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Tags: fiction littérature jeunesse
Year: 1987
Text
Conte illustré pour enfants
Les singes aine
et cadet
EDITIONS DE LA JEUNESSE
KEUM SEUNG
Conte illustré pour enfants
Les singes aîné
et cadet
Dessin de Bai In Yeung
EDITIONS DE LA JEUNESSE
KEUM SEUNG
1987
Avertissement
Ce livre illustré est basé sur un conte pour enfants
narré par M . Kim Djeung II, Dirigeant bien-aimé.
Un jour d ’avril 1958, le cher Dirigeant, transplan
tant des fleurs dans la plate-bande de l ’école avec les
membres du cercle botanique, leur a raconté un récit
de sens profond: «Les singes aîné et cadet».
Ce conte montre le processus d ’évolution du singe
aîné qui aime le travail et du singe cadet qui déteste le
travail et aime à imiter les autres et nous donne cet
enseignement significatif: on doit faire tout travail de
son propre chef et conformément à sa réalité.
Il était une fois les singes aîné et cadet qui vivaient dans mie
colline ensoleillée.
Orphelins de mère de bonne heure, ils furent contraints de
tenir de leur propre force le ménage et de cueillir des fruits.
Par un jour d’automne où les glands, les marrons et les autres
fruits étaient pleinement mûrs, ils atteignirent une forêt de
châtaigniers, un sac à la main, en vue de faire des provisions pour
l ’hiver.
Comme sa maman qui avait été diligente, l ’aîné travaillait
d’arrache-pied pour emplir les greniers de fruits.
Il ramassa sans relâche les châtaignes éparses et les mit dans
le sac. Mais il ne pouvait pas être content de les réunir l ’une après
l ’autre.
Il porta ses yeux vers les branches qui ployaient sous le poids
des bogues béantes; il se creusa pour trouver un moyen de cueillir
tous ces marrons-là.
Il grimpa sur le châtaignier et en remua de toutes ses forces
les branches.
Luisant au soleil, des marrons sautèrent des bogues et
tombèrent en averse. Très content, le singe aîné ramassa les
marrons lisses couvrant la terre et les mit dans le sac.
Son sac fut plein en rien de temps.
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Le cadet, lui aussi, réunissait les marrons dispersés sous
l ’arbre. Mais, ne voulant bouger tout de suite, il déposa au hasard
le sac sur l ’herbe et s’étendit dessus.
Lui vint vivement à la tête la vie intéressante qu’il avait
passée du vivant de sa maman en polissonnant dans ce mont.
Poussant un soupir, il regarda silencieusement l ’immensité
d’azur.
Un aigle noir planait dans le ciel, les ailes déployées.
«Comme il vole! Si je peux, moi aussi, le faire!...»
Le cadet avait une grande envie de l ’aigle qui planait
librement dans le ciel et piquait la tête en bas vers sa proie.
S’il était l ’aigle, il pourrait cueillir facilement les fruits mûrs
sans peiner en marchant à quatre pattes.
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Se levant sur son séant, il cria:
«Aigle, approche de moi.»
L ’aigle se posa avec agilité sur un rameau du châtaignier.
«Mon petit, de quoi s’agit-il?» demanda l ’aigle en pliant
bruyamment ses ailes.
«Une demande à te faire. Prête-moi tes ailes, s’il te plaît»,
implora ainsi le singe cadet.
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«Pour quoi veux-tu t ’en servir?»
«Je veux aussi voler librement comme toi pour cueillir sans
peine les fruits délicieux.»
«Eh, que dis-tu? Sans ailes je ne peux trouver aucune proie.»
L ’aigle hocha son bec bien crochu.
«De grâce! Je te prie de recevoir ma demande. Si tu ne peux me
prêter tes ailes entières, arrache quelques plumes au moins et
jette-les-moi», implora ainsi le singe cadet, tendant les pattes de
devant vers l ’aigle.
«D ’accord, si tu en veux tant.»
Faute de mieux, l ’aigle arracha trois grandes plumes à
chaque aile et les jeta sans bruit au singe cadet. Et il s’envola
quelque part, les ailes toutes déployées.
Le singe cadet, tenant avec soin à la main les plumes de l ’aigle
qui descendaient en voltigeant, était transporté de joie.
