom de Soulima, cf. Alberghetti, p. 131 : Solimano, aujourd’hui, officiellement Dorion. Il y a d’autre part un torrent qui porte le nom de Soulina, près de Lavda dans la Skorta, et tout près du village de Rovia qui fait penser à Roas du testament. Il y a enfin un petit bassin, appelé Soulinari, entre Lygourio et Nauplie, dont nous parlerons plus bas. Mais il n’y a pas moyen de choisir entre ces indications qui restent trop vagues. (2) La forme du nom la plus normale au moyen âge est Vasilika : Les Chron. Brèves, nos 27 et 32, éd. Lampros-Amantos, pp. 48, 61, disent ; mais par analogie avec la province de l’Italie du sud, les textes angevins ou aragonais l’appellent Basilicata, par ex. L. de los fech., § 216, et les actes des Registres angevins. On dit aussi parfois Vasiliko, qui est plus courant dans la toponymie grecque, mais qui n’est pas à préférer ici, étant la forme la plus banale, cf. Pouqueville, Voyage, IV, p. 434. (3) L. de los fech., § 216. (4) V. Appendice I A, infra, p. 691. II, (5) D’après son testament du 17 septembre 1394, cf. Buchon, Nouv. rech ., I, pp. 120, 127, 152, pp. 213, 259. (6) Liste des châteaux de Stefano Magno : en 1463 : Vasilica sive Valica, en 1467 : Vasilica, cf. infra, . Carte de B. Agnese : Vasilica. Cartes p. 693. — Portulan grec , II, éd. Delatte, p. 211 : Voyage, II, de Bouttats et De Fer : Basilico et Vasilica, olim Sicyone, de Blaeu : Vasilica. G. Wheler, pp. 253-254, — J. Spon, Voyage, II p. 306-307, — O. Dapper, Beschryving, 2e partie, p. 32, — Mélétios,
482 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Sicyone ; le château a dû être construit sur les vestiges des murailles de l’Acropole, sur une crête bien isolée entre deux ravins. A quelque distance à l’ouest, Rangavès a signalé les ruines d’une petite forteresse médiévale sur le site de l’acropole antique de Pellène, et signalé près de là une pierre portant deux écus chargés l’un d’une croix, l’autre d’un lion où il faut voir sans doute les armes de Savoie ; mais la forteresse reste non identifiée (1). Le domaine du prince s’étendait au nord au-delà de l’isthme, puisque, au début xive du siècle, Philippe de Savoie accorda à Benjamin de Kalamata une terre dans la presqu’île de Pérachora (2). On ne sait rien d’autre sur cette région. Mais on peut supposer que la limite du domaine devait coïncider avec les anciens monts Géraniens qui, entre la baie de Livadostro et le golfe d’Égine, séparent la Mégaride de la Corinthie et sont appelés au moyen âge Makryplagi le chemin direct de Corinthe à Thèbes traverse cette montagne par un passage élevé appelé à l’époque turque le Grand Derven, pour continuer ensuite vers le mont Karydi où eut lieu la bataille de 1258 entre l’armée du prince et celle des seigneurs d’Eubée et de Grèce centrale, tandis qu’une autre route suit la côte vers Mégare, non sans difficulté, le long des roches Scironiennes, aujourd’hui la Kakè Skala. Au sud, trois forteresses sont connues et identifiées Saint-Georges de Polyphengos, Saint-Basile et Hagionori. Polyphengos est mentionné par le Livre de la conquête c’est un point de la route d’Akova à sous le nom de Polifant, en deux occasions Corinthe, il fut pris par Andronic Asên en 1320 (3). Mais en 1377, parmi les forteresses de la châtellenie de Corinthe appartenant au grand-sénéchal est comptée celle de ce ne peut être que le Polifant de la Chronique, « Sancto Georgio de Polifengno » (4) qui avait dû être repris aux Grecs ; en effet la requête adressée par les habitants de Corinthe au prince Robert en 1358 signale que le château de Saint-Georges a été vaillamment défendu contre les Grecs (5). Il n’y en a pas d’autres mentions au xive siècle ; dans les listes du xve on lit, San Zorzi Tropico qui, croyons-nous, peut être Polyphengos (6). Le nom de Saint-Georges nous aide aujourd’hui à situer celui de ; : : ; Tour, I, pp. 294-296, — Pouqueville, Géographie, p. 359 A, — Pockocke, Voyage, VI, p. 203, — Dodwell, Voyage, IV, pp. 433 et suiv., — Leake, Travels, III, pp. 357, 372, — Puillon-Boblaye, Recherches, p. 30, — Exp. sc. de Morée III, p. 39, — L. Ross, Reisen, p. 47, — Buchon, Grèce et Morée, pp. 546-547, — Rangavès, Excursion en Arcadie, pp. 319-321 ; — cf. Curtius, Peloponnesos, II, pp. 488 et suiv., — Bursian, Géographie, II, pp. 25 et suiv. (1) Rangavès, Excursion en Arcadie, pp. 327-328, et pi. IV, fig. 4 et 5, signale les fondations d’un petit fort carré bâti en chaux avec une tour ronde de chaque côté » et, dans les broussailles une grande plaque de tuf sur laquelle sont gravés deux écussons ; sur cette pierre, v. notre article dans Mélanges G. Sotèriou, pp. « 89-92. (2) L. de la conq., § 867 : «les casaux qui sont par delà Corinthe vers le duchame, que on appelle la Peragora. Le L. de los fech., § 512, dit : un casai que se clama Paliacora, en las partidas de Corento, expression qui est peu c1 aire, car l’expression Palaia-Chora, la «vieille ville» désigne plus normalement le site de la Corinthe antique, aux époques où la ville basse est abandonnée et où la population vit sur l’Acrocorinthe, cf. Portulan grec II, éd. Delatte, p. 211. (3) L. de la conq., §§ 1009, 103, p. 405 ; cf. pp. 425-426. (4) Cf. Appendice I, A, infra, p. 690. (5) Buchon, Nouv. rech., I, p. 105, — II, p. 146, — Grèce et Morée, p. 551 note. (6) V. listes de 1463, 1467 et 1471, infra , pp. 693-694 ; San Zorzi Tropico, que ce nom permet de bien distinguer de Saint-Georges de Skorta, est placé dans la première entre Vasilica et Vostitsa, dans la »
CORINTHIE ET 483 ARGOLIDE Polyphengos qui, sans être tout à fait oublié, n’est plus guère connu Saint-Georges est un gros village dans le bassin de Phlionte à 3 km. à l’ouest de l’antique Némée dont il a repris aujourd’hui le nom ; au sud se dresse une montagne bien isolée, dont le sommet est un rocher presque à pic, c’est là le mont Polyphengos (1) devant une anfractuosité du rocher était situé naguère un couvent de Notre-Dame-du-Rocher, aujourd’hui reconstruit plus bas ; le sommet porte les vestiges d’un petit fort médiéval (pi. 127), qui fut un des points disputés entre Grecs et Francs au xive siècle, à cause de sa situation en un point où une route venant d’Argos rencontre un des passages qui mènent de l’Arcadie vers la côte du Golfe de Corinthe (2). Si Saint-Georges de Polyphengos faisait frontière entre Corinthe et l’Arcadie redevenue grecque, Saint-Basile et Hagionori surveillent les routes qui, de Corinthe, vont droit vers le sud. La Cvonaca di Morea fait une allusion, d’ailleurs erronée, à ces deux châteaux, en les confondant avec les antikastra construits contre Corinthe (3). En fait les deux villages, dont les noms sont d’origine grecque, existaient sans doute à la conquête Hagionori est cité dès ce moment (4). Mais l’on ne sait quand furent construits les châteaux. Celui de « Sancto Basile » est parmi ceux que possédait Nicolas Acciaiuoli en 1377 ; on le retrouve sous le nom de S. Biasio dans les listes de 1467 et de 1471 (5). Quant à Hagionori, il est signalé par un voyageur vénitien du xve siècle (6). C’est près de Hagios Vasilios que campe l’armée turque en 1715 (7), ces quelques allusions font comprendre le rôle de ces deux petits châteaux dont on ne peut dire exactement la date ; nous essaierons de la déterminer d’après les vestiges, que nous étudierons plus bas leur présence enlève en tout cas toute hésitation pour identifier les villages médiévaux. Au sud-est de Corinthe, sur la bordure méridionale du bassin de : ; : ; troisième entre Vasco ( ?) et Vasili qui doit être, à notre avis, Vasilika et non Saint-Basile. Le nom se retrouve convenablement placé sur la carte de Battista Agnese. Alberghetti, p. 118, cite San Giorgi con il Macalà Cato, à côté de Cuzzumadi (Koutsomati) : nous n’avons pu expliquer le nom Tropico; l’expression Macalà Cato, faite d’un mot turc et d’un mot grec, désigne le village d’en bas établi dans la plaine au pied du rocher. Polyphengos a joué un rôle dans les luttes entre Turcs et Vénitiens au xve siècle, comme le montrent les listes citées ci-dessus, et garde une certaine importance, comme beaucoup de villages de l’intérieur à l’époque turque, , VI, 1099, pp. 179-185, — N. ., mais non comme forteresse, cf. Sp. Lampros, ’ II, pp. 590-591, — Viz. Vrem., XVIII, 1911, p. 56, — Oriens christianus, NS, IV, 1915, p. 254. N. A. Bees, ., (1) Sur Polyphengos, v. Leake, Travels , III, pp. 342-343, — Pouqueville, Voyage, V, pp. 299-300, — , A. Mèliarakès, p. 161. Le nom de Polyphengos figure sur la carte française qui signale les ruines antiques situées au sud-ouest et celles de Phlionte correctement placées au Nord. Le couvent garde un cachet portant la date de 1633 et l’inscription ; ce doit être cette Notre-Dame de Roca mentionnée en 1402, cf. ci-dessus. Le nom est aujourd’hui peu connu « des habitants du village de Saint-Georges - » Némée. (2) Sur l’importance de ce point dans l’antiquité, Géographie, II, p. 32. 583 n. 53 et 56, — Bursian, voir Curtius, Peloponnesos, II, pp. 468, 479-480, 581 (3) Cron. di Morea, p. 436 : ...Diruppo un aliro monte opposito a Coranto dalla parte d'ostro detto Monte Stuffe (ora detto S. Baseggio), e sopra quello edificà un castello, e dalValira parte verso tramontana Megachin ne fabricô un'altro sopra un'allro monte detto ora Ainori. (4) La Chron. gr., v. 1497, signale la soumission du pays de Damala jusqu’à Hagion Oros », ce que la Cron. di Morea, p. 423, traduit dal Damalà insino al Monte Santo. (5) V. Appendice A, III c, IV, infra, pp. 693-694. château sopra in monte altissimo solo (6) Ziebarth, AM, XXIV, 1899, p. 80, sous le nom , Corintho à quinze milles de Nauplie. (7) Agios Vassili, d’après B. Brue, Journal, p. 22, qui ne parle pas du château. «
484 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES l’antique Kleonai, le village de Hagios Vasilios s’étale sur une sorte de plate-forme au pied de la montagne (1) ; à l’est un petit ravin le sépare du versant très raide d’un contrefort rocheux, bien isolé, qui porte les ruines très mal conservées d’un château (pl. 128-129) ; du sommet, séparé de la montagne par un col assez bien marqué, la vue s’étend de tout côté sauf au sud ; toutefois, vers le nord, un certain nombre de hauteurs dépassent l’altitude du kastro (556 m.), l’une d’elles, le mont Skona (703 m.) masque, en partie au moins, l’Acrocorinthe. Hagionori est situé plus à l’est exactement au sud de Ghiliomodi dans un site beaucoup plus montagneux ; le village domine plusieurs petites vallées profondes qui se réunissent pour se diriger vers le nord ; un piton, à l’est, porte le château relativement bien conservé (pl. 130 et fig. 21), très différent de celui de Hagios Vasilios (2). Châteaux d’Argolide dépendant de Corinthe. — Les derniers châteaux apparte¬ nant à Nicolas Acciaiuoli sont à chercher à l’est dans la presqu’île d’Argolide Angelo kastro subsiste avec son nom, à une vingtaine de kilomètres de l’Acrocorinthe à vol d’oiseau ; adossé à une rangée de collines et dominant un petit bassin intérieur qui s’étend au sud, le village est dominé lui-même par des ruines où se mêlent des fragments antiques et médiévaux (3) ; la forteresse couronne un sommet rocheux à pic à l’est et au nord (pl. 131, 2) : au sud et à l’ouest seulement est un mur d’enceinte fait de pierres à peine taillées de dimensions très irrégulières, où ne se mêlent que très peu de frag¬ ments de tuiles ; il est arasé sur sa plus grande partie ; on peut lui attribuer 1 m. 20 d’épaisseur en moyenne ; il était flanqué de tours carrées ; l’une, conservée jusqu’à une hauteur de 2 mètres, est une construction carrée de 4 m. 15 de côté faisant saillie sur le mur vers l’extérieur de 1 m. 60 d’un côté, 1 m. 90 de l’autre ; dans la partie inférieure de l’enceinte, se voient les restes de nombreuses maisons ; une petite cons¬ truction carrée occupait le sommet d’où la vue s’étend fort loin jusqu’à Méthana, Poros, la montagne de l’Ortholithi, et au-delà du golfe d’Égine jusqu’à Salamine. Bien que cité encore dans la liste des châteaux tenus en 1467 par les Vénitiens, puis dans celles d’Alberghetti (4), on ne sait rien de son histoire. On est plus surpris de trouver ici le nom de Ligorio qui ne peut être que Lygourio, près du sanctuaire antique d’Asklèpios à Ëpidaure, donc dans une région qui semblerait devoir se rattacher plutôt à Nauplie qu’à Corinthe ; le village est situé dans l’angle nord-est d’une plaine, un peu au-dessous du site antique de Lessa, au pied du mont Arachnaion auquel une altitude de plus de 1000 mètres assure une vue très étendue sur l’extrémité de la : (1) Aux xvne et xvme siècles, on hésite à situer Kléonai à Klénia ou à Hagios Vasilios : Mélétios, Géographie, p. 382 A, penche pour la première, mais la seconde hypothèse est celle qui est alors la plus courante, cf. la carte de Bouttats. Alberghetti, p. 118, cite les deux : San Vasili, Agio Nori. Les cartes du xvne siècle ne portent généralement que Hagios Vasilios, d’ailleurs répété deux fois par Blaeu et De Fer ; Bouttats ajoute S. Vasili olim Cleonae. La carte française ne signale que le premier des deux châteaux auxquels fait allusion Puillon Boblaye, Recherches, pp. 39-40, — il ne semble pas les avoir visités. Cf. Philippson, Der Peloponnes, pp. 36, 40, — Griech. Landschaften, III, 1, p. 99. (3) Dodwell, Tour, II, p. 290, — Gell, Itinerary, p. 203, — Buchon, Grèce el M orée, pp. 372-373, — . Curtius, Peloponnesos, II, p. 429, — Philippson, Der Peloponnes, pp. 35, 44, — Griech. Landschaften , III, (2) 1, p. 97. (4) V. Appendice A, III c, infra, p. 693; — Alberghetti, p. 119, dans le territoire de Corinthe.
CORINTHIE ET 485 ARGOLIDE péninsule argolique, sur la mer et les îles voisines ; aucune ruine de fortifications médiévales n’y a été signalée (1). Mais de nombreuses fortifications antiques, tours, pyramides de guet, ou véritables forteresses, existent près du village ou le long de la route de Lygourio à Nauplie (2) ; l’une des plus importantes, située sur une hauteur rocheuse au nord de la route, à l’ouest du point où celle-ci bifurque vers Argos et vers Nauplie et au-dessus de la plaine appelée Soulinari, garde sur les murailles antiques des pans de murs datant du moyen âge ; Buchon, qui l’a bien décrite, l’appelle Xérocastelli, que l’on rapprochera facilement de Sero Castelia, dans la liste des ch⬠teaux de 1467, et, par cet intermédiaire, de Sercastelli (3). Cette région est-elle le fief de Soulina dont parle le testament de Veroli ? C’est possible sans être certain. Il ne reste à situer parmi les noms de la liste de 1377 que Pyegata le seul toponyme qui offre quelque similitude avec ce dernier est Piada on peut identifier à coup sûr, croyons nous, Pyegata avec Piada, car cette dernière place, située dans la châtellenie de Corinthe, avait été cédée à Nicolas Acciaiuoli dès avant 1342 en échange des salines de Spéroni en Élide elle avait appartenu auparavant au grand connétable Nicolas Ghisi à qui Bartholomée Chauderon, l’avait apportée en dot (4), et était revenue au domaine. Elle aurait dû passer à la mort de Nicolas, à son neveu et fils adoptif Ange si ce dernier avait épousé Marie Sanudo (5) ; mais ce mariage n’ayant pas eu lieu, le fief de Piada dut rester attaché à la châtellenie de Corinthe et revenir à Nerio. Ce château fut repris par les Vénitiens aux Turcs en 1463 (6). Sous la domination turque, Piada est resté un village important, qui partageait un siège épiscopal avec Damala ; mais le nom en est souvent déformé (7). Il est situé à quelque : ; ; Peloponnesos, II, pp. 417-418, — Bursian, Géographie , II, p. 62, — (1) Sur Lygourio, cf. Curtius, Philippson, Peloponnes , p. 39, — Griech. Landschaften, III, 1, p. 103. (2) V. L. E. Lord, The Pyramids » of Argolis, Hesp., VII, 1938, pp. 481-527, avec une carte p. 482. (3) Buchon, Grèce et Morée, p. 376-377, croit le nom tout moderne ». Une autre description est faite par Vischer, Erinerungen, pp. 503-504 ; un plan en a été levé par Lebas, Voyage archéologique. Itinéraire, pl. 31, reproduit par Curtius, Peloponnesos, II, pl. vm, cf. pp. 417-418, 572-573 n. 37 ; — Bursian, Géographie, p. 62, — Philippson, Peloponnes , p. 39. La carte française indique deux palaiakastra, cf. Puillon-Boblaye, Recherches, p. 52, Xerocastelli est celui de l’ouest au-dessus de Soulinari cf. H. Lehmann, Die Landeskunde der Ebene von Argos, p. 81. (4) Hopf, Chron. gr.-rom ., p. 486, v. 2. (5) Buchon, Nouv. rech., II, p. 111 : ...aliam terram que fuit quondam Nicolai Guisi Magri, comestabuli principatus ejusdem, sitam in castellaniam Corinihii, cum quondam fortellicio quod diciiur la Piada, dans l’acte par lequel le roi Robert confirme en 1342 les dons faits à Nicolas Acciaiuoli ; — p. 175, dans le testament de Nicolas, il est seulement fait mention des terres que fuerunt Magni Comitis dicli principatus : ce sont les mêmes terres qui ont appartenu à Nicolas Ghisi, grand-connétable : il faut dans les deux textes lire magni comestabuli. (6) Appendice A, III b, p. 693 : Piaida vel Piada. La liste de 1467, p. 694, donne bien Piada, mais entre Karytaina et Saint-Georges de Skorta ! les portulans italiens donnent les formes (7) Si le Portulan grec II, éd. Delatte, p. 222, écrit bien , les plus variées : Preduia, Predena, Pedroia, cf. Kretschmer, Italienische Portolane, p. 638 B. On rencontre cependant surtout deux formes différentes dans les descriptions et sur les cartes : D. Niger, p. 332, cite Pigiada, qu’il identifie avec Ëpidaure ; — Dapper, Beschryving, 2e partie, pp. 90-92, donne Pleda, qu’il confond avec Damala et l’antique Trézène. De même Alberghetti, p. 119 : Pegiada Castello, et G. Albrizzi, Notiiia, p. 20 : casiello chiamato Pleda che fù citià. Les noms de la carte de B. Agnese sont difficilement lisibles ; l’un semble bien être Pigiada ; mais les cartes comme celles de Bouttats ou De Fer donnent à la fois Pidiala-Ëpidaure et Pleda-Dalama. En grec, la forme Pedias, acc. Pediada, s’explique par une interprétation fondée sur une fausse , dont le titre apparaît dès 1262, dans les notitiae episcopatuum étymologie. Sur l’évêché du patriarcat, cité aussi par Melétios, Géographie, p. 381 B. Cf. A. K. Orlandos, ABME, V. p. 32. Le nom officiel « «
486 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES distance de la côte, au fond d’une petite plaine très fertile et riante celle-ci se rétrécit brusquement en une gorge ; c’est dans ce site pittoresque que la forteresse occupe une arête rocheuse, bien découpée (pi. 132, 1 a-b) il en reste aujourd’hui peu de chose, à peine le tracé des murs ou du parapet qui suit le bord sinueux du rocher ; on y voit plusieurs églises anciennes, mais toutes postérieures à l’époque franque (1). Buchon croyait pouvoir distinguer dans les murs une partie inférieure byzantine, et reconnaissait comme l’œuvre des Francs la partie supérieure et une tour isolée qui existe encore dans le village actuel, sur le versant au sud du château. Cette tour, carrée, de 7 m. 50 de côté, faite d’une maçonnerie assez grossière où sont noyés des chaînages de bois, atteint encore aujourd’hui 5 mètres de haut du côté où le sol est le plus bas, elle repose sur une assise débordante formée de blocs plus gros. Si l’on jette un coup d’œil d’ensemble sur la carte, la région qui dépendait de Corinthe apparaît très vaste. Depuis la réunion des évêchés de Zemeno et de Damala à l’Église de Corinthe, tout le pays de la vallée de la rivière d’Akrata qui dans sa partie supérieure s’appelle Kloukinès, à l’ouest, jusqu’à la presqu’île de Méthana, devait dépendre directement de l’archevêque au sud, les bassins de Stymphale, de Phlionte et de Kléonai y étaient rattachés. La châtellenie débordait au nord au-delà de l’isthme et englobait la presqu’île de Perachora ; elle avait à l’ouest des limites analogues à celles de l’archevêché, le val de Kloukinès, mais s’étendait moins loin vers l’est. On peut en reconstituer approximativement grâce le territoire aux petits châteaux mentionnés Piada, Lygourio, Xérokastelli, Angélokastro, Hagios Vasilios, Polyphengos. La multiplicité de ces forteresses confirme le rôle que la châtellenie de Corinthe devait tenir dans la principauté ; autour de l’Acrocorinthe, place centrale, elles contribuaient à la surveillance de toutes les routes de montagne qui, de l’isthme, divergeaient vers l’Argolide et vers l’Arcadie ; une seule a joué vraiment le rôle d’une place frontière contre les Grecs, c’est Polyphengos Hagios Vasilios était destiné à arrêter un ennemi venant du nord ; Xerocastelli, Lygourio, au contraire sur le versant sud des montagnes, auraient pu arrêter une incursion venant de la plaine de Nauplie et d’Argos. Piada, près de la côte du golfe d’Égine, a dû prendre son importance quand ces côtes furent menacées par les Catalans d’Attique ou par les Turcs. Angélokastro et Hagionori, dans l’intérieur, ont un rôle moins net dans la défense générale de la région ce sont des postes fortifiés comme la Morée en était hérissée sans qu’on puisse leur assigner une place dans un système de défense rigoureusement organisé. : ; ; ; : ; : Fiefs et seigneurs francs d’Argolide. — Dans le reste de l’Argolide, on peut distin¬ guer l’extrémité de la presqu’île qui a pour centre Damala et la plaine d’Argos avec les montagnes qui l’entourent et son port, Nauplie. Le fait que cette région, tout en actuel est Néa-Épidauros ; le village sur la côte auquel la carte française donne ce nom est en réalité Palaia Épidauros. Nous avons dit plus haut que Damala était souvent identifié autrefois avec Épidaure, mais pas par tous comme le montre une note manuscrite de l’édition de Mélétios de la Bibliothèque Nationale citant F. Beaujour et Fourmont. Dodwell, Tour, II, p. 289, avec une gravure hors-texte, — Buchon, Grèce et Morée, pp. 370-372, qui distingue la forteresse proprement dite et une tour, — Curtius, Peloponnesos, pp. 428, 574 n. 40, _ Philippson, Der Peloponnes, pp. 38 avec un croquis, 44, — Griech. Landschaften, III, 1, p. 104. Les murs’ des églises portent de nombreux graffiti de visiteurs des xvne et xvme siècles. (1) Cf.
CORINTHIE ET 487 ARGOLIDE appartenant à la principauté, fut cédée par Geoffroy Ier de Villehardouin à Othon de La Roche, et sa position excentrique ont eu pour résultat qu’elle est certainement moins souvent citée dans les textes que les provinces que nous avons décrites jusqu’ici (1). Damala, Argos et Nauplie sont connus bien longtemps avant la conquête franque. Argos et Nauplie ont gardé leur nom antique le premier, longtemps évêché suffragant de Corinthe, était devenu à son tour métropole à la fin du xie siècle (2). Damala occupe le site de l’antique Trézène ; ce nom nouveau, dont l’origine est inconnue, s’était substitué à l’ancien dès la fin du ixe siècle Damala remplace alors Trézène dans les noiitiae episcopatuum (3). Les noms de Damala, Argos et Nauplie sont liés aux premiers épisodes de la conquête telle que la raconte la Chronique de Morée ; le « pays de Damala » se soumit facilement (4). Mais les citadelles d’Argos et de Nauplie résistèrent longtemps ; elles ne furent prises qu’en 1212, et le prince Geoffroy Ier les céda alors à Othon de la Roche, seigneur d’Athènes, pour la conquête de ces places et de Corinthe (5). Les versions française et grecque de la Chronique ne citent, dans les listes de terres distribuées par les premiers princes, aucun fief en Argolide. Seul le Libro de los fechos fait allusion à un chevalier qui reçut en baronnie six fiefs dans « la région de Corinthe » et éleva le château de Damala, et aux Foucherolles qui avaient trois fiefs dans la région de Corinthe et d’Argos (6) ; notons que Damala est considéré comme faisant partie de la région de Corinthe. Au point de vue ecclésiastique d’ailleurs, Damala est cité comme évêché suffragant de Corinthe en 1212 (7) mais, à notre avis, cette mention est toute théorique et faite pour respecter le principe du maintien dans l’Église romaine des anciennes circonscriptions de l’Église grecque. En fait il n’y a pas eu d’évêque latin de Damala l’absence de catholiques dans cette région détermina le pape Honorius III à supprimer ce siège et à en partager le ressort entre l’Église de Corinthe et celle d’Argos (8). Remarquons d’autre part que la mention de ces fiefs faite seulement par la chronique aragonaise laisse supposer qu’ils n’exis¬ taient pas avant le milieu du siècle ; cela confirmerait les attendus de la décision d’Honorius III ; un autre argument en faveur du peu d’influence que les Francs ont dû exercer dans cette région à cette époque peut être trouvé dans le fait qu’un Grec ; : ; ; (1) Des indications utiles sur la topographie médiévale de Argolide sont données par H. Lehmann, Landeskunde der Ebene von Argos und ihrer Randgebiete, cité ci-dessus. (2) Cf. Pél. byz., p. 110. (3) Le nom est cité dans le taktikon de Léon le Sage (886-907), puis par la vie de saint Nikon , éd. Lampros, Ill, 1916, p. 153, qui l’assimile d’ailleurs à Épidaure et non à Trézène. N. ., la contrée... dou Damalet ; — Chron. gr., v. 1498 : (4) L. de la conq., § 98 ; — Cron. di Morea, p. 423 : Damalà. (5) L. de la conq., §§ 200-201 ; — Chron. gr., vv. 2875-2883 ; — L. de los fech., § 212 ; — Sanudo, Istoria di Romania, p. 100. Sur la date de la prise d’Argos et Nauplie, cf. Innocent III, Ep., XV, 77, PL, CCXVI, col. 598, et ci-dessus, p. 68. (6) L. de los fech., § 125 un castiello qui se clama Eldamala, — § 133. (7) Innocent III, Ep. XV, 58, PL, CCXVI, col. 587 la forme Damelant. est celle de l’adjectif abrégé. (8) Pressuti, Regesta Honorii III, II, p. 50, n° 3844 : ...episco palus Dameletensis qui Latinorum tempore nunquam extitii ordinatus nec Latini habitant in eodem. Les auteurs qui citent des évêques de Damala font confusion avec ceux de Davlia en Grèce centrale, cf. supra, p. 97. Le siège épiscopal de Damala et de Piada réapparaît dans les listes grecques après 1260 ; mais l’évêque grec ne devait pas résider en Argolide à cette époque. : « » : :
488 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES éleva à Kranidion en 1245 une église consacrée à la sainte Trinité, qui n’a rien d’occi¬ dental ou de catholique (1). Aucun événement n’attire l’attention sur cette région dans le cours du xme siècle. Au début du xive siècle, Damala appartient à Renaud « de Veligourt » (2) ; celui-ci était fils de Jacques de Yéligourt et de Marie, elle-même fille de Guillaume Aleman, dernier baron de Patras (3) ; l’hypothèse la plus simple pour expliquer que le baron de Véligourt, d’ailleurs dépossédé alors de la baronnie, fût seigneur de Damala, est qu’il descendait d’un cadet de la famille des La Roche qui aurait reçu en fief Damala ; ce serait Guillaume, frère cadet de Guy Ier, qui aurait épousé une sœur de Mathieu, baron de Véligourt, et aurait reçu la baronnie de son beau-frère quand celui-ci se maria à Constantinople avec une princesse grecque (4) : son fils Jacques, fut capitaine d’Argos et de Nauplie de 1278 à 1283 et devait prendre part au tournoi de Bordeaux (5). Quant à Renaud, dont la sœur Alix avait épousé Francesco dalle Carceri, baron tercier de Négrepont, il devait mourir à la bataille du Copaïs en 1311. L’héritière de Damala, Jacqueline, épousa Martino Zaccaria, seigneur de Chio, qui possédait en 1325 les titres de seigneur de Damala en même temps que de Chalandritsa (6). Le titre passe successivement à ses deux fils Barthélemy, puis Centurione Ier (1336-1382), mais ne figure plus parmi ceux d’Andronic Asên, son fils, ni de Centurione II ; sans doute les Zaccaria l’ont-ils perdu dès 1382. Cependant, la branche aînée de La Roche s’étant éteinte avec Guy II mort en 1308, Argos et Nauplie passèrent avec Athènes à Gautier Ier de Brienne, qui mourut au lac Copaïs en 1311, puis à son fils Gautier II duc titulaire d’Athènes ; mais ce dernier ne résida jamais en Argolide ; en 1347, rédigeant son testament, il laissa toutes ses possessions en Grèce à sa sœur Isabelle de Brienne, mariée à Gautier d’Enghien dans ce document sont cités les châteaux d’Argues, de Naples, de Chamères et de Trémis (7). A sa mort, en 1356, les terres d’ Argolide revinrent à son neveu Guy d’Enghien (8), qui porta le titre de seigneur d’Argos, de Nauplie et de Kyvérion. Guy épousa Bonne, héritière de la famille des Foucherolles, et en eut une fille, Marie ; celle-ci, en 1377, se maria avec Pierre ; " , , III, 1926, . 193-205 : ce sont les peintures (1) G. Sotèriou, qui sont datées par une inscription de 1245 ; elles sont l’œuvre d’un artiste venu d’Athènes, Jean ; I, 1928, p. 95, — P. Graindor, Byz. III, 1926, p. 494. cf. G. Sotèriou, ., (2) L. de la conq., § 969 : « Messire Regnaux de Veligourt, li sires de Damalet ». Renaud de la Roche, seigneur « dou Damalet » est témoin des fiançailles de Mahaut et de Charles en 1309, cf. Saint-Génois, Droits primitifs, I, 1, p. 215, B. 17. (3) L. de los fech., § 397 : Jacomo, Raynard de Viligorda. (4) Cf. Hopf, Chron. gr.-rom., pp. 472, iv, 473, 1. (5) Sanudo, Isloria di Romania, pp. 126 et n° 1, 152. (6) Hopf, I, pp. 408 B - 409 A, — Chron. gr.-rom., pp. 473, 1, — 502, 1. Des monnaies ont été frappées, alors par les Zaccaria de Damala; elles ont été publiées par Sp. Lampros, BCH, I, 1876, pi. I n° 11, cf. G. Schlumberger, Numismatique de l'Orient latin , pi. XII n° 35. (7) Ce testament est publié par H. d’ARBOis de Jubainville, Voyage paléo graphique dans le département de l'Aube, pp. 341-342, — par C. Pauli, ASI, 3e série, XVI, 1872, pp. 39-72, n° 70, et en partie reproduit par Hopf, Chron. gr.-rom., pp. xxix-xxx, qui, pour le dernier nom, corrige en Trémis le nom de Trenne du document. (8) La liste des fiefs de 1377, Appendice A, I, infra, p. 691, donne comme seigneur de Nauplie et d’Argos le comte de Conversano qui était Louis d’Enghien, un des frères de Guy, mais dans l’acte par lequel Venise accorde à ce dernier la qualité de citoyen en 1362, c’est lui qui porte le titre de seigneur d’Argos et de Nauplie cf. infra, p. 689.
CORINTHIE ET 489 ARGOLIDE il mourut en 1388, elle céda ses terres à Venise qui depuis longtemps s’intéressait à ces positions elle avait déjà accordé autrefois la qualité de citoyen vénitien à Gautier II, puis à Guy d’Enghien. C’est donc en 1388, à peu près vers la même époque que Corinthe, qu’Argos et Nauplie cessèrent de faire partie de la principauté (2) : à la fin du xive siècle, l’Argolide et la Corinthie étaient définiti¬ Gornaro (1), et quand : vement perdues. La seule famille que l’on connaisse en Argolide est celle des Foucherolles. Mention¬ née dans la liste donnée par le Libro de los f echos (3), elle devait être établie en Argolide dès le milieu du xme siècle. Les documents publiés par Hopf font connaître plusieurs de ses membres dont les liens de parenté ne nous apparaissent pas avec une entière clarté (4). Nous connaissons Jean de Foucherolles qui a hérité ses terres de Renaud des Portes, Rinaldo delle Porte son beau-père sans doute ; puis viennent François de Foucherolles et son frère Gautier, qui fut gouverneur d’Argos et de Nauplie entre 1311-1324. Plus tard apparaissent Nicolas de Foucherolles, fils de François qui fut témoin pour le testament de Gautier II de Brienne en 1347, et dont une fille, Bonne, fut la femme de Guy d’Enghien, seigneur d’Argos et de Nauplie, et une autre, Antoinette, épousa « Guillaume Conte » ; l’aînée, Lise, aurait épousé un premier mari à qui elle devrait le nom « de Laurento », puis Jacques de Tsogia, à la mort de qui leur fils Nicolas de Tsogia recueillit la succession en 1376. Nous retenons de ces indications que la maison des Foucherolles s’allia au milieu du xive siècle avec celle des barons de Tsogia d’Élide, d’autre part qu’elle avait une place de premier plan en Argolide et la confiance des ducs d’Athènes, puisque l’un d’eux confia au début du xive siècle l’administration d’Argos et de Nauplie à Gautier de Foucherolles, et que Guy d’Enghien épousa une jeune fille de la famille des Foucherolles-Tsogia. On aimerait pouvoir situer leurs terres ; malheureusement des indications données par le diplôme de 1376, aucune ne paraît utilisable le seul nom qu’on reconnaisse est celui de Castri. On connaît un Kastri à l’extrémité de la presqu’île, mais on le considère généralement comme appartenant au prince sous le nom de Termisi ; toute tentative d’identification nous paraît vaine (5). Nous ne connaissons aucun des personnages cités comme témoins par le même document assez bien pour savoir où étaient leurs terres on peut seulement remarquer que la proportion des noms italiens est plus forte que celle des noms français (6). Parmi les témoins du testament de Gautier II de , : : (1) Cf. supra , pp. 236, 263. (2) Venise n’entra effectivement en possession d’Argos, de Kyveri et de Thermisi qu’en 1394, le despote de Mistra les ayant occupées de 1388 jusqu’à cette date. (3) L. de los fech., § 133. pp. 240-241, et p. 472-xiv. Cf. nos remarques (4) Hopf, Chron. gr.-rom., Introduction , pp. xxix-xxx, supra, p. 237. (5) Sont cités : Castello di raggione ( ) ...Casalle del Chitadene ... Cassale delle Forne.., con tulle la sue adhenentia della strada che va di Santa Marina aile Castri : del Ponente La Marina , La Botria, le adherentie di Santa Marina, d' Austro le adherentie del Castri et li Casali chiamati Messacorio con tutte adherentie et il Cassallo della Macrona con tutte sue adherentie , gli mora conflni, et da Levante il monte onde si va in Argues sino a Macronam, da Ponente li monti della Pastura che va di tojere alla fumara; Hopf, Chron. gr.-rom ., p. 241. (6) Sont cités comme témoins : Pierre d’Athènes ditto Medico, Giorgio della Borda, Nicolo Alemano, Arduino Pisan, Joanne di Brisano, Joanne Battista et Zanetto Buccone, Galleacio Memo, Marco et Nicolo Gastello, trésorier d’Argos Petro Castelli trésorier de Nauplie, — ou à d’autres titres : Nicolo di Caves, Rinaldo di Valgonato, Guglielmo Conte, Consul d’Argos et de Nauplie ; un autre document non daté, ibid., qui mentionne
490 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Brienne, on reconnaît Anthonace, représentant de la famille des Plancy mentionnée par le Livre de la Conquête vers 1260 (1) et dont un membre Henri avait possédé près de Nikli des terres qui furent données en 1297 à Marguerite d’Akova (2). On connaît donc fort mal les seigneurs établis en Argolide, et fort peu de chose sur les fiefs qui leur appartenaient. Les seuls châteaux dont les noms sont identifiables sont d’une part Damala, de l’autre, avec les grandes forteresses d’Argos et de Nauplie, ceux qui en dépendent Kyvérion et Termisi. : Damala. — Le site de Damala est connu, puisque le nom n’a pas disparu (3) le village actuel est établi un peu au-dessus de la plaine fertile de Trézène, célèbre pour ses vergers d’orangers et de citronniers le village médiéval était un peu plus loin à l’ouest, sur le site même de la ville antique une église byzantine, aujourd’hui en ruines, s’est superposée au temple d’Aphrodite Kataskopia ; son nom, Palaio Episkopè ou Panagia-Episkopè, rappelle l’ancien siège épiscopal (4). Au pied de la montagne, une puissante tour hellénique de 7 mètres sur 13 a été réutilisée à l’époque franque les murs ont été exhaussés à l’aide d’une maçonnerie faite de petits matériaux où sont percées d’étroites fenêtres en lancette (5). Au-dessus, sur une colline rocheuse entre deux ravins, qui est l’acropole antique, sont dispersées les ruines de maisons et de terrasses jusqu’au sommet, haut de 313 mètres, qui porte les vestiges d’un petit château ; la vue sur la plaine de Trézène, sur Poros, Méthana, la Mégaride et tout le golfe d’Égine est très belle, mais les restes sont insignifiants il devait y avoir un : ; : : : réduit tout au sommet, limité au sud et à l’ouest par des à-pic et sur les autres côtés par une enceinte peu étendue, le tout en maçonnerie de blocs de calcaire irréguliers mêlés de tuiles ou de pierres plus petites (pl. 131, 1 a-c). Cette forteresse de Damala n’est pas la seule qui se trouve sur la côte nord de l’Argolide. Outre Piada déjà citée, il y a des vestiges d’un petit château à Fanari (6), Tadeus Iustinianus miles, vicaire général d’Argos et de Nauplie, semble dater de l’époque vénitienne. De tous ces noms, seul celui de Nicolo di Gaves semble être sûrement français, et peut-être les deuxième et troisième de la liste. (1) L. de la conq ., (2) Saint-Génois, 87 ; cf. Chron. gr., v. 1328. Cf. supra , p. 128. Droits primitifs, I, p. 334 : Henri de Blancy. Peut-être faut-il rattacher à la même famille Gilles de la Plainche qui fut témoin pour le testament de Gautier Ier de Brienne en 1311, Arbois de Jubainville, Voyage paléo graphique dans le département de VAube, p. 340. (3) Il est même rarement déformé; pour la Chronique, cf. supra, p. 110; — Portulan grec II, édit. Delatte, p. 223 : p. 119 : Damala olim Troezen dans le territoire de Corinthe. ; — Alberghetti (4) Le site est signalé par de nombreux voyageurs ou géographes : Dapper, Beschryving, 2e partie, pp. 90 92, sous les noms Trezen, nu Pleda of Damala, ne parle que des antiquités ; — Dodwell, Tour, II, p. 270 et suiv., — Gell, Itinerary, p. 195, — Pouqueville, Voyage, V, pp. 250-253, — Exp. scient, de Morée, II, p. 171, — Curtius, Peloponnesos, II, pp. 431-438, — Bursian, Géographie, II, pp. 87-89, — Philippson, Peloponnes, p. 57, et Griech. Landschaften, III, 1, pp. 116-117, — E. Meyer, RE, VII A, 1948, en particulier col. 653 (biblio¬ , graphie) et 648 (vestiges médiévaux). — Sur l’église byzantine, v. A. Orlandos, « » , V, . 28-33 ; de nouvelles recherches ont permis à P. Lazaridès de préciser les étapes de l’histoire du moment, cf. BCH, LXXXIV, 1960, p. 688. (5) V. pl. 131, 1 a. D’autres vues ont été données par Dodwell, Tour, II, face à la p. 270, — A. Fricken haus et W. Müller, AM, XXXVI, 1911, fig. 4, p. 32. (6) Fanari, divisé en deux villages, dont seul le village haut garde son nom — l’autre ayant pris le nom de la montagne voisine, Ortholithion — , est connu des portulans : cf. Kretschmer, Italienische Poriolane, p. 636 B : Fanar, et d’ALBERGÇETTi, p. 119 : Fannati, erreur pour Fanari. Sur les ruines, voir Dodwell, Tour, pp. 285-286, qui a noté des vestiges de murs et trois églises ruinées ; cf. Gell, Itinerary, p. 201, — Puillon Boblaye, Recherches, p. 289 avec une vue hors-texte. §
CORINTHIE ET 491 ARGOLIDE constructions médiévales sur la petite presqu’île où était la ville antique d’Épidaure, certaines très anciennes de l’époque byzantine, d’autres plus récentes (1). Enfin sur la route qui va de Damala à Épidaure par l’intérieur, si le palaiokastro qui domine le village de Baphi (commune d’Ano-Fanari) est purement antique (2), celui il faut vingt de Ghorysa, au contraire, entre Potami et Karatsa est médiéval (3) minutes d’une ascension difficile entres les chênes kermès et les oliviers sauvages pour des traces de : atteindre le sommet le seul côté accessible est à l’ouest, où un mur d’une trentaine de mètres fermait un enclos limité ailleurs par les rochers le mur haut par endroits de il y a 1 m. 80 est fait d’une maçonnerie assez pauvre de petites pierres non taillées quelques traces d’autres constructions (pl. 133, 2). L’âge de ces forteresses est difficile elles s’expliquent par la nécessité de se défendre contre les incursions à déterminer venant de la mer c’est pourquoi leur attribution au xive siècle, époque où ce pays était exposé aux attaques des Catalans installés en Attique et des pirates turcs, nous paraît plausible. Mais devant le silence des textes et devant la pauvreté des ruines qui, sauf à Damala, sont dépourvues de tout détail caractéristique, il est impossible de : ; ; : ; rien affirmer. Argos, Nauplie et les forteresses voisines. — Sur les sites importants d’Argos et de Nauplie, nous nous bornons à rappeler ce que disent les sources de l’époque. Argos est composée d’une ville basse et d’un château : « la cité et le chastel d’Argues » (4). Le château occupe le sommet élevé de la Larissa antique qui a dû toujours être fortifiée (pl. 134-139). Une grande partie du tracé des murs actuels suit les remparts antiques dont il reste des pans entiers conservés parfois sur plusieurs mètres de hauteur ; entre l’antiquité et le xme siècle, les Byzantins l’avaient aussi occupée et y habitaient même aux xie et xne siècles comme le prouve la présence d’églises. Avant les invasions slaves des vne et vme siècles, la population semble avoir préféré le site élevé de l’acropole de l’Aspis : une église y avait été construite au ve siècle à la place du sanctuaire d’Apollon et d’Athèna : on peut se demander si, au début du xne siècle, la « cité d’Argues » n’occupait pas cette position plus sûre, de préférence à la plaine où est la ville moderne : la description de la Chronique grecque semble, il est vrai, plutôt en faveur de la seconde hypothèse. Nous n’avons (1) Le nom d’Ëpidaure a dû, comme celui de Méthana, être toujours connu ; on le trouve en effet dans la Vie de saint Nikon, confondu il est vrai avec Damala ; on le retrouve dans le Portulan grec II, éd. Delatte, Alberghetti p. 222, avec Méthana, mais est devenu p. 119, cite Méthena ou . mais non Épidaure ; Méletios, Géographie, p. 382 A, donne comme la forme moderne. Le village actuel est construit au sud-ouest de la presqu’île qui n’est plus habitée. Cf. Kern, RE, VI, 1909, col. 46-50, et W. Müller, AM, XXXVI, avec un plan, col. 47-48, — A. Frickenhaus 1911, p. 29, — Philippson, Peloponnes, p. 39, et Griech. Landschaften, III, 1, p. 105. (2) Ces ruines sont signalées sur la carte française à l’est du village de Bedeni et au sud du mont Kolati; Dodwell, Tour, II, p. 265, les mentionne, mais ne les a pas visitées ; c’est une arête rocheuse ; au nord le rocher, formant à-pic, a été entaillé sur une trentaine de mètres pour obtenir un mur naturel ; au sud et à l’ouest, on voit les vestiges d’une enceinte faite de gros blocs assez grossièrement assemblés : une porte s’ouvre au sud ; au sud-ouest était un bastion ou une tour. Dodwell, Tour, II, p. 266, signale également ce fort, sous le nom inexact de Korasa. (4) L. de la conq., § 200 : cf. § 101 : ...et le (Argues) prirent au premier assaut, pour ce qu’il estoit en plain ». — Chron. gr., vv. 1524-1526, — Cron. di Morea, pp. 423-424 ; — le L. de los fech., §§ 93, 212, ne parle (3) « que de la ville.
492 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES pas de renseignements sur l’histoire des fortifications pendant la période franque on ne sait si les La Roche firent des réparations ou des constructions nouvelles. Aucun fait de guerre, avant les conflits de la fin du xive siècle et les premières invasions turques, n’en révèle l’état ou certains détails. On peut seulement supposer que les Vénitiens y firent des travaux quand ils eurent occupé le château en 1394. Mais celui-ci perdit beaucoup de son importance en comparaison de Nauplie dans la seconde période vénitienne surtout (1). Constantin Dioikètès dit cependant que c’était une belle forteresse triangulaire, précédée vers la plaine d’un petit château (serait-ce sur l’Aspis ?) et que en 1715 les Vénitiens, ne pouvant la défendre, en firent sauter les murs vers la porte (2). Nauplie semble avoir eu moins d’importance à l’époque qui précède 1204, mais elle en prit une beaucoup plus grande plus tard, de la conquête turque jusqu’au début de l’époque contemporaine, puisqu’elle fut alors la « capitale du royaume » et le resta encore quelques années après les guerres de l’Indépendance. Son nom, de forme féminine ou neutre en grec comme dans l’antiquité, se reconnaît facilement sous les divers aspects qu’il a pris au moyen âge les Grecs disent alors Anapli, les Français Naples, les Italiens Napoli ; pour la distinguer de la Naples italienne, l’habi¬ tude vient, surtout avec les Vénitiens, de dire Naples de Romanie et le nom même de Romanie se fixe alors dans son sens le plus étroit, l’Argolide. Les Turcs préféreront la forme Anaboli déjà connue d’Edrisi (3). La Chronique de Morée en parle presque toujours en disant le château de Naples (4) ; elle signale aussi que c’est un des deux (5) ; on peut « maîtres ports » avec Monemvasie pour les relations avec Constantinople en conclure que la population vivait essentiellement à l’intérieur des murs de la forte¬ resse et que, en bas, près de la mer, existait seulement une marine pour les besoins de la navigation, mais qu’il n’y avait pas à proprement parler de ville basse ; celle-ci ne se développa que plus tard, quand les Vénitiens construisirent à la fin du xive siècle un mur d’enceinte pour protéger le port (6). La raison qui a empêché jusque-là le développement d’une ville basse est certainement la piraterie (7). Une question : : (1) Il n’est pas cité dans le rapport du provéditeur Corner (1688-1690) et Angelo Emo fl 708) parle d’Argos et de Thermisi comme de petits châteaux sans intérêt, , V, 1896-1900, p. 684. P. A. Pacifico, Descrizzione, p. 32, en dit : Argos oggi ridotta in un semplice castello sopra collina cinque miglia loniano di Napoli di Romania. O. Dapper, Beschrgving, 2e partie, pp. 80-99, ne fait qu’une allusion à Argos alors qu’il consacre un long développement à Nauplie. Tour, II, p. 220, signale deux des Turcs , § 89, éd. Iorga, p. 164. Dodwell, forteresses, faisant allusion à l’Aspis et à la Larissa. Mnemosyne, NS, LVI, f3) Une inscription du xne siècle donne la forme , cf. G. Vollgraff, , Géographie, p. 380 A, 1928, pp. 315-328. Chron. gr. VV. 1587, 2085, etc. : ; — Mélétios, donne, à côté des formes antiques, Anapli et Napoli de Romania. Ewliya-Celebi, VIII, pp. 355-360 : Anaboli, Enaboli, Anapoli. D’après Leake, Peloponnesiaca, p. 252, de son temps Anapli était seul en usage. (4) L. de la conq ., §§ 189-190, 195, 198-200, 223, 870, — Chron. gr., vv. 1586-1587, 2085, 2680, 2766, — L. de los fech., § 212 : castiello de Napol. Villehardouin, §§ 326, 331, 389, ne précise pas qu’il s’agit d’une ville ou d’un château, sauf § 324 : « Naples et Corinthe,. II. des plus forz citez dou monde ». (5) L. de la conq., § 189 ; — Chron. gr., vv. 2766-2768. (2) G. Dioikètès, Expédition (6) Le fait est clairement expliqué par la Chronique de Monemvasie dont le passage intéressant est reproduit par Hopf, Chron. gr.-rom , p. 238. Cf. G. Gerola, ASA, XII-XIV, 1930-1931, pp. 366-377; — K. Andrews, Castles, pp. 88-102. (7) Les méfaits des pirates sont révélés par exemple par la décision de l’évêque d’Argos-Nauplie qui, en 1143, fit transférer le couvent de femmes établi à Areia, situé à 2 kilomètres de Nauplie, plus loin dans
COHINTHIE ET ARGOLIDE 493 embarrassante se pose cependant pour la topographie médiévale de Nauplie : la Chro¬ nique de Morée, à l'occasion de la prise de cette place, explique en effet que le château est sur deux sommets, que les Francs occupèrent l’un des deux et laissèrent l’autre, le plus bas, aux Grecs (1). Cette tradition est confirmée par la Chronique de Monemvasie qui distingue, on l’a vu, la ville basse fortifiée par les Vénitiens, puis le château grec, le château franc, et le château ou Topov construit aussi par les Vénitiens et nommé ainsi sans doute à cause de ses gros bastions ronds ou torrioni (2). Nauplie occupe une petite presqu’île rocheuse, reliée à la terre ferme, par un isthme étroit et bas, et immédiatement à l’est surgit un rocher massif aux parois raides, haut de 216 mètres, qui domine lourdement la ville : il est couronné par des fortifications relativement récentes qu’on appelle le fort Palamèdion (pl. 132, 2 133, 1 a-b). On est tenté d’abord de voir dans ce dernier le château des Francs et, dans la forteresse sur la presqu’île, en turc Itchkalé, celui des Grecs et ce fut l’opinion de Buchon (3). En réalité, le rocher de Palamède ne porte aucun vestige antérieur à l’époque moderne, et la tradition locale conforme aux dessins ou plans anciens, par exemple à celui de G. F. Gamocio datant de la seconde époque vénitienne, place le château des Francs et le troisième, construit par les Vénitiens à la fin du xive siècle, sur la presqu’île, où l’on peut distinguer en effet trois enceintes (4). Si l’on enlève les additions vénitiennes, le château de Toron et la ville basse, il reste deux châteaux juxtaposés mais la difficulté vient de ce que le nom de Château des Grecs s’applique à celui qui est le plus vaste et qui occupe la partie la plus haute de la presqu’île ; l’autre est beaucoup plus petit et légèrement en contrebas on ne peut même pas dire qu’il y ait deux rochers, ce n’est qu’une même plate-forme allongée d’est en ouest malgré cela, il paraît difficile de ne pas admettre et le partage entre les Grecs et les ; : : l’intérieur pour le mettre à l’abri des incursions : il y a peu d’apparence que la piraterie ait été moins répandue au xme siècle qu’au xne. Cf. Miklosich et Müller, Acta, V, p. 178, — A. Struck, AM, XXXIV, 1909, pp. 230 et suiv. — Pél. byz., pp. 170-171. Mais, après 1388, la position est essentielle pour Venise. (1) Chron. gr., vv. 2871-2874 : · , ‘. Cf. L. de la conq., § 201. (2) Chronique de Monemvasie , éd. Sathas, pp. 472-473, — Hopf, Chron. gr.-rom., p. 238. La distinction est faite aussi par les documents vénitiens qui citent le Castel dei Franchi, Castro Francorum, castel Franco, Castrum Francum , le Castel dei Greci, et II Toron, Turrion ou Torron, cf. Sathas, Doc. inéd., VI, pp. 118, 185 et suiv., 244 et suiv., 250 etc. Le château franc était d’ailleurs en mauvais état au début du xive siècle, Sathas, Doc. inéd., II, p. 224 (1409), III, p. 53 (1414) ; cf. A. Adamantiou, Chroniques de Morée, pp. 565-571. On pourrait être tenté de rapprocher le nom Toron d’un vieux mot français signifiant éminence isolée et qui a donné son nom au château du Toron en Syrie (Tibnin), cf. P. Deschamps, La défense du royaume de Jérusalem , p. 117, mais cette appellation n’apparaît pas en français pour Nauplie ni pendant la période de la domination française. (3) Buchon, Grèce et Morée, p. 387. (4) Cf. G. Gerola, Le fortificazioni di Napoli di Romania, ASA, XIII-XIV, 1930-1931, pp. 350 et suiv.; il donne p. 352, fig. 3, une reproduction du dessin de Camocio, sur lequel les trois enceintes sont appelées : Castel dei Greci, Castel dei Franchi, Casiello di Toro. On voit nettement les trois enceintes sur le dessin de G. Albrizzi, Notiiia, p. 112, ou sur le plan donné en hors-texte par Pouqueville, Voyage, V, face à la p. 220. « »
494 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Francs rapporté par la Chronique et l’identification des deux forts confirmée par la tradition (1). Avant de quitter Nauplie, il y a lieu de rappeler que Nerio Acciaiuoli, dans son testament, non seulement fit restituer à l’évêque d’Argos des sommes qu’il lui avait retenues et donner une croix d’or à l’église d’Argos, mais légua tout ce qu’il possédait à Argos pour la construction et l’entretien d’un hôpital à Nauplie et plaça sous l’auto¬ rité de l’évêque d’Argos «son» monastère de religieuses de Nauplie (2). Ces établis¬ sements ne sont pas connus par ailleurs. Kyvéri-Myloi, Thermisi. — Nous avons eu l’occasion de citer deux châteaux dépendant d’Argos et de Nauplie, c’est Kyvérion et Thermisi (3). Le premier, qu’il faut reconnaître probablement dans le nom de Chamères, se situe en face de Nauplie, de l’autre côté de la baie au sud de Myloi et des marais de Lerne, un village porte actuel¬ lement le nom de Kyvéri, il est adossé au versant de la montagne qui ferme au sud la plaine littorale, mais il n’a aucun vestige du moyen âge et il n’occupe pas une situation excellente pour une forteresse ; il n’est traversé que par un chemin qui continue le long de la côte en corniche vers le sud. La route très importante qui vient d’Argos pour gagner l’intérieur et les régions méridionales du Péloponèse, après avoir traversé du nord au sud la plaine, s’engage dans un étroit passage entre une colline rocheuse de forme régulière, haute de 179 mètres, et les grosses sources qui alimentent les marais de Lerne, en bordure de la mer ; puis elle s’infléchit vers le sud-ouest en évitant le village actuel de Kyvéri situé plus au sud. Or sur cette colline qui domine le site de Lerne, où s’est développée la petite agglomération de Myloi, «les moulins », se dressent les ruines d’une forteresse, entourées de vestiges d’habitations (pl. 140 et fig. 20) la position est remarquable, puisqu’elle surveille la route la plus importante et toute il y a tout lieu de penser que c’est là le château de la plaine, d’Argos à Nauplie Kyvéri du xive siècle (4). : : : (1) On peut remarquer que dans les dessins de Coronelli, c’est le château des Francs qui est représenté comme le plus élevé — Sur les voyageurs ou archéologues qui ont visité ou mentionné Nauplie, v. en particulier H. Lehmann, Landeskunde der Ebene von Argos, pp. 86-89. (2) Buchon, Nouv. rech., I, pp. 148-151, — II, pp. 256-258. (3) Ces deux châteaux ont fait l’objet d’une étude récente de Wallace E. McLeod, Kiveri and Thermisi, Hesp., XXXI, 1962, pp. 378-392, pl. 114-117. (4) La carte française indique, entre Kyvéri et Myloi, un hameau appelé Palaiokyvéri ; il est aujourd’hui complètement disparu, il ne reste qu’une tour qui devait le dominer : il ne peut s’agir du site du xive siècle, ! la position, trop basse n’est pas celle d’une forteresse et la tour, quoi qu’en aient dit les voyageurs anciens est manifestement d’époque turque, cf. W. E. McLeod, LL, pp. 390-392. — Un traité de 1481 entre Venise et Mahomet II, Miklosisch et Müller, Acta, III, p. 309, laisse aux Vénitiens le château de Kyvéri, alors détruit, à condition qu’ils ne le relèvent pas, et quelques moulins dans le voisinage : cette indication semble confirmer l’identification Kyvéri-Myloi pour la période antérieure ; le château une fois détruit, le village a dû se retirer à l’époque turque plus au sud dans la plaine, dominé alors par la tour turque, puis plus tard encore, jusqu’au pied de la montagne où il se trouve aujourd’hui, cf. H. Lehmann, Landeskunde der Ebene von Argos, pp. 80-81. Le nom est attesté de façon continue, souvent associé à celui des moulins : le Portulan grec II, éd. Delatte, p. 218, cite , qui est aussi la forme officielle aujourd’hui ; c’est Civeri pour les Vénitiens, cf. Sathas, Doc. inéd., IV, p. 202. On lit Molini et Cuvori sur la carte de Battista Agnese, Civeri et Molini sur celle de Bouttats ; De Fer ni Blaeu ne donne ces noms. Alberghetti, p. 118 : Civeri, Molini. — Le château est signalé par de nombreux voyageurs ou géographes, décrit plus spécialement par Buchon, Grèce et Morée, pp. 416-417, et étudié par W. E. McLeod, U., pp. 382-386, qui donne toute la bibliographie, — cf. infra, pp. 658-659.
CORINTHIE ET ARGOLIDE 495 Thermisi, c’est le nom, sur la carte française, d’un petit cap à l’est de Kastri, à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau du cap Skyli, extrémité orientale de la péninsule d’Argolide. Le village de Kastri, qui, d’après Hopf, était le fief de « Guglielmazzo », puis de sa sœur Béatrice qui épousa le dernier baron de Nivelet et en secondes noces Bertrand de Ganselmi (1), a repris aujourd’hui le nom de la ville antique d’Hermionè située tout près sur une étroite presqu’île et possède quelques vestiges d’un fort vénitien (2). Le château de Thermisi, dont le nom est à mettre en rapport avec celui de Dèmèter Thermisia dont le sanctuaire était situé près de là sur la côte (3), était construit sur le sommet d’une colline rocheuse d’environ 300 m. d’altitude, au pied de laquelle est un hameau, Kalyvia sur la carte française, aujourd’hui Thermisia entre ce sommet et le cap Thermisi s’étend une dépression où sont établies de longue date des salines (4). Sur le rocher qui constitue une position très forte subsistent des ruines notables de fortifications, comprenant deux enceintes, les vestiges d’une citerne et de chapelles, mais elles paraissent postérieures au xme siècle, peut-être même dater seulement de l’époque vénitienne, après 1388 (5). Un toponyme dans la plaine d’Argolide mérite encore une remarque, c’est celui de Merbaka bien qu’il y ait là, près du village, une des plus belles églises byzantines du xne siècle, il n’est mentionné par aucun texte avant 1205, et l’on a supposé qu’il pouvait être mis en rapport avec le nom de Guillaume de Meerbeke ou Moerbeke qui devint archevêque de Corinthe en 1277 l’analogie est en effet frappante entre le nom grec et celui du village flamand, situé aux confins du Hainaut et du Brabant (6), mais en l’absence de tout texte contemporain à l’appui de cette suggestion, il est difficile de rien affirmer, d’autant plus que Merbaka devait être dans le ressort de l’évêché d’Argos-Nauplie et non dépendre directement de Corinthe. Quant à ; : ; Remarques générales. — Le pays cédé au seigneur d’Athènes par Geoffroy Ier de Villehardouin comprenait donc la région d’Argos, et s’étendait le long des côtes depuis Kyvéri au sud jusqu’à la pointe de la presqu’île d’Argolide, puis jusqu’à Damala. La (1) Hopf, I, pp. 406 B, 409 A. L’identification entre Hermionè et Kastri est déjà faite par D. Niger, p. 331. Un petit château est signalé sur la presqu’île par VExp. scient, de Morée, II, p. 173 ; un plan en est donné par A. Frickenhaus et W. Müller, A.M, XXXVI, 1911, pl. 1 ; cf. W. E. McLeod, l.l., p. 381 n. 13. (3) Le sanctuaire est sur le cap Thermisi. Le nom est souvent déformé dans les textes ou par les voyageurs : il devient par exemple Tremissi dans les documents vénitiens, Sathas, Doc. inéd., VI, pp. 121 et suiv., 246, 254. Battista Agnese signale Termisi et Castri, mais les cartes des xvne et xvme siècles ne donnent en général que le nom antique d’Hermione. Ewliya-Celebi, VIII, p. 369, cite une citadelle du nom de Term(i)ch, en grec Termoz (le nom italien est resté en blanc). Alberghetti, p. 117 : Castri et Castel di Termis. Coronelli l’appelle (2) Ternis, cf. W. E. McLeod, l. I., pl. 114 a. (4) Elles sont déjà exploitées au xve siècle et considérées alors comme une grande source de richesse : Thiriet, Romanie vénitienne, p. 418 et n. 3, cf. Sathas, Doc. inéd., VI, pp. 123, 127, 142, 252. (5) Les ruines sont décrites par W. E. Mc Leod, l. L, pp. 386-389, avec un plan, fig. 3, et des photographies, pl. 116 a-d ; les murailles étaient couronnés par des merlons à deux pointes qui ne sont pas utilisés dans les constructions franques du xme siècle. Le pan de mur d’une église, reproduit pl. 114 c, ne nous paraît pas pouvoir être daté du xie ou du xne siècle comme le pense W. E. McLeod, le parement cloisonné n’est pas assez régulier et doit appartenir à une construction postérieure au xme siècle. (6) Cf. E. de Borchgrave, Croquis d'' Orient, Bruxelles 1908, pp. 153 et suiv., — A. Struck, AM, XXXIV, 1909, pp. 234-235, — H. Lehmann, op. cil., I, p. 97, — Longnon, L· empire latin, p. 206. La tradition locale fait venir le nom du turc Omerbeg, ce qui ne peut être accepté. 33
496 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES partie nord de l’Argolide, suivant une ligne passant entre Nauplie et Lygourio, et Damala et Piada, appartenait à la châtellenie de Corinthe. Au sud, la limite devait suivre les montagnes qui dominent Kyvéri, comme celle qui sépare aujourd’hui le nome d’Argolide de celui d’Arcadie. Dans l’ensemble, on a l’impression que cette région a été certainement moins pénétrée par les conquérants du xme siècle que l’ouest ou le nord de la Morée, et que, par la suite, ce sont des Italiens qui s’y établirent plutôt que des immigrants d’origine française. Au xive siècle, les Ghisi, famille d’origine vénitienne, les Zaccaria, d’origine génoise, prennent pied en Argolide. D’autre part à partir de 1311, le rôle de la région devient plus important à cause de la proximité de redoutables voisins, les Catalans. Aussi n’est-on pas surpris de voir Venise s’intéresser aux deux places d’Argos et Nauplie, accorder à leurs seigneurs Gautier II de Brienne puis Guy d’Enghien, de non pas une aide généreuse pour reconquérir Athènes, mais le titre de citoyen qui crée déjà un lien entre eux et la République, et manœuvrer ensuite, quand les circonstances sont favorables, pour y installer d’abord un Vénitien, Pierre Conaro, puis à sa mort, obtenir de la veuve la cession de ses terres. C’est à partir de ce moment-là, ou du moins quand Venise eut réussi à occuper effectivement Argos dont les Grecs s’étaient emparés, que la région devient un des points essentiels de la puissance vénitienne sur l’Égée. Alors que s’effondre la domination franque et que l’ouest du Péloponèse rentre dans l’obscurité d’où l’avait tiré pendant deux siècles l’existence de la principauté d’Achaïe, l’Argolide, qui gardera vivant le nom de Romanie qui désignait naguère tout l’empire de Constantinople, joue le rôle d’un point de résistance aux progrès des Grecs et surtout des Turcs, et verra bientôt sa forteresse de Nauplie devenir la « Capitale du Royaume » pour cinq siècles environ.
CHAPITRE LACONIE VII ET ARCADIE (Planches 6-7, 141-164) On peut s’étonner de nous voir grouper dans ce chapitre de vastes régions qui comprennent environ le tiers du Péloponèse la Laconie et l’Arcadie orientale jusqu’aux : confins de la Skorta. Sans doute les Vénitiens réunirent-ils au xvne siècle Laconie et Arcadie en une seule province sous le nom de Zaconie ou Pays des Mainotes ; ce n’est pourtant pas pour cette raison que nous le faisons, mais parce que ces régions restèrent le moins longtemps au pouvoir des Francs une bonne partie de la Laconie n’appartint à la principauté qu’une douzaine d’années, les bassins intérieurs de l’Arcadie, moins de cent ans. Nous nous bornerons, en rappelant l’histoire de ces régions, à y situer les villes et forteresses connues au xme siècle. : Histoire de l ’occupation franque. — On peut admettre que les conquérants avaient occupé les bassins de l’Arcadie avant 1209 les points importants y étaient alors Véligosti dans le bassin de l’antique Mégalopolis et Nikli sur le site de Tégée il y avait déjà en 1209 contestation au sujet du siège épiscopal de Nikli entre l’élu du chapitre, Imbert, et l’évêque Gilbert nommé par l’archevêque de Patras (1). La même année, le traité de Sapientsa (2) apprend que Lacédémone n’était pas encore conquise, mais que les Francs étaient à « Mola », nom qui ne peut être que celui du village de Molaoi sur la route de Lacédémone à Monemvasie, encore que l’on s’explique mal comment on ait pu venir jusque-là sans prendre Lacédémone. On peut supposer que les Francs ne tardèrent pas à occuper la plaine de l’Euro tas. La Chronique de Morée attribue à Geoffroy Ier de Villehardouin la conquête des bassins arcadiens et de Lacédémone (3) : celle de Nikli et de Véligosti est antérieure à son arrivée au pouvoir, : : III, Ep. 29-30, PL. CCXVI, col. 224 ; cf. supra, p. 93. (1) Innocent (2) Tafel et Thomas, Urkunden, III, p. 98. (3) D’après la Chron. gr., vv. 2017-2074, cf. Cron. di Morea, pp. 429-430, ces conquêtes suivirent immédia¬ tement le départ d’Hugues de Ghamplitte. D’après la correspondance pontificale, la région d’Hélos est sous l’autorité des Latins en 1223, cf. supra, p. 70.
498 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES mais sans doute poussa-t-il rapidement l’occupation du pays à partir de 1209. Les listes des feudataires données par les versions française et grecque de la Chronique de Morée, listes que nous considérons comme reflétant la situation vers 1228-1230, mentionnent les baronnies de Géraki et de Passavant, situées bien à l’est ou au sud de Lacédémone. Enfin le jeune prince Guillaume II de Villehardouin entreprit d’ache¬ ver la conquête et réussit à le faire après le long siège de Monemvasie. On peut estimer que, en 1249, la conquête est terminée. Elle fut compromise par la défaite que le prince subit à Pélagonia prisonnier de Michel Paléologue, il dut, pour recouvrer la liberté, lui céder en 1262 les places de Monemvasie, Mistra, le Magne, le canton de Kisterne ou Gisterna et peut-être Géraki. Dix ans plus tard la Laconie tout entière est perdue. C’est en effet à cette date que nous croyons devoir fixer la campagne où le prince Guillaume parcourut la région, en la pillant comme un territoire ennemi sans pouvoir forcer le capitaine des Grecs à sortir de Lacédémone (1). A la date de 1278, tandis qu’un évêque grec s’établissait à Mistra, le dernier évêque latin de Lacédémone, Aimon, chassé de son siège est appelé à celui de Coron (2). ; Les noms des régions. — Comment peut-on se représenter cette région pendant la brève domination franque (3) ? Le xme siècle a continué à se servir des noms tradition¬ nels de régions, dont quelques-uns d’origine antique Hélos (4), Vatika (5), d’autres postérieurs aux invasions Tsaconie dont les Français firent Chaconie ou Chacoignie (6), et Magne (7) ; il connaît les Slaves ou Esclavons du Taygète, en particulier les Mélingues, Ce dernier nom, mentionné dès le xe siècle, peut être considéré comme synonyme d’Esclavon seul employé dans les textes français, latins ou vénitiens, qui ignorent en général aussi l’expression Maniotes et emploient très rarement Tsaconiens (8) bien : : ; (1) L. de la conq., §§ 464-470, — Chron. gr. vv. 6630-6731. (2) Cf. supra, p. 144. Sur l’évêque grec à Mistra, cf. Buchon, Recherches, I, pp. lvi-lvii. sur les sites médiévaux sont dispersées dans l’article de F. Boelte (3) De nombreuses indications et E. Meyer, Sparta, RE, III A, 1929, col. 1294-1373; le vol. IG, Y, 2, 1913, ne mentionne que les sites antiques, mais la carte qu’il contient peut rendre des services. Une série d’articles sur la topographie de la Laconie antique ont été publiés par des archéologues anglais dans le BSA depuis 1904-1905 ; on peut y glaner des indications sur les ruines médiévales. Nous signalons également l’article de W. Loring, Some ancient routes in the Peloponnese, JHS, XV, 1895, pp. 25-89, qui intéresse toute la région de Sparte jusqu’au bassin d’Orchomène au nord et à celui de Mégalopolis à l’ouest, jusqu’à Achladokampos à l’est ; il donne une carte de la région d’après la carte française. (4) C’est ce nom d’origine antique, devenu Eles en français, L. de la conq., § 388, qui est peut-être à l’origine du château de Lello attribué par le L. de los fech., § 119, à Guy , baron de Vostitsa, château qui n’a jamais existé, cf. K. A. Romaios, , ., XI, 1939, pp. 283-286. Hélos avait été le siège d’un évêché qui ne fut pas maintenu dans l’organisation de l’Église latine, cf. supra, pp. 94, 99. . Il est d’origine (5) Ce nom n’est connu que de la Chron. gr., vv. 2955, 2960, etc., . grecque et probablement formé sur le nom de la ville antique de Boiai, Sur Hélos et Vatika, v. Wace et Hasluck, BSA, XV, 1908-1909, pp. 159-161. (6) L. de la conq., §§ 219, 332, 333, 335, etc. : Chacoignie, Chacoinye ou Chacoinie. Le L. de los fech., § 214, cite seulement une fois « Las montanyas de Laconia ; c’est l’unique mention de ce nom que nous trouvions dans les textes non byzantins. Sur la Tsaconie et ses habitants, v. Pél. byz., pp. 71-74. (7) Le nom est employé dans la chronique pour désigner un lieu précis, non un canton, sauf dans la Chron. gr., v. 3004. (8) On relève une fois le nom de Tsaconiens dans un acte (inédit) de 1338, où sont énumérés les biens acquis par Nicolas Acciaiuoli en Messénie ; dans le village de Cristina, la liste mentionne les Zacconi, id est archerii qui nihil solvunt et tenentur servire cum armis eorum. Les Tsaconiens sont mentionnés encore dans
LACONIE ET 499 ARCADIE que l’origine en reste discutée, il a aux xme et xive siècles une valeur essentiellement ethnique et s’applique à une population non grecque, certainement slave. Les Mélingues occupent le versant occidental du Taygète de l’est de Kalamata à Oitylon compris (1) c’est une région montagneuse difficile à franchir, ce qui explique les expressions employées de et le synonyme ou ou (2). Drongos n’est employé, à notre connaissance, qu’en grec (3) ; zygos se trouve une fois en français, le « sigo de la Ghacoignie » (4). L’application de ces noms reste assez vague, nous le verrons il est naturel que les cantons slaves se distinguent mal d’avec le Magne comme région puisque ce nom est généralement utilisé par les Francs pour désigner seulement un château. Aucune de ces expressions ou appellations n’est proprement nouvelle ou spéciale à l’époque que nous étudions. Un seul nom nouveau apparaît, celui de Gardalevos ou Dragalevos : les divers manuscrits de la Chronique grecque emploient l’un ou l’autre, celui de la version française a retenu le premier (5). D’origine slave (6), le nom désigne le pays au nord de Yatika et d’Hélos et on le retrouve aujourd’hui encore sous la forme Dragalevos dans le nom d’un village de Gynurie (7). Les textes n’ont pas eu l’occasion de citer le grand fleuve de la Laconie, : ; d’autres documents et Müller, Acta, V, p. 260, l’autre de 1347, des Météores, cf. de 1295, Miklosich : l’un N. A. Bees, ., I, 1909, p. 274. Il en ressort, comme des auteurs byzantins, Pachymère, Mich. Paléol., IV, 26, CSHB, p. 309, — Ps.-Codinus, De officialibus palatii, II, PG, CLVII, col. 33, citant un stratopédarque des Tsaconiens, que le mot désignait surtout des hommes accomplissant un service armé, d’ailleurs probable¬ ment originaires, au moins en partie, de la Tsaconie, cf. Zakythènos, Despotat grec, II, pp. 18-19, — Pél. byz., pp. 116-117, — H. Ahrweiler, Les termes et leur évolution sémantique, REB, XXI, 1963, pp. 243-249 ; — H. Antoniadès-Bibikou, Études d'histoire maritime de Byzance à propos du thème des Gara visiens, BEHE, 6e section, Paris 1966, pp. 33-34. ' . indications données dans Pél. byz., pp. 73 . 1, 102 et 163, v. la bibJio-, , , XV, 3, 1950, . 12-34, à computer graphie réunie par S. Kougéas, par . Arhweiler-Glykatzi, Une inscription méconnue sur les Mélingues du Taygète, BCH, LXXXVI, (qu’utilise parfois cependant 1962, pp. 1-10. La Chronique de Morée préfère la forme à celles de le ms P) ou . la théorie de Sathas, Doc. inéd., I, p. xxn, qui en fait un (2) Sur l’origine et le sens du mot , (1) Sur les Mélingues, outre les vocable albanais est à rejeter : il s’agit d’un terme germanique latinisé, v. G. Stadtmüller, Michael Chômâtes, pp. 301-305, — Zakythènos, Despotat grec, II, p. 28. Zygos et drongos semblent avoir au xme siècle un sens identique de caractère purement géographique ; nous ne croyons pas que dans nos textes ces mots, même au pluriel, puissent désigner des corps militaires composés par les populations non grecques (à la différence des Tsaconiens, v. supra), malgré les réserves faites par Zakythènos, op. cit., p. 27, et H. Glykatzi-Ahrweiler, BCH, LXXXIV, 1960, p. 81. Leur valeur géographique apparaît clairement p. ex. dans la Chron. gr., vv. 2993-2994 : on * 6 . Il faut faire une exception si, comme nous le pensons, l’expression du L. de los fech., § 121, dongo de la cloquina, doit être interprétée drongos de la Gloquina, pour désigner le val de Kloukinès, cf. supra, p. 467. (4) L. de la conq., § 333 : «le Sigo de la Ghacoignye et les montagnes des Esclavons » ; la Tsaconie est donc ici distinguée du pays des Esclavons ou Mélingues, distinction faite également dans le passage (3) correspondant de la Chron. gr., vv. 4588, 4591-4592. et (5) Chron. gr., vv. 4576, 4661, 5622, 6653, H : , P : , ; — L. de la conq., §§ 332, 465 : Gardalevo, Gardelevio. (6) M. Vasmer, Die Slaven, p. 166, n° 12, cf. p. 153 le nom slave est Dragalevo, Gardalevo en est une méthatèse. Cf. E. Meyer, Pel. Wander., p. 54 n. 2. Le mot n’a rien à voir avec le nom d’un oiseau : gardelo en vénitien, que citent H. et R. Kahane, Iialienische Ortsnamen in Griechenland, Texte und Forschungen, XXXVI, p. 251. (7) Gf. Buchon, Grèce et Morée, p. 399, — J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 634, — A. Adamantiou, Chroniques de Morée, p. 536, — St. Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 265-266. Le nom ne figure pas sur :
500 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES l’Eurotas, à l’occasion des événements du xme siècle. On sait seulement que plus tard il est appelé Iris, Niris, ou Vasilopotamo (1). Lacédémone et Mistra. — Le centre de la Laconie est resté jusqu’au xme siècle la vieille ville de Lacédémone — c’est ce nom qui depuis l’époque byzantine s’était imposé à la place de celui de Sparte considéré comme antique — ; elle avait été illustrée par l’activité de saint Nikon un grand couvent portant son nom était au xme siècle un lieu célèbre de pèlerinage (2). Les Francs l’appelèrent La Crémonie (3) c’était une grande ville, elle était ceinte de bons murs et flanquée de tours, et résista cinq jours aux assauts des Francs qui durent détruire les tours pour obtenir la reddition (4). Nous ne décrirons rien de Lacédémone au temps de la principauté, car aucun texte contemporain ne donne de renseignements sur ce qu’y firent les Francs. On sait que Guillaume de Villehardouin aimait beaucoup la contrée ; il y passa l’hiver 1248 1249 (5) ; revenant de sa captivité à Constantinople, un de ses premiers voyages fut pour s’y rendre (6). Il est probable que la ville était encore importante et active, qu’elle garda ses murailles, sa population au moins jusqu’à la fin du xme siècle, son couvent Saint-Nikon jusqu’au début du xive siècle. C’est dans le cours du xive siècle seulement qu’a dû se faire l’exode de la population vers Mistra, fondée par le prince sans doute, mais qui ne s’est développée en une ville que peu à peu et après 1262. Après la prise de Monemvasie, Guillaume de Villehardouin fit construire en effet des forteresses pour assurer sa domination sur le pays Astros au nord, sur la côte (7), ; : : la carte française en Gynurie ; on le trouve ailleurs dans la région de Kalavryta. Nous ne pouvons nous empêcher de le rapprocher d’un toponyme non identifié situé « entre Mistra et Monemvasie », le pays de Gifrilibos, cité dans la Geste d'Umur Pacha, cf. P. Lemerle, L'émirat d'Aydin, p. 105 ; mais les indications topographiques du texte turc sont trop vagues pour permettre une certitude. (1) Iris ou Niris doivent être les formes dérivées d’Eurotas : Mélétios, Géographie, p. 375, donne ; quand à Vasilopotamos, on le voit cité dans les actes vénitiens : au cours du conflit avec le despote Théodore, les Vénitiens occupent la Tour de Vasilopotamo en 1389, R. Cessi, Venezia e Vacquisto di Nauplia e d'Argo, p. 158 ; — en 1403, le châtelain de Coron est autorisé à conduire l’empereur de Constantinople usque ad Vasilo potema vel Lavatia ( ?), et le Sénat paie les frais de ce voyage jusqu’à Vasilopotamium , Sathas, Doc. inéd., I, pp. 5-6, n° 5, — Iorga, Notes et extraits, I, p. 139. Ces noms sont employés par les portulans : Kretschmer, Italienische Portolane, p. 63; B, — Portulan grec, II, éd. Delatte, p. 211, cf. D. Niger, pp. 342-343, 344. (2) Ce pèlerinage est encore fréquenté au début du xive siècle : les habitants de la Skorta donnent le prétexte de s’y rendre pour aller en Laconie en 1304, L. de la conq., § 924 : en pèlerinage à Saint-Nique à la Crémonie ». Ce couvent, sa disparition et la décadence de Lacédémone à partir du xme siècle ont fait l’objet , d’une discussion entre l’archimandrite . E. Galanopoulos, XII, 1936, . 414, et Ph. Koukoulès, , XI, 1935, p. 464-469 : ce dernier prétend Athènes, 1933, et , à tort, croyons-nous, que la conquête franque a ruiné le couvent au début du xme siècle ; mais il ignore le texte du Livre de la conquête que nous mentionnons ci-dessus. Sur Lacédémone avant 1205, v. Pél. byz., pp. 140, 164. (3) L. de la conq., §§ 329-333, etc. : La Cremenie, La Cremoignie, La Cremonie ; — La Cremonie, dans une lettre que Guillaume de Villehardouin y écrivit en février 1249 (nouveau style), Buchon, Recherches , II, pp. 378-379. Le L. de los fech., écrit normalement Lacedemonia, mais aussi, § 118, Laucedemonia, ce qui se rapproche de la forme Laudomonia, du traité de Sapientsa, Tafel et Thomas, Urkunden, III, p. 98. (4) Chron. gr., vv. 2052-2060. « (5) Chron. gr., mentionnée ci-dessus. vv. 2970, 2978; cf. la lettre (6) Chron. gr., vv. 4015-4020. (7) L. de los fech., § 214, cf. infra. de Guillaume II de Villehardouin, datée de février 1249,
LACONIE ET 501 ARCADIE les châteaux du Magne et de Beaufort au sud (1), enfin la plus célèbre, Mistra. L’essor de cette ville qui allait devenir le chef-lieu du despotat grec de Morée et un des foyers intellectuels et artistiques les plus intéressants de la dernière période byzantine a rendu ce site célèbre. Pour nous il est intéressant de noter l’origine du nom qui est qui désigne une grec on s’accorde aujourd’hui à faire venir le nom du mot l’homme qui fait ou vend ces fromages (2) en sorte de fromage frais et de effet les formes anciennes du mot sont en général Mizithra ou Misisthra (3). Le site choisi est un contrefort de la chaîne du Taygète, à l’ouest de Sparte un versant très raide permet de s’élever jusqu’au sommet haut de 634 mètres, bien détaché par deux profonds ravins et complètement séparé de la chaîne de montagnes par un col assez bas et des à-pic rocheux (pi. 141-146). La position est excellente. Elle paraît impre¬ nable et jouit d’une vue très étendue sur la large plaine laconienne qu’elle domine d’environ 400 mètres et sur les collines qui, à l’est, montent vers le Parnon (4). — Tous les textes, toutes les traditions (5) sont d’accord pour attribuer à Guillaume de Villehardouin la construction du château ; il n’y a pas lieu de supposer que les Grecs, ni plus tard les Turcs aient profondément transformé la forteresse première. Au début du xvme siècle, si la ville reste toujours populeuse, le château est abandonné (6) : il n’a donc pas subi de réparations de la part des Vénitiens. Ainsi on peut admettre que la forteresse, sauf quelques additions ou transformations légères, est aujourd’hui encore à peu près telle que la construisit le prince Guillaume, mais que, par contre, fort peu d’autre chose fut édifié par les Francs dans les dix années de 1249 à 1259 (7). ; : : (1) Chron. gr., vv. 30004-3007, 3035-3037, — Cron. di Morea, p. 437 ; L. de los fech ., §§ 215-216, ajoute le château d’Androusa, celui de Vasilika et signale des réparations à Corinthe. BZ, II, 1983, pp. 307-308, — G. N. Chatzidakès, (2) Sur l’étymologie du mot, voir K. Krumbacher, ---, Viz. Vrem., II, 1895, pp. 58-77 ( , . 180-203), cf. , V, 1896, . 219-220, — A .K. Amantos, Die Suffixe der neugrie chischen Orlsnamen , p. 73, — J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 638, — M. Vasmer, Die Slaven, p. 2, — P. Kalonaros, éd. de Chron. gr., p. 125 note. , , que (3) Les manuscrits de la Chron. gr. donnent des formes variées : , L. de la conq., §§ 218, 317, etc. : Misitra ; — L. de los fech., J. Schmitt a remplacées uniformément par , §§217, etc. : Mizitra ou Misitra ; — Cron. di Morea, pp. 447, 453 : Mistra, de même que dans Sanudo, Istoria di Romania, pp. 108, 116. On trouve encore dans l’important document vénitien de 1278, Tafel et Thomas, Urkunden, III, p. 231 ; Musistra ; — chez Cyriaque d’ANCÔNE, Mélanges Ceriani , pp. 221, 228 : Mysithra et Mysethra , — dans un manuscrit vénitien du xve siècle, AM, XIV, 1899, p. 78 : Misitra ; — Ewliya-Celebi, VIII, pp. 341-344 : Mizistre ou Missistre ; — D. Niger, p. 342, écrit Misitra ; — B. Brue, Journal, p. 52 : Misistra. Les trois formes : Misitra, Misistra et Mistra subsistent donc jusqu’au xvme siècle. Dans les textes grecs : Pachymère, Mich. Paléol., I, 31, CSH B, p. 88 : ; — Ps. Dorothée, pp. 106, 107 : ; l’autre fois . La forme mais Mélétios, Géographie, pp. 370, 375, dit une fois , a supplanté la forme primitive, probablement par dérivation de la forme latine où t remplace , cf. H. Kahane, Byz., XVI, 1942-1943, p. 355. On écrit aujourd’hui en grec , mais cette forme n’est pas de règle au moyen âge et, la forme française a toujours été Mistra, sans y. (4) Voir Philippson, Peloponnes, pp. 209-210, — Griech. Landschaften, III, 2, p. 455. (5) Voir par exemple celle que rapporte Fourmont au xvme siècle, Histoire de V Académie royale des Inscriptions et Belles-lettres, VII, pp. 356-357. (6) B. Brue, Journal , p. 52. Nous jugeons inutile d’énumérer les voyageurs qui ont visité et décrit Mistra ; car ils parlent presque exclusivement de la ville et non du château. (7) Sur les ruines v. infra, pp. 639-642. Il faut rappeler l’existence près de Mistra de deux villages anciens, Sklavochori et Parori, déjà cités aux xe et xie siècles par le Testament de saint Nikon, éd. Lampros, N. ., Ill, 1906, p. 228. Dans le second existe un bas-relief curieux qu’on peut attribuer à l’époque franque et sur lequel nous reviendrons plus bas, p. 592.
502 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Grand-Magne, Beaufort, la Gisterna et le pays des Esclavons ou Mélingues. — Au sud de Mistra, pour maintenir les Mélingues ou Esclavons dans l’obéissance, le prince avait fait construire les châteaux de Magne et de Beaufort. Où se trouvaient iïs ? Le nom du Magne, qui apparaît au Xe siècle et dont l’origine reste fort discutée (1), désigne aujourd’hui l’ensemble de la presqu’île qui sépare les golfes de Laconie et de Messénie pour se terminer par le cap Ténare ou Matapan. C’est une région monta¬ gneuse, sèche et peu fertile, sauf de petites plaines à l’ouest, notamment au sud la dépression entre la chaîne principale et la masse rocheuse qui forme le cap Grosso, ou au nord, près de la Messénie, la plaine qui va de Leutron à Halmyros, et près de la Laconie autour de Gytheion. Elle est habitée par une population très particulariste, usant d’un dialecte qui lui est propre et qui a excité depuis longtemps la curiosité et les discussions des linguistes et des historiens (2). Mais le nom est employé par Constantin Porphyrogénète et par Benoît de Peterborough (3) pour désigner un ch⬠teau sur lequel on ne possède aucun autre renseignement. Au contraire la Chronique de Morée semble ignorer toute fortification antérieure quand elle raconte que le prince Guillaume ayant parcouru le canton de Passavant et le Magne fit construire un ch⬠teau qu’il appela Magne, nom souvent remplacé par celui de Grand-Magne et parfois de Vieux-Magne (4). Le Libro de los fechos le situe sur le golfe de Coron (5), comme le faisait Benoît de Peterborough. La version grecque en décrit la position sur un haut rocher au-dessus du promontoire (6). L’identification du Grand-Magne reste Porphyrogénète, De adm. imp., 50, éd. Moravcsik (1) Mentionné pour la première fois, par Constantin Jenkins, pp. 236-237, puis par la Vie de saint Nikon , éd. Lampros, N. ., Ill, 1906, p. 161. Sur l’étymologie, voir P. A. Phourikès, . , , XL, 1928, . ., Ill, 1930, 26-59, qui conclut à une origine albanaise, justement critiquée par D. A. Zakythènos, XLVII, 1938, pp. 32-44, — XLIX, 1939, pp. 221 et suiv., — pp. 258-259, — D. I. Georgakas, , LU, 1948, p. 194. — Toujours Indogermanisches Jahrbuch, XXIV, 1940, p. 239, — K. N. Hèliopoulos, , féminin en grec, le nom l’est aussi en français au moyen âge dans l’expression la Grant-Magne ; mais il est toujours masculin aujourd’hui. (2) Sur le Magne, et ses habitants, voir en général A. Mirambel, Étude descriptive du parler maniote méridional, Paris 1929, pp. 1-46 ; et les mises au point faites par Zakythènos, Despotat grec, II, pp. 6-14, spécialement pour la période du xme au xve siècle et par nous-même pour celle qui précède 1205 dans Pél. byz., pp. 71-74 ; sur le pays, Philippson, Peloponnes, pp. 215-229, 237 et suiv. Porphyrogénète, op. cii., p. 236 : — Benoît (3) Constantin Vita et gesta Henrici II Angliae Regis, dans Bouquet, Recueil des Historiens des Gaules de Peterborough, et de la France, XVII, p. 533 : super Gulfum (de Witum - Vitylo) ilium est castellum bonum et forte quod diciiur Maine. ’' pour désigner à la fois la région au-delà de (4) La Chron. gr., vv. 3004-3007, se sert du mot Passavant vers l’Ouest et le nouveau château (P. donne toujours la forme ) ; — v. 3039, elle précise : , . et vv. 4330, 4425, 4662 : Cron, di Morea, p. 437 : Manni ; — L. de la conq., §§ 207, 218, 317, etc. : La Grand-Maigne ; — L. de los fech., §§ 215, 297, 307 : Magna ; — Sanudo, Istoria di Romania, pp. 108, 116 : Mine. On peut supposer que l’expression Grand-Magne se justifie par la nécessité de le distinguer d’un autre lieu appelé alors simplement Magne, aujourd’hui Mikromani près de Kalamata, cf. supra, p. 438. On est tenté d’opposer le Vieux Magne au château construit ultérieurement au-dessus de Porto Kaïo, mais il ne semble pas que ce dernier ait existé au moment de la rédaction de la Chronique grecque qui emploie cette expression. la part de enta Coron. la marine (5) L. de los fech., § 215 . Le terme de , employé (6) Chron. gr., v. 3005 : aussi pour Arkadia, a simplement le sens de rocher à pic. Le L. de la conq. présente ici une lacune. :
LACONIE ET 503 ARCADIE discutée (1) ; il n’existe en effet de château appelé Magne que sur la côte orientale on appelle Maina à l’époque moderne le château qui domine le golfe de Porto-Kaïo (pi. 151, 1). Mais cette enceinte rectangulaire avec ses grosses tours, sa maçonnerie à mortier très abondant, étalé comme un enduit, est certainement postérieure au xme siècle (2). D’autre part, les portulans, pour ne prendre que les documents géogra¬ phiques anciens, situent Maina à l’ouest du Cap Matapan (3). Or il existe de ce côté, au nord de la lourde masse du cap Grosso, une baie, le port Mezapo de la carte fran¬ çaise, fermée à l’ouest par une mince langue de terre qui réunit au continent un rocher aplati et aux parois raides ; cette configuration l’a fait appeler par les Grecs, Tigani, la poêle. Le rocher a été fermé du côté de la terre par une muraille dont il reste un pan assez important ; à l’intérieur, sur la plate-forme, sont dispersées les ruines de maisons et d’églises, vestiges d’une agglomération qui a dû avoir une existence longue et une certaine importance (pl. 149, 150, 1 a-b) ; mais l’état des ruines montre que le lieu a été abandonné depuis longtemps et rend impossible toute détermination exacte sur la date où la ville était florissante, il faudrait procéder à des sondages pour retrouver des monnaies, ou, dans une église par exemple, des détails caractéris¬ tiques (4). Ce site cependant ne convient pas exactement à une forteresse comme celles que construisaient les Francs ; c’est celui d’une ville, qui remonte probablement à l’époque byzantine et qui fut abandonnée quand les pirates s’installèrent en maîtres dans cette région. Mais il faut chercher le Grand-Magne sur une position plus domi¬ nante. On a signalé des vestiges de fortifications au point le plus élevé de la presqu’île du Cap Grosso : celle-ci présente, en bordure de la mer, une barre rocheuse de 260 m. d’altitude moyenne, et atteint en un point 309 m. le sommet porte les débris d’une enceinte fortifiée connue sous le nom de Château de la Belle (5). Une visite rapide du : : (1) V. outre l’article A travers le Magne. Les châteaux francs de de Phourikès déjà cité P. Kalonaros, Magne, Hell, coni., Ill, 1939, pp. 375-380, et éd. de la Chron. gr., p. 126, note. en donne un plan reproduit dans toutes les éditions de son ouvrage sur la Morée. Sur (2) Coronelli la carte française : Fort Maina ruiné. Cf. Leake, Travels, I, p. 307 ; — Puillon-Boblaye, Recherches , pp. 89-90, renvoyant à Coronelli, reconnaît bien le caractère récent de ce fort ; voir la vue donnée par V Allas de VExp. BSA, XII, 1905-1906, pp. 275-276, l’identifie cependant avec le Grand scient, de Morée , pl. 32. R. Traquair, Magne, en admettant qu’il a été reconstruit ; cf. Treidler, s. v. Tainaron, RE, IV A, 1932, col. 2033-2034. Nous signalons au fond de la baie de Porto-Kaïo, près du rivage, une petite église abandonnée, appelée Franko ekklèsia : c’est un bâtiment carré de 11 mètres de côté orienté nord-sud ; dans ce cube de maçonnerie, l’intérieur a la forme d’une croix grecque ; des niches sont ménagées non seulement au nord en guise d’abside, mais aussi sur les côtés du bras nord de la croix, au fond et sur les côtés nord des bras transversaux, enfin sur la façade de part et d’autre de la porte. Italienische Porlolane, p. 635 B ; — le Portulan grec II, éd. Delatte, pp. 214, 215, (3) K. Kretschmer, ne mentionne qu’un cap de ce nom sur le golfe de Coron, cf. Portulan grec III, p. 268. La carte de Battista Agnese situe Maina de même, mais un peu trop au nord. (4) La tradition populaire veut qu’il y ait 365 citernes. Cf. Leake, Travels, I, p. 286, — Exp. scient. Recherches, p. 92, qui y reconnaît lui-même le Grand-Magne ; c’est de Morée, I, p. 51, — Puillon-Boblaye, aussi l’opinion de P. Kalonaros, édit. Chron. gr., p. 126 note. Cf. H. Waterhouse et R. Hope Simpson, BSA, LVI, 1961, pp. 122-123, pl. 20 ; — N. B. Drandakès, , , 1964 (Athènes 1966), . 121-135, qui date une église dégagée par lui de l’époque byzantine antérieure à 1205. (5) L'Exp. scient, de Morée, I, p. 51, signale qu’il y a deux cimes sur le cap Grosso, toutes deux défendues par une citadelle entourée d’enceintes semblables à celle des anciens. Mais seul le Kastro (iis) Orias est indiqué sur la carte française, à l’ouest du village de Dry et un peu au sud de Kipoula. Philippson, Peloponnes, p. 228, et Griech. Landschaften, III, 2, pp. 442-443, ne mentionne également qu’une forteresse. C’était la région de l’antique Hippola dont on reconnaît le nom dans celui de Kipoula, et quelques vestiges dans le kastro, qu’on appelle aussi Ano-Poula, cf. A. M. Woodward, BSA, XIII, 1906-1907, p. 244 ; — H. Waterhouse et R. H. Simpson, BSA, LVI, 1961, pp. 123-124, et fig. 7. Passava et du
504 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES site nous a permis de voir seulement des restes peu caractéristiques (pl. 150, 2), mais de nous rendre compte de la vue extraordinaire dont jouit cette position il est possible de surveiller de là aussi bien tout le golfe de Messénie que l’ensemble du versant occi¬ dental des montagnes de la presqu’île maniote et le rivage, c’est-à-dire tout le pays des Mélingues ou Esclavons (1). La situation, tout en étant infiniment plus pittoresque puisqu’elle domine la mer de 300 mètres d’un seul jet, a des avantages analogues sa valeur militaire constitue à nos yeux le à celle de Clermont à l’ouest de l’Élide meilleur argument en faveur de la localisation en ce point du château construit par Guillaume de Villehardouin pour tenir la région (2). Le château de Beaufort ou Leutron doit être cherché plus au nord, puisque le Livre de la conquête le situe entre le Grand-Magne et Kalamata (3). A peu près au milieu de la distance entre le Gap Grosso et Kalamata, le village actuel de Leutron garde vivant le nom de l’antique Leuktron dont la Chronique de Morée atteste la survivance au moyen âge (4). Au bord de la mer, près d’un petit mouillage, la Skala Stoupa, dans la plaine littorale s’élève un rocher dont l’altitude ne dépasse pas 80 mètres mais qui est parfaitement isolé c’est une plate-forme orientée nord-nord-est-sud-sud ouest, de 120 mètres de long sur 50 de large environ le long des bords de la plate-forme court un mur d’enceinte fait d’une maçonnerie de pierres irrégulières mélangées de petits fragments de tuiles à l’intérieur, on voit les restes d’une grosse tour carrée servant de donjon et d’une citerne la construction est homogène et elle a été manifes¬ tement abandonnée depuis longtemps. On peut l’identifier sans hésitation avec le Beaufort de Guillaume de Villehardouin (pl. 147, 148, 1 a-b). Ce château permet en même temps de situer la Gisterna qui est la région où il se trouve (Pl. 149, 1 c) on rencontre ce nom sous la forme Kinsterna chez Pachymère qui décrit le pays avec raison comme une longue plaine riche en biens de toutes sortes (5), ce qu’elle est en comparaison des rochers secs et stériles du Magne. Divers : : : ; : ; : (1) La phot. n° 60 de notre album Retour en Grèce sommet vers , édit. 1955, donne une partie de la vue que l’on a du l’est. (2) L’hypothèse de P. A. Phourikès qui reconnaît le Grand-Magne dans le château de Zarnata n’est pas acceptable, Zarnata est situé beaucoup trop loin vers le nord et ne peut exercer la mission de dominer tout le le pays ; sur Zarnata, cf. infra, p. 507. Récemment A. Kriesis, On the castles of Zarnata and Kelefa, BZ, LVI, 1963, pp. 308-316, propose d’identifier le Grand-Magne avec le fort de Kelefa ; mais cette vaste forteresse n’a rien d’une construction du xme siècle ; et si elle surveille le passage du golfe de Laconie à celui de Messénie, elle n’a pas la situation dominante qu’on attend d’après la description de la Chronique, cf. infra, p. 508. (3) L. de la conq., § 207 : un autre chastel sur mer devers le Ponant entre Clamate et la Grand Maigne, lequel s’appelle en françoys Beaufort et en grec s’appelle Lefftro. Cf. Chron. gr., vv. 3035-3038, qui le situe , et dit que le château au bord de la mer dans la région de Gisterna fut construit et reçut son nom du prince Guillaume. Cron. di Morea, p. 437 casiello appo la Gisterna. (4) Leake, Travels, I, p. 331, — Peloponnesiaca, p. 179, — Puillon-Boblaye, Recherches, p. 93, — Gurtius, Peloponnesos, II, pp. 284-285, 326 n. 68, — Bursian, Géographie, II, p. 154, — Hitzig-Blümner, I, p. 874, Frazer, III, p. 401, ad Pausanias, III, 26. 4, — Philippson, Peloponnes, p. 249. Le nom français est certainement choisi pour ressembler au grec, prononcé Leftro. (5) Pachymère, Mich. Paleol, I, 31, CSHB, p. 88, cf. supra, p. 123 ; — N. Grègoras, CSHB, I, p. 80, . Sur la région, v. P. Kalonaros, édit, de la Chron. gr., p. 128 note. ne c.te que L’identification de la Gisterna ou Kisterna, qui est sûre, a cependant donné lieu à des erreurs ; cela vient de ce que, en plusieurs points du Magne, pays dépourvu de sources, le grand nombre de citernes creusées dans le rocher dans l’antiquité ou au moyen âge a fait nommer tel ou tel lieu les citernes », Kisternès : on se sert parfois de ce nom pour désigner Tigani, mais surtout, comme l’indique la carte française, pour une baie située immédiatement au nord-est du cap Matapan et qui est probablement le site antique de Tainaron cf. « » : : « :
LACONIE ET 505 ARCADIE textes et documents fournissent d'intéressantes indications complémentaires sur la topographie et sur la population de la région. La Chronique grecque cite la Gisterna en énumérant les pays qui se soumirent à Michel Paléologue dès 1263 (1). Le Livre de la conquête rapporte un fait curieux à la date de 1296 pour lutter contre les Grecs qui attaquaient les forteresses de la Skorta, le prince Florent s'accorda « avec Spany, un puissant homme des Esclavons, qui estoit sires de la Gisterne et des autres chastiaux entour », et obtint de lui un navire armé et 200 hommes à pied contre deux casaux dans la châtellenie de Kalamata (2). Le document de 1278 relatif aux décisions prises par des juges vénitiens au sujet d'actes de piraterie commis par des Grecs mentionne un personnage appelé Michali Spano, capitaine à Ardouvista, village situé un peu au nord de Leutron, et cite toute une série de toponymes dont plusieurs sont identifiables, parmi lesquels nous relevons Gisterna, Beaufort et Zarnata (3). Il nous paraît très vraisemblable que le Spany du Livre de la conquête et le Spano d' Ardouvista appartiennent plus ou moins étroitement à la même famille, dont d'autres membres sont mentionnés dans des documents postérieurs (4). Toute la région située en face du territoire de Coron était fréquentée par des commerçants vénitiens, qui avaient souvent à souffrir des actes de piraterie comme en 1278. En 1334 par exemple sont signalés les méfaits des Zassi dont l’un : Buchon, Recherches , I, p. lxiii, — Leake, Peloponnesiaca , p. 142, et encore Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 637. Gell, Journey p. 264, signale que c’était le nom d’un château sur le cap Matapan ! Sur le site antique, v. Philippson, Griech. Landschafien , III, 2, p. 440, — Treidler, Tainarony RE, IV A, 1932, col. 2030-2039 ; le paysage rocheux et stérile n’a rien de commun avec la fertile Kinsterna de Pachymère. (1) Chron. gr., vv. 4591-4592 : y Tà , * , (2) L. de la conq ., § * . 823. Tafel et Thomas, Urkunden, III, pp. |232-233. On y relève en particulier les noms suivants : Cisterna, Jallea ( ?), Zarnala, ...in Castro de Belforte in partibus Sclavonie (le nom français de Beaufort n’est pas encore oublié quinze ans après la perte du château), — ... de Mayna (il s’agit sans doute de la ville sur la presqu’île de Tigani parce que le texte fait allusion à une barque), ... un habitant de Coron a été volé par Michali Spano capitaneum in Arduuisla (Ardouvista correspond à Androuvista de la carte française ; le nom, d’origine slave, cf. M. Vasmer, Die Slauen, p. 165 n° 3, a aujourd’hui disparu, remplacé par celui de Chora) ; sont également cités parmi les lieux fréquentés par les Vénitiens, pp. 231 et 237 : Portus Qualiarum (port Quaglio ou Porto Kaïo), p. 233 : casalis vocati Pogliano (Poliana, cité aussi par Sphrantzès, II, 2, CSHB, p. 131 -, cf. M. Vasmer, Die Slaven , p. 172 n° 60), — p. 234 : ad Casiagnam (Kastania à peu de distance au sud-est d’ Ardouvista, plutôt que Kastenitsa, hameau de montagne, comme le pensaient les éditeurs de ce texte), et et de nouveau Belforte , — p. 235 : ad Vitulum (Oitylo ou Vitylo). Ce document montre bien que les divers lieux : Maina, Leutron-Beaufort, Zarnata, Porto-Kaïo existent simultanémnet et qu’on ne peut confondre l’un avec (3) : l’autre. (4) P. Lemerle, L'émirat d'Aydin , pp. 103-104 : l’un d’eux est cité dans une inscription de 1337 ou 1338, , qui rappelle que Spano était dit capitaine à Ardouvista (nous ne avec le titre de croyons pas que le terme drongos désigne ici une formation militaire spéciale et ait une autre valeur que celle purement géographique que nous lui avons reconnue plus haut). Les divers documents relatifs à ces personnages ont été réunis et étudiés par Hélène Ahrweiler-Glykatzi, Une inscription méconnue sur les Mélingues du Taygète, BCH, LXXXVI, 1962, pp. 1-10, mais nous considérons comme hasardée l’hypothèse de l’auteur qui suppose que les formes Spany et Spano correspondent à deux familles différentes, l’une d’origine slave, la seconde, grecque : l’onomastique dans les textes latins ou français du xme siècle n’obéit pas à un souci d’exac¬ titude tel qu’on puisse tirer à coup sûr de cette alternance une conclusion de ce genre les deux noms sont liés à des événements qui se passent dans la même région à 18 ans de distance. :
506 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES était seigneur de Kisterna, l’autre un des chefs de Giannitsa (1). La mention de Giannitsa, village dont les maisons s’étagent sur les pentes de la chaîne du Taygète et qui domine à l’est Kalamata (2), montre qu’il faut prolonger jusque-là le pays des Esclavons (3) ; c’est de Giannitsa que deux chefs locaux descendirent pour s’emparer par surprise du château de Kalamata en 1295 (4). Ces divers épisodes et d’autres faits révèlent le caractère indocile et pillard, animé de « malvestié et glotony » (5) des habitants de la région et la situation particulière dont ils jouissaient entre la province grecque et la principauté. Le Livre de la conquête insiste à deux reprises sur leur indépendance quand les Slaves de Giannitsa eurent pris Kalamata, le prince récla¬ mant la restitution du château au gouverneur de Mistra, celui-ci répondit que « li Esclavon n’estoient mie obéissant a lui, ne ce qu’il firent n’estoit par son seu ne par son conseil ; ainsi sont une gent de voulenté, et tienent par eaux seignorie par thirannie et que appartement le pooit veoir, car le chastel n’estoit pas prins de la gent de l’empereur » (6). Le même argument est utilisé par l’empereur Andronic II Paléologue quand Geoffroy d’Aulnay et Geoffroy Chauderon vinrent en ambassade à Constantinople réclamer le château pour le prince à quoi Geoffroy d’Aulnay opposa l’affirmation « combien que li Esclavon ne soient obéissant a nul seignor, on scet bien que li Esclavon sont de sa loy et de sa creance, et lui obéissent plus que a autre seignor », qui paraît plus être un argument du demandeur que l’expression exacte de la réalité s’il est un chef à qui ces Esclavons devraient obéir, c’est bien l’empereur, mais il ne : ; ; : ; L' émirat d'Aydin, p. 94, — Thiriet, Régestes, I, pp. 32-33, nos 45, (1) Hopf, I, p. 434 A, — P. Lemerle, 50. L’origine du nom des Zassi reste incertaine : est-il d’origine slave comme le dit Hopf, d’origine grecque, comme le suggère Zakythènos, Despotat grec, II, p. 216 ? il est ou faut-il le faire venir du mot ,, difficile de le dire. Il nous parait impossible d’admettre sans autre preuve que ces Zassi de Kisterna et de Giannitsa appartenaient à la même famille que les deux cousins Foty et Jacques « Le Chasy » de Kalavryta, dont le premier tua en 1295 Guy de Charpigny, L. de la conq., §§662-285, cf. supra, pp. 168-169; Hopf, I, pp.344B et suiv., appelle ces personnages Zassi en leur donnant une origine slave, sans explication, et plus loin, I, p. 434 A, à propos des Zassi de Giannitsa donne l’équivalence « Zassi (Le Chasy) » sans expliquer davantage ; il est encore suivi par P. Lemerle, op. cit., p. 94 et n. 5. Les Le Chasy de Kalavryta sont des seigneurs grecs dévoués Régestes, I, p. 32, . 1. Nous rappro¬ à l’empereur, alors que les Zassi de Giannitsa agissent en pirates, cf. Thiriet, cherons plutôt de ces derniers un personnage appelé Mégazassi, «le Grand-Zassi », dominus Janice, devenu en 1408 l’ami des châtelains de Coron et Modon, Sathas, Doc. inéd., II, p. 217, — Thiriet, Régestes, II, p. 82, n° 1332. Tous les Zassi sont cités comme chefs de village, ce qui justifierait l’hypothèse de Zakythènos et éclairerait l’appellation Mégazassi. Hopf, I, p. 342 A, rapproche aussi le nom de Marco Zanassi mort en 1382, dont les Vénitiens occupent les biens. v. D. I. Georgakas, BZ, XLI, 1941, p. 359. Nous ne voyons (2) Sur Jannitsa ou Giannitsa, , pas pourquoi il faudrait identifier la Giannitsa médiévale avec le hameau de Giannitsanika situé dans la plaine, groupe de maisons dépendant du village situé plus haut sur le versant, comme le suppose P. Lemerle, op. cit., p. 94 n. 4 ; la position est beaucoup plus sûre, et correspond exactement à la distance de Kalamata donnée par le L. de la conq., § 694 « gaires plus de une lieue ». Il ne semble pas cependant que Giannitsa ait jamais été proprement une forteresse, comme le dit Zakythènos, Despotat grec, I, p. 206, cf. Thiriet, Régesies, I, p. 33 . 1. Les toponymes en sont des adjectifs avec le mot sous-entendu Kalyvia et désignent en ou général un hameau détaché d’un village, ex. Mazeïka = Kalyvia de Mazi, Mazi étant l’agglomération la plus ancienne. (3) Il nous paraît impossible qu’un village comme Ardouvista, dont le nom est slave, dans cette région qui de Leutron à Jannista est toujours citée comme le pays des Mélingues, puisse être considéré comme se trouvant hors du pays des Esclavons, ainsi que l’admet H. Arhweiler-Glykatzi, LL, p. 6 (et 7) n. 5. (4) L. de la conq., §§ 693-696 ; les personnages cités portent les noms de Lianort et de Fanari ; le second est mentionné à nouveau au § 737, mais en compagnie de Georges La Vulge. Cf. supra, p. 168. (5) L. de la conq., § 739. (6) L. de la conq., § 701.
LACONIE ET 507 ARCADIE semble pas qu’ils lui obéissent en fait (1). Cette situation de quasi-indépendance des éléments ethniques non grecs est confirmée par le fait que le prince peut y recruter des troupes en accordant à leur chef, originaire de Giannitsa, des villages dans la région de Kalamata, donc sur le territoire de la principauté. Inversement Nicolas Acciaiuoli possédait des terres à Tsimova — actuellement Aréoupolis — à Langada et à Halmyros (2). Ainsi dans certains villages situés de part et d’autre de la limite du territoire grec et de la principauté se juxtaposaient des terres appartenant à des Grecs et à des Francs (3). Le château du Grand-Magne et celui de Beaufort ou Leutron dans la région de Kisterna ou Gisterna (4) étaient donc destinés dans l’esprit de Guillaume de Villehardouin à maintenir dans l’obéissance une population indocile habitant tout le versant occidental de la presqu’île du Magne et que les Francs désignent du nom d’Esclavons sans les distinguer des Maniotes. Ces châteaux furent tôt perdus c’est toute la région que Michel Paléologue entend se faire céder en 1262 et qui passe sous son autorité au plus tard en 1263, en principe du moins, puisque l’empereur ne paraît pas y avoir exercé une domination absolue. Sans doute Francs et Vénitiens rendaient ils le capitaine des Grecs ou l’empereur responsables des méfaits de cette population toujours prête à la piraterie, mais les autorités grecques n’acceptaient pas cette responsabilité : tout le canton « n’obéissait parfaitement à nul seigneur ». D’autres forteresses existent dans la presqu’île du cap Matapan, même sans tenir compte des tours fortifiées, résidences traditionnelles des familles aristocratiques du Magne. Nous avons fait allusion à Zarnata et à Kéléfa. La première est située au nord de la Gisterna près du village de Kampos, sur une petite colline de forme régu¬ lière et bien isolée (pl. 148, 2) elle se compose d’une demeure fortifiée placée au sommet, dont la tour carrée ne saurait être antérieure au xvme siècle, et d’une enceinte cir¬ culaire reposant en grande partie sur des assises antiques ce dernier trait est un argument en faveur de l’hypothèse faisant de la forteresse une construction ancienne l’appareil de pierres irrégulières, mêlées par endroits de fragments de briques en paraît bien médiéval et on l’a souvent considérée comme franque. Mais le village est cité en 1278, puis par Sphrantzès parmi les terres formant l’apanage de Constantin Paléologue en 1428 (5), et Zarnata joue un rôle important surtout à l’époque moderne ; c’est le siège d’une métropole et le château est encore occupé par les Vénitiens à la fin du xviie siècle (6). Gomme nous ne savons rien sur un château à l’époque franque, rien ne permet d’affirmer que la forteresse soit l’œuvre des occidentaux. , ; : ; : (1) L. de la conq ., §§ 749-750. On ne peut tirer de ces indications, croyons-nous, la conclusion que «les Mélingues étaient des serviteurs fidèles de l’empire » ni parler de «leur obéissance à l’égard d’Andronic II », cf. H. Ahrweiler-Glykatzi, p. 10 ; le récit du L. de la conq., § 737-740, montre qu’il ne fut pas facile même prendre tous les Esclavons et les jeter dehors ». à l’envoyé de l’empereur de récupérer le château : il fallut (2) Cf. supra , pp. 427, 437. (3) L’autorité des seigneurs francs et des Grecs se trouvait également juxtaposée dans certains villages, les casaux de parçon signalés par le L. de la conq., § 663, en 1295, cf. supra, pp. 169, 220, n. 3 ; mais la situation n’est pas identique. (4) Sur les ruines de Beaufort, cf. infra, pp. 652-653 ; le château du Grand-Magne sur le cap Grosso est trop détruit pour mériter description. CSHB, p. 131. (5) Sphrantzès, (6) Zarnata occupe un site antique qui doit être celui de l’acropole de Gérènia, cf. Frazer, III, pp. 401 402, ad Pausanias, III, 26, 4, — Valmin, Messénie, pp. 183-186 ; les ruines ont souvent été signalées et , étudiées ; v. en particulier S. B. Kougéas, « « »
508 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Le fort de Kéléfa, situé sur le bord du plateau rocheux au sud-est de Vitylo, surveille le débouché vers l’ouest du seul passage commode existant entre le golfe de Laconie et celui de Messénie, passage dont l’autre extrémité est gardée par le château de Passavant. Cette situation inclinerait à penser qu’il fut construit en même temps que Passavant, donc au milieu du xme siècle ; mais son aspect invite à le consi¬ dérer comme une construction postérieure à cette époque : c’est une forteresse rectangulaire dont les angles sont munis de puissantes tours rondes ne dépassant pas le niveau des courtines (pl. 151, 2 ) ; elle ressemble à celle qui domine la baie de Porto Kaïo, ou à l’état actuel de Passavant, mais à la différence de ce dernier château aucun texte ne la mentionne avant la fin du xvne siècle (1). Sur la côte orientale de la presqu’île du Magne, on peut rappeler l’existence de quelques vestiges médiévaux sur le rocher Skopa au fond de la baie de Kolokyntha près du village de Kotronès (pl. 153) ; cet îlot rattaché à la côte par une étroite langue de sable garde quelques fragments antiques, mais on ne peut attribuer aucun élément avec certitude à l’époque franque (2). Beaucoup plus imposante est la masse de la forteresse nommée Maina par la carte française, sur la côte abrupte qui domine au nord la baie pittoresque de Porto-Kaïo ou Quaglio (pl. 151, 1) ; nous possédons fort peu de renseignements sur ce monument (3) : il n’est pas mentionné avant la fin du xvie siècle et il présente le plan rectangulaire à tours d’angle, comme Kéléfa, lequel n’est pas celui des forteresses du xme siècle. Passavant, Géraki et la presqu’île sud-est de la Laconie. — Entre le Magne, ou, suivant l’expression du xme siècle, le pays des Esclavons, et la plaine de Laconie était située la baronnie dont la principale forteresse était Passavant (4). Elle avait été donnée à Jean de Nully venu en Grèce après 1218 ; non citée parmi les forteresses cédées à Michel Paléologue en 1262, elle dut être reprise peu après par les Grecs au cours de la campagne qui leur permit d’occuper toute la côte de Monemvasie au Magne. Marguerite de Passavant, héritière de la baronnie, qui resta comme otage de ., VI, 1933, pp. 270-288, qui émet l’hypothèse improbable que le château du xve siècle serait le kastro de Garbelia placé en contrebas de Zarnata qui daterait seulement de l’époque turque, — A. Kriesis, On the castles of Zarnâta and Kelefà, BZ , LVI, 1963, pp. 308-315 ; — R. H. Simpson, BSA, LXI, 1966, pp. 114-115 — une description détaillée est donnée par K. Andrews, Castles of Morea, pp. 24-27, fig. 21-24, pl. 3-4. (1) Sur Kéléfa, v. R. Traquair, BSA, XII, 1905-1906, p. 262, fig. 4, qui ne donne qu’un plan schématique et n’en dit que quelques mots, p. 276, — K. Andrews, G asiles of Morea, pp. 36-39, fig. 34-36 et pl* 6, — A. Kriesis, BZ, LVI, 1963, pp. 309-310, qui donne pl. V et VI la reproduction d’une vue de Coronelli et une photographie aérienne, mais propose à tort, croyons-nous, d’y reconnaître le Grand-Magne : Kéléfa domine et surveille la côte plutôt que l’ensemble du versant occidental du Magne comme le fait la position au-dessus du village de Dry où nous situons le Grand-Magne. (2) Le site qui correspond selon toute vraisemblance à l’antique Teuthronè a été exploré en dernier lieu par Ghr. Le Roy, , Antiquités de Kotronas, BCH, LXXXV, 1961, pp. 215-221, qui a réuni la biblio¬ graphie sur le site, p. 316 n. 2. Si, comme le signale l’auteur, la route actuelle de Gytheion à Kotronès fait un long détour par Aréoupolis, il a toujours existé un chemin muletier direct, par Karyoupolis. Leake, Travels, p. 272, n’a rien vu de médiéval, à la différence de Puillon-Boblaye, Becherches, p. 89. (3) Le château aurait été détruit en 1570 par les Vénitiens qui venaient d’apprendre sa construction, d’après Coronelli. Une vue en est donnée par G. Rosaccio, Viaggio a Cos'poli, Vienne 1598, un plan, par Coronelli. R. Traquair, BSA, XII, 1905-1906, pp. 275-276 et pl. III, le considère sans discussion comme le Grand-Magne de la Chronique de Morée. Le château est aujourd’hui défiguré par l’addition de constructions modernes du type des maisons maniotes à tours. (4) Dès 1263 probablement, cf. G. Pachymère, Mich. PaleoL, III, 15, CSHB, I, pp. 204-205.
LACONIE ET 509 ARCADIE 1262 à 1275 à Constantinople, n’entra jamais en possession de ces terres. Nous ne savons rien de plus sur Passavant même, ni sur les quatre fiefs qui en dépendaient. Le nom est certainement d’origine française et rappelle un cri de guerre ou une devise Passe-avant ; il est probable qu’il a été apporté par un seigneur qui, sur ses terres d’origine avait un village et un château de ce nom on le trouve en effet comme toponyme dans le nord-est de la France, du Jura à la Meuse et à la Marne ; un Passavant est situé au sud-ouest du département de la Meuse, à une distance relativement courte de Nully, en Haute-Marne, dans une région d’où sont venus beaucoup de seigneurs de la 4e croisade ; c’est sans doute Jean de Nully lui-même qui a donné au château qu’il éleva sur sa nouvelle baronnie le nom d’une terre qu’il possédait en France (1). Le site est bien connu, parce que le nom n’a subi que de faibles altérations et qu’il s’est con¬ servé (2). A une heure au nord de Karyoupolis, au point où, descendant des montagnes, la vallée d’un petit torrent s’élargit, un rocher bien isolé, dominant le torrent par un à-pic impressionnant, porte les ruines d’un fort c’est le site de la Las homérique dont il reste quelques pierres à la base des murs actuels (3). La route de Gytheion à Tsimova (Aréoupolis) passe au pied, dans la gorge. S’il n’y a pas de doute sur l’origine médiévale du château, il est certain que ce qui en reste aujourd’hui est d’une époque postérieure au xme siècle (pl. 152). C’est un vaste quadrilatère de 180 mètres de long environ sur 90 de large un des petits côtés, au nord-est, n’a qu’un mur très faible car il domine le rocher à pic aux trois angles nord-ouest, sud-ouest et sud-est sont placées trois grosses tours rondes. Un pan de mur et la tour nord-ouest sont conservés le mur est en général peu élevé, le chemin de ronde n’est nulle part à plus de 2 mètres au-dessus du niveau intérieur, et souvent plus bas ; le parapet crénelé est relativement très haut, régulièrement percé de petites embrasures. Un bastion carré occupe l’angle nord-est, point le plus élevé une tour carrée fait saillie sur le côté nord, une autre sur le côté est. La porte devait être au sud, précédée d’un petit ouvrage extérieur, d’après Coronelli. A l’intérieur, des constructions étaient adossées au mur, une mosquée au centre est le seul bâtiment reconnaissable au milieu de bien d’autres vestiges (4). La maçonnerie, couverte d’un mortier épais faisant enduit, renferme des chaî¬ c’est, dans son état nages de bois et s’apparente à celle du château de Porto-Kaïo actuel, une construction postérieure au moyen âge (5). : : ; ; ; : ; : P. Deschamps, que nous remercions; elle nous paraît (1) Nous devons l’explication proposée ici à . très plausible et rend inutile de rappeler toutes celles, plus ou moins fantaisistes, qui avaient été avancées par d’autes historiens, en particulier l’origine slave admise par Fallmerayer. (2) Les textes et les voyageurs respectent en général le nom sous les formes Passavant ou Passava. En — chrysobulle grec Chron. gr., vv. 1946, 2983 etc., — (et P v. 4504 : ), ou , d’Andronic en faveur du Brontochion à Mistra en 1322, cf. G. Millet, BCH , XXIII, 1899, p. 116. Il est déformé par la Cron. di Morea, p. 428 : Parsuna, et devient Passova, dans Ewliya-Celebi, p. 346. H. E. Tozer, JHS, IV, 1883, pp. 226-227, affirme de façon inattendue que le château est parfaitement conservé, mais que le nom de Passava a complètement disparu, remplacé par celui de Turco Vrysi (3) Les ruines sont signalées par Leake, Travels , I, pp. 255-256, — Peloponnesiaca, p. 174, — Puillon Boblaye, Recherches, pp. 86-88. Cf. Curtius, Peloponnesos , II, pp. 274-275, 324 n. 62, — Bursian, Géographie , II, p. 147, — Hitzig-Blümner, I, pp. 863-864, et Frazer, III, p. 392, ad Pausanias, III, 24, 6, — R. Traquair, BSA, XII, 1906--1900, pp. 274-275 ; sur la Las homérique, v. E. S. Forster, BSA, XIII, 1906-1907, pp. 232-233, — H. Waterhouse et R. H. Simpson, BSA, LVI, 1961, p. 118 et pl. 19 a. ibid., a déjà signalé l’exactitude, et celui de (4) V. le plan de Coronelli, dont Puillon-Boblaye, R. Traquair, LL, p. 262, fig. 3, qui le reproduit à peu de chose près. La vue aérienne publiée par A. Kriesis, LL, pl. VI fig. 5, fait ressortir l’analogie du plan actuel avec celui de Kelefa. (5) Coronelli dit que Passavant est détruit, et il n’en existe pas de plan dans le Portefeuille Grimani ! « »
510 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES De l’autre côté de la plaine de Lacédémone, adossée au massif du Parnon, une autre baronnie avait pour centre Géraki près de l’antique Geronthrai. Il n’y a pas d’hésitation sur le nom (1) ni sur la localisation de cette baronnie. Elle fut attribuée à la famille de Nivelet dont nous connaissons Guy, cité dans la liste des fiefs que donne la chronique en l’attribuant à 1210, puis Jean qui, nous dit-elle, fit construire le ch⬠teau (2). Après 1260, il n’est plus question de Géraki on parle toujours de la baronnie de Nivelet, sans la désigner par un nom de lieu, ce qui laisse supposer qu’elle est composée de fiefs dispersés c’est cet état de choses que connaît déjà la liste donnée par le Libro de los fechos (3). Les versions grecque et française éprouvent le besoin d’éclairer leurs lecteurs sur la position de Géraki, en le situant en Tsaconie, par rapport à Lacédémone et à Hélos (4), comme s’il s’agissait d’un lieu qui risquait d’être peu connu au xive siècle. Les Francs l’avaient perdu depuis longtemps, sans qu’on puisse établir de façon rigoureuse à quel moment. D’après Pachymère, Géraki aurait été livré avec Mistra et Monemvasie à Michel Paléologue mais on hésite à accepter cette indication qui reste unique ; on peut invoquer des arguments pour ou contre elle le fait que le Libro de los fechos dans la liste des fiefs, l’ignore déjà est en tout cas une preuve que cette place, située exactement entre Monemvasie et Lacédémone, ne dut pas tarder à tomber aux mains des Grecs, peut -être dès 1263 en même temps que : : ; : Passavant. Géraki est en effet situé sur la route la plus directe de Monemvasie à Lacédémone. A l’est et au-dessus de la vallée de l’Eurotas s’étend un plateau pierreux et sec, couvert d’oliviers et de quelques champs de céréales ; au pied des montagnes qui forment le massif du Parnon, une colline de hauteur médiocre a porté autrefois la ville de Geronthrai ; aujourd’hui le village de Géraki s’étage sur le versant sud, entre deux grosses sources. Sur le plateau, au sud, sont dispersées des églises byzantines et quelques ruines la ville byzantine a dû rester sur le site antique. C’est un peu plus loin vers l’est, sur une longue arête rocheuse orientée nord-sud, que se trouvent les ruines du Géraki proprement médiéval, le Palaio-Géraki de la carte française. Le château occupe le point le plus élevé, au nord, qui atteint 591 m. d’altitude ; le village était construit surtout sur le versant ouest, au-dessous du château ; mais plusieurs églises sont dispersées le long de l’arête longue de plus de 800 mètres (pl. 154-157, 1, et fig. 13). Le château construit par les Nivelet resta occupé par les Grecs, et le village, : publié par K. Andrews, ce qui laisse supposer qu’il ne joue pas de rôle à la fin du xvne siècle ; mais une note manuscrite de l’exemplaire de la Géographie de Mélétios conservé à la Bibliothèque Nationale cite un passage du Comte del Pozzo, Historia della sacra Religione di Malta , 1703, I, p. 431, où l’expression la foriezza di Castel nuovo chiamata da Turchi Passava et da Greci Neocastro fait allusion à une reconstruction. peut trouver en grec deux orthographes pour ce nom, celle de la Chron. gr., vv. 1938, 3166, etc. : , . et celle de Pachymère, Mich. Paleol. , I, 31, CSHB , p. 88 : Cron, di Morea , p. 428 : Gerachi ; — L. de la conq., §§ 128, 219 : Le Gierachy, Girachy. Dans les listes de Stefano Magno, le nom devient Irachi vel Zirachi ou Zerachi, v. Appendice A, III a, c, infra , pp. 692, 694. (2) On a supposé que le nom de Nivelet devait désigner en réalité la famille de Nivelles, originaire du Nord, arrondissement de Valenciennes, qui est également représentée à Chypre, cf. infra , p. 593; mais il faut signaler qu’il existe en France. Le Nivelet est un hameau dans le département du Jura, situé sur le Doubs près du village de Rosières dont le seigneur vint en Morée où il reçut la baronnie d’Akova. (1) On (3) L. de los fech., (4) L. delà conq., Chron. gr., v. 3166-3167 § 122. § 128 : ... : le Gierachi par la Cremenie, — § 129 : Le Girachy qui est à la Chacoignie . ; —
LACONIE ET 511 ARCADIE comme Mistra mais avec moins d'ampleur, s’est développé ; mais il a été abandonné à nouveau pour l’ancien site, plus commode et pourvu d’eau, probablement beaucoup plus tôt que Mistra (1). C’est aussi sur la route de Monemvasie à Lacédémone, mais plus près de la pre¬ mière que se situe Molaoi que l’on identifie avec le Mola du traité de Sapientsa (2). Le village, adossé au flanc oriental d’une rangée de hauteurs et dominant une assez large plaine, l’antique Leukè, est lui-même dominé par les ruines d’un château (3) sur un petit sommet, entre deux ravins, s’élève un rocher on monte par le ravin au nord jusqu’à un col où se trouve une église ruinée d’aspect assez pauvre ; et, de là, il faut une véritable escalade pour atteindre, à 20 mètres plus haut, la plate-forme longue d’une trentaine de mètres et fort étroite qui porte une petite forteresse (pl. 158, à l’ouest en reconnaît une tour carrée de 4 mètres de côté environ au rez-de 1 a-b) chaussée couvert d’une voûte surbaissée ; elle est prolongée vers l’est par un bâtiment dont la largeur ne dépasse pas 2 m. 80 entre des murs de 0 m. 70 à 0 m. 80. Le mur sud, conservé sur une assez grande hauteur, présente des contreforts intérieurs qui traver¬ sent la voûte couvrant le rez-de-chaussée, et se prolongent au premier étage où ils soutiennent des arcades sur lesquelles passe le chemin de ronde. A l’ouest, un peu en contrebas sont d’autres vestiges appartenant semble-t-il, à une enceinte inférieure. La maçonnerie est faite de pierres irrégulières non taillées, mêlées de baucoup de frag¬ ments de tuiles, avec des chaînages de bois intérieurs ; même aux angles ou dans les arcs les pierres restent aussi frustes. Il n’y a là rien qui puisse être considéré à coup sûr comme caractéristique d’une construction franque. Enfin, si Monemvasie, parmi les nombreux monuments intéressants dont plusieurs révèlent des influences vénitiennes, d’ailleurs postérieures au moyen âge, ne garde aucun souvenir de la brève occupation par les Francs, on est surpris de trouver, plus loin vers le sud dans la presqu’île du cap Malée, près du village de Geroumana, sur la façade ouest de l’église de la Pantanassa qui est de style tout à fait byzantin, une porte à arcade tréflée ; la porte qui permet de passer du narthex à l’intérieur est en arc brisé et surmontée d’un écu (pl. 157, 2 a-b) comme à l’église Saint-Georges du kastro de Géraki nous y reviendrons. De cette enquête à travers le sud-est du Péloponèse, on tire aisément la conclusion que cette région a très peu subi l’influence occidentale l’occupation franque y fut de courte durée et peu dense, elle n’y a laissé qu’un seul toponyme, Passavant, dans un site déserté depuis longtemps, et que très peu de vestiges redevenue province grecque, elle ne garda pas de relations avec la principauté, sauf la côte occidentale du Magne que baigne le golfe de Messénie dont Francs et Vénitiens occupaient encore les rivages : ; : ; ; ; nord et ouest. (1) Sur Géraki, Leake, Travels , III, pp. 7-8. — Curtius, Peloponnesos, II, pp. 302-303, — Bursian, II, p. 136, — Philippson, Peloponnes, pp. 181-182, 194, 197, 198, — Griech. Landschaften, III, XXI, 1927, pp. 399-405 (trad, d’un art. angl. 1906). Sur les ruines 2, pp. 477-478, — W. Miller, in N. ., Géographie, et sur la bibliographie qui s’y rapporte, v. infra , pp. 592-596, 642-645. (2) La carte française l’appelle Mylaos, mais le nom est Molaoi, que l’on entend presque toujours sous la forme de l’accusatif Molaous, tel qu’il figure dans les listes Alberghetti, p. 132 : Molaus , dans le territoire Peloponnes , pp. 178, 194-195, 198. de Malvasia. Sur sa situation, v. Philippson, (3) R. Traquair, BSA, XII, 1905-1906, p. 270, n’en dit que quelques mots ; de même H. Waterhouse et R. H. Simpson, LL, p. 138. 34
512 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Forteresses de Laconie centrale et de Cynurie. — D’innombrables châteaux, tours ou fortins couronnent des hauteurs dans toute la Laconie centrale ou septen¬ trionale. Nous nous contenterons d’énumérer ceux que nous avons vus ; puis nous nous arrêterons un peu plus longuement sur deux groupes, les forteresses de Cynurie, et celles qui jalonnent les limites nord de la Laconie. A l’est de Sparte, Zaraphon garde, outre ses églises anciennes (1), une petite forteresse assez bien conservée, composée d’une haute tour carrée de 7 à 8 mètres de côté placée à cheval sur un mur rectiligne d’une quarantaine de mètres de long ; à l’est du mur s’étend une cour fermée dont l’enceinte a un tracé polygonal et est flanquée de petites tours carrées (pl. 159, 1 a-b). La haute tour qui domine le tout comprend en bas une citerne, puis deux étages dont le premier est couvert d’une calotte ; un décor de trois arcatures orne, dans la partie supérieure, la face orientale qui regarde la cour ; l’ensemble peut être considéré comme postérieur à l’époque où la région était sous la domination franque (2). Si l’on remonte la vallée de l’Eurotas en suivant le pied de la chaîne du Taygète que prolonge le Malévo (3), en direction du nord par le chemin qui mène à Léontari, on rencontre un peu avant le gros village de Kastania, le hameau de Kastri au-dessus de ce dernier un petit palaiokastro très ruiné et d’accès difficile est accroché à un contrefort du mont Malévo ; il est cité par Sphrantzès au xve siècle (4). Plus loin encore vers le nord, dans une situation analogue sur le versant oriental des montagnes, au-dessus de la vallée supérieure de l’Eurotas, le village de Longaniko est certaine¬ ment ancien il conserve une église consacrée à Saint-Georges qu’une inscription date de 1375-1376 (5), mais aucun texte ne le cite à l’époque franque. Entre Kastania et le chani de Longaniko situé au pied du mont Chelmos, le chemin passe par les Kalyvia de Georgitsi où nous n’avons vu aucun vestige qui puisse être attribué à coup sûr au xme ou au xive siècle (6). A quelque distance au nord-est, un groupe de sites et de châteaux mérite plus d’attention, car cette région a longtemps passé pour avoir été le théâtre des luttes qui de 1275 à 1320 opposèrent Grecs et Francs. On rencontre en effet ici des toponymes que la Chronique mentionne à propos de ces événements, en particulier Arachova : : . (1) A. Orlandos, 140-141. (2) Cf. infra, p. 661. , , VI, 1927, . 342-351 ; cf. Pél. byz., (3) Le nom de Malévo est celui de la chaîne de montagne qui s’étend de Léontari au Taygète dont elle est le prolongement vers le nord ; il ne faut pas la confondre avec l’autre mont Malévo, à l’est, qui est un des sommets du massif qui porte le nom antique du Parnon. ¬ (4) Sphrantzès, VI, 16, CSHB, p. 389, cf. supra, p. 423 ; d’après S. B. Kougéas, * 400, il aurait été donné à Gémiste 1449, ., I, 1928, . 371 Pléthon. V, 1932, . 250 et suiv., — A. Orlandos, . 461-485, en particulier . 479-481. Le village et le chani de Longaniko, non signalés sur la carte française, sont portés sur la carte de W. Loring, JHS, XV, 1895, pl. I. (6) Des vestiges médiévaux ont été signalés par W. Vischer, Erinnerungen , p. 402, — W. Loring, JHS, XV, 1895, p. 46, cf. Boelte, RE, III 2e série, col. 1320 ; mais il s’agit selon toute apparence de vestiges d’une agglomération d’époque romaine, qui s’est maintenue au début de l’époque byzantine, comme le montrent aussi les monnaies signalées par Loring au village de Georgitsi, et non des xme et xive siècles. (5) S. B. , Kougéas, , , ., XIV, 1938,
LACONIE ET ARCADIE 513 (aujourd'hui officiellement Karyai) qui serait « la Grande-Arachove », et Yervéna plus loin vers le nord ; aussi s'est-on efforcé de localiser dans le voisinage les lieux et les forteresses énumérés par la Chronique et de retrouver les ruines qui peuvent leur correspondre, notamment le château de Saint-Georges « un fort chastel qui est encoste et par devant le casai de la Grant Aracove » (1). Nous n'avons pas l'intention de reprendre ici dans le détail la discussion sur ces identifications, tous les épisodes s'étant passés à notre avis aux confins de la Skorta à l'ouest du bassin de Mégalopolis ; mais en rappelant les recherches qui ont été faites à ce sujet, nous signalerons les ruines qui subsistent dans toute cette région. Frappé par la présence des noms de Vervéna et d’Arachova, Buchon avait cherché Saint-Georges et l’avait reconnu dans une ruine appelée, comme tant d’autres, le château de la Belle, au sud-est du village d'été d'Hagios Ioannès (2) ; cette forteresse (pl. 159, 2 160, 1 a-b) est en réalité beaucoup trop éloignée vers le nord-est à plus de quatre heures de marche d’Arachova dont elle est séparée par des montagnes et des vallées profondes. St. Dragoumès, qui a fait une tentative systématique pour localiser en Cynurie tous les épisodes de 1275 1320 (3), a identifié Saint-Georges avec une ruine située à 3 km. à l’ouest d’Arachova, ce qui serait plausible, si l’on pouvait admettre le principe même de son hypothèse, mais J. S. Sarrès a eu raison en la rejetant pour ramener tous ces lieux de l’autre côté du bassin de Mégalopolis. Reprenant la question, le grand archéologue K. A. Romaios, qui connaissait très bien la Cynurie dont il était originaire, reconnaît que Saint-Georges doit être situé sur les ruines de l’antique Lycosoura, mais à son avis l’auteur de la Chronique a commis une confusion en plaçant Saint-Georges à côté de la Grande-Aracove qui doit bien se situer, avec tous les épisodes racontés, de l’autre côté de la vallée de l’Eurotas ; il faudrait donc distinguer les opérations qui se sont déroulées autour de Saint-Georges de Skorta (Lykosoura) et celles qui ont pour cadre la région d’Arachova et de Yervéna (4). Comme preuve que dans cette région des combats ont bien dû se livrer, K. A. Romaios cite et décrit les ruines de trois forteresses. La forteresse à 3 km. à l’ouest d’Arachova (5), un peu au sud de la route qui va rejoindre la grande voie de Sparte à Tripolis, est appelée tout simplement Palaiopyrgos (6) sur une colline bien découpée au sud et à l’est par un ravin, se dresse une tour rectangulaire de 7 m. 70 sur 9 m. 30, dont trois angles sont abattus en pan coupé ; l’étage inférieur est occupé par une citerne de 1 m. 50 sur 3 m. 50 ; les murs sont faits d’un blocage solide de petites pierres avec quelques morceaux de briques. La tour occupe un angle d’une petite enceinte triangulaire qui suit la forme du rocher, : (1) L. de la conq., § 804. Sur ces événements et sur l’identification des lieux, v. supra, pp. 169-170, 381. (2) La description qu’en a faite Buchon, Grèce continentale et Morée, pp. 396 et suiv., l’a rendu célèbre ; il l’identifie avec Saint-Georges dans Recherches , I, pp. xxx-lxiv. Sur le kastro, v. infra, p. 650. (3) St. Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 204-230. , ., II, 1957, pp. 1-26. (4) A. K. Romaios, (5) Signalons d’autre part que la route, en sortant d’Arachova, traverse une petite plaine fertile et bien arrosée au nord-ouest de laquelle au lieu-dit Karyai ou Palaiopyrgo se trouvent quelques vestiges de maisons ou d’églises et des tombeaux. (6) Signalé par le sigle P K sur la carte française, il est cité par W. Loring, JHS, XV, 1895, pp. 55-56, — Ph. Koukoulès, , p. 36, — St. Dragoumès, op. cit., p. 211, et décrit par A. K. Romaios, l.L, , pp. 7-8, fig. 4 et 5, d’après K. M. Pitsios, 1948, pp. 110 et suiv.
514 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES et dont les deux autres angles avaient de petits bastions ; quelques ruines de maisons sont dispersées vers le sud-ouest où la pente est moins forte (pi. 158, 2). Ce ne peut être le château de Saint-Georges s’il y a bien une source à quelque distance en contre¬ bas, il n’y a pas les châtaigniers près desquels le prince Florent s’arrêta et surtout il est impossible de voir de là le mont Chelmos. Un peu plus loin vers le nord, au débouché de la vallée de Vourvoura et en amont de l’ancien chani de Krya Vrysè, près d’une chapelle de l’Analèpsis, une petite éminence, appelée elle aussi Palaiopyrgos, offre les vestiges d’une construction formant un quadrilatère un peu irrégulier d’environ une vingtaine de mètres de côté ; on ne voit que la trace des murs, d’épaisseur variable semble-t-il (1 m. 65 à 2 m. 80) et, vers le nord-est, des traces de maisons (1) ; mais étant donné l’état de la ruine, il est impossible de dire ce qu’était exactement cette construction et même sa date. Si l’on remonte vers l’est la vallée qui s’encaisse entre des montagnes, on arrive bientôt à un point où une vallée affluente venant du nord-est débouche sur celle qui mène vers Vourvoura ; au confluent est une petite église de Saint-Georges dont la construction remonte sans doute au xie siècle d’autres églises sont dispersées dans les environs immédiats, dont quelques-unes également ancien¬ nes (2), vestiges, semble-t-il d’un village disparu ; l’une d’elles est appelée Frankoklèsi. Entre les deux vallées, s’élève une lourde colline rocheuse, le Kakavouléri, qui domine au sud le torrent qui descend de Vourvoura par un à-pic impressionnant qu’on appelle le Tournos ; le sommet est entouré d’une enceinte circulaire sans tours, en pierres sèches, faite de blocs irréguliers (3) ; on raconte qu’il y avait là un village et que les habitants étaient en guerre avec les occupants du château d’Analèpsis. Ce sommet constitue un admirable point de guette et de refuge ; mais l’enceinte est indatable ; aucune caractéristique ne permet de l’attribuer au xme siècle. Une trouvaille mérite par contre d’être soulignée, c’est un trésor de mon¬ naies dont les plus anciennes remontent au prince Guillaume de Villehardouin, les plus récentes datent de Jean II Ange Comnène, sévastokrator de Grande Vlachie (1303-1318), trouvé en 1900 près de Frankoklèsi (4) : elle ne peut cependant fournir de renseignement historique sur le site. Nous ajouterons à cette liste une autre enceinte que nous avons également visitée, aussi fruste que celle de Kakavouléri et aussi indatable au nord-est du village de Kolinais sur un sommet assez élevé appelé Kartsiniko ou Glatsiniko, on voit des murs réduits à l’état d’amas de pierres irrégulières, et quelques débris de céramique grossière ; rien ne permet ici non plus d’attribuer au xme siècle ce poste de refuge plutôt que d’habitation (5). En bref il y a peu à tirer de ces différents vestiges ; comme en beaucoup d’autres régions, ce qui frappe surtout c’est le nombre des ruines, et l’impossibilité de les identifier et même parfois de les dater. La toponymie à elle seule ne peut justifier ; ; : K. A. Romaios, l.l., p. 9, fig. 6, en donne un plan. K. A. Romaios, l.l., p. 11. Sur les églises et sur une petite grotte voisine décorée de peintures du III-IV, 1958-1959, pp. 87-94, et V, 1962, pp. 146-160. xie siècle, A. Xyngopoylos, ., (3) K. A. Romaios, l.l. , p. 10. Le site conserve aussi des vestiges antiques et a livré du matériel néolithique (4) K. A. Romaios, l.l., p. 12 ; le trésor de 555 deniers tournois est entré en 1904-05 au Musée national de Numismatique à Athènes ; il ne semble pas avoir été relevé par D. M. Metcalf dans son article sur les deniers tournois frappés en Grèce, cf. supra , p. 45. (5) Indiqué P K sur la carte française, il a été identifié par St. Dragoumès, op. cil., p. 211, avec le château de Beaufort, ce qui ne peut être accepté. (1) (2)
LACONIE ET ARCADIE 515 identifications qui se heurteraient à des considérations de logique ou à des indi¬ cations topographiques claires données par les textes. La toponymie permet cependant de proposer une identification dans cette région en 1303, le prince Philippe de Savoie ayant emprunté de l'argent au comte Richard de Céphalonie, s’engagea à lui en rembourser une partie sous la forme de terres qui pourraient échoir au domaine ; mais le comte ne reçut que « la moitié du casai de la Saete qui est près de la Rionde, lequel escheÿ à la court pour la mort d’une demoiselle qui ot a non Aelison » (1). A ce nom de Rionde, on ne peut trouver d’équivalent qu’en Tsaconie, dans le nom d’une hauteur où fut un village, abandonné depuis bien longtemps Réontas, au-dessus de la petite plaine de Palaiochora, qui rappelle l’existence du village disparu (2). On peut encore relever, dans un des passages de la chronique attribuée à Sphrantzès , relatifs à la famille des Mélissènes, les noms ' c’est le village actuel de Siténa, — qui peut être la Saete près de la Rionde (3). Si ces identifications sont exactes, on peut en tirer la conclusion que l’autorité du prince s’exerçait encore jusque là tout au début du xive siècle. Ce texte de Sphrantzès auquel nous venons de faire allusion énumère une longue série de villages qu’il serait intéressant de situer sur la carte — la plupart des noms existent encore aujourd’hui — et où il conviendrait de rechercher des ruines médiévales ; mais cette enquête sort des limites de notre travail des ; : : aucun de ces noms, sauf Molaoi, Géraki et Réondas, ne sont cités dans des textes relatifs à la période qui nous intéresse (4). Régions au nord de la Laconie Astros, Chelmos. — Il nous reste à parcourir les régions qui correspondent aux limites de la Laconie pour voir si l’on peut préciser la date où elles retombèrent au pouvoir des Grecs de Mistra et si les châteaux qui s’y trouvent doivent être considérés comme grecs ou comme francs. En partant de la mer, le canton d’Astros, séparé aujourd’hui administrativement de l’Argolide, appar¬ tient pourtant à cette province aux yeux de Niger (5). Sur la côte rocheuse qui va de Monemvasie jusqu’à Kyvéri, la plaine côtière la plus ample est celle d’Astros : au centre, au bord de la mer, un rocher isolé la domine, couronné par une forteresse récente ; au pied est situé un petit village, moderne également. Le texte de Ptolémée mentionne déjà un lieu appelé Astron (6). Au moyen âge, le Libro de los fechos signale que le prince, après la prise de Nauplie, fit construire un château dans les montagnes, : (1) L. de la conq , §§ 868-869. (2) Sur la carte française : Rheondas, cote 1190 mètres, à 5 km. environ à l’est de Prasto. Leake, Peloponnesiaca , p. 339, — Curtius, Peloponnesos, II, pp. 304-305, — Bursian, Géographie , II, p. 135. Le nom ' figure dans le faux chrysobulle de 1293 d’Andronic Paléologue ; il est transcrit en un mot Tureondos par D. A. Pacifico, Descrizzione, p. 49. Il devint avec Prastos le siège d’un évêché, cf. N. A. Bees, Oriens christianus, NS, IV, 1915, 2® partie, pp. 274-275. L’identification a été faite par Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 250-252, qui signale que l’on prononce dans la région Rionda ou Riondinon. (3) Sphrantzès, II, 10, CSHB , p. 159 ; cf. Dragoumès, op. cil., p. 251-252. Alberghetti, p. 120, cite seulement Sitina. renvoyer à l’article déjà cité d’A. J. B. Wace et F. W. Hasluck, Laconia. Topography, BSA, XV, 1908-1909, pp. 158-176. (5) D. Niger, p. 331, ce qui est conforme à la tradition antique. (6) Ptolémée, III, 16, 11. Cette mention relevée par Leake, Travels, II, p. 485, a été rejetée comme une glose par Curtius, Peloponnesos, II, p. 567, n. 25, et par Bursian, Géographie, II, p. 69, n. 3 ; mais elle est considérée comme authentique par Lampros et Bees. (4) Nous nous contentons de
516 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES qui s'appelle La Eslella l'Étoile (1), qui suggère immédiatement le nom grec Astron ou Astros. On rencontre ensuite ce nom dans le faux chrysobulle de 1293 et dans le chryso¬ bulle de 1320 en faveur du Brontochion (2), ce qui montre qu'à cette date, il devait être en territoire grec. Le nom figure sur une bible en grec, copiée en 1372 et conservée à Paris (3) ; il est fréquemment mentionné au xve siècle. Mais si l'on examine la ques¬ tion de près, de nombreuses difficultés se présentent : d'abord la chronique aragonaise situe la Estella dans les montagnes et non au bord de la mer, et le château d’Astros est certainement moderne. De plus, cette région a été désertée longtemps par la population à cause de la piraterie et de l'insalubrité de la plaine — Mélétios le signale — ; aussi trouve-t-on partout des villages doubles d'hiver et d’été ; on lit par exemple sur la carte de Philippson : Paralion Astrous à la place d’Astros, et, à l’intérieur, Astros ou Kalyvia de Méligou ; enfin les listes de Stefano Magno au xve siècle citent toujours à la fois Astro et Astritsi (4) de même que la carte de Battista Agnese. Alors que le fort d’Astros est moderne (pl. 164, 1), il existe à quelque distance au sud-ouest, près d’un metochi de Hagia Triada, une petite forteresse et, plus loin dans l’intérieur, la fameuse ruine désignée simplement par l'appellation commune de Kastro tès Oraias au sud du village d’été de Hagios-Ioannès et dont le nom médiéval est inconnu N. A. Bees en conclut que la Estella doit être le premier, qui est aussi Kastraki-Kastritsi ou Astrici, et le second serait le château d’Astros, Hagios-Ioannès étant le village d’été de la population de la plaine. L’hypothèse est ingénieuse ; mais comme tant d’autres, elle reste incontrôlée. Les faits certains sont les suivants le prince a fait construire un château à Astros, mais ce n’est pas celui qui est sur le rocher du village actuel de ce nom ; la plaine côtière d’Astros était aux Grecs en 1320. Mais sur le château de la Belle près de Saint Jean, on ne peut affirmer ni si c’est celui que les textes appellent Astros ou Astritsi, ni s’il a été construit par les Grecs ou par les Francs ; œuvre des seconds, il aurait été destiné à compléter le système de forteresses édifiées pour maintenir les populations de ces régions montagneuses ; œuvre des Grecs, il pourrait être un des postes qu’ils établirent dans les derniers années du xme siècle ou au début du xive aux frontières de la province qu’ils avaient reprise aux Francs. C’est dans cette série de fortins qu’il faut compter ceux qui dominent à l’est du Taygète la plaine de Messénie, Pèdèma et Gardiki en particulier que nous avons déjà cités (5) et, entre la Messénie et la Cynurie, un poste de surveillance important , : : : le mont Chelmos. Cette petite montagne, dont le nom n’est certainement pas français (6), est (1) L. de los fech., § 214, : el princep... flzo alli un castiello suso en las montanyas, el quai se clama la Eslella Sur Astros au moyen âge, deux articles ont été écrits par Sp. Lampros, Die Erwahnung von Astros, Leonidion und Areia , BZ , II, 1892, pp. 73-75 — et par N. A. Bees, ’ , BZ, XVII, 1908, . 92-107. ’. (2) G. Millet, BCH, XXIII, 1899, . 114 : (3) Manuscrit grec ° 1634 de la Bibliothèque nationale, fol. 481 v. (4) V. Appendice A, III a-c, pp. 693-694. (5) Cf. supra , pp. 422 et suiv., 438-439. (6) Il est fréquent dans la toponymie grecque pour les montagnes : c’est le nom actuel de l’antique Aroania et on peut le rapprocher de celui de Chlémoutsi j en général on le considère comme venant d’un mot slave signifiant colline, hauteur : cf. Fallmerayer, Geschichte von Morea, I, p. 252, — J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 640, M. Vasmer, Die Slaven, p. 159 n° 92, cf. p. 140 n° 94. La discussion soulevée à propos de Chlémoutsi sur une étymologie grecque ne trouve pas ici l’argument d’une forme primitive analogue . à Chlomoutsi ou Chloumousti.
LACONIE ET 517 ARCADIE admirablement située au-dessus de la route qui unit le bassin de Mégalopolis et Lacédémone, dans cette région de collines qui constitue le seuil entre le bassin de l’Alphée et celui de l’Eurotas. Elle est assez haute (997 m.), assez isolée et placée assez loin vers le nord, pour avoir des vues sur le bassin de Mégalopolis et sur la bordure des montagnes de la Skorta qui le domine à l’ouest ; les vues vers le sud s’étendent jusque vers Sparte mais sont moins intéressantes : elle peut donc servir surtout de poste de guet pour la Laconie. Une position naturelle aussi favorable a évidemment été occupée dès l’antiquité (1), et disputée entre les Spartiates et les Arcadiens : ces vallées abondamment pourvues d’eau et verdoyantes où coulent les ruisseaux qui forment l’Eurotas étaient le site de Belemina ; sur le sommet, une vaste enceinte antique a été utilisée et réparée au moyen âge (2). Les murs faits de pierres assemblées sans mortier enferment un espace de plus de 900 m. de long qui mesure près de 500 m. de large dans la partie sud, et 250 m. dans la partie nord, la plus haute ; c’est de ce côté que plusieurs murs ont été construits au moyen âge formant une enceinte réduite à la partie nord-est de l’ancienne, large de 125 m. sur 300 de long avec une seconde enceinte et une sorte de réduit les murs sont faits de blocs de pierre de dimensions moyennes mêlés de briques et liés de mortier ; un autre mur fait de matériaux plus petits réunit l’angle sud-ouest de ce fort médiéval au mur oriental antique et dans cette partie se trouve une petite église ruinée de Saint-Constantin. Aucun détail caractéristique ne permet de proposer une date pour la construction de ces murailles (pl. 161-163, 1). Il n’y a pas de difficulté à l’identifier avec le Chelmos dont parle la Chronique de Morée, qui le situe toujours près de Véligosti. La version grecque le mentionne deux fois et toujours dans l’expression la contrée du Chelmos . L’armée grecque, venant de Mistra, y passe avant d’arriver à Véligosti en 1263 ; Jean de Nivelet, tenant garnison à Nikli, parcourt et pille le pays de Véligosti et du Chelmos en 1272 (3). Le Livre de la conquête ne cite ce lieu que plus tard à l’occasion de la prise de Saint-Georges en 1296 Corcondile, qui en a préparé la livraison au capitaine des Grecs, va trouver Léon Mavropapas, chef des mercenaires turcs, à un « chastel que on appelle Quelmo, près de Véligourt » et il s’entend avec lui dès que Corcondile sera maître de Saint-Georges, il devra faire des signaux lumineux pour avertir de là-bas Mavropapas au Chelmos du succès de son entreprise (4). Nous constatons que, en 1296, ce sont les Grecs qui tiennent ce poste et qu’ils y ont un château, dont la chroni : : : : (1) Sur le mont Chelmos et les fortifications qu’il porte, v. Leake, Travels , II, p. 398, — III, pp. 15 et suiv., et Peloponnesiaca , p. 150, — Buchon, Chron. étran., p. 157, n. 2, — Puillon-Boblaye, Recherches , p. 76 ; — cf. Curtius, Peloponnesos, pp. 257, 320 n. 52, — Bursian, Géographie , II, p. 113, — Oberhümmer, RE, III, col. 198. — Hitzig-Blümner, I, p. 847, et Frazer, III, pp. 372-374, ad Pausanias, III, 21, 3, — J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 640, — Philippson, Peloponnes, p. 165, — Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 71-75. (2) L’ensemble des fortifications a été décrit par W. Loring, JHS, XV, 1895, pp. 37-41 et 71-74, avec un plan, fig. 6 p. 72 ; Loring y reconnaît non la ville de Belemina qui devait être dans la vallée, mais le fort Athenaion. (3) Chron. gr., vv. 4664, 6717, — Cron. di Morea, p. 453 : le parti di Chialmo. Le L. de la conquête présente une lacune à la date de 1263, et ne donne pas ce détail en 1272. La version aragonaise ne mentionne pas le Chelmos. (4) L. de la conq ., §§ 814-815.
518 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES que grecque n’avait rien dit pour les épisodes antérieurs de vingt ou trente ans. En 1272, les Grecs avaient peut-être déjà repris ou venaient de reprendre la région du Ghelmos ; mais il est certain qu’en 1296, ils y avaient un château. En 1320, le Chelmos est cité dans un chrysobulle d’Andronic Paléologue en faveur du monastère du Brontochion à Mistra (1). Bassins de l’Arcadie : Véligosti. — Dans les bassins intérieurs de l’Arcadie, nous ne pouvons placer que bien peu de noms pour le xme siècle et le début du xive. En fait deux sites seulement ont joué un rôle, ceux de Véligosti et de Nikli. Plusieurs problèmes se posent au sujet de Véligosti, sur le nom et sur l’emplace¬ ment, car aucun village ne répond plus aujourd’hui à ce nom (2). La chronique grecque l’appelle toujours Véligosti (3) la version française se sert habituellement de la forme Véligourt ou Véligurt ; le Libro de los fechos dit Viligort ou Viligorda, mais aussi la Veliguosti (4), enfin en italien on trouve Villegorde (5) et Viligordensis en latin (6). De la forme grecque et de la forme romane quelle est l’originale ? On a pensé que c’était la seconde : Véligourt serait une corruption du nom d’origine du seigneur qui y fut installé comme baron, Mathieu de Mons, qui serait aussi de Valaincourt (ou plus exactement Walincourt) ; cette hypothèse de Hopf semble être confirmée par Pachymère et Nicéphore Grégoras qui rapportent qu’une fille de Théodore Laskaris, à Constantinople, se maria avec un seigneur franc du Péloponèse Mathieu , (7), ce qui serait une transcription de Walincourt. On ne peut accepter cette opinion, croyons-nous, que si l’on peut expliquer le passage de Véligourt à Véligosti, ce qui ne nous paraît guère possible. Il est beaucoup plus probable que la forme Véligosti existait avant les Francs, elle a paru exotique à ceux-ci, qui l’ont modifiée pour lui donner une terminaison plus familière ; et si les chroniqueurs byzan¬ tins ont pris le nom franc, c’est très probablement qu’ils ignoraient le mot dans sa forme authentique, parce qu’il est, non d’origine hellénique, mais sans doute slave (8). Véligosti fut le siège d’une baronnie confiée à Mathieu de Mons, que nous ne croyons pas avoir été apparenté aux Walincourt. On ne parle plus de Mathieu (Hopf suppose, sans nécessité, que c’est le deuxième du nom) en Morée, après son mariage ; (1) G. Millet, BCH, XXIII, 1899, pp. 115-118. Véligosti a fait l’objet de recherches particulières sur le terrain de Buchon, 482, et d’une étude de Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 69-84, qui a eu le mérite (2) le Journal de Benjamin Grèce et Morée , pp. 480 de retrouver le nom dans Brue, mais dont nous discuterons les conclusions. alternativement dans P., toujours le second et dans H., dans T. La Chronique de Monemvasie écrit ,. (4) Libro de los fech., § 127 : Viligort , dans la liste des fiefs : Jacques de la Roche devient Jacques de Viligort ; § 373 : la Veliguosti doit être une transcription directe du grec ; — § 397 : Raynard de Viligorda. A. Morel-Fatio prend à tort Belieguari, § 351, pour une transcription de Véligosti. (5) La Cron. di Morea transcrit du grec Ligosli ou Véligosti. Mais Sanudo, éd. Hopf, pp. 104, 126, dit Villegorde. (6) Cf. Pressuti, Regesia Honorii III , II, p. 50. (7) Cf. Hopf, De historiae ducatus Atheniensis fontibus , p. 59, et I, p. 237 B. Cf. supra, pp. (8) V. en dernier lieu M. Vasmer, Die Slauen, p. 150 n° 5. Les objections faites par A. Adamantiou, Chroniques de Morée, pp. 485-538, ne paraissent pas solides. O. Tafrali, Thessalonique des origines au XIVe siècle, Paris, 1919, p. 109 n. 3, d’après C. Jirecek, Geschichte der Serben, I, Gotha 1911, p. 94, cite le nom de Velegoslici, comme slave, sans faire d’ailleurs le rapprochement avec Véligosti. (3) Chron. gr. : .
LACONIE ET ARCADIE 519 avec une princesse byzantine, signalé par Pachymère et Nicéphore Grègoras ; le titre passe alors à la branche des La Roche, qui a reçu Damala, représentée successi¬ vement par Guillaume, Jacques et Renaud. Si Véligourt était le nom d’origine de la famille de Mathieu de Mons, on ne comprendrait pas qu’il ait été adopté par les La Roche, alors que ceux-ci portent naturellement le nom de la baronnie que Guillaume tenait, du chef de sa femme sans doute, après le départ de Mathieu. Nous avons admis dans de précédentes discussions que ces territoires, gravement menacés et souvent parcourus par les Grecs à partir de 1272 sont définitivement perdus vers 1300. Mais il faut examiner ce que Véligosti était exactement, ville ou château, et où il se trouvait. On dit généralement de Véligosti que c’était, comme Nikli, une ville importante. St. Dragoumès l’a nié ; il se fonde sur les diverses versions de la Chronique qui, à l’exception d’un passage du Livre de la conquête (1), ne disent jamais la ville de Véligosti, mais simplement Véligosti, ou la région de Véligosti. La Chronique grecque dit plusieurs fois le kastro et précise que, en 1263, les soldats grecs y brûlèrent , mais respectèrent le kastro (2). Dragoumès en conclut qu’il y avait seule¬ ment un château et, à côté, quelques tavernes ou boutiques composant l’emporion, cité pour d’autres lieux. Il a été conduit considéré comme l’équivalent du à cette démonstration parce qu’il a voulu situer Véligosti en un lieu où n’apparaît aucun vestige, ce qui s’explique plus facilement s’il n’y a pas eu de ville. En réalité, nous l’avons remarqué en particulier pour Patras (3), peut le terme de , désigner non seulement le château au sens étroit du mot, mais également une cité fortifiée, par opposition aux quartiers construits hors des fortifications. Il est très probable que dans cette région relativement riche, il y a eu au moyen âge une ville comme dans l’antiquité Mégalopolis et plus tard Léontari. Elle ne devait pas être très importante, et l’argument le plus fort, nous le voyons dans le fait que Véligosti n’eut pas de siège épiscopal (4). Mais elle existait et une partie de la population habitait hors des murailles. On ne parle plus de Véligosti après la fin du xme siècle, à peu près vers l’époque où le Libro de los fechos signale la disparition du Nikli. A partir de ce moment au contraire, il est question de Léontari, ignoré auparavant. Mélétios mentionne encore Véligosti, mais sans doute simplement pour reproduire l’énumération des sites médié¬ vaux qu’il a trouvés dans la Chronique de Monemvasie (5). Cependant Benjamin Brue, accompagnant l’armée turque en 1715, rapporte venant de Dropoliza (Tripolis), il s’arrête un soir au lieu-dit les étapes suivantes Marmaria, indiqué sur la carte française, au-dessus de la plaine de Frankovrysè. Puis une montée d’une heure et demie dans la montagne couverte de chênes (le mont Tsimbérou), une descente jusqu’à une plaine arrosée de trois petits cours d’eau, une marche d’une demi-heure en plaine, le mènent auprès d’un de ces ruisseaux appelé par les habitants Véligosti, à trois-quarts de lieue de « Londari » (Léontari). , : (1) L. de la conq., § 128 : « à la cité de Veligurt ». (2) Chron. gr., vv. 4665-4666. (3) Cf. supra, p. 453. Voir également, pour, Athènes à la fin du xne siècle, C. Stadtmüller, Michael propos du mot .. (4) L’église de Véligosti est réunie en 1222 à l’évêché de Coron, Pressuti, Regesta Honorii III. II, p. 50, cf. supra, pp. 98-99. (5) Mélétios, Géographie, p. 370. Cf. N. A. Bees, BNJ, XVII, 1939-1943, p. 106. Chômâtes, p. 299, à
520 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES L’étape suivante le conduit jusqu’à Makryplagi, c’est-à-dire au pied des montagnes dans le fond de la plaine messénienne (1). Buchon, qui ignorait ce texte, eut à cœur — ce sont ses propres termes — de visiter l’emplacement de la ville disparue : il se refusait à suivre Puillon-Boblaye et Bory de Saint-Vincent qui l’identifiaient avec Léontari situé sur une montagne ; à force de recherches, il finit par découvrir à une heure et demie de marche en venant de Sinano (l’actuelle Mégalopolis) dans la direction de Samara et du Xèrillopotamos (le Xérilla, antique Karnion, de la carte française) un lieu-dit Véligosti, et au-delà du fleuve, à environ une demi-lieue, se trouvaient les vestiges d’une ville, de nombreux tessons, et plus loin les restes d’une église sur les ruines d’un temple ; enfin une demi-lieue plus loin encore, Buchon visita le château de Samara sur une colline à dix minutes du village du même nom, à une demi-heure de celui de Léontari ; il donne une curieuse description de ce château avec deux tours carrées placées en losange sur le tracé du mur, entre lesquelles était une grande tour ellipti¬ que (2). On peut assez bien situer ces lieux sur la carte : le lieu-dit et les vestiges se trouveraient, à deux kilomètres environ au nord du palaiokastro de Samara, qui serait le troisième des cours d’eau que rencontra à cheval sur le Xérilla, Brue sur sa route, après l’Alphée et le Koutoupharina (antique Theios) (3). Dragoumès rejette cette identification, estimant que le témoignage des bergers ou des paysans entendus par Buchon est sujet à caution, et la carte dressée par G. Alberghetti pour l’ouvrage de P. A. Pacifico, la seule qui porte le nom de Véligosti, donne ce nom au plus oriental des trois cours d’eau que l’on rencontre en descendant du Tsimbérou vers Léontari. Il en conclut que la ville médiévale devait se trouver entre celui que la carte française appelle Alphée et le Koutoupharina, et le seul vestige en serait le nom du hameau de Palaiopyrgos. Nous préférons rester fidèle à Buchon ; l’usage des cartes du xvme siècle nous a convaincu de l’impossibilité d’en tirer une indication précise pour la localisation d’un site ; par contre, si aujourd’hui où la connaissance de l’histoire médiévale est beaucoup plus répandue, le témoignage d’un paysan n’est jamais absolument sûr, car ses connaissances peuvent toujours être puisées non à une tradition locale authentique mais à une source étrangère et livresque, il y a peu de chance qu’il en fût ainsi en 1840 et que plusieurs paysans se soient concertés pour réciter à un voyageur une fable destinée à illustrer les modestes débris qui jonchent le sol des champs sur les bords du Xérilla à quelque distance au nord de Samara. De plus, cet emplacement nous paraît beaucoup mieux convenir pour Véligosti, d’après ce qu’en disent les textes, que les environs de Palaiopyrgos ; il n’y a en faveur de la thèse de Dragoumès qu’un argument, dont il ne s’est d’ailleurs pas servi ; c’est que le récit de Constantin Dioikètès, parallèle à celui de B. Brue, indique comme lieu d’étape Anémodouri qui se trouve un peu au sud-est de Palaiopyrgos (4). Mais rien ne prouve (1) B. Brue, Journal, p. Une traduction grecque 39. du passage est donnée par Dragoumès, pp. 94-96. (2) Ces formes rares rappellent la variété des formes des tours à la forteresse du Chelmos ou d’Androusa. (3) Nous supposons que c’est par confusion avec Samara et non de propos délibéré que J. Schmitt, The Chronicle of Morea, p. 634, a situé Véligosti près de Kamara, qu’il place d’ailleurs en Messénie. Kamara, à 5 kilomètres au sud-est du Chelmos, est dans les montagnes et beaucoup trop loin vers le sud. Schmitt a été pourtant suivi par A. Philippson, Der Peloponnes, p. 244, qui, iJ est vrai, insiste surtout sur le caractère slave de cette « grande ville ». (4) C. Dioikètès, Chronique, § 104, éd. Iorga, pp. 185-186, Sur Anémodouri, cf. supra, pp. 423-425.
LACONIE ET 521 ARCADIE que toute l'expédition turque de 1715 marchait en un seul corps et prenait ses quartiers exactement au même endroit ; d’après la chronique de Dioikètès, sa route franchit la montagne par un col un peu au sud de celle qui passe près de Marmaria et dont parle B. Brue et si l’on examine la route décrite par ce dernier, entre Marmaria et le bas de la côte de Makryplagi, l’arrêt intermédiaire, déterminant deux étapes sensiblement égales, se place bien au nord de Léontari, non à l’est. De même tous les mouvements de troupes signalés autour de Yéligosti se comprennent mieux si la ville est près du Xérilla : la carte elle-même montre que toutes les routes se rencontrent entre Léontari et Sinano, mais que les pentes qui descendent du mont Tsimbérou et où se trouvent Palaiopyrgos et Anémodouri ne sont parcourues que par deux chemins parallèles est-ouest. Du Chelmos à Karytaina, il faudrait faire un détour pour monter à Palaiopyrgo et traverser des vallées encaissées, alors que la route directe longe la distance du Chelmos au site de Buchon est peut-être sur la carte plus le Xérilla longue, mais elle paraît sur le terrain beaucoup plus facile à franchir. Surtout dans le voyage de Mistra à Kalamata que fit Sgouromallis en passant par Yéligosti (1), il est évident que la route doit contourner au plus près les contreforts de la chaîne du Taygète, sans aller s’égarer sur les pentes du mont Tsimbérou. Nous avons visité aussi le site où Buchon a entendu le nom de Véligosti : dans un paysage de guérets, les champs coupés de haies et de rideaux d’arbres sont en effet jonchés de débris de céramique ; en deux points quelques pierres taillées passent pour les débris de chapelles, mais rien ne rappelle la présence d’un temple antique (pl. 160, 2 a-b). Le kastro de Samara, au sud, n’est plus aujourd’hui qu’une butte de terre où il n’y a pour ainsi dire pas de vestiges de fortifications ou de constructions. Mais nous avons eu l’occasion de voir dans le village un trésor de monnaies découvert près de là au lieudit Palaiochori ; c’est un lot de plusieurs centaines de ces petits bronzes semi-barbares qui datent du vie ou du vne siècle. Nous résumerons volon¬ tiers l’histoire de ce canton placé à l’extrémité nord du Taygète ainsi avant les invasions slaves, il y avait déjà un village, le Palaiochori, qui a dû être abandonné pour l’agglomération nouvelle de Véligosti, petite ville ceinte de murailles, située un peu plus au nord, dans un paysage de faible relief; la partie fortifiée est sur une simple colline. Vers le début du xive siècle au contraire, la population se retire vers le sud, sur un site plus élevé, avec un rocher qu’on peut bien fortifier, c’est Léontari (pl. 163, 2); une petite ville se développe : elle est intéressante avec son château et surtout ses nombreuses églises dont une fort belle, celle des Saints-Apôtres ; mais elle ne retient pas présentement notre attention, puisqu’elle n’est citée qu’après la perte de cette région par les Francs. Une petite forteresse occupait alors aussi une colline à l’ouest du Xérilla, au village de Samara, auquel, a été donné aujourd’hui le nom officiel de Véligosti. Le seul nom de lieu mentionné dans les environs de Véligosti est celui de Chimeron » (2) ; il n’y a actuellement que le nom de la montagne Tsimbérou qui « présente quelque analogie avec lui. : ; : (1) L. delà conq., § 736 ; cf. supra, p. 168. (2) Dans la donation faite par Robert de l’Isle aux Chevaliers teutoniques en 1237, E. Strehlke, Tabulae ordinis theutonici, pp. 131-132, n° 130 : estagia prope Vilegourt in pertinencia de Chimeron.
522 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES Nikli. — La ville de Nikli est un peu mieux connue que Véligosti. Le nom a été mis en rapport avec l’antique Amyklai qui est en réalité située près de Sparte au village de Sklavochori. Depuis la fin du xie siècle, il existait un évêque grec d’Amyklai, mais ce nom s’appliquait à une agglomération située dans le centre du Péloponèse déjà un siècle plus tôt (1). Comment a-t-il passé du site antique près de Sparte à celui de Tégée ? On peut supposer un groupe d’habitants de l’ancienne Amyklai venant se fixer en Arcadie, mais pourquoi et quand ? L’emplacement de Tégée, en plaine, ne paraît pas constituer un refuge plus sûr que l’Amyklai antique. Le passage d’Amyklai à Nikli par les formes intermédiaires Amykleion-Amykli semble pouvoir être admis ou bien Nikli, nom d’origine inconnue, s’est enrichi d’un A initial comme Nauplie est devenue Anapli, puis par analogie a été transformé par les érudits en Amykli, qui apparaît comme une forme abrégée d’Amyklion, diminutif d’Amyklai ou bien Nikli est le résidu populaire du mot savant Amyklai (2). En tout cas l’équiva¬ lence de ces formes est attestée par la chronique grecque de Morée qui les emploie : le manuscrit de Copenhague écrit en effet environ une fois sur cinq (vv. 1960, 2030, 2067, 3230, 4401 et 6722), celui de Paris deux fois seulement (vv. 1960 et 3230) (vv. 1960, 2030). Dans les celui de Turin, à côté de Nikli, donne et autres langues, c’est toujours Nicies ou Nicli, sauf en latin où l’on garde la forme antique (3). Le nom a disparu aujourd’hui, la ville ayant été détruite ; mais il reste de l’époque où il y avait un évêché grec une grande église, qui en a gardé le souvenir puisqu’elle est appelée Palaio-Episkopè, au milieu des divers villages dispersés sur le : ; ; site de Tégée (4). On connaît bien le site et ses avantages ; il n’est pas nécessaire de le décrire au centre du Péloponèse, dans un bassin largement ouvert et fertile, riche en vergers et en prairies, la « plaine de Nikli » constitue un lieu de rassemblement excellent pour une armée ou pour un parlement ; et Nikli est en effet souvent cité dans la Chronique, c’est là que se tint entre autres le fameux parlement de dames de 1261. Il y avait certainement déjà une agglomération avant 1204, siège d’un évêché, et entourée de murs flanqués de tours, c’est ce que désigne le mot grec de kastron (5). Les Francs pénétrèrent dans les bassins d’Arcadie orientale dès avant 1209 ; la Chronique grecque raconte le siège de Nikli qu’elle place après le départ de Guillaume de Champlitte et, ; XIII, est cité pour la première fois dans la Vie de saint Nikon, éd. Lampros, N. . (1) 1096, p. 162. Sur l’évêché byzantin, cf. Pél. byz. pp. 110-165 et n. 3. Sur Amyklai-Amykli-Nikli, voir St. Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 84-93, dont les conclusions nous paraissent, ici aussi, bien discutables, — N. A. Bees, Oriens Christianus, NS, IV, 1915, 2e Partie, pp. 261-263, — G. D. Kapsalès, MEE, XVIII, p. 590, s. v . . (2) Les érudits grecs actuels ont tendance, écrivent toujours avec un iota. à cause de cela, à écrire , bien que les textes anciens 29-30, PL, CCXVI, col. 224, Pressuti, Regesta Honorii papae III, Amiclensis Amiclarum. Cela exclut la possibilité de prendre episcopus ou ecclesia : , episcopus V episcopus Niclinensis, cf. supra, p. 432, pour un évêque de Nikli. (4) Sur cette église, v. Pél. byz., p. 146 et n. 2. (3) Cf. II, Innocent, III, Ep., XIII, 50, n° 3844 (5) Selon le L. de los fech., § 216, c’est le prince Guillaume, vers le milieu du xme siècle seulement qui aurait fait construire « una ciudat al piano de Nicli, en même temps que Mistra et d’autres châteaux. St. Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 93 et suiv., qui avait une grande confiance dans la version aragonaise, estimait que Nikli ne désigne avant 1250 que la plaine, ressort de l’évêché, et un château ; c’est peu vraisem¬ blable il n’y a d’ailleurs de sièges épiscopaux que dans les villes. :
LACONIE ET 523 ARCADIE cette occasion, signale les murs garnis de tours (1). Il est possible que l’aggloméra tion ait pris une certaine importance au xme siècle la version française se sert souvent de l’expression « la cité de Nicies » ; cependant le siège épiscopal, pourvu en 1209, fut supprimé en 1222 et rattaché à l’évêché de Lacédémone (2). Nikli était le centre d’une baronnie confiée à un seigneur que la Chronique ne désigne que du nom de Guillaume (3) d’après un acte des Registres angevins, Hopf l’appelle Guillaume de Morlay en 1280, en l’absence d’héritier direct, le gendre du dernier baron, Androuin de Villa, recueillit la baronnie (4). Sa descendance est inconnue, et d’ailleurs la baronnie devait bientôt disparaître. De la ville médiévale, outre l’église de la Dormition de la Vierge (5) qui remonte à : ; ; Le au xie ou xne siècle, mais a été réédifiée en 1888, il ne reste rien d’important. parlement de 1261 se réunit-il dans cette église, à l’imitation de ce qui se passait à Andravida ou à Clarence, ou bien dans un palais de la princesse comme le rapporte la Chronique grecque (6) ; il est impossible de le dire, rien ne permet de supposer qu’il ait existé à Nikli un « palais » assez vaste pour recevoir une assemblée nombreuse. D’après quelques vestiges de murailles, l’enceinte semble avoir eu la forme d’un carré à peu près régulier ; le terrain en plaine, n’offrant pas de défense naturelle, n’imposait pas un tracé particulier (7). Vers la fin du siècle, la région échappe aux Francs et Nikli perd son importance. Si nous n’admettons pas l’indication de la chronique aragonaise attribuant la construc¬ tion de la ville à Guillaume de Villehardouin vers 1250, ce qu’elle dit de sa destruction s’accorde mieux à ce que l’on peut savoir par ailleurs en 1296, les Grecs ayant pris Nikli, l’auraient démantelée, à cause de la difficulté qu’il y avait à défendre une place fortifiée en plaine, et construisirent à la place les châteaux de Mouchli et de Tsèpiana dans les montagnes, pour dominer tout le pays (8). L’épisode lui-même n’est pas invraisemblable, bien qu’il soit très différent du récit fait par les autres versions de la Chronique (9) et il est très probable que les Grecs ont pu prendre la ville à ce moment-là — ce qui prouve que, jusqu’en 1296, Nikli ne leur appartenait pas, mais était frontera de los Grieguos — et qu’ils l’ont démantelée ne pouvant la conserver la région n’était pas tombée en leur pouvoir, puisque, en 1297, la princesse Isabelle fit don à sa sœur Marguerite des châteaux de Nodimo et de Merdenay « des apparte : ; , ; (1) Chron. gr ., vv. 2027-2048, — Cron. di Morea, p. 429. Ni le L. de la conq. ni le L. de los fech. ne racontent le siège. (2) L’évêque Gilbert fut nommé en 1209 alors qu’il y avait déjà un élu du chapitre, cf. supra , p. 70 ; sur la suppression de l’évêché, v. supra, p. 90 (3) Chron. gr., v. 1933, — Cron. di Morea, p. 428. Le nom manque dans les autres versions. (4) Hopf, I, p. 318 B, cf. supra, p. 112. (5) C’est peut-être l’église à laquelle le L. de los fech., § 476, fait allusion. (6) Chron. gr., v. 4412. (7) Buchon, Grèce et Morée, p. 419 a vu des murs d’enceinte faits de petites pierres unies avec du ciment, s’élevant presque partout à une dizaine de pieds de hauteur avec six pieds d’épaisseur, et tout le long des restes de tours. H. F. Tozer, JHS, IV, 1883, pp. 222-223, a encore vu des vestiges appréciables de l’enceinte carrée, de 4 à 500 pieds de côté, construite en pierre et en brique et, à son avis, antérieure aux Francs. Nous n’avons pas eu l’occasion d’en voir nous-même de traces. (8) L. de los fech., § 485 : Mucli et Cepiana. (9) Cf. supra, p. 182.
524 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES nances de Nicies » (1). Nous avons déjà situé Nodimo (2) assez loin vers le nord ; Merdenay reste inconnu. En fait les Grecs sont certainement maîtres de la plaine en 1302, puisqu’ils y rassemblent leurs troupes (3). Il n’est plus question désormais de Nikli la cité a dû être démantelée, elle perd son importance et la population se disperse dans les villages qui ont toujours été nombreux sur ce sol fertile. Au xive et au xve siècle, l’insécurité grandissante a dû pousser les habitants à chercher refuge sur des points moins exposés ; de même que Véligosti est abandonné pour Léontari, de même les anciens Nikliotes (4) émigrèrent au moins en partie vers les nouveaux châteaux construits sur les montagnes. Ceux que cite le Libro de los fechos peuvent être facilement identifiés Mucli est aujourd’hui la montagne de Palaio-Mouchli, qui domine fièrement le bassin d’Achladokampos et surveille les routes qui, venant d’Argos, montent vers le bassin de Tripolis elle porte les restes d’une petite forteresse et d’une très vaste enceinte avec plusieurs églises ruinées (5) ; l’une d’elles, consacrée à la Vierge, a son abside curieusement engagée dans le rocher sous une des tours de l’enceinte et peut être datée de la fin du xive ou du xve siècle (6). Il a dû y avoir une agglomération importante où avait été transporté le siège de l’évêché grec de Nikli; mais l’état de ruine montre que le site a été abandonné à son tour depuis longtemps, comme le prouve son nom actuel (pl. 163, 3). Cepiana est certainement Tsèpiana, aujourd’hui officiellement Louka, située plus loin vers le nord, au point où le chemin d’Argos à Mantinée sort des montagnes, tout près de la petite plaine qui portait dans l’antiquité le nom d’Argon Pedion ; cette route, peu fréquentée aujourd’hui, parce qu’elle est difficile et qu’on n’en a pas fait une voie carrossable, était également importante (7). Il n’y a pas à Tsèpiana de vestiges d’une enceinte comparable à celle de Mouchli, mais le village possède une église de la Panagia Gorgoépèkoos qui a des caractères analogues à l’église de la Vierge de Mouchli, et doit donc en être contemporaine (8). Bien qu’il n’y ait dans les fortifications de Mouchli aucun élément caractéristique permettant de proposer une date précise, rien ne s’oppose à ce que l’ensemble ait été construit dans les vingt premières années du ; : ; xive siècle. Bien d’autres villages ont dû exister dans ces cantons de l’intérieur à l’époque franque ; ils ont mené alors comme auparavant ou depuis lors une existence retirée (1) Saint-Génois, Droits primitifs, (2) Gf. supra , p. 399. (3) L. de la conq., § 926. I, p. 334, n° J 33. (4) C’est le nom que la Chron. gr., v. 2046, donne aux habitants. On a cependant relevé dans le Magne dont on a fait parfois des réfugiés de Nikli ; cette interprétation nous paraît douteuse, le nom des cf. S. B. Kougéas ; Herkunfi und Bedeutung der neugriechischen , Glotta , I, 1909, pp. 86-104 ; — p. 590, s. . . G. D. Kapsalès, MEE, XVIII, (5) Sur Mouchli et son histoire, v. St. Dragoumès, Chroniques de Morée , pp. 99-118, — E. Darko, Die Gründung der Festung Muchli, Mélanges Sp. Lampros, Athènes 1935, pp. 228-231, — et , , X, 1935, . 454-482 ; E. Darko a donné une description des ruines assez rapide et malheureusement dépourvue de plan d’ensemble ; — K. N. Alexopoulos, , pp, 115-130. , (6) N. K. Moutsopoulos, étudié avec beaucoup de soin cette église. (7) Philippson, Peloponnes , pp. 70, 81-92. (8) N. K. Moutsopoulos, l.L, pp. 308-309, et , ., , III-IV, 1958-1959, . 1959, pp. 390-406. 288-309, . 9-13, a
LACONIE ET ARCADIE 525 qui laisse ignorer leurs noms à l’historien. Exceptionnellement des fouilles, où les archéologues ont eu le souci méritoire de noter et de publier des documents médiévaux, révèlent leur existence ; c’est le cas par exemple du village de Kalpaki sur le site de l’antique Orchomène (1). Un seul nom de lieu peut être relevé dans la Chronique de Morée, c’est la plaine de Sapikos (2), aux larges prairies et aux sources abondantes les chefs grecs y réunis¬ sent en 1264 leurs contingents venus de toutes les régions, de la Skorta à Monemvasie, de la Tsaconie et du drongos des Mélingues, avant de marcher sur Karytaina et Andra vida. Nous suivrons ici l’identification proposée par Dragoumès les champs de Sapikos doivent être la plaine de Franko-Vrysè à l’est du mont Tsimbérou, où de grosses sources, l’une à l’est qui est proprement Franko-Vrysè, l’autre au lieu-dit Sapolivado alimentent des marais ; c’est la nature marécageuse du terrain qui explique le nom de la ville antique voisine d’Aséa et les mots de Sapikos ou Sapolivado dont la racine, en grec, évoque l’idée de pourriture (3). ; : Remarques générales. — On est frappé par le nombre considérable de forteresses grandes ou petites que l’on retrouve ou devine à travers la Laconie et tout autour des bassins de l’Arcadie orientale et méridionale. Elles ne sont peut-être pas plus nom¬ breuses que dans les baronnies de Karytaina ou d’Akova, ou même en Messénie mais elles frappent davantage ici parce que, dans les textes du xme siècle, on ne ren¬ contre les noms que d’un très petit nombre d’entre elles. Cela s’explique non seule¬ ment la domination franque a été relativement de courte durée, mais elle a correspondu à la période la moins troublée. A partir du début du xive siècle et à mesure que l’on avance dans ce siècle, puis dans le xve, la situation devient sans cesse plus confuse. Ce ne sont pas seulement les conflits avec les Francs qui créent l’insécurité et font édifier des châteaux comme ceux du mont Chelmos, de Gardiki ou de Pèdèma c’est aussi l’état d’insubordination des archontes grecs contre les despotes de Mistra, qui provoque souvent un état voisin de l’anarchie et parfois de véritables conflits armés ; puis, à partir de l’avant-dernière décennie du xive siècle, ce sont les incursions turques qui pénètrent jusqu’à Davia, à Léontari. Il résulte de ces circonstances une multiplication des petites forteresses, repaires des chefs locaux indociles, et un dépla¬ cement général de la population qui fuit les basses altitudes et les régions ouvertes. Les Francs avaient construit quelques châteaux : Mistra, Beaufort-Leutron, le Grand Magne, Passavant, Géraki, mais ils gardaient les villes en plaine, Lacédémone, Nikli, Véligosti. A partir du xive siècle, la population abandonne les villes ou villages en terrain plat pour se grouper autour des forteresses nouvelles Mistra, Géraki, ou se ; : ; : (1) Sans doute Chielepaco des listes d’ALBERGHETTi, p. 129, dans le territoire de Karytaina, qui s’étendait très loin vers le nord dans les montagnes. Sur les résultats des fouilles faites par l’École Française, voir A. Plassart, BCH, , 1915, p. 88 : on y a retrouvé des monnaies de toutes les époques du xe au xive siècle ; une tour médiévale sur l’acropole est citée par Hiller von Gaertringen et Lattermann, Arkadische Forschungen, Abhandl. der preuss. Akademie, Berlin 1911, p. 19, Sur les ruines médiévales près de Phonia, dans III, pp. 160-161, ad Pausanias, le bassin du Phénée, voir Frazer, IV, pp. 230 et suiv. et Hitzig-Blümner, VIII, 14,4 mais ces ruines restent anonymes. . v. 5022 P : La leçon de H : certainement fautive. T présente ici une lacune. Le nom n’est pas cité ailleurs. (3) Dragoumès, Chroniques de Morée, pp. 67-69. ; (2) Chron. gr., est
526 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES réfugie dans des bourgs fortifiés qui apparaissent alors seulement, comme Léontari ou Mouchli. En définitive, les seuls châteaux qui puissent être considérés avec certitude comme des créations franques sont Mistra, Géraki, Leutron, Passavant — qui a été entièrement reconstruit — et le Grand-Magne qui est très ruiné. Une autre remarque qui s’impose, c’est combien les sources contemporaines distinguent mal les divers éléments qui constituent ces régions. Cette fin de terre qu’est la Laconie avec les deux presqu’îles du Taygète et du Parnon a une population complexe composée de groupes qu’il semble difficile de confondre on distingue en particulier les tribus proprement slaves, dont la plus nombreuse était avant 1205 celle des Ézérites à l’est du Taygète, les Mélingues occupant le versant occidental, — les Maniotes, habitant la presqu’île du cap Matapan, — enfin les Tsaconiens dans la région du Parnon, d’Astros à Monemvasie, ces deux derniers groupes facilement reconnaissables à leur dialecte, à leurs coutumes particulières. Or on constate que la Chronique de Morée confond ces régions et ces populations sous des appellations générales qui restent très vagues le territoire des Esclavons est synonyme de Chacoignie, de Drongos des Mélingues ou des Slaves, le Sigo de la Chacoignie est l’équivalent du zygos des Mélingues. Le nom des Ézérites n’est pas employé, ni celui des Maniotes, Magne ne servant guère qu’à désigner un château ou une ville. Plus tard, pour désigner le pays, il faudra prendre l’expression italienne Brazzo di Maina. Ces confusions ne sont évidemment pas rares au moyen âge ; mais elles surprennent ici à cause du caractère particulariste accusé de ces divers groupes, et sont dues sans doute au fait que les auteurs de la Chronique et de ses diverses versions connaissaient relativement moins ces régions que le reste du Péloponèse. Plus tard on confond toute la Laconie et toute l’Arcadie sous les noms de Sclavonie (qui se distingue mal de Tsaconie) ou de pays des Maniotes. , : ;
CONCLUSION On peut se demander si Pouqueville ne met pas quelque ironie à affirmer que « les Anciens sont d’une précision admirable quand on saisit les indications qu’ils nous ont transmises » (1). En fait, lorsque nos recherches aboutissent à une identifi¬ cation sûre, on se rend compte, il est vrai, souvent, que certaines sources au moins témoignent d’une connaissance exacte, parfois même précise du pays. C’est le cas des versions française et grecque de la Chronique de Morée, au moins pour les régions du Péloponèse où les Francs ont été établis longtemps l’auteur de l’original et ceux de ces versions connaissaient certainement bien le pays et ont donné des détails topographiques ou archéologiques dont l’exactitude est frappante. Malheureusement, plus souvent encore, nous disposons seulement d’éléments insuffisants, d’indications trop vagues ou contradictoires qui ne permettent pas de résoudre le problème posé par un nom de lieu ; et les allusions dans les textes anciens, même si elles sont « d’une précision admirable », restent obscures. C’est que les recherches en ce domaine sont particulièrement difficiles en Grèce et pour le moyen âge. Les toponymes nous sont parvenus en général non dans leur forme originale, mais transcrits, traduits, déformés ou estropiés ; de plus, même si l’on peut reconnaître la forme première, celle-ci souvent a disparu de la toponymie actuelle. Le Péloponèse a connu des périodes où la population a été réduite à un chiffre dérisoire beaucoup de villages ont dû être abandonnés alors ; ils n’ont pas été relevés de leurs ruines, ou bien ils ont été reconstruits ailleurs et sous d’autres noms, qui peuvent leur avoir été donnés par les Turcs ou par les Albanais. Un certain nombre de toponymes ont donc complètement disparu avec les villages qui les portaient, dont parfois même toute trace matérielle est effacée. Nous avons rencontré aussi des difficultés d’une autre sorte la toponymie grecque est assez pauvre : les mêmes noms se répètent souvent il y a en Morée toute une série d’Arachova ou de Karyès ; Saint-Élie ou Sainte-Paraskevè y sont des noms fréquents ; il y a au moins deux monts Chelmos ou bien encore une même transcription peut servir pour deux villages différents, comme Christiana pour Krestaina et pour Christia nou. C’est pourquoi nous sommes resté prudent dans nos identifications toute hypo¬ thèse peu fondée est vaine, bien plus, dangereuse, car elle peut empêcher de chercher ailleurs. En dehors des cas simples où le nom est resté le même depuis le xme siècle, voire depuis l’antiquité, nous n’avons retenu que les identifications reposant sur ; : : : ; : (1) Pouqueville, Voyage, V. p. 504. 35
528 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES une ressemblance suffisante des noms médiévaux et actuels et s'accordant avec les données topographiques des textes anciens ; c'est cette dernière condition qui reste pour nous le critère le plus sûr. Au terme de cette enquête à travers la Morée franque, nous sommes en mesure de résumer de façon assez précise l’histoire territoriale de la principauté. Nous tente¬ rons ensuite de définir ce que la domination franque a pu apporter de nouveau dans les régions où elle est restée établie le plus longtemps. La conquête s'était faite en deux étapes essentielles de 1205 à 1220 l'occupation de la majeure partie de la presqu'île avec ses diverses forteresses à l'exception du sud-est ; puis, de 1246 à 1248, la prise de Monemvasie et la soumission de la Tsaconie et du pays des Esclavons, c’est-à-dire des presqu’îles du Cap Malée et du Cap Matapan. Au milieu du xme siècle, tout le Péloponèse appartient au prince d'Achaïe à l'exception des territoires en Messénie dont Venise s'est fait reconnaître la possession : une petite enclave au sud-ouest avec Modon la côte orientale de la presqu’île de Messénie de Coron jusqu'à Avramio au fond du golfe. Après la défaite de Pélagonia, les Grecs reprennent pied en Morée et, pendant soixante ans, ils s'efforcent de reprendre tout le pays aux Francs, jusque vers 1320 où s’ouvre au contraire une période où une sorte d'équilibre s’établit entre les deux ennemis. En 1262, le prince Guillaume II de Villehardouin, vaincu et prisonnier de Michel Paléologue est en effet obligé pour recouvrer sa liberté de céder les forteresses de Monemvasie, Mistra, le Grand-Magne et Leutro ou Beaufort ce sont les forteresses surveillant la côte de Tsaconie, la plaine de l'Eurotas et le drongos des Mélingues, c’est-à-dire le versant occidental du Taygète. Dans les années qui suivent, 1263 et 1264, les tentatives du gouverneur de cette nouvelle province grecque pour achever de détruire la principauté échouent ; les armées ennemies réussissent à pénétrer jusqu'aux abords d'Andravida, mais elles sont vaincues. Cependant, dès ce moment, les Grecs occupent les territoires situés entre les forteresses isolées qu'ils s'étaient fait céder ; les baronnies de Géraki et de Passavant sont prises par eux. La guerre recommence en 1271-1272 à cette époque Lacédémone est déjà occupée par les Grecs ; leurs troupes tiennent « le pas » entre la plaine de Laconie et l'Arcadie les Francs doivent maintenir des garnisons à Nikli et à Véligosti pour empêcher les ennemis de courir le pays jusqu'en Argolide, en Corinthie et en Skorta. Sans que de nouveaux faits de guerre soient signalés, il faut constater d’abord que, dans les années qui suivent, Geoffroy de Karytaina « tient frontière » en 1275 à la bordure orientale de la Skorta, ce qui ne veut pas dire que Nikli et Véligosti soient perdus, car les Grecs peuvent attaquer la Skorta directement en passant par une région de relief à la limite de l'Arcadie et de la Messénie ; mais la situation de ces bassins arcadiens est désormais précaire ; — d’autre part en 1277, Kalavryta est sous le contrôle de chefs grecs dépendant de l'empereur. C'est aussi l'époque où, malheureusement, les importantes baronnies d'Akova et de Karytaina perdent leur intégrité. Un fait montre que les Francs aban¬ donnent l'espoir de reconquérir la Laconie, c'est le transfert de l’évêque de Lacédémone à Coron en 1278. La situation se prolonge cependant, malgré l’intervention de Geoffroy II de Briel appelant les Grecs, malgré les incidents divers, l’assassinat de Guy de Charpigny, la surprise de Kalamata par les Esclavons de Giannitsa. Un nouvel incident, plus grave, en 1296, permet aux Grecs qui, du haut du mont Chelmos, surveillent le bassin de Mégalopolis, de s'emparer de Saint-Georges en Skorta et : ; : : :
529 CONCLUSION c’est aussi le moment où ils auraient démantelé Nikli qu’ils ne se sentaient pas encore assez forts pour garder. Mais la princesse dispose encore de terres dans la région de Nikli. En 1302, la révolte de la Skorta ne compromet pas la domination franque dans cette région ; on reprend même Saint-Georges, mais la plaine de Nikli est sous le contrôle des Grecs. La date critique est 1320, car elle correspond à la perte des deux importantes forteresses de Karytaina et d’Akova, et de celle de Polyphengos d’Arachova ; au nord. Cette nouvelle étape de la reconquête de la Morée par les Grecs marque le début d’une période d’équilibre. Il y a de nombreux incidents tentative pour reprendre Karytaina, expédition grecque contre Santaméri, reprise par les Francs de Polyphengos, mais les frontières changent peu : le territoire de la principauté s’étend en Messénie jus¬ qu’au bas des pentes du Taygète il comprend Stala (Lykosoura), Dimandra, Sidéro kastro ; la frontière passe ensuite par Zourtsa et Moundra, traverse l’Alphée en amont de Palaiofanari, suit sans doute le cours du Ladon jusqu’au mont Olonos, l’antique Érymanthe ; puis elle passe au nord de Kalavryta et du Mégaspèlaion, s’avance très près de la mer, englobant Kernitza ; enfin elle se dirige au sud-est, laissant Saint Georges de Polyphengos en territoire franc, et contournant la plaine d’Argos, qui appartient aux Brienne puis aux Enghien, pour aboutir sur le golfe d’Argolide entre Kyvéri et Astros occupé dès avant 1320. Le bassin de Phénée était certainement en territoire grec, et probablement aussi celui de Stymphale avec Zaraka. Quel était le caractère de cette frontière ? Elle était sans doute assez précise, puisque certains villages appartenaient par moitié à la principauté franque et aux Grecs ; à cette époque, il doit exister des registres des fiefs fixant avec précision les propriétés de chacun ; certains documents des archives des Acciaiuoli montrent avec quel détail les terres et leurs revenus étaient connus. Mais il n’est pas impossible que la frontière n’ait pas eu la rigidité des frontières modernes : les Francs pouvaient sans doute avoir gardé certaines propriétés faisant enclave en pays grec d’autre part des régions comme le pays habité par les Slaves, et peut-être celui des Maniotes et des Tsaconiens, échappaient à l’autorité absolue du capitaine des Grecs, puis du despote de Mistra. Mais il faut admettre aussi et surtout dans la région messénienne, que depuis la fin du xme siècle, les terres franques ont eu à subir des déprédations conti¬ nuelles de la part des populations grecques ou slaves voisines il faut construire ou réparer des châteaux pour protéger la population sur laquelle les Grecs lèvent des tributs ; les Vénitiens se plaignent aussi d’actes de piraterie incessants. En 1374 encore, les Francs tentent, pour se protéger, d’enlever la petite forteresse grecque de Gardiki. Rappelons enfin que, depuis 1336, l’archevêque de Patras se considère comme indé¬ pendant du prince. Cet état de chose, malgré la présence au nord de la redoutable Compagnie des Catalans, malgré l’activité grandissante des Turcs en mer Égée, : ; ; : dure environ soixante ans. La dernière étape, celle du démembrement définitif, commence en 1383 et s’étend encore sur près d’un demi-siècle : Corinthe devient en fait indépendante entre les mains de Nerio Acciaiuoli. L’Argolide revient à Venise en principe dès 1388. Mais quelque multiples et variées que soient les attaques subies par la principauté, quels que soient les prétendants qui la revendiquent ou les princes qui la convoitent, ce sont les Grecs de Mistra qui, en définitive, resteront les maîtres de toute la presqu’île en
530 RECHERCHES TOPOGRAPHIQUES 1430, ne laissant à Venise que l’Argolide et les territoires de Coron et de Modon légèrement agrandis et désormais d’un seul tenant. On voit que seules la Messénie, l’Élide, l’Achaïe et la Corinthie, à un moindre degré l’Argolide, plus isolée, ont été vraiment pour longtemps sous la domination des Francs. Cela ne représente guère plus de la moitié de la surface de la presqu’île. Nous ne referons pas un tableau de chacune de ces régions ; dans toutes, on est frappé par le nombre relativement élevé de noms de lieu que les textes ont conservés. Ce fait en lui-même est intéressant, car il montre que les occidentaux ne se sont pas contentés d’occuper fortement quelques points importants, de s’établir dans les grandes villes, mais au contraire qu’ils se sont dispersés un peu partout à la fin du xive siècle, les agglomérations importantes ont rarement plus de 200 ou 300 feux. La vie féodale, loin de contribuer à créer de grands centres urbains, était favorable au développement de la vie rurale dans des conditions qu’on peut supposer meilleures que celles de l’époque byzantine les villages et la campagne ont dû, sauf quand la guerre sévissait, être relativement prospères ; nous pensons que l’étude de la vie économique le confirmerait dans la mesure où les documents permettraient de se rendre compte d’une part des productions de la campagne et des rentes payées par les paysans, d’autre part des exportations et du commerce de la Morée. Cela ne veut pas dire que les occidentaux aient été très nombreux ; mais encore une fois, ils étaient très dispersés, en contact étroit avec la population. Jusque vers la fin du règne du prince Guillaume de Villehardouin, même après 1262, on a l’impression d’une entente entre les Francs et les Grecs qui n’ont pas jusqu’ici à se plaindre, semble-t-il, de leurs nouveaux maîtres. On n’est pas moins frappé par la facilité avec laquelle les familles françaises s’adaptent au pays, au point de changer leurs noms d’origine, alors qu’aucun n’impose à ses terres le nom qu’il portait en France, sinon aux forteresses nouvelles qui sont construites. Ce qui compromet cette situation ce sont d’une part des ravages causés par les guerres, mais plus encore peut-être le renouvellement continu de la société franque, fait fondamental de l’histoire de la principauté sur lequel nous avons insisté longuement. nous Les Francs ont laissé sur le sol du Péloponèse la trace de leur passage il n’est pas tou¬ avons signalé les ruines de nombreux châteaux, de quelques églises jours facile de savoir si ces constructions ont été réellement édifiées par eux, faute de textes précis nous en racontant l’histoire, faute d’un style suffisamment caractéris¬ tique. Nous avons essayé d’indiquer, chemin faisant, les raisons qui pouvaient nous inciter à les attribuer aux Francs ou aux Grecs, classement qui nous servira pour l’étude archéologique. Dans cet effort de discrimination, il est rare que des considérations stratégiques soient d’un grand secours les frontières ont été trop instables pour qu’il y ait eu un système organisé de forteresses. Celles-ci ont été élevées par chaque seigneur sur ses terres, ou dans le domaine du prince au fur et à mesure des nécessités nous avons souvent constaté dans l’étude de détail cette dispersion qui semble : ; : ; : : désordonnée. Bien rarement aussi une construction franque se reconnaît à son nom ; et c’est encore un trait qui frappe que la faible proportion des noms français dans la toponymie moréote ; elle ne résulte pas seulement des transformations subies depuis lors par la presqu’île, qui ont fait diparaître sans doute beaucoup de toponymes, mais aussi bien grecs, slaves que français ou italiens. Si l’on néglige les noms d’origine douteuse comme
531 CONCLUSION la Glisière, ceux qui sont simplement des traductions du grec comme file, Castel de fer, ou des adaptations comme Véligourt, Andreville, la Druge, le Charbon pour l’Alphée, les noms proprement français sont presque exceptionnels ce sont ou des expressions très simples faisant allusion à quelque particularité du lieu ou de la cons¬ truction Clarence, Clermont, l’Éperon, Beauvoir, Beauregard, Beaufort, Châteauneuf, Mont-Escovée ; ou plus rarement un nom comme Passavant, Mategrifïon ou Crèvecœur. Un seul lieu habité dans toute la Morée garde, semble-til de façon indiscu¬ table, le nom d’origine d’un seigneur, c’est Santaméri fondé par un Saint-Omer. C’est à peine si, dans la toponymie actuelle, quelques appellations viennent de cette époque, sous des formes altérées et grécisées comme Santaméri, Passava, Penteskouphi probablement Chlémoutsi et peut-être Vretembouga. De toute façon, la proportion des noms nouveaux d’origine franque a été très faible, ce qui confirme et la faiblesse numérique des Latins par rapport aux Grecs et l’absence chez eux d’une politique de transformation radicale du pays. Enfin nos recherches ont encore, croyons-nous, mis en lumière un fait si le pays connut une période de prospérité et d’essor au xme siècle, compromis il est vrai dès 1263 par des guerres, il souffrit beaucoup dans le cours du xive siècle des conflits entre Grecs et Francs, des troubles intérieurs (aussi bien dans la principauté que dans le despotat grec), des incursions étrangères. Nous avons pu constater les conséquences la population a de cette situation qui ne cesse de s’aggraver jusqu’au xve siècle tendance à se déplacer, à fuir les régions ouvertes et basses pour se réfugier sur les hauteurs faciles à défendre ; il est remarquable que des agglomérations comme Nikli et Véligosti disparaissent alors, et que, en 1391, entre les villes ou villages pour lesquels nous connaissons le nombre de feux, ce soit Santaméri qui vienne en tête avec le chiffre de 500. Ainsi la décadence politique et territoriale de la principauté n’apparaît pas comme un phénomène isolé, mais elle s’inscrit dans une évolution de caractère général à laquelle n’échappe pas le despotat grec de Morée dont la victoire sur les Francs ne fut qu’éphémère. : : : :

TROISIÈME PARTIE RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES

Si la période de domination latine a laissé peu de traces dans la toponymie actuelle du Péloponèse, nombreux sont les vestiges qu’on peut attribuer en tout ou en partie à l’activité des conquérants. Au cours de cette période de plus de deux siècles, surtout au moment où la principauté était puissante et florissante, mais aussi plus tard quand les dangers la menacent de toutes parts et l’obligent à se défendre, les Francs ont certainement construit et l’ont fait à leur façon, en essayant de reproduire sur cette terre les modèles qu’ils avaient l’habitude de voir chez eux il leur fallait surtout des châteaux pour y demeurer, pour tenir et défendre le pays, il leur fallait aussi des églises qui répondissent aux traditions occidentales et romaines mieux que les petites églises grecques avec leur iconostase. Malheureusement tous ces monuments, sauf de rares églises grecques remaniées par les Francs, sont aujourd’hui abandonnés et plus ou moins détruits. De plus, à de rares exceptions près, ils ont été construits avec de faibles moyens et par la main-d’œuvre indigène ; aussi souffrent-ils pour la plupart d’une grande indigence de détails caractéristiques alors que la pauvreté des sources écrites ne permet pas d’en retracer l’histoire. Comme beaucoup des sites où ils se trouvent n’ont pas été occupés exclusivement à l’époque de la principauté, une question préliminaire se pose pour presque toutes ces ruines pittoresques qui couronnent tant de hauteurs du paysage péloponésien dans quelle mesure sont-elles bien l’œuvre des conquérants du xme siècle ? Devant l’absence quasi totale de critères archéologiques permettant de dater, ce sont les quelques allusions que nous avons relevées dans les textes, l’examen de la topographie, l’expérience des lieux ou des modes de construire acquise par une longue fréquentation du pays et des ruines qui nous ont conduit dans le choix des monuments que nous allons décrire. En tout cas, nous avons voulu éviter de faire ici une étude générale des monuments élevés en Morée de l’époque byzantine au xixe siècle, comme on est tenté de le faire quand on aborde les vastes : :
536 RECHEROHES ARCHÉOLOGIQUES ensembles que constituent des places comme Corinthe, Argos, Patras ou Mistra. Nous avons réservé notre attention à ceux qui pouvaient être considérés avec une certitude suffisante comme les témoins de la domination franque et, dans les ensembles plus complexes dont l'étude complète serait fort longue, comme celle que nous avons faite naguère pour les fortifications de l'Acrocorinthe, notre effort consistera surtout à délimiter les parties dues aux constructeurs occidentaux (1). Nous étudierons successivement les monuments de l'architecture religieuse puis ceux de l'architecture civile et militaire, en présentant d'abord ceux qui appartiennent proprement et exclusivement à l'époque qui fait l'objet de nos recherches, puis ceux qui ont été seulement remaniés aux xme et xive siècles ; nous signalerons enfin à l'occasion ceux où l'on peut déceler une influence ou un détail d'origine occidentale. (1) Ce sont surtout les grandes forteresses qui constituent des ensembles complexes; les principales étapes de leur construction correspondent à l’antiquité, à la première période byzantine, jusqu’au vie siècle, à la seconde du ixe au xne ; à la domination franque, puis à la période grecque pour certaines régions, vénitienne pour d’autres de la fin du xive et du début du xve siècle, enfin à la domination vénitienne de 1686-1715. L’œuvre des Turcs a été, à notre avis, de peu d’importance, sauf sur quelques sites. Celle des Vénitiens étudiée par Kevin Andrews, au contraire a été certainement considérable : elle a été en particulier The castles of Morea, cf. supra , p. 44.
CHAPITRE PREMIER ARCHITECTURE RELIGIEUSE Entre les innombrables églises que Ton rencontre dans le Péloponèse comme dans tout pays grec, peu nombreuses sont celles où un détail révèle la main d'un artiste étranger ; plus rares encore celles qui sont tout entières d'inspiration occidentale. En fait seules entrent dans ce dernier groupe les églises Notre-Dame du couvent d'Isova à Bitsibardi, sur la rive gauche de l'Alphée, à laquelle nous joindrons l'église voisine de Saint-Nicolas légèrement postérieure, Sainte-Sophie du couvent des Dominicains à Andravida, celle de l'abbaye cistercienne de Zaraka, enfin une église à Clarence ; aucune n'est entièrement conservée ; la quatrième, la moins intéressante d'ailleurs, est aujourd'hui anéantie. Il faut, il est vrai, rattacher à ces monuments l'église du couvent des Ylachernes d'Élide qui, bien qu’en partie grecque, présente de nombreux éléments caractéristiques de l'architecture du xme siècle franc. Nous signalerons ensuite les vestiges moins importants : détails rajoutés sur un monument plus ancien, formes dans le plan ou dans l'élévation d'une église ou de ses annexes, qui révèlent l'activité ou l'influence des artistes d'inspiration occidentale. A. Églises de style occidental Notre-Dame d’Isova (PI. 56-62). — Les ruines du couvent d'Isova doivent une partie de leur intérêt au fait qu'on peut les attribuer avec une pleine certitude à la première moité du xme siècle ; le couvent fut en effet incendié par les mercenaires turcs au service des Grecs en 1263 (1) ; c’est pourquoi nous les décrirons les premières. Un peu à l'ouest du village de Bitsibardi ou, officiellement, Trypètè, près d’une (1) On peut trouver un indice confirmant l’événement rapporté par la Chronique de Morée dans le fait que les pierres à l’intérieur de l’église ont une teinte rose, différente de celle qu’elles ont à l’extérieur, qui est certainement l’effet du feu auquel elles ont été exposées.
538 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES belle source ombragée de platanes, il s’étendait au milieu des champs coupés de rideaux de cyprès ou de bouquets de pins, sur la pente très douce qui, des collines au sud, descend vers PAlphée le paysage, très ample, est un des plus riants et des plus séduisants qu’offre le Péloponèse (1). Dans ce cadre verdoyant, ces vestiges appelés par les paysans «le Palais», ta Palatia1 et naguère à demi enfouis sous le lierre, ont une allure occidentale qui a frappé tous les voyageurs ; les descriptions, en particulier celle de Leake, laissent penser qu’ils sont aujourd’hui à peu près dans le même état qu’il y a un siècle et demi (2), et l’on peut supposer qu’ils n’ont pas beaucoup changé d’aspect depuis l’incendie de 1263 il ne semble pas qu’on ait jamais tenté de le relever, on a seulement reconstruit auprès du premier bâtiment une autre église plus petite consacrée à saint Nicolas, elle-même ruinée aujourd’hui (pl. 56 a-b, 63-65). Il faut donc distinguer deux constructions qui ne sont pas de même époque (3). La ruine la plus importante (pl. 56-60) est celle d’une grande salle rectangulaire, orientée approximativement d’est en ouest ; le petit côté occidental est presque intact ainsi que le long mur septentrional ; le côté sud est à demi détruit et la partie ; : orientale est la moins bien conservée. Le bâtiment mesure extérieurement 41 mètres environ sur 15 m. 35 en moyenne ; à l’est un chœur polygonal flanqué de contreforts faisait une saillie de 8 mètres. Ce plan montre qu’il s’agit de l’église du couvent, qui frappe d’abord par son, ampleur : entre les murs épais en moyenne de 1 m. 37 à 38, la salle est large de 12 m. 50 à l’ouest à 12 m. 70 à l’est sur 38 m. 45 de long, prolongée par le chœur aux murs plus minces (0 m. 80 à 90) large de 8 mètres, profond de 8 m. 55. La construction est parfaitement homogène : les murs sont faits d’une maçonnerie de moellons de calcaire local assez bien taillés mélangés de quelques fragments de tuiles ; les trous de boulin carrés n’ont pas été bouchés ; à l’extérieur et surtout aux angles, les matériaux sont plus gros, mieux taillés et bien assemblés il ne semble pas y avoir de blocs antiques remployés. Pour l’encadrement des baies et pour tous les détails de la construction comme les corniches et les larmiers, les pierres ont été taillées et assemblées avec le plus grand soin. L’ensemble a été certainement construit en une seule fois et avec des matériaux préparés spécialement pour le monument. Le petit côté ouest (pl. 58 a, 60 a-b, 61 b) n’a pas de porte, mais il est percé de trois baies en arc brisé les deux du bas sont larges de 0 m. 67 sur 2 m. 40 de haut ; la fenêtre supérieure plus grande mesure 1 m. 20 sur 3 m. 60 environ, et s’ouvre dans un pignon beaucoup plus aigu que celui des bâtiments grecs en général. En l’état actuel, il n’est pas possible de voir si le pignon s’élevait au-dessus du toit, ou si ce dernier reposait sur lui et le débordait cependant le fait que le couronnement de l’angle sud-est est au même niveau, nous le verrons, que la corniche du mur sud semble être en faveur de ; : : (1) Sur le site, v. supra, p. 352. (2) De tous les voyageurs qui ont vu et signalé ces ruines, Leake, Travels, II, pp.87-89, en a donné la description la plus précise accompagnée de deux croquis d’une fenêtre géminée et de l’arcade d’une niche ; il est vrai qu’il fait à tort de la seconde une grande fenêtre » du pignon ouest de l’église ; la première est attribuée par lui à Saint-Nicolas ; cf. Buchon, Grèce et Morée, pp. 497-498 ; dans son Atlas, pl. IX, il en donne une vue très fantaisiste, avec deux croquis qui reproduisent ceux de Leake. (3) Ces monuments ont été étudiés par Traquair, Frank. Archil., pp. 33-42, avec de nombreux plans, dessins et photographies, et plus récemment par N. Moutsopoulos, Le monastère franc de Notre-Dame d'Isova (Gorlynie), BCH, LXXX, 1956, pp. 76-94 ; cette dernière étude a malheureusement ignoré celle, très précise et plus exacte, de B. Traquair. «
ARCHITECTURE 539 RELIGIEUSE la seconde solution (1). Le côté nord (pl. 57 a, 59 a-b), assez bien conservé, a une éléva¬ tion de 7 mètres à 7 m. 50 ; il était couronné par une corniche formée d’un cavet au dessus d’une baguette (fig. 2 a) dont il ne reste en place qu’un fragment (2). Au-dessus d’une assise faisant saillie en biseau à 4 mètres du sol actuel environ, s’ouvre une série de six fenêtres en arc brisé parfaitement conservées, placées plus haut, et plus petites que celles du côté ouest elles mesurent 0 m. 60 sur 1 m. 80. Ces baies sont placées à égale distance l’une de l’autre (en moyenne 4 m. 20 d’axe en axe) ; mais le mur est plein dans la partie occidentale sur près de 7 mètres et à l’est, sur près de 12. De plus l’assise faisant saillie au-dessous des fenêtres ne court pas tout le long du mur elle s’arrête avant l’angle ouest où l’on voit aussi des traces d’arrachement d’un mur ; à l’est on peut noter de même que deux murs s’appuyaient autrefois contre l’église ; ils devaient appartenir à un corps de bâtiment faisant équerre avec l’église, large de 8 m. 75 et couvert d’un toit à double rampant dont la ligne est marquée par une saignée sur le mur de l’église où se voit aussi un creux qui a pu être le logement d’une panne de la charpente une petite fenêtre s’ouvrait dans le haut du mur, sous ce toit du bâtiment en retour, et donnait dans l’église (3). Entre ce bâtiment et le mur à l’ouest sont placées, au-dessous des fenêtres, deux rangées de corbeaux ceux de la rangée supérieure, au nombre de douze, à une hauteur d’un peu plus de 3 m. du sol actuel, ont tous le même profil en quart-de-rond et sont taillés pour porter une pièce de bois ils tenaient certainement la charpente d’un toit en appentis qui devait venir ceux de la seconde rangée, se loger sous l’assise en saillie au-dessous des fenêtres à 2 m. 20 plus bas, dans une disposition contrariée avec les premiers, sont de formes plus variées (fig. 2 g-i). Il est clair que de ce côté devait être le cloître formé d’une galerie couverte d’un toit en charpente la double série de corbeaux suggère que cette galerie avait un plancher à un niveau nettement supérieur au sol il est probable qu’il était assez élevé pour qu’on pût passer au-dessous, car le sol a dû s’exhausser beaucoup depuis le xme siècle ce qui le confirme ce sont les brèches dans le mur dont une au moins, sinon deux, correspond à une porte qui faisait communiquer l’intérieur de l’église avec la cour du cloître au niveau inférieur. Il y a actuellement trois brèches dans le mur nord celle de l’est correspond, à l’intérieur de l’église, à une niche, dont il ne reste qu’un côté avec une colonnette d’angle surmontée d’un petit chapiteau sculpté, et qui est enterrée de 1 m. 50 au moins les deux autres brèches sont plus hautes, mais si l’on veut y restituer une porte régulièrement cons¬ truite avec une arcade en ogive et son encadrement de pierres appareillées, il faut supposer que le sol était beaucoup plus bas or il est indispensable d’admettre que l’on pouvait entrer dans l’église de ce côté, puisque c’était là que se trouvaient les bâtiments du couvent et le cloître qui, croyons-nous, comportait deux galeries super¬ posées, séparées par un simple plancher de bois. : : ; : : ; ; ; ; : ; ; (1) Ce n’est pas sûr, comme le montre une comparaison avec les toits de l’église des Vlachernes, étudiée plus bas. (2) Traquair, Frank. Archit., fig. 6, p. 37, fait une différence entre la corniche du mur sud pourvue d’une baguette et celle du mur nord qui en serait dépourvue ; c’est à notre avis l’inverse : la baguette est nettement visible sur le bloc conservé du côté nord ; au sud elle semble absente, mais c’est peut-être le résultat de l’usure par les intempéries. (3) Notons encore dans ce mur deux placards dont la place nous paraît correspondre à un étage qui serait au niveau de la galerie de bois extérieure constituant probablement le cloître, cf. ci-dessous.
d f e 0 5 i_ i 540 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES w h Fig. 2. — Notre-Dame d’Isova : \ i a) corniche du mur nord ; — b) section d’une nervure ; — c-f) cordons en forme de larmier; — g-i ) consoles sur le mur extérieur nord.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE 541 Le mur sud est beaucoup moins bien conservé de ce côté où le niveau du sol est plus élevé, il est à demi enterré et a d'autre part perdu son couronnement on voit encore la place de six fenêtres qui correspondent à celles du nord, mais qui descendaient plus bas, puisqu’il n’y avait pas ici de cloître une grande brèche à l’est marque probablement l’emplacement d’une porte, c’est du moins le seul point où une porte a pu s’ouvrir vers l’extérieur ; l’angle extérieur du mur à l’est de la brèche, d’ailleurs, travaillé en forme de moulure concave, semble bien correspondre à un des côtés de la porte. A l’angle sud-ouest du bâtiment se place un des détails les plus curieux de cet angle, dégagé de toute construction, à la différence du coin la construction nord-ouest, était soutenu par deux contreforts en équerre chacun est un peu plus mince que le mur qu’il prolonge, et aligné sur la face interne de ce mur, de sorte que, entre les deux contreforts, le rectangle que forme l’ensemble du bâtiment n’est pas complet. Sur les contreforts courent deux cordons en forme de larmiers (fig. 2 c) ; au-dessus du second, le fond de l’angle rentrant est rempli par un petit massif qui complète le rectangle exact du plan, il repose sur une pierre en encorbellement taillée au-dessous en une triple conque. Au niveau de la corniche du mur sud, semblable à celle du mur nord, mais sans baguette, l’angle est couronné d’un bloc qui fait une forte saillie et dont la partie inférieure et la face en chanfrein sont décorées d’un buste humain (1). Le contrefort sud a gardé une partie de son couronnement en talus sur le talus, on voit une saillie qui est le départ d’un pinacle très simple en bâtière (pi. 58 a, 61 a). La partie orientale de l’église est presque entièrement détruite on en voit cependant le plan un chœur limité par des murs parallèles sur une longueur de 6 m. 25 à l’intérieur, puis par un tracé à trois pans ; les murs épais d’un peu moins d’un mètre étaient soutenus par six contreforts rayonnants il reste la partie inférieure des deux premiers (2). Tout autour de cette partie de l’église courait une moulure en forme de larmier au-dessus de laquelle les murs et les contreforts font une retraite à peine sensible (pl. 61 c, fig. 2 d-f). On peut supposer que les contreforts, comme ceux de l’angle sud-ouest, avaient un couronnement en talus surmonté d’un pinacle : : ; : : : : : ; en bâtière. A l’intérieur, il n’y noter est la présence aucune trace de supports, colonnes ou piliers. Le seul détail de corbeaux de pierre régulièrement disposés le long du mur à nord au nombre de huit, entre les fenêtres à environ 4 m. 50 du sol actuel ils sont placés à une distance de 4 m. 10 à 4 m. 40 l’un de l’autre ; il y en a également sur le mur sud, disposés de même ; la plupart ont éclaté sous l’effet du feu au moment de l’incendie ; le dernier à l’est sur le mur garde quelques restes d’un décor sculpté. On est amené à supposer que l’église était couverte d’un toit à double rampant à charpente apparente : la largeur de la nef, 12 m. 50 à 12 m. 70, n’est pas excessive a ; (1) C’est sans doute ce détail que signale Buchon, Grèce et Morée , p. 498 : «une de ces gouttières sculptées suivant la forme gothique et représentant un animal idéal ou peut-être un lion mal exécuté ». Le dessin de N. Moutsopoulos, Z.Z., p. 92 fig. 13, donne une idée approximative de l’ensemble, mais avec des détails inexacts. (2) N. Moutsopoulos a restitué un chœur à tracé polygonal à l’extérieur mais circulaire à l’intérieur comme celui des absides byzantines, ce qui supposerait qu’il était couvert d’une voûte en cul-de-four. Il serait nécessaire de procéder à une fouille pour fixer avec rigueur le tracé ; mais on peut affirmer que le chœur, pourvu de contreforts, devait avoir à l’intérieur une forme polygonale comme dans les églises occidentales ; c’est aussi le plan qu’a relevé R. Traquair.