Il appliqua à chaque patte de devant les trois plumes entrela
cées avec du sarment de marante. Pour lui, cela ne laissait rien à
désirer.
Il laissa le sac sur l ’herbe et grimpa avec effort sur un grand
châtaignier.
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Au début, il s’installa sur un rameau
bas. Il déploya ses pattes de devant et
regarda en bas. Il se sentit joyeux de
pouvoir dominer la terre comme l ’aigle.
Sans la moindre hésitation, il sauta
en bas.
Mais hélas! Loin de voler, il tomba par
terre en soulevant la poussière.
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Le singe cadet pensa qu’il s’était trompé dans ses calculs de la
hauteur pour voler et remonta éperdument sur l ’arbre.
Cette fois-ci, il se tint debout sur une branche à la hauteur
moyenne, déploya les plumes des pattes de devant et regarda en
bas. Il eut un peu peur, mais sans hésitation, il s’élança avec force
dans l ’air. Il tomba également sur le derrière.
Caressant son fesse auquel il avait mal, il se leva et gravit
encore l ’arbre.
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ü pensa qu’il faudrait sauter d’en
plus haut; il gagna un rameau verti
gineusement poussé.
Il déplia ses pattes de devant et
regarda en bas; il fut pris de vertige.
Mais bien décidé, il ferma lesyeux et se jeta avec force en bas.
Cette fois aussi, il tomba sur un rocher un peu éloigné.
Les ailes appliquées aux pattes de devant furent brisées et
dispersées; il y avait peut-être une fracture d’un membre; une
douleur aiguë s’empara de lui.
Le singe cadet poussa un cri de désespoir et s’évanouit.
Quelques moments après, il reprit connaissance et essaya de
se dresser. Mais le corps n’obéit pas.
Il avait une forte douleur au derrière et sentait une paralysie
de tout son corps.
Il regarda son derrière, dont la peau fut enlevée et la chair
découverte.
Faisant la grimace, il poussa un gémissement et cria à tous
les vents.
«Mon frère, je meurs! Sauve-moi vite!»
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Il s’égosilla, mais aucune réponse.
Le soleil rouge se couchait derrière la montagne de l ’ouest.
Le singe cadet avait un mal de plus en plus piquant au fesse
éraflé; il se trouva impossible de rentrer chez lui. Il éclata en
sanglots.
A ce moment, un lièvre entendit ses sanglots en passant; les
yeux tout rond ouverts, il accourut. Il fut déconcerté: le singe
cadet, tout ensanglanté, gisait et les plumes étaient répandues
autour de lui.
«C ’est bien. Attends alors un moment.»
Le lièvre courut comme flèche vers la maison des singes.
Le singe aîné fut frappé de stupeur à la parole du lièvre.
Il emmena en hâte le cerf, médecin célèbre de la forêt, vers le
lieu indiqué par le lièvre.
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«J’ai mal au derrière...»
Le singe cadet, voyant son aîné accourir, pleura exprès plus
fort et fit semblant de n’avoir qu’un souffle de vie.
L ’aîné embrassa son frère tombé sur le rocher, le coucha sur le
gazon moelleux et en examina le derrière ensanglanté.
«Ouais! Quel malheur! Dire que tu t ’exerces à voler, toi qui
n’es pas oiseau. Une action maladroite eût peut-être provoqué une
catastrophe.»
Le visage blême, il fut déconcerté.
« T ’en fais pas trop. Si l ’on lui enduit la résine qui a une
efficacité particulière à ressusciter la chair, la blessure guérira
bientôt.»
Le cerf tranquillisa l ’aîné; puis, il enduisit épaissement la
résine visqueuse au fesse pelé du cadet et y appliqua une feuille
large de chêne.
Le singe cadet attendit la pousse plus rapide de poils au
derrière. Et prétextant des maux de fesse, il ne fit rien.
Un jour, lui, qui restait seul à domicile sans rien faire, alla
chercher un coin ombragé dans la montagne, quand il faisait
grand soleil.
Il s’approcha d’un grand arbre.
Tout à coup, quelque chose de noir tomba de dessus de lui,
d’une branche de haute taille. La terre trembla même.