542 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES pour être couverte par une seule pièce de bois la région est riche en pins ou en cyprès pouvant fournir des poutres de cette portée ; de plus les entraits étaient soulagés par des jambes de force prenant appui sur les corbeaux. Le premier de ces entraits à l’ouest devait reposer sur trois corbeaux qui font saillie sur le mur occidental contre lequel il devait être placé, au niveau du couronnement des murs nord et sud (1). Il y avait neuf travées : la première à l’ouest était éclairée par les fenêtres du pignon, et avait une porte au nord ; dans les six suivantes étaient placées les fenêtres hautes latérales ; la huitième n’avait pas d’ouverture au nord où vient s’appliquer un mur extérieur, mais une porte au sud la neuvième enfin offrait de part et d’autre une niche. La niche nord, déjà signalée, a été presque complètement détruite par une brèche, il ne reste qu’une partie du côté droit : une colonnette taillée dans le bloc d’angle, surmontée d’un petit chapiteau qui devait avoir un décor végétal, malheureu¬ sement à peu près effacé (2). Au sud, la niche est mieux conservée ; elle garde l’arcade taillée dans un seul bloc qui la surmonte ; déjà dessinée par Leake dans son état actuel, elle devait comporter, comme l’a reconnu R. Traquair, deux arcades trilobées sur¬ montées d’un quadrifeuille, le tout encadré par une moulure décorée de neuf roses les colonnettes qui complétaient l’encadrement ont disparu ; le tout est d’un travail soigné et assez délicat (pl. 62 a, cf. Traquair, Z. /., p. 36, fig. 5). La niche abritait : ; ; sans doute une piscine. On regrette la disparition du chœur qui devait être, comme dans les autres églises, la partie la plus intéressante ; il est probable que c’est sur lui que s’est exercé particulièrement l’effort de destruction, mais on peut se demander aussi si la ruine plus complète n’est pas due à un système de couverture différent de celui de la nef. On voit en effet dans les murs de l’église Saint-Nicolas un bloc mouluré qui ne peut être qu’une nervure d’une voûte ; on admettra volontiers, avec Traquair, que cette partie était couverte d’une voûte ogivale à nervures d’un profil plus élaboré que dans la plupart de celles que l’on rencontre en Morée : au lieu du tore simple, c’est en effet un bandeau dont les angles sont profilés en deux tores dégagés par deux cavets pro¬ fonds et séparés par un méplat (fig. 2 b). Les fenêtres conservées sont des ouvertures toutes n’ont pas les mêmes dimensions mais la différence la simples en tiers-point plus nette est que celles du sud et de l’ouest ont un ébrasement à peu près égal vers l’extérieur et vers l’intérieur, alors qu’au nord (pl. 59 a-b), sur le cloître, elles ont, vers l’intérieur, une ébrasure très profonde et large, et que l’arête du cadre extérieur est simplement abattue (3). Mais toutes sont encadrées de pierres très bien taillées et dressées ; l’arcade est faite de claveaux exactement assemblés mais non extra dossés ; il n’y a que rarement une clé de voûte ; la génératrice de l’arcade de l’embrasure à l’intérieur comme à l’extérieur est en général une droite mais pour les ouvertures plus grandes, dans le mur ouest, cette génératrice est une courbe légèrement : ; ; de trancher la question de savoir de quoi était fait le toit ; la pente, si elle correspond difficile l’usage des briques demi-rondes aussi bien que des dalles de pierre ; la présence de la grande fenêtre supérieure du mur ouest ne permet pas de supposer que le toit ait été beaucoup plus plat. L’hypothèse d’une couverture de plomb, cf. N. Moutsopoulos, p. 90, paraît exclue à cause du poids qu’elle aurait représenté sur une charpente ayant une aussi grande surface. Frank. Archil. , p. 36, fig. 5. (2) V. Traquair, La maçonnerie dans la partie au-dessous des fenêtres du mur nord est beaucoup moins régulière (3) que dans le reste de l’ébrasure, v. pl. 59 b. (1) Il paraît difficile au pignon, rend
ARCHITECTURE Fig. 3. — Notre-Dame RELIGIEUSE 543 d’Isova. Ensemble restitué d’après R. Traquair (en réalité le sol du cloître devait être un niveau inférieur d’environ 2 m. à la galerie dessinée ici). à concave. Dans le mur ouest aussi, en haut de l’ouverture, entre les claveaux de l’arcade extérieure et ceux de l’arcade intérieure, le cadre même de la fenêtre est fait d’un bloc taillé à part ; des trous y sont pratiqués pour recevoir les grilles qui étaient le seul système de fermeture (pi. 60 a-b, 61 b). Il est probable que le chœur devait avoir aussi une ou plusieurs fenêtres plus ouvragées. Un fragment de remplage a permis à Traquair de reconstituer une fenêtre à deux baies géminées surmontées d’une rosace à cinq feuilles (pl. 62 b ; cf. Traquair, l’ouverture totale aurait environ 1 mètre le profil de la pierre Z. /., p. 36, fig. 5) indique que la rosace munie d’une feuillure pouvait recevoir une plaque de fermeture, un claustrum alors que les baies étaient fermées par des grilles. Il est très possible qu’il faille restituer en effet, comme l’a fait Traquair, une ou trois fenêtres de ce type dans le chœur (fig. 3) (1). En résumé Isova se présente comme une vaste église dans laquelle on entrait par une porte située au sud ; au nord se trouvaitle cloître bordé à l’ouest d’un mur, à l’est d’un corps de bâtiment; nous ignorons s’il existait d’autres constructions; il n’en reste en tout cas pas trace (2). L’église est d’une conception très simple, puisque ce n’est ; : , (1) Un autre fragment d’architecture a été relevé, c’est une grosse moulure ou plus exactement une partie d’une moulure, cf. Traquair, Frank. Archit., p. 37, fig. 6 ; son profil est à rapprocher du cordon qui entoure le chœur de Sainte-Sophie d’Andravida à l’intérieur, et peut-être occupait-elle une place analogue, cf. ci-dessous. (2) Traquair en conclut que la communauté devait être fort peu nombreuse ; la conclusion est au moins précipitée. 36
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 544 qu’une grande salle rectangulaire éclairée par des fenêtres sans décor sculpté (1) ; le chœur était probablement de plus belle apparence, car il devait être couvert de voûtes et éclairé par de larges baies. Mais pour être simple, la construction n’en témoigne pas moins d’un soin particulier dans la taille et l’assemblage des pierres formant l’encadrement des fenêtres, dans les détails tels que les corbeaux, la corniche des longs côtés, les moulures décorant le chœur, et les contreforts de l’angle sud-ouest, la figure sculptée au départ sud du pignon, enfin le décor des deux niches intérieures. C’est, en bref, un bâtiment construit d’un seul jet et par les Francs aucun élément ne peut être rapporté à une influence byzantine ; on est tenté de penser qu’il a été élevé non seulement d’après les dessins ou plans fournis par des religieux latins, mais construit même par des occidentaux. C’est avec raison que les voyageurs ont toujours été frappés par l’allure de la façade ouest avec son haut pignon ces combles si vastes avec le toit aux pentes fortes n’ont pu être imaginés et construits que par des Francs nulle part ailleurs, même dans les monuments de style authentiquement français comme le chœur de Sainte-Sophie d’Andravida, ne se retrouve cette même silhouette. Les détails signalés confirment l’impression tous appartiennent à l’art français du xme siècle. Mais le style du bâtiment reste dans l’ensemble trop simple, les détails sculptés trop peu nombreux et trop dispersés pour qu’on puisse en tirer des conclusions utiles sur Tordre religieux qui construisit le couvent ou sur l’origine des ouvriers qui y travaillèrent. C’est un monument du xme siècle français, il nous paraît hasardé de le définir de façon plus rigoureuse. : : : ; Saint-Nicolas (pi. 63-65). — L’église Saint-Nicolas, à une vingtaine de mètres au sud du bâtiment que nous venons de décrire, n’apparaît pas comme un monument d’inspiration exclusivement occidentale, mais elle a été très probablement construite pour le culte catholique. La grande église n’a pas été relevée après l’incendie de 1263 ; un fragment au moins, la nervure que nous avons signalée, encastrée dans la maçonnerie de Saint-Nicolas, montre qu’on y a remployé des blocs provenant du monument voisin déjà ruiné ; Saint-Nicolas est donc postérieur à 1263. C’est un bâtiment un peu plus large (10 m. 95) que long (9 m. 70), orienté sud-ouest. nord-est, pourvu d’une seule abside saillante de tracé semi-circulaire. Les façades ouest et est sont assez bien conservées ; le mur sud présente une brèche importante en son milieu le côté nord est en grande partie ruiné aujourd’hui (2). Les murs, épais de 0 m. 82, sont faits d’une maçonnerie moins régulière que ceux de la grande église, avec beaucoup plus de fragments de tuiles ou de briques ; ces fragments sont volontiers disposés de manière à entourer les moellons, dans un effort pour imiter l’appareil à parement cloisonné ; dans un pan tombé au sud, on voit même un essai de frise formée de briques placées en zigzags. Les murs sud et nord sont couronnés d’une corniche, qui fait retour sur le côté est au même niveau, et se continue sur l’abside demi-circulaire ; cette corniche est ornée d’un corps de moulures au profil ; (1) Un mur à demi détruit, placé à une dizaine de mètres du chœur, coupe actuellement l’église en deux parties inégales ; il nous paraît postérieur et n’avoir donc aucun rôle dans le monument tel qu’il avait été conçu : il aurait délimité à l’est une salle n’ayant pas d’ouvertures, sauf les fenêtres du chœur. (2) Il était conservé sur une hauteur plus grande quand Traquair l’a dessiné et quand nous l’avons vu nous-même en 1927. Plusieurs maisons ayant été construites après 1938 dans le voisinage immédiat, le bâtiment a beaucoup plus souffert que les ruines de l’église du couvent.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE 545 beaucoup plus riche que le cavet de celle du couvent : il se compose d'un tore entre deux filets anguleux et se termine en bas par une baguette. Il n'y a pas de narthex ; on entre directement dans l’église par trois portes ouvertes sur la façade occidentale, ou par une autre sur le côté nord ; il est possible qu'il y en ait eu une aussi au sud où se trouve une large brèche. L’intérieur devait être divisé en trois nefs : des arrachements sur les murs ouest et est, au-dessus d'impostes correspon¬ dant à des bases encore en place de pilastres, et deux bases de colonnes au milieu de l'église, montrent que les nefs étaient séparées par deux lignes de deux arcades retombant sur une colonne au centre et aux deux extrémités sur des pilastres. Rien ne laisse supposer qu'il y ait eu une iconostase. La nef centrale était plus haute que les bas-côtés et correspond à un pignon percé d'une fenêtre à l’ouest ; les murs latéraux s'élevaient au-dessus des toits des nefs latérales et avaient peut-être aussi deux fenêtres, comme au couvent des Vlachernes d’Élide. Le mur oriental est plus épais, 0 m. 90 environ ; en face des deux nefs latérales, des niches peu profondes dans l’épais¬ seur du mur tiennent lieu d'absides. Une seule abside au centre fait saillie ; elle est couverte d’une voûte en cul-de-four faite, non de moellons bien appareillés, mais de pierres plates assez irrégulières disposées en tas de charge sur la moitié de la hauteur et en claveaux rayonnants au-dessus (pi. 64 a) comme l’a bien vu Traquair (1). La couverture se composait, comme sur une basilique simple, d’un toit à double rampant sur la nef principale et de toits en appentis sur les nefs latérales. Des ouvertures, seules quelques fenêtres restent complètes ce sont des baies simples, généralement étroites (de 0 m. 30 à 0 m. 50), terminées par un arc brisé et taillées dans un seul bloc ou faites de deux pierres telles sont les fenêtres du mur oriental (pl. 63 c-64 a) seule celle de l’abside centrale était plus large (1 m. 03) et divisée en deux formes par une colonnette centrale la partie inférieure du cadre de cette fenêtre est faite d'un seul bloc taillé suivant la courbe de l’abside et présentant en son milieu un renflement correspondant à la base de la colonnette. A la différence de ce que nous avons vu dans la grande église voisine, les fenêtres ont ici une ébrasure qui était couverte d’un linteau droit de bois, sauf aux absides où les ébrasures étaient cintrées ; les angles de l’arête extérieure sont cependant abattus, conformé¬ ment aux habitudes occidentales. On peut supposer que les portes et les arcades entre les nefs étaient également en arc brisé. Dans le mur sud sont conservés, à l’ouest de la brèche, une fenêtre entière (pl. 63 b) et, à l’est, le bord d’une autre ; sur le côté intérieur de ce mur s’ouvre une niche. Le mur nord présente une série de niches et d’ouvertures, en grande partie disparues ou défigurées aujourd’hui (pl. 65 b) ; ce sont de l’ouest à l’est : une niche juste dans l’angle, une porte à linteau droit à l’intérieur mais surmontée d’un arc brisé à l’extérieur (2), une niche à arc brisé, enfin trois niches dont une, plus grande, entre deux plus petites, s’ouvre au-dessus d’une dalle formant table et creusée d’une cupule à six lobes, qui devait être une piscine ; au-dessus Traquair a restitué, d’après ce qui restait alors, trois fenêtres en arc brisé dans des ébrasures à linteau droit, une plus grande dans la travée occidentale, deux plus petites dans la travée orientale. : : ; ; (1) Cf. Traquair, Frank Archil., p. 40, fig. . 8. Le dessin de N. Moutsopoulos, LL, p. 83, fig. 4, est inexact. (2) D’après le dessin de Traquair, Frank. Archil., p. 40, fig. 9, tout le haut de la porte serait détruit je l’ai vu, pour ma part, toujours dans l’état représenté par la photographie pl. 63 a, prise en 1938. :
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 546 Les éléments les plus intéressants sont les bases et les impostes les bases des pilastres sont ornées de deux cavets renversés dans l’angle du cavet inférieur sont sculptées des griffes en forme de feuille stylisée. Les impostes diffèrent à l’est et à l’ouest à l’est, elles sont plus simples et se réduisent à un tronc de pyramide renversé avec un listel au-dessus et deux au-dessous à l’ouest, le tronc de pyramide est orné sur les côtés de motifs sculptés cinq grosses boules pour l’un, trois boules suspendues on dirait un motif inspiré par des fruits (pl. 64 b-c). à des tiges pour l’autre Il faut encore signaler un certain nombre de fragments d’architecture isolés et dispersés. C’est à l’intérieur de Saint-Nicolas qui se trouvent le fragment de remplage que nous avons attribué à une baie du chœur de la grande église, et la moitié d’une base de colonne très soignée, coupée suivant la diagonale elle est formée d’un socle carré portant une base attique dont le tore aplati est légèrement débordant dans les angles sont sculptées des griffes en forme de feuille le diamètre de la colonne était de 0 m. 30 environ Traquair en donne un dessin très exact, p. 41, fig. 10. Un bloc travaillé de manière à servir de base en son milieu à une colonnette (diamètre 0 m. 13) et qui devait constituer l’appui d’une fenêtre géminée, donc analogue à celui que nous avons signalé à la fenêtre de l’abside centrale, mais droit, a été dessiné par Traquair, fig. 10, mais nous ne l’avons pas revu à nos derniers voyages en 1960 et 1962. Un autre bloc dans lequel est taillée une arcade tréflée (pl. 62 d), de 0 m. 73 d’ouverture (1), est aujourd’hui maçonné dans une des fontaines aménagées près des ruines. Enfin, dans un sentier à quelque distance au nord-est de la grande église, un ravinement a fait apparaître une grande vasque de marbre, brisée, de 1 m. 58 de diamètre elle présente un bord plat d’environ 0 m. 11 de large et devait avoir trois tenons (dont deux sont conservés) formant une saillie de 0 m. 11 (fig. 4 et pl. 62 d) ; la surface est assez fruste, mais le travail d’un bloc aussi grand représente un bel effort cette vasque : ; : ; : ; : ; ; ; ; ; était évidemment destinée à recueillir les eaux amenées des belles sources voisines (2). Cette petite église de Saint-Nicolas laisse une impression très différente de celle du couvent le plan carré avec son abside ronde est nettement grec, bien que la dispo¬ sition basilicale semble à cette époque plutôt d’inspiration occidentale c’est d’ailleurs très probablement une église catholique puisqu’il n’y a ni narthex ni aménagement pour l’iconostase. Les formes des ouvertures, l’arc brisé sont évidemment de style français, mais rien dans la technique ne révèle des ouvriers ou des artistes qui ne puissent être grecs, et la forme des ébrasures est grecque. Seuls certains détails comme les bases des pilastres, les impostes, trahissent davantage une influence occidentale enfin la base de colonne apparaît comme pouvant être difficilement attribuée à un tailleur de pierre indigène, l’hypothèse qui s’impose est que ce fragment a été pris au monument voisin du xme siècle, même si l’on ne voit pas dans l’état actuel de ce dernier où il était placé. En résumé, l’église de Saint-Nicolas a été cons¬ truite après l’incendie du couvent en 1263, par des ouvriers du pays qui ont eu recours à leur manière propre de construire et à des formes auxquelles ils étaient habitués : ; ; p. 86, fig. 8, 1, qui donne (1) Non signalé par Traquair, il est dessiné par N. Moutsopoulos, également, fig. 8, 2, l’arc d’une fenêtre qui proviendrait du côté sud nous ne l’avons pas vu. (2) La présence de ces sources et de cette vasque fait songer au souci que les Cisterciens ont toujours manifesté pour l’approvionnement en eau ; l’abbaye de Zaraka nous en fournit un exemple ; mais c’est un indice aussi fragile pour attribuer à cet ordre le monastère de Notre-Dame d’Isova, que l’absence de commu¬ nication des bâtiments avec l’extérieur invoquée par Traquair pour les considérer comme bénédictins. :
ARCHITECTURE Fig. 4. — Notre-Dame RELIGIEUSE d’Isova. 547 Vasque. en même temps qu’à certaines formes occidentales, s’inspirant parfois de modèles pris dans l’église voisine, y puisant aussi certains matériaux. Mais ce petit monument gréco-franc a dû être élevé encore sous la domination franque, donc au plus tard au début du xive siècle (1). Sainte-Sophie d’Andravida (pl. 10-20). — La date de la construction de Sainte Sophie à Andravida n’est pas connue avec précision mais l’église remonte vraisem¬ blablement au début de la domination franque, et au plus tard au milieu du xme siècle (2). Seule la partie orientale en est aujourd’hui conservée (3). ; Frank. Archit., p. 42, l’attribue au xve siècle, en le comparant avec l’église Saint-Mammas (1) Traquair, Saint-Sozomène en Chypre, cf. C. Enlart, L'art en Chypre, I, p. 195 : en réalité cette église n’offre que peu travées, trois absides apparentes, elle était certainement de ressemblance avec Saint-Nicolas : elle a trois voûtée, et aucun des détails décrits par Enlart n’a son équivalent ici. Le seul caractère commun est la juxtapo¬ sition dans les deux monuments d’éléments ou de techniques d’époques et de styles très variés, caractéristique à d’une construction relativement tardive. (2) Le L. de los fech., § 346, en attribue la construction, comme celle de toutes les églises connues d’Andravida, à Guillaume de Villehardouin, au lendemain des victoires de 1263 sur les Grecs. Le renseignement ne peut être retenu comme sûr, car au moins une des églises citées est antérieure à cette date, c’est Saint-Jacques, cf. supra, p. 100. La présence en Grèce des Dominicains à qui appartenait Sainte-Sophie est certaine à partir de 1240. Enfin le premier événement que le L. de la conq., § 410, situe dans cette église, la séance où Geoffroy de Karytaina, revenu d’Italie, vint demander son pardon au prince, date de 1265. Voyage, IV, p. 366, prend (3) Les descriptions anciennes en sont assez décevantes : Pouqueville,
548 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES C'était à l'origine une vaste construction basilicale à trois nefs terminée à l'est par un chœur à chevet droit (pi. 10 b). La longueur devait dépasser légèrement 50 mètres, auxquels s'ajoute la saillie du chœur de 4 m. 60 ; la largeur totale est de 18 m. 90. Des nefs, il ne reste qu'une partie des fondations vers l’est ; les murs avaient 0 m. 90 à 0 m. 95 d’épaisseur les fondations du côté ouest, beaucoup plus larges, laissent supposer qu'on avait donné à la façade une assez grande importance, il devait y avoir un portail (ou plusieurs) précédé d’un porche assez profond et probablement décoré (1). A l'intérieur deux séries de supports isolés séparaient les nefs il en reste les fondations dont l’espacement permet d'évaluer l’entre-axe à 3 m. 65 environ tout à fait à l’est une base est restée en place (pl. 20 d elle se compose d'un socle carré haut de 0 m. 35 portant un tore aplati de profil attique, et dont les coins supérieurs sont creusés d’une gouttière arrondie elle était destinée à recevoir un fût de colonne de 0 m. 45 de diamètre (2). On voit encore les fondations de plusieurs bases, mais la seconde à partir de l’est manque dans les deux rangées. La nef centrale devait être séparée des bas-côtés par deux colonnades portant des arcades ; pour l'une et l'autre, l'arrachement de la première arcade à l’est est visible sur la partie conservée de l’église. L’absence des deux colonnes qui limiteraient la seconde travée normale à partir du chevet peut ne pas être fortuite : il y aurait là une arcade deux fois plus large et probablement plus haute en proportion que les autres qui correspondrait à un transept — qui ne devait pas déborder sur les côtés longs du rectangle (3), ou à une lanterne posée sur un carré, les supports n’étant pas suffisants pour soutenir une coupole. La nef centrale est deux fois plus large que les bas-côtés, et chacune de ses travées est un peu plus de deux fois plus large que longue (environ 8 m. 68 sur 3 m. 65, mesures prises entre les axes des colonnes). La couverture devait être, semble-t il, un toit en charpente aucun élément ne permet de supposer qu'il y ait eu des voûtes construites (4). ; : ; : ; ; Sainte-Sophie pour la cella d’un temple antique en brique, transformée en église ! Buchon, Grèce et Morée, p. 509, est moins fantaisiste, mais ne donne qu’une description rapide et les gravures publiées dans Atlas, pl. X et XI, représentent Sainte-Sophie avec trois absides rondes Le monument a été relevé et étudié avec , soin par Traquair, Frank. Archil., pp. 73-76 ; brève description de N. Moutsopoulos, 1960, p. 20. D’importants travaux de nettoyage et de consolidation ont été réalisés par le Service hellénique des anastyloses en 1961-1962, cf. BCH, LXXXVI, 1962, p. 749. (1) Les fondations du mur avaient d’après le plan de Traquair une épaisseur d’environ 2 mètres ; elles ne sont plus visibles aujourd’hui. (2) La tradition locale veut que ces colonnes aient été de grandes colonnes de granit dont quatre auraient été transportées aujourd’hui au bourg voisin de Léchaina où elles forment le portique de l’église ; Rennell Rodd, The princes of Achaia, I, p. 174, et Traquair, l.l., p. 73 B, se sont faits l’écho de cette tradition ; cf. XVII, 1923, p. 102. Ces grandes colonnes de granit, pierre inconnue dans la région, frappent aussi N. ., en effet ; il est très probable qu’elles remontent plus haut que le moyen âge, mais leur attribution à Sainte Sophie nous paraît sujette à caution, parce que les voyageurs anciens n’en parlent pas, et que nous avons eu nous-même l’occasion d’entendre un habitant de Léchaina, le docteur Sarandos Sarandopoulos, fort au courant des choses de la région, dire qu’elles venaient d’un point de la côte où il croyait pouvoir situer le port antique de Kyllènè. 1 ! (3) On peut comparer cette disposition à celle de l’église de Saint-Seine-l’Abbaye en Côte-d’Or où, il vrai, le transept est débordant, cf. G. Enlart, L· architecture gothique en Italie, p. 238 fig. 20. (4) La disparition complète de la partie la plus importante du monument s’explique sans doute par absence de pierre dans les environs, qui a poussé la population à se servir des murs comme carrière ; le chœur a été respecté peut-être parce qu’il était plus solidement construit, ou plutôt à cause de son caractère plus sacré ; c’est au contraire la partie qui a disparu le plus complètement au couvent d’Isova détruit volontairement est 1 par un acte de vandalisme ; il en est de même à Zaraka et à Clarence.
ARCHITECTURE 549 RELIGIEUSE La partie orientale, relativement bien conservée, comprend en face de la nef principale un chœur rectangulaire à deux travées, flanqué de deux chapelles à une travée dans le prolongement des bas-côtés (pl. 10 a-b, 14 a) ; des murs pleins séparaient ces trois parties qui devaient abriter autrefois trois autels ; une porte moderne a été percée dans le mur de séparation nord. Le tout est couvert par des voûtes sur croisées d’ogives. Les murs, dont l’épaisseur varie de 0 m. 94 à 1 m. 02, sont faits de blocs de calcaire ou de poros d’origine antique, assemblés avec assez de soin (pl. 14 b-15 a-b) les assises ne sont pas régulières, mais les blocs sont placés horizontalement et les interstices sont soigneusement remplis avec des pierres plus petites ou quelques fragments de briques ceux-ci sont assez abondants en certains endroits, mais jamais disposés avec régularité. Des contreforts soutiennent les angles et d’autres devaient être placés le long des côtés longs de la nef, dont seuls les deux premiers sont conservés (pl. 12 c) au chevet, ils sont placés non pas dans le prolongement des murs, mais normalement à l’angle, tandis qu’ils sont ailleurs perpendiculaires aux longs murs, ce qui est naturel. Murs et contreforts avaient à leur base une plinthe en légère saillie couronnée par un biseau ; les contreforts ont un ressaut placé à une hauteur différente du côté nord et du côté sud, en rapport avec l’élévation des chapelles, et se terminent par un talus simple. Le haut des murs a été en général remanié, ce qui laisse supposer que la toiture actuelle n’est pas la couverture originale : mais il n’y a pas d’indice qu’elle ait été très différente autrefois (1). Le mur ouest est fait dans le même appareil que les murs extérieurs mais avec moins de briques, ce qui montre que les pierres ont été assemblées avec plus de soin pour éviter les interstices. On voit nettement l’arrachement des murs séparant les collatéraux et le départ de la première arcade retombant sur une imposte faite de marbres sculptés byzantins remployés : au-dessous, il n’y avait pas de pilastres ou de colonnes engagées (pl. 10 a, 14 a). Des trois baies qui s’ouvrent (2), celle du centre est naturellement la plus grande, large de 6 m. 65, et donne accès au chœur à deux travées, couvertes de voûtes reposant sur des croisées d’ogives ; il est éclairé par trois fenêtres, deux hautes et étroites en plein cintre sur les côtés et une grande baie en tiers-point à l’est. La chapelle nord, qui mesure à l’intérieur 3 m. 65 de profondeur sur 3 m. 95 de largeur, s’ouvre vers la nef par une baie de 3 m. 50, et est éclairée par deux hautes fenêtres cintrées percées au nord et à l’est ; la chapelle sud, un peu moins grande, communique avec le bas-côté par une ouverture nettement plus petite, large seulement de 2 m. 82 ; elle a deux fenêtres du même genre que celles de la chapelle nord, mais sa voûte sur croisée d’ogives, comme dans la chapelle nord, est plus haute que celle de cette dernière. Les arcades des trois baies sont en tiers-point, faites de claveaux extradossés, soigneusement dressés et assemblés ; elles retombent sur des colonnes engagées celles de l’arc triomphal sont particulièrement bien conservées ; elles gardent leurs chapiteaux qui sont bien visibles au-dessus du mur de clôture moderne ils sont décorés de petites feuilles au bout de longues tiges, groupées par deux ou par trois, : ; ; ; : (1) On est tenté de supposer que les toits, conformément aux habitudes occidentales, devaient primitive¬ ment avoir une pente plus forte ; peut-être les murs étaient-ils un peu plus haut. (2) Ces baies sont obstruées par des murs modernes où deux portes s’ouvrent au centre et au sud. Le sol intérieur est exhaussé d’environ 0 m. 95 à 1 mètre par rapport au niveau extérieur.
550 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES alternant avec de grandes feuilles simples à nervures la base a un profil très simple en quart-de-rond reposant sur un pilier à redans qu’elle déborde largement. Les arcades comme les piédroits auxquels les colonnes sont appliquées ont les angles abattus par des chanfreins qui s’amortissent par une simple courbe ou après un ressaut (pl. 13 a, et 18 a-b les pl. 12 e et 19 c montrent la base du piédroit sud de la ; ; chapelle nord). Le chœur donne, avec sa voûte élevée reposant sur deux croisées d’ogives, une belle impression d’ampleur (pl. 16 a). Les nervures ont un profil assez lourd c’est un simple tore légèrement aplati appliqué sur un bandeau. Détail intéressant, les nervures ne partent pas directement des impostes ou des chapiteaux la première partie de l’arc, correspondant au tas de charge, a l’aspect d’une gaine épannelée d’où s’échappe la nervure (pl. 17 a et 18 c) dans les angles l’arc a d’abord la forme d’un bandeau dont les coins sont, à 0 m. 40 du départ, abattus par un large chanfrein et, de cette gaine polygonale dont les pans sont limités par une ligne festonnée, s’échappe la nervure en forme de tore (pl. 13 a et 18 a) l’effet est assez heureux. Dans la travée orientale, la croisée garde une clé de voûte en forme de rosace (pl. 16 a). Il n’y a pas d’arc doubleau pour séparer les deux travées, ni d’arcs formerets les voûtains sont faits de grosses briques plates de type byzantin mêlées de pierres plates. Dans les angles les arcs retombent sur des colonnettes, entre les deux travées sur des impostes ; les chapiteaux des colonnettes sont décorés de feuilles disposées par groupes, soit de petites feuilles rondes au bout d’une longue tige, soit de feuilles de chêne seul celui du sud-est est bien conservé (pl. 17 a-b) ; l’imposte au milieu du côté sud a un culot sculpté et représente un visage humain de face, coiffé d’un bonnet carré et plat, une sorte de barette, et dont la chevelure retombe à droite et à gauche régu¬ lièrement jusqu’au-dessous des oreilles (pl. 12 d et 17 c). Enfin, à 1 m. 25 du sol actuel court un gros cordon en boudin au profil légèrement asymétrique cette moulure contourne le fût des colonnettes en manière de bague et encadre une niche large et peu élevée pratiquée dans le mur sud (pl. 13 a, 17 a). Dans les chapelles latérales, les arcs des croisées d’ogives sont moins élancés que dans le chœur ; les nervures ont la même forme de tore légèrement aplati, mais n’ont pas cette base polygonale que nous avons notée dans le chœur ; elles retombent sur des colonnettes d’angle, de 0 m. 14 à 0 m. 18 de diamètre ; les chapiteaux conservés sont décorés de feuilles à lobes largement découpés d’un dessin très simple (pl. 13 b-c, 20 a-b). Mais les deux chapelles ont des dimensions différentes et des détails particu¬ liers. Celle du nord est plus grande et, pour développer régulièrement la croisée d’ogives, on a pris sur l’épaisseur du mur ouest les nervures dans les angles viennent tomber non pas dans l’angle même, mais entament l’arc séparant la chapelle de la nef laté rale (pl. 20 c). La clé de voûte est taillée en un cercle concave non décoré. Deux fenêtres sont percées, l’une dans le mur nord (pl. 12 b), l’autre dans le mur est. Ce dernier mur garde quelques vestiges de peinture. La chapelle sud est plus petite, mais la voûté est placée un peu plus haut, alors que l’arcade s’ouvrant vers l’ouest est plus basse que celle de la chapelle nord. La clef de voûte est ornée d’un motif assez informe, qui peut être l’agneau (pl. 19 b). Les fenêtres sont disposées comme dans la chapelle nord, mais à un niveau plus élevé en rapport avec les voûtes. Enfin dans le côté sud, s ouvre une niche profonde de 0 m. 50, haute de 1 m. 80 sur 1 mètre de large, sous une arcade tréflée, moulurée en forme de tore souligné par un filet les côtés de la niche, probablement sculptés autrefois en colonnettes, ont été brisés (pl. 19 a). : : ; ; ; ; ; : ;
ARCHITECTURE RELIGIEUSE 551 Tout l’intérieur apparaît, quand il n’a pas de crépi, bien construit de moellons soigneusement appareillés le mur sud du chœur, présente une alternance régulière d’assises de pierre de taille et de lits de briques. Mais il y a des maladresses ou des négligences dans l’exécution des détails on a déjà signalé les dimensions très variables des colonnettes d’angle ; l’axe de la nervure ne correspond pas toujours à celui de la colonnette le tailloir des chapiteaux peut avoir une forme irrégulière et ne pas être posé d’équerre (pl. 13 b-c). Les fenêtres sont de deux types. Dans les murs extérieurs des chapelles, dans les murs latéraux du chœur sont percées des baies dont les dimensions ne sont pas iden¬ tiques, mais dont la forme est analogue ce sont des fenêtres étroites et hautes elles sont en général larges de 0 m. 60 et offrent vers l’intérieur une ébrasure profonde et s’élargissant fortement (1 m. 20) ; vers l’extérieur l’angle de l’encadrement est abattu en chanfrein (pl. 12 a ; voir les phot, de l’extérieur, pl. 14 b et 15 a-b, et de l’intérieur pl. 17 a) ; les pierres qui forment l’encadrement extérieur sont bien taillées et assemblées ; les claveaux forment un arc soigneusement appareillé, parfois souligné d’une ligne continue de briques, par exemple à la fenêtre est de la chapelle sud. Des fenêtres du même type étaient percées dans les murs de la nef : le côté de l’une d’elles est encore visible dans le mur nord, au point où celui-ci est détruit, et l’on y voit nettement les trous de scellement pour une grille qui devait en être la seule fermeture, comme au couvent d’Isova. Ce sont donc des ouvertures très simples, qui rappellent des formes romanes et se sont maintenues dans le style gothique ; elles sont nettement occidentales, les Byzantins n’ont pas eu l’habitude de l’ébrase¬ ment et l’angle extérieur de l’encadrement n’est jamais abattu chez eux l’ouverture est toujours découpée au nu du mur. La baie orientale est plus intéressante : elle est beaucoup plus grande, surmontée d’un arc brisé et ornée de moulures sa largeur atteint 1 m. 40 ; elle a été en partie obstruée dans le bas pour l’aménagement d’une ouverture ou d’une niche d’époque turque les angles des piédroits sont amortis en forme de tore ou de baguette dans l’arcade l’angle est simplement arrondi, mais la baie est encadrée par une archivolte saillante moulurée, de même profil que le cordon à l’intérieur du chœur, qui se prolonge à droite et à gauche de la fenêtre par une courte partie horizontale (pl. 15 a, 16 b). Cette baie devait être divisée en deux par une colonnette centrale, répondant aux moulures qui sont plaquées contre les piédroits on peut imaginer une fenêtre dans le genre de celle qu’un fragment permet de restituer à Isova, à deux baies géminées surmontées d’un remplage, dessinant une rosace à quatre, à cinq ou à six lobes et du même coup se trouve confirmée l’attribution de ce fragment, à Notre-Dame d’Isova, à une grande ; : ; : ; : : : ; : ; fenêtre ouverte dans le chœur. Nous signalerons encore, devant le chœur, des traces assez informes de fondations, qui portaient peut-être la clôture du chœur. Au sud de l’église, les fondations d’une annexe sont beaucoup plus nettes ce sont celles de deux murs perpendiculaires au long côté construits dans le prolongement des premier et troisième contreforts à partir de l’angle sud-est et réunis par un autre mur, dans lequel était ménagée, semble-t-il, une niche c’est donc une annexe, qui extérieurement mesurait 7 m. 70 sur 6 m. 35 de saillie. On serait tenté d’y reconnaître les vestiges d’un transept débordant si elle correspondait à l’espace où manquent dans la nef les bases de deux colonnes mais ce n’est pas le cas, et le mur nord, dont les fondations sont bien visibles, ne laisse rien : : ;
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 552 voir d’analogue. Il s’agit probablement d’un élément ajouté, chapelle ou sacristie ne faisant pas partie du plan primitif, ou même d’une addition très postérieure ; l’église a été en effet remaniée à l’époque turque les fenêtres orientales des chapelles nord et sud ont été aveuglées, la grande baie du chœur défigurée, et le reste d’une construction dans l’angle nord-ouest est le départ de l’escalier d’un minaret. Une saignée oblique sur le mur sud, entre ce côté ouest et la fenêtre, est aussi la trace d’un toit appliqué contre l’église (pi. 14 b). Le seul fragment de sculpture conservé est un petit chapiteau carré large de 0 m. 318 à la base 0 m. 375 en haut c’est un simple tronc de pyramide renversé portant sur chaque face un écu encadré de deux fleurons assez frustes deux écus sont aux armes des Villehardouin, la croix recercelée, les deux autres portent mi-partie la croix recercelée mi-partie un lion rampant chargé d’un bâton en bande, qui nous paraissent être les armes d’Achaïe et de Hainaut réunies (pl. 21 c-d) il date de l’époque où la principauté était gouvernée par Florent de Hainaut, mari d’Isabelle de Villehardouin (1). Malgré la disparition totale de la plus grande partie de ce monument, on peut, sinon le restituer en son entier, du moins en avoir une idée suffisamment claire. Un peu plus grande que l’église du couvent d’Isova, elle a les mêmes proportions. L’appareil des murs en est tout différent cela ne prouve pas une influence différente, mais s’expli¬ que simplement par le fait qu’ici les entrepreneurs avaient à leur disposition des matériaux de remploi pierres de taille antiques, briques byzantines, dont le site de Bitsibardi est dépourvu, et la main-d’œuvre locale a parfois disposé les briques réguliè¬ rement entre les assises de pierre par exemple dans le chœur, suivant les habitudes grecques illustrées par de nombreux exemples dans la région, la Katholikè de Gastounè, la Panagia de Manolada, le couvent des Vlachernes. L’intérieur, où l’on entrait par un portail précédé d’un porche, à l’ouest, était divisé en trois nefs par deux colonnades portant des arcades en tiers-point ; les travées correspondant dans les bas-côtés à un espace carré, dans la nef centrale à un rectangle très allongé, étaient au nombre de onze, ou plutôt de dix si, comme nous le croyons, avant la dernière travée devant le chœur, un espace plus large était ménagé correspondant à un transept non débordant mais peut-être apparent dans les combles. Les bas-côtés étaient éclairés par des fenêtres étroites et il est probable que la nef centrale s’élevait au-dessus des toits des bas-côtés, mais on ne peut dire si elle était elle-même éclairée directement par des fenêtres hautes la faible différence de niveau entre les toits des chapelles et celui du chœur laisse suppose que la nef centrale ne devait pas être elle-même beaucoup plus haute que les collatéraux (2). : : : ; ; : : O. et 3 (1) Nous l’avons décrit dans , 4e série, IV, 1964, pp. 90-91. D’après G. Sotèriou, Mélanges M. Merlier , II, p. 437, il a été trouvé sur l’emplacement présumé de l’ancienne église Saint-Étienne, à mètres de profondeur. (2) On peut faire un rapprochement avec l’église Hagia Paraskevè de Ghalkis, dont la grande salle à trois nefs porte une couverture en charpente alors que le sanctuaire est couvert de voûtes ogivales, cf. R. Traquair, Frank. Architecture, pp. 42-48, v. en particulier p. 45, fig. 16-17, — N. K. Moutsopoulos, , 1960, pp. 25-29. La nef principale est couverte d’un toit à double rampant, les nefs latérales, d un toit en appentis ; mais on est frappé par le niveau élevé de ces appentis. Les murs supérieurs de la nef au-dessus des colonnades ont des fenêtres donnant sur ces bas-côtés, comme s’il y avait des tribunes, mais aucune n ouvre directement vers l’extérieur. IJ n’y a pas de raison pour supposer une disposition analogue à Sainte-Sophie, d’après les proportions des parties conservées de l’église.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE 553 A Test, le chœur et deux chapelles, surélevés d'une ou de deux marches, semblent avoir été seuls couverts de voûtes de pierre, comme on peut le supposer aussi à Isova mais ici le plan est le plus simple, avec son dessin à angles droits. Plutôt que l'influence d’une école particulière de France, nous voyons dans ce plan surtout une préférence pour la forme la plus facile à exécuter et la plus économique elle est en tout cas tout à fait étrangère à l’art grec. On a adopté pour les fenêtres également les formes simples : une baie unique, étroite, cintrée l'arc en plein cintre était connu des Byzantins, mais la forme de l'ébrasure fait de ces fenêtres des éléments occidentaux la baie orientale est typiquement gothique. Si les contreforts sont dépourvus de toute recherche, si les arcs croisés sont d'un dessin archaïque et un peu lourd, l’ensemble des voûtes du chœur ne manque pas de hardiesse, et les détails ne sont pas dépourvus d'intérêt on est frappé du soin avec lequel l’ensemble de l’arc triomphal du chœur a été construit et sculpté. L'imposte ornée d'une tête humaine, les chapiteaux avec leur décor de feuilles, simple mais de caractère naturaliste, sont très typiques d'un art occidental authentique. Ce que nous notons, c'est que, comme on peut s’y attendre dans une province éloignée, les détails paraissent en général archaïques pour l'époque de la construction : tels sont le profil des nervures et le décor sculpté des chapiteaux feuilles de chêne juxtaposées, feuilles à grands lobes, petites feuilles ovales groupées : ; ; ; : : par deux ou trois, en fort relief, et qui, placées aux angles ressemblent à un crochet, alternant parfois avec de grandes feuilles unies aux bords légèrement en relief. Seul un élément de la construction est caractéristique d'un style assez évolué, ce sont les contreforts normaux aux angles, sur lesquels nous reviendrons. En bref nous estimons que les ruines qui subsistent à Andravida sont bien celles de l’église construite par les Dominicains dans la première moitié du xme siècle (1). Couvent de Zaraka (Stymphale) (pl. 119-126). — Dans le paysage grandiose et désolé de la plaine de Stymphale se dressent les ruines encore imposantes d'une église et, à quelque distance, d'une tour qui ont été signalées par plusieurs voyageurs ; aucun ne les a identifiées on peut cependant affirmer qu'il s'agit du couvent cistercien de Saracas ou Zaraka (2). Le bassin entouré de montagnes, en dehors des grandes ; (1) Nous ne voyons pas de raison pour admettre l’opinion de R. Traquair qui la rabaisse au troisième quart du xme siècle ou au xive : les rapprochements qu’il fait avec les églises de l’abbaye de Lapais et de celle des Carmes près de Limassol à Chypre sont très discutables. Si la première, qui est d’ailleurs du xme siècle, a un plan à chevet carré, le seul examen des moulures montre qu’il s’agit d’un monument de style certainement plus évolué ; quant à la figure du porche ouest de l’église de Karmi que Traquair veut rapprocher de la tête sculptée sur l’imposte, elle n’offre rien de commun avec cette dernière. Cf. C. Enlart, L'art en Chypre, I, pp. 207 208, fig. 111, 112, — II, p. 456, fig. 296. (2) A. K. Orlandos, dans l’étude citée ci-dessous, pp. 1-2 et notes, a réuni les mentions faites de ces ruines par les voyageurs, géographes ou archéologues ; il faut y ajouter Rangavès, Excursion en Arcadie, pp. 402-403, qui est le seul avec Ross, Fteisen, p. 55, à émettre l’hypothèse qu’il s’agit d’une église de l’époque franque. Le nom de Kionia, cité le plus souvent, et qui est aussi celui d’une agglomération voisine, vient des colonnes ou colonnettes visibles dans les ruines ; il est aujourd’hui remplacé par celui de Stymphalia. Quant au nom de Zaraka, il a été celui d’un village où Pouqueville, Voyage, V, p. 317, dénombrait encore 75 familles, et s’est appliqué souvent à tout le bassin de Stymphale ; bien qu’il soit aujourd’hui à peu près oublié, on comprend qu’il ait naturellement servi à désigner un couvent situé dans ce bassin et il n’y a aucune difficulté à y reconnaître celui que la correspondance pontificale cite au xme siècle sous des noms à peine différents comme dépendant de l’archevêché de Corinthe, cf. supra, p. 480.
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 554 routes et d’accès peu aisé, était un site qui convenait parfaitement aux religieux qui voulaient se retirer du monde une grosse source jaillit au pied des collines, au nord-est on sait que les de l’éminence rocheuse qui servait d’acropole à la ville antique Cisterciens aimaient disposer dans leurs monastères d’une eau abondante. Il y a tout lieu de croire que les bâtiments ont été construits avant 1236, époque où l’existence de l’abbaye nous est révélée par les missions confiées par le pape à l’abbé. Ils ont dû être abandonnés avant la fin du xme siècle quand cette région fut reconquise par les Grecs (1), et sans doute détruits peu après les fragments sculptés retrouvés dans le sol sont en effet d’une fraîcheur étonnante, comme s’ils n’avaient été exposés à l’air que très peu de temps. Il ne reste rien du couvent si ce n’est la tour d’entrée de l’enceinte ; l’église est elle-même très ruinée il n’en subsiste que des pans de murs, parfois assez élevés — certains atteignent 7 mètres de haut du côté ouest —, mais séparés par de larges brèches et la partie orientale est détruite presque jusqu’au sol. Nous n’en avons pas de descriptions anciennes (2), mais le monument a fait l’objet de recherches de la part d’A. K. Orlandos, en particulier en 1928, et a été entièrement dégagé en 1962 par E. Stikas (3). L’église est une construction rectangulaire à trois nefs sans transept, pourvue d’un chœur carré flanqué de deux chapelles (pl. 119) elle est orientée du sud-ouest au nord-est, les angles en sont donc orientés approximativement vers les points cardinaux. Les dimensions intérieures sont les suivantes la largeur varie de 15 m. 50 à l’entrée, à 15 m. 80 devant le chœur la longueur, du mur de façade au fond des chapelles, est un peu inférieure à 34 mètres, et atteint 38 m. 15 jusqu’au fond du chœur. Les murs sont essentiellement faits de matériaux de remploi, de blocs antiques pris aux monuments de la ville voisine de Stymphale on y reconnaît des tambours de colonnes, qu’on suppose provenir du temple d’Athéna Polias. Les plus gros blocs ont été placés dans la partie inférieure des murs et aux angles au-dessus ont été employés des moellons de dimensions moindres qui sont assemblés avec moins de soin et mêlés de blocs non antiques on a placé dans les interstices des briques épaisses de type byzantin, mais sans faire effort pour les disposer avec régularité. Si l’appareil est le même partout, d’un type courant sur les sites où les constructeurs avaient à leur disposition des matériaux antiques, les murs ne sont pas identiques. Ceux du chœur reposent sur des assises légèrement débordantes, ce qui s’explique sans doute par un souci de : ; : : ; : ; ; ; ; (1) La dernière mention dans les Chapitres généraux de l’Ordre est de 1260. La seule est celle de Rangavès, ibid., qui signale le bâtiment construit de grandes pierres de taille (d’origine antique), avec trois fenêtres cintrées de chaque côté et cinq demi-colonnes entre les fenêtres » dont les chapiteaux sont de formes irrégulières, et la tour, avec deux fenêtres et deux grandes portes en ogive. H. Lattermann et Hiller von Gaertringen, AM, XL, 1915, p. 90 et pl. XIII, 3, 4, en ont donné des vues très sommaires. R. Traquair a omis Zaraka dans son enquête sur les monuments francs de Grèce. , extr. des Mélanges . et . Merlier, Athènes (3) A. K. Orlandos, 1955, 18 p., 6 pl. h.-t., a donné une description complète des ruines, avec une abondante illustration et une ‘, . ., tentative de restitution de l’église; cf. N. K. Moutsopoulos, janv.-févr. 1960, . 20-24. Les résultats des dernières fouilles n’ont pas encore été publiés. Nous avons nous même visité le site en 1938, 1960 et 1962 (avant les derniers travaux dirigés par . E. Stikas, qui a eu l’amabilité de nous communiquer les photographies des fragments mis au jour, ce dont nous lui exprimons notre vive reconnaissance). Notre description et nos dessins sont dans l’ensemble conformes à ceux de M. A. Orlandos ; un certain nombre de pierres ou de détails de la construction ont malheureusement disparu depuis 1938 ; nous signalerons ceux qui à notre avis mériteraient particulièrement d’être remarqués. (2) «
ARCHITECTURE RELIGIEUSE 555 solidité, le sol s’abaissant vers le nord-est. Le long mur sud-est (pl. 123 b et 124 a) n’a pas moins de 1 m. 40 d’épaisseur, il est lisse à l’extérieur à l’exception d’une rangée de corbeaux à 3 m. 40 du sol, et d’un long contrefort à l’angle est. Les autres murs ont en général une épaisseur de 0 m. 95 à 1 mètre, mais ils sont soutenus par des contreforts six flanquent le mur nord-ouest. Ces contreforts mesurent à la base 1 mètre de large sur à 2 m. 90 du sol, ils deviennent un peu plus étroits au-dessus d’un 1 m. 70 de saillie cordon profilé en larmier la hauteur totale devait être de 5 m. 50 (pl. 120 m). L’angle ouest et les deux angles du chœur sont soutenus chacun par deux contreforts à angle droit. Au coin sud on ne voit nettement trace que d’un contrefort perpendiculaire à la façade aux angles nord et est, il n’y en a également qu’un, mais perpendiculaire aux côtés longs, le dernier nettement plus saillant que tous les autres. Le mur qui constitue la façade au sud-ouest (pl. 123 a) a l’épaisseur normale de un mètre dans les parties correspondant aux bas-côtés, mais il était beaucoup plus épais dans la partie centrale correspondant à la nef principale, entre deux fortes saillies, très ruinées, qui devaient être les contreforts placés dans l’axe des colonnades intérieures. Dans cette masse de maçonnerie était ménagé le porche la porte large de 2 m. 20 (la base des piédroits était encore visible en 1938) s’ouvrait entre des jambages à trois ressauts dans l’angle rentrant des ressauts s’élevaient des colonnettes dressées sur des bases en tores aplatis posées sur une plinthe (ces bases sont restées en place à gauche de la porte, pl. 120 j, 126 d), et soutenant sans doute des voussures. De part et d’autre de cette partie centrale de la façade, les murs entre les contreforts étaient nus et pleins mais dans les angles des contreforts étaient placées des colonnettes ; de celle de l’ouest se sont conservés la base et le chapiteau la base est composée d’un dé et d’un tore aplati, le chapiteau est décoré de fleurons l’abaque en est placé en diagonale dans l’angle comme le dé de la base (pl. 120 n, 126 a). Un autre chapiteau en place à droite garde des traces d’un décor de feuilles d’acanthe (pl. 126 b). Au-dessus des chapiteaux, il n’y a pas trace d’arrachement il faut cependant supposer qu’une arcade aveugle était plaquée sur le mur et retombait sur les colonnettes. A l’intérieur, l’église présente une disposition basilicale trois nefs sont séparées par deux rangées de trois piliers isolés un quatrième pilier, au nord-est, est engagé dans le mur qui sépare chaque chapelle latérale du chœur. Les nefs comportent donc quatre travées, qui ne sont pas rigoureusement égales elles mesurent de la façade au chœur respectivement 7 m. 30, 7 m. 50, 7 m. 75 et 7 m. 50 ; la nef centrale étant deux fois plus large que les bas-côtés, les travées dans la première sont à peu près carrées, trandis que dans les seconds elles sont deux fois plus longues que larges. Vers le nord-est s’ajoute une cinquième travée, normale au centre où devait se trouver le maître-autel, plus courte de moitié dans les collatéraux, ce qui détermine deux chapelles latérales, à peu près carrées, séparées du chœur par un mur plein. Accolée au chœur, derrière la chapelle nord, est une tourelle qui contient le départ d’un escalier tournant (pl. 125 f). Les piliers ont la forme d’une colonne cantonnée de quatre demi-colonnes orientées suivant les diagonales des travées plus exactement la section correspond au dessin formé par quatre cercles tangents deux à deux au centre, les demi-colonnes étant placées au point d’intersection des cercles (pl. 125 d, fig. 5). A ces piliers répondent sur les longs murs des colonnes engagées flanquées de deux colonnettes au fût indépendant ces supports étaient couronnés d’un seul chapiteau de plan trapézoïdal, orné de volutes aux angles et d’une croix en fort relief ou bien de feuilles : ; ; ; : ; ; : ; ; : ; : ; ;
556 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES Fig. 5. — Église de Zaraka (Stymphale). Pilier intérieur d’après A. K. Orlandos.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE 557 très simples, et surmonté d’une imposte moulurée (pl. 120 a-c, 124 c, 125 a) (1). Les piliers engagés, entre le chœur et les chapelles, devaient avoir (2) une forme plus complexe et légèrement asymétrique (pl. 120 1, 125 c) ils avaient un plan tréflé cantonné, dans les angles rentrants, de quatre colonnettes, placées de façon asymétri¬ que. Enfin dans les angles étaient des colonnettes simples ; le chapiteau resté en place dans l’angle ouest (pl. 126 c) était du même type que celui que nous avons décrit à l’angle ouest de la façade (3). Les bases présentent, chose curieuse, des formes très différentes celles des supports appliqués contre les longs murs, des colonnettes placées dans les angles des chapelles ou du chœur ainsi que de certains des piliers des nefs ont la forme d’un manchon raccordé au fût par un simple biseau (pl. 120 d-g, 125 c) mais d’autres piliers comme la colonnette dans l’angle ouest ont des bases formées d’une plinthe surmontée d’une moulure, correspondant, en plus mince au tore aplati des colonnettes déjà décrites sur la façade ; cette moulure reproduit en plan la section du pilier (fig. 5) ou peut dessiner un cercle (4). Une autre particularité est que les bases en forme de manchon n’ont pas toutes la même hauteur ; celles que nous avons pu mesurer varient de 31 m. 5 dans le bas-côté nord-ouest, à 0 m. 44 et 0 m. 51 dans la chapelle nord, à 0 m. 64 au fond du chœur (pl. 120 d-g) il y a donc une progression vers le fond de l’église, qui correspondait peut-être à des différences de niveau dans le pavement, le sol des chapelles et du chœur était probablement surélevé d’une ou deux marches par rapport à celui de la nef. On peut affirmer que l’église tout entière était couverte de voûtes à croisées d’ogives les nervures devaient retomber sur les demi-colonnettes des piliers, sur les colonnettes d’angle et sur celles qui flanquent les colonnes engagées le long des murs la forme asymétrique des piliers entre les chapelles et le chœur s’explique par le fait que la disposition des nervures elle-même n’était pas symétrique en ce point étant donné la forme des chapelles. Parmi les blocs mis au jour en 1928 (5), il y a une clé de voûte sculptée en rosace et de nombreux fragments de nervures, qui ont un profil simple et un peu lourd, formé d’un tore dégagé par deux cavets (pl. 120 k, 125 b). D’autres preuves de la couverture voûtée sont visibles dans les murs dans la nef latérale sud, les arcs qui s’élevaient au-dessus des piliers ont laissé des traces très nettes d’arrachement (pl. 124 a, c), de même que le voûtain appliqué au mur sud-ouest (pl. 124 b). Si l’on peut évaluer la hauteur de cette nef latérale à environ 5 m. 50 du sol, ce qui correspond à la hauteur des contreforts, nous ne proposons pas d’hypothèse pour celle de la nef principale on est tenté de penser que celle-ci était beaucoup plus élevée que les nefs latérales et était éclairée par des fenêtres hautes, comme on le voit dans la restitution d’A. Orlandos (6) ; mais il faudrait pour cela disposer de fragments d’architecture donnant des indications ; : ; : ; ; : ; (1) Cf. A. K. Orlandos, pl. II a et III. partie inférieure du pilier placé entre le chœur et la chapelle sud, dégagée en 1928, est détruite aujourd’hui ; le dessin que nous en donnons est établi d’après un relevé fait avec soin en 1938, en même temps qu’a été prise la photographie ; nous avions été frappé en effet par l’aspect asymétrique de la base. (3) Nous n’avons pu déterminer la forme des piliers adossés au mur sud-ouest. Notre fig. 5 reproduit (2) La l. /., p. 5. la fig. 3 d’A. K. Orlandos, (4) Les fouilles de 1962 ont confirmé la variété de ces bases. (5) Le nombre de ces fragments a été considérablement augmenté par les /./., pl. VT. (6) A. K. Orlandos, fouilles de 1962.
558 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES sur le rapport entre les parties hautes de la nef principale et les voûtes des bas-côtés nous n’avons personnellement vu aucun fragment de ce genre, plus précisément aucun fragment pouvant provenir des chapiteaux des piliers, dont le lit d’attente pourrait peut-être révéler ce qu’il portait du côté de la nef principale, arcs et nervures, ou pilier engagé dans le mur vertical d’un étage supérieur. Les ouvertures étaient, on l’a vu, un portail au sud-ouest, et à l’opposé, dans le chœur, une petite porte donnant accès dans une tourelle à escalier en vis (1). Sur le côté sud-est, de larges brèches empêchent de voir la disposition exacte des fenêtres seule une partie de l’arcade d’une embrasure s’est conservée (pl. 124 a). Sur le côté nord-ouest apparaissent encore nettement la place d’une fenêtre dans chacune des trois premières travées (pl. 122 a, 123 a). Des fragments de remplage peuvent être assemblés et ont permis à A. K. Orlandos de restituer l’aspect d’une fenêtre en arc brisé à deux baies surmontées d’un oculus (2), dont nous avons redessiné la partie supérieure (pl. 121, cf. pl. 125 e). Le grand nombre de fragments révélés par les fouilles de 1962 permettra sans doute de mieux connaître beaucoup de détails de l’église mais on peut d’ores et déjà se représenter assez bien le monument. Le plan rappelle celui de Sainte-Sophie d’Andravida, avec ses trois nefs dont celle du milieu est deux fois plus large que les bas-côtés, aboutissant à un chœur à fond droit flanqué de deux chapelles elle est cependant plus petite et surtout plus courte par rapport à sa longueur que Sainte Sophie. On se représente bien la façade pour la partie inférieure avec le portail au fond d’un porche, entre deux panneaux de mur plein décorés d’une arcade aveugle mais il est impossible d’imaginer si le porche était surmonté d’un gâble, si, au-dessus, s’ouvrait une rose ou une fenêtre en tiers-point. La plus grande originalité de Zaraka, c’est la couverture. Sainte-Sophie était couverte d’un toit sur charpente sans doute apparente soutenue par deux murs longitudinaux reposant par des arcades sur les colonnades séparant les nefs Notre-Dame d’Isova avait aussi une couverture en charpente, mais sans soutiens intérieurs ; dans les deux cas les voûtes de pierre étaient réservées à la partie orientale. A Zaraka l’église tout entière devait être couverte de voûtes ogivales sans qu’on puisse fixer le rapport entre la hauteur des voûtes des bas-côtés et de celles de la nef principale il n’est pas possible d’affirmer que celle-ci ait été assez haute pour permettre d’ouvrir des fenêtres dans les longs murs au-dessus des collatéraux il faut noter qu’à Sainte-Sophie, il n’aurait pas été possible d’en pratiquer dans le chœur, le toit des chapelles est trop élevé. En général les détails sont conformes à des traditions plutôt anciennes on n’a pas utilisé les contreforts obliques le dessin des fenêtres, le profil des nervures, les motifs sculptés sont très simples la tourelle qui servait sans doute de clocher existe en France dès l’époque romane. On est frappé par l’abondance du décor sculpté ; ce sont essentiellement des chapiteaux et des clés de voûte cette abondance tient probablement à deux faits l’église tout entière voûtée a eu beaucoup plus de chapiteaux et de clés de voûte que les monuments incomplètement voûtés d’autre part les fragments se sont conservés en grand nombre et dans un état surprenant de fraîcheur, parce qu’ils ont été enfouis dans le sol, ; ; ; ; ; ; ; : : ; ; ; : ; (1) . E. Deux autres portes dans le côté long du sud-est ont été dégagées en 1962, Stikas. (2) A. K. Orlandos, LL, pp. 11-12, fig. 8-9, cf. pl. IV b et V a. a bien voulu nous signaler
ARCHITECTURE 559 RELIGIEUSE l'église ayant dû être tôt détruite, dans un lieu désert ; mais il n’y a pas de vestige d’une décoration plus étendue, de statues ou de scènes figurées. L’exécution est soignée, mais les motifs sont, nous l’avons dit, de la plus grande simplicité et restent conformes au style du passage du roman au gothique. C’est cette impression d’une simplicité due sans doute autant à un goût de la sobriété, comme on peut l’attendre dans une église cistercienne, qu’au respect de traditions relativement anciennes sinon archaïques, qui s’impose à nous devant ce monument construit avant 1236. L’église appartenait à une abbaye le cloître devait être situé au sud-est et s’appuyer sur le long mur dépourvu de contreforts et dont l’épaisseur avait été pour cela augmentée. La galerie du cloître était selon toute apparence couverte d’un toit en appentis prenant appui sur la ligne de corbeaux déjà signalée (pl. 123 b) ; les dernières fouilles ont révélé l’existence de deux portes faisant communiquer l’église et le cloître. D’autres bâtiments conventuels devaient s’élever au sud-est et au sud ; mais ils sont complètement détruits. La seule ruine remarquable est une tour carrée de 7 m. 40 sur 7 m. 80 ; ce devait être en réalité une porte fortifiée ; le rez-de-chaussée en effet n’est pas une chambre mais essentiellement un passage ouvert sur deux côtés et couvert d’une voûte en plein cintre soutenue en son milieu par un arc doubleau, simple bandeau de 0 m. 40 de large les deux murs, épais de 1 m. 73, laissent voir des traces d’arra¬ chement à l’extérieur cette tour était donc placée à cheval sur le mur d’enceinte qui prenait appui à peu près au point où, à l’intérieur, est l’arc doubleau. La maçon¬ nerie est la même que celle de l’église, moins soignée, en particulier pour le parement intérieur la partie supérieure est tout entière faite d’éléments plus petits fig. 10). que les blocs antiques (pl. 122 b-c, cf. A. K. Orlandos, Z. : ; : ; Église de Clarence (pl. 24 c, fîg. 6). — Des églises que nous venons de décrire et qui appartiennent au deuxième quart du xme siècle, un quatrième bâtiment, bien que moins caractéristique, doit cependant être rapproché c’est l’église dont les ruines se dressaient naguère encore sur le site de Clarence, à l’intérieur de l’enceinte tout près de la muraille orientale (1). Nous décrirons le monument tel que nous l’avons vu à diverses reprises entre 1925 et 1938 ; il est aujourd’hui entièrement arasé, les Allemands ayant au cours de l’occupation de 1941 à 1944 renversé les quelques pans de murs qui avaient survécu au démantèlement de la ville en 1429, puis à l’abandon du site ou à son exploitation comme carrière par les habitants du village moderne : voisin. C’était une construction de vastes dimensions, mais d’assez pauvre apparence elle mesurait hors-œuvre 43 m. 30 sur 14 m. 90 ; les murs ayant une épaisseur de 1 m. 10 à 1 m. 15 sur les petits côtés, de 1 mètre en moyenne sur les côtés longs, les mesures intérieures étaient de 45 m. 50 sur 12 m. 90, dimensions considérables en comparaison de la plupart des églises grecques, et que l’on peut rapprocher seulement de celles des églises que nous venons de décrire, avec cette particularité que celle de Clarence est encore relativement plus longue par rapport à sa largeur. : (1) Elle est signalée par Buchon, Grèce et Morée , p. 516. Sur sa situation, voir plus bas la description des ruines de la ville et le plan, pl. 22. 37
560 ci? RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES a XJ NORD LS 5 O i_ I / s 10 - 1 Fig. 6. — Clarence. Plan dejl’église. Le plan est celui d’une grande salle rectangulaire, orientée sensiblement est-ouest. L’entrée était à l’ouest à l’autre extrémité le chevet de forme carrée faisait une saillie de 3 m. 30, large de 8 m. 10 à l’extérieur, de 6 m. 10 à l’intérieur (fig. 6). Les murs étaient très simples. La maçonnerie en était assez grossière quelques gros blocs bien taillés, dont la plupart étaient des blocs antiques remployés, avaient été rassemblés aux angles, il en restait d’ailleurs fort peu, car beaucoup avaient été enlevés de longue date par les habitants du village moderne ; le reste de la construction était fait de pierres de dimensions et de formes irrégulières, mais généralement petites, noyées dans le mortier avec d’assez nombreux débris de briques minces. A l’extérieur, à 3 m. 70 au-dessus du sol, le mur faisait une retraite de 0 m. 10 environ à ce niveau courait une assise de blocs de calcaire plus fin, dont le bord faisait une légère saillie et dont la face était taillée en biseau pour racheter la différence d’épaisseur du mur (1) ; au-dessus s’ouvraient des fenêtres hautes. A environ 2 m. 50 plus haut, à la hauteur du départ des arcs des baies, se déroulait un cordon de dents de briques qui interrompait seul, avec le biseau, la nudité du mur. Celui-ci enfin était couronné par une assise légèrement débordante faisant corniche on peut penser qu’au point où elle se trouvait, sur le côté nord près de la façade ouest, le mur avait gardé toute sa hauteur, soit près de dix mètres (pi. 24 b). Là s’était conservée une baie entière, mais l’encadrement ayant complètement disparu, on ne peut restituer exactement l’aspect qu’elle offrait, ni sa forme ni son décor ; c’était sans doute une fenêtre en arc brisé. Sur le côté sud, le mur était conservé sur une plus grande longueur, mais seulement jusqu’au niveau de l’appui des fenêtres on pouvait en reconnaître les embrasures, larges de 1 m. 50 vers l’extérieur, de 2 m. vers l’intérieur, et séparées par un intervalle de même dimen¬ sion ; elles étaient régulièrement disposées et, très probablement, celles du côté nord leur étaient symétriques. Mais, dans l’angle sud-ouest, le mur un peu plus mince ; : : : : (1) Ce détail se retrouve sur une face d’un pan de mur tombé d’une tour de la forteresse cf. infra, pp. 604-606 et fig. 10. de Clarence,
ARCHITECTURE 561 RELIGIEUSE indiquait la présence d’un dispositif particulier disparu. Il orientale ne reste rien des façades et occidentale. Les murs d’épaisseur moyenne sans contreforts ni pilastres, l’absence de toute trace de soutiens isolés à l’intérieur excluent la possibilité d’une couverture voûtée. L’édifice devait donc être couvert simplement d’un toit à double rampant sur char¬ pente ; la largeur ne rend pas impossible l’établissement d’une charpente sans support elle n’est supérieure que de 0 m. 30 à celle de l’église d’Isova. La proportion inusitée entre la longueur et la largeur (plus de 3,5 pour 1 à l’intérieur) s’explique vraisembla¬ blement par le désir de donner au monument une certaine ampleur sans augmenter la largeur ce qui n’aurait été possible que par la construction de colonnades intérieures. Ce monument est très différent par ses dimensions, par son plan et sa forme des églises grecques antérieures ou postérieures à 1204. Il n’a pas plus de similitude avec les édifices vénitiens où l’on fait usage de pierres de taille. Bien qu’il ne reste aucun détail d’architecture présentant une indication précise sur le style, on peut y reconnaître l’œuvre des Francs, à cause de son analogie avec les autres églises qu’ils ont édifiées. Mais celle-ci a été construite sans aucun luxe et par des ouvriers grecs le seul ornement est un motif grec, le cordon de dents (1). Nous savons qu’il y avait à Clarence une église assez vaste pour qu’on pût y réunir la cour des seigneurs de Morée elle y tint séance en 1276 pour examiner la requête présentée par Marguerite de Passavant au sujet de la baronnie de Mategrifîon (2). Une autre assemblée s’y réunit à l’appel du bail Nicolas de Saint-Omer à l’arrivée du prince Florent en 1289 (3). La chronique l’appelle le « moustier de Saint-François » on pourrait pour l’identifier hésiter entre le couvent voisin des Vlachernes et le bâtiment que nous venons de décrire, si les dimensions de ce dernier ne paraissaient pas un argument décisif en sa : : : ; faveur. Couvent des Vlachernes (pl. 25-31). — L’église du couvent des Vlachernes d’Élide devrait prendre place dans la seconde partie de ce chapitre parce qu’une grande partie en est byzantine nous l’examinerons cependant ici à cause de l’importance et de l’intérêt que présentent les éléments de style occidental qui y ont été ajoutés. Le monastère est situé dans un petit vallon à trente minutes environ à l’est de Clarence ; il n’est pas visible de la mer, sans doute pour être à l’abri des pirates. Bien que sans histoire et négligé par les voyageurs, c’est un exemple curieux d’architecture mi-grecque mi-occidentale qui a fait l’objet de diverses études (4). Sans en reprendre ; (1) Il ne nous paraît cependant pas suffisant pour rabaisser la construction du monument au xve siècle, après le rétablissement de l’autorité grecque sur la ville en 1428, comme le voudrait G. Sotèriou, N. ., XIII, 1916, p. 480. (2) Cf. L. de la conq., § 516, — Chron. gr., v. 7518. (3) L. de la conq., § 597 ; le bail Perroto Arrimeno fut enterré vers 1357 dans l’église des frères mineurs, tandis que le bail Pierre Delbuy le fut en 1348 dans celle des frères prêcheurs, d’après le L. de los fech., §§ 680, 687. XIII, 1916, p. 480, deux études spéciales ont été (4) Après une note brève de G. Sotèriou, N. ., , . ., consacrées à cette église presque simultanément par A. K. Orlandos, Al 5-35, et par Traquair, Frank. Archil, pp. 76-80. Des indications pour la partie byzantine sont en 1923, . I, 1891, p. 97, et II, 1894, p. 44, — G. Millet, U École grecque, passim, outre données par Lampakès, , phot. fig. 16, p. 32 et dessins du décor de briques, fig. 119 a c d, p. 260, — A. Struck, Mistra, phot. p. 24 ; — indications chronologiques dans H. Megaw, Chronology of some Middle byzantine Churches, BSA, XXXII, , pp. 186-195. Cf. supra, p. 325. 1931-1932, pp. 90-130, — et en général G. Papandréou,
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 562 tous les détails nous devons le décrire pour faire, de la façon la plus précise le départ entre les éléments antérieurs à 1205 et ceux qui sont postérieurs, et essayer de fixer la date des uns et des autres. L’église, consacrée à la Vierge, retient seule notre attention, les bâtiments qui l’entourent, quelle qu’en soit la date, étant dépourvus d’intérêt. Elle dessine en plan un rectangle de 10 m. 55 sur 18 m. 62 de long ; trois absides polygonales font saillie à l’est, l’abside centrale de 1 m. 28, les deux autres de 0 m. 50. C’est une basilique à trois nefs précédée d’un narthex et d’un porche, ces deux derniers surmontés d’un étage. La nef centrale est séparée des collatéraux par trois arcades reposant sur deux colonnes, à l’ouest sur un pilier engagé dans le mur, à l’est, sur le mur plus épais qui marque les divisions traditionnelles du sanctuaire. Le sanctuaire est couvert de trois voûtes en berceau auxquelles s’ajoutent les conques des absides. Le toit du naos est plus élevé que celui du sanctuaire le nef centrale est couverte simplement d’un toit en charpente, dissimulé à l’intérieur par un plafond ; les bas-côtés ont des voûtes en demi-berceau rampant, soutenues par des arcs doubleaux correspondant aux colonnes. Le sanctuaire est éclairé par trois fenêtres simples percées dans les absides une quatrième, percée dans le mur sud du diakonikon est moderne. La nef principale a : ; , deux fenêtres dans chacun des murs longs au-dessus du toit des collatéraux ; deux autres, pratiquées à l’origine dans les pignons est et ouest, sont aujourd’hui murées. Les nefs latérales sont obscures, mais deux portes s’ouvrent l’une au nord, l’autre au sud. Le narthex, qui communique par trois portes avec le naos, présente aussi des voûtes variées la partie centrale, de plan rectangulaire (2 m. 54 sur 3 m. 33), est surmontée d’une calotte surbaissée ; sur les deux petites chambres à peu près carrées, au nord et au sud, sont posées des voûtes soutenues par deux arcs croisés retombant sur quatre colonnettes d’angle. Chacun des murs nord et sud est percé d’une fenêtre. Le porche ou exonarthex s’ouvre largement par sept baies en plein cintre, dont cinq en façade, reposant sur deux colonnes au centre et sur des piliers. L’étage est accessible par un escalier extérieur construit au nord de l’église à quelque distance du mur : une passerelle de bois permet d’atteindre les chambres dont la division est moderne et qui sont simplement couvertes par un toit en charpente à double ram¬ pant dont le faîte est perpendiculaire à celui de l’église. Dans la partie correspondant au narthex, les murs nord et sud s’élèvent au-dessus du toit ce qui donne plus d’impor¬ tance aux deux pignons. Au nord, la porte d’accès est surmontée d’un arc brisé ; sous le pignon sud s’ouvre une fenêtre également en arc brisé dans un encadrement richement décoré. Sur la façade, les chambres de l’étage prennent jour par deux fenêtres rectangulaires placées de part et d’autre d’une ouverture ronde. Telle est la structure générale du monument. On y reconnaît sans peine des styles différents juxtaposés, correspondant à deux étapes essentielles dans la construc¬ tion. A la première période appartiennent l’ensemble de l’église proprement dite et une partie du narthex à la seconde, la partie occidentale et le premier étage. L’extérieur confirme cette impression on y distingue dès l’abord deux types de construction nettement différents : un appareil où sont combinées la pierre de taille et la brique, qui a servi pour le côté est et les absides, pour les côtés longs de l’église jusqu’à une ligne correspondant aux angles sud-ouest et nord-ouest du narthex, enfin pour le mur ouest du narthex au rez-de-chaussée, — et pour le reste, un appareil : ; ;
ARCHITECTURE 563 RELIGIEUSE fait uniquement de blocs réguliers de pierre de taille. Cet appareil présente moins de régularité sur la façade occidentale ; mais celle-ci a été l’objet, après un tremblement de terre, d’une reconstruction qu’une inscription permet de dater du xvme siècle : cette troisième étape, nettement limitée, est datée. Mais, à regarder de plus près, on constate que la distinction entre les deux éléments essentiels de la construction et leur attribution à un style ou à une date précise ne sont pas aussi simples que cela paraît d’abord. Même si l’on s’en tient à la partie la plus ancienne de l’édifice, c’est-à-dire à l’église proprement dite et au narthex, à l’exclusion de l’étage et de la façade ouest, il n’est pas facile de la classer de façon nette. Pour la structure une basilique dont la nef centrale s’élève suffisamment au dessus des collatéraux pour être éclairée par des fenêtres sur les côtés longs, elle a été comparée par Gabriel Millet à un groupe d’églises de Kastoria, en Macédoine, et plus particulièrement avec Saint-Étienne où, comme aux Ylachernes, le sanctuaire est couvert d’une voûte plus basse que celle de la nef (1) ; mais, à Saint-Étienne de Kastoria, les bas-côtés sont couverts sur toute leur longueur d’un berceau uniforme et seule la voûte de la nef centrale est plus basse sur le sanctuaire que sur le naos et aveugle dans la partie orientale de plus, aux Vlachernes, il n’y a pas sur les trois nefs les voûtes en berceau qui sont la couverture la plus habituelle. L’appareil des murs et la décoration extérieure suggèrent au contraire des rapprochements avec le style d’un autre groupe d’églises situé en Argolide et dont les plus célèbres sont celles de la Hagia Monè d’Areia près de Nauplie datée de 1148-1149 et de Merbaka, celle-ci étant du style le plus évolué et devant être datée de la fin du xne siècle (2) ; mais leur structure est différente puisqu’elles sont toutes construites sur plan en croix grecque et surmontées d’une coupole. Examinons donc de plus près le monument. Commençons par les parties proprement byzantines qui correspondent, en gros, au mur à parement cloisonné ; est-il possible de les délimiter de façon rigoureuse ? L’église repose sur une assise de soubassement, formant, sur les côtés nord, ouest et sud, une sorte de degré de 0 m. 32 de haut sur 0 m. 30 de saillie la première assise du mur, dont la face est taillée en biseau, forme, au-dessus, une moulure (3). Les églises d’Argolide présentent elles aussi un soubassement, formé parfois de deux ou trois degrés comme celui d’un temple antique mais nous ne connaissons pas d’équivalent de l’assise en biseau en bas du mur. Au-dessus, le parement extérieur est formé de carreaux d’un beau poros, assez réguliers, encadrés de briques : deux lits de briques séparent chaque assise de pierre de la suivante, et deux briques verticales sont placées à chaque joint, les couches de mortier d’épaisseur égale aux briques, 0 m. 03 environ, sont légèrement en retrait. La régularité de cet appareil est rompue par divers éléments décoratifs de céramique ou de pierre. Le plus simple des décors de céramique : ; ; ; L· École grecque , pp. 22-23. Chonika et de Plataniti, ont été publiées par A. Struck, Vier byzantinische Kirchen der Argolis , AM, 1909, pp. 189-236, pl. VI-XI. Elles sont souvent mentionnées et comparées avec les Vlachernes d’Élide par G. Millet, U École grecque , passim ; leur style et la chronologie ont été à nouveau étudiés par H. Megaw, Chronology of some Middle byzantine Churches, BSA, XXXII, 1931-1932, pp. 94-95, , . I. 97, et passim ; — cf. G. Sotèriou, , Athènes, 1942, . 417-418, — Pél. byz., pp. 145, 149-151. (1) G. Millet, (2) Ces églises, avec celles de (3) Cf. A. K. Orlandos, l.L, fig. 5 et 57, pp. 9 et 31.
564 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES obtenu en entaillant le bord des briques de manière à former des dessins variés (1) ; sont ainsi travaillées, sur les absides, les briques verticales dans les 6e et 7e assises. Plus frappant est le décor formé par des assises faisant de véritables frises à un peu plus de 2 mètres au-dessus du soubassement court sur tout le tour du monu¬ ment, à l’exception de la façade, une frise formée de briques dont les bords sont entaillés de manière à dessiner une ligne sinueuse ornée de pendants dans les parties concaves, entre deux lits de briques normales ; à l’abside principale elle est placée deux assises plus haut pour passer au-dessus de la fenêtre (pl. 27 a, 29 b-c, 30 a). Sur une autre frise, les briques dessinent une grecque très simple dont les éléments horizontaux sont sinueux ; elle est placée sur les côtés longs à deux assises au-dessus de la précédente ; elle se trouve ainsi placée juste sous la corniche des murs du sanctuaire et fait retour sur le côté oriental en suivant la ligne oblique du toit des nefs latérales (pl. 28 b, 29 b-c, 30 a) ; sur l’abside principale, en haut du mur, apparaît une autre frise faite du motif appelé disepsilon (pl. 29 b). On a utilisé aussi les cordons de dents l’un entoure l’église (toujours à l’exception du porche à l’ouest) entre les 2e et 3e assises des longs murs, niveau qui correspond à la base des fenêtres des absides ; il est interrompu par ces fenêtres, mais enveloppe l’encadrement de celle de l’abside principale. Sur la façade orientale, un cordon de dents court sous la corniche de chacune des absides sur les côtés nord et sud, on voit ce même décor non seulement dans les parties de l’église à parement cloisonné : sous la corniche des toits des bas-côtés et sur le mur de la nef principale au point où il émerge des toits des bas-côtés, mais aussi dans les parties construites en pierre : un cordon de dents se prolonge jusqu’aux angles nord a été : : ; ouest et sud-ouest du bâtiment ; au sud, un autre entoure l’arcade du porche ; un autre au premier étage dessine une ligne horizontale à la hauteur du départ de l’arc des ouvertures qu’il encadre, un autre encore est placé sous la corniche rampante du pignon (pl. 27 a, 28 a). On retrouve l’équivalent de ce dernier sur le côté nord, sauf dans le pignon où se trouve un cordon horizontal, brisé en un point pour encadrer partiellement un marbre byzantin (pl. 29 a). Enfin les briques peuvent être disposées de façon rayonnante en archivolte autour d’une arcade c’est le cas pour la fenêtre de l’abside centrale, pour les deux portes et pour les quatre fenêtres de la nef centrale. L’abondance et la richesse de ce décor où ne figurent pas d’éléments de caractère coufique, correspondent au style de la fin du xne siècle (2). D’autres effets décoratifs sont demandés à la pierre sculptée. On peut distinguer deux groupes de pierres sculptées : les marbres à décor nettement byzantin, sinon antique, et les blocs de poros qui ont un caractère moins homogène et moins défini. Sur le côté est, une corniche de marbre court à la hauteur d’appui des fenêtres quelques fragments en sont finement sculptés, en particulier l’un d’eux à l’abside nord, représen¬ tant deux oiseaux affrontés en fort relief sur un décor plus plat (pl. 29 b-c) (3). A : ; (1) A. K. Orlandos, LL, p. 22, fig. 34-35, et notre album, pl. 26 c, 29 b. (2) Sur ces décors céramiques cf. H. Megaw, LL, fig. 4, 8. 10, p. 113, et fig. 5 g-h. p. 119 ; Megaw, pp. 114 115, 120, date ces motifs de la seconde moitié et même de la fin du xne siècle, par comparaison avec les églises d’Argolide et avec la petite église de Hagia Eléousa à Sykamino en Attique, construite au début de la domination franque ; sur cette église, v. A. K. Orlandos, . 25 et suiv., et fig. 16. , , IV 1927, , fig. 39, p. 23 ; il peut être comparé à un fragment du templon du (3) A. K. Orlandos, couvent du Kynégos des Philosophes, près d’Athènes, daté de 1205, cf. G. Sotériou, Guide du Musée byzantin d'Athènes, Athènes 1932, n° 204, p. 50, et fig. 7, p. 18.
ARCHITECTURE 565 RELIGIEUSE l’abside centrale, sous la fenêtre, sont placés deux fragments superposés dont l’un est orné de rais-de-cœur d’un beau style (1). D’autres blocs ont au contraire un décor très fruste (2), comme si un tailleur de pierre local s’était efforcé de compléter, avec un art maladroit, une série insuffisante de blocs dont il disposait. Au sud, de part et d’autre de la porte, sont encastrées deux belles plaques de marbre sculptées, beaucoup plus riches que celles qui font pendant sur le côté nord. Enfin deux longs blocs sculptés sont aujourd’hui simplement posés sur le soubassement au sud de l’église. Le décor sculpté dans le poros comporte des éléments assez variés. De même que le mur est orné à la base d’une moulure, il est couronné, au-dessus du cordon de dents ou des frises de céramique taillée, par une corniche de pierre : elle a un profil en biseau légèrement concave et est ornée de place en place de rosettes et, au-dessus, à l’abside, de petits denticules ; partout ailleurs, elle est formée d’un listel, d’un cordon et d’un cavet, profil qui ne semble pas l’œuvre d’ouvriers grecs livrés à leur seule inspiration (3) elle ne manque qu’aux deux pignons orientaux, ceux de la nef centrale et du sanctuaire. Les angles de la nef centrale du sanctuaire, à l’est, sont faits de poros, sans briques intercalées, et profilés en forme de colonnettes surmontées d’un chapiteau orné de feuilles simples se terminant en boutons aux angles. Le pignon de la nef centrale du naos est tout entier en carreaux de poros très réguliers, sans briques, et ne comporte aucun décor sauf aux angles où se retrouvent les mêmes colonnettes profilées portant en guise de chapiteaux des blocs formant consoles sous la corniche des murs longs de la nef à l’angle nord-est, ce bloc est décoré de deux serpents enlacés, et de l’autre côté d’un visage humain grossièrement esquissé ; à l’angle sud-est, le bloc porte sur le côté long un serpent, sur le petit côté un dauphin. La corniche de la nef centrale est de profil simple en biseau, ornée irrégulièrement de rosettes ou de simples tenons, et en certains points des mêmes denticules que celle de l’abside centrale mais ce qu’il y a d’original, c’est qu’elle repose sur treize modifions, en quart-de-rond, de dimensions irrégulières et dont les uns sont unis, les autres décorés d’un motif simple, comme si une tranche verticale au centre en avait été légèrement détachée. Sur les deux côtés, la console du centre est plus grosse ; elle est décorée au sud seulement d’un lion rampant la tête tournée vers l’arrière au sud également la troisième à droite de cette dernière est taillée en forme de tête d’animal, d’un chat semble-t-il, qui n’a pas de relief (pi. 28 b). Cette partie de l’église dont nous venons de décrire l’extérieur les murs avec leur parement cloisonné, le décor céramique, les corniches de pierre, les marbres sculptés, les ouvertures entourées d’archivoltes de briques, de cordons de dents ou, aux petites absides, d’un cadre de pierre souligné de briques, constitue un ensemble homogène que la comparaison avec les églises d’Argolide permet d’attribuer à la seconde moitié du xne siècle. Mais il convient de noter des éléments qui ne s’accordent pas avec l’ensemble, deux réparations d’abord les fenêtres du narthex ont été réduites en ; ; ; ; : : (1) Le travail en est assez soigné pour qu’on puisse penser qu’il est antique comme l’admet Traquair, Frank. Archil., p. 77 et fig. 26 ; A. K. Orlandos, l.L, p. 23 et fig. 40, estime qu’il est byzantin. D’autres frag¬ ments du même genre se trouvent au pignon sud de l’étage, cf. infra, p. 569. (2) Le bloc placé près de l’angle nord, visible en partie à droite de la phot. pl. 29 c, est orné de rosaces simplement gravées, de sortes de rondelles décorées de rosaces et d’une fleur de lys sculptée comme à l’emporte pièce ; c’est un des rares exemples de ce motif en Grèce, que nous retrouverons à Géraki et à Mistra. LL, fig. 41 et 42, p. 24. (3) A. K. Orlandos,
566 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES hauteur et probablement élargies ; le décor de dents dont il subsiste trois éléments de part et d’autre ne se comprend que s’il entourait également l’arcade ; si on le rétablit, la fenêtre sud prend des proportions plus conformes à celles des autres ouvertures ; la transformation a dû être faite au moment de la construction des voûtes du narthex, quand celui-ci fut surmonté d’un premier étage. D’autre part, les portes de la nef ont reçu un encadrement moderne et elles ont perdu le petit porche ou auvent reposant sur deux colonnes qui les précédait et dont l’analogue se voit encore à la Kapnikaréa d’Athènes, à la Hagia Monè de Nauplie, et existait à Merbaka ou à l’église de Samari on voit nettement sur le mur l’arrachement et, dans le sol, à un mètre environ du mur, les fondations des colonnes (1). Outre ces modifications dont il est facile de se rendre compte, on relève des détails qui surprennent autant par l’emploi exclusif de la pierre que par leurs formes la brique est absente aux angles orientaux de la nef centrale du sanctuaire ainsi qu’au pignon, et aux angles de la nef centrale du naos, ces angles étant taillés en forme de colonnettes avec chapiteaux ; la corniche de la nef centrale du naos reposant sur des consoles est aussi un élément original. Emploi exclusif du poros et angle extérieur de la baie profilé en baguette aux piédroits et dans la voussure ; : se trouvent enfin aux fenêtres du narthex dans leur état actuel. L’usage de la pierre, notamment pour l’encadrement des fenêtres et pour les corniches en haut des murs, n’est pas inconnu dans les églises byzantines : il ne se développe toutefois qu’au xne siècle ; à Merbaka même, le fenêtre de l’abside centrale est entourée de pierres sculptées, figurant des colonnettes avec bases et chapiteaux, et continuées par une moulure en baguette sur la voussure (2). Cependant nous n’avons vu nulle part sur une église proprement byzantine réunis autant d’éléments d’aspect occidental : coins en forme de colonnettes, corniche moulurée, corniche reposant sur des consoles de pierre, fenêtre encadrée d’une baguette. Ces éléments (à l’exception de la réparation des fenêtres du narthex) ne semblent pas le résultat d’une transfor¬ mation ultérieure, dont on ne verrait d’ailleurs pas l’objet ; ils ne sont pas très posté¬ rieurs au gros de la construction puisque la corniche sur consoles contient des éléments qui ressemblent à celle de l’abside centrale. On a plutôt l’impression que l’église, alors qu’elle était presque achevée, a reçu, au dernier moment, certains détails de décoration d’un caractère différent de ceux qui avaient été employés jusque-là et en particulier le couronnement des murs les plus élevés, ceux de la nef principale. L’intérieur confirme ces impressions. Bien qu’il soit aujourd’hui entièrement couvert de badigeon — on ne voit des vestiges de peintures que dans le diakonikon —, il permet des observations intéressantes. Le sanctuaire couvert de trois berceaux, avec les trois absides, constitue un tout homogène. Dans le naos, les quatre colonnes de marbre gris, — sans doute remployées, car elles sont inégales — , sont couronnées de chapiteaux de forme simple, un dé taillé de manière à passer de la section ronde du fût à la section carrée de la retombée des arcs ; le décor est aussi simple, chaque face porte une rosette ou une roue en assez fort relief placée dans une arcade de relief plus bas. La couverture surtout est inattendue dans cette église à plan basilical, les bas : (1) La destruction en daterait d’un tremblement de terre qui désola la région en 1874, d’après A. K. Orlandos, LL, p. 21. L’encadrement actuel des portes peut être de cette époque ou remonter à celle de la reconstruction de la façade au xvme siècle. (2) Sur les colonnettes d’angles, cf. infra , pp. 584-585.
ARCHITECTURE 567 RELIGIEUSE côtés sont couverts non de berceaux, mais de demi-berceaux rampants (pl. 31 a-b). Ce système n’est pas fréquent en Grèce et n’appartient pas en propre à l’architecture byzantine antérieure au début du xme siècle, on la rencontre par contre couramment en Occident dans les églises du centre et du sud de la France et en Italie méridionale (1). Cependant alors que dans d’autres cas en Grèce, sûrement datés du xme siècle, la voûte dessine nettement un quart-de-cercle, aux Ylachernes, son profil est celui d’un arc plus tendu et surbaissé qui s’infléchit pour retomber sur le mur de la nef principale. On obtient ainsi une forme hybride et assez lourde qui paraît l’œuvre d’ouvriers maladroits à réaliser un modèle dont ils n’avaient pas l’expérience. De toute façon, ces voûtes semblent faites pour épauler une voûte centrale exerçant de fortes poussées or la grande nef n’est couverte que d’un toit en charpente dissimulé par un plafond plat de bois, et rien ne laisse supposer que les murs, il est vrai couverts de badigeon, aient supporté autrefois une voûte. La forme encore inconnue ou excessivement rare en Grèce à la fin du xne siècle du demi-berceau, le contraste entre les collatéraux et la nef centrale suggèrent aussi un changement de direction en cours d’exécution, qui correspond très exactement, à l’extérieur, au couronnement du mur et au pignon dont l’aspect est très différent de celui de l’ensemble des murs latéraux et de toute la partie orientale de l’église. Dans le narthex, si l’espace correspondant à la nef centrale, de forme rectangulaire, est couvert d’une calotte surbaissée qui n’a rien de remarquable, la partie nord et la partie sud, de plan à peu près carré, portent des voûtes de caractère nettement occi¬ dental avec leurs arcs croisés (pl. 30 c). Dans chaque coin sont placées des colonnettes les fûts de marbre gris de 0 m. 18 à 0 m. 20 de diamètre reposent sur des bases de profil et de hauteur variés ; à 2 m. 25 du sol, ils portent des chapiteaux ornés de feuilles et de volutes de quatre types différents, au-dessus desquels partent des nervures dont le profil est un simple tore de 0 m. 105 de diamètre (pl. 31 c-e) à l’intersection des arcs, la clé de voûte ronde est décorée d’un très grossier relief, l’agneau au nord, la colombe au sud. Nous sommes en présence ici d’un élément introduit par les Francs et c’est la construction de cette voûte qui a rendu nécessaire la transformation des fenêtres du narthex, faite avec tant de soin. On rapprochera, au point de vue du style les quatre proskynèlaria du naos : de chaque côté de l’iconostase d’une part (celui du mur nord est visible sur la pl. 31 b), et d’autre part appliqués aux deux pilastres entre la nef centrale et les bas-côtés à droite et à gauche de la porte d’entrée, sont disposées quatre niches de peu de profondeur dessinées par deux colonnettes avec chapiteaux ornés de feuilles d’eau, surmontées d’une arcade profilée : elles devaient abriter des images de saints. Ces niches ne sont pas rares : il y en a deux beaux exemples dans l’église de Samari de style purement byzantin (2). Mais elles deviennent plus fréquentes au xme siècle (3). Aux Vlachernes, non seulement le décor n’en est ; : ; ; infra, (1) Sur ce pp. type voûte, voir la discussion générale sur l’influence de l’architecture occidentale en Morée, L'École grecque, fig. 30, p. 64. de Saint-Georges à Géraki sur lequel nous reviendrons, cf. J. B. Wace, BSA, XI, 1904 1905, pp. 145-14; ; — R. Traquair, BSA, XII, 1905-1906, pp. 264-269, XV, 1908-1909, pp. 189-190, sur des églises à Géraki ou à Platsa dans le Magne, exemples datant du xme siècle. Mais en général dans les églises grecques les proskynèlaria ont place dans le templon, par exemple au couvent Porta Panaghia près de Trikkala, . , I, fig. 114, p. 203, cf. p. 43; ; de même à la daté de 1283, cf. G. Sotèriou, Samarina, cf. Millet, École grecque, p. 64, fig. 30. (2) (3) Millet, de Voir celui
568 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES pas oriental mais le nombre et remplacement en sont inusités et évoquent plutôt la multiplicité des chapelles consacrées à des saints dans nos églises (1). Au bâtiment à trois nefs précédées d’un narthex ont été ajoutés, avons-nous dit, un porche et un étage sur le narthex et sur le porche. A l’extérieur, cette partie se distingue par l’appareil fait exclusivement de parpaings de poros soigneusement assem¬ blés. Nous retrouvons ici les angles taillés en colonnettes aux angles de la façade, la colonnette sans base est dessinée par des rainures qui commencent à quelques centi¬ mètres au-dessus du biseau qui termine le mur, et couronnée d’un petit chapiteau simple à crochets ; aux angles sud-est et nord-est de l’étage, les colonnettes partent de la corniche à la hauteur du toit des bas-côtés du naos et s’élèvent jusqu’au niveau du rampant oriental du toit, alors que le mur s’élève au-dessus pour former le pignon. Les chapiteaux qui les surmontent sont de même dessin qu’à la façade ; celui du sud supporte un abaque décoré sur chacun des côtés de deux feuilles de vigne autour desquelles s’enroule un pampre, et la première d’une série de quatre consoles, sur lesquelles repose un chéneau de pierre, la première console est grossièrement taillée en forme de tête humaine (pl. 28 a). De l’autre côté, le chapiteau est directement surmonté de la console ; le chéneau repose sur trois consoles dont la première présente aussi un visage humain et la seconde le décor géométrique de certaines consoles de la nef centrale (pl. 30 a). Les ouvertures sont au nombre de deux pour l’étage au nord comme au sud. Au nord, s’ouvre la porte d’accès, assez étroite (0 m. 70), entre deux piédroits dont l’angle extérieur est profilé en colonnettes : au-dessus des chapiteaux un peu plus richement décorés, elle est surmontée d’un arc brisé dont la voussure présente une moulure plus étroite que le fût des colonnettes (pl. 29 a, 30 b). Au-dessus, courent un cordon de dents de briques qui se poursuit sur le mur de part et d’autre jusqu’aux angles, puis une archivolte saillante de pierre finement sculptée de fleurettes à quatre pétales en pointes de diamant : de chaque côté de la pointe de l’arc, une fleur est remplacée par une bosse, la 4e à gauche, la 3e à droite ; le motif est encore répété trois fois sur une ligne horizontale de chaque côté de la porte, entre un cordon de dents au-dessous et deux assises de briques au-dessus qui vont d’un bout à l’autre de l’étage. Le tympan de la porte a un crépi moderne. La seconde ouverture est une fenêtre plus à l’ouest un cadre de bois en masque extérieurement aujourd’hui complètement la forme, mais laisse deviner cependant le sommet d’un arc brisé. Au sud, le mur de l’étage est percé de deux fenêtres, très différentes l’une de l’autre (pl. 27 a). Sous le pignon, c’est une grande fenêtre géminée large de 1 m. 22 (pl. 28 a) ; la baie est encadrée, comme la porte nord, de deux colonnettes portant ; ; (1) Nous laissons de côté les marbres sculptés byzantins servant de linteau aux portes allant du narthex aux bas-côtés, ou encadrant la porte extérieure du narthex, puisqu’ils se rapportent à une époque qui ne nous intéresse pas directement. A. K. Orlandos, LL, pp. 14-16, suppose qu’un certain nombre proviendraient d’une iconostase de marbre du xne siècle, comme on en voit encore à l’église de Samari et dans le Magne. L’hypothèse est plausible ; mais il est douteux qu’on puisse attribuer tous les fragments à cette iconostase. Les blocs encastrés dans les pignons de l’étage au-dessus du narthex, la petite plaque au centaure de l’escalier extérieur (cf. infra, p. 569), ne semblent pas faire partie d’une iconostase et proviennent donc de quelque monument antérieur. Il en est de même de la grande plaque posée sur la banquette au sud du narthex et dans laquelle on a vu le couvercle d’un tombeau (Orlandos, LL, fig. 12) ; ce n’est en tout cas certainement pas celui du tombeau du personnage enterré en 1358, cf. infra, p. 572, puisque l’inscription est gravée sur la dalle qui couvrait la tombe.
ARCHITECTURE 569 RELIGIEUSE un arc brisé mouluré surmonté d’un cordon de dents qui se prolonge sur le mur comme au nord, et d’une archivolte saillante, sculptée, de façon uniforme ici, de fleurs à quatre pétales, motif répété trois fois horizontalement à droite et à gauche ; une colonnette de marbre blanc de section carrée, aux angles abattus, la divise en deux elle porte un chapiteau de marbre sculpté d’entrelacs et de bosses de style byzantin les deux baies ont un arc en tiers-point fait de blocs de poros, qui retombe vers le côté extérieur sur un montant dépourvu de chapiteau. Le tympan est garni d’une maçonnerie moderne qui laisse apparaître une partie d’un décor de brique qui devait l’occuper (1). L’appui de la fenêtre est un bloc de marbre offrant à l’extérieur un profil en cavet au-dessous, après deux assises de briques, une plaque de marbre blanc occupe toute la largeur de la baie, elle porte sculptées en relief peu profond trois croix de Malte dans des arcatures, flanquées à droite et à gauche de deux cyprès ; le décor est complété en haut par quatre rosettes et trois poissons ; une moulure forme cadre et au-dessous un autre bloc de marbre porte deux moulures décorées de perles et pirouettes et de rais-de-cœur qu’il faut rapprocher du fragment déjà signalé à la fenêtre de l’abside centrale. La seconde fenêtre, beaucoup plus petite (Om. 20 de large), est simplement percée dans le mur de poros dont l’angle est abattu par un chanfrein interrompu en cinq points elle se termine par un arc cintré fait d’un bloc que con¬ tourne le cordon de dents. A l’intérieur, l’étage est divisé en cinq petites chambres par des cloisons modernes et ne présente rien de remarquable : mais on y voit de près la fenêtre qui s’ouvrait dans le pignon ouest de la nef principale. Pour achever la description, il faut signaler que les baies du porche sont couvertes d’arcs en plein cintre l’arc est entouré d’un cordon de dents seulement à la baie qui est sur le côté sud. Un dernier cordon de dents de briques traverse le pignon nord en contournant un marbre byzantin encastré dans le mur et court sous la corniche rampante du toit. Au sud, le cordon de dents se trouve de même sous la corniche rampante, mais le pignon est beaucoup mieux construit qu’au nord décoré lui aussi de deux plaques sculptées byzantines, il est couronné par une corniche soignée, très saillante, soulignée par le cordon de dents de briques, et faisant retour aux angles. Il est possible que le fronton nord ait toujours été moins soigné, le côté sud étant dans l’ensemble plus richement décoré comme presque dans toutes les églises mais l’absence de corniche au nord comme à la façade, alors qu’il y en a partout ailleurs, peut suggérer aussi qu’il y a eu réparation d’époque tardive, contemporaine de celle de la façade. Nous n’insisterons pas sur les reliefs byzantins encastrés dans la maçonnerie, ni sur la façade (2). Celle-ci en effet est manifestement refaite (pl. 27 b) : on suit ; ; ; ; ; : : (1) Gf. A. K. Orlandos, LL, fig. 50, p. 28 a. marbres sont, au sud, sous le pignon, une plaque représentant une croix latine cantonnée de deux roses et de deux fleurons (c’est ce motif byzantin que Buchon considérait généralement comme les armes des princes de Villehardouin), et au-dessus une plaque brisée en haut et à droite où est assez grossièrement figuré un vase d’où s’échappent des pampres, — sous la fenêtre étroite au-dessus de l’arche du porche un cadran solaire stylisé tout à fait analogue à celui qui occupe une place semblable à l’église de Merbaka et qu’A. Struck date du xne siècle ; — au nord, sous le pignon une plaque légèrement brisée à gauche, d’un travail beaucoup plus fruste que celle du sud, représentant une croix grecque pattée cantonnée aussi de quatre roses ou plutôt et deux X, — enfin dans la maçonnerie de l’escalier un petit relief de quatre rondelles où sont gravés deux brisé à droite portant un centaure armé d’une massue, dans un décor évoquant une forêt, cf. A. K. Orlandos, LL, p. 18 b, et fig. 30, p. 19 ; cf. un autre relief au centaure au Musée byzantin d’Athènes n° 178, G. Sotériou, (2) Ces Guide du Musée byzantin, p. 51, fig. 28.
570 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES facilement, près des coins, la limite de l’ancien appareil et de la partie du mur remontée avec moins de soin. Les arcades du rez-de-chaussée sont formées de pierres légèrement en retrait sur la façade ; les piliers ont une corniche d’un profil plus mou et moins simple que celles des arcades latérales et du pilier d’angle les ouvertures n’ont de caractères communs avec aucune de celles que nous avons vues jusqu’ici ; les briques n’apparaissent qu’en deux rangs au-dessus de l’assise posée sur les arcades et en un rang à l’assise suivante. Outre quelques fragments sculptés byzantins, trois têtes très frustres sont placées, l’une au centre au-dessus de la fenêtre ronde, les deux autres à l’angle interne supérieur des fenêtres carrées il est possible qu’elles aient autrefois décoré des consoles d’une corniche disparue en effet le haut du mur n’a pas de couronnement. Une inscription, à gauche de la première arcade au nord, rappelle les travaux de réfection exécutés en 1771 ; une autre, représentant un lion rampant sur lequel on lit 175, date inachevée sans doute ou mise pour 1750, est placée dans le premier écoinçon à partir du nord ; dans le dernier pilier au sud une autre pierre sculptée porte la date de 1791 (1). C’est à l’une de ces dates qu’il faut rapporter les derniers travaux exécutés, qui ont eu pour effet de donner à la façade de l’église des Vlachernes son aspect actuel. Mais si nous négligeons cette façade reconstruite au xvme siècle avec, peut-être, le pignon nord, il n’est pas possible de déceler de reprise dans la construction de la partie occidentale de l’église porche et étage supérieur entier ont dû être bâtis en même temps, quelque disparates que soient les éléments qui y sont juxtaposés : appareil de pierre de taille, angles ornés de colonnettes, porte et grande fenêtre géminée en arc brisé appartiennent au même style, et probablement aussi la petite fenêtre du côté nord ; mais les cordons de dents de briques, les proportions de l’étroite fenêtre du sud, l’usage d’encastrer dans le mur des fragments anciens de marbre sculpté, l’arcade en plein cintre du porche appartiennent aux habitudes locales. Et même dans le détail apparaît ce mélange à la fenêtre géminée par exemple, la colonnette centrale est un marbre byzantin (2) les fleurs à quatre pétales disposées horizontalement de chaque côté de la porte suivant une ligne brusquement inter¬ rompue rappellent la disposition d’un décor fait de dents de briques bien que, en Occident aussi, l’archivolte saillante moulurée qui encadre l’arcade d’une baie puisse présenter les mêmes retours en ligne horizontale. On est donc là en présence de motifs et de formes d’origine étrangère, apportés d’Occident par les nouveaux maîtres de la Morée, particulièrement intéressants parle soin avec lequel ils ont été exécutés et par l’état de conservation où ils se trouvent, mais certains de leurs détails et leur juxtaposition avec des formes différentes révèlent ; : : : : ; qu’ils sont l’œuvre d’ouvriers indigènes. Ces observations permettent-elles d’arriver à quelque précision sur l’histoire de la construction de l’église ? En l’absence de tout document historique, seul le style permet de proposer une date pour le début de la construction nous avons vu que la comparaison s’imposait : (1) Cette pierre, non signalée par A. Orlandos, suggère à Traquair, Frank. Archit., p. 80, une confusion inattendue avec l’épitaphe vénitienne de 1358 dont nous parlons plus bas et qu’il ne semble pas avoir vue. (2) Par contre nous ne considérons pas, comme le veut Traquair, p. 78, que l’absence de chapiteaux à la retombée des arcs sur les côtés de la fenêtre géminée, au sud, soit l’effet d’une maladresse d’exécution et de l’ignorance des ouvriers grecs. C’est une disposition qu’on trouve très fréquemment dans les fenêtres géminées en Occident, en particulier au xne siècle : seul le petit pilier ou la colonne centrale a un chapiteau.
ARCHITECTURE 571 RELIGIEUSE avec le groupe d’églises d’Argolide et surtout avec celle de Merbaka, et que, en consé¬ quence, on pouvait admettre que l’église des Vlachernes avait été entreprise dans la seconde moitié du xne siècle. Chose curieuse, c’est la seule église à plan basilical de cette époque qui subsiste dans la région (1), et c’est pourquoi G. Millet, comme nous l’avons vu, la rapproche des églises de Kastoria ces rapprochements sont légitimes, si l’on pense que, aujourd’hui encore, un grand nombre des maçons que l’on emploie pour les travaux les plus courants sinon dans la plaine de l’Élide, du moins dans la région de l’ancienne Akroreia, viennent d’au-delà du golfe de Patras. Elle avait été conçue comme une basilique à trois nefs précédée d’un narthex qui devait avoir la forme de celui de Merbaka, avec au nord et au sud, et peut-être à l’ouest, un auvent posé sur deux colonnes. Mais nous croyons que la construction a dû être interrompue alors que le sanc¬ tuaire était déjà achevé, au moment où l’on arrivait au couronnement des murs et à la couverture du naos. Si le naos avait été normalement achevé, rien n’expliquerait la différence d’appareil du pignon oriental de la grande nef, ni de la corniche reposant sur des consoles, ni le système original de couverture rien par ailleurs ne porte trace d’une destruction volontaire ou accidentelle expliquant le changement de caractère du bâtiment par une réparation. Il est plus vraisemblable de supposer que les travaux étaient en cours dans les premières années du xme siècle à l’arrivée des croisés, ils furent suspendus, puis repris plus tard, mais sous une nouvelle direction. Cela invite ce sont eux qui à penser que le couvent avait passé à des religieux catholiques donnèrent à des ouvriers grecs les indications nécessaires pour achever l’église à leur goût, développant le porche à l’ouest et ajoutant un étage sur le narthex ; les ouvriers indigènes ont fait de leur mieux pour réaliser ce qu’on leur demandait, il en est résulté des mélanges curieux d’éléments byzantins et occidentaux avec des maladresses d’interprétation ou d’exécution qui font de ce monument un des plus typiques, peut-être même le plus caractéristique du style composite de la Morée franque (2). Un point reste à préciser, c’est de savoir à quelle époque on peut attribuer la partie que nous avons reconnue comme d’inspiration occidentale. Traquair (3) y reconnaît des éléments empruntés au « gothique normand de Sicile » et estime que la construction doit être attribuée au 3e quart du xive siècle, ce qui s’accorderait mal avec notre hypothèse. Mais, en fait, tous les détails caractéristiques nous paraissent au contraire plutôt antérieurs au xme siècle que postérieurs nous reviendrons sur le : ; ; ; : (1) Deux églises cependant ont pu avoir aussi un plan basilical, mais leur état actuel ne permet pas de rafïîrmer catégoriquement, c’est l’église du couvent de Skaphidia, un peu plus au sud ; la seule partie ancienne, XIII, 1916, p. 418, en une partie des absides, montre qu’elle doit dater du xne siècle (G. Sotériou, N. ., compare l’appareil à celui de Sainte-Sophie d’Andravida), l’église a été reconstruite au xvne ou xvme siècle sur le plan basilical, qui reproduit probablement le plan ancien. D’autre part l’église du Sauveur à Oléna semble avoir eu un plan allongé comme celui d’une basilique mais il n’en reste que la base des murs, et les trois absides demi-circulaires, immédiatement juxtaposées, sont différentes. Cf. Pél. byz. p. 143. La basilique de Mentzéna est du xme siècle, cf. supra, p. 461. Celles de Laconie du groupe de Zaraphon-Apidia dont les nefs sont couvertes de berceaux placés sous le même toit, sont d’un type différent d’origine orientale, cf. A. Orlandos , IV, 1927, pp. 342-351, — Graindor, Byz., IV, 1927-28, pp. 673 et suiv. Nous revenons plus bas sur Saint-Georges de Géraki. (2) Nous sommes revenu sur les rapports entre éléments byzantins et éléments occidentaux aux Vlachernes dans un article des Mélanges Orlandos, III, pp. 87 et suiv. Frank. Archil., pp. 78, 80. (3) Traquair,
572 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES système des voûtes en berceau rampant, mais il existe en France et en Italie au xie et au xiie siècle. Les corniches sur modillons sont courantes dans l’art du xie et du xne siècle, dans de nombreuses régions de la France ; dans le Languedoc et le Roussillon en particulier les modillons sont souvent décorés de motifs dont les uns sont des têtes humaines aussi primitives que celles que nous avons signalées aux Ylachernes, les autres appartiennent à ce matériel décoratif venu d’Orient mais rapidement adopté par les décorateurs romans, dans lequel il faut ranger le lion du modillon central du côté sud dans notre monument. Les arcs croisés ont un profil simple en tore conforme aux plus anciens modèles de croisées d’ogives le décor des chapiteaux à l’intérieur de grandes feuilles pleines lancéolées dont la nervure et le bord sont légèrement en relief et des volutes, maladroites par leur forme et par la manière dont elles sont placées est ancien (1) ; les fleurettes à quatre pétales en pointe de diamant sont encore un de ces motifs qui ont été usités un peu partout en France et pendant fort longtemps, mais ce qui est sûr, c’est qu’il était connu dès le début du xne siècle au moins et « commun partout dans la seconde moitié du siècle » (2), il fait partie comme la corniche à modillons du décor du style roman. Il est donc légitime de penser que l’église a pu être achevée dès le début de la domi¬ nation franque ; et, chose naturelle, ce sont des formes plutôt archaïques qui ont été ; : utilisées. Que le couvent ait été occupé par des religieux catholiques au-delà du xme siècle, la preuve en est la présence d’une épitaphe et de nombreux graffiti non grecs. L’épita¬ phe, datée de 1358, est gravée sur une pierre tombale, comme le prouve le logement d’un anneau qui y était scellé (3). Le texte compte quatre lignes, malheureusement la fin des lignes à droite et surtout de la troisième, est mal conservée; nous le lisons : ANNO.D (omi) NI. M.CGG. LVIII. DIE VI... HIG. JACET.... M E(n)SIS. SEPTE(m)BRIS. FILIUS. QVI. S. VIRIDI. HABITAT. MIIETI. DELV.... IN VENECIIS. Buchon avait lu le nom Seme\nilius S(ancli) Viridi mileti de Lucinia (4). Au-dessous (1) On peut comparer les premières avec les chapiteaux de Saint-Étienne de Nevers ; déjà usité au xie siècle en Bourgogne, ce décor fréquent à Pontigny est ensuite utilisé au xme ou à Fontenay L' architecture gothique en Italie, pp. 289 siècle à Chiaravalle di Gastagnola en Italie méridionale, cf. C. Enlart, 291, fig. 126, 127 ; — les secondes sont à rapprocher de celles de chapiteaux qui se trouvent dans les ruines de la mosquée de Paphos, et révèlent l’imitation de types français de la fin du xne siècle ou du début du xme, d’après C. Enlart, L'art en Chypre, II, pp. 478-479, fig. 312. A vrai dire ces motifs élémentaires se trouvent un peu partout. Manuel d'archéologie française, I, 1, pp. 353-354. (2) G. Enlart, (3) Naguère encastrée dans le mur oriental de clôture de la cour du couvent entre l’église et les communs, elle a en été enlevée lors de la destruction de ces derniers bâtiments et était en 1962 simplement posée dans la cour. (4) Buchon, Atlas, légende de la pl. LX n° 29, qui reproduit le blason, cf. Grèce et Morée, p. 513 ; sa lecture est la plus complète et paraît plus exacte, pour les parties encore aujourd’hui lisibles, que les autres qui en ont été faites. Traquair, Frank. Archil., p. 80, qui ne l’a pas vue et la confond avec la pierre datée de 1791 dans la façade de l’église, reproduit la lecture de Buchon, mais inexactement. Ni celles de G. Sotèriou, XIII, 1916, p. 481 : hic jacet \Rilius Sviri\qui habitat Nueur ... iis — ni celle d’A. K. Orlandos, l.l., N. ., p. 12 et fig. 13 : Anno D (omi)n(i) MCCCLVIII. die...Mesis. Septebris. hic. jacet. Ma\nilius. (filiu)s. Viridi. ani E(qui)tis de Luc(inis)\qui habitat in Ven(et)iis., ne nous paraissent acceptables. Voir le dessin de la pierre dans notre article Pierres inscrites ou armoriées de la Morée franque, Mélanges Sotèriou, p. 97, fig. 4. .
ARCHITECTURE RELIGIEUSE 573 l’inscription est gravé un écu chargé d’un lion rampant. Ce qui reste du nom du personnage ne permet de l’identifier à aucun de ceux que l’on connaît par les textes ou les documents il faut supposer à la fin de la ligne 2 un nom très bref et à la ligne 3, après le mot filius (et non Nilius !), une formule telle que S(erenissimi) Viri D(omin)i (?), mais le nom d’origine nous échappe ; si la lecture de Buchon, de Lucinia est exacte, ce que l’on ne peut vérifier aujourd’hui, on pourrait y voir une forme du de : , nom des Lusignan, les armes du blason correspondant à celles des Lusignan de Chypre. La famille est représentée en Morée à cette date : le prince Robert avait épousé en 1347 Marie de Bourbon, qui avait eu pour premier mari Guy de Lusignan et une fille de ce premier mariage de Marie de Bourbon avec Guy de Lusignan avait elle-même épousé le despote de Mistra Manuel Cantacuzène (1). Il ne serait donc pas surprenant de voir un Lusignan en Morée ; mais l’hypothèse reste sans consistance étant donné que l’on ne connaît aucun membre de cette famille résidant à Venise et mort en Élide en 1358. Des graffiti sont gravés sur la tranche des briques du côté des absides ou au sud de l’église ; un certain nombre sont en caractères latins, d’autres en caractères grecs, accompagnés ou non de dates ; il y a aussi quelques dates isolées. On lit : , RAIMONDO BOLDUS, FRANCISC(US) DE PRIOLIS OICKAPAI 1628, MAKAPIOC, les dates 1621, 1634, 1447 (2), - ()0 A. K. Orlandos, qui 1674, ces deux dernières suivies de lettres indistinctes. reproduit plusieurs de ces graffiti, pense qu’ils ont été gravés par des moines et que le clergé latin reste en possession du couvent jusqu’au-delà du début du xvme siècle le nom de Stefano Fiscardi est certainement italien, mais celui qui le portait l’a gravé déjà en caractères grecs le couvent aurait fait retour aux Grecs seulement à la fin du xvne siècle un molybdobulle du patriarche de Constantinople Denys, daté de 1697, est adressé à l’higoumène des Vlachernes et déplore l’état d’abandon et de ruine du couvent (3). En fait il faut remarquer que ces noms ne sont pas nécessairement ceux des moines, mais ont beaucoup plus probablement été gravés par des visiteurs comme le Vénitien François de Priolis, se rendant en Orient (4) ; d’autre part nous avons pu relever des monogrammes dont l’un au moins en caractères grecs accompagné de la ; ; : (1) Cf. supra, p. 223. (2) Ce personnage est connu : une inscription de Chypre le désigne en effet comme gouverneur de l’île le 28 février 1449 ; la reine Catherine Gornaro ayant abdiqué deux jours auparavant, Chypre venait de passer L'île de Chypre, Paris 1879, p. 400, n° 103, — et Histoire de sous la domination de Venise : L. de Mas-Latrie, Vile de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan, III, Paris 1861, p. 394 ; cf. C. Enlart, L'art en Chypre, I, pp. 296-297. Il faut supposer que François de Priolis avait fait escale à Clarence et visité à cette occasion le couvent des Vlachernes — en se rendant en Orient. Raimondo Boldus peut être aussi un voyageur vénitien; on sait p. ex. qu’un noble vénitien appelé Antonio Boldu a dû s’embarquer à Clarence en 1641, cf. J. M. Patton, Mediaeval and Renaissance Visitors of Greek Lands, p. 61. Dans notre article des Mélanges G. Sotèriou cité ci-dessus, la phot. pl. 30 d, donne les briques du côté sud de l’église, à droite de la porte, où sont gravés horizontalement les noms de Raimundo Boldus et de Francise, de Priolis ; au-dessous, verticalement, se trouvent deux monogrammes en lettres grecques surmontés chacun d’une croix ; en-dessus, la date 1580. l.l., pp. 33-34. (3) A. K. Orlandos, (4) Ces graffiti ne sont pas rares : beaucoup sont gravés sur les peintures du couvent de Skaphidia, dans le narthex, remerciements à la Vierge Skaphidia ou signatures des visiteurs. Les églises d’Argolide sont pp. 80 aussi très riches d’inscriptions, noms ou monogrammes et dates, publiés par K. G. Zèsiou, , et suiv. n° 11-22 (Hagia-Monè), 23-30 (Merbaka), 31-32 (Chonika), 36 b et 38 (Lygourio) ; certaines inscriptions sont indiscutablement l’œuvre de visiteurs et non de religieux. Les églises de Piada sont aussi couvertes de graffiti plus tardifs, et gravés certainement par des visiteurs.
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 574 date 1580. On peut tout au plus affirmer que ceux qui ont habité ou visité le couvent jusqu’au xvie siècle écrivaient leur nom en caractère latins. En résumé, l’église des Ylachernes a été commencée par les Grecs dans le dernier quart du xne siècle ; la liaison intime des parties byzantines avec celles qui présentent un caractère nettement occidental et des éléments caractéristiques d’un style gothique encore très simple, nous conduit à admettre qu’il n’y a pas eu transformation d’une église achevée ou addition ultérieure par les Francs mais que ceux-ci ont dû trouver le bâtiment encore inachevé et le terminer en lui donnant une couverture, en dévelop¬ pant la partie occidentale, conçues et décorées selon leur goût, dans la mesure où les ouvriers auxquels ils confièrent la tâche étaient capables d’exécuter des modèles qu’ils ne connaissaient pas encore. ; Remarques générales sur les églises de style occidental. — Les monuments que nous venons de décrire ne sont pas assez nombreux pour nous autoriser à parler d’une école ni même d’une province d’art gothique en Morée aux xme et xive siècles. Nous devons cependant grouper en quelques mots leurs traits communs, signaler les particularités qui les distinguent, préciser les détails les plus caractéristiques, en indiquant les rapprochements qui s’imposent avec les monuments contemporains d’autres pays. Pour les quatre premières églises, le plan constitue le trait de caractère le plus original par rapport aux constructions byzantines elles ont toutes un plan rectan¬ gulaire sans transept débordant (fig. 7). Les mesures prises à l’extérieur sont respectivement les suivantes Isova 15 m. 35 sur 41 mètres avec un chœur polygonal long de 8 mètres pour 9 m. 80 de largeur, — Sainte-Sophie 19 mètres sur 50, avec un chœur rectangulaire de 4 m. 60 sur 9 m. 40, — Zaraka 18 mètres en moyenne sur 36, avec un chœur rectangulaire de 4 m. 20 sur 9, — Clarence de 3 m. 30 sur 8 m. 10. Deux 15 mètres sur 44, avec un chœur rectangulaire d’entre elles, qui se trouvent être aussi celles où les constructeurs ne disposaient pas ou que de peu de matériaux antiques, formaient une grande salle couverte d’un toit en charpente les deux autres avaient deux colonnades intérieures, avec une nef centrale probablement plus haute que les bas-côtés Sainte-Sophie avait peut-être en outre un transept correspondant à la largeur de deux travées ordinaires et visible dans les combles. Seule Zaraka était entièrement voûtée sur croisées d’ogives. Dans les deux dernières églises des murs pleins séparaient du chœur les chapelles terminant les bas côtés. La partie orientale de l’église devait être la plus soignée ; c’est la seule voûtée de pierre à Sainte-Sophie, et il en était probablement de même à Isova. Les différences d’appareils ne nous paraissent pas mériter d’être rappelées ; elles sont dues non à une préférence ou à un choix, à notre avis, mais simplement aux ressources dont disposaient les entrepreneurs sur chaque chantier ce que nous remarquons, c’est que la brique ou la tuile y sont employées plus pour boucher des trous, comme matériaux de complément, que comme un des éléments normaux de la maçonnerie, employé systématiquement pour obtenir des effets décoratifs à la manière des Byzantins. Un détail mérite une mention spéciale : les contreforts ; on ignore les arcs-boutants, ce qui est naturel dans ces constructions relativement modestes. Les murs sont donc soutenus par des contreforts perpendiculaires aux murs sur les côtés longs et, aux angles du bâtiment, prolongeant le mur qu’ils soutiennent. Mais à Isova pour un chevet polygonal, ils : : : : : : ; ; :
J CLARENCE; SOYA ... ANDRAVÎDA .! . I , I _ I ,, I 2.S JA zaraka Fig. 7. — Plans comparés des églises d’Isova, de Clarence, d’Andravida et de Zaraka. 575 RELIGIEUSE ARCHITECTURE
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 576 sont naturellement placés suivant la bissectrice de l’angle fait par deux pans de murs. Enfin à Sainte-Sophie, il y a des contreforts normaux aux angles comme le chœur est rectangulaire, on peut s’en étonner, car cette disposition n’a été adoptée ni à l’angle sud-ouest d’Isova ni à Zaraka. En France ce type de contreforts biais n’est pas utilisé à cette époque : on l’attribue en général à la fin du xive ou au xve siècle (1). Mais nous ne croyons pas que Sainte-Sophie ait pu être construite aussi tard ; l’archi¬ tecture cistercienne dont les plans à chevets carrés ou rectangulaires sont riches en angles droits a connu ce dispositif très tôt il y a des contreforts biais à La Bussière, dont la construction date de 1172, et surtout dans des bâtiments du xme siècle en Europe centrale (2). On peut admettre qu’on les a connus en Morée avant le milieu du ; : xme siècle. plans peuvent-ils être attribués à une origine précise ? Sans doute leurs formes générales simples, leurs chœurs rectangulaires font penser aussitôt aux églises cisterciennes il est fort possible que les Cisterciens aient contribué à introduire l’art occidental en Grèce après 1205 une église au moins est leur œuvre, celle de Zaraka, la plus complètement gothique, puisqu’elle est seule à être entièrement voûtée sur croisées d’ogives c’est à eux aussi que Sainte-Sophie doit ses contreforts biais dont ils se servaient dès la fin du xne siècle alors qu’on ne les utilisait que rarement encore en France. Cependant il est juste de noter que nos églises n’ont pas un des éléments si caractéristiques des constructions cisterciennes, le transept débordant à chapelles multiples de plus, ces plans très simples, se retrouvent dans tant de régions de Chypre à la Catalogne, à des époques si diverses du xne au xve siècle, que les rapprochements qu’on peut faire sont dépourvus d’une véritable signification : c’est le plan le plus simple et le plus économique, il faut voir là la raison essentielle de sa diffusion. Les voûtes sur croisées d’ogives sont construites sur des travées de plan carré ou formant un rectangle deux fois plus long que large. Les nervures ont le profil le plus simple et le plus ancien, un tore appuyé sur un bandeau un fragment à Isova est un peu plus travaillé, un bandeau aux deux angles profilés en baguettes, séparées par un méplat ; à Zaraka, le tore est dégagé par deux profonds cavets. Les colonnes et les colonnettes sont très simples ; à Zaraka seulement la forme de ces soutiens est plus complexe, ce sont des colonnes cantonnées de demi-colonnettes ou flanquées de colon nettes à fût indépendant. L’intérieur de ces monuments est éclairé par des fenêtres hautes, étroites, cintrées ou en arc brisé, dont l’embrasure est largement ébrasée ; l’angle extérieur de tout l’encadrement est abattu ; elles n’étaient fermées que par des grilles. Il y a cependant des baies plus vastes telle est la fenêtre ouverte au fond du chœur de Sainte-Sophie d’Andravida, dont les piédroits sont ornés de colonnettes et dont l’arc est surmonté d’une archivolte saillante et moulurée ; on peut supposer qu’elle était divisée en deux Ces ; : ; ; : : sont les dates que donnent C. Enlart, Manuel d'archéologie française, I, 1, p. 520, et A. Choisy, nouv. éd., Paris 1943, II, p. 234. (2) Nous relevons des exemples de contreforts biais dans les églises cisterciennes de la Bussière (Côte d’Or), de Heiligenkreutz (Autriche), construite en 1187 et augmentée d’un grand cœur gothique en 1295, de Kerz (Transylvanie), de Mogilo (près de Cracovie), dont on ne connaît pas la date exacte mais qui sont du xme siècle, d après les plans publiés par N. -A. Dimier, Recueil de plans d'églises cisterciennes, Grignan et Paris, 1949, I, pp. 92, 118, 125, 136, pl. 58, 141, 164, 198. (1) Ce Histoire de V architecture,
ARCHITECTURE RELIGIEUSE 577 formes par une colonnette supportant un remplage dessinant une rosace à quatre, cinq ou six feuilles ; des baies analogues devaient exister dans le chœur de Notre-Dame d’Isova et à l’église de Zaraka. Aux Vlachernes, une fenêtre au premier étage sur le narthex présente un mélange d’éléments grecs et d’éléments occidentaux. La seule façade qu’on puisse partiellement reconstituer est celle de l’église de Zaraka elle est divisée en trois parties par les contreforts : au centre le portail s’ouvre dans un porche à ressauts garnis de colonnettes auxquelles correspondaient sans doute trois voussures ; les deux parties latérales pleines devaient être décorées d’une arcade aveugle retombant sur deux colonnettes placées dans les angles des contreforts ; ces éléments constituent un ensemble bien composé mais modeste dont on retrouverait l’équivalent dans bien des églises d’Occident (1). Le décor sculpté, peu abondant, est limité aux chapiteaux, aux culots, exception¬ nellement aux corbeaux ou aux clés de voûtes. Les éléments les plus caractéristiques sont des motifs végétaux, feuilles larges et pleines, ou à grands lobes comme celles du figuier, feuilles de chêne ou petites feuilles à longue tige, fruits à Isova, et des têtes humaines l’une à Isova, l’autre à Sainte-Sophie. Leurs formes très simples (2), comme celles des moulures ou des profils des cordons et des larmiers sont conformes à des modèles occidentaux mais évoquent des comparaisons avec des monuments relative¬ ment plus anciens et très variés la feuille de chêne par exemple est un des motifs les plus répandus. Aux Vlachernes d’Élide, le décor sculpté non byzantin, avec les fleu¬ rettes à quatre pétales et le modillon au lion évoquent le matériel ornemental du xiie siècle roman de la moitié sud de la France, de l’Italie du nord, de la Catalogne, sans que l’on puisse dire si un motif comme le lion qui retourne la tête, manifestement oriental, a été fait aux Vlachernes directement sur un modèle byzantin (il n’y en a pas de semblable dans les monuments byzantins de la région) ou sur des modèles que les occidentaux avaient dessinés eux-mêmes chez eux, à l’imitation de l’Orient (3). En résumé, ces quelques monuments, malgré leur diversité, malgré la pauvreté, il faut le reconnaître, de leur décoration par comparaison avec ceux de provinces plus riches, ont un air de famille qui les distingue immédiatement et indiscutablement de l’art grec en général. : : B. Églises grecques l’influence remaniées de l’art ou ayant subi occidental Dans les monuments que nous venons de décrire, les éléments caractéristiques sont le plan, la couverture, les formes des baies, enfin certains détails d’ornementation, colonnettes d’angles et décor sculpté ; on peut y ajouter les clochers, inconnus des (1) Les grandes églises cisterciennes de style roman, comme Fontenay, ont souvent des façades encore plus austères ; on trouverait des comparaisons à faire dans un répertoire comme celui de H. P. Eydoux, L· architecture cistercienne d'Allemagne, Travaux et Mémoires de V Institut français en Allemagne, I, 1952, mais aussi avec des églises non cisterciennes. (2) Il y a en Grèce au moins un exemple de sculpture décorative beaucoup plus évoluée, de Chalkis, Traquair, Frank. Archil., pp. 42-48, qui doit être postérieur au xme siècle. (3) Sur ce motif, v. notre article, Mélanges Orlandos, III, p. 88. à Hagia Paraskevè
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 578 Byzantins, dont, il est vrai, nous n’avons pas encore rencontré d’exemple, sinon à Zaraka où la tourelle dont la base seule est conservée avait sans doute cette destination. C’est la présence d’un ou de plusieurs de ces éléments qui indique, sur des monuments d’aspect général grec, une réfection de l’époque franque ou une influence occidentale. On ne saurait cependant être trop prudent, car les éléments apportés par l’influence occidentale ont pu se maintenir très longtemps ou réapparaître beaucoup plus tard à par exemple on date maintenant l’église la faveur de la présence des Vénitiens Hypapantè d’Athènes, avec ses chapelles couvertes d’une grossière voûte sur croisées d’ogives, du xvne siècle (1) ; et beaucoup de ces reliefs frustres et maladroits qui, dans mainte église de village, par exemple à Aréoupolis (Tsimova) dans le Magne, à Langadia en Arcadie, frappent par leur ressemblance avec les essais des sculpteurs romans d’Occident sont en réalité du xvme ou du xixe siècle. : Plan allongé à chevet droit. — Le plan en rectangle long et à chevet rectangu¬ laire ou carré ne se retrouve que dans deux églises de Chalandritsa. Il existe dans ce Saint-Théodore est une simple chambre gros village quatre églises anciennes (2) rectangulaire voûtée en berceau, avec une abside demi-circulaire ; sur la façade, au-dessus de la porte, est une petite niche surmontée d’un arc brisé. Saint Jean a le même plan, mais elle est un peu plus grande et la voûte est soutenue par quatre arcs dont celui du centre vient retomber sur des pilastres alors que les deux autres reposent sur des consoles en encorbellement ; ici aussi la façade occidentale présente au-dessus de la porte une niche dans un cadre de poros en saillie sur le mur, le cadre et la niche ont les angles profilés en baguette il en est de même de la porte surmontée d’un arc brisé (pl. 115 lb). Les églises de la Dormition-de-la-Vierge et Saint Athanase sont nettement plus vastes la première mesure 7 m. 90 sur 21 m. 75, la seconde 6 m. 60 sur 15 m. 20 (fîg. 8) ce sont donc des constructions très longues pour leur largeur. Elles se composent toutes les deux d’une nef à trois travées séparées par des contreforts intérieurs entre lesquels sont bandées des arcades sur les côtés longs ; la première et : ; : : la troisième travée sont couvertes d’une voûte en berceau ; celle du milieu forme transept et porte une coupole posée sur un tambour octogonal. A l’est vient s’ajouter un chevet carré à peine plus étroit que la nef, couvert d’une calotte sur pendentifs (1) Elle a été décrite par G. Enlart, Revue de Vart chrétien , 4e série, VIII, 1897, pp. 312-313, qui l’attribue sans hésitation au xme siècle. En réalité la démolition des restes de cette église au cours des fouilles américaines Hypapantè était construite sur le mur dit de Valérien qui est resté en usage jusqu’à la fin du a révélé que xve siècle ; elle n’aurait donc pas été édifiée avant le xvie ou le xvne siècle; et les arcs croisés des chapelles seraient eux-mêmes une réparation postérieure, de la fin du xvne siècle, v. Th. Shear, Hesp., VIII, 1939, p. 220, ’, Athènes 1960, pp. 186, 189 et fig. 126-127 ; de même cf. I. Travlos, , l’église du couvent de Daou-Pentéli a des arcs croisés que l’on date de la fin du xvie siècle, cf. A. K. Orlandos, ABME, III, 1933, p. 185. (2) Elles ont été décrites par R. Traquair, Frank. Archit ., pp. 83-85 : Traquair a fait des erreurs inattendues sur le nom et l’histoire de Chalandritsa d’après Pouqueville, prenant Tritée pour le nom moderne du village et lui attribuant un évêché qui est en réalité celui d’Oléna ; seule la seconde erreur est de Pouqueville, Voyage, IV, pp. 389-390. Traquair a donné le plan de Saint-Théodore, les plans et coupes longitudinales de Saint-Jean et de la Dormition ; nous donnerons ici seulement le plan de Saint-Athanase avec sa galerie : mais la photo publiée par Traquair, fig. 33, p. 84, nous paraît être celle de Saint-Athanase et non la Dormition comme il l’indique.
ARCHITECTURE Fig. 8. — Ghalandritsa. RELIGIEUSE Plan de l’église 579 Saint-Athanase. la Dormition, d’une voûte posée sur deux arcs croisés à Saint-Athanase. Dans cette dernière église, les ouvertures sont rares ce sont de très étroites fenêtres sans carac¬ tère ; mais dans les murs latéraux du chevet s’ouvre un œil-de-bœuf rond. L’intérieur, entièrement crépi, n’offre aucun intérêt. La façade occidentale, surmontée d’un clocher à jour à trois baies, est ornée d’une petite niche et percée d’une porte ; niche et porte sont modernes. Enfin Saint-Athanase était entourée sur trois côtés par une galerie dont il ne reste aujourd’hui que le mur extérieur (pl. 114 a-b, 115 la) au sud ce mur est plein et percé seulement de deux portes ; sur les côtés ouest et nord, il est percé de toute une série de baies, cinq en façade dont celle du centre sert de porte et les deux près des angles sont plus basses, et six au nord dont une porte le côté est n’en a qu’une. Chaque baie est surmontée d’un arc brisé fait de claveaux de pierre entre lesquels sont placées sans régularité une ou deux briques, et souligné par une archivolte faite de pierres plates, légèrement saillante. L’appareil de toutes ces églises, une maçonnerie assez pauvre faite de moellons de dimensions variées, qui ne sont taillés et assemblés avec un peu plus de soin qu’aux angles ou dans les arcades, ne donne pas d’indication précise sur la date à assigner à ces monuments ils sont nécessairement postérieurs au xne siècle. Mais ils peuvent être beaucoup plus récents : en effet cet appareil comme les fenêtres rares et très étroites à linteau entaillé, l’œil-de-bœuf rond, peuvent appartenir aux modes de à : : : :
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 580 construire des xvne et xvine siècles. L’arc des baies est beaucoup trop écrasé pour être un arc authentiquement gothique, il se rapproche plus d’un arc en anse de panier qui serait brisé, que d’un arc en tiers-point ; il évoque des formes que les Turcs ont affec¬ tionnées la tentative de décor à l’archivolte des baies de la galerie extérieure relève elle aussi de l’art modeste de l’époque turque. Plus que ces arcs pseudo-gothiques, le plan nous paraît significatif ; mais ce plan très long à chevet carré est fréquent dans certaines provinces de l’art des xviie-xvme siècles. En bref, si les églises de Chalandritsa ne sont pas d’inspiration exclusivement grecque, sauf la coupole sur la nef, nous n’osons cependant pas les ranger parmi les églises de style occidental des xme et xive siècles elles sont, pour nous, postérieures à la principauté. ; : L’arc brisé. — Une des formes qui frappent particulièrement et que l’on attribue volontiers à l’influence occidentale, c’est l’arc brisé. Cet arc a été peu usité des Byzantins, il est vrai, avant 1205 mais il n’est pas caractéristique de la période de domination franque, car il est resté en usage jusqu’au xvme siècle, et les Turcs s’en sont souvent servis ; on le voit encore dans les arcatures aveugles des absides de beaucoup d’églises grecques du xixe siècle. Cependant accompagné d’autres détails caractéristiques l’arc brisé peut être attribué avec certitude à l’époque qui nous ; intéresse : c’est le cas à Gastounè et à Androusa. Au sud de Gastounè, à un kilomètre environ du centre de l’agglomération, à l’ouest de la route d’Amaliada, l’église de la Panagia Katholikè, a déjà été signalée par des voyageurs en quête de vestiges de l’époque franque (1), mais n’offre qu’un intérêt limité à cause du peu d’importance des éléments de style occidental. On ne possède ni documents ni inscription permettant de la dater, mais d’après son style on peut en attribuer la construction au xne siècle au plus tard (2). C’est une église sur plan en croix grecque de type simple (pl. 53 la). La coupole repose, par l’intermédiaire d’un tambour octogonal, sur le carré formé par les deux colonnes de la nef et les murs qui divisent le sanctuaire ; une seule abside polygonale à trois pans fait saillie. Les murs sont faits d’un appareil de pierre de taille et de brique : les parpaings de poros assez réguliers sont séparés par deux lits horizontaux de briques ; aux joints sont placés également deux briques verticales, et parfois des combinaisons de plus de deux briques formant généralement des lettres (3). Le décor de céramique est moins riche qu’au couvent des Vlachernes ; il comporte cependant des cordons de dents de briques qui font le tour de l’édifice, une sorte de rosace sur les côtés de l’abside et il a été développé au pignon sud du transept autour de la fenêtre (4). (1) Leake, Travels , I, p. 10, indique l’origine franque de la bourgade, à cause de son nom, opinion que I, 1892, p. 98, signale l’église et l’inscription sans nous n’acceptons pas, cf. supra, p. 335 ; — Lampakès, , XIII, 1916, p. 481. Seul Traquair, insister sur la porte murée en sud, — de même que G. A. Sotèriou, N. ., Frank. Archit, pp. 80-83, fig. 29-32, fait une étude détaillée de cette porte. 1931-1932, pp. 118-127, 129, la date du troisième quart du xne siècle. (2) H. Megaw, BSA, , (3) G. Millet, L'école grecque, fig. 114, p. 255, — Traquair, LL, fig. 31, p. 82, — H. Megaw, LL, p. 111. (4) Ce contraste entre les deux pignons s’expliquerait suivant G. Millet, L'école grecque, p. 210 et 271 n. 4, non par la différence fréquente entre les deux côtés longs de l’église, le méridional étant en général plus richement décoré, mais par une réfection du pignon sud. H. Megaw, LL, p. 111 . 1, fait remarquer avec raison qu il est impossible de relever la trace d’une réparation, et c’est pour cela qu’il attribue l’ensemble du monument à une date plus tardive qu’on ne l’a fait avant lui et qui correspond au style de ce pignon.
ARCHITECTURE 581 RELIGIEUSE a subi certaines réparations ou transformations la situation de Gastounè plus de vicissitudes, comme Andravida, que le site retiré du couvent des à Vlachernes (1). Certaines sont modernes la triple fenêtre du pignon sud a été défigurée ; une vaste salle en forme d’exonarthex a été ajoutée à l’ouest ; une banquette de maçonnerie court le long des côtés nord et sud. D’autres travaux remontent au début du xvme siècle en 1702, d’après l’inscription peinte sur l’écoinçon au-dessus de la colonne placée, par un dispositif très rare en Grèce, au milieu du passage du narthex à la nef principale, les peintures de l’église ont été refaites par les soins de Jannikios le Maure, évêque d’Oléna ; il est probable que les deux grandes portes nord et sud, avec leur encadrement de pierre, qui donnent accès à la première travée du naos, sont plus ou moins contemporaines de ces travaux. Deux portes plus petites, aujourd’hui murées, s’ouvraient autrefois au nord et au sud dans le transept. On peut être surpris du nombre des ouvertures et des dimensions très réduites de ces dernières. En fait cette multiplicité n’est pas exceptionnelle l’église de la Dormition à Chonika, un peu moins longue que celle de Gastounè, a aussi deux portes au nord et deux au sud, dont trois sont aujourd’hui murées ; l’église de Merbaka en a trois. Leurs dimensions d’autre part paraissent très petites à côté des portes de la première travée la banquette extérieure de maçonnerie au bas du mur contribue à cette impression mais en réalité ce sont les autres qui sont très grandes et même disproportionnées avec l’édifice à notre avis, les portes du transept datent de l’époque de la construction de l’église, l’ouverture mesure environ 1 m. 90 de hauteur par rapport au sol extérieur, et 2 m. 05 par rapport au dallage du naos : la porte du transept à Merbaka mesure 0 m. 75 sur 1 m. 90 et celle du narthex, 0 m. 70 sur 1 m. 68 ; comme cette dernière, celles de la Katholikè sont couvertes d’un énorme linteau de pierre il s’y ajoute ici un décor de céramique, dessinant une grecque simple au côté sud, des zigzags sur le côté nord ; la première a gardé les parastades de marbre qui limitaient la baie primitive à la seconde elles ont disparu, et dans l’ouverture large d’environ 1 m. 10 a été placée une arcade en tiers-point reposant sur des piédroits sculptés en forme de colonnettes qui réduisaient l’ouverture à 0 m. 70 (fig. 9 et pl. 53 lb). L’arc est formé de quatre blocs, un joint étant placé au sommet ; l’extrados est garni d’un rang de briques la voussure a été taillée non pas en lobes, comme l’a cru R. Traquair (2), mais d’un chanfrein interrompu de manière à dessiner cinq dents de chaque côté il est possible qu’on ait recherché l’effet d’un arc multilobé, mais en fait le travail est très différent, comme on le voit bien sur le premier bloc à gauche, qui est de calcaire blanc et fin, alors que les autres sont de poros. Les colon nettes profilées aux angles extérieurs de l’encadrement sont couronnées de petits chapiteaux décorés de feuilles de chêne placés verticalement sur celui de gauche et obliquement sur celui de droite. L’ensemble, peut-être à cause de l’usure actuelle, donne l’impression d’un travail fait sans beaucoup de soin. Pourquoi a-t-on ainsi L’église : l’exposait : : : ; ; : ; ; ; ; (1) V. par exemple le tableau de l’état de Gastounè quand y passa, en 1816, Pouqueville, Voyage , V, pp. 368-369 : il signale la métropole où il lut sur le linteau de la porte d’entrée une inscription qui atteste que cette basilique fut construite dans le xe siècle » ; comme il ajoute qu’il remarqua aux bas-côtés trois monostyles en marbre blanc », alors qu’il y a en tout trois colonnes dans la Katholikè, on peut se demander s’il s’agit bien de notre église, bien qu’aucun autre édifice ancien n’ait jamais été signalé à Gastounè. (2) Traquair, LL, fig. 31, p. 82 ; les détails devaient être noyés dans la maçonnerie quand Traquair visita le monument ; ils sont depuis peu bien visibles, à la suite de travaux de restauration de l’église. « » « «
582 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES Fig. 9. — Gastounè. Porte nord de la Katholikè. transformé l’aspect de cette porte alors que l’autre restait sans changement ? Nous ne saurions le dire ; mais il est évident qu’il faut voir dans cet arc en tiers-point posé sur des colonnettes une addition qui nous rappelle le passage des maîtres occidentaux. Les colonnettes d’angle avec leurs chapiteaux ne peuvent être que du xme siècle ; le décor de la voussure réduit à des éléments géométriques très simples, des dents de loup en saillie sur le coin abattu, l’archivolte de briques s’apparentent plutôt à ce qui s’est fait plus tard ; nous ne croyons cependant pas qu’il faille dater le tout d’une date trop basse, à cause des chapiteaux ; le dessin de l’arcade trahit une main inexperte à rendre les effets désirés en les interprétant. Peut-être sommes-nous justement en présence d’un des anciens exemples de décors géométriques sculptés qui se répandent au xive en Morée. Plus tard, cette porte a été murée, probablement pour consolider l’église, en même temps peut-être qu’étaient pratiquées d’autres ouvertures, les portes de la première travée, nettement postérieures. A Androusa, dans le cimetière situé sur un éperon au nord de celui qui porte le château et dominant comme lui la plaine messénienne, se dresse une petite église consacrée à saint Georges ; elle a passablement souffert, mais on peut en restituer facilement l’état original d’après ce qui en reste et grâce au relevé qu’en a fait l’Expé¬ dition scientifique de Morée (1). C’est une simple construction rectangulaire de 4 m. 90 sur 8 m. 80 de long avec, à l’est, une abside polygonale à trois pans. Elle devait être (1) Exp. scient . de Morée , I, p. 18 ; la pl. 21 donne une vue et un plan : Saint-Georges avait alors des vestiges du transept et d’un narthex d’ailleurs postérieur au bâtiment original. Cf. Couchaud, Choix d'églises ' , byzantines en Grèce, pl.28. Une étude complète en a été faite par Ch. Bouras, Mélanges Orlandos, II, pp. 270-285.
ARCHITECTURE 583 RELIGIEUSE autrefois voûtée en berceau et avait un transept visible seulement dans les combles ; les pignons de ce transept ont disparu, de larges brèches se sont faites à la place où ils étaient, de même qu'à l’ouest au-dessus de la porte ; ces brèches ont été aujourd’hui réparées et l’église a un toit uniforme à double rampant (pl. 97 2 b). La plus grande partie des murs est en bel appareil de pierre et de brique à parement cloisonné à l’est, cet appareil va du sol jusqu’au toit ; l’abside est percée d’une fenêtre ; à la hauteur de l’appui de cette fenêtre court un cordon de pierre formé d’un cavet surmonté d’une baguette et d’un listel; une corniche de profil analogue est placée sous le toit de l’abside. Sur les trois autres côtés, le cordon de pierre est différent son profil est un arc de cercle d’un relief beaucoup plus faible que ne le serait un tore (1). Au-dessous, le mur est fait d’une maçonnerie assez irrégulière, sauf aux angles où sont assemblés des blocs plus gros et mieux taillés. Au-dessus au contraire on retrouve le bel appareil à parement ; : cloisonné les assises se succèdent en s’élevant dans l’ordre suivant : un cordon de dents de briques, puis une assise de pierre dont les blocs sont séparés par des briques verticales ; une frise de céramique formée de motifs en losange entre deux lits de briques une assise de pierre, un cordon de dents, deux assises de pierre séparées par un lit de briques, un nouveau cordon de dents, une assise de pierre et enfin deux lits de briques aux joints sont placées en général deux briques verticales il peut y en avoir trois ou quatre au dernier joint avant l’angle, ou pas du tout suivant la longueur à remplir. On imagine volontiers que la maçonnerie de la partie inférieure du mur devait être dissimulée par un revêtement ou du moins par un crépissage, mais il n’en reste pas de trace. A l’abside, la fenêtre, en partie conservée, avait probablement une double baie sous une double archivolte de briques rayonnantes, entourées d’un cordon de dents doublé dans la partie supérieure de l’arc ; les pans obliques de l’abside présentent de grandes croix de céramique dont les bras sont formés par deux cordons ; ; : ; de dents. Le détail qui nous intéresse est une petite porte au nord, avec un arc brisé (pl. 97 2c) : elle n’a que 0 m. 665 de large et paraît basse aujourd’hui par suite de l’exhaussement du niveau du sol plus haut de 0 m. 40 à l’extérieur qu’à l’intérieur. L’encadrement est fait de blocs soigneusement taillés et assemblés ; l’angle est profilé en une baguette qui se continue sans chapiteau sous la voussure. Celle-ci est faite de claveaux extradossés et, comme à Gastounè, il n’y a pas de clé de voûte ; elle est entourée par une archivolte de pierre saillante dont le profil est composé d’un filet et d’un biseau et qui fait un retour horizontal de part et d’autre de la baie à la hauteur du cordon de pierre que nous avons signalé. Enfin le cordon de dents de briques qui suit le cordon de pierre épouse la forme de l’arcade. La porte sur la façade ouest devait avoir un aspect analogue, mais il ne reste qu’un fragment du piédroit à l’angle profilé en tore et le départ des deux archivoltes faites l’une de pierre, l’autre du cordon de briques. Une autre ouverture avec archivolte saillante devait exister sous le pignon nord d’après la gravure de l’Expédition scientifique de Morée. On est donc en présence d’une petite chapelle de plan relativement long et où, dans des murs d’aspect spécifiquement byzantin, s’ouvrent des baies d’allure tout à fait occidentale et certainement contemporaines de la construction. L’appareil à (1) Des cordons de même profil se voient au couvent de Loukou, en Cynurie, attribué au xue ou xme siècle par A. K. Orlandos, 1924, III, pp. 419-433 ; le xme nous paraît plus probable.
584 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES décor céramique assez riche évoque le style byzantin du xne siècle ; nous croirons volontiers que Saint-Georges d’Androusa a été construite assez tôt dans le xme siècle par des ouvriers encore très au courant des modes du xne siècle mais qui connaissaient aussi les arcs brisés, les baies aux angles décorés d'un tore, les archivoltes de pierre saillantes. Ce serait donc aussi un des plus anciens exemples, à peu près contemporain de l’église de Kranidi ou de peu postérieur, de ce type grec d’église si fréquent par la suite, à nef simple voûtée surmontée d’un transept surélevé. L’arc brisé se trouve dans d’autres églises que nous aurons à étudier pour divers éléments, comme Saint-Georges de Géraki. Mais il faut en citer ici une sur laquelle nous n’aurons pas à revenir parce qu’elle est par ailleurs de structure byzantine : c’est la Pantanassa près de Géroumana au sud de Monemvasie, dans la presqu’île du cap Malée, dans une région qui ne resta que fort peu de temps dans la principauté ; elle est construite sur plan en croix grecque inscrite, mais la porte de la façade ouest est surmontée d’une arcade tréflée et celle qui mène du narthex au naos a un arc brisé dont la clé porte un blason malheureusement effacé (pl. 157 2a-b) la seconde est tout à fait sembable à celle de Saint-Georges de Géraki. Nous pensons que cette église n’a pas pu être construite avant le xme siècle les portes et le blason sont des éléments francs et ne sont pas ici rajoutés dans une construction antérieure (1). : : Formes nouvelles dans les églises grecques. Colonnettes d’angle. — Il convient d’autre part d’examiner l’apparition de certaines formes dans les constructions grecques autour de 1200 les colonnettes d’angle, les voûtes en demi-berceau rampant ou en quart-de-rond (2), le plan en rectangle long couvert d’un berceau (ou d’une charpente) coupé d’un transept non débordant mais surélevé. Les colonnettes d’angles ne sont qu’un détail de décoration mais assez caractéris¬ tique nous en avons noté la présence dans tous les édifices étudiés jusqu’ici, à l’excep¬ tion de l’église de Clarence, dont les ruines ne conservent aucun élément décoratif (3). C’est parce que les angles nord-ouest et sud-ouest de l’église de la Palaio-Panagia à Manolada sont travaillés en quart-de-rond et non vifs que l’on en a attribué à la période franque la façade occidentale (4). Antérieure à 1205, elle a la structure d’une église construite sur plan en croix libre, mais les angles nord-ouest et sud-ouest ont été remplis par deux compartiments coiffés de calottes ou de coupoles, comme les trois compartiments du narthex toutes les parties anciennes sont faites de l’appareil byzantin à parement cloisonné ; seule la façade est tout entière en pierre de taille sans : : ; A. K. Orlandos, ABME, I, 1932, pp. 139-151, a proposé de la dater du xne siècle ; mais G. Sotèriou, , I, . 449, la considère comme du xme, ce qui nous paraît plus sûr. (2) Nous avons examiné plus en détail les difficultés soulevées par la présence de ces formes en Grèce dans notre article Monuments d'art byzantin et d'art occidental dans le Péloponèse au XIIIe siècle, Mélanges Orlandos , III, pp. 86-93. Nous ne pouvons que signaler ici, sur un point que nous ne traitons pas spécialement , l’intéressante étude de Ch. Bouras, , Public, de *. dans 62-73. 3, Athènes 1965, . (3) Nous avons vu au village moderne de Kyllènè, en même temps que la stèle antique reproduite dans BCH, LXX, 1946, p. 25, fig. 5, un petit bloc provenant de la partie inférieure d’une fenêtre médiévale où est taillée une colonnette d’angle avec une base en forme de sphère, v. pl. 32, 2. Un autre exemple se trouve à la porte du Palaiomonastèro de Phanéromenè (Corinthie), v. pl. 32, 4, et infra , pp. 586-587. II, 1894, p. 14 et IV, 1900, p. 89, — A. Struck, AM, (4) Sur cette église voir Lampakès, , 1909, p. 226, — A. K. Orlandos, ABME, I, 1935, pp. 115-118, fig. 15. Cf. Pél. byz ., p. 143. (1)
ARCHITECTURE 585 RELIGIEUSE brique de chaque côté de la porte des blocs de pierre dessinent dans le : de grandes croix et les angles sont profilés en quart-de-rond ; en réalité il ne parement s’agit pas plutôt d’un angle arrondi d’une moulure donnant l’impression d’une colonnette, mais souligné par un léger ressaut de chaque côté, motif plus apparenté aux formes baroques qu’aux moulures gothiques ; il n’y a ni base ni chapiteau (pl. 53,2). Ni l’emploi exclusif de la pierre, ni la disposition des blocs en forme de croix monumentale ni même la forme de l’angle ne paraissent des éléments suffisants pour attribuer avec une certitude absolue cette façade au xme siècle : des parties importantes des murs peuvent être uniquement en pierre dans les églises byzantines, et au xne siècle on dispose volontiers de grands blocs dans la maçonnerie de façon à former des croix qu’il serait enfantin d’attribuer aux croisés. Enfin la forme des angles nous paraît s’apparenter plutôt au style de l’église d’époque vénitienne du couvent de Skaphidia. Pour en revenir aux colonnettes sculptées placées à l’angle d’un mur ou de part et d’autre d’une fenêtre, si elles sont de style typiquement occidental et se trouvent par exemple aux Vlachernes d’Élide très exactement associées aux parties non byzantines de la construction, elles semblent en Morée avoir précédé l’arrivée des croisés. On peut citer deux exemples dans des monuments qui doivent être attribués à une date au moins légèrement antérieure à 1205. A l’église de Merbaka en Argolide, la baie de l’abside centrale est encadrée de colonnettes de ce genre avec bases et chapiteaux, surmontées d’une voussure profilée en baguette qui continue le fût des colonnettes il ne semble pas possible que cette église du plus pur style byzantin ait pu être cons¬ truite après l’installation de la domination franque (1), et l’on ne peut déceler dans la construction aucune reprise qui permettrait de considérer cette fenêtre comme un remaniement ultérieur. L’autre exemple se trouve à Corinthe à la basilique dite de la porte de Cenchrées, le mur de la façade occidentale reconstruit, d’après les indica¬ tions données par la fouille, avant le xme siècle, est percé d’une porte dont l’angle extérieur était profilé en colonnette d’après le seul bloc qui reste en place (2). On peut se demander, il est vrai, si, dans cet édifice aujourd’hui complètement ruiné, cette porte n’avait pas été refaite par les Francs mais la question ne se pose pas à Merbaka. Comme ce motif n’est pas usité normalement par les architectes byzantins, sa présence en Argolide prouve une certaine pénétration des goûts occidentaux en Grèce avant 1205. ; : Voûtes en demi-berceau rampant. — Une question analogue se pose pour la voûte en quart-de-rond et le berceau rampant. Nous en avons rencontré un exemple sur les bas-côtés des Vlachernes d’Élide. Est-ce le plus ancien exemple en Grèce ? Ce qui est sûr c’est que ce type de voûte est très répandu en Occident depuis le xie siècle on le trouve à l’époque romane « en Auvergne, où il pourrait avoir pris naissance, en Provence, dans tout le Midi, le Centre et le Sud-Ouest » (3) les voûtes en berceau : ; Il faut signaler aussi le curieux dessin à l’angle de la corniche séparant la partie inférieure des murs partie supérieure à parement cloisonné, cf. Mélanges Orlandos, III, p. 92, pl. XXVII a. A. Struck, AM, XXXIV, 1909, pp. 228-234, datait l’église d’avant 1150 ; H. Megaw, BSA, XXXII, 1931-1932, pp. 94-95, (1) en pierre et la la rabaisse avec raison à la fin du xue siècle. 1929, p. 355, fig. 7, — J. M. Shelley, Hesp., XII, (2) Cf. R. Carpenter, AJ A, XXXIII, et fig. 18. Aucun exemple n’a été signalé dans les constructions médiévales de la ville même par R. dans Corinth, XVI. (3) C. Enlart, Manuel d'archéologie française, I, 1, p. 267-268. 1943, p. 186 L. Scranton,
586 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES rampant ou asymétrique dont les impostes sont à des niveaux différents sur les bas côtés, comme aux Vlachernes, sont particulièrement répandues en Provence (1). Les demi-berceaux apparaissent dans Italie du sud au xne siècle en Pouille ils soutien¬ nent les coupoles de la nef centrale à San-Francesco de Trani consacré en 1184 : ; on les retrouve au monastère bénédictin de Conversano, à l’église d’Ognisanti près de Valenzano, à Brindisi, à l’église San Benedetto où la nef principale est couverte de croisées d’ogives très primitives, et qui peut remonter au xne siècle ; citons encore la cathédrale de Molfetta, du xme siècle (2). Il existe en Grèce un certain nombre d’exemples de voûtes de ce genre dispersés dans diverses régions, en Morée, en Crète, en Eubée, en Épire et en Macédoine, aussi bien sur des églises sur plan en croix grecque inscrite que sur les bas-côtés des basiliques, exceptionnellement sur le narthex ; ils se trouvent tous dans des régions qui ont été occupées par les Occidentaux ou qui ont eu des rapports fréquents avec eux ; deux sur trois au moins peuvent être considérés comme postérieurs au milieu du xme siè¬ cle (3). Ceux qui méritent discussion au point de vue de la date et qui retiennent donc notre attention sont, outre les Vlachernes d’Élide, l’église Hagios Stephanos de Kastoria et un groupe d’églises de Corinthie orientale. Aux Vlachernes, on l’a vu, il est impossible de trancher la question de savoir si les voûtes des bas-côtés font partie de la construction byzantine d’avant 1205 ou des travaux d’achèvement faits par les Francs. A Hagios Stephanos de Kastoria, la voûte en demi-berceau couvre le gynai konitis au-dessus du narthex : l’église est attribuée au xie siècle, mais cette date reste discutée, et l’étage sur le narthex a pu aussi être rajouté ou remanié ; il s’agit d’ailleurs d’une voûte transversale et non longitudinale. En Corinthie, un des exemples est à notre avis certainement du xme siècle, c’est le Palaiomonastèro, ancien couvent de Phanéromenè, aujourd’hui abandonné, près de Chiliomodi, parce que cette église présente plusieurs traits qui seraient surprenants pour le xne siècle : outre les voûtes en ibid. Ce sont en général des berceaux brisés rampants, comme à Silvacane (voir M. Aubert, (1) C. Enlart, L'architecture cistercienne, I, p. 238, fig. 107), à Sénanque, à la cathédrale de Vaison. La solution des Vlachernes est, on l’a vu, moins franche, la forme surbaissée de l’arc semble révéler une certaine inexpérience. L'art de l'Italie méridionale, pp. 381-385. On pourrait allonger sans fin cette liste (2) Cf. E. Bertaux, qui comprendrait non seulement des monuments célèbres mais de petites églises dont nous ne citerons que deux exemples : celle de Séguret en Provence, du xne siècle, et San Giovenale à Orvieto dont les parties les plus anciennes remontent au xie. (3) Ce sont en Arcadie : l’église du couvent de la Dormition de la Vierge Gorgoepèkoos à Tsèpiana , (basilique, fin xve siècle), N. K. Moutsopoulos, , XXIX, 1959, . 390-406, — en Argolide : Hagia Marina à Lygourio, Orlandos, ABME, I, p. 60, — en Corinthie : églises de la Dormition de la Vierge et des Taxiarques près de Sophikon, et du Palaiomonastèro de Phanéromenè près de Chiliomodi (toutes trois sur un plan en croix grecque inscrite, sur la date v. infra), Orlandos, , ABME, I, 1935, . 52-90, — en Ëlide : église des Vlachernes, v. supra, — dans le Magne : Saint-Jean à Platsa, Traquair, BSA, XV, 1908-1909 p. 202 (sur plan en croix grecque inscrite, xve ou xvie siècle), — en Crète : couvent de Paliani et église des Hagioi Deka dans la région de Gortyne, G. Gerola, Monumenii veneti nell' isola di Creta, II, pp. 184, 188, 204 (basiliques) ; en Eubée, à Hagios Dèmètrios d’Avlonari (le demi-berceau ne couvre qu’une travée du collatéral nord, posté¬ rieure au début du xme siècle), — en Épire : église de Vlachorantzès, Versakès, , 1914, p. 246, et Hagia , VI, 1930, pp. 259-262 (fin du xme-début du Kostantianè d’Ouzdina, D. Ëvangelidès, xive siècle) ; Ëvangelidès cite également l’église du couvent de Géromerion (1568), l’église du couvent de Spanos , II, 1926, pp. 134-141 (sur le narthex), dans l’île du lac de Ioannina, Xyngopoulos, en Macédoine, à Kastoria : Hagios Stephanos (sur le gynaikonitis au-dessus du narthex) et les Taxiarques, Orlandos, ABME, IV, 1938, pp. 107-112, 115.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE 587 demi-berceau, une façade orientale exclusivement en pierre, et surtout des colonnettes d’angle aux piédroits de la porte du naos (pl. 32, 4). Les églises de la Dormition de la Vierge et des Taxiarques près de Sophikon ont un système de voûtes semblable à celui du Palaiomonastèro, mais ne présentent aucun élément qui permette de trancher la question de savoir si elles ont été construites avant ou après le début du xme siècle. On peut donc conclure que, si l’on réserve le cas spécial et isolé de Hagios Stephanos à Kastoria, les exemples de voûtes en demi-berceau, fréquents en Occident au xne siècle, se trouvent tous en Grèce dans une zone où a pu s’exercer directement (ou indirectement pour l’Épire) l’influence occidentale, et que les plus anciens exemples aux Vlachernes d’Élide et près de Sophikon sont peut-être antérieurs à l’installation des croisés, mais, si c’est le cas — ce qui n’est pas prouvé —, ils ne le sont que de peu. Les voûtes en demi-berceau ne sont devenues un peu plus nombreuses que plus tard, sans jamais être très fréquentes il est donc difficile d’y voir une forme proprement byzantine. : Allongement des plans. — Le caractère nouveau que présentent le plus souvent les églises grecques à partir du xme siècle, c’est l’allongement du plan, qui frappe si on le compare à la structure carrée de l’église en croix grecque inscrite des xie et xne siècles. On construit des basiliques plus souvent qu’à l’époque précédente on peut citer au xme siècle celle de Mentzéna (1) ; dans le château de Géraki, l’église de Saint-Georges, vers le milieu du siècle, est faite d’abord de deux nefs parallèles (2). Nous ne suivrons pas l’évolution des églises grecques aux xive et xve siècles en Morée disons seulement que, à Mistra, l’église à coupole voit s’allonger les nefs vers l’ouest un type composite apparaît qui superpose au rez-de-chaussée construit sur plan basilical un premier étage à transept surmonté, à la croisée, d’une coupole c’est le cas de la Pantanassa, de Saint-Démètre (Métropole), mais aussi, des Saints-Apôtres à Léontari. Un autre type d’église sur plan long appelé à une très grande diffusion et à une longue survivance au point de se substituer peu à peu à tous les autres, est l’église à nef simple ou à trois nefs à transept non débordant mais surélevé. D’après A. K. Orlandos qui a étudié les divers aspects de ce type (3), le plus ancien exemple en est l’église de la Trinité à Kranidi en Argolide, datée de 1245 d’après une inscription peinte ; Saint-Georges d’Androusa viendrait également vers le milieu du siècle, ainsi que certaines églises de Géraki (4). On pourrait se demander si l’idée même de ces églises à plan simple et allongé n’est pas d’inspiration occidentale : la disposi¬ tion qui, croyons-nous, conviendrait le mieux à Sainte-Sophie d’Andravida pour expliquer la disposition des bases de colonnes, serait celle d’un transept surélevé de ce genre qui aurait pu servir de modèle. Les conclusions à tirer de ces remarques sont les suivantes : il est possible que : : ; : (1) A. K. Orlandos, (2) Gf. infra, . 593. (3) A, . Orlandos, (4) Sur Kranidi, sur Saint-Georges , , I, 1935, . 99-104 ; cf. supra, . 461. , , I, 1935, . 41-51. d’Androusa, v. supra, pp. 582-584 ; cf. Ch. Bouras, Mél. Orlandos, II, pp. 284-285, qui signale les antécédents possibles de ce type d’église ; sur les églises de Géraki, v. infra, pp. 593-598. Ces églises peuvent être couvertes de voûtes ou de simples toits en charpente. Sur le rectangle correspondant à une nef simple, le transept peut être aussi remplacé par une coupole, comme on l’a vu à Chalandritsa, cf. supra, pp. 578-579.
588 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES certaines formes occidentales aient pénétré en Grèce avant 1205, les colonnettes d’angle, l’établissement d’une domination d’origine les demi-berceaux. Mais naturellement occidentale a favorisé la diffusion de ces formes. Il a d’autre part contribué à remettre en faveur ou à faire apparaître des plans ou des types d’églises qui ressemblaient aux constructions allongées des Francs, à en répandre le goût. Les clochers. — Un dernier élément de l’architecture religieuse à signaler, ce sont les clochers que les Byzantins ont pour ainsi dire ignorés jusqu’au xme siècle (1). Nous n’en avons pas trouvé de vestiges à Isova, à Andravida ni à Clarence ; à Zaraka seulement, une tourelle accolée au côté nord du chœur a dû servir de clocher. Mais la forme que l’on rencontre normalement désormais est celle d’une tour carrée imitant les clochers romans occidentaux. Dans les régions qui ont fait assez longtemps partie de la principauté, on peut en citer deux exemples l’un à Karytaina, l’autre en Messénie, à la Samarina (2). A Karytaina, près de l’église de la Vierge ou Zoodochos Pègè (3), se dresse un clocher de plan carré composé de quatre étages (pl. 73 b) le rez-de-chaussée aux murs légèrement talutés faits d’une maçonnerie de moellons de calcaire assez irréguliers, a une porte à l’ouest, dont le cintre est entouré d’un archivolte en cordon de dents. ils sont faits de blocs de Les murs des autres étages ont des parements verticaux poros plus régulièrement taillés, et sont séparés par de minces corniches chacun est en retraite par rapport à celui du dessous. Au-dessus de la première corniche à profil en biseau, les murs de l’étage sont pleins il y a d’assez nombreuses briques avec parfois une tentative pour les disposer régulièrement, et à l’ouest un véritable décor fait de briques disposées en zigzags et d’un cordon de dents, très semblable à celui que nous avons signalé sur un pan de mur à Saint-Nicolas près de Bitsibardi. Au-dessus de la deuxième corniche, ornée d’une moulure, s’ouvre sur chaque face une fenêtre cintrée dont l’arcade est soulignée par un cordon de dents qui fait un retour horizontal : : ; ; (1) S’il est possible de trouver quelques rares mentions, dans les textes, de cloches ou de simandres ’, placées dans des tours avant le xme siècle, cf. A. K. Orlandos, 2e édit., Athènes, p. 126-133, — N. K. Moutsopoulos, , Athènes 1956, . 59, et . III-IV, 1958-1959, . 294-297, on ne peut citer, à notre connaissance, aucun véritable clocher dans l’architecture byzantine avant 1204 du moins en Morée. il n’est connu que par le (2) Un clocher existait autrefois à Vostitsa ; mais disparu aujourd’hui, dessin de Barskij, du xvme siècle, qui est reproduit par L. de Beylié, L'habitation byzantine, Grenoble-Paris, L'École grecque, pp. 136, 138 n. 1. 1902, p. 62 ; cf. Millet, (3) Ce clocher, signalé par H. F. Tozer, JHS, IV, 1883, p. 221, qui rappelle la tradition attribuant la fondation de l’église à saint Athanase, confondu sans doute avec un métropolite Athanase du xve siècle, a été étudié par N. K. Moutsopoulos, op. cit., pp. 48-60 en même temps que l’église : celle-ci est certainement postérieure au clocher, parce qu’un petit mur lié à ce dernier est brisé avant d’atteindre l’église où l’on ne voit aucune trace d’arrachement. Elle n’a pas d’intérêt spécial ; dans le mur sud sont encastrées deux pierres, : l’une porte un blason, qui est probablement celui de la famille sicilienne d’Albamonte, cf. Traquair, Med. Fortresses, II, p. 271, l’autre, une inscription grecque non datée, rappelant que l’église a été élevée à la Vierge par Krokontèlos, et publiée par N. A. Bees, Viz. Vrem., IX, 1904, pp. 70-72 : le nom du personnage rappelle celui de ce Krokontèlos ou Krokodeilos qui rendit en 1460 le château de Saint-Georges-de-Skorta aux Turcs, Sphrantzès, IV, 19, CSHB, p. 307, cf. Dragoumès, Chroniques de Morée, p. 225, — Zakythènos, Despotat grec, I, p. 270. Peut-être est-ce à la même famille qu’appartient le « Corcondile » qui livra Saint-Georges aux Grecs en 1296, L. de la conq., §§ 803-816. N. K. Moutsopoulos, op. cit., pp. 55-56, en a publié 3 nouveaux , ., III-IV, 1958-1959 (1960), pp. 84-86, fragments, dont G. A. Stamirès, a tenté de donner une lecture.
ARCHITECTURE de part et d’autre de la baie RELIGIEUSE 589 au-dessus de la troisième corniche décorée de dents de loup outre les moulures, le dernier étage est percé de quatre fenêtres géminées, aux baies également cintrées : les arcades entourées aussi d’un cordon de dents retombent sur une imposte en légère saillie et au centre sur un petit pilier à base et chapiteau ornés d’une double baguette ; les angles de cet étage sont profilés en colonnettes, et il est couronné d’une dernière corniche de même profil que la seconde. Il pouvait être couvert autrefois d’un toit à quatre pans. La hauteur totale est d’une dizaine de mètres ; la base mesure 2 m. 80 sur 3 mètres. L’allure générale est évidemment celle d’un clocher occidental ; la disposition et la forme des fenêtres évoquent les clochers romans carrés d’un type très simple et qu’il serait hasardé d’attribuer à telle province française plutôt qu’à telle autre. Mais les éléments de décor ainsi que la couverture de profil peu élevé sont d’apparence plutôt grecque et donnent une impression analogue à celle que laisse un monument de caractère hybride comme Saint-Nicolas de Bitsibardi. On hésite à l’attribuer au xme siècle il peut dater plutôt du xive ou du xve siècle il serait donc probablement l’œuvre de Grecs inspirés de modèles occidentaux archaïques (1). L’église connue sous le nom de Samarina, consacrée également à la Zoodochos Pègè et située un peu au nord d’Androusa près de Samari, est bien antérieure à 1205 (2); elle est construite sur plan en croix grecque inscrite avec un narthex précédé d’un exonarthex largement ouvert qui est peut-être légèrement postérieur à l’église (3). La patrie centrale de l’exonarthex a toujours été plus élevée et présentait autrefois en façade un pignon c’est sur cette partie de l’exonarthex qu’a été rajouté un clocher carré de style nettement différent (pl. 98 la-b) : la maçonnerie est beaucoup moins régulière que le parement cloisonné du reste du monument l’étage unique est percé sur chaque face d’une fenêtre géminée les baies cintrées sont séparées par un petit pilier carré surmonté d’une imposte rectangulaire, d’allure très byzantine au-dessus des baies la maçonnerie est un peu en retrait sur le mur jusqu’à une arcade en ressaut qui les encadre : cette arcade est faite de claveaux de pierre et son dessin n’est pas exactement celui d’un demi-cercle, sans être exactement un arc brisé ; il rappelle de près, en particulier sur le côté sud où il est bien régulier, l’arcade au-dessus des fenêtres de la salle A du château de Clermont (4). Sur cette église byzantine ancienne a donc été placé un clocher qu’on peut considérer comme à peu près contemporain de celui de Karytaina. Ce type de constructions s’est d’ailleurs répandu au-delà des régions occupées par la principauté, notamment à Mistra et au mont Athos, au xive et au xve siècle il est intéressant de noter la diffusion de cet élément d’origine occidentale. mais nous nous contentons de signaler ces monuments qui pour la plupart présentent un décor et des ouvertures de style plus byzantin que les clochers de Karytaina et de la Samarina (5). ; ; ; ; ; : ; ; (1) ... Il est daté du xive ou du xve siècle par A. K. Orlandos, p. 131, — de la fin du xive par G. Sotèriou, , p. 498, — du xive siècle par N. K. Moutsopoulos, ’¬ , pp. 59-60. On trouverait facilement des clochers d’églises de villages de style roman en France. (2) Cf. (3) La Millet, L'École grecque , pp. 5, 63-66, cf. Pél. byz., p. 142. construction de cet exonarthex n’est pas sans analogie avec celle du porche des Vlachernes. (4) Cf. infra, p. 610 et pl. 37 a, 42 a. (5) A. K. Orlandos, op. cil., pp. 130 note, 131.
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 590 C. Inscriptions. Sculpture. Peinture Nous rattachons à cette étude de l’architecture religieuse quelques remarques sur les pierres inscrites ou sculptées, sur les peintures qui peuvent être attribuées à la période franque. Ces documents sont trop peu nombreux pour faire l’objet d’un chapitre spécial et la plupart se trouvent dans les églises ou près d’elles (1). Inscriptions. — Si l’on met à part quelques fragments insignifiants (2), et les inscriptions vénitiennes, nous ne connaissons en Morée que trois inscriptions non grecques pour la période 1205-1430 : la dalle funéraire de la princesse Agnès, enterrée à Andravida, l’épitaphe d’un personnage résidant à Venise (ou fils d’un habitant de Venise) enterré en 1358 aux Vlachernes d’Élide, et une inscription en latin et en grec datée de 1426, rappelant des constructions faites par l’archevêque de Patras, Pandolfo Malatesta, dans une église de la ville. La troisième (pl. 112 b) ne nous intéresse pas directement puisqu’elle provient de Patras à l’époque où la région ne faisait plus partie de la principauté (3). Les deux autres ont une gravure simple et régulière de style très semblable nous ne reviendrons pas sur l’épitaphe latine de 1358 qui ne semble pas concerner un représentant de la noblesse franque de Morée (4). L’inscrip¬ tion la plus intéressante est donc sans conteste celle de la dalle funéraire de la princesse Agnès, c’est la plus ancienne, la seule rédigée en français ; elle se rapporte à une haute personnalité et enfin elle est accompagnée d’un décor sculpté (5). De la dalle de marbre large de 0 m. 82, seule la partie supérieure est conservée sur une hauteur de 0 m. 68. L’inscription part de l’angle supérieur gauche et courait, entre deux traits gravés, tout autour de la pierre, de telle sorte que le début et la fin en ont été conservés (pl. 21 a-b) ; on lit ; : + ICI. GIST. MADAME. AGNES. JADIS. FILLE. DOU DESPOT. KIUR. MIKAILLE .ET [ MGGLJXXXVI IIII JOURS DE JANVIER AS | . . . . . . . . . . Les formes des mots correspondent exactement à la langue de la Chronique ; au point historique nous avons ici la date précise de la mort de la princesse on lit les chiffres XXVI et l’on voit sur le bord de la cassure l’extrémité d’une des barres obliques d’un X, ce qui permet de restituer avec certitude MCCLXXXVI, le 4 janvier. Dans le de vue : (1) Sur un certain nombre de ces monuments, v. notre article Pierres inscrites ou armoriées de la Morée franque , Mélanges Sotèriou , pp. 89-102. (2) V. Mélanges Sotèriou, pp. 100-101 ; un fragment encastré dans une maison de KyJlènè-Glarentsa, un fragment de l’inscription en bordure d’une dalle funéraire à Chlémoutsi reproduit pl. 32 a. (3) V. ibid., pp. 99-100 (il faut lire à la 3e ligne de l’inscription latine MGCGGXXVI et non DCCCCXXVI). Les deux textes latin et grec étaient gravés sur deux grands blocs de marbre antiques et avaient été ultérieure¬ ment remployés comme parastades de la porte à l’entrée du pont qui franchissait le fossé ménagé devant le réduit du château ; cf. Exp. scient, de Morée, III, pl. 85, — S. N. Thomopoulos, , , I, . 523 et suiv. (4) Gf. supra, pp. 572-573. (5) Nous en avons donné une description complète : Dalle funéraire d'une princesse de Morée siècle), Mon. Pioi, XLIX, 1957, pp. 129-139 ; cf. Mélanges Sotèriou, pp. 95-96. (XIIIe
ARCHITECTURE 591 RELIGIEUSE cadre formé par la bordure où est gravée l’inscription, est représentée une croix en passementerie ; au centre dans un petit cadre déterminant quatre carrés sont placés des reptiles tachetés de trous faits au trépan ; les angles sont occupés par quatre paons affrontés deux à deux. La sculpture est dans un état de conservation parfaite et l’on voit très nettement le travail précis de l’artiste, détachant et dessinant avec précision les motifs sans leur donner de volume réel le relief plat, l’usage du trépan, le type de la croix, bien qu’elle paraisse évoquer la croix recercelée des Villehardouin, et les animaux représentés, rien de cela n’est occidental c’est un exemple de sculpture byzantine (1). Au revers sont gravés d’autres motifs : une rosace à huit lobes timbrée d’une croix dans deux cercles concentriques, et, disposés sans ordre autour, un arbre, un fleuron, deux animaux (deux oiseaux ?), le tout byzantin aussi. Un détail obscur pour nous, ce sont les petits reptiles, qui, à cause des taches dont ils sont marqués, semblent être des salamandres tachetées : nous n’en avons trouvé l’équivalent sur aucun monument contemporain en Occident ni en Orient (2) ; c’est d’autant plus surprenant que le motif tel qu’il est utilisé ici semble être un poncif répété d’après un modèle. Nous sommes convaincu que cette pierre a été gravée et décorée en une fois il n’y a pas eu remploi d’une plaque byzantine plus ancienne sur laquelle aurait été inscrite après coup l’épitaphe. Le travail de la face inférieure, en particulier la feuillure ménagée sur deux des côtés, montre qu’elle devait servir de couvercle à un tombeau en forme de sarcophage appliqué contre un mur. Le dessin des paons à la silhouette très lourde est maladroit, mais le travail est exécuté avec soin. La juxta¬ position de la belle inscription en français et des motifs de style byzantin invite à conclure que les Francs, désirant à la fin du xme siècle faire exécuter un monument soigné, n’avaient pas à leur disposition un artiste capable de dessiner et de sculpter un relief de style proprement occidental ils ont confié la tâche à un bon praticien grec qui a associé les lettres latines à un décor qui lui était familier, mêlé d’ailleurs d’éléments dont l’origine reste mystérieuse, les salamandres (3). On ne peut passer sous silence les quelques blasons de l’époque franque relevés en Morée on est frappé par leur rareté. Nous nous contentons d’en rappeler la liste ce sont les armoiries de Villehardouin et de Hainaut sur un petit chapiteau à Andravida, celles de Savoie-Achaïe (?) sur le site antique de Pellène en Achaïe, celles du personnage enterré aux Vlachernes en 1358, les blasons dans l’église Saint-Georges de Géraki, enfin ceux de Pandolfo Malatesta à Patras (4). : : : : : ; (1) V. des fragments du même style réunis par L. Bréhier, Recherches sur histoire de la sculpture byzantine, et Nouvelles recherches, dans Nouvelles Archives des Missions scientifiques, XX, 3, pl. 7-9. Une croix analogue à celle de la dalle est sculptée au bas d’une grande plaque représentant le Christ à Mistra, cf. G. Millet. Monuments byzantins de Mistra, pl. 51 n° 11. (2) Le lézard apparaît souvent comme symbole ou attribut secondaire sur les monnaies ou sur les timbres amphoriques antiques, mais nous ne connaissons pas d’exemple de reptile tacheté ni pour l’antiquité ni pour le moyen âge. (3) Les inscriptions grecques datées des xme et xive siècles sont elle-mêmes peu nombreuses en dehors des régions redevenues byzantines, en particulier de Mistra. Nous avons signalé l’inscription peinte de 1245 dans l’église de la Trinité près de Kranidi ; Karytaina, outre celle de Krokontèlos déjà mentionnée, en conserve une relative au pont sur l’Alphée, de 1430-1431, cf. infra, p. 679. Une épitaphe trouvée à Kalamata est datée de 1354, d’après l’ère chrétienne, à la manière des Francs, et non de la création du monde, cf. N. A. Bees, , VI, 1901, p. 375 : ce serait un des plus anciens exemples de l’emploi de ce comput par les Grecs. (4) V. notre étude des Mélanges G. Sotèriou, pp. 89-102. , 39
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 592 Relief à Parori. — Très curieux est un bas-relief, malheureusement anépigraphe, encastré dans une maison à Parori, un peu au sud de Mistra (1) : c’est une plaque de 0 m. 53 sur 0 m. 52 où est sculpté en faible relief (0 m. 02) un guerrier de face (pl. 164, 3). Le personnage est dépourvu de coiffure et de chevelure ; la tête ronde a des yeux faits d’un ovale avec un trou pour la pupille, des oreilles très grandes, un nez aplati, la bouche est une simple ligne sinueuse (2). Sous le cou, très long, le corps est dispropor¬ tionné le torse, représenté sans aucun détail sauf les tétons, est trop long pour les jambes très courtes avec les pieds de profil seule est dessinée une ceinture l’homme porte un manteau ou plutôt une cape retenue au cou par une agrafe et qui se déploie derrière lui, de simples lignes incisées indiquent des plis obliques parfaitement conven¬ tionnels de ses bras écartés, il tient un petit bouclier ovale de la main droite, une courte épée de la main gauche. Le caractère le plus frappant de ce morceau est la maladresse il se fait remarquer par le peu de relief, par le manque de proportions et par l’attitude générale, par l’impuissance à rendre les détails du costume ou du visage autrement que par des lignes incisées, enfin par l’erreur qui place l’épée dans la main gauche. La sculpture est très inférieure à la tête du culot de Sainte-Sophie d’Andravida ou au buste de la corniche d’Isova ; cependant, ni le sujet, ni le costume ou l’armement n’appartiennent au répertoire des artistes byzantins ; il est donc probable que c’est l’effigie d’un compagnon de Guillaume II de Villehardouin, taillée soit par un Grec ignorant de ce thème, soit par un Franc sculpteur d’occasion, de toute façon par un artisan sans expérience. : ; ; ; : Sculpture décorative. — Les exemples de sculpture purement décorative sont plus fréquents que les bas-reliefs à personnages. Les Byzantins ont fait souvent appel à ce genre de décor dans leurs églises ; mais ils ont travaillé généralement le marbre, ils se sont servis de motifs et de techniques nettement définis et reconnaissables. Les Francs ont sculpté plutôt les pierres tendres, calcaire, poros, grès ils ont profilé des moulures, fait des chapiteaux décorés surtout de feuilles, combinés parfois avec une croix, ou une volute. Les éléments qui donnent l’impression de n’être pas byzantins : sont surtout les encadrements des portes ou de niches en arc brisé. Un des sites les plus riches en documents de ce genre est Géraki. Le château occupe l’extrémité nord d’une montagne allongée et étroite ; un village important occupait le versant est, au-dessous de la forteresse : parmi les ruines des maisons se dressent plusieurs églises, d’autres sont dans le château même, d’autres encore sont dispersées le long de la crête de la montagne. L’architecture de ces petites églises à la différence de certaines de celles, plus anciennes, qui sont dans la plaine près du site de Geronthrai et du village actuel, n’a pas grand intérêt : ce sont en général des constructions à nef unique à transept surélevé ; mais plusieurs conservent des fragments sculptés, l’encadrement d’une porte, d’une niche placée au-dessus de la porte ou destinée à l’intérieur à abriter une icône, ou l’iconostase (3). Il a été publié par A. J. B. Wace, Frankish sculptures ai Parori and Geraki, BSA, XI, 1904-1905, p. 139. La maladeresse de l’exécution fait ressembler cette tête à toutes celles que d’autres tailleurs de pierre aussi maladroits ont pu exécuter du xme au xixe siècle. (3) Sur les ruines de Géraki, A.J.B. Wace : BSA, XI, 1904-1905, pp. 140-145, — Traquair, Med. Fortresses, I, pp. 264-269, — Jacqueline Lafontaine, Le village byzantin de Iéraki, Reflets du Monde, n° 9, Bruxelles 1956, pp. 45-58. (1) (2) « »
ARCHITECTURE RELIGIEUSE 593 A l'intérieur du château, l’église Saint-Georges est constituée par trois nefs voûtées d’égale hauteur couvertes de trois toits parallèles, se terminant à l’est par des absides semi-circulaires à l’ouest toute la largeur est occupée par un narthex couvert de trois calottes. La nef méridionale et le narthex ont été rajoutés après coup primi¬ tivement il n’y avait, semble-t-il, que les deux nefs du nord, sensiblement égales, séparées par trois arcades retombant sur une colonne et un pilier de maçonnerie sur lequel l’iconostase prend appui, alors que la troisième nef est séparée par un mur percé de deux arcades. La nef nord n’a pas de porte celle du milieu s’ouvre sur le narthex par une porte en arc brisé l’encadrement de blocs de pierres bien taillées est entièrement souligné d’une ligne de briques sur la clef de voûte est sculpté un écu échiqueté (pi. 157, 1). La porte de la nef sud a la même forme mais, aux deux piédroits, les pierres placées horizontalement alternent avec des assises de trois briques superposées, et, au-dessus d’une imposte en poros moulurée, l’arcade est toute en briques ici aussi une ligne de briques entoure tout l’encadrement. A l’intérieur, la colonne, son chapiteau et les impostes sont byzantins mais l’iconostase en poros où de petits piliers carrés ou octogonaux sont surmontés de chapiteaux grossièrement décorés de quatre feuilles simples ou d’une couronne de pétales, est très différente des iconostases de marbre byzantines du xne siècle (1). Mais le monument le plus important est un proskynéiarion placé contre le mur nord tout près de l’iconostase (2) c’est une grande niche en saillie sur le mur. Elle se présente comme un édicule couronné par un gable élevé et posé sur une plinthe couverte d’un crépi moderne le corps même de l’édicule a les angles profilés en colonnettes qui se terminent en haut et en bas par un motif plus semblable à un culot qu’à une base ou à un chapiteau les piédroits de la niche, qui n’est pas placée dans l’axe de l’édicule, sont sculptés en faisceaux de quatre colonnettes nouées reposant sur une base faite d’un socle, d’un tore et de deux rondelles à profil en angle vif le chapiteau (il est mal conservé à droite) est orné à gauche des feuilles simples que nous avons déjà souvent signalées. L’arcade est à peine plus haute que le plein cintre, mais, en haut, elle est recreusée d’un autre petit cintre ce qui donne un dessin tréflé irrégulier. L’archivolte et tout le gâble sont sculptés de motifs à jour de passe¬ menterie, d’entrelacs ou de vannerie auxquels s’ajoutent un croissant entre six étoiles et une fleur de lys cantonnés de quatre petites roses en très faible relief ; à droite et à gauche de l’arcade, une croix à jour à triple traverse, celle du centre hori¬ zontale, les deux autres obliques enfin, en haut du gâble, sous un motif indistinct (une rosette à huit pétales ?) un blason chargé d’une bande il semble losangé, mais il est possible qu’il soit en réalité échiqueté comme celui de la porte le sculpteur a pu légèrement déformer les motifs en suivant la bande, les carrés tendant à devenir des losanges. Dans les murs pleins, à droite et à gauche de l’ouverture, sont percés deux petites croix de Malte, et des logements disposés de façon asymétrique destinés sans doute à recevoir des pièces de rapport. Le tout est en marbre d’un travail très soigné (pl. 156 d). ; ; ; : ; ; ; ; : ; ; ; ; ; : (1) Il faut mettre à part une belle plaque de marbre antique où est sculptée une palmette d’un travail soigné et recherché. (2) Déjà signalé par A.J.B. Wace, BSA, XI, 1904-1905, p. 143, il a été décrit avec soin par Traquair qui en donne un dessin très précis, Med. Fortresses, II, pl. IV ; cf. enfin A. Van de Put, Note on the armorial insignia of the church of St. Georges, Geraki, BSA, XIII, 1906-1907, pp. 281-284. Sur les blasons et les motifs héraldiques à Géraki, v. notre article des Mélanges Sotèriou, pp. 92-95.
594 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES A l’ouest du château, exactement en contrebas de la porte, une chapelle consacrée Zoodochos Pègè (n°6 du plan de R. Traquair) plus petite, est composée seulement à la d’une nef voûtée, orientée nord-sud, à laquelle a été rajouté un narthex ; la porte à l’ouest a un encadrement de pierre surmonté d’un arc brisé, dont l’angle est profilé en baguette et qui est entouré par un cordon de dents. La porte du narthex et celle de la façade nord de la nef, toujours en arc brisé, sont encadrées de blocs de poros sculptés de motifs divers, denticules, pointes de diamant, lignes en zigzags le mur de la nef présente en outre une niche au-dessus de la porte, flanquée de deux têtes de bœuf grossièrement taillées et de petites plaques de poros ornées d’entrelacs et d’une croix de Malte (pi. 156 b). L’église Hagia-Paraskevè, tout en bas des ruines du village (n° 9 du plan) a une nef simple à transept surélevé, flanquée au sud d’un narthex aujourd’hui ruiné ; on retrouve un décor sculpté sur le cadre en poros d’une niche située comme celle de l’église Saint-Georges contre le mur nord près de l’iconostase les angles sont sculptés en baguette torse ; le décor gravé, plutôt que sculpté se compose de zigzags surmontés d’une frise d’oiseaux; en bas quatre cercles contiennent des quadrupèdes ou des oiseaux (colombes et agneau ?) et, d’un côté, une tête d’animal fait saillie (l’autre est brisée) ; il est assez difficile de reconnaître l’animal, il ressemble un peu à la tête de chat d’un modillon aux Vlachernes d’Élide (pl. 156 a). Une qua¬ trième église offre, entre narthex et nef, une porte et, au-dessus, une niche encadrée de poros sculpté ; c’est celle qui se trouve à l’extrémité sud de la crête de la montagne (n° 4 du plan de Traquair) ; la porte est en arc brisé alors que la niche est cintrée (pl. 156 c). Cette église, orientée nord-sud, est une nef simple à transept surélevé dont le pignon est a une petite fenêtre en arc brisé également encadrée de blocs de poros sculptés l’abside semi-circulaire est couronnée à l’extérieur d’une corniche moulurée. Enfin, à l’intérieur, contre le mur ouest du transept, se trouvent les restes d’une peinture curieuse, représentant Josué attaquant une cité des Amorrhéens à gauche Josué à cheval vêtu de blanc et portant un bouclier dont le champ est orné d’un croissant cantonné de quatre étoiles et entouré d’une bordure, charge, la lance en avant, avec quatre compagnons, les ennemis qui s’enfuient et essaient de passer la porte d’une ville à droite ; du haut des murs des défenseurs tirent des flèches et lancent des quartiers de rochers ; d’une autre série de personnages au-dessus, il ne reste que la partie inférieure, ils sont vêtus de longues robes blanches, un autre porte de hautes chaussures montantes et un haubert. Les cavaliers semblent également revêtus de cottes de mailles (1). Tels sont les divers éléments qu’on peut relever à Géraki ; ce fut, on le sait, le siège de la baronnie des Nivelet qui existait déjà sans doute vers 1230 et dut dispa¬ raître entre 1261 et 1275. Géraki est certainement resté un village important pourvu d’une solide forteresse bien au-delà de cette date, puisqu’il est cité dans les listes de Stefano Magno au moment des luttes entre Turcs et Vénitiens. Les questions qui se posent sont de savoir si l’on peut fixer l’époque où la population, abandonnant le village bas où elle avait construit des églises aux xie et xne siècles (Saint-Jean où est ; : : ; : (1) La description correspond à un état déjà ancien que nous avions encore vu en 1928 ; mais la fresque dégrade, et à notre dernière visite, en 1950, la partie inférieure, visible sur la photographie publiée par Traquair, Med Fortresses , I, pl. II, avait disparu. se .
ARCHITECTURE 595 RELIGIEUSE encastrée la copie du décret de Dioclétien, Saint-Sozôn), s'est retirée sur la montagne du kastro, et ce que Ton peut attribuer des ruines que nous avons signalées à l'époque brève de la domination franque. Certains détails ne peuvent être que l’œuvre des Francs, ce sont les blasons l’hypothèse la plus vraisemblable est que celui qui est au-dessus de la porte, avec son décor élémentaire en damier, dont on ne connaît pas les couleurs, comme celui de la niche qui est probablement le même, mais chargé d’une bande sont ceux des Nivelet qui furent barons de Géraki (1). De toute façon, on ne rencontre d’écu portant armoiries ni dans l’art byzantin d’avant 1205, ni chez les Grecs de Mistra (2) on en conclura que la porte de la nef centrale de Saint-Georges et la grande niche à l’intérieur doivent avoir été exécutées pour les Francs entre 1230 et 1275 au plus tard. D’autre part la peinture murale de l’église n° 4, représente certainement des costumes militaires du xme siècle : le croissant et les quatre étoiles du bouclier de Josué établissent d’ailleurs un rapport entre cette fresque et la niche de Saint-Georges ; enfin on peut voir dans le sujet choisi la lutte victorieuse contre les Amorrhéens une intention, l’artiste n’a-t-il pas voulu faire allusion à la conquête par les Francs de « l’Amorée » ? Si l’on peut proposer avec vraisemblance ces dates, pour les œuvres les plus caractéristiques, il faut admettre que le décor sculpté de la porte de l’église n° 4 est également du deuxième tiers du xme siècle, et que les sculptures analogues, mais en général plus grossières de Hagia Paraskevè et de l’église de la Zoodochos Pègè, enfin l’iconostase de Saint-Georges sont légèrement postérieures. Nous proposerons donc pour l’ensemble du site la chronologie suivante à notre village proprement byzantin trouvait ville antique avis, un sur le site de la près se duquel sont groupées des églises anciennes. Ce sont les conquérants francs qui ont occupé la montagne voisine, comme Guillaume de Villehardouin a créé Mistra ; alors furent construits le château et, dans le château, Saint-Georges avec ses deux nefs égales, auxquelles s’en ajouta très tôt une troisième. Les deux nefs primitives sont postérieures à l’arrivée des Francs : la porte d’entrée, qui n’a pas été refaite, doit certainement sa forme et la clé de voûte sculptée d’un blason à une inspiration occidentale, étrangère aux habitudes des maçons byzantins, et le plan à deux nefs est exceptionnel en Grèce (3). La troisième nef, non prévue dans le plan premier, : : : (1) Le rapprochement entre ce blason et deux autres relevés à Chypre, losangés, mais avec des dispo¬ sitions différentes, a été faite par A. Van de Put, l.l., p. 282 : ces blasons se trouvent à Nicosie, dans les ruines de la mosquée Omérié, qui avait été aménagée dans l’église des Augustins : l’un appartient à la tombe de mort en 1390, connu aussi sous sa forme latine de Nivillis, et l’autre à celle d’un jeune « Jehan de Nevilles homme dont le nom a disparu datée de 1403 : ces documents ont été reproduits par T. J. Chamberlayn, Lacrimae Nicossienses, 1891, I, pi. X, n° 150, et pi. IX, n° 137, pp. 45-47, cf. C. Enlart, L'art en Chypre, I, pp. 162-167. Tous ces personnages se rattacheraient à la famille des Neuville représentée en Orient dès le xne siècle. Des liens de parenté entre Jean de Nivelet et des seigneurs installés en Chypre et en contact avec les Musulmans de Syrie pourraient expliquer la présence du croissant aux six étoiles ; mais rien ne permet d’affirmer l’existence de tels liens ; il est très probable que les Nivelet appartiennent à une famille différente, originaire du Jura, cf. supra p. 112, n. 6, 510, n. 2, et Mélanges Soièriou , p. 94-95. (2) On trouve à Mistra fréquemment les armes des Paléologues, on y voit aussi le lion de Chypre, en parti¬ culier sur le linteau portant le monogramme d’Isabelle de Lusignan. Le losange peut aussi être employé, mais comme un motif décoratif, par exemple sur les chapiteaux de la grande plaque au Christ, reproduite par G. Millet, Monuments byzantins de Mistra, pl. 51 n° 11. Mais nous n’avons pas vu à Mistra d’armoiries » sur champ en forme d’écu, cf. infra, p. 597 . 1. (3) On a comparé Saint-Georges à deux églises de Laconie, à Apidia et à Zaraphon, considérées comme et datant du xie ou xne siècle elles ont trois nefs voûtées et aveugles, placées sous un de type anatolisant « » :
596 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES a été ajoutée très tôt — il n’y a pas de différence dans le mode de construire — , seule la séparation de la nef sud d’avec les deux autres est différente de celle qui cette addition fut faite sans doute quand la région est placée entre ces dernières fut reprise par les Grecs, et conféra au bâtiment l’aspect traditionnel à trois nefs. La grande niche au nord est contemporaine de la construction. L’église n° 4 est de la même époque, ainsi que, semble-t-il, Saint-Nicolas, à deux nefs comme Saint Georges ; c’est un peu plus tard, peut-être déjà après le départ des Francs, que furent construites les autres églises celles qui existaient déjà reçurent alors une iconostase et se virent augmentées d’un narthex il est à remarquer en effet qu’à Saint-Georges, aux églises 4 et 6 les narthex ont été rajoutés avec des portes toutes simples ou pourvues d’un décor beaucoup plus fruste. Le château dut être réparé par les Grecs à une époque que nous ne pouvons préciser. Mais sous la domination turque, la population abandonna peu à peu la montagne pour retourner vers le site ancien, près des sources et des champs. Notons que les églises de Géraki, à transept surélevé, seraient à ranger avec la Trinité de Kranidion et Saint-Georges d’Androusa parmi les plus anciennes de ce type. Il nous reste à analyser le style des œuvres dont nous venons ainsi de tenter le classement chronologique. Il faut distinguer le monument de marbre d’un travail très soigné et les sculptures toujours plus ou moins grossières exécutées en poros. Le premier est certainement l’œuvre de véritables sculpteurs connaissant bien les motifs byzantins courants au xne siècle mais on ne sait d’où vient la croix à trois traverses le croissant avec les étoiles est un motif de caractère musulman et oriental qui surprend ici, mais qui a pu être apporté par quelqu’un revenant de Terre-Sainte ; la fleur de lys est au contraire d’origine occidentale ; il est impossible de l’identifier avec celle qui appartenait aux Angevins de Naples, puisque Géraki était perdu quand la suzeraineté de la principauté passa à ces souverains (1). Mais c’est un motif déco¬ ratif qui est assez répandu pour ne pas être caractéristique, sous cette forme, d’une famille, et que les Grecs adoptèrent d’ailleurs on voit une fleur de lys très simple sur un fragment sculpté de la corniche placée sous l’appui de la fenêtre à l’abside nord de l’église des Ylachernes d’Élide. La belle fleur de lys de Saint-Georges se retrouve : : ; : ; : ABME, I, 1935, pp. 349-351 ; en fait Saint-Georges en diffère seul toit, A. K. Orlandos, elle n’a eu d’abord que deux nefs et chacune est couverte d’un toit distinct. Le type de l’église à deux nefs est exceptionnel dans l’architecture byzantine ; on en trouve quelques exemples notamment à Paros et en Crète, mais postérieurs au xne siècle, A. K. Orlandos, ABME, IX, 1961, pp. 138-147; cet auteur, pp. 145-147, explique cette forme insolite par le désir de disposer dans une église, à l’époque de la domination latine, de deux nefs distinctes, l’une réservée aux catholiques, l’autre au culte orthodoxe grec l’hypothèse est plausible et pourrait convenir pour Saint-Georges dans son premier état ; il existe à Géraki une autre église à deux nefs, Saint-Nicolas, qu’il serait dans cette hypothèse logique de dater de la même époque, plutôt que de la rabaisser au xive siècle, où il ne devait plus y avoir de catholiques à géraki, cf. A. K. Orlandos, ABME, III, 1937, pp. 197-198. L’exemple de l’église double située en Élide à environ 4 kilomètres à vol d’oiseau à l’est de Palaiopolis, consacrée à saint Georges et à saint Démètre et publiée par Ph. Le Bas, Voyage archéologique en Grèce et en Asie Mineure, lre partie. Itinéraire, pi. XVII, notice pp. 30-31. Paris 1843, que cite encore A. K. Orlandos, nous apparaît d’un type assez différent ; d’abord le style de la construction est certainement plus ancien et doit remonter au xiie siècle, ensuite la juxtaposition des deux nefs s’explique sans doute simplement par le fait qu’elles sont consacrées à deux saints, ce qui n’est le cas ni à Saint-Georges ni à Saint-Nicolas. (1) Ici comme pour beaucoup d’autres monuments R. Traquair voit une influence du gothique italien méridional : cette influence, si elle s’est exercée, n’est en tout cas pas le résultat des rapports des Nivelet avec les Angevins de Naples puisque Géraki échappe aux Francs avant 1278. : :
ARCHITECTURE 597 RELIGIEUSE en plus fort relief au chœur de l’église Saint-Michel de Salon de-Provence, construite au xne siècle certainement avant que la Provence n’appartînt aux Angevins, et à l’abside principale de la Péribleptos à Mistra entre deux rosaces (1). C’est, selon nous, le travail d’un bon artiste grec travaillant pour un seigneur franc, ajoutant quelques éléments étrangers à un ensemble qui ne surprendrait pas à Mistra, s’essayant à dessiner une arcade tréflée. Au contraire les décors sur pierre tendre sont faits par de simples tailleurs de pierre, toujours sous la direction des Francs ; on voit juxtaposés des entrelacs byzantins et des éléments imités de l’Occident, mais le tout exécuté presque sans relief d’une manière très fruste et s’abâtardissant très vite. Ces deux types de sculptures qui coexistent à Géraki se continuent d’ailleurs par exemple à Mistra jusqu’au xvne ou au xvme siècle; on peut rencontrer dans le Péloponèse des portes ou des niches d’église dont l’encadrement de poros est décoré de dessins très simples, incisés plutôt que sculptés (2). Géraki, enfin, garde le seul fragment connu de fresque qui puisse être considéré comme d’inspiration franque. Nous savons que les Francs firent exécuter des peintures représentant des sujets qui n’avaient rien de commun avec ceux que traitaient les Grecs le puissant Nicolas II de Saint-Omer, enrichi par son mariage avec Marie princesse d’Antioche, s’était fait construire à Thèbes un château qui passait pour le plus beau de Grèce et y avait fait représenter sur les murs des épisodes de la conquête de la Syrie par les Francs (3). Un seul texte fait allusion à un autre ensemble de pein¬ tures, c’est la relation de Nicolas de Martoni ; ce notaire italien, reçu au palais archié¬ piscopal de Patras, en décrit la salle longue de 25 pas et dont les murs étaient couverts de peintures représentant la destruction de Troie on peut se demander si le palais datait d’avant 1205 et qui avait exécuté ces peintures il est malheureusement impos¬ sible de répondre à ces questions le seul fait à retenir, c’est l’existence à la fin du xive siècle de grandes fresques à sujets profanes tirés de l’histoire antique (4). Ce : : : : , extr. des Mélanges . et (1) A. Xyngopoulos, . Merlier, Athènes 1953, a soutenu que les fleurs de lys accompagnées de roses à Saint-Georges de Géraki et à l’abside de la Péribleptos de Mistra — il faut y ajouter celle de l’abside nord des Vlachernes d’Élide — étaient de véritables armoiries. Nous ne le croyons pas : en héraldique, «la pièce essentielle est le blason lui même, c’est-à-dire l’écu de l’homme d’armes sur lequel sont représentées les armoiries. Ce qui est figure héraldique dans un blason est, hors de ce cadre un simple motif décoratif ; l’abside d’une église paraît d’ailleurs un emplacement peu propre à recevoir des armoiries ; enfin, si l’influence occidentale est évidente dans la décoration, il paraît invraisemblable que les éléments d’un blason franc soient représentés sur un monument » grec de Mistra. (2) V. p. ex. une arcade sur colonnettes dans un couvent du début du xve siècle, près de Vostitsa, L. Polîtes, ., XI, 1939, pp. 72-73. — Nous signalerons encore l’aspect particulier donné à la voûte d’une petite église souterraine, consacrée à Saint Jean, sous le rocher au nord du kastro de Kalavryta, cf. infra, p. 634 ; la chapelle est aménagée dans une petite grotte et, au-dessus de la partie centrale, le rocher, taillé et complété par des pièces de rapport, a reçu la forme d’une coupole dont le haut serait entouré d’une moulure soutenue par de petites colonnettes adossées au mur réunies deux à deux, limitant entre elles comme des caissons, pl. 115, 2; cette disposition, déjà décrite par G. Sotèriou, Daou-Pentéli, coll. de ’ , n° 1, Athènes 1934, pp. 14-15 et fig. 8, n’a rien de byzantin; elle est probablement inspirée par un modèle italien, mais ne semble pas pouvoir être considérée comme d’inspiration franque. (3) Chron. gr., vv. 8083-8085, — Cron. di Morea, p. 461. Le L. de la conq., §§ 553-554, ne mentionne pas les peintures. (4) Nicolas de Martoni, éd. Legrand, p. 661. Le palais est, on l’a vu, également mentionné au xve siècle par Sphrantzès, II, 8, CSHB, p. 150. On peut être surpris du choix de ce sujet dans un palais épiscopal. En tout cas, il ne constitue pas un argument contre l’attribution de cet ensemble à l’époque de la domination
598 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES qu’on sait par contre c’est que les peintures exécutées au milieu du xme siècle, par un peintre grec d’Athènes, Jean, sur les murs de l’église de la Trinité près de Kranidi sont tout à fait conformes aux traditions byzantines et ne témoignent d’aucune tendance nouvelle ni pour le style ni pour les sujets (1). Quant aux caractères originaux que peut présenter la peinture byzantine dans un milieu comme celui de Mistra au xive et au xve siècle, et quant à la question de savoir dans quelle mesure des influences occidentales ont pu intervenir pour déterminer cette « renaissance », ces problèmes échappent aux limites que nous avons fixées à notre enquête dans le temps et dans l’espace. Conclusion. — Les deux siècles et quart que dura la principauté de Morée nous ont laissé quatre églises d’un caractère nettement occidental, plus une qui fut achevée par eux, dix ou douze autres, qui par un détail de décoration, une disposition parti¬ culière, montrent une influence directe des Francs. De plus, il est nécessaire de noter que les monuments même les plus caractéristiques restent d’une conception très simple ; une seule église devait être entièrement voûtée sur croisées d’ogives. L’orne¬ mentation sculptée, parfois faite avec soin, reste toujours très limitée et même assez pauvre ; les artistes demeurent le plus souvent fidèles aux formes les plus simples et les plus anciennes. Si le contrefort normal aux angles apparaît ici plus tôt qu’en France, ce n’est pas une innovation. Mais ce seul détail montre qu’il est impossible d’attribuer à une origine unique les éléments dont se sont servis les maçons des xme et xive siècles travaillant en Morée au service de maîtres francs pour édifier leurs églises ; il serait d’ailleurs imprudent de rattacher à une province étroite, Bourgogne, Champagne, Provence ou Italie méridionale, ou à l’influence exclusive d’un ordre religieux comme les Cisterciens des monuments si simples, si peu riches en détails, dont on peut trouver les équivalents un peu partout où l’on a fait construire avec de faibles moyens et par une main-d’œuvre peu expérimentée. Ces conditions expliquent aussi que, pour des morceaux d’apparat, les Francs aient fait appel à des artistes indigènes travaillant selon leurs traditions : c’est le cas pour la dalle funéraire de la princesse Agnès, pour la niche de l’église Saint-Georges au château de Géraki. Le seul fragment de fresque conservé ne permet pas d’émettre un jugement sur cet art. Dans le même temps, les Grecs ont continué à construire et à décorer des églises suivant leurs traditions. Ils n’ont certainement pas échappé à l’influence de l’Occident, où l’art était à cette époque en plein éclat, et dont le rayonnement pénétrait sous toutes ses formes en Orient. Mais cette influence a pu se manifester avant 1205 et n’est pas le fait exclusif des conquérants. D’Occident sont venus certains détails, et surtout le goût pour des plans plus longs sous la forme de basilique et peut-être sous la forme plus nouvelle d’un bâtiment rectangulaire au-dessus duquel se détache un transept surélevé terminé par des pignons. Mais on ne peut saisir la filiation exacte de ces franque, car les Francs n’ignoraient pas l’histoire de la ville de Troie et se considéraient même parfois, suivant une tradition légendaire, comme les descendants des Troyens ; voir par exemple, Robert de Clari, La conquête de Constantinople, § 40, 106, éd. Lauer, pp. 40, 102. Cf. Longnon, Les Français d'outre-mer, pp. 250-251, — L'empire latin, p. 214. III, 1926, pp. 193 et suiv., — et ., I, 1928, p. 95, sont (1) Les conclusions de G. Sotèriou, , tout à fait catégoriques.
ARCHITECTURE RELIGIEUSE 599 il est impossible en particulier de déterminer avec précision la part que la principauté franque a eue dans cette évolution de l’architecture religieuse grecque ; car l’influence de l’Occident qui a pu commencer avant 1205, s’est exercée au-delà de 1430 ; et, d’autre part, le bouleversement et l’appauvrissement général du pays après les guerres entre Grecs, Vénitiens et Turcs, créent des perturbations profondes. Au point de vue du décor, les Grecs ont pu emprunter tel détail ou tel motif ; mais la sculpture reste aussi pauvre. Quant à la peinture, en 1245, les fresques de la Trinité de Kranidi ne révèlent aucune nouveauté. Si un style nouveau se constitue cependant un peu plus tard, c’est dans un milieu proprement grec, à Mistra où les influences occidentales viennent, quand il y en a, par d’autres routes, semble-t-il, que celles de la principauté d’Achaïe. Des monuments peu nombreux, — pittoresques mais assez pauvres, — qui n’ont pas servi de modèles à d’autres constructions, — autour desquels ne se sont pas constitués d’ateliers actifs ou de traditions nouvelles fécondes, — tel est le bilan que nous permettent d’établir les quelques vestiges d’architecture religieuse laissés par les Francs sur la terre de Morée (1). types ; (1) C’est la même impression que laissent les autres monuments de style occidental datant de cette époque en Grèce, hors du Péloponèse ; les plus caractéristiques sont : la façade occidentale de l’église de Daphni, v. en dernier lieu E. Stikas, , Athènes 1963, extr. de , 4e série, III, 1962 ; — à Sykamino en Attique, les églises Hagia Ëléousa tout entière grecque à l’exception d’une porte et d’une fenêtre comme à Saint-Georges d’Androusa, et Saint-Georges qui ressemble à Saint-Nicolas d’Isova, cf. A. K. Orlandos, , , IV, 1927, . 25-45 ; — à Chalkis d’Eubée, un monument beaucoup plus important, Hagia-Paraskevè, comparable aux grandes églises franques de Morée, mais élevé sur des fondations beaucoup plus anciennes, et dont la décoration sculptée est d’un style plus évolué, cf. J. Strzygowski, , 1885, pp. 711-728, — Traquair, Frank. Archit., pp. 42-48. Nous ajoutons l’église Hagios-Demetrios d’Avlonari en Eubée, de plan basilical, aux nefs séparées par des arcades brisées et dont un des bas-côtés est couvert en partie d’une voûte en demi-berceau, mais elle est dépourvue de décor sculpté caractéristique. Sur les sculptures franco-byzantines trouvées à Athènes, cf. L. Bréhier, Nouvelles archives des Missions scientifiques, XX, 1913, 3e fasc., pp. 90-92, pi. XXII, — G. Sotèriou, Guide du Musée byzantin d'Athènes, Athènes 1932, pp. 53-54.

CHAPITRE ARCHITECTURE II MILITAIRE ET CIVILE L'architecture militaire médiévale est représentée en Morée par un nombre considérable de ruines d'aspects variés à l’infini, mais rarement intéressantes du point de vue de l’art militaire ou de l’art tout court. Nous ne pouvons faire une étude exhaustive de tous ces vestiges d’ailleurs beaucoup ne méritent qu’une mention assez rapide et plusieurs ont été brièvement décrits dans le cours de notre seconde partie. Notre souci essentiel est de dégager ce qui est franc, tâche ardue parce que, pour la plupart de ces châteaux, les indications historiques sont vagues ou font totalement défaut ; aucun en dehors des constructions vénitiennes ne porte ou n’a conservé la moindre inscription, et la pauvreté de la construction exclut le plus souvent toute possibilité de datation par le style. La méthode que nous suivrons pour essayer de mettre un peu de clarté dans ce matériel abondant, et confus, sans nous engager dans un inventaire qui serait fort long, est de choisir des exemples des différentes catégories que l’on peut définir nous les décrirons avec d’autant plus de détail que nous aurons pu y déterminer des parties franques plus importantes. Nous étudierons d’abord les forteresses qui peuvent être considérées sans discus¬ sion comme datant de l’époque franque et comme n’ayant subi que peu ou pas de transformations. Parmi elles, trois ensembles méritent d’être classés au premier rang la cité de Clarence, le château de Clermont ou Chlémoutsi et celui de Karytaina. Nous ferons un second groupe de Kalavryta, Akova et Hagios Vasilios qui furent d’importantes constructions mais sont aujourd’hui très ruinées, un troisième de Mistra, Géraki et Androusa, qui sont légèrement postérieures aux premières et ont continué à être utilisées bien après la fin de la domination franque. Pour les autres châteaux ou forteresses, nous les classerons en quelques grandes catégories, des simples places de refuge indatables jusqu’aux plus grands ensembles fortifiés qui ont servi à toutes les époques, en essayant de distinguer à la lumière des exemples précédents les éléments qui peuvent en appartenir au xme ou au xive siècle, et de définir, si c’est possible, les étapes d’une évolution dans l’art des constructions ; ; : militaires.
602 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES A. Grandes forteresses construites par les Francs Clarence, (pl. 22-24). — L’intérêt des ruines de Clarence réside moins dans les vestiges, très pauvres dans l’ensemble, qui en subsistent que dans le caractère du site il s’agit en effet non d’une forteresse entourée d’une bourgade, mais d’une véritable ville fortifiée près du port le plus actif et le plus important de la principauté. La ville médiévale occupait l’extrémité nord-ouest de la presqu’île appelée par les anciens Chélonatas, à l’ouest du village moderne auquel on a donné le nom antique de Kyllènè (1). Le terrain, très plat tout le long de la mer en venant de l’est se relève suivant une pente insensible à mesure qu’on approche de la pointe nord-ouest il se termine sur la mer à l’ouest par une falaise d’une cinquantaine de mètres. Cette plate-forme, coupée à pic à l’ouest et s’abaissant de façon continue à l’est, forme un léger bombement orienté est-ouest elle est limitée au nord par une bande de terrain plus basse, en partie marécageuse, qui la sépare de la mer, et au sud par un petit ravin qui l’entaille et descend vers la plage à l’ouest. Complètement déserte aujourd’hui — le village moderne étant plus loin vers l’est —, elle a porté la ville médiévale ; le port était situé au nord, abrité des vents les plus dangereux, ceux d’ouest et du sud ouest (2). l’aire qu’elle Ce qui frappe d’abord ce sont les dimensions de l’enceinte (pl. 22) enferme, longue d’environ 450 mètres d’est en ouest et large de près de 350 mètres à l’ouest, couvre une surface de 8.800 mètres carrés environ. L’ensemble affecte la forme générale d’un triangle dont la pointe serait orientée vers le nord-est et dont les deux côtés longs légèrement courbes présenteraient leur concavité vers le nord. Le mur d’enceinte a presque complètement disparu. Sur de rares points seulement se dressaient naguère des pans isolés de maçonnerie sur quelques mètres de longueur, vestiges de portes, de tours ou de redans en général le tracé des courtines n’est plus indiqué aujourd’hui que par une levée de terre ; si l’on creuse — comme nous avons eu l’occasion de le voir faire par des paysans en quête de pierres dans cette contrée qui en est pauvre — , on met au jour non la base d’un mur maçonné, mais simplement des fondations grossières faites de blocs de pierre assez petits, irréguliers, mal taillés et mêlés à la terre. Ces fondations insuffisantes pour supporter un véritable mur, comme l’absence de vestiges au-dessus du sol à l’exception de quelques fragments isolés, laissent supposer que l’enceinte était faite de matériaux légers et peu durables la pierre étant rare, les constructeurs ont dû se servir de ce qu’ils trouvaient sur place, la terre, sous forme de briques crues ; le mur ainsi fait reposait sur un socle de pierres entassées sans ordre et noyées dans la terre. Ce procédé est d’ailleurs attesté par la : ; ; : ; ; (1) Les ruines médiévales ont fait l’objet d’une brève description de Buchon, Grèce et Morée, pp. 514 516, — de H. F. Tozer, JHS, IV, 1893, pp. 209, 210, — de Traquair, Med. Fortresses, II, p. 272, plan fig. 3, — XIII, 1916, p. 480. Gomme nous l’avons signalé pour l’église, et de remarques de G. A. Sotèriou, N. ., les fragments les plus importants qui étaient encore debout naguère ont été renversés pendant la seconde guerre mondiale. V. une photographie du site vu de notre pl. 23 a-b. (2) l’est dans J. Servais, BCH, LXXXV, 1961, p. 131, fig. 3, et
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 603 Chronique de Morée pour le château d’Achaia, qui n’a pas laissé de vestiges (1) ; ce n’est qu’aux points les plus importants pour la défense, aux portes et aux tours d’angle ou de flanquement, que la terre faisait place à un blocage de pierres liées au mortier. Pour assurer une meilleure défense vers l’est, le sud-est et le sud, où le terrain naturellement uni, et pour mettre ce mur hors de portée d’une attaque trop facile, un est fossé a été creusé en avant de l’enceinte, la terre en a été rejetée à l’intérieur de façon vers le nord-est le fossé à relever le niveau du sol qui sert d’assiette à la muraille descend vers la plage, vers l’ouest il aboutit au petit ravin que nous avons signalé et qui le prolonge. Le profil en est actuellement assez mou, c’est celui qu’on obtiendrait en laissant la terre remuée former des talus de pente normale en l’absence de maçon¬ nerie, il est peu probable qu’il ait eu au moyen âge un aspect très différent ; la largeur en est en moyenne de 20 à 22 mètres. Un petit pont franchit le fond du fossé en face d’une porte au sud-est (pi. 23 c). L’état actuel de l’enceinte ne permet pas d’en établir le tracé avec une rigueur absolue on peut remarquer par exemple sur le plan tel que nous l’avons dessiné que les longs parcours entre des points notables et sûrs, portes ou tours, présentent une ligne légèrement concave cela ne répond à aucun système ou principe de fortifica¬ tion pour l’époque du xme siècle le rentrant serait d’ailleurs insuffisant pour assurer un flanquement cette particularité peut s’expliquer parce que, sur une longue distance entre deux points fixes, la terre a glissé davantage au milieu la levée qui correspond à la base du mur se creuse du côté extérieur par un phénomène naturel d’érosion, plus sensible loin des vestiges de maçonnerie. Le mur, qui devait mesurer 1 m. 80 à 2 mètres d’épaisseur, était flanqué d’un certain nombre de tours mais il est impossible de savoir si elles étaient disposées régulièrement ; elles n’étaient certainement pas placées à intervalles égaux il y en avait généralement aux points où le tracé forme un angle, mais des vestiges certains existent également ailleurs, c’est le cas d’une d’entre elles, au sud-est, la seule assez bien conservée pour qu’on puisse en mesurer les dimensions c’est une tour pleine de 6 m. 40 de front sur 3 m. 40 de saillie. L’emplacement des autres est indiqué par un massif de maçonnerie plus ou moins informe ou incomplet, ou simplement par une éminence interrompant la levée de terre à laquelle on reconnaît le tracé du mur. A l’est, à côté des ruines de l’église, subsiste un pan de mur dessinant un angle il est impossible de discerner si c’est l’angle d’une tour, ou s’il s’agit d’un simple redan destiné à renforcer le mur qui, en ce point, soutenait la terrasse sur laquelle s’élevait l’église la seconde hypothèse paraît la plus vraisemblable. Par contre les vestiges des deux entrées qui donnaient accès de la campagne vers la ville, sont assez importants. La plus orientale est précédée d’un ponceau de pierre long de 7 m. 25, large de 4 m. 40 qui franchit le fond du fossé par une arche dessinant un arc légèrement brisé (pl. 23 c). L’ouverture du passage de la porte est également de 4 m. 40. La seconde est mieux conservée (pl. 24 a) c’est un passage de 4 m. 35 de large sur une longueur de 5 mètres au moins, entre deux massifs de maçonnerie faits de parements en blocs assez gros, assez bien appareillés et, à l’intérieur, d’un ; ; ; : ; ; ; ; ; : : : : , (1) Chron. gr., vv. 1402 : quand ils furent là arrivé, si y fist fermer j. ehastel de motes sur mer.. muralla de terra... — L. ». — L. de la conq., de los fech., § 90 : § 91 : « Et fizieron una
604 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES blocage moins soigné, le tout lié par un mortier où la chaux mal délayée a laissé des particules la porte n’a pas gardé son encadrement ; le passage était couvert d’une voûte dont le départ seul a subsisté, mais la voûte s’interrompt des deux côtés suivant une ligne très nette correspondant à une assise régulière de la maçonnerie. La longueur du passage ne correspond pas à l’épaisseur de la courtine, et s’explique par la présence de deux tours qui flanquaient la porte, sans qu’on puisse en restituer le plan. Sur le côté extérieur d’un des massifs de maçonnerie subsistant, le blocage est lisse sur une grande surface qui a dû toujours être visible, et dans la partie où devait venir s’amorcer la courtine, la zone inférieure est également lisse ; c’est seulement à partir de 2 mètres environ au-dessus du niveau actuel du sol qu’on voit nettement l’arrachement de la partie supérieure du mur avec chemin de ronde et parapet. L’isolement de ces pans de mur, le fait que là où l’on attendrait une liaison étroite avec la courtine, la maçonnerie restait en réalité indépendante d’elle, confirment à nos yeux l’hypothèse de murs en briques crues ; seul le couronnement avec le parapet devait être en maçonnerie, lié avec la construction du système de défense de la porte, et formant comme une chape protectrice de la courtine. Il est possible également que ce soit une différence de maté¬ riaux qui explique la manière dont est coupée la voûte du passage. A peu près rien ne reste de la tour qu’il est logique de supposer à l’angle sud-ouest. De là le mur se dirige vers le nord et suit, sur une longueur d’environ 90 mètres, le bord de la plate-forme qui descend en pente raide vers la plage ; le tracé ne peut être dessiné de façon absolument sûre. Il vient prendre appui à l’angle d’un ensemble de constructions qui a dû être bâti beaucoup plus solidement en plusieurs points, la base des murs est conservée, et d’énormes blocs de maçonnerie gisent dispersés dans les fourrés d’arbustes ces fortifications, faites avec plus de soin sans doute, ont aussi été l’objet d’une destruction systématique ancienne. En cet endroit, le plus élevé de la plate-forme où s’étendait la ville, et dominant la mer du haut d’une falaise abrupte, était située la forteresse qui constituait l’élément le plus solide et le dernier réduit de la défense ; elle avait la forme d’un quadrilatère à peu près carré de 60 mètres de côté, pourvu de deux tours aux angles sud-est et nord-est. La seule ouverture visible est près de l’angle sud-est, mais il n’est pas sûr que cette brèche corresponde à la porte principale. Vers l’ouest, la falaise, rongée par la mer, a reculé légèrement et si elle était couronnée d’une ligne de défense, celle-ci a complètement disparu (pl. 23 c). A l’angle nord-ouest seulement subsistait naguère une partie d’un bastion, dont un pan de mur s’avançait en porte-à-faux au-dessus du vide, au haut de la falaise (des blocs de maçonnerie se sont écroulés sur la plage au-dessous) c’était une construction faisant une saillie de 12 mètres sur le mur nord de la forteresse et qui contenait au rez-de chaussée deux chambres séparées par un mur de 1 m. 20 d’épaisseur percé d’une porte ; : ; ; : de communication de 2 mètres d’ouverture. Parmi les pans de mur épars à l’intérieur de la citadelle, le plus considérable, près du coin nord-est, a des dimensions suffisantes pour qu’on puisse reconnaître ce que c’était (fig. 10 et pl. 24 c) c’est l’angle d’une puissante tour carrée, dont le rez-de chaussée était couvert d’une coupole, ou plutôt d’une calotte en blocage, sur pendentifs ; au-dessus, la salle de l’étage avait d’un côté un mur percé de deux ouvertures, une petite fenêtre au fond d’une embrasure couverte d’un cintre surbaissé et dans laquelle étaient aménagées deux banquettes de maçonnerie, — et une meurtrière dont subsiste un seul côté où était pratiquée une sorte de niche demi-circulaire destinée soit à donner :
ARCHITECTURE O Fig. 10. _ Clarence. 1 MILITAIRE ET 605 CIVILE 5 Bloc tombé de la forteresse (angle d’une tour au niveau du 1er étage).