«C ’est quoi?»
Le singe cadet, pris de peur, recula.
25
Ce fut un grand ours qui
tomba. Affaissé à terre, il ne
fit que rouler les yeux.
Le singe cadet s’approcha
à la hâte de lui et le soutint
en demandant d’une voix
soucieuse:
«Oncle ours, votre derriè
re n’est pas écorché?»
«Non, pas du tout», répon
dant impassiblement, l ’ours
se dressa.
«Vous avez failli avoir
un grand malheur. C’est
heureux», dit le singe cadet
en trouvant mystérieux
l ’ours
qui
restait
impassible.
«Ma chute aeupourbut
d’éprouver mon corps.»
26
«Quoi?»
Le singe cadet ouvrit les yeux tout grands.
«Je vis comme ça: en automne, je m’engraisse en mangeant
les marrons, les glands, les noix et tous les autres fruits sans les
écorcer; puis je tombe du haut de l ’arbre; si je ne sens pas mal au
derrière, j ’entre dans la grotte et y hiverne.»
«Alors, tu n’ensaches pas les fruits?»
«Inutile de le faire avec peine. Mon ventre est tel un sac», dit
l ’ours d’un ton de baryton. Et il partit d’un bon rire en battant son
gros ventre des plantes des pattes.
(Quoi? Le ventre vaut le sac?)
Le singe cadet rumina les paroles de l ’ours et jeta un regard
envieux à lui qui s’éloignait à pas traînants vers la grotte.
Il pensa: Comme il serait bon s’il peut aussi hiverner ainsi que
l ’ours après avoir mangé à satiété.
Alors, il serait à même de vivre sans même travailler.
Il se dit: «Cela se comprend. Pourquoi je ne l ’ai pas su ju
présent?»
Il jugea que la lésion du derrière reçue dans ses exercices de
vol avait tenu à ne pas s’être engraissé.
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Il projeta d’imiter l ’ours. S’il allait ainsi, il lui serait possible
d’hiverner sans se peiner comme son âiné.
Sur le coup, il courut sous un châtaignier et se mit à gober des
marrons répandus çà et là sans les écorcer.
n mangeait de toutes ses dents; son estomac se gonflait.
Il acheva de gober les marrons du premier châtaignier et
appuya sur son ventre avec les doigts.
Il alla sous le deuxième châtaignier et y avala tous les
marrons éparpillés; il pressa encore son ventre; il se sentit
l ’estomac rempli.
Mais, ambitieux de s’engraisser, il se déplaça sous le troisiè
me arbre.
Il y trouva les marrons appétissants en abondance.
Il les mangea follement; il avait la respiration difficile; le
ventre se gonflait; il lui était malaisé de bouger.
ü en était très content.
n fut pris d’assoupissement; il se coucha à l ’aise, ferma les
yeux et caressa son ventre ballonné. A son insu, il tomba de
sommeil profond.
33
Quelques heures après, le singe cadet se sentit mal au ventre;
il ouvrit les yeux et essaya de se lever. Mais le corps était trop
pesant pour y arriver.
Les intestins se tordaient; une douleur aiguë se fit sentir à
l ’abdomen.
Restant couché, il tâta avec précaution son ventre. Il lui
semblait que le ventre ballonné crevât sous une pression.
34
«Mon Dieu! Je souffre de l ’estomac.»
Le singe cadet, rechigné, poussa des gémissements. Il cria au
secours:
«Je meurs, mon aîné! Viens vite à mon secours!»
Il eut beau crier, il n ’entendit aucun écho.
Le soleil se coucha derrière la montagne; la nuit tombait.
La commotion abdominale devenait insupportable; de sur
croît, pas de moyen de rentrer. Le singe cadet éclata en sanglots.
Juste à ce moment, le hibou à grands yeux, qui allait à la
chasse aux souris, entendit les sanglots et arriva en vol.
Il fut déconcerté en voyant le singe cadet qui souffrait du
ballonnement du ventre.
«Horrible à te voir! Tu es frappé de colique peut-être sous
l ’effet de mauvais fruits.»
Le singe cadet hocha affirmativement la tête. Il simula une
douleur cruelle en demandant:
«Hibou, je te prie de me porter jusqu’à chez moi.»