606 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES plus de liberté au tireur, soit à entreposer quelque objet ou arme. Le bloc mesure encore 7 mètres de haut sur 6 m. 50 de large la présence d’une coupole fait supposer un plan régulier, celui d’une tour d’environ 9 mètres de côté, et d’une hauteur au moins égale pour les deux étages complets ; ces dimensions dépassent largement celles des tours d’angle de la façade orientale. La maçonnerie est extrêmement solide, les maté¬ riaux petits et irréguliers sont pris dans un mortier devenu très dur des détails indiquent un certain soin l’arcade dessinée sur les parois par les pendentifs est soulignée par une ligne de fragments de briques minces les pendentifs sont faits de pierres minces disposées un peu plus régulièrement qu’ailleurs, et se terminent par une assise bien visible qui marque le départ de la calotte. Sur le côté extérieur, le mur fait un léger retrait, le long duquel court une assise de blocs réguliers, au niveau de l’étage. Ce bloc est analogue aux vestiges de l’enceinte ; il présente des détails qu’on retrouve ailleurs par exemple un trou carré perçant le mur, dont un autre exemple se trouve à la porte sud, ou le retrait du mur à l’étage qui existait aussi à la grande église il devait donc appartenir à une construction contemporaine du reste des fortifications ; ; : ; : ; de la ville. Au nord de la citadelle, il ne reste aucun vestige de mur le long de la falaise, qui s’abaisse peu à peu. A 190 mètres environ, une levée de terre orientée ouest-est, au-delà de laquelle le sol est creusé en fossé, indique le départ du mur nord de l’enceinte ; le tracé dessine une sorte de bastion d’une quarantaine de mètres de large ici et s’avan¬ çant de plus de 60 mètres au-delà de la ligne générale de la muraille nord ; ce bastion est établi sur un éperon qui prolongue la plate-forme le long de la mer suivant une formation naturelle ; il a l’avantage aussi de dominer et de protéger le port il est possible que, au-delà du fossé, un mur ait existé, en bordure de mer jusqu’à la pointe. Du bastion même les vestiges sont rares ; une tour occupait l’angle nord-ouest, mais elle est entièrement ruinée ; dans le mur est, un étroit passage (0 m. 30 de large) était pratiqué pour l’évacuation des eaux, et peut-être autrefois une ouverture était elle située à la place de la large brèche dans l’angle rentrant. La dernière partie de l’enceinte couronnait le rebord septentrional de la plate¬ forme qui dessine un arc concave largement ouvert vers le nord. De ce côté, qui domine le port, comme du côté de la campagne, le mur était pourvu de tours, d’ailleurs très mal conservées dans la moitié orientale, deux tours marquent l’extrémité d’un grand bâtiment de près de 50 mètres, disposé à l’intérieur le long du mur, auquel s’en ajoute un autre, vaste rectangle orienté nord-sud, qui présente au centre du côté ; ; oriental une aile. En deux points, la forme des fondations du mur ou des blocs qui en subsistent suggère que le tracé comportait un redan plutôt qu’une tour. Il n’y a pas de vestiges qui permettent de situer avec certitude dans cette partie de l’enceinte une porte. Une forte tour dont il ne reste que l’emplacement se dressait à l’angle nord-est ; de là, il semble bien que partait un mur isolé allant vers le nord jusqu’à une tour carrée qui devait mesurer près de 9 mètres de côté, à l’intérieur de laquelle était ménagée une chambre de 4 m. 90 de côté. Au nord, dominé par la muraille de la ville au sud, protégé à l’ouest par un bastion prolongé peut-être d’un mur, à l’est par cette dernière tour, s’étend un terrain plat, dont toute la partie centrale est couverte d’eau : il est évident que ce marécage a été autrefois un bassin intérieur séparé de la mer par un quai dont la bordure maçon
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 607 née du côté de la haute mer, ou du moins ce qu’il en reste, est aujourd’hui submergée ; l’entrée se trouvait à l’est, c’est-à-dire du côté le moins exposé au vent et non encombré par des bancs rocheux. Peut-être le quai était-il prolongé vers la mer par des môles très courts permettant à des bateaux de faible tonnage d’accoster sans entrer dans le port. Les barques pouvaient d’ailleurs mouiller plus à l’est, en dehors du port, comme elles le font encore aujourd’hui, ou pour plus de sûreté être tirées sur la plage (1). Quelques bâtiments ont laissé des vestiges, généralement fort peu importants. A l’intérieur de l’enceinte (pl. 23 a), la ruine la plus notable est celle d’une grande église dont nous avons déjà signalé la situation à l’est, et que nous avons décrite (2). On peut encore signaler l’ensemble important, au moins par ses dimensions, adossé au mur nord déjà mentionné malheureusement ni le plan, ni l’état des murs dont la base est visible, ne permettent de faire une hypothèse plausible sur sa destination ; un peu plus loin vers l’est, un petit bâtiment aux murs minces (0 m. 60) contient deux chambres communiquant entre elles par une porte en plein cintre ; une de ces chambres de 3 m. 30 de côté est couverte d’une coupole sur pendentifs, l’autre plus large d’une voûte en berceau ; au nord était une autre salle orientée perpendiculairement, autrefois voûtée également en berceau il est fort possible que le tout soit d’une date postérieure au xme siècle, les formes font penser à une construction turque. Mais un autre vestige est certainement plus ancien : c’est le départ d’un escalier monumental, large de 2 m. 30 et bordé de parapets épais de 0 m. 80, composé de marches de 0 m. 20 de haut et 0 m. 40 de profondeur ; il s’élève encore aujourd’hui à une hauteur de plus de 2 mètres et repose sur un massif non pas plein, mais évidé par des chambres transversales, dont la première, seule complète, est couverte d’une voûte asymétrique. Aucun indice ne suggère rien sur la destination de ce vestige qui devait appartenir à quelque monument public important. Plus loin, à l’est, un puits reste ouvert dans le sol. Le dernier monument que nous signalons est une construction rectangulaire située près du port ; un départ de mur dans le petit côté nord fait penser qu’il y avait là une sorte d’abside l’orientation nord-nord-est-sud-sud-ouest, ne convient pas spécialement à une église ; d’autre part la présence de conduits en terre cuite placés verticalement dans les murs aux points où se détache l’abside, de deux couches d’enduit superposés, l’un blanc, l’autre rose, suggère plutôt qu’il s’agit d’un réservoir. Malgré l’état de ruine de tous les monuments, on peut se représenter assez bien l’ensemble de la ville avec sa citadelle puissante et son port intérieur bien protégé. La pauvreté des vestiges est la conséquence de la nature des matériaux qui ont été employés, mais aussi pour les parties les plus solidement bâties, d’une destruction violente, déjà très ancienne, mais qui n’a été suivie d’aucune reconstruction. Clarence n’a pas dû relever ses fortifications démantelées de 1429. Ce site reste le seul, si l’on : ; ; met à part Monemvasie, Nauplie, Mistra, Coron et Modon, plus spécifiquement grecques ou vénitiennes, où l’on voit les vestiges d’une ville médiévale fortifiée avec son port, construite par les Francs et démantelée à la fin même de leur domination. (1) Après la destruction de la ville, les bateaux se servent comme port de la plage au sud-ouest de la citadelle : c’est du moins ce que laissent entendre les indications du Portulan Parma , § 135, dans K. Kretschmer, Italienische Portolane, p. 316 ; Buchon, Grèce et Morée , pp. 514, 515, distingue le « port ancien » qui est à l’ouest du « port actuel qui se trouve à l’est des ruines, où il a vu de nombreux pans de murs « antiques » : nous n’avons vu aucun pan de mur pouvant passer pour antique. » (2) Cf. supra , pp. 559-561. 40
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 608 Clermont, (pl. 33-50). — Le château de Clermont tient, dans fart militaire de l’époque franque en Morée, une place exceptionnelle : c’est un monument beaucoup plus soigné que toutes les constructions contemporaines de même nature ; il est parti¬ culièrement bien conservé ; c’est le seul enfin pour lequel on ait une indication précise de date. Le point plus élevé du petit plateau bombé en forme de carapace de tortue, coupé de quelques vallées aux bords abrupts, qui s’avance à l’ouest du Péloponèse, porte une éminence bien isolée de forme asymétrique (1) vers le nord et vers l’est la pente est plus forte et forme un glacis assez régulier (pl. 39 a, 40 a) vers l’ouest, elle est plus douce, semée de rochers dont les couches affleurent de ce côté, un peu en contrebas, se trouve le village actuel qu’on appelle Chlémoutsi ou officiellement Kastron de Yartholomaion (pl. 39 b) sur le versant sud, au contraire très raide, les rochers pointent et rendent le passage difficile (pl. 40 b). Posé sur cette éminence, Clermont est admirablement situé pour surveiller la plaine, les montagnes, les côtes, la mer et les îles, il a attiré depuis longtemps l’attention des voyageurs et des archéo¬ logues (2). De l’étude des textes et des documents, nous avons tiré la conviction (3) que Clermont a toujours été un château parfaitement distinct de Clarence située trop loin et hors de ses vues et qu’il n’y a pas de motif pour rejeter le témoignage de la Chronique de Morée qui en place la construction entre 1220 et 1223 ; il existe en tout cas en 1224. Il convient ici de le décrire et d’étudier s’il a eu dès le début l’aspect qu’il a aujourd’hui ou s’il a été transformé par la suite, d’examiner en un mot dans quelle mesure l’archéologie confirme les indications des textes. Le château se compose essentiellement de deux parties le sommet de l’éminence est occupé par une forteresse dessinant un hexagone irrégulier mesurant d’est en ouest 90 mètres, du nord au sud 60 mètres environ ; l’hexagone est constitué par une série continue de corps de bâtiments disposés autour d’une cour centrale de 31 mètres sur 61,50. C’est un exemple caractéristique de forteresse à plan polygonal. A l’ouest, du côté de la pente la plus douce au pied de laquelle s’est établi le village, une seconde enceinte se développe largement, bordée elle-même de bâtiments adossés à la muraille (pl. 33). La première partie, qui, pour l’ensemble joue le rôle de réduit, est la plus intéres¬ sante. Cette enfilade de grandes salles voûtées n’est cependant pas uniforme il est nécessaire d’en décrire les divers éléments que nous désignerons par des lettres de A à G la planche 33 donne le plan général du château au niveau du couronnement des : ; ; ; : : ; (1) V. les photographies de l’ensemble du site dans J. 1964, p. 12, fig. 2. Servais, BCH, LXXXV, 1961, p. 127, fig. 2, et LXXXVIII, Buchon, Grèce et Morée , pp. 511-512, — Leake, Travels , II, pp. 171-173, — Peloponnesiaca, — H. F. Tozer, The Franks in Peloponnese, JHS, IV, 1883, pp. 211-213 ; — les descriptions et études les plus importantes sont celles de Traquair, Med. Fortresses, II, pp. 274-279, qui a donné un plan à petite échelle mais assez fidèle, et conclut que le château a été construit dans le deuxième quart du xve siècle — XIII, 1916, pp. 477-480, — Le château-fort de Chloumouisi et son atelier monétaire et de G. Sotèriou, N. *., de tournois de Clarencia, JIAN, XIX, 1918-1919, pp. 273-279, cf. CR AI, 1919, p. 28. G. Sotèriou a notamment cherché les vestiges de l’atelier monétaire de Clarence qui selon lui devait être au Castel Tornese ; il a donné des croquis des aménagements que ses fouilles ont révélés dans le château cf. supra, p. 326, et infra, p. 612 ; il a publié une nouvelle étude d’ensemble du château, , Mélanges . et . Merlier, II, Athènes 1956 pp. 425-437, qui reste très superficielle. V. enfin Andrews, Castles, pp. 146-158, pl. XXXIII. (2) V. PP· 210-212, ! « (3) Cf. supra, pp. 322-324. »
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 609 murs, des terrasses ou des toits des bâtiments ; les planches 34 et 35, le plan du réduit au sol et au niveau du premier étage, enfin la planche 36, les coupes transversales des différentes salles du réduit. L’entrée est située au nord, près d’un des points où l’enceinte extérieure vient s’appuyer sur le réduit ; elle s’ouvre dans un puissant massif de maçonnerie qui fait sur le mur une saillie de 5 à 6 mètres et mesure 15 mètres de front (pi. 40 c-41 a). Le passage qui donne accès à l’intérieur était fermé par deux ou peut-être trois portes successives (pl. 36) il franchit une première porte percée dans un mur de 1 m. 60 d’épaisseur, traverse une sorte de salle à peu près rectangulaire de 5 m. 80-85 de large sur 3 m. 10 de profondeur au centre (1), couverte d’une voûte en berceau très haute, franchit une seconde porte percée dans un mur plus épais que le premier (2 m. 10), traverse toute l’épaisseur du corps de bâtiment septentrional pour atteindre la cour ; cette dernière partie est une sorte de long couloir, autrefois couvert d’une voûte assez basse pour ne pas interrompre le sol de la grande salle qui occupe l’étage supé¬ rieur ; les murs de refend qui le limitaient et la voûte se sont écroulés ; du côté de la cour, il n’est pas possible de voir actuellement comment se terminait le passage. Les deux premières portes avaient entre les encadrements de pierre, en grande partie disparus, une ouverture un peu supérieure à 2 mètres, la seconde étant légèrement plus étroite ; elles étaient fermées de deux vantaux tournant sur des pivots logés dans les crapaudines creusées dans la pierre, et assujettis en arrière par une barre de bois ; elles étaient couvertes par un arc très surbaissé. Du dispositif de fermeture du côté de la cour ne reste que le logement d’une des extrémités de la barre ; il y avait donc là ; une barrière, semble-t-il, fermée de l’intérieur, isolant le bâtiment de la cour, et non destinée à arrêter un assaillant venant du dehors et qui aurait déjà franchi les deux premières portes. Il n’y a pas d’indice qu’il y ait eu de herse se levant verticalement. Les bâtiments qui bordent la cour à l’ouest forment une longue galerie courbe, A-B-C, qui donne aujourd’hui une impression remarquable d’ampleur grâce à sa largeur moyenne de 7 mètres, à sa hauteur de 9 à 10 mètres malgré l’accumulation des décombres sur le sol, sa longueur de près de 70 mètres (pl. 36, 43 a-b, 44 a). L’impression devait être différente au moyen âge ; il faut rétablir une séparation horizontale entre des salles inférieures et un étage, et probablement dans ce dernier plusieurs cloisons. Les salles inférieures dont le sol devait être au-dessous du niveau actuel de la cour, sont séparées en deux parties très inégales par le passage de l’entrée : au nord-ouest, on voit très nettement qu’il y avait deux galeries parallèles couvertes par deux voûtes en berceaux l’une d’elles au moins devait s’ouvrir sur le passage et servir de corps de garde. Vers le sud-ouest, d’après les arrachements visibles dans les murs, on peut supposer que la disposition et la couverture étaient les mêmes ; des arrachements sur les murs laissent supposer qu’il y avait des cloisons transversales (ou des arcs doubleaux ?) qui ne correspondent pas aux piédroits des arcs doubleaux de la salle supérieure. La galerie qui longeait le mur extérieur n’a pas d’ouverture, celle qui est du côté de la cour en a quatre : la première est sans doute une porte ; les trois autres, probablement des fenêtres, s’ouvrent sous les arcades du perron. ; (1) Cet espace a une forme trapézoïdale, le côté sud-ouest, à droite en entrant, mesure 2 m. 83, le côté opposé 3 m. 20 ; la façade du bastion de l’entrée n’est donc pas parallèle au mur du réduit ; celui-ci s’infléchit légèrement ici, ce qui a pour conséquence que la salle A se rétrécit vers le nord.
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 610 Au-dessus de ce rez-de-chaussée courait un étage noble, dont la largeur varie de 7 m. 30 à 7 m. 53, couvert dans toute sa longueur d’une voûte légèrement ovoïde, qui devait atteindre entre 6 m. 60 et 6 m. 70 au-dessus du sol ; la voûte, bien appareillée, était soutenue par des arcs doubleaux de section rectangulaire, disposés à peu près régulièrement (7 m. 35 à 7 m. 80 d’axe en axe) et reposant sur des pilastres de même forme et de mêmes dimensions couronnés d’une imposte au profil en biseau très simple (1). Les claveaux des arcs doubleaux sont simplement appliqués contre la voûte, et la plupart ont pu tomber sans entraîner la ruine de l’ensemble ; les blocs des pilastres sont au contraire engagés dans le mur. Au nord, cette longue galerie se rétrécit (6 m. 10) ; elle est fermée par un mur où sont ménagées trois niches voûtées en cul-de-four ; celle du centre, de beaucoup la plus grande, large de 2 m. 75 et haute de plus de 5 mètres, comporte à 2 m. 30 de hauteur une ouverture de 1 m. 12 sur 0 m. 65 qui s’enfonce profondément dans le mur mais ne le traversait pas autrefois, semble-t-il les deux autres beaucoup plus petites, larges de 0 m. 75, ne descendent pas juqu’au sol et ne mesurent que 1 m. 40 de haut. Un placard est ménagé dans le mur nord-ouest, au-dessus de la porte de l’étage inférieur. De l’autre côté de la salle, le mur donnant sur la cour est percé de plusieurs ouvertures (pl. 37 a, 42 a-b) les quatre premières à partir du nord-est sont placées un peu plus haut que les autres, ce sont des fenêtres dans l’embrasure desquelles étaient ménagées deux banquettes latérales ; vers l’extérieur la baie était surmontée d’une arcade en tiers-point faisant ressaut sur le tympan qui correspond à la couverture en arc surbaissé de l’embrasure ; nous y restituons, on le verra, une fenêtre géminée, dont les deux formes étaient cintrées. Les quatre fenêtres ne sont pas disposées à des distances régulières : les deux du centre sont très rapprochées, tandis que la quatrième est nettement détachée. Les trois ouvertures suivantes sont placées à un niveau légèrement inférieur ; la hauteur totale en est un peu supérieure à celle des fenêtres elles ont donc la proportion de portes et s’ouvrent en effet sur un perron extérieur large de 4 m. 80, auquel on accède par un escalier du côté de l’entrée du réduit : c’est le moyen normal d’accès à l’étage ; ce perron n’est pas plein, il repose sur une série d’arcades correspondant aux ouver¬ tures de l’étage inférieur. La travée suivante a un mur plein, parce qu’une grande cheminée y est adossée (pl. 38 e ; elle est visible sur la photo pl. 43 b, au fond à gauche) le foyer n’en mesure pas moins de 3 mètres entre les jambages qui portaient le manteau. Puis de nouveau une ouverture est percée à chaque travée, soit au total quatre, dont la forme exacte ne peut être restituée : elles semblent avoir eu mêmes dimensions que les portes, mais s’ouvrent sur le vide ; à l’intérieur l’embrasure est couverte d’une ; : : : voûte surbaissée. Le mur extérieur, plus épais que celui de la cour 2 m. 10 au lieu de 1 m. 65-70, et consolidé à la base par des talus de maçonnerie de place en place, est flanqué de deux tours demi-rondes assises sur une base carrée et talutée : la première est placée au premier angle que fait le tracé ; un peu plus loin le mur fait un deuxième changement de direction, peu sensible et sans angle vif ; la deuxième tour est à l’extrémité méridio¬ nale du réduit. Entre le massif de l’entrée et la première tour sont trois ouvertures, : (1) Le dessin des pilastres est sensiblement le même dans toutes les salles, v. le dessin d’un pilastre de la salle D pl. 38 g, et les photographies de la salle E, pl. 46 a-b.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET 611 CIVILE deux autres sont encore visibles au-delà ; elles sont placées beaucoup plus haut que les fenêtres ou portes sur la cour, elles sont plus petites mais leur forme exacte ne peut plus être reconnue. Au sud, une large brèche, qui date sans doute de 1825, on peut a fait disparaître un pan de mur et la plus grande partie de la seconde tour voir cependant que celle-ci était creuse ; de même, la première contenait une chambre demi-circulaire, mais l’étroite ouverture actuelle qui permet d’y entrer est une brèche moderne (1). Au sud de la grande salle, on pouvait passer soit dans la salle D qui occupe le corps de bâtiment suivant, soit dans la cage d’un escalier en vis qui s’élevait de l’étage inférieur aux terrasses, cette cage circulaire, de 2 m. 15 de diamètre, est prise dans l’épaisseur du mur beaucoup plus grande ici pour assurer à la salle une forme normale ; les marches se sont effondrées, mais les extrémités des dalles qui les formaient se reconnaissent aisément dans la maçonnerie ; elles mesuraient à la périphérie 0 m. 33, la contremarche 0 m. 22 à 23 : on peut en compter encore une vingtaine à partir du niveau des déblais entassés à la base. Il est peu probable que cette galerie longue de près de 70 mètres n’ait formé qu’une seule salle. Il faut certainement imaginer que la partie orientale A, avec ses fenêtres ornées d’un décor spécial devait être distincte la présence d’une abside orientée au nord-est, flanquée de deux niches (pl. 43 a), invite à y placer la chapelle du château (2). Le sol de cette salle semble avoir été à un niveau légèrement supérieur à celui du reste de l’étage dans ce corps de bâtiment, sans doute pour donner un peu plus de hauteur au passage de l’entrée. Il reste cependant difficile de préciser la place de la cloison fermant la chapelle à l’ouest : on ne relève aucune trace d’arrachement qu’aurait pu laisser un mur de refend. La seule hypothèse est que la séparation ait été placée à la hauteur du deuxième arc doubleau ; dans ce cas la quatrième fenêtre aurait été hors de la chapelle, ce qui n’est pas impossible, puisqu’elle est nettement écartée des autres. Puis venait une très longue salle de plus de 30 mètres ; on y entrait de la cour par trois portes-fenêtres ouvrant sur un vaste perron ; elle était chauffée par une cheminée monumentale (pl. 43 b). On imagine volontiers que la partie méridionale de la galerie, C, de plan moins régulier, en était distincte ; mais on doit constater qu’ici non plus il n’y a pas de traces de cloison ou de mur de refend, et que cette salle, si elle était distincte, n’avait pas de cheminée. Le corps de bâtiment D, qui ferme la cour au sud est un peu plus large, 7 m. 80 à l’intérieur, et se compose de deux travées séparées par un arc doubleau (v. les coupes sur DI et D2 pl. 36 et le pilastre de l’arc doubleau, pl. 38 g). Dans la première, les deux étages, inférieur et supérieur, avaient mêmes dimensions ; la sépa¬ ration horizontale entre les deux étages semble, d’après les arrachements visibles, avoir reposé sur deux voûtes parallèles comme dans les salles B et C ; la salle DI a : : (1) Un massif de maçonnerie informe est appliqué contre le mur à la place correspondant à l’extérieur la tour ; on ne peut se rendre compte s’il servait d’escalier pour monter du sous-sol à l’étage ; on ne peut non plus résoudre aujourd’hui la question de savoir si la chambre intérieure de la tour était accessible de la salle, ou si l’on ne pouvait y pénétrer qu’en descendant du chemin de ronde, ce qui est d’ailleurs impossible aujourd’hui : la terrasse n’a pas d’ouverture, mais ce n’est pas l’état primitif du couronnement des murs, v. à infra. (2) Consacrée d’après la p. 274. tradition locale à sainte Sophie, cf. G. Sotèriou, JIAN , XIX, 1918-1919,
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 612 deux ouvertures à l’étage : une porte donnant sur la salle C et une autre ouvrant vers la cour (où Ton devait descendre par une échelle) ; les embrasures sont couvertes d’un arc surbaissé ; contre le mur extérieur sont ménagées côte à côte deux grandes chemi¬ nées. La seconde travée, D2, a une forme irrégulière, car le mur, qui la sépare du bâtiment E est oblique ; l’étage inférieur forme un rectangle plus petit, de 5 mètres sur 6,30, séparé du compartiment voisin par un mur de 1 m. 60 d’épaisseur, et couvert d’une voûte c’était probablement une citerne. Au-dessus l’élément le plus curieux est une construction qui occupe l’angle sud de la salle c’est une sorte de four circu¬ laire dont la description a été donnée par G. Sotèriou qui a procédé à des fouilles en ce point (1) sous un four d’époque turque, il en a découvert un second plus ancien de 3 mètres de diamètre, encore couvert en partie d’une voûte solide, bien appareillé ; à : : : l’ouest se trouve un bassin à sol incliné où il a noté des traces de vitrification dans le mur vers l’extérieur était ménagé un conduit, aujourd’hui muré, destiné, semble-t-il, à faire circuler l’air chaud autour du foyer ; une ouverture est percée dans la voûte au-dessus du four. Tout à fait dans l’angle un conduit maçonné semble bien être un tuyau de descente pour les eaux : ce n’est en tout cas pas une cheminée (pl. 44 c). On a trouvé au cours des fouilles quelques monnaies et des scories en très petite quantité. G. Sotèriou a reconnu dans ces installations l’atelier monétaire des princes d’Achaïe, qu’il cherchait à Clermont. On peut regretter que les résultats de l’analyse des scories ne soient pas connus : peut-être aurait-elle apporté un argument décisif. Mais en l’absence d’une preuve irréfutable de ce genre, nous avons dit combien fragile nous paraissait l’hypothèse qui plaçait à Clermont l’atelier monétaire « de Clarentia » le nom de Castel Tornese apparaît trop longtemps après la fin des émissions de mon¬ naies dans la principauté pour constituer un argument solide, alors que les documents contemporains situent tous l’atelier monétaire à Clarence. Aujourd’hui les aménage¬ ments dégagés par G. Sotèriou ont subi quelques dommages ; ce que nous avons pu en voir ne nous a pas paru très différent d’un four de boulanger l’ensemble est très comparable au contraire aux fours que l’on a retrouvés dans les forteresses des croisés en Syrie ou en Palestine (2). A l’interprétation qui voit dans ces vestiges ceux d’un four à fondre le métal, nous ferons les objections suivantes il paraît impossible que, à cette époque, on ait pu obtenir dans un four de ce diamètre la chaleur suffisante à cette opération, de plus il manque ici un des éléments essentiels, c’est une tuyère permettant d’insuffler par le bas l’air nécessaire pour activer la combustion. Seul un four étroit, muni d’une tuyère, pourrait être celui d’un atelier où l’on préparerait le métal. Enfin il est très peu probable qu’on ait préparé le métal en Morée où l’on ne trouve pas les minerais nécessaires : on devait travailler du bronze ou de l’argent importé en lingots, il suffisait de faire fondre ce métal dans des creusets, ou même de le faire chauffer pour le travailler ensuite ; et pour cela une simple forge suffit, il n’est pas besoin d’un four de 3 mètres de diamètre. Aussi sommes-nous incliné à voir dans ; : ; : cette salle avec ses deux cheminées, son four, son cellier et sa citerne particulière, Sotèriou, JIAN, XIX, 1918-1919, pp. 275-279, pl. II, fig. 5. L’un d’eux, situé dans la Salle des 120 mètres » au Crac des Chevaliers et construit après 1170, a été très soigneusement relevé et décrit par Fr. Anus dans P. Deschamps, Le Crac des Chevaliers , pp. 269-274 et pl. civ-b ; un autre existe au château de Kérak, cf. P. Deschamps, La défense du royaume de Jérusalem} p. 88 et pl. xvn-fl. Le regard ouvert dans la voûte est bien placé au-dessus de la place où devait être la bouche du four, ce qui est de règle pour l’oura, conduit d’appel d’air au-dessus d’un four de boulanger. (1) G. (2) «
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 613 tout simplement les cuisines du château, fort modestes à côté de celles du château des ducs de Bourgogne à Dijon avec leurs six cheminées, mais d’une importance inusitée pour la Grèce. Ces installations ont également pu servir de forge et d’atelier, pour des armes peut-être mais cela ne nous paraît pas avoir été leur destination essentielle les cuisines étaient en ce point fort bien placées entre les salles de réception B-G et l’appartement du prince, E. ; ; Le mur de refend entre les salles D2 et E est assez mince et semble avoir été monté après coup sous les voûtes déjà achevées il en est nettement distinct (pl. 44 c). cette construction légère ne nous paraît pas convenir à ce qui aurait été nécessaire pour séparer les appartements d’un atelier où l’on aurait travaillé le métal (1). Au sud-est de la cour, le corps de bâtiment E fait face à la grande salle A-B déjà décrite. Il présente la particularité d’avoir trois étages (v. coupe pl. 36) au sous-sol est creusée une citerne longue de 35 mètres sur 4 m. 90 de large, couverte d’une voûte ovoïde plus élancée que celle des salles supérieures ; sur chaque côté sont placés cinq pilastres de 0 m. 65 sur 0 m. 325, séparés par un intervalle de 6 m. 40 ; il ne reste rien des arcs doubleaux qu’on attendrait au-dessus de ces pilastres ; on peut se deman¬ der si ce n’étaient pas seulement des éléments destinés à remplacer une partie de l’échafaudage nécessaire à la construction de la voûte. Un regard est ouvert à chaque extrémité la citerne, qui était revêtue de stuc, était alimentée par des conduits en terre cuite logés dans les murs. Au-dessus se développe une vaste galerie analogue à celle de l’ouest la forme n’en est pas parfaitement régulière, car le mur sud est oblique et non perpendiculaire aux longs côtés ; au nord, la salle est limitée non par un mur de refend, mais par un retour du mur extérieur du château ; le mur de séparation avec la salle F n’est pas exactement dans le prolongement du long mur du côté de la cour, et si la construction ne présente pas de solution de continuité dans la partie supérieure correspondant à la voûte qui dessine en plan une légère courbe (pl. 45 b), on voit nettement, au-dessous, des réfections et l’arrachement d’un mur de refend perpendi¬ culaire, épais de 1 m. 10 dont on ne trouve d’ailleurs pas l’équivalent sur le mur d’en face il est donc possible que cette extrémité triangulaire ait été isolée du reste du corps de bâtiment. Si on laisse de côté les deux extrémités, la salle mesure un peu plus de 36 mètres sur 7 m. 60 de large. Elle comportait deux étages, le rez-de-chaussée n’était pas couvert de deux voûtes parallèles comme dans l’autre bâtiment, mais par un plancher reposant sur des poutres dont les logements restent bien visibles dans les murs (pl. 46 a-b). L’étage inférieur avait, sur la cour seulement, quatre ouvertures disposées assez irrégulièrement et de dimensions inégales allant de 1 m. 55 à 2 m. 10 de large le chambranle de la première à partir de l’ouest, en partie conservé, garde les logements des barreaux de fer d’une grille, la troisième présente une feuillure arrondie avec le logement d’un loquet, semble-t-il c’était donc la porte. Un détail intéressant est la présence dans le mur opposé de quatre évidements qui servaient de placards ce sont des niches de 0 m. 96 de large, 0 m. 70 de hauteur et de profondeur ; elles étaient divisées en deux par une demi-cloison de pierre verticale ; tout autour une feuillure permettait d’adapter des volets de bois à deux battants, fixés de part et d’autre dans des encoches taillées dans la pierre (pl. 38 c). La destination de cet étage un magasin, peut être : : ; ; : ; : ; : (1) Le mur de refend est cependant bien lié au mur extérieur en particulier du côté de la salle E.
614 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES considérée comme certaine. Plus énigmatique est la présence à cet étage de plaques construites en briques, semblables à celles qui forment le contrecœur des cheminées de la salle supérieure, et présentant d’ailleurs des traces de feu il faut supposer qu’on pouvait faire ici du feu, ce qui surprend étant donné qu’au-dessus était un plancher sans trace de conduit de fumée ; la photographie, pl. 46 b, laisse voir en bas à droite un foyer de ce genre analogue à celui de la grande cheminée aménagée au-dessus, et à gauche l’emplacement d’un placard (détruit). Au-dessus, nous retrouvons une très vaste salle, dont la voûte toujours également bien appareillée, mais ici en grande partie effondrée, devait s’élever à environ 6 m. 50 au-dessus du plancher ; nous retrouvons les mêmes pilastres avec leur imposte, et : les arcs doubleaux dont les entraxes varient ici de 5 mètres à 5 m. 30 ou 5 m. 60 (pl. 46 a). La salle a cinq ouvertures sur la cour irrégulièrement disposées (pl. 45 a) ; elles sont de même largeur, mais celle du centre descend un peu plus bas car c’était deux escaliers de maçonnerie larges de une porte-fenêtre donnant sur un perron étaient 1 m. 90 portaient un plancher au niveau du seuil de la porte. A l’intérieur aménagées trois cheminées, la principale, large de 3 mètres, adossée au milieu du mur extérieur entre deux fenêtres (pl. 46 b), deux autres plus petites aux extrémités chacune sur un des deux murs. Enfin les ouvertures vers l’extérieur sont particulièrement intéressantes : elles sont de deux types : des fenêtres à embrasure garnie de banquettes latérales, au nombre de trois (1), dont l’une parfaitement conservée parce que la double baie en a été anciennement murée (pl. 37 d, 45 d, 46 b ; cf. infra p. 621), et des ouvertures précédées d’un couloir en chicane pratiqué dans l’épaisseur du mur la mieux conservée est tout à fait au sud : elle se présente dans la salle comme une petite porte à arcade surbaissée ; dans l’épaisseur du mur, à angle droit, un escalier de cinq marches, large de 0 m. 70 à 75, monte à un palier sur lequel s’ouvre la baie vers l’extérieur ; une petite meurtrière, couverte de dalles placées à plat, est percée dans le mur du couloir ; tout le passage est couvert d’une voûte surbaissée (pl. 37 c). Deux autres ouvertures semblables, mais très ruinées, étaient placées au nord, dans la partie du mur en retour, l’une à l’étage inférieur, l’autre au-dessus. La multiplicité des cheminées et leur dispersion invitent à imaginer qu’il y avait peut-être de part et d’autre d’une grande salle d’apparat largement éclairée sur la cour et sur l’extérieur, deux chambres plus petites, où se trouvaient les ouvertures en chicane vers l’extérieur. Le corps de bâtiment F est de forme régulière à l’exception de la partie qui touche la salle E ; il est moins vaste et moins haut que celle-ci. Large de 6 m. 80, il comprend quatre travées qui mesurent respectivement 5 m. 35, 5 m. 90, 5 m. 50 et 5 m. 50 en partant de la porte au nord. La terrasse est à un niveau inférieur de près de 2 mètres à celle de E ; un escalier permet de passer de l’une à l’autre. Malgré cette différence, le bâti¬ ment est normalement composé de deux étages ; celui du bas était obscur. La salle supérieure qui reposait sur un plancher, est éclairée du côté de la cour par trois fenêtres ; on y accédait par un escalier de maçonnerie placé dans l’angle formé par le bâtiment voisin G, la porte étant ainsi à l’extrémité de la salle. Une cheminée est placée au milieu du mur du côté de la cour ; les jambages, écartés de 2 m. 92 ont, comme ceux de la grande cheminée de la salle ouest, les coins amortis par un chanfrein et, à 1 m. 85 du : , : (1) Deux sont placées de part et d’autre de la grande cheminée centrale I, p. 273, les a prises pour des niches. ; R. Traquair, Med. Fortresses ,
ARCHITECTURE MILITAIRE ET 615 CIVILE plancher, de part et d’autre ont été placées de petites tablettes de pierre (pi. 38 f). Un placard est ménagé dans le mur extérieur, analogue à ceux que nous avons décrits mais un peu plus petit il est large de 1 m. 16, haut de 0 m. 96 et profond de 0 m. 60, il est entouré d’un feuillure de 0 m. 06 sur les côtés verticaux, de 0 m. 05 sur les côtés horizontaux, et devait être divisé en deux par une plaque de pierre verticale placée en son milieu (pi. 38 d). Un dernier corps de bâtiment, G, achève l’hexagone. Il semble n’avoir jamais comporté deux étages sa forme est irrégulière, car le mur extérieur fait un angle et la partie orientale du bâtiment se rétrécit en pointe ; à cette extrémité, le sol a été exhaussé jusqu’au niveau de l’étage de la salle F avec lequel il communique par une porte ; de ce terre-plein, quelques marches mènent par un couloir coudé pratiqué dans l’épaisseur du mur jusqu’à une ouverture vers l’extérieur ; le couloir est courbe pour suivre le mouvement du mur et est couvert non d’une voûte mais de dalles plates. La salle va en s’élargissant ; dans la seconde travée, une brèche vers l’extérieur, très basse, correspond peut-être à une ancienne poterne ou à un saut-de-loup de l’autre côté s’ouvrait une porte vers la cour et était ménagé un placard la photographie pl. 47 a, permet de voir le terre-plein avec la porte vers F et le passage coudé vers l’extérieur, en avant à droite le placard et la porte, à gauche la brèche par où l’on peut descendre hors du château ; de l’arc doubleau entre les deux premières travées ne reste qu’un grand claveau qui est collé à la voûte, isolé, alors que tout le reste est : ; ; ; tombé. Les deux autres travées sont régulières ; du côté de la cour est adossée une grande cheminée dans la troisième ; dans la quatrième, une grande brèche laisse supposer qu’il y avait une large porte (pl. 47 b) sur le petit côté est percée sous la voûte une fenêtre qui donne dans la cage d’escalier voisine. Ce bâtiment, le plus irrégulier, le seul qui ne comportait pas deux étages, situé près de la porte du réduit, a peut-être servi de salle de garde et de dépôt d’armes peut-être même pouvait-on y loger quelques chevaux. Dans l’angle nord-ouest de la cour quelques marches conduisent à un escalier intérieur large de 1 m. 20 une première volée d’une vingtaine de marches aboutit à un palier ; une seconde, plus petite et perpendiculaire à la première, aboutit à la terrasse les deux dernières marches sont plus étroites : sans doute le passage pouvait-il ; ; ; : être fermé à la sortie sur la terrasse. Les bâtiments sont tous couverts de terrasses, mais le niveau n’en est pas le même partout. Le niveau le plus haut est celui des salles D et E ; sur les bâtiments F et G, la terrasse est inférieure de 2 mètres ; la différence peut être franchie grâce à l’escalier déjà signalé. Un autre escalier d’un peu plus de 1 mètre permet de monter au niveau des terrasses sur A, B et C, lequel s’élève légèrement vers le sud ; il reste le même dans le chemin de ronde qui couronne le bâtiment D et ne rattrape le niveau général des bâtiments D et E qu’à l’angle, par quatre marches. Les terrasses sont couvertes de mortier fin pour assurer l’étanchéité et pour recueillir l’eau de pluie destinée aux citernes ; on distingue généralement deux couches superposées, l’une à mortier blanc sur du gravier mêlé de tuiles brisées, l’autre à mortier rose sur un lit de gravier blanc il n’y a qu’une couche en F, il y en a trois dans la partie nord de A. Du côté de la cour s’élevait un petit parapet, presque partout arasé ; il n’en reste des parties importantes que sur les deux corps de bâtiments du nord, les plus bas, où il est assez élevé pour dissimuler la différence de niveau entre les terrasses. Vers l’extérieur, le ;
616 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES parapet s’est conservé par endroits : il présente des merlons chaperonnés de largeur sur le mur sud-est l’un mesure 1 m. 80, deux autres plus loin vers assez inégale le nord 1 m. 55 et 1 m. 10, séparés par un créneau de 0 m. 70 (pl. 38 a, 45 c) ; leur : hauteur totale est d’environ 1 m. 80. Chose curieuse, le chemin de ronde large de 1 m. 50 à 1 m. 60 est limité presque partout par un contreparapet du côté de la terrasse ; au-dessus du bâtiment D seulement, on l’a vu, il est en contrebas de 0 m. 70. Malgré la destruction de la tour sud-ouest, on peut voir que le chemin de ronde contournait la cage de l’escalier en vis qui y débouchait. Les terrasses étaient hérissées de cheminées ; des murettes entouraient les conduits de fumée carrés ou rectangulaires, certaines s’élèvent encore à plus d’un mètre. Les voûtes étaient percées de place en place de regards dans l’un, au nord, reste scellée la grille qui le fermait celui qui est à l’extrémité sud-est de la salle F est à demi couvert par la terrasse plus élevée du bâtiment E celle-ci en effet continuant la ligne de la façade de ce bâtiment ne correspond pas au mur de refend qui sépare les deux salles ; une niche a été ménagée dans le mur au-dessus du regard pour le dégager. Enfin au-dessus du massif de la porte d’entrée, près de l’escalier des terrasses, se dresse un gros pan de mur épais de 1 m. 40, haut encore de 7 mètres, vestiges d’une tour de guet qui devait dominer toute la construction, mais dont il est impossible de restituer la forme ; ; ; exacte. Dans l’ensemble, cette partie du château est donc constituée par une série continue de salles entourant une cour la largeur des salles varie de 6 m. 70 à 7 m. 80 entre le mur extérieur qui mesure généralement 2 m. 10 d’épaisseur (exceptionnellement 2 m. 40 le long du bâtiment D), et celui de la cour qui n’a que 1 m. 60 à 1 m. 70 (1). Le plan ne donne pas l’impression d’une rigueur parfaite toutes les salles n’ont pas une forme régulière le tracé extérieur ne correspond pas exactement à la forme de la cour et les angles, plus nombreux, y sont tantôt vifs tantôt arrondis. Seuls deux d’entre eux sont flanqués de tours demi-rondes ; cela peut surprendre, car c’est précisément du côté où le réduit est protégé par une cour extérieure, mais c’est aussi le côté de la pente la plus faible ; d’autre part, les défenses de la porte ont dû, on le verra, comporter primitivement deux tours carrées. Malgré ces irrégularités ou ces imperfections, les architectes de ce château bâti sur le sommet de cette butte de forme assez régulière, dont les pentes ne sont pas assez abruptes pour constituer une défense naturelle suffisante, ne se sont pas contentés de suivre un tracé dicté par la nature, une ligne de rochers par exemple. Il en découle que cette construction n’a pu être faite que d’un seul jet sur un plan conçu dès le début dans la forme où il a été réalisé le type même du château exclut des remaniements du plan. Mais il est nécessaire d’en examiner de plus près la maçonnerie pour voir si l’on peut déceler des reprises dans la construction et d’en étudier les détails ou les formes qui pourraient donner : : ; : une indication sur la date. Les murs sont faits en général de petits blocs de calcaire grossièrement taillés, assemblés avec un certain soin dans les parements, mais entassés au contraire au hasard à l’intérieur, dans un mortier abondant. Sur les façades extérieures les trous de boulins ont été soigneusement remplis. L’aspect n’est pas rigoureusement identique (1) La largeur totale des bâtiments varie de 10 m. 50 (E) à 11 m. 70 (D). Les dimensions sur la cour sont les suivantes A-B 40 m. 90, C 13 m. 80, D 15 m. 10, E 37 m. 85, F 20 m. 40 plus retour de 3 m. 40, G 18 m. 30. :
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 617 partout. Du nord-ouest au sud, les fragments de tuiles ou de briques sont rares ; sur le côté est, ils sont beaucoup plus abondants, parfois disposés au hasard, ailleurs avec plus de régularité soit tout autour des blocs de pierre, soit en petites piles dans les intervalles des moellons, soit enfin en lits continus de ce côté aussi, des assises de réglage sont visibles séparées par un intervalle d’environ 1 m. 80. C’est dans cette maçonnerie que le dessin des fenêtres de la grande salle E se distingue parce que l’encadrement est fait de blocs de poros soigneusement taillés (pl. 45 d). Le mur repose au sud-est seulement sur des blocs beaucoup plus gros et fortement débordants au-dessus, à 1 m. 60, il fait une retraite 0 m. 10 environ. A l’angle sud-est, on retrouve un talus rajouté, comme au nord. Mais si l’aspect peut ainsi légèrement varier, il est impossible de saisir une ligne nette délimitant une réfection du mur, ce sont proba¬ ; ; blement des différences superficielles correspondant seulement à des ateliers différents, non à des périodes différentes. Les façades sur la cour (pl. 42 a-b, 45 a) sont en général d’aspect homogène (sauf au nord-ouest) on y remarque de nombreux trous de boulins et, à certains niveaux, par exemple à la hauteur du sol de l’étage supérieur, à celle des impostes des arcs doubleaux, une série de blocs plus réguliers formant assise de réglage. A l’intérieur, les murs ont un aspect semblable, mais dès le départ de la voûte la maçonnerie est remplacée par des assises beaucoup mieux appareillées ; les voûtes sont faites de blocs réguliers soigneusement taillés et assemblés ; sur l’extrados a été posée une première couche de blocage d’épaisseur régulière, puis le reste du blocage où l’on discerne généralement à la partie supérieure les lignes horizontales correspondant à des réfections des terrasses (pl. 44 a-b, 45 c). Les pilastres et les arcs doubleaux sont faits de même de pierres bien taillées ; et partout où restent des éléments des encadrements des ouvertures, le travail est également soigné. A l’extérieur le tracé dessine peu d’angles vifs ; presque partout, on passe d’un côté à l’autre par une courbe. Les seuls angles nets se trouvent au massif de l’entrée ils sont faits de blocs nettement plus gros et bien taillés. Le plupart des éléments qui ont une forme régulière sont non pas de calcaire dur mais d’un poros beaucoup plus facile à travailler. Si l’on regarde avec attention la façade de cette entrée du château (pl. 40 c), on distingue deux autres chaînes verticales de grosses pierres interrompues à une certaine hauteur comme pour le départ d’une grande arcade allant de l’une à l’autre le pan de mur qui occupe le centre, et où est percée la porte, est d’une maçonnerie un peu différente du reste, le mortier y est beaucoup plus abondant en surface et les trous de boulin n’ont pas été bouchés. Un peu plus haut, le mur redevient homogène une observation attentive révèle qu’on peut presque partout distinguer en effet des différences entre l’appareil du mur au-dessous de ce niveau et au-dessus par exemple à la tour ronde à l’ouest, la partie supérieure est tout entière faite de moellons de poros réguliers (pl. 41 d). On peut apercevoir un peu au-dessous de la ligne correspondant à ce changement, en plusieurs points du mur, des joints verticaux régulièrement espacés comme si les créneaux d’un ancien parapet avaient été comblés, puis le mur exhaussé (pl. 41 b) ; les anciens créneaux se trouvent au niveau du haut des trous correspondant aujourd’hui aux fenêtres des salles B et C. Cette hypothèse est confir¬ mée par l’examen de la brèche au sud on voit là dans la maçonnerie la ligne verticale dessinée par la face interne de l’ancien parapet et la ligne horizontale de l’ancien ; : ; ; ; :
618 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES chemin de ronde (1). Ces différences et ces traces de reprise dans la construction ne sont pas visibles dans les murs extérieurs de la moitié est du réduit. Sur la cour, le point où une reprise est la plus apparente est l’angle nord-ouest le bâtiment G présente avant l’escalier un angle bien dressé fait de gros blocs comme ceux du massif de l’entrée vu de l’extérieur, et le pan de mur correspondant à la volée de l’escalier est évidemment un remplissage postérieur. Il nous paraît donc possible de distinguer, outre des réfections locales de peu d’importance deux états essentiels dans la construction, au moins dans la partie ouest du château on a bâti dès l’abord le château sur le plan où nous le voyons avec ses grandes salles voûtées qui sont certainement d’une venue et homogènes ; mais à cette époque, la porte d’entrée était peut-être la seconde porte actuelle et : : s’ouvrait entre deux tours carrées ; les murs extérieurs étaient beaucoup moins élevés et le chemin de ronde avec son parapet crénelé courait à un niveau bien inférieur à la clé de la voûte qui formait en arrière un berceau dont l’extrados était simplement maçonné ou couvert de tuiles (fig. 11) nous trouverons une disposition analogue dans l’enceinte exté¬ rieure le long du bâtiment c, et à Karytaina, mais avec un toit à double rampant sans voûte. A cette époque, l’escalier de la cour était peut-être à ciel ouvert et ne devait comporter qu’une volée jusqu’au chemin de : ronde. Plus tard on a voulu renforcer les défenses de l’entrée ; on a jeté entre les deux tours une voûte dont il semble qu’on ait voulu d’abord laisser voir l’arc de tête sur la façade, Fig. 11. — Clermont. Coupe (en trait dessinant une grande arcade comme on en voit coupé) de l’état primitif (supposé) du aux différentes portes de l’Acrocorinthe (2) ; à bâtiment B. une époque postérieure, on a refait tout le cou¬ ronnement et cette réfection a fait disparaître l’arc de tête de la voûte ; cet exhaussement général a permis d’établir les terrasses horizontales sur toute la largeur des bâtiments, mais au sud-ouest, sur D, on laissa cependant le chemin de ronde en contrebas ; et partout, par une disposition curieuse et dont on ne voit pas l’utilité, le chemin de ronde fut limité par un contre-parapet intérieur il pouvait être destiné à empêcher les hommes de garde de circuler librement sur les terrasses dont on recueillait l’eau de pluie pour les citernes, ou à reproduire simplement la disposition de l’époque où il circulait en contrebas des toits couvrant les salles et qui existe encore sur le bâtiment D. L’escalier fut couvert d’une voûte et prolongé par une seconde volée perpendiculaire à la première. Enfin on construisit : (1) A ce niveau une partie de la maçonnerie de la tour ronde est tombée et laisse apparaître le parement d un autre mur où s’ouvrait autrefois une fenêtre cintrée qui a été aveuglée ; la comparaison des photos b et d de la pl. 41, prises respectivement en 1962 et 1938 laisse voir la dégradation rapide des murs. (2) V. Corinth, III, 2, pp. 11, 166, 281, fig. 6, 103, 242.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 619 une tour de guet, mais peut-être seulement plus tard (1). Cette nouvelle campagne de construction n’a pas modifié la forteresse dans ses éléments fondamentaux. L’intervalle de temps entre les deux états ne peut être considérable, car la disposition particulière des chemins de ronde larges seulement de 1 m. 50 à 1,60 en moyenne, les parapets nouveaux à créneaux sont certainement antérieurs à l’époque où l’on se sert d’armes à feu (2). Les murs extérieurs des bâtiments E et G ne semblent pas avoir subi cette trans¬ formation. On peut donc supposer que, en tout cas, le bâtiment E a reçu dès le début la terrasse qu’il garde aujourd’hui et que D présente aussi un état original avec la particularité du chemin de ronde en contrebas ; on remarque que ces deux corps de bâtiment sont également ceux qui ont des citernes alimentées par l’eau recueillie sur les terrasses. Venons-en aux formes et aux détails caractéristiques. Le plan d’abord nous avons déjà eu l’occasion (3) de signaler qu’il pouvait être comparé à des constructions de pays très divers c’est d’une part le Crac des Chevaliers dans le comté de Tripoli, où les bâtiments que l’on peut attribuer à la première campagne franque, c’est-à-dire avant 1170, sont formés par « deux murailles parallèles et concentriques renfermant une suite de salles et englobant une cour centrale» (4), l’une des entrées s’ouvrant entre deux grosses tours carrées comme à Clermont ce sont d’autre part des châteaux du nord de la France, celui de Fère-en-Tardenois, commencé peu après 1205, et surtout celui de Boulogne-sur-Mer, élevé entre 1228 et 1234 (5). De ces exemples, c’est le dernier qui est le plus proche d’une forme tout à fait régulière avec son plan octo¬ gonal flanqué, à chaque angle d’une tour ronde, sauf à l’angle où se trouve l’entrée défendue par deux tours. On retrouve ce plan, avec une rigueur géométrique parfaite à Castel del Monte en Pouille, château octogonal à huit tours polygonales placées aux angles c’est l’empereur Frédéric II qui en ordonna la construction et les prépa¬ ratifs furent commencés en 1240 (6). Ces quelques exemples suffisent à monter que le plan de Clermont est le même que celui d’une série de constructions d’un type connu en Orient antérieurement à 1170 et dont l’exemple le plus parfait est postérieur à 1240, en Pouille. D’où ce plan est-il venu en Morée, où il n’existe pas avant le xme siècle, est-ce de Syrie ou de France ? Il n’existe pas de texte ou de document pour trancher la question ; on doit cependant constater que l’Occident ne semble pas avoir d’exemple aussi ancien que le Crac des Chevaliers le château de Boulogne est considéré comme un des plus anciens du type en France (7). C’est pourquoi E. Bertaux a supposé que Castel del Monte pouvait avoir été inspiré des monuments de l’architecture : : ; : ; (1) C’est probablement à la même époque que fut remanié le mur au-dessus de la porte d’entrée. Le seul pan de mur qui subsiste ne permet pas d’imaginer ce qu’était exactement cette tour. (2) Au cours d’une visite en compagnie de D. Psychogios, en 1960, nous avons trouvé en surface dans le mortier couvrant la terrasse au pied du pan de mur un denier tournois. (3) A propos des châteaux de plan polygonal, RA, 6e Série, XXVIII, 1947, pp. 12-14. (4) P. Deschamps, Le Crac des Chevaliers, p. 277, cf. ibid., Album, plan 4. (5) Cf. P. Héliot, Le château de Boulogne-sur-Mer et les châteaux gothiques de plan polygonal, RA, 6e série, XXVII, 1947, pp. 41-59. (6) Sur Castel del Monte, v. E. Bertaux, L'art dans V Italie méridionale , I, pp. 719 et suiv., 738 et suiv., — P. Héliot, p. 43, en reproduit le plan. (7) Cf. C. Enlart, Manuel d'archéologie française, II, 2, pp. 602-603 ; Enlart cite également le château de Scandelion construit au xme siècle pour les seigneurs français d’Alexandrette ; il est octogonal avec une tour alternativement ronde ou carrée, au milieu de chaque côté.
620 RECHERCHES ARCHEOLOGIQUES militaire orientale ; le fait a été contesté (1), il n'est pas nécessaire de faire appel à une influence de ce genre, puisque ce type existe en Occident déjà à cette date le château de Boulogne est antérieur à Castel del Monte. En l'absence de texte et de détails assez caractéristiques pour indiquer une filiation, nous nous en tenons au fait que ce plan n’est pas propre à un pays, que l'histoire de ce type de château dépasse donc le cadre de notre étude. Il est cependant intéressant, au point de vue de la chronologie, de voir que la date de 1220-1223 est parfaitement acceptable dans l’évo¬ lution qui va du Crac des Chevaliers (lre campagne franque) à Castel del Monte. A l’intérieur, l’élément qui frappe d’abord, ce sont les belles voûtes appareillées elles sont un peu plus hautes que le demi-cercle, mais sans dessiner un arc brisé, elles sont donc ovoïdes. A intervalles réguliers, elles sont soutenues par des arcs doubleaux retombant sur des pilastres ; arcs et pilastres ont une section rectangulaire de 0 m. 55 sur 0 m. 275 au départ de l’arc est placée une imposte en biseau haute de 0 m. 21, large de 0 m. 76 (pl. 38 g). Cette forme rare de la voûte s’explique, à notre avis, comme une réalisation maladroite d’un berceau brisé. Il n’y a nulle part de croisées d’ogives on peut penser que les constructeurs n’ont pas osé jeter des voûtes de ce genre sur des salles aussi vastes parce qu’ils ne disposaient pas d’une main-d’œuvre ayant l’expérience nécessaire, ou bien encore qu’ils sont restés fidèles aux modes de construire romans, ce que semble confirmer l’absence à Clermont de tout détail de style nette¬ ment gothique. Cependant au berceau en plein cintre a été préférée une voûte un peu plus élancée, sans doute sur un modèle en arc brisé interprété et légèrement déformé par des ouvriers indigènes qui ne connaissaient que les voûtes issues du demi-cercle. S’il s’agit bien d’un arc brisé, on peut se demander quelle en est l’origine. Haseloff estime qu’on doit considérer l’arc brisé employé au château de Bari par exemple, comme une importation de l’Orient qui n’a rien de commun avec le style gothique (2) il est certain qu’arc brisé et voûte en tiers-point n’ont pas de lien nécessaire avec mais ces formes sont courantes dans les constructions romanes de le gothique Palestine comme de France au xne siècle ; les églises et les divers bâtiments des abbayes cisterciennes en fournissent de nombreux exemples échelonnés du début du xne siècle jusqu’au début du xme siècle (3). Il arrive aussi parfois que, dans de : : ; ; ; : (1) E. Bertaux, op. cit., pp. 738 et suiv., — et CR AI, 1897, pp. 432 et suiv., mettait en rapport la cons¬ truction de Castel del Monte avec l’arrivée en Italie de Philippe Chinard qui avait été à Chypre, y aurait travaillé au château de Cérines, et devint châtelain de Trani où il fit exécuter des travaux au château après Die Bauten der Hohenstaufen in Unteritalien, I, pp. 28-34, pense que Castel del Monte 1249. Mais A. Haseloff, comme en général les monuments de style gothique en Pouille dans la première moitié du xm® siècle s’expliquent par l’influence qu’ont pu y exercer alors les Cisterciens, sur l’activité constructrice desquels on a de nombreux témoignages. En réalité, il faut distinguer le plan du château qui n’a rien de cistercien, et les détails, le style de la construction qui ont pu en effet, comme tous les éléments gothiques, être apportés par les Cisterciens, cf. M. Aubert, U architecture cistercienne en France, II, Paris, 1943, p. 215 et les références données . 1. (2) A. Haseloff, op. cit., p. 421 : cf. Plan et photographie des salles, pp. 416-417, fig. 86-88. (3) Sans rechercher à établir une liste étendue de monuments couverts en berceau brisé, nous citerons les églises de Fontenay en Bourgogne (1139-1147), de Cadouin en Dordogne (entre 1117 et 1154), de l’Escale Dieu (Hautes-Pyrénées) achevée en 1160, celle d’Obazine en Corrèze, de Silvacane et du Thoronet en Provence, toutes deux achevées seulement en 1230, ainsi que les dortoirs de Sénanque et du Thoronet, le réfectoire d’Aiguebelle (1160-1190), exemples qui suffisent à montrer la diffusion et la permanence de ce type de voûtement ; cf. M. Aubert, L'architecture cistercienne en France I, pp. 157-158, 165, 170, 198-200, 240, 241, fig. 101, 102, 107, 109, 110, — II, 87, 101, fig. 404, 405, 418. Le berceau brisé est employé un peu partout en France au xne et au xme siècle, dans les monuments cisterciens ou non. Il a d’autre part été abondamment employé en Terre-Sainte dans les églises comme dans les forteresses.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET 621 CIVILE modestes églises de campagne, le berceau brisé prenne en un point la forme ovoïde au lieu de dessiner nettement un angle vif, c’est le cas de l’extrémité orientale d’une des deux nefs de la petite église de Saint-Vincent aux Baux-de-Provence. Toutes les ouvertures devaient avoir un encadrement fait de blocs de poros taillés et assemblés soigneusement, qui a presque partout disparu. Les embrasures sont couvertes d’une voûte surbaissée appareillée généralement avec soin. Malgré leur état de délabrement, les portes semblent avoir toutes été terminées par une arcade surbaissée, qu’il s’agisse de l’entrée du château, des portes extérieures des salles ou de celles de communication. Il ne reste pas d’autres traces du système de fermeture que celles que nous avons signalées dans notre description. Quant aux fenêtres, le dessin exact de l’une d’elles s’est conservé dans le mur extérieur de la salle E, parce que les baies en ont été obstruées (pl. 37 d, 45 d ; v. sur pl. 46 b, à droite, l’embrasure de l’intérieur) l’embrasure est haute de 2 m. 10, large de 1 m. 43 de chaque côté une banquette est ménagée, haute et profonde de 0 m. 40 vers l’extérieur, l’allège, épaisse de 0 m. 46, s’élève à 0 m. 20 au-dessus des banquettes et dans un encadrement de pierre de taille s’ouvrent deux baies en plein cintre, larges de 0 m. 50, hautes de elles sont séparées par un petit pilier carré dont le seul ornement est un 1 m. 45 chanfrein amortissant les angles, qui commence un peu au-dessus de l’appui de la baie et s’arrête avant le départ de l’arc le chambranle en partie conservé d’une autre fenêtre laisse voir le logement d’un barreau de fer et sous l’arcade, en haut, une rainure, sans doute destinée à fixer un volet de bois mobile (pl. 37 a). Il ne semble pas qu’il y ait eu une autre petite ouverture en forme d’oculus dans le tympan, comme cela arrive parfois. Nous admettons que toutes les fenêtres vers l’extérieur étaient de ce type, de même que celles du bâtiment A qui donnaient sur la cour ; mais ces dernières, on l’a vu, étaient en outre surmontées d’une arcade en ressaut dont le tracé est voisin de l’arc brisé mais où l’angle au sommet aurait été amorti, comme celui des voûtes des salles ; le tympan dessiné par cette arcade est plein. Ces dispositions et ces formes permettent de leur reconnaître un style dans la mesure où leur grande simplicité s’apparente au style roman. Restent ces ouvertures auxquelles on accède par un passage en chicane, disposées une à l’extrémité sud et deux à deux étages différents au nord de la salle E, la dernière au bout du bâtiment G, tout près de F nous en avons décrit les dispositions le passage le plus curieux est le dernier qui est pratiqué dans une courbe du mur; l’escalier, courbe lui-même est couvert de dalles plates s’élevant par degré, sans doute la voûte eût-elle été plus difficile à construire sur un couloir courbe. On peut se demander pourquoi ce dispositif il ne se trouve que du côté où le château n’est pas entouré d’une basse-cour; sont-ce des ouvertures destinées à servir lorsqu’il serait imprudent de laisser ouvertes les fenêtres ordinaires des salles ? Il est plus vraisemblable que ces passages, placés aux extrémités des grandes salles qui : ; ; ; ; ; ; : servaient à l’habitation, aboutissaient à des installations servant de latrines. Il n’y a en effet rien d’autre dans le château qui puisse jouer ce rôle ; et une de ces ouver¬ tures vers l’extérieur, dont la partie inférieure est conservée parce qu’elle a été ultérieurement obstruée en partie, semble bien avoir été non une fenêtre au-dessus d’une allège, mais une porte donnant sur le vide. Nous avons signalé l’importance et le nombre des cheminées, une dans le bâtiment B, deux l’une à côté de l’autre en D, trois en E, une en F et en G, soit huit au total (pl. 38 e-f, 46 a-b). Toutes ont un foyer variant de 2 m. 90 à 3 mètres de large les ;
622 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES jambages sont de section rectangulaire d’assez faible saillie portant une pierre en encor¬ bellement destinée à recevoir le manteau seules les cheminées d’E et de F ont des jambages dont les coins sont abattus par un petit chanfrein et portent des consoles à profil courbe concave dans le bâtiment F, on l’a vu, une pierre plate saillante forme, de part de d’autre de la cheminée une tablette au niveau du manteau. Le contrecœur est à peu près à l’alignement du mur et fait le plus souvent de briques qui ont été usées par le feu. Il ne reste rien des manteaux ni des hottes qui se sont écroulés ; seule la partie supérieure du corps subsiste, traversant la voûte et débouchant sur les terrasses par des trous carrés entourés d’un muret ; il ne reste pas d’indice d’une mitre décorée ou ouvragée. Pour le four enfin nous devons nous en tenir à la description donnée par G. Sotèriou il n’avait pas de cheminée, mais un regard est ouvert au-dessus dans la voûte, il devait assurer, on l’a dit, l’évacuation de la fumée et l’aération de la salle. L’abondance et les dimensions des cheminées sont tout à fait remarquables c’est une preuve évidente, s’il en était besoin, que le château a été construit par les Francs. Le dernier détail relevé, ce sont les placards dans l’épaisseur des murs en diverses salles ; les mieux conservés se trouvent en E et en F ; ils devaient être fermés de volets de bois qui se posaient dans la feuillure creusée tout autour du placard et étaient fixés à l’aide d’un dispositif correspondant à des encoches dans cette feuillure (pl. 38 c-d). L’ensemble de ces bâtiments constitue un tout qui peut fort bien se suffire à lui même : c’est un château polygonal sans donjon, construit avec soin et très solidement, homogène, sauf pour les parties supérieures dont le remaniement n’a modifié en rien la structure. Autant qu’on peut en juger d’après nos observations, les deux grands corps de bâtiment qui se font face, celui de l’est, avec ses salles planchéiées, ses chemi¬ nées qui ont été le plus utilisées, les dispositifs servant de latrines, le sous-sol avec ses placards et la grande citerne, est certainement la partie du château où habite le châtelain ou le prince ; on peut imaginer une grande salle au milieu entre deux chambres plus petites un autre appartement moins vaste est formé par le bâtiment F. A l’ouest se situe la grande salle de réception qui communique d’une part avec la chapelle, de l’autre avec une autre salle ; entre ces deux grands corps de bâtiment, pouvant tous les deux communiquer directement avec elles, sont placées au sud les cui¬ sines. Enfin au nord-est, à peu de distance de l’entrée et de l’escalier d’accès au chemin de ronde, est le logement des soldats. La construction est très simple aussi bien par le choix des formes que par l’absence de toute décoration sculptée. Par rapport aux autres châteaux, il paraît particulièrement soigné, mais faute de temps, de ressources ou de main-d’œuvre qualifiée, rien de superflu n’a été exécuté. Cette sobriété rend très difficile de reconnaître un style, encore plus d’établir une parenté étroite entre ce monument et d’autres exemples d’architecture militaire. Mais son plan, ses voûtes, ses fenêtres géminées en plein cintre nous paraissent parfaitement correspondre à ce que des constructeurs locaux au courant des formes qui avaient été très répandues en France au xiie siècle, et qui se maintenaient encore surtout dans le sud au début du xme siècle, au courant également d’un type de forteresse particulièrement soigné connu en Orient comme en Occident, pouvaient faire à la fin du premier quart du xme siècle. L’archéologie confirme les données historiques de la Chronique de Morée (1). ; ; ; : ; (1) Ces remarques nous autorisent à rejeter l’opinion de R. Traquair, Med. Fortresses, II, p. 277 : The monumental character of the hexagonal court, the double external staircases to the principal rooms on the piano
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 623 Sauf à l’est où la pente est la plus forte, le château est enveloppé d’une enceinte extérieure de tracé polygonal. La courtine se détache de l’angle entre les bâtiments D et E, se dirige vers le sud puis vers le sud-ouest en suivant la ligne qui sépare la pente nord-ouest correspondant au plat des couches de rocher, et le versant sud plus abrupt où ces couches ont été rompues à une centaine de mètres, elle fait un angle aigu ; pour revenir vers le nord enfermant une basse-cour d’environ 60 à 70 mètres de large ; elle rejoint enfin le réduit à l’angle nord-est du bastion de l’entrée. Elle se compose donc d’un long côté, à l’ouest, où est percée la porte principale et de deux petits côtés faisant face au sud et au nord, percés chacun d’une poterne placée tout près du château. Elle est assez bien conservée sauf une brèche dans le petit côté sud. Le mur est épais en moyenne de 2 mètres, et mesure en général au moins 6 mètres de hauteur ce sont des dimensions supérieures à celles de la plupart des forteresses de cette époque. L’appareil, sauf quelques réfections ou additions que nous signalerons, est homogène et très semblable à celui du château lui-même, une maçonnerie de petits blocs de calcaire local, avec quelques fragments de tuiles. Le tracé n’offre que des angles largement ouverts et volontiers arrondis, sauf à l’angle sud, au redan, au sud-est et à un autre angle au nord dans ces trois cas, la partie supérieure du mur dessine une courbe, mais la base est en angle vif. La courtine, outre le redan, n’est flanquée que d’une tour demi-ronde d’un caractère très différent le mur, de 1 m. 68 d’épaisseur, est simplement appliqué contre l’enceinte, et l’intérieur en est rempli de terre ; à mi-hauteur court un cordon chanfreiné au-dessous duquel le mur est légè¬ rement taluté (pl. 50 a) ce doit être une addition postérieure. On a de même ajouté un massif carré contre le redan du côté sud-est, désigné par la lettre i sur le plan général, pl. 33, pour y aménager une petite terrasse pouvant porter une pièce d’artil¬ lerie, ce qui a aveuglé une baie percée dans le mur primitif. C’est la même raison qui a fait élever dans l’angle sud, mais à l’intérieur, un énorme massif de maçonnerie, h, dont la surface, comme à la tour, est abondamment couverte d’un mortier blanc et où l’on voit des chaînages de bois. Le mur est couronné par un chemin de ronde protégé vers l’extérieur par un para¬ pet crénelé épais en moyenne de 0 m. 70 : les parties conservés ont des merlons chape¬ ronnés de 0 m. 95 à 1 m. 15 de large, dont un sur deux est percé d’une petite meurtrière plongeante, d’ouverture intérieure presque carrée l’appui des créneaux est aussi plongeant (pl. 38 b). Presque partout, le chemin de ronde est bordé par une mince murette vers l’intérieur (comme sur les terrasses du château), ce qui s’explique parce que, sur presque toute la longueur, des bâtiments sont adossés à cette enceinte. La poterne à l’est, sur le plan général, est un simple passage de 1 m. 60 de large, dont les piédroits hauts de 2 m. 55 portent une arcade surbaissée (pl. 50 b). A peu de distance de la poterne à l’intérieur, à l’aplomb du premier angle du tracé de l’enceinte, commence un bâtiment adossé à la courtine ; entre ce bâtiment et le premier pan de l’enceinte, un espace triangulaire est occupé par une petite citerne couverte, d’où l’on monte par quelques marches au chemin de ronde ; celui-ci : : : : ; 1 nobile, the wooden floors to these rooms , the numerous and well constructs fireplaces, and above all the method of forming a courtyard by great surrounding halls, in place of building on houses or rooms against the external enceinte wall, all these points indicate a date not earlier than the fifteenth century. Le perron devant le bâtiment E avec un double escalier n’est en effet pas fréquent au xme siècle, parce qu’on a alors plus souci d’économie que de l’aspect symétrique ou grandiose d’une façade : cf. G. Enlart, Manuel d' archéologie française, I, p. 103 ; mais il s’agit ici d’un perron de construction très simple, ayant au plus une dizaine de marches. 41
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 624 ne va pas jusqu'au réduit, de ce côté en effet le mur d'enceinte s'amincit vers le haut (1) ; à l'angle correspondant à la pointe de la citerne, le chemin de ronde est coupé par un petit mur le couronnement du pan de la courtine où s’ouvre la poterne est donc isolé. Les bâtiments qui sont placés le long de l’enceinte sont en général mal conservés : la plus grande partie des murs est à peu près arasée. On voit seulement en plan de longues salles de 6 à 8 mètres de large, contre lesquelles s'appuyaient parfois, en équerre d'autres constructions ; plusieurs contiennent des citernes souterraines. On remarque aussi dans le mur de l'enceinte des fenêtres et des cheminées les fenêtres ne sont pas uniformes ; la plupart ont une ouverture de 0 m. 85, couverte d'un arc en plein cintre fait de pierres parfois grossièrement taillées, parfois au contraire bien dressées ; quelques-unes ont un linteau droit, d’autres enfin sont de simples meurtrières. Les cheminées rappellent celles du château, mais sont moins soigneusement construites on en compte neuf dans l'enceinte extérieure. Le long du mur sud-est un grand bâtiment conserve au-dessus d'un niveau marqué par les trous où s’engageaient les solives soutenant le plancher, les vestiges de fenêtres, de placards, d’une cheminée (pl. 50 d) d'autres étaient accolés au nord de celui-ci, dont l’un avec une citerne. Au-delà du redan i, transformé pour une pièce d'artillerie, se place une brèche faite sans doute par Ibrahim pacha quand il voulut démanteler la forteresse. Près de la terrasse construite après coup dans l’angle sud-ouest, la courtine est au contraire restée complète et garde une partie du parapet crénelé, transformé plus tard en parapet continu (pl. 50 c). Les bâtiments le long du mur ouest comportaient en général un étage, car on voit des départs d’escaliers, le logement des poutres portant un plancher et les fenêtres et cheminées sont placées au-dessus du sol intérieur actuel. Les bâtiments les mieux conservés se trouvent de part et d’autre de la porte principale au sud de celle-ci, un bâtiment, e 1 du plan, de près de 28 mètres de long, avait un étage reposant sur des poutres, où était aménagée une cheminée entre deux fenêtres cintrées, suivant une disposition analogue à celle de la grande salle E du château une construc¬ tion plus petite, carrée, e 2, s'applique à l’est de la salle elle a elle-même une cheminée et repose sur une citerne souterraine voûtée. De l'autre côté de la porte se succèdent d’autres bâtiments. Le premier est l'élément le mieux conservé de cette enceinte il se compose d'une vaste salle flanquée de compartiments plus petits celui du sud ouest est le plus détruit il n'en reste que le mur du fond — qui est la courtine et où est percée une ouverture dont on ne voit plus la forme — et le mur sud-ouest qui est celui du massif de la porte de l'enceinte, et sur lequel se voit la ligne du toit à double ram¬ pant (pl. 48 d) dans le pignon s’ouvrait une meurtrière aujourd’hui obstruée, nous y reviendrons. Le compartiment nord, à peu près carré, est occupé dans la partie inférieure par une citerne ; il n'a pas de fenêtre en façade, mais une meurtrière dont l'embrasure semble avoir eu la forme d’un arc brisé, et une fenêtre à linteau droit vers l'extérieur. La partie centrale, longue d’un peu plus de 20 mètres sur 7 de large, se composait d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage sur charpente (pl. 48 a, 49 a) ; une grande cheminée, dont le foyer a 3 mètres entre les montants, était placée suivant : ; : ; : ; : : : : ; (1) La disposition est ingénieuse ; ainsi des projectiles lancés du haut des murs du réduit ne risquaient pas de frapper des hommes postés sur le mur de l’enceinte inférieure, comme ils l’auraient fait si ces hommes avaient pu venir tout près du réduit ; au contraire sur le haut du mur taluté en biseau, ces projectiles ricochaient contre l’assaillant.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 625 une disposition déjà rencontrée entre deux fenêtres symétriques s’ouvrant vers l’exté¬ rieur dont l’embrasure cintrée avait un encadrement bien appareillé (pl. 49 b). Sur la façade deux brèches informes correspondent sans doute aux portes ou aux fenêtres ; mais il reste trois ouvertures en parfait état ce sont des trous de 0 m. 40 sur 0 m. 20, placés au niveau du haut des fenêtres, et dont l’embrasure s’élargit vers l’intérieur jusqu’à 0 m. 70 sur 1 m. 35, le tout en blocs de poros parfaitement taillés (pl. 38 h). Le mur de façade s’élevait sans doute au-dessus de la ligne du toit. Une autre vaste construction aux coins arrondis était appliquée contre ce bâtiment, mais elle est trop détruite pour qu’on puisse se rendre compte de ses dispositions et de sa destina¬ tion. Plus loin vers l’est sont d’autres bâtiments, b 1, 2, 3, analogues à celui que nous venons de décrire mais moins bien conservés dans les deux premières salles, on retrouve une cheminée entre deux ouvertures, puis une autre cheminée près d’une ouverture qui devait être du type à couloir en chicane de la salle E du château ; ce bâtiment avait aussi un toit à double rampant. Le dernier angle à l’est, avant le réduit, présente une forme spéciale la courtine se prolonge au-delà de l’angle même en une saillie qui constitue un léger redan arrondi, mais reposant sur une base à angle vif. (pl. 49 c). Juste avant le redan, au niveau du sol, à l’extérieur, il faut signaler une sorte de niche au fond de laquelle aboutit un conduit intérieur maçonné c’est un conduit d’évacuation ou de trop-plein, mais on ne voit pas actuellement d’où il vient et pourquoi il a été construit avec tant de soin. Le dernier pan de l’enceinte monte le long de la pente assez raide jusqu’au : ; : : réduit. Le chemin de ronde est, dans toute cette partie nord de l’enceinte, partiellement mieux conservé qu’à l’ouest. Tout le long des bâtiments de c à a, on voit nettement le passage entre le parapet crénélé conservé en particulier au-dessus de la cheminée de c (pl. 49 a-b) et le contre-parapet qui s’élevait en bordure des toits des constructions voisines la ligne des toits devait être légèrement au-dessus du niveau du chemin de ronde, comme nous avons proposé de les restituer dans le premier état supposé ; de la couverture des salles B et G du réduit. Le chemin de ronde était continu du bastion de l’entrée, au sud duquel était probablement un escalier, on le verra, jusqu’au petit redan il était interrompu là. On accédait à la partie supérieure par un petit escalier partant de l’intérieur de la salle b 1, et tout à fait en haut par l’escalier que nous allons décrire. La seconde poterne est percée en face de a sur le plan général, entre l’entrée du château et un escalier perpendiculaire à la courtine montant au chemin de ronde, qui s’élargit en une petite plate-forme (pl. 37 b, 41 a, c) le dispositif est assez singulier et peut être considéré comme formant une défense supplémentaire devant l’entrée du réduit. La poterne a été obstruée, puis on a appliqué un petit contrefort contre la face extérieure du mur ; autrefois une rampe d’accès arrivait jusqu’à la poterne, on ; ; en voit encore le mur de soutènement. Plus loin à l’est se dresse un pan de mur encore élevé, débris d’un ouvrage extérieur dont la forme complète ne peut être restituée. On ne voit pas trace de raccordement avec le château. Il a été certainement construit pour protéger l’entrée de la poterne, mais il est très difficile de lui attribuer une date exacte (1). (1) Il est représenté sur le plan du Portefeuille Grimani comme formant un triangle appliqué contre le château et l’enceinte inférieure devant la poterne, cf. Andrews, Castles , pl. XXIII.
ARCHÉOLOGIQUES RECHERCHES extérieure. l’enceinte de porte la de coupe et Plan Clermont. — 12. Fig.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET 627 CIVILE D'autres bâtiments sont dispersés à l’intérieur de l’enceinte ; un seul est faci¬ lement identifiable : c’est une mosquée, m sur le plan; dans le mur sud-est une niche correspond au mihrab ; un escalier en vis indique la place du minaret elle est généra¬ lement signalée sur les plans ou dessins du xvne et du xvme siècle (1). Le dernier élément à décrire est l’imposant massif, d, où est percée l’entrée princi¬ pale (pl. 48 a et fïg. 12). En plan elle se compose de trois portes successives. La première, large de 2 m. 67, est percée dans un mur épais de 1 m. 63 et donne accès dans une salle quadrangulaire couverte d’une calotte sur pendentifs une seconde dont l’axe est déplacé vers la droite par rapport à la première, large de 2 m. 20, dans un second mur de 1 m. 45 d’épaisseur, donne accès dans une cour à ciel ouvert la troisième large de 2 m. 75, s’ouvre plus à gauche ; un passage de 3 m. 46 que pouvait fermer une herse : ; ; glissant dans des rainures verticales mène enfin à l’intérieur de l’enceinte. L’examen montre que ce tout est complexe et fait d’éléments divers en façade en effet (pl. 48 c), on distingue nettement que la courtine primitive s’arrêtait à une certaine distance de part et d’autre de la porte actuelle et faisait un angle vers l’intérieur on peut donc supposer qu’autrefois il devait y avoir, comme à l’entrée du château, une porte, la troisième du dispositif actuel, au fond d’un espace limité des deux côtés par les murs, sans qu’il y eût ici de tours saillantes sur la courtine : au-dessus de la porte existait alors une huchette : il en reste les pierres en encorbellement qui la soutenaient. Puis on a rempli l’espace vide entre les deux murs en retour sur l’enceinte d’une construction composée d’une chambre couverte d’une calotte, avec deux portes, mais en réservant devant la porte primitive un espace à ciel ouvert on a alors exhaussé le massif dans lequel est percée la troisième porte : de l’intérieur en effet, la maçonnerie de la partie supérieure apparaît différente : notamment il n’y a pas de gros blocs aux angles comme dans la partie primitive, et comme aux tours de l’entrée du château. Un autre détail confirme l’addition de la chambre couverte d’une calotte, c’est la meurtrière percée dans le pignon du bâtiment c au nord de l’entrée, et aujourd’hui obstruée par la nouvelle construction. De ce côté, trois murs sont juxtaposés : en partant de l’extérieur, le premier ferme le bâtiment c et le pignon en était percé d’une meur¬ trière ; devant lui est plaqué le mur appartenant au premier état de la porte, tel que nous venons de la décrire ; une meurtrière y fut ménagée en face de la première ; le troisième mur fait partie de la construction couverte d’une calotte, il est plein et couvre donc la double meurtrière. Dans l’angle nord-est était construit encore un autre petit bâtiment qui avait à la base une citerne dont il ne reste que le coin (pl. 48 d). Sur le côté sud, le bâtiment e 1 est séparé du bastion de la porte par un espace étroit dont les côtés ne sont pas parallèles : bien qu’il n’y ait pas aujourd’hui de degrés de maçonnerie mais seulement un amas de terre, on peut supposer qu’il y avait en ce point un accès, escalier ou rampe, vers le chemin de ronde. Enfin à l’exté¬ rieur on a appliqué à la base du mur, de part et d’autre de la porte, des talus de maçonnerie pour rendre moins vulnérable le raccord entre les parties anciennes et l’élément rajouté. Si l’on examine de près la courtine de l’enceinte extérieure, on relève naturelle¬ ment de nombreuses reprises ou réparations : la plupart semblent superficielles on a de-ci de-là réparé une surface qui se dégradait ou rajouté des pierres, du mortier, : : ; : (1) Transformée en église à l’époque ibid. vénitienne d’après le plan du Portefeuille Grimani, cf. Andrews,
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 628 voire un talus aux points où le mur, ne reposant pas sur le rocher et dépourvu de fondations profondes, a tendance à se déchausser. Mais l’ensemble, si l’on excepte les additions signalées le bastion extérieur sur le côté sud-est, la vaste plate-forme à l’intérieur de l’angle sud, peut-être la tour demi-ronde et une partie des défenses de l’entrée, donne l’impression d’homogénéité. Nous n’avons retrouvé au château ou dans le voisinage aucun fragment inscrit ou sculpté qui puisse s’y rapporter, si ce n’est un bloc mouluré un des côtés présente un ressaut et les deux angles sont profilés en baguette ; la face supérieure est creusée d’une sorte de canal, ce qui ferait penser à une corniche, servant de chéneau, si le bloc était plus large, de manière à pouvoir être engagé plus profondément dans la maçon¬ nerie. La petite église de Hagios Dèmètrios, dans le cimetière au-dessous du château, garde une plaque de calcaire portant une croix pattée sculptée, et un bloc de poros dont deux angles sont profilés en baguette, les baguettes étant elles-mêmes ornées : : d’une sorte de cordon tournant autour d’elles. Enfin des travaux dans le cimetière ont mis au jour en 1962 un petit fragment d’inscription funéraire en latin (pl. 32, 2) du xme ou du xive siècle d’après la forme des lettres (1). Ces maigres débris n’ajoutent malheureusement rien à ce que nous savons du château. Notre conclusion est que Clermont constitue un ensemble homogène. Nous avons dit pourquoi nous admettons que la forteresse a été réellement construite entre 1220 et 1223 : aucun argument historique, ni archéologique ne s’y oppose. En tout cas rien n’existait sur cette éminence avant l’arrivée des croisés puisqu’en certains points les courtines reposent directement sur un site préhistorique (2) ; d’autre part les quelques détails d’architecture datables ne sauraient être postérieurs au xme siècle. Ce que l’examen attentif du monument suggère, c’est qu’il y a eu probablement plusieurs étapes dans la construction, ou plus exactement que sur un château primitif, se suffisant à lui même et n’ayant pu être édifié que d’un seul jet, sont venues s’ajouter des additions pour en renforcer les défenses. L’élément premier, c’est l’ensemble des salles en enfilade autour d’une cour polygonale mais nous avons constaté que du coté où la pente est la moins forte à l’ouest et au sud-ouest, les murs extérieurs ont été d’abord plus bas qu’ils ne le sont aujourd’hui leur premier couronnement était un parapet où alternaient des créneaux et des merlons à peu près égaux correspondant à un chemin de ronde placé environ à 3 mètres au-dessous du niveau des terrasses actuelles ; l’exhaussement de ces murs, l’établissement de terrasses sont probablement de peu postérieurs, à cause du peu de différence entre les appareils. Mais la question la plus importante est de savoir si l’enceinte de la basse-cour fait partie du plan primitif ou non. Qu’elle ait été exécutée rigoureusement dans les mêmes années ou peu après, il est difficile de le dire mais à notre avis il y a des arguments solides pour établir un rapport étroit entre les deux éléments, réduit et enceinte extérieure c’est d’abord le fait que, précisément, c’est de ce côté où la pente est la plus faible, donc le moins protégé, que les murs primitifs du château ont été sûrement plus bas, ce serait un non-sens s’il n’y avait pas d’autre protection en avant ; d’autre part la ressemblance des dispositions constatées dans certains bâtiments de l’enceinte extérieure avec ; : ; ; (1) Cf. Mélanges G. Soièriou, pp. 100-101. courtine de l’enceinte extérieure, dans le tracé correspondant aux côtés nord que se site, cf. J. Servais, BCH, LXXXV, 1961, pp. 158-159, et LXXXVIII, 1964, pp. 14 et suiv. (2) C’est sous la trouve ce
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 629 celles de l’intérieur, en particulier la grande cheminée de 3 mètres de large entre des baies symétriques ; ces baies sont dans un cas des embrasures à voûte surbaissée avec une fenêtre géminée, dans l’autre des embrasures cintrées avec une seule ouverture, mais le travail de l’arcade aux claveaux soigneusement appareillés est le même ; à l’entrée de la cour, l’appareil avec les angles en blocs plus gros des parties anciennes est identique à celui du massif de l’entrée du réduit. Tout cela, à notre avis, appartient à l’époque de la domination franque. On a pu par la suite exhausser les terrasses du château d’une nouvelle couche de béton pour assurer une meilleure étanchéité, réparer les murs en certains endroits, ajouter des talus à la base, refaire ou transformer les parapets surtout on a, pour répondre aux conditions nouvelles créées par l’usage des armes à feu, établi des plates-formes, appliqué sur un mur très long une tour pour assurer le flanquement, transformé une entrée devenue très vulnérable, modifié les parapets en obstruant les créneaux. Mais ces travaux n’ont pas modifié l’aspect général ni changé le caractère ; du monument. Or cette forteresse est d’un type dont l’art militaire byzantin n’offre pas l’analo¬ : nous en avons par contre noté la présence dans les États latins de Syrie dès la fin du xne siècle, en France dès le début du xme siècle. Un détail confirme que la cons¬ truction n’a pas été conçue par des Grecs, mais exécutée pour des occupants habitués à se préserver des hivers froids, c’est le nombre et l’ampleur des cheminées distribuées dans tous les corps de bâtiments, même ceux de la basse-cour. Le château a été construit avec soin les voûtes appareillées, l’encadrement des baies, fenêtres ou portes, le montrent bien. Mais deux remarques s’imposent, c’est que les formes dont se sont servis les constructeurs sont très simples et plutôt archaïques aucun détail n’indique une recherche de luxe ou un effort artistique ; sur la façade l’unique élément décoratif est l’arcade en ressaut qui surmonte les fenêtres géminées de la chapelle. D’autre part, les voûtes d’une forme hybride rare en France, intermédiaire entre le berceau cintré et le berceau brisé, font penser à une main-d’œuvre peu habile à exécuter des salles de cette ampleur et de ce type. On garde l’impression d’une construction sérieuse, dirigée par des hommes capa¬ gue : ; bles de mener un chantier et d’édifier une forteresse à la fois solide et suffisamment confortable pour servir de résidence princière, mais qui ne disposaient que d’une main d’œuvre indigène, et qui avaient le souci de ne point gaspiller le travail ou les matériaux à des décors superflus. Karytaina (pl. 66-73). Le seul château qui puisse, toute proportion gardée, être comparé à Clermont est celui de Karytaina il n’a certainement pas été beaucoup utilisé après la période médiévale et n’a pas dû subir de profondes modifications : il était abandonné à la fin du xvne siècle et n’a été réoccupé que par Kolokotronis. Certains bâtiments sont assez bien conservés pour qu’on puisse juger de l’art de ceux qui l’ont édifié. Il est perché sur une arête rocheuse barrant le cours de l’Alphée dont la gorge l’entoure d’une large boucle à l’est et au sud, tandis qu’à l’ouest passe le Gortynios, également au fond d’une vallée encaissée. L’arête est formée par des couches de calcaire qui se relèvent vers le nord-ouest le versant oriental qui correspond au plat des couches est de pente moins raide, tandis que le côté ouest est un véritable à-pic — : :
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 630 formé par la cassure des couches le point le plus élevé est au nord, dominant d’environ 150 mètres le col où se tasse le village. La forteresse a déjà souvent été signalée et reproduite par l’image (1). A l’est et au sud sont dispersés les éléments d’une autre enceinte plus vaste, beaucoup moins solide (pl. 66) le chemin qui vient du village est coupé par un mur épais de 1 m. 30 flanqué d’une tour ronde au point où passe le sentier. Au-dessus, entre les rochers, a été construit un mur plus mince avec des meurtrières pour mousque terie. Au-dessous, le mur fait retour à angle droit, pour former un vaste bâtiment rectangulaire (27 mètres sur 7 à l’intérieur) contenant une petite citerne. Au sud-est du château se dressent les ruines d’une vaste maison fortifiée, formée de deux corps de bâtiments en potence on l’appelle la maison de Kolokotronis et il est très probable en effet que tous ces éléments appartiennent à la période la plus récente. Ce versant a dû d’ailleurs porter autrefois des maisons dont il reste quelques vestiges la petite chapelle de la Vierge (pl. 72, au premier plan) située près de la maison de Kolokotronis est assez ancienne ; elle est construite sur plan en croix grecque, mais avec une coupole basse sans tambour, enfermé dans un massif de maçonnerie carré, reposant sur deux piliers et deux colonnes qui portent de beaux chapiteaux à bosses décorées d’entrelacs finement sculptés (2). Nous ne faisons que citer également une autre demeure fortifiée, sorte de grosse tour carrée adossée au rocher en contrebas et au nord du château (3). ; : ; ; Elle semble dater du xive ou xve siècle. Suivant la forme du rocher qui lui sert d’assiette, le château lui-même a la forme d’un triangle très allongé de plus de 110 mètres, dont la base, assez étroite, — moins de 40 mètres —, est au sud. La partie est du château est généralement plus basse que la partie ouest, et le niveau général se relève jusqu’à la pointe nord. Le tracé du mur oriental est plus régulier, parce que placé au-dessous de la ligne de faîte, il n’en suit pas les sinuosités : il est fait d’une série de pans rectilignes formant des angles faibles, Tour , II, pp. 378 et suiv., gravure hors-texte, p. 380, — (1) Nous nous contenterons de citer : Dodwell, Gell, Journey, pp. 123-124, — Exp. scient, de Morée, Relation par Bory de Saint-Vincent, I, pp. 391 et suiv., gravures dans V Atlas, pl. XXVI et XXVII, et dans Architecture et Sculpture, II, pl. XXXII ; cette dernière est la plus intéressante et a été reproduite dans A. Struck, Mistra, fig. 12 p. 30 ; ces gravures sont peu exactes, la comparaison entre elles suffît à le montrer. — Leake, Travels, II, pp. 19 et suiv., Buchon, Grèce et Morée, pp. 476-478, et Atlas, pl. 7, — H. F. Tozer, The Franks in the Peloponnese, JHS, IV, 1883, p. 219-221, — Traquair, Med. Fortresses, II, pp. 268-270, en a donné une description accompagnée d’un plan très sommaire et de deux photos, pl. VIII. , (2) Sur cette petite église, v. N. K. Moutsopoulos, . 84-87, qui la date du xme siècle au plus tôt. (3) Elle se compose d’une grande salle carrée, reposant au nord sur une citerne, formant de ce côté rez-de-chaussée. On y entre par le sud (côté de la montagne), par une petite porte donnant accès à un escalier pratiqué dans l’épaisseur du mur qui descend d’une part à la salle et monte de l’autre sur la terrasse qui couronne la tour. La salle voûtée en plein cintre, comme la citerne, présente à l’intérieur sur chacun des trois murs ouest, est et sud, deux fausses baies en tiers-point et est éclairée à l’est par deux fenêtres et par une baie au nord ; celle-ci est l’ouverture la plus intéressante ; d’après ce qui reste aujourd’hui de la baie primitive, on peut supposer qu’au-dessous d’une grande arcature de briques s’ouvrait une fenêtre dont la partie supérieure était décorée de briques formant deux arcs, surmontée d’un espace réservé rectangulaire encadré de briques, destiné à recevoir une plaque décorée ou inscrite. On a postérieurement divisé cette grande salle en deux étages par un plancher, et l’on a détruit cette baie pour pratiquer deux ouvertures superposées. Le haut des murs a subi une réparation récente ; la maçonnerie est faite de pierres irrégulières et de débris de briques mêlés dans un mortier solide. Cette tour avec les terrasses voisines, paraît former un ouvrage parfaitement distinct du château ; le style (surtout la décoration à l’aide de briques) est très différent de celui du château.
ARCHITECTURE atteint une hauteur MILITAIRE ET CIVILE 631 de 6 à 7 mètres, et c’est de ce côté, à peu près au centre, que trouve l’entrée (pl. 72). Le côté sud (pl. 69), le plus petit, est formé d’un bastion en pointe et d’un long mur droit contre lequel est adossé un grand bâtiment. Le côté ouest qui domine l’à-pic suit le bord des rochers, d’où un tracé plus irrégulier et plus compliqué le mur est moins haut qu’à l’est. Au nord, le château se termine par un bastion en angle aigu haut de 12 m. 50 aujourd’hui encore, qui a l’allure d’une se ; proue de vaisseau (pl. 71 b). Ces murailles épaisses de 1 m. 20 à 1 m. 50, sont de construction homogène, c’est une maçonnerie de blocs de calcaire de dimensions moyennes, mêlés irréguliè¬ rement de fragments de tuiles aux angles, les blocs sont un peu plus gros les trous de boulins n’ont pas été bouchés. Il y a des traces de réparations ; notamment la partie supérieure du bastion nord est faite d’une maçonnerie beaucoup moins solide à mortier plus blanc, certainement plus récente ; on a dû de même réparer en plusieurs points les chemins de ronde nulle part ne subsiste le parapet primitif mais il reste quelques éléments d’un parapet continu à meurtrières, vers l’ouest, qui appartient à ces remaniements postérieurs. Toutefois ces travaux n’ont pas modifié l’aspect général. L’entrée du château (pl. 67, 70 b) est précédée d’une petite barbacane, simple enclos dont le mur oriental épais seulement de 0 m. 90 est ruiné et dont la porte est percée dans le côté sud plus épais (1 m. 90). La porte du château est flanquée au ; ; ; ; nord, du côté droit de l’arrivant, d’une tour de 2 m. 35 de saillie c’est une ouverture large de 2 mètres ; l’arc en plein cintre est fait de claveaux grossièrement taillés. Au-dessus devait être placée une pierre sculptée ou inscrite dont il ne reste que l’enca¬ drement ; enfin au niveau du chemin de ronde, trois corbeaux fortement saillants portaient des mâchicoulis. La porte fermée par des barres de bois, mais sans herse, donne accès à un passage voûté long de 7 mètres, entre une citerne à gauche et le corps de garde construit en arrière de la tour avec laquelle il communique le corps de garde est large de 2 m. 75 à 3 mètres et également couvert d’une voûte faite de petits blocs de calcaire assez minces et longs. Au-dessus était un autre étage, mais il semble qu’il n’y ait eu de chambre fermée et couverte que sur le passage et sur le corps de garde ; sur la citerne était une terrasse revêtue d’un béton à fragments de briques. A cet étage, deux fenêtres ou plutôt deux meurtrières dont la large embrasure est cintrée s’ouvrent dans la courtine vers l’est et vers le sud il y a au même niveau ; ; ; une autre meurtrière dans la tour. A l’intérieur, le château peut se diviser en deux parties d’aspect différent. La moitié sud est une cour, de forme assez régulière, où le rocher a été aplani elle est limitée à l’est par un long bâtiment dont l’étage inférieur, divisé en deux par une cloison longitudinale, est en contrebas et devait servir de magasin, à l’ouest par le parapet dominant l’à-pic. Au sud s’élève un édifice relativement bien conservé, séparé du bâti¬ ment oriental par un couloir voûté (pl. 68 d-e, 71 a) il se compose de trois chambres, l’une occupe la moitié orientale, la moitié ouest étant divisée en deux par un mur de refend longitudinal. La chambre sud-ouest est éclairée par deux fenêtres percées dans la courtine celle qui lui est parallèle en a aussi deux, l’une s’ouvrant vers l’ouest, l’autre sur la façade ; la grande salle a en façade deux fenêtres et une porte, elle est aussi pourvue d’une cheminée placée au sud, dont il reste seulement une console en profil concave, aux coins abattus (pl. 68 b). Les ouvertures en façade sont ; ; ;
632 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES les plus intéressantes elles ont des encadrements de pierre plus soignés que partout ailleurs : la porte est surmontée d'une arcade surbaissée et l’angle extérieur de l’enca¬ drement est abattu par un chanfrein qui se termine en bas par un congé à ressaut (pl. 68 c). Les fenêtres ont des embrasures dont la voûte cintrée est formée de petits moellons plats de calcaire ; quant à l’encadrement sur la façade, il n’est pas conservé en entier l’angle extérieur est amorti par un chanfrein aux piédroits et à l’appui mais on remarque que, sur l’appui, les trous de scellement des grilles qui fermaient l’ouverture ne sont pas régulièrement disposés ils sont généralement espacés de 0 m. 17, mais il y a au centre un espace vide de 0 m. 50 ; de plus le chanfrein est interrompu au milieu. Ces détails joints à la forme des courbes amorcées par les cla¬ veaux qui subsistent nous ont convaincu que les fenêtres devaient avoir deux formes cintrées séparées par un petit pilier central dont l’épaisseur correspond à l’interruption du chanfrein sur l’appui (pl. 68 a) (1) ; il n’y a pas de banquette dans l’embrasure des fenêtres (peut-être y en avait-il dans les fenêtres percées dans la courtine). Ce bâtiment repose sur une citerne de mêmes dimensions que lui, profonde de 5 mètres au moins et alimentée par deux conduits qui étaient disposés dans des rainures du mur est il était couvert non par une voûte comme le suppose Tozer, mais par un toit à double rampant correspondant au pignon qui s’est conservé à peu près entier à l’est. On ne peut s’empêcher de trouver une ressemblance (nous n’osons dire un style semblable) entre ce logis seigneurial avec ses fenêtres géminées, sa cheminée, et les bâtiments de Chlémoutsi, avec la différence qui peut séparer la demeure d’un baron d’une résidence princière unique édifiée à l’aide de revenus exceptionnels. Le passage voûté à l’est conduit dans une courette où un escalier monte vers le chemin de ronde qui devait passer sur la courtine tout autour du toit du bâtiment. Dans l’angle sud-ouest de la cour du château est encore une vaste citerne à demi souterraine couverte de deux voûtes parallèles reposant au centre sur une série de trois piliers au-dessus la terrasse est cimentée comme celle de la citerne près de : ; : : ; ; l’entrée. La moitié nord du château est moins facile à restituer. Le niveau du sol est plus élevé qu’au sud de 2 m. 50 à 3 mètres. Au centre à peu près, sur le rocher restent visibles les traces d’une grosse construction carrée on voit seulement un blocage à mortier très dur limitant une chambre carrée sans porte l’épaisseur du mur dont on n’a que l’amorce ne peut être évaluée exactement ; des pans de mur gisent de divers côtés on songe à une sorte de donjon central dont l’étage inférieur serait une citerne. A l’ouest était un bâtiment long dont la partie sud domine la cour que nous avons décrite le mur long est détruit en grande partie et ce qui en reste ne présente pas tout à fait le même aspect au nord qu’au sud. Tout le côté est, dans cette partie du château, est également en contrebas l’élément essentiel est une chambre voûtée comme le corps de garde n’ayant qu’une fenêtre très étroite pourvue de deux grilles au sud et une petite porte au nord qui s’ouvre dans une autre salle on pense à une prison ; la terrasse qui la couvre est au niveau du chemin de ronde et de la moitié ouest du château. : ; : ; : : Le bastion nord tardive. a été, avons-nous dit, remanié et surtout exhaussé à une époque (1) Il n’y a pas lieu de les supposer trilobées ; comme le dit H. F. Tozer, JHS, IV, 1883, p. 220, qui a peut-être emprunté le détail à Leake, Travels , II, p. 27, citant a gothic window. Traquair s’est contenté de dire que les baies étaient informes et l’ensemble tardif.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 633 Les questions qui se posent pour cette partie de la forteresse, en dehors des détails reconstitution des divers bâtiments, sont celles de savoir quelle est la date des diverses parties, et si cette moitié formait une réduit séparé de la cour sud. On peut se demander si la grosse tour carrée centrale, aujourd’hui arasée, n’est pas un ouvrage antérieur au château, reposant sur un mur de soutènement au sud-est fait de blocs beaucoup plus gros que le reste du château (peut-être sont-ce ces blocs qui ont été considérés par certains voyageurs comme antiques). Quant à la seconde question, de bien que, en général, les constructeurs du xme siècle réservent dans la forteresse un réduit séparé, placé au point le plus haut, on doit reconnaître qu’il manque ici les éléments pour restituer le mur continu qui isolerait la partie la plus forte et la plus élevée de la cour. Karytaina est donc une forteresse relativement simple une enceinte dont la forme est inspirée par les dispositions naturelles. La construction est faite de cette maçonnerie assez pauvre de petits blocs de calcaire, avec quelques fragments de tuiles, mais assez solide, beaucoup plus résistante que les réparations récentes. Il faut noter le soin particulier avec lequel ont été construites les défenses de l’entrée barbacane — dont la construction indépendante peut laisser penser qu’elle n’est pas exactement contemporaine —, tour de flanquement, long passage voûté, enfin mâchicoulis ce dernier élément est considéré généralement comme une innovation des architectes militaires en Syrie à la fin du xne siècle, connue en France vers 1230 (1) nous retrou¬ vons exactement les dates du plan du château polygonal. Les mâchicoulis ont été utilisés plus tard, aux xive et xve siècles par les Grecs, à Mistra, à Géraki, à Zaraphon mais généralement les Grecs font les mâchicoulis de deux pierres en encorbellement, taillée chacune en quart-de-rond, tandis qu’elles sont ici taillées en biseau continu, différence qui n’est peut-être pas purement fortuite. Enfin nous reconnaissons dans la façade du bâtiment sud, qui est certainement le logis seigneurial, celui où, selon le Libvo de los fechos se passa la scène fameuse de Geoffroy de Briel convoquant ses vassaux grecs qu’un faux message de l’empereur de Constantinople représentait comme traîtres, un ensemble architectural sévère et sans décor sans doute mais d’une allure occidentale irréfutable seul un Franc, ayant le souvenir des formes répandues encore dans sa patrie vers la fin du xne siècle a pu dessiner cette porte et ces fenêtres géminées, encadrées de pierres à l’angle extérieur amorti par un biseau. C’est pourquoi Karytaina mérite, à notre avis, une place à part au milieu des autres châteaux dont nous allons aborder l’étude (2). : : : : ; , : Kalavryta. Akova. Hagios Vasilios. — Bien que les châteaux de Kalavryta et d’Akova aient été comme celui de Karytaina édifiés par de puissants barons de la principauté, ce sont des monuments moins intéressants soit qu’ils n’aient pas été construits avec le même soin, soit à cause de l’état de ruine où ils se trouvent aujour¬ d’hui. Ces deux forteresses de montagne doivent cependant retenir notre attention, elles sont authentiquement l’œuvre de seigneurs francs et ne semblent pas avoir été (1) G. Enlart, Manuel d'archéologie française, II, 1, p. 474. (2) Karytaina offre plusieurs monuments médiévaux intéressants : nous avons déjà cité le clocher de l’église de la Zoodochos Pègè, cf. supra , pp. 588-589 ; les autres églises sont de style exclusivement grec ; mais nous reviendrons infra, pp. 678-680, sur le pont de l’Alphée.
634 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES occupées après la fin de leur domination elles doivent donc être des exemples carac¬ téristiques des constructions militaires franques du xme siècle. Nous en rapprochons le château de Hagios Vasilios, bien qu’il n’ait pas été le centre d’une baronnie et que nous n’ayons que peu de renseignements historiques sur lui, parce qu’il présente avec les deux premiers de fortes ressemblances. Dominant le village de Kalavryta, la forteresse appelée Trémola (pi. 115,2 -117) occupe une plate-forme rocheuse de 220 mètres de long sur une largeur maxima de 135 mètres, parfaitement découpée (1) ; les bords, presque partout à pic, en sont couronnés par un mur léger, qui ne semble même pas avoir été continu on en voit seulement des vestiges, suivant un tracé sinueux qui épouse très exactement le rocher il n’y a pas de tours de flanquement, qui seraient parfaitement inutiles. Pour y pénétrer, il faut suivre un sentier qui, partant du col à l’est, longe tout le côté nord, jusqu’à une porte située tout près de l’extrémité ouest il reste là, entre deux bâtiments, un passage qui devait être l’entrée. La plate-forme porte les vestiges de divers bâtiments mais dans un tel état de ruine qu’il est difficile de leur attribuer une destination. La partie orientale (pi. 117 c), légèrement plus élevée, était séparée du reste de la plate-forme par un mur formant un angle droit, avec un tour carrée à l’angle, et une autre au milieu du côté le plus long, près du passage d’un sentier actuel qui indique probablement la place de la porte ; et tout à l’extrémité, au point le plus haut, subsis¬ tent les restes massifs de ce qui devait être le donjon la partie nord forme un rectangle ; ; ; : ; de 7 mètres sur 11 ; le rez-de-chaussée était occupé par deux chambres voûtées l’une au centre, de 2 m. 50 de large, l’autre à l’est, de 1 m. 25, laissant vers les côtés extérieurs, sud-ouest et nord-ouest, une épaisseur de maçonnerie de 2 ou 3 mètres. Au-dessus étaient deux chambres parallèles inégales la plus grande, au sud-ouest, était proba¬ blement divisée en deux, par une arcade. Au sud-est s’étend une autre construction rectangulaire de 10 mètres sur 30 aux murs épais de 1 m. 50. La maçonnerie est faite partout de petits blocs de calcaire non taillés mêlés à des fragments de tuile. Aucun détail n’ofïre d’intérêt spécial. Il faut signaler seulement, près du mur de l’enceinte supérieure au sud, une dalle de rocher au-dessus de l’à-pic, appelée la « pierre de la Reine », d’où, dit-on, une princesse s’est précipitée pour échapper à ses ennemis (pl. 115, 2a) ; c’est au-dessous du donjon, que se trouve la petite chapelle de Saint-Jean dans une grotte dont la voûte a été retravaillée (pl. 115, 2b) comme nous l’avons signalé (2). Même si les restes ne sont pas aussi négligeables que le dit R. Traquair, le château est très ruiné on reconnaît cependant une vaste enceinte au tracé sinueux, sans élément de flanquement, pourvue d’une seule porte qui est un simple passage dans le mur, puis sur un des côtés de la première enceinte, une seconde enceinte à tours carrées, enfin un donjon au point le plus élevé dominant le col. A Akova (pl. 83-85), la hauteur qui sert d’assiette au château a une silhouette moins nettement découpée (3) aussi l’enceinte devait-elle avoir une forme un peu plus régulière, avec des pans de murs rectilignes elle dessinait à peu près un triangle ; : ; : (1) V. ci-dessus p. 469 . 1 les références bibliographiques; aucun auteur n’a donné de description détaillée des ruines ni de plan. (2) Cf. supra , p. 597, n. 2. (3) Une description rapide est donnée par H. F. Tozer, J HS, IV, 1883, pp. 216-217. Le plan de l’ensemble du site et des ruines a été publié par Meyer, Pelop. Wander., pl. III.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 635 dont le petit côté, long d’environ 150 mètres est au nord-ouest et la pointe dirigée vers le sud la hauteur du triangle est de 250 mètres. A vrai dire, les seules parties qu’on en puisse à peu près restituer sont le côté sud-ouest qui domine la pente la plus forte, et celui qui fait front vers le nord-ouest où la colline se rattache aux hauteurs voisines, et que jalonnent trois tours carrées conservées sur plus de 6 mètres de haut (pl. 84). De ce côté, le mur ne suit pas une courbe de niveau, mais barre le passage sur toute la largeur de la croupe, en descendant assez bas vers l’est où la pente est plus douce. Les tours sont placées à des angles légèrement saillants ou rentrants du tracé. Des trois qui sont visibles, la première à l’ouest est pleine large de 5 m. 80, elle est un peu saillante (pl. 85 a). Les deux autres sont creuses et ouvertes à la gorge, mais une brèche a fendu du haut en bas celle du milieu (pl. 84 b) ; elles ont de 6 m. 10 à 6 m. 20 de façade sur 5 m. 50 de saillie en moyenne ; les murs sont un peu plus épais dans celle qui est fendue, 1 m. 40, 1 m. 60, 1 m. 70 respectivement sur les trois côtés, contre 1 m. 10 pour l’autre cette dernière offre un plan curieux, car un des côtés est plus court et fait retour pour la fermer à demi à la gorge (pl. 85 b-c) ; la courtine s’est complètement écroulée et ce n’est que par endroit qu’on en voit le tracé ; vers l’est, tout vestige a disparu ; un pan de mur indique seulement au sud-est la limite de l’enceinte au-dessus de l’église de l’Évangelismos construite en contrebas. A l’intérieur, on remarque diverses constructions dont il ne reste guère plus que les fondations, notamment une petite église en pierres sèches. Mais surtout d’autres restes de gros murs sont visibles au point le plus haut il semble qu’on puisse retrouver les éléments d’une enceinte plus petite, adossée au côté sud-ouest de la grande et à peu près au milieu : elle mesurerait environ 30 mètres sur 85. Aux deux extrémités on reconnaît de puissantes substructions ce devaient être deux grosses tours, l’une à l’angle le plus exposé de ce réduit, l’autre au point culminant au bord de la pente raide qui descend vers le sud-ouest. C’est toujours la même maçonnerie de petits blocs irréguliers de calcaire local, mêlés de quelques fragments de briques souvent à la base des murs et surtout aux angles des tours on a assemblé des blocs antiques trouvés sur place ; mais toute la construction n’est pas parfaitement homogène à la tour pleine, par exemple, il n’y a pas de blocs antiques et le mortier est légèrement différent, plus jaune qu’ailleurs. Il y a donc eu des réparations. En l’état actuel, il est impossible et de restituer plus complètement le château et d’y distinguer plus clairement des campagnes différentes de construction. Mais d’après ce que l’on sait de l’histoire de cette région, il est peu probable que la forteresse ait été employée après l’époque franque cette vaste enceinte au sommet d’une hauteur bien isolée, avec ses murs flanqués de tours carrées, avec un réduit et le donjon au point le plus haut est, à nos yeux, caractéristique de l’art militaire courant de la principauté d’Achaïe. Bien que d’importance historique moindre, le château de Hagios Yasilios (pl. 128 129), dépendant de la châtellenie de Corinthe, est très comparable à Akova. De dimen¬ sions à peine inférieures, l’enceinte a une forme ovoïde orientée nord-sud de 225 mètres de long sur 130 de large. La forteresse est établie sur un sommet assez élevé, s’avançant comme un éperon et dominant la plaine de Kleonai qui est au nord. Au sud, un col peu profond la sépare des montagnes voisines c’est de ce côté qu’elle a sa plus grande largeur ; à l’ouest elle est limitée par une ligne de rochers qui tombent à pic et où toute fortification est inutile, il n’y a que quelques petits pans de mur, de place en ; : : : : ; : : ;
636 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES place, pour boucher un passage. A Test, la pente est accessible, c’est par là qu’aujour d’hui encore on peut atteindre le sommet en venant du village de Hagios Yasilios aussi, sauf en un point au sud où les rochers forment défense naturelle, une muraille a-t-elle été construite de ce côté en écharpe pour rejoindre au nord, la ligne des à-pic de : l’ouest. Le point le plus haut est au sud et domine le col (pl. 129 b) c’est là que se trouve réduit, le de forme triangulaire ; aux deux angles ouest et nord étaient des bastions en saillie dont on voit aujourd’hui seulement le dessin sur le sol. Au sud le donjon est en partie conservé c’est une grosse tour carrée de 6 m. 80 à 7 mètres de côté qui devait faire une saillie d’un peu moins de 2 m. 50 sur l’enceinte extérieure. Il comprenait une citerne souterraine, un rez-de-chaussée et un étage ; les murs, épais de 1 m. 50 à 1 m. 75, font une retraite à chacune de ces divisions. Le côté nord seul debout sur une hauteur de 6 mètres environ est percé d’une petite porte en bas et d’une fenêtre à l’étage ; il n’y a pas trace de voûte. L’entrée du château se trouvait à peu de distance à l’est du donjon : une rampe montait à une porte, simple coupure dans le mur, défendue par le donjon d’un côté, par un petit redan de l’autre. Les seuls vestiges qui frappent sont les tours (pl. 129) qui se dressent, isolées, comme à Akova. Une première tour est située dans la partie de l’enceinte qui fait face au sud-est ; mais elle est à peu près complètement ruinée ; il n’en reste que la base, faite de gros quartiers de rochers elle devait mesurer environ 5 mètres de front sur ; : ; 2 m. 40 de saillie. Sur le côté est, deux sont également ruinées, mais les deux suivantes gardent presque toute leur hauteur elles se ressemblent sans être tout à fait identiques (pl. 129 c) toutes deux sont carrées, largement ouvertes à la gorge et étaient couvertes à l’étage supérieur d’un berceau perpendiculaire à la courtine; la première a des murs de 0 m. 70 d’épaisseur, et une seule meurtrière à l’étage, vers le nord la chambre inté¬ rieure est à peu près carrée de 3 m. 40 à 2 m. 50 de côté ; à la gorge se voit seulement l’arrachement des murs en retour. La seconde (pl. 129 d) a une chambre intérieure à peu près identique mais des murs de 0 m. 80 à 1 mètre d’épaisseur à la gorge, les murs en retour ne font qu’une saillie de 0 m. 13 ou 0 m. 15, laissant entre eux un passage de 3 m. 25 ; à l’étage s’ouvrent deux meurtrières sur les côtés, une petite fenêtre sur la façade l’archivolte des meurtrières comme la voûte sont faites de claveaux très grossièrement taillés. Ces tours ne sont pas placées normalement au tracé de la courtine mais obliquement. Une porte s’ouvrait dans le mur immédiatement au nord de la dernière tour, comme probablement à Akova. La manière de construire n’ofïre aucune particularité on s’est servi de la maçon¬ nerie de blocs de calcaire irréguliers avec des fragments de tuiles ou de briques épaisses, placées en désordre à la base et aux angles des tours, au moins dans la partie inférieure, les blocs sont beaucoup plus gros, de forme un peu plus régulière. On voit que ces trois forteresses présentent de grandes similitudes entre elles les deux premières étant l’œuvre des barons au début du xme siècle, nous admettons que Hagios Vasilios doit être de la même époque. Aucune n’a subi de transformations il n’y a pas de trace de remaniements ou d’additions importants. Elles sont de concep¬ tion simple : l’enceinte entoure un sommet facilement défendable la seule différence importante vient de ce que l’accès à la plate-forme du château de Kalavryta est rendu plus difficile par les rochers à pic qui la limitent : l’enceinte se contente de suivre le rocher, tandis que dans les deux autres les formes moins abruptes du sommet : : ; ; ; : ; ; : ;
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 637 ont obligé à faire un tracé plus régulier, à édifier une courtine plus forte et plus élevée, à la flanquer de quelques tours. La porte semble avoir été partout une simple coupure dans le mur. Un réduit, triangulaire à Hagios Vasilios, occupe la partie haute du rocher, couronné par un donjon carré ou rectangulaire. Androusa. Mistra. Géraki. — De ce type de forteresses de montagne, vastes et solides mais frustes, qu’on peut considérer comme caractéristiques des débuts de l’établissement des Francs, se distinguent d’autres châteaux construits à une époque légèrement postérieure et, pour certains, utilisés et remaniés par d’autres maîtres que leurs fondateurs ils présentent des formes plus évoluées et témoignent de certains soucis de construction, de défense, de décor inconnus des ouvriers qui exécutèrent les premières. Nous en citerons comme exemples Androusa, qui située en Messénie resta le plus longtemps dans les limites de la principauté, Mistra et Géraki, œuvres des Francs mais bientôt occupées par les Grecs. A Androusa (pl. 94-97), c’est l’extrémité d’une plate-forme s’avançant en éperon au-dessus de la plaine de Messénie qui a été fortifiée. Sans être exactement une forte¬ resse de montagne, le tracé en a été cependant déterminé par la configuration du ter¬ rain c’est une sorte de trapèze dont trois côtés correspondent aux bords de la plate¬ forme : au nord-est, un mur droit fait front sur la plaine, sur une longueur de 45 mètres aux extrémités, deux murs partent dans des directions divergentes suivant une courbe légèrement concave, et devaient être réunis au sud-ouest par un quatrième côté dont il reste peu de chose. La longueur devait être de 200 mètres la largeur la plus grande, au sud-ouest, de 160 mètres. La courtine est bien visible au sud-est où l’on distingue encore deux tours rondes et creuses, ouvertes à la gorge. Mais les deux points qui retiennent l’attention sont la partie qui domine la plaine où la courtine est bien conservée sur une assez grande longueur avec ses diverses tours, et une tour restée isolée à l’ouest. Vue de l’intérieur, la courtine offre un aspect très particulier, dû à une succession régulière de niches en arcades dans un mur de 1 m. 70 à 1 m. 80 d’épaisseur, ces niches forment des évide¬ ments, larges de 1 m. 68 en moyenne et profonds de 0 m. 82 à 0 m. 96 qui s’élèvent jusqu’au chemin de ronde. Dans la partie du mur qui regarde le nord, ces niches n’ont aucun décor ; l’arcade en arc légèrement brisé, est faite, comme le reste de la courtine, de blocs de calcaire de dimensions petites (pl. 96 b). Mais le mur qui fait face au nord-est (pl. 96 a) est construit avec des blocs plus gros en général, de forme plus régulière ; les briques, surtout de grandes briques plates, sont plus abondantes elles sont volontiers disposées en lits horizontaux dans l’écoinçon entre les deux premières arcades à partir du sud, elles sont assemblées de façon à dessiner une croix ; ce qui frappe surtout, c’est que les arcades des niches offrent des éléments de décoration les unes sont faites uniquement de claveaux de pierre soigneusement assez variés assemblés une autre est au contraire faite de pierres à peine taillées mais alternant avec des briques à d’autres ce sont des claveaux soigneusement dressés qui alternent avec les briques et l’archivolte est doublée d’un lit de briques ; la troisième à partir du sud-est, se compose d’une archivolte de pierre entourée d’un cordon de dents de briques, qui est remplacé à la cinquième par une série de motifs de céramique en forme d’S la huitième a des claveaux de pierre irréguliers sans briques, mais celles-ci sont groupées par séries verticalement ou horizontalement tout autour de l’arcade. : ; ; ; ; ; ; : ; ; ;
638 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES Un escalier permet de monter au chemin de ronde ; mais pour n'avoir pas à contruire un massif trop important tout en assurant un passage assez large, on a démaigri le mur suivant un tracé en escalier en raccordant les deux surfaces par une courbe (pl. 95 c, au centre), suivant un procédé qu’on retrouve à Argos, d’ailleurs moins soigné. Ces niches sont évidemment destinées à économiser la pierre, qu’on ne trouve pas sur place ; quant aux différences d’aspect, elles ne tiennent certainement pas à une différence de date, car l’ensemble du mur avec ses trous de boulins carrés est malgré tout très homogène. La diversité est la même dans les tours qui sont carrées ou rondes, l’une même polygonale. Nous avons déjà signalé deux tours rondes au sud-est, elles sont creuses et largement ouvertes vers l’intérieur. A l’angle est s’élève une tour carrée, beaucoup plus grosse que les autres (pl. 95 c) ; elle mesure 7 m. 05 de front sur 6 m. 90 sur les côtés ; les murs ont 0 m. 85 seulement d’épaisseur ; mais, à l’extérieur, ils s’élargissent à la base par plusieurs ressauts et les angles sont occupés par des massifs de maçon¬ nerie qui donnent à la salle intérieure, voûtée, un plan en croix grecque une petite porte y donne accès à l’étage s’ouvraient quatre petites fenêtres. L’appareil est composé de pierres assez régulières de dimensions moyennes avec des briques disposées à peu près partout en lits horizontaux. La courtine est liée à la tour à l’angle sud de celle-ci et sur le côté nord-ouest ; mais sur le côté sud-est, qui est hors de l’enceinte se voit l’arrachement d’un gros mur ; ce peut être soit le départ d’un petit ouvrage extérieur, aujourd’hui disparu et qui correspondait à une porte, soit un simple contre fort à demi-ruiné. La tour immédiatement au nord au milieu de la façade du château sur la plaine dessine un pentagone ; elle est creuse et ouverte à la gorge, les parois intérieures en sont courbes ; c’est l’unique exemple de ce type que nous connaissions en Morée. L’angle nord de la forteresse est occupé par une tour ronde, qui contient au niveau du sol intérieur une salle voûtée de 2 m. 40 de diamètre et n’est pas sans analogie avec les tours rondes du château d’Argos. Sur le côté nord-ouest de l’enceinte (pl. 95 a), une haute tour carrée reste encore debout (4 m. 77 de front sur 1 m. 50 et 2 m. 35 de saillie pour les côtés, chambre intérieure de 1 m. 83 sur 2 mètres). Mais la mieux conservée se trouve isolée à l’ouest (pl. 96 c) de 5 m. 75 de côté, elle est placée sur la courtine, épaisse de 1 m. 95, sur laquelle elle fait une saillie de 2 m. 70 ou 2 m. 80 au rez-de-chaussée une large porte donne accès à une chambre à peu près carrée (les côtés mesurent de 2 m. 75 à 2 m. 90) couverte d’une coupole faite de pierres disposées en assises circulaires, qui semblent bien être en encorbellement ; à l’étage s’ouvrent trois meurtrières vers l’extérieur, sur les côtés deux portes en arc brisé surbaissé, donnant accès au chemin de ronde, qui, ici aussi, passait au-dessus de niches à arcades dans le mur, enfin une large baie cintrée vers l’intérieur du château dans l’angle nord-est un escalier monte vers la terrasse qui devait couronner la tour enfin deux ; ; : ; ; ; corbeaux font saillie sur la face nord de la tour. Dans l’ensemble, le château d’Androusa donne l’impression d’une construction plus soignée que celles que nous venons de voir, et d’un art militaire plus évolué. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une forteresse de montagne, bien qu’il utilise les dispositions naturelles du terrain ; il ne reste pas trace actuellement d’un réduit distinct de l’enceinte ; seule la grosse tour carrée à l’est peut faire figure de donjon. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est d’une part la variété des plans des tours, c’est ensuite la présence des niches dans le mur, destinées à assurer une économie de maçonnerie,
ARCHITECTURE MILITAIRE ET 639 CIVILE enfin des éléments de décor céramique assez dispersés et imparfaits, mais cependant caractéristiques. Ces différents caractères invitent à considérer le château d’Androusa comme postérieur à Akova ou Karytaina. Androusa ne joue vraiment de rôle qu’à partir de la fin du xme siècle c’est alors la résidence du châtelain de la région ; c’est une place importante dans la principauté au xive on peut donc considérer que le château a été construit par les Francs, mais il n’appartient certainement pas à la série des constructions du début ni même peut-être du milieu du siècle. Mistra (pl. 141-146) devient dans la seconde moitié du xme siècle le chef-lieu de la province grecque — puis despotat — de Morée, et la ville principale de Laconie en remplacement de Sparte peu à peu désertée par la population elle garde la même im¬ portance sous la domination turque. Ce site n’était pas habité au début du siècle et le château qui domine la ville est une fondation du prince Guillaume de Villehardouin d’après le témoignage formel de la Chronique de Morée, après la prise de Monemvasie et l’achèvement de la conquête des régions sud-est du Péloponèse bien qu’il ne soit resté en sa possession que quelques années, jusqu’en 1262, il est évident qu’il a dû être construit de façon complète par son fondateur il n’est concevable ni que la construction n’en ait pas été menée dès le début jusqu’à son terme, ni que sur ce rocher le tracé premier ait pu être ultérieurement profondément modifié. Il y a eu sans doute par la suite quelques additions rendues nécessaires par l’usage des armes à feu, mais pas de vrai remaniement étant donné le site, on ne peut y aménager une forteresse moderne. L’effort de défense postérieur au xme siècle a porté sur les fortifications destinées à protéger la ville à mesure que celle-ci apparaît et se développe. Le château lui-même sert encore de poste de surveillance Coronelli y signale une garnison de 18 à 20 hommes mais il n’a plus de valeur militaire pour les Vénitiens en particulier, parce qu’il est trop loin à l’intérieur au début du xvme siècle, c’est, d’après Benjamin Brue, un vieux château ruiné (1). Ces remarques historiques nous persuadent que le château que nous voyons aujourd’hui garde la forme générale qu’avait choisie le prince Guillaume. C’est une forteresse typique de montagne (2). Elle occupe le sommet d’un des contreforts du Taygète, parfaitement isolé par deux ravins abrupts descendant vers la plaine, et du côté de l’ouest, elle est séparée de la montagne qui le domine par un véritable à-pic elle est donc à peu près inaccessible sur trois côtés. Seul le côté faisant face à l’est ou au nord-est, qui regarde la plaine, est en pente moins raide c’est sur ce versant que s’est développée la ville (pl. 142 a-b, 144 a). Le sommet a la forme d’une arête rocheuse l’enceinte qui l’entoure mesure près de 170 mètres de long sur une cinquantaine de large ; elle est orientée suivant un axe sud-est-nord-ouest, qui dessine une légère courbe. Le niveau général du sol s’élève suivant les couches de : : ; ; : : ; ; ; ; : ; (1) B. Brue, Journal, p. 52. (2) Le site et la ville de Mistra, puis à l’époque moderne ses ruines, ont été maintes fois décrits ; il n’entre pas dans notre sujet de nous y arrêter, puisque la ville n’a pu se développer qu’après le départ des Francs. Monuments byzantins de Mistra, pl. i, en a donné un Le château a rarement retenu l’attention : G. Millet, plan au l/500e avec celui de tout le site, ainsi qu’un plan plus détaillé de la partie centrale, pl. 6, fig. 10, et quelques photographies; la description la plus complète est celle d’ Andrews, Castles, pp. 159-172, avec le plan du Portefeuille Grimani, pl. xxxiv. L’article récent de R. Hauschild, Mistra. Die Faustburg Gœthes. Erinnerungen an eine Griechenlandfahrt, Abhandl. des Sachs. Akad. d. Wiss. zu Leipzig, Phil. -hist. Kl., 54, fasc. 4, Berlin 1963, ne présente aucun intérêt archéologique. 42
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 640 rocher du sud et de Test vers le nord et l'ouest. Nous retrouvons des dispositions connues le château comprend une grande enceinte inférieure et un réduit occupant la partie la plus élevée, ici l'extrémité nord-ouest, et non entièrement enfermé dans la première enceinte. L'entrée se trouve au nord (pl. 143 b cf. Millet, op. cii., pl. 7, 1) : c'est un passage traversant un bastion carré (1) et muni de deux portes séparées par une chambre intérieure ; ce bastion est flanqué au nord d'une tour, ornée de grandes arcades aveugles, dont le rôle doit être autant d’épauler le massif de l'entrée que de permettre une meilleure défense (pl. 144 a ; cf. Millet, op. ci/., pl. 7, 3, — Andrews, Castles , p. 170, fig. 183). Le mur qui, en avant de la porte, ferme une petite cour et surveille le chemin d'accès est moderne (2). La grande enceinte est faite d'un mur continu au tracé sinueux sur la face nord et à l'est, alors que vers le sud-ouest il n'y a jamais eu que quelques éléments de murs dans les anfractuosités des rochers. La courtine a été certainement remaniée depuis 1262 et notamment le couron¬ nement ; le seul élément remarquable est une sorte de bastion rond, plutôt qu'une tour, dont le parement extérieur est fait d’une partie inférieure légèrement talutée, d'une partie supérieure verticale en retraite sur la première. Le chemin de ronde n'est pas très élevé par rapport au niveau du sol intérieur ; dans le bastion s'ouvrent trois embrasures, au niveau du sol. L'extrémité sud est occupée par un autre bastion, plus gros et demi-circulaire, muni d'embrasures pour de petites pièces d'artillerie. Dans le réduit, la pointe nord-ouest est elle aussi, au moins dans sa superstructure, de construction récente et a dû être utilisée pour une artillerie de petit calibre. Ces éléments certainement postérieurs au xvne siècle et qui paraissent les plus modernes sont construits dans un blocage dont les pierres petites et non taillées sont noyées dans un abondant mortier peu solide et très blanc. La partie la plus intéressante est la moitié sud-est du réduit (3). L'entrée est une porte simple de 2 m. 07 d’ouverture dans le mur épais de 2 mètres ; le tableau, au sud, a été consolidé par un mur postérieur mais on voit encore, dans l'angle, la pierre percée pour le pivot supérieur d’un battant de la porte et la voûte surbaissée faite de claveaux de poros bien appareillés qui rappellent de très près les parties anciennes des portes de Clermont. A l’intérieur, le petit côté sud-est est occupé par un bâtiment rectangulaire un des angles de ce bâtiment fait, près de la porte, un redan qui la flanque des deux autres qui dominent la basse-cour l'un, à l’est, est dépourvu de toute défense spéciale celui du sud au contraire, au bord du rocher, est aujourd'hui flanqué d’un bastion de forme asymé¬ trique (pl. 145 a-b) un des côtés prolonge la courtine occidentale et il se raccorde par une ligne courbe avec le mur sud ; il n’est pas lié, semble-t-il, avec ce mur et, bien que creuse, cette sorte de tour ne communique pas avec le bâtiment intérieur ; les : ; ; : ; ; : (1) V. la façade vers Castles , p. 169, fig. 182. l’extérieur et la première porte sur notre photographie publiée par Andrews, (2) Au-dessus de la porte d’entrée, un petit ouvrage en avant de l’enceinte proprement dite, destiné à surveiller et à interdire l’accès à cette porte, est peut-être ancien ; mais le parapet continu à meurtrières carrées pour armes à feu est de construction moderne et l’on a dû en même temps faire toute la face extérieure du mur qui ne présente pas de reprise de maçonnerie. (3) C’est cette partie avec la porte de la grande enceinte dont le plan a été publié à plus grande échelle par G. Millet, op. cit., pl. 6 fig. 10 : ce plan n’est pas tout à fait exact : la forme du bastion désigné par la lettre F, par exemple ne correspond pas à la réalité. Le plan indique en noir les parties que G. Millet considérait sans doute comme les plus anciennes.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 641 matériaux dont il est fait ne sont pas différents de ceux du mur, mais, en général, plus petits et pris dans un mortier plus abondant. Le bâtiment lui-même est occupé par une citerne dans sa partie inférieure un escalier extérieur mène à la salle placée au-dessus ; celle-ci n’avait, outre la porte, qu’une fenêtre sur la cour, elle avait une cheminée placée au sud entre deux niches qui sont sans doute des placards ; un passage dans l’angle nord permettait d’atteindre le chemin de ronde qui circule ; dans l’épaisseur du mur sur les deux côtés du bâtiment dominant la basse-cour : cet étroit chemin rappelle ce que devait être dans le premier état le couronnement des murs du réduit de Clermont, du côté où il domine la basse-cour, comme ici. La courtine sud-ouest (pi. 145 b) construite sur le bord des rochers a été abondam¬ ment remaniée, sans que le tracé en ait été modifié deux petites chapelles à nef unique sont accolées contre ce mur ; l’abside de la première passe sur un mur perpen¬ diculaire à la courtine, et celle de la seconde, qui est en contrebas, est simplement appliquée à la première ; la première église n’appartient donc pas aux constructions les plus anciennes, et la seconde lui est postérieure (1). Entre ces chapelles et le bâti¬ ment rectangulaire on discerne nettement, sur le côté intérieur de la courtine, des arcades faites de claveaux de poros, qui ont été aveuglées (pl. 145 c) ce sont proba¬ blement des niches comme celles des murs d’Androusa remplies plus tard pour conso¬ : : lider le mur. Les murs et les bâtiments sont tous d’une maçonnerie à peu près semblable ; les matériaux sont des blocs, à peine taillés, du calcaire dont est formée la montagne même. Il y a toujours des fragments de briques ou tuiles minces, mais assez inégalement répartis, sans qu’il soit possible de distinguer une limite nette entre les parties où ils sont plus abondants et celles où ils le sont moins quelques grosses briques plates apparaissent sur la façade nord du bâtiment sud du réduit. La seule partie qui offre un appareil nettement différent est la superstructure de la tour carrée appliquée à l’est de la porte de l’enceinte au-dessus d’un cordon, légèrement en retrait sur la partie inférieure, s’élèvent aux angles quatre piliers, entre lesquels s’ouvraient des baies aujourd’hui obstruées, correspondant aux grandes arcades qui sont au-dessous ces piliers faits partiellement de pierres de taille régulières avec intercalation délits de briques épaisses, sont certainement postérieurs à 1261, comme probablement toute la tour dans son état actuel. Hors ce cas particulier, les différences d’une époque à l’autre sont visibles surtout à la qualité des mortiers le plus ancien est un mortier légèrement rose dans les parties plus récentes ont été utilisés des mortiers plus clairs, blanc ou jaunâtre ; en général le mortier y est plus abondant aussi et les trous de boulin y sont beaucoup plus réguliers et visibles. Mais cet aspect différent, quand on ne peut le voir qu’à la surface, peut provenir simplement d’un recrépissage, d’une réparation ; : : : ; superficielle, non forcément d’une reconstruction. D’après nos observations, nous croyons pouvoir considérer comme postérieures à 1262 la tour à l’est de l’entrée et, dans son état actuel, la plus grande partie du mur de , Actes du Xe Congrès international d' Études (1) N. B. Drandakès, PP 154-66 et pl. 14-16, a publié les résultats de fouilles faites byzantines , I, Athènes 1954, (Suppl. 7 des .), dans la première de ces deux chapelles, qui lui ont permis de trouver quelques vestiges de peintures qu’il croit pouvoir dater du xme siècle ; mais il ne nous paraît pas possible d’admettre que la chapelle soit antérieure au château : l’abside en effet interrompt un mur perpendiculaire à la courtine et lié avec elle, lequel a dû être démoli pour laisser la place à l’abside.
642 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES l’enceinte extérieure à Test et au sud ; mais la base de ce mur parfois posée sur des assises légèrement débordantes, remonte très probablement à la première construction de Villehardouin. Dans le réduit, seuls le bastion nord, les réparations du mur ouest et peut-être la tour asymétrique de Tangle sud-ouest sont Tœuvre des successeurs du prince, comme, naturellement, les travaux extérieurs qui défendent ou commandent Tentrée de Tenceinte. La conception même de la forteresse, assise sur une arête rocheuse, avec sa basse-cour, son réduit, son corps de logis à l’intérieur du réduit est bien celle du xme siècle. Pour les détails, nous considérons comme caractéristiques les portes aux défenses très simples : la première formée de deux portes en enfilade, est analogue à ce que devait être Tentrée fortifiée du couvent de Zaraka ; nous suppo¬ sons qu’elle était épaulée à Test par une construction plus vaste correspondant aux fondations encore visibles, plutôt que par la tour actuelle dont nous ne trouvons l’équivalent dans aucune construction proprement franque et qui rappelle plutôt la manière de construire des xive ou xve siècles, par exemple le clocher d’une église appliquée contre une des enceintes à Mouchli (1). La porte du réduit est encore plus simple, défendue seulement par un petit redan sa voûte surbaissée, soigneusement construite, peut très bien dater du xme siècle, comme les arcades de poros dans le mur ouest, comme le bâtiment d’habitation au sud. Ces éléments ont été utilisés par les Grecs et par les Turcs, mais ils nous viennent de l’époque du prince Guillaume de ; Villehardouin. On s’en rend nettement compte si Ton compare la forteresse avec les ruines de la ville étagées sur le versant les fortifications y présentent beaucoup plus de variété dans les formes des tours, dans le décor céramique de certaines d’entre elles, surtout dans les dispositions des portes le mur inférieur entre l’église de la Péribleptos et la tour de la fontaine de Marmaria, a des mâchicoulis et, à l’intérieur, des niches à arcades, qui ont été appliquées d’ailleurs contre un premier mur plus mince, plus bas et déjà crénelé. Au milieu des constructions de toute une ville, le seul édifice qui ait été consi¬ déré comme pouvant dater de la courte période de la domination franque est un corps de bâtiment à l’extrémité sud de l’aile orientale du palais du despote (pl. 146 a-b); c’est un vaste rectangle de 5 m. 50 sur 15 composé d’une grande salle voûtée en berceau au rez-de-chaussée, et d’un premier étage couvert en charpente à l’une des extrémités, une autre salle plus petite est également voûtée, mais d’un berceau transversal ; elle portait une sorte de tour un peu plus élevée que le reste du bâtiment les fenêtres, assez nombreuses sur la façade ouest, sont en arc brisé (2). C’est certaine¬ ment la partie la plus ancienne de cet ensemble complexe qu’on appelle le palais des despotes : si Ton pouvait avoir la certitude que c’est Tœuvre du prince, ce serait Tunique résidence non fortifiée qui survivrait du xme siècle franc. Géraki est un autre type de forteresse de montagne (fig. 13 et pl. 154-155) mais le site est moins précipitueux que celui de Mistra. Nous l’avons déjà décrit et nous en avons résumé l’histoire à propos de ses églises. Le château occupe un sommet qui n’est absolument inaccessible sur aucune de ses faces, mais facile à défendre, sauf du côté sud, où la montagne se prolonge. De ce côté il présente un mur à tracé rectiligne flanqué de deux tours carrées (pl. 154 a). Partout ailleurs le tracé est beau : ; ; ; ; (1) Cf. (2) Ce III-IV, 1958-1959, pp. 294-295, pl. 12. K. N. Moutsopoulos, ., bâtiment a été publié par A. K. Orlandos, ABME, III, 1937, pp. 16-31.
Géraki. du Plan Fig. 13. château. —
644 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES coup moins régulier, il suit une ligne sinueuse pour utiliser au mieux le terrain rocheux. Cette enceinte limite une aire à peu près plane de 125 mètres environ de long sur une soixantaine de largeur maxima (1). Il n’y a pas trace, à l’intérieur, d’une seconde enceinte ou d’un réduit, mais seulement les vestiges de divers bâtiments et l’église Saint-Georges dont nous avons parlé. L’entrée se trouve à l’ouest le chemin d’accès longe le mur en venant du sud et, par une rampe, atteint la porte, simple ouverture cintrée dans la courtine ; la largeur n’en est que de 1 m. 35 entre les piédroits de l’encadrement. Au-dessus le mur montre les éléments d’un décor très fruste en céramique et deux niches peu profondes (pl. 155 c). Le mur d’enceinte est épais en moyenne de 1 m. 50 à 1 m. 70 (il ne mesure que 1 m. 35, son tracé est en général sinueux, et ne présente que rarement à la porte d’entrée) des angles vifs. Au nord est ménagé un petit passage, large d’un mètre : ce devait être une poterne où l’on descendait, de l’intérieur, par quelques marches. Un peu à l’est se conserve un pan important, haut encore de 4 mètres au-dessus du sol intérieur ; il offre des niches à arcades cintrées au-dessus desquelles passe le chemin de ronde qui garde son parapet crénelé pourvu de larges créneaux (1 mètre à 1 m. 30) chape¬ ronnés avec une pierre fichée au sommet (pl. 154 b) ; des bâtiments lui étaient adossés. A l’est, un autre pan conservé sur toute sa hauteur était pourvu d’un escalier permet¬ tant de monter au chemin de ronde (pl. 155 b). Le côté le plus intéressant est le côté sud ; le mur est plus régulier, mais les besoins de la défense ont obligé à le consolider ; on distingue deux et parfois trois épaisseurs accolées ; la partie extérieure est d’un aspect imposant, avec sa base légèrement talutée et avec son parapet presque intact : les merlons chaperonnés de 1 m. 35 de large, alternent avec des créneaux de 0 m. 66-67 ; au-dessous court une rangée de corbeaux destinés à soutenir des mâchicoulis, ils sont faits de deux blocs en encorbellement, dont chacun est profilé en quart-de-rond (pl. 154 c-d) ; il reste les vestiges d’une petite huchette (2). Une tour carrée de 4 m. 25 de côté est appliquée contre le mur à l’ouest : elle contient une chambre voûtée, de 2 m. 60 de côté, pourvue de quatre meurtrières. La tour carrée du sud-est, aujourd’hui à demi ruinée, était un peu plus grande, la chambre avait environ 3 mètres de côté, et surtout elle a été plusieurs fois rhabillée on distingue ici au moins trois couches de maçonnerie accolées. C’est donc une forteresse de dimensions relativement modestes, de plan simple. Elle a été manifestement remaniée ou réparée, mais ces réparations n’ont pas modifié le tracé ; on décèlerait sans doute facilement les traces d’un changement dans les dispositions de défense s’il y en avait eu les travaux ont consisté seulement dans la reconstruction ou le renforcement de certains pans de murs. Les maçons se sont servis naturellement des matériaux qu’ils avaient sous la main, le calcaire dont est formée la montagne ; aussi tous les murs présentent-ils un aspect à peu près semblable dû à l’emploi de blocs irréguliers de formes et de dimensions, liés avec un mortier à peu près uniforme. Toute la construction est d’ailleurs peu soignée ; ni les escaliers, ni le chemin de ronde ne sont tracés suivant des lignes nettes. Mais un examen un peu plus attentif permet de voir que certaines parties sont presque complètement dépourvues de ; ; : ; de (1) Le plan que nous donnons est un croquis levé à la boussole et au pas ; R. Traquair situation où le château est à très petite échelle, Med. Fortresses, II, p. 262, fig. 2. (2) Cf. Traquair, l.L, p. 260 fig. 1. a donné un plan
ARCHITECTURE MILITAIRE ET 645 CIVILE fragments de céramique, que ceux-ci sont abondants ailleurs, les premières sont tou¬ jours celles qui, logiquement, ont dû être construites d’abord. Aussi en sommes-nous venu à l’idée que les parties dont la maçonnerie ne contient pas de céramique sont les plus anciennes et appartiennent à la construction primitive, celle des barons de Nivelet ; si l’on n’a pas alors utilisé de fragments de briques, c’est, croyons-nous, simplement parce que les maçons n’en trouvaient pas sur place ; et l’explication la plus simple c’est que le site n’étant pas habité alors, il n’y avait pas de tuiles ou de poteries brisées : nous avons indiqué plus haut que, à notre avis, l’église de Saint-Georges même n’avait probablement pas été construite avant le xme siècle ; au contraire, plus tard, quand dans le cours du xive ou du xve siècle, on a réparé, renforcé les murs, le village établi auprès a pu fournir sans difficulté des tessons que les maçons ont employés ; à la porte même, ils se sont même essayés alors à faire un décor élémentaire. C’est à ces parties plus récentes qu’il faut attribuer le parement extérieur du mur sud avec les corbeaux pour mâchicoulis, le mur nord avec ses niches à arcades portant le chemin de ronde. Ces trois exemples Androusa, Mistra, Géraki, nous suggèrent quelques remarques pour les forteresses de montagne, on peut logiquement admettre que, même si elles ont été utilisées après la fin de la domination franque, le tracé n’en a pas été modifié par ses successeurs ; d’autre part les niches à arcades ménagées dans le mur pour économiser la maçonnerie apparaissent seulement dans des constructions qui semblent postérieures à 1260. Nous trouvons aussi à Géraki une confirmation du principe que le choix des matériaux n’est probablement pas le résultat d’un propos délibéré, mais dépend des ressources locales immédiates ; enfin, à notre avis, l’emploi de la brique pour un décor un peu évolué comme à Androusa ou même primitif comme à Géraki, suppose une main-d’œuvre grecque et se rencontre plutôt sur des monuments posté¬ rieurs au début de l’occupation franque. : B. Forteresses moindres pouvant être attribuées aux Francs Malgré les différences qui les distinguent, les ensembles fortifiés que nous avons décrits ont un trait commun : on peut en attribuer la construction aux seigneurs d’origine occidentale soit au début soit vers le milieu du xme siècle, ou peu après. Certains n’ont été occupés que peu de temps par leurs fondateurs, la plupart ont subi quelques remaniements ou additions, mais aucun n’a été profondément transformé ; ils restent caractéristiques de l’art militaire de cette époque. Beaucoup d’autres châteaux peuvent être considérés comme contemporains ; mais souvent leurs dimen¬ sions réduites, leur caractère élémentaire et fruste, leur état de destruction en font des monuments beaucoup moins intéressants que les premiers décrits. Il serait fasti¬ dieux et de peu de profit de les énumérer un à un et de les décrire tous ; nous tenterons de les classer en quelques grands groupes. Rappelons d’abord l’existence de certaines fortifications sur lesquelles nous ne nous arrêterons pas. Ce sont en premier lieu les enceintes faites seulement d’un mur de pierres sèches, entassées sans être taillées, de façon à isoler l’extrémité d’un rocher ce sont par exemple le kastro de Yaltesiniko, celui de Sarakinokastro au-dessus :
646 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES Chalandritsa, ou encore celui de Kakavouléri en Cynurie, près de Vourvoura (1) pourrait allonger la liste, cela n’offre pas d’intérêt car ces vestiges sont indatables, on ce sont des refuges de montagne qui ont pu servir à toutes les époques, dans l’antiquité de : ; peut-être déjà, à l’époque des invasions slaves ou encore pendant les guerres de l’Indépendance. On ne peut en tout cas les considérer comme des œuvres de l’archi¬ tecture militaire franque en Morée. Nous n’étudierons pas davantage les châteaux qui ont bien été fondés au xme siècle par les seigneurs francs, mais dont l’aspect actuel correspond à une époque tout à fait différente de l’architecture militaire ; l’exemple le plus caractéristique est le château de Passavant (pi. 152 a-b) certainement fondé par un des barons de la principauté, Jean de Nully, mais qui dans son état actuel, avec sa forme régulière, ses grosses tours rondes, ne peut remonter au xme siècle. Enfin nous ne reviendrons pas sur des forteresses d’importance moindre que nous avons eu l’occasion de citer mais qui ne sont mentionnées dans les textes que lors d’événements du xive ou du xve siècle, alors que les régions où ils se trouvent ne font plus partie de la principauté c’est le cas de Zarnata, bien que citée déjà en 1278, de Mouchli, de Léontari (pl. 148, 2, 163, 2-3), de Davia, ni d’une manière générale sur toutes les constructions dont l’état actuel ne peut remonter au-delà de l’époque turque ou vénitienne, telle la petite forteresse d’Astros ou Kelefa (2). Le type normal des châteaux qu’on peut attribuer au xme et au xive siècle, est celui d’une forteresse perchée sur un sommet rocheux les versants à pic dispensent de construire une partie des murs d’enceinte. Au plus haut se dresse une tour, le plus : ; souvent carrée de dimension assez variable ; elle est creuse et contient généralement une citerne à demi enterrée (3). Cette tour peut être isolée au sommet et l’enceinte forme alors une cour qui l’entoure. Mais le plus souvent la tour est sur un côté de l’enceinte même, dont elle constitue l’élément le plus fort, assis toujours au point le plus haut qui est souvent aussi celui qui domine le col rattachant le sommet aux autres monta¬ gnes. Auprès du château, sur le versant dont la pente n’est pas trop rude, sont en général les vestiges des maisons d’un village qui s’était développé sous sa protection. On peut rattacher à ce type des sites d’importances très diverse. Un des exemples les plus simples est celui du kastro de Smerna où nous reconnaissons Araklovon (fig. 14 et pl. 77) : il se compose d’une tour carrée de 9 mètres sur 10 placée au milieu d’une petite enceinte polygonale de 35 à 36 mètres de large sur la pointe d’un rocher ; l’entrée devait être au sud-ouest c’est là qu’aboutit le sentier qui monte en contour¬ nant le rocher par le nord de ce côté nord, à mi-hauteur, il passe devant une grotte aménagée en une chapelle consacrée à la Vierge, puis il s’élève en écharpe sur le flanc ouest, traversant les ruines d’un village apparemment abandonné depuis fort long¬ temps. Un site beaucoup plus célèbre, comme Santaméri (pl. 54, la-b), n’en diffère pas profondément le village couvrait une aire très étendue comme on peut l’attendre : ; ; (1) Cf. supra , pp. 396, 460, 514. A propos de cette dernière enceinte, une tradition locale rapporte que les gens du pays qui s’y étaient réfugiés se défendirent un jour contre leurs assaillants en jetant sur eux le lait des euphorbes qui poussent en abondance sur ces rochers, lequel passe pour rendre aveugle ; le caractère folklorique d’un tel récit s’accorde bien avec l’absence de toute donnée historique sur le site. (2) Cf. pour Passavant, Zarnata, Kelefa, supra , pp. 507-508. Sur les ruines, V. Andrews, Castles , pp. 24 27, 36-39. (3) Bien que modernisé depuis sa construction au xme siècle, le château de Penteskouphi près de l’Acrocorinthe répond au même programme, cf. Corinth, III, 2, pp. 265-267.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE Fig. 14. — Smerna. Plan du château. 647
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 648 d’une agglomération comptant en 1391 le chiffre considérable de 500 feux, qui est le plus élevé qui nous ait été donné pour cette époque ; mais les maisons en sont presque complètement détruites et il en est de même du château. On peut cependant en reconnaître quelques éléments. La forteresse était à peu près exactement au-dessus du village actuel, sur un petit sommet isolé dans la partie nord de la chaîne en dents de scie à laquelle les Saint-Omer ont donné leur nom (pl. 54, la : le château occupe la première petite pointe à gauche) ; le village médiéval se développait au nord et au dessous ; la route la plus commode pour y monter vient du nord, des sentiers plus raides montent de l’est où se trouve le village de Chantzouri (1) et de l’ouest, où, sur le versant, sont plusieurs églises ; ces divers chemins se rencontrent sur une sorte de replat de la ligne de faîte : au sud le rocher s’élève, tombant à pic vers l’ouest, c’est sur cette pente que commence le village protégé par un mur d’enceinte, visible par endroits, qui l’entourait au nord et à l’est. Le kastro occupe tout le sommet d’un cône assez ardu à escalader ; la photographie pl. 54, lb est prise sur l’emplacement même du château en direction du sud ; aucun mur ne s’est conservé au-dessus du niveau général du sol, ce qui permet de voir la suite de la chaîne et, à droite la vallée qui s’en va vers Portaes. Sur les bords de la petite plate-forme de 25 mètres de largeur sur une quarantaine de long restent quelques fragments de murs arasés, dans les parties où l’à-pic ne les rend pas inutiles ; sur un côté on discerne la forme d’une chambre de 4 m. 50 sur 10 m. 20 dont les parois sont stuquées : ce devait donc être une citerne. Telle était la modeste forteresse élevée par le puissant Nicolas de Saint-Omer sur la Montagne des Aventures. C’est à ce type qu’il faut rattacher toute une série de châteaux. Quelques-uns se réduisent aujourd’hui à un amas informe de maçonnerie ou à des vestiges trop dispersés pour qu’on puisse restituer le plan, tels sont ceux du mont Palaiokastro, près d’Andrit saina, de Paliakoumba au-dessus de Platiana (2), de Karyès dominant le bassin de Mégalopolis, le Kastraki de Berekla, ceux d’Argyrokastro au-dessus de Magouliana, de Sidérokastro en Messénie, de Polyphengos près de Némée, de Damala au-dessus de l’antique Trézène (3) et bien d’autres ; sur certains sites, les vestiges sont un peu plus importants comme celui de Zoumpela dans la vallée du Ladon ou la ruine située à l’ouest d’Arachova de Laconie, que nous avons déjà décrits (4). En voici deux autres, assez différents l’un de l’autre, dont les ruines sont plus intéressantes. Le château désigné par le nom actuel de Chrysouli (fig. 15 et pl. 75-76) compte, cause de sa situation, parmi les forteresses où l’on a voulu reconnaître Araklovon (5). à Il est placé sur un rocher de forme régulière dont les versants tombent de façon très raide sur trois côtés (pl. 75 a, 76 a) ; vers l’ouest la pente est également raide, mais ne se prolonge pas aussi bas, car de ce côté le rocher se rattache à la montagne voisine par une assez large étendue plate, bien visible sur la fig. 67 d’E. Meyer. Des ruines de (1) C’est un peu au-dessous du village, de ce côté et près du sentier que se trouve une petite église . Sur l’autre versant, un trou dans le rocher a été aménagé, aménagée dans une grotte, avec des logements de part et d’autre comme pour un système de fermeture. (2) Sur ce site, v. E. Meyer, Neue Pelop. Wander ., pl. III, fig. 48, 51 ; cf. supra, p. 391. (3) V. pl. 78,1, 79,2, 82,2, 88,3 a-b, 127 a-b, 131,1 a-c, 164,1. (4) V. pl. 87,1 a-b, 159,2. (5) Cf. peu exact. Meyer, Neue Pelop . Wander ., pp. 53-55, fig. h.-t. 65-67, 69, et plan pl. IV, très sommaire et
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE \\ 1/ O 10 2.0 JO 40 Fig. 15. — Chrysouli. 649 __ JO-M. Plan du château. maisons sont dispersées entre les arbustes et les arbres sur tout le versant ouest où un sentier assez rude, en zigzags, monte au kastro ; c’est le village ruiné qui porte propre¬ ment le nom de Chrysouli. Au sommet, on pénètre dans le château par une entrée qui traverse un passage voûté de 3 m. 60 à 3 m. 90 de large sur 6 mètres de long. L’aire occupée par l’enceinte mesure environ 50 mètres sur 90. Malgré l’état de destruc¬ tion, on reconnaît deux parties distinctes : une première enceinte s’étend à l’ouest et au nord ; l’élément essentiel en est un grand bâtiment qui en forme l’angle nord-est on y reconnaît deux chambres parallèles, de 6 m. 50 sur un peu plus de ÎO mètres de long (pl. 75 b) ; le mur extérieur, qui forme l’enceinte, a 2 m. 15 d’épaisseur. La seconde partie du château est à un niveau un peu plus élevé ; elle contient les restes d’un donjon : totalement écroulé de 6 mètres sur 8 environ et d’une citerne carrée et voûtée. Un fragment de l’enceinte est visible au sud-ouest, c’est une tour placée curieusement contre un rocher — on attendrait plutôt qu’elle fût placée sur le rocher, pour être d’autant plus haute — ; elle fait une saillie de 5 m. 50, elle est creuse et l’étage inférieur est couvert d’une voûte (pl. 76 b-c). Toute la construction est faite du même appareil de petites pierres de calcaire local assez irrégulières, avec de rares fragments de
650 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES briques minces (1). Le «château de la Belle» près de Hagios Ioannès en Cynurie (pl. 159, 2-160, la-b), dont les ruines avaient vivement frappé Buchon (2), occupe le sommet d’une montagne de forme régulière à l’ouest, mais bien isolée et coupée par un à-pic au nord ; au sommet est une tour carrée de 6 m. 65 de côté, contenant une chambre de 3 m. 23 de côté (pl. 160, la) ; à l’est s’étend une étroite plate-forme jusqu’au bord du rocher qui tombe à pic. Vers l’ouest, en contrebas se développe l’enceinte qui enferme un espace assez étroit et allongé vers le sud. L’appareil est fait de pierres non taillées de dimensions très irrégulières, presque sans briques. Le mur est coupé par une porte de 2 mètres de large ; vers le nord, il est percé d’une ouverture de 1 m. 24 de haut sur 0 m. 54 couverte d’un linteau droit, qui peut être une poterne l’embrasure large de 0 m. 95 mesure 1 m. 95 de haut et est curieusement couverte de deux grands blocs obliques qui se contrebutent. On peut voir aussi sur la face interne du mur un escalier double, très grossièrement construit, pour monter au chemin de ronde (pl. 160, lb). Au-dessous sont dispersées les ruines d’un village. Ce qui frappe ici, comme dans d’autres forteresses, même de plus importantes comme Géraki, dans certaines parties, c’est la maladresse de la construction, par exemple de l’escalier ou un kastro de ce genre est évidemment l’œuvre de maçons de la fenêtre-poterne locaux travaillant à leur manière et sans même un maître d’œuvre pour les diriger ce n’est pas le cas, en général, pour les forteresses que nous croyons pouvoir attribuer ; : ; avec certitude aux Francs. Dans les forteresses de montagne, comme le sont la plupart des châteaux que nous étudions, les murs, pour suivre le bord irrégulier du rocher, ont souvent un tracé sinueux, parfois discontinu, le mur paraissant inutile quand le rocher est tout à fait à pic. Parfois ce tracé sinueux a été adopté sur un terrain où l’on attendrait des murs droits ou du moins plus réguliers. C’est le cas au kastro d’Aétos en Messénie à une heure environ du village actuel de ce nom, dans un lieu très désert se trouvent les vestiges d’un château très ruiné (fig. 16 et pl. 98, 2) qui doit être celui que mentionnent les textes au xive siècle et qui a dû être abandonné dès le siècle suivant ; on peut distinguer au sommet de l’éminence rocheuse qui le porte un donjon carré, isolé au milieu d’une petite enceinte ; un second mur flanqué de tours carrées constitue une enceinte plus basse de 45 mètres de large sur environ 90 de long ; il y avait peut-être un troisième mur au nord-ouest ; l’état de ruine est tel que les murs faits de petits blocs de pierre irréguliers se distinguent à peine sur le sol rocheux. Les pentes assez douces n’imposent pas le tracé des enceintes ; aussi est-on frappé de constater que le tracé adopté ne comporte pas de lignes droites, il ne présente pour ainsi dire pas d’angles vifs ; il semble que les maçons, sans que rien ne les y ait obligés, aient eu le souci d’amortir les angles, et préféré partout des formes courbes, tout en gardant le plan carré pour les tours. On peut à ce propos en rapprocher Beaufort, ou Leutron (3), construit par : grotte en contrebas au nord, cf. N. K. Moutsopoulos, 226-227. L’auteur, qui identifie Chrysouli avec Araklovon à la suite de N. A. Bees, date la chapelle du xme siècle d’après le style des vestiges de peinture. (2) Buchon, Grèce et Morée , pp. 398 et suiv. ; il identifiait ce château avec Saint-Georges, qui se trouve en réalité aux confins de la Skorta, Recherches, I, pp. lxiv, 379, cf. supra, pp. 386-387. (3) Sur le site, cf. supra, p. 504 ; bien qu’il soit antique, rien dans la forteresse ne semble provenir de l’antiquité. On trouve quelques blocs antiques dans le village voisin. (1) Une chapelle est aménagée dans une , .
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE G H* Fig. 16. — Aétos. Plan du château. 651
652 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES Guillaume de Villehardouin dans la Gisterna, au sud-est de Kalamata (pl. 147-148, la-c). Le rocher qui, tout près de la mer, sert d’assiette au château est une plate-forme bien découpée qui laissait moins de liberté au constructeur que la colline d’Aétos ; la forteresse est très ruinée et les murs sont presque partout arasés. On voit cependant encore les dispositions de l’entrée, simple ouverture, surveillée par une petite tour carrée, les traces d’une division intérieure séparant le réduit d’une cour plus vaste. Et, comme à Aétos, on est frappé par l’absence d’angles vifs il semble que le bord de la plate-forme n’imposait pas toujours ces formes courbes. Toutes ces constructions sont en général très frustes on n’y relève pour ainsi dire aucun détail présentant un certain style, ni même aucune disposition trahissant autre chose que le désir d’entourer de la façon la plus simple un sommet d’un mur de défense. Il faut cependant signaler diverses exceptions. Oléna, à l’est de l’Élide, en fournit une le village médiéval devait occuper une vaste plate-forme aux parois abruptes, donc facilement défendable (pl. 55, 2a) (1), mais la population a aujourd’hui abandonné cette place, et comme le sol est fertile, il est cultivé et il ne reste pour ainsi dire pas de traces d’habitation si ce n’est des tessons abondants ; il n’y a pas non plus de vestiges de murs au bord du plateau, soit qu’on ait jugé inutile d’en construire, soit que des éboulements les aient entièrement fait disparaître. Un seul fragment subsiste, tout à fait à l’est, c’est une porte de l’enceinte médiévale (fig. 17 et pl. 55, 2b). Elle devait s’ouvrir entre deux bastions, car elle est constituée par un passage d’une lon¬ gueur exceptionnelle, 8 m. 60 ; on peut supposer aussi que de ce côté existait une construction importante et que, comme c’est le cas à Clermont, le passage en traver¬ sait le rez-de-chaussée. Il est entièrement couvert d’un berceau brisé, en beaux blocs de poros appareillés, tandis que les murs sont d’une maçonnerie moins soignée ils se composent de différentes parties plus ou moins hautes, séparées, par des arcades toutes de même tracé ; la voussure en est faite, avec soin, de claveaux extradossés, au-dessus desquels sont placées quelques briques qui ne forment pas une ligne continue. En venant de l’extérieur, les battants de la porte placée en arrière d’une herse étaient fixés par des pivots dont le logement supérieur en pierre est encore visible, comme à Clermont ou au réduit de Mistra ; dans la partie intérieure la voûte est soutenue par un arc doubleau, puis une arcade, large de 1 m. 32 comme la porte, permet de passer dans la partie occidentale beaucoup plus haute ; le mur au-dessus de cette arcade est décoré d’une niche dont l’archivolte de pierre est entourée d’un cordon de dents de brique, faisant un arc légèrement brisé, et dont la pierre d’appui est un marbre byzantin sculpté de petits motifs, croix, étoiles, palmettes, entourés d’un rinceau. Ce fragment d’architecture fait regretter la disparition du reste de la construc¬ tion, car on a l’impression d’être en présence d’un exemple très caractéristique et intéressant de cet art mixte franco-grec dont les témoins sûrs restent assez peu nom¬ breux. Il peut fort bien dater d’une époque assez haute, en tout cas d’avant la fin ; : : ; du xme siècle. Nous terminerons cette rapide revue des forteresses d’importance secondaire par quelques monuments qui présentent certains éléments plus intéressants ou un (1) Cf. sur le site A. Bon, BCH, LXX, 1946, p. 29.
ARCHITECTURE fill» Fig. 17. — Oléna. MILITAIRE ET _ CIVILE !_ 653 I- 1 Porte du château. Coupe et plan. - 1 - 1 - 1
654 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES plan plus étudié ce sont les châteaux de Dimandra, de Pèdèma et de Mêla en Messénie, de Myloi de Lerne et de Hagionori en Corinthie-Argolide, enfin de Zaraphon en Laconie. Nous avons reconnu (1) le château de Dimandra dans les ruines situées au-dessus des Kalyvia de Garantsa un haut rocher se dresse entre les ravins de deux torrents descen¬ dant vers la plaine de Messénie il est abrupt sur toutes ses faces sauf au nord-est où il se rattache à la montagne par un col (pl. 80, 3, 81 a). Le versant nord-est, dès que la pente le permet, porte des traces d’habitation, ruines de maisons, terrasses de soutènement. En haut du rocher, le kastro jouit d’une vue très étendue sur la Messénie il comporte deux enceintes, faites tout entières dans cette maçonnerie à mortier déjà souvent décrite. L’enceinte extérieure est assez vaste; la seule partie bien visible est un grand mur rectiligne, épais de 1 m. 60, qui fait face vers le nord-est (pl. 81 b-c) un pan est bien conservé avec une tour carrée, creuse, en saillie sur la courtine ; la chambre intérieure au rez-de-chaussée n’est pas accessible et devait servir de citerne. Dans le mur sont percées, au niveau du sol, des meurtrières, à grandes embrasures cintrées comme celles de Karytaina, mais l’embrasure en est très haute. Cette partie du ; ; ; ; ; château contient les ruines de nombreuses maisons, dont certaines à demi creusées dans le rocher, à cause de la pente, des citernes, les fondations d’une petite église à abside ronde. Au bord méridional, on remarque un grand bâtiment rectangulaire, dont les murs longs ont chacun deux embrasures (de fenêtres ou de niches ?), et immé¬ diatement à l’ouest une curieuse citerne ovale creusée dans le rocher, soigneusement stuquée et autrefois couverte d’une voûte très surbaissée. L’ensemble du château a une forme à peu près triangulaire. A l’angle nord, le plus élevé, est une petite plate¬ forme limitée elle aussi par des à-pic de tous les côtés sauf au nord-est où elle est fermée par la partie supérieure du grand mur rectiligne ce réduit contient une petite cour carrée avec un donjon, carré lui aussi, mais qui n’est pas accolé au mur d’enceinte toute cette partie du château est d’ailleurs à peu près arasée, et l’on ne voit pas exactement où se trouvaient les portes. C’était en tout cas une forteresse solide, avec cependant la ses deux enceintes et son réduit, et l’agglomération a été importante population a dû abandonner ce site quand ces fortifications n’ont plus eu de raison d’être, pour se retirer dans une autre site, aussi haut, mais plus dissimulé dans la montagne au nord-ouest, où est le village actuel de Dimandra, ou, plus bas, dans la plaine. Le kastro de Pèdèma (pl. 107 a-c) occupe un site assez curieux il domine presque à la verticale les marais de Hagios-Phloros, et le rocher sur lequel il est perché est séparé par une sorte d’énorme fossé naturel d’une falaise qui le domine lui-même à l’est c’est une véritable guette, admirablement située pour surveiller la plaine de Messénie qui s’étale à l’ouest. Le château occupe tout le sommet du rocher, long de près de 100 mètres, orienté à peu près nord-sud (fig. 18) au nord, il n’a que la largeur du donjon, 6 mètres il s’élargit peu à peu, mais n’a plus d’ampleur que dans la partie sud. Au nord se trouvent le réduit avec le donjon de 6 mètres sur 8, aux murs épais de 1 m. 20, et un autre bâtiment où est ménagée une petite citerne (2 m. 25 sur 4 m. 20) stuquée et couverte d’une voûte surbaissée. La porte du château devait être tout près du réduit à l’est. Dans la partie étroite de l’enceinte, les murs sont ; ; ; : : ; ; (1) Cf. supra, p. 388, mais nous avons signalé pp. 440-441 que c’est dans cette région que placé le site de Grebeni mentionné au xive siècle. doit être aussi
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RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 656 rasés au niveau du sol intérieur, mais on reconnaît encore au sud-est un grand bâtiment rectangulaire divisé en deux compartiments par un mur de refend dans le sens de la longueur. Enfin la partie méridionale, beaucoup plus large, garde des pans de mur encore assez élevés, en particulier au sud où la courtine est flanquée d'une tour et à l'est. La tour, carrée, de 5 m. 40 de front sur 3 m. 60 de saillie, interrompt le chemin de ronde ; elle contient au rez-de-chaussée une chambre voûtée en berceau brisé, entourée d'une banquette de pierre et ouverte vers l'intérieur du château à l'est de la tour, contre le mur restent des piliers autrefois réunis par des arcades asymétriques portant un escalier d'accès au chemin de ronde, visible sur la photo pl. 107 b. Dans le mur est, il faut noter des niches à arcades analogues à celles d’Androusa larges de 1 m. 65 à 70, profondes de 0 m. 90 ; l'arcade, à peu près demi-circulaire, est faite de pierres taillées grossièrement alternant avec des briques épaisses. Le reste de la maçonnerie est un blocage de petits moellons de calcaire non taillés. Le détail intéressant ici est précisément la présence de ces niches dans le mur. qu'il soit l’œuvre des Francs ou des Grecs, n'a pas dû être construit château, Le avant le dernier tiers du xme siècle, au plus tôt. Les niches ont leur équivalent à Androusa, et même la disposition de la tour. Ce n’est pas un détail exclusivement local et propre à la Messénie, puisque nous avons vu des niches à Géraki et dans des murs plus récents de Mistra mais nous ne l'avons rencontré que dans des constructions qui peuvent être considérées comme postérieures au milieu du xme siècle. Les châteaux de Mêla en Messénie, de Myloi de Lerne, et de Hagionori, auxquels nous joindrons le fortin de Zaraphon, frappent par leur plan plus rigoureux qui tend à une forme nettement polygonale. Près de Mêla, une petite enceinte fortifiée est placée sur une simple colline aux pentes douces elle dessine un quadrilatère de 25 mètres sur 42, 50 (fig. 19 et pl. 106 a-b, cf. la gravure pl. XV de V Atlas de VExp. scient, de Morée sous le nom de Palaeoklephto). Au milieu de trois des côtés s'élèvent ; : ; ; , trois tours hautes, à deux étages ayant chacun une ou plusieurs meurtrières. La plus importante comprend une citerne enterrée, un rez-de-chaussée avec porte d’accès et, vers l'extérieur, trois meurtrières, un étage avec deux fenêtres la tour au sud ouest est simplement collée contre le mur celle du sud-est, renforcée par un talus à la base, a trois fenêtres et deux meurtrières. D’autres ouvertures sont percées dans les murs ; les unes sont des meurtrières à embrasure cintrée dans l’embrasure d'une fenêtre couverte d'une arcade surbaissée sont ménagées deux banquettes une autre ouverture étroite est percée au fond d'une niche semi-circulaire voûtée en cul-de-four ; contre un des murs auquel un bâtiment était adossé se voit aussi une cheminée. On devait entrer par le côté nord-est aujourd’hui détruit de ce côté aussi, on voit à l'extérieur les vestiges d'un mur plus mince d’assez mauvaise qualité qui formait une enceinte inférieure dont l'entrée se trouvait à l’angle sud. Plus loin à l'ouest subsiste, isolée, une porte : c'est un passage de 2 m. 75 de large, long de 3 m. 25, entre deux massifs de maçonnerie elle garde encore sa voûte cintrée ; il est très probable que c'est le témoin d'une grande enceinte disparue, remplacée plus tard par celle que nous venons de signaler. Quelle date attribuer à cet ensemble ? Certains éléments, la fenêtre avec ses banquettes, les meurtrières à embrasures cintrées sont à dater de l'époque franque plutôt que de toute autre ; mais les grandes tours dominant la courtine, caractéristiques de ce petit château, appartiennent à une époque postérieure au début du xme siècle ; elles s’apparentent à la tour ouest de ; ; ; ; ; ;
Fig. 19. Mêla. Plan du château,
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 658 l’enceinte fortifiée d’Androusa. D’après ces éléments on peut penser que le kastro de Mêla date du dernier tiers du xme siècle ; historiquement cette époque est acceptable, car c’est le moment où cette région doit se défendre contre les incursions des Esclavons du Taygète et des Grecs de Mistra ; d’après le site, on peut admettre que c’est bien le Châteauneuf que fît construire la princesse Isabelle de Villehardouin (1) les caractères archéologiques concordent avec les données historiques et topographiques pour confirmer l’identification proposée. A la différence des châteaux dispersés dans les montagnes, celui-ci, bien placé pour garder le passage de la plaine de Messénie vers la région côtière d’Arkadia, a peut-être été occupé et entretenu, sinon modifié, par les Turcs ; ceux-ci ont pu laisser disparaître l’enceinte plus vaste pour eux ce devait être une petite forteresse destinée à surveiller le pays, non à en abriter le cas échéant la population. D’après la gravure de V Expédition scientifique de Morée il était aban¬ : : , donné en 1825. Sur la colline de forme régulière qui domine le site antique de Lerne, en Argolide, conservent les ruines d’un château qui est selon toute probabilité celui qui portait au moyen âge le nom de Kyvéri (fig. 20 et pl. 140 a-d) (2). Il jouit d’une vue qui, sans être aussi ample que celle de la Larissa d’Argos, est cependant fort belle. Le sommet, aux formes relativement douces, est entouré d’une enceinte polygonale formant un hexagone presque régulier, de 35 mètres de large. Aux angles sont placées des tours pleines, de dimensions variées (3 m. 40 à 6 m. 10 de front) de forme souvent irrégulière elle sont quadrangulaires, mais plusieurs sont asymétriques ; à deux angles seulement, les tours sont creuses et simplement appliquées contre le mur ce sont celles sur lesquelles s’appuie la courtine de la basse-cour. Au centre de l’enceinte supérieure s’élevait un donjon rectangulaire contenant une citerne. Au sud, un léger mouvement du terrain donne l’impression que le mur était précédé à une certaine distance d’un fossé. Au nord s’étendait le village dont il reste de nombreux vestiges, à l’abri d’un rempart construit suivant un plan polygonal et flanqué de tours rectangu¬ laires pleines, analogues à celles du réduit ; parmi les ruines de maisons, on reconnaît au moins trois églises ou chapelles. C’est donc un ensemble très homogène, malheu¬ reusement assez mal conservé (on ne reconnaît pas la place des portes, on ne peut savoir si les tours s’élevaient au-dessus de la courtine), mais qui frappe surtout par la régularité du tracé. Le terrain, qui ne présente de véritables défenses naturelles qu’à l’ouest, n’imposait pas, il est vrai, une forme déterminée à la forteresse et laissait les constructeurs libres de choisir leur plan mais il est rare, même dans des conditions analogues, qu’ils aient marqué une préférence aussi nette pour un type polygonal. C’est à quelque distance à l’est du village actuel de Hagionori que se trouve la petite montagne, de forme régulière, où devait être autrefois le village les pentes en sont couvertes de ruines, il y avait, dit-on, mille maisons et quarante églises Le sommet est couronné par une petite forteresse polygonale dont les dimensions ne se : : : ; ! (1) Gf. supra, p. 171. l’identification de ce château, cf. supra, p. 494. Les ruines ont été étudiées par E. Mc Leod, Thermisi, Hesp., XXXI, 1962, pp. 378-392. L’auteur a publié en même temps celles de Thermisi dans la presqu’île d’Argolide ; Thermisi appartient au type des enceintes entourant d’un mur sinueux et dis¬ continu un sommet rocheux ; elle est assez mal conservée et n’est mentionnée que tardivement par les textes ; on peut lui comparer les ruines de Piada, v. pl. 132,1 a-b. (2) Sur Kiveri et
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE Fig. 20. Myloi de Lerne. Plan du château. 059
660 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES mw/ / Fig. 21. — Hagionori. Plan du château. dépassent pas celles du réduit du château précédent nous n'avons pas relevé de trace d’une enceinte plus vaste protégeant le village (fîg. 21 et pi. 130 a-c). Une porte cintrée, précédée d’une petite barbacane, donne accès dans la cour pentagonale ; à l’est, l’angle est renforcé en un massif de maçonnerie qui ne forme pas à proprement parler une tour ; celui de l’ouest est détruit au nord une tour à demi ruinée dominait la barbacane. Deux autres enfin, aux angles sud et sud-est, sont bien conservées ; elles sont placées assez irrégulièrement par rapport à la courtine dont elles coupent le ; ; M.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET 661 CIVILE chemin de ronde, car elles s’élèvent bien au-dessus ; elles sont creuses, et comportent deux étages, au-dessus d’une citerne. La tour sud, aux murs épais de 0 m. 88, a une fenêtre vers l’extérieur au premier étage, quatre meurtrières au second qui est couvert d’une voûte. La maçonnerie est faite de blocs d’assez grandes dimensions grossière rement équarris. Nous avons déjà vu des tours de ce genre, dominant le chemin de ronde, à Androusa où d’ailleurs celui-ci passe à travers la tour, et à Mêla à Dimandra, la tour interrompt le chemin de ronde d’un côté seulement, cette disposition s’explique par la forte déclivité du terrain (pl. 81 b-c). Au château de Myloi, dont le plan res¬ semble à celui de Hagionori, les tours sont trop détruites pour qu’on puisse voir si ; elles s’élevaient au-dessus des murs. Si nous mentionnons ici le fortin de Zaraphon (pl. 159, 1 a-b), ce n’est pas que nous le considérions comme d’origine franque : il a certainement été construit après que la Laconie eut été reprise par les Grecs, et ne peut être antérieur à cette époque ; nous le citons comme un exemple frappant de l’aboutissement d’une évolution ce type de forteresse de petites dimensions, placée sur un terrain de faible relief, de forme régulière, où un rôle important dans la défense est confié à une ou à des tours élevées dominant la courtine est à l’opposé de la forteresse de montagne, perchée sur un rocher d’accès difficile, à la forme irrégulière comme le rocher dont elle suit les contours. Ici l’enceinte a la forme d’un éventail : à l’ouest elle comporte un mur rectiligne d’envi¬ ron 40 mètres de long au milieu duquel se dresse une grosse tour carrée de 7 à 8 mètres de haut ; aux extrémités sont deux petites tours ; deux autres flanquent le mur qui, vers l’est, suit un tracé pentagonal. La tour est pourvue de corbeaux qui devaient porter des mâchicoulis, analogues à ceux de Géraki, qui est voisin de Zaraphon, et sur la face est, en haut, sont trois arcades, type de décor que nous n’avons pas rencontré dans les constructions proprement franques : on y entrait par une porte suspendue à la hauteur du premier étage ; une autre s’ouvrait au nord, un peu au dessus du chemin de ronde : des meurtrières à embrasure cintrée sont percées dans chacun des deux étages dont le sol était fait de plancher. La porte de l’enceinte est tout près de la grande tour. : C. Forteresses non exclusivement franques Il est naturel que les Francs aient occupé des sites ou des forteresses qui avaient été utilisés dans l’antiquité ou à l’époque byzantine dans la mesure où l’armement ne se transforme pas, les mêmes lieux gardent d’une époque à l’autre la même valeur militaire. C’était déjà le cas, on l’a vu, pour Akova et pour Beaufort ; mais les vestiges antiques y sont si rares qu’ils n’ont pas joué de rôle dans la construction médiévale ; on peut donc les négliger. Il y a d’autres sites au contraire où la part de l’antiquité ou de Byzance est considérable. Nous citerons d’abord quelques exemples de forte¬ resses antérieures aux Francs, réutilisées par eux, mais qui ne semblent pas avoir été utilisées ultérieurement ni transformées ; nous étudierons ensuite les grandes places fortifiées qui ont effectivement servi de l’antiquité jusqu’à l’époque moderne ou : contemporaine.
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 662 Tripotamo. Chelmos. Pontiko-Beauvoir. — Il y a certainement eu plus de ch⬠teaux en Morée à partir du xme siècle qu’il n’y en avait eu dans la période qui l’avait immédiatement précédé. Aussi un certain nombre de sites antiques sur lesquels il n’y a pas de vestiges byzantins ont-ils été fortifiés à nouveau par les Francs : ils sont généralement placés sur des hauteurs isolées, comme celles que les seigneurs féodaux aimaient occuper. L’intérêt que présentent les constructions est très inégal. La part du moyen âge est parfois insignifiante. Nous laissons de côté des exemples comme Samikon où quelques pierres seulement semblent indiquer une réfection médiévale. Même au kastro de Sainte-Hélène, au-dessus de Lavda, qui domine la gorge de PAlphée en aval de Karytaina, on ne voit plus aujourd’hui que par places, au-dessus ou à côté des grands blocs antiques, des pans de murs presque arasés faits de blocage ou de petites pierres sèches ces pauvres réparations ne sont visibles que sur l’enceinte supérieure de la ville antique (pl. 79, la-b). C’est donc bien un château qui a pris la place d’une petite cité hellénique ; et soit qu’il ait été profondément ruiné depuis lors, soit qu’il ait toujours compté pour se défendre sur les avantages du terrain et sur les vestiges antiques plus que sur de véritables remparts nouveaux, il n’en sub¬ siste aujourd’hui que des fragments insignifiants. Nous avons signalé d’autres acropoles antiques réutilisées à Angelokastro (pl. 131, 2) et Xèrokastelli en Argolide, celle de Lykosoura (pl. 78, la-b), que nous avons décrites ci-dessus (1). Deux autres exemples nous sont fournis par Tripotamo et par le Chelmos. A Tripotamo (pl. 86 a-d), comme à Sainte-Hélène, seul le sommet a été occupé au moyen âge, alors que, autrefois, une vaste enceinte entourait tout le versant de la montagne pour protéger la ville de Psophis c’est un petit château triangulaire ; un angle, au nord, correspond au point le plus élevé ; il est occupé par une tour médiévale carrée de 6 mètres de côté, aux murs épais de 1 m. 40, qui n’est pas assise sur des fondations antiques (pl. 86 b). Les deux côtés du triangle qui partent de là suivent le bord du rocher l’un se dirige vers le sud ; dans la première partie on distingue bien la base antique et la maçonnerie médiévale ; plus bas, apparaissent seulement les traces d’une tour antique et quelques blocs entre les rochers naturels. Le côté qui se dirige vers l’est est plus court, une vingtaine de mètres, et ne garde aucun vestige. Le troisième côté, d’une soixantaine de mètres de long, barre le versant qui descend vers le sud-est (pl. 86 d) partout où il subsiste, la maçonnerie médiévale on a réutilisé les tours, une à chaque se superpose à des assises de blocs anciens extrémité, une troisième au centre. Les parties antiques sont faites de matérieux de dimensions assez régulières ; le moyen âge a employé des blocs nettement plus petits et très peu de céramique, mais le tout lié au mortier. Il y a donc simplement eu ici remise en état d’une acropole ; à l’abri des remparts relevés, divers petits bâtiments, une chapelle ont été édifiés, des citernes aménagées, ce qui indique un lieu habité de façon stable et durable. Mais il n’y a rien d’original à attribuer au moyen âge et des réparations de ce genre ont pu être faites aussi bien par les Grecs au xive siècle que : : ; : : par les Francs au xme. Au mont Chelmos, l’ensemble est plus complexe tant au point de vue du tracé que de l’appareil des murs (pl. 161-163, 1). Le large dos rocheux que forme cette mon (1) Cf. supra , pp 383-384, 484, 485.
ARCHITECTURE tagne a MILITAIRE ET CIVILE 663 été entouré d’une vaste enceinte antique où Ton distingue deux types demurs, l’un fait de matériaux plus gros, l’autre de blocs plus petits, également mal taillés et sans mortier ; le premier de ces appareils est celui de la très vaste enceinte antique, flanquée de tours demi-rondes pleines (1). Au point le plus élevé une petite forteresse a été reconstruite au moyen âge en maçonnerie à mortier ; placée dans la partie sud de l’enceinte antique, elle est réunie à celle-ci par trois pans de murs dont l’un est en pierres sèches de dimensions plus petites que celles de la grande enceinte, et est flanqué de tours demi-rondes pleines, et les deux autres sont en blocage à mortier, l’un tout droit, l’autre sur un tracé à redans. Le kastro médiéval mesure 90 mètres de long sur 60 de large il est flanqué de tours rondes, creuses l’angle sud-ouest est occupé par un réduit défendu par une tour ronde placée au coin de l’enceinte, par une tour trian¬ gulaire vers l’intérieur de l’enceinte, par une grosse tour carrée, véritable donjon de 7 m. 35 sur 7 m. 70, aux murs épais de 1 m. 90, au coin sud-est. Les murs antiques ont d’ailleurs par endroits, par exemple au sud-est, des traces de réfections médiévales avec mortier, et ont dû servir à protéger une agglomération qui a laissé des vestiges, ruines de maisons et tessons. On ne peut fixer exactement la place de la porte. Encore une fois, le moyen âge a donc substitué ici à une vaste enceinte une forteresse de dimen¬ sions plus réduites ; la variété de la forme des tours est, croyons-nous, un argument en faveur d’une date relativement tardive, ce qui nous confirme dans l’idée que le Chelmos n’a été fortifié qu’à la fin du xme siècle et par les Grecs. Le château de Pontiko ou Beauvoir (2), bien que le nom que lui avaient donné les Francs soit resté longtemps en usage sous sa forme italienne de Belveder pour désigner toute une province de la Morée, sans doute à cause de l’importance qu’avait pour les marins l’accident géographique que constitue la presqu’île sur laquelle il était situé, ne semble pas avoir été utilisé après le xive ou le xve siècle il n’est pas mentionné dans les rapports vénitiens de la fin du xvne siècle. Mais il existait en 1205 ; on y voit des matériaux antiques, mais c’est essentiellement une forteresse byzantine remployée et remaniée par les Francs. Il est situé au nord du promontoire que les Anciens appelaient Ichthys et qui porte aujourd’hui le nom du port voisin de Katakolo ; ce promontoire est formé par une petite montagne allongée orientée nord-sud. Les ruines se trouvent au nord, près du col qui rattache cette montagne aux collines voisines, sur une éminence assez bien détachée, mais de formes relativement douces, dominant à l’ouest le petit village de Hagios Andréas au bord de la mer (fig. 22 et pl. 51,2-52,1). C’est une plate-forme de près de 120 mètres de long, sur 60 de largeur maxima. Elle se compose de deux parties, une plus petite au sud, l’autre plus ample et en contre¬ bas de quelques mètres au nord. L’ensemble est passablement ruiné et l’on ne peut pas en restituer avec exactitude les différents éléments. Cependant la partie méridionale, placée certainement du côté le plus accessible, était la plus solidement fortifiée et ; ; ; (1) Sur le Chelmos, cf. supra, pp. 516-518. Un plan d’ensemble et la description des ruines ont été donnés par W. Loring, JHS, XV, 1895, pp. 71-73 et fig. 6 ; Bôlte, RE, 2e série III, 1929, col. 1310, y a relevé des inexactitudes. (2) Traquair, Med. Fortresses, II, pp. 272-273, en a donné une brève description, avec un croquis, fig. 41, p. 270 ; sur le site, v. W. A. Mc Donald et R. H. Simpson, AJ A, LXV, 1961, p. 224, avec un croquis de situation fig. 1, pl. 76 a.
664 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES Fig. 22. Plan Pontiko-Beauvoir. du château. —
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 665 devait constituer le réduit (pl. 51, 2a). Il reste en particulier sur le côté sud les débris d’un gros bastion. On distingue la courtine proprement dite qui formait le côté sud, sur une longueur d’environ 15 mètres ; à 5 m. 40 en avant vers l’extérieur, un second mur, épais de 2 mètres, est parallèle au premier et uni avec lui par un pan en retour à l’est, mais on ne voit plus rien aujourd’hui à l’extrémité ouest ; entre la courtine et ce mur subsiste vers l’est une voûte en arc brisé d’un dessin assez curieux ; elle est faite de blocs de poros qui ne sont pas parfaitement taillés et entre lesquels sont intercalés parfois quelques briques minces (pl. 52, la). L’intérieur est aujourd’hui partiellement rempli de terre de déblai riche en petits tessons antiques ; dans la courtine, une large brèche semble indiquer la place où était une porte, l’ouverture entre les tableaux est de 3 m. 60 ce qui est considérable. Ces éléments ne permettent pas de retrouver comment était disposée cette partie du château y avait-il une entrée avec deux portes en chicane ? c’est possible et même probable, mais on ne peut l’affirmer puis¬ qu’on ne peut rendre compte exactement du rôle des différents éléments qui subsistent. : La partie nord contenait divers bâtiments l’un d’eux au sud-ouest a laissé deux gros pans de murs ; ils sont très proches de l’enceinte ; mais on peut se demander s’ils ont fait partie des défenses, ou non. On remarque une citerne stuquée, qui garde une partie de sa voûte en berceau ; au nord-est, un pan de mur, une citerne, tout près d’un point où, dans la courtine, une embrasure est percée près d’une niche, indiquent probablement qu’il y a eu là aussi un bâtiment. Mais la partie la plus intéressante est une tour conservée sur une assez grande hauteur au nord-ouest (pl. 51, 2c, 52, lb). Elle frappe d’autant plus que la courtine contre laquelle elle était appliquée a complè¬ tement disparu : il reste donc, isolé, un massif plein d’une maçonnerie extrêmement solide ; la base est carrée, de 8 m. 40 sur 8 m. 50, mais la tour elle-même a les coins extérieurs arrondis et les côtés légèrement convexes. Un mortier très dur lie des carreaux de poros bien taillés et de dimensions régulières, ce sont des matériaux assez grands et soignés pour donner l’impression qu’ils proviennent d’un bâtiment antique ; les interstices entre les blocs qui ne sont cependant pas disposés de façon à faire un appareil rigoureusement régulier, sont remplis avec des briques épaisses. De tous les débris du château, c’est cette tour massive et bien construite que nous considérons le plus volontiers comme une œuvre grecque antérieure à 1205. Sur ce site occupé déjà dans la plus haute antiquité, les vestiges classiques sont insignifiants (1), c’est donc essentiellement une forteresse byzantine que les Francs ont ; utilisée et consolidée. D’après ces quelques exemples, on voit que les conceptions militaires médiévales, encore proches de celles de l’antiquité, ont permis aux conquérants du xme siècle d’occuper et de remettre en état des fortifications très anciennes, quand celles-ci étaient situées sur un sommet remarquable qu’ils avaient intérêt à occuper. Ils se sont alors contentés de relever les murs et les tours sur les bases mêmes qui en subsis¬ taient. Nous constatons toutefois qu’ils n’ont pas refait les vastes enceintes enfermant les maisons dispersées d’une ville, ou englobant toute la partie supérieure d’une (1) Sur les vestiges antiques, cf. J. Sperling, AJ A , XLVI, 1942, p. 82 n° 10, — W. A. Mc Donald et R. H. Simpson, ibid. Nous avons signalé la présence de nombreux petits tessons de céramique antique dans les terres qui remplissent le bastion sud.
666 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES montagne comme le Chelmos, mais seulement de petites forteresses correspondant en général à l’acropole et beaucoup plus conformes aux autres châteaux de la princi¬ pauté. Grandes forteresses utilisées de l ’antiquité à l ’époque moderne. Kalamata. — Sur le territoire de la principauté, les Francs ont occupé quelques forteresses qui existaient depuis longtemps et furent utilisées bien après eux, parfois jusqu’à l’époque contemporaine ce sont celles de Kalamata, d’Arkadia, de Patras, de l’Acrocorinthe, d’Argos et de Nauplie nous y joignons, bien qu’il soit moins ancien, le Vieux-Navarin. Il n’est pas question d’étudier en détail ces ensembles fortifiés, dont certains sont très vastes ; chacun mériterait une publication spéciale qui en décrirait les divers aspects ou éléments, comme nous l’avons fait ailleurs pour l’Acrocorinthe (1). Nous nous proposons seulement d’indiquer les parties qui peuvent être attribuées aux Francs (2). Entre tous les châteaux, celui de Kalamata (pl. 89-93) semble d’une part devoir peu de chose aux époques antérieures au xme siècle, et d’autre part avoir été peu affecté par des remaniements ultérieurs (3) d’après les ruines actuelles bien qu’assez mal conservées, on peut assez facilement retrouver l’aspect qu’il devait avoir au temps du site antique correspondant à des princes de Villehardouin. L’identification Kalamata, qui a laissé d’ailleurs peu de vestiges, est l’objet de discussions (4). Mais la colline sur la rive gauche du Nédon était fortifiée à l’époque byzantine ; il est vrai que, d’après la Chronique de Morée, le château était hors d’état en 1205 de résister à un long siège et qu’un monastère y était installé (5) que, à la fin du xme siècle, il fut pris par des Slaves de Giannitsa qui montèrent directement au moyen d’échelles, sur le don¬ jon « a ce que l’une partie dou donjon estoit toute dehors dou chastel» les murs furent d’ailleurs rehaussés après cette surprise (6). Kalamata vit par la suite plusieurs batailles entre Turcs et Vénitiens, au cours de la guerre de 1463-1470, puis en 1659 enfin le château, assiégé par les Vénitiens en 1685, fut alors incendié par les Turcs les poudrières sautèrent et comme il était difficile de le défendre, les Vénitiens le démantelèrent. Tels sont les faits connus. On peut en conclure que, peu utile pour une époque se servant d’artillerie, le château n’a pas été profondément transformé (7). Il se compose de deux enceintes le sommet est une plate-forme allongée suivant un axe nord-sud ; les murs, arasés au niveau du sol intérieur, suivent les bords de la plate-forme ; : ; ; ; ; ; ; ; (1) V. Corinth , III, 2. utile de publier d’assez nombreuses photographies de ces ruines, même quand elles débordent la description volontairement limitée que nous en faisons, parce qu’elles sont exposées pour la (2) Nous croyons plupart une rapide dégradation. a été cependant défiguré dans ces dernières années par de trop abondantes constructions en béton destinées à la présentation de spectacles en plein air. (4) V. Valmin, Messénie , pp. 46-47, 51-54 ; le nom de Kalamai, qui avait été donné officiellement à la ville, lui a été récemment retiré avec raison ; Kalamata n’est pas l’antique Kalamai, mais Pharai. La discus¬ sion sur les vestiges antiques porte sur la présence ou non de restes mycéniens, cf. BCH, LXXXIII, 1959, p. 632 ; contra , H. Waterhouse et R. Hope Simpson, BSA, LV, 1960, p. (5) Chron. gr., v. 1712. (6) L. de la conq., §§ 693-694. à (3) L’intérieur en (7) Cf. Traquair, Med. Fortresses, II, pp. 271-272, fig. 2 et pl. IX, — Andrews, Castles, pp. 28-35, pl. V.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET 667 CIVILE à l’ouest il domine le Nédon. A la pointe nord, un peu plus haute, reste la masse énorme du donjon dont toute une partie est hors du château, et qui est aujourd’hui rompue par l’explosion de 1685. Le côté oriental est flanqué par une petite tour carrée pleine. L’entrée est placée au sud-est, c’est un passage en chicane dans un gros bastion (pl. 90 d). L’enceinte inférieure se développe sur le versant oriental qui est en pente plus douce le mur part du donjon, se dirige vers le nord-est suivant un tracé rectiligne interrompu seulement par un redan (pl. 90 a), fait un angle aigu pour revenir vers le sud-ouest de ce côté on note la présence d’une tour carrée, et celle de la porte d’entrée celle-ci n’est pas percée normalement au mur, elle s’ouvre dans une sorte de tour formant redan, le passage étant parallèle et non perpendiculaire au mur : au-dessus de la porte, dans un cadre de pierre moulurée est encastré un bas-relief au lion de : ; : Saint-Marc. Nous avons retrouvé dans les ruines du donjon l’église du couvent dont parle la Chronique (1) le couvent devait être placé lui-même un peu en contrebas où sont les vestiges d’un grand mur (pl. 90 c). Le donjon est fait de diverses maçonneries (pl. 91 b-c) à la base sont remployés de gros blocs antiques ; du côté oriental ont été rajoutés des talus massifs pour soutenir l’énorme construction au nord est accolée une tour sans doute ancienne contenant une grande citerne. La partie supérieure a dû être naturellement édifiée au xme siècle et l’église prise alors dans la maçonnerie ; nous donnons le plan général du donjon avec le plan restitué de l’église et l’état actuel de la face sud du massif du donjon resté en place et recouvrant la partie nord de l’église (pl. 93 a-c), ainsi que la photographie de la petite coupole couvrant le compar¬ timent nord-ouest de l’église (pl. 97, 1). Les murs de l’enceinte portent les traces d’innombrables réparations, mais doivent suivre en gros le tracé antérieur à 1205. Seule la porte en chicane nous paraît un élément nouveau nous n’en avons rencontré aucune dans les forteresses examinées jusqu’ici. L’enceinte inférieure pose plusieurs problèmes on peut s’étonner d’abord qu’elle soit dans un état relativement bien conservé, il faut supposer que, bien que le fait n’ait pas été signalé, les Vénitiens l’ont remise en état et ont reconstruit la porte en y plaçant le lion de Saint-Marc, le mur est d’ailleurs construit en ce point de blocs de poros assez réguliers, appareil souvent utilisé par les Vénitiens. Mais à quand remonte cette enceinte ? A notre avis, elle a dû exister déjà au xme siècle toutes les grandes forteresses ont en effet deux enceintes à cette époque. De plus si l’angle nord-est est aujourd’hui couronné par une embrasure à canon et une petite guérite ronde, qui sont évidemment récentes, la base en est faite de gros blocs antiques comme celle du donjon (pl. 90 b). Enfin, si la disposition de la porte actuelle ne correspond pas à celles des entrées de l’époque franque, on peut noter la présence d’un arrachement à l’angle nord-ouest du redan actuel le montant d’une autre porte y est nettement visible il y a donc eu autrefois une entrée percée normalement au mur dont, ici, le tracé devait être légèrement différent (2). ; : ; : : ; ; (1) byzantines : Pour plus de détail, v. notre communication dans les Actes du VIe Congrès international d' Éludes , II, pp. 46-50. fouille permettrait de reconnaître le tracé primitif. Gomme il est peu probable que le reste du mur oriental ait été déplacé au nord de la porte, on peut imaginer que le décrochement correspondant à celui qui a permis d’aménager la disposition actuelle de l’entrée, était placé un peu plus au nord il y avait (2) Seule une :
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 668 Nous retrouvons donc ainsi les éléments d’une forteresse franque qui s’est installée tout naturellement sur des fondations antérieures : la vaste basse-cour sur le versant le plus doux, l’enceinte supérieure, enfin le donjon, au plus haut et placé non à l’in¬ térieur, mais à la pointe nord, avec une partie hors des deux enceintes ; mais il ne reste guère des xme et xive siècles que ce plan général. Port-de-Jonc. (PL 103-105, 1). — La forteresse de Port-de-Jonc ou Vieux-Navarin est pittoresquement située sur un rocher entre la vaste baie et la gracieuse petite anse, arrondie comme un ventre de bœuf, de Voïdo-Koilia. La construction en est attribuée elle ne contient donc pas d’éléments à Nicolas II de Saint-Omer, après 1281 (1) antiques, ni même byzantins ; mais nous la rangeons ici, car elle s’apparente à ces grands ensembles longtemps occupés et profondément remaniés depuis le moyen âge. Elle devait être solide au xive, car elle a joué un certain rôle en plusieurs occasions, notamment au moment du conflit entre Marie de Bourbon et Philippe de Tarente, à la mort du prince Robert en 1364 ; elle prend toute son importance au début du xve siècle et est alors convoitée par Venise qui réussit à l’occuper à partir de 1423 et y fit des réparations en 1428. Ici, comme à Kalamata, on reconnaît deux enceintes, dont le tracé doit être à peu de chose près celui de la construction primitive. Le plan général (2) a la forme d’un trapèze plus haut que large ; à l’est les rochers à pic ont rendu inutile toute fortification sur les autres côtés, court un mur flanqué de tours demi-rondes ; le côté sud, au sommet du versant par lequel on monte, a un tracé concave entre une grosse tour ronde à l’est et le grand redan en forme de bastion où est située l’entrée (pl. 104 b-c). A l’intérieur, la partie nord, la plus petite, est isolée par un mur transversal, percé d’une porte entre deux petites tours carrées. La grosse tour ronde, les dispositions de l’entrée, qui rappellent celles de Kalamata ou de Patras, le parapet crénelé aux merlons couronnés de deux pointes adossées sont des élé¬ ments postérieurs à l’époque qui nous intéresse. Il apparaît clairement que le mur a été surélevé on voit nettement qu’un parapet primitif a existé à un niveau inférieur à celui d’aujourd’hui, où merlons et créneaux avaient des dimensions à peu près égales et des formes simples ; sur le bastion de l’entrée, les créneaux actuels sont placés au-dessus d’un parapet festonné d’un type déjà postérieur au xme ou xive siècle. Les éléments plus récents sont relativement plus nombreux dans l’enceinte inférieure que dans les parties plus élevées de la forteresse l’enceinte supérieure a dû moins : ; : ; changer par rapport à ce qu’avait construit Nicolas II de Saint-Omer. La situation de cette place lui a conféré un rôle important jusque vers la fin du xvie siècle, d’où ces réparations ou remaniements qui font que l’ensemble laisse l’impression de forti¬ fications beaucoup plus proches de l’époque moderne que de la fin du xme siècle. Après le xvie siècle, la place a vu son rôle diminuer, à cause de celui que jouait désormais la forteresse beaucoup plus moderne du Nouveau-Navarin, mieux placée là peut-être un redan, juste auprès de la porte ouverte dans le mur d’enceinte, c’est-à-dire sur le côté droit de arrivant, ce qui est conforme aux dispositions habituelles au moyen âge, comme par exemple une tour surveille l’entrée du château de Karytaina. (1) Gf. supra , p. 416. 1 (2) Nous donnons pl. 103 a-b le plan et la vue publiés par VExp. scient, de Morée , I, pl. V, fig. 2, et VI, 2, qui sont très exacts ; le plan du Portefeuille Grimani, daté de 1706, est très semblable, cf. Andrews, Castles , pl. X.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET 669 CIVILE au sud pour surveiller rentrée de la rade et moins haut. Il semble que les Vénitiens ont dû faire au Vieux-Navarin quelques réparations qu’ils avaient d’abord jugées nécessaires après 1685, mais qui ne lui donnèrent pas l’allure d’une forteresse moderne. Arkadia (pi. 99-102). — De la forteresse, «assise sur une pierre bise», avec sa tour l’ovre des jaians » (1), il ne reste que des fragments assez dispersés pour qu’il soit « difficile de la restituer exactement. Située sur une pointe de rocher détachée en avant des pentes du mont Psychro, elle est beaucoup moins vaste que le Vieux-Navarin. Elle occupe un site fortifié dès l’antiquité, celui de l’acropole de Kyparissia dont le de nom a été rendu aujourd’hui à la ville ; elle était certainement en bon état de défense au moment de la conquête, puisqu’il fallut un siège en règle pour la prendre ; mais l’importance a dû en diminuer après la période franque (2). Les Turcs avaient fait sauter les tours en 1685 il ne semble pas que les Vénitiens y aient fait de gros travaux de réparation ou de modernisation. Elle est en tout cas aujourd’hui très ruinée. Il y avait deux enceintes successives dont le plan du Portefeuille Grimani donne la forme, aujourd’hui assez difficile à retrouver sur le sol. L’ensemble dessine approxi¬ mativement un carré divisé en deux triangles par la diagonale ; l’un dont la pointe est orientée vers le sud, constitue l’enceinte inférieure il est en réalité plus vaste que l’autre, le mur qui sépare les deux parties étant placé non pas exactement à la diagonale, mais un peu plus loin vers le nord. La première enceinte s’étend donc sur la pente méridionale de l’acropole ; on y arrive par une rampe venant du sud-est ; il est probable que comme à l’Acrocorinthe ce chemin d’accès a été à un certain moment protégé par un mur percé de meurtrières pour mousqueterie à droite, d’autres murs montaient en biais hors de l’enceinte pour constituer des obstacles à l’ennemi qui voudrait attaquer directement le bastion placé à la pointe est de la seconde enceinte ce dispo¬ sitif est aussi d’une époque postérieure aux xme et xive siècles. La porte d’entrée de la première enceinte a disparu elle était dominée à droite par un redan du mur ; à gauche, où le terrain descend en pente assez raide, à la base du mur, quelques assises de blocs antiques d’un bel appareil régulier semblent être en place (pl. 101 b) (3). De l’enceinte inférieure, il ne reste en général que des fragments arasés au niveau du sol intérieur. Exceptionnellement à l’ouest un pan de mur épais s’élève assez haut au-dessus, il est fait de blocs de à la base il contient de nombreux blocs antiques pierre à peu près réguliers où se mêlent poros et calcaire dur ; dans la partie supé¬ rieure une brèche garde un côté de l’encadrement d’une fenêtre cintrée (cf. Andrews, Castles p. 87, fig. 93) : elle est assez large pour qu’on puisse supposer qu’il y avait deux baies juxtaposées. On ne voit plus aujourd’hui de façon nette où se situait le mur séparant l’enceinte inférieure de l’enceinte supérieure, à laquelle appartenait peut-être le grand pan de mur que nous venons de signaler. L’enceinte supérieure formait un triangle dont la pointe était tournée vers le nord ; elle est établie sur une surface ; ; ; : ; : ; , (1) L. de la conq., § 115 ; cf. Chron. gr., vv. 1773-1774. (2) La description de Buchon, Grèce et Morée, p. 466, laisse supposer que les ruines étaient plus importantes il y a 125 ans : il signale une tour octogonale, visible sur le plan vénitien du Portefeuille Grimani, dont il ne reste rien aujourd’hui, cf. Andrews, Castles, pp. 84-89 et pl. XVIII. (3) Sur les vestiges antiques les plus importants, v. Exp. scient, de Morée, I, pl. 49, 2, — cf. Valmin, Messénie, pp. 129-131, fig. 22, — Andrews, Castles, p. 85, fig. 90.
670 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES plus unie que la première enceinte, mais étroite, limitée par des rochers difficilement accessibles de ce côté il a été inutile de construire une courtine très forte et continue au sud au contraire la ligne de rochers à laquelle correspond la séparation entre les deux enceintes était jalonnée de puissantes tours d'après le plan vénitien : il n'en reste que deux, une grosse tour carrée au centre et un bastion arrondi vers l'extérieur à l'extrémité orientale (pl. 101 a, 102 b-c). La tour carrée doit être fort ancienne (pi. 101 c, 102 a) elle est faite en grande partie de blocs antiques remployés et elle a été consolidée par des talus de maçonnerie édifiés à une époque où le niveau du sol était beaucoup plus haut qu'au moment de l'érection de la tour elle-même elle garde dans la face nord une grande archère faite de blocs bien appareillés, mais aujourd’hui obstruée ; dans la partie supérieure, de maçonnerie plus moderne, s'ouvre vers le sud ; ; : ; une embrasure à canon. En bref la forteresse repose certainement sur des bases antiques et contient de nombreux éléments très anciens. Son aspect général cependant, avec les deux enceintes successives, mais non concentriques, correspond bien à ce que sont les forteresses du xme siècle. A l’époque moderne, l'œuvre des Turcs et des Vénitiens a consisté à suré¬ lever certains ouvrages comme la tour carrée ou le bastion oriental, à ajouter des embrasures à canon, et certains murs extérieurs pour arrêter plus loin de la forteresse l'assaillant éventuel. Patras (fig. 23 et pl. 108-113). — La forteresse qui domine la ville remonte à l’antiquité elle était célèbre à l'époque byzantine et passait pour avoir résisté au début du ixe siècle à une attaque des Slaves (1) ; elle n'a pas cessé d’être utilisée jusqu'à l'époque contemporaine et n'a été complètement abandonnée par l’autorité militaire qu'après la seconde guerre mondiale (2) ; elle a subi d'assez graves dégra¬ dations au cours de cette guerre, et est aujourd’hui transformée en jardin public, comme celle de Kalamata. Occupée pendant des siècles, elle a été souvent réparée et remaniée. On peut admettre que des travaux ont été exécutés à l’époque franque ; la forteresse n’offrit que peu de résistance en 1205 ; mais le nouveau baron entreprit une réfection qui l'agrandit le fait est connu par les protestations de l'archevêque Antelme provoquées par des travaux ayant englobé dans le château baronnial l’église Saint-Théodore (3). Les Vénitiens renforcèrent à plusieurs reprises les défenses au début du xve siècle pour protéger la ville contre les Turcs si la ville fut prise rapi¬ dement par Constantin Paléologue, la citadelle résista longtemps aux attaques grecques ; : ; hagiographique et non d’un fait historique authentique, cf. (1) Même s’il ne s’agit que d’un épisode Lemerle, REB, XXI, 1963, pp. 37-44, il est évident que ce récit montre qu’on pouvait admettre comme « P. » vraisemblable que la ville pût résister à une attaque. (2) La forteresse était encore occupée par une garnison en 1932 quand nous avons voulu en lever le plan. Les autorités militaires à qui nous avions demandé l’autorisation de le faire, nous ont répondu aimablement en nous adressant un plan levé par leurs soins, mais celui-ci est d’une telle indigence que nous n’estimons pas à propos de le publier. Traquair, Med. Forteresses , II, p. 280 flg. 6, n’en a donné qu’un croquis très inexact. Le plan du Portefeuille Grimani, Andrews, Castles , pl. XXIX, ne représente le château qu’à très petite échelle ; c’est aussi le cas des dessins de Coronelli et de ceux des vignettes entourant les cartes de De Fer, mais malgré leurs petites dimensions, celles-ci sont assez exactes. Le plan que nous donnons ici est un simple croquis dessiné par nous à main levée et ne saurait prétendre à une exactitude rigoureuse. (3) Cf. supra, pp. 92, 450.
Fig. 23. — Patras. _ Plan du château.
672 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES avant de se rendre en 1430 (1). Par la suite fréquents sans doute ont été les travaux exécutés par les Turcs ou par les Vénitiens, comme le prouvent de nombreux aména¬ gements destinés à l’artillerie (2). L’ensemble (3) dessine un vaste triangle de plus de 200 mètres de long, qui occupe une colline aux pentes assez douces, dominant de toute part la ville actuelle, sauf au nord-est où elle se rattache aux pentes qui s’élèvent vers les montagnes du Panachaïkon. La plate-forme s’abaisse régulièrement du nord-est vers le sud-ouest (pl. 108 a) et jouit d’une vue très étendue sur la plaine et sur la mer. A l’angle nord-est, au point le plus élevé, se dresse un redoutable réduit (pl. 108 b, 112 a) des murs très hauts interrompus ou flanqués de tours ou de bastions, dont l’un, au nord, est une énorme masse polygonale, curieusement placée par rapport à la courtine, entourent une petite cour, encombrée elle-même de bâtiments divers, casernements, magasins ou citernes, naguère encore utilisés, aujourd’hui abandonnés et à demi ruinés. Les pentes de la colline étant très douces, on a renforcé les défenses par des fossés un large fossé entoure le réduit au nord et à l’est et se prolonge le long des murs de la forteresse il était encore avant 1939 assez bien conservé du côté oriental, à une certaine distance en avant des courtines ; le mur d’escarpe ne suivait pas exactement le tracé de l’enceinte à un changement de direction, il était flanqué d’une tour ronde creuse (à demi ruinée, pl. 111 b) et à certains points, couronné d’un mur protégeant le terre plein au pied de la courtine, notamment près de la porte orientale. Du côté où le réduit dominait le reste de la forteresse, était creusé également un fossé, ayant les mêmes caractéristiques, situé à quelque distance du mur, dont il ne suivait pas les saillies formées par les tours ; ici c’est le mur de contre-escarpe qui était couronné d’un mur formant parapet, dans lequel était percée la porte donnant accès au petit pont qui franchissait le fossé, porte où était naguère l’inscription rappelant les travaux de l’archevêque Pandolfo Malatesta. Les murs sud et ouest du réduit étaient flanqués de tours carrées de dimensions inégales (pl. 112 a). Le mur nord de l’enceinte inférieure est relativement homogène en arrière du fossé beaucoup moins bien conservé de ce côté qu’à l’est, il est tout entier construit sur de puissantes assises de blocs antiques remployés (pl. 109 a-c) deux éléments, une tour demi-ronde, présentant sans doute postérieurs en rompent l’uniformité à la gorge une large arcade en tiers point (pl. 112 c), qui ne saurait être gothique, et une plate-forme couronnée d’embrasures d’artillerie (pl. 109 b) le mur nord aboutit à l’ouest à un gros bastion rond dont la base talutée est limitée par un gros cordon horizontal. Le côté oriental de l’enceinte descend suivant une pente plus accentuée et le tracé en est moins simple (pl. 110 a, 111 a) il forme en particulier un redan corres¬ pondant à la porte principale de la forteresse un pont à deux arches franchissait le fossé perpendiculairement à la courtine au bout du pont, l’arrivant doit tourner sur la gauche pour entrer par une porte surmontée d’une huchette dans la salle corres¬ pondant au redan de la courtine puis tourner à droite pour franchir la dernière porte : ; ; ; ; ; : ; ; : ; (1) Cf. supra, pp. 292, 453. (2) On sait que les marbres portant les textes latin et grec de l’inscription rappelant des travaux de l’archevêque Pandolfo Malatesta en 1426 avaient été remployés comme parastades de la porte de l’avant-mur précédant le fossé creusé devant la face sud-est du réduit, pl. 112 b, cf. Mélanges G. Soièriou, pp. 99-100. (3) La description la plus complète en est celle d’ANDREws, Castles, pp. 116-129.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 673 à rintérieur de l’enceinte (pl. 110 a-b) ; les parties extérieures de cette entrée en chicane sont aujourd’hui très endommagées, mais la porte vers l’extérieur, surmontée d’une arcade en arc brisé à ressaut existe encore (pl. 110 c). L’extrémité sud de l’enceinte est constituée par un bastion polygonal construit avec beaucoup de soin d’assises alternées de pierre blanche et rouge (pl. 1 1 1 c) il contient une plate-forme pour l’artillerie, entourée d’un mur élevé couronné par un chemin de ronde protégé par un parapet garni de merlons à degrés (pl. 113 a). Le mur sud a un tracé assez irrégulier on ne voit plus trace de fossé les redans, les changements de direction, une petite tour carrée (1), la variété de l’aspect de la maçonnerie laissent supposer qu’il y a eu de nombreuses reprises ou réparations ; c’est de ce côté seulement qu’ont dû pouvoir être faits ces travaux d’agrandissement ordonnés par le baron Aleman qui provoquèrent les protestations de l’archevêque Antelme. Près de l’extrémité occi¬ dentale, le mur fait un angle rentrant avant le bastion rond de l’ouest ; dans le pan faisant face à l’occident s’ouvre une porte, simple coupure dans le mur, protégée d’un côté par un léger redan de l’autre par le retour du mur (pl. 113 b-c). A l’intérieur tous les bâtiments ont aujourd’hui disparu sauf un pan de mur appartenant à une mosquée du xvne siècle le niveau du sol s’est élevé de plusieurs mètres depuis l’anti¬ quité (2) une différence de niveau assez nette à peu près vers le milieu indique peut-être une ancienne division de l’enceinte en deux parties. Peut-on entre ces différents éléments reconnaître ceux qu’il y aurait lieu d’attri¬ buer au xme ou au xive siècle ? Il faudrait sans doute de longues recherches et quelques sondages pour fixer la date de ces constructions d’aspect très varié. Des parties très anciennes doivent subsister dans le réduit à côté d’additions modernes sinon presque contemporaines. Le long mur nord est, avons-nous dit, plus homogène, et l’abondance des grands blocs antiques nous invite à penser qu’il peut remonter à l’époque byzan¬ tine, à l’exception des deux éléments signalés. Par contre sont certainement postérieurs à l’époque franque les gros bastions sud et ouest destinés à porter l’artillerie, les fossés avec leurs murs d’escarpe et de contrescarpe, enfin l’entrée en chicane à l’est. Mais il est possible qu’une partie de cette entrée, la porte percée dans la courtine même, avec son arc brisé, soit antérieure au dispositif en chicane. C’est dans les murs sud et ouest du réduit, dans le mur sud de l’enceinte, où les appareils sont assez variés, plus ou moins mêlés de fragments de briques et de blocs antiques de petites dimensions qu’il faudrait chercher les traces de l’activité des Francs c’est de ce côté qu’on peut avec le plus de vraisemblance situer les travaux déjà mentionnés du premier baron. Il est bien difficile de préciser davantage. Comme nous l’avons dit dans notre étude sur l’Acrocorinthe, une forteresse importante n’a de raison d’être que si elle est entretenue elle n’a donc jamais dû être si ruinée qu’elle ait néces¬ sité une reconstruction totale d’autre part, si des travaux de « modernisation » ont été nécessaires, ils sont le fait seulement de l’époque où l’armement change radicalement, c’est-à-dire après le xve siècle, avec l’usage de l’artillerie, par les Turcs ou par les Vénitiens. donnant accès ; ; ; ; ; ; ; ; (1) Sur la face sud de cette tour, une niche a été ménagée dans la maçonnerie pour recevoir le torse d’une statue romaine, cf. Andrews, Castles , p. 123, fig. 138.
674 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES Acrocorinthe (pl. 118 a-c). — En étudiant l’ensemble des fortifications qui couron¬ nent Acrocorinthe, nous avons cru pouvoir affirmer (1) que le donjon qui se dresse sur la pointe sud était l’œuvre des Francs. Notre opinion n’a pas changé elle repose sur les constatations suivantes la grosse tour carrée et les murs immédiatement voisins ne contiennent aucun élément qui puisse être attribué à l’antiquité ou à l’époque byzantine, pas plus qu’à une date postérieure au xve siècle il est d’autre part normal que les princes aient fait construire sur Acrocorinthe, quel que fût l’état de l’ensemble enfin de l’enceinte, un véritable château, c’est-à-dire un réduit avec un donjon la situation et la forme de la tour, carrée, aux murs verticaux mais assis sur des assises débordantes à la base, nous paraissent tout à fait conformes à ce que nous savons des ; : ; ; habitudes des constructeurs de cette époque. Argos (pl. 134-139). — La hauteur qui domine Argos à l’ouest a de tout temps porté une forteresse appelée la Larissa par les Anciens (2) du sommet, qui atteint 289 mètres, la vue s’étend sur un immense panorana et découvre la plaine et le golfe d’Argolide et toute la ligne des montagnes qui les entourent. Des fouilles ont été faites par M. W. Vollgrafï à l’intérieur de la forteresse, mais on peut regretter que ces travaux exécutés pour rechercher les vestiges antiques n’aient apporté aucune lumière sur ce bel échantillon de l’art militaire. W. Vollgraff, dont les fouilles ont entièrement déchaussé une partie des murailles médiévales, les exposant au danger d’écroulement (pl. 136 c), n’a donné aucun renseignement sur ces constructions, il n’a pas fait connaître les monnaies qui ont dû être recueillies alors. Dans le bref exposé qu’il a publié de ses recherches (3), il s’est contenté de signaler, à côté des éléments antiques, une inscrip¬ tion rappelant la construction d’une église en 1075 il attribue toutes les autres constructions et notamment l’ensemble des fortifications à l’époque vénitienne, apporter d’argument pour cette datation l’examen sans des monnaies trouvées à des niveaux différents dans l’épaisse couche de terre qui a été alors déblayée, aurait permis sans doute de résoudre bien des problèmes qu’il est malaisé ou hasardé de trancher d’après le seul examen des murs (4). Dans l’antiquité, une forteresse à peu près carrée de 60 mètres de côté occupait le sommet de la Larissa, où se trouvait l’acropole principale d’Argos des fragments importants des murailles construites en assises régulières se voient encore à l’ouest, au nord et à l’est (pl. 138 a-b). Une autre muraille dont il reste des pans entiers à l’ouest surtout (pl. 134 c, 138 c) entourait ce réduit et c’est à elle que se raccordaient les remparts de la ville qui descendaient au nord-est vers la colline de l’Aspis, et au ; ; : ; (1) Cf. Corinth. Ill, 2, en particulier pp. 248-256 et 275. Cf. Andrews, Castles, pp. 135-145, pl. XXXI XXXII. (2) Signalée par d’innombrables voyageurs, la forteresse a été décrite par Andrews, Castles, pp. 106 n’est pas très exact, mais fournit des indications le plan du Portefeuille Grimani, reproduit pl. XXVIII, sur les points aujourd’hui détruits. 115 ; (3) G. Vollgraff, Arx Argivorum, Mnemosyne, NS, LVI, 1928, pp. 315-328 et pl. IX ; cet article reprend la communication qu’il avait faite auparavant à l’Académie royale, publiée dans Mededeelingen der Koninklijke Akademie van Wetens chap pen, Afdeeling Letterkunde, LXVI, série B, 4, Amsterdam, 1928, pp. 87-107. (4) Les recherches ont été reprises en 1964 par l’École française d’Athènes sous la direction de M. Y. Garlan : on peut en attendre des résultats intéressants fondés sur l’étude attentive des monnaies et des tessons de céramique byzantine. Cf. BCH, LXXXIX, 1965, p. 895.
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 675 sud pour contourner le théâtre. On ne sait rien de précis sur l’état de cette acropole de la fin de l’antiquité jusqu’au xne siècle. On sait seulement que, à la fin du xie siècle, une église y fut construite un siècle plus tard, la forteresse fut occupée par Léon Sgouros et elle devait être en bon état, puisqu’elle put résister aux assauts de l’armée de Boniface de Montferrat en 1205 et ne se rendit au prince Geoffroy Ier qu’en 1212. Aucun texte ne renseigne sur les travaux qu’ont pu y faire exécuter entre 1212 et 1384 les seigneurs, puis ducs d’Athènes à qui le prince d’Achaïe l’avait cédée. On peut supposer que les défenses furent entretenues, sinon Venise aurait pu s’en emparer plus facilement en 1384 la République y fit-elle exécuter elle-même des travaux quand elle put enfin en prendre possession ? C’est probable, mais là encore nous n’avons aucun renseignement. D’autre part on peut penser qu’à partir du moment où les Vénitiens occupent l’Argolide, c’est Nauplie qui, jusqu’alors d’importance moindre, joue le premier rôle les travaux à Argos n’ont pas dû être très considérables. Dans la seconde période vénitienne, Argos reste aussi en second plan mais, en partant en 1715, les Vénitiens firent sauter l’entrée du château ; une grosse tour a en effet été renversée par une explosion. Elle a été remplacée par un grand bastion carré, habillé d’un talus en plan circulaire, qu’il faut donc considérer comme un ouvrage turc (pl. 136 a, 139 a). Telle est rapidement résumée l’histoire de la Larissa. Comme partout ailleurs, le moyen âge a organisé la forteresse sans tenir compte de l’enceinte de la ville antique, beaucoup trop vaste l’acropole seule est devenue un château. La transformation a dû se faire par étapes on voit en effet au sud les murs extérieurs ouest et est se prolonger sur une certaine longueur il s’agit de constructions post-classiques, puisque c’est une maçonnerie à mortier, mais complètement arasées et donc abandonnées depuis longtemps ce sont les vestiges d’une époque byzantine ; ; ; ; ; : : : ancienne. Plus tard on a donné au château sa forme actuelle en construisant un mur reliant les remparts extérieurs ouest et est à peu près à la hauteur du mur sud du réduit, dont le tracé fut alors remanié et légèrement agrandi pour renforcer les défenses du point où le réduit se trouvait désormais en contact avec l’extérieur, une sorte de cour fut aménagée au pied de ce qui devait être le donjon, à la place qu’occupe aujourd’hui le bastion carré turc, dont nous avons parlé, et en avant de la porte. Sur toute la longueur de ce mur sud, on ne voit pas de vestiges antiques aussi bien à l’est qu’à l’ouest du bastion turc (pl. 139 a, c), alors que les autres murs du réduit, à l’est, au nord et à l’ouest reposent sur des assises antiques (pl. 137 b, 138 b, cf. Andrews, Castles pp. 112-113, fig. 125-127). On obtient ainsi une forteresse com¬ posée d’un réduit avec son donjon, et d’une enceinte plus vaste se développant sur trois côtés du réduit celui-ci, au sud domine l’extérieur du château l’entrée de la forteresse est au sud une première porte donnait accès dans une cour surveillée par le donjon de là on pouvait passer soit dans le réduit par une porte dont il reste le seuil (pl. 136 d, à gauche on voit à droite celle qui conduit dans l’enceinte inférieure, dont l’autre face est visible sur la pl. 138 a), soit dans l’enceinte inférieure, ce qui est conforme au plan du Portefeuille Grimani. Celui-ci n’indique pas de communication directe entre le réduit et l’enceinte inférieure mais les fouilles récentes ont révélé l’existence d’une porte assurant cette communication, située à l’est de l’abside d’une petite église accolée au mur nord du réduit (1). ; , ; ; : ; ; ; (1) Cette porte nous a été signalée par M. Y. Garlan à qui nous exprimons ici nos remerciements.