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«Comme il serait bon s’il en va ainsi. Mais tu es beaucoup plus
corpulent que moi. Je ne peux donc te porter sur le dos», répondit le
hibou, embarrassé, en clignotant.
«Hibou, va vite chercher mon aîné.»
«Bien! Attends alors!»
Le hibou, les yeux grands ouverts, partit en battant des ailes
courtes.
Le hibou arriva quand le singe aîné s’adonnait à préparer des
gâteaux de marron.
En l ’écoutant, le singe aîné fut stupéfait.
Avec le cerf médecin, il courut précipitamment vers les
châtaigniers indiqués par le hibou.
«Mon Dieu, je souffre du ventre.»
A la vue de son aîné, le singe cadet sanglota à dessein plus fort
en faisant semblant de mourir immédiatement.
Le singe aîné embrassa son cadet, le posa sur le gazon douillet
et tâta silencieusement son ventre excessivement grossi.
«Quelle tuile! Tu as mangé tellement que le ventre crève. Tu
devras être victime d’un accident», dit le singe aîné, le visage
démonté.
« T ’en fais pas trop. Je lui appliquerai l’acuponcture, le ventre
sera contracté», disant ainsi, le cerf tranquillisa le singe aîné.
H tira une grosse aiguille et l ’enfonça dans le ventre du
malade.
Son ventre faisait glouglou sans cesse et se réduisait peu à
peu.
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Le singe cadet, tout molli, gagna de justesse sa maison, sur le
dos de son aîné.
L ’aîné cueillit pour son cadet des fruits délicieux, tels que le
raisin sauvage, la groseille, la poire, et en prit grand soin. La santé
du cadet se rétablit rapidement.
Depuis là, pour manger, le singe cadet pelait même les fruits
de mince écorce, sans parler du marron et du gland.
En le voyant, l ’aîné demanda d’un air étonné:
«Pourquoi tu fais comme ça? Inutile d’écorcer le raisin
sauvage et la groseille.»
«De peur d’attraper encore la colique», répondit le singe cadet.
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«Tu trouves que ta colique a tenu aux écorces des marrons? Il
se peut que l ’écorçage prévienne cette maladie, mais tu ne pourras
te débarrasser de l ’esprit de détester le travail. Tu dois d’abord
t’habituer à travailler», l’aîné persuada ainsi son cadet.
Bien qu’il eût souffert deux fois, le singe cadet ne prenait pas
conscience de lui-même. Faisant la sourde oreille au conseil de son
aîné, il ne travaillait pas encore sous prétexte de la blessure du
derrière et du mal à l ’estomac.
Tenant ses paroles pour vraies, l ’aîné devait cueillir des fruits
même pour son cadet.
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L ’aîné se levait de grand matin, nettoyait la maison, préparait
le petit déjeuner, ramassait des fruits dans la montagne et
apprêtait le dîner.
Il travaillait ainsi d’arrache-pied en pensant toujours
comment faire pour cueillir beaucoup plus de fruits.
Sur ces entrefaites, il se servit d’une longue barre à cueillir
des fruits que portaient les branches de haute taille.
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Un jour, il commença à s’aider de bâton et de pierre pour
obtenir les aliments; dans la suite, il inventa une hache de pierre
pour abattre les arbres.
De plus, en cueillant des fruits avec des barres, il arriva
jusqu’à marcher à deux pattes.
C’est ainsi dans le travail que son cerveau se développa et que
ses pattes de devant se transformèrent en mains. Le singe aîné
évolua progressivement en homme.
Cependant, le cadet fainéant, qui aimait à imiter les autres,
resta tel quel le singe.
S’il y avait quelque chose de changé chez lui, c ’étaient
seulement la callosité rouge qui s’est produite sur le derrière
dépouillé de poil et l ’habitude contractée d’écorcer tout fruit.
C’est depuis lors que les petits du cadet ont tenu à son corps et
hérité même de l ’habitude de celui-là.
Les singes, descendants du cadet, découvrent la callosité
rouge sur le derrière et ont l ’habitude d’écorcer immanquablement
tous les fruits avant de les manger.
PYONGYANG, R.P.D.C.
No 708212