676 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES Dans toute la moitié ouest du réduit le sol est formé par le rocher même. Dans la partie est au contraire le rocher s’abaisse et est recouvert d’une épaisse couche de terre ; de nombreuses constructions y ont été élevées et se sont superposées les unes aux autres. Nous avons déjà signalé la petite église dont les murs sont faits de grands blocs antiques remployés (pl. 137 b) à des niveaux inférieurs, à l’est, ont été mis au jour différents murs, dont l’un garde une grande arcade en tiers-point faite de claveaux de poros (pl. 136 b, 137 b). Nous ne pouvons ici, pas plus que pour les autres grandes forteresses, donner une description détaillée des éléments de la défense. Même si nous laissons de côté ceux qui sont destinés, bastions ou plates-formes, à recevoir des pièces d’artillerie et qui sont donc tardifs, nous constatons que les murs sont flanqués de tours très variées par leur forme comme par la maçonnerie dont elles sont faites elles sont triangulaires, carrées rondes, l’une est de plan polygonal cette dernière, ; : ; sur le côté oriental de l’enceinte, remonte probablement à l’époque byzantine (cf. Andrews, Castles p. Ill, fig. 123). Nous hésitons à donner une date aux saillies triangulaires qui, notamment dans l’angle nord-ouest du réduit, révèlent une science du flanquement dont le xme siècle n’est pas coutumier (1). Mais les tours carrées souvent assises sur des fondations antiques, et les grosses tours rondes, deux au sud, deux autres jumelées au nord (pl. 139 b), paraissent bien pouvoir être attribuées au xme ou au xive siècle (à condition de ne pas tenir compte des parties supérieures remaniées pour l’usage de l’artillerie) les murs verticaux, sans talus, sans aucun décor, la maçonnerie faite de matériaux assez irréguliers montrent qu’il ne s’agit pas d’une œuvre vénitienne les tours rondes, bien que moins fréquentes dans les châteaux francs, existent, nous l’avons vu, à Clermont ; nous les retrouverons à Nauplie. De même la petite église accolée au mur du réduit, et dont les murs sont faits de blocs antiques remployés paraît plutôt d’époque franque. Nous ignorons si M. W. Vollgraff a des raisons certaines pour affirmer qu’elle est vénitienne, mais nous n’avons vu dans le Péloponèse aucune construction vénitienne employer des blocs antiques disparates si elle n’est pas franque — rien n’indique sûrement si elle a été destinée au culte grec ou au culte romain — peut-être est-elle antérieure au xme siècle. En bref, le château d’Argos, forteresse solide à l’arrivée des croisés, a joué un rôle important aux xme et xive siècles il a donc dû être sans cesse entretenu et perfectionné une partie des constructions actuelles remonte certainement à cette période. , ; ; ; ; : Nauplie (pl. 132, 2-133, 1). — Nous avons signalé les problèmes que posait l’iden des différentes parties de la forteresse qui domine Nauplie et constitue proprement l’Acronauplie, — à l’exclusion du fort Palamède, bien postérieur (2). tification (1) Près de l’angle nord-est du réduit, sur la face orientale, une brèche par laquelle ont été rejetés une grande partie des déblais des fouilles anciennes pratiquées à l’intérieur de la citadelle, correspond aussi à une tour ; celle-ci, d’après le plan vénitien, cf. Andrews, Castles, p. 114, fig. 129, et pl. XXVIII, aurait également une forme triangulaire. 1930 été étudiée par G. Gerola, Le fortificazioni di Napoli di Romania, ASA, XIII-XIV, ; cf. L. A. Maggiorotti, Architetti e architettura militari, I. Mediaevo, Rome 1933, pp. 508-541. G. Gerola n’a malheureusement pas donné de plan actuel ; nous n’avons pu nous-même circuler sur toute la surface de l’Acronauplie que nous avons toujours vue occupée, au moins en partie par des casernes ou des prisons. V. aussi Andrews, Castles, pp. 99-105, et pl. XIX-XXIII. Nous sommes revenus sur ces fortifications dans un Rapport présenté au 1° Gouvegno Internaz. di Storia della Civiltà veneziana, Venise, juin 1968. (2) Elle a 1931, pp. 344-410
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 677 Nous acceptons la division traditionnelle le « château des Francs » serait la partie située au centre de la presqu’île entre la vaste enceinte qui occupe l’ouest de l’Acro nauplie, c’est-à-dire la pointe qui domine le golfe et qui est le « château des Grecs », et, d’autre part, le « château des Torons » à l’est, qui, avec ses gros bastions ronds, talutés, ornés d’un cordon en forme de tore et de reliefs au lion de Saint-Marc, est manifes rement l’œuvre des Vénitiens. Le « château des Grecs » n’a pas de muraille au sud le rocher à pic rend inutile toute fortification de ce côté au nord le mur actuel est tout entier posé sur le rempart antique ; l’entrée seule est très postérieure, vraisembla¬ blement de la seconde époque vénitienne. Cette partie occidentale de la forteresse est limitée à l’est par un mur très épais couronné d’embrasures à canon, qui domine : : ; fortement le « château des Francs ». Celui-ci est donc en contrebas et d’étendue moindre on peut y accéder par l’angle sud-ouest où a dû toujours exister une entrée correspondant au chemin venant de l’isthme de la presqu’île. L’élément le plus intéres¬ sant est le mur oriental sur presque toute sa longueur, il a été rhabillé d’un énorme talus de maçonnerie qui s’élève jusqu’à son couronnement et le dissimulait complè¬ tement des éboulements récents laissent voir par endroits la face ancienne du mur flanqué primitivement de deux tours rondes, dont l’une au sud est détruite, et, entre les deux, d’une saillie triangulaire (pl. 133, 1 a-b) dans la brèche où passe la route actuelle, tout à fait proche de l’angle sud-ouest, on voit non seulement la base de la tour détruite, mais, nettement au-dessous du sol actuel, une poterne faite de blocs antiques, avec des fragments de briques ; elle ne se raccorde pas avec le mur, et doit dater d’une haute époque byzantine. Mais, à notre avis, ce mur est très probablement celui que construisirent les Francs au xme siècle, et il fut renforcé à l’aide d’un épais talus par les Vénitiens peu après 1400 des documents signalent en effet la nécessité de consolider les fortifications qui menacent ruine et font même allusion aux répa¬ rations nécessaires à l’une des tours en 1404 (1). Nous aurions donc là les mêmes éléments de défense qu’au château d’Argos, tours rondes et saillies triangulaires, dont la datation à Nauplie ne semble pas douteuse en l’état de notre information. ; ; ; ; : D. Architecture civile Avant de tirer des descriptions des forteresses quelques remarques générales, il convient de poser la question de l’existence d’une architecture civile dans la Morée franque. Il est évident qu’il a dû y avoir hors des châteaux des demeures, hôtels ou palais, destinées aux grands personnages. Deux sont explicitement mentionnées par les textes, l’hôtel du prince à Andravida, en 1301, et le palais archiépiscopal à Patras, dont la grande salle était décorée de fresques (2). On peut supposer que le prince avait son hôtel dans des villes comme Nikli ou Clarence, qu’il y en avait un à Nèsi où la princesse Isabelle résidait volontiers. Mais de toutes ces demeures rien n’a été (1) Cf. Sathas, Doc. inéd., II, pp. 123-124, — Thiriet, Régestes, II, p. 49, n° 1172 les défenses et les citernes sont en mauvais état ; la tour protégeant la grande porte tombe en ruines : le podestat doit faire les réparations nécessaires en bonne pierre. V. aussi en 1409 et en 1416, Sathas, Doc. inéd., II, p. 224, III, p. 5.3 (2) Le premier est cité par L. de los fech., §§ 509-510, cf. supra, p. 319; le second est décrit par Nicolas de Martoni, édit. Legrand, pp. 661-662, cf. supra, p. 452. :
678 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES retrouvé. A Mistra, il est vrai, on a voulu reconnaître dans un corps de bâtiment qui devint par la suite une aile du palais du despote, une résidence que se serait fait cons¬ truire le prince Guillaume de Villehardouin hors du château (1) rien dans cette construction très simple et même austère (pi. 146 a-b) ne s’oppose à son attribution au milieu du xme siècle. On peut cependant se demander si le prince, dans les quelques années entre la fondation du château et la campagne de Pélagonia, a pu avoir l’idée et le temps de faire édifier une demeure hors de la forteresse à cette époque la ville de Mistra n’existait pas encore ; il semble plus vraisemblable qu’il ait résidé dans le château qu’il venait de faire construire, ou, s’il ne voulait pas s’y enfermer, à Sparte encore habitée alors. L’hôtel du prince mentionné par la chronique se trouve à Andravida, c’est-à-dire dans une ville ouverte. Ce qui correspond le mieux, croyons nous, à une demeure seigneuriale, nous le trouvons à l’intérieur d’un château comme Clermont ; ce sont les vastes bâtiments entourant la cour du réduit d’un côté les appartements du prince comportent une grande salle et deux chambres à côté se trouve un autre logis pour sa famille ou pour sa suite ; de l’autre côté de la cour, entre la chapelle et les cuisines, se développent de longues salles de réception ; un autre exemple, sur un plan beaucoup plus modeste, est offert par le logis du seigneur de Karytaina, lui aussi à l’intérieur du château le bâtiment sur le côté sud du réduit à Mistra peut avoir servi aussi de logis. Ces constructions avec leurs fenêtres géminées aux embrasures garnies de banquettes, avec les grandes cheminées, sont proprement des demeures qui relèvent de l’architecture civile et n’ont rien de purement militaire bien que comprises dans l’enceinte d’un château. Dans le domaine du génie civil, il ne reste rien que des vestiges informes des instal¬ lations portuaires de Clarence, port le plus actif de la principauté (pl. 22). Le ponceau dont l’arche légèrement brisée franchit le fossé de la ville n’a pas d’intérêt spécial (pl. 23 c). Mais un pont, refait au xve siècle, mérite d’être signalé, celui qui, naguère encore intact, franchissait l’Alphée près de Karytaina au point où le fleuve va s’engager dans une gorge très étroite (pl. 70 a, 73 c) (2). Long de plus de 50 mètres, il comptait cinq arches inégales, dont la plus grande avait 8 m. 75 de portée, et plus de 12 mètres de flèche au-dessus de l’eau en été deux des piles étaient allégées l’une par une arcade, l’autre par une lunette. Du côté de l’aval, une petite chapelle consacrée à la Vierge est adossée à la pile entre la deuxième et la troisième arche à partir de la rive droite elle est placée assez haut pour éviter les crues du fleuve, on y accède par un escalier légèrement courbe de quatorze marches c’est une simple chambre voûtée, de 2 m. 30 sur 2 m. 40 à l’intérieur, construite dans le même petit appareil que le pont; elle a sur : : : ; ; ; ; ; (1) Cf. supra, p. 642. pont célèbre et bien souvent reproduit s’est malheureusement rompu il y a quelques années; construction toute proche en aval d’un pont moderne beaucoup plus , , t. 73-74, janvier élevé. Sur le pont ancien, v. A. K. Moutsopoulos, 1955, . 13-15 et sur la chapelle qui lui est adossée vers l’aval, du même auteur, , . 121-123. Ces études très précises sur certains points contiennent cependant quelques inexactitudes : en particulier le pont avait un tracé non rectiligne mais légèrement convexe vers l’amont, ce qui lui permettait de mieux résister à la poussée des eaux du fleuve en temps de crue ; l’escalier qui monte à la chapelle n est pas non plus rectiligne, il tourne pour prendre appui sur les rochers d’un niveau un peu plus élevé. Sur les ponts avec une chapelle, v. G. Millet, Byz. Met., I, 2, 1949, pp. 103-111, à propos de la chapelle construite en 1027 au pont sur l’Eurotas près de Sparte. (2) Ce ce qu’il en reste a été défiguré par la
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 679 la façade un porte cintrée dont l’arcade faite de claveaux légèrement en retrait est entourée de briques, et surmontée d’une niche ; une petite fenêtre s’ouvre vers le nord. La chapelle est couverte d’un toit à double rampant ; mais une assise oblique de pierre, bien visible sur les côtés, laisse supposer que le toit a d’abord été plus bas et simplement en appentis. Dernier détail enfin, une inscription est encastrée dans le parapet du côté aval, mais sur la chaussée, près de la rive droite, rappelant que le pont a été reconstruit en 1441 par Raoul Manuel Melik (1) ; manifestement elle ne se trouve pas à sa place originale. On peut distinguer, croyons-nous, dans le pont tel qu’il existait il y a peu, trois éléments correspondant à des époques différentes. Presque toute la construction est faite de la même maçonnerie de pierres de petites dimensions et assez irrégulières. Mais on distingue une reprise un peu au-dessous du départ des voûtes actuelles la partie supérieure fait un léger retrait et la saillie ainsi dégagée pouvait être le départ de voûtes plus basses qui seraient celles d’un état antérieur du pont. Celui-ci s’étant effondré, on a dû jeter entre les piles de nouvelles arches auxquelles on donna une flèche un peu plus haute ces arches nouvelles sont construites en général en pierres un peu plus grosses et plus régulières (cette différence tient peut-être simplement au fait que la maçonnerie doit être plus soignée pour les arcs que pour la masse de la construction) ; c’est peut-être à ce moment que la couverture de la chapelle fut modi¬ fiée, le toit en appentis, remplacé par un toit à double rampant un peu plus haut pouvant prendre appui sur le pont lui-même légèrement surélevé. Mais le pont devait faire alors un dos d’âne très accentué. Plus tard pour rendre la traversée plus aisée, le tablier fut exhaussé et un peu élargi ; de peur de créer une surcharge excessive, on plaça ce nouveau tablier non pas sur un remblai plein mais sur de petites murettes transversales parallèles ; plus tard encore, on améliora l’accès en remblayant les deux extrémités du pont afin de supprimer complètement le dos d’âne. L’exhaussement du tablier doit dater du xixe siècle les gravures antérieures à 1830, en particulier celle de V Expédition scientifique de Morée montrent encore un vieux pont en dos d’âne ce dernier est à notre avis l’œuvre de Raoul Manuel Mélik, de 1441, dont l’inscription fut déplacée au moment des transformations modernes. Quant aux piles qui sont antérieures à la reconstruction de 1441, nous proposons de les dater du xme siècle rien dans la maçonnerie n’invite à les attribuer à une époque plus ancienne ni à les considérer comme byzantines d’autre part Karytaina prit certainement une plus grande importance au xme siècle quand elle devint le centre d’une des plus grandes baronnies de la principauté, et la route qui s’engageait dans la gorge de l’Alphée devint alors une voie de communication fréquentée entre l’Élide franque et ; ; ; , ; ; ; (1) Le texte de I’inscription : f , , · · , . , Ç"MH ., été publié par K. S. P(ittakès), . I'® Série, LU, 1859, p. 1910, n° 3713,— T. Kandèloros, , p. 71, — N. A. Bees, Viz. Vrem., XI, 1904, pp. 67-89 et 384 ; sur le personnage, v. N. A. Bees, , ., .189-190. V. le dessin de la pierre dans les articles cités 1, 1909, de N. K. Moutsopoulos, une photographie dans P. Kalonaros, Chron. gr., face à la p. 209. a
680 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES les grands bassins arcadiens ; il est très vraisemblable que c’est cette époque qui a vu construire le pont dont les bases subsistent sous les éléments postérieurs. Telles sont à notre avis, les diverses étapes de l’histoire de cet ouvrage d’art médiéval, malencontreusement ruiné aujourd’hui. E. Remarques générales sur l’architecture militaire Le Péloponèse offre donc des ruines de forteresses médiévales, non seulement très nombreuses mais aussi d’aspect très varié. Pour une minorité seulement, on peut arriver à proposer une date à peu près certaine pour les autres, l’absence de toute indication historique dans les textes ou de tout détail archéologique caracté¬ ristique empêche une attribution chronologique sûre. Il est cependant nécessaire de dégager quelques traits généraux et d’esquisser un classement chronologique. Le caractère le plus général, c’est, il faut le reconnaître, la pauvreté de ces ruines. Si l’on excepte Clermont, qui reste un monument unique dans l’architecture militaire de la Morée médiévale, et, pour certains détails, Karytaina et Androusa, on est frappé par l’absence, non seulement de tout décor, mais même de toute recherche d’effet esthétique, de confort ou de perfectionnement dans les systèmes de défense (nous ne parlons bien entendu que des constructions des xme et xive siècles). Les ; châteaux francs de Morée sont des œuvres de circonstance, élevées sans doute avec des moyens très limités ; pour construire Clermont, le prince lui-même a dû se procurer des ressources extraordinaires en confisquant les revenus de l’Église. On a aussi l’impression que tout a été construit par une main-d’œuvre locale, non spécialisée ; pour la plupart des châteaux, il n’y a pas même eu probablement de véritables maîtres d’œuvre au courant des progrès de l’art militaire, encore moins d’ingénieurs. Des maçons ont élevé des murs le long du bord des rochers, sur un sommet plus ou moins vaste ; tel est le principe élémentaire de la construction. Les châteaux de cette période sont en effet des forteresses de montagne ; ils occupent tous le sommet d’une hauteur ; ce n’est quelquefois qu’une colline, qu’un rocher isolé, mais ils ne sont jamais posés en plaine ; cela rendait moins nécessaire l’étude des moyens de défense, puisqu’il s’agissait simplement d’ajouter aux avantages naturels du terrain un obstacle supplémentaire sous la forme d’un mur et d’assurer la défense du ou des points où l’accès était possible. On ne peut pas constater, au cours de la période, d’évolution vers des types plus savants de forteresses situées dans des lieux moins élevés ; en effet les circonstances, loin d’inviter la population à venir s’installer dans les plaines, l’ont incitée sans cesse davantage à chercher refuge sur les hauteurs. Nous faisons allusion à la population, à ses mouvements que l’on peut suivre car les châteaux ne sont pas, en général, des forts isolés presque toujours un village y est joint. Si l’enceinte est assez vaste, la population s’entasse à l’intérieur si ce n est qu’un fortin perché sur un piton, les maisons se serrent auprès de lui sur le versant le moins raide de la montagne qui le porte. Nous avons partout constaté que, loin de diminuer, le nombre des châteaux augmente du xme au xve siècle, et avec lui celui des villages perchés, alors que les villes de la plaine, Lacédémone, Nikli, Véligosti, Corinthe se dépeuplent ou sont abandonnées. ; : ;
ARCHITECTURE MILITAIRE ET 681 CIVILE Regardons de plus près les monuments, la manière dont ils sont construits, les plans et leurs différents aspects. Les ouvriers qui ont élevé les châteaux se sont servis des matériaux qu’ils trou¬ vaient sur place ; il est peu probable a priori que les seigneurs aient eu les moyens de faire venir de la pierre de carrières lointaines, ni même de faire travailler soigneusement les blocs employés. Les matériaux sont presque partout le calcaire dont sont faites les montagnes qui servent d’assiette aux forteresses ; les géologues en distinguent plusieurs variétés ; mais, gris ou blanc, il est généralement dur, donc difficile à travailler. On trouve aussi des calcaires grossiers et plus tendres, qu’on désigne sous le nom de poros et qui se débite plus facilement en moellons réguliers. Sur les sites antiques, les ruines constituaient naturellement des carrières de tout temps exploitées. Enfin un dernier élément souvent employé est la terre cuite, soit sous la forme de grandes briques plates, carrées, comme les faisaient les Byzantins, de 0 m. 30 de côté, de 0 m. 03 d’épaisseur en moyenne, soit sous la forme de fragments de tuiles, beaucoup plus minces. Exceptionnellement, dans des régions où la pierre est très rare, on a pu faire appel à la brique crue, c’est le cas semble-t-il, à Kato-Achaia, d’après la Chronique de Morée, et nous avons émis l’hypothèse qu’il a dû en être de même à Clarence. Mais en dehors de ces cas rares, les maçons se sont servis des matérieux énumérés, pierre ou brique. Il en résulte plusieurs types d’appareils qui ne correspondent ni à des époques, ni à des traditions ou à des ateliers différents, mais seulement aux ressources locales dont on disposait. Près des sites antiques, les murs sont souvent faits de blocs anciens remployés ; ceux-ci sont assemblés assez grossièrement sans avoir été retaillés ; les interstices sont remplis de pierres plus petites, ou de blocage, ou de briques byzantines s’il y en avait sur place. Les éléments les plus gros, les plus lourds sont placés à la base et aux angles. C’est l’appareil qui a servi pour Sainte-Sophie d’Andravida, pour le couvent de Zaraka, mais aussi dans certaines parties des murs de Kalamata, d’Arkadia, de Patras. Quand les matériaux antiques font défaut, on utilise la pierre qu’on trouve sur place. Suivant les moyens dont dispose le seigneur qui fait construire, les blocs utilisés sont plus ou moins réguliers en dimensions et en forme il en résulte des murs en maçonnerie assez grossière où l’on s’efforce de mettre à la base et aux angles les blocs les plus gros, de forme un peu plus régulière. Le mortier est en général assez solide. Les maçons n’ont pas pris le plus souvent la peine de boucher les trous carrés qui ont servi pour élever l’échafaudage mais ces trous de boulin sont moins apparents dans la maçonnerie irrégulière qu’ils ne le sont dans un mur crépi. Nous n’avons pas constaté de chaînages de bois dans les constructions que nous considérons comme franques. Mais il y a souvent des fragments de terre cuite les Francs n’ont pas fabriqué de grandes briques plates à la manière byzantine ; ils ont surtout mêlé à la pierre des fragments de tuiles minces, placées sans ordre dans les interstices entre les pierres parfois ces fragments font défaut simplement, croyons-nous, parce que les maçons, dans un site encore peu ou pas habité, n’en avaient pas sous la main, comme pour les parties anciennes de Géraki ils sont très abondants ailleurs mais même si l’on constate une tendance à les ranger en lits horizontaux, comme sur le mur est de Clermont, il n’y a jamais de combinaisons régulières analogues au parement cloisonné des Byzantins. Tel est l’appareil le plus fréquent. ; ; ; ; ; ;
682 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES L’usage de pierres bien taillées et disposées en assises régulières est exceptionnel à cette époque — ce sont souvent des blocs de calcaire tendre — nous ne l’avons signalé qu’aux Vlachernes d’Élide, alors qu’il deviendra de règle dans les monuments vénitiens. Mais on s’est servi volontiers du poros pour toutes les parties de l’édifice où il était nécessaire de tailler la pierre avec plus de précision, dans les voûtes et aux encadre¬ ments des baies. Les voûtes sont toujours appareillées et non pas, comme plus tard, moulées en blocage sur un coffrage de bois. Dans beaucoup de petits châteaux, même à Karytaina par exemple, elles sont faites de blocs de calcaire plats irrégulièrement taillés. Mais dans les constructions plus soignées, les claveaux de la voûte, ceux des arcades des portes et des fenêtres, les piédroits des ouvertures sont en poros c’est le cas non seulement à Clermont, mais à la porte d’Oléna, à la voûte de la porte du réduit à Mistra, à la partie conservée de la première porte du château de Kalamata. Les murs ont des parois verticales, sans cordon ni moulures d’aucune sorte, différence des monuments vénitiens au profil taluté au-dessous d’un gros tore. la à Tout au plus, à la base, surtout dans les parties du tracé où le sol est plus bas, le mur s’épaissit par petits ressauts pour avoir une assiette plus solide. S’il y a des talus de maçonnerie, ils ont toujours été appliqués sur le mur après coup. Les plans varient du fortin élémentaire composé d’une tour avec une cour, aux vastes ensembles comprenant une grande enceinte formant basse-cour, un réduit et un donjon. On a l’impression que souvent les dimensions, comme la forme du château, dépendent plus du rocher sur lequel il est bâti que d’un choix délibéré. Les parties les plus fortes sont toujours au point le plus élevé et généralement non pas à l’intérieur de l’enceinte mais sur un des côtés. Dans les vraies forteresses de montagne, le tracé est très lâche ; le mur est sinueux, parfois même absent quand le rocher est à pic. Là où la pente est plus douce, l’ingénieur doit établir un tracé plus rigoureux pour assurer la défense, mais il est très rare que l’on arrive à une forme régulière ou à un plan manifestant une haute science militaire. Ce n’est pas que les modèles plus parfaits soient inconnus ; le château dont le plan est le plus intéressant, Clermont, date juste¬ ment du début de la domination franque mais ce sont sans doute les mêmes raisons, la modicité des moyens, l’absence de chefs de travaux capables, qui ont maintenu l’usage de plans peu savants. Il n’y a que quelques châteaux plus soignés à ce point de vue, la forteresse d’Argos, en grande partie, il est vrai, édifiés sur des fondations antiques, ou de petits forts comme Mêla, Hagionori, Myloi de Lerne, qui donnent pour cela (est-ce à tort ?) l’impression d’être plus récents. La même impression plus récente est donnée par les enceintes qui n’ont pas de réduit ni de donjon, comme celle d’Androusa. Elles deviendront la règle à l’époque vénitienne et turque (Kéléfa, ; ; Passava, Porto-Kaïo). La courtine est un simple mur d’épaisseur et de hauteur variables. Simple parapet en haut d’un rocher, il a une plus grande hauteur en terrain moins accidenté ; l’épaisseur varie en général entre 1 m. 30 et 1 m. 60 ou 70. Il est couronné par un chemin de ronde protégé par un parapet crénelé. Les parapets du xme et du xive siècle ont disparu pour la plus grande partie, mais ils se sont conservés quand on a exhaussé un mur on voit alors le dessin des anciens créneaux et merlons, comme sur les murs ouest du réduit de Clermont les merlons sont carrés, sans meurtrières et alternent avec des créneaux de même largeur. Nous ne connaissons pas d’autre exemple de machicoulis certainement francs que ceux de Karytaina il s’agit plutôt d’une bretèche : : :
ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE 683 reposant sur des corbeaux au-dessus desquels étaient posés des linteaux, système employé également au xme siècle en Syrie (1). Les tours ont des formes variées. Celles qui paraissent le plus répandues sont des tours carrées, ouvertes à la gorge, couvertes à Pintérieur d’une voûte, et ne dépassant pas la courtine c’est un simple élément de flanquement, non un ouvrage destiné à arrêter sur le mur la progression de l’ennemi ou à se défendre lui-même c’est le type de tour qu’on voit à Akova, Karytaina, Hagios Yasilios. Mais les tours demi-rondes sont employées dès le début du xme siècle à Clermont à Nauplie et à Argos, il semble bien que de belles et grandes tours rondes doivent être attribuées à l’époque franque. Les tours, carrées ou rondes, dominant la courtine (Androusa, Mêla, Pèdèma, Hagionori, Zaraphon), nous paraissent d’un type postérieur aux débuts de la principauté. Les portes sont en règle générale de simples ouvertures percées dans la courtine, fermées par deux battants que maintenait une barre de bois les herses sont excessi¬ vement rares ; il ne subsiste de logement pour une véritable herse qu’à la porte de l’enceinte extérieure de Clermont et à celle de la troisième ligne de défense de l’Acroco rinthe. Souvent une tour ou un redan permettent de surveiller l’accès de la porte, mais celle-ci est très rarement placée entre deux tours, comme ce devait être le cas primitivement au réduit de Clermont les entrées de ce château paraissent donc spécialement bien défendues ; il n’y a toutefois pas de barbacane, comme on en voit ailleurs mais il n’est pas sûr que ces défenses extérieures soient toujours contem¬ poraines de la forteresse primitive. Les passages en chicane ou toute autre combinaison plus compliquée appartiennent à notre avis à des constructions postérieures au xive siècle ; les châteaux de Kalamata et de Patras nous paraissent caractéristiques à ce point de vue. Nous noterons une fois de plus l’absence de tout décor dans les constructions militaires, comme dans les bâtiments — rarement conservés — édifiés à l’intérieur des châteaux. Ici encore Clermont est une exception on peut y joindre seulement Karytaina et Mistra, mais qui viennent loin en arrière comme intérêt. En fait, Clermont est le seul monument qui, au point de vue militaire comme au point de vue de l’archi¬ tecture, puisse être comparé aux châteaux d’Occident, de Syrie ou de Chypre. Malgré la pauvreté, on peut même dire le caractère primitif de cette architecture, nous réunirons ici on peut tenter de donner quelques indications chronologiques pratique conduit faire. Pour remarques qu’une longue nous les appareils, des a à le parement cloisonné régulier est généralement antérieur à 1205 il n’a plus été employé après cette date que rarement, comme à Saint-Georges d’Androusa, et semble disparaître dans le cours du xme siècle en Morée franque l’appareil de moellons réguliers de pierre sans briques, avec des murs talutés, chargés d’un cordon en tore, est propre aux Vénitiens ; les maçonneries à mortier très abondant, étalé en forme d’enduit, ou en relief aux joints, sont postérieurs au début du xve siècle. Les Francs se sont servis d’une maçonnerie faite soit de remplois antiques, soit de matériaux locaux de formes et de dimensions assez irrégulières, mêlés de fragments de tuiles ou de briques en quantité variable et disposés sans ordre. : ; ; ; ; ; ; ; ; ; (1) Cf. G. aussi une à Enlart, Manuel d'archéologie française II, la porte de l’enceinte extérieure , à Clermont. 2 p. 527, flg. 239 et 531. Il y en a sans doute eu
684 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES Les Francs ont connu dès le début du xme siècle le type de forteresse le plus parfait, sur plan polygonal, sans avoir d’ailleurs le souci d’en assurer complètement le flanquement par des tours régulièrement disposées. Mais faute de moyens et d’ingé¬ nieurs, ils se sont contentés le plus souvent de forteresses de montagne, au tracé très lâche, dépourvues de tout perfectionnement : les portes sont de simples coupures dans le mur ; il n’y a pas de mâchicoulis. Toute forme plus évoluée ou plus soignée donne immédiatement l’impression d’un monument plus récent, impression qui doit être contrôlée, puisque certaines de ces formes plus parfaites ont été connues très tôt. On peut admettre toutefois que certains éléments sont plus normalement employés à la fin du xme et au xive siècle qu’au début les murs avec des niches à arcades (Androusa, Pèdèma), répandus surtout en Messénie, sans doute pour écono¬ miser la pierre, le plan polygonal et les tours hautes (Hagionori, Myloi de Lerne, Mêla, Androusa). Les mâchicoulis ne sont d’usage courant qu’à Mistra et à Géraki, : après 1262. Les ouvertures propres à l’époque franque sont des portes en plein cintre ou en arc surbaissé suivies d’un passage dont la voûte a même forme cintrée ou surbaissée, des meurtrières à embrasure cintrée, enfin des fenêtres dont Clermont et Karytaina donnent les exemples les plus intéressants caractérisés par des baies géminées et par la présence de banquettes sur les côtés de l’embrasure. L’emploi de l’arc brisé est très rare pour les voûtes et pour les ouvertures. A Clermont, les voûtes sont plutôt ovoïdes qu’en berceau brisé ; il y a une porte en arc brisé à Oléna mais celles que l’on voit à Patras par exemple sont, à l’exception de celle du sud-est sur le côté intérieur du mur, : ; postérieures à l’époque franque. Les quelques éléments de décor qu’on peut relever se réduisent, dans la pierre, aux angles amortis par un chanfrein des fenêtres ou des portes de Clermont et de Karytaina. Quand le maçon assemble quelques briques en un décor très simple, un zigzag par exemple, au clocher de Karytaina, à Androusa, à la porte de Géraki, on a l’impression qu’il s’agit de l’initiative d’un ouvrier grec, tentant maladroitement d’imiter les modèles remarquables de ses devanciers des xie et xne siècles.
CONCLUSION En 1205, le Péloponèse n’était ni désert ni barbare. De gracieuses églises témoi¬ gnent de l’activité qui y régnait au xne siècle et jusqu’aux premières années du xme siècle. La population grecque avait assimilé la plus grande partie de l’élément slave établi dans la péninsule aux vne et vme siècles ; seules quelques tribus rebelles à l’assimilation subsistaient sur les flancs de la chaîne du Taygète. Sans être tout à fait homogène — certains groupes avaient ce caractère particulariste qui distingue encore aujourd’hui Maniotes et Tsaconiens —, la population était essentiellement grecque et attachée à la religion orthodoxe. Elle n’était pas non plus fermée à l’étranger des négociants italiens fréquentaient librement les ports, amenant avec eux un peu : de leur civilisation. Mais la province était peu considérée par les Byzantins de la capitale perdue l’extrémité elle paraissait pauvre et arriérée auprès des à « inférieure » de l’empire, splendeurs de Byzance. De plus, vers 1200, elle subissait la décadence dont les mani¬ festations les plus apparentes sont le déclin de l’autorité impériale, l’évolution sociale et économique ruinant les classes moyennes, opposant pauvres et riches et créant les conditions favorables à l’établissement d’un système féodal, un appauvrissement général coïncidant avec l’accroissement des charges fiscales et un développement de la piraterie. Quand l’empire byzantin s’écroula à la suite de la prise de Constantinople par les croisés, le Péloponèse, livré à lui-même, n’avait aucun moyen de résister à la conquête, ni esprit militaire ou national, ni armée les résistances locales de Léon Sgouros ou de Michel Doukas Comnène d’Êpire n’eurent pas de lendemain. Quelques centaines de croisés se rendirent maîtres du pays et y fondèrent, sous le nom de princi¬ pauté d’Achaïe, un État féodal. Cette conquête facile mettait face à face une popu¬ lation grecque et une toute petite minorité d’occidentaux. Que devait-il résulter du contact des deux civilisations qu’ils représentaient ? Pendant un peu plus d’un demi-siècle, la principauté connut une période de succès, de puissance et d’éclat, qui se poursuivit même au-delà des premières défaites, jusqu’en 1278 au moins, à la mort du troisième et dernier prince de Villehardouin. Si l’on cherche les raisons de ce succès, il faut mettre au premier rang, croyons-nous, deux faits : la bonne entente entre les conquérants et l’absence de toute hostilité entre eux et la population grecque. Il est remarquable en effet que les récits anciens ; ;
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES 686 n’aient gardé le souvenir d’aucune rivalité, d’aucun incident ni entre les seigneurs, ni entre ceux-ci et le prince, ni entre Grecs et Francs pour cette période. Les conqué¬ rants formaient une société assez homogène : c’étaient essentiellement des Français de Bourgogne, de Franche-Comté, de Champagne et, pour une plus faible part, des pro¬ vinces du nord leur nombre avait peu à peu augmenté ; des familles étaient venues d’autres éléments de France rejoindre les seigneurs partis seuls pour la croisade étaient venus de Syrie, ou bien, après 1261, s’étaient réfugiés en Morée, fuyant Constantinople. Tous étaient unis, semble-t-il, par un sentiment de solidarité et par un loyalisme sans défaillance envers le prince ; la guerre féodale de 1255-1258 oppose les seigneurs de la Grèce centrale à Guillaume de Villehardouin sur un point d’ailleurs litigieux, et l’attitude que prit alors un des barons de Morée, Geoffroy de Karytaina, resta un geste personnel, qui ne compromit pas la solidarité de la principauté, qui n’ébranla même pas la sympathie de ses compagnons ou du prince pour lui. Les seuls incidents entre Latins ont opposé des prélats et les seigneurs laïcs et ne semblent pas s’être prolongés au-delà des premières années de la principauté. Cette forte cohésion n’avait pas pour contrepartie une attitude exclusive ou brutale vis-à-vis des Grecs. C’était une nécessité pour ces quelques centaines d’hommes de s’entendre avec la population du pays qu’ils avaient conquis c’était leur intérêt même mais il faut reconnaître qu’ils y réussirent bien. Des conventions fixèrent dès le début les rapports entre Grecs et conquérants, déterminant les devoirs de chacun, le service auquel les archontes ou les vilains étaient tenus et ces conventions furent respectées. Aucun texte ne signale ni de ces atroces faits de guerre qui marquè¬ rent tant de campagnes en Grèce par la suite, ni de spoliations violentes la base de ; ; ; ; ; ; ces accords fut en général le maintien des services dus à l’empereur grec. L’exécution de ces conventions créa, croyons-nous, une situation plus heureuse pour la Morée que celle de l’époque immédiatement antérieure : les seigneurs francs vivaient beau¬ coup plus près des paysans que ne le faisaient les fonctionnaires ou les grands proprié¬ taires byzantins d’autre part la principauté, par les rapports et les échanges beaucoup plus fréquents avec l’Occident, était moins isolée que ne l’avait été la province byzan¬ ; tine. Enfin les Francs ne cherchèrent pas à maintenir de barrières entre eux et les indigènes ils parlaient le grec, acceptaient des Grecs dans la hiérarchie féodale, d’autres comme fonctionnaires ; si beaucoup faisaient venir des meilleures familles de France les jeunes filles qu’ils épousaient, les mariages mixtes ne sont pas rares le prince Guillaume de Villehardouin prit pour femme une princesse grecque la sœur de Jean Ghauderon, Mathieu de Mons, baron de Véligosti, firent des mariages à Constantinople. Loin de mener une politique d’oppression, ce sont les Francs qui évoluent peu à peu, substituant à leurs noms d’origine ceux des terres qu’ils ont ; : ; reçues en Morée. On put se demander alors s’il n’allait pas se constituer dans les limites du Péloponèse un État solide, cette « quasi nova Francia » dont Honorius III parlait dès 1224 dans une lettre à Blanche de Castille. Des monuments furent construits, qui montrent que les conquérants avaient essayé de créer autour d’eux un cadre conforme à leurs habitudes ; c’est de cette époque que datent les plus intéressants et les plus caractéristiques, Sainte-Sophie d’Andravida, les églises des couvents de Zaraka et d’Isova, le château de Clermont et celui de Karytaina. Ces vestiges sont instructifs à
CONCLUSION 687 plus d'un point de vue : sans doute ils révèlent ce qu'ont apporté les Francs, mais ils font comprendre aussi que, même dans cette époque de splendeur, les moyens dont on disposait n'étaient pas illimités — ce qui ne saurait surprendre dans ce pays qui a toujours été pauvre — ; et surtout ils font voir qu'il y a plutôt juxtaposition des formes occidentales et des éléments traditionnels que création d'une école artistique vivante et nouvelle appelée à un grand essor. Les quelques éléments apportés d’Occi dent sont destinés à s'appauvrir, à s'abâtardir avec la décadence politique de la princi¬ pauté. Les constructions proprement grecques évoluent un peu à ce contact, mais elles ne s'interrompent pas et ne subissent pas de transformations profondes. L’histoire de l'art est ici, comme toujours et à toutes les époques, révélatrice : elle laisse deviner que la principauté française d’Achaïe, malgré son apparence brillante, puissante, n'était pas aussi solidement fondée qu'on pouvait le croire. Les succès obtenus furent compromis par des événements extérieurs et par les conditions intérieures. Les événements extérieurs décisifs furent la perte de Constantinople reprise par les Grecs en 1261, et la défaite subie par la prince qui dut céder à Michel VII I Paléologue une partie de la Morée ; ces événements entraînèrent le rattachement de la principauté au royaume de Sicile gouverné par la maison d'Anjou. Les conditions intérieures nouvelles sont créées par l’évolution de la société féodale franque le fait capital qu'on doit constater est, à partir du dernier quart du xme siècle, le renouvellement continu de cette société par la disparition des anciennes familles et l'installation d'éléments nouveaux, en grande partie d’origine italienne. La famille dont la disparition ou l'élimination fut la plus grave est celle des Villehardouin. Guillaume de Villehardouin, mort en 1278, ne laissa que deux filles successivement sa fille Isabelle, puis sa petite-fille Mahaut gouvernèrent au moins par intermittences. Mais dès ce moment, les Angevins de Naples intervinrent, faisant gouverner le pays par des baux étrangers, menant leur politique sans tenir compte des intérêts réels ou des besoins de la principauté. Il résulte de ces circonstances beaucoup moins de cohésion dans la société franque : les nouveaux arrivants, venus comme fonctionnaires ou pour chercher fortune, ignorant les traditions, disposés plus à exploiter qu'à administrer sagement un pays qu'ils n'avaient pas conquis eux-mêmes, ne s'entendent bien ni avec les familles plus anciennement établies, ni surtout avec la population grecque. Tant que des héritières directes des Villehardouin restèrent à la tête de la princi¬ pauté, la situation ne semble pas trop gravement compromise ; un petit chapiteau à Andravida montre que sous le prince Florent de Hainaut on devait construire encore de jolis monuments. Mais, après cette période de transition qui va de 1278 à 1318, une étape décisive est franchie avec le départ de la princesse Mahaut. Il est sympto¬ matique que les années 1320-1321 voient à la fois des victoires importantes des Grecs, qui enlèvent les forteresses d’Akova et de Karytaina, les plus célèbres baronnies de la conquête, — et les premières démarches de certains seigneurs pour chercher un autre suzerain que le roi de Naples. De 1320 à 1364, la principauté se maintient cepen¬ dant, sans éclat, administrée par des baux sans cesse renouvelés ; elle voit l'archevêque de Patras se rendre indépendant, elle voit s'installer toujours des hommes nouveaux, dont l'un au moins doit être nommé, Nicolas Acciaiuoli, un banquier devenu un des plus puissants personnages de son temps ; elle voit aussi les Grecs prendre parmi les Francs une place plus importante. La vraie décadence commence en 1364, avec l'ère des compétitions violentes. : ; 45
688 RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES Des prétendants se livrent bataille pour prendre possession des restes de la principauté menacés par les Grecs, par les seigneurs voisins comme les Tocchi de Céphalonie, mais surtout par les Compagnies de routiers et par les Turcs. En 1383 disparaît le dernier prince qui pouvait se rattacher à une tradition légitime. Corinthe revient aux Grecs, Argos et Nauplie passent à Venise. Les Turcs, longtemps pirates harcelant les côtes, dictent maintenant leurs conditions ; leurs premières expéditions brutales, mettant tout à feu et à sang, pénètrent jusqu'au centre du Péloponèse. Enfin, en 1430, le dernier prince, Centurione II Zaccaria, abandonne le titre en consentant au mariage de sa fille avec un des despotes grecs qui se partagent la Morée. L’intérêt de cette dernière période est tout différent de celui de la belle époque du xme siècle. Il ne s’agit plus alors de savoir si l’accord de la population avec une féodalité franque homogène et bien organisée peut servir de base à un État solide, à un foyer de civilisation brillant et original ; d’autres problèmes attirent notre attention : si, du point de vue de la principauté, cette étape est une obscure décadence, l’histoire de la seconde moitié du xive siècle et du début du xve siècle nous paraît d’un haut intérêt. D’une part la Morée est alors un des points, par son malheur d’ailleurs, où s’affrontent le plus d’ambitions, où l’on peut le mieux suivre le jeu de Venise, les efforts de l’ordre de l’Hôpital, la poussée turque ; d’autre part on peut voir le pays évoluer sous l’effet des circonstances. Si nous nous en tenons à l’aspect matériel de la presqu’île, on doit constater que la Morée, paisible et prospère pendant une bonne partie du xme siècle, entre à partir du xive dans une période d’insécurité ; elle est déchirée par des guerres entres Grecs et Francs, ou entre ceux-ci et les Catalans ou les Turcs, elle voit des conflits opposer les Latins aux Latins, des chefs grecs aux despotes de Mistra, elle subit des déprédations et des pillages de toute sorte. Aussi les villes s’appauvrissent-elles ou disparaissent-elles ; la population fuit vers les montagnes, au sommet desquelles se multiplient les forteresses. Au point de vue de la civilisation, les quelques apports de l’Occident s’effacent dans ces constructions faites sans art, à la hâte et à moindres frais. Cependant, malgré la décadence politique et économique générale, cette période a vu se développer une renaissance grecque dont Mistra, et à un moindre degré Géraki et Léontari, sont les témoins. Nous n’avons pas à parler de cet aspect de la Morée nous y faisons allusion parce que nous sommes persuadé que, au point de départ de cette renaissance si frappante dans les monuments — mais l’art n’est que la manifes¬ tation d’un mouvement plus profond — se trouve la prospérité que le pays a connue sous le régime franc. L’époque de la principauté a été un des rares moments dans l’his¬ toire où le Péloponèse a formé un État autonome, organisé ; on pouvait se demander alors, on l’a vu, si ce serait un État franco-grec ; les circonstances historiques ne l’ont pas permis. Mais la population grecque, dans cette période calme, a sans doute entrevu le sentiment — dont rien ne révèle l’existence avant 1205 — d’une unité, que les gouverneurs de Mistra s’efforceront pendant 170 ans de réaliser à leur profit. Avant les ténèbres de la domination turque, qui constitue à nos yeux le vrai moyen âge de la Grèce, la Morée a connu une période sinon toujours prospère, du moins infiniment plus vivante que les siècles précédents, où elle a pris au contact des Francs puis, à partir d’un certain moment, en luttant contre eux, une conscience plus nette d’elle même ; sans avoir montré d’hostilité aux apports occidentaux, elle est restée elle-même par ce pouvoir de permanence et d’assimilation qui lui a permis de traverser depuis l’antiquité tant de vicissitudes sans changer au fond de caractère. ;
A. I. — Liste — Listes de fiefs ou de châteaux des fiefs de la Morée en 1377. Cette liste, contenue dans un document des Archives de Malte, Royal Malta Library, Valetta Archives of the Order of St John of Jerusalem, cod. 55, a été publiée par Hopf, Rodd, The Princes of Achaia , II, Chron gr.-rom ., pp. 227-229 (reproduite par Rennell pp. 288-219) Hopf la datait de 1364 d'après la mention de « Madame », qu'il identifiait avec B. Z., LI, 1958, pp. 355-356, a la princesse Marie de Bourbon récemment A. T. Luttrell, proposé de reconnaître dans ce personnage la reine Jeanne Ire, qui aurait fait dresser une liste des châteaux au moment où elle se disposait à engager la principauté aux Chevaliers de l'Hôpital dans les archives desquels se trouve encore le document. Il l’a publiée à nouveau en la datant de façon précise du début de 1377, de la courte période où Argos et Nauplie avaient pour seigneur Louis d’Enghien, comte de Conversano (Cupersano), entre la mort de son frère Guy et le mariage de la fille de ce dernier, Marie, avec Pierre Cornaro, J3.Z., LVII, 1964, pp. 340-345. Nous en donnons le texte établi par A. Luttrell, en ajoutant simplement des majuscules aux toponymes. . ; ; Questi sono li castelli che Madama ave in lo princepato de Achaya. Primo in ello p[ia]no della Morea : lo castello de Claramonte apud Clarenza, lo castello de Sancto Ho[me]ro. In ella Grisera lo lo lo lo lo castello castello castello castello castello : de Beluedere dicto Ponticho, della Montangia delle Monache, de Belloreguardo, de Yunario, de Chillidonij.
690 APPENDICES In la Scorta lo lo lo lo : castello delo Polcellecto, castello della Smirina, castello de Crepacore castello della Gumba, lo castello della Pigria, lo castello In Galamata de Ferro. : lo castello de Galamata, lo castello de porto de Junco, la terre de Mayna. Questi so li castelli de li baroni in la Morea. Del freri de Sanct Johan lo castello de Paleopuli, lo castello della lo castello novo de messer Centurione Fustena. de messer Marchisano. : La Galadritza, la Stamirra, la Lissarea. dello singiore de la Avostitza della da Patraxo : La Avostitza, Sancto le fortize Nicola delo de Archivescovo Slacto. de Patraxo : Patraxo. lo lo lo lo lo lo castello castello castello castello castello castello In ella Grisera le lo lo la In del Cacta ficho, dello Castri, de Ferro sopra Patrasso, de la Caminza, della terre del Bosco, del piano de Patrasso. : castello de Sancto Elya de messer Nicola Alamangno, castello de Joya de messer Jacobo de Joya, castello de Fanari del singior de la Avostitza, terre de la Gristiana dello grant Senescallo. la Scorta : lo castello de Scala de messer Janni In Galamata del singior dellarchadia lo castello della Archadia, lo castello de Sancto Salvatore, lo castello della Aquila. : Misido.
691 APPENDICES Del gran Senescallo : lo castello de Sancto Archangelo, lo castello de Bulcano. De messer Janni Misido : lo castello de Grebini, lo castello della Turchata. In la castellania de Goranto del gran Senescallo lo lo lo lo lo lo lo lo lo castello castello castello castello castello castello castello castello castello : de Goranto, de Malvicino presso a Goranto, de Basilicata, de Sancto Basile, de Sancto Georgio de Polisengno, de Sorcastelli, de Angelo Castro, de Pyegata, de lo Ligorio. Del conte de Gupersano : lo castello dargo, lo castello de Napoli de Romania. IL — Liste dressée pour le prince Amédée de Savoie (1391). Document conservé dans les Archives de Turin (Archivio di Stato, Acaja, mazzo 3°, n° 16), plusieurs fois publié Guichenon, Histoire généalogique de la royale Maison de Savoie Preuves, pp. 127-128, — Datta, Storia dei Principi di Savoia del ramo d’Acaia, I, p. 273, — Buchon, Rech. et mal., I, pp. 296-299, et de façon abrégée Rech. hist., I, p. lxi, — Hopf, Chron. gr.-rom., pp. 229-230, — Rennell Rodd, The Princes of Achaia, II, pp. 294-296. Nous la donnons ici d’après une copie faite sur le document par M. J. Longnon, qui a bien voulu nous la communiquer et nous autoriser à la reproduire, ce dont nous le remercions bien vivement. : , Les excadances que sunt au prince de la Morée. Premier, la Voustice avec Item Item Item Item Item Item Item Item ses pertinences, on a aviron .ijc fues, les quelx tient le vicaire. la Beguche, ou sunt xl fues. le Oriol, ou sunt VI xx fues, le frere de mess. Assane le tient per sa feme. Ghastel Nuef, ou sunt iijc fues, Nyco de Tarant le tient per le vicaire. le Flacto, xxv fues, Johant du Villart le tient per le vicaire. le chastel de Les Portes, c fues, Jaco de Chipre le tient per le vicaire. la tour de la Gastogne (1), xxx fues, Huguet d’Alex le tient. Sainte-Elie, xl fues, le vicaire le tient. la tour de Golenice (2), 1 fues, Perrot de Vernay la tien. (1) Ms : Gascogne. (2) Ms : Gosenice.
692 APPENDICES Item Item Item Item Item Item Item Item Item Item Item Item la tour de la Christiana, iiij xx fues. Johan d’Ayne la tient. la Mandrice, c fues, Johan d’Ayne la tient. la Combe, c fues, le Moyne de Pollay la tient. l’Estala, xl fues, et fu de mess. Johant Misto et la tient Bertranet Mota. la Biquoque, xl fues, Nyeolo le Fort la tient. la Tour, que fu de mess. Nycola Moche, xxv fues. la Glace, xxv fues, Pietre Gros la tient. la Fenare, cl fues, Guille de la Forest la tient. Saint Archangel, c fues, le vicaire la tient. \ et furent de le Gravenil, ijc fues, le vicaire la tient la Turcada (1), c fues, le dispot a prise mess. Johant la Molines, xl fues J Misto > Les lieux du propre demeyne en la dite princée Premier. Clayrence, iijc fues, le vicaire le tient. Item Clarmont, Barthe (2) Bon Vin le tient. Item Bel Vider, fues, le vicaire le tient. Item Saint-Homer, v° fues, le vicaire le tient. Item Porcellet, c fues \ Item Crevecuer (3), iiij c fues ( le segneur de l’Arcadie (4) les Item Castel de Fer, cl fues ( tient et sunt en l’Escorta (5) Item la Praye, ij c fues J Item Drusa, iijc fues, le vicaire la tient. Item Port Jonc, le Moyne et Johant d’Ayne le tiegnent. Item Calamata, iijc fues, le vicaire le tient. Item le Meyne, xl fues, le dispot le tient. Item Beauregart, xxx fues, le Moyne le tient. 1 Les homages des barons Le duc d’Athènes. Le sire Le duc de l’Archipelago. La baronie Le Le marquis de Bondenice, Le conte de Cephalonie. L’évesque de Moudon. L’évesque de Coron. L’évesque de l’Oline (6). La Le comandeur des Alamans. Le comandeur de Rodes. duc de Lucade. contesse de la Solle. Le segneur de l’Arcadie. La ilia de Nigrepont. Ms Ms Ms Ms Ms (6) Ms (1) (2) (3) (4) (5) : Turtada. : Barche, le h porte une barre transversale. : : : : Trenetuer. Artadie. Estorta. Olive. de la Calandrice. de Patras. Et pluseurs homes liges, tant chivaliers corn escuers, lesquelx serait trop longs ascrire.
693 APPENDICES . — Listes tirées des Annali Veneti de STEFANO MAGNO. a) 1463 Fol. 202 v. (Hopf, Chron. gr.-rom ., p. 202). Veneti varios locos et castella Peloponnesi expugnant ... Vasilica sivè Valica. Vostizza vel Vistizza. S. Zorzi Tropico. ; vel Androcastro. Dimizana vel Guevano. Arulia. vel Carizena. Ruolo. Castro. Mondrizza. vel Tradici de Scorta. Montepoli. Grivocori. Aracleno Argirocastro Grando. Graveno Fol. 203 r. Garitena vel Araclavo. Strovazzi Vumeri. Ghilidoni vel Clidoni. Stamero vel Stamiro. Zoia. Elena vel Alona. Avolanizza. Belveder. Noetiuni. Gardisco vel Gradici. Porsos vel Pertes. Rumbili vel Rubeli. Mayayiado vel Maconico. Drusa. Lesfaro. Maina Granda. Stelli Levizza vel Seliviza. Camenizza Galavita. Tartari Focena vel Phonea. S. Zorzi vel Strovizza. vel Vunango. vel Santomari. vel Trisetenia. Manteyna. vel Dimiza. vel Lastrana Paleo Camomenizza. vel Castro vel Astro. Galendrizzo. Listrenu. Paolo Sidero Castro. Arto. Salauro Bocenico. Castro. Seravali. vel S. Gamero Calaurata Castro Francavilla. Laureo. Vunengo Santameri Tripotama Galamata. Ruolio vel vel Gumero Mondrusa Gribani vel vel vel Grebani. Jonava vel Janina. Vutina. Pidina. Lendari. Mortomizza. Longonico.. Ursi. Fol. 203 v. Castri vel Gastriti. Verdognia. Lacovuno. Irac Gurenes. chi vel Zirachi. Astro. Astrizi. Parusco. Limbia. Ghelidononi. Asopo vel Asopes. Sidro Castro. b) 1463 Fol. 215 r. (Hopf, p. 203). Veneti obtinuerunt : Damala appresso Napoli et tenesse dipoi la paxe. Ghilidoni se perse 1470. Vumero se perse 1470. Belveder se Olena vel Helena. Pidimia. Piaida vel Piada, Maina. Galamata se perse ut supra. perse ut supra. Argiro Castro vel Agno Castro se Andro Castro. Janizza. ch’è verso Napoli. Dirauti over Drasi. Longanico. Castri. perse in 1470. Serones vel Seraphena. Verdonia. Astro. Astrici. Platanos vile. Fol. 215 v. Cariposti sive Caropoli in brazzo di Maina. Maina grande Cocchochia sive Colochita ut supra. Comusta. in brazzo ut supra. Lefro. Mantegna in brazzo ut supra. c) 1467 Fol. 394 V.-395 r et v. (Hopf, pp. 205-206). 1467 de settembrio questi sono Castelli sono in la Morea ; quelli hanno davanti una f sono della Signoria, et quelli hanno R sono rovinadi, el resto sono del Turco. Coranto. R Diacastro. Tricalia. Gardichi. Vasilica. R Vistizza. Tarses. Elia. fol. 395 r. R Listrena. R Fonea. R S. Vassili. S. Zorzi Tropico. Selmenico. Calavita. R Silo Castro. Patras. R Calandrezza. Pazoda. R Saravali. R Chestena. R Alinori. R Sidro Castro. Selevizza. R Fanari. f R Damala. Curnaro Castro. Castrizzi. R Angelo Pertes. S. Dameri. Castro. Paulo Castro. Guevano. R Camemonia. Xironeo Sero Castelia. S.
694 APPENDICES Castro. Questi fin qui sono di Coranto. Ajuto pandatoria Casali. R Aito. R Proiteri. Acoua. R Janina. Riolo. Mucli. Greban. S. Biasio. R Zipiana. Trisotenia. R S. Lauro. R Droboliza. Limisana. Arcadia. R Silimo. R Neocastro. t R Piada. R Loi. Tavia. S. Zorzi Scorta. R Adruisa. t Arziro Castro. t R Diracchi. R Spedal. Posenichi. Gordichi salo. t R Apidimia. R Lila. R Acovo. Candela Catafigo. R Vestra Catrona. Siminia Casai. t R Maina. R Castelli. Longanico. t R Calamita. Ruballo. Chiaramonte. R Stamiro. R Arvano Castro. t Olena. t Chilidoni. t Vumero. fol. 395 v. Acumba. Fanari. R Mondriza. R Diminiza. Cusibeni. R Zoia. R Vunargo. Demeco. f Belveder. Araclavo. Gardizi. Crivo Cori. R Poria. R Spoliza. Strovizi. Sidro Castro. t Serenes. R Manconico. t Malvasia. t R Castri. R Lico Castro. t Astro. t Verdonia. R Teologo. t Astrizi. Misitra. Tradici grando. f R Gariposti overo R Platanos villa. Zerachi. Asopes. t Vadica. f Cochichia over Colichitia. t Arna villa. Garipoli. R Ales Linidi. t Mantegna. t Maina grande. f R Janizza. f Comusta villa. t Lefco. Caricena. Lendari. Tunc temporis a Venetorum militibus tenebantur « Napoli, Malvasia, Maina, Chilidoni, Coron, Modon, Androcastro, Burdugna, Longanico, Calamata, Vumero, Colera, Castranizza et Piastro ». Exstat alia quoque « polizza » urbium Venetis subditarum anni 1469, quam Magnus omittit. — N. B. Damala et Piada Naupliae rectori subditae erant. IV. — Liste vénitienne de 1471. Publiée d’après une copie de Mustoxidi par Buchon, La Signoria possiede r. Dracofeo r. Sanavalli. Ancello-Castro. Coranto. Lirota. Altori Aito-Pedetoria. Sidero-castro. Paulo-Castro. r. Salluizza. Gardiehi. Chiara-Monti. Skalia. Starmi. Castelli r. Rubelli. nuiaco*. Coron*. Comistavilla*. I, p. Ixv. San-Zorzi Tropico. Vasco. Farcalle. Farsas. Foura Vassili r. r. Casalli. Listrena r. Salmenico. Cuzanaro-Castro. Castrizi. Fanari Camomenitza r. Calladrizza. Postena. Triponia. Strezza. Mantinea*. , : La Croce r(ovinata). Sillo-Castro Recherches Sandameri. Portes. Greveno. Xerso. Arnaro-Castro. Chillidona r. Acora. Dimizana. Caritena. Callarita. Patrasso. de Malta. Riollo. San Biaso. Bellover r. San-Zorzi. Dirachi*. Longatigo*. Vendari. Gradizzi-Piccolo. Semiza-Casal. Screutas*. Modon*. Castro*. Verdonia*. Mistra. Monci Janiza*. Vico-Castro*. Teologo*. Alosiani. Zeraschi. Aspes. Astro*. Vadica*. Malvasia*. Astrissi. Garipoli*. Paltanos Villa. Arnavilla*. Janina-Villa. Histro.
B. — Familles princières ou seigneuriales de la principauté d’Achaie N. B — Nous ne présentons pas des tableaux généalogiques complets de toutes les familles connues ; nous n'avons retenu que celles que Ton peut suivre sur plus d'une génération. Pour celles qui comptent de nombreux représentants dont l'activité s'est exercée hors de la principauté d’Achaïe, seuls les membres qui ont joué un rôle dans l’histoire de la Morée franque ont été signalés nous ne rappelons les noms ni des enfants disparus jeunes, ni des personnages dont la carrière tout entière s’est déroulée en dehors du Péloponèse. Pour les familles moins importantes, nous n’avons pas cherché à combler les lacunes de nos connaissances par des hypothèses plus ou moins hasardées : nous énumérons simplement les noms des personnages connus, avec la ou les dates où les textes les citent, sans prétendre reconstituer des familles en imaginant les liens de parenté qui auraient existé entre eux. . ; Abréviations utilisées : archev. archevêque fem. femme bar. baron remar. remarié G/ple Constantinople r. duch. duchesse princ. ép. épouse seign. roi, reine princesse, principauté seigneur év. évêque titul. titulaire f. fils, fille
Familles B. 1. Liste des Princes princières et seigneuriales d’Achaïe Principaux 1205-1209 Guillaume Ier prétendants de Ghamplitte. 1210-1228/30 Geoffroy Ier de Villehardouin. 1228/30-1246 Geoffroy II de Villehardouin. 1246-1278 Guillaume 1278-1285 Charles Ier d’Anjou, r. de Sicile. 1285-1289 Charles II d’Anjou, r. de Sicile. 1289-1307 Isabelle de Villehardouin, 1289 mariée à Florent de Hainaut, f 1297, seule 1297-1301, 1301 mariée à Philippe de Savoie, f 1307. 1307-1313 Philippe 1313-1318 Mahaut de Hainaut, 1313 mariée à Louis de Bourgogne, f 1316, seule 1316-1318, 1318 refuse le mariage avec Jean de Gravina. de Villehardouin. de Tarente. Jean 1333-1364 Robert, prince de Tarente, Valois, f 1346. 1364-1370 Gravina. marié Marie 1315-1316 Ferrand à Marie avec sa mère Catherine de veuve, avec son fils Hugues Lusignan. de Tarente de Philippe 1373-1381 Jeanne Ire, reine de Naples, engage la principauté aux Hospitaliers 1376-1381. compétition avec Tarente Philippe de IL en compétition avec Jacques des Baux dès 1373. Compagnie navarraise en Morée depuis 1380. 1383 Charles III, r. de i en ) Louis Ier d’Anjou, Naples reconnu ' conflit r. de Naples, f 1384. prince par les ( avec Marie de Bretagne, J f 1386. en IL Jacques des Baux. Navarrais, des barons auprès de Cantacuzène. 1344 Principauté offerte à Jacques II, roi de Majorque. de Bourbon. de Bourbon, 1341 Démarche Jean 1370-1373 1381-1383 de Majorque. 1321 Appel des barons à Venise. 1318-1333 1347 de II veuve, vend la principauté aux Hospitaliers, 1387. sa Mahiot de Coquerel, bail d’Achaïe, j* 1386. Pierre de S. Supéran, vicaire 1386, s’oppose à la vente. Protestations et tentatives de : — Louis II de Clermont, duc de Bourbon, 1387-1388. 1396-1402 — Amédée Pierre de Saint-Supéran. 1402-1404 Marie Zaccaria, régente pour 1404-1430 Centurione II Zaccaria. de 1387-1391. ses enfants. Savoie,
2. Maison des Villehardouin - j Jean, seigneur de Villehardouin f après 1216 Geoffroy, maréchal de Champagne maréchal de Romanie 1204 ; f avant 1218 Geoffroy Ier, seigneur de Kalamata 1205 ; bail de Morée 1209 ; prince d’Achaïe et sénéchal de Romanie 1210 ; f entre 1226 et 1231. Ëp. Elisabeth (de Chappes ?) remariée à Jacques de N. Saint-Omer - I Guillaume II, prince d’Achaïe 1246-1278, f 1.V.1278. avant 1231, t 1246. ép. 1. N. fille de Narjot de Toucy. 2. Carintana dalle Carceri, dame d’Oréos, t 1255. ép. Agnès de Courtenay, f. 3. Anne (Agnès), f. de Michel II Comnène Doukas, despote de l’empereur Pierre de d’Épire, reçoit en douaire Kalamata et Clermont, remariée Constantinople Geoffroy II, prince d’Achaïe à Nicolas II de Saint-Omer, I fille mariée à Eudes, év. Hugues de Briel de Coron seigneur de Karytaina, baron avant de Skorta. f 4.1.86. - Isabelle, princesse d’Achaïe 1289-1307, dame de Kalamata 1308, Marguerite, née 1266, dame des 2/3 d’Akova, f prisonnière à Clermont f 1311 février ép. 1. 28.V. 1271 Philippe d’Anjou, f. de Charles Ier, | entre janvier ép. et mars 1277. 2. 16.IX.1289 Florent de Hainaut, prince d’Achaïe 1289-1297, t 23.1.1297. 3. 12.11.1301 Philippe de Savoie, comte de Piémont, prince d’Achaïe 1301-1307; comte d’Albe 1307, remarié en 1312 à Catherine, dauphine de Viennois (x), t 13.IX.1334. 1315. sept. 1294. Isnard de Sabran, f 1297. 2. 1299 Richard comte de Céphalonie. 1. I Isabelle de Sabran, née 1297, héritière d’Akova f 7.V.1315. ép. février 1314 Ferrand de Majorque, prince d’Achaïe 1315-1316, f 5.VII.1316. I Jacques, né 5. IV. 1315, roi de Majorque, 1324-1334 ; prétendant la principauté 1338, | 1349. à Mahaut de Hainaut, née 30.X 1.1293, dame de Kalamata Marguerite de Savoie 1297-1308 et 1311-1322, princesse d’Achaïe 1313-1318, née fin 1302, reçoit 1303 Karytaina et Bucelet t 1331 prisonnière à Aversa. avant 1324) f (cédés ép. 1. 1305 Guy II de la Roche, d. d’Athènes, bail de après 1371 ép. 1324 de la Morée 1307, f 5.X.1308, fiancée 24. IX. 1309 à Charles de Tarente, despote de Romanie, ép. 2. 1313 Louis de Bourgogne (2) roi titulaire de Renaud II de Forez, t 1370. Thessalonique, prince d’Achaïe 1313-1316, f 2.VIII. 1316. (3. mars 1318, Jean d’Anjou, comte de Gravina prince d’Achaïe 1318-1333, f 1333, mariage non réalisé). 4. en secret, Hugues de la Palisse 1322. (1) Du 2e mariage de Philippe naît Jacques de Savoie, prince titulaire d’Achaïe, t 17.V.1367 I 1 Philippe f 1368 i I Amédée, prétendant à Louis, prétendant la principauté 1367-1402 à la principauté t 7. V. 1402 1402-1418 f 6.X.1418 (2) Eudes IV, d. de Bourgogne, frère de Louis, cède ses droits sur l’Achaïe en 1320 à Louis de Bourbon, comte de Clermont, qui les cède à l’empereur Philippe de Tarente. 1209
3. Maison d’Anjou-Naples. Charles Ier d’Anjou, r. de Sicile 1266-1285, pr. d’Achaïe 1278-1285, f 7.1.1285 i Philippe, né 1257, ép. Isabelle de Villehardouin, fl277. Robert, r. de Naples 1309-1343, f 16.1.1343. Charles , r. de Naples 1285-1309, pr. d’Achaïe 1285-1309, f 6.V.1309. Philippe, pr. de Tarente, pr. d’Achaïe 1307-1313, f 26.XII.1331. ép. 1. sept. 1294 Thamar, f. du despote Nicéphore d’Épire, divorcée en 1309. 2. 29.VII.1313 Catherine de Valois, impér. titul. de C/ple, despine de Romanie et duch. de Duras, princ. d’Achaïe Jean, comte de Gravina, pr. d’Achaïe 1318-1333, duc de Duras 1333-1335, f 5.IV.1335. ép. 1. mars 1318 Mahaut de Hainaut princ. d’Achaïe (mariage non réalisé). 2. 14. XI. 1321 Agnès de Périgord. 1333-1346, f oct. 1346. i i Charles duc de Calabre, Louis né en t 1328. 1320 vie. gén. de Romanie Jeanne ép. 1325 Gautier f 1362. ép. 1347 I Robert, pr. de Béatrice de Brienne. II 1 Philippe né en 1329, Tarente 1331, emp. ép. en 2es noces emp. titul. de C/ple François titul. de C/ple, pr. 1367-1373, d’Achaïe 1346-1364. ép. sept. 1347 9 Marguerite des Baux. pr. d’Achaïe 1370 1373, t 25.XI.1373. ép. 1. Marie d’An¬ jou veuve de Marie de Bour¬ Ire de Naples. bon, f. de Louis cte de Clermont, veuve de Guy de Charles Lusignan (1), princ. d’Achaïe Charles d. de Duras 1335-1348, t 24.1.1348. ép. Marie d’An¬ jou, f. de Charles Louis comte de Gravina, t 22.VII.62. ép. Marguerite de San-Severino. d. de Calabre. de Duras et de Robert des Baux. 1364-1370. 2. 1370 Elisa¬ beth f. d’Étienne de Hongrie. - Jeanne Ire r. de Naples 1343-1381, princ. d’Achaïe 1374-1381, t 22.V.1382. I Louis Ier d’Anjou, f. adoptif, r. de Naples, pr. d’Achaïe 1383 1384, f 1384. ép. Marie de Bretagne i 1 Marie, f 20.V. 1366. ép. Charles duc de Duras. Jacaues des Baux emp. titul. de C/ple 1373-1383, pr. d’Achaïe 1381-1383, duch. Duras 1348-1368, f 1393. ép. 1. 1386 Louis Duras, t 1373. d’Anjou Duras, cède 2. Robert ses droits sur comte à I Louis Ier d’Anjou. de d’Évreux t 7.VII.1383. ép. 1382 Agnès l’Achaïe Louis II, r. de Naples. Jeanne Agnès, f 15.VII. Charles 1381 1388. 1386, f 24.11. ép. en 2es noces 1382 Jacques des Baux, emp. de 1386. ép. 1368 Margue¬ rite d’Anjou Duras. C/ple, pr. d’Achaïe. d’Artois d’Eu f 20.VII. 1387. Ladislas, r. de Naples, t 6.VIII.1414. (1) De son premier mariage avec Guy de Lusignan, prince de Galilée, Marie de Bourbon a eu un fils, Hugues de Lusignan, prince d’Achaïe avec sa mère 1364 1370, f 1379. Elle lègue l’Achaïe à son neveu, le duc Louis de Bourbon, qui prétend au titre de prince en 1387, f 1410.
4. Maison des Acciaiuoli. Acciaiuolo I Mannino Nicolas I - Donato Monte Acciaiuolo I I Alamanno Nicolas 1310-1365 Jacques Conseiller de l’impér. Catherine de Valois 1331 ; reçoit et acquiert des terres en Morée 1334-1338 ; en Morée 1338 et 1340-1341 ; grand-sénéchal héréditaire de Sicile 1348 ; comte de Melfi 1352, comte de Malte 1357 ; seigneur de Corinthe 1358 ; baron de Vostitsa et de Nivelet 1363-64. i I Ange 1 co-seigneur de Malte 1357 ; grand sénéchal, comte de Melfi, seigneur de Corinthe 1365 ; fait son testament le 2.XI.1391. - - archev. év. de Céphalonie 1391 ; archev. de Corinthe 1401 ; — de Thèbes de Patras i 1 Pierre Ange 2 f. adoptif du grand-sénéchal Nicolas 1362; 1365 ; f 1369. avant 1424 ; f 1428. archev. de Florence 1383 ; cardinal 1384 ; archev. commen dataire de Patras 1397-1400 Jean 1 Nerio Ange 3 ; bail de Morée 1394-1396. Donato f. adoptif du grand sénéchal Nicolas 1362 ; archev. baron de Vostitsa 1360-1365. Nivelet ; et vicaire 1356 puis seigneur de Corin¬ the 1371 ; occupe Athènes 1385 ; bail de de vicaire Patras de Nicolas en Morée 1365-1366; duc d’Athènes t 1400. Morée et Lépaute 1391-1394 ; duc d’Athènes 1394. ! I Robert grand-sénéchal 1391 ; comte de Melfi et de Malte 1399 ; f 1420. i Jacques faible d’esprit f avant 1399. - i 1 Jean 2 héritier diverses de terres en Morée ; f avant 1412. Antonio, bâtard, occupe Athènes 1402 ; reconnu duc d’Athènes 1405; f 1435. Bartholomée dame de Corinthe. ép. 1388 Théodore Ier Paléologue despote de Mistra, t 1407. Françoise dame de Mégare et Vasilika. ép. 1388 Charles Ier Tocco, duc de Leucade, f 1430. ;
700 APPENDICES Baronnie 5. Aleman Arnoul Aleman Guillaume, d’après le Libro de los f echos de Patras. 1209. baron, v. 1228: Gautier, : Conrad, Guillaume, engage la baronnie Marie, sa à l’archevêque v. 1276. fille, ép. Jacques de la Roche, baron de Véligosti. 1 Renaud de Véligosti, N... f 1311. Aleman I i Garnier, Thomas | capit. du château de Gorfou, 1266-1269. Aymon. Georges, 1344 (»). Baronnie 6. Aulnay d’ARKADiA. Vilain I, baron d’Arkadia après 1261, f avant 1269. i Erard Geoffroy, f après 1297, I, baron moitié 1269, t v. 1279, de la baronnie placée sous séquestre. réunit toute la baronnie, 1293, connétable, 1290-1294. i Vilain dame , ép. Hélène de Briel, de Moraina et de La Lisaréa. Agnès, dame I î i Erard , f avant ép. Balzana Gozzadini en douaire baronnie, Pietro dalle la 1338, qui moitié de remarie se ép. Erard () la de avec Carceri. la de d’Arkadia, tient Le Maure, seigneur Saint-Sauveur (v. famille 7. Briel. moitié 1324, et Aétos Le Maure). Baronnie de la Skorta. (Karytaina) Renaud, 1209. Hugues, baron de la Skorta v. 1230. ép. N. fille de Geoffroy Geoffroy, dit de Karytaina, ép. Isabelle La baronnie I de Villehardouin. f 1275. de la Roche. est divisée en 2 : i > la moitié retourne la au domaine. Prétendants : moitié Isabelle revient en douaire à la Roche, f 1279. ép. 1277 Hugues de Brienne, comte de Lecce (a). de Jean Pestel, 1276, débouté. Geoffroy de Briel (le jeune), 1279, reçoit le fief de Moraina. ép. Marguerite de La Lisaréa; Hélène, sa fille, ép. Vilain II d’Aulnay. (1) Nous n’avons aucune indication personnages et les barons de Patras. moitié de Karytaina est reprise par le prince contre Beauvoir ; 1289, la baronnie est donnée en Isabelle de Villehardouin; 1303, elle est donnée à Marguerite de Savoie, qui y renonce en 1324. (2) Cette douaire à qui permette de savoir s’il existe une parenté entre les derniers
701 APPENDICES Duché cI’Athènes. 8. Brienne Seigneurie d’ARGos et Nauplie. Hugues, comte de Lecce, 1277 seigneur de la moitié de Karytaina (reprise par le prince contre Beauvoir, que Hugues échange avec Jean Chauderon contre Conversano), bail du duché d’Athènes 1291-1296, f 9.VIII.1296. ép. 1. 1277 Isabelle de la Roche, veuve de Geoffroy de Briel, f 1279. 2. 1291 Hélène Comnène-Doukas, duch. douairière d’Athènes, veuve de Guillaume Ier, duc d’Athènes, f 1287. Gautier Ier, comte de Lecce, de Conversano, d. d’Athènes 1308, f 1311. ép. 1306 Jeanne de Châtillon, f 16.1.1354. I - I 1 Gautier H, duc titul. d’Athènes 1311, comte de Lecce, seigneur d’Argos et Nauplie, f 1356 f1). ép. 1. déc. 1325 Béatrix de Tarente, f après 1332. 2. 15.11.1344 Jeanne de Brienne, comtesse d’Eu, | 1389. Isabelle, ép. 1320 Gautier d’Enghien. | Guy d’Enghien. I Gautier, né 1329, t 1332 en Grèce. 9. Charpigny-Charni Baronnie Hugues v. de Vostitsa. (2), dit de Gharpigny (Tserpènè), baron de Vostitsa 1230. Guy de Gharpigny, d’Achaïe baron de Vostitsa, bail de la principauté 1289, f 1295. I Hugues H 1295 - après 1304. I 1 fille ép. Dreux de Charni, lequel reçoit 1316 la baronnie de Nivelet. La descendance est issue de Geoffroy, sans qu’on puisse discerner s’il s’agit d’un Geoffroy de Gharpigny, que nous ne pouvons saisir, ou de Geoffroy de Charni, frère de Dreux ; elle comprend : Agnès, 1327 recueille son «héritage maternel» (Vostitsa?) Isabelle Guillemette ép. 1344 Philippe de Jonvelle, bail de la principauté 1348-1349, baron de Vostitsa et Nivelet, f 1359. 1359 Fanari 1361 Guillemette veuve vend à Marie de Hélène Bourbon enlevée en Élide. Vostitsa Marino et Nivelet sont à qui les cède à Nerio Acciaiuoli Marie de 1322 par Ghisi. Bourbon 1363. 10. Chauderon Baronnie Geoffroy, en Morée après 1230, baron d’Estamira, f peu après 1278. d’EsTAMiRA. grand-connétable, Jean, baron d’Estamira et Roviata, grand-connétable, 1289 acquiert Beauvoir. fille, otage à G/ pie en se marie à C/ple. ; 1 1262 I Bartholomée, 1294 hérite de son père Valaques et Toporice. (1) Par son testament (1347), Gautier II laisse son héritage à son neveu, Guy d’Enghien v. famille d’Enghien. (2) Rien n’autorise à transcrire ce nom « de Lille l’Ille, qui possède des terres près de Véligosti en 1239. à sa sœur Isabelle ; cet héritage passe en 1356 : », ni à le rapprocher de celui de Robert de l’Isle ou de
702 APPENDICES Baronnie 11. Dramelay G. de Dramelay, de Chalandritsa. 1209. Robert, baron de Chalandritsa, v. 1230. Guy, achète la terre de La Lisaréa, f peu après 1285. I fille ép. Georges Ier Ghisi, baron 1. de Chalandritsa, de Tènos et Mykonos 1303, f 1311. 2. Pietro dalle Carceri, de Négrepont Nicolas de Dramelay, La baronnie passe en 1316 disparaît cité 1324, f 1340. après 1316. à ( Aimon - 1 de Rans Othon de Rans qui vend sa part Martino Zaccaria, seigneur Chios, dépossédé, f 1345. Baronnie 12. Durnay à de de Kalavryta, puis de GRiTSÉNA(-La Grite). Othon, baron de Kalavryta v. 1230, f avant 1260, a épousé N... qui, veuve, se remarie avec Anselin de Toucy. Geoffroy perd Kalavryta reprise par les Grecs, baron de Gritséna-La Grite, f peu après 1283. I i i Jean, ép. N. fille de Richard comte de Céphalonie. Orisini, Othon 13. Enghien Ducs titulaires d’ATHÈNEs, Seigneurs d’ARGOS et Nauplie. Gautier, ép. 1320 Isabelle de Brienne, duc titulaire seigneur ! Sohier, duc titul. d’Athènes comte de Conversano, d’Athènes, f 1356. i d’Athènes Louis, comte de Conversano 1356, duc titul. d’Athènes 1381, Guy, seign. d’Argos et Nauplie ép. Bonne titulaire seigneur d’Argos et Nauplie au début ae 1377, f 1394. i III, et Nauplie, - 1356-67, f 15.IV.67. Gautier d’Argos duc 1367-1381. 1356-1377. de Foucherolles. i Marie, née 1364, dame d’Argos et Nauplie 1377. ép. 1377 Pierre Cornaro,f 1388, 1388 vend Argos et Nauplie à Venise, f après 1393.
APPENDICES 703 14. Foucherolles et barons de Tsogia. Reinaud des Portes I 1 François fille ép. Jean de Foucherolles Foucherolles de Gautier de Foucherolles, capitaine d’Argos et de Nauplie. 1319 François et Gautier destinataires d’une lettre de Jean XXII. I Nicolas de Foucherolles, est investi en 1309, devant son père François, de l’héritage des Foucherolles et de celui de Nicolas des Gaves par Gautier Ier, duc d’Athènes. 1347 témoin duc titul. pour le testament de Gauthier II, d’Athènes. i Lise « de Laurento (par un 1er mariage?) ép. Jacques de Tsogia qui recueille l’héritage des Foucherolles ; 1364 obtient de Guy d’Enghien une réduction de service pour ses terres en Argolide (1). Bonne » Antoinette ép. Guy d’Enghien, seign. d’Argos et de Nauplie, f 1377. ép. Guillaume Conte, consul d’Argos et de Nauplie. I Nicolas de Tsogia, 1376 investi de tout l’héritage de son père Jacques par Guy d’Enghien. 15. Ghisi. Barthélemy Marino Ier, seigneur de Tènos et Mykonos, f 1303. Nicolas, feudataire Morée en (Piada) 1272, grand-connétable d’Achaïe, t avant mars 1279. ép. Jacopina (de Candie, Crète), t 1282. Georges Ier, châtelain 1292, de Kalamata seign. de Tènos et Mykonos 1303-1311, tercier de Négrepont, | 1311. ép. 1. N. fille de Guy de Dramelay, baron de Ghalandritsa. 2. Alix dalle Garceri, dame d’un Négrepont, régente 1311-1314. tiers de 1 \- - i Barthélemy 1311-1341, baron tercier seigneur de Tènos et de Négrepont, Mykonos, châtelain de Thèbes, grand Marino, co-seigneur de Tènos, 1326-1340, enlève 1326 Hélène, fille d’Isabelle de Charpigny, dame connétable de d’Achaïe. Vostitsa. Georges II, baron tercier de Négrepont, seigneur de Tènos et Mykonos, f v. 1352. (1) Cité comme seigneur de Tsogia, en Grisera, dans la liste de fiefs de 1377. 46
16. La Boche Seigneurie, puis duché d’ATHÈNES. Baronnie de Véligosti-Damala. Seigneurie d’ARGOS-NAUPLiE. Othon, seigneur de La Roche-sur-Ognon 1130-1170 I Pons ~ i - - Othon, mégaskyr d’Athènes 1205, seigneur d’Argos et Nauplie 1212. Retourne en France 1225. ép. 1208 Isabelle, héritière de Guy de Ray. ï Sibylle ép. Jacques de Cicon. Pons | Othon de Cicon, seigneur de Karystos (Négrepont). Guy Ier, co-seigneur de Thèbes 1211, mégaskyr d’Athènes 1225-1260, Guillaume, baron de Véligosti (par son mariage avec N. puis 1260 duc, f 1263. ép. une nièce de Guillaume II de Villehardouin. ( sœur ou f. de Mathieu de Mons?) et de Damala. - Jean, duc d’Athènes 1263-1280, t 1280. Guillaume, duc d’Athènes 1280-1287, f 1287. ép. 1275 Hélène Comnène-Doukas, régente du duché 1287-1294, remariée à Hugues de Brienne comte de Lecce, f 1296. Isabelle dame de la moitié de Karytaina, t 1279. ép. 1. avant 1258 Geoffroy de Briel, baron de Jacques, baron de Véligosti f1), Damala, gouverneur d’Argos et Nauplie, ép. Marie Aleman. la Skorta. I Guy II (Guyot), duc d’Athènes 1287-1308, f 1308. ép. 1305 Mahaut de Hainaut, héritière de la princi¬ 2. 1277 Hugues de Brienne, comte Renaud, baron de (Véligosti) de Lecce. Damala 1302-1311. pauté d’Achaïe, f 1331. i Jacqueline, dame de Damala L’héritage de cette branche de la famille passe aux Brienne. ép. Martino Zaccaria qui recueille l’héri¬ tage de cette branche des La Roche, t 1345. (1) Véligosti est perdue avant la fin du xme siècle.
705 APPENDICES Baronnies de Saint-Sauveur 17. Le Maure et Nicolas, seigneur de Saint-Sauveur, et de Kalamata 1297, châtelain de la Skorta 1304-1309. Étienne 1324-1330, dame de la moitié d’Arkadia, ép. Agnès d’Aulnay, f avant 1344. Erard (), baron d’Arkadia et de Saint-Sauveur, 1344, seigneur d’Aétos 1377, maréchal de Morée, f 1388. 1 fille, ép. Andronic Asên qui Zaccaria d’ARKADIA. recueille Lucie, ép. Jean Laskaris Kalophéros, f 1392. l’héritage Erard Laskaris Kalophéros, des Le Maure. f 1409. 18. Misito. Baronnie Jean Ier, châtelain de Kalamata 1324, reçoit Molines et autres terres confirmées en 1324, f 1327. Nicolas, de Kalamata, de Molines. I i châtelain i seigneur de Molines, f 1344. Anne I Jean , seigneur de Stala, Molines, Grebeni, Turcata, table 1376, t avant 1386. grand-conné¬ ! 1 fille ép. Jacques, f. de Robert, Scazani, dit Rosomica (ou Rosa micha), seigneur de Cosmina et baron de Molines. en 1419 Molines est tenu par Aimonetto en 1423 Molines est cédé par Adam tient Saint-Élie, de San-Giorgio, Melpignano, à dont le beau-fils Venise. 19. Mons Baronnie Hugues de Mons de Véligosti. 1209. Mathieu, baron de Véligosti v. 1230. ép. N. fille de Théodore Laskaris? La baronnie passe à v. une branche cadette des La Roche, cette famille. 20. Nivelet Baronnie de Géraki, perdue vers 1264. Guy de Nivelet, baron de Géraki v. 1230. Jean, baron de Géraki v. 1250, dépossédé v. 1264, reçoit en compen¬ sation des terres en divers lieux, construit le château de Fanari. N... de Nivelet, rallié à Ferrand de Majorque, est exécuté en 1316. Sa veuve, Béatrice, dame de Kastri, se remarie avec Bertrand Ganselmi. Désormais le nom de Nivelet ne désigne plus les membres d’une famille, mais la baronnie, l’ensemble appartenu aux Nivelet. des terres ayant La baronnie de Nivelet est donnée par le prince Louis de Bourgogne Charpigny-Charni) . à Dreux de Charni (v. famille des
706 APPENDICES Baronnie 21. Nully de Passavant, perdue après 1263. Jean de Nully, baron de Passavant v. 1230, maréchal d’Achaïe, ép. N... sœur de Gautier de Rosières, baron d’Akova. I Marguerite, née avant 1240, héritière d’Akova otage à C/ple 1262-1275, ép. 1. Guibert de Cors, f 1258, 2. 1276 Jean de Saint-Omer, et de Passavant, maréchal d’Achaïe. La baronnie de Passavant est perdue après 1263 ; de la baronnie d’Akova, dont elle était héritière, Marguerite ne conserve qu’un tiers. I Nicolas III de Saint-Omer, maréchal d’Achaïe, seigneur d’un tiers d’Akova. Comté 22. Orsini de Céphalonie. Mathieu, comte palatin seigneur de Céphalonie et de Zante, devient vassal du prince d’Achaïe v. 1233. ép. v. 1227 N. Comnène Doukas, f. du Sévastokrator Jean. I Richard, comte d’Achaïe de Céphalonie, bail de la principauté 1297-1300, t 1304. f. de ép. en 2es noces 1299 Marguerite de Villehardouin, Guillaume II, veuve d’Isnard de Sabran, dame d’Akova, f 1315. (de son premier mariage) i Jean Ier, comte i palatin 1 fille ép. Engil 1304-1317. bert ép. 1292 Marie, f. de Nicé¬ phore Ier, despote kerque. de 1 Liede I fille ép. Jean de Guillerme Durnay, baron de la Grite. ép. 1. Jean Chau¬ deron, f 1294. d’Ëpire. 2. Nicolas de III Saint Omer, f 1314. i i Nicolas, comte de Céphalonie et despote par son mariage, f 1318. Jean , Céphalonie comte de et despote, Guy Marguerite, dame de la moitié de Zante, ép. avant 1311 f 1339. Guillaume (voir 23. Tocco famille Tocchi). Rosières Gautier, baron d’Akova v. 1230. Gautier, baron d’Akova, f v. 1273. des Baronnie 1 d’AKOVA. sœur ép. Jean de Nully, baron de Passavant, maréchal d’Achaïe. I Marguerite de Passavant, otage ép. 1. Guibert 2. 1276. 1276 est Jean C/ple 1262-1275. de Saint-Omer. dépossédée (qui à de Cors, f 1258 des 2/3 passent à hardouin, de Marguerite f 1315). la baronnie de Ville¬ I Nicolas de seigneur Saint-Omer, maréchal d’Achaïe, d’un tiers d’Akova.
707 APPENDICES Co-seigneurs de Thèbes, 24. Saint-Omer seigneurs d’un tiers d’AKOVA. Nicolas Ier, 1204-1212, possède des terres en Béotie. ép. Marguerite de Hongrie, veuve de Boniface de Montferrat, roi de Thessalonique. I Béla, co-seigneur de Thèbes v. 1240. ép. Bonne de la Roche, héritière de la moitié de Thèbes. Nicolas II, co-seigneur de Thèbes 1258-1289, bail de la principauté Jean, maréchal d’Achaïe. ép. 1276 Marguerite de Nully, Othon, co-seigneur de Thèbes 1294-1296, f avant 1299. ép. Marguerite da Verona, de Négrepont. d’Achaïe 1287-1289, f 1294. ép. 1. Marie d’Antioche. 2. v. 1280 Agnès Comnène [héritière dame de Passavant], d’un tiers d’Akova. Doukas, princesse douai¬ rière d’Achaïe, f 4.1.1286, dont des il hérite en Élide et en Messénie (Port-de-Jonc? chori). Nicolas , maréchal d’Achaïe, co-seigneur de Thèbes jusqu’en terres 1311, seigneur d’un tiers d’Akova : et Maniato de terres en Messénie (Port-de-Jonc, Châteauneuf), bail de la principauté 1300-1302, 1305-1307, f 30.1.1314. Orsini, de Cépha veuve du grand-conné¬ ép. Guillerme lonie, table Jean 25. Tocchi Chauderon. Comté de Céphalonie. Guillaume ép. Marguerite Tocco, f 1335. Orsini, sœur de Jean II, comte de Céphalonie, f 1339. I Léonard I, comte palatin de Céphalonie et de Zante, duc de Leucade, f 1381. ép. Madeleine de Buondelmonti, i Charles Ier, duc de Leucade, comte palatin de Céphalonie et Zaute, 1381-1429, despote, tient Clarence 1421-1428, régente 1381-1401. Léonard , . I reçoit 1399 Zante, occupe Clarence 1407-1413, t après 1411. f 1429. ép. 1388 Françoise Acciaiuoli, f. de Nerio Ier d’Athènes enfants sont adoptés par Charles Ier. Ses I Madeleine i ép. 1428 i Constantin Paléologue, reçoit en dot Clarence les terres Tocchi en des Morée. Charles II, de Zante, et comte f 1448. ; - fille ép. 1424 Centurione Zaccaria, prince d’Achaïe. 1 1
708 APPENDICES 26. Toucy. Narjot de Toucy, à C/ple v. 1219, bail de l’empire de C/ple 1228-1231, f après 1241. - i 1261, la à , I Anselin, bataille Philippe, César, régent de l’empire 1245-1247 ; après cour prisonnier à de Pélagonia 1 fille la Guillaume chancelier v. 1252 Veroli, de de Morée, prince d’Achaïe. ép. après 1261 la veuve d’Othon de Durnay, Charles Ier, 1271 grand amiral du royaume de Sicile, t 177. ép. Léonard de Villehardouin, 1259-1261. de Marguerite ép. 1239 de Ghalandritsa, 1269 reçoit des terres en Italie, f 1273, sans enfants. |- — - 1 Narjot, 1277 grand-amiral, seigneur de Bloboka, Othon 1282 bail et vicaire-général d’Achaïe (nomination rapportée plus tard), 4 jours f 1293. I Philippe, 27. f après 1300. Baronnie Zaccaria de Damala-Chalandritsa, Princes Arkadia. d’Achaïe. Martino, co-seigneur de Chios, dépossédé par les Grecs 1329, baron (par mariage) et de Chalandritsa de [VéligostiJ-Damala (par achat), f 1345. ép. Jacqueline de la Roche, dame de Véligosti et Damala. Centurione Ier, seigneur de Damala, Chalandritsa, grand-connétable. Lisaréa, ! I 1 Andronic Asên, baron de Chalandritsa et d’Arkadia 1386, f 1401. ép. N... fille d’Ërard III Le Maure, héri¬ tière Estamira, d’Arkadia et Martin cité v. 1375. Marie, prince d’Achaïe Saint-Sauveur. Centurione II, baron d’Arkadia 1401-1432, grand-connétable, prince d’Achaïe ép. N... 1396-1402, régente 1402-1404. enfants leur Érard IV d’Achaïe. ép. Pierre Lebourd de Saint-Supéran, Ses d’Arkadia. princesse sont cousin dépossédés 1404 par Centurione Benoît Étienne, archev. 1412-1418. de Patras 1404, t 1424. IL 1404-1430. f. de Léonard II Tocco. I i - Catherine, reçoit en dot la princ. moins Arkadia. ép. janv. 1430 Constantin Paléologue, despote, qui hérite de la princ. d’Achaïe. I Jean Asên, bâtard, prisonnier de Thomas Paléologue ; proclamé prince d’Achaïe à Aétos 1454 ; se réfugie à Modon, f après 1457. 1 fille ép. Olivier 1318 reçoit et la Charles Franco, Clarence, vend Tocco. 1319 à
INDEX Cet index réunit tous les noms remarquables d’hommes, de lieux, d’institutions. Nous les donnons tous en caractères latins, y compris les termes grecs, pour lesquels nous suivons les principes de transcription exposés ci-dessus, pp. ix-x, sans prétendre avoir réussi à les appliquer de façon absolue ; nous respectons les formes données par les textes que nous citons, juxtaposant ainsi des orthographes différentes, des formes populaires et des formes savantes. Pour les toponymes notamment, nous avons donné les variantes les plus caractéris¬ tiques du même nom, les appellations diverses qui désignent un même lieu suivant les époques y compris l’époque contemporaine, ou dans différentes langues ; et, pour en faciliter la localisation, nous indiquons entre parenthèses la région où ils se trouvent, toutes les fois que c’est possible. Abréviations utilisées : ant. fem. auj. antique archevêque aujourd’hui bar. chât. archev. figure n. fleuve dans le texte baron métrop. métropole, château monast. monastère Constantinople mt mont corr. corrigé off. officiellement G/ple métropolite. duch. duchesse PK égl. église év. évêque fils, fille princ. seign. palaiokastro princesse, principauté seigneur titul. titulaire f. * femme fig· indique les familles dont la généalogie est donnée dans l’Appendice B. Abbati, Marco degli — 266 n. 3, 267 . , 1, 277. Abou’l-feda, *Acciaiuoli 31-32, 305. archives, 26, 427-428 ; — : banquiers à Florence, 203, 205, 207, 208 n. 2 ; — Alamanno, 218 n. 6 ; — Ange Ier, grand-sénéchal, châtelain de Corinthe, 217-218, 250, 262 n. 2, 315 . 1 ; — Ange II, archev. de Patras, 217, 243, 248, 249, 250 ; — Ange III, archev. commendataire de Patras, bail de la princ. d’Achaïe, 267, 269, 271 ; — Antoine, f. bâtard de Nerio, 218-219, 250 ; — Bartholomée, dame de Corinthe, 262, 270 ; — Donato, fr. de Nerio, 218-219, 250 ; — Françoise, dame de Mégare et Vasilika, 262 n. 4, 268, 270, 481 ; — Jacques, faible d’esprit, 262 n. 2 ; — Jean Ier, archev. de Patras, 218, 241, 243, 247 ; — Jean II, f. d’Ange Ier, 262 n. 2 — Nerio, seigneur de Corinthe, duc d’Athè¬ nes, 218, 234, 241, 250, 254, 255, 260-262, 264, 266-267, 270-271, 474; — Nicolas, grand-sénéchal, 209-211, 216-219, 229, 230, 231, 241, 245, 262 n. 2, 339, 474 — Robert, f. d’Ange Ier, grand-sénéchal, ; ; 262 n. 2. Achaia, ville, Ano — et Kato-Achaia, 57 n. 3, 58 . 1, 60, 458-459. Achaïe, principauté, 63, 305 — région, ; 449-471. Acquila, Guy d’ — 239. Acrimeno, Menillo — de Naples, 215, 216. , , Acrocorinthe, v. Corinthe. Acropolite, Georges, 11. Acumba, 346 ; v. aussi Combe, La — .
710 INDEX Adamantiou, A., 15 n. 3. adoha, 232. Aelison, 176. Aétos, Aquila, PK (Messénie), 237, 293, 413-414, 417, 418, 429, 650 — fig. 16, pi. 98, 2. Afflitto, Tommaso d’ — 155 . 1, 159, 163. Agnese, Battista, 34. Agny, 128 n. 4 ; v. aussi Alny. Agorelitsa, Agoreriza, Aurelitsa (Messénie), 258, 428, 430. Agorene, v. Zagorene. Agoulinitsa, Agoliniza, Gosenice, Guliniza, Giluniza, off. Epithalion (Triphylie), 348 ; , 349. Agridi Kounoupitsa, 131, 351, 356. Aimon, Haymo, év. de Lacédémone, 144. Aï Psilo Giorgi = Hagios Hypsèlos Georgios, PK (Skorta), 382-387 ; pl. 78, 1. Ais, Baudouin d' — , 176 n. 5. 634 Alamanno, Manuel — Negri, 260. Alamano, Georges et Nicolas, 214, 238. Albanais, 227, 253, 255, 262, 284, 285, 288, 290, 433. Albrizzi, Girolamo, Aldenhoven, 40. Aldesequi, 426. , 285, 318, 349-354, 363, 366, 520-521. Altomagno, Pierre de — 96, 107 n. 2, 115. , Amacona, Amaczoni, Amatonis, Amathonu (Messénie), 427, 428. Amalfi, Pisano d’ — 156, 163. amiral, 86. Amorée, Amourée, Amorrhea, v. Morée. Amuderi, v. Moderi, La. Amyclées assimilé à Nikli, év. suffr. de Lacédémone, 68 n. 2, 70, 98, 224. Anaboli, v. Nauplie. Ancello Castro (Achaïe), 454. Andravida, Andravilla, Andreville, Antra vita (Élide), 60, 130 n. 6, 131, 166, 170, 318-320, 352, 356 — év. résidant à — 93, 99 ; — Cisterciens, 100 — églises Saint-Étienne, 319-320, — Sainte-Sophie, 147, 167, 319-320, 547-553, pl. 10-20, — Saint-Nicolas du Carmel, 319 — hôpital Saint-Jacques, 100, 115, 152, 157, 319-320 ; — dalle funéraire de la princesse Agnès, 590-591, pl. 21 a-b — palais, 677, 678. André, chanoine d’Oléna, 204. André, moine, dOléna, 307, 345 n. 3. Andrimoni, v. Andromonastèrio. Andritsaina, Andrichina (Skorta), 379, 380 381, 388. Andromonastèrio, Andromonastèro, Andri¬ moni (Messénie), 218, 427, 428, 439. Andronic II Paléologue, empereur, 135, , ; , ; Akova, Acova, Mategriffon (Skorta-Mesa réa), 104-105, 142, 145, 147-148, 153, 172, 191, 202, 220, 271, 393-396, 635 ; pl. 83-85. Akovaes, 395. akrostichon, 92 n. 12, 96. Alaman, Jean, 252 n. 3. Allemagne, Dominique d’ — 254, 259. Alni, Alny, 128. Alphée, Charbon, Rouphias, fl., 130, 142, 36. Alamanno, Alemany, bar. de Patras Arnoul, 70, 106, 450 ; — Aymon, Conrad, Gautier, Georges, Guillaume, Marie, Thomas, 106-107, 146, 214. Alenay, Jean d’ — 239. Alex, Huguet d' — 276. Alexandre IV, pape, 118, 119. Alexis III Ange, empereur, 54, 55. Alippione, Jean d’ — 210, Guillaume, * Aleman, : , , , 210 n. 7, 240. Ali Tselepi, 353. Alix, fem. de Léonard de Veroli, 156. : ; ; 158, 166, 168, 169 n. 3, 172, 173, 187, 224, 230 . 1. Andronic III Paléologue, empereur, 224,227. Androuin de Villa, v. Villa. Androusa, Andrussa, Ardusa, Adruxa, Druges, Drusa, Druxe, terra Drusi, Drusii, Drusie, Drisie, Ondrusa, Ondraza (Messé¬ nie), 104, 167, 168, 256, 260, 276, 279, 285, 290, 410, 411-412, 418, 427; — château, 637-639, pl. 94-96, 97, 2a ; — égl. Saint-Georges, 582-584, pl. 97, 2 b-c.
711 INDEX Anémodouri, Enemunduri, mt (Messénie), Aragozéna, 457. 288, 423-425, 521. Ange, chanoine à Corinthe, 180. d’Épire, v. Comnènes Anges-Comnènes Araklovon, Araclavo, Aracleno, Oreoklovon, Doukas. Angelokastro 1 (Skorta), 404 — 2 (Corin thie-Argolide), 479, 484, 662 pi. 131, 2. André, r. de Hongrie, * Angevins de Naples — Béatrice, f. de Philippe de 215 Tarente Ier, 206, 236 — Charles Ier, — Charles II, r. de Sicile, 126-159 fils de Charles 1er, 153, 159-187; — Charles III d’Anjou-Duras, 255-257, 259 — Charles de Tarente, 189 — Jacques des Baux, 251-252, 254-256 — Jean de Gravina, 194-195, 200-210 — Jeanne Ire, r. de Naples, 214-216, 219 n. 6, 251-255, 371 ; — Ladislas, r. de Naples, 259 : ; ; : ; ; ; ; ; ; ; 260, 266-269, 281 ; — Louis, mari de Jeanne Ire, 215 ; — Louis Ier d’Anjou, 255-257 ; — Louis II, fils de Louis Ier, 257, 259 ; — Philippe, fils de Charles Ier, 136-138, 144, 151, 153; — Philippe, prince de Tarente Ier, 166-167, 170, 176-177, 180, 184, 185-186, 189-190, 207 ; — Philippe de Tarente II, 246-251 ; — Robert, r. de Naples, 184, 186-189, 206-215. Ereoklovon ; Bucelet, Porcelle, v. aussi ces deux formes (Skorta), 60, 61, 67, 148, 179, 221, 276, 279, 352, 354, 369-377, 414, 646 fig. 14, pl. 77. Arcadie plaines de — 518-525 — Arcadie occidentale, v. Mesaréa et Skorta. Archangelos (Messénie), 429, v. Saint Archange. Archi (?) (Messénie), 428. archives des Acciaiuoli (Florence), 24-25, 36, 42 n. 2 ; — angevines (Naples), 20-21 — pontificales, 22 — vénitiennes, 24-25, ; : , ; : ; ; 36. archontes, 88. Ardouvista, Androuvista, auj. Chora (Laco¬ nie), 505. Argolide, 201, 225, 486-496. Argos, Argues, 58-59, 68, 70, 123, 220, 228, 236, 240, 259, 261, 263-267, 268-269, 272 n. 7, 275, 486-487, 491-492; — év., 93-94, 96, 97, 99, 474 ; — château, 674 676, pl. 134-139. Argut, 65 n. 5, v. Sgouros. Argyrokastro, Androcastro, Argirocastro, Arzirocastro (Skorta), 404-405, 648, pl. 88, 3 a-b. Anglure, d’ — 31. Anguilara, Gérard d’ — 206. Anieio, Adam d’ — 155, 163. Aninos, 169, 378. Annales Januenses 24. Anne, f. de Michel II d’Épire, v. *Ville hardouin, Agnès de — Anne Paléologue Cantacuzène, despine Arkadia, Arcadia, Arcadie, Archadia, Arta die, off. Kyparissia (Messénie), 60, 62-63, 103, 104, 157, 205, 236-237, 239, 276, 289, 292, 412-414, 418 — év., 98 n. 3 — château, 669-670, pl. 99-102. Armentières, Armenteriis, Jean d’ — 144 d’Épire, 175, 176. Anonyme d’Augsbourg, 37. Armiro, v. Halmyros. armoiries, 46, 240, 591, 593-594, 595, 596 , , , , . Anserville, Thiébaut d’ — , 186 n. 3. Antelme, archev. de Patras, 92, 450. Aquila, v. Aétos. Arachova, La Grant Arracove, 1) = Karyès? (Skorta), 146, 169-170, 173, 378, 381, 387 — 2) off. Karyai (Cynurie), 381, ; 512-513. Aragon, Aragonais, 27, 188, 191, 193, 194. ; ; , n. 2, 153 n. 3, 163. Armeris, Ventura, 167 n. 3. 597. Arracove, Arrimeno, v. Arachova. Perroto, 215-216. Arrula, auj. Aria? (Achaïe), 107, 461. Asagora (Messénie), 426. Asên, Andronic, gouverneur de Mistra, 194, 202, 203 n. 5, 221, 222, 469 ; — Michel et André, f. d’Isaac, 222-223.
712 INDEX Asgoy (Corinthie), 156 n. 5, 478, 481. Assises : de Jérusalem, 15 — de Romanie, ; 18-19, 84-85, 245. Astala, v. Stala. Asti, 180, 183 . 1 — Henri d’ — , év. de Négrepont, 226, 228. Astraki (Argolide), 283 n. 8. Astritsi, Astrici (Cynurie), 280, 516. Astros, Astron, la Estelle, l’Étoile (Cynurie), 73, 220, 500, 515-516, 646, pl. 164, 1. Astupitsa (Messénie), 242, 427. Athènes, Attique, 55-56, 165, 187, 206, 225, 229, 251, 262, 263, 270, 271. Aubri de Trois-Fontaines, 15. Augustins de Saint-Loup de Troyes, 100. *Aulnay ou Aunoy, Anoé, Anoée, Annoée, Alneto, 413 — Agnès, 236 — Erard Ier, 139, 149, 153, 154, 157, 161 — Erard II, 149, 236; — Geoffroy, 128, 149, 157, 161, 168; — Vilain I«, 128, 157; — Vilain II, 149, 161, 236 — Erard III, ; ; ; ; ; v. Autin, Le Maure. Nicolas d’ — , 214, 238. à Salona (Phocide), 55-56, Autremencourt, 186 n. 4. Avarinos, v. Port-de-Jonc. Aventures, mt des — (Élide), 342, 394, 396. Avesnes, Jacques d’ — 56, 58, 164. , Avonaria, v. Vounario. Avosticia, v. Vostitsa. Avramio, Avramiou, Lavramio, Lauremium (Messénie), 274, 283, 286, 429, 437. Ayne, Jean d’ — , 276. bail, 64 et n. 3. Balena ou Ballena : Jeanne, 216 n. 3 ; — Nicolas, chancelier, 215, 216, 240 ; — Philippina, 216 n. 3. Baliano, Galiani de — , 252 n. 3. Balotas, Joannikios, 292. Baraballe, Guillaume, 240. Barbié du Bocage, 38-39. Bardi, banquiers à Florence, 186 n. 4, 205. Barres, Guillaume des — 141 — Thierry, , ; 139. Basilicata, 479, v. Vasilika. Basilicu, 221 n. 4. Bastide, Gaucher de la — , 254. Baudouin Ier de Flandre, emp. 52 ; — Baudouin II, 122, 129, 133, 136-137, 138. Baudrand, 37 n. 7. Baux, Bertrand des — , 141, 208, 212 n. 7, 228 n. 4 ; — Jacques, v. Angevins. Bayezid Ier, sultan, 262, 264 . 1, 265, 268 . 1, 271-272. Beaufort : 1) Boverku, Povergo (Skorta), 178-181, 379, 382, 387, 389; — 2) Bel forte, Leutron, Lefftro (Magne), 73, 104, 501, 504, 505, 507 n. 4, 650,652; pl. 147, 148 1 a-b. Beaumont, Dreux de — , 141, 142, 149. Beauregard, Bel Reguart, Belieguart, Bello reguardo (Élide), 131, 189, 276, 328-329, 331, 333-335, 351 n. 5. Beauvoir, Belveder, Pulchrum-Videre, Pon tiko (ant. Ichthys, auj. Katakolo, Élide), 60, 87, 104, 161, 164, 175, 189, 192, 193, 276, 328-330, 334 n. 2, 338, 663-665; fig. 22, pl. 51, 2-52, 1. Becquigny, P. de — , 71. Bees, N. A., 14 n. 3, 23 n. 3, 38 . 1. Beguche, La ( ?), 276. Belloloco, Sanson de — , dictus li Frai, 266 n. 3. Belobones, Belobunes, 303, 305. Belveder, Bellver, Bellover, Bellovidere, Pulchrum-Videre, v. Beauvoir. Bénévent, Roger de — 136, 163, 166 . 1. Benjamin de Kalamata, 171, 175, 176, , 177 n. 6, 179 n. 4, 183, 203, 205. Benoît XII, pape, 212, 226, 242. Benoît, archev. de Patras, 152, 174. Benoît, cardinal de Sainte-Suzanne, 55 n. 6. Benoît, Nicolas, 229. Benoît de Filiis Ursi, 239. Benoît de Peterborough, 61 n. 303. Bérenger, Raymond, 229. Bernard, archev. de Salerne, 229. Berth de Flandres, 237. Besançon, Hugues de — 71, 100, 338. Béséré (Élide), 332. , Bartolomeus de Neocastro, 24.
713 INDEX Bessarion, 12. Béthune, Gonon de — 66 n. 3, 70. Biachan, Nicolas de — 214, 238. Bicoque, La, Bicoch, Bicocha, Biquoque, Pitoca (Skorta), 276, 391. Bitis, W. de — 115. Bitsibardi, Bisbardi, off. Trypètè (Triphylie), 352 — ta Palatia, 352, 538 v. aussi , , , ; ; Isova. Blaeu, 37. , : , ; ; , ; , , Blanci, Plancy, Planchy, Henri de — 172, , 237 n. 6. , ; blasons, v. armoiries. Bloboka, Blobocan (Skorta), 160, 172, 394, 398-399. Blouet, A., 41 n. 4. Boccace, 241 note. Bocenico, Bessenico, Pazenikè, Posenichi, Porsenikon, PK (Skorta), auj. Beze niko (?), 216, 404. Bocuto, Nicolas, — de Naples, 215, 216. Boczuto, Jacques — , chancelier, 218 n. 6. Bogazi ou Boyazi (Messénie), 384-388. Boiano, Nicolas de — , 206-208, 210 n. 7 ; rapport de — pour Marie de Bourbon, 220, 240, 428. Bois, Guillaume du — , 186. Bolgea, Guillaume, 175. Bonagi, Thomas, 237, 239 n. 2. Bonajuto, Salato, de Clarence, ses fils Bernard et André, 208 n. 2. Bondonitsa, 55, 78, 80 n. 7, 118, 165, 187. Boniface, 169, 378. Boniface VIII, pape, 171 n. 3, 172, 173. Boniface IX, pape, 273. Boniohannis Boucère, Gratien de — 178, 370 n., 379. Boucham (Messénie), 426. Bouchioti (Élide), 339. Boulart, Adam, 266 n. 3, 277. Bourbon Guy de — 237 — Jean, 70, 93, 95 n. 2 — Louis, comte de Clermont, duc de — 200, 258, 259 — Marie de — princ. d’Achaïe, 214, 234, 247-258. Bourdopoulos, Nicolas, 33-34. Bourg, Pierre du — 210 n. 3, 239. Bourgogne : Eudes IV de — 194, 200 n. 2 ; — Hugues IV, 136 — Hugues V, 189 190 ; — Louis, prince d’Achaïe, 184, 188-193, 200. Bouttats, 37. Boverku, v. Beaufort. Brancaccio Imbriaco, Alexandre, bail, 215, (Bonjean), Franco, dit de Bruno, 239. 218 n. 6. Bretagne, Marie de — fem. de Louis Ier d’Anjou, r. de Naples, 257. Brice, Verèthoi, 128 n. 4. *Briel, Brier, Brieres, Bruieres Geoffroy, dit de Karytaina, 105, 106, 119-122, 124, 130, 132, 142, 143, 148, 367-368; — Geoffroy le jeune, 148, 155, 370 — Hélène, 161 — Hugues, 105 — Renaud, 70, 105, 367. *Brienne : Gautier Ier, duc d’Athènes, 149, 186, 187, 368; — Gautier II, 195, 201, 204, 206-207, 225-226, 236 — Hugues, 149, 150, 153, 160, 161 ; — Isabelle, 236 ; — Jean, 75, 76 . 1, 79. Brisebarre, 175. Brue, Benjamin, 36. Bruières, v. Briel. Brunacii, Andrea — 239. Brüningsheim, Jean Winter de — 243 n. 5. Brunswick, Othon de — 253, 255. Brus : Abraham de — 237 — Michelino de —, 175. Bua, Rosso, 290. Bua Spata, Jean, 253-254. Bucelet, Bucellet, Buchelet, Buceler, Buce leto, Bucelleto, Bucello, Bosselet, v. , : ; ; ; ; , , Bonvin, (Bombino), Barthélemy, 260, 276 n. 3, 277. , , Bordicoli, fl. (Messénie), 284, 429, 431 . 1. Bornio, Daniel, 161 . 1, 332. Bory de Saint Vincent, M.-E., 41 n. 4. Boscio (Élide), 221 n. 4. Bosco, terre del — (Achaïe), 377, 454, 455. Bostiça, la, v. Vostitsa. Botière, Geoffroy de la — 176 n. 5. , Araklovon. Buchon, 5-7, 41, 43. ;
714 INDEX Budes, Thomas, 237. Bulcano, Bulchano, mt, v. Youlkano. Bulcano, Saraceno, 283, 418 . 1. Bulgares, Bulgarie, 135, 139. Buon del Monte, 212 n. 7. Buono, Francesco, év. d’Oléna, 243 n. 2. Bursian, G., 41 n. 8. Busacha (Élide), 340, 341. Buscirio (Élide), 340. Buxiol, Castel (Achaïe), 454, 455. Buzato, Boczuto, Jacques, 216. Gabo Grosso, 303 ; pl. 150, 1, 3. Gaczicone, Gazicone, Gazicova (Élide), 340 341. Gaf celle (situation non identifiée), 379, 389. Galame, Val de — , Kalami, Calamy, Bauldi Galami (Messénie), 210 n. 8, 211, 418-422, 427. Galapitari (Élide), 454, 455. Galesmata (Corinthie), 478, 479. Galivia, v. Kalyvia. Galobrica, v. Kalavryta. Ganale, Martino da — 24. Canale, Nicolas da — archev. de Patras, , 243. Ganali (Messénie), 339, 427. Ganaviglia, Ponce de — 195. Candolle, Raymond de — 177. Cannata, v. Lachanades. Cantacuzène : Démètre, f. de Mathieu, 261 — Jean, empereur, 11, 203, 213, 222-223, 226, 227 ; — Manuel, despote de Mistra, 222-223, 227-229, 248, 261 — Mathieu, — despote de Mistra, 222, 261-262 Michel, 131 — N..., gouverneur de Mistra, 194, 222. Camilla, Jean Daniel de — 175, 180. Ganzides (Élide), 337. Garabaniza, Garavanize, Gharvaniza (Messé¬ nie), 427-428. Carabellese, Fr., 22. Caracciolo, Richard, 254 n. 4. Garacopi, v. Charakopion. Kremydi (Messé Garamidia, Garimidia i nie), 218, 427, 428, 431. Garamunsera (Messénie), 427-428. , , ; ; ; , : Gastemi, Gastemu, v. Ghastemi (Messénie). Castri, Gastrizi, Gastrizzi, Gastriço, Chas trizi (Achaïe), 453-455. Catafico, Cactafico : Kataphygion? 453, 454, 455. Catalans, Compagnie des — 27-28, 187 188, 193, 194, 201, 203-204, 206, 207, 211, 222 . 1, 225-227, 228, 229, 244, 251, 262, 292, 474. Gathaticus, 175. Gatomerite, Basile et Jean, 115. Gatzicove, Gazicova (Élide?), 340-341, 438. Cavalcanti, Americo, 216. Gaves, Nicolas de — 237 et n. 5. Cayeux, Anseau de — 141 n. 3 ; — Ève, sa f., 141 n. 3. Genchrées, Kenchreai, Kechrès, Kechriès (Corinthie), 280, 477. Gentenay, Guy de — , 205, 238. Gerone, Fr., 21. Géphalonie, comtes de — v. Orsini, Tocchi — à Jean Laskaris Kalophéros, 258 — év., 93. Céphise, bataille du — ou du Copaïs, 187 , , ; Garceri, famille dalle — : Alix, 235 ; — Garintana, 118, 119 ; — Narzotto, 119 ; — Pierre, 205, 235 ; — Ravano, 119. Garevas, v. Katavas. Garineo, Marchesino de — , 163. Garmatho (Élide), 340. Carmel, Frères du — , 102. Carresello, de Naples, 215-216. Carre tto, Daniel del — , 253. casaux de parçon, 169, 220 n. 3, 507 n. 3. Gastaldo, Jacopo de — , 155 . 1, 159, 163. Castel de Fer, v. Sidérokastro. Castel Tornese, 326-327, v. Clermont. Castelli, dei — : Marco (Marc de Castel), 214, 238 ; — Nicolo, Petro, 238. , , , ; ; , 188. Gesario, Nicolô de — , 155 n. 3, 163. Ghacoinye, Ghacoignie, v. Tsaconie. Chaîne, Pierre de la — , 243. Ghafor, Louis de — , 239. Ghalandritsa, Galandrice, Calendrice, Calan drizza, Calendrizzo, Calandrezza, Gala
715 INDEX dritza, Chalatritza, Ghalastritza (Achaïe), 107-108, 183, 192-193, 205, 234-236, 241, 276, 281, 292, 458-463 ; — églises, 578 580 ; fig. 8, pl. 114-115 1 a-b. Ghalcocondyle, Laonic, 12. Chamères, 488. Ghamplitte : Guillaume de — , dit le Cham¬ penois, pr. d’Achaïe, 56, 57-58, 59, 63, 64, 100 ; — Hugues, 64 ; — Robert, 64-65. : ; ; ; 127. Chaurs, Anselme de — 167 n. 3. Chavigny, Anselme de — 214. Chelidoni, Chillidonij, Chilidoni, Clidoni, Chillidona (Élide), 344, 356. Chelmos, mt., ant. Aorania (Arcadie), 377, 383, 516 n. 6. Chelmos, Quelmo, mt (Laconie), 130, 378, 383, 516-518, 662-663 ; pl. 161-163, 1. chevaliers, 87-88, 114. Chevigny, Jean de — 186 n. 3 — Anseau (Asea de Civini), 214, 238. Chiarenza, v. Clarence. Chimeron, mt Tsimbérou? (Arcadie), 115, , , chancelier, 79, 87. Chandler, Richard, 38. Ghantenay, Étienne de — , 190, 238 n. 7. Charakopi(on), Garacopi, Garacopio (Messé nie), 274, 436. Charbon, Carbon, Carbona, v. Alphée. Charles Ier d’Anjou, r. de Sicile, — Charles II, Charles III, v. * Angevins de Naples. *Charni ou Charny : Dreux, Droy, de — , 145, 193, 196, 233-234, 464 ; — Geoffroy, 193, 233, 465 ; — Guillemette? 234 ; — Isabelle, 465 ; — Jean, 190, 196. *Charpigny, Cherpeigny, Chierpini, Kerpinè (Achaïe), Tserpènè, Tserbounè, 108-110, 464-465 ; — Guillemette ( ?), 234, 465 ; — Agnès de — (?), 465 ; — Guy, 110, 153, 159, 160, 165, 169, 182, 464-465; — , Hugues 108-110, 464 ; — Hugues II, 110, 182, 464; — Hélène, 465 ; — Isabelle, 465 ; v. aussi Charni. Charpigny, La (Élide), 147, 335-336, 396. Chastemi, Castemi, Khastemi, off. Leuko chôra (Messénie), 437. Chasy, Le — , Foty, Jacques, 168, 169 . 1, 506 Tsarderous, Tsardous, Tsadrous, Ntza dros, barons d’Estamira Barthomée ou Bartholomée, 127, 149, 161, 182, 183 n. 4, 322 — Geoffroy, 127, 149, 241 n. 2, 336 — Jean, 127, 139, 149, 150, 152, 153, 154, 157, 158, 160-161, 164, 165, 168, 241, 368 — N., sœur de Jean, 125, . 1. Château de la Belle, v. Kastro tès Oraias. Chateaumorand, Jean de — 258. Château-Neuf ou Châteauneuf, PK de Mêla? (Messénie), 160 n. 166 n. 5, 171, 276, 419, 429, 440, 656-658 ; fig. 19, pl. 106. châtelain, châtellenie, 87, 153-154, 163, , 168, 174. *Chauderon, Calderonus, Cardaronus, Cha dron, Escaldron, Jadron, Tsanterous, , ; 521. Chimova, v. Tsimova. Chlémoutsi, Chlomoutsi, Clomouzzi, v. Cler¬ mont. Chorysa, PK (Argolide), 491 pl. 133, 2. Chrestena, v. Krestaina (Triphylie). Christiana, v. Christianou ou Krestaina. Christianou, précédemment Christianoupolis (Messénie), 98, 276, 348, 430. Christophe, archev. de Corinthe, 205. Chroniques brèves 13. Chronique de Galaxeidi 13. Chronique de Monemvasie 18 n. 2. Chronique de Morêe 15-18, 209, 245. chroniques vénitiennes, 24. Chrysoloras, Michel, 280. Chrysoréa (Messénie?), 421 n. 5, 422. Chrysouli, PK (Triphylie), 374, 377, 391, 648-649 fig. 15, pl. 75-76. Chypre, Jacques de — 276 ; — Philippe, ; , , , , ; , 267 . 1. Cicon, Othon de — , 119. Cisterciens à Andravida, à Zaraka, 100, 553 — de Hautecombe à Patras, 92, 100. Civini, Asea de — 214, 238. ; ,
716 INDEX Clarence, Klarentsa, Glarentsa, Chiarenza (Élide), 142, 165, 167, 174, 175, 191-192, 193, 205-206, 209, 212 n. 4 et 6, 219, 230, 240, 248, 249, 252, 254, 274, 276, 279, 283-284, 285-288, 291, 292, 293, 320-325, 340, 602-607 ; — couvent et église Saint-François, 147, 165, 186, 215 n. 6, 322, 561 ; — église Saint-Marc, 211 n. 4, 240 n. 9, 243 n. 4, 322 ; — forge, 155, 321 . 1 ; — monnaie, 154 n. 4, 155, 158, 324 ; — ruines d’une église, 559-561 ; — port, 678 ; fig. 10, pl. 22-24. Clari ou Cléry, Robert de — , 15. Clarisses, 171 n. 3. Clegi (Messénie), 427, 428. Clément IV, pape, 136, 138. Clément V, pape, 188 n. 2, 190, 243 n. 6. Clément VI, pape, 213 n., 214 n. 3 et 7, 215, 226, 228. Clément VII, pape, 254, 257, 273. Clenna, Klenia, ant. Kleonai? (Corinthie), 478, 479. Clermont, Louis II de — 258. Clermont, Clairmont, Claremont, Clarus mons, v. aussi Chlémoutsi (Élide), 87, , 95, 96, 100, 104, 132, 137, 152, 156, 157, 167, 191, 192-193, 276, 292, 293, 325-328, 608-629, 678; fïg. 11-12, pl. 33-50. clochers, 588-589. Cloquina, dongo de la — Cloquines, Klou kinaes (Achaïe), 108, 467, 479. Cocovax, Kokova? (Skorta), 147, 394, 396. Cohilli, Étienne, 267 . 1, 277 n. 2. Coligny, Hugues de — 56. Colimbria, 100 n. 11, v. Kalavryta? , , Colinet, 147 n. 2. Michel II, 121-122 ; — Jean II, 225 ; — Manuel, despote, 79, 80 ; — Michel Ier, 61-62, 72, 77 — Michel II, despote, 79, 120-121 — Michel, f. de Nicéphore Ier, 157 — Nicéphore Ier, despote, 157, 158, 167, 170, 176 ; — Nicéphore II, 227 — Thamar, fem. de Philippe de Tarente, 166-167, 170, 176, 186, 189, 206-207 — Théodore, frère de Michel Ier, 62, 68, 72, 77, 78, 79, 94 n. 4 ; — Thomas, f. de Nicéphore Ier, 167 n. 2, 176. Condiny, mt (Skorta), 379, 387, 388. Condio, 285. Conflans, Jean de — chevalier de Viels Maisons, 239. connétable, grand-, 86, 87. Conradin de Hohenstaufen, 138. ; ; ; ; ; , Conscia, Thomas de — , 276. Constantin Tech, tsar des Bulgares, 135, 138. Constato, Constata, Nicolas, 214. Conte, Guglielmo, 237. Conzio, Pierre de — 240 Copaïs, bataille du — 187, 188. Coquerel, Mahiot de — 254, 255-256, 257, , , , 265. Corberon, Guillaume de — 239. Corcondilo, 378. Corennes, Nicolas de — 175. Corinthe, Acrocorinthe, Corynthe, Coranto, Corento, Coranzo, Choranto, Quarento, Koritho, Cortho, 56, 58-59, 68, 70, 104, 123, 168, 173, 179, 180, 217-219, 225, 227 n. 2, 229, 230, 240, 250, 254, 262, 268, 270, 272, 273, 288, 289 n. 4, 473 478, 674 ; pl. 118 — archev., 68, 91, 93, 94, 96, 97-99, 215, 243 — égl. Saint-Paul, 475 — hôpital Saint-Sanson, 243 n. 6, 275 — isthme, 270, 272, 280, 284, 289 n. 4, 290, 472, 478, v. aussi Hexamilion — monnaie, 515 — ports, v. Cenchrées, , , ; Collepierre, Gautier de — 155, 159. Colonna, Jean, cardinal de Sainte-Praxède, , 95, 97 n. 4. Combe, La, Acumba, Cumba (Skorta), 221, 276, 279, 346, 373, 391, 648, pl. 82, 2. Commis, Jean de — , 239. Comnène, sévastokrator Jean, 121-122. Comnène-Doukas, d’Épire : Anne (Agnès), v. Villehardouin ; — Jean, emper. de Thessalonique, 79 ; — Jean, f. bâtard de ; ; ; ; ; Lechaion. Corinthie, Cormissy Cornaro, 266 n. 473-484. (Cormicy?), André de — 239. Pierre, év. de Coron, 256, 260, 3 — à Patras, 273. , ;
717 INDEX Cornaro (Corner), Pierre, mari de Marie d’Enghien, seign. d’Argos, 236, 263. Coron, Koronè, 61, 66-67, 96 n. 5, 135, 211, 222, 223, 230, 252, 256, 263, 274, 285, 288, 291, 408, 436, 505 — év., 92-93, 94, 98-99, 144, 213, 243 n. 3, 256, 276, 283 — év. grec, 224-225. Coronelli, Vincent, 36. Correr, Giovanni, 291. Cors, Guibert de — 106, 120, 161, 162; — Guillaume, Marguerite? 162. Corseval (Messénie), 426. Cortera, Andenin, 196. Cortichina (Messénie), 427. Coscolcmby (Skorta), 147, 394, 396. Cosmina, La, Cosmena, Chosmina, Kos maina (Messénie), 274, 283, 428, 429, 434. Cosuma (Messénie), 427, 434 n. 5. Cothico, Cochitu (Élide), 340, v. Kotichi. Coulovrate, v. Kalavryta. Courcelles, Nicolas — dit Morretus, — Perine, 210, 239. Courtenay Baudouin II, emper. de C/ple, — Catherine, 166 — Philippe, 80 emper. titul., 80, 137, 157 — Pierre, 76, 78 — Robert, 75. coutumes de la principauté, 84-85, 154, 156 ; ; , , : ; ; ; ; n. 3, 165, 174. Crata Akrata? (Achaïe), 478, 479. Cremidi, v. Kremmydi. Crèvecœur, Crepacore, Crivicori, Crivocori (Skorta), 178, 221, 276, 379, 388. Cristiana, Cristina, Cristena, 276, 279, 346, 347, 427, 430 v. Christianou (Messénie) ou Krestaina (Triphylie). Critobule, Kritoboulos, Michel — d’Imbros, : : 30. Cronaca di Morea , v. 16, Chronique de Morée. Crusuma (Messénie), 427. Cucoruno, mt (Skorta), 379, 382 . 1, 388. Cuppo, Marco — de Venetiis, 266 n. 3. Curnaro Castro, Curunaro, Cuzanaro, Cor¬ naro, Cumero vel Camero, Pournaro Kastro? (Achaïe), 454, 455. Curtin, Guillaume de — 214, 238. , Curtius, E., 41. Cynurie, 381, 512-515. Cyriaque d’Ancône, 32 et n. 3. Damala, Damalet, El Damala, ant. Trézène (Argolide), 93, 94, 97, 110, 236, 241, 474, 478, 486-488, 490, 648 pi. 131, 1 a-c. Dandolo, Andrea, 24. Dandolo, Thomas, 96 n. 5. Daphni, 185 n. 6. Dapper, O., 37. Daverdiche, Henri de — 239. Davia, Daviè, Tavia (Arcadie), 286, 290, ; , 406, 646. Davlia, év., 97 n. 7, 487 n. 8. De Fer, N., 37. Degarmi, Dergano (Messénie), 242, 427, 428 ; v. aussi Dragami. Delbuy (de Broy), Jean, 215. Delfin, Jean, 196. Del Giudice, G., 21. Delphino, Simone, 266 n. 3. Diakopto, Diakophto (Achaïe), 288, 469. Dimandra, Dimatra, La Dimatre (Messé nie-Skorta), 159, 170, 181, 221, 379, 384, 388, 440-441, 654 ; pl. 80, 3, 81. dîme, 92 n. 2, 94, 96 et n. 5. Dioikètès, Constantin, 36. Dodwell, Edward, 40-41, 43. Dominicains, 102, 547-553. dongo, v. drongo. Douchan, Étienne, tsar des Serbes, 227. Doukas, 11-12. Dourlada, PK (Skorta), 403. Doxapatrès Voutsaras, 61, 369. Dragalévos, Dragalivos, Cardalevo, Gardè livon, Gardelevo (Laconie), 142, 499. Dragami, Draghani (Messénie), 163, 426, 427, 441. Dragoumès, St., 15 n. 3. *Dramelay, Trimolay, Tremolay, Tremoula, G(uy Ier?), 107, bar. de Chalandritsa 459; _ Guy (II?), 107, 153, 159, 160, 161, 167 — N., fille de Guy, 183, 234 : ; — Nicolas, 107, 459. ; 192-193, 235; — Robert,
718 INDEX Drapano, Drepanon, 456. Drimona, La (Messénie), 267 . drongos, 365, 467, 499. Druges, Drusa, v. Androusa. Du Gange, Ch. du Fresne — 5. 1, 429. , Ducas, v. Doukas. Durazzo, Duras, 207, 255-256 ; — Charles d’Anjou — , 255-257, 259 ; — Jeanne, de — , 254 ; v. aussi * Angevins. *Durnay, Dornay, Tournay, Tornay, Thornay, Ntourna, Tourna, bar. de Kalavryta, puis de Gritséna-La Grite Geoffroy, 108, 146, 153, 158, 160, 165, 420, 467-468 — Jean, 160, 165, 167, 182, 233 . 1, 467-468 — Othon, 108, 145, 146 . 1, 467 — Othon II, 468. ; ; ; ; Ebulo, Matheo, physicien, 239. Église en Morée, 71-102 — union des Églises, 135, 140 — Église grecque, ; ; 223-225. Eleiakos, fl., ant. Pénée (Élide), 318 n. 2. Élide, 317-361. Elis, 314, 328, 334, 338, 356. Élisabeth (de Chappes?), fem. de Geof¬ froy Ier de Villehardouin, 76. 104. Emo, Benoît, 287-288. *Enghien, seigneurs d’Argos et de Nauplie : Gautier II, 236 ; — Gautier III, 236 ; — Guy, 248, 689 ; — Louis, 236, 251, 689 ; — Marie, 263, 275, 689 ; — Sohier, 236. Engreno, Guillemin, 196. Enoria (Gorinthie), 478, 479. Ephraïm, 11. Épidaure, Epidaura, Pidaura, Pilaura (Argo lide), 491 ; — Néa, Palaia, 485 n. 7. Épire, despotat d’ — , 79, 90, 120-121, 157, 158, 166, 169 n. 3, 176, 193 n., 201, 204, 227 — despotes, v. Gomnènes-Doukas. Ermesinde, 156 n. 5. — Érymanthe, fl. (Skorta), vallée de ; , 400-403. Escaminges, Skarminga? 430. Esclavons, v. Slaves. Escorta, v. Skorta. (Messénie), 426, Escovée, mt (Gorinthie), 477. Escuel, ant. Skollion? (Élide-Skorta), 147, 342, 394-396. Espeleta, 277 n. 9, v. aussi Speleta. Espero (Élide), 340; v. Speroni? Espinas, Lespèngas, 128 et n. 4. Estamira, La, Stamirra, Stamèron (Élide), 127, 161, 193, 241, 251, 293, 336-337, 343 . 1. Estanyol, Béranger, 187. Estella, La, 516, v. aussi Astros. Estombes, Gautier d’ — 65, 114 n. 3. Estransses (Élide), 147, 335-336, 394, 396. Estruen, Dreux d’ — 56. Étienne, émissaire de Jean Misito, 204. Étoile, 516, v. Astros. Eubée, Négrepont, 55, 56, 80, 118-119, 127, 140, 194, 201, 206, 229, 270, 271 ; — év., 226. Euchion (Messénie), 258, 428. Eudaimonogiannis, 73. Eudes, év. de Goron, 70, 71, 93. Eudes de Verdun, év. de Monemvasie, 100. Euphrosyne de Lacédémone, 469. Eurotas, Iris, Niris, Vasilopotamo, fl. (Laco¬ nie), 499-500. Évrenos-beg, 164 . 1, 265, 272, 275. Évreux, Louis d’ — 254. Ewliya Gelebi, 35. Expédition scientifique de Morée 39, 41, 43. , , , , Ezérites, 71. Fabri, Humbert, 259. Fabriano, Boson de — 215. Fanari (Argolide), 490. Fanari, auj. abandonné Palaiofanari, Paglio fanaro (Élide), 145, 196 n. 3, 216, 221, 331, 346-348. Fanari de Malta? (Achaïe), 454. Fauvel, 39, 40. Fava, Antoine, 259. Fenare, La, Fanari? (Élide), 276, 279. Ferrand de Majorque, 190-193, 195-196. Ferrant, Richard, dit Porta, de Géphalonie, , 283. Ferreto, Giovanni, 155 n. 8, 163.
719 INDEX fief de chevalerie, 87-89, 114. Flacto, Le (?), 276, 440 . 1. Florence, Taddeo de — 155 . 1, 156, 163. Florent de Hainaut, pr. d’Achaïe, v. , , Hainaut. Flun, Guillaume de — 177, 349. Forba, Balthazar de — 251. Forest, Jacques, de — 175, 277. Forez Louis de — 181 . 1 — Marguerite, de Savoie-Forez, v. Savoie — Renaud II , ; , , : , ; ; ; de Forez, 181, 213. Foscari, Paul, év. de Coron, 218, 243 n. 3, 248 ; — archev. de Patras, 252, 253, 257, 263, 266, 276. Foscolo, André, 285 — Léonard, 96 n. 5 — Nicolas, 283. Fosténa, Fusténa (Achaïe), v. Phosténa. *Foucherolles, Fucharolles, Fosserole, Faul Antoinette, Bonne, seron, Fougueroles François, Gautier, Jean, Lise, Nicolas, 115, 129, 182, 201 n. 6, 236-237, 487, 489 v. aussi Tsogia. Franciscains, 102, 243. Franco, Olivier, 286, 288, 293. François, év. de Modon, 266 n. 3. Frangipani, Guillaume, archev. de Patras, 203, 205, 206, 209, 242, 450. Franka (Achaïe), 457. Frankavilla (Élide), 359-360. Frankiko Kastro, Francesiko Kastro (Messé nie), 436 n. 6. Frankoekklèsia (Magne), 503 n. 2. Frankoklèsi (Cynurie), 514. Frankopèdèma (Élide), 359-360. Frankovrysè 1) (Arcadie), 519 — 2) (près de Samikon), 375. Frédéric d’Aragon, r. de Sicile, 187, 194 — Frédéric III, 188, 191. Frederici, Marino, 239. ; ; : ; : ; ; Galam, Nicolas, 266 n. 3. Galatas, PK (Skorta), v. Akova. Galentini, Georges et Vasili, 252 n. 3, 277. Galeoto del Goto, 215. Galitia, Arnaldus de — 266 n. 3. Galladini, Vasili, 277. , Gallipoli, Jean de — 165. Gandolfo (?), 183 n. 2. Ganselmi, Bertrand, 196 . 1. Garantza, Garenza, Karanza, ofï. Ano et Kato-Melpeia (Messénie), 384, 388, 440 441 pl. 80, 3-81. Gardalevo, v. Dragalevo. Gardiki, PK (Messénie), 171, 252, 285, 288, 290, 419, 422-425 pl. 105, 2 a-b. Gardoche (?), 183 n. 2. Gargenay (Messénie), 156 n. 5, 430. Gasmules, 130. Gastaldi, Giacomo, 34. Gastounè, Gastugni, La Gastogne, Gas toingne (Élide), 335, 340; — La Petite Gastoingne, 394 — égl. Katholikè, 335, 396, 580-582 fig. 9, pl. 53, 1 a-b. Gautier, archev. de Corinthe, 93, 474. Geanakoplos, D. J., 14. Gell, William, 40. Gémiste Pléthon, Georges, 12. Gênes, Génois, 119, 124, 129, 133, 228, 230-231, 284, 245. Genicocastro ou Genitocastro, Guillaume, 210, 239. Georgakas, D. I., 42 n. 4-5. Georges, év. de Modon, 225 . 1. Georgitsi, Kalyvia de — (Laconie), 512. Géraki ou Hiérakion, Le Gierachy, Girachy, Irachi vel Zirachi, Zerachi, ant. Geron thrai (Laconie), 112, 123, 125, 126, 135, 145, 510 — château, 642-645 ; — égl., 592-596 fig. 13, pl. 154-155. Gerbelius, Nicolas, 34. Gergincourt (Gernicourt?), André de — 239. Gérina, défilé de — (?), 187. Gerland, E., 8 . 1, 9. Germinon, Gérard de — 70, 71. Gérokomeion ou Hiérokomeion, Gerakomita, Hierakomita, Ierocomata (Achaïe), 92, 100, 453. Géroumana égl. de la Pantanassa (Laco¬ nie), 511, 584, pl. 157, 2 a-b. Geys, Pons de — 259. Gherbini (Messénie), 427 v. aussi Grebeni ; ; ; ; , , : , ; ou Grebini. 47
720 INDEX *Ghisi : Barthélemy Ier, 167, 235 ; — Barthélemy II, grand-connétable, 202, 205, 226 . 1, 241 ; — Georges 1er, 160, 167, 178, 183, 234-235, 241, 459; — Marino, 234 ; — Nicolas, grand-conné¬ Grégoire XI, pape, 278. Grègoras, Nicéphore, 11. Gregorovius, 8, 26. Greveno, Graveno vel Guevano (Élide), 343, table, 183, 241, Giamberti, Fr., 32. Giannitsa ou Iannitsa (Messénie), 168, 211 n. 6, 221, 409, 438, 506. Gilbert, év. d’Amyclées, 70, 93. Gilos, v. Hélos. Giluniza (Messénie), 427. Gimenes, v. Zemeno. Gresena, 42 ; v. Gritséna. Gricij (Messénie), 218, 421, 427, 434, 445. Grimaldi, 230, 429. Grisera, 220, v. Vliziri. Grisi ou Grizi, Grigio, Grizès, lu Grisu, Grixo, Grixii (Messénie), ofï. Akritochori, 218, 274, 275, 283-289, 291, 421, 427, 428. 429, 433-435. Grite, La — , v. Gritséna. Gritséna, La Grite (Messénie), 109, 112, 146, 420-421, 434, 444, 445. Gros, Pierre, 276. Guascogne, 335, v. Gastounè. Gueraines (Skorta?), 147, 394, 396, 469. Guercio, Guillaume, 143, 163. Guigny, Foulques de — , 183 n. 2. Guillelmus, Anglus, 144 n. 2. Guillet de Saint-Georges, La Guilletière, 35. Guindazzo, Ligorio, 203-204. Gunervo (Vounarvè, Élide?), 337. Guomenice, La, Gumenizza, Goumenitsa (Achaïe), 147, 394, 396, 469. Gisterna, Kinsterna, Kisterna (Laconie Magne), 123, 211 n. 6, 504, 505, 506, 507 ; pl. 148, 1 c. Glace, La (Skorta), Glatsa, ofï. Anhèlion, 392. Glanitsia ou Glanitsa, La Regranice? (Skorta), ofï. Mygdalia, 396-397. Glarentsa, v. Clarence. Gligorian (Skorta), 172, 392, 394. Glichi, Gliczi, Clegi (Messénie), 427, 428, 435 n. 6. Glisière, La, Gregera, Gresera, v. Vliziri. Glyky (Messénie), 156, 409, 426, 434-435. Gogonas (Élide), 131, 339, 352, 356. Gonesse, Colin de — , 240. Gongorii, Petrus, 266 n. 3. Gonople, Cyriaque et Jean, 115. Gosenice, tour de La — Agoulinitsa? (Élide), 276, 346, 348. Gouméro (Élide), 331, 344 ; pl. 54, 2. Gozzadini, Balzana, 236. Gracianelle, Amine, 163, 164 . 1. Gradenigo Paolo, 119 — Pierre, 203, 243. Granitsa, La Regranice? ofï. Nymphasia (Skorta), 396-397. Gravenil, Le — (Messénie), 276, 279, 428, 440 ; v. aussi Grebeni. Gravina, Jean de — , 194-195, 200-210, v. aussi * Angevins. Grebeni, Grebini, Gherbini? Grempeni, Krempeni (Messénie), 242, 427, 428, 429, 440-441 ; v. aussi Garantza. Grégoire IX, pape, 79, 80. Grégoire X, pape, 140. , : ; , 469. Haariro, Rodies de — , 268 n. 4. Hagionori, Agio Nori, Ainori, Aginari, Hagion Oros (Corinthie), 483-484, 658 660 ; fig. 21, pl. 130 a-b. Hagios Ioannès (Cynurie), 381, 513. Hagios Vasilios, v. Saint-Basile. Hainaut : Florent de — prince d’Achaïe, , 164-170, 182 ; — Mahaut, princ. d’Achaïe, 171, 172, 174, 185, 186, 188-195, 208 ; v. aussi *Villehardouin. Halmyros, Armiro (Messénie), 210, 221, 339, 427, 437, 507. Ham, Jean de — , 256 n. 2. Hamelin, Jean, 239. Haste, Eustache, 254. Hardicourt, Ardicurio, Eustache de — , 151, 144 n. 2.
721 INDEX Hautecombe, Cisterciens de — 100-102. Hélène, f. de Michel II Comnène Doukas, 121. Helenensis, 99 n. 4 v. Oléna. Helleville, Henouille, Henorvilla, Gobert , ; de —, 144 n. 2. Hélos, Eles, Gilos (Laconie), év., 70, 93, 94, 99, 108-109, 132, 224, 448 n. 4, 474, d’ — (Skorta), 130, 142, 351, 352, 354, 537-544; — Saint Nicolas, 544-547 fig. 2-3, pl. 56-65. Israël, év. de Coron, 243 n. 3. Ithôme, v. Voulkano. Ivry, Galeran d’ — 141 n. 2, 142, 144, 153-155, 157. Isova, Notre-Dame ; , 497 n. 2, 498. Henri de Valenciennes, 14, 65. Henruel, Guy de — 66 n. 3, 70. Heredia, Juan Fernandez de — 17, 24, 229, 239, 253, 257, 259. Heuches (Corinthie), 156 n. 5, 478. Hexamilion (Corinthie), 270, 271 n. 2, 272, 273, 280, 288, 290, 475, 478; v. aussi Corinthe, isthme. Hiérakion, v. Géraki. Hiérokomeion, v. Gérokomeion. Hiérospileum, v. Mégaspèlaion. Holein, 276 n. 5 v. Oléna. Honorius III, pape, 22, 78, 80, 95-97. Hopf, Cari, 6-8. Hôpital, Hospitaliers, de l’Ordre de Saint Jean, 95, 100, 188 n. 2, 214 n. 3, 219 n. 6, 228-229, 243-244, 253-254, 257, 264, 272-273, 276, 277, 288. Hugoth, Jacques de — 283. , Hugues 107-108. Humbert II, dauphin de Viennois, 228 n. 4. , , ; , Jacques, év. d’Argos, 262 n. 4, 267, 270 n. 2. Jacques, év. d’Oléna, 186 n. 3. Jacques de Chypre, év. d’Olena, 202, 203, 205, 243. Jacques II d’Aragon, 188 n. 3. Jacques II de Majorque, f. de Ferrand de Majorque, 191, 200 n. 4, 213-214. Jalomati, Raynaud, 196. Jean XXII, pape, 195, 200 n. 2, 201, 203, 204 n. 3-4, 207, 225. Jean, archev. de Patras, 177 n. 6, 178, 179 n. 4. Jean VI Cantacuzène, empereur, 11, 203, 213, 222-223, 226, 227. Jean V Paléologue, empereur, 172, 222, 259, 262. Jean VIII Paléologue, 285, 286, 287, 291, 292. Jeanne Ire, reine de Naples, v. * Angevins. Job, moine, 13. Joinville, Jean de — 15. Joinville Geoffroy, 164 — Nicolas Januila, Zanvilla, bail, 205, 206 n. 5, 232. Jonvelle : Guillemette, 216, 465 ; — Phi¬ lippe, bail, 212, 214, 215, 220 . 1, 234, , : Idrisi, 303. Igliaco, Illiaco, fl., ant. Pénée, 318 n. 2. Iklaina, Iclena, Iclona (Messénie), v. Nikline, Niklaina. Ilarion de Vienne, 196. Ille, Isle, L’ — (Messénie), v. Nèsi. Inclimis, fl. (Corinthie), 156 n. 5, 479, 481 . ; 465. Joya, v. Tsogia. Juliane, La (Skorta ou Achaïe?), 147, 394, 396, 463 et n. 2. Jussard ou Joussard, Pierre, 210. 1. Innocent III, pape, 22, 90-91, 95, 97. Innocent IV, pape, 80, 118. Innocent VI, pape, 229. — 165 ; — Robert de Isle, Pierre de , — , 100, 115 ; — Jean, Mahaut, nelle, 115. Isnard, év. de Thèbes, 226 n. 3. Péro Kakavouléri, PK (Cynurie), 514, 646. Kalamata, Kalomata, Calamate, Calemate Calamathe, Chalemate, Calamota, Cala mato (Messénie), 61, 62-63, 87, 104, 121, 144, 152, 156, 167, 168, 171, 183, 191, 195, 216, 220, 276, 279, 285, 407-410, 419, 427, 666-668 ; pl. 89-93.
722 INDEX Kalavryta, Calaurita, Calavita, Calabrita, Galaurata, Callarita, La Colovrate, Cou lovrate, Liolourato (Achaïe), 100, 108, 135 n. 5, 145-146, 168, 175, 221, 273, 284, 292, 293, 421, 466-470; — abbaye des Prémontrés, 469 ; — chapelle Saint Jean, 597 n. 2, 634 ; — château, 633-634 ; pi. 115, 2-117. Kalides (Messénie), 426. Kaligopoulos, 164. Kalophéros : Erard, 260, 275, 278-279 ; — Erard, f. du précédent, 278, 414 ; — Jean Laskaris, 258, 260, 275, 278, 413 414, 436. Kalopotami (Élide), 167, 325. Kaloskopi(on), 328-329, 334 n. 2, 338. Kalpaki, ant. Orchomène (Arcadie), 525. Kalydona, Kallidona, PK (Triphylie), 391 392, 441. Kalyvia (Messénie), 210, 339, 427, 437. Kaminitsa, Kamenitsa, Gaminiça, Came nizza, Camomenitsa (Achaïe), 292, 345, 454 — fl., 460. Kaminitsa PK (Skorta), 403-404 pl. 88, 2. Kanada, Kanatia, v. Lachanada. Kapelè, Kapelis (Élide), 131, 352, 354, 355, ; ; 400. Kapsikia (?), 61, 421-422. Karantza (Messénie), v. Garantsa. Karavanita (Messénie), 156 n. 5, 426. Karavo (Corinthie), 156 n. 5, 478-479, 481 . 1. Karpisigni (?), 183 n. 2. Kartsiniko ou Glatsiniko, PK (Laconie), 514. Karydi, mt (Mégaride), 120, 482. Karyès (Skorta), 381, 383, 386, 387-388. Karytaina, Karytena, Garitena, Gariteyne, Garicena, Garizena, Garitina, Garantaine, Garaitaine, Garaintaine, Garantana, Qua rantana, Gartena, Gartina, Gartona, Chari tena, Gossitena (Skorta), 105, 130, 142, 161, 179, 189, 202, 205, 220, 352, 366-369, 377, 379-380 ; — château, 629-633, 678 680 ; — clocher, 588-589 ; — pont, 679 680 ; pl. 66-73. Kasteli, PK (Skorta), 403 ; pl. 88, 1. Kastraki, PK près de Berekla (Skorta), 384, 387, 648 pl. 164, 2. Kastri, Castri, off. Hermionè (Argolide), 196 . 1, 233, n. 3, 489, 495. Kastri (Laconie), 423, 512. Kastritsi (Achaïe), 455. Kastritsi (Gynurie), 516. Kastro tès Oraias 1) sur le Gabo Grosso ou PK de Kipoula (Laconie), 503-504, pl. 150, 3 — 2) près de Hagios Ioannès (Gynurie), 381, 513, 516, 650, pl. 159, 2 ; : ; 160, 1 a-b. Katakolo, ant. Ichthys (Élide), 328-329 v. aussi ; Beauvoir. Katavas ou Garevas, Jean de — 114, 130 , 132, 348. Katsikova (Messénie), 438 ; v. aussi Catzi cove. Kavakès, Emmanuel, 289. Kavasila (Élide), 332. Kelefa, PK (Magne), 504 n. 2, 508, 646 ; pl. 151, 2. Kenchreai, v. Cenchrées. Kèpèskianoi, v. Kapsikia. Kernitsa, monast. de — ou Argyrokastro (Skorta), 405, 469 n. 7. Kernitsa, Gernizza, Pernitsa, Peternizza (Achaïe), 98, 221, 224, 469. Kerpinè, Kerpini (Achaïe), 336, 396 n. 2, 464, 467, 479 — v. aussi Gharpigny. Kertezi (Achaïe), 467, 479. Kinsterna, Kisterna, v. Gisterna. Kipoula, PK Anopoula ou Kastro tès Oraias — cap ou (Laconie-Magne), 503-504 Gabo Grosso, 503-504 pl. 150. Klarentsa, v. Clarence. Kleitor, bassin de — 403. Kloukinaes, v. Gloquina. Kokkala ou Kokla, PK (Messénie), 424-425. Kokova, v. Gocovax. , ; ; ; , Kopanitsa (Triphylie), 358. Koprinitsa, Goprinyce (Triphylie-Messénie), 132, 357-359. Kopronitsa, source (Messénie), 359. Korkondilos, Gorcondilo, Corcondille, 169, 378.
723 INDEX Kosanna (Messénie), 285, 429. Lacanatia, Canada, Kotichi, Gothico (Élide), 341. Kotsaridès, Kalojoannes, 175. Koukoura, off. Salmonè (Élide), 341. Koumpothekra, Gombothecra (Skorta), 372. Kounoupéli (Élide), 340, pl. 51, 1. Kountoura, bataille de — 61, 62, 63, 421 , 422. Cannata, Kanatia (Messénie), 283, 428, 429, 433, 434 ; — Paralia, Taverna de — , 433. Laconie, 70, 73, 220, 497-518. Ladon, vallée du — , 400. Lafïustan, v. Phosténa (Achaïe), 100, 244, 458. La Forest Guy de — 144 n. 2, 183, 277 ; — Guillaume, 276, 277. Lagny, Laigny, Leigny ; Aegidius de — 177 n. 6, 180 n. ; — Gilbert, 17 n. 5 ; — Roes, 71, 114; — Simon, 71, 114,238 . 3. Lagomini (Messénie), 434. Aegidius de — 284 — Phi¬ Lagonesse lippe, 141 n. 2, 153, 155, 159. Lagor, Jean, 115. Lagopesole, Manfred de — 155. Lakkoi, li Lachi, pianos de los Lacos, los Laguos (Messénie), 112, 357, 418-421, 427 — casale Lacus, 427, 428 . 1. Lambirta ambelia (Achaïe), 456 n. 6, 466. Lambri ou Lambry Gérard de — , 173 n. 5, 177 n. 6, 180 n., 182; — Guiot, 155 : Kourouniou, PK (Skorta), 382, 383, 388. Koutiphari, Contiphari (Messénie), 442 n. 2. Koutoupharina, fl. (Arcadie), 520. Koutroulis Étienne, Stephanus Cutrullus, : . — Nicolas, Nicolaus 1, 242 Curulli, Nicolao Ghutroli, 240, 242, 266 208 ; n. 3, 277. Kranidion, égl. Hagia Triada, 102 n. 5, 115, 272 n. 2, 488. Krastikoi, Kastriki, Gastricus, 469-470. Kraus (Grusius), Martin, 35. Kremmydi, Ano et Kato-, Gremidi, Cro mide, Caramidia? (Messénie), 417, 427, 428, 431. Krempeni, v. Grebeni. Krestaina ou Kresténa, off. Sélinonte (Élide) 131, 276, 348, 353, 353, 354, 427, 430 ; v. aussi Gristiana. , , : , ; , ; : n. 8, 163, 182. Lamino (Messénie?), 267 n. La Montea, 114 ; — de — 129. Lamoreya, 310. Lampoudios, 222. Lanciens, Pierre de — 156 n. 5. Landreville, v. Andravida. Langada (Messénie, Magne), 339, 427, 437, , Krivèska ou Krèsaiva, 142, 331, 332. Krokondèlos ou Krokodeilos, 380. Kulimena (Messénie), 429. Kydonès, Démétrios, 11, 278. Kyllènè (Élide), 321 v. aussi Clarence. Kynègos, Kynigou (Messénie), 286, 433, ; 437. , 507. Lans, Languerio de — 205, 238. Lapacusta, Lygoudista? (Messénie), , Kyparissia, v. Arkadia. Kythouria, Gythère, év., 224. Kyvéri(on), Giveri (Argolide), 263, 264 . 275, 488, 494 fig. 20, pl. 140, a-d. 156 n. 5, 430. 1, ; La Palisse, Hugues de — 200. Lapitiza (Gorinthie), 156 n. 5, 478, 481. La Plainche, Gilles de — 187, 188 n. Larentcha, Larandja, 321, v. Clarence. Larissa, chât. d’Argos, v. Argos. Larmicho (Messénie), 429. *La Roche mégaskyrs, puis ducs d’Athènes Guillaume, 153, 159 ; — Guy Ier, 68, 74, 110, 120, 122, 124; — Guy II, 171 — Isabelle, dame 172, 174, 184, 185 de la moitié de Karytaina, 148, 148 — , , La Broce, Ithier de — , 190. Lacédémone, La Grémonie, Cremenie, Cre moignie, Lacedemonia, Laucedemonia, Laudemonia, ant. Sparte (Laconie) : 68, 73, 129-130, 132, 144, 498, 500 ; — év. 70, 96, 99, 144, 221, 224 ; — monast. Saint Nikon, 178, 379, 474, 500. Lachanada, Lachanades, Lakhanadaes, ; : ; ;
724 INDEX barons de Véligosti et Damala : Guillaume, 110-119-120, 146; — Jacqueline, 236; — Jacques, 110, 146, 153, 158, 160; — Renaud, 86 n. 3. Larsa, terre de — , 455 n. 7. Laskaris Jean, 121, 122; — Théodora, — Théodore II, 121 ; — Jean 146 — Kalophéros, v. Kalophéros. Latarrea (?), 156 n. 5. Laurento, Lise de — 237 n. 5. Lauro, de — v. Lor. Lavda, ant. Theisoa (Skorta), 385-386, 388 ; pl. 79, 1 a-b v. aussi Sainte-Hélène. Lavenicia (Corinthie), 478. Lavramio, v. Avramio. La Vulge, Georges, 168 . 1. Leake, W. M., 40, 43. Lechaina, Leschiena, v. Lichina. Lechaion, port de Corinthe, 477. Lechouri (Élide), 341. Le Fort, Nicolas — 260, 276. Leigny, 238 n. 3 v. aussi Lagny. Lele (?), Hugues de —, 108-109, 464. Lello (Hélos?), 108-109. *Le Maure, seign. de Saint-Sauveur, puis barons d’Arkadia Erard III, 205, 214, 236-237, 239, 252, 266 n. 3, 278, 413 ; — Étienne, 149 — Lucie, 278, 413 ; — Nicolas, 172 n. 3, 178, 186 n. 3, 187, : ; , , ; , ; : ; 191, 192. Lemerle, P., 14 n. 2, 18 n. 2, 29. Le Moyne, Guillaume, 156 n. 5. Le Moyne de Polay, 260, 268 n. 4, 276. Léontari(on), Londari, Landari (Arcadie), 98 n. 3, 271, 272, 285, 290, 380, 425, 520-521, 646; pl. 163, 2. Lépante, ant. Naupacte (Étolie), 227, 253 254, 264, 274, 283. Lerne (Argolide), v. Myloi. Lervochena (?), 183 n. 2. Lestarona (Messénie), 426. Leutron (Laconie-Magne), v. Beaufort 2). Lévitsa (Élide), 131, 352, 354, 355. Levoudist, v. Lygoudista. Lianort, 168. Libro de los fechos 16-17, 259. , Licario, 140, 142. Lichero (Élide), 340, 341. Lichina, Léchaina, Leschiena (Élide), 206, 210, 339-340. Liedekerque Engilbert de — , 168, 171, 173 n. 5, 177 n. 6, 179 n. 4, 183, 184 n. 2 ; : — Gautier, 168-169. Ligudista, v. Lygoudista. Lini, 114, 129 — Simon de — , 214, 238 ; — v. aussi Lagny. Linistaina, Lynistaina, Lignycina (Skorta), 178, 379, 380-381, 388. Liodora (vallée de l’Alphée), 351, 352, 354, ; 400. Liolourato, 145, v. Kalavryta. Lion, 176. Lisaréa, La, v. Lysaria. L’Isle, L’Ille, v. Isle, L’ — Lissardois, Sance de — 288. Listrena, Lastrana (Achaïe), 268, 454, 466. livadi, 378, 381 n. 2, 387-388 pl. 80, 2. Livre de la Conquête v. Chronique de Morée Livre des coutumes 84-85 ; v. aussi Assises . , ; , . , de Romanie. Lluria, Roger de — , 229. Longaniko (Laconie), 512. Longnon, J., 9-10, 15 . 1, 23 n. 3. Longos (Achaïe), 455, 456. Lor, Gautier de — 215, 229 ; — Renaud, archev. de Patras, 228, 230 n. 4, 239, 243, , 249. Loria, Roger de — 167, 233 n. 2. Loriot (Messénie), 411. Loscuro, 145 n. 4. Lostenicho (Messénie), 428, 441 n. 3. Louis IX, ou Saint Louis, 133, 136, 139. Louis de Bourgogne, v. Bourgogne. Louis de Hongrie, 214 n. 3, 215. Louis, habitant de Corinthe, 217, 220 n. 5. Luc, Alibert de — Albert de Luco, de Basilicate, 214. Luc, Marin, 214, 238. Ludolf de Südheim, 31. Ludux, Foucauld de — , 156 n. 5. Luffreda, Cecco de — 214. Lurier, H. E., 15. , , ,
725 INDEX Lusignan Guy de — 214 — Hugues, 247 — Isabelle, 223 — Pierre, 248, : , 250, 258 ; ; ; 250. Mamonas, 73, 263 ; — Paul, 262 n. 2, 269, 271. Mandria, La (Élide), 206, 210, 217, 339, 340, Luverna = Averna? off. Argyra (Achaïe), 455. 349. Mandrice, La, Mandrissa, Mundrissa (Élide), Lygoudista, Ligudista, Levoudist (Messénie), ofï. Ghôra, 258, 426, 428, 429, 430. Lygourio, Ligorio (Argolide), 479, 484-485. Lykosoura, v. Stala. Lykouressi, off. Vassilaki (Élide), 341. Lykouri (Élide), 341. Lyon, concile de — 140, 142, 143. Lysaria, Lissaria, La Lisarée (Achaïe), off. Alyssos, 147, 148, 161, 162, 241, 394, 398, 413, 414, 462-463. , Matones, Amacona (Messénie), Machona, 156 n. 5, 426, 427, 428, 441. Magettus, Johannes, 217, 239. Magne, Maigne, Manè, Mainè, Maina (Laco¬ nie) région, 221, 223, 268, 443, 498, la Grant-Magne, 502-503 — château 73, 104, 123, 135, 438, 501, 502-504, 505 ; — év., 99, 224 ; — village : Mayna, Mikromani, 276, 285, 409, 428, 429, 438. Mahomet Ier, sultan, 284. Maigre, La — , Mégare, 65 n. 5. Makarios de Monemvasie, 12 n. 3, 224 . 1, 291 n. 3, 429. Makrènos, parakimomène, 129, 132. Makri ou Macriane (Makryannis), Guillaume, : ; : 178. 279, 340, 346, 349. Manfred de Hohenstaufen, 133, 136. 121-122, 129, Maniatochori, Maniatecor, Magnatecori, Manticori, Mantichorion (Messénie), 156, 159, 230, 241 n. 4, 258, 284, 285-289, 409, 416, 426, 428, 429, 434. Maniotes, 72, 73. Manolada, Manoillade, la Mendola, Almen dolada (Élide), 193, 333, 340 ; — égl. Palaiopanagia, 584-585 ; pl. 53, 2. Manticori, v. Maniatochori. Mantineia, Mantinia (Messénie), 429, 437 n. 7. Manuel II Paléologue, empereur, 12, 271, 280, 283, 284, 286. Marais, Vincent de — , 173 n. 5, 175, 178, 183. Maramont, Roger de — , 196. Marc, év. gr. de Goron, 225 . 1. Marchesano, 240. maréchal, grand — d’Achaïe, 86, 123, 149. Marguerite d’Akova, f. de Guillaume de Villehardouin, fem. de Richard de Cépha lonie, 177-178 ; v. aussi * Villehardouin. Marguerite de Géphalonie (?), 193 n. 5, 235. Marguerite, dame de La Lisaréa, 148, 161 Makryplagi, Macri Plagy, Macri Plagui, Macri Play, défilé (Messénie), 132, 357, Marguerite de *Nully 419, 422. Malakis, 31 . 1. Malatesta : Pandolfo, archev. de Patras, 281, 282, 290, 291, 292; — Cléopè, 281 ; — inscription à Patras, 590. Malengis, Pierre, 156, n. 5. Maleti, Goffredus, 266 n. 3. Malipiero, Perazzo, 264, 268 . 1. Malomigny, mt (Skorta), 378, 387. Malvicino presso a Gorento, Malvesmo, Penteskouphi ? (Gorinthie), 477. Marie de Bourbon, v. Bourbon. Marie de Bretagne, 257. Marie Gomnène-Doukas, 177 n. 6. Marmache, Jean, 163, 164 . 1. Maromonte, Guglielmazzo, 283. Martin IV, pape, 157. 162. ou Passavant, 125, 143, 145, 147-148, 149, 161. Marie d’Antioche, fem. de Nicolas II de * Saint-Omer, 156, 159. Marie d’Enghien, dame d’Argos et de Nauplie, v. *Enghien.
726 INDEX Martin V, pape, 288 n. 4, 292 n. 2. Marzano, Thomas de — 186, 187, 220. Massa, François de — archev. de Corinthe, , , 215, 231, 243. Massar de Stives (Thèbes), 237. Mategriffon, Mattagrifon, Mathegriphon, Mathegriffon, v. Akova. Mathieu, év. « Tonensis », 266 n. 3. Matones, v. Machona. Mauri, Théodore — de Clarence, 204. Mauropapa, Lion, 169, 378, 386 n. 4. Mavrion (Élide), 340-341. Mazarella, Anthonius, 266 n. 3. Mégalopolis, 98. Mégare, 65, n. 5, 229, 262, 268-269. Mégaspèlaion, monast. (Achaïe), 221, 224, 470, 479. Megazassi, 506 . 1. Mêla (Messènie), 436, fig. 19, pi. 106. Mélétios, 38. 439-440, 656-658 ; Mélic, 131, 132 n. 5, 337. Mélingues, Meligoi, Melingoi, 71, 73 ; — drongos ou zygos tou Meligou ou ton Meligôn, 498-499. Melissènoi, 211 n. 6 ; — Makarios, 224 . 1, 291 n. 3, 429. Melpignano, Adam de — , 290, 428. Mendola, La, Almendolada, v. Manolada. Mentzéna, off. Platanovrysè (Achaïe), 461. Merbaka (Argolide), 495. mercenaires, 158, 232; — turcs, 129, 131, 169, 357, 424. Merdenay (Arcadie), 172, 182, 394-395, 523. Mesaréa, Mezaria, Misserea (Skorta), 60, 364-365, 393. Mesiscli, v. Saint-Nicolas de — . Messènie, 210, 218, 228, 407-447. Messogalnica, mt (Skorta), 202 n. 2, 380, 389. Metia, Johannes, 266 n. 3. Mezapo, port (Laconie-Magne), 503. Michel Choniate, métrop. d’Athènes, 11, 55, 90. Michel I, — II, Doukas. d’Épire, v. Comnènes Michel VIII Paléologue, 121, 122-123, 124, 125, 129, 133-135, 144, 158. Micopoli, v. Mitopoli. Mikromani, v. Magne. Mikronas, Georges, Jean, 178. Miller, W., 9. Milly, Simon de — , 175. Minieri-Riccio, C., 21. Mino, Anthonius de — , 266 n. 3. Minutolo, Pierre, 215. Miquelis, 426. Mirapesce, Roger de — , 201 n. 2. Miribel, Humbert de — , 174, 183. *Misito : Anne, 242 ; — Jean Ier, 204, 205, 240, 242, 427 ; — Jean II, 242, 252, 253 . 1, 275, 428 ; — Nicolas, 214, 242. Mistra, Misitra, Mizitra, Mizithras, Mise thras, Mesithras, My stras, Mysithra, Mysethra, Myzythras, Myzethra, Myze thras (Laconie), 73, 104, 123, 129, 132, 135, 168, 171, 178, 192-193, 194, 211, 254 n. 5, 259, 260, 273, 280-281, 287, 290, 292, 293, 371, 501 ; — chât., 639-642 ; — monast. Brontochion, 221 n. 4, 224 ; — palais, 678 ; pl. 141-146. Mitopoli, Micopoli, Montepoli, Montpepoli (Achaïe), 106, 162, 235, 469. Moche, Nicolas, 276. Moderi, La, Amuderi, fl. (Messènie), 284, 429, 431. Modon, Methonè (Messènie), 57, 60, 62, 66-67, 135, 160 n., 167, 211, 222, 223, 230, 249, 252, 256, 263, 274, 285, 288, 290, 291, 408 — év. grec, 224-225 ; — év. lat., 92 93, 94, 96, 98, 99, 243 n. 3, 276, 426, 432, ; 441. Moerbeke, Guillaume de — archev. de Corinthe, 150, 474, 495. Molaoi, Mola (Laconie), 68, 69-70, 511 pl. 158, 1 a-b. , ; Molines, Molini, Morlendi (Messènie), 242, 258, 276, 290-291, 427, 428, 429, 435-436. Molineti, corr. Molivoton, monast. à C/ple, 53 n. 2, 425, 435 n. 7. Molino, Georges de — év. de Modon, 243 , n. 3.
727 INDEX Monaca, Francesco della — 206, 233 n. 5. Monachus Patavinus, 24. Monaldis, Angelo de — 239. Moncianus (?), Egidius de — 239. Monemvasie, Malvasia (Laconie), 72-73, 93, 104, 123, 126, 129-130, 132, 135, 167, 220 n. 4, 230, 263, 269, 271, 272, 281 . 1 — év., 100, 474 — métrop., 224. monnaie de la principauté, 45, 86 et . 1, 87 n. 4 monnaie à Clarence, 154 n. 4, 155, 158, 324, 612 — monnaie à Corinthe, , , , ; ; ; ; 475. Monpas, Jean de — 178 et n. 2. *Mons, barons de Véligosti Hugues, 70, 110-111 — Mathieu, 110-111, 518. Montagnia delle Monache, chât. (Élide), 359. Montbel, Guy ou Guillaume de — 174, 175 . 1, 183 et . 1. Montferrat, Boniface de — roi de Thessa lonique, 52, 54, 59 — Démétrius, 65, 78 ; — Guillaume, 65, 78. Montfort, Lanzaretus de — 266 n. 3. Mophtitsa (Skorta), égl. Saint André, Saints Taxiarques, 390. Moraina, Moraines, Marena (Skorta), 148, 392, 398, 414, 462. Morée, formes et origine du nom, 306-314 — év., 101 n. 3, 307 n. 3, 313-314. Morlay, Morley, baron de Nikli Guillaume de — Hugues, 112. Morlendi, v. Molines. Morosini, Louis, év. de Modon, dit Nicli nensis, 432. Mosson, île de — 304. Mostenitsa ou Bostenitsa, off. Oreinè (Élide), 343-344, 401, 402, 429. Mostenitsa, Mosteniza, Moseniza, Mosconiza (Messénie), maison des chevaliers Teuto niques, 243, 429, 441. Mostitsi ou Mastitsi (Skorta), 344, 402. Mota, Bertranet, 270, 276, 277. Mota, Motta ou de la Motte, Roger de — 218 n. 6, 239-240, 277. Mote... de Liège, 240. Motitsa, Motiza, 206, 344, 402. , : ; , , ; , ; : , , Mouchli, Much, auj. PK Palaio Mouchli (Arcadie), 182, 523-524, 646 pl. 163, 3. Moundra, Mountra, Mudra, off. Phaskomèlia (Triphylie), 132, 221, 357 et n. 3, 358, 389. Moundritsa, Mundritza, Mondriza, Moun draza, Mondrusa, La Mandria? off. Gryllos (Triphylie), 216, 346, 349, 358. Mourad Ier, sultan, 264 . 1, 265 — II, ; ; 287, 290. Mouria, lagune (Élide), 312. Mourmouras, Manuel, 115, 242 n. 2. Mourmouris, Murmurus : Jean, 208 . 1, 210 n. 3, 242 ; — Georges, 240, 242. Moutsopoulos, N., 44 . 1. Mouzaki (Élide), 341. Movri, mt (Élide), 342 n. 2. Mudissa (Triphylie), 346, v. Moundritsa. Mulloy, Erard de — , 156 n. 5. Munista (Messénie), 274, 428, 437. Muntaner, Ramon, 27. mûrier, 311-312. Murmura (Messénie), 426. Myla, 436, corr. Mêla. Myloi de Lerne (Argolide), 458, 494 ; — château, 658-661 ; fig. 20, pl. 140 ; v. aussi Kyvérion. Nagrapheos, Georges, 175. Naheriis, Rambaud de — 163. Nangis, Guillaume de — 15. Narbonne, Pierre, de — 259. Narsi, Philippe de — 163. Naupacte, v. Lépante. Nauplie, Nauplion, Nauplia, Naples, Napoli, Anapli, Anaboli (Argolide), 56, 58, 68, 70, 123, 220, 228, 236, 240, 261, 263, 275, 280, 486-487, 492, 676-677 pl. 132, 2-133, 1. Navarin, Vieux-Navarin, Avarinos, Anava rino, Varinos (Messénie), v. Port-de-Jonc. Navarrais, Compagnie des — 28, 254-257, 260, 261, 263, 265-267. Navellis, Naullis, Novella : Roger de — 260, 266 n. 3, 277 — Dinus Balsamus de — , , , , ; , , ; , 266 n. 3, 277 n. 4. Négrepont, Chalkis ou Eubée, 118, 119, 140, 270, 271 ; — év. 226.
728 INDEX Néokastro, de Navarin, 414. Néopatras, 176, 225, 271. Nérovitsa, PK ant. Alipheira ? (Skorta), 385. Nèsi, Nisi, Nixi, L’Ille, L’Isle, off. Messènè (Messénie), 168, 171, 410-411. Neuchâtel, Jean de — 178. Nicée, 55 et n. 6, 90, 120-121. Nicétas Ghoniate, 11. Nichli, Robertus de — 266 n. 3. Nicolas, archev. de Patras, 228. Nicolas, précepteur de l’Ordre teutonique, , , 205. Nicolas, év. d’Oléna, 243 n. 2. Nicolas de Martoni, 31, 271 . 1. Nicolaus Specialis, 24. Nicolopulli, Nikolopoulos, 178, 179 n. Nicolucho de Patras, 193 n. 3, 202 n. 3. Niger, Mario, 34. Nikli, Nicies, Amykli, Amyklai, 68, 111 112, 119-120, 131, 142, 144, 145, 146, 160, 178, 181-182, 379, 468, 522; — égl. Palaia-épiskopè, 522 ; — év., 93, 94, 96, 98, 99 ; — parlement 124. Nikline, Niclines, Nichline, Niklaina, Niclena (Messénie), 283-284, 290, 291, 426, 429, 431-432, 435, 437; — év. Niclinensis, 432. Ninice, La, Nivitsa (Skorta), 169, 378, 388. Nivele, 128 et n. 4. *Nivelet, bar. de Géraki : Béatrice, 196 . 1 et 3, 233 n. 3 ; — Guy, 112 ; — Jean, 112-113, 125, 142, 145, 347 ; — N., 192 193, 233 n. 3 — baronnie de Nivelet, 233-234, 250, 347, 428, 444-445, 595. Nivitsa, off. Livadakion (Skorta), 385 n. 3, Oléna, Oline, Olina (Oliva), Olein (Élide), év. 93, 96, 99, 143 . 1, 171, 226, 243, 276-277, 344-345, 652 ; fig. 17, pl. 55, 2 a-b. Olivier, Franco, 286, 288. Omplos, Ompra (Triphylie), 352-353, 354. Oreoclavo, Oreoklovon, v. Araklovon. Oriol, L’ — v. Riolo. Ormoy ou Ulmeto, v. Ulmeto. Guillaume, * Orsini, comtes de Géphalonie 179 . 1 ; — Guillerme, 179 ; — Guy, 204 ; — Jean I, 173 n. 5, 175 n. 4, 177-178, 179, 193 n. 6, 235 ; — Jean II, 204, 204, 207 ; — Marguerite de Géphalonie? 193 n. 5, 235 ; — Marguerite, fem. de Guillaume Tocco, 282 — Mathieu, 170-171 ; — Nicolas, 193 n. 6, 201, 204 ; — Richard, 167, 168, 170-171, 172, 173, 175, 182, 191 ; — Orsini en Épire, 227. Orvieto, traité de — , 157. Osiva, v. Isova. Ouroch, Étienne, prince de Serbie, 135, 138 ; — Syméon, 227. , : ; Pachy, région de — (Arcadie-Messénie?), 288, 423, 425. Pachymère, Georges, 11. Pacifico, Pier’ Antonio, 37. Pagano, Eustache — de Nocera, 194-195, 201. 238, Palaiochori, près de Samara (Arcadie), 521. Palaiodara (Arcadie), 403. Palaiofanaro, Pagliofanari, v, Fanari. Palaiokastro, mt (Skorta), Fanaritiko, Kas tro de Zakkouka, 373-374, 385 et n. 2, 388, 648 ; pl. 79, 2. Palaiokastro de Valtesiniko, 397. Palaiomonastèro de Phanéromené (Gorin thie), 584 n. 3, 586-587 pl. 32, 4. Palaiopoli(s), Paliopoli, Paleopuli, 71 n., Noviaco, Jean de — vicaire à Patras, 251 n. Novum Castrum, v. Ghâteauneuf. Noyers, Milo de, 190. *Nully, Jean de — , baron de Passavant, 105, 113 ; — Marguerite, sa fille, v. Marguerite de Nully. Palaiopyrgos, près d’Arachova (Gynurie), 381 n. 5, 382 n. 2, 513-514, 648 ; pl. 158, 2. Palaiopyrgos, près de la vallée de Yourvoura (Gynurie), 514. Palaio-Sylimna (Arcadie), 406. Palaio-Xèrochori (Triphylie), 373. ; 388. Nodimo, Noudimo, Nudimo (Arcadie), 172, 182, 394, 399, 523. Novelle, Nuvelle, 277 ; Fasano — ; , 214, cf. Navellis? 100, 131, 192, 244, 338-339, 352, 356. ,
729 INDEX Palagia (Corinthie), 478. Paleo Castro vel Paolo Castro (Achaïe), 454. Paléologues empereurs grecs, v. Andro nic II, Andronic III, Jean V, Jean VI (Cantacuzène), Jean VIII, Manuel II ; — en Morée Constantin, sévastokrator, 129, 131 — Constantin (futur Constantin XI), — Jean (futur 280, 291, 292, 293 Jean VIII), 280, 285, 287, 292; — Théodore Ier, despote de Morée, 260, 261, 263, 264, 267, 268, 270-271, 274, 283; — Théodore II, despote de Morée, 280, 285, 287, 289, 291, 292, 293 — Thomas, despote de Morée, 292, 293 ; — Anne Paléologue, despine d’Épire, 175, 176. Palessien, Le, 179 . 1, 332 n. 4. Paliakumba (Skorta), 391, 648; pl. 82, 2; : : ; ; ; v. aussi Combe, La. Paloukianikon (Achaïe), 456. Pandulfin de Brindisi, 196. Panorio, Panore, Georges, 214, 238. Pantocrator, Pantokrator, monast. de C/ple, 53 n. 2, 425, 436 n. parapotamon de TAlphée, 349, 351-354. parçon, v. casaux de — . Paris de monasterio Dervenensi (de Moutier en-Der?), 239. parlement, 86 ; — de Clarence, 165 ; — de Nikli, 124 ; — de Ravenique, 65-66. Parori (Laconie), bas-relief, 592 ; pl. 164, 3. Partiiio Romaniae , 52-53, 425, 435 n. 7. Pasalan (Achaïe?), 71 n. 4, 100, 458 n. 2. Passavant, Passavas, Pasavas, Pasava, ant. Las, PK (Laconie), 73, 105, 113, 125, 126, 135, 144, 508-509; chat., 646; pl. 152 ; v. aussi Nully. Patras, Patra, Patrai, Patrasso, Patrax, Patraxium, Batra, Palaia Patra, Balia badra, Balibadra, Balubatra (Achaïe), 60, 192, 228, 230, 240, 242-243, 249-251, 252-253, 261, 264, 273, 274, 276, 279, 283-287, 290, 291, 292, 449-459, 470-471 ; — archev., 91, 92, 93, 94, 96, 97, 99, 152, 191, 222, 226, 228, 240, 242-243, 249, 250, 251-254, 269, 273, 281-282, 450-451 ; — baronnie, 106-107, 146, 154, 167, 450 ; — chat., 670-674 ; — égl. : Saint André, cathédrale, 92, 452-453, — Saint-Nicolas, 207, 226 . 1, 243, 452, — Saint-Théodore, 92, 450-452 ; — hôpital, 143 . 1, 453 — métrop. grec, 221, 224. ; Pau, Pierre de — , 262. 337-338. Paulokastro, Paulocastrum, Paolocastro vel Paleocastro (Achaïe), 453-454. Pèdèma, Pidimia, Pidina, Apidimia, PK (Messénie), 429, 438-439, 654-655; — fig. 18, pl. 107. Pélagonia, bataille de — , 121 n. 4, 122. Pelavicini, à Bondonitsa, 56 ; — Guy, 55 ; — Thomas, 165. Paulitsa (Triphylie), Pelliparius, Jordanes, 468. Péloponèse, nom au moyen âge, 303-304. Pénée, fl. (Élide), 318. Penteskouphi, v. Escovée, mt. Perachora, Peragora (Corinthie), 176, 482. Périgardi (Élide), 331, 333-334, 357; — Nicolas de — ? 239. Périgourde, Nicolas de — 214, 239. Perinça, v. Prinitsa. Perniza (Corinthie), 156 n. 5, 478, 481. Peruzzi, banquiers de Florence, 175, 205. Pestel, Jean, 148, 368. Petoni, Pethoni (Messénie), 210, 218, 427, , 428, 441. Phanari, de Giannitsa, 168. Phanari (Élide), v. Fanari. Philanthropènos, Alexis, 130, 142, 166. Philès, Alexis, grand-domestique, 129, 132. Philiatra (Messénie), 429. Philippe le Bel, roi de France, 188-189. Philippe de Savoie, pr. d’Achaïe, 173-184. Philippson, A., 40, 42 n. Philokalos, Fylocalo, 163, 371 n. 2. Phlamboura (Achaïe), 469 n. 5. Phloria (Skorta), 393. Pholoë, plateau (Élide), 288 ; v. aussi Kapelè. Phosténa, Fostena, La Fustena, Lafïustan (Achaïe), 100, 244, 458. Photios, 168-169. Phrantzès, v. Sphrantzès.
730 INDEX Piacentini, Jean — de Parme, arehev. de Patras, 251. Piada, Pigiada, Pegiada, Pyegata, Pleda, Preduia, Pedroia (Argolide), 138, 210, 339, 485-486, 573 n. 4 ; pi. 132, 1 a-b. Picotin (Élide), 100, 192, 339. Pierre, chancelier, 79. Pierre-Thomas, saint — év. de Coron, 243 n. 3, 275. Pila, La Pilla, plaine de — Pyla (Messénie), 258, 427, 428, 432. Pins, Roger des — 214, n. 6. Pioche, Hugues, seigneur de Montlahin, 190. Pitogne, lo Pitogno, Pittone (Messénie), 427, , , 428. Planca, Bolectus de — 210 n. 3, 239 n. 5. Planchy, Plancy, Plathoi, 128 — Antho nace de — 237. Platanos, Platano, Platana (Messénie), 156, 242, 258, 409, 416, 426, 427, 428, 431. Platiana, ant. Typaneai (Skorta), 373. Pléthon, v. Gémiste. Pockocke, Richard, 38. Poggio, Puyeo, Simon del — de Pérouse, 248, 249, 417. Polay, v. Le Moyne de Polay. Poliça, La, 132 n. 5, 337. Polyphengos, Polifant, S. Georgio de Poli fengno, S. Zorzi Tropico? (Corinthie), 202, 220, 482 ; — château Saint-Georges, 482 483, 648 — monast. Notre-Dame du Rocher, 480, 487 n. 5 ; pl. 127 a-b. Pongérard, Gervais de — 239. Pontiko, Pondiko, Pontichio (Élide), 60, 87, 104, 329 ; v. aussi Beauvoir. Porcacchi, T., 35 n. 4. Porcelle, Porcellecto, Polcellecto, Porcellet, , ; , ; , v. Araklovon. Port-de-Jonc, Port-de Junch, Porto Junco, Zonchio, Zunchio, Iuncum, Zonclum, Zunclum (Messénie), 60, 159, 166 n. 5, 167, 191, 203, 230, 249, 258, 264, 266, 269, 272, 275, 276, 283-287, 289, 291, 409, 414-417, 428 ; — château, 668-669 ; — Sainte-Marie de — , 267 . 1, 431 ; pl. 103 105, 1 ; — v. aussi Navarin. Portes, Renaud des — Rinaldo delle Porte, , 489. Portés, Portaes, Pertes, Porsos (Élide), 276, 279, 343. Porto, Geoffroy de — 173. Porto-Kaïo ou Quaglio, ou chât. Maina (Laconie, 503 — église Frankoekklesia, 503, n. 2; pl. 151, 1. Posenichi, Pazenikè, Posernikon, v. Boce , ; nico. Pouqueville, 40. Pournaro Kastro, Curnaro, Cornaro, Cumero vel Camero, Cuzanaro (Achaïe)? 455. Povergo, Boverku (Skorta), v. Beaufort 2). Pragnol, Jean seign. de — 237. Pralormo, Yiot de — 175, 183. Prato, Henri de — 196 n. 3, 233 n. 4. Praye, La, la Pigria (Skorta), 276, 279, 391, , , , 414. Prémontrés, 100, 469. Prinitsa, Priniza, Brenice, Brenyce, Perinça, Pernica (Élide), 130-131, 341, 351, 352, 354, 355. Priselles, Henri de — 175. Protè, Proti, Prothi, Prothis, Prodano, Pruseo? île (Messénie), 258, 428, 431. protofîicier, v. proto vestiaire. Protokynègos, 205 n. 7. protovestiaire, 83, 87, 147 n. 2, 154, 155 . 1, 156 n. 3, 159, 163, 171, 174-175, 208 . 1, , 242. Provana, Bertino — seigneur de Villars, , 259. Provata, abbaye (Achaïe), 92, 100, 453. Pterè, gué sur l’Alphée, 353. Puillon-Boblaye, 41. Pyegata, v. Piada. Pylos, v. Navarin, Port-de-Jonc. Pyrgos, Psathopyrgos (Achaïe), 456. Pyri (Élide), 355. Quarrata (Corinthie), 478, 479. Quartiers, Lise des — 210, 221 n. 4, 239, , 335, 438. Quernicensis, év. v. Kernitsa (Achaïe).
731 INDEX Raklovo, thème de, 371 n. 5, v. Araklovon. Rans, Rens Aimon de —, 193, 196, 235 — Eudes et Hugues, 190 ; — Othon, 193, : ; 196. Raoul, ou Ral, Dèmètrios, 272. Raoul, Hugues — 205, 238. Ratone (Corinthie), 467, 479. Ravenique parlement de 1209, 65-66 — concordat de 1210, 94, 96. Raymond, archev. de Patras, 243. Raynaldus, O., 22 et n. 2. Recoura, Georges, 18. Regiis, Jean de — 239. Registres angevins, 20-21. Registre des fiefs ou du seigneur, 82-83, 102. Regranice, La (Skorta), 147, 394, 396-398 ; , : ; , v. aussi Glanitsia. — Étienne de — , 155, 163, ; — Girard, de —, 169, 182, 378. Renta (Élide), 132, 337. Réontas, La Rionde (Laconie), 176, 515 ; — év., 224. Résie, Guillaume de — , 71, 100. Retentou, Retendu, v. Renta. Rhodes, 228. Ricetus Ricii, 266 n. 3. Ricolichi de Niueleto, 145, 196 n. 3. Riolo, LOriol, Ruolo, Ruolio (Élide), 276, 331, 333. Rissa, La (Élide), 340. Roas, fl. (Corinthie), 156 n. 5, 479, 481 Rémy, 150 182 . Romano, Gaudino — de Scalea, 208. Romano, Nicolo, 175. Romanou, Romannus (Messénie), 427, 431. Rondeth, Henri, 71, 115. Rondinello, Bartholo, 235. * Rosières, Gautier, baron d’Akova, 104 et n. 3, 105, 145, 147, 148, 394. Rosomica ou Rosamicha, v. Scazani. Ross, L., 41. Rossi, Giacomo, 37. Rostagni, Rostagno (Rostaing), Gioanello — de Naples, 260, 277, 283, 284. Rouphias, Rouphéas, Rofia, Orphia, v. Alphée. Roviata, Ruviata, La Roviate (Élide), 131, 161, 179, 213, 331, 332-333. Rubio i Lluch, 27-28. Rusellebo, 67, 369 n. 6, v. Bucelet. ; 1. Robert, Sabran, Isabelle de — , de —, 171. Saete, La (Laconie), 515. 190 252. Robert, roi de Naples, v. * Angevins de Naples. Robert de Tarente, prince d’Achaïe, v. * Angevins de Naples. Robert d’Artois, régent du royaume de Naples, 159, 164. Roca, Notre-Dame de Roca, Monè tou Yrachou (Corinthie), v. Polyphengos. Rochette ou Roquette, Pierre — , de Nar¬ bonne, 258 n. 7. Rodd, Rennell, 8. Roger, archev. de Patras, 212, 213, 243. Romanie, 303-306. — Isnard Saflaour(o), Samflaouro, PK (Messénie), 439, 440 n. 2. Saïno ou Sarakino Kastro (Achaïe), 460-461, 645-646. Saint Archange, Archangel, Arcangelo, San Archangielo alli Lacchi (Messénie), 276, 279, 285, 417, 418. 427, 441, Saint-Basile, Sancto Basile, S. Biasio, San Vasili, Hagios Vasilios (Corinthie), 478 . 1, 479, 483-484 — château 635-637 pl. 128-129. Saint-Élie, Sancto Elia (Achaïe), 453, 454. Saint-Élie (Élide), 238, 276. Saint-Élie, Sant-Elia, S. Helia (Messénie), 290, 291, 346-347, 429, 431, 435. Saint-Gaubert, Jean de — 239. Saint-Georges (Corinthie), v. Polyphengos. Saint-Georges, près du cap Gallo (Messénie), ; chevalier, ; ; , 426. Saint-Georges (Skorta), Stala, ant. Lyko soura, 166 n. 5, 169, 170, 178, 181, 202, 368, 378, 380, 382, 383-384, 386-387, 389, 513 ; — v. aussi Aï Psilo Giorgi ; pl. 78, 1 a-b, 2.
732 INDEX Saint-Georges de Skorta, localisé en Gynurie, 513 ; pi. 158, 2. Saint-Lie, Gilles de — , Gilles de Sancto Liceto, 144 n. 2. Saint-Nicolas 1) au Figuier (Achaïe), 169, 446 — 2) de Mesiscli, Mesicle, Missiscli (Élide), 131, 352, 356. Saint-Nikon, monast. à Lacédémone, 178, : ; 379. Sangro, Simon de — 205. Sansevero, Pierre, 208. San Severino, François de — 252. Santa Lya Saint Élie? (Messénie), 428, 433. Santaméri, Santomari, Sandameri, Sande meri, S. Dameri, chât. de Saint-Omer, 276, 279, 342 n. 2-4, 646-648 ; pl. 54, 1 a-b. Sanudo Jean, 218 n. 3 — Florence, 218, 231 — Nicolas, 205, 206. Sanudo, Marino — Torsello, 19-20, 245 — le Jeune, 24. Saoulauros, Savlaouros, Saflaour (Messénie), 429, 439, 440 n. 2. Saphadin, v. Saint-Sauveur. Sapientsa, île, traité de — 66, 69, 426. Sapikos, plaine de — Sapolivado? (Arca¬ die), 131, 525. Saraca. Sacra, v. Zaraka. Saraceno, Agnès, fem. de Nerio Acciaiuoli, , , : : ; ; *Saint-Omer, Famille des — , 56 . 1, 120, 416; — Jean, 147, 149, 153, 167; — Nicolas II, 147, 149, 153, 156, 159 ; — Nicolas III, 159 n. 6, 166 n. 5, 167, 173, 175, 176, 177, 178, 179, 180, 184, 187, 191, 342 ; — chât., v. Santaméri. Saint-Ruf, ordre de — , 92, 100. Saint-Sauveur : Saphadin? abbaye (Messé nie), 71, 93 . 1, 100, 426, 430 ; — chât. (Messénie), 413-414, 418, 430 ; — seigneur de —, 178. Saint-Supéran, Pierre Lebourd de — , 255, 256, 257, 260, 265, 266, 271-273. Sainte-Hélène, Eleyne, ant. Theisoa, PK (Skorta), 178, 379, 385-386, 388, 662; pl. 79, 1 a-b. V. aussi Lavda. Sainte-Marie de Gamina (Élide), 143 . 1, 171 n. 3, 359-360. Sainte-Paraskevè (Achaïe), 455-456. Salachia, Beltranato de — , 268 n. 4. Salafrancha, Laurent de — , 256 n. 2. Salauro, S. Laureo, Saflaour? (Messénie), 439 n. 6, 440 n. 2. Salepepe, Bartolomeo, 155 . 1, 163. Salie, 131. Sally : Antoinette de — , Guillaume de — , 210, 239. Salmines (Messénie), 242, 427. Samara, off. Véligosti (Arcadie), 520, 521. Samari, off. Hellènoekklèsia (Messénie), égl. dite Samarina, 439, 589 ; pl. 98, 1 a-b. Samikon (Triphylie), 337-338, 374-375, 662. Sanctus Homerus, Saint-Homer, v. Saint Omer, Santaméri. Sandyca (Gorinthie), 478. Sanella, Bartolomeo et Stefano, 155, 163. San Giorgio, Aymonetto de — 281, 428. , ; , : 268. Sarakinokastro, v. Saïnokastro. Saravali, Seravale, Seravalle, Sanavalli (Achaïe), 292, 451, 453, 454. Sardo, Jean — de Naples, 206 n. 5. Sarman : Germanos ? (Mégaride), 478. Sathas, G. N., 25. Savalia (Élide), 360. Savani (Achaïe), 467, 479. Savines (Messénie), 426. Savoie : Amédée V, 172 ; — Amédée VI, 248 n. 8, 249 ; — Amédée VII, 258, 259, 261 ; — Amédée de Piémont, 258, 259, 261, 266-269, 275 . 1 ; — Jacques, 214 et n. 2, 228-229, 244 ; — Louis, 275 . 1 ; — Marguerite, f. d’Isabelle de Villehardouin et de Philippe de Savoie, 179, 181, 189, 213, 368 ; — Philippe, prince d’Achaïe, 172, 173, 179-184, 185, 214. Scalea, Riccardo Pando de — , 155 . 1, 159. Scazani : Jacques, fils de Robert, dit Roso mica ou Rosamicha, 260, 266 n. 3, 274, 275, 277, 428 ; v. aussi *Misito. Schavas, Bartholomeo, 219. Scherwen, Jean de — , commandeur des Chevaliers Teutoniques en Morée, 243 n. 5. Schlegelholtz, Hesso, 254, 259.
INDEX Schlumberger, G., 8, 45, 46. Schmitt, J., 16. Schoppe, Rodolphe, Rulii Sciob, Strob, 266 n. 3, 277. Scora, Guglielmo dalla — 162 . 1. Scorio, Jean, 145 n. 4. Scotto, Jean, 183 n. 2. Seliana, Selliana (Corinthie), 479. Smerna, Smirina, village, mt, PK (Tri phylie), 373, 375-377, 646 ; fig. 14, pl. 77. Rulli , Serbie, Serbes, 135, 138, 139, 158, 227. Sergiana, Sargine, Sergena, Sergenay (Élide), 131, 352, 356-358 ; v. aussi Servia. Serrano Gilopol, Grestian, 252 n. 3, 422-423. Servia (Élide), 351 n. 5, 355, 357. Servoi, Servou (Élide), 355. Sette Pozzi, bataille des, 134 n. 2. Setton, K. M., 28. Seulèches, Gilles de — 153 n. 3. Sgouromallis, 168. Sgouros, Léon, 55, 58-59, 62, 63, 68. Sicile, 140, 158, 187-188. Sicyone, v. Vasilika. Sidérokastro, Castel de Fer 1) (Skorta Messénie), 276, 279, 390-391, 414, 648, pl. 82, 1 a-b ; — 2) Sidero Castro, Castel di Ferro (Achaïe), 453, 454. Sidéros, Jean, 208, 213, 242. Silberschmidt, M., 28. Simari, Sinati, Sinaci, golfe (Messénie), 426, , : 442. Simico, Aimon de — 132 n. 5, 337. Simon, chevalier, 249-250. Sinano, auj. Mégalopolis (Arcadie), 521. Sinisgardo, Sinisgare, Jean, 214, 238, 275. Siripando Jacques, 283 ; — Richard, 284. Siténa, Sitinas La Saete? (Laconie), 515. Skaphidia, monast. (Élide), 360. Skarminga : Escaminges ? off. Métamor phosis (Messénie), 430. Sklavitsa (Achaïe), 292. Skollion, mt (Élide), 342 n. 2. Skorda, Skodra, v. Skorta. Skorta, Escorta, 60, 105, 130, 132, 143, 148, 164, 169, 178, 220, 285, 363-406, 513. Skourochori (Élide), 360. Slaves, Esclavons, 498, 499, 506. , : : 733 soie, 312. Sophianos, 73 — Andronic — 259. Sophianus, Nicolas, 34. Sophikon (Corinthie), égl. de la Dormition de la Vierge, des Taxiarques, 387. Sopoto, off. Aroania (Skorta), village, PK, monast. des Saints-Théodores, 402-404 ; pl. 87, 2 a-b. Sorados Sarandapèchos ? (Corinthie), 478, ; , : 479. Soranzo, Jean, 194. Souchiana : Sichéna? (Achaïe), 455-456. Spales (?), 156 n. 5. Spanis, 228 n. 2 ; — Spany, Spano, Michali, 505. Spanochori (Messénie), 283, 286, 429, 437. Spata, PK (Élide), 360. Speleta, Speleto, Spoleta, Jean de — Jean de — Cotie, Cucie, Cutia, 256 n. 2, 260, 266 n. 3, 268 n. 4, 277. Speroni, l’Espero, l’Éperon (Élide), 206, 210, 217, 339-340. Spezzabanda, Nicolo Sanudo — 218 n. 3. Sphrantzès, Georges, 12, 280, 291. Spinola Béranger, 195 ; — Conrad, 195 . 1. Spitali, Spitagli (Messénie), 429, 440 n. 2. Spoliza, v. Poliça. Spon, Jacob, 35. Spurte, mt (Skorta), 378, 387. Stadio, Georges, 210, 239 n. 5. Stadtmüller, G., 11, 55 n. 5. Stala, Stalla, Astala : Saint-Georges en Skorta, off. Lykosoura, 221, 242, 275, 382, 383-384 ; pl. 78, 1 a-b. Stamèron, Stamira, La Stamirra, v. Esta , , : mira. Stenay, Payen de — 161-162. Stratègopoulos, Alexis, 122. Stratis (Estrées?), Guillaume de — 239. Strezova (Élide), 336. Strou : Trousa? (Achaïe), 455-456. Strousi : Estranses? (Élide), 335-336. Strovisti, Strovistzè, Struvitsa, Struviza, , ,
734 INDEX off. Lépréon (Triphylie), PK Saint-Dèmè tre, 358, 389, 427. Struck, A., 44 . 1. Succhyna Sutica? (Gorinthie), 478, 479. Südheim, Ludolf de — 31. Suleyman, sultan, 284. Sulina (?), 156 n. 5, 481 . 1. Sully, Hugues de — 154 — Rous de — Thoraise, Pierre de — 190. Tiepolo, Jacopo, 163. Tigani (Laconie-Magne), 503 , : , , ; , 154 n. 2. Supini, Johannes, 266 n. 3. Surie, Pierre de — (Sury?), 168. 293. Sus, Pierre de — , 206. Sussi, Franguli de — , 214, 238. Tombes, Gautier des — v. Estombes. Tonensis, év., 266 n. 3, 277 n. Olenensis? Toporice, Toporitsa, off. Théoktiston (Skor ta), 147, 161 n. 2, 394, 398. Topping, P. W., 17 . 1, 18. Tornese, Castel — 326-327, v. Clermont. *Toucy, Tucy, Tuti Anselin, 108, 122, 128, 132, 141, 149, 160 — Marguerite, 127, 128, 160 — Narjot Ier, 128 — Nar , : Sylimna, PK (Arcadie), 406. Tagliacozzo, bataille de — 138, 143. Tancrède, Giovanni de — 155 . 1, 163. Tanlay, Talay, Guillaume de — 249, 416 , , , 417. , : ; Tarente, Charles, Philippe, Robert de — v. * Angevins de Naples. Tarento Bertucius, de Taranto, 277 . 1 — Nicolaus de — 266 n. 3 — Nyco de Tarant, 276, 277, 278. Tavia (Arcadie), v. Davia. Taygète, mt (Laconie), 104, 126, 129, 421, 422, 423, 499, 501, 512. Temple, Templiers, 92, 95, 100, 243. Teriolo (Achaïe), 292. Teutoniques, Chevaliers, 79-80, 100, 166 n. 5, 220 n. 2, 243, 260, 266, 276, 277, 429. Thamar, f. de Nicéphore Comnène-Doukas d’Épire, fem. de Philippe de Tarente, 166-167, 170, 176, 186, 189, 206-207. Thèbes, Stives, Estives (Béotie), 55, 68, 80, 122, 127, 156, 171-172, 186, 207 n. 3, 255 n. 5, 270 ; — archev., 172 . 1, 226 , : ; , ; n. 3. Théodore d’Épire, v. Comnène-Doukas. Théodore de Scutari, 11. Thermisi, Termisi, Termis, Ternis, Trémis, Tremissi, cap, PK, village, off. Thermi sia (Argolide), 275, 495, 658 n. 2. Thiriet, Fr., 24 n. 4, 25. Tholomei, Diego dei — de Sienne, 206, 210, , 239 pl. 149, a-b, ; 150, 2. Timur, 273. *Tocchi, comtes de Céphalonie, Charles, 262 n. 4, 268, 270, 282, 283, 284, 288, 289, 290, 291 ; — Léonard Ier, 252 ; — Léo¬ nard II, 282-284 ; — Madeleine, 291 ; — une fille, fem. de Centurione II Zaccaria, n. 5. ; ; jot II, 154, 159, 165, 172 ; — Philippe, 108 n. 5, 128, 132 ; — une fille, fem. de Guillaume de Villehardouin, 118. Tournay, v. *Durnay — Robert de — magister, 156 n. 5, 163. tournoi à Bordeaux, 158 — Corinthe, 179. Traquair, Ramsay, 43-44. Tremblay, Adam, visconte de — 215. Tremola, chât., 108 n. 4 v. Kalavryta. Tremoula, Tremolay, Trimolay, Trémouille, 107 v. Dramelay. Tripotamo, Trepotama, Tripotema, Tris tena, Treflumi, ant. Psophis (Skorta), 185, 221, 401-402, 662 pl. 86 a-d. Tropaia, naguère Vervitsa (Skorta), 355, 395. Troys, Frédéric de — 195, 197, 201. Tsaconie, Tsaconiens, Chaconie, Chacoinye, Chacoignie, 73, 104, 126, 130, 132, 142, 498 — sigo de la Chacoignie, 499. Tselechova, auj. Amygdaliès (Skorta), 387. Tsèpiana, Cepiana, Cipiana, off. Louka (Arcadie), 182, 524. Tserpènè, Tserbouni, 109 v. Charpigny. Tsimbérou, mt (Arcadie), 423, 519-521. Tsimova, Chimova, auj. Aréoupolis (Laco¬ nie-Magne), 339, 427, 437-438, 507. ; , ; , ; ; ; , ; ;
735 INDEX — Tsogia, Joya, Zoia (Élide), 346-347 Jacques, Nicolas de — 237, 346-347, 489. Tsoukaleika, PK (Messénie), 441. Turakhan bey, 290. Turcs, 204 n. 5, 206, 211, 216, 226, 227-229, 244, 253-254, 262, 263, 264-265, 269, 270-273, 282, 285 n. 3, 288, 289, 423 v. ; , ; aussi mercenaires. Turcada, Turchata, Turtada (Messénie), 242, 275, 276, 279, 428, 440. tzaousios, 506 . 1. 266. Jean d’ — , 254, 255, 263. Val de Galame, v. Galame. Valaincourt, v. Walincourt. Valaques, Vachlia? (Skorta), 147, 161 n. 2, 394, 398. Valois Catherine de — 189, 200, 207, 214 — Jeanne de — 189. Valta, La, Valtsa ou Valtos (Skorta), 147, 394, 396-397. Valtesiniko (Skorta), 396-397, 441, 645. Van Arkel, Jacques, Jacobus de Argli, Chevalier Teutonique, 260 277. Varistia, v. Veristia. Varvassa, Bernard de — 255, 260, 265. Vas, Gauchier de — 214, 238 n. 6. Vasilika, Basilicata, ant. Sicyone (Corin thie), 104, 250, 270, 476, 481-482. Vasilopotamo, tour de — (Laconie), 268 , ; , , , . : ; 1. Vasilopoulo, 171, 175. Vasmer, M., 42. Vatatzès, Jean, 78, 79, 80, 118, 121. Vatika (Laconie), 71, 73, 104, 126, 498. Vaux : Gaucher de — , 214 ; — Jean de — , précepteur des Hospitaliers en Romanie, 203, 205, 238, 244 ; — Pierre de —, 114, 124, 157, 178, 179 n., 182. Vazilaqui, Hamallera, 196. 288-289. Vénitiens, Venise, , : ; Venier, Dolfin, Ulmeto, Syméon de — 217, 239. Umur pacha, 228. Urbain IV, pape, 129, 133-134, 135, 136. Urbain VI, pape, 254, 257, 258, 259, 263, Urtubia, Velestinlè, Rigas, 39. Véligosti, Véligourt, Viligort, Viligorda, Villegorde (Arcadie), 68, 106, 130, 132, — 142, 144, 146, 181-182, 518-521 barons, 106, Mathieu de *Mons, 146, — *La Roche Guillaume, 110, — Jacques, 110, 111, — Renaud, 106 — év., 98-99. Vélitsa (Élide), 341. Vella (Élide?), 285, 288, 331 n. 4. 53-54, 66-67, 118-120, 127. 134, 135, 138, 139, 158, 160 n., 188, 194, 200, 201, 211, 212 n. 4, 218, 223, 226, 227 n. 3, 228, 230-231, 236, 242-243, 248, 251, 252, 256, 259-261, 263-264, 266-267, 268, 273, 274, 278, 281, 282, 283, 284, 285, 286, 289-291, 293; — en Messénie, 431-435, 442 ; — en Argolide, 489, 492, 505, 507 ; — à Patras, 450-453. Vêpres siciliennes, 140, 158. Veristia, Varistia, Viristia (Messénie), 442 — Georges — 266 n. 3 — Jean, 240, ; , ; 260 . 1, 266 n. 3. Vernay, Perrot du — 276. Vernize, Avernize (Élide), 340. Veroli, Léonard de — 124, 127, 128, 139, 143, 149, 153, 156, 160 — Alix, sa fem., , , ; 156, 160. Vérone, bar. terciers de Négrepont Giberto da — Grapella, 119. Vervèna, La Varvaine (Skorta), 169, 178, 378 — en Gynurie? 381, 513. Vervitsa, v. Tropaia. Vesperto, Jean de — 239. Vetrano, Leone, 66 n. 2. Viana, Venna (Messénie), 427. Vidoigne, Vidoni, Vindone: 114-115, 129, — Danaeus, 172 n. 3 — 182, 393 Guillaume, 214, 238 — Jean, 179 n. — Simon, 163. Vidoni (Skorta), 393. Viegas, Gaspard, 33. Vilaribus (Villiers ou Vilars?), Egidius de — : , ; , ; ; ; ; , 239. Viligort, Villegorde, v. Véligosti. 48
736 INDEX Viliza, Velitsa, Vyliza, off. ta Peuka (Élide), 341, 353. Villa (ou Villiers?), Androuin, de — , 112, 160-162. Villafans, Guido de — , 144 n. 2. Villamastray, Perronet de, 204. Villani, Giovanni, Matteo, Filippo, 24. Villaret, Foulques de — 244 . 1 sceau, pl. 32, 1. Villars, Jean de — 276. Villehardouin, Geoffroy, maréchal de Cham¬ pagne, chroniqueur, 14, 44. Villehardouin, Anne princes d’Achaïe * (Agnès), 120, 129, 137, 152, 156-157, 160 dalle funéraire, 590-591, pl. 21 a-b — Geoffroy 1er, 56-58, 61, 64-71, 75-76, 78, 82-115 passim ; — Geoffroy II, 75-76, 79 144 passim ; — Guillaume, 71-73, 77, 104, 117-144 passim ; — Isabelle d’Akova ou Mategriffon, 135, 137-140, 151, 153, 164 184, 368 — Isabelle de Sabran, v. Sabran — Mahaut de Hainaut, v. Hainaut ; — Marguerite d’Akova ou Mategriffon, 147, 152, 171, 172, 179, 180 . 1, 184 n. 2, 190. Villiers, Nicolas de — 214, 238. Vischer, W., 41. Visconte Adam, 216 — Bertino, 186, , ; , : ; ; ; ; 230, 233-234, 240, 250, 255 n. 7, 261, 262, 268,272, 274, 276, 288. 291, 347, 463-466. Voulkano, Vourkano, Bulcano, mt et chat., ant. Ithome (Messénie), 217, 218, 417 418, 427. Voumero, Vumero, Vuneri, Vunerio, v. Gouméro. Vounaria ou Vounario (Messénie), 274, 429, 436. Vounarvè (Élide), 132, 337. Vourlas, Jean, 213. Voutsarades, v. Doxapatrès. Vretempouga, Vretobua, off. Doxa (Skorta), 399. Vucura, Vucuri (Élide), 340-341. Vuduli (Élide), 340. Vunango, Vunengo, Vunargo, v. Vounarvè. Vytina, vallée de — (Skorta), 403. Vyzikion, 341, 395. Walincourt (?), 111. Wheler, Georges, 35. Wolff, R. Lee, 10 . 1, 20 n., 23 n. 3, 59 . 1. , : 216 . ; 1. Visscher, N., 37. Viterbe, traité de — , 126, 136-137. Vlachernes, couvent des — (Élide), 325, 561-574; pl. 25-31. Vlachoi, Valaques? (Skorta), 398. Vliziri, Vlèziri, Vlyzèrè, Vlyziri, La Glisière, Gresera (Élide), 131, 142, 171, 330-333, 351, 352, 354, 357. Vlovoka, Vlogoka, Blogoka (Skorta), 399 v. aussi Xerilla, fl., Xerillopotamos, 520-521. Xèrochori, Xenochori, Salicore (Triphylie), 370. Xèrokarytaina, Xerrecarintaine, Exenca raintaine (Skorta), 178, 379, 388. Xèrokastelli, Sercastelli, Serocastelli (Argo lide), 479, 485, 662. Xiromilia (Messénie), 339, 427. Yakub pacha, 272. ; Bloboka. Vogalè (Skorta), 221 n. 4, 389. Voltiza (Corinthie?), 156 n. 5, 478, 481. Von Hammer-Purgstal, J., 28. Vostitsa, Vosticia, Avosticia, La Vostice, Voustice, Volstice, Vistizza, Bostichia, Lagostica, Lagustica, Ligostizza, Augus tica, Augusticia, ant. Aigion (Achaïe), 108-109, 174, 192, 193, 196, 216, 221, *Zaccaria : Andronic Asên, 252 n. 3, 260, 266, 268, 273, 274, 276, 413 ; — Catherine, 292; — Ccnturione Ier, 241, 248, 249, 251, 252, 460 ; — Centurione II, prince d’Achaïe, 274, 275, 281, 284, 290, 292 293, 413 ; — Erard, 276 ; — Étienne, archev. de Patras, 293, 290, 292, 336 ; — Jean Asên, 293 ; — Marie, princ. d’Achaïe, 266, 274-276 ; — Martino, 195, 196, 205,
737 INDEX 213 ., 228 . 4, 235-236, 241 ; — Martin, f. de Genturione Ier, 252, n. 3. Zacconi, 498 n. 8 ; v. aussi Tsaconiens. Zachloron (Achaïe), 467, 479. Zacynthe, Zante, 93, 282. Zagorene (Élide), 340, 341. Zakythènos, D. A., 12 n. 2, 14, 23 n. 3. Zanassi, Marco, 506 . 1. Zaraka, Saraca, Saracaz, Zarcas, Sacra, abbaye, ant. Stymphale (Arcadie), 79, 92 n. 6, 100, 480, 553-559 ; fig. 5, pl. 119 Zéméno, Zéména, Zèmaina, Gimenes (Corin thie), év. 93, 94, 97, 224, 474, 478. Zeno, Nicolas, 276. Zilianari, Zilliamary, Zincinicza, Ginciricza (Messénie), 428. Ziria (Achaïe), 455-456. Zoia, v. Tsogia. Zonchio, Zonclum, v. Port-de-Jonc. Zoumpela, PK (Skorta), 401, 648 ; pl. 87, 1 127. Zaraphon (Laconie), 512, 661 pl. 159, 1 a-b. Zarnata (Laconie-Magne), 504 n. 2, 505, 507, 646 pl. 148, 2. Zassi, 169 . 1, 211 n. 6, 505-506. Zillianitades, Nicolas, 178-179. a-b. Zourtsa, off. Kato-Phigaleia (Triphylie), 221, ; ; 358, 389. zygos, sigo de Chacoignie, 499 ; — des Mélingues, 499 ; — de Skorta, 365.

TABLE 1. Panorama 2. 3. 4. 5. 6. du kastro DES FIGURES de Smerna DANS LE TEXTE ..................................... 376 Notre-Dame d’IsovA (Bitsibardi) détails .............................. Ensemble restitué d’après R. Traquair. — — Vasque de marbre .................... — — Zaraka (Stymphale) Pilier intérieur, d’après A. K. Orlandos ............. Clarence. Plan de l’église ........................................... Plans comparés des églises d’Isova, de Clarence, d’Andra vida et de Zaraka. . 7. 8. Chalandritsa. Plan de Saint Athanase ................................ Clermont. Coupe 543 547 556 560 575 579 9. Gastounè. Porte nord (murée) de la Katholikè ......................... 10. Clarence. Bloc tombé de la forteresse ................................. 11. 540 582 605 l’état primitif (supposé) du bâtiment B ............. Plan et coupe de la porte de l’enceinte extérieure ............ 618 626 de 12. — 13. Géraki. Plan du château ............................................ 643 14. Smerna. Plan 647 15. Chrysouli. du château ........................................... Plan du château ........................................ 649 16. Aétos. Plan du château ............................................. 651 17. Oléna. 18. Pèdèma. Porte du château. Plan et coupe ............................... 653 655 Plan du château ............................................ 19. Mêla. Plan du château .............................................. 657 20. Myloi de Lerne. 659 660 664 671 Plan du château .................................... Plan du château ...................................... 21. Hagionori. Plan du château .................................. 22. Pontiko-Beauvoir. 23. Patras. Plan du château ............................................ . · .

TABLE Avant-propos DES MATIÈRES ......................................................... Note sur la transcription vu des noms grecs, sur la forme et l’orthographe DES NOMS FRANÇAIS ................................................... SlGLES ET Ouvrages ABRÉVIATIONS ................................................ couramment cités INTRODUCTION. Introduction Sources sous une IX XI forme SOURCES abrégée ET ................. BIBLIOGRAPHIE ......................................................... et bibliographie 1 ............................................. 5 Sources et bibliographie sur Vhistoire de la principauté ...................... Les grands historiens xm 5 de la période 1204-1430, 5. Sources grecques et histoire byzantine, 10. Sources de Phistoire de la Morée franque Marino Sanudo Torsello, 14. : la Chronique de Morée, les Assises de Romanie, Sources étrangères à la principauté : archives et histoire des Angevins de Naples, 20 ; — archives pontificales et histoire de l’Église, 22 ; — sources et histoire des cités et des familles italiennes, 24 ; — autres puissances ou familles d’occident représentées en Morée, 26 ; — histoire des Turcs, 28. Sources et bibliographie relatives aux problèmes topographiques ............... 29 Chroniques et documents contemporains des événements, 29 ; — relations de voyage, por¬ tulans, cartes et descriptions géographiques jusqu’au xvne siècle, 30 ; — ouvrages et cartes du xviie siècle et de la période vénitienne 1685-1715, 35 ; — cartes, géographies et relations de voyage au xvme siècle, 38 ; — progrès des connaissances géographiques au xixe siècle, 39 ; — problèmes de toponymie, 42. Bibliographie relative Monuments à V archéologie et ruines, 43 ; ...................................... — monnaies, sceaux, armoiries, 45. 43
TABLE 742 DES Première RECHERCHES Introduction Chapitre MATIÈRES Partie HISTORIQUES ......................................................... Premier. — La conquête 1205-1250 ............................ Le Péloponèse dans le partage de l’empire byzantin, 51 : — campagne de Boniface de Montf errât et arrivée de Geoffroy de Villehardouin, 54; — sièges de Corinthe, d’Argos et de Nauplie, 58; — campagne de Guillaume de Champlitte, 1205, 59 ; — Geoffroy de Villehardouin prince, rapports avec l’empereur et avec Venise, 64 ; — la conquête de 1205 à 1212, 67 ; — la principauté vers 1210, 69 ; — achèvement de la conquête, 71. Chap. II. — La principauté sous les Villehardouin de 1210 à 1255 ............ Les princes de Villehardouin, 75 ; — la principauté et ses voisins, 77 ; — vie intérieure, 81 date de la fixation des institutions nouvelles, 82 ; — le régime féodal en Morée, 85. Les questions religieuses, 89 : — archevêchés et évêchés latins, 92 et le prince, 94 ; — l’Église moréote après 1223, 97. ; ; — — conflit entre l’Église La société féodale dans la première moitié du xme siècle, 102 ; — les barons : Akova, 104, — Karytaina, 105, — Patras, 106, — Chalandritsa, 107, — Kalavryta, 108, — Vostitsa, 108, — Argos et Nauplie, 110, — Veligosti, 110, — Nikli, 111, — Gritséna, 112, — Géraki, 112, — Passavant, 113 ; — autres seigneurs, 114. Chap. III. — La principauté sous Guillaume II de Villehardouin. Aventures et premiers revers 1255-1278 .............................................. Guillaume de Villehardouin, 118 ; — conflit avec les barons d’Eubée et avec Venise, 118 conflit avec les Grecs et bataille de Pélagonia, 120 ; — traité de paix entre Guillaume Michel VIII Paléologue (1261), 122. La principauté après 1262, 125 ; — conflits avec les Grecs 1263-1264, 129 années 1262-1265, 133 ; — les traités de Viterbe (1267), 136. ; — chronologie ; — et des La principauté de 1267 à la mort de Guillaume II : la politique de Charles Ier d’Anjou, 137 ; — conflits en Morée de 1270 à 1275, 140 ; — la principauté à la mort de Guillaume de Villehardouin 1278, 144. Chap. IV. — La principauté sous autorité de la monarchie angevine de 1278 à 1316 ............................................................. Conditions nouvelles, 151 ; — la principauté de la mort de Guillaume II à l’avènement du prince Florent de Hainaut, 1278-1289, 152 ; — les premiers baux, 153 ; — vie intérieure de la principauté et relations avec les Grecs jusqu’en 1282, 154 ; — la principauté après 1282, 158 ; — évolution de la société féodale, 160. Isabelle de Villehardouin et Florent de Hainaut prince d’Achaïe 1289-1297, 164 ; — trêve avec les Grecs, 165 ; — incidents en Morée, 167 ; — Isabelle princesse seule, 170 ; — Philippe de Savoie prince, 1301-1304, 173; — révolte de la Skorta, 178; — conflit entre Philippe et Charles II, 179 ; — la principauté sous Philippe de Savoie, 181. — La principauté après le départ de Philippe et d’Isabelle, 1305-1307, 184.
TABLE DES MATIÈRES 743 Philippe, prince de Tarente, en Morée, 185 ; — les Catalans à Athènes 1311, 187 ; — Mahaut et Louis de Bourgogne prince d’Achaïe 1313, 188 ; — tentative de Ferrand de Majorque, 190 ; — mort de Louis de Bourgogne et départ de la princesse Mahaut, 193. de Hainaut La principauté Chap. V en 1318, 195. La Morée franque de 1318 à 1364 ............................. 199 Jean de Gravina devient prince d’Achaïe, 200 ; — la principauté de 1318 à 1322 : revers, des seigneurs de Morée auprès de Venise, 202; — expédition de Jean de ; — démarches Gravina, 204 ; — tentative de Gautier II de Brienne, 206. — Robert prince d’Achaïe et Catherine 201 de Valois, 208 ; — fortune 211. — La principauté de Nicolas administrée Acciaiuoli, 209 ; — la situation par les baux, 1346-1364, 214 ; en Morée de 1338 à 1346, — les Acciaiuoli en Morée, 216. La principauté, vers le milieu du xive siècle : limites territoriales, 219 ; — les voisins de la principauté 222, — les Catalans et la Grèce du nord, 225, — les Turcs, 227, — : les Grecs, relations avec Venise et avec Gênes, 230 ; — déclin de l’autorité des princes et du loyalisme de la noblesse moréote, 231 ; — évolution de la société, 233 ; — Italiens dans la principauté, 240 ; — prélats et ordres religieux, 242 ; — les traditions, 244. Chap. VI. — La fin de la principauté d’Achaïe 1364-1430 .................... 247 Les derniers princes angevins 1364-1383 : Marie de Bourbon et Philippe II de Tarente, 247 ; — conflit entre la reine Jeanne Ire et Jacques des Baux, 251 ; — les Hospitaliers dans la principauté 1378-1381, 253 ; — Jacques des Baux et l’établissement de la Compagnie navarraise, 254. La principauté à l’époque de la Compagnie navarraise, 257 ; — la situation dans le Péloponèse dans les années 1380-1390, 261 ; — situation et politique des Navarrais, 265 ; — les événements en Morée jusqu’en 1404, 267. — La principauté à la fin du xive siècle, 275. La principauté de 1404 à 1430 : les forces en présence, 279 ; — les événements de 1404 et fin de la principauté, 1421-1430, 287. ; — reprise des conflits à 1420, 282 Conclusion .................................................................... Deuxième RECHERCHES Introduction 294 Partie TOPOGRAPHIQUES ......................................................... Chapitre Premier. — Les noms du Péloponèse au Moyen divisions ............................................................ Noms antiques : Péloponèse, Achaïe, 304 ; 299 Age. Grandes 303 — Romanie, 305 ; — Morée, 306. Grandes divisions et plan de notre étude, 314. Chap. II. - L’Élide ................................................... Villes et grandes forteresses 325 ; : — Beauvoir-Belveder-Pontiko, Andravida, 318; — Clarence, 320; — Clermont-Chlemoutsi, 328. 317
744 TABLE DES MATIÈRES Résidences princières en Élide : Vliziri-Glisière, Roviata, Riolo et Manolada, Beauregard, 330. — Fiefs et villages de la plaine de Morée : Gastounè, la Estamira, Vounargo, Samico et Poliça, Palaiopolis, Gogonas et Picotin, 335 ; — fiefs des Acciaiuoli, 339. Hauteurs l’est de la plaine à : Santaméri, Mostenitsa-Mostitsi, Chelidoni, Goumero, Olena, 342. Région de l’Alphée inférieur : Sainte-Élie, Tsogia, Fanari, Krestaina, Moundritsa, 346. L’Alphée et le « parapotamon » de l’Alphée, 349 ; — campagnes de 1263-1264 Prinitsa, 354 ; — bataille de Sergiana ; Moundra et Koprinitsa, 356. Remarques Chap. III. Skorta générales, — La ; bataille de 359. Skorta et Mesaréa : ................................................ noms et limites, 363 363. La Skorta méridionale : Karytaina, 369. — Forteresses aux 366 ; — Araklovon-Bucelet, confins de la Skorta a) d’après les textes, 377, — b) tentatives de localisation, 380, — c) topo¬ graphie et ruines, 382, — d) identifications proposées, 386; — villages et châteaux secondaires, 389. Mesaréa et Akova, 393 ; — les fiefs de la baronnie d’Akova et les vestiges médiévaux de la région, 396 ; — cantons périphériques : vallées du Ladon et de l’Érymanthe, 400 ; — du bassin de Kleitor Chap. IV. — La à la vallée de Vytina, 403. Messénie .............................................. 407 Le pays de Kalamata et ses limites, 407 ; — grandes villes ou forteresses : Kalamata, 408 ; — Nèsi, Androusa, 410 ; — Arkadia, 412 ; — Navarin-Port-de-Jonc, 414 ; — Aétos et Voulkano, 417. Les plaines de Messénie : Batailles de Kountoura, Val de Galame et Lakkoi, de Makryplagi et Gardiki, 421. 418. Autres lieux cités par les textes ou documents anciens, 425 ; — tentatives de localisation de ces toponymes a) région occidentale, 430, — b) côte du golfe de Coron, 436, — c ) intérieur de la Messénie, 438. Le territoire de Kalamata de 1205 à 1430, 442. Chap. V. — Le Péloponèse septentrional UAchaïe ........................ 449 . Patras, 449 ; — dépendances et environs de Patras, Ghalandritsa, 458 ; — baronnie de Vostitsa, 463 ; 453 ; — Achaia, 457 ; — baronnie de — baronnie de Kalavryta, 466. Remarques générales, 470. Chap. VI. — Corinthie et Argolide ...................................... 473 Corinthe, 473 ; — ports et fortifications voisines de Corinthe, 476 ; — limites de l’Église de Corinthe, 478; — châteaux-forts de Corinthie : Vasilika, Perachora, Saint-Georges de Polyphengos, Hagios Vasilios, Hagionori, 481. Châteaux d’Argolide dépendant de Corinthe, 484. Fiefs et seigneurs francs d’Argolide, 486 resses voisines, Kyvéri-Myloi, Remarques générales, 495. Thermisi, ; — Damala, 490 ; — Argos et Nauplie, 491 494. ; — forte¬
TABLE Chap. VII. — Laconie DES MATIÈRES et Arcadie ........................................ 745 497 Histoire de l’occupation franque, 497. — Les noms des régions, 498. Lacédémone et Mistra, 500 ; — Grand-Magne, Beaufort, Gisterna et le pays des Esclavons ou des Mélingues, 502 ; — autres forteresses franques du Magne, 507. Passavant. Géraki et la presqu’île sud-est de la Laconie, 508. Forteresses de Laconie centrale et de Gynurie, 512. Régions du nord de la Laconie Les bassins de l’Arcadie : : Astros, Ghelmos, 515. Véligosti, 518 ; — Nikli, 522. Remarques générales, 525. Conclusion ........................................................... Troisième 527 Partie RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES Introduction Chapitre ......................................................... 535 Premier. — Architecture religieuse .............................. A. Églises de style occidental ....................................... 537 537 Notre-Dame d’Isova (Bitsibardi), 537 ; — Saint-Nicolas (Bitsibardi), 544 ; — Sainte-Sophie d’Andravida, 547 ; — couvent de Zaraka (Stymphale), 553 ; — église de Clarence, 559 ; — couvent des Vlachernes d’Élide, 561 ; — remarques générales, 574. B. Églises grecques remaniées ou ayant subi Tinfluence de l’art occidental. 577 Plan allongé à chevet droit : églises de Chalandritsa, 578 ; — l’arc brisé : Katholikè de Gastounè, Saint-Georges d’Androusa, 580 ; — formes nouvelles dans les églises grecques : colonnettes d’angle, 584 ; — voûtes en demi berceau rampant, 585 ; — allongement des plans, 587 ; — clochers, 588. Inscriptions. Sculpture. Peinture .................................. C. Inscriptions, 590. — Relief Conclusion, à 590 Parori, 592. — Sculpture décorative, 592. 598. Chap. II. — Architecture militaire et civile ................................. A. Grandes forteresses construites par les Francs ...................... Clarence, 602 ; — Clermont, 608 ; — Karytaina, 629 ; — Androusa, Mistra, Géraki, 637. ; 601 602 — Kalavryta, Akova, Hagios Vasilios, 633 B. Forteresses moindres pouvant être attribuées aux Francs ............ C. Forteresses non exclusivement franques ........................... Tripotamo, mont Chelmos, Pontiko-Beauvoir, 662 ; — grandes forteresses utilisées de l’anti¬ quité à l’époque moderne : Kalamata, 666 ; — Port-de Jonc (Navarin), 668 ; — Arkadia, 669 ; — Patras, 670 ; — Acrocorinthe, Argos, 674 ; — Nauplie, 676. 645 661
746 TABLE D. Architecture DES MATIÈRES civile .............................................. E. Remarques générales sur l’architecture Conclusion Appendices 677 militaire .................... ........................................................... 680 685 : A. Listes de fiefs ou de châteaux ..................................... 1. Liste de 1377, 689 ; — 2. liste de 1391, 691 Magno, 693 ; — liste vénitienne de 1471, 694. ; — 3. listes tirées des Annali 689 Veneti de Stefano B. Familles princières ou seigneuriales de Morée ....................... 695 Liste des princes d’Achaïe. — 2. Famille des Villehardouin. — 3. Angevins de Naples. — — 4. Acciaiuoli. — 5. Aleman (Patras). — 6. Aulnay (Arkadia). — 7. Briel (Skorta-Karytaina). — 9. Charpigny-Charni (Vostitsa). — 10. Chauderon 8. Brienne (Athènes, Argos-Nauplie). 1. (Estamira). — 11. Dramelay (Chalandritsa). — 12. Durnay (Kalavryta, Gritséna). — 13. Enghien (Argos-Nauplie). — 14. Foucherolles-barons de Tsogia. — 15. Ghisi (Tènos-Mykonos). — 16. La Roche (Athènes, Véligosti, Damala, Argos-Nauplie). — 17. Le Maure (Saint-Sauveur, Arkadia). — 18. Misito (Molines). — 19. Mons-Véligourt (Véligosti). — 20. Nivelet (Géraki). — 21. Nully (Passavant). — 22. Orsini (Céphalonie). — 23. Rosières (Akova). — 24. Saint-Omer (Thèbes, Akova). — 25. Tocchi (Céphalonie). — 26. Toucy. — 27. Zaccaria (Damala, Chalandritsa, Arkadia). Index ................................................................. 709 Table des figures 739 Table des matières dans le texte ...................................... 